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DICTIONNAIRE RAISONNÉ
SCIENCES,
DES ARTS ET DES METIERS,
PAR UNE SOCIETE DE GENS DE LETTRES.
MIS EN ORDRE ET PUBLIÉ PAR M'. ***.
Tantùm fines jun&araque pollet >
Tamum de medio firniptis accedlt honoris ! HoRAT»
TOME QUINZIEME.
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A NEUFCHASTEL,
Chez SAMUEL FAULCHE& Compagnie , Libraires & Imprimeurs.
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mellire de diilance dont on le
fert dans le royaume de Siam.
QuÂtrefen font le jod, & vingt-
cinq jods !a roe-neug , c'eft-à-
dire la lieue fiamoife , qui con-
tient un peu moins que deux
S^^t^Xi^ii^à mille de nos toifes. {D.J.)
^ SENA , ( Géog. anc. ) i«. île
de la mer Britannique près de la côte des Ofifmiens.
Pomponius Mcla,//V. ///. ch.vj. dit que les Gaulois
avoient dans cette île un oracle célèbre. On n'y voit
aujourd'hui rien de remarquable. Elle eft à l'oppofite
de la ville de Breft.
2°. Fleuve d'Italie dans l'Umbrie , entre le Maau-
rus & le Mi fus. Silius Italicus , lii'. FUI. v. 433. après
avoir nommé quelques fleuves , dit :
Et Clanis j & Rubico, & Sinonum de nominc Sena.
C'eft ainfi qu'il faut lire ; car il eft queflion dans cçt
endroit de fleuves & non de villes ; encore moins cela
regarde-t-il la ville de Senna en Tofcane. Lucain , Ub.
II. V. 406". écrit Stnna :
Et junBiis Sap'is Ifauro
Senna^we , & Hadriacas qui vcrbcnit aujidus undas-
Cluvier dit que c'eil aujourd'hui le Céfano , qui
coule quatre milles au-deffus de Sinigaglia ; car le
fleuve qui arrofe S&na , Gallica ou Senogallia efl: ap-
pelle Mifus dans la table de Peutinger , & à-préfent
Mifa par quelques - uns , quoiqu'on le nomme aflez
communément Nigola.
3°. Sena-Gailica, ville d'Italie dans l'Umbrie. Pto-
lomée , liv. III. c.j. la donne aux peuples Senoms ,
de qui elle tiroit Ion nom.
4°. Sena Julia , ville d'Italie dans l'Etrurie., à l'o-
rient d'été de VoLaterrce ; c'efl aujourd'hui la ville de
Sienne. ( D. /.)
SEN ABRI A , LAC , ( Gèog. mod. ) ou lac Sana-
bria ; lac d'Efpagne au royaume de Léon , au midi
d'Aftorga. Sa longueur ell d'une lieue , & l'a largeur
de demi-lieue. Il eft formé parla rivière de Tera , &
appartient à des moines. ( Z?. 7. )
SÉNACULE , f. m. ( Antiq. rom. ) fenactilurn ;
lieu où fe tenoit le fénat de Rome. Il y avoit trois
j'InacuUs , ou trois endroits oii ce corps illuftre s'af-
fembloit ; l'un entre le capitole & le forum, un autre
à la porte Capène , & letroifieme près du temple de
Bellone dans le cirque Flaminien. L'empereur Hé-
liogabale fit bâtir un lieu pour l'affemblée des dames ,
& ce lieu fut appelléyi/z^a^/u/w matronarum. {D. 7.)
SÉNAGE , f. m. ( impôt de France. ) droit qui fe
paye en quelques lieux de Bretagne , particulière-
ment à Nantes fur le polffon de mer frais venant de
la mer , entrant & paflant le trépas de S. Nazaire , à
commencer depuis le premier jour de carême jufqu'à
la vigile de Pâques. ( Z), /. )
- SÉNAT ROMAIN , ( Gouvzrn. de Rome. ) tem-
ple de faintetc , de majefté, de fagelTe , la tête de la
république, l'autel des nations alliées de Rome , l'ef-
poir & le refuge de tous les autres peuples ; c'efl
Cicéron qui donne cette belle définition Awfénat dans
fon oraifon pour Milon. Voici fes propres paroles :
timpLum fan'ditatis , ainplitudinis , mentis , conjniique
publia Romani , caput orbis ^ ara fociorum , portuj'que
omnium gentium.
Tel étoit en efl'et ce corps refpeûable dans fon inf-
tltution , & fous les beaux jours de la répubiiqi e.
Nous allons indiquer quelle fut fon origine , la conf-
Tome Xy.
tltution , fa jurifdldion , fa puifîiince , les lieux où il
s'afTemliloit , le tems & la durée de fes afTemblées»
Les citoyens qui compofoient le fcnat fe nom-
mo'içnt fénateurs i nous détaillerons , fous ce mot,
leur nombre , leurs devoirs , leur état , leur rang ,
leurs honneurs & leur dignité.
Les délibérations , ou les décrets qu'ils rendoient,
s'appclloïent fénatus-confuùci. ^oy^^SÉNATUS-CON-
SULTE.
Lefénat compreno't la noblefTe & le facerdoce ; il
comprenoit la nobleffe, & Tacite Vappdlefeminariunt
omnium dignitatum , quoique la plupart des quefleurs
& des tribuns qui y étoient admis , à raifon de la
magiflrature qu'ils avoient exercée , étoient fouvent
tirés des familles plébéiennes. Lefénat comprenoit
auffi le facerdoce; c'efl-à-dire que quoique les miniA
très de la religion ne fuffent pas membres de ce corps,
à l'exception du flamine Dial , ilspouvoient être fé-
nateurs & devenir pontifes , augures & flamines. lis
ajoutoient dans ce cas à leurs titres le caraâ:ere de
lénateurs.
L'opinion commune efl que fous les rois de Ro-
me , réleélion &c le choix de tous les fénateurs , dé^
pendoit uniquement de la volonté du prince , fans
que le peuple eût droit d'y prendre part direftement
ou indiredement ; que les confals quifuccéderentaii
pouvoir des rois, eurent la même prérogative jufqu'à
la création des cenfeurs qui depuis jouirent du droit
particulier de nommer les membres àwfénat , ou de
les priver de ce rang. M. Middleton penfe au contrai^
re que les rois , les confuls , les cenfeurs agiffoient
dans cette affaire en qualité de miniflres , & fubor-
donnément à la volonté fuprème du peuple , en qui
le pouvoir ablolu de créer les fénateurs a toujours
réfidé. Nous croyons aulfi cette opinion la plus vraif-
femblabie , parce qu'elle elt fondée fur l'autorité de
Denis d'Halicarnafie , quis'efl donné la peine d'écri-
re pour rinflruftion des étrangers, & d'expliquer en
antiquaire exaft, ainli qu'en hiflorien hdele , le gou"
vernement civil de Rome & l'origine de fes lois.
Ce célèbre auteur nous affure que quand Roniulus
eut formé le projet de compoler un fénat qui devoit
être de cent fénateurs , il fe referva feulement l'élec-
tion du premier ou du préfident de l'afTembléc , &
qu'il laifla l'éleftion des autres au peuple, puifqu'clle
fefit par les fuifragcs , &: de l'avis des tribus &; des
curies.
Le même Denis nous apprend que depuis l'alliance
faite entre Romulus &Tatius roi des Sabins,le nom-
bre des fénateurs fut doublé par l'addition de cent
nouveavix membres que l'on prit des familles des Sa-
bins , & que le peuple les choifit dans l'ancienne '6c
même forme.
Lorfque fous le règne de TuUus Hoflilius la ville
d'Albe fut démolie , quelques-unes des familles de
cette cité furent également infcrites dans le fénat ;
Tite-Live en compte fix ; mais ce qu'il y a de plus
probable , & que l'on doit fuppofer, c'efl qu'il n'en-
tra dans le y?«^/ que le nombre d'albains nécellaire
pour remplir les places vacantes , afin que ce corps
fut complet , & qu'il le trouvât fixéî\ zoo perfonnes,
ce qui ne fut point fait fans le confentement dw fénat
& du peuple.
La dernière augmentation du fénat , fous le règne
des rois , fut faite par Tarquin l'ancien. Il ajouta cent
nouveaux membres A ce corps , 6c il les tira des fa-
milles plébéiennes. Il porta le nombre des fénateurs
julquà 300, au rapport de Tite-Llvc : ce prince en
açîitainfi dans les vues d'un intérêt particulier, fiC
A
î s E N
poifr s'afTiircr une ta«aion puiffante dans la perfonne
des nouvctnux l'cnatcurs l'es créatures.
Depuis rexpulhon des rois julciu'A rétabliflemcnt
de la cenùire , c'eiî-à-dire pentlaiit un intervalle de
plus de 60 ans , nous ignorons de miellé manière on
rcmplilToit les places vacantes des fcnateurs ; mais s'il
clî vrai que \cfénjt commença dès-lors à ctre renou-
velle par les magiftrats annuels , qui vers ce même
tcms hirent choilis par le peuple , c'ell qu'il y avoit
deux quelleurs pris dans les t'amilles patriciennes,
cinq tribuns du peuple , & deux édiles plébéiens , qui
en vertu de leurs charges , curent l'entrée Awfénat ,
& complétèrent les places qui vaquoient ordiiftire-
ment dans ce corps.
Dans le cas des vuidcs extraordinaires occafion-
nés par les malheurs de la guerre du dehors , les dif-
fentions domeftiques ou autres accidcns , le fénat
avoit befoin d'une augmentation plus confidéral)le
que celle qu'il pouvoit tirer des magiltratures publi-
ques. Or pour remplir les places vacantes dans de
tels cas , il elî vraisemblable que les confuls choilil-
loient dans l'ordre équeftre un certain nombre de
citoyens d'une probité reconnue qu'ils propofoicnt
au peuple dans les aiTemblées générales, pour en faire
l'éleftion , ou pour l'approuver ; & le peuple de fon
côté, pour autorifer la lille qu'on lui prérentoit,don-
noit i\ ceux qui y étoient nommés ,1e rang &c le titre
delénateurs à vie.
Lorfque la cenfure fut établie , l'an de Rome 311,
pour foulager les confuls du poids de leur adminlf-
tration, &: pour examiner les mœurs de tous les ci-
toyens , plufieurs fénateurs furent chaffés du fériat
par les cenleurs , prefque toujours pour des raifons
Juftos ; quelquefois cependant par un efprit d'envie ,
ou par un motif de vengeance : mais dans des cir-
conllances de cette efpece, on avoit toujours la li-
berté d'appellerde ce jugement à celui du peuple; de
forte que le pouvoir des cenfeurs, à proprement par-
ler , n'étoit pas celui de faire des fénpTeurs , ou de
les priver de leur rang , mais feulement d'infcrire
ceux que le peuple avoit choifis de veiller fur leur
conduite, & de cenfurer leurs défauts , objets fur
lefquels ils avoient reçu du peuple une jurifdiftion
exprefTe. Cet ufage de cenfurer les mœurs paroît
fondé fur une ancienne maxime de la politique ro-
maine , qui exigeoit que Iq fénat fût exempt de toute
tache , & que les membres de ce corps donnaffent un
exemple de bonnes mœurs à tous les autres ordres
de l'état.
Après avoir parlé de la création du fénat & de la
manière d'en remplir les places vacantes , il faut faire
connoître le pouvoir & la jurifdiftion de cet ilhdlre
corps. Les anciens auteurs qui ont traité des avions
publiques , s'accordent tous à dire que \g fénat don-
noit (on attache ou drcrétoit , & que le peuple or-
donnoitou commandoittel ou tel a£le. Ainn puii'que
rien de ce qui regardoit le gouvernement ne pou-
voit être porté devant le peuple avant qu'il n'eût été
examiné par ïc fénat : dans plufieurs autres occafions
cil la célérité 6c le fecrct étoient requis , & lorfque
les décifions de ce corps étoient fi iuftes& fi pruden-
tes , que le confentement du peuple pouvoit fe pré-
finiier ; dans ces occafions , dis-je, \e fénat ne pre-
noit pas le foin de convoquer le peuple , de peur de
le déranger de fes affaires particulières en le rafl'em-
blant inutilement ; & ce qui dans les premiers tems
n'avoiteu lieu que pour des affaires de peu deconfé-
quence , fut obfervé dans les fuites lors des affaires
les plus fériculcs & les plus importantes. Le fénat ac-
quit donc ainfi une jurifdiclion particulière , & la
connoiffancc de quelques matières k l'cxclufion du
peuple , dont le pouvoir abfolu s'étendoit fur-tout,
fuivantlcs lois ÔC la conftitution du gouvcriiement ;
par exemple :
S E N
i**. Lt fénat prit pour lui l'infpedlion & la furintdlï*
dance de la religion , de lorte qu'on ne pouvoit ad-
mettre quelque nouvcîL' divinité, ni leur ériger d'au-
tel , ni coftlulter les livres fibyllins fans l'ordre ex-
près dw fénat.
1". Lune des prérogatives de ce corps fut de fixer
le nombre 6c la condition des provinces étrangères ,
qui tous les ans étoient affignées aux magiflrats ; c'é-
toiî à lui de déclarer quelles de ces provinces étoient
les conlulaires, & quelles étoient les prétoriennes.
3". Le fénat avoit entre fes mains la difrribution
du tréfor public. Il ordonnoit toutes les dépenfes du
gouvernement ; il affignoit les appoinîemens des gé-
néraux , déterminoit le nombre de leurs lieutcnans ,
de leurs troupes , des fournitures , des munitions &
des vêtemens de l'armée. Il pouvoit , à fa volonté ,
confirmer ou cailer les ordonnances des généraux , &
prendre au tréfor l'argent néceffaire pour les triom-
phes qu'il avoit accordés ; en un mot , \e fénat avoit
l'autorité dans toutes les affaires militaires.
4*'. Il nommoit les ambaffadeurs que R.omc cn-
voyoit , & fourniffoit les fecours néceffaires aux
peuples Indigcns. Il ordonnoit la manière dont on
devoit recevoir & renvoyer les miniftres étrangers ,
& rédigeoit ce qu'on devoit leur dire ou leur repon-
dre , de forte que pendant l'abfence des confuls la ré-
publique parut toujours gouvernée par le fénat. Il
pouvoit , au bout de l'an , prolonger le commande-
ment aux confuls , & le donner à d'autres. Tiberius
Gracchus voulant diminuer l'autorité du f<:nat , fit
palier la loi que dans la fuite la fénat ne pourroit pas
permettre que perfonne gouvernât plus d'un an une
province confulaire. Mais il femble que les Grac-
ches augmentèrent par ce moyen plutôt qu'ils ne di-
minuèrent l'autorité diifénat , puilque parla \o\fim-
pronia , dont parle Cicéron , Caius Gracchus ftatua
que le gouvernement des provinces feroit toujours
donné annuellement par \e fénat.
•)°. Il avoit le droit d'ordonner des prières publi-
ques, des aûions de grâces aux dieux pour les viôoi-
res obtenues , ainfi que le droit de conférer l'hon-
neur de l'ovation ou du triomphe , avec le titre d'e/Tz-
pereurzux généraux viftorieux.
6°. Une de fes affaires & de fes foins étoit d'exa-
miner les délits publics, de rechercher les félonies ou
les trahilôns , tant à Rome que dans les autres par-
ties de l'itjilie , de juger les conteftations entre les
alliés 6c les villes dépendantes. Cependant quand il
s'agiffoit de juger des crimes, capitaux , le Jénat ne
fe croyoit pas le feul juge. En effet , lors du facrile-
ge de Clodius , quand les myiîeres de la bonne déefle
furent profanes , les confuls demandèrent la jonction
du peuple pour décider de cette aiFairc; & il fut dé-
terminé par un fenatus-confulte que Clodius ne pou-
voit être jugé que par les tribus affe.-nblées.
7°. Il exerçoit non-leulement le pouvoir d'inter-
préter les lois , mais encore de les abroger , & de
dil'penfer les citoyens de les fuivre.
H**. Dans le cas des dlffentions civiles, des tumul-
tes dangereux de l'intérieur de Rome , & dans tou-
tes les affaires très-importantes , le Jénat pouvoit ac-
corder aux confuls un pouvoir illimité pour le gou-
vernement de la république , par cette formule que
Céfar appelle la dernière reffource de l'état , que Us
confuls eiijjéntfoin qu'il n'arrivât aucun dommage à la
république. Ces paroles donnoicnt une telle autorité
aux confuls , qu'ils étoient en droit de lever des trou-
pes comme b«n leur fembleroit, faire la guerre , &
forcer les fcnateurs 6l le peuple ; ce qu'ils ne pou-
voient pas exécuter , au rapport de Saluffe , fans la
fonraile exprefîe dont nous venons de parler.
cf .Le fénat étoit le maître de proroger, ou de ren-
voyer les affemblées du peuple , d'accorder le titre
de roi à quelque prince , ou à ceux qu'il lui plaifoijt
s. EN
ûe favôrifeî'. Cctoit à ce corjys de dc^ferei- les actions
de i^races ou les éloges à ceux qui les avoicnt mé-
•ritcs ; le pardon & la réconipenie aux ennemis , ou
à ceux qui avoient découvert quelque trahifon ; il
avoit le droit de déclarer quelqu'un ennemi de la
patrie , & de prefcrire un changement général d'ha-
bits dans le cas de quelque danger, ou de quelque
■malheur preffanî.
io".Tels étolent les principaux chefs dans lerqutls
\q fénat avoit conftamment exercé une jurildiction
particulière à l'exception du peuple. Ce n'étoit pas
en coniéquence de quelque loi exprefTe ; m. lis en le
conformant aux coutumes & aux anciens ufages qui
avoient eu lieu dès les premiers tems ; & comme on
cprouvoit , par une longue expérience, que c'étoit
la manière la plus utile de régler les affaires publi-
ques , & la plus convenable pour maintenir la tran-
quillité & le bonheur des citoyens , cette jurJfdi£iion
fut , du confentement tacite du peuple , lailTée entre
les mains àwfinat , bien plus comme une choie de
convenance que de droit. Ainfi, dans l'objet du bien
public , cet ufage fut plutôt approuvé & toléré
qu'il ne fut accordé.
Mais toutes les fois qu'un tribun entfeprenànt , ou
que quelque magillrat fadieux mécontent d'obtenir
félon l'ufage les dignités de la république , que le
l'cnat étoit difpofé à lui accorder , fe dérerminoit à
recourir à l'autorité du peuple , jwur obtenir quelque
diftindlion particulière ; dans ce cas , le peuple excité
par les intrigues &. l'artifice de ces hommes fadieux
quife déclaroient leurs chefs , chcrchoit à reprendre
les différentes parties de cette jiirifdidion dont j'ai
parlé , & qui avoit toujours été adminiflrée par le
fénat. Depuis que cette méthode avoit été emplovée
avec fuccès dans quelques cas , elle devint infenfible-
ment le recours de tous ceux qui , pour fatisfaire leur
ambition , affeûoient un caradere de popularité. Elle
flit portée fi loin à la fin , que \q fénat fut dépouillé
de tout fon pouvoir ik de toute l'influence qu'il avoit
dans les affaires publiques.
PafTons à la convocation & aux lieux d'afTemblées
du fénat,
hç fénat étoit toujours convoqué par le didlateur
lorfqu'on le créoit dans quelque conjoni-l-ure criti-
que ; mais dans tous les autres cas , le droit de con-
voquer ie fénat appartenoit aux conluls , fuprèmes
magiUrats de la république. Dans leur abfencc , ce
droit étoit dévolu , félon les lois , aux magiflrats fu^
bordonnés , tels que les préteurs & les tribuns. 11 ell
vrai que ces derniers fe croyoient fondés à convo-
quer le fénat dans quelque tems que ce fut , & lorf-
c[ue les intérêts du peuple le requéroient ; mais mal-
gré cette prétention , par relpeft pour l'autorité con-
lulaire , on ne convoqua jamais de cette manière le
fénat , cuelorfque les conluls étoient abfens ; ù moins
que ce ne iitt dans des affaires d'importance & dans
des cas imprévus , où il falloit prendre une prompte
détermination. Enfin , lorlque les dccemvirs , les
entre-rois ou les t -iumvirs furent établis pour gou-
verner la répubUque , ce n'éîoit qu'à eux qu'il ap-
partenoit de convoquer le yi;'//.^/ , comme Aulugelle
le rapporte après Varron*
Dans les premiers tems de Rome, lorfque l'en-
ceinte de la ville étoit peu confidérable , les ienateurs
étoient appelles perfonnellcmcnt par un appariteur,
ou par un courier , quelquefois par un crieur pu-
blic , quand les affaires cxigeoient une expédhion
immédiate. Mais dans les tems poftérieurs , on les
convoquoit d'ordinaire par le nn^yen d'un cdit qui
afF.gnoit le ternsôc le lieu de l'aflcmblée , 6c que l'on
publioit quelques jours auparavant , afin que la con-
noiffance & la notoriété en fuflent publiques. Ces
cdits n'avoient communément lieu que pour ceux
qui réfidoient à Rome , ou qui en étoiçnt peu élui-
S EN , I
giles. Cependant quand ils'agiitoît Retrait?* tj'J.êîquS
aîfdire extraordinaire j il paroît qu^iis étoièïlt iaûiïi
publiés dans les autres villes d'Italie. Si 'q\iël<^,ilè ît-
nateur refufbit ou négligeoit d'obéir k l'Iappel, îé
eouful i'obligeoit de donner des fûretés pour k paye-
ment d'une certaine fomme , au cas que les ïAifohs
de fbn abfence ne fuffent point reçues. Mais dès qliè
les Ienateurs étoient parvenus à l'âge defoi'xariteanSi
ils n'étoient plus aifujettis à cette peine , & ils û'é-"
toient plus obligés de le rendre dans les affemblées >
que lorf jU'ils le vouloient bien.
Dans les anciens tems , au rapport de Valérius j
les Ienateurs étoient fi occupés du bien public , qUô
fans attendre un édit, ils étoient dans l'habitude dé
le raffembler d'eux-mêmes fous un certain portique
près le palais dufJnai , d'où ils pouvoicnt s'y rendre
proHiptement , des que le conful étoit arrivé. Ils
croyoient à peine digne d'éloge le'ur attention à s'ac-
quitter des devoirs de leur éfat 6c de leurs oblifa-s
tions envers la patrie , li ce n etoit volontairement
te de leur propre gré , & s'ils attendoient le com-
mandement d autrui , ou l'intimation qui leur en fe-
roit faite. Mais oii s'afiembloient ils ?
Les anciens Romains , p'eins de religion & dé
venu , avoient coutume d'aflémbler lnfén.it dans
un lieu facré dédié aux aufpices , afin que la pré-
fence de la divinité lervit à taire rentrer en eux-mê-
mes ceux qui fongeroient à s'écartei' dés règles de la
probité. Ron\uius le convoquoit hors de la ville dans
le temple de Vuicain , 6c Holfilius dans la curie Hof-
tilic. Nous lifons , dans les- anciens auteur-s , qu'après
i'expullion des rois , {(t fénat s'aflembloit tantôt dans
les temples de Jupiter, d'Apollon , de Mu-s , de Bêl-
ions , dé Callor , de la Concorde , de la Vertu , de la
l'idélité , & tantôt dans les curies Hoflilienne Si
Pompéienne , dans kiqu^Les l?s augures avoient fait
bâiir des temples pour cet effet. Tous ces tem.pîeâ
foi moient les lieux d'all'amblée dufénut, P''oje^ Tem-
PLtS d^is ajfembléts dujénat.
Il y âvoit des tems marqués polir affembler le fé-
nat , favoir les calendes , les nones & .l?s ides , ex-
cepté les jours des comices , pendant lefquels ori
traitoit avec le peuple. Dans ces jours là , la loi Pa-
pia défendoit-d'airvimbler \q fénat , afin que-les i'én^
teurs ne> fufîént point dillraits dans leurs fuftrages ^
mais fuivant la lai Gabinia , les fénateurs dévoient
s'alfembler pendant tout le mois de Février pour ré-
pondre aux gouverneurs de provinces &C recevoir les
ambafïadeurs. Lorfque le Jéna: s'affembîoit dans les
jours fixés marqués ci-deffus , on l'appelldit le vrai
Jénat ; loriqu'il s'aflembloit hors de ce tem's-^à , &
extraordinaircment pour traiter de quelque atfaire
de coniéquence & inopinée , on le nomxwoit fénat
convoqué ; & il l'étoit alors par le premier magif*
trat. De-là cette diflindHon de fénat ordinaire & ds
fénat convoqué , que nous liions dans Capitolaia ,
cité par Gordianus.
he fénat , fclon l'ufage , s'affembîoit toujours le
premier de Janvier,pour l'inauguration des nouveaux
conluls, qui prenoient alors poirelfion de leurs char-*
ges. Il s'aliembloit auffi quelques autres jours du
même mois , félon les anciens auteurs , & il n'y
avoit d'exceptés , qu'un ou deux jo>irs de ce mois
jufqu'au quinzième. La dernière partie de Janvier
étoit probablement deflinée pour les alfemblées du
peuple ; le mois de Février étoit rcfervé tout entier
par l'ancien ulage au fin.it , pour donner audience
aux ambafiadeurs étrangers; mais dans tous ces mois
généralement , il y avoit trois jours qui piroifTent
avoir été dcftinés d'une façon plus particulière aux
affemblées dw fénat. Ces trois jours étoient les ca-
lendes,les noncs & les idcs;c'cflce qu'on préjuge des
fréquentes alfemhlées tenues dans ces jours , C5c qui
font rappo/tévS d.ms l'iùlloirç j mais dans la fuite
Aij
4 S E N
des teras Augvifte ordonna, par une loi , que Xcfénac
ne pût régulièrement s'aficmbler que deux jours du
mois , les calendes & les ides.
On n'aficnibloit que très-rarement le fcnat pen-
dant les têtes publiques , deftinées à des jeux , &
confacrécs aux pompes de la religion , telles que les
iaturnales , que l'on célébroit dans le mois de Dé-
cembre , & qui duroient plulieurs jours confécutits.
Cicéron , lorlqu'il rapporte les difputes élevées dans
\çfénat en prélencc de deux cens lénateurs , appelle
l'alTemblée teiuie dans cette occafion, une aflemblée
plus nombreuie qu'il n'auroit cru qu'elle dût l'être,
lorlque les jours laints étoient déjà commencés.
LcfiriiU , dans les jours d'an'emblce , ne mettoit
fur le tapis aucune affaire avant le jour , &C ne la ter-
minoit point après le coucher du folcil. Toute affaire
j)ropolée &: conclue avant ou après ce tems , ctoit
nulle & fujette à calfation , & celui qui l'avoit pro-
polée étoit fournis k la cenfure ; de forte que ce fut
une règle fiable , qu'on ne propofat aucune affaire
dans le Jcnat après la quatrième heure de l'après-
dînéc ; ce qui fait que Cicéron cenfure certains dé-
crets prononcés par Antoine dans fon confulat , com-
me rendus trop avant dans la nuit , & qui par cette
raifon n'avoient aucune autorité.
On voit cependant un exemple d'une affemblée
(\u final tenue à minuit , l'an de Rome 290 , à caufe
de l'arrivée d'un exprès envoyé par l'un des con-
fuls , pour informer lejenat qu'il fe trouvoit affiégé
par les Eques & les Volfques , dont les forces étoient
fupérieures , &c qu'il rifquoit de périr avec toute fon
armée , fi on ne lui envoyoit un prompt fecours ; ce
qui lui fut accordé tout de fuite par un décret. C'cft
Denis d'Halicarnaffe, /. IX. c. /a///', qui le dit.
Le fînai étant affemblé , le ledeur fera fans doute
bien aifc de lavoir la méthode que cette compagnie
célèbre obfervoit dans fes délibérations.
Il faut d'abord fe repréfenter qu'à la tête du fénat
étoient placés le didateur & les confuls dans des
lièges dilfingués , élevés , ainfi que nous le croyons ,
de quelques degrés au-defTus des autres bancs. Par
égard pour la dignité de ces premiers magiflrats ,
lorfqu'ils entroient dans la curie , tous les fénateurs
étoient dans l'ufage de fe lever de leurs fieges. Le
préteur Décius ayant manqué à ce devoir , un jour
que le confid Scaurus pafi'oit près de lui , ce coniiil
le punit d'avoir méprifé fa dignité , & ordonna
qu'on ne plaideroit plus à fon tribunal.
Manuce croit que les magiftrats inférieurs étoient
placés à côté les uns des autres, au-deffous des lices
des confuls , chacun fuivant fon rang ; les préteurs ,
les cenfeurs , les édiles, les tribuns & les quefleurs.
Il ert toujours vrai que les fénateurs fur leurs
fieges , gardoient entr'eux un ordre de préféance ,
pris de la dignité de la magiftrature qu'ils avoient
auparavant remplie. Lorfque Cicéron en parle , il
iudique cet ordre. C'étoit aufu celui que gardoient
les magiflrats en fe plaçant , & lorfqu'il s'agifî'oit de
propoler leur opinion , chacun dans Ion rang & à fon
tour.
Quelques favans conjecturent que les édiles , les
tribuns 6c les quefîeurs, étoient affis fur des bancs
fcparés ; avec cette ditrérence , que ceux des rragif-
trats curulcs étoient un peu plus élevés que les au-
tres. Il femblc que Juvcnal indique cette différence
dans {^.fuiirejx. 62. contre celui qui veut faire voir
qu'il a une dignité curulc. Ces bancs étoient en quel-
t[ue forte femblables à nos petites chaifes fans dof-
fier. Suétone, dans fa vie de Claude, c.j:jr/zy. dit que
quand cet empereur avoit quelque grande affaire à
propofer zn fénat , il s'affeyoit fur un banc des tri-
buns , placé entre les chaires curules des deux con-
fuls. Mais il falloit aufTi qu'il y eût d'autres bancs
longs , de manière que plulieurs fénateurs pouvoient
S E
s'y placer ; car Cicéron rapporte , dans fes êpït. fa-
mil, iij.c). que Pompée appelloit les décifions dujénar^
le jugement dis longs bancs , pour le diiimgucr des
tribunaux particuliers de jullice.
Indépendamment de la diverfité des bancs , &des
places allignées à chaque ordre de fénateurs , l'un
des membres de ce corps augufte étoit toujours
diftingué des autres par le titre de prince du fénat.
Cette'^difiincfion , qui avoit commencé fous les rois,
eut lieu dans tous les tems de la république. On vou-
lut conierver cette première forme établie par le
fondateur de Rome , qui s'étoit refervé en propre
le choix & la nomination du principal fénatcur , qui,
dans fon abfence & dans celle des rois, devoit pré-
lider dans cette affemblée ; le titre de prince 6x\ fénat
étoit dans les règles , & par voix de conféquence
donné à celui dont le nom étoit placé le premier dans
la lille de ce corps , toutes les fois que les cenfeurs
la renouvelloient. On eut attention de le donner
toujours à un fénateur confulaire , qui avoit été re-
vêtu de la dignité de cenfeur. On choififlbit l'im de
ceux que fa probité &fafagefre rendoient recomman-
dable ; & ce titre étoit tellement refpeûé ,que celui
qui l'avoit porté étoit appelle de ce nom par préfé-
rence à celui de quelque autre dignité C|ue ce fût ,
dont il fe feroit trouvé revêtu. Il n'y avoit cepen-
dant aucun droit lucratif attaché à ce titre , & il ne
donnoit d'autre avantage , qu'une autorité qui fem-
bloit naturellement annoncer un mérite fupérieur
dans la perfonne de ceux qui en étoient honorés.
Mais voyei Prince du sénat.
Le fénat étant affemblé , les confuls ou les magif-
trats qui en avoient fait la convocation par leur au-
torité , prenoient avant tout les aufpices , & après
avoir rempli les devoirs ordinaires de la religion par
des facrifices & des prières , ils étoient dans l'ufage
de déclarer le motif de la convocation de cette affem-
blée , & de propofer les matières des délibérations
de ce jour. Par préférence à tout , on cxpédioit d'a-
bord & fans délai les affaires de la religion & qui
concernoient le culte des dieux. Lorfque le conful
avoit foumis à l'examen quelque point , on le difcu-
toit ; s'il étoit queftion de rendre im décret , il difoit
fon opinion à cet égard , & parloit aufTi long-tems
qu'il le vouloit ; 11 demandoit enfuite les opinions
des autres fénateurs , en les appellant par leurs noms,
& fuivant l'ordre dans lequel ils étoient placés ; il
co.nmençoit par les fénateurs confulaires , & conti-
nuoit par les prétoriens.
Originairement on étoit dans l'ufage d'interroger
le prince àa fénat le premier; mais bientôt on ne fe
conduifit plus ainfi , & cette politeffe fut accordée à
quelque vieux fénatcur confulaire , diftingué par fes>
vertus , jufqu'aux derniers tems de la république ,
que s'introduifit la coutume fixe de donner cette
marque de refpe£f à fes parens , à fes amis particu-
liers, ou il ceux que l'on croyoit vraiffemblablement
d'un avis conforme h (es propres vues & à fes fenti-
mens fur la queffion propofée.
Quelque ordre que les confuls obfervaffcnt , en
demandant les opinions le premier de Janvier , ils le
gardoient pendant tout le refte de l'année. C. Céfar ,
d la vérité , fe mit au-deffus de cette règle & en
changea l'ufage ; car quoiqu'il eût au commence-
ment de fon confulat interrogé Craffus le premier ,
cependant ayant marié fa fille à Pompée , dans le
cours de cette magiffrature , il donna cette marque
de prééminence à fon gendre ; politeffe dont il fit
enfuite excufe au fénat.
Cet honneur d'être interrogé d'une manière ex-
traordinaire , & par préférence à tous les autres fé-
nateurs du même rang, quoique d'âge &de nobleffe
plus ancienne , paroît ne s'être étendu qu'à quatre
ou cinq perfonnages confulaires. Tous les autres fé-
s E
nateurs étoient interroges iliivant l'ancienneté de leur
èoe ; cette méthode étoit généralement obfervée
pendant l'année , jufqu'à l'éleftion des confuls fui-
Vans , qui le l'aifoit d'ordinaire vers le mois d'Aoûr.
De ce moment jusqu'au premier Janvier , en conlé-
quence d'un ufage conftamment fuivi , on deman-
doit aux confuls dcfignés leurs avis , avant de le de-
mander aux autres fcnatein-s.
Comme ils étoient follicités de parler fuivant leur
rang , il n'étoit auffi permis à perfonne de le faire
avant fon tour, à l'exception des magiftrats , qui fem-
blent avoir eu le droit de parler dans toutes les occa-
fions , & toutes les fois qu'ils le croyoient nccefl'aire;
c'efl: par cette raifon fans doute qu'ils n'étoient pas
interrogés en particulier par le conful. Cicéron dit ,
à la vérité, que dans certaines occafions il fut inter-
rogé le premier de tous les fénatcurs privés ; ce qui
veut dire que quelqu'un des magilîrats avoit été in-
terrogé avant lui ; mais alors ils l'étoient par le tri-
bun du peuple qui avoit convoqué l'aflemblée , &
qui donnoit naturellement cette préférence aux ma-
giflrats fupérieurs qui s'y trouvoient préfens. Mais
on ne trouve point qu'im conful interrogeât d'abord
quelqu'autre qu'un fénateur confulaire , ou les con-
fuls défignés.
Quoique chaque fénateur fût obligé de dire fon
avis , lorfque le conful le lui demandoit , il n'étoit
cependant pas reftreint à la feule queftion qui fe dif-
cutoit alors ; il pouvoit pafler à quelqu'autre ma-
tière , la traiter au/ïi longuement qu'il vouloit ; &
quoiqu'il pût dire librement fon avis , lorfque c'étolt
fon tour ,\cfcnat ne s'occupoit pointa le réfuter ,&
ne traitoit pas cette queflion épifodique , à moins
que quelqu'un des magillrats ne la propolât dans la
même affcmblée. Ils avoient feuls le privilège de de-
mander qu'on opinât fur quelque queflion , ainfi que
le droit de renvoyer celle qui fe traitoit. Toutes les
fois qu'un fénateur donnoit fon avis , il fe levoit de
fon fiege , & demeuroit debout jufqu'à ce qu'il eût
achevé de parler ; mais quand il ne failoit que fe
ranger à l'avis des autres , il demeuroit a fa place.
Les magiflrats , dans la même féance , avoient la
liberté de propofér des avis différens , & de traiter
différentes queftions dans lefénat. Si par hafard on
vouloit remettre fur le tapis quelque affaire d'impor-
tance , & que les confuls eufîent négligé de la pro-
pofér , ou qu'ils fufTent éloignés de le faire , l'ufage
étoit que lejénat , par certaine acclamation , & qui
devenoit générale, excitoit à la propofér ; & lorf-
qu'ils refufoient de le faire , les autres magiflrats
avoient ce droit , même malgré eux.
Si quelque opinion propofceà VatÇemhlée du fé/iat
renfermoit différens chefs , dont les uns pouvoient
être approuvés & les autres rejettes , c'étoit encore
l'ufage de demander qu'elle fût divifée ; quelquefois
d'un accord unanime , & par un cri général de l'af-
lemblée exprimé par ces mots , divide , divide ; ou fi
dans la difcufTion des affaires il y avoit eu différens
avis , fi chacun de ces avis avoit été appuyé par un
nombre confidérable de fénateurs , le conful , fur la
fin , étoit dans l'ufage de les rappeller tous , pour
que lefénat traitât féparément chacune de ces opi-
nions ; mais en même tems ce magiflrat préféroit ,
félon qu'il lui paroiffoit convenable , l'opinion la
plus favorable à la fienne; il fupprimoit alors , ou ne
parloit pas de celle qu'il defapprouvoit. Dans le cas
toutefois où il ne paroiffoit ni difficulté ni oppofition,
on rendoit le décret fans demander & fans donner
les avis h cet égard.
Quand une queflion avoit été décidée par le fcru-
tin , on fcparoit les parties oppofécs dans les diffé-
rens côtés de la curie ou lieu d'affemblée ; ce que le
conful ou magiflrat qui préfidoit en fon abfence, fai-
foit de cette manière : « Que ceux qui font de tel
S E N
$
» avis , pafTent de ce côté ; & que ceux qui penfent
» différemment j paffent de celui-ci >». L'avis que le
plus grand nombre de fénateurs approuvoit s'cxpri-
moit dans un décret qui d'ordinaire étoit conçu dans
les termes didés par le premier de ceux qui avoient
traité la queflion, ou par le principal orateuren fa-
veur de cette opinion; lequel, après avoir dit tout
ce qu'il croyoit propre à la rendre agréable au fé-
nat , terminoit fon difcours dans la forme du décret
qu'il vouloit obtenir. Ce décret qu'on nomnioityè;^^-^
iufconfidu , étoit toujours foufcrit par un nombre
confidérable de fénateurs, en témoignage de leur ap-
probation particulière. Voye^^ Sénatusconsulte.
La république ayant été opprimée par Jules-Çéfar,
il formoit tout feul les fénatufconf ultes , & les fouf-
crivoit du nom des premiers fénatcurs qui lui ve*
noient dans l'efprit. Lefénat(e vit fans fondions, fans
crédit & fans gloire. Enfuite fous le règne des em-
pereurs, ce même/e/2flr, jadis fi rcfpeftable, tomba
dans la fervitude la plus balîe. Il porta l'adulation juf*
qu'à encenfer les folies de Caligula, & jufqu'à décei *
ner des honneurs exceffifs à Palias affranchi de Claude.
Pline le jeune parlant de l'état de ce corps immédia-
tement avant le règne de Trajan , avoue qu'il étoit
toujours muet; parce qu'on ne pouvoit y dire fans
péril ce qu'on penfoit & fans infamie ce qu'on ne
penfoit pas. Mais j'ai cru devoir me borner à crayon-
ner l'hiftoire dufénat dans le tems de fes beaux jours;
le ledleur peut confulter les favans qui ont le mieux
approfondi cette matière , Manuce , Sigonius , Hot-
man , Zamoléus , & récemment MM. Midleton èc
Chapman , dans de petits ouvrages pleins de goût ,
de recherches & de précifion. (Ze chevalier de Jau-
COURT.)
Sénat des cinq cens, ( ////?. d'Jthhies.') fénat
d'Athènes, lorfque cette ville eut été divifée en dix
tribus. Onélifoittous les ans dans chaque tribu cin-
quante hommes qui tous enfemble compofoient le
jénat des cinq cens. Ce fut Solon qui l'inflitua , & qui
établit que chaque tribu aurolt tour-à-tour la prc-
féance dans l'aflemblée, & la céderoit fucceffivc-
ment à la fuivante. Qç. jénat étoit compofé de pry-
tanes , de proëdres & d'un épiflate. Voye^ Épis-
TATE, Proedre 6" Prytane. (Z>. /.)
SÉNAT DES QUATRE CENS, {Hifl. d' Athlms.') an-
cien jaiat d'Athènes , lorfque cette ville n'étoit di-
vifée qu'en quatre tribus. On élifoit dans chaque
tribu cent hommes qui tous enfemble compofoient
Iq Jcnat des quatre cens. Ce fénat dura jufqu'à Solon
qui inflitua le fénat des cinq cens dont nous avons
parlé. {D. J.)
SÉNAT DE Venise, (ffijl. de Fenife.^ Foyei Prb-
GADI. {D. /.)
SÉNATEUR ROMAIN, (^Gouvemem. de Rome.)
membre du fénat de Rome , c'efl-à-dire , de ce corps
augufle qui étoit l'appui, le défenfeur & le confer-
vateur perpétuel de la république. On efl avide de
favoir quel étoit le nombre des membres d'un corps
qui tenoit dans fes mains les rênes d'un fi puiffant
empire, qui régloit toutes les affaires avec les étran-
gers , & qui dans fon luflre préfidoit à toute la terre.
On demande à quel âge on pouvoit AevcniT fénateur,
quelle qualité de biens ils dévoient avoir aux ter-
mes de la loi, quels étoient leurs devoirs, les hon-
neurs de leur charge , &: leurs privilèges ; tâchons
de fatisfaire à toutes ces queflions curieufes.
Quant au nombre des fénateurs .^ l'opinion géné-
rale efl qu'il fut borné à 300, depuis le tems des
rois jufqu'à celui des Gracques ; mais on ne doit
pas prendre cette fixation à la rigueur, parce que
quelquefois ce nombre peut avoir été moindre ; <k.
dans le cas d'une grande diminution imprévue, on
completoit de nouveau les places vacantes par une
promotion extraordinaire. Ainfi, comme lenombsc
6 S E N
tles ma<^irtrats augmentoit dans les ncxivclles con-
ouctes cie la république, &: dans les accroiliemens
Gu'elle tallbit à Ion domaine , de mcme le nombre
2qs lenatiurs a dii varier; & par plufieurs accidens,
ex^oicQ à des vuidos. Le didlatcur Silla , lorfque ce
corps fe trouva comme épuilé par les prolcrjptions
& les f.ierres civiles, créa 300 membres en une
leule fois. Il les prit de l'ordre cqueltrc. Cette aug-
mentation fit probablement monter le nombre entier
des lenateurs i\ environ 500. Il paroît que le lonat
s'cil maintenu dans cet état juiqu'à la ruine de la
liberté par Caïus Cciar; puifque Ciccron dans un
récit cu'il t'ait d'une affaire pariiculierc , dit à Atti-
cus , que 4 1 5 finattws y avoient affifté, ce qu'il ap-
pelle \e plan fînat.
Lcsanciens auteurs nous indiquent clairement qu'il
ctoit néceflaire d'avoir un certain âge pour ctrey^'-
natcur^ quoiqu'aucun d'eux ne nous ait précifémcnt
marqué quel devoir être cet âge. Il fut tîxc par les
lois fous le règne de ServiusTuUius, à 17 ans pour
entrer dans le fervice militaire; & chaque citoyen,
■ au rapport de Polybe , étoit obligé de fervir dix ans
dms les guerres, avant que de pouvoir prétendre
i\ aucune magiilraîure civile. Ce qui fert à déter-
miner l'âge auquel on pouvoit demander la quefture
ou le premier grade des honneurs , c'eft-à-dire l'âge
^c i8 ans; or comme cette magiftrature donnoit en-
trée dans le fénat , la plus grande partie des favans
paroît avoir fixé l'obtention du rang de finauur à
l'âge de 28 ans.
X la vérité quelques écrivains, d'après Tautorité
de Dion CafTuis , ont penfé que l'âge d'admiifion
dans ce corps étoit de 25 ans; ne faifant pas atten-
tion que Dion ne rapporte ce fait que comme une
règle propofée à Auguile par fon favori Mécène ;
mais à en juger par l'ufage de la république en ces
derniers tcms , l'âge pour être quefteur, ainfi que
pour vtrcjinaîcnr, étoit de 30 ans accomplis , parce
que Cicéron qui déclare dans quelques-unes de fes
oraifons , qu'il avoit obtenu les honneurs de la répu-
blique, fans avoir efTuyé aucun refus , chacun de ces
honneurs dans fâge requis par la loi , n'obtint en
eflét la quefture qu'à 30 ans paffés; 6c lorfque Pom-
pée flit créé conful d'une manière extraordinaire à
i'âoe de 36 ans, fans avoir palTé par les grades infé-
rieurs, Cicéron obferve à cet égard qu'il fut élevé
à la plus haute magiftrature, avant eue les lois lui
permifîént d'obtenir les moins confidérables; ce qui
regarde l'édilité qui étoit le premier emploi , ap-
pelle proprement magifirature ^6c qui ne pouvoit être
obtenu qu'après un intervalle de cinq ans entre cette
charge 6c la quefture.
Mais l'opinion que nous adoptons, femble confir-
mée par la difpofuion de certaines lois , que donnè-
rent en divers tems les gouverneurs de Rome aux
nations étrangères, fur les rcglemens de leurs petits
fénats. Par exemple, lorfque les Halaifins, peuples
de la Sicile, eurent de grandes conteftations entr'eux
fur rélecticn Ags Jinatturs ^ ils requirent le fénat de
Rome de les diriger à cet égard; 6l le préteur Caïus
Claudius leur envoya des lois & des réglemens con-
venables. L'im de ces réglemens étoit, que l'on ne
put devenir yf/7^««/- avant l'âge de 30 ans , Se qu'on
ne reçût perlbnne qui exerçât quelque métier , ou
qui n'eut une certaine quantité de biens. Scipion
prefcrivit les mêmes lois au peuple d'Agrigcnte.
Enfin, Pline fait mention d'une loi donnée en pareille
occafion aux Bythinicnspar Pompée le grand. Cette
loi défcndoit la réception dans le fénat avant l'âge
de 30 ans : elle ordonnoit de plus, que tous ceux
qui avoient exercé une magiftrature, fuftent confé-
qucmment admis dans ce corps. Ces divers régle-
mens indiquent d'une manière affez claire la fource
«loni ils étoicnt émanés , & prouvent que le magif-
S E
N
trat romain avoit naturellement donné aux autres
peuples les ulagcs établis dans la république.
Cicéron prétend que les lois pour régler l'âge des
magifîrats, n'étoient pas bien anciennes ; qu'on les
fit pour mettre un frein à l'ambition dcmclurée dos
nobles, & rendre tous les citoyens égaux dans la
recherche des honneurs ; &C Titc-Live nous apprend
que L. Villius, tribun du peuple , fut le premier qui
les introduifit , l'an de Rome 573 , ce qui lui fit don-
ner le furnom à^annain. Mais bien du tems avant
cette époque, on trouve que ces lois &: ces ufages
avoient lieu à Rome , dans l'enfance même de la
république. Par exemple, lorlque les tribuns furent
inftitués, les confuls déclarèrent dans le fénat, que
dans peu de tcms ils corrigerolent la pétulance des
jeunes nobles, au moyen d une loi qu'ils avoient pré-
parée pour régler l'âge àc^ j'en a tcms.
Il y avoit une autre qualité requife, & regardée
comme néceft"aire A wnfiiuitcur. On cxlgeoitun fonds
de biens confidérablc pour le maintien de cette di-
gnité , & cette quantité de biens étoit établie par les
lois. Mais on ne trouve en aucun endroit le tcms
de cet établiflcmcnt , ni à quelle lomme ces biens
dévoient monter.. Suétone elt le premier des auteurs
qui en ait parlé, & qui nous apprend que la quo-
tité des biens étoit fixée à 800 feflcrces avant le
règne d'Augufte ; ce qui luivant le calcul de la mon-
noie angloife , monte de fix à fepî m. Ile liv. Cette
fomme,ainfi que quelques auteurs l'ont prétendu,
ne devoit pas être regardée comme nnt rente an-
nuelle, mais comme le fonds des b;ens à\\n fcna-
tcur, fonds réel, appartenant en lui en propre & cf-
timé ou évalué par les cenleurs. Celte quantité de
biens paroîtra peut-être trop peu confidérable , &
on ne la trouvera pas proportionnée au rang & à
la dignité d'un fénaieur romain. Mais on doit fiiire
attention que c'étoit la moindre quantité de biens
qu'on pût avoir pour parvenir à ce gr^de. En effet,
lorfquïl arrivoit que les fenauurs polfédoient moins
que cette fomme , ils perdolent leur place dans le
fénat.
D'ailleurs , quelque peu confidérable que paroifte
aujourd'hui cette proportion de biens, 'il eft certain
qu'elle fuffifoit pour maintenir un fcnateur convena-
blement à fon rang , fans qu'il fût forcé de s'occuper
de quelque profelfion vile & lucrative , qui lui étoit
interdite par la loi. Mais la conftitution en elle-mê-
me ne paroît pas avoir été bien ancienne , ce qu'on
peut ailé.ment fe perfuader , puifque dans les pre-
miers tems, le principaux magiftrats étoient tires, de
la charrue. Corn. Rufinus, qui avoit été diûatcur &
deux fois conful , fut chafl'é du fénat l'an de Rome
43 3 , par le cenfeur Ç. Fabricius , parce qu'on trou-
va dans fa maifon des vafes d'argent du poids de dix
livres. On ne donnoit donc pas alors dans l'éledioa
A\in fénatcur ,\^ préférence à la quantité des biens.
Nous voyons en eft"et Pline fe plaindre de la vicilïï-
tude des tems , & déplorer le changement qui s'étoit
introduit dans le choix à.esJtnateuTs,àfis juges & des
magiftrats qu'on élifoit , félon le calcul de leurs biens,
époque à laquelle on commença de n'avoir plus d'é-
gard au vrai mérite.
Cicéron dans une de fes lettres écrites lors de Tad-
miniftration de C. Céfar , rend un témoignage aftiiré
de la quotité des biens que devoit avoir un fcnateur;
il prie un de fes amis, qui avoit alors du crédit, d'em-
pêcher que certaines terres ne foient enlevées par
les foldats à Curtius , qui fans (es biens ne pourroit
conferver le rang de fcnateur , auquel Céfar l'avoir
lui-même élevé.
Ce n'étoit pas affez zuxfénateurs d'avoir une cer-
taine quotité de biens ; il falloit encore qu'ils don-
nafiént un exemple de bonnes mœurs à tous les ordres
de l'état ; mais indépendamment de cette régidarité
s E
de ifnœiirs qu'on &xigeoit d'eux , Cic Jron nous parle
encore des devons auxquels ils étoicnt affujcttis; l'un
de ces devoirs , ctoit l'obligation d'eîre affidu. La
liberté qu'ils avoient d'aller à la campagne , dans les
intervalles d'une afiemblce à Fautre , ayant dégénéré
en abus , les confuls leur déti.-ndirejit dans plufieurs
eirconllances de s'abicnter de Rome plus de trois à
la fois , & de s'éloigner de manière qu'ils ne puficnt
revenir dans le jour. Le fécond devoir confuioit à ne
parler qu'à fon tour. La troifieme règle de difcipline
étoit de ne pas étendre fon avis au-delà des bornes ;
mais cette règle eut fouvent fes exceptions. Au refle,
un pnateur perdo'it fon état lorfqu'il fe dégradoit lui-
même , en montant fur le théâtre , ou en del'cendant
dans l'asene.
Il arrivoit auiîl que les illufires membres d'un con-
fei! fuprème , qui tcnoiî dans fes mains les renés d'un
aufii puilîant empire , qui regloit toutes les affaires
avec les étrangers , &i qui dans fon luftre préfidoit à
toute la terre , étoit regardé partout , avec la plus
grande diftin£tion. Nous voyons en effet , que plu-
fieurs d'entr'eux avoient fous leur protedHon paf ti-
culicre , des rois , des viiles & des nations.
Cicéron rendant compte des avantages cVvinférza-
teiir fur les membres des autres ordres de la républi-
que , dit qu'il avoit l'autorité & Tétat dans Rome ,
le nom & la faveur chez l'étranger. Il jouifToit du pri-
vilège de prendre place dans les affemblées des fénats
des provinces alliées à la république. Quelle efl la
ville, ajoute Cicéron , dans les parties les plus éloi-
gnées de la terre , quelque puifianîe & quelque libre
qu'elle foit , quelque rudelTe & quelque barbarie
qu'elle puifTe avoir ; quel eft le roi qui ne fe falTe un
plaifir d'accueillir & de bien traiter chez lui unfJna-
teur du peuple romain ? ;
Parmi les membres de cet ordre feulement , on
choififlbit tous les ambaffadeurs , & ceux qu'on em-
ployoit dans les états étrangers ; &. lorfqu'ilb avoient
quelque raotifparîiculierde voyager au dehors, même
pour leurs propres intérêts , ils obtenoient du fcnat
le privilège d'une légation libre. Ce privilège leur
civjnnoit le droit d'être traités partout avec les hon-
neurs dus à un ambaffadeur , & d'être fournis pen-
dant leur route d'une certaine quantité de vivres ,
&: de choies qui pouvoient leur être néceffaireSjainfi
qu'à leurs gens. De plus , pendant tout le tems qu'ils
réfidoient dans les provinces de la république , les
gouvernevirs de ces provinces étoient dans l'ufage
de leur donner les licleurs qui lesprécédoient. S'ils
avoient quelque procès , ou quelque diicufTion d'in-
térêt dans ces provinces , il paroît qu'ils jouiffoient
du droit de demander leur renvoi à Rome. .
»I1- n'ctoient pas moins difîingués des autres ci-
toyens dans cette capitale , par des privilèges & dis
lionneurs particuhers ; puifque dans les fêtes & les
jeux publics ils avoient des places qui leur étoient
affignées ilans le Jieu le plus commode & le plus ho-
norable. Lorfqu'on offroit des facrifices à Jupiter, ils
jouiffoient feuls du droit de donner des fêtes publi-
ques dans le capitole , revêtus de leurs habits de cé-
rémonie , ou des habits propres aux charg,cs qu'ils
avoient exercées.
Ils étoient d'ailleurs diftingnés des autres citoyens
par les ornemens de leurs habits ordinaires , ainfi que
par leur tunique , par la matière , & la forme de leurs
îoulicrs , dont les anciens auteurs rendent compte.
L'ornement de leur tunique étoit le laticlave. Voyc^^
Laticlave.
La forme de leurs foulicrs étoit particulière , &
différente de celle des autres citoyens. Cicéron par-
lant d'un certain Afmius , qui , dans le defordte gé-
néral caufé par la mort de Céfar , s'étoit introduit
dans le fcnat , dit que voyant la cour ouverte , il
changea de chauilure , &: devint tout d'un trait /tf-
E H
7
nàviir ; cette différence confifloit dans îa f:ouieur <
dans la forme , & dans rorncnient de ces i'ouliers.
Leur couleur étoit noire, tandis que ceux- des autres
citoyens n' avoient pas une couleur particulière , &
qu'elle dépendoit de leur fanîaifie. La forme en étoit
en quelque lorte femblable à nos brodequins. Ils
remontoient jufqu'au milieu de la jambe, amfi qu'on
le voit dans quelques flatues antiques , & dans des
bas-reliefs , & ils étoient ornés de la figure d'une
demi-lune , coufue & attachée fur la partie de de-
vant , près la cheville du pié.
Plutarque dans fes queflions romaines , donne di-
verfes raifons de cette figure emblématique. Mais
d'autres auteurs difent que cela n'avoit aucun rap-
port avec la lune , quoiqu'il parût que la figure le
dénotât , mais qu'elle fervoit leulement à exprimer
la lettre C, comme un figne numératif, & comme
la lettre initiale du mot ccntum , nombre fixe à^sfé-
nnuurs dans leur première inllitu.tion par Romu-^
lus.
La toge & la robe à\\n finateur or 6\n^\rQ , ne dlf"-
féroient point de celle des autres citoyens; mais les
confuls , les préteurs , les édiles , les tribuns , &ci,
portoient toujours dans l'année de leur magiftiature,
la prétexte , qui étoit -iine robe bordée d'une bande
de pourpre ; & e'eft auffi l'habit que tout le refre du
fénat qui avoit déjà rempli les grandes charges , por-
toit aux fêtes & aux folemnitcs.
Dans les commencemens de la république , îeS
finauuTs n'ofoient quitter en aucun lieu les marques
diltinûives de leur rang ; mais dans la fuite on ie n"é-
ghgea fur ces bienféances refpeftables. C'eft à cette
époque qu'il faut rapporter le trait fatyrique de Ju-
vénal contre \<is finatiurs de fon tems : il dit qu'ils
aiment à paroître tous nuds en plein fénat , parce
que la folie eft moins honteufe que la moUeffe. Le
luxe vint encore au fecours de l'indécence, & l'aima-
ble fimplicité des premiers romains fut entièrement
bannie ; nous laifiérons-là le tableau de CQsfénateuis
efféminés, plus immodeftesque les courtifanes: nous
nous fommes propofé de ne préfenter aux yeux des
lefteurs que l'hiftoire d'un corps augufte , digne de
nous être tranfmife,lorfque ce corps au comble de fa
çloire & de fon pouvoir , étoit également vertueux
& libre dans fes délibérations. (le chiralUrDEJAU^
COU,RT.')
SÉNATEUR pÉdaire , {Hi(î. rom.^ Ce nom fut
donné aux chevaliers qui entrèrent dans le fénat, pour
lesdiûm^iier des finateurs d\m rangfapérieur,qui lui-
vant les commentaires de Gabius Bazius , avoient le
privilège de venir au fénat en voiture. Pline , hijî.
nat. L VU. c, xluj . nous apprend que cet honneurfm-
gulier fut accordé à Métellus , qui avoit perdu la vue
pour fauver d'une incendie le palladium dépofé au
temple de Vslta. Les féndunts pLialns furent ainll
nommés , parce qu'ils ne parloient point , &C qu'ils
exprimoient leurs fuffrages , s'il y avoit unc<livilion
dans l'affcmblée , en paffant du côté de ceux dont
ils approuvoient l'avis. Ainfi pour faire allufion à cet
ufage , qui femble toutefois avoir entièrement ceffo-
dans les derniers tems de la république, cette partie
du fénat qui ne difoit pas fon avis , fut toujours qua-
lifiée du nom depcdalrc. Il eft aifé de le voir dans le
rapport que fait Cicéron à.Atticus , de certaines dif-
nutes , ti d'un décret du fénat à cet égard ; il dit que
cela fut fait par le concours général d^s pcd.iircs f
quoique contre l'autorité des confulaires. (/?. /-)
Sénateurs de Pologne , {Hift. moJcrne.) c'eft
ainfi que l'on nomme en Pologne les grands du royau-
me qui forment un corps de i 28 peribnnes, delhné
à mettre des bornes à l'autorité royale & empêcher"
le monarque d'empiéter fur les droits de fês lujets*
!On diftingue les jcnatcurs en grands &c en petits. Les
grandsyc/zd/iari font, i*'. vinjjt-trois palatini ou way-
3
natiurs
8 S E N
•vrodcs , c'cft-à-dire , gouvernairs de province.^ ; i°. les
trois calUUans de Cràcovlc , de Vilna , 6i deTroki;
le ilarortc de Samogitie. Les 29 autres fi-
s'appellent petits finattuis ^ quoique Ton
compte parmi eux des archevêques , des évoques 6c
d'autres perlonnes tmincntes par leurs di^jnitcs &
leur nallTance.
Ce ibnt les fèrutmrs qui forment en Pologne l'al-
feniblcc , que l'on nommç feriatus-conjiltum.
SÉNATEUR DE SUEDF. , {Hij}. de Suéde.) Itsféna-
tettrsde Suéde font des pcrfonnes de qualité & de mé-
rite , qui aident fa majclté fuédoife h gouverner le
royauine , Ck de qui le roi prend l'agrcm^ent , pour
toutes les grandes atfaircs qu'il fouhaite d'entrepren-
dre. Entre les /'inatairs , il y en a cinq qui font tu-
teurs du prince pendant fa minorité , 6c k qui dans
les réiblutions des diètes , on a donné le titre de
gouverneurs du royaume. Mais en général les fenateurs
ibnt appelles les fenateurs du roi 6- du royaume. Leur
nombre fut autrefoit rixéà i 2,enfaite à 14, & main-
tenant ils'étcnd à 40. Leurs charges ne font ni vénales,
ni héréditaires; quand on leur parle , ou qu'on leur
écrit , on les traite A\xcel!ence. (^D.J.)
SENATUSCONSILIUM, {Hijî.mod.) on défi-
gne fous ce nom en Pclogne l'aiTcmblée des fena-
teurs du royaume, dans laquelle, au défaut de la
diète , on délibère fur les affaires de l'état.
SÉN.ATUS - CONSULTE romain , ( Couver, de
Rom'..') fenatus-confiiltutn ; décret , délibération , ar-
rêt du fénat romain fur quelque quefiion , quelque
point de droit , quelque fait , ou quelque règlement
concernant l'état. Voyons comment fe formoient ces
décrets , & quelle en étoit la force.
Un décret du fénat étoit toujours foufcrit & at-
tefté par un nombre confidérable de fenateurs , qui
avoienî voulu intervenir à tout ce qui avcit été fait
pour y ajouter leurs noms, comme un témoignage
de l'approbation particulière qu'ils donnoient à cette
affaire , ainfi que du refpeft pour la perfonne , par
l'autorité, ou en faveur de qui ce décret avoit été
rendu.
Ces foufcriptlons ou fignatures étoient appellées
les autorités àcsfénatns-confultes , Si telle étoit leur
forme , in feitatu fuerunt CCCLXXXLLL. on met-
toit les noms des fenateurs , celui de la tribu dont ils
étoient. ^oye{ le décret du fénat rapporté dans fa
véritable forme dans une lettre de Célius à Cicéron ,
alors proconlul de Cilicie.
Lorfque l'on découvroit que le fénat étoit difpofé
à rendre un décret , il dépendoit de quelqu'un des
tribuns du peuple d'Jntcrpofer fon autorité , & de
renvcrfer ci un feul mot tout ce qui avoit été réfolu
par la fimple oppofition, fans en rendre aucun raifon.
La loi générale de ces interventions , étoit que cha-
que magiftrat eût le pouvoir de s'oppofer aux a6tes
de fon collègue, ou des magiftrats qui lui étoient fu-
bordoniTés. Les tribuns avoient encore la prérogative
de s'oppofer aux aâes des autres magiftrats, quoique
perfonne ne fût en droit de contredire les leurs.
Mais dans tous les cas où les déterminations du fé-
nat étoient renverfées par la fimple oppofit-ion d'un
tribun , ce dont on trouve des exemples fans nom-
bre , fi le fénat étoit unanime dans fes fuffVages , 6z
qu'il fiit difpofé à rendre le décret , on fe lervoit d'u-
ne formule ordinaire , & le décret changeoit de nom;
il étoit appelle Vuuiorité dufinat.
On le mettoit alors dans les regiflres de ce corps ,
quoiqu'il ne fervît qu'ii rendre témoignage de la fa-
çon de penfcr du fénat fur cette queition particulière,
èç à faire retomber fur le tribun qui l'avôit empêche
la haine de l'oppofition faite à un afte avantageux.
Ainfi pour tenir chaque magirtrat éloigné d'une con-
duite tadicufc dans des affaires d'importance , ceux
qui étoient d'avis de rendre le décret 3 y ajoutoient
S E N
que fi quelqu'un fongcoit à s'y oppofer , on le regnv-
deroît comme ayaat travaillé contre les intérêts de la
république.
Cette claufe néanmoins fcrvoit rarement à mettre
un frein ;\ rentreprilc des tribuns , accoutumés à faire
leur oppoiition avec la m.ême liberté que dans lesoc-
cafions les plus indifférentes. Les fenateurs les moins
confidérables , les faflieux &c les chefs de parti ,
avoient encore différens moyens d'empêcher ou de
renvoyer un décret fous plufieurs prétextes & par les
obftacles qu'ils y mettoicnt. Tantôt par des fcrupu-
les en matière de religion, ils fuppofoient que les au-
gures n'éîoient pas favorables , & qu'ils n'avo'.tnt
pas été pris légitimement, ce qui étant confirmé par
les augures , rctardoit l'affaire pour quelques jours ;
tantôt ils inliftoient fur quelque prétendu paffage dos
livres fîby llins , qu'il falloit alors confulter , & qu'ils
intcrprétoient félon leurs vues.
Ainfi , dans une contedation qui s'éleva fur la pro-
pofition faite de remettre le roi Ptolomée fur le trône
d'Egypte, le tribun Caton qui s'y oppofoit, rapporta
quelques vers des livres fibyllins , qui avertiffoient
de ne rétablir fur fon trône aucun roi d'Egypte avec
une armée, ce qui fit qu'on décida dans cette occa-
fion qu'n étoit dangereux de donner à ce roi une ar-
mée pour rentrer dans fon royaume.
Mais la m.éthode la plus ordinaire d''cmpêcher la
décifion d'une affaire , étoit celle d'employer le jour
entier à parler deux ou trois heures de fuite, de fa-
çon qu'il ne refiât pas affcz de tems ce jour-h\. Oa
trouve dans les anciens auteurs des exemples de cette
conduite ; & lorfque quelqu'un des magiih'ats les plus
féditieux abufoit trop ouvertement de ce droit contre
le penchant général de l'affemblée , les fenateurs
étoient alors fi impatiens, qu'ils lui impofoient filen-
ce , pour ainfi dire , par la force ; & ils le troubloient
de telle manière par leurs clameurs , leurs huées , &C
leurs fifîlemens , qu'ils l'obligeoient à fe défiiter.
Il efl probable que les lois exigeoient la préfence
d'un certain nombre de fenateurs pour rendre un acte
légitime , & donner de la force à un décret , puif-
qu'on s'oppofe quelquefois aux confuls pour avoir
pourfuivis des décrets fubreptices fecrétemcnt dans
une aiTembiée qui n'étciî pas affez nombreule ; &
nous y voyons que le fénat avoit renvoyé quelques
affaires , lorfqu'il ne s'étoit pas trouvé un nombre
fuffifant de fenateurs pour la décider. Ainli , lorfque
dans une affemblée qui étoit imparfaite , un des fe-
nateurs avoit deffein d'empêcher le jugement de quel-
que affaire , il intimoit le conful de compter le fénat,
en lui adreffant ces mots, numera fenatum , comptez
les fenateurs.
On ne voit à la vérité dans aucun des anciens att-
teurs qu'il fallût un nombre déterminé de fenateurs ,
fi ce n'eft dans un ou deux cas particvdicrs. Par exem-
ple , lorfque les bacchanales furent défendues à Ro-
me, on ordonna que perfonne n'osât les céltbrer fans
une permilfion particulière accordée à cet effet par
le fénat , compolé au-m.oins de cent fenateurs ; &
peut-être dans ce tems , étoit-ce le nombre jufle &:
requis dans tous les cas , & lorfque le fénat n'étoit
compolé que de trois cens perlonnes ? Le fenatus-
con,ulte dont nous parlons fut fait dans le temple de
Bellone , l'an 568 de Pcome , fous le confulat de Pof-
thumius ,'& de Q. Marins Philippus. Qçfénatus-con-
fulte eff en ancienne langue ofque. On le trouvera
rapporté en entier dans Vhifloire de la jurifprudence
romaine , par M. Terraffon.
Environ un fiecle après, lorfque le nombre des
fenateurs augmenta, & fut porté jufqu'à 500, Caïus
Cornélius , tribun du peuple , donna lieu à l'établif-
fement d'une loi , qui ôtoit au fénat le pouvoir d'ab-
foudre qui que ce fût de l'obligation des lois, fi 200
fenateurs au-moins n'avoient été préfens au décret
d'exemptioiî.
s E N
d'exemption. Ce Cornélius voulut rétablir la jurif-
prudcnce dos premiers tems de la république , fui-
vant laquelle le Icnat n'accordoit point dedirpenle ,
où la claufe de la faire agréer au peuple ne tut infér-
rée. Cette claufe , qui n'étoit plus que de llyle , nc-
glii^ée incme depuis quelque-tcms dans les difpenfcs,
dont un très-petit nombre de fénateurs s'étoient ren-
dus les maîtres , déplaifoit au fénat. Il fut cependant
forcé après une pénible réfilîance , l'an 688 , fous le
confulat de L. C. Calpurnius Fifo , d'accueillir cette
loi dans les comices. On fit en mcme tems dcfenfes
à celui qui auroit obtenu la dif])enie , de s'oppoler à
ce qui en feroit ordonné par le peuple , lorlque le
décret d'exemption lui feroit rapporté.
Aorès tout, il eft affez difficile de décider quel
nombre de fénateurs étoit requis pour porter un y^-
natus-confuUe. Les anciens auteurs ne nous en ap-
prennent rien exaâ:ement, & par conféquent nous
ne faifons que deviner. Denys d'Halicarnaffe a écrit
qu'Augufte voyant que les lénateurs étoient en petit
nombre, régla qu'on pouvoir porter à^^ femnus-con-
fultes ^ quoiqu'il n'y eût pas 400 lénateurs préfens.
Anciennement, dit Prudence , il n'étoit pas permis
déporter àt J'cnaïus-confuLes c^vHil n'y eût 300 pè-
res confcrits du même fentiment ; mais ce palîage
paroît plutôt fe rapporter au nombre des avis qu'au
nombre des fénateurs. Il efl cependant certain qu'il y
avoltun nombre fixe de fénateurs néceffaires pour les
fcnatus-confulus ; car, comme je l'ai remarqué, tout
fénateur qui vouloit empêcher de porter Aq jena-
tui'confulus , pouvoit dire au conlul , compui^ les
jhiatturs.
Les décrets du fénat éîolent d'ordinaire lus & pu-
bliés dès qu'ils avoienr été rendus , & l'on en dépo-
foit toujours une copie authentique dansletréfor pu-
blic , qui étoit au capitole , au lieu où l'on voit à pré-
fent le palais àx confervateur.
Sans ce préalable, on ne les regardolt pas com-
me des décrets valides , & rendus lelon la forme des
lois : lorfque l'affaire dont on traitoit dans le jour
étoit finie , le conful ou quflqu'autre magillrat, qui
avoit convoqué l'afTemblée, étoit dans l'ulage de la
féparer , & de la rompre par ces paroles , pcns conf-
crits , il n'eft plus befoin de vous retenir ici , ou bien
il n'y a plus rien ici qui vous retienne.
Il ell encore bien difficile de dire précifément
quelle étoit la force des décrets du fcnat. Il efl cer-
tain qu'ils n'étoient pas regardés comme des lois ;
mais il paroît qu'originairement , ils avoient été ren-
dus dans l'objet de préparer la loi dont ils étoient
comme le fonds & la bafe principale. Ils avoient une
elpece de force & d'autorité provifionnelle, jufqu'à
ce que le peuple eût fait une loi félon les formes pref-
crites & ordinaires ; car dans tous les fiecles de la
république on ne fit jamais aucune loi fans le confen-
tement général du peuple.
Les décrets duyc'/z^/ regardoient principalement la
partie exécutrice du gouvernement, la deflination
des provinces à leurs magiftrats , la quotité des ap-
pointera cns des généraux. Ils portoient auffi fur le
nombre des foldats qu'on leur donnoit à comman-
der ; fur toutes les aSfaircs imprévues, & de hafard,
fur lefquelles on n'avoir fait aucun règlement , & qui
en requéroient un ; de forte que l'autorité de la plu-
part de ces décrets , n'étoit que paflagere & momen-
tanée; qu'ils n'avoient ni force ni vigueur , fi ce n'efi:
dans les occafionS particulières , & pour lefquelles
ils avoient été faits. Mais quoiqu'en rigueur ils n'euf-
fent point force de loi , ils étoient cependant regar-
dés comme obligatoires , & l'on y obéiiîbit.
Tous les ordres des citoyens s'y foumettoient ,
jufqu'à ce qu'ils cufleut été annuités par quelqu'au-
tre décret , ou renverlé par l'établillement de quel-
que loi. Il eft vrai que le refpcûqu'cnavoitpour eux,
ToimXF,
S E N 9
étoit plutôt la fuite d'un ufage reçu , & venoit plus
de l'eilime générale des citoyens pour l'autorité de
ce confeil fuprème , que de quelque obligation priie
de la tbrme du gouvernement, puifquedans les tems
les plus reculés , lorsqu'il nailfoit quelque difficulté
fur un décret particulier, nous trouvons que les con-
fuls auxquels l'exécution en étoit confiée , & qui
ne vouloient pas leur donner force de loi , fe fon-
doient fur ce qu'ils étoient faits par leurs prédécel-
feurs , & donnoient pour ralfon que les décrets du
fénat ne dévoient avoir lieu qu'une année feule-
ment , & pendant la durée de la magiflrature de ceux
qui les avoient rendus.
Cicéron dans un cas pareil , lorfqu'il plaidoit la
caufc d'un de fes clicns qu'il défendoit furie mépris
qu'il avoit marqué pour un décret An fénat ^ déclara
que ce décret ne devoit avoir aucun effet , parce
qu'il n'avoit jam.ais été porté au peuple pour lui don-
ner l'autorité d'une loi. Dans ces deux cas , quoique
le conful & Cicéron ne diffent rien qui ne iivx. affé-
rant , & qui ne convînt à la nature de la caufe, ils le
difoient cependant , peut-être plus par néceffité , &
à raifon de l'intérêt particulier qu'ils y avoient , qu'ils
ne l'auroient fait dans d'autres circonlîances ; les
confulslefaifoient pour éviter l'exécution d'un ade
qui ne leur plaifoit pas ; & Cicéron pour la défen-
fe d'un client qui lé trouvoit dans le plus grand
danger.
Mais véritablement dans toutes les occafions , les
magiftrats principaux, foit de Rome, foitdu dehors,
paroifîl-nt avoir eu plus ou moins de relpeft pour les
décrets Aw fénat ^ félon qu'ils étoient plus ou moins
avantageux <i Icvn- intérêt particulier ; à leur penchant
ou au parti qu'ils avoient embrallé dans la républi-
que. Dans les derniers tems , lorfque le pouvoir fu-
prème ufurpé par quelqu'un de ces chefs , eut fur-
monté tous les obftacles , & eut mis à l'écart toutes
fortes de coutumes & de lois , dont le maintien & la
confervation pouvoit nuire à leurs vues ambitieufes ,
nous trouvons que les décrets àx\ fénat étoient trai-
tés avec beaucoup de mépris par eux & par leurs
créatures , tandis qu'ils avoient à leurs ordres une po-
pulace fubordonnée , auffi corrompue que prompte
à leur accorder tout ce qu'ils demandoient , jufqu'à
la ruine entière de la liberté publique. ( Le. ChevalUr
DE JaVCOURT.)
SÉNATUS CONSULTEyèfre/ , {Hif. rom.") fenatus-
conjultiim tac'itum. C'étoit une délibération fecrette,
à laquelle les anciens fénateurs feulement étoient
d'ordinaite appelles dans les premiers tems de la ré-
publique.
C. Capitolinus nous apprend que cet ufage éma-
noit de la néceiîité publique, lorfque dans quelques
dangers prefTans de la part des ennemis , le fénat fe
trouvoit forcé de prendre de prompts expédiens ,
qu'il falloit employer avant que de les divulguer ,
& qu'on vouloit tenir cachés à fes meilleurs amis.
Dans ces fortes d'occafions , le fénat formoit un dé-
cret tacite. Pour y parvenir , l'on excluoit alors de
l'afTemblée les greffiers ; & les fénateurs fc char-
geoient eux-mêmes de leur emploi , afin que rien ne
tranfpirât au-dehors. On voit dans les tems les plus
recidés de la répubUque divers exemples de ces afl'em-
blées fecrettes , où n'affiftolent , &: ne pouvoient
être admis que les vieux fénateurs. Ces afîemblées
convoquées par les confuls, fe tenoient dans leurs
propres maifons , ce dont les tribuns faifoient de
grandes plaintes. Voye\ Denys d'HalicarnafTe , /. X,
c. xxxx , /. XI. c. Iv. &c. (Z?. y.)
SÉNATUS - CONSULTE MACEDONIEN, {Hiftoire
rom.^ c'étoit \\n fénatus-confuUi , par lequel il étoit
ordonné que toute adion fiit déniée à celui qui prê-
teroit de l'argent à un fils en puiflance de père. Ce
fénatus-confuUi n'efl point reçu en pays coutumier ,
B
lo s E N
& les cnfans de famille le peuvent valablement obli-
ger pour prêt d'argent, s'ils l'ont majeurs; &: s'ils
îont mineurs , ils peuvent recourir au bcncrice de
rellitutions. (/?./.)
Sknatus-consulteVelléifn, {Drohcourum.)
c'eft par ce Jïr.atiis-conJ'utu (\\\c les femmes ne peu-
vent pas s'obliger \'alablemcnt pour d'autres ; en
forte que fi elles le ibnt chargées de quelque obliga-
tion contradéc par une autre pcrlbnne , comme 1er-
vant de caution ou autrement, elles ne peuvent être
valablement pourlliivies , pour railbn de telles obll-
cacions. Ce finatus-confulte a été long - tems obfervé
dans toute la France ; mais ibus Henri IV. par un
cdit du mois d'Août 1 606 , la dilpofition fut abrogée ;
cependant on l'a conCervée en Normandie , où le
cautionnement des femmes eft nul de droit. (Z). 7.)
SENAU , r. m. {M.irinc. ) barque longue , dont les
Flamans le fervent pour la courle , & qui ne portte
que vingt-cinq hommes.
SEND , ( Giogr. mod. ) ce terme des géographes
orientaux , dcfigne le pays qui efl: au-deçà de l'occi-
dent , & au-del.\ ù l'orient du fleuve Indus. Ils difent
que le pays de Scnd a à l'orient celui de Hend , qui
eft la partie des Indes de deçà &: de delà le Gange. Ils
le bornent i\ l'occident par les provinces de Kerman ,
Makeran , & de Segeftan. Ses limites du côté du
ieptentrion font le Touran ou Turqueftan , que nos
géographes nomment Indo-fcythia. Enfin la mer de
Perie le borne en forme de golphe au midi.
SENDO , f. m. ( Phyfiqui & hifl. nat. ) ce mot
fignifieyt'/-/7t'A2/ dans la langue des Abylîins ; ils s'en
fervent pour défigner un vent impétueux qui foufle
en do certains tems avec une telle violence , qu'il ar-
rache les arbres , renverfe les édifices , &: quelque-
fols même fouleve & fait tourner en l'air les quar-
tiers de roches qu'il rencontre. On prétend que l'on
diltlngue à l'œil ce vent qui rafe la terre , & for-
me des ondulations femblables à celles d'un grand
ferpent.
SENDOMIR owSANDOMIR, de Palatinat ,
( Gcogr. mod. ) palatinat de la petite Pologne. Il efl
borné au nord par ceux de Rava , de Mazovic, & de
Lencizca , au midi & au couchant par celui de Cra-
covie , à l'orient par ceux de Lublin & de Rufîle. Il
y a des mines d'or , d'argent , de cuivre , de plomb ,
& de fer. Les fruits qu'on y recueille , font excellens.
Ce palatinat prend le nom de fa capitale , & eft divifé
€n huit territoires. ( Z>. /. )
Sendomir ou Sandomir, ( Géogr. mod.^ ville
de Pologne, capitale du palatinat du même nom , à
l'embouchure du San dans la Vlllule, & à vingt-huit
lieues au levant de Cracovie. C'elt une ville fortifiée ,
&: le fiege du tribunal de la province; les jéfuites y
ont un collège. Les Suédois prirent cette ville en 16 5 5,
& la réduinrent prefque en cendres. Long. 4^ , 5o.
latït. 3c , 2^. (^D. J.^
SÈ^È,fina , f. m. {ff'ft. nat. Bot.) genre de plante ,
dont la fleur efl compolée ordinairement de cinq pé-
tales difpofés en rond. Le piftil de cette fleur de-
vient dans la fuite une fdique prefque plate , courbe
& compoiée de deux membranes , entre lefquelles
on trouve des femences t\\.n relTemblent à des pé-
pins de ralfms , & qui font féparées les unes des au-
tres par de petites cloilons. Tournefort, injî. rei herb.
Voyei Plante.
SÉNÉ, ( Mat. mèd. ) On trouve fous ce nom dans
les boutiques de petites feuilles feches aflez épallî'es,
fermes , pointues en forme de lance , d'un vcrd jau-
nâtre , qui ont une odeur légère & qui n'efl: point dé-
fa.;rcable, d'un goût un peu acre, amer & naufca-
lond.
On nous apporte deux fortes à^féné ; favoir celui
d'Alexandrie, ou fénc de Seyde ou de la paltc, alnfi
appelle du nom d'un impôt que le grand-feigneur a
S E
N
mU fur cette feuille ; &C celui qui s'appelle fénê de
Trlpoly. Outre ces deux fortes de fé/ié , on trouve
encore \ej'cru de Mocha , & Iç/cné d'Italie. Ces deux
dernières efpeces fe trouvent beaucoup plus rare-
ment dans les boutiques, & elles font bien moins ef-
ficaces que les deux précédentes.
Le fcné d'Alexandrie efl celui qu'on doit préférer ,
& qu'on doit choifir récent , odorant, doux au tou-
ché , dont les feuilles font entières &c ne font point
tachées.
Les fruits du fcné (ont auflî en ufage en Médecine;
ce font des goufies oblongues , recourbées , lifTes ,
applatles , d'un vcrd roufsâtre ou noirâtre , qui con-
tiennent des femences prefque femblables aux pépins
de railm, & qui font applatles , pâles ou noirâtres :
c'efl: ce qu'on appelle dans les howûqiies follicules de
fénê.
Les anciens médecins grecs & latins n'ont point
connu leféné ; l'ufage de cette plante eft dû aux Ara-
bes. Seraplon eft le premier qui l'ait fait connoître y
& après lui Mefué. Parmi les nouveaux grecs, Adua-
rlus eft le premier qui en ait fi^it mention , & qui en
ait expofé les vertus. Extrait de Geoffroi , Mat. med.
Les feuilles de fcné contiennent, félon M. Carrheu-
fer , une huile efientielle , mais en très-petite quan-
tité , & une huile qu'il appelle craffius unguinofum ,
& qui eft de l'efpece des huiles végétales que nous
avons appellées beurre ou huile féparable par la dé-
coûion. Foye^ à Vartick Huile.
Cet auteur a retiré environ fept grains de cette
matière d'une once de feuilles de fini. Ces feuilles
contiennent aufTi une partie odorante proprement
dite ; car , félon le même chimifte , elles donnent
une eau diftlUée d'une faveur & d'une odeur nau-
féeufe.
Il paroît que la vertu principale dwféné dépend de
cette partie volatile ; car non-feulement fon goût &
fon odeur annoncent des propriétés médicinales ,
mais il eft^endftre obfervé que leféné eft dépouillé en
très-grande partie de fa vertu , lorfqu'il a été foumis
à une longue ébuUition. Ceci eft affez conforme à
l'opinion la plus répandue ; car on a coutume de ne
donner leféné qu'en infufion , ou d'en employer une
plus grande dofe lorfqu'on veut le faire bouillir , &C
cela préclfément dans la vue de ménager cette partie
mobile, ou de la compenfer. M. Cartheuler dit que
la partie du féné qu'il appelle gomrmufe , c'eft-à-dlre
la partie fixe qu'on en retire par le menftrue aqueux,
eft plutôt diurétique que purgative , & que la partie
réfineufe qu'on en fépare par l'efprit-de-vin , caufe
de vives tranchées, mais ne purge point;. ce qui con-
firme le fentlment commun que nous avons embraffé.
Au refle M. Cartheufer compte encore parmi les
principes médicamenteux d'une infullon de féné ^ fon
huile eflbntielle & fon huile onguincufc ou butynufe ;
mais que ces principes pofTedent ou non une vertu
femblable à celle de l'intlifion du. féné-, il eft siir qu'ils
ne contribuent en rien à l'efticaclté de cette infufion,
puifque cette infufion ne les contient pas. Tout ce
que nous venons de dire des feuilles de féné ; convient
auffi très-vralflemblablement aux follicules.
Les feuilles & les follicules de Jéné fournifTent un
purgatif très-efficace , quoique fon aftion ne folt point
violente : l'une ou l'autre de ces matières fait la baie
des potions purgatives le plus communément ufitées*
On les ordonne dans ces potions depuis un gros juf-
qu'à demi-once. On emploie aufiî quelquefois leféné
en fubftance & en poudre , mais feulement ou du-
moins prefque uniquement dans les élcftualres offi-
cinaux ; car on l'emploie bien quelquefois fous cette
forme dans des remèdes folides maglllraux , mais très-
rarement.
Leféné caufe fouvent des tranchées : on croit que
cet accident eft moins à craindre fi ça a foin de l«
s E N
monder exa£lemenî des queues ou pMituîes clés
tcniHes ; on a taché d'ailleurs de corriger ce mauvais
ciFct eu mêlant avec le fine diverles lubilaiiccs aro-
matiques , fortifiantes ou canr.inatives , comme le
gingembre, le nard , l'anls, le fenouil, ia coriandre,
&c. On la fait infufer encore dans la dcco£lion des
fruits fecs &: fucrés , tels que les raiiins lecs , les fi-
gues , les jujubes , les dattes , &c. ou de quelques ra^
cines fiicrées ou mucilagineufes , comme celles du
pol)pode , de réglifie , de guimauve , tant pour châ-
trer ia trop grande adivitc , que pour mafquer fon
anauvais goùî. Foyei Correctif.
Certains lels , foit alkalis , foit neutres , tels que le
fel de tartre, le nitre , le Ici végétal , le l'el de fei-
gnette, le tartre vitriolé , &c. difTous d'avance dans
la liqueur deflinée à tirer l'infufion du fin J , font re-
gardés comme favorifant l'aflion menfiruelle de ceîre
liqueur, & comme corrigeant le principe dii/^VzJdont
elle f'e charge. Ces deux effets de ces fels font égale-
ment peu confiâtes.
Dans un mémoire de l acadîmie royale des Scieices ,
année lyoi , par M. Marchand, il cû rapporté que
les feuilles de la fcrophulaire acjuatique étant mêlées
en partie égale avec le fine, & infulces er:femble , en
corrioeolent le mauvais goût d'une manière fin "u lie-
re; cette efpece de correûion eift cependant abfblu-
ment hors d'ufage.
C'eft au contraire une pratique très-commune de
mêler aux infufions de fine du jus de citron : cette in-
tiifion , defrinée à être prife en plufieurs verres , &
qui porte alors le nom de cijane royah , eif ordinaire-
ment chargée d'une bonne quantité de jus de ci-
trons.
Il efl obfervé que le/e/?e'efl dangereux dans les ma-
ladies inflammatoires cxqulfes, & fur-tout dans les
hémorrhagies. Il efl: donc prudent de ne pas employer
ce purgatif dans ces cas. On penfe communément que
les foUicules dey^.ie font beaucoup plus foibles que
les feuilles ; &: comme la plupart des malades , &
fur-tout dans les grandes villes , fe font une efpece de
gloire d'être foibles & délicats , tout le monde veut
être purgé avec des follicules ; il feroit même mal-
honnête d'ordonner des feuilles de fine aux per-
fonnes d'un certain rang. Il y a peu d'inconvénient à
fe prêter à leur fantaifie fur ce poiut : les follicules
font réellement im peu moins adives que les feuilles,
mais la différence n'efl pas très-grande. Au refle les
Médecins ont été divifés fur ce problèmic ,fiivoir i'il
falioit toujours préfirer les feuilles de {Lwé^ , o« bien les
follicules.
Les follicules ont eu des partifans d'un grand nom,
tels que Sérapion , Mefué , Aûuarlus , Fernel , &c.
Geoirroi dit que tous les médecins de fon tems étoient
décidés pour les feuilles : le tour des follicules efl re-
venu depuis.
Le féné entre dans le firop de pommes compofé ,
dans celui de rofes pâles compofé; l'extrait panchy-
magogue , le lénitif , le cuholicurn , la confeftion ha-
mech , les pilules /?/ze qnibus ^ la poudre purgative
contre la goutte , ô-c. ( ^ )
SÉNÉCHAL ,f. m. ( Gram. & Jurifprud. ^fenifia-
hii£,fenefialeus,fenefcallus dapifer , efr un ofHcier dont
les fondions ont été différentes félon les tems.
Il paroît que dans l'origine c'étoit le phis ancien
cfTicier d'une maifon, lequel en avoit le gouverne-
ment.
Il y en avoit non-feulem'ent chez les rois & les
grands , mais même chez les particuliers.
Mais on diflinguoit deux fortes de finéchaux , les
petits ou communs , & les grands.
Les premiers étoient ceux qui avoient l'intendance
de la maifon de quelque particulier.
Les grands/eWc/zawj; étoient ceux qui étoient chez
les princes , ils avpiçnÇ l'ÏBtçndançe (Je leur «laifon
S E N
îJ:
en général , &r fmgulicrement de Icilr table ; cit qui
leuriit donner le ïwcQd^dapifcr-.W?, croient à cet égard
ce que l'on appelle aujourd'hui gr.ind maître de là.
maijon chez les princes , ou niakn d'hôtel chez les
autres feigneurs : mais l$s grands fénéchaux ne por~
toient les plats cjue dans les grandes cérémonies »
comme au couronnement du roi , ou aux cours pîc-
nicres ; & hors ces cas , cette fonû:ion étoit laiiTée
aux fénéchaux ordinaires.
Le ^nmdfinéekal ne portoit même que le premief
plat ; 6c l'on voit en plufieurs occafions qu'il fervoit
à cheval : l'intendance qu'ils avoient de lu. maifon du
prince comprenoit l'adminiflration des finances , ce
qui les rendoit comptables.
Ils avoient en outre le commandement des armées ^
&: c'étoient eux qui portoient à l'armée & dans les
combats la bannière du roi , ce qui rendoit ceitâ
place fort conlidérable.
Sous la première race de nos rois , l^s fénéchaux
étoient du nombre des grands du royaume ; ils afîif"-
toient aux plaids du roi , &: fbufcrivoient les chartes
qu'il donnoit. On troitve des exemples qu'il y en
avoit quelquefois deux en même tems.
Il y en avoit auffi fous la féconde & la troifiem.e
race de nos rois. Ils font nomm.és dans les a£tes après
le comte ou maire du palais , & avant tous les autres
grands officiers.
La dignité de maire du palais ayant été éteinte ,
celle de e^rznd-finéchal de France prit la place. Ce
^\-:Anl-finéchal avoit fous lui undxxtvQfinéchal, qu'on
appelloit îiva^lcmznt finéchal de France. Le dernier
qui remplit la place de grandfi?icchal fut Thibaut dit
le Bon , comte de Bloîs Se de Chartres fous Louis Vil,
il mourut en 1 191.
Toutes les chartes données par nos rois jufqu'en
1x62. font mention qu'il n'y avoit point de grand
fénéchal , dapifero nullo , comme fi cette charge
n'eiic pas encore été éteinte , mais feulement vacan-
te :, quoi qu'il en foit , celle de grand-maître de la
maifon du roi paroît lui avoir fuccédé.
Enfin l'une des principales fondions du grand-y?-
nichai étoit Qelle de rendre la jufïice aux fujets du
prince , & en cette qualité il étoit prépofé au-deflus
de tous les autres juges.
Les fouverains qui pofTédoicnt les provinces de
droit 4crit avoient chacun leur finéc/ial; celui d'A-
quitaine avoit fous lui trois fous - fénéchaux , qui
étoient ceux de Saintonge , de Quercy &c du Li-
mo fui.
Lorfque ces provinces ont été réunies à la cou-
ronne , leur premier officier de juflice a confervé le
ûtreAcfinéc/ial ; au-lieu que dans les pays de cou-
tume nos rois ont établi des baillifi , dont la fonûion
répond à celle de fénéchal.
Qaelq\ies-uns prétendent que les fénéchaux de
province & les baillis n'étoient au commencement
que de fimples comaiifTaires que le roi envoyoit
dans les prosànces , pour voir fi la juflice étoit bien
rendue par les prévôts , vicomtes & viguiers. Quoi
qu'il en foit , fous la troifieme race ils étoient érigés
en titre d^ofice ; & depuis Louis XI. n'étant plus ré-
vocables , il; travaillèrent à fe rendre héréditaires.
Ils ont toujours été ofîiciers d'épée , & ont,'
comme les baillis d'épée , -le commandement des
armes ; mais on ne leur a laiifé que la conduite
du ban &^ de l'arriere-ban , on leur a aufTi ôté le ma-
niement des finances , on leur a auiTi donné des lieu-
tenans de robe longud^ pour rendre la jullice en leur
nom. Ils choifilioient eux-mêmes ces lieutenans jui-
qu'en 1491 ; prélentemcnt il ne leur lelle plus de
même qu'aux baillis , que la fc.ince ù l'audience &C
l'honneur que les fentences & contrats paffés fous '
le fcel de la Icncchaufîée font intitulés de leur noir^
Les comtes d'Anjou , les ducs de Normandie ^
Cij
12
S E N
d'Aquitaine, & autres grands loigncuvs, ont aufli eu
leuvs Jir:cc/unx ; cette place ctoit mcMnc hcrcditaire
dans certaines familles nobles. Voyc^ le recueil dis
ordonnances de lu trolfienu race^ Vcdit de Cremicn , ce-
lui de Crepy , Jolv /Loylifiu , le s,lofùri de Ducan-
ge , &: les v;<»/i BÂiLUS, Bailliage. (^A^
SÉN£CHAL AU DUC, {HilUmod.) c'etoit un grand
officier créé par les ducs do Normandie , qui jugeoit
les affaires pendant la celVation de Icchiquier. 11 rc-
voyoit les jugomens rendus par les baillis , & pou-
voir les reformer. Il avoit loin de maintenir l'exer-
cice de la jutllce 6c des lois par toute la province de
Normandie. Par les lettres qui rendirent l'échiquier
îîxe & perpétuel fous Louis XII. en 1499 , il eil por-
té qu'arrivant le décès du Q^rand-JenécLil de Brezc ,
celte charge demeureroit éteinte , 6c que fa jurifdic-
tion leroit abolie. Supp. de Moréri , tornc II.
SÉNÉCHAL d'AnGLF.TERRE , (Hijl. d' Angleterre.)
le s^rznd-jënécltul d'Angleterre éroit autrefois le pre-
mier officier de la couronne ; mais cette charge fut
lupprimée par Henri IV. parce qu'il en trouva l'au-
torité trop dangereufe. Aujourd'hui l'on en crée un
nouveau ou quand il faut couronner le roi , ou quand
il s'agit de juger un pair du royaume accufé de crimç
capital. ( V. ./. ")
SÉNÉCHAUSSÉE, f. m. {Jurlfprud.) eu la jurif-
dittion du fénéchal, l'étendue de cette jurifdiftion.
•Il y a des fénkhauffees royales & àesfénéckaujfées
feigneuriales : ces cfeux fortes de fénéchaujjées lont
réglées comme les bailliages. Foyei Bailliage. (/4)
SÉNÉCHAUX , {Hiji. mod. ) en France officiers
qui avoient autrefois une très-grande autorité , puil-
qu'elle s'étendoit fur les lois , les armes &: les finan-
ces. Les ducss'étant emparés du pouvoir, d'adminif-
trer la juftice , & ne voulant pas l'exercer en per-
fonne , établirent des officiers pour la rendre en leur
nom & fous leur autorité : ils les appelloient baillis
en certains lieux , &: en A^diWXresfénéchaux. Mais lorf-
que les rois de la troifieme race commencèrent à
réunir à la couronne les villes qui en avoient été
démembrées, particulièrement du tems de Hugues
Capet , ils attribuèrent aux juges ordinaires , c'eft-
à-dire aux baillis &: aux fénéchaux la connoifTance
des cas royaux 6c des caufes d'appel du territoire des
comtes. Sous la féconde race, c'étoicnt des commif-
faires ou mijffi dominici , que les vieux hiftoriens ap-
pellent mcjjagèl-s , qui jugeoient ces caufes d'appel
dévolues au roi. Ainft ces baillis &C fénéchaux ^(ous la
troifieme race , flirent revêtus non- feulement du pou-
voir des commiiTaires royaux ou mij/i dominici, mais
ils fuccéderent en quelque forte à toute l'autorité des
ducs ôc des comtes , enforte qu'ils avoient l'admi-
nlftration de la juftice , des armes & des finances. Ils
ju^eoienL en dernier reflbrt , ce qui a duré julqu'au
tems où le parlement fut rendu fédentaire fous Phi-
lippe le Bel. Avant cela , on ne remarque aucun ar-
rêt rendu fur des appellations des jugemens pronon-
cés par les baillis ou fénéchaux : mais toutes les
charges étant devenues perpétuelles par l'ordon-
nance*de Louis XI. les baillis 6i. fénéchaux non-con-
tens de n'être plus révocables , tâchèrent encore de
devenir héréditaires. C'eft pourquoi les rois appré-
hendant qu'ils n'ufurpaffent l'autorité fouveraine ,
comme avoient fait les ducs ÔC les comtes , leur ôte-
rent d'abord le maniement des finances , ôc cnfuite le
commandement des armes en établiflant dc^ gouver-
neurs. On leur laiffa feulement la conduite de l'ar-
riere-ban , pour marque de Iwir ancien pouvoir. It
ne kur refte que la fimple léance à l'audience , &
l'honneur que les lentences & contrats font intitulés
en leur nom. Lorfque le fénéchal eft préfent , fon
lieutenant prononce , monfuur dit , 6c lorlqu'il eft
^^Icnt , nous difons. La plupart des fénéchauflees ont
été réunies fucceffivement à la couronne. Les pre-
S E
mlers rois de la troifieme race n'avoient même con-
fervé fous ce titre que Paris , la Beauce , la Sologne ,
la Picardie , & une partie de la Bourgogne. Le féné-
chal de Bourdcaux eft grand-fénéchal de Guyenne.
La Provence eft divifée en newï fénéchaujféc s fous un
grand-lénéchal. II y a un fénéchal particulier dans
chaque lénéchauftec. François de Roye , in tract, de
miffi dominici ; Piganlol de la Force , nouv. defcrip,
de la France ;fupplém. de Moréri , tome II.
SENEÇON , f. m.fenecio , (Hifi. nat. Bot.) genre
de plante à Heurs en fleurons profondément décou-
pée , portés lur un embryon , 6c foutenus par un ca-
lice d'une feule feuille , qui eft d'abord cyliadrique
& découpé en plufieurs parties, ôcqui prend cnfuite
une forme conique. L'embryon devient dans la fuite
une femence garnie d'une aigrette ; alors le calice
eft communément replié en-deflbus. Tournefort,
inp. rei herh. Foye^ PLANTE.
Entre les quatre efpeces de ce genre de plante, la
petite eft connue de tout le monde ; c'eft \e fenecio
minor vulgaris C. B. P. iji. I. R' H. ^56. en anglois ,
the commonjmall grounJfcL
Cette plante a une pe^te racine fibrée , blanchâ-
tre ; elle poufle même une ou plufieurs tiges à la hau-
teur d'environ unpié , rondes , cannelées , creufes
en-dedans , quelquefois rougeâtres , rameufes , ve-
lues dans de certains endroits expofés au folcil,
chargées de feuilles oblongues d'un verd obfcur ,
découpées , dentelées , rangées alternativenient, at-
tachées par une bafe allez large fans queues , Se ter-
minées par une pointe obtufe. Les fommités de la
tige & des rameaux portent des fleurs en bouquets,
compofées chacunp de plufieurs fleurons jaunes, dif-
pofés en étoile , & foutenues par un calice d'une feule
pièce , avec cinq petite^ étamines à fommets cylin-
driques dans leur milieu. Après que leurs fleurs font
tombées , il leur fuccede plufieurs graines ovales ,
couronnées d'aigrettes longues , qui forment toutes
enfemble une tête blanche.
Cette plante croît par-tout dans les champs , le
long des chemins , dans les vignes , dans les jardins,
aux endroits fablonneux & expofés au foleil ; elle fe
reproduit continuellement , ôc refte verte toute l'an-
née : elle fleurit dans toutes les faifons , même en hi-
ver , ôc eft déjà vieille au printems. (Z). /.)
Séneçon , ( Mat. méd. ) cette plante eft fort peu
ufitée intérieurement ; plufieurs auteurs affùrent
pourtant que fa décoftlon purge légèrement , ôc:
même qu'elle fait vomir. Mais encore un coup , le
feneçon eft abfolument inufité pour l'intérieur.
Son ufage le phis ordinaire eft d'entrer , ôc même
aflez mal-à-propos , dans la décoûion pour les clifte-
res appelles émolUens ; car le feneçon ne peut pas
être proprement appelle émollient. Voye^ Emol-
LIENT.
On le fait entrer aufîl quelquefois dans les cata-
plafmes réfolutifs' ÔC maturatifs ; mais il poflTede la
vertu réfolutive dans un degré aflez foible. (^)
SENÉE, adj. (^Gram. & Littér.) nme fcnée , terme
de l'ancienne poéfiefrançoKe ; c'eft une forte d'acrof-
tiche , où tous les mots commencent par une même
lettre , ardeur , amour , adorable , angelique. DiclTon,
de Trévoux.
SENEF ou SENEFFE, (^Géog.mod.) village des
Pays-bas dans le Brabant , à deux petites lieues de
Nivelle vers le midi. Ce village eft célèbre par la ba-
taille qui s'y donna le 11 Août 1674, entre M. le
prince de Condé ôc le prince d'Orange , depuis roi
d'Angleterre. Cette bataille fut afFréufe , ou plutôt
ce fut l'aflemblage de plufieurs grands combats. On
rapporte qu'il y eut «nviron 27000 corps d'enterrés
dans un elpace de deux lieues. Les François fe van-
tèrent de la viftoire , parce que le champ de bataille
leur refta j mais les alliés prirent dans cette campa-
s E N
gne depuis le jour de la bataille, Dlnan, Grave &
Huy. {D.J.)
SÉNÉGAL, LE ROYAUME DE, {Géog. mod.) OU
royaume de Sénéga ; royaume d'Afrique dans la haute
Guinée ., le long du fleuve Sénégal , où il s'étend l'ef-
pace d'environ 40 lieues. Son roi tributaire d'un au-
tre , s'appelle hrac , mot qui veut dire , roi des rois ;
mais ce louverain n'efl: qu'un miférable , qui le plus
fouvent n'a pas de mil à manger , & qui pille les vil-
la<:;es de ion domaine , efcorté par une centaine de
coquins qui font fes gardes. Ses fujets ne valent pas
mieux ; ilsfe volent réciproquement, & tâchent de
fe vendre les uns les autres aux Européens qui font
commerce d'efclaves fur leurs côtes. Leurs maifons,
comme celle de leur roi , font de paille & d'entrela-
cemens de palmier, fans portes, ni fenêtres, & n'ayant
■qu'un trou pour ouverture. Le bas de ces chaumières
elt un plancher de lable, où l'on enfonce à mi-jambe.
Leurs lits fonts faits de quantité de petits bâtons joints
cnfemble par deux cordes , à-peu-près comme une
claie. Quant aux produftions de ce pays & aux au-
tres détails qui le regardent , je renvoie le ledeur à
Vhifloirc naturelle du Sénégal ^ par M. Adançon ; elle
efl imprimée à Paris, //2-4°. 2 vol. ZMtcfig. (Z). 7.)
S É N É G A L , //t; , ( Géog. mod. ) autrement îk de
Saint-Louis par les François ; petite île d'Afrique , à
l'embouchure de la rivière de Sénégal ^ à deux lieues
au-deflbus de la grande île de Bifeche, & environ à
trois quarts de lieue au-deffus de VHlet aux Anglois.
Les François y bâtirent un fort dans le dernier fiecle,
■& c'étoit-là le principal comptoir de la compagnie
dite du Sénégal. Cette petite île qui n'a pas une lieue
de circuit, efl à i 5 ^. 57. de latitude feptentrionaïe ,
au milieu de la rivière de Sénégal. (Z?. /.)
SÉNÉGAL, riv/ere de^ ( Géog. mod. ) rivière 4'Afri-
que. Elle prend fa fource dans le milieu de la Nigri-
lie , coule vers le couchant , forme à fon embouchu-
re la petite île de Sénégal , & vient fe rendre dans
l'Océan , après un cours de trois à quatre cens lieues.
Cette grande rivière fépare les Maures ou bazanés
d'avec les Nègres ; de façon que d'un côté du fleuve
ce font des maures jaunâtres , & de l'autre, des
hommes parfaitement noirs ; les premiers font errans
& libres ; les Nègres font fédentaires, & ont des rois
qui les font efclaves. Les Maures font petits, maigres,
d'un efprit fin & délié : les Nègres font grands , gras,
fans génie. (Z>./.)
SÉNÉGAL, gomme du , ( Hifl. des drogues exot.^
gomme entièrement femblable à la gomme arabique.
On l'appelle gomme du Sénégal , parce qu'on l'appor-
te de la province des Nègres , fituée fur le bord du
fleuve Sénégal. On en trouve préfenîement une gran-
de quantité dans les boutiques, & en plus grands
morceaux que la gomme arabique ; mais on ne fait
pas de quel arbre elle découle, à moins que ce ne foit
de quelque efpece d'acacia. On en vend fouvent des
. morceaux blancs & tranfparens , pour la véritable
gomme arabique; on ne peut les en diftinguer en au-
cune manière ; & ces gommes ne paroifTent point
différentes pour les vertus & les qualités. Les Nègres
fe nourriilent fouvent de cette gomme dilïbute &
bouillie avec du lait. Geoffroy. (^D. J.^
SENÉKA , LE , ( Botan. exot. ) on l'appelle en
anglois the rattle-fnake-root , racine de ferpentA fon-
nettes ; c'eft la racine de polygala de Virginie , dont
on doit la connoiffance à M.Téinnint , médecin écof-
fois.
Au commencement de 1738 , l'académie des
Sciences de Paris reçut une lettre de ce médecin , par
laquelle il lui faifoit part de fes obfervationsàla côte
de Virginie fur Tufage de la racine d'une plante
nommée /énéku , ou feroka dans le pays , & qu'il
avoir , difoit-il, employée avec beaucoup de fuccès
pourla-guériibn des maladies inflammatoires de la
S E
lî
poitrine. M. Teinnint joignit à fa lettre le deffein
de la plante , & environ une demi-once de cette ra-
cine qu'il avoit fi heureufement mis en ufas;e , tantôt
en fubflaiîce à la dofe de trente-cinq grains (ce qu'il
répétoit plufieurs jours de fuite ) , tantôt en infufion
à la dofe de trois onces bouillies dans deux pintes
d'eau , dont il donnoit au malade trois cueiilerées
par jour.
Gronovius & Miller nomment la plante , polygala.
virginiana , foliis alternis , intcgerrimis , racemo termi-
nairice ereclo , Gron. flor. virg. polygala virginiana ,
foliis oblongis ,jloribusin thyrfo candidis ., radice alexi-
pharmacd , Miller. Sa racine efl: vivace , longue d'un
demi-empan ou d'un empan , de la groffeur environ
du petit doigt , plus ou moins , félon que la plante
efl; plus ou moins avancée, tortueufe, partagée en
pluiicurs branches garnies défibres latérales, & d'un
côté faillantes , qui s'étendent dans toute fa lon-
gueur ; elle eil jaunâtre en-dehors , blanche en-dft-
dans , d'un goût acre , un peu amer , & le germe efl:
aromatique.
Les tiges qui en partent, font nombreufes; les
unes droites , & les autres couchées fur terre , me-
nues, jaunâtres , Amples, fans branches, cylindri-
ques , lifles , foibles , & d'environ un pié de lon-
gueur. Ces tiges fojit chargées de feuilles ovales ,
pointues, alternes, longues d'environ un pouce,
lifles , entières; elles deviennent plus grandes à me-
fure qu'elles approchent du fommét , & paroiffent
n'avoir point de queue. Les mêmes tiges font termi-
nées par un petit épi de fleurs , clair-femées , fem.bla-
bles à celles du polygala ordinaire , mais plus pe-
tites , alternes , & fans pédicules. On diflingu^a ra-
cine du/énéka par une côte membraneufe , faillante,
qui règne d'un feul côté dans toute fa longueur.
M. Teinnint dans fon efl'ai on the pleurefy , attri-
bue à cette racine non-feulement les qualités diapho-
rétiques , mais encore la vertu de réfoudre le fang
vifqueux, tenace & inflammatoire , celle de purger,
& d'exciter quelquefois le vomifl^ement ; il ajoute
que les Indiens la regardent comme un puiflTant re-
mède contre le venin du ferpcnt à fonnettes.
M. Orry , contrôleur général , ayant fait venir en
France une quantité conlidérable de cette racine, la
fit diflribuer à quelques médecins de Paris , qui en-
chantés de la nouveauté , en rendirent un compte fî
favorable , que l'hiftorien de l'académie des Sciences
appuyé de leur témoignage , mit le Jénéka au rang
des fpécifiques du nouveau monde ; mais cette gloire
qu'on lui attribuoit d'opérer des merveilles dansl'hy-
dropifie & les maladies inflammatoires de la poitri-
ne , s'eft évanouie. Tous les exemples rapportés par
M. Bouvard , un des grands partifans de ce remède,
annoncent d'autant moins fes vertus dans les mala-
dies chroniques , qu'il avoue lui-même qiie de cinq
hydropiques auxquels il a donné le polygala de Vir-
ginie , il n'y en a pas un feul qui ait été guéri radi-
calement. Elle n'a pas été plus efiîcace dans les ma-
ladies inflammatoires de la poitrine. Le médecin écof-
fois parle du polygala de Virginie comme purgeant
légèrement ; & le médecin françois prétend qu'il
purge très-abondamment.
Dans cette contrariété d'avis, il faut que les ex-
périences de l'un ou de l'autre médecin mal faites
nous aient également été données pour des vérités.
Enfin ce nouveau remède a de grands inconvéniens ;
il ne peut être employé à caufc de fon adivité , qu'a-
vec beaucoup de circonfpcdion , fans quoi, il ne
manqueroit pas de caufcr plufieurs défordres dans la
machine, de l'aveu de fes proterteurs ; la chaleur
brûlante qu'il fait fentir à la région de l'efliomac,
lorfqu'on s'en fcrt en bol, prouve qu'il pofl'ede une
âcreté corrofive , & par conléquent dangereufe ,
môme dans les premières voies ; c'en efl allez pour
14 S E N
fcnur la t'.iuflctc clos louantes prcmatwrécs prodj-
giices en 1744 A cotte racine de l'Aménque. (>9. J.)
SENEMBI, r.ni. ( UifL nat. ) nom d'un lézard de
rAmériquc , long d'environ quatre pies , & Inr^e d'un
tlcmi-plo; il eirécaillé , d'un beau verd , marqueté
de taches blanches is: noirâtres ; il a la tête longue
d'environ deux doigts , les yeux grands , vifs, noirs ,
le niuCeau & la langue gros ; les dents petites & noi-
res ; on trouve dans la tète de petites pierres , &i iur-
tout une grolTe dans ion efloinac ; il a le cou gros ik
long ; il a tant de vie qu'il remue après qu'on Ta dé-
pouillé de l'a pciui , 6c qu'on lui a coupé la tctc ; on
nie des pierres qu'on trouve dans la tète , contre la
gravelle ^ le calcul de la veille & des reins.
SÉNESTRÉ , adj. ( t.-rmc de BLifon. ) il le dit d'une
•pièce de l'écu qui etl accompagnée à gauche ou à
Jcnejlrc de qiielqu'autrc. La ville de Narbonne porte
de gueules à la croix patriarchale d'or , fcnejlrcc d'une
clé d'argent. ( D. J. )
SENESTROCHEllE , {terme de BLifon.)\\k dit
de la figure d'un bras gauche qu'on reprélcntc ("tir
l'écu, ëc qui eft oppoi'é à dexti-ochcre, qui le dit du
bras droit. {D. J.)
SÉNEVÉ , f. m. ( Jardinage. ) plante qui produit
une grr.ine appellée alFez ccmmunément la graine de
moutarde , parce qu'elle entre elFedivement dans la
compofition de la moutarde.
Il y a trois fortes de fenevé , fa voir loferievê fauva-
«e, celui des jardins, 6i. unetrolficme forte qui tient
des deux autres. Le/t'/z^-v'^ des deux dernières efpeces
le feme ; celui qui vient dans les jardins , porte une
graine noire qui entre dans la compofition de la mou-
tard^
Il n'eft pas permis aux marchands grenetiers de
faire venir , ni û'expofer en vente du/enevé, à moins
qu'il n'ait été vifité par les jurés vinaigriers , & ne
peuvent même en acheter que quand les Vinaigriers
en font fournis, f^oyei Moutarde & Vinaigrier.
SENIA , ( Gcog. anc. ) ville de la Liburnie , dans
riilyrie. Ptolomée , /. U.c. xvj. la marque fur la cô-
te, entre Velcena & Lopcica. C'efl 'aujourd'hui la
ville de Ségna. { D.J.)
SÉNT'.Z ou SÉNÉS , ( Géog. mod. ) en latin mo-
derne, Sanuium^SanitienJium urbs, &Lc. petite ville,
ou plutôt méchante bourgade de France, en Proven-
ce , fituée dans un terrein froid èz llérile , entre des
montagnes, avec un évêchc à quatre Leues de Digne,
à égale diftance de Callellane , & à quatorze d'Am-
brun. L'évêchè de Séne^ n'eft connu que depuis le
vj. fiecle ; il eft fufFragant d'Ambrun, 6c vaut envi-
ron douze mille livres de rente. La modicité de l'on
revenu a fait qu'on a parlé quelquefois de l'unir à ce-
lui de Vence ; mais elt-il néccflaire que tous les évê-
chés foient riches & confidcrables. Long, de Séne^
■24.. 18. latit. 4.3. S4. {D. y.)
SENGLONS , f..m. terme de galère , pièces de bois
qu'on met à l'intrade de proue 6c l'aifiade de poupe ,
d'un côté & d'autre, & à même dlftance.
SEN-KI , f. m. ( Médecine. ) maladie particulière
au Japon, & fi commune dans ce pays , qu'il n'y a
prefque perfonne qui n'en ait refienti les atteintes;
Le fiege de cette maladie ell dans les muicles & dans
les inteftins du bas-ventre ; elle y caufe des tiraille-
mcns & des douleurs infupportables , furtout dans les
aines & dans les parties voifincs ,oii louvent il fc for-
me des tumeurs & desabfcès. Cernai cruel efi; caufe
par l'ul'age immodéré du facki qui eft une bieretrès-
tôrtc faite avec le ris.
SENLIS , (Gtog. r/iod.) par les Romains Augafio-
magns , Augujlomagiwi, Atrebatum civitas ; ville de
l'ile de France, fur la petite rivière de Nonnette , à
deux lieues de Chantilly, & à dix de Paris. Il y a
dans cette ville fixparoilies, bailliage, prévôté roya-
le, préfidial, élection, grcn'icr àfcl, marécha>iil"ée
S E N
vZ capilaincrie de chaffe. Cette ville eu réglée en
])artie par la coutume de Ion nom , qui fut rédigée
en l'an 1 530, & en partie par la coutume du Vexin
f rancols. Le château où le préfulial tient fes féances, a
été bâti par S. Louis , 6c quelques cnfans de France y
ont été élevés.
L'évêchè de Scn/is c([ fulTragant de Rheims , & a
été établi , à ce qu'on dit, wvs le milieu du iij. fie-
cle. Le chapitre de la cathédrale efl compofc de trois
dignités & de vingt-quatre canonicats; ce chapitre a
le privilège de committimus , par lettres patentes du
mois de Janvier 1550, rcgiltrécs au parlement le 20
Mai 1 560.
.Vc/2//Vefi aujourd'hui un gouvernement particulier
de l'île de France. Elle étoir autrefois de la féconde
Belgique , & les Romains qui l'ont bâtie , lui attri-
buèrent un teri'itoire. Hugues Capet étoit déjà pro-
priétaire de cette ville, lorfqu'il fut élu roi. Longit.
îuivantCafîini, /^. ;^6'. jo. lat. ^c). t2. 26".
Goulan (Simon), un des plus infatigables écri-
vains d'entre les Proteflans, étoit natif de Senlis y &
fut miniftre à Genève. Peu de gens ont exercé cet
emploi aufii long-tems cjue lui, car il fuccédaà Cal-
vin l'an 1564, mourut l'an 1628, âgé de 86 ans, &
il avoit prêché fept jours avant fa mort. Il étoit tel-
lement au fait de tout ce qui fe pafToit en matière de
librairie, qu'Henri lll. defirant connoître l'auteur
qui fe déguifa fous le nom de Stephanus Junius Bru-
/K.v,pour débiter fa doclrine républicaine, envoya
un homme exprès à Simon Goulart, afin de s'en in-
former ; mais Goulart qui favoit en effet tout le my-
ftère , n'eut garde de le découvrir.
La Croix du Maine vous indiquera pluficurs tra-
duftions françoifes compofées par notre feniifien.
Ajou^ez-y la vcrfion de toutes les œuvres de Séne-
que , '& les méditations hiftoriques de Camérarius.
Scaliger efiimoit beaucoup les ouvrages de M.
Goulart. Son Cyprien efl fi bien & fi joliment tra-
vaillé, dit-il, que je l'ai lu tout d'une haleine. .Quand
il ne metîoit pas ion nom à vm livre , il le defignoit
par ces trois lettres initiales S. G. S. qui vouloient
dire , Simon Goulart fenlijien. C'efl: à cette marque que
le P. Labbe croit, avec raifon, l'avoir reconnu pour
l'auteur des notes marginales , & des fommaires qui
accompagnent les annales de Nlcetas Chômâtes , dans
l'édition de Genève 1593.
Pajot ( François ) , plus connu fous le nom du poè-
te Liniere, étoit furnommé de Ion tems V athée de Sen-
lis. Il étoit bien fait de fa perfonne, & né avec d'a-
gréables qualités. Il avoit de l'efprit , de la vivacité
éc du talent pour la poéfie aifée ; mais fatyrique, li-
bertin, débauché. Il acheva de fe gâter par la crapu-
le. Il ne réuifiifi'oit pas mal à des couplets fatyriques,
& fur-tout à des chanfons impies , ce qui fit que Def-
préaux lui dit un jour , </w'i/ n avoit de fefprit qui con-
tre Dieu.
Madame Deshoulieres , qui prend quelquefois le
parti des mauvais poètes, s'eft efforcée autant qu'el-
le l'a pu, de juftifier Liniere du reproche d'irréligion
& de libertinage , quoiqu'il eût entrepris une criti--
que abominable du nouveau Tefiament. Voici les
propres vers de cette dame.
On le croit indévot , mais , quoique Von en die ,
Je crois que dans le fond Tirfis n efl pas impie.
QjLoiquil raille fouvent des articles de foi ,
Je crois quil efl autant catholique que moi. . . .
Ce dernier vers ne donneroit pas une haute idée de
la catholicité de la belle mufe françoife; mais Linie-
re lui-même n'en ■avoue pas tant dans fon propre por-
trait, où il s'explique ainfi fur les fentimens qu'il
avoit de la religion.
La lecture a rendu mon efprit affe^ fort
Contre touds les peurs que Von a de la mort ;,
s E N
Et me. rdîglon na rien qui m'embarraffc ;
Je nie ris du J crapule , & je hais la grimace , &c.
Il mourut en 1704 , âgé de 76 ans. On volt de lui di-
verics pièces dans les volumes de pocfies chollles ,
imprimées chez Serci. Il en court auiTi beaucoup de
manulcrltes. (/?. /.)
SENNAR, ROYAUME DE , ( Géog. tnod.') royau-
me d'Afrique , dans la Nubie au midi , borné à l'oueft
par celui de Sudan. Ge royaume, autrefois tributaire
de l'empereur des AbyfTins , eil aujourd'hui dépen-
dant du roi de Fungi. Les peuples de cet état ont le
vifage noir, les lèvres épaifles & le nez écrafé. Les
femmes riches font couvertes d'une toile de coton.
Leurs cheveux font treffés , & chargés comme leurs
bras, leurs jambes & leurs oreilles, d'anneaux d'ar-
gent , de cuivre , de laiton , ou de verre de diverfes
couleurs ; mais les pauvres filles n'ont rien de tout
cela , & n'ont pour vêtement qu'une petite pièce de
toile , depuis la ceinture jufqu'aux genoux. Les en-
fans vont tout nus. La chaufl'ure des hommes & des
femmes confifre en une fimple femelle attachée aux
pies avec des courroies ou des cordons. Les chaleurs
du pays font infuportables depuis le mois de Janvier
jufqu'à la fin d'Avril ; elles font fulvies de pluies
abondantes qui durent trois mois,& qui infeûent
l'air. Les habitans vivent de pain fait d'une graine
appellée dora. Leurs maifons font de terre, baffes &
couvertes de feuillages. Le palais de leur roi eft en-
touré de murs de briques cuites au foleil. Ce prince
eft vêtu d'une robe de foie , & ceint d'une efpece d'é-
charpe de toile de coton. Il a fur la tête un turban
blanc , & paroît toujours en public ayant le vifage
couvert d'une gaze de foie. On tire du royaume de
Senna des dents d'éléphant , du tamarin , de la pou-
dre d'or & des efclaves. Sa capitale , ou plutôt la feule
ville de ce pays s'appelle Sennar. Foye^en l'article,
Sennar , ( Géogr. tooJ.) ville d'Afrique , capitale
du royaume de môme nom , fur une hauteur , au cou-
chant & près du Nil. Ses maifons n'ont qu'un étage
& font mal bâties ; celles des fauxbourgs ne font que
de méchantes cabanes faites de cannes : mais la fitua-
îion de la ville eft très-favorable, &tous les vivres y
font à grand marché. Long. 60. 24. latit. feptentrio-
nale , fulvant les obfervations du P. Brevedent', / j . 4.
(Z?./.)
SENNE, (Pèche.') VoyeiSEinv-. 6* Seinette.
Senne , la , {Géog. mod.) rivière des Pays-bas.
Elle prend fa fource dans leHainaut, entre le Roeulx
& Soignes, coide à Soigueis, à Halle, à Bruxelles, à
Vilvorden , à Helléin , Bc de-là elle va fe perdre dans
la Dyle , à une grande lieue au-deffus de Malines.
{D.J.)
SENONES , (Géog. a/zc.) 1°. Peuples de la Gaule
Celtique ou Lyonnolie , vers l'embouchure de l'Yon-
ne. Ptolomée , lih. II. c. viij. nomme leur capitale
Jgedicum ou Agendicum , aujourd'hui Provins.
2°. Peuples d'Italie dans la Gaule Cifpadane,fur le
bord de la mer Adriatique. Ces peuples gaulois d'o-
rigine, ne s'étoient point avifés de paffer les Alpes,
aux quatre premières migrations des Gaulois fous
Bellovèfe.Ilsn'y penferent qu'environ 2,00 ans après,
à la follicitatlon d'Aruns qui vouloit fe venger de
Lucumon. Celui-ci parmi tous les peuples de la Gaule
Celtique, choifit les i'cV/o/îo/i , peut-être parce que
leur pays étolt moins épuifé d'hommes; pulfque les
Sénonois n'avolent point fulvi Bellovèfe. Il leur van-
ta l'abondance dont ils jouiroient en Itahe , & leur fit
goûter du vin qu'il en avolt apporté. Les Sénonois fe
déterminèrent à le fuivre, oL leur armée fut très-
nombreufe.
Après avoir paffé les Alpes , ils n'attaquèrent point
les Cekes, mais alle;-cnt fç jctter fur l'Umbrie, qui
S E N
15
n'a voit encore été que peu entamée. Ils s'y établi-
rent , félon Polybe & Tite-Live , depuis l'Utcus juf-
qu'à r^fis, & depuis la mer Adriatique jufque vers
l'Apennin. Ils mirent environ fix ans à cet éîabllne-
ment. Au bout de ce tems, & de l'année de Rome
36Z , Aruns les condulfit devant Clufmm, pour affié-
ger cette place , où fa femme & fon raviffeur s'é-
toient enfermés. Les Romains Inquiets du voifinage
de ces peuples , offrirent de terminer le différend à
l'amiable par leur médiation; cette médiation fut re-
jetîée.
Les ambaffadeurs romains, de pacificateurs étant
alors devenus ennemis , les Sénonois qui s'en apperçu-
rent , en envoyèrent demander juftice à la république ;
& comme elle refufa de leur donner la fatlsfadion
qu'Us exlgeolent , ils marchèrent droit à Rome. Ils
défirent , chemin faifant, l'armée romaine & entrè-
rent quelques jours après dans Rome , qu'ils pillè-
rent & reduifirent en cendres , à l'exception du ca-
pitole qu'ils tentèrent inutilement d'emporter ; &
dont la réfiftance facilita aux Romains le moyen de
chaffer à la fin leurs ennemis.
Environ 100 ans après cette grande expédition,
les Sénonois furent, félon Strabon , lib. V. extermi-
nés par les Romains; mais Polybe, lih. II. plus exaft
dans cet endroit que Strabon , dit qu'ils furent chaffés
du pays qu'ils occupoient , par M. Curlus Dentatus,
conful avec P. Cornélius RufinuSjl'an de Rome 463.
Ce ne fut que 7 ans après , à ce que nous appren-
nent Polybe , Denis d'HallcarnafTc & Florus , que les
Sénonois furent exterminés par le conful Dolabella.
Ils furent alors tellement anéantis , qu'à peine refla-
t-11 dans l'Italie quelques veftlges de cette nation que
la prife de Rome avolt fi fort dlftlnguée. Dès lecon-
fulat de M. Curlus Dentatus , ils avoient perdu la
plus grande partie de leur pays, depuis l'^Efis juf-
qu'au Rubicon, & les Romains avoient envoyé une
colonie à Sena gallica.^ aujourd'hui Sinigag/ia. Ils oc-
cupoient le refle dupays depuis le Rubicon jufqu'à l'U-
teus , lorfque P. Cornélius Dolabella les défit fur les
bords du lac de Vadlmon en Etrurie. (D ./.)
SÉNONOIS LE , ( Géogr. mod. ) pays de France
le long de la rivière d'Yonne , faifant partie du grand
gouvernement de Champagne. Il eil très-difiicllc d'en
déterminer les bornes ; ceux qui font les plus éclai-
rés fur cette matière , par la connoifiance qu'ils ont
du pays dans lequel ils demeurent, ne donnant rien
fur quoi on puiffe fatisfaire la curiofitédu ledeur. Ce
fut en partie la demeure des anciens Sénones , peu-
ples puiffans de la Gaule Celtique , dont Céfar dans
fes commentaires , fait un grand éloge en difant : ci-
vitas imprimis firnia , & magnes inter G allas autoritatis.
Il faut remarquer que cirieas, dans Céfar, fe prend
très-fouvent pour le peuple dépendant d'un pays.
Ainfi les Scnones au jugement de Céfar , avoient une
valeur qui les accréditoit beaucoup parmi les Gau-
lois.
Les Sénonois étolent néanmoins infide Mduorum:^
ce qu'il faut entendre d'une efpece de ligue offenfiva
& défenfive qui étolt entre ces peuples. Mais l'an-
cienne étendue efl Impénétrable ; il faut fe contenter
de celle de nos jours , qui ne va pas d'un côté jufqu'i
Joigny , & de l'autre va beaucoup au-delà.
■ Pour éviter le fabuleux , il efr bon de ne pas pouf-
fer plus loin les bornes de ce pays. Les Séquaniens
& les Sénonois étolent deux peuples dlflingués ; &
pour peu qu'on life Florus avec attention , on verra
qu'il ne confond point ces deux peuples. Cet hlfto-
rien dit d'une manière fort claire, que les Sénonois
étolent des peuples de la Gaule , qui étolent venus
s'établir entre les Alpes & le Pô. Ainfi une colonie
des Sénonois., ou les Sénonois domic'û'iés , doivent en-
core être diflingués. Voici comme s'expliqiue Florus,
/. /, t. xiij. Ili ) id ejl Scnonts gaili , quondum ah uln-
i5
S E N
mis tcrrarum oiis , & clngcnte omrùa. Occano , ingcnii
afimine profccli , qtiUmjam mtd'ia vafiiijjcnt , pojuis inur
Àlpts & Padum l'cdib:ts ^ ne his i/iuJcr;! conicnti , per
Jt.diam vagalhiniur. Florusdans un autre endroit allu-
re que cette colonie tut entièrement détruite i>ar la
valeur des Romains. ( D. J. )
SENS , i. ni. {Grawrn.) ce mot eft louvcnt l'yno-
nymc Aej/gnijùuiion & d'acception ; 6c quand on n'a
qu'à indiciuer d'une manière vague & indéfinie la re-
prélentatlon dont les mots font charges , on peut le
Icrvlr indltt'ércmmcnt de l'un ou de l'autre de ces
trois termes. Mais il y a bien des circonftances oii le
choix n'en cft pas indlH'ércnt , parce qu'ils Ion t dli-
tingués l'un de l'autre par des idées accelioires qu'il
ne Vaut pas contbndre , il l'on veut donner au langa-
ge grammatical le mérite de lajulleire, dont on ne
iaurolt faire alloi de cas. Il ell donc imponant d'exa-
miner les différences de ces lynonymes ; je conunen-
cerai par les deux moxs Jignification 6c acception , &
je palVerai enhiite au détail des différcnsyè/2i que le
grammairien peut envilager dans les mots ou dans
les phrafes.
Chaque mot a d'abord une Jîgnification primitive
& fondamentale , qui lui vient de la décifion conf-
iante de Tufage , & qui doit être le principal objet
à déterminer dans un dictionnaire, alnfi que dans la
iradudlon littérale d'une langue en une autre ; mais
quelquefois le mot ell pris avec abllradtion de l'objet
qu'il repréfente , pour n'être confidéré que dans les
clémens matériels dont il peut être compofé, ou pour
être rapporté à la claiîc de mots à laquelle il appar-
tient : fi l'on dit , par exemple , qu'un rudiment ell
im livre qui contient les élcmens de la langue latine,
choifis avec fageffe, difpofés avec intelligence, énon-
cés avec clarté, c'ell faire connoître la^/%////ri;fl//o/2
primitive & fondamentale du mot ; mais il l'on dit
que rudiment ell un mot de trois fyllabes , ou un nom
du genre mafculin , c'ell prendre alors le mot avec
abllradion de tonîc Jîi^nijication déterminée , quoi-
qu'on ne puilTe le conlidércr comme mot fans lui en
ïiippofer wnç. Ces deux diverfcs manières d'envifa-
§er la fignlficûtlon primitiv^e d'un mot , en font des
acceptions différentes , parce que le mot cil pris, acci-
pitur, ou pour lui-même ou pour ce dont il ell le fi-
«ne. Si la. /îgnificati on primitive du mot y ell direéle-
jTient & déterminément envifagce , le mot ell pris
<lans une acception formelle ; telle ell \ acception du mot
rudiment dans le premier exemple: fi la fignification
primitive du mot n'y efl point envlfagée déterminé-
ment , qu'elle n'y foit que luppofée , que l'on en
falTe abilra£lion , & que l'attention ne lolt fixée im-
médiatement que fur. le matériel du mot , il ell pris
•alors dans une acception matèricLle ; telle ell Vac-
ccption du mot rudiment dans le fccond exemple.
En m'expliqunnt , arùçle Mot , fur ce qui concer-
ne la /îgnijication primitive des mots, j'y ai dillingiié
\a Jîgnification objedlive , & la /igni/icution formelle ;
ce que je rappelle , afin de faire obferver la différen-
ce qu'il y a entre lajignification 8i V acception formel-
le. La J.'gnification objedlve , c'ell l'idée fondamen-
tale qui cil l'objet individuel de la fignification du
mot , & qui peut être reprélentée par des mots de
différentes efpeces ; la fgnif cation formelle, c'efl la
manière particulière dont le mot préfente à l'cfprlt
l'objet dont il ell le figne , laquelle cil commune à
tous les mots de la même efpece , &C ne peut conve-
nir à ceux des autres efpeces : la ftgnif cation objec-
tive & la fignif cation formelle, conflituent la figni-
fxation primitive & totale du mot. Or, il s'agit tou-
jours de CQiKt fignification totale dans V acception^ foit
formelle , foit matérielle du mot, félon que cettajî-
gnification totale y ell envlfagée déterminément, ou
■que l'on en fait abllraclion pour ne s'occuper déter-
r.iinémcnt que du matériel du mot.
S E
Mais la Jîgnification objeftive efl elle-même fiijet-
te à différentes acceptions , parce que le môme mot
matériel peut être delllné par l'ufage à être, félon la
divcrlité des occurrences , le figne primitif de diver-
fes idées fondamentales. Par exemple , le mot fran-
çois coin exprime quelquefois une forte de fruit ,
malum cydonium ; d'autres fois un angle , angulus ;
tantôt un inllrument méchanlque pour fendre , cu-
neiis ; &c tantôt un autre inllrument delllné à mar-
quer les médailles & la monnoie , tjpus : ce font
autant (Vaccepcions différentes du mot coin , parce
qu'il ell tondamcntalement le figne primitif de cha-
cun de ces objets , que l'on ne déligne dans notre
langue par aucun autre nom. Chacune de ces accep-
tions elt rôrmclle , puifqu'on y envllage direclemeat
la fignijication primitive du mot ; mais on peut les
nommer dijlinctives , puifqu'on y dlllingue l'une des
Jî'^nificutions primitives que l'ufage a attachées au
mot , de toutes les autres dont il ell fufceptible. Il
ne lauTe pas d'y avoir dans notre langue , & appa-
remment dans toutes les autres , bien des mots luf-
ceptibles de plufieurs accep tioi s ô^i^m^iy es : mais il
ncn réfulte aucune équivoque , parce que les cir-
conllances fixent allez l'acception précife qui y con-
vient , & que l'ufage n'a mis dans ce cas aucun des
mots qui font fréquemment néceiTaircs dans le dif-
cours. Voici , par exemple , quatre ])hrafes dilféren-
tes : /'esprit eji ejfentiellement indivijîble ; la lettre
tue & l' ESPRIT vivifie ; reprenez vos ESPRl TS ; ce fœ-
tus a été confervé dans pESPRIT-de-vin : le mot efprit
y a quatre acceptions diftindivcs qui fe prcfentïnt
fans équivoque à quiconque fait la langue trançol-
fe , & que , par cette raifon même , je me dlfpenfc-
rai d'indiquer plus amplement. Foyei Esprit.
Outre toutes les acaptions dont on vient de par-
ler , les mots qui ont u le fignification générale ,
comme les noms appelUtifs , les adjectifs 6c les ver-
bes , font encore fufceptlbles d'une autre efpece d'^c-
cepiions que l'on 'peut nommer déterminatives.
Les acceptions déterminatives des noms appellatifs
dépendent de la manière dont ils font employés , &
qui fait qu'ils préfcntcnt à l'eiprlt ou l'idée abllrai-
te de la nature commune qui conllitue Izwx fignfica-
tion primitive , ou la totalité des individus en qui fe
trouve cette nature , ou feulement une partie indéfi-
nie de ces individus ; ou enfin un ou plufieurs de ces
individus précilément déterminés : félon ces diffé-
rens afpefts , Vacception ell owfpécifique ou nniverfel-
le , ou particulière on finguUere. Ainfi quand on dit ,
agir en HOMME ^ on prend le nom homme dans une
acception fpécifique , puifqu'on n'envifage que l'idée
de la nature humaine ; fi l'on dit , tous les hommes
font avides de bonheur^ le même nom homme a une
acception univerfelle , parce qu'il défigne tous les in-
dividus de l'efpece humaine ; quelques hommes ont
Came élevée , ici le nom homme ell pris dans une ac-
ception particulière , parce qu'on n'indique qu'une
partie indéfinie de la totalité des individus de l'efpe-
ce ; cet HOMME ( en parlant de Célar ) avoit un gé-
nie fupéricur ; ces douie HOMMES ( en parlant des
Apôtres ) navoient par eux-mêmes rien de ce qui peut
a'J'urer lefucces (T un projet auji vafie*que rétablijjement
du Chriflianifne : le nom homme dans ces deux exem-
ples a une acception finguliere , parce qu'il fert à dé-
terminer précilément , dans l'une des phrafes , un
individu , & dans l'autre douze individus de l'efpece
humaine. On peut voir au mot Nom , art. i. §. /.
n. 3. les différens moyens de modifier ainfx l'éten-
due des noms appellatifs.
Plufieurs adjedllfs , des verbes & des adverbes
font également fufceptlbles de différentes acceptions
déterminatives , c[ul font toujours indiquées par les
complémens qui les accompagnent , ÔC dont l'effet
ell da reilraindre la fignification primitive & fonda-
mentale
s E N
•mentale de ces mots : un homme savant ^ un homme
SAVANT en grammaire , un homme trcs-S AVANT , un
homme plus SAVANT quun autre ; voilà l'adjeftify^î-
varit pris fous quatre acceptions différentes , en con-
fervant toujours la même Jignijicaiion. Il en feroit de
même des adxerbes & des verbes , félon qu'ils au-
roient tel ou tel complément , ou qu'ils n'en auroient
point, royei RÉGIME.
Il paroît évidemment par tout ce qui vient d'être
dit , que toutes les eipcces d'acceptions , dont les mots
en général & les différentes fortes de mots en par-
ticulier peuvent être fufceptibles , ne font que diffé-
rens afpefts de la fignification primitive & fonda-
mentale : qu'elle eft fuppofée , mais qu'on en fait
•abllraftion dans Vaccepdon matériellerqu'elle eft choi-
fie entre plufieurs dans les acceptions diftinftives :
qu'elle eft déterminée à la fimple défignation de la
nature commune dans V acception fpécifîque ; à celle
de tous les individus de l'efpece dans V acception uni-
verfelle ; à l'indication d'une partie indéfinie des in-
dividus de l'efpece dans Vacccption particulière ; &
à celle d'un ou de plufieurs de ces individus précifé-
inent déterminés dans Vacccption fmguliere : en un
anot , hfignlfication primitive eft toujours l'objet im-
anédiat des diverfcs acceptions.
I. Sens propre , sens figuré. Il n'en eft pas ainfi
a l'égard des différens/£/25 dont un mot efl: fufccpti-
ble : \-à fignif.cation primitive en eft plutôt le fonde-
ment que l'objet, fi ce n'eft lorfque le mot eft em-
ployé pour lignifier ce poiu- quoi il a été d'abord éta-
bli par l'ufege , fous quelqu'une des acceptions qui
viennent d'être détaillées ; on dit alors que le mot
eft employé dans le sens propre , comme quand on
dit , le feu briile, la lumière nous éclaire , la clarté du
jour ; car tous ces mots confervent dans ces phrafes
leur Jignification primitive fans aucune altération ,
c'cft pourquoi ils font dans le fens propre.
« Mais, dit îvl. du Marfais , Trop. Part. I. art. vj.
*> quand un mot eft pris dans un ■è.wXxe fens , il paroît
*> alors , pour ainfi dire , fous une forme empruntée,
*> fous une figure qui n'eft pas fa figure naturelle ,
» c'eft-à-dire celle qu'il a eue d'abord ; alors on dit
■î» que ce mot eft dans un SENS figuré , quel que puif-
» fe être le nom que l'on donne enfuite à cette fi-
» gure particulière : par exemple ., le F e u de vos
» yeux ^ le FEU de r imagination , la LUMIERE de
»> Cefprit , la C LART k d'un difcours .... La liaifon ,
» continue ce grammairien , ibid. art. vij. §. ;. qu'il
» y a entre les idées acceftbires , je veux dire , en-
» tre les idées qui ont rapport les unes auX autres ,
» eft la fource & le principe de divers /c/25 figurés
» que Ton donne aux mots. Les objets qui font fur
v> nous des impreftions , font toujours accompagnés
» de différentes circonftances qui nous frappent , &
» par lefquellcs nous défignons fouvent , ou les ob-
>» jets mêmes qu'elles n'ont fait qu'accompagner, ou
» ceux dont elles nous rappellent le fouvenir . . . Sou-
*> vent les idées acceftbires , défignant les objets avec
» plus de circonftances que ne feroient les noms pro-
» près de ces objets , les peignent ou avec plus d'é-
» nergie ou avec plus d'agrément. De -là le figne
♦> pour la chofe fignifiée , la caufe pour l'effet, la par-
» tie pour le tout , l'antécédent pour le conféquent
» & les autres tropes , voye^ Tropf.. Comme l'une
»> de ces idées ne fauroit être réveillée ûms exciter
» l'autre , il arrive que l'expreflion figurée eft auftl
»> facilement entendue que fi l'on fe fervoit du mot
»> propre ; elle eft même ordinairement plus vive &
>> plus agréable quand elle eft employée à-propos ,
»> parce qu'elle réveille plus d'une image ; elle atta-
» che ou amufe l'imagination , & donne aifément à
» deviner à l'efprit.
» Il n'y a peut-être point de mot , dit-il ailleurs ,
» §. 4. qui ne fe prenne en quelque fens figuré ,
Jome Xr.
S EN
17
» c'eft-à-dire , éloigné de (^ Jignification propre &
M primitive. Les mots les plus communs, 6c qui re-
» viennent fouvent dans le difcours, font ceux qui
» foîît pris le plus fréquemment dans un fens figuré ,
» & qui ont un plus grand nombre de ces fortes de
» fens : tels font corps , ame , tête , couleur , avoir ,
» Jaire , &C.
» Un mot ne conferve pas dans la traduôion tous
w les fens figurés qu'il a dans la langue originale :
» chaque langue a des expreffions figurées qui lui
» font particulières , foit parce que ces exprefîions
» font tirées de certains ufages établis dans un pays ,
w & inconnus dans un autre; foit par quelqu'autrc
» raifon purement arbitraire. . . . Nous difons porter
» envie , ce qui ne feroit pas entendu en latin ^ar ferre
» invidiam ; au contraire , morem gcrere alicui , eft
» une façon de parler latine, qui ne feroit pas en-
» tendue en françois ; lî on fe contentoit de la ren-
» dre mot-à-mot , & que l'on traduisît , porter la cou-
» tume à quelqu'un^ au-lieu de dire , faire voira quel-
» qu'un qu'on fe conforme à fon goût , à fa manière
>» de vivre , être complaifant, lui obéir ainli
» quand il s'agit de traduire en une autre langue quel-
» que expreflion figurée , le tradufteur trouve fou-
» vent que fa langue n'adopte point la figure de la
w langue originale ; alors il doit avoir recours à quel-
» qu'autre expreflion figurée de fa propre langue ,
» qui réponde , s'il eft poflible , à celle de fon au-
» teur. Le but de ces fortes de traduôions n'eft que
» de faire entendre la penfée d'un auteur ; ainfi on
» doit alors s'attacher à la penfée & non à la lettre,
» & parler comme l'auteur lui-même auroit parlé , fi
» la langue dans laquelle on le traduit , avoit été fa
» langue naturelle ; mais quand il s'agit de faire en-
» tendre une langue étrangère , on doit alors tradui-
» re littéralement , afin de faire comprendre le tour
» original de cette langue.
» Nos didionnaires, §. 5. n'ont point aftezremar-
» que ces différences, je veux dire, les àivtrs fens
» que l'on donne par figure à un même mot dans una
» même langue , & les à^i&éxeniQs fignifications que
» celui qui traduit eft obligé de donner à un même
» mot ou à une même expreflion , pout faire enten-
» dre la penfée de fon auteur. Ce font deux idées
» fort différentes que nos diftionnaires confondent;
» ce qui les rend moins vitiles & fouvent nuifibles
» aux commençans. Je vais faire entendre ma penfée
n par cet exemple.
» Porter fe rend en latin dansleyê/75 propre par
» ferre : mais quand nous difons porter envie , porter
» la parole , fe porter bien ou mal ^ &c. on ne fe fert
» plus déferre pour rendre ces façons de parler en
» latin ; la langue latine a fesexprelïïons particulie-
» res pour les exprimer ; porter ou ferre ne font plus
» alors dans l'imagination de celui qui parle latin :
» ainu quand on confidere/'orr^r, tout feul &féparé
» des autres mots qui lui donnent un fens figuré , oa
» manqueroit d'exaditude dans les didionnaires fran-
» çois-latins, fi l'on difoit d'abord fimplement , que
» porter (e rend en latin par ferre ^ invidere y alloqui,
t> vulere, &C.
» Pourquoi donc tombe-t-on dans la même faute
» dans les diftionnaires latin-françois , quand il s'a-
» git de traduire un mot latin ? Pourquoi joint-on
» à la fignification propre d'un mot , quelqu'autrc
» fignification figurée , qu'il n'a jamais tout feul en
♦> latin ? La figure n'eft que dans notre françois ,
» parce que nous nous fervons d'une autre image,
>) & par conféquent de mots tout diffcrens. ( ^'«'jf^
» le di£lionnaire latin-françois, imprimé fous le nom
» de R. P. Tachait , en 1717, & quelqu'autres dic-
>» tionnaires nouveaux.) Muicrc , par exemple , fig-
» nific , y dit-on , envoyer , retenir , arrèur , écrire ;
» n'eft-ce pas comme 'î\ l'on difoit dans le didion-
%
s E N
*> p?>c trançois-latin , qu^" porter fe rend on latirtpa»-
t* ferre , invUcrc , alloqui , valcn .-J jamais mittere
■» n'a en la Jignijic.itiori de ««/?/> , d'arrêter , <f Arirt- ,
>» dans l'imagination d'un homme qui parloit latui-
•M Quand Tcrcncc a dit , {Adclph. lll. ij. 3 7.) l^icry-
>» rn.^sn:i:ce, 6l {Hec. ^./y. /4-) mijjflirn irarn fuciet-:
» w/V.vru- avoir toujours dans Ion clprit la ilgnirica-
M tlon d't-/7vo)-crr ; tv/iY)y<;( loin de vous vos larmes,
V votre colère , comme on renvoie tout ce dont on
■>» veut W dctaire : que fi en ces occalions nous dllons
'> p'i'.Uut , retenei vos larmes^ rctcnc^ votre colère, c'eft
>• que pour exprimer ce /è/zi, nous avons recours à
»» une métaphore prilc de TadHon que l'on fait quand
» on retient un cheval avec le tVcin , ou quand
» on empêche qu'une chofe ne tombe ou ne s'é-
-»» chappe : ainll il taut toujours dlltingucr deux
w fortes de traduaions.(vc>y^^TRADUCTiON,VER-
M SION , /'jn. ) Quand on ne traduit que pour faire
i> entendre la penfée d'un auteur , on doit rendre, s'il
i) cÛ polBblc , figure par figure , ians s'attacher à tra-
»> duire littéraJement ; mais quand il s'agit de donner
». l'inteUlgence d'une langue , ce qui ell le but des
») didionnaircs, on doit traduire littéralement, afin
» de taire entendre \e J'ens figuré qui eft en uiage dans
» cette langue à l'égard d'un certain mot ; autrement
V c'ell touf confondre.
» Je voudrois donc que nos didtionnaires don-
y> nallent d'abord à un mot latin la fgnification pro-
» pre que ce mot aw)it dans l'imagination des au-
» teurs latins : qu'cnfuitc ils ajoutaient les divers
»> fcns figurés que les latins donnoient à ce mot ; mais
» quand il arrive qu'un mot joint à im autre , forme
>♦ une exprellion figurée , un J'ens , une penlée que
» nous rendons en notre langue par une image difFé-
» rente de celle qui étoit en ufage en latin ; alors je
» voudrois dlftinguer : 1°. fi l'explication littérale
» qu'on a déjà donnée du mot latin, fuffit pour faire
» entendre à la lettre l'exprefîion figurée , ou lapen-
» fée littérale du latin ; en ce cas , je me contente-
»> rois de rendre la penfée à notre manière ; par
»> exemple , mittere , envoyer ; mitte iram , retenez
i> votre colère ; mittere epiflolam alicui , écrire une
>» lettre à quelqu'un. 1°. Mais lorfque la façon de
» parler latine , ell: trop éloignée de la françoife,
» 6<: que la lettre n'en peut pas être aifément enten-
» due , les didionnaircs devroient l'expliquer d'a-
» bord littéralement , & enfuite ajouter la phrafe
» françoife qui répond à la latine ; par exemple, la-
y> terern cruium lavare , laver une brique crue , c'eft-
» à-dire , perdre fon tems & fa peine , perdre fon
>» latin ; qui laverolt une brique avant qu'blle fût
» cuite , ne ferolt que de la boue , &: perdroit la
» brique ; on ne doit pas conclure de cet exemple ,
>» que jamais Lavart ait fignifié en latin , perdre ; ni
»» later , tems ou peine.
W.Slns déterminé, SENS indéterminé. Quoique ch a-
■que mot ait néceflairement dans le difcours une
li'crnificaiion fixe , & une acception déterminée , il
"il^peut néanmoins avoir un fcns indéterminé , en
ce qu'il peut encore laiffer dans l'efi)rit quelque
incertitude fur la détermination préclfe & indivi-
<iuelle des fujets dont on parle, des objets que l'on
«léfigne.
Que l'on dife , par exemple , des hommes ont cru
que les animaux font de pures machines ; un HOMME
<i'unc naijfance incertaine , jetta Us premiers fonde-
riens de la capitale du monde : le nom homme , qui a
dans ces deux exemples une fignification fixe, qui
y cft pris fous une acception formelle & détermi-
natlve , y confcrve encore un fens indéterminé ,
parce que la détermination individuelle des fujets
qu'il y défigne , n'y eft pas allez complctte ; 11
peut y avoir encore de l'incertitude fur cette dé-
termination totale , pour ce ux dumoini qui igno-
'\
S E N
-rrroient Thlllolre du cartéfianifme & celle de Rô^"
jne ; ce qui prouve que la lumière de ceux qui ne
rclleroient point indécis à cet égard , après avoir
entendu ces deuv propofitions , ne leur viendroit
d'ailleurs que duyt://v incme du mot homme.
Maisfi l'on dit, les Cartésiens ont cru que les ani^^
maux font de pures machines ; RoMULU S jetta les pre-
miers fondemens de la capitale du monde : ces deux pro'-
pofitlons ne laiflcnt plus aucune incertitude fur la dé-
termination individuelle des hommes dont il y eft
qucftion ; X^fens en cil totalement déterminé.
m. Sens aciif, sens pa£if. Un mot eft employé
dansun/tf/z5a£tif, quandle fuj et auquel il fe rapporte,
ell envlfagé comme le principe de l'aftion énoncée
par ce mot ; il eit employé dans le fens pafîif , quand
le fujet auquel il a rapport, eil confideré comme le
terme de l'impreiTion produite par l'aûlon que ce
mot énonce: par exemple les mots aide écfecours
font pris dans un fens aftif , quand on dit, mon ai de^
ou mon SECOURS vous efl inutile ; car c'eft comme fi
l'on difoit , L'aide , ou le secours que je vous donne-
Tois^vous eflinutile : mais ces mêmes mots font dans un
l'cns paifit, Il l'on dit, accoure^ à mon AIDE, venei à mon
SECOURS ; car ces mots marquent alors Vaide ou lé
ficours que l'on me donnera , dont je fuis le terme &:
non pas le principe. ( ^qye^ Vaugelas , Rem. i4/.)
Cet enfant SE G A TE , pour dire qu'il tache fes hardes ,
eft une phrafe oii les deux mots fe gâte , ont le fcns
adif, parce que V enfant auquel ils fe rapportent, eft
envlfagé comme principe de l'aftlon de gâter : cette
robe SE GATE, eft une autre phrafe où les deux mê-
mes mots ont le fens paftif , parce que la robe à laquelle
ils ont rapport , eft confiderée comme le terme de
rimpreftîon produite par l'adion de gâter. Voyt^
Passif.
« Simon, dansl'Andrienne,(/.//./7.) rappelle à
» Sofie les bienfaits dont il l'a comblé : me remettre
» ainfi vos bienfaits devant les yeux , lui dit Sofie ,
» cef: me reprocher que je les ai oubliés ; ( ifthsec com-
» memoratio quafi exprobratio eft immemoris be*-
» neficii.) Les interprètes,d'accord entr'eux pour le
» fond de la penfée, ne le font pas pour lefensd^im-
» memoris : fe doit-il prendre dans vxnfens aftif , ou
» dans un fens paflif ? Mad'. Dacler dit que ce mot
n peut être expliqué des deux manières: exprobratio
» mei IMMEMORIS , & alors immemoris eft aftif; ou
» h\en,exprobratio beneficii /MM£MOil/>S,lereproche
» d'un bienfait oublié , & alors immemoris eft paftîf.
» Selon cette explication , quand immemor veut dire
» celui qui oublie , il eft pris dans un fens aftif; au-»
» lieu que quand il fignifie ce qui efl oublié , il eft
» dans un J'ens paftif , du moins par rapport à notre
» manière de traduire littéralement. » ( f^oyei Mé
duMarfais , Trop. pare. II J. an. iij. ) Ciceron a dit,
dans le fens-àQiii , adeonè immemor rerum à mcgefla-
rum cffi videor ; &C Tacite a dit bien décidément dans
lefns palfif, immemor beneficium. C'eft la mêmechc^
fe du mot oppofé memor. Plaute l'emploie dans le fens
adlf, a^u^nA\l (ÏMJac fis promiffi MEMOR ; (Pfeud.)
6CMEMOREM /wo/iei,(Capt.)au contraire , Horace
l'emploie dans le J'ens paftif, lorfqu'il dit :
Impreffît MEMOREM dente labris notant.
I.Od. 13;
M. du Marfais, ( Loc. cit.) tire de ce double J'ens
de ces mots , une coniéquence que je ne crois point
jufte ; c'eft qu'en latin ils feroicnt dans un fens neu-
tre. Il me femble que cet habile grammairien oublie
ici la fîgnification du mot de neutre , c'eft-à-dlre, fé-
lon lui-même, ni aftlf ni pallif : or on ne peut pas
dire qu'un mot qui peut fe prendre alternativement
dans un fens aéVit & dans un fens paftif, ait un fens
neutre , de même qu'on ne peut pas dire qu'un nom
cowïmi Ji ni s y tantôt mafculin 6i. tantôt féminin, foiî
s E N'
du genre neutre. U faut dire que dans telle ])hraf'(?, l(t
mot a unjins actif; dans telle autre , un fens paffif,
êi qu'en iiii-mênie il eil lulceptible dds d^^ax/'éns ,
( utnul'qut &c non pas neutrius. ) C'eft peut-être alors
qu'il faut dire que hfens tn eit par lui-mâme indé-
terminé , 6c qu'il devient déterminé par Fufage que
l'on en fait.
D'aprts les notions que j'ai données du fens a£l:if
ii Aiijèns pdTû\ fi l'on vouloit reconnoître un fc.ii
neutre , il faudrolt l'attribuer à lin mot effeiitielie-
ment aftif, dont le fujetne ferolt envifagé ni comine
principe , ni comme terme de l'aftion énoncée par ce
mot: or cela eil: abfolument impoiîible, parce que
tout fujet auquel fe rapporte une aftion , en eft né-
ceiïkirement le principe ou le terme.
Une des câufes qui a jette M. du Marfais dans cette
tnéprife, c'eft qu'il a confondu y^/zi & Jignificannn ;
te qui eft pourtant fort différent : tout mot pris dans
une acception formelle , a une fîgnificaùon aftive, ou
palHve , ou neutre , félon qu'il exprlaie une a(?lion ,
une paffion , ou quelque cfiofe qui n'ell ni aûion ,
ni paillon; mais il a CQtteJîgniJicaùo>i par lui-même ,
& indépendamment des circonflances des phrafcs :
auJicu que les mots fufceptibles du fens aftii , ou du
fens paffif , ne le font qu'en vertu des circonftances
de la phrafe , hors de- là , ils font indéterminés à cet
égard.
rv. Sens abfolu , ses' s relatif. J'en ai parlé ail-
leurs, & je n'ai rien à en dire de plus. F. Relatif ,
art. IL
V. Sens collectif y sens diflnbutif. Ceci ne peut
res;arderque les mots pris dans une acception univcr-
felle : or il faut diftinguer deux fortes d'univerfalité ,
l'une métaphyfique , & l'autfe morale. L'univerfali-
té eil métaphyfique quand elle efl fans exception ,
comme tout homme efl mortel. L'univerfalité efl mo-
rale , quand elle eil iufceptible de quelques excep-
tions, comme tout vieillard loue U téms pajj'é.
C'eft donc à l'égard des mots pris dans une acception
univerfelle , qu'il y zfens colle£lif , ou fens diftribu-
tif. Ils font dans un fens coUeftif, quand ils énoncent
la totalité des individus , fimplcment comme totalité:
Hs font dans un fens dlflributif, quand on y enyifage
chacun des individus féparément. Par exemple, quand
on dit en France que les Èveq^ues jugeniinfailUbk-
iiient en matière de foi , le nom évêquis y eft pris feule-
ment dans le fens colle£lif, parce que la propolition
n'ell vraie que du corps épifcopal , & non pas de
chaque évêque en particulier , ce qui eft Içfens dif-
trlbutif. Lorfque l'univerfalité eft morale , il n'y a
de même que le fens coUeftif qui puifTe être regar-
dé comme vrai ; le fens diftributif y eft nécefTaire-
ment faux à caufe des exceptions : ainfi dans cette
propolition, fout vieillard Loue le tems paffè ^ il
n'y a de vrai que le fens colle£lif , parce que cela eft
afîez généralement vrai , utplurimàm ; le fens diftri-
butif en eft faux, parce qu'il fe trouve des vieillards
équitables qui ne louent que ce qui mérite d'être
loué. Lorfque l'univerfalité eft métaphyfique , &
qu'elle n'indique pas individuellement la totalité , il
y a vérité dans la: fens colleftif & dans le fens diftri-
butif, parce que l'énoncé eft vrai de tous & de cha-
cun des individus ; comme tout homme ejl mortel.
VI. Sens compojé , sens divifé. Je vais tranfcrire
ici ce qu'en a dit M. du Marfais , Trop, part, III.
AT t. viij.
« Quand l'évangile dit , Mat. xj. à. les ÂVEU-
n GLES voyent , les Bol TEUX marchent , ces termes ,
♦> les aveugles , les boiteux , fe prennent en cette oc-
» caiion dans lefns divifé ; c'eft-à-dire , que ce mot
y> aveugles (q dit là de ceux qui étoient aveugles &
« qui ne le font plus ; ils font divifés , pour ainfi
w dire , de leur aveuglement j car les aveugles, en
Tome XK,
S E N
19
« tant qu'aveuglés ( ce qui feroit le fens compofé ),
» ne voyent pas.
» L'évangile , Mat. xxvj. G. parle d'un certain
» Simon appelle le Lépreux , parce qu'il lavoit été ;
» c'eft le fens divifé.
» Ainli quand S. Paul a dit , /. Cor, vj. ç) , que Les
» IDOLATRES n'entreront point dans Le royaume des
» deux , il a parlé des idolâtres dans le fens compofé ,
» c'efl-à-dire , de ceux qui demeureront dans i'ido-
» latrie. Les idolâtres, en tant qu'idolâtres , n'entre-
yy ront pas dans le royaume des cieux ; c'eft le fens
» compofé : mais les idolâtres .qui auront quitté l'i-
» doiâtrié , & qui auront fait pénitence , entreront
» dans le royaume des cieux ; c'eft le fens divifé.
» Apelle ayant expofé , félon fa coutume , un ta-
» bleau à la critique du public , un cordonnier cen-
M fura la chaufture d'une figure de ce tableau : Apelle
» réforma ce que le cordonnier avoit blâmé. Mais le
» lendemain le cordonnier ayant trouvé à redire à
» une jambe , Apelle lui dit qu'un cordonnier ne
» devoit juger que de la chauffure ; d'où eft venu le
» proverbe , nefutor ultra crepidam , (nxp^léeijudicet.
» La rcculation qu'Apelle fit de ce Cordonnier, étoit
» plus piquante que railonnable : un cordonnier, en
» tant que cordonnier , ne doit juger que de ce qui
» eft de fon n.éàer ; mais fi ce cordonnier a d'autres
» lumières , il ne doit point être récufé , par celafeul
» qu'il efl cordonnier : en tant que cordonnier , ( ce
» qui eft le fens compofé ) , il juge fi un foulier eft bien
» fait & bien peint ; &: en tant qu'il a des connoiiTan-
» CCS fiipéricures àfon métier , il eft juge compétent
»fur d'autres points ; il juge alors dans le yi/zi di-
» vifé , par rapport à fon métier de cordonnier.
» Cvide parlant du facrifice d'Iphigénie , Alet. xij.
>> 2j} . dit que V intérêt public triompha de La tendrejfe
» paternelle , [ & que ] le roi vainquit Le père : poji-
» quam pietatem publica caufa , rex que patrem vicit.
» Ces dernières paroles font dans un fens divifé.
» Agamemnon fe regardant comme roi , étouffe les
» fentimens qu'il reffent comme père.
» Dans le fens compofé , un mot conferve (difigni-
%tfication à tous égards , & celle fignification entre
» dans la compofition au fens de toute la phrafe : au
» lieu que dans le fens divifé , ce n'eft qu'en un cer-
» idxnfns , & avec reftriflion , qu'un mot conferve
» fon ancienne figrjjication ».
VII. Sens littéral , SENS fpirltuel. C'eft encore
M. du Marfais qui va parler. Ibid. art. ix.
« Le fins littéral eft celui que les mots excitent
» d'abord dans l'cfprit de ceux qui entendent une
» langue ; c'eft le fins qui fe préfente naturellement
» à l'efprit. Entendre une exprefTion littéralement ,
» c'eft la prendre au pié de la lettre. Quœ dicla funt
>■> ficundùm litieram accipere , id e/î , non aliter intel-
» Ugere quàm Littera fonat ; Aug. Gen. ad. Litt. Lib.
» FUI. c. ij.. tom. m. C'eft le fins que les paroles
» fignifîent immédiatement , is quem verba immédiate
»fignificant,
» Le fens fpirltuel eft celui que le fins littéral ren-
» ferme ; il eft enté , pour ainli dire , fur le fins lit-
» téral ; c'eft celui que les chofes fignifiées par le
» fins l'iiiér al font naître dans l'efprit. Ainfi dans les
» paraboles , dans les fables , dans les allc-gories , il
» y a d'abord un fens littéral : on dit , par exem-
» pie , qu'un loup & un agneau vinrent boire à un
» même raiffeau ; que le loup ayant cherché querelle
» à l'agneau , il le dévora. Si vous vous attachez fim-
» plemeut à la lettre , vous ne verrez dans ces pa-
w rôles qu'une fimple avanture arrivée à deux ani-
>» maux : mais cette narration a un autre objet , on a
>» deflcin de vous taire voir que les foibles font quel-
» quefois opprimés par ceux qui font plus pulfTans :
» & voilà le fens fpirituel , qui eft toujours fondé fur
» leyZvw littéral w,
C,j
20 S E N
§. I. Dlvifion du S ES S iinêral. « Le/cnJ littéral
» ell donc de deux ibrtes.
1. ») Il y a wnfins littéral rigoureux ; c'cft le fcns
» propre d'un mot , c'cit la lettre priic à la rij;ueur,
2. " La lecondc efpcce do fins littéral , c'eft celui
» que lesexprelFions tii^uréeb dont nous avons parlé,
y> préléntent naturellcnieiu à l'elprit de ceux qui en-
»tendçnt bien une langue ; c'elt un Jcns littéral>-
»> gurî: par exemple , quand on dit d'un politique,
>» q\i'/7 finie à propos la Jivijlon entre fcs propres
y, ennemis , jhner ne le doit pas entendre à la rigueur
» félon ley^/Ji propre , 6i de la même manière qu'on
». dity^'Wc'- Ju bU : mais ce mot ne laifle pas d'avoir
ysww fins littéral, qui eltun^c'/zi figuré qui le pré-
>. fente naturellement à l'elprit. La lettre ne doit pas
» toujours être prile à la rigueur ; elle tue , dit laint
» Paul , //. Cor. iij. 6'. On ne doit point exclure
» toute /îgnijicaàon métaphorique & rigurée. Il faut
» bien le garder , dit S. Auguftin , d<i doclr. chrijl.
>» /. ///. c. V. tom. III. Paris, 1685 , de prendre à
» la lettre une façon de parler figurée ; 6c c'eft à cela
>» qu'il faut appliquer ce palfage de S. Paul , la lettre
» tue & fejprit donne la vie. In principio cavcnJum
y, eft ne fi^uratam locutionsm ad litterain accipias ; &
» ad hoc eriim ptrtinct quod ait apojlolus , littera oc-
» cidit , fpiritus autem vivifîcat.
>» Il faut s'attacher zwfens que les mots excitent
» naturellement dans notre efprit , quand nous ne
» fommcs point prévenus & que nous fommes dans
» l'état tranquille de la raifon : voilà le véritabIey?/25
>» littéral hguré ; c'elt celui-là qu'il faut donner aux
»» lois , aux canons , aux textes des coutumes , &
»> même à l'Ecriture-fainte.
>► Quand J. C. a dit , Luc. ix. S-i.. celui qui met la
\t main a la charrue & qui regarde derrière lui^ riefl
»> point propre pour Le royaume de Dieu , on voit
M bien qu'il n'a pas voulu dire qu'un laboureur qui
»» en travaillant tourne quelquefois la tête , n'eft pas
»> propre pour le ciel ; le vrai fens que ces paroles
» préléntent naturellement à l'elprit , c'eft que ceux
V qui ont commencé à mener une vie chrétienne &
» à être les dilciples de Jelus-Chrill , ne doivent pas
w changer de conduite ni de doârine , s'ils veulent
» être lauvés : c'eft donc là \\x\ fens littéral figuré. Il
»'en eft de mcme des autres palTages de l'évangile ,
» où Jefus-Chriltdit , Mat. v. jc) , de préfenter la
»» joue gauche à celui oui nous a frappé fur la droite ,
» & , ib. 29. 50. de s'arracher la main ou l'oeil qui
» cil \m fujet de fcandale : il faut entendre ces paro-
» les de la même manière qu'on entend toutes les
M exprelTions métaphoriques &: figurées ; ce ne feroit
» pas leur donner leur vrai/i.v;j , que de les entendre
» félon le fens littéral pris à la rigueur ; elles doi-
» vent être entendues lelon la féconde forte de fens
M littéral , qui réduit toutes ces façons de parler fi-
>♦ gurées à leur julle valeur , c'eft - à - dire , au fens
>» qu'elles avoient dans l'efprit de celui qui a parlé ,
»> &: qu'elles excitent dans l'efprit de ceux qui entcn-
» dent la langue où l'exprelTion figurée eft autorifée
» par l'ufage. Lorfque nous donnons au blé le nom de
y» Ccrcs , dit Cicéron , de ruit. deor. lib. III. n'^. 41.
» à lin. xvj. ù au vin le nom de Bacchus , nous nous
y) fervons d^ une façon de parler ujitée en notre Langue ,
y, tf ptrfonne nefl ajje^ dépourvu de izns pour prendre
» ces paroles à la rigueur de la lettre. . . .
» Il y a fouvent dans le langage des hommes un
y fens littéral qui eft caché, 6c que les circonftances
>» des chofes découvrent : ainli il arrive Ibuvent que
M la même propofition a un nA fens dans la bouche
♦» ou dans les écrits d'un certain homme , & qu'elle
» en a un autre dans les difcours &: dans les ouvrages
♦♦ d'un autre homme ; mais 11 ne faut pas légèrement
» donner An fens délavantajjcux aux paroles de ceux
S E N
M qtii ne penfent pas en tout comme nous ; il faut
» que ces fens cachés foi«nt li facilement développés
» par les circonftances , qu'un homme de bon fens
» qui n'cft pas prévenu ne puifle pas s'y méprendre.
»> Nos préventions nous rendent toujours injuftes ,
» 6c nous font fouvent prêter aux autres des fenti-
» mens qu'ils détellent aulfi finceremcnt que nous
» les déteftons.
» Au refte , je viens d'obfcrver que le fns littéral
» figuré eft celui que les paroles excitent naturellc-
» ment dans l'elprit de ceux qui entendent la langue
» oùl'exprefllon figurée eft autorifée par l'ufage : ainli
» [)our bien entendre le véritable /tf/^i littéral d'un au-
» teur, ilnefuftit pas d'entendre les mots particuliers
» dontils'eft fervi, il faut encore bien entendre Icsfa-
M çons de parler ufitées dans le langage de cet auteur;
» fans quoi , ou l'on n'entendra point le paftage , ou
» l'on tombera dans des contre -fens. En françois ,
» donner parole , veut dire promettre ; en latin , vcrha
» dare , lignifie tromper : pœnas dare alicui , ne veut
» pas dire donner de la peine à quelquun , lui faire de la
» peine , il veut dire au contraire , être puni par
» quelquun , lui donner la latisfaftion qu'il exige de
» nous , lui donner notre fupplice en payement ,
» comme on paye une amende. Quand Properce dit
» à Cinthie , dabis milii perfida pœnas , //. eUg. v. j.
» il ne veut pas dire, perjide , vous m'alk:^ cai fer bien
>* des tourmtns , il lui dit au contraire , qu'il la fera
» repentir de la perfidie. Perfide , vous me le payt-
>*rei : voilà peut-être ce qui répond le plus exaéte-
» ment au dabis mihi panas de Properce.
» Il n'eft pas poflible d'entendre le fens littéral de
» l'Ecriture lainte , fi l'on n'a aucune connoilTance
>» des hébraïfmes 6c des hellénifmes , c'eft-à-dire , des
» façons de parler de la langue hébraïque 6c de la
» langue grecque. Lorfque les interprètes traduifent
» à la rigueur de la lettre , ils rendent les mots &
» non le véritable fiens. De-là vient qu'il y a , par
» exemple , dans les pfeaumes , plufieurs verfets qui
» ne font pas intelligibles en latin. Montes Du , pfi,
» j3 , ne veut pas dire des montagnes confiacrèes à
» Dieu , mais de hautes montagnes ». Foye:^ IDIO-
TISME & Superlatif,
» Dans le nouveau Teftament même il y a plufieurs
» partages qui ne fanroient être entendus , fans la
» connoifî'ance des idiotilmes , c'eft-à-dire , des fa-
» çons de parier des auteurs originaux. Le mot hé-
» breu qui répond au mot latin verbum , fe prend or-
» dinairement en hébreu pour chofi lignifiée par la
» parole ; c'eft le mot générique qui répond à nege-
» tium ou res des Latins. Tranfeamus ufique BethLem ,
» &■ videamus hoc V ERBVM quod fiaclum efi. Luc ij.
» 16. Paftbns jufqu'à Bethléem , & voyons ce qui y
» eft arrivé. Ainfi lorfqu'au troifieme verfet , du cha-
» pitre 8 du Deutéronome , il eft dit ( Deus ) dédit
» tibi cibum manna quod ignorahas tu <■> patres tui ,
» ut oflenderet tibi quod non infiolo pane vivat Homo y
yifiei in omni verbo quod e^reditur de ore Dei. Vous
» voyez que in omni verbo fignifie in omni re , c'eft-
» à-dire , de tout ce que Dieu dit , ou veut qui fierve de
y, nourriture. C'eft dans ce même fiens que Jefus-
» Chrift a cité ce partage : le démon lui propofoit de
M changer les pierres en pain ; il n'eft pas nécefliiire
» de faire ce changement, répond Jelus-Chrift , car
» r homme ne vit pas fitulement de pain , il fe nourrit
» encore de tout ce qui plaît à Dieu de lui donner pour
» nourriture , de tout ce que Dieu dit qui fiervira de
y> nourriture. Mat, iv. 4, Voilà la fiens littéral ; celui
» qu'on donne communément à ces paroles, n'eft
» qu'un /c/25 moral ».
§. 2. Divfion du SENS fipirituel. « Le fiens fpiri-
» tuel eft auiîi de plufieurs fortes, i. Le sens moral.
» 2. Le SENS allégorique. 3. Le SENS anagogique.
1 , S£NS moral. » hç. finis moral eft une interpré-
s E N
S E N
II
» tatîon félon laquelle on tire quelque înftru^^îon
» pour les mœurs. On tire un feas moral des hill:oi-
>» res , dos fables , &c. Il n'y a rien de iî profane dont
M on ne puifle tirer des moralités , ni rien de fi i'é-
» rieux qu'on ne puifle tourner en burlefque. Telle
» c^ la liaifon que les idées ont les unes avec les au-
» très : le moindre rapport réveille une idée de mo-
» ralité dans un homme dont le goût ell tourné du
» côté de la morale ; & au contraire celui dont l'i-
» magination aime le burlelque , trouve du burlef-
» que par-tout.
» Thomas Walleis , jacobin anglois , fît impri-
» mer vers la fin du xv. fiecle , à l'ufage des prédi-
» cateurs , une explication morale des métamor-
»phofes d'Ovide. Nous avonsle Virgile travefti de
» Scaron. Ovide n'avoit point penfé à la morale que
>> Wallcis lui prête , & Virgile n'a jamais eu les idées
» burlefques que Scaron a trouvées dans fon Enéide.
» 11 n'en efl: pas de même des fables morales ; leurs
» auteurs mêmes nous en découvrent les moralités ;
» elles font tirées du texte comme une conféquence
M eft tirée de fon principe.
a. Sens allégorique. »> hefens allégorique fe tire
» d'un difcours, qui , à le prendre dans {on fins pro-
» pre , fignifie toute autre chofe : c'eft une hiftoire
» qui eft l'image d'une autre hiftoire , ou de quel-
>> qu'autre penfée. Foye^ Allégorie.
» L'elprit humain a bien de la peine à demeurer
» injdétermlné fur les caufes dont il voit ou dont il
» relient les effets ; ainfi lorfqu'il ne connoxt pas les
» caufes , il en imagine & le voilà fatisfait. Les payens
» imaginèrent d'abord des caufes frivoles de la plû-
»> part des effets naturels : l'amour flit l'effet d'une
» divinité particulière : Prométhée vola le feu du
» ciel : Céres inventa le blé , Bacchus le vin, &c.
» Les recherches exaftes font trop pénibles , & ne
»> font pas à la portée de tout le monde. Quoi qu'il
» en loit ,. k vulgaire fuperjîitieux , dit le P. Sanadon ,
v> focues d Hor. t. I. pag. S04 , fut la dupe, des vi-
)>j:oiinaires qui inventèrent toutes ces fables.
» Dans la fuite , quand les payens commencèrent
» à fe policer & à faire des réflexions fur ces hlftoires
» fabuleufes , il fe trouva parmi eux des myftiques,
» qui en enveloppèrent les abfurdltés fous le voile des
» allégories & des fins figurés , auxquels les premiers
» auteurs de ces fables n'a voient jamais penfé.
» Il y a des pièces allégoriques en profe & en vers :
>» les auteurs de ces ouvrages ont prétendu qu'on leur
« donnât un fins allégorique ; mais dans leshifîoires,
» & dans les autres ouvrages dans lefquels il ne pa-
» roît pas que l'auteur ait longé à l'allégorie , il eff
>y inutile d'y en chercher. Il faut que leshiftoires dont
» on tire enfuite les allégories , ayent été compofées
» dans la vue de l'allégorie ; autrement les explica-
» tions allégoriques qu'on leur* donne ne prouvent
» rien , &C ne font que des explications arbritraires
» dont il eft libre à chacun de s'amufer comme il lui
» plaît , pourvu qu'on n'en tire pas des conféquen-
» cesdangereufes.
» Quelques auteurs , Indiculus hijlorico-chronolo-
» gicus^ in fabri thefiauro , ont trouvé une image des
» révolutions arrivées à la langue latine , dans la fta-
>>tue que Nabuchodonofor vit en fonge ; Dan. ij.
»3/. ils trouvent dans ce longe une allégorie de ce
» qui devoit arriver à la langue latine.
» Cette flatue étoit cxtraordinalrcment grande ;
» la langue latine n'étoit-elle pas répandue prefque
» par-tout ?
» La tête de cette llatue étoit d'or , c'eft le fiecle
» d'or de la langue latine ; c'cft le tems de Térence ,
» de Ccfar, de Cicéron, de Virgile ; en un mot,c'ell
>> le fiecle d'Augufle.
» La poitrine & les bras de la flatue étoient d*ar-
» geat ; c'ell le fiecle d'argent de la langue latine ;
» c'eft depiiîs la mort d'Augufle jufqu'à la mort de
» l'empereur Trajan, c'eft-à-dire jufqu'environ cent
» ans après Augufle.
» Le ventre & les cuiffes de la flatuc étoient d'ai-
» rain ; c'efl le fiecle d'airain de la langue latine ^
» qui comprend depuis la mort de Trajan, jufqu'à la
» priié de Rome par les Goths, en 410.
» Les jambes de la flatue étoient cie fer , & les pies
w partie de fer & partie de terre ; c'efi le liecle de fer
» de la langue latine , pendant lequel les différentes
>> incurfions des barbares plongèrent les hommes
» dans une extrême ignorance ; à-peine la langue la-
n tine fe conferva-t-elle dans le langage de l'Eglife»
» Enfin une pierre abattit la flatue ; c'efl la langue
» latine qui ceffa d'être une langue vivante.
» C'efl ainfi qu'on rapporte tout aux idées dont on
» efl préoccupé.
» Lesfens allégoriques ont été autrefois fort à la mo-
» de,& ils le font encore en orient;on en trouvoitpar*
» tout jufaue dans les nombres. Métrodore deLamo-
fi. ^ ^ ^ L
M faque , au rapport de Tatien , avoit îotirne Homère
» tout entier en allégories. On aime mieux aujour-
» d'hui la réalité du/è/25 littéral. Les explications myf-
» tiques de l'Ecriture-fainte qui ne font point fixées
» par les apôtres , ni éîabUes clairement par la revé-
» lation , font fujettes à des illufions qui mènent au
» fanatifme. Foye^^ Huet , Origenianor. lib. II. quctfi
» / j . pag. iyi.6i le livre intitulé , Traite du fens lit~
» téral & du fens myfiique ., félon la doctrine des pères.
3. Sens <z/zû^(7g'i^ae.«Leyè-'25anagogiquen'efl guère.
» en ufage que lorfqu'il s'agit de différensy^/zi^ de l'E-
» criture-fainte. Ce mot anagogique vient du grec
» àvctyoùyii , qui veut dire élévation : «Va , dans la
» compofition des mots , fignifie fcRivent au-dcffus ,
» en-haut , ctyvy» veut dire conduite ; de uyu> , je con-
» duis : ainfi Ic/^/w anagogique de l'Ecriture-fainte efl
» unyè/zjmyftique qui élevé l'efprit aux objets célef-
» tes & divins de la vie éternelle dont les faints jouif-
» fent dans le ciel.
» Le fens littéral efl le fondement des zutres fins
» de l'Ecriture-fainte. Si les explications qu'on ea
» donne ont rapport aux mœurs , c'efl le fins moral.
» Si les explications des paflages de l'ancien Tefla-
» ment regardent l'Eghfe & les myfleres de notre rc-
» llgion par analogie ou refiTemblance , c'efl le fins al-
» légorique ; ainfi le facrifice de l'agneau pafcal , le
» ferpent d'airain élevé dans le defert , étoient autant
» de figures du facrifice de la croix.
» Enfin lorfque ces explications regardent l'Eglif©
» triomphante & la vie des bienheureux dans le ciel,
» c'efl \efins anagogique ; c'eft ainfi que le fabbat des
» Juifs efl regardé comme l'image du repos éternel
» des bienheureux. Ces difierens fens qui ne font
» point le /ê/25 littéral, ni le fins moral, s'appellent
» aufli en général Sens tropologique , c'efi-à-dire/c/2.s
» figuré. Mais , comme je l'ai déjà remarqué , il faut
» fuivredans le/e/25 allégorique éc dans X^fins anago-
» gique ce que la révéhtion nous en apprend , &: s'ap-
» pliquer fur-tout à l'intelligence dujens littéral, qui
» efl la règle infaillible de ce que nous devons croire
» & pratiquer pour être fauves ».
VIII. Sens adapté. C'efl encore M. du Marfais
qui va nous inflruire , Ib. art. x.
« Quelquefois on fe fert des paroles de l'EcrlturC"
» fainte ou de quelque auteur profane , pour en faire
M une application particulière qui convient au fujet
» dont on veut parler , mais qui n'cfl pas le fins na-
» turel & littéral de l'auteur dont on les emprunte ;
» c'efl ce qu'on appelle finfus accommodatitius , fins
» adapté.
» Dans les panégyriques des faints & dans les orai-
» fons funèbres, le texte du difcours efl pris ordinai-
» rement dans Xçfins dont nous parlons. NI. Fléchicr,
» dans fon oraifon funèbre de M. de Turennc , apj
22
S E N
" pliqiic à fon héros ce qni cil dit dans rEcriturc à
» rocc.inon de Judai Machabcc qui tut tue dans une
»» bataille.
V Le perc le Jeune de l'oratoire , fameux mifïïon-
M nairc , s'appelloit Juin ; il ctoit devenu aveugle :
». il tilt nommé pour prêcher le carême à Marleille
V aux Acoides ; voici le texte de fon premier fermon:
V Fuit hoii.o mijfus à Dco , cuï nomcn crai Joannes ;
M non crat ilU lux , fcd ut ttjlimomorn pcrhibcret de lu-
» mine , Joan./. 6. On voit qu'ilfaifoitallufionàfon
V nom &: A fon aveuglement.
•» H y a quelques pallagcs des auteurs profanes qui
» font c(Miime partes en proverbes , & auxquels on
» donne communément un j'tns détourné , qui n'eft
M pas précilément le même /i'/zi que celui qu'ils ont
M dans l'auteur d'oii ils font tirés; en voici des exem-
» pies :
I. » Quand on veut animer un jeune homme à
» faire parade de ce qu'il lait , ou blâmer un favant
» de ce qu'il le tient dans l'obfcurité , on lui dit ce
» vers de Perfe ^fat. j. 27 . Scirt tuum nihïl eji , niji te
rfcirc hocfciat altcr. Toute votre fcience n'clt rien , li
r> les autres ne favent pas combien vous êtes favant.
» La pcn(éc de Perfe eft pourtant de blâmer ceux qui
•> n'fetuditntqne pour faire enfuite parade decequ'ils
M favent :
En pallor ^f'in'iumque : 0 morcs ! ufque adeone
Siire luurn nihil eji , niji tefctre hocfciat altcr ?
» Il y a une interrogation & une furprife dans le
«texte , & l'on cite le vers dans un fens abfolu.
1. » On dit d'un homme qui parle avec emphafe ,
» d'un fîyle ampoulé & recherché , que
Projicit ampullas & fcfquipedalia vcrba :
» il jette , il fait fortir de fa bouche des paroles en-
» fiées & des mots d'un pie & demi. Cependant ce
» vers a wnfens tout contraire dans Horace, Anpoët.
MO". La tragédie, dit ce poëte , ne s'exprime pas
» toujours d'un Ûyle pompeux 6c élevé : Télephe &
» Pélce , tous deux pauvres , tous deux chafTés de
>» leurs pays , ne doivent pas recourir à des termes
» enflés , ni fc lervir de grands mots : il faut qu'ils
M fartent parler leur douleur d'un ilyle fimple 6i na-
» turel , s'ils veulent nous toucher , & que nous nous
» intérertions à leur mauvaife fortune ; ainii proji-
» clt , dans Horace , veut dire il rejette.
El tragicusplerumque doletfermone pedejlri
Telephus & Peleus , ciim pauper & cxul uterque
Projicit ampullas & fefquipedaiia. verba ,
Si curât cor fpeclantis tetigiffe quereld.
» M. Eoileau , Art poétiq. ch. III. nous donne le
»> même précepte :
Q^ue devant Troie enflamme , Hècubc defolce
Ne vienne pas ponjjer une plainte ampoulée.
>» Cette remarque , qui fe trouve dans la plupart
» des commentateurs d'Horace , ne devoit point
» échapper aux auteurs des didionnaires fur le mot
» projicere.
3. » Souvent pour excufer les fautes d'un habile
» homme , on cite ce mot d'Horace , Art poèt. 359.
» Quandoque bonus dormitat Homerus ; comme fi
>» Horace avoit voulu dire que le bon Homère s'en-
» dort quelquefois. Mais quandoque eft là pour quan-
» documqut , ( toutes les fois que ) ; & bonus ell pris
» en bonne part. Je luis fâché , dit Horace , toutes
» les fois que je m'appcrçois qu'Homère , cet cxcel-
» lent poëte , s'endort , fe néglige , ne fe foutient
V pas.
Indignor quandoque bonus dormitat Homerus.
>• M. Danet s'eft trompé dans l'explication qu'il
» donne de ce paflTage dans fon didionnaire latin-
« frajKois fur ce mot quandoque.
S E N
4. » Enfin pour s'excufer quand on ert: tombé dans
» quelque faute , on cite ce vers dcTérence , Heaut.
>» l.j. zS.
Homofum , humani nihil à me alienum puto ,
» comme fi Térence avoit voulu dire ^ Je fuis homme ,
>yje ne fuis point exempt desfoiblefjes de T humanité ; ce
» n'eft pas l;\ \Qfens de Térence. Chrêmes , touché de
» l'afflidion où il volt Ménédème fon voifin, vient lui
» demander quelle peut être la caufe de fon chagrin,
» ëc des peines qu'il fe donne : Ménédème lui dit
» brufquement, qu'il faut qu'il ait bien du loifir pour
» venir fe mêler des affaires d'autrur. Je fuis hornme ^
>► répond tranquillement Chrêmes ; a«/z de tout ce qui
» regarde les autres hommes n'ejl étranger pour moi , jc
» m'intérejfe à tout ce qui regarde mon prochain.
» On doit s'étonrter , dit madame Dacier , que ce
» vers ait été fi mal entendu , après ce que Cicéron en
» a dit dans le premier livre des Offices.
» Voici les paroles de Cicéron , /. Offic. n. 2^.
» à lin. [IX. Efl enim difficilis cura, rerum alienarum ,
» quunquam Terentianus ille Chrêmes humani nihil à fi
» alienum putat. J'ajouterai un paflfage de Séneque,
» qui ert: un commentaire encore plus clair de cespa-
» rôles deTérence. Séneque ce philofophe payen,ex-
» plique dans unedefes lettres comment les hommes
» doivent honorer la majellé des dieux : il dit que ce
» n'efl qu'en croyant à eux , en pratiquant de bon-
» nés oeuvres , & en tâchant de les imiter dans leurs
» perfeftions, qu'on peut leur rendre un culte agréa-
>» ble ; il parle enfuite de ce crue les hommes fe doi-
» vent les uns aux autres. Nous devons tous nous
» regarder , dit-il , comme étant les membres d'un
» grand corps ; la nature nous a tirés de la même four-
» ce , & par-là nous a tous faits parens les uns des
» autres ; c'efl elle qui a établi l'équité & la jufiice.
» Selon l'inftitution de la nature , on efl plus à plaindre
» quand on nuit aux autres , que quand on en reçoit
» du dommage. La nature nous a donné des mains
» pour nous aider les uns les autres; ainfi ayons tou-
» jours dans la bouche & dans le cœur ce vers deTé-
>yrç.nz(i\ je fuis homme , rien de tout ce qui regarde Us
» hommes n'ejl étranger pour moi ».
Membrafumus corporis magni , natura nos cognatos
edidit , cùm ex iïfdem & in idem gign:ret. Haec nobis
amorem indidit mutuum & fociabiles ftcit ; illa ctquum
juflumque compofuit : ex illius conftitutione miferius efl
nocere quam Icedi ; & illius imperio paraice funt ad ju~
vandum manus. IJie verfus & in peclore & in orejît ,
Homo fum , humani nihil à me alienum puto. Ha"
beamus in commune , quod nati fumus , Sénec. ep^
xcv.
« Il efl vrai en général que les citations & les ap-
» pHcations doivent être jultes autant qu'il efl pofîî-
»ble , puifqu'autremeht elles ne prouvent rien , &
» ne fervent qu'à montrer une fauffe érudition : mais
» il y auroit du rigorifme à condamner tout fens
» adapté. •
» 11 y a bien de la différence entre rapporter un
» paffage comme une autorité qui prouve , ou fim-
» plement comme des paroles connues , auxquelles
» on donne un fens nouveau qui convient au fujet
» dont on veut parler : dans le premier cas , il faut con-
» ferver hfens de l'auteur ; mais dans le fécond cas ^
w les partages auxquels on donne un fens différent de
» celui qu'ils ont dans leur auteur , font repardés
» comme autant de parodies , &c comme une forte
» de jeu dont il eft fouvent permis de faire ufage ».
IX. Sens louche , Sens équivoque, hefens louche
naît plutôt de la difpofition particuherc des mots qui
entrent dans unephrafe , que de ce que les termes en
font équivoques en loi. Ainfi ce feroit plutôt la phrafe
qui devroit être appellée louche , fi l'on vouloit s'en
lenir au fens littéral de la métaphore : « car , dit M,
'SE N
>dii Marfiiis, Trop. part. III. art. vj. Mmmeles per-
» fonncs louches paroiffent regarder d'un côté pen-
» dant qu'elles regerdent d'un autre , de même dans
») les conftrudlions louches , les mots femblent avoir
» un certain rapport pendant qu'ils en ont un autre»>:
par conféquent c'eil: la phrafe même qui a le vice
(d'être louche; & comme les obie<s vus par les per-
ibimes louches ne l'ont point louches pour cela , mais
feulement incertains i\ l'égard des autres, de même le
f:ns louche ne peut pas être regardé proprement
comme louche , il n'eft qu'incertain pour ceux qui
entendent ou qui lilent la phrafe. Si donc on donne
He nom de /èr:s louche à celui qui réfulte d'une difpo-
lition louche de la phrale , c'ert par métonymie que
Ton tranCporte à la chofe fignifiée le nom métapho-
rique donné d'abord au ligne. Voici un exemple de
fonftnidion & de/ens lotiche , pris par M. du Mar-
iais, dans cette chanfbnii connue d'un de nos meil-
leurs opéra :
Tu fais charmer ^
Tu fais défarmer
Le dieu de la guerre .•
^ E N
i|
Le dieu du tonnerre
Se lai£e enjîammen
^ L« dieu du tonnerrre^ dit notre grammairien , paroît
v d'abord être le terme de l'aftion de charmer & de
9> défarmer .^ aulîi bien que le dieu de la. guerre : cepen-
>> dant quand on continue à lire , on voit ailément
» que le dieu du tonnerre eu le nominatif ou le fujet
»> dey^ lai£c enflammer ». . .
Voici un autre exemple cité par Vaugelas , Rem.
iic). « Germanicus , ( en parlant d'Alexandre) û égalé
^}fa vertu , & fon bonheur ri" a jamais eu de pareil ....
» On appelle cela , dit il, une conftruction louche^ par-
» ce qu'elle lemble regarder d'un côté , & elle re-
»> garde de l'autre ». On voit que ce purifie célèbre
fait tomber en effet la quaUfîcation de louche fur la
conftruûion plutôt que fur le f eus de la phrafe , con-
formément à ce que j'ai remarqué. « Je fais bien ,
ajoute-t-il en parlant de ce vice d'élocution ; &
j'adopte volontiers fa remarque : » je fais bien qu'il y
» aura affez de gens qui nommeront ceci lînfcrupule
» ik. non pas une faute , parce que la lefture de toute
» la période fait entendre lefens , & ne permet d'en
» douter ; mais toujours ils ne peuvent pas nier que
» le le£teur & l'auditeur n'y foient trompés d'abord ,
*> & quoiqu'ils ne le foient pas long tems , il eil cer-
M tain qu'ils ne font pas bien-aifes de l'avoir été, &
*> que naturellement on n'aime pas à fe méprendre :
♦> enfin e''eû une imperfeftion qu'il faut éviter, pour
» petite qu'elle foit, s'il eu vrai qu'il faille toujours
♦> faire les chofes^-de la façon la plus parfaite qu'il fe
« peut, fur-tout lorfqu'en matière de langage il s'agit
»> de la clarté de l'expreffion ».
Lefens louche naît donc de l'incertitude de la re-
lation grammaticale de quelqu'un des mots qui com-
pofent la phrafe. Mais que faut-il entendre par un
fens équivoque , & quelle en efl: l'origine .<* Car ces
deux expreiîions ne font pas identiques, quoique
M. du Marfais femble les avoir confondues (^loc. cit.^
Le fens équivoque me paroît venir fur-tout de l'in-
détermination efîcntielle à certains mots , lorfqu'ils
font employés de manière que l'application aftuelle
n'en efl pas fixée avec affez de précilion. Tels font
les adje^ltifs conjonftifs^KÏ & ^«e, & l'adverbe con-
jonQïf donc ; parce que n'ayant par eux-mêmes ni
hombre ni genre déterminé , la relation en devient
n^ceffairem.ent douteufe , pour le peu qu'ils ne tien-
nent pas immédiatement à leur antécédent. Tels font
nos pronoms de la troifieme perlonne ; /7, lui, elle,
ia, le , les, ils .^ eux, elles, leur; parce que tous les
objets dont on parle étant de la troifieme perfonne,
il doit y avoir incertitude fur la relation de tes mots,
des qu il y a dans le même difcours pîufieurs nômS
du même genre & du même nombre , fi l'on n'a foin
de rendre cette relation bien fenfibie par quelques^
uns de ces moyens qui ne manquent guère à coufc
qui lavent écrire. Tels font enfin les articles polTef-
fifs de la troifieme perfonne ,y^/2 Jajes, leur, leurs -
& \es purs adjedhis poffeffifs de la même perfonne .,
f en fienne , fiens , fiennes ; parce que la troifieme
perfonne déterminée à laquelle ils doivent fe rap-
porter , peut être incertaine à leur égard comme à
l'égard des pronoms perfonnels , & pour la même
raifon.
Je ne citerai point ici une longue fuite d'exemples >
je renverrai ceux qui en défirent , à la remarque 64^
de Vaugelas , où ils en trouveront de toutes les ef-
peces avec les correûifs qui y conviennent ; mais je
finirai par deux obfervations.
^ La première , c'eft que phrafe louche & p'hfafè
équivoque , font des expreffions , comme je l'ai déjà
remarqué, fynonymes fi l'on veut, mais non pas
identiques ; elles énoncent le même défaut de net-
teté , mais elles en indiquent des fources différentes.
Phrafe amphibologique, eff une expreffiôn plus géné-
rale , qui comprend fous foi les deux premières ,
comme le genre comprend les efpeces ; elle indique
encore le même défaut de netteté , mais faûs en affi-
gnerla caufe. Ainfi, les impreffwns qu il prit depuis ^
qu'il tacha de communiquer aux fiens , &c, c'ell une
phrafe louche, parce qu'il femble d'abord qu'on
veuille dire , depuis le tems quil tâcha , au lieu- que
depuis ell employé abfolument, & qu'on a voulu
dire , lefquelles il tâcha; incertitude que l'on auroit
levée par un & avant quil tâchât. Lifias promit à fori
père de n abandonner jamais f es amis , c'eft une phrafe
équivoque , parce qu'on ne fait s'il s'agit des amis de
Lyfias , ou de ceux de fon père : toutes deux font
amphibologiques.
La féconde remarque , c'eft que M. du Marfais n'a
pas dû citer comme une phrafe amphibologique, ce
vers de la première édition du Cid. ( ///. 6^. )
U amour n efl quun plaifir, & l'honneur un devoir,
La conftruftion de cette phrafe met néceffairement
de niveau V amour & l'honneur , & prélente l'un &:
l'autre conime également rnéprifables : en un mot ^
eWe a. le même fens que ceile-ci.
V amour n'efl quun plaifir y r honneur nefi quuri
devoir.
Il eft certain que ce n'étoit pas l'intention de Cor-"
heille , & M. du Marfais en convient ; mais la feule
chofe qui s'enfuive de-là , c'eft que ce grand poète
a lait un contre-fens , & non pas une amphibologie ; Se
l'académie a exprimé le vrai fens de l'auteur, quand
elle a dit :
L'amour n^efi quun plaifir ^ V honneur efl un devoir'.
Il faut donc prendre garde encore de confondre
amphibologie & contre-fens : \ amphibologie eft dans!
une phrafe qui peut également fervir à énoncer
pîufieurs /è/z^ diffcrens , & que rieri de ce qui la con-
ftitue , ne détermine à l'un plutôt qu'à l'autre : le
contre-fens eft dans une phrafe qui ne peut avoir qu'uni
fms , mais qui auroit dû être cônftruite de manière
à en avoir un autre. Voye^ Contre-Sens.
Èéfumons. Va fignification eft l'idée totale dont
un mot eft le figne primitif par la décifion unanime
de l'ufage;
Vacceptiori eft un afpeft particulier fous lequel Ia
fignif cation primitive eft envifagée dans Une phrafe^
Lefens eft une autre fignification différente de la
primitive, qui eft entée , pour ainfi dire, fiir cette
première, qui lui eft ou analogue ou actcffoiite, H
54 S E N
qui cil moins indiquée par le mot m^mc que par fa
<oinbinailon avec les autres quiconltituent la phral'e.
Celt pourquoi l'on dit également lejens d'un mot ,
& [ejens d'une phraie ; au lieu qu'on ne dit pas de
mC-nu' la f-^r.':ti:ation ou Vucccpnon d'une phraie.
Sens , ( Mecaphyfiquc. )jens eft une faculté de l'a-
mc, par laquelle elle appcrçoit les objets extérieurs,
moyennant quelque atlion ouiniprelTion faite en cer-
taines parties du corps, que l'on appelle /ei organes
disfini,(\\\\ communiquent cette imprelîîon au cer-
veau.
Quelques-uns prennent le mot fcns dans une plus
grande étendue ; ils le dcHniircnt une faculté par la-
quelle l'anic apperçoit les idées ou les images des
obiets,foit qu'elles lui viennent de dehors , par l'im-
prelîion des objets mêmes , foit qu'elles foient occa-
lionnées par quelque action de l'ame iur elle-même.
En confulerant fous ce point de vue le mot fens ,
on en doit dillinguer à^ deux efpeccs , d'extérieurs
&: d'intérieurs; qui corrcfpondent aux deux différen-
ces manières dont les images des objets que nous ap-
percevons , font occafionnées & préfentées à l'ef-
prit , toit immédiatement du dehors , c'efl-à-dire , par
les cinqyè/2i extérieurs , l'ouie , la vue , le goiit , le
tad , & l'odorat ; foit immédiatement du dedans ,
c'eft-à-dire , par \esj'cns internes, tels que l'imagina-
tion , la mémoire , l'attention , &c. auxquelles on
peut joindre lafaim , la foif, la douleur, &c.
Les f:ns extérieurs font des moyens par lefquels
l'ame a la perception ou prend connoiffance des ob-
jets extérieurs. Ces moyens peuvent être confidérés
tant du côté de l'cfprit, que du côté du corps. Les
moyens du côté de l'efprit font toujours les mêmes :
c'elt toujours la même faculté par laquelle on voit ,
on entend. Les moyens du côté du corps font auffi
différens, que les différens objets qu'il nous Importe
d'apperccvoir. Ue-Ià ces ditférens organes du fenti-
ment; chacun defquels eft conllitué de manière à
donner à l'ame quelque repréfentation & quelque
avertiflement de l'état des chofcs extérieures , de leur
proximité , de leur convenance , de leur diiconve-
nance , & de leurs autres qualités ; & de plus à don-
ner des avis diflerens , fuivant le degré , l'éloigne-
iTient , ou la proximité du danger ou de l'avantage ;
& c'efl de-là que viennent les différentes fondions
de ces organes, comme d'entendre, devoir, de fen-
tir ou flairer , de goûter , de toucher.
Un excellent auteur moderne nous donne une no-
tion <lu/i/25 très-ingénieufe; félon fes principes , on
doit définir \q fcns une puifTance d'appercevoir , ou
une puiffance de recevoir des idées. En quelques oc-
cafions , au lieu de puilfancc, il aime mieux l'appel-
1er une détermination de l'efprit à recevoir des idée^ ;
il appelle fcnfations , les idées qui font ainfi apper-
çues , ou qui s'élèvent dans l'efprit.
Les/ins extérieurs font par conféquent des puif-
fances de recevoir des idées , à la préfence des ob-
jetscxtérieurs. En ces occafions on trouve que l'ame
eft purement palTive , & qu'elle n'a point direde-
ment la puiffance de prévenir la perception ou l'i-
dée , & de la changer ou de la varier à fa réception,
pendant tout le tems que le corps continue d'être en
état de recevoir les impreffions des objets exté-
rieurs.
Quand deux perceptions font entièrement diffé-
rentes Tune de l'autre , ou qu'elles ne lé conviennent
que fous l'idée générale de f enfation , on défigne par
ditférens fens la puiffaa«e qu'a l'ame de recevoir ces
différentes perceptions. Ainfi la vue &c l'ouie déno-
tent différentes puiffanccs de recevoir les idées de
couleurs & de fbns; & quoique les couleurs comme
les fbns , ayent entre elles de très-grandes différen-
ces i xiéaniiioins il y a beaucoup plus de rapport
S E N
entre les couleurs les plus oppofécs , qu'entre une
couleur tk union : & c'efl pourquoi l'on regarde les
couleurs comme des perceptions qui appartiennent
à un même fcns ; tous \esjens femblent avoir des or-
ganes diflingués, excepté celui du toucher, qui eft
répandu plus ou moins par tout le corps.
Les fens intérieurs font des puifl'ances ou des dé-
terminations de ref'prit , qui fe repofe fur certaines
idées qui f c préf entent ù nous , lorfquc nous apper-
cevons les objets pavlesfcns extérieurs. Il y en a de
deux efpeces différentes, qui font diflinguées par les
différens objets de plaifir ,c'eft-à-dire , par les formes
agréables ou belles des objets naturels , & par des
adions belles.
En réflchiffant furnosyè/25 extérieurs, nous voyons
évidemment que nos perceptions de plaifir & de
douleur , ne dépendent pas diredlement de notre vo-
lonté. Les objets ne nous plaifent pas comme nous
le fouhaiterions : il y a des objets , dont la préfence
nous efi néceffairement agréable ; & d'autres qui nous
déplaifent malgré nous : & nous ne pouvons , par
notre propre volonté, recevoir du plaisir & éloigner
le mal, qu'en nous procurant la première cfpece
d'objets, & qu'en nous mettant à couvert de la der-
nière. Par la conft itution même de notre nature , l'un
eff occafion du plaifir , & l'autre du mal-être. En ef-
fet , nos perceptions fenfitives nous affeûent bien ou
mal , immédiatement , & fans que nous ayons au-
cune connoiffance du fujet de ce bien ou de ce mal ,
de la manière dont cela fe fait fentir , & des occa-
fions qui le font naître , fans voir l'utilité ou les in-
convéniens, dontl'ufage de ces objets peut être la
caufe dans la fuite. La connoiffance la plus parfaite
de ces chofes ne changeroit pas le plaifir ou la dou-
leur de la fenfation ; quoique cela pût donner un
plaifir qui fe tait fentir à la raif on , très-diftinft du
plaifir lenfible, ou que cela pût caufer une joie di-
fHnde, parla confidération d'un avantage que l'on
pourroit attendre de l'objet, ou exciter un fentimenc
d'averfion , par l'appréhenfion du mal.
Il n'y a prefque point d'objet, dont notre amtf
s'occupe , qui ne foit une occafion de bien ou de mal-
être : ainfi nous nous trouverons agréablement affe-
dés d'une forme régulière, d'une pièce d'architedure
ou de peinture , d'un morceau de mufique ; & nous
fentons intérieurement que ce plaifir nous vient na-
turellement de la contemplation de l'idée qui eft alors
préfente à notre efprit, avec toutes fes circonftan-
ces ; quoique quelques-unes de ces idées ne renfer-
ment rien en elles de ce que nous appelions percep'
don fcnjîble ; & dans celles qui le renferment, le plai-
fir vient de quelque uniformité, ordre, arrangement
ou imitation , & non pas des fimples idées de cou-
leur, defon.
Il paroît qu'il s'enfuit de-là , que, quand l'inftru-
dion , l'éducation, ou quelque préjugé, nous fait
naître des defirs ou des répugnances par rapport à
un objet; ce defir ou cette averfion font fondés fur
l'opinion de quelque perfedion ou de quelque dé-
faut , que nous imaginons dans ces qualités. Par con-
féquent , fi quelqu'un privé àwfins de la vue , eft af-
fedé du defir de beauté, ce defir doit naître de ce
qu'il fent quelque régularité dans la figure, quelque
grâce dans la voix, quelque douceur, quelque mol-
leffe, ou quelques autres qualités , qui ne font per-
ceptibles que par les/£//5 différens de la vue, fans au-
cun rapport aux idées de couleur.
Le leul plaifir de fentiment , que nos philofophes
femblent confidérer, eft celui qui accompagne les
fimpIes idées de fenfation. Mais il y a un très-grand
nombre de féntimens agréables , dans ces idées com-
plexes des objets , auxquels nous donnons les noms
de beaux & A' harmonieux-^ que l'on appelle ces idées
de beauté & d'harmonie , des perceptions des fcns
extérieurs
s E N
extérieurs de la vue &: de l'ouie, ou non , cela n'y
fait rien : on devroit plutôt les appelier unfens in-
terne ^ ou un fentimeni intérieur , *ne fùt-ce feulement
que pour les diftinguer des autres fenfaiions de la
vue &c de l'ouie , que l'on peut avoir fans aucune
perception de beauté & d'harmonie.
Ici fe prcfente une queftion , favoir , fi les fens font
pour nous une règle de vérité. Cela dépend de la ma-
nière dont nous les envifageons. Quand nous vou-
lons donner aux autres la plus grande preuve qu'ils
attendent de nous touchant la vérité d'une chofe ,
nous difons que nous l'avons vue de nos yeux; &fi
l'on fuppofe que nous l'avons vue en eftet, on ne
peut manquer d'y ajouter foi; le témoignage desfens
€i\ donc par cet endroit une première vérité, puif-
qu'alors il tient lieu de premier principe , fans qu'on
remonte, ou qu'on penle vouloir remonter plus haut:
c'eft de quoi tous conviennent unanimement. D'un
autre côté , tous conviennent auffi que les fins font
trompeurs; & l'expérience ne permet pas d'en dou-
ter. Cependant û nous fommes certains d'une chofe
dès-là que nous l'avons vue , comment le fens de la
vue peut-il nous tromper ; 6c s'il peut nous tromper,
comment fommes-nous certains d'une chofe pour l'a-
voir vue ?
La réponfe ordinaire à cette difficulté , c'efl que
notre vue & nos Jens nous peuvent tromper, quand
ils ne font pas exercés avec les conditions requifes ;
favoir que l'organe foit bien difpofé , & que l'objet
foit dans une jufte diftance. Mais ce n'eft rien dire là.
En effet , à quoi fert de marquer pour r'-.s règles qui
juftifîent le témoignage de nos fens, des conditions
que nous ne faurions nous-mêmes juftiner , pour fa-
voir quand elles fe rencontrent ? Quelle règle infail-
lible me donne-t-on pour juger que l'organe de ma
vue , de mon ouïe, de mon odorat, eft actuellement
bien difpolc ? Nos organes ne nous donnent une cer-
titude parfaite que quand ils font parfaitement for-»
mes; mais ils ne le ibnt que pour des tempéramens
parfaits ; & comme ceux-ci lont très-rares , il s'en-
fuit qu'il n'eft prefque aucun de nos organes qui ne
foit défedueux par quelque endroit.
Cependant quelque évidente que cette conclufion
paroifle , elle ne détruit point une autre vérité , fa-
voir que l'on efl certain de ce que l'on voit. Cette
contrariété montre qu'on a laifTé ici quelque chofe à
démêler, puifqu'une m.axime fenfée ne iauroitêtre
contraire à une maxime fenfée. Pour développer la
chofe , examinons en quoi nos fens ne font point rè-
gle de vérité, & en quoi ils le lont.
1°. Nos (ens ne nous apprennent point en quoi
confifle cette difpofition des corps appellée qualité ,
qui fait telle impreffion iur moi. J'apperçois évidem-
ment qu'il fe trouve dans un tel corps une difpofi-
tion qui caufe en moi le fentlment de chaleur Ô£ de
pefanteur ; mais cette difpofition, dans ce qu'elle eil
€n elle-même, échappe ordinairement à mes fens ,
& fouvent même à ma raifon. J'entrevois qu'avec
certain arrangement & certain mouvement dans les
plus petites parties de ce corps , il fc trouve de la
convenance entre ce corps & l'imprefTion qu'il fait ■
fur moi. Ainfi je conjeûure que la faculté qu'a le fo-
leii d'exciter en moi un fentiment de lumière, con-
fifte dans certain mouvement ou impulfion de petits
corps au-travers des pores de l'air vers la rétine de
mon œil; mais c'cft cette faculté même, où mes yeux
ne voyent goutte, & où ma railon ne voit guère da-
vantage.
1°. hes fens ne nous rendent aucun témoignage
d'un nombre infini de difpofitions même antérieures
qui fe trouvent dans les objets, ik' gui furpaifent la
Sagacité de notre vue , de notre ouïe , de notre odo-
rat. La chofe fe vérifie manifeftemcnt par les microf-
copes ; ils nous ont fait découvrir dans l'objet de la
Tçrne X K.
S E N
25
vue une inanité de difpofitions extérieures , qui
marquent une égale différence dans les parties inté-
rieures, & qui forment autant de différentes quaii-
tés. Des microfcopes plus parfaits nous feroient dé-
couvrir d'autres difpofitions , dont nous n'avons ni
la perception ni l'idée.
3°. Les fens ne nous apprennent point l'imprefTion
précife qui fe fait par leur canal en d'autres hommes
que nous. Ces effets dépendent de la difpofition de
nos organes , laquelle efl à-peu-près aufîi différente
dans les hommes que leurs tempéramens ou leurs vi-
fages ; une même qualité extérieure doit faire auffi
différentes imprcffions de fenfation en différcns hom-
mes : c'efl ce que l'on voit tous les jours. La même
liqueur caufe dans moi une fenfation defagréable ,
& dans une autre une fenfation agréable; je ne puis
donc m'affurer que tel corps faille précifcment fur
tout autre que moi , l'impreffion qu'il fait fur moi-
même. Je ne puis favoir aulli fi ce qui efl: couleur
blanche pour moi , n'efl point du rouge pour un au-
tre que pour moi.
4**. La raifon & l'expérience nous apprenant que
les corps font dans un mouvement ou changement
continuel , quoique fouvent imperceptible dans leurs
plus petites parties, nous ne pouvons juger sûrement
qu'un corps d'un jour à l'autre ait précifément la
même qualité, ou la même difpofition à faire l'im-
preffion qu'il faifoit auparavant llir nous ; de.fon cô-
té il lui arrive de l'altération , & il m'en arrive du
mien. Je pourrai bien m'appercevoir du changement
d'ippreffion , mais de favoir à quoi ilf !Ut l'attribuer,
fi c'efl à l'objet ou à moi , c'efl ce que je ne puis fai-
re par le feul témoignage de l'organe de mes fens.
5^^. Nous ne pouvons juger par lesy^/25 ni de la
grandeur abfolue des corps , ni de leur mouvement
abfolu. La raifon en efl bien claire. Comme nos yeux
ne font point difpofés de la même façon , nous ne de-
vons pas avoir la même idée fenfible de l'ct.ndue
d'un corps. Nous devons confidérer que nos yeux ne
font que des lunettes naturelles , que leurs humeurs
font le même effet que les verres dans les lunettes ,
& que félon la fituation qu'ils gardent entr'eux , &
félon la figure du cryffallin & de fon éloignement de
la rétine , nous Voyons les objets différemment ; de
forte qu'on ne peut pas affurer qu'il y ait au monde
deux hommes qui les voyent précifément de la mê-
me grandeur , ou compofés de femblables parties ,
puilqu'on ne peut pas affurer que leurs yeuxfoient
tout-à-fait femblables. Une conféqucnce auffi natu-
relle , c'eff que nous ne pouvons connoître la gran-
deur véritable ou abfolue des mouvemens du corps ,
mais feulement le rapport que ces mouvemens ont
les uns avec les autres. Il efl confiant que nous ne
faurions juger de la grandeur d'un mouvement d'un
corps que par la longueur de l'efpace que ce même
corps a parcouru. Ainfi puifque nos yeux ne nous
font point voir la véritable longueur de l'efpace par-
couru, il s'enfuit qu'ils ne peuvent pas nous faire
connoitre la véritable grandeur du mouvement.
Voyons maintenant ce qui peut nous tenir lieu de
premières vérités dans le témoignage de nos fens. On
peut réduire principalement à trois chefs les premiè-
res vérités dontnos/e/zi nous inflruifent. i". ils rap-
portent toujours très-fidelcment ce qui leur paroit.
2°. Ce qui leur paroit efl prefque toujours conforme
à la vérité dans les choies qu'il importe aux hommes
en général de favoir , à moins qu'il ne s'offre quelque
fujet raifonnable d'en douter. 3". On peut diicerner
ailément quand le témoignage des fens ell douteux ,
par les réflexions que nous marquerons.
1°. LesytV25 rapportent toujours fidellemcntce qui
leur paroit ; la chofe ell manifefle , puifque ce font
des facultés naturelles qui agiffent par l'imprcfficn
néceflaire des objets, à laquelle le rapport ûesfcr.s
D
'#•
i6
s E N
cft toujours conforme. L'œil placé fur un vaifteau qui
avance avec rapidité , rapporte qu'il lui paroîtque le
rivage avance du côté oppol'é ; c'eft ce qui lui doit
paraître : car dans les circonflances l'œil reçoit les
nicmcs iinprcfllous que U le rivage &c le vailléau
avançoicnt chacun d'un côté oppoic , comme l'en-
Icignent & les oblervations de la Phylîque , & les
règles de l'Optique. A prendre la choie de ce biais ,
jamais les Jcns ne nous trompent ; c'eft nous qui
nous trompons par notre imprudence, fur leur rap-
port fidèle. Leur fidélité ne confiftc pas à avertir l'ame
de ce qui ell , mais de ce qui leur paroît ; c'ell à elle
de démêler ce qui en eu.
2°. Ce qui paroît à nos fcns cft prefque toujours
conforme à la vérité , dans les conjonftures où il s'a-
»;it de la conduite & des bcfoins ordinaires de la vie.
Ainli , par rapport à la nourriture , \tsjins nous fonir
fufliiamment difccrner les befoins qui y font d'ufage :
cniorte que plus ime chofe nous ell lalutaire, plus
aufll eft grand ordinairement le nombre des fenfa-
tions différentes qui nous aident à la difcerner ; & ce
que nous ne difcernons pas avec leur fccoui'^ , c'cit
ce qui n'appartient plus à nos befoins , mais à notre
curiofité.
3°. Le témoignage ^Qsfens eft infaillible , quand il
n'ert contredit dans nous ni par notre propre raifcn,
ni par un témoignage précédent des mcmes fens , ni
par un témoignage aduel d'un autre de nos fins , ni
par le témoignage dss Jins des autres hommes,
1°. Quand notre raiibn , inftruite d'ailleurs par cer-
tains faits & certaines réflexions, nous fait juger mani-
feftement le contraire de ce qui paroît à nosjcns, leur
témoignage n'eft nullement en ce point règle de vérité.
Ainfi, bien que le foleil ne paroifî'e large que de deux
pies, & les étoiles d'un pouce de diamètre, la raifon
inftruite d'ailleurs par des faits inconteflables, & par
des connoiffances évidentes , nous apprend que ces
aftres font infiniment plus grands qu'ils ne nous pa-
roilTent.
1°. Quand ce qui paroît aftuellement à nos fens efl
contraire à ce qui leur a autrefois paru ; car on a fu-
jet alors de juger ou que l'objet n'eft pas à portée ,
ou qu'il s'eft fait quelque changement foit dans l'objet
même , loit dans notre organe : en ces occafions on
doit prendre le parti de ne point juger , plutôt que de
juger rien de faux.
L'ufagc 6i. l'expérience fervent à difcerner le témoi-
gnage des /^/«. Un enfant qui apperçolt fon image
lur le bord de l'eau ou dans un miroir , la prend pour
un autre enfant qui eft dans l'eau ou au-dedans du
miroir; mais l'expérience lui ayant fait porter la main
dans l'eau ou fur le miroir , il réforme bientôt le fens
de la vue par celui du toucher, & il fe convainc avec
le tems qu'il n'y a point d'enfant à l'endroit oîi il
croyoit le voir. Il arrive encore à un indien dans le
pays duquel il ne gelc point, de prendre d'abord en
ces pays-ci un morceau de glace pour une pierre ;
mais l'expérience lui ayarrt fait voir le morceau de
glace qui le fond en eau , il réforme au/Ii-tôt Icfens
du toucher par la vue.
La troifieme règle efl: quand ce qui paroît à nos
fans eft contraire à ce qui paroît aux fins des autres
hommes, que nous avons fujetde croire auflî-bicn
organifés que nous. Si mes yeux me font un rapport
contraire à celui des yeux de tous les autres , je dois
croire que c'eft moi plutôt qui fuis en particulier
trompé , que non pas eux tous en général : autrement
ce feroit la nature qui mencroit au faux le plus grand
nombre des hommes ; ce qu'on ne peut juger railon-
nablcment. f^ojei logique du P. Buffier, à VarticU des
premières vérités.
Quelques philofophes , continue le même auteur
que nous venons de citer, fe font occupés à montrer
que nos yeux nous portent continuellement à Ter-
S E N
rcur, parce que leur rapport eft ordinairement fau?L
fur la véritable grandeur ; mais je demanderois vo-
lontiers h. ces philofophes fi les yeux nous ont été
donnés pour nous faire abfolument juger de la gran-
deur des objets ? Qui ne fait que fon objet propre 6c
particulier font les couleurs ? Il eft vrai que par ac-
cident , félon les angles difî'érens que font llir la rétine
les rayons de la lumière, l'efprit prend occafion de
former un jugement de conjeftures touchant la dif-
tancc & la grandeur des objets; mais ce jugement
n'eft pas plus an fcns de la vue , que àwfins de l'ouie.
Ce dernier, par fon organe, ne laiftTepas aufîl de ren-
dre témoignage , comme par accident, à la grandeur
& à la diftance des corps Ibnorcs , puifqu'ils caufent
dans l'air de plus fortes ou de plus foibles ondula-
tions , dont l'oreille eft plus ou moins frappée. Se-
roit-on bien fondé pour cela à démontrer les erreurs
desyi^i , parce que l'oreille ne nous fait pas juger
fort jufte de la grandeur & de la diftance des objets }
il me femble que non ; parce qu'en ces occafions l'o-
reille ne fait point la fonction particulière de l'organe
& an fins de l'ouie , mais fupplée comme par acci-
dent à la fonétion du toucher, auquel il appartient
proprement d'appercevoir la grandeur & la diftance
des objets.
C'cft de quoi l'ufage univerfel peut nous convain-
cre. On a établi pour les vraies mefures de la gran-
deur , les pouces , les pies , les palmes , les coudées ,
qui font les parties du corps humain. Bien que l'or-
gane du toucher foit répandu dans toutes les parties
du corps, il réfide néanmoins plus fenfiblement dans la
main; c'eft à elle qu'il appartient proprement de me-
furer au jufte la grandeur , en mefurant par fon éten-
due propre la grandeur de l'objet auquel elle eft ap-
pliquée. A moins donc que le rapport des yeux fur
la grandeur ne foit vérifié par la main , le rapport des
yeux fur la grandeur doit palTer pour lulpedl : cepen-
dant Icfins de la vue n'en eft pas plus trompeur , ni
fa fondion plus imparfaite ; parce que d'elle-même
& par l'inftitution direûe de la nature , elle ne s'étend
qu'au difcernement des couleurs , & feulement par
accident au difcernement de la diftance & de la gran-
deur des objets.
Mais à quoi bon citer ici l'exemple de la mouche,
dont les petits yeux verrolent les objets d'une gran-
deur toute autre que ne feroient les yeux d'un élé-
phant ! Qu'en peut-on conclure? Si la mouche & l'é-
léphant avoient de l'intelligence , ils n'auroient pour
cela ni l'un ni l'autre une idée fauffe de la grandeur ;
car toute grandeur étant relative , ils jugeroient cha-
cun de la grandeur des objets fur leur propre éten-
due , dont ils auroient lefentiment : ils pourroient fe
dire , cet objet eft tant de fois plus ou moins étendu
que mon corps , ou que telle partie de mon corps ;
& en cela , malgré la différence de leurs yeux , leur
jugement fur la grandeur feroit toajours également
vrai de côté éc d'autre.
C'eft auffi ce qui arrive à l'égard des hommes ;
quelque différente Imprefîlon que l'étendue des ob-
jets faffe fur leurs yeux , les uns & les autres ont une
idée également jufte de la grandeur des objets ; parce
qu'ils la mefurcnt chacun de leur côté , au fentlment
qu'ils ont de leur propre étendue.
On peut dire de nos fins ce que l'on dit de la rai-
fon. Car de même qu'elle ne peut nous tromper ,
lorfqu'elle eft bien dirigée , c'elt-à-dire, qu'elle fuit
la lumière naturelle que Dieu lui a donnée , qu'elle
ne marche qu'à la lueur de l'évidence , & qu'elle
s'arrête là où les idées viennent à lui manquer: ainfi
Xcsfins ne peuvent nous tromper , lorfqu'ils aglffent
de concert , qu'ils fe prêtent des fecours mutuels ,
& qu'ils s'aident fur-tout de l'expérience. C'eft elle
fur-tout qui nous prémunit contre bien des erreurs ,
que les/e«î (euls occaûonneroient. Cen'cftqueparun
s E N
long ufage , que nous apprenons à juger dcsclifîances
parla vue ; & cela en examinant par le tadUes corps
que nous voyons , & en obfervant ces corps pla-
cés à différentes diftanccs & de différentes maniè-
res , pendant que nous (avons que ces corps n'é-
prouvent aucun changement.
Tous les hommes ont appris cet art , dès leur pre-
mière enfance ; ils font continuellement obligés de
faire attention à la diftance des objets; &; ils appren-
nent infenfiblcment à en juger , & dans la fuite , ils
fe perfuadent , que ce qui eft l'effet d'un long exer-
cice ,efl un don de la nature. La manière dont fe fait
la viiîon , prouve bien que la faculté de juger des
objets que nous voyons , eft un art , qu'on apprend
par l'ulage & par l'expérience. S'il rcfte quelque
doute lur ce point, il fera bientôt détruit par l'exem-
ple d'un jeune homme d'environ quatorze ans , qui
ne aveugle , vit la lumière pour la première fois.
Voici l'hilloire telle qu'elle ell rapportée par M. de
Voltaire.
« En 1729 , M. Chifelden , un de ces fameux
» chirurgiens qui joignent l'adrefle de la main aux
» plus grandes lumières de l'efprit , ayant imaginé
n qu'on pouvoit donner la vue à un aveugle né , en
» lui abaiffant ce qu'on appelle des cataractes , qu'il
» foupçonnoit formées dans fes yeux prefqu'au mo-
>» ment de fa naiffance , il propofa l'opération. L'a-
» veugle eut de la peine à y confentir. Il ne conce-
» voit pas trop que le fins de la vue pût beaucoup
» augmenter les plaifirs. Sans l'envie qu'on lui infpira
» d'apprendre à lire & à écrire , il n'eûr point defiré
» de voir. Quoiqu'il en foit , l'opération en fut faite
» & réuffit. Le jeune homme d'environ 14 ans , vit
h la lumière pour la première tois. Son expérience
» confirma tout ce que Loke & Bardai avoient fi
» bien prévu. Il ne dillingua de long - tems ni gran-
» deurs , ni diitances, ni fituations , ni mcme figu-
» res. Un objet d'un pouce mis devant fon œil , &
» qui lui cachoit une maifon , lui paroiffoit aulîi
» grand que la maifon. Tout ce qu'il voyoit , lui fem-
» bloit d'abord être fur fes yeux , & les toucher con>
» me les objets du tact touchent la peau. Il ne pou-
» voit diftinguer ce qu'il avoit jugé rond à l'aide de
»> fes mains , d'avec ce qu'il avoit jugé angulaire , ni
» difcerner avec fes yeux , fi ce que fes mains
» avoient fenti être en haut ou en bas , étoit en
» effet en haut ou en bas. Il étoit fi loin de connoître
» les grandeurs , qu'après avoir enfin conçu par la
» vue que fa maifon étoit plus grande que ta chana-
» bre , il ne concevoit pas comment la vue pouvoit
» donner cette idée. Ce ne fut qu'au bout de deux
» mois d'expérience , qu'il put appercevoir que les
» tableaux repréfentoient des corps folides ; & lorf-
» qu'après ce long tâtonnement d'un fins nouveau
» en lui , il eut fenti que des corps £c non des lurfa-
» ces feules , étoient peints dans les tableaux ; il y
» porta la main ,. & fut étonné de ne point trouver
» avec fes mains ces corps folides , dont il commen-
9* çoit à appercevoir les repréfentations. Il dcman-
j» doit quel étoit le trompeur, àwfcns du toucher ,
» ou àxxfens de la vue. »
Si au témoignage des fie ns , nous ajoutons l'ana-
logie , nous y trouverons une nouvelle preuve de la
l^érité des chofes. L'analogie a pour fondement ce
principe extrêmement funple , que Cunivers eji gou-
verné par des lois générales & confiantes. C'tû. en vertu
de ce raifonnement que nous admettons la règle fui-
vante , tjue des effets fiemklablis ont les mêmes caufies.
L'utilité de l'analogie confifte en ce qu'elle nous
épargne mille difcuffions inutiles , que nous ferions
obligés de répéter fur chaque corps en particuUer. 11
fuffit que nous fâchions que tout ell gouverné par
des lois générales Se conllantes , pour être bien fon-
dés à croire , que les corps qui nous paroillent fem-
Tomc XK,
S E N
17
blables ont les mêmes propriétés, que les fruits d'un
même arbre ont le même goiit , &c. La certitude qui
accompagne l'analogie retombe fur \qs fiens mêmes ,
qui Un prêtent tous les raifonnemens qu'elle déduit.
En parlant de la connoiffance , nous avons dit ,
que fans le fecours des J'ens , les hommes ne pour-
roient acquérir aucune connoiffance des chofes cor-
porelles; mais nous avons en même tems obfervé ,
que les feulsyèwi ne leur fuffifoient pas , n'y ayant
point d'homme au monde qui puiffe examiner oar
lui-même toutes les chofes qui lui font néceffaires à
la vie ; que, par conféquent , dans un nombre infini
d'occafions :, ils avoient befoin de s'inftruire les uns
les autres , 6i. de s'en rapporter à leurs obfervations
mutuelles ; qu'autrement ils ne pourroient tirer au-
cune utilité de la plupart des chofes que Dieu leur a
accordées. D'où nous avons conclu , que Dieu a
voulu que le témoignage , quand il feroit revêtu de
certaines conditions , fiit auffiune marque de la vé-
rité. Or , fi le témoignage dans certaines circonf-
tances cft infaillible , les fiens doivent l'être aulîi ,
puifque le témoignage elf fondé fur les fiens. Ainû
prouver que le témoignage des hommes en certaines
circonfiances , eft une règle sure de vérité , c'eil
prouver la même chofe par rapport aux fiens , fur
lefquels il ell néceffairement appuyé.
Sens commun; par \e fiens commun on entend la
difpofition que la nature a mife dans tous les hommes,
ou manifefiement dans la pli^ipart d'entr'eux , pour
leur faire porter , quand ils ont atteint l'ufage de la
raifon , un jugement commun & uniforme , fur des
objets différens du fentiment intime de leur propre
perception ; jugement qui n'efi: point la conféquence
d'aucun principe antérieur. Si l'on veut des exem-
ples de jugemens qui fe vérifient principalement par
la règle & par la force Aw fiens commun , on peut , ce
femble, citer les fui vans.
1°. Il y a £ autres êtres ^ & d'autres hommes que moi
au monde.
%°. Il y a quelque chofie qui s'appelle vérité , fageffe,
prudence ; 6- cefi quelque chofie qui n'efl pas purement
arbitraire.
3°. Il fie trouve dans moi quelque chofe que fi appelle
intelligence, & quelque chofe qui n'efi point inteUigenci
& qiHon appelle corps.
4°. Tous les hommes ni fiont point d'accord à me trom-
per^ & à rncnfiane accroire.
5°. Ce qui 71 (fi point intelligence ne fiauroit produire
tous les effets de C iiïtelligince , ni des parcelles de matière
remuées au hafiard fiormer un ouvrage d'un ordre & d'un
mouvement régulier , tel qiiun horloge.
Tous ces jugemens , qui nous font diftés par le
fiens commun , font des règles de vérité aulîi réelles
& auffi fûres que la règle tirée du fentiment intime
de notre propre perception ; non pas qu'elle emporte
notre efprit avec la même vivacité de clarté , mais
avec la même néceffité de confentement. Comme il
m'ell impoflible de juger que je ne penfe pas , lorfque
je penfe aftuellement ; il m'ell: également impolîible
de juger férieufement que je fois le feul être au mon-
de ; que tous les hommes ont confpiré à me tromper
dans tout ce qu'ils difent; qu'un ouvrage de l'induf-
trie humaine , tel qu'un horloge qui montre réguUe-
rcment les heures , ell le pur effet du hafard.
Cependant il faut avouer qu'entre le genre des
premières vérités tirées du fentiment intime , & tout
autre genre de premières vérités, il fe trouve une
différence ; c'eft qu'à l'égard du premier on ne peut
imaginer qu'il loit fufceptible d'aucune ombre de
doute ; & qu'à l'égard des autres , on peut alléguer
qu'ils n'ont pas une évidence du genre fuprème d'é-
vidence. Mais il faut fe fouvenir que ces premières
vérités qui ne font pas du premier genre , ne tombant
que fur des objets hors de nous , elles ne peuvent
D ij
28
s EN
taire une imprclfion auiri vive fur nous , que celles
dont l'objet elt en nous-mcmes : de forte que pour
nier les premières , il laudroic être hors de loi ; &
pour nier les autres , il ne taut qu'être hors de la rai-
ion.
Ccft une maxime parmi les fnges , dirc7.-vo«s, &:
comme une première vérité dans la morale , cj^ue Ar
vîrhintjî point pour latiiulùtiuli. Ainfi il ne paroit pas
judicieux d'établir une règle de vérité fur ce qui ell
jui'é vrai par le p!us grand noml)rc. Donc le fcns
commun n'ell pouit une règle iniaillible de la vé-
rité.
Je réponds qu'une vérité précife & mctaphyfique
ne le melurc pas A des maximes comnumes , dont la
vérité ell toujours liijette ;\ différentes exceptions :
témoin la maxime qui avance , que la voix du peuple
tfl la voix di Diiu. Il s'en faut bien qu'elle foit uni-
verléllement vraie ; bien qu'elle le vérifie îi-peu-près
aulli ibuvent que celle qu'on voudroit obje6ter , que
la vériiî nefl point pour l.i nndtiiud:. Dans le l'ujet
même dont il s'agit , touchant les premiers principes,
cette dernière maxime doit palier abloîument pour
être faulVc, En eftét , fi les premières vérités n'é-
toient répandues dans l'elprit de tous les hommes , il
leroit impollible de les faire convenir de rien , puif-
qu'ils auroient des principes dilTérens fur toutes for-
tes de fujets. Lors donc qu'il cfl vrai de dire que la
vcriti ri cil poirjt pour Li ruuUiiudi^ on entend une forte
de vérité , qui , pour être apperçue , fuppofe une
attention , une capacité & une expérience particu-
lières, prérogatives qui ne font pas pourla muhitude.
Mais ell-il queltion de première vérité , tous font
philofophes à cet égard. Le philolbphe contempla-
tif avec tous fes raifenncmens n'ell pas plus parfai-
ten-.ent convaincu qu'il exifte &: qu'il penle , que l'ef-
prit le plus médiocre &; le plus fimple. Dans les cho-
fcs où il faut des connoilfances acquifes par le rai-
fonnement , & des réflexions particulières , qui fup-
pofent certaines expériences que tous ne font pas ca-
pables de faire,un philolbphe ell plus croyable qu'un
autre homme : mais dans une choie d'une expérience
manifelle , & d'un fentiment commun à tous les hom-
mes , tous à cet égard deviennent philofophes: de for-
te que dans les premiers principes de la nature &: du
fcns ccmmun , un philolbphe oppofé au relie dn genre
humain , ellunphilofophe oppofé à cent mille autres
philofophes ; parce qu'ils font aulH bien que lui inf-
truits des premiers principes de nos fentimens com-
muns. Je dis plus ; l'ordinaire des hommes cil plus
croyable en certaines chofes que plufieurs philofo-
phes ; parce que ceux-là n'ont point cherché à forcer
ou à défigurer les fentimens èl les jugemcns , que la
nature infpire univerfellement à tous les homm.es.
Le fentiment commun des hommes en général ,
dit-on , eu que le foleil n'a pas plus de deux pies de
diamètre. On répond qu'il n'ell pas vrai que le fen-
timent commun de ceux qui font à portée de juger
de la grandeur du foleil , îbit qu'il n'a que deux ou
trois pies de diamètre. Le peuple le plus grolTier s'en
rapporte fur ce point au commim , ou à la totalité
des philofophes ou des allronomes , plutôt qu'au té-
moignage de fes propres yeux. Aulii n'a-t-cn jamais
vu de gens , même parmi le peuple , foutenir iérieu-
fement qu'on avoit tort de croire le foleil plus grand
Cfii'un globe de quatre pies. En effet , s'il s'étoit ja-
mais trouvé quelqu'un affez peu éclairé pour cou-
telier là-defl"us , la contellation auroit pu celTer au
moment même , avec le fecours de l'expérience ; fai-
fant regarder au contredifant un objet ordinaire, qui,
à proportion de fon éloignement, paroît aux yeux
incomparablement moins grand , que quand on s'en
approche. Ainfi les hommes les plus llupides font
perfuadcs que leurs propres yeux les trompent fur la
vraie étendue des objets. Ce jugement n'ell donc
S E N
pas un fentiment de la nature ,puifqu'au contraire îl
ell univerfellement démenti par le fentiment le plus
pur de la nature raifonnable, qui ell celui de la ré-
llexion.
Sens moral , ( Moral.') nom donné par le favant
Hutchefon à cette faculté de notre ame, qui difcer-
ne promptement en certains cas le bien & le mal
moral par une forte de fenfation & par goût, indé-
[)endamment du raifonnement &: de la réflexion.
C'ell-là ce que les autres moralilles appellent i/;/?i/2c?
moral .f fentiment, efpece de penchant ou d'inclina-
tion naturelle qui nous porte a approuver certaines
chofes comme bonnes ou louables, & à en condam-
ner d'autres comme mauvailes &: blâmables , indé-
pendamment de tovite réflexion.
C'ell ainfi , qu'à la vue d'un homme qui fouffre ,
nous avons d'abord un fentiment de compafîîon, qui
nous fait trouver beau Se iigréable de le fecourir.
Le premier mouvement, en recevant un bienfait ,
ell d'en lavoir gré , &: d'en remercier notre bienfai-
teur. Le premier &c le plus pur mouvement d'un
homme envers un autre , en faifant abllraftion de
toute raifon particulière de haine ou de crainte qu'il
pourroit avoir, cil un fentiment de bienveillance ,
comme envers fon femblable , avec qui la conformi-
té de nature & de belbins lient. On voit de même
que , fans aucun raifonnement , un homme grolîler*
le récrie lur une perfidie comme fur ime aftion noire
& i.njulle qui le blelTe. Au contraire , tenir fa paro-
le, reconnoitrc un bienfait, rendre à chacun ce qui
lui efl du , Ibulager ceux qui louurent , ce font -là
autant d'aélions qu'on ne peut s'empêcher d'approu-
ver & d'ellimer , comme étant juftes , bonnes, hon-
nêtes & utiles au genre humain. De-là vient que
l'elprit fe plaît à voir & à entendre de pareils traits
d'équité, de bonne-foi, d'humanité & de bénéficence;
le cœur en efl touché , attendri. En les lilant dans
l'hilloire on les admire, t-i. on loue le bonheur d'un
fiecle, d'une nation , d'une famille où de fi beaux
exemples fe rencontrent. Mais pour les exemples du
crime , on ne peut ni les voir, ni en entendre par-
ler fans mépris & fans indignation.
Si l'on demande d'où vient ce mouvement du
cœur, qui le porte à aimer certaines atlions , & à
en dételler d'autres fans raifonnement & fans exa-
men , le ne puis dire autre choie , fmon que ce mou-
vement vient de l'auteur de notre être , qui nous a'
faits de cette manière , & qui a voulu que notre na-
ture fût telle , que la différence du bien ou du mal^
moral nous affedât en certains cas , ainfi que le tait
celle du mal phyfique. C'ell do|fC là une forte d'info
îin£l, comme la nature nous en a donné plufieurs
autres , afin de nous déterminer plus vite& plus for-
tement là où la réflexion feroittrop lente. C'ell ainli
que nous fommes avertis par une fenfation intérieu-
re de nos befoins corporels , pour nous porter à
fitire promptement & machinalement tout ce que
demande notre confervation. Tel ell auiîi cet inf-
tin£l qui nous attache à la vie , & ce dcfir d'être heu-
reux , qui ell le grand mobile de nos adions. Telle
ell encore la tendreffe prefqu'aveugle , mais très-né-
ceffaire , des pères & des mères pour leurs cnfans.
Les befoins preffans & indifpenfables demandoient
que l'homme fût conduit par la voie du fentiment,
toujours plus vif & plus prompt que n'eH le raifon-
nement.
Dieu donc a jugé à propos d'employer aufli cette
voie à l'égard de la conduite morale de l'homme ,
&c cela en imprimant en nous un fentiment ou un
goût de vertu &: de juflice, qui décide de nos pre-
miers mouvemens , & qui lupplée heureufement
chez la plupart des hommes au défaut de réflexion;
car comnien de gens incapables de réfléchir, & qi;i
font remplis de ce fentiraentde jullice! Il étoltbieni
s E N
utile que le Créateur nous donnât un dircernement
du bie.'i &C du mal, avec l'amour de l'un & l'averuoa
de l'autre par une forte de faculté prompte & vive,
qui n'eut pas befoin d'attendre les Ipéculations de
1 cfprit ; 6c c'eft-là ce que le doreur Hutchefon a
nommé judicieufementycrti moral. Princip. du droit
naturel. (Z?, /. )
Sens de l'Écriture , (T/iéohg.) eu la fignifica-
tion que préfentent ou que renferment les paroles
de l'Écriture fainte.
On peut diftinguer cinc[ fins dans l'Ecriture ; i°.
le/ens grammatical ; x^. iey^/zi littéral ou hillorique;
3". Icjens allégorique ou figuré ; 4°. le fens anago-
gique ; 5^*. lejens tropoiogique ou moral.
I. Le fins grammatical eft celui que les termes du
texte préfentent à l'efprit , fuivant la propre fignifi-
cation des termes. Ainfi quand on dit que Dieu le
repent , qu'il fe met en colère , qu'il monte , qu'il
defcend , qu'il a les yeux ouverts 6c les oreilles at-
tentives , &c. Le fins grammatical conduiroit à croire
que Dieu feroit corporel & fujet aux mêmes infirmi-
tés que nous , mais comme la fol nous apprend qu'il
n'a aucune de nos foiblefies & de nos imperfeftious,
& que la raifon même le diâe , on n'en demeure
jamais aw fcns grammaiical , & l'on penle avec fon-
dement que les auteurs facrés n'ont employé ces ex-
prefilons que pour fe proportionner à la foiblciTe de
notre intelligence.
II. Le fins littéral & hifîorique eft celui qui s'at-
tache à l'hiftoire , au fait , au fens que le récit Se les
termes de l'Ecriture préfentent d'abord à l'efprit.
Ainfi , quand on dit qu'Abraham époufa Agar , qu'il
la renvoya enfuite , qu'Ifaac naquit de Sara , qu'il
reçut la circoncifion , &c. tous ces faits pris dans le
fens hiftorique & littéral ne difent autre chofe finon
ce qui ell exprimé dans l'hilloire , le mariage d'Abra-
ham avec Agar, la répudiation de celle-ci , la naif-
lance d'Ifaac &c fa circoncifion.
III. Le fens allégorique & figuré ell: celui qui re-
cherche ce qui eft caché fous les termes ou fous l'é-
vénement dont il eft parlé dans l'hiftoire. Ainfi le
inariage d'Abraham avec Agar, qui fut enfuite répu-
diée & chafi"ée à caufe de fon infolence & de celle
de fon fils , eft une figure de la fynagogue qui n'a été
qu'une efclave, & qui a été reprouvée à caufe de
Ion ingratitude & de fon infidélité. Sara eft la figure
de l'Eglife , & Ifaac la figure du peuple choifi.
IV. Le fens anagogique ou de convenance , eft
celui qui rapporte quelques exprcfFions de l'Ecriture
à la vie éternelle , à la béatitude , à caufe de la con-
formité ou proportion entre les termes dont on fe
fert pour exprimer ce qui fe pafTe en ce monde , &
ce qui arrivera dans le ciel. Par exemple, à l'occa-
fion du fabbat ou du repos qui étoit recommandé
au peuple de Dieu , on parle du repos dont les faints
jouifijent dans le ciel. A l'occafion de l'entrée des If-
raélites dans la terre promife , on traite de l'entrée
des élus dans la terre des vivans , ôx.
V. Le fens moral ou tropoiogique eft celui qui tire
des moralités ou des réflexions pour la conduite de la
vie &c pour la réforme des mœurs , de ce qui eft dit
& raconté hiftoriquement ou littéralement dans l'E-
criture. Par exemple , à l'occafion de ces paroles du
Deutéronome, ch. xxv. verf. 4. f^ous ne liere^ point
la bouche du bœuf qui foule le grsin , S. Paul dit dans
fa première épitrc aux Cotinthiens , ch. ix. verf 10.
qu'il faut fournir aux prédicateurs & à ceux qui
nous inftruifent de quoi fe nourrir & s'entretenir.
Le fens littéral a pour objet les faits de l'hiftoire ;
l'allégorique , ce que nous croyons , ou les myfteres
de notre foi ; l'anagogique , la béatitude &c ce qui y
a rapport; le tropoiogique , le règlement de nos
mœurs : ce qu'on a compris dans ces deux vers :
S E N
Lutera gefla docet : quid crcdas allegorla ;
Moralis quid agas , quo tcndas anagogia.
ap
On peut remarquer les cxno^fens dons nous venons
de parler dans ie feul mot Jhufalem ; félon \efcns
grammatical il fignifie union de paix; félon le littéral,
une ville capitale de Judée ■,{c\oi\ l'allégorique, Vèglifc
militante ; félon l'anagogique , \!igUfc triomphante ;
félon le moral , Vame fidèle , dont JeruLlem eft une
efpece de figure. A'oye{ Allégorie, Anagogique,
Littéral , Figuré , Mystique , &c.
Tous les théologiens conviennent qu'on ne peut
tirer d'arguraens direds & concluans en matière de
religion que du {enlfens littéral. Jamais, dit S. Jérô-
me , les paraboles & le lens douteux des énigmes,
c eu-a-due , dîs allégories que cnacun imagine \ Ion
gré , ne peuvent fervir pour établir les dogmes ; 6c
S. Auguitin dans fon épitre à Vincent le donatifte ,
reconiioît qu'on ne peut fe fonder fur une fimple al-
légorie , à moins qu'on n'ait des témoignages clairs
pour expliquer ceux qui fout obfcurs. D'ailleurs ,
comme chacun peut iinagmer des fens myftiques, fé-
lon fa pénétration ou fa piété, chacun par la même
railon a droit de Ls rejetter ou d'en imaginer de
con.raires. Il faut cependant obferver que des qu'un
' Jens myftiqiie eftautorifé par l'égiife ou par le concert
unanime des p^res , ou qu'il fuit naturellement du
tixte, & que l'Ecriture même le favorife , on en peut
tirer des preuves & des raifonnemens folides. Mais
le plus fur en matière de conrroverfe eft de s'attacher
au fins littéral, parce qu'il eft fort aifé d'abuier du fens
allégorique.
Sens EXTERNES , (P/ij^o/.) organes corporels ^
fur lequels les objets extérieurs caufent les différen-
tes elpeces de l'eniations , que nous appelions le tou-
cher , le goût , l'odorat , l'ouie , la vue , ëcc. L'auteur
de Vhijioire naturelle de l^homme vous expliquera
mieux que moi comment ces différentes elpeces de
lenfations parviennent à l'ame. Elles lui font tranf-
mlles , nous dit-il , par les nerfs qui forment le jeti
de toutes les parties & l'aftion de tous les mrmbres.
Ce font eux qui font l'organe immédiat du fenti nent
qui fe diverfifie & change , pour ainfi dire , de na-
ture , fuivant leur différente diipofition ; enforte que^
félon leur nombre, leur finefle , leur arrangement,
leur qualité , ils portent à l'ame des efpeces différen-
tes de manières de lentir qu'on a diftinguées par le
nom defenfations , qui ferablent n'avoir rien de fem-r
blable entr'elles.
Cependant fi l'on fait attention que tous ces fens
externes ont un fujet commun , 6c qu'ils ne font que
des membranes nerveules , différemment étendues ,
difpofées & placées ; que les nerfs font l'organe gé-
néral du fentiment ; que , dans le corps animal , nul
autre corps que les nerfs n'a cette propriété de pro-
duire le fentiment, on fera porté à croire que leijèns
ayant tous un principe commun , èi. n'étant que des
formes variées de la même fubuance , n'étant en un
mot que des nerfs différemment ordonnés «Se diipoy
fés , les fenfations qui en réfuirent ne font pas aulTi
eft'entiellement différentes entr'elles qu'elle le pa-
roiffent. ■--,
L'œil doit être regardé comme une expanfion du
nerf optique , ou plutôt l'œil lui-même n'cft que l'cr
panouiffement d'un faifccau de nerfs, qui étant expofé
à l'extérieur plus qu'aucun autre nerf, eft aulll celui
qui a le fentiment le plus vif & le plus délicat ; il kr^
donc ébranlé par les plus petites parties de la ma-
tière telles que font celles de la lumière , 6l il nou*
donnera par conféquent une fenlation de toutes lès
fubftances les plus éloignées , pourvu qu'elle^ Iv'ient
capables de produire ou de réfléchir ces petites paçr
ticules de matière.
,'-i injra
L'oreille qui n'eft pas un organe aufll extérieur
3û S E N
que l'œil , & dans lequel il n'y a pas un auïïl grand
«?panoui(rementdenerf, n'aura pas le même degré
de iVnlibilitc , &: ne pourra pas être aftcdée par des
parties de matières aiUn ^jaitci que celles ae la lu-
mière ; mais elle le fera par des parties plus greffes
qui fout celles qui forment le Ton, & nous donnera
encore une renf;U:on des choies cloignccs , qui pour-
ront mettre en mouvement ces parties de matières.
Coi'ime elles ("ont beaucoup plus groflcs que celles
de la hmiiere iV qu'elles ont moins de vîteffe , elles
ne pourront s'étendre qu'à do petites didaiiccs , &
par conléquent l'oreille ne nous donnera la fcnlation
que de choies beaucoup moins éloignées que celles
dont ''oeil nous donne la ienlation.
La membrane qui eft le liège de l'odorat étant en-
core m-oins fournie de nerfs que celle qui fait le fiege
de l'ouïe , elle ne nous donnera la Ienlation que des
parties de inatiere qui font plus groiles 6l moins éloi-
gnées , telles que lont les particules odorantes des
corps qui font probablement celles de l'huile efien-
tieile , qui s'en exhale &L fumage , pour ainfi dire ,
dans l'air.
Comme les nerfs font encore en moindre quanti-
té <:^: plus grolTiers (iir le palais & fur la langue , les
particules odorantes ne lont pas allez fortes pour
ébranler cet organe ; il faut que les parties huileufes
^: falines le dcfachent des autres corps, & s'arrêtent
fur la lanr,ue pour produire la fenla'.ion qu'on ap-
pelle le go:}i , ?c qui diifere principalement de l'o-
dorrt , parce que ce dernier /e/75 nous donne la len-
f.ition des choies à une certaine dillance , & que le
eoui ne peut la doimer que par une elpece de con-
tai , qui s'opère au moyen de la fonte de certaines
parties de matières , telles que les fels , les huiles , &c.
Enlin , comme les nerfs font le plus dlvifés qu'il
clt polnble 6c qu'ils font très-légerement parfemés
dans la peau , aucune partie aulii petite que celles
qui forment la lumière , les fons , les odeurs , les fa-
veurs, ne pouira les ébranler, ni les afte 61 er d'une
manière fcnfible , & il faudra de très-grofles parties
de matière , c'el^à-dire des corps folides , pour qu'ils
puilL'nt en être affcftés. Aullî le fens du toucher ne
nous donne aucune Ienlation des choies éloignées ,
mais feulement de celles dont le contad eft immé-
diat.
Il paroît donc que la différence qui eff entre nos
fens vient de la pofition plus ou moins extérieure
des nerfs , de leur vêtement, de leur exilité, de leur
quantité plus ou moins grande , de leur épanouiffe-
ment dans les différentes parties qui conftitucnt les
organes. C'eft par cette raifon qu'un nerf ébranlé
par un coup , ou découvert par une bleffure , nous
donne louvent la Ienlation de la lumière , fans que
l'œil y ait part ; comme on a fouvent aulîl par la
même caufe des tintemens &C des fenfations des fons,
quoique l'oreille ne foit affedée par rien d'exté-
rieur.
Lorfque les petites particules de la matière lumi-
neule &: lonore le trouvent réunies en trcs-grandc
quantité, elles forment une elpece de corps lolide
qui produit différentes efpeccs de fenfations , lef-
quëlles ne paroiffcnt avoir aucun rapport avec les
premières ; car toutes les fois que les parties qui
compofcnt la lumière font en très-grande quantité ,
elles affectent non-feulement les yeux , mais auffi
toutes les parties ncrvcufes de la peau ; & elles pro-
duifcnt dans l'œil la Ienlation de la lumière ; 6c dans
le relie du corps , la Ienlation de la chaleur qui cft
une autre elpece de lentir-cnt différent du premier,
<juoiou'il loit produit par la même caufe.
"'J' La chaleur n'ell donc que le toucher de la lumière
qui agit comme corps folide, ou comme une maffe
•de mafitre en mouvement ; on reconnoît évidem-
ment l'action de cette malTc en mouvement , lorf-
SE
qu^on expofe les matières légères au foyer d'un boii
miroir ardent ; l'adion da la lumière réunie leur
coir;munique , avant même que de les échauffer , un
mouvement qui les pouffe & les déplace ; la chaleur
agit donc comme agiffent les corps lolidcs fur les
autres corps , puifqu'clle eff capable de les dépla-
cer en communiquant un mouvement d'impullion.
De même lorfciue les parties fonores le trouvent
réunies en très-grande quantité, elles produifcntune
fec'ouffe Si un ébranlement trcs-lénfible ; 6c cet ébran-
lement cft fort différent de l'aâion du fon fur l'o-
reille. Une violente explolion , un grand coup de
tonnerre ébranle les mailons,nous frappe 6c commu-
nique une efpcce de tremblement à tous les corps
vollins ; c'ell par cette aftion des parties fonores
qu'une corde en vibration en fait remuer une au-
tre , 6c c'cft par ce toucher du fon que nous fentons
nous-mêmes , lorfque le bruit cff violent , une elpece
de trémouffcment fort différent de la fenfution du
fon par l'oreille , quoiqu'il dépende de la même
caufe.
Toute la différence qui fe trouve dans nos fenfa-
tions ne vient donc que du nombre plus ou moins
grand, & de la pofition plus ou moins extérieure des
nerfs. C'eft pourquoi nous ne jugeons des choies
que d'après l'imprclîion que les objets font fur eux ;
6c comme cette impreffion varie avec nos difpoli-
tions , les fins nous en impolent néceffairement : les
phis importans ne font fouvent que de légères im-
preffions ; & pour notre malheur , le méchanifme
de tout le mouvement de la machine dépend de ces
refforts délicats qui nous échappent.
Cependant les fans nous étoient abfolument nécef-
faires , & pour notre être & pour notre bien-être ;
ce font, dit M. le Cat , autant de fentinelles qui nous
avertilfent de nos befoins & qui veillent à notre
confervation. Au milieu des corps utiles & nuifibles
qui nous environnent, ce font autant de portes qui
nous font ouvertes pour communiquer avec les au-
tres êtres , & pour jouir du monde où nous fommes
placés. Ils ont enfanté des arts fans nombre pour fa-
tisfaire leurs délices , & fe garantir des impreffions
fâcheufes. On a tâché dans cet ouvrage de dévelop-
per avec brièveté le méchanifme & des arts & des
fens ; peut-être même trouvera-t-on qu'on s'y eu. trop
étendu ; mais quand cela feroit vrai , comment ré-
firter au torrent des choies curieufes qui s'offrent en
foule fur leur compte ; & combien n'en a-t-on pas
fupprimé avec quelque regret ? Car enfin les arts
font précieux, & les fens offrent le fujet le plus in-
térelîant de la phyfique , puifque ce font nos moyens
de commerce avec le refte de l'univers.
Ce commerce entre l'univers & nous fe fait tou-
jours par une matière qui affefte quelque organe.
Depuis le toucher jufqu'à la vue, cette matière ell
de plus en plus lubtile , de plus en plus répandue loin
de nous , & par-là de plus en plus capable d'étendre
les bornes de notre commerce. Des corps , des li-
queurs, des vapeurs , de l'air , de la lumière , voilà
la gradation de fes correfpondances ; 6i les fens par
lefquels elles fe font nos interprètes & nos gazettiers.
Plus leurs nouvelles viennent de loin , plus il faut
s'en défier. Le toucher qui eff le plus borné de^fens
ell auffi le plus iïir de tous ; le goût &: l'odorat le
font encore affez , mais l'ouïe commence à nous
tromper très-fouvent ; pour la vue , elle eft fujette
à tant d'erreurs , que l'induftrie des hommes , qui
fait tirer avantage de tout , en a compofé un art d'en
impofer aux yeux ; art admirable , & pouffé fi loin
par les peintres , que nous y aurions peut-être per-
du à avoir des fens moins trompeurs. Mais que dire
des conjedhires dans lefquelles ils nous entraînent?
Par exemple , la lumière, fluide particulier qui rend
les corps vilibles , nous fait conjedurer un îyi-
s E
trcflviitlc qui les rend pefans , un autre qui les rend
l'icflriques, ou qui fait tourner la bouflble au nord,
^•■c. Tant de fuppoûîions prouvent affez que ce que
\csfir2S nous montrent , elt encore tout ce que nous
ihvons de mieux.
Qu'on juge par-là des bornes étroites & du peu
de certitude de nos connoiffances , qui confirtent h
voir une partie des chofes par des organes infidèles
& à deviner le refte. J)'oii vient, direz^ous , cette
nature û bonne , li libérale , ne nous a-t-cUe pas
donné àcsfens pour toutes ces chofes que nous fom-
mes contraints de deviner , par exemple , pour ce
fluide qui remue la boufîblc , poqr celui qui donne
la vie aux plantes Se aux animaux ? C'étoit le plus
court moyen de nous rendre favans fur tous ces
phénomènes qui deviennent fans cela des énigmes :
car enfin les cinq efpeces de matières qui font com-
me députées vers nous , des états du monde maté-
lériel ne peuvent nous en donner qu'une vaine
ébauche ; imaginons un fouverain qui n'auroit d'au-
tre idée de tous les peuples que celles que lui don-
neroient un françois , un perfan , un égyptien , un
créole , un chinois , qui tous cinq feroient lourds
& muets ; • c'eft ainfi tout au-moins que font toutes
ces efpeces de matières. En vain la phyfique mo-
derne fait fes derniers efforts pour interroger ces dé-
putés ; quand on fuppoferoit qu'ils diront un jour
tout ce qu'ils font eux-mêmes , il n'y a pas d'appa-
rence qu'ils difent jamais ce que font les autres peu-
ples de matière dont ils ne font pas.
Le créateur n'a pas vouhi nous donner un plus
grand nombre defens ou des fens plus parfaits, pour
nous faire connoître ces autres peuples de matière ,
ni d'autres modifications dans ceux-mêmes que nous
connoifibns. Il nous a refufé des aîles , il a fixé la
médiocrité de la vue qui n'apperçoit que les feules
furfaces des corps. Mais de plus grandes facultés
enflent été inutiles pour notre bonheur & pour tout
le fyftème du monde. Accuferons-nous le ciel d'être
cruel envers nous & envers nous feuls ?
Le bonheur de l'homme , dit Pope , ( qui emprun-
te pour le peindre , le langage des dieux ) le bonheur
de l'homme , fi l'orgueil ne nous empê choit point de
l'avouer , n'efl pas de penfer ou d'agir au-delà de
l'homme même , d'avoir des puiffances de corps &
d'cfprit , au-delà de ce qui convient à fa nature & à
fon état. Pourquoi l'homme n'a-t-il point un œil mi-
crofcopique ? C'eflpar cette raifon bien fimple , que
l'homme n'efl; point une mouche. Et quel en feroit
l'ufage , fi l'homme pouvoit confidérer un ciron, &
que fa vue ne pût s'étendre jufqu'aux cieux ? Quel
feroit celui d'un toucher plus délicat , fi trop fenfi-
ble , & toujours tremblant , les douleurs & les ago-
nies s'introduifoient par chaque pore ? D'un odorat
plus vif, fi les parties volatiles d'une rofe, par leurs
vibrations dans le cerveau, nous faifoient mourir de
peines aromatiques ? D'une oreille plus fine , fi la na-
ture fe faifoit toujours entendre avec un bruit de
tonnere, & qu'on fe trouvât étourdi parlamufique
de fes fpheres roulantes ? O combien nous regrete-
rions alors que le ciel nous eût privé du doux bruit
des zéphirs & du murmure des ruiflTeaux ! Qui peut
ne pas reconnoitre la bonté & la fageflfe de la Pro-
vidence , également & dans ce qu'elle donne, & dans
ce qu'elle refufe ?
Regardons pareillement les fcnfations quiaflligent
ou qui enchantent l'ame comme de vrais prcfens du
ciel. Les fenfations triflies avcrtiflent l'homme de fe
mettre en garde contre l'ennemi qui menace le corps
de fa perte. Les fenfations agréables l'invitent à la
confervation de fon individu 6c de fon cfpece.
Peut-être que des Jais plus multipHés que les nô-
tres , fe ftifl^ent embarraflcs , ou que l'avide curio-
fité qu'ils nous cuflentinfpiré, nous cùl procure plus
S E N
ti
d'inquiétude que de plaifir. En un mot , le bon ufagé
de ceux que nous avons , fuffit à notre félicité. Jouif-
fons donc , comme il convient , des fens dont la na-
ture a bien voulu nous gratifier : ceux de l'ouie & dé
la vue me femblent être les plus délicats & les plus
chartes de tous. Les plaifirs qui les remuent, font les
plus innocens ; & les arts à qui nous devons ces plai-
firs , méritent une place diftiaguée parmJ les arts li-
béraux, comme étant des plus ingénieux , pulfqu'on
y em.ploie toute la fubtilité des combinaifons m.athé^
matiques. La peinture reveille l'imagination & fixe
la mémoire ; la mufique agite le cœur , & fouleve
les partions. Elles font pafler les plaifirs dans l'ame :
l'une par les yeux , l'autre par l'oreille. On diroit
même que les pierreries ont un charme fingulier ,
dont la mode fe fert pour fixer la curiofité.Il le faut
bien ; car fans cet éclat impérieux , notre folie- auroit
des bornes, du moins celles que l'inconflance a foin
de mettre à tous nos goûts. Ert-ce que ces étincelles
pures qui pétillent au fein du diamant , feroient une
efpece de collyre pour la vue? Les lurtres & lesgla^
ces feroient à ce prix une merveiileufe invention , &:
peut-être ces chofes ont-elles avec nous une douce
fympathie , dont nous fentons l'effet fans le deviner?
Les plaifirs des autres /c/z.f peuvent être plus vifs,
mais je les crois moins dignes de l'homme. Ils s'c-
mouflent , ils fe blafent , quand on les irrite ; & quand
onenabufe, ils laiffent dans la vieilleffe un trifle
repentir ou de fàcheufes infirmités. ( Z-e chevalurDE
J AU COURT. )
Sens internes , ( Phyfwl. ) aaions de l'ame-ou
de l'intellea , auxquelles il eft excité par la percep-
tion des idées.
Les feules voies par où les connoiflfances arrivent
dans l'entendement humain , les feiils paffages , com-
me dit Loke , par lefquels la lumière entre dans cette
chambre obfcure , fontles/^/2i externes & internes.
hes fins internes (ont les paffions, l'attention, l'i-
magination & la mémoire. Telle eft l'énumération
ordinaire , & à m.on avis , peu exafte , qu'on fait des
fens inurnes; mais ce n'eft pas ici le lieu de la recti-
fier ; nous ne traitons qu'en phyfiologifte , & feule-
ment ce au'il convient au médecin de connoître,
pour entendre , expliquer, & guérir , s'il eft poffible,
les fàcheufes affedions du cerveau.
11 femble que les perceptions de notre intelka
naiffent de la différence des nerfs affedés , de la dif-
férente rtrudure de l'organe du fcntiment , des diffé*
rentes parties de la moelle du cerveau d'où les nerfs
prennent leur origine , & du cours différent^ des ef-
prits animaux. Nous foir.mes tellement formés , qu'à
Toccafion des divers états de l'ame il fe fait dans le
corps des mouvemens mufculan'cs , une circulation
ou une rtagnation d'humeurs , de lang & des efprits.
Les mouvemens mufculaires dépendent de l'iniluK
du fuc nerveux que le cerveau porte dans les mul^-
cles; la partie du cerveau dnfinforiuni commune, oh
les efprits animaux fc trouvent raffemblés , eft peut-
être la moelle du cerveau dans la tête. Cette partie a
différens territoires , dont chacun a fon nert&: fa lo-
ge pour les idées ; le nerf optique donne l'idée des
couleurs ;l'olfaaif, des odeurs ; les nerfsmoteurs,
ceux des mouvemens. Une goutte de liquide , lang
ou autre , épanchée fur l'organe des nerts , produit
l'apoplexie. Dcs-lors plus d'idées fimplesmaccefloi-
res, plus de mémoire , plus de paffion , plus de fins
internes, plus de mouvemens muiculaires , fi cen elt
dans le cœur où ils font paflbs. Qu'on ne craigne
point qu'il foit trop humiliant pour l'amourpropre,
de fivoir que l'efprit eft d'une nature fi corporelle?
Comme les femmes iont vaincs de leur beautés , ks
beaux efprits feront toujours vains du bel-eipnt ôc
les philofophes ne fe montreront jamais aflez philo -
fophcs , pour éviter cet écuc»! umvcrfel,.
31
S EN
Les paflions font des atTedions fortes qui impri-
ment des traces fi profondes dans le cerveau , que
toute l'économie en ell boiilevcrfce , ik. ne connoit
plus les lois de la raifon. C'ert un ctat violent qui
nous entraîne vers fon objet. Les pallions fuppolcnt
1°. la repréfentation de la chofe qui clthors de nous :
a", l'idte qui en rcfultc 6c qui l'accompagne , fait
naître l'aftlction de l'ame: 3°. le mouvement des ef-
prits ou leur ful'pcnfion en marque les effets. Le fiege
des affeftions de l'ame elt dans Xcjcnjorium commune.
Un fommeil profond fans rcves doit donc affoupir ,
comme il arrive , toute palTion. Un homme en apo-
plexie ou en léthargie n'a ni joie ni triftcfl'e , ni
amour ni haine. Après avoir paffé deux jours dans cet
état , il roffufcite, & n'a pas lenti la peine de mourir.
Les médecins entendent un peu l'effet des paffions
fur les liquides &: lesfolides du corps humain. Ils ex-
pliquent affez bien leur méchanifn'ie fur la machine
par l'accélération ou le retardement dans le mou-
vement du fuc nerveux qui agit enfuite fur le fang ,
enforte que le cours du fang réglé par celui des ef-
prits s'augmente & fe retarde avec lui. Que n'ont-ils
le fecret du remède !
Chaqiiepaffion a fon langage. Datv- la colère, cette
courte tureur, fuivant la déhnition d'Horace , tous
les mouvemens augmentent, celui de la circulation
du fang, du pouls , de la refpiration ; le corps de-
vient chaud , rouge , tremblant , tenté tout-à-coup
de dépofer quelque fécrétion qui l'irrite. De-là ces
inflammations , ces hémorrhagies , ces plaies r'ou-
vertes , ces diarrhées, ces idères, dont parlent les
obfervations.
Dans la terreur, cette padlon, qui en ébranlant
toute la machine , la met quelquefois cr garde pour
fa propre défenfe , & quelquefois hors d'état d'y
pourvoir, naiffent la palpitation, la pâleur , le fl-oid
fubit, le tremblement , la paralyfie , répllepfie , le
changement de couleur des cheveux , la mort fubite.
Dans la peur, diminutif de la ten-eur , la tranfpira-
tion diminuée difpofe le corps à recevoir les miaf-
mes contagieux , produit la pâleur , le relâchement
des fphinders & les excrétions.
Dans le chagrin , tous les mouvemens vitaux &
animaux font retardés , les humeurs croupiffent, &
produifent des obflru^Vions , la mélancolie , la jau-
niffe , & autres femblables maladies. De grands cha-
grins n'ont que trop fouvent caufé la mort.
En rapportant tous ces effets h leurs caufes , on
trouvera que dans les pafTions dont on vient de par-
ler , & dans toutes les autres , dont le détail nous me-
neroit trop loin , les nerfs doivent néceffrùrement
agir fur le fang , & produire du dérangement dans l'é-
conomie animale. Les nerfs qui tiennent les artères
comme dans des filets , excitent dans la colère & la
joie, la circulation du fang artériel, en animant le
reffort des artères; le fluide nerveux coule aufli plus
promptement ; toutes les fibres ont plus de tenfion ;
la vittffe du pouls &: de la refpiration croiffent; la
rougeur, l'augmentation de chaleur & de force en
réiultent. Les panies extérieures fe refferrent dans
la terreur; de forte que les vaiffcaux comprimés font
refluer le fang vers l'intérieur , & dans les grands
vaiffeaux du cœur & du poumon; d'où naiflent la
palpitation , la pâleur, le froid des extrémités, &c.
Latrifleffe fuipend le cours des efprits , refferre &
comprime les filets nerveux. Or oii ne trouvc-t-on
pas de ces filets ? Fidèles compagnons de la carotide
interne , de l'artère temporale , de la grande ménin-
gienne , de la vertébrale, de la fouclaviere, des bra-
chiales , de la céliaque , de la méfentérique , des ar-
tères qui fortcnt du bafiîn, ils font partout capables
d'être léiés , & fuivant leur léfion , de produire dif-
férens maux.
La pudeur , cette honte honnête , qui répand fur
S E N
le vifage le rouge qu'on a nommé le vermillon de lu
virtu , eftune dpcce de petite crainte qui refferre la
veine temporale , là oii elle eft environnée des ra-
meaux de la portion dure ; & par leur aftion , elle
retient , fixe 6l arrête le lang au vifage. Il efl: donc
vrai que les médecins éclahcs de la connoiffance du
corps humain peuvent fe former une théorie des paf-
lions par leurs effets.
L'attention eft l'imprcffion des objets qui frappent
le J'enjorium commune, àw moyen des efprits animaux
qui s'y portent en abondance. L'attention s'explique
par le même mcchanifme que Icspaffions; fon effet
eft: de produire une idée diltinfte, vive & durable.
Quand les fibres du cerveau extrêmement tendues
( comme on s'imaginoltles voir au-travers de laphi-
fionomic du p. Malebranche, lorfqu'il écoutoit ) , ont
mis une barrière qui ôte tout commerce entre l'ob-
jet choifi & les idées indiicretcs qui s'empreffent à
le troubler ; il en réfute la plus claire , la plus lumi-
neufe perception qui foit poffible : c'eft en ce fens
que l'attention elt la mère des fciences , & le meil-
leur moyen pour les acquérir.
Nous ne penfons qu'à une feule chofe à la fois dans
le même tems ; enfuira une autre idée fuccede à la
première avec une viteffe prodigieufe , quoique dif-
férente , en diverfes perfonnes & fujets. La nouvelle
idée qui fe préfente à l'ame , en ell apperçue , fi elle
fuccede , lorfque la première a difparu. D'où vient
donc la promptitude de ceux qui réfolvent fi vite les
problèmes les plus compolés ? De la facilité avec la-
quelle leur mémoire retient comme vraie la propofi-
tion la plus proche de celle qui expofe le problème;
ainfi tandis qu'ils penient à la onzième propofition ,
par exemple , ils ne s'inquiètent plus de la vérité de
la dixième ; 6c ils regardent comme un axiome les
chofes précédentes démontrées auparavant , & dont
ils ont un recueil clair dans la tcte.
C'eft ainfi qu'un habile médecin voit d'un coup
d'œil , les fympîomcs , les caufes de la maladie , les
remèdes & le pronoftlc. C'eff par cette vigueur des
organes du cerveau, qu'Archimede ayant découvert
tout-à-coup dans le bain que la couronne d'or du roi
Hiéron n'étoit pas entièrement compofée de ce mé-
tal , s'écria de joierye l'ai trouvé. Heureux ceux qui
ont reçu de la nature cette prompte facilité de com-
biner une foule d'idées & de propofitioris , qu'un cer-
veau borné ne pourroit concevoir qu'avec le tems ,
avec beaucoup de peine , & feulement Tune après
l'autre ! Faut-il qu'entre deux êtres femblablcs,New-
ton & fon fecréîalre , l'un ne foit qu'un homme du
commun, & l'autre paroiffe d'une organlfation pref-
que angélique ? L'éducation feule fait-elle les frais
d'une diverfité fi frappante? Non fans doute !
L'attention profonde &tropfuivie détruit la force
des fibres, caufe des maux de tcte par le refferrement
des membranes du cerveau , un defféchement dans
le fang & les efprits, & finalement une imagination
dépravée. Voyons donc ce que c'efl que l'imagina-
tion.
L'imagination efl la repréfentation d'un objet ab-
fent par des images tracées dans le cerveau. C'efl:
une perception née d'une idée que des caufes inter-
nes ont produites, femblables à quelques-unes de
celles que les caufes externes ont coutume de faire
naître. Haller raconte qu'ayant la fièvre, il voyoit ,
les yeux fermés, de terribles incendies, & le mon-
de tomber en ruine ; il dit qu'il n'étoit pas la dupe
de ces fortes d'illufions , qu'il dilfipoit d'ailleurs en
ouvrant les yeux,& que fes/ï/zj externes lui dccou-
vroient l'erreur de fesyê«i internes. Son'inràgmaÙQix
étoit alors échauffée par des phanîômes , c'efl-à-di-
re , que les nerfs agités dans leur origine augmen-
toient la force de la circulation du fang dans le cer-
veau. Pafchal épuifé d'étude &deméditaîion,voyoit
toujours ,
SE
toujours, étant au lit, un précipice <Ie feu dont iï
falloit le garantir par quelque rempart. C'étoit-là
une forte de vertige de l'elpcce de celui de Haller
ayant la fièvre. Le lang agité , épanché , ou prêt à
l'être, donne lieu à de tels Tpeétres. Galien , jeune
encore , fe fit un grand honneur à Rome, pour avoir
prédit dans une pareille circonflance , une hémor-
rhagic lalutaire.
Quand l'ame ne peut fe détromper par les fins ex-
ternes, de la non-exiftence des phantômes que les
fens internes lui préfentent , comme étoiî celui qui
croyolt avoir un nez de verre ; ceux qui fe perfua-
dent être obligés de fuivre tel régiment , dans l'idée
qu'ils y ont été engagés , & autres chimères : c'efl
dans ce cas une efpece de manie , mal qui demande
■des remèdes, & qui y cède quelquefois. Quiconque
jettera les yeux fur les triftes eifets du dérangement
de i'ima<Tinarion , comprendra combien elle eft cor-
porelle , & combien ell étroite la liaifon qu'il y a
entre les mouvemens vitaux & les mouvemens ani-
maux.
La mémoire , qui efl: le fouvenir des chofes qui
ont fait des traces dans le cerveau , eft un quatrième
fins interne , fi dépendant des organes du corps , qu'-
elle fe fortifie , & s'affoiblit , félon les changemens
qui arrivent à la machine. Ni la converfarion , ni la
connolffance des chofes , ni le fentiment interne de
notre propre exiftence ne peuvent réfider en nous
fans la mémoire. Wepfer parle d'un malade qui avoit
perdu les idées des chofes ; il prenoit le manche pour
le creux de la cueillere ; il en a vu un autre qui ne
pouvoit jamais finir fa phrafe , parce qu'il perdoit
d'abord la mémoire du commencement de fon idée.
Il donne l'hiftoire d'un troifieme , qui voyant les
lettres , ne pouvoit plus les épeler.
Un homme qui perdroit toute mémoire , ne feroit
pas même un être penfant ; car peut on penfer fans
elle ? Cela ne répugne point aux phénomènes des
maladies dans lefquelles nous voyons les malades
faire plufieursaftions, dont ils n'ont aucune réminif-
cence , lorfqu'ils font rétablis ; or ces acHons que
l'ame fait fans connolffance , lans jugement, doivent
être rangées parmi les mouvemens automatiques qui
fe trouvent partout pour conlerver la machine, M.
Jean le Clerc fi connu dans la république des lettres,
& frère de M. Daniel le Clerc non moins célèbre par
fon hijioire de la Médecine , a écrit que la fièvre fuffi-
foitpour boulverfer toutes les traces des images dans
le cerveau , & caufer un oubli univerièl ; il a été lui-
même un trifte exemple de cette vérité ; après une
petite fièvre de deux ou trois jours, il tomba dans
l'oubli total de tout ce qu'il avoit jamais fait & fu ;
l'enfance & l'imbécillité fuccéderent ; le favant ne
fut plus qu'un objet de pitié !
Thucidide raconte que dans la pefle d'Afrique ,
plufieurs perfonnes perdirent entièrement la mémoi-
re. Mais tous les jours la perte de cette faculté n'efl-
elle pas dépendante du fommeil, du vin,de l'apo-
plexie, de la chaleur exceffive ? Et puis , elle fe ré-
tablit avec le tems par des remèdes convenables. En-
fin l'hydrocéphale, la moUefle aqueufe du cerveau,
toutes dégénérations de cette partie , une chute , un
ulcère trop tôt fermé , ces caufes & plufieurs autres ,
font perdre la mémoire, fuivant l'obfervation de
tous les auteurs. Cependant puifqu'elle revient aufli
méchaniquemcnt qu'elle fe dilfipe, elle appartient
donc au corps , elle efl donc prefque corporelle.
Mais alors quelle place infiniment petite , tient la
mémoire dans le fenforium commune ? Cette exilité
infinie effrayera l'imagination de ceuxquicalculeront
les millions de mots, de faits, de dates, de choies
différentes , exiftantes dans le cerveau de ces hom-
mes dont parle Baillet , fi fameux par leur mémoi-
re, & qui fembloient ne rien oublier. Tant de chofes
Tome Xr^
S E N
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ï'cfidoicnt donc dans la mocle du cerveau de ces
gens-là, &ne l'occupoient pas même toute entière?
Que cette faculté elt immenfe , Si qua fon domicile
efl réellement borné !
On fait bien des queftlons Infolubles flir \Qsfens
internes ; en voici quelques-unes qu'il femble qu'on
peut réfoudre.
Pourquoi les fîgnes corporels qui n'ont rien que
d'arbitraire , affedent-ils , changent-ils li fort les
idées ? Il falloit à l'homme un grand noqjbre de ter-
mes pour exprimer la foule de fes idées ; ces termes
qui font arbitraires , deviennent tellement familiers
par l'habitude où l'on efl de les prononcer, qu'on ne
fe fouvient pas davantage le plus fouvent des idées
mêmes des chofes, que des termes qui font des cara-
ctères expreffifs de ces idées ; & les mots & ces idées
font fi intimement liés enfemble , que l'idée ne re-
vient point fans fon exprefîion , ni le mot fans l'idée,
t) 'ailleurs, en penfant nous fommes moins occupés
des mots que des chofes , parce qu'il en coûte à l'i-
magination pour trouver des idées complexes , au
lieu que les mots fimples & faciles , fe préfentent
d'eux-mêmes.
D'où vient que l'attention , l'imagination fufpen-
dent l'adion des Jïtis externes 6c les mouvemens du
corps? Parce qu'alors rien ne dlflrayant les yê/zj ex-
ternes , l'imagination en efl plus vive & la mémoire
plus heureufe. Ceux qui font devenus aveugles, font
fort propres à combiner à la fois un grand nombre
d'idées.
Pourquoi efl-on fi foible lorfqu'on a trop long-
tems , ou fortement exercé les fens internes } Parce
qu'il s'efl fait une très-grande confommation des ef-
prits du cerveau ; & par la même raifon , toutes les
parties du corps humain trop long-teuis tendues , fe
fatiguent.
Pourquoi les alimens , les boiflbns, les médica-
mens , les poifons, les paffions , le repos , le mouve-
vement , l'air, le chaud , le froid , l'habitude , pour-
quoi , dis-je , toutes ces chofes ont-elles tant de pou-
voir fur tous Its fens} Parce qu'ils dépendent du bon
état, ou du mauvais état des organes du corps. Tout
le juflifie, l'éducation, les mœurs , les lois , les cli-
mats, les breuvages, les maladies, les aveux de foi-
bleffes & de pafîions qu'on fait aux médecins & aux
confcfTeurs , les remèdes , les poifons , &c. Tout in-
dique l'empire de ce corps terreflre ; tout confirme
l'efclavage , l'obfcurciilement de cette ame qui de-
vroit lui comnwnder.
Eft-ce là ce rayon de V effence fuprhnc
Q^uc Von nous peint fi lumineux ?
Efl-ce là cet efprit furvivant à lui-même ?
Hélas ! on ne reconoît plus fa fpiritualité au milieu
du tumulte des appétits corporels , du feu des paf-
fions , du dérangement de l'économie animale. Quel
flambeau pour nous conduire , que celui qui s'éteint
à chaque pas ! (Le chevalier DE Jaucourt.^
Sens (le bon) , Goût (le bon), {Belles-Let-
tres.^ le bon fens & le bon goût., ne font qu'une même
choie, à les confidérer du côté de la faculté. Le bon
fens efl une certaine droiture d'ame qui voit le vrai,
le jufle & s'y attache ; le bon goût efl cette même
droiture, par laquelle l'ame voit le bon & l'approu-
ve, La difterence de ces deux chofes ne fe tient que
du côté des objets. On reflraint ordinairement le bon
fens aux chofes plus f'enfibles , & le bon goût ;\ des ob-
jets plus fiiis & plus relevés. Ainfi le bon goût , pris
dans cette idée, n'efl autre chofè que le bon fens ^
raffiné & exercé fur des objets délicats & relevés ;
& le bon fens n'cfl que le bon goiit, reflraint aux ol-
jets plus fenfibles & plus matériels. Le vrai efl l'ob-
jet du goût , auffi-bien que le bon ; &: l'efprit a fon
goût, aulfi-bien que le cœur. ( Z?. /. )
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SENS, {Gcogr. moJ.) en latin ^gindlctim, lif^cii-
r.eum , j4gcnniacum ; ville de France en Champagne ,
capitale du Scnonois , au confluent de l'Yonne & de
la Vanne, à ii lieues au nord d'Aiixerre, à 13 au
couchant de Troyes , 6c A 15 au iud-eli de Paris.
Cette; ville autrefois capitale du peuple Sénonois ,
fort peuplée ^ connue dos Romains , elt aujourd'hui
«lie/ chetivc, în: contient à peine dans toute ion éten-
due lix mille habuans. Ils ne purent arrêter les pro-
grès des conquêtes de Célar dans les Gaules , & le
Trouvèrent mal de leur révolte contre ce général ;
niaii l'empereur .'ullen n'étant encore que ccl'ar,lbu-
tint avec iuccès un llcsje dans cette ville contre les
Germains. Toutes les antiquités de Sens (e bornent
aujourd'hui à quelques monnoies de Charleniagne&
de ia poitérité, qui ont été battues à Sens.
Vers l'an 940 elle étoit au pouvoir de Hugues le
fjrand , duc de France. En 1015 le roi Robert prit
cette ville, &: la réunit à la couronne. L'archevêché
<le Sens fut érigé , félon M. de Marca , vers l'an 3 80 ;
fon archevêque prend le titre de primat des Guu!^s,
mais la primatie ell demeurée provifionnellemcnt à
l'archevêque de Lyon. Celui de Sens n'a pourluffra-
gans aftuels que les évêques de Troyes, d'Auxerre
ik. de Nevers ; il avolt encore autrefois les évêques
de Paris , de Chartres , de Meaux Si d'Orléans. Son
archevêché vaut au moins 70000 livres de revenu ,
èc fon diocèfe eft d'une grande étendue ; car il ren-
ferme lulvant le pouillé, 766 cures, tant féculieres
que régulières ; 26 abbayes, tant d'hommes que de
nlles ; & 1 1 chapitres , fans compter ceUii de la
métropole, dont l'églifea quelques privilèges parti-
culiers.
Le chapitre de Sens a une bibliothèque qui renfer-
me quelques manufcrits , & entr'autres l'original de
l'ancien office des Fous , tel qu'il fe chantoit autre-
fois dans l'églife de Schs. C'eft un in-folio long ck
étroit , écrit en lettres affez menues , & couvert d'i-
voire fculpté : on y voit des bacchanales & autres
folies de lancienne tête des Fous repréfentés groflie-
rement; on y lit au commencement une profe rimée
au liijet de l'âne , qu'on fêtoit aufli dans quelques
diocèles. Le refle de l'office efi: compofé de prières
de l'églife , confondues les unes dans les autres, pour
répondre au titre de la fête des Fous. Foye^ Fête des
Fous.
Entre plufieurs conciles tenus à Sens.,\c plus célè-
bre ert le premier , de l'an 1 1 40. Le roi Louis le jeune
y afiîlla , & S. Bernard, ennemi d'Abailard , ûi con-
damner dans ce concile ce fameux dodeur , qui n'a-
voit aucun tort dans fa dodrine , & qui appella de fa
condamnation au pape.
Sens eft le fiege d'un préfidial , d'une élcftion &
d'un bailliage. Il y a dans cette ville deux abbayes
<ie bénédictins, \\\\ collège, un féminaire dirigé par
les PP. de la mifTion , & plufieurs couvens. La fitua-
îlon de Sens feroit très-propre pour le commerce ,
ik. cependant il ne s'y en fait pr«fque aucun. Long, fui-
vant Caflini, 20. 4S. jo. lut. 48. n.
Malingre ( Claude) , né à Sens dans le xvij. fiecle,
publia fur l'hlftoire de France, un grand nombre
çi'ouvrages qui ne font point eftimés,& qui ne l'ont
jamais été. Le premier qu'il mit au jour en 1635, ^^^
une Hifloitc des dignités honoraires de France.^ & c'efl
le (eu! de fes livres qui ait une certaine utilité, parce
qu'il a eu loin de citer fes garans. Il eft mort entre les
années 1651 &: 165 «5.
Loifeaii (Charles) , fon compatriote, eft un des
plus habiles jurifconlultes de la France , & a donné
plufieurs ouvrages excellens fur des matières de droit.
11 elt mort à Paris, en 1627, âgé de 63 ans. (Z>. ./.)
SLNSAL , adj. (Comm.) qu'on écrit plus ordinai-
rement cenj'al.
C'cft ainfi qu'on appelle en Provence, en quelques
endroits d'Italie , & dans les Echelles du Levant , ce
qu'on nomme ailleurs un courtier. /''oye^CENSAL &
C0URTIt,R.
Tout le commerce de Livourne fe fint par la voie
dos Jènjàux ^ dont les journaux font foi en juftice. Ils
iont tous italiens ou juifs, & paient au grand duc une
taxe, plus ou moins forte, à proportion des affaires
qu'ils ont faites pendant le tours de l'annce. Dici. de
Comm.
SENSATIONS, f. f. ( Mkaphyfiq. ) Içsfinfations
font des imprcflions qui s'excitent en nous à l'occa-
fion des objets extérieurs. Les philofophes m.odcr-
nes font bien revenus de l'erreur grofliere qui revê-
toit autrefois les objets qui Ibnt hors de nous des di-
vçviii^Ja/Jatiuns que nous éprouvons à leur préfencc.
Toute Jcnjation ell une perception qui ne fauroit fe
trouver ailleurs que dans un elprit , c'efl-à-dire , dans
une fubftance qui fe fenl elle-même, & qui ne peut
agir ou pâtir fans s'en appcrcevoir immédiatement.
Nos philosophes vont plus loin ; ils vous font très-
bien remarquer que cette cfpece de perception que
l'on nomme J'enJ'ation , efl très-différente d'un côté
de celle c|u'un nomme idée , d'autre côté des adfes
de la volonté & des pafTions. Les paiTions font bien
des perceptions confuies qui ne repréfentent aucun
objet ; mais ces perceptions fe terminant à Tame mê-
me qui les produit , î'ame ne les rapporte qu'à elle-
même , elle ne s'apperçoit alors que d'elle-même ,
comme étant affedée de dittérentes manières , telles
que font la joie , la trifteHè , le defir , la haine & l'a-
mour. Les Jenjations au contraire que l'âme éprouve
en loi , elle les rapporte à l'aôion de quelque caufe
extérieure , & d'ordinaire elles amènent avec elles
l'idée de quelque objet, hesfenjations font aufîîtrès-
diftinguées des idées.
1°. Nos idées font claires ; elle? nous repréfentent
diflindement quelque objet qui n'efl pas nous : au
contraire , nos fenfations font obfcures ; elles ne nous
montrent diflinftement aucun objet , quoiqu'elles at-
tirent notre ame comme hors d'elle-même ; car toutes
les fois que nous avons ç^\t\(\\\e fenfation ,i\ nous pa-
roît que quelque caufe extérieure agit fur notre
ame.
2°. Nous fommes maîtres de l'attention que nous
donnons à nos idées ; nous appelions celle-ci , nous
renvoyons celle-là ; nous la rappelions , & nous la
faifons demeurer tant qu'il nous plaît ; nous lui don-
nons tel degré d'attention que bon nous femble :
nous difpofons de toutes avec un empire aufîl fouve-
rain , qu'un curieux difpofe des tableaux de fon ca-
binet. Il n'en va pas alnii de nos fenfations ; l'atten-
tion que nous leur donnons eil involontaire , nous
fommes forcés de la leur donner : notre ame s'y ap-
plique, tantôt plus, tantôt moins, félon que lafen-
Jation elle-même efl ou foible ou vive.
3°. Les pures idées n'emportent Tiwcwnç fenfation ^
pas même celles qui nous repréfentent les corps ;
mais lesfenfations ont toujours un certain rapport à
l'idée du corps ; elles font infcparables des objets
corporels , & l'on convient généralement qu'elles
naifient à l'occafion de quelque mouvement des
corps , & en particulier de celui que les corps exté-
rieurs communiquent au nôtre.
4°. Nos idées font fimples , ou fe peuvent réduire
à des perceptions fimples ; car comme ce font des
perceptions claires qui nous offrent diUinftement
quelqu'objet qui n'eît pas nous, nous pouvons les
décompofer jufqu'à ce que nous venions à la per-
ception d'un objet (impie & unique , qui efl: comme
un point que nous appercevons tout entier d'une
feule vue. ]>i os fenfations au contraire font confufes;
& c'efl ce qui fait conjefturer , que ce ne font pas
des perceptions fimples , quoi qu'en dife le célèbre
Locke. Ce qui aide à la conjedure , c'efl que nous
s E
éprouvons tous les jours àcsfinfdtîons quî nous pa-
roilTent fimples dans le moment même , mais que
nous découvrons eafiiite ne l'être nullement. On
fait , par les ingénieufes expériences que le fameux
chevalier Nev/ton a faites avec I; prifme , qu'il n'y
a que cinq couleurs primitives. Cependant , du diffé-
rent mélange de ces cinq couleurs, il fe forme cette
diverfité infinie de couleurs que l'on admire dans les
ouvrages de la nature , & dans ceux des Peintres ,
fcs imitateurs & lés rivaux, quoique leur pinceau le
plus ingénieux ne puifle jamais l'égaler. A cette va-
riété de couleurs , de teintes , de nuances , répon-
dent autant de fcnfu/ions diftlnftes , que nous pren-
drions pour finjations fîmples , auiîîi bien que celles
du rouge & du verd , fi les expériences de Neuton
ïie démontroient que ce font des perceptions com-
pofées de celles des cinq couleurs originales;. Il en
■«ft de même des tons dans la mulique. Deux ou plu-
£eurs tons de certaine efpece venant à frapper en
même tems l'oreille , produifent un accord : une
oreille fine apperçoit à la fois ces tons diiférens , fans
îcs bien diftinguer ; ils s'y ûniffent & s'y fondent
l'un dans l'autre ; ce n'eil: proprement aucun de ces
deux tons qu'elle entend ; c'eiî un mélange agréable
qui le fait des deux , d'où réfulte une troifieme y^/s-
Jadon , qui s'appelle accord , fymphonic : un homme
qui n'auroit jamais ouï ces tons féparémenî , pren-
droit la fcnfation que fait naître leur accord pour
tine fimple perception. Elle ne le feroit pourtant pas
plus que la couleur violette , qui réfulte du rouge &
mi bleu mélangés fur une furface par petites portions
égales. Toute fenfaiion , celle du ton , par exemple ,
ou de la lumière en général , quelque fimple , quel-
que indivifible qu'elle nous paroifle , efl un compofé
d'idées , eft un affemblage ou amas de petites per-
ceptions qui fuivent dans notre ame fi rapidement ,
"& dont chacune s'y arrête fi peu , ou qui s'y préfen-
tent à la fois en fi grand nombre , que l'ame ne pou-
vant les diftinguer l'une de l'autre , n'a de ce com-
'pofé qu'une feule perception très-confufe , par égard
aux petites parties ou perceptions qui forment ce
compofé ; mais d'autre côté , très-claire , en ce que
i'ame la diftingue nettement de toute autre fuite ou
jaflemblagé de perceptions ; d'où vient que chaque
fcnfation confufe , à la regarder en elle-même , de-
vient très-claire , fi vous l'oppofez à uney^/?/^fio«
différente. Si ces perceptions ne fe fuccédoient pas
fi rapidement l'un à l'autre, fi elles ne s'offroient pas
à la fols en fi grand nombre , fi l'ordre dans lequel
elles s'offrent & fe fuccedent ne dépendoit pas de
telui des mouvemens extérieurs , s'il étoit au pou-
voir de l'ame de le changer ; fi tout cela étoit, les
fenfadons ne feroient plus que de pures idées , qui
rcpréfenteroient divers ordres de mouvement. L'ame
fe les repréfente bien , mais en petit , m.ais dans une
rapidité & une abondance qui le confond , qui l'em-
pêche de démêler une idée d'avec l'autre , quoi-
qu'elle foit vivement frappée du tout enfemble , &
qu'elle diflingue très-nettement telle fuite de mou-
Vemens d'avec telle autre fuite , tel ordre , tel amas
de perceptions d'avec tel autre ordre & tel autre
amas.
Outre cette première queftion , où l'on agite fi
les l'tnfadons font des idées , on en peut former plu-
fieurs autres , tant cette matière devient féconde ,
Q land on la creufe de plus en plus.
1°. Les impreffions que notre am,e reçoit à l'occa-
fion des objets fenfibles , f'jiu-elles arbitraires? ïl
paroît clairement que non , dès qu'il y a une analo-
gie entre nos finfaiions & les mouvemens qui les
caufent , & dès que ces mouvemens font , non la
fimple occafion , mais l'objet même de ces percep-
tions confufes. Elle paroîtra cette analogie , fi d'un
côté nous comparons c^s fenfations entr'elles , ik. (i
Tonii Xr,
S Ë N l\
d'autre côté nous comparons cntr'eux leà ôrèane?
(iç CCS fenf;doms , &c l'imoreffion qui fe fiit fur ce*
différons organes. La vue efl quelque chofe de plus
délicat & de plus habile que l'ouïe ; l'ouïe a vifible-
ment un pareil avantage fur l'odorat & fur le goût ;
& ces deux derniers genres àtfcnfaùon l'emportent
par le mêm.e endroit fur celui du toucher. On ob-
lerve les mêmes différences entre les organes de
nos fens , pour la compofition de ces organes , oour
ladéiicatciib des nerfs , pour la fubtilité^&: la vîteffe
des mouvemens , pour la groffeur des corps exté-
rieurs qui iiffeftent immédiatement ces organes. L'im-
preffion corporelle fur les organes des fens , n'efl
qu'un tad plus ou moins fubtil & délicat , à propor-
tion de la nature des organes qui en doivent être
affeftés. Celui qui fait la vifion eft le plus léger de
tous : le bruit & le fon nous touchent moins délica-
tement que la lumière & les couleurs ; l'odeur & la
faveur encore moins délicatement que le fon ; le froid
& le chaud , & les autres qualités îaftiles , font l'im-
prefTion la plus forte & la plus rude. Dans tous , il né
faut que différens degrés de la même forte de mou-
vem.ent , pour faire paffer l'ame du plaifir à la dou-
leur ; preuve que le plaifir & la douleur , ce qu'il y
a d'agréable & de déiagréable dans nos fenfadons ,
efi parfaitement analogue aux mouvemens qui les
produifent , ou , pour mieux dire , que nos fefffjtions
ne font c|ue la perception confufe de ces divers mou-
vemens. D'ailleurs, à comparer nosye^rio/35 entre
elles , on y découvre des rapports & des différences
qui marquent une analogie parfaite avec les mouve-
mens qui les produiferit , & avec les organes qui re-
çoivent ces mouveniens. "Par exemple , l'odorat &:
le goût s'avoifinent beaucoup , & tiennent aflez de
l'un & de l'autre. L'analogie qui fe remarque entre
les fens & les couleurs efl beaucoup plus fenfible. Il
faut à préfent venir aux autres queftions , & entrer
de plus en plus dans la nature des fenfadons.
Pourquoi, dit-on, l'ame rapporte-t-elle (es fenfa-
dons à quelque caufe extérieure .-* Pourquoi ces fenfa-
dons font-elles inféparables de l'idée de certains ob-
jets ? Pourquoi nous impriment -elles fi fortement
ces idées , & nous font - elles regarder ces objets ^
comme exiflans hors de nous ? Bien plus , pourquoi
regardons - nous ces objets non-feulement comme là
caufe , mais comme le fujet de ces fenfadons ? D'où
vient enfin que la fenfadon efl fi mêlée avec l'idée de
l'objet même , que <juoique l'objet foit diflingué de
notre amc , & que Xz. fenfadon n'en foit point dillin-
guée , il efl extrêmement difficile , ou même impof-
fible à notre ame j de détacher la fenfadon d'avec l'i-
dée de cet objet ; ce qui a principalement Heu dans
la vifion. On ne fauroit prelque pas plus s'empêcher ^
quand on voit un cercle rouge , d'attribuer au cercle
la rougeur qui efl notre propre fenfadon , que de lui
attribuer la fondeur , qui efl la propriété du cercle
même. Tant de queftions à éclaircir touchant lesjèn-
fadons^ prouvent affez combien cette matière eftépi-
rieufe. Voici à-peu-près ce qu'on y peut répondre dé
plus raifonnable.
\jcs fenfadions font fortir l'ame hors d'elle- même >
en lui donnant l'idée confufe d'une caufe extérieure
qui agit fur elle , parce que Its fenfadons font des per-
ceptions involontaires ; l'ame en tant qu'elle lent efl
paffive , elle eft le fujet d'une aftion ; il y à donc
hors d'elle un agent. Quel fera cet agent ? Il eft rai-
fonnable de le concevoir proportionné à fon adlion ,
& de croire qu'à différens effets répondent de diffé-
rentes caufes ; que les fenfadons font produites pat
des caufes auffi divcrfes entre elles , que le font les
fenfations même. Sur ce principe , la caufe de la lu-
mière doit être autre que la caufe du feu ; celle qui
excite en moi la fcnfation du jaune , doit n'être pas
I lamême que celle qui me doniic la fcnfation du viol«î*
& ij
36 S E N
^o-ifinfadons étant des perceptions reprérer.tati-
vcb d'une intlnité de petits niovivemens iudilceina-
blcs , il eft naturel qu'elles amènent avec elles l'i-
dée claire ou contulo du corps dont celle du mou-
vement ell iiU'cpar.'.blc , is: que nous regardions la
matière en tant qu'agitée par ces divins mou vcmens,
comme la caule univerlelle de nos finjutions , en
même tems qu'elle en cil l'objet.
Vnc autre conlcquencc qui n'eft pas moins natu-
relle , c'eft qu'il arrive de-l<\ que nos finjaiions font
la preuve la plus convaincante que nous ayons de
l'exillencc de la matière. C'elt par elles que Dieu
nous avertit de notre exlllencG ; car quoique Dieu
Ibit la caule univerCcUe &: immédiarc qui agit liir
notre amc, fur laquelle, quand on y^ penle , on
voit bien que la matière ne peut agir réellement &
phyliquement; quoiqu'il iiilînc des leules fcnjutions
que nous recevons ;\ chaque moment , pour démon-
trer qu'il y a hors de nous un clprit dont le pouvoir
efl inhni; cependant la railbn pour laquelle cet eCprit
tout-puilfant ad'ujettit notre ame à cette fuite fi va-
riée, mais fi réglée, de perceptions confufes , qui
n'ont que des mouvemens pour objet , cette raifon
ne peut étreprife d'ailleurs, que de ces mouvemens
mêmes , qui arrivent en effet dans la matière adlucl-
lement cxillante ; &: le but de l'efprit infini , qui
n'agit jamais au hafard, ne peut être autre , que de
nous manifefter l'exillence de cette matière avec ces
divers mouvemens. Il n'y a point de voie plus pro-
pre pour nous inftruire de ce fait. L'idée feule de la
matière , nous découvriroit bien fa nature , mais ne
nous apprendroit jamais fon exilbnce , puilqu'il ne
lui eft point effentiel d'exiller. Mais l'application in-
volontaire de notre ame à cette idée, revêtue de celle
d'une infinité de modifications &: de mouvemens
fuccelHis , qui font arbitraires & accidentels à cette
idée , nous conduit infailliblement à croire qu'elle
€xirte avec toutes fes diverfes modifications. L'ame
conduite parle créateur dans cette fuite réglée de per-
ceptions, eft convaincue qu'il doit y avoir un monde
matériel hors d'elle , qui foit le fondement, la caufe
exemplaire de cet ordre, & avec lequel ces percep-
tions ayent un rapport de vérité. Ainfi , quoique
dans l'immenl'e variété d'objets que les fens préfen-
tent à notre efprit , Dieu feul agilfe fur notre efprit ,
chaque objet fenfible avec toutes fes propriétés ,
peut pafler pour la caufe de \aJcnfition que nous en
avons , parce qu'il eil la raifon fuflifante de cette per-
ception , & le fondement de fa vérité.
Si vous m'en demandez la raifon , je vous répon-
drai que c'efl ,
1°. Parce que nous éprouvons dans mille occa-
fions qu'il y a des fenfuùons qui entrent par force
dans notre ame , tandis qu'il y en a d'autres dont
nous difpofons librement , foit en les rappellant ,
foit en les écartant , félon qu'il nous en prend en-
vie. Si à midi je tourne les yeux vers le foleil , je ne
faurois éviter de recevoir les idées que la lumière du
foleil produit alors en moi : au lieu que fi je ferme les
yeux , ou que je fois dans une chambre obfcure , je
peux rappeller dans mon efpritquand je veuxles idées
de la lumière ou du foleil , que des fenfatlons précé-
dentes avoient placées dans ma mémoire ;& que je
peux quitter ces idées , quand je veux , pour me
£xer à l'odeur d'une rofe , ou au goût du fucre. Il efl
évident que cette diverfué de voies par lefquclles
nosjcnfacions s'introduifent dans l'ame , fuppofe que
fes unes iont produites en nous par la vive impref-
fion des objets extérieurs , imprefîlon qui nous maî-
trife , qui nous prévient, tc qui nous guide de gré ou
de force ; & les autres par le fimple fouvenir des
imprefTions qu'on a déjà refTentics. Outre cela il n'y
a pcrfonne , qui ne fente en elle-mC-nie la différence
cjui fc trouve entre contempler le folti! , f.-lon qu'il
■ S E N
en a l'idée dans fa mémoire , & le regarder adtueîle-»
ment: deux choies , dont la perception cflfi diftindle
dans l'efprit , que peu de ics idées font plus diflinc-
tes les unes des autres, il reconnoît donc certaine-
aient qu'elle ne font pas toutes deux un effet de l'a
mémoire , ou des productions de fon efprit , ou de
puics fantalfies formées en lui-même :, mais que la
vue du foleil eit produite par une caule.
z". Parce qu'il eft évident que ceux qui font def-
titués des organes d'un certain fens, ne peuvent ja-
mais faire que les idées qui appartiennent à ce fens ,
foient adtucUenient produites dans leur ei'prit. C'efî
nno. vérité fi manifcfie , qu'on ne peut la révoquer en
doute ; & par conféquent , nous ne pouvons douter
que ces perceptions ne nous viennent dans l'efprit
par les organes de ce fens , & non par aucune autre
voie: il ett vifible c[ue les organes ne les produif'ent
pas ; car fi cela étoit, les yeu:: d'un homme produi-
roient des couleurs dans les ténèbres, & fon nez fen-
tiroit des rofes en hiver. Mais nous ne voyons pas
que perfonne acquière le goCit des an.inas , avant
qu'il aille aux Indes où fe trouve cet excellent fruit ,
& qu'il en goûte aduellemcnt.
3^. Parce que le fentiment du plaifir & de la dou-
leur nous affede bien autrement, que le fimple fou-
venir de l'un & de l'autre. Nos jïnfaùons nous don-
nent une certitude évidente de quelqus chofe de
plus , que d'une fimple perception intime : & ce plus
cfl une modification , laquelle , outre une particu-
lière vivacité de fentiment , nous exprime l'idée
d'un être qui exifle aftuellemcnt hors de nous , &
que nous appelions corps. Si le plaifir ou la douleur
n'étoient pasoccafionnés par des objets extétieurs ,
le retour des mêmes idées devroit toujours être ac-
compagné des mêmes finf.itlons. Or cependant cela
n'arrive point; nous nous reirouvenons de la dou-
leur que cauf ent la faim , la foif , & le mal de tête ,
fans en refi'entir aucune incommodité; nous penfons
aux plaifirs que nous avons goûtés , fans être péné-
trés ni remplis par des fentimens délicieux.
4°. Parce que nos fens, en pluficurs cas, îz ren-
dent témoignage l'un à l'autre de la vérité de leurs
rapports touchant l'exiflence des chofes fenfibles qui
font hors de nous. Celui qui voit le feu, peut le
fentir ; & s'il doute que ce ne foit autre chofe qu'urie
fimple imagination , il peut s'en convaincre en met-
tant dans le feu fa propre main, qui certainement
ne pourroit jamais refî'entir une douleur fi violente à
l'occafion d'une pure idée ou d'un fimple fantôme;
à-moins que cette douleur ne foit elle-même une
imagination, qu'il ne pourroit pourtant pas rappel-
ler dans fon efprit, en fe repréfentant l'idée de la
brûlure après qu'elle a été guérie.
Ainfi , en écrivant ceci, je vois que je puis chan-
ger les apparences du papier, & en traçant des let-
tres , dire d'avance quelle nouvelle idée il préfentera
à l'efprit dans le moment htlvant , par le moyen de
quelques traits que j'y ferai avec la plume; mais
j'aurai beau imaginer ces traits , ils ne paroîtront
point, fi m.a main demeure en repos , ou fi je ferme
les yeux, en remuant ma main : & ces caracleres up.e
fois tracés fur le papier, je ne puis plus éviter de les
voir tels qu'ils font, c'cil «-dire, d'avoir les idées c'e
telles &: telles lettres que j'ai formées. D'oii il s'ei>
fuit vifiblemenî que ce r^'efl pas un jeu de mon ima-
gination, puifque je trouve que les caractères qui
ont été tracés félon la fantaifie de mon eij)rit,re
dépendent plus de cette fantaifie, tk ne cefiént pc;s
d'être, dès que je viens à me figurer qu'ils ne font
plus ; mais qu'au contraire ils continuent d'affeâer
mes fens conftamrncnt & régulièrement, félon la
figure que je leur ai donnée. Si vous ajoutez à cela ,
que la vue de ces caraderes fera prononcer à un au-
tre homme les mêmes fons que je m'étois propolé
î
s E N
de leur faire figîiii'kr , on ne pourra clouter que ces
mots que j'écris , n'cxillent réellement hors de moi,
juifq'.rils produlfent cette longue iuite de Tons régu-
iers dont mes oreilles font aduellcmcnt frappées,
lefquels ne fauroient être un efFct de mon imagi-
nation , Si. que ma mémoire ne pourroit jamais rete-
nir dans cet ordre.
5°. Parce que s'il n'y a point de corps, je ne
conc^ois pas pourquoi ayant ibagé dans le tems que
j'appelle vcUU, que quelqu'un eft mort, jamais il
ne m'arrivera plus de fonger qu'il efl vivant , que
je m'entretiens & que je mange avec lui, pendant
tout le tems que je veillerai , &: que je ferai en mon
bon fens. Je ne comprends pas auffi, pourquoi ayant
commencé à fonger que je voyage , mon égarement
enfantera de nouveaux chemins, de nouvelles vil-
les , de nouveaux hôtes , de nouvelles maifons ; pour-
quoi je ne croirai jamais me trouver dans le lieu
d'où il femble que je fols parti. Je ne fai pas mieux
comment ilfe peut faire qu'en croyant lire un poome
épique, des tragédies & des comédies, je falfe des
vers excellens , &; que je produile une infinité de
belles penféés, moi dont l'efprit ell fi flérile &: û
grofïïer dans tous les autres tems. Ce qu'il y a de
plus étonnant, c'eft qu'il dépend de moi de renou-
veller toutes ces merveilles , quand il me plaira.
Que mon efprit foit bien difpofé ou non , il n'en
penfera pas moins bien , pourvu qu'il s'imagine lire
dans un livre. Cette imagination eft toute fa ref-
fource , tout fon talent. A la faveur de cette il'u-
iion, je lirai tour-à-tour Pafchal, Bo'fuet, Féneloa ,
Corneille, Racine, Molière , &c. en un mot, tous
les plus beaux génies, foit anciens , foit modernes,
qui ne doivent être pour moi que des hommes
chimériques , fuppofé que je fois le feul être au
monde, & qu'il n'y ait point de corps. Les traités
de paix , les guerres qu'ils terminent , le feu , les
remparts, les armes, les bleffures; chimères que
tout cela. Tous les foins qu'on fe donne pour s'avan-
cer dans la connoifTance des métaux,des plantes &: du
corps humain;tout cela ne nous fera faire des progrès
que dans le pays des idées. Il n'y a ni fibres , ni fucs ,
ni fermentations , ni graines , ni animaux , ni cou-
teaux pour les difféquer, ni microfcope pour les
voir ; mais moyennant l'idée d'un microfcope , il naî-
tra en moi des idées d'arrangemens merveilleux dans
de petites parties idéales.
Je ne nie pourtant pas qu'il ne puifTc y avoir des
hommes, qui dans leurs fombres méditations , fe font
tellement atïbiblis l'efprit par des abilraftions conti-
nuelles , & , fi je l'oie dire , tellement alambiqué le
cerveau par des pofTibilités métaphyfiques , qu'ils
doutent efFe£iivement s'il y a des corps. Tout ce
que l'on peut dire de ces contemplatifs , c'eft qu'à
force de réflexions ils ont perdu le fens commun ,
méconnoiffant une première vérité didée par le fen-
timent de la nature, &: qui fe trouve juflifîée par le
concert unanime de tous les hommes.
Il efl vrai qu'on peut former des difficultés fur
l'exiflence de la matière ; mais ces difficultés mon-
trent feulement les bornes de l'efprit iuunain avec la
foiblefl'e de notre imagination. Combien nous pro-
pofe-ton de raifonnemens qui confondent les nô-
tres , & qui cependant ne font & ne doivent faire
aucune imprefîion fur le fens comm.un? parce eue
ce font des illufions, dont nous pouvons bien apper-
cevoir la fauffctc par un fentiment irréprochable de
la nature ; mais non pas toujours la demoiitrer par
tnie exafte analyfe de nos penfées. Rien n'cfl plus
ridicule que la vaine confiance de certains efprits
qui fe prévalent de ce que nous ne pouvons rien ré-
pondre à des objeftions , oii nous devons être per-
iiiadés,fi nous fbmmes fenfés , que nous ne pouvons
rien comprendre.
S E N
57
N'efl-il pas bien furprcnnnt que notre efprit fô
perde dans Tidée de l'infini ? Un hom.mc tel que
Bayle , auroit prouvé à qui l'eut voulu écouter ,
que la vue des objets terreflres étoit impofTible.
Mais fes difficultés n'auroicnt pas éteint le jour ; &
l'on n'en eût pas moins fait ufage du fpeclacle de
la nature , parce que les raifonnemens doivent cé-
der à la lumière. Les deux ou trois tours que fit dans
Tciuditoire Diogène le cynique , réfutent mieux les
vaines fiibtilités qu'on peut oppofer aU mouvement j
que toutes fortes de raifonnemens.
Il efl aflez plaifant de voir des phiîofophes faire
toiïs leurs efforts pour nier Taftioa qui leur commu-
nique, ou qui imprime régulièrement en eux la vue
de la nature, & douter de l'exiilence des lignes &
des angles fur lefquels ils opèrent tous les jours.
En admettant une fois l'exiflence des corps com-
me une fuite naturelle de nos dilFérentesy£/2/i;/o/zj,
on conçoit pourquoi , bien loin qu'aucune yt-zr/j/io/ï
foit feule Se féparée de toute idée , nous avons tant
de peine à diflinguer l'idée d'avec la fcnfaùon d'un
objet; jufques-là, que par une efpece de contradic-
tion , nous revêtons l'objet même, de la perception
dont il efl la caufe , en appellant le foleii lumineux ,
& regardant l'émail d'un parterre , comme une chofe
qui appartient au parterre plutôt qu'à notre ame ;
quoique nous ne fuppofions point dans les fleurs de
ce parterre une perception femblable à celle que
nous en avons. Voici le myftere. La couleur n'efl
qu'une manière d'appercevoir les fleurs ; c'ed une
modification de l'idée que nous en avons , en tant
que cette idée appartient à notre ame. L'idée de
l'objet n'efl pas l'objet même. Lidée que j'ai d'un
cercle n'efl pas ce cercle , puifique ce cercle n'efl
point une manière d'être de mon ame. Si donc la
couleur fous laquelle je vois ce cercle , efl aufïi une
perception ou manière d'être de m.on ame, la cou-
leur appartient à mon ame, entant qu'elle apperçoit
ce cercle, & non au cercle apperçu. D'où vient donc
que j'attribue la rougeur au cercle aulTl bien que la
rondeur, n'y auroit-il pas dans ce cercle quelque
chofe, en vertu de quoi je ne le vois qu'avec une
fcnfation de couleur , & de la couleur rouge , plutôt
que de \.\ couleur violette? Oui fans doute, & c'efl
luie certaine modification de mouvement imprimé
fur mon œil , laquelle ce cercle a la vertu de pro-
duire , parce que fa fuperlicie ne renvoyé à mon
œil que les rayons propres à y produire des fecouf-
fes , dont la perception confule efl ce qu'on appelle
rouge. Jai donc à la-fois idée &c fcnfation du cercle.
Par l'idée claire & diftincle , je vois le cercle étendu
& rond, &: je lui attribue ce que j'y vois clairement,
l'étendue & la rondeur. Par layiv{/i«<?rz j'apperçois
confufément une multitude ik. une fuite de petits mou-
vemens que je ne puis difcerner , qui iViO. réveillent
l'idée claire du cercle , mais qui me le montrent agif-
fant fur moi d'une certaine manière. Tout cela efl
vrai ; mais voici l'erreur : dans l'idée claire du cercle
je didingue le cercle de la perception que j'en ai;
mais dans la perception confufe des petits mouve-
mcns du nerf optique, caufés parles rayons lumineux
que le cercle a réfléchis , comme je ne vois point
d'objet diflin£l , je ne puis aifément dillinguer cet ob-
jet, c'efl-à-dire cette fuite rapide de petites fecouffes,
d'avec la perception que j'en ai : je confonds aulîi-
tôt ma perception avec fon objet ; & comme cet ob-
jet confus , c'efl-à-dirc cette fuite de petits mouve-
mens tient à l'objet principal, que j'ai raifon defup-
pofer hors de moi comme caufe de ces petits mou-
vemcns , j'attache auffi la perception confufe que
j'en ai à cet objet principal, î?>: je le revêts, pour ainli
dire , du fentiment de couleur qui ell dans mon ame,
en regardant ce fentiment de couleur comme une
propriété non de mon ame, mais de cet objet. Ainli,
^^
s E N
S E N
au lieu que je dcvrois dire le rouge cft en moi une
manicro d'aiipcrccvoir le -cercle , je dis, le rouge ell
une nisnicre d'être du cercle apperçu. Les couleurs
^ont un enduit dont nous couvrons les objets corpo-
rels ; & comme les corps ("ont le loutien de ces petits
mouvemens qui nous nianifeftcRt leur exillence ,
nous regardons ces mêmes corps comme le Ibutien
■de la perception contufe que nous avons de ces mou-
vcmats , ne pouvant , comme cela arrive toujours
■dans les perceptions contufes, Icparer l'objet d'avec
■4a perception.
La remarque que nous venons de faire fur Terreur
•de notre jugement , par rapport aux perceptions con-
fufes , nous aide ù comprendre pourquoi l'ame a)^ant
unetellcyC-'.y.'/^'o/i de fon propre corps , fe confond
avec lui , 6c lui attribue les ^ro[nçsjcnfaiions. Gcû
que d'un côté elle a l'idée claire de fon corps, & le
dilHngue aifémcnt d'elle-même ; d'autre côté elle a
un anias de perceptions indillinclcs qui ont pour objet
•l'économie générale des mouvemens qui fc partent
dans toutes les parties de ce corps , de-là vient qu'elle
attribue au corps dont elle a en gros l'idée difVincte ,
ces mêmes perceptions confufes, & croit que le corps
fe fent lui-même , tandis que c'eft clic qui fent le
corp'î.DelAvicntqu'elles'imagineque l'oreille entend,
que Focd voit, que le doigt fouffrc la douleur d'une pi-
quùrc, tandis que c'cii l'amc elle-m.ême, entant qu'at-
tentive aux mouvemens du corps , qui fait tout cela.
Pour les objets extérieurs , l'ame n'a avec eux
qu'une union midiate,qui la garantit plus oumoins de
l'erreur, mais qui ne l'en fauve pas tout-à-fait. Elle les
difcerne d'avec elle-même , parce qu'elle les regarde
comme les caufes des divers changcmens qui lui ar-
rivent ; cependant elle fc confond encore avec eux à
quelques égards , en leur attribuant (çsfenfations de
couleur , de fon , de chaleur, comme leurs propriétés
Inhérentes, par la même raifon qulla faifoit le confon-
dre elle-même avec fon corps, en difant bonnement,
c'eif mon œil qui voit les couleurs , c'eft mon oreille
qui entend les fons , &c.
Mais d'où vient qu'il arrive que parmi nos fenja-
tions divcrfcs , nous attribuons les unes aux objets
extérieurs, d'autres à nous-mêmes, & que par rap-
port à quelques-unes nous fommes indécis , ne fa-
chant trop qu'en croire , lorfque nous n'en jugeons
que par les lens ? Le P. Mallebranche diftingue trois
fortes defen/luions ; les unes fortes & vives , les au-
tres foibles 6c langulflantes , & enfin des moyennes
entre les unes & les autres. Les fcnfations fortes &
vives font celles qui étonnent l'efprlt & qui le ré-
veillent avec quelque force , par ce qu'elles lui font
fort agréables ou fort incommodes ; or l'ame ne peut
s'empêcher de reconnoître que de iéilis fcnfationsliù.
appartiennent en quelque façon. Ainfi elle juge que
le froid & le chaud ne font pas feulement dans la
glace & dans le feu , mais qu'ils font aulTi dans fes
propres mains. Pour les finfadons foibles , qui tou-
chent fort peu l'ame , nous ne croyons pas qu'elles
nous appartiennent , ni qu'elles foient dans notre
propre corps , mais feulement dans les objets que
nous en revêtons. La raiibn pour laquelle nous ne
voyons point d'abord que les couleurs , les odeurs ,
les faveurs , ôc toutes les z\\Xtq% fcnfations , font des
modifications de notre ame , c'ell que nous n'en
avons point d'idée claire de cette ame. Cette igno-
rance fait que nous ne favons point par une fimplc
vue, mais parle feulraifonncment, fi la lumière, les
couleurs , les fons, les odeurs , font ou ne font pas
des modifications de notre ame. Mais pour \qs fcnfa-
tions vives , nous jugeons facilement qu'elles font en
nous, à caufc que nous fentons bien qu'elles nous
touchent , & que nous n'avons pas befoin de les con-
noitre par leurs idées pour favoir qu'elles nous appar-
tiennent. Vourles fcnfations mitoyennes, qui touchent
lame médiocrement , comme une grande lumière ,
un fon violent , l'amc s'y trouve fort embarraiTé'è.
Si vous demande/, à ce pcre pourquoi cette inllita-
tion du créateur, il vous répondra que les fonçs fcn-
fations étant capables de nuire à nos membres , 11 cft
à-propos que nous foyons avertis quand ils en font
attaqués , afin d'enipêcher qu'ils n'en foient ofFenfés ;
mais il n'en eft pas de même des couleurs , qui ne
peuvent d'ordinaire bleflcr le fond de l'œil où elles
fe ralfemblent , & par conféquent il nous eft inutile
de favoir qu'elles y font peintes. Ces couleurs ne
nous font néccflaires que pour connoître plus diftinc-
temcnt les objers , & c'ell pour cela que nos fens
nous portent à les attribuer feulement aux objets.
Ainfi les jugemens, cônclut-il, auxquels les impref-
fions de nos fens nous portent, font très-juftes , fi ort
les confidere par rapport à la confervation du corps ;
mais tout-à-fait bifarres & très-éloignés de la vérité^
fi on les confiderc par rapport à ce que les corps font
en eux-mêmes.
SENSÉ , adj. ( Gt/im. ) qui a Tefprit droit & jufte ,'
de l'expérience , du jugement , & qui eft peu fujet à
fe tromper , folt qu'il parle , foit qu'il agiffe. Si ce mot
s'applique à une chofe , cette chofe fuppofera toutes
les qualités que nous venons d'attribuer à la perfon-
ne. On dit un homme /^/lyè'. L'autorité d'un homme
fn/c eft en certains cas de fait de plus grand poids
que celle de vingt hommes d'efprit. On dit une ré-
ponfc fcnfc'e.
SENSET , LE , ou LA SANSSE , ( Géog. mod.^ pe-
tite rivière des Pays-bas ; elle prend fa fource en
Artois , auprès du village de Boilioux , & fe perd à
Bouchain dans l'Efcaut. ( Z>. /. )
SENSIBILITÉ, SENTIMENT, (il/e'd'mw) la fa-
culté de fentir , le principe fenfitif , ou le fentiment
même des parties , la baie & l'agent confervateur
de la vie , l'animalité par excellence , le plus beau ^
le plus fingulier phénomène de la nature , &c.
La fcnfibilité eft dans le corps vivant , une pro*
prlété qu'ont certaines parties de percevoir les im-
preffions des objets externes, & de produire en con-
féquence des mouvemens proportionnés au degré
d'intenfité de cette perception.
La première de ces aftions eft ce qu'on appelle le
fentiment ^fcnfatio , fcnfus , à l'égard duquel hxfenfi^
bilitl n'eft qu'une faculté , une puiflance réduite en
acte , potentia in aciuni redacla , comme on parle dans
les écoles : or lejèmimcnt fe définit une fonftion de
l'animal , qui le conftitue tel , & diftinft , par- là , des
êtres inanimés ; il confifte elfentiellement dans une
intelligence purement animale , qui difcerne l'utile
ou le nuifible, des objets phyfiques.
La féconde adion ou la mobilité , n'eft que l'ex-
prefiion muette de ce mcme fentiment, c'eft-à-dire ,
i'impulfion qui nous porte vers ces objets , ou nous
en éloigne: ainfi l'araignée fe contrarie toute en elle"
même ; les limaçons retirent foudainement leurs cor-
nes, lorfqu'ilsfe fentent piqués ou bleftes ; au con-
traire ces mêmes animaux fe dilatent , s'épanouifTent,
pour ainfi dire , fe dreffent , criguntur , à l'approche
des objets qu'ils reconnoifTcnt leur être utiles, ou
qui flattent agréablement leur fcnfibilité, C'eft dans
ce double rapport d'aftions 11 étroitement liées cn-
tr'elles , que l'imagination peut feule les fulvre ou
les dllîinguer , que \a fcnfibilité doit être coniiderée ^
& fes phénomènes eftimés.
Les anciens philofonhes & médecins ont parlé de
h fcnfibilité com.me d'un objet qui leur étoit familier,
& qui fembloit fait pour leur génie , c'eft toujours à
un principe fentant 6c fe mouvant en foi , aux facul-
tés de l'ame animale ou corporelle , que font livrées
dans la plupart de leurs écrits , toutes les fondions
du corps animal. Les différentes (ci\es ont employé
à défigner ce principe , des exprelîions conformes à
leur enthoufiafme , ou à leur manière de philofopher ;
tels font les mots op/j.» n ^impetus , appetuioy de l'an-
s E N
cienne acadciiiie ; ivcp;.(uv , impittim facîens , cî'Hîp-
pocrate ; op^» t" ài^çoS'iTim', incicado Lihidïnis d'Ariliote ;
anima fcnjiùva , vis abdita ^natura , &c. de quelques
autres ; à quoi reviennent ley?r/f?a/72 6L/dxumdes mé-
thodiques , le mouvement tonique , le mouvement
fibrillaire , le fpalnie , la contraclilité , Vlrritabilué des
modernes, &c. qu'on retrouve à chaque infiant dans
les ouvrages de Wepter , Baglivi , Stahl , & autres
.Iblidirtes,
La première notion dans l'animal , la feule qui
vraisemblablement foit commune aux efpeces de
tous les genres , l'unique peut-être dans un très-grand
nombre , porte iur la lenlation intime & radicale de
ion exigence, fur l'impreffion de cette adivité, de ce
principe impulfif infcparable de la vie , & qui dans
chaque individu ell la fource de tous les mouvemens
qui confpirent à la durée de l'être & à fa conferva-
tion. C'ell fur des vues aulîi précieufes à l'animal ,
qu'eil fondée la Jenfibilitè , ainfi que Zt*non l'a re-
connu , & que fes difciples le répètent dans plii-
lieurs endroits de leur doitrine.
Les animaux , le moins animaux qu'il efl poffible ,
s'il eft permis de qualifier ainfi les polypes, & quel-
ques autres qu'on a laifié fur la ligne de féparation
des deux règnes animal & végétal , donnent, com^
me l'ont remarqué plufieurs oblervateurs , les plus
grands fignes àt fcnfibilité \ on a même trouvé que
cette propriété étoit pouffée dans le polype , jufqu'à
le faire paroître fenfible aux imprefTions de la lumiè-
re ; ces circonftances fulïïroient fans doute pour ran-
ger décidément les zoophites du côté des animaux ,
s'il n'y avoit eu de tout tems des philofbphes , qui ,
frappés de la manière d'être d'une plante , par exem-
ple la fenlitive , & celle d'exiiter d'un animal , au-
roient prétendu reculer les homes de h fen/ibUité ^
en y renfermant les végétaux eux-mêmes ; enforte
que l'animal le plus parfait , & la plante la plus vile,
donneroient dans ce cas, les deux extrêmes de hjcn-
JibilUé ; la fcnfibïlitè ou le fcntïment feroit donc en-
core une faculté commune à tous les corps organifés ?
Après l'idée que nous venons de tracer de la fcn-
Jibilïtc & de l'étendue de fon domaine , il paroit à
propos d'examiner quelle efl fon effence ou fa nature.
La nature ou l'efTence de \a.fcnjibilité ^ a toujours été
un des points curieux & des plus agités de fon hiiloi-
re; les anciens ne concevant pas que deux contraires
comme l'ame & le corps , pufTent être joints autre-
ment que par un milieu , imaginèrent ce milieu de
plufieurs façons; ainfi les Platoniciens voulurent que
ce fût un Je ne fais quoi , qu'ils appelloient ejprit ; les
Péripatéticiens , une forme ; Dicéarque , Pythago-
re , & quelques autres, établifToient des harmonies,
des tempéramens , qui rendoient le corps fufcepti-
ble àefentiment & d'aftivité , &c. à toutes ces hy-
pothèfes on peut joindre celle des efprits animaux,
naturels , vitaux, &c. fi accrédites dans les écoles,
les démons qu'un auteur moderne ( le P. Bougeant )
transforme en ame des bêtes , &c. hypothèfes qui ,
comme on voit , ne préfentent à l'efprit que des no-
tions abflraites , & auxquelles nous ne croyons pas,
par cette raifon , qu'on doive du-tout s'arrêter.
Le fyflème de l'ame du monde , en donnant plus
de furface , & plus de liberté aux idées fpéculatives ,
nous a fourni fur le principe fenfitif , des choies
bien plus pofitives & plus fatisfaifantes , qu'on ne
peut que regretter de trouver à côté des dogmes les
plus dangereux. Les Stoïciens affuroient donc que
ce principe étoit de feu ; Démocrite , Heraclite ,
Epicure , Diogène Lacrce , Lucrèce , & tout le relie
des atomifles , parmi lefquels on peut ranger lespar-
tifans des femences , n'ont pas une opinion diflc-
rente. Hippocrate & Galien penfent tout de même.
yoyei fur-tout Hippocrate , de carnibus & de ratione
vi&us , /ib, I. le J'pirims intus alit , &c, de Virgi-
S E N
39
le. Le- témoignage des livres facrcs & d'unnerede
l'éghfe ( S. Auguflin ) , font encore autant d'autorités
qui miHtentpourla matérialité ou fubflancei^née ds
Famé fenfitive. Enfin Néméfuis ,& quelques autres
plus modernes , tels que Fernel , Heurnius , Hono-
ré Fabri , le fameux chancelier Bacon , Vanhelmon'r
Gaffendi , \Villis, &c. ont adopté la même lùé-cl
mais les trois derniers méritent des diflintlions fitr
tous les autres, en ce qu'ils ont fixé les principes \A-
guesdes floiciens & des atomifles , par des méthod-.'s
très-ingénieufes , dont ils ont fondé, chacun en par-
ticulier, un corps de do£lrine. Vanhelmont fur- tout
& Willis , ont traité cette matière d'une façon îres-
intéreffante pour nous , en la confidérantdans toutes
(es relations avec la médecine & la philofophie.
L'ame fenfitive eft donc , fuivant ces deux auteurs
une lumière ou une flamme vitale : quoique Willis
défigne plus particulièrement fous ce dernier nom la
portion de l'ame fenfitive qui réfide dans le fan"
elle n'efl pas proprement la vie , mais elle en efl l'at-
tribut , comme la lumière ou l'éclat efl l'attribut de
la flamme; ils s'accordent d'ailleurs à dire que cette
ame rélide dans la fubflance la plus intime de nos
parties , & qu'elle y efl comme l'écorce , hfllquc
de l'ame raifonnable; ils déduifent de leurs théories
des conféquences irès-avantageufes à l'explication
des phénomènes de l'économie animale , fur lefqu el-
les les bornes d'un article de diftionnaire, ne nous
permettent pas de nous étendre. Tout cela mérite
d'être lu dans les auteurs mêmes. Voyei Vanhelmont
P^iffim., & principalement J<r//^/rK,ï/r; & \yillis, dl
anima bnitorum.
Il faut néanmoins convenir que Vanhelmont a re-
pandupar intervalle dans fon fyflème, des idées bien
finguheres ; & pour nous en tenir à celles qu'il a fur
l'origine de cette ame fenfitive , il prétend qu'avant
le péché d'Adam , l'homme n'avoit point d'ame fen-
fitive, ante lapfum Ada autem , non erat anima fenfiti-
vainhomine, defede anima , pag. ty8. L'ame fen-
fitive efl entrée avec la mort dans le corps de l'hom-
me ; auparavant l'ame raifonnable & immortelle étoit
feule chargée des fondions de la vie , & elle avoit
a fes gages ^archèe , qui depuis eft pafle au fervice de
l'ame fenfitive ; c'efl pourquoi nous étions immor-
tels , & les ténèbres de l'inflinft ou de l'ame des bru-
tes , n'avoient point encore obfcurci nos facultés in-
telleduelles , neque intelleclum bdliiinœ tenebrce adhuc
occuparant^ {ibidem.) Enfuite pour repréfenter de
quelle manière l'homme , après le péché, fut doué
de l'ame fenfitive , il dit que cette ame fut produite
dans l'homme , comme le feu eft tiré du caillou , tan-
quam àfdice ignis , {pag. igg.dc duumviratu ). Voi-
la fans doute une philofophie qui ne fauroit plaire à
bien du monde ; mais tel efl ce conflrafte frappant
dans l'enthoufiafme de ce grand homme , que tantôt
iloftre à fon lefteur le fpeaacle lumineux de mille
créations nouvelles, tantôt il dilparoît dans l'obfcurité
des hypothèfes les plus hafardées & les plus puériles.
S'il faut fe décider fur ces matières par le nombre
& le poids des autorités , on fera porté à croire que
\penJibiHico\x l'ame fenfitive eflfubftantielle & non-
fimplement formelle à l'animal ; cela pofé, & en
n'adoptant ces opinions qu'à titre de théories lumi-
neufes , & à quelques égards même fublimes , il efl
à préfumer que cette fubflance efl un compofc d'a-
tomes fubtils & légers comme ceux du feu, ou mê-
me qui feront tout de feu , non de ce feu grofîier &:
deflrufteur , 2i^^e\\c feu éUmemaire ^ mais'une éma-
nation d'un principe plus fublirae , ou le feu intelli-
gent , imelligens , des fl:oïciens.
Ces atomes ainfi animés , comme ceux de Démo-
crite , s'infinueront dans la texture de certaines par-
ties du corps diljîofées à les admettre , enforte qu'on
pourroit fe repréfenter raflTemblagc diftnbutif de ces
40 S E N
otomes, comme im tout (îgurc ou modelé lur Ten-
;femble de ces mcmcs parties ; « Par-là , dit Bayle ,
» on cil ù l'abri de l'objecHon foudroyante de Ga-
» lien, loriqu'il interprète CCS paroles d'Hippocra-
» te , // unum cjj'ct homo , non dolcrct, quia non foret
» unJè doUrct.» rojt-^didion. de Bayle , vo/. //.
art. Eplcure.
Du rerte , on fe recriera peut-être lur l'idée de cet-
te figure que nous alledons , d'après Willis, ù l'ame
ienlîtive ; mais ce ne fera , fi l'on veut, qu'une mé-
taphore qui paroit en quelque façon julbhée par ce
qui fcmanifeliedu principe fcniitif dans les pallions.
C'eft en ctfet le relief de cette ame qui lemble va-
rier celui du cori)S fous des caradteres relatifs aux af-
fedions qu'elle éprouve ; fouvent même ces carac-
tères relient repréfentés fur certaines parties , quel-
<Iiies momens après la mort ; ce qui rend prefque
applicables à des êtres réels, les expreHions figurées
tles hilloricns & des poètes , comme par exemple ,
le reUclœ in vtdtibus mince de Florus , lii\ I. 6c le
^ morio anco minaccia , du TalTc , &c.
De tout ce que nous venons de dire il fuit , qu'on
peut regarder le fcntiincnt dans les animaux, comme
une palîion phyfique ou de la matière , fans qu'il
Ibit befoin , pour rendre raifon des fpafmes aitreux
que peut cauler un (Umulus même léger , de recourir
à l'ame fpirituelle qui juge , ou qui eftime les fenfa-
tions , comme le prétend Stahl. Vid. Tluor. ver. tom.
II. capit. de fenjibilitate. On connoit cette hilloire
de Galien ; ce grand homme racconte qu'étant tombé
dangereufement malade,& entendant que deuxaffif-
tans de fes amis s'entretenoient de quelque mauvais fi-
gnequ'ils venoient de reconnoître en lui , il s'écria
qu'on y prît bien garde,qu'il étoit menacé du délire,&
demanda qu'on lui fit des remèdes en conféquence ;
cet exemple ell remarquable , il n'en efl" point qui
établiffe mieux la diilinftion des deux âmes dans
l'homme , favoir la raifonnable , & la fenlitive , &
les différentes fondions de chacune; l'ame fenfitive
de (îalien malade , eit occupée du mal qu'elle relTent
dans fes organes , & de tout le danger qui menace le
coq)s , elle en eft troublée , ce trouble, cette affec-
tion le manifelle au dehors par des palpations invo-
lontaires ; l'ame raifonnable paroît au contraire in-
différente à cet état de palHon du corps , ou de l'ame
fenfitive , elle attend qu'on l'en avertiffe , &c. Ga-
lien remarque même que tel étoit dans ces momens,
l'état allure de fon ame, que fa raifon n'avoit rien
perdu de fon affiette ordinaire , ut rationali s facilitas
non vacillarct. Vid. de locis ajfeclis, lib. IF. cap. ij .
Charter , tom. II. On fent les conféquences qui ré-
fiiltent de ce que nous venons de rapporter , contre
les prétentions trop abfolues des flahliens.
Ainfi le plailir & la douleur feront , en fait de (qw-
fation , comme les données ou les deux fenfations
élémentaires dont le mode , le ton , s'il ell permis de
le dire, ell originairement conçu dans l'ame fenfitive;
ce fera la bafeou la gamme de toutes les autres fenfa-
tions qu'on pourroit appeller/«o/2^^/>ei, & dont l'or-
dre , la férié exifte néceffairement dans des relations
infinies , tirées de l'habitude des individus ou de la
variété des efpeces.
C'cll donc une condition inféparable de l'état d'a-
nimal, que celle de percevoir ou de fentir matêriel-
Umcnt , comme on dit , ou dans fa fubftance. L'ame
raifonnable peut fans doute ajouter à ces fenfations
par des circonllances morales; mais encore une fois
ces circonllances n'appartiennent point à l'animal
confidérc comme tel , &: il efl même probable qu'el-
les n'ont point lieu clic/, pluficurs.
Refiera toujours cette différence notable entre
l'homme & la brute , que dans le premier \-Afcnfibi-
liti owCaiiirnalitc eft dirigée ou modérée par un prin-
cip» Ipiriiucl ÔC immortel qui ell l'ame de l'homme,
S E
& que dans la brute elle tient à un être moins par
t'ait & périffable appelle injlinci ou ame des bêtes.
Voye^ Ame. Les payens eux-mêmes ont reconnu
cette dirtinâion bicnfaifante , qu'il a plii au Créateur
d'établir en faveur de l'homme ; bejliis autcm ftnfunt
& rnoctim dédit , & cum quodam appctitu acceffum ai
res falutarcs , à pejîiferis receffurn , honiini hoc ampUùs
quod addidit rationem qiia regercntur animi appetitus
qui tîim rernitterentur , ttirn continerentur. C'eft dans
ces termes que Cicéron en parle d'après les Stoï-
ciens. Foye:;^ de natura deonim , lib. IL §. ^^,
Jufqu'ici, nous ne nous fommes occupés de Xzfen-
Jlbilité f que comme d'un objet purement métaphyfi-
que, ou en ne la prenant que du côté fpéculatif.
Voyons maintenant ce que l'obfervation nous ap-
prend de fon influx fur l'économie animale , & par-
courons-en pour cet effet, les principaux phéno-
mènes.
Senfibilité dans Vernbryon. Il paroît en réfumant un
grand nombre d'expériences,que l'embryon faifi dans
ce point de petitelîe où l'imagination efl obligée de
fuppléer à la foiblelTe des fens ; il paroît , dis-je , que
l'embryon ne repréfente dans cet état , qu'un cylin-
dre nerveux d'une ténuité prefqu'infînie , nageant
ou fe mouvant dans un fluide muqueux. Or ce cy-
lindre elT: déjà fenfible , puifqu'il fe meut & fe con-
trafte par l'effet des flimulans. Voyei^ Harvée , exer-
citat. âj.
S'il ell permis de fe livrer aux conje£lures dans
des matières d'une fi grande obfcuritç , apparem-
ment que la première étincelle de l'ame fenfitive au-
ra pénétré les premiers atomes de ce cylindre dans
l'inilant précis de fon animation^ ou même aura porté
dans cette matière le caradere (n'animante requis
pour que l'ame raifonnable puiffe s'y unir ; ce qui
revient au fentiment de Willis , qui croit que cette
particule ignée préexifle dans le cylindre.
Ce cylindre qu'on pourroit dès-lors appeller in-
différemment^^r^ animale ou atome animal, doué de
l'ame fpirituelle dans l'homme , s'accroît de plus en
plus , en s'appropriant les molécules du fluide qui
l'environne ; il fe couvre d'afperités & jette de tou-
tes parts de petits rameaux dont il trace les délinéa-
mens des parties , conformément au type imprimé
par le Créateur, Enfin tous les organes fe dévelop-
pent fous l'adivité des rejettons de ce premier &
unique nerf, qui travaillent de différentes façons 1»
mucus de fa nature trhs-ducîile pour s'en conllruire ,
comme autant de domiciles.
Cependant la maffe du principe fenfitif ou de l'a-
me fenfitive identifiée avec l'atome animal , augmen-
te en proportion de la maffe de ce dernier qu'elle
anime ; il en émane de tous côtés comme autant de
filets fenfitifs , d'irradiations qui fuivent les rameaux
nerveux dans le développement des parties : d'où il
ell clair que la combinaifon de toutes ces émana-
tions de l'ame fenfitive répandues avec les rameaux
nerveux dans les organes , doit y établir autant de
centres de fenjîbilité dont l'influx fera plus ou moins
étendu relativement au département de l'organe ,
plus ou moins vif, fuivant la difpofition des parties
nerveufes de cet organe , laquelle peut varier par
beaucoup de circonllances.
Le cœur fera vraiffemblablement un de ces pre-
miers centres ou foyers , qui une fois mis en jeu ,
continuera d'attirer ou de rejetter par fon adivité ,
l'humeur qui y aborde ; de-là mille petits ruiffeaux
qui , comme autant de colonnes liquides dirigées
par quelques filamens nerveux , & fuivant les rélif-
tances , fe répandront par tout le corps pour former
le fyflème vafculaire , & fe mouleront en allant &
venant fans ceffe par les mêmes endroits , des canaux
dans le tiffu muqueux.
Mais tout ce qui ne vient pas originairement dm
cylindre
s E N
cylindre nerveux ou n'eft pas de fa nature , ne pou-
vant être dilpofé pour admettre Id-ferijibilué , fe con-
vertit en un organe général & pafTif appelle tijjii cel-
lulaire ou corps mitqueux , dont le principal uf.ige
efl: de contenir les fucs aqueux du corps, de renfor-
cer les productions de la fibre animale , Ou d'en mo-
difier la yè/2/7^/7/7e , &c.
Voilà à'peu-près tout ce qu'on peut prcfumer dé
\di fenjibUité dans l'état de limple ébauche où i'e trou-
ve l'embryon ; ce tableau , tout impartait qu'il eft ,
ne latffe pourtant pas que de renfermer des vérités
très-importantes qu'on peut fe repréfenter par autant
de corollaires.
i". On voit que \z fenJibUicé ou l'ame fenfitive eft
une avec la vie de l'animal , qu'elle naît avec elle ,
& eft inhérente à la fubftance du nerf ou des parties
nerveufes , à l'exclufion de toutes les autres fubftan-
ccs du corps.
2**, Que le nerf doit compofer effentiellement l'a-
nimal en tant qu'être fenlible ou vivant : car ce que
nous avons appelle tijfu cellulaire n'appartient pas
plus à l'animal proprement dit , que la terre n'ap-
partient à la plante qui y vegcte ; ce n'eft-là que l'é-
corce, l'enveloppe de l'animal , la terre dans laquelle
la plante nerveufe fe plaît à vivre ; enforte que l'hom-
me phylîque n'eft à cet égard que le fquelete ner-
veux , s'il eft permis de s'exprimer ainii , animé de
\dL ferijîbiiué & plongé ou niché dans différens tas de
matière muqueufe , plus ou moins compafte , luivant
la nature des organes ; ce qui revient à-peu-près à
la comparaifon qu'Ifaac fait de l'homme à un arbre
ï-enverfé dont le cerveau eft la racine , ex lïbris Ga-
leno adfcriptis , pa^. ^5.
3^*. Les nerfs formant & la bafe & l'effence de
tous les organes , il eft clair que toute partie du
corps doit être douée plus ou moins de fentimont ,
ou At fcnJibUicé , de mouvement ou de mobilité. Les
feules parties purement muqueufes font infenfibles
& immobiles , ou du moins n'ont-elles qu'un lenti-
ment & un mouvement empruntés du nerf; car leur
tlifpofition au deftéchement & à l'adhérence propre
à tous les corps muqueux , ne doit pas être confon-
due avec la faculté animale ou vitale propre au nerf,
&c.
Cette fenjibilhé générale des parties eft d'une vé^
rite conftante en Médecine. Hippocrate avoit déjà
remarqué que toutes les parties de l'animal étoient
animées , animantur animalium omnes partes. Elles
»nt , dit Montagne , des pajjions propres qui les éveil'
km & tes endorment. Voyez E^ais , Hb, I. c. xx.
Lucrèce s'en explique plus pofitivement encore dans
fon poëme.
Senfus jungitur omnis
Vifceribus , nervis , venis qiicecumque videmus ,
Mollia mortali conjijture corpore creta ,
Lib. I. de rerum nat.
j^°. L'aftivité de l'ame fenfitive étant une pro-
priété inféparable de cette ame , & comme fon ar-
chée , & la. /èrî/ibi/ité ie mefurant elle-même fur la
difpofition des partiesnerveufes , combien n'en doit-
il pas réfulter de modifications ou de nuances de
fenjibilité 6c de mobilité , conféquemment au plus ou
au moins de corps muqueux qu'il peut y avoir dans
une partie , & aux autres variétés de l'organifation ?
De-là peuvent fe déduire les différens goûts &c ap-
pétits des nerfs, ainfi que leurs différens ufage-; ;
pourquoi, par exemple, le fon qui frappe les nerfs
de l'oreille y caufe un fentlment qu'il ne fauroit pro-
duire fur l'œil, & que la lumière fait fur celui-ci
une fenfation qu'elle ne fauroit faire lur l'autre ?
Pourquoi de même l'eftomac ne peut fupporter le
tartre émétiquc qui ne fait rien fur l'œil , tandis que
l'huile qui efl infupportable aux parties fenfiblcs de
Tome XK,
S E N
4t
ce dernier organe , ne fait aucune împrefîion fur l'ef-
tomac } Enfin , pourquoi tel organe eft plus mobile
que fenfible , tel autre au contraire plus fenlible que
mobile , &c. toutes ces différences dérivant naturel-
lement de cette fpécifîcation d'organifation , il eft
donc bien inutile de créer des nerfs de plufieurs for-
tes , comme le font ceux qui d'après Erafiftrate j en
veulent pour le fentiment, & d'autres pour le mouve-
ment , fans penier que le même nerf réunit néceffai-
rement les deux propriétés , & qu'elles font enco-
re une fois abfolument dépendantes 6c inféparables
l'une de l'autre»
Senjibilité dans le fatus. L'embryon ayant acquis
toutes fes formes au point de donner l'enfemble ou la
figure entière de l'animal , le foetus en un mot , ren-
ferme dans l'es parties l'appareil économique de la
vie ou de la fenjibilité ; il vit par conféquent , néan-
moins cette vie du foetus ne peut guère être qu'em-
pruntée dès qu'il lui manque plufieurs circonflances
qu'il ne iauroit trouver que hors du ventre de la
mère , pour exercer toutes les branches de la fenfi~
biliié. Il n'y aura ^onc que quelques centres , com-
me le cœur & certains autres organes prépofés à la
nutrition & à l'accroiffement du foetus , qui , aidés
de l'impreffion de la vie de la mère , exerceront ac-
tuellement le fentiment. Tout lerefte de hferzfibilité
attendra que l'animal jouiffe de la lumière pour fe dé-
velopper fous l'impreffion des agens externes , ôc
établir le concours des fondions d'où dépend la vie
générale , ou la vie proprement dite. Foye^ ce qu'en
dit l'illuftre auteur de Vidée de l'homme phyfique &
moral,
Senjîbilitc dans tetat naturel de thomme , ou par
rapport à la Phyjlologie. Dans le tems marqué par la
nature , le fœtus éprouve l'effet puiffant d\inefenjî'
bilité étrangère qui le met au jour. Il eft d'abord frap-
pé du nouvel air qui l'environne. Si. on fent quelles
révolutions doit éprouver la fenjîbilité pour que la
convenance ou le rapport des températures s'établifTe
entre elle & ce fluide.
Cette première impreffion de l'air excite fur-tout
la flamme vitale dans les poumons , comme par une
efpece de ventilation ; cette a£f ion fe communique à
plufieurs autres centres dont les forces & l'adtivité fé
déployant , tout s'anime , tout fe meut dans ce nou-
vel homme , & laffn/ibiliié]ou\ffànt de prefque tous
fes droits , ouvre le cercle des phénomènes de la
vie.
1°. La difpofition & la fituation favorables des or-'
ganes influant fur leur fenJïbiUté , 1 arrive qu'il y en
a qui doivent paroître avoir différens mouvemens
& fentimens , & plus ou moins de mouvement & de
fentiment, fuivant qu'ils font plus ou moins à portée
des impreffions externes. Voilà le fondement & l'o-
rigine des cinq fens qui radicalement fe rédulfent à
un , c'eft-à-dlre le tacl.
2°. Mais comme , alnfi que nous l'avons remarqué
plus haut en parlant de la formation , il fe trouve dans
le corps différens Centres ou foyers àe fenjibilité qu'-
on pourroit évaluer par une plus grande ou une moin-
dre comblnalfon de filamens nerveux ou de lubftance
nerveufe , & peut-être encore par la clrconlfance
d'avoir été les premiers jouiflans de la/vy'/^/AV, il
fuit que les principaux de ces centres doivent abfbr-
ber à eux feuls prefque toute l'adivité de famé fenfi-
tlve. Tels font , fuivant des obfervations ailées à faire,
la tête , le cœur ou la région précordiale, l'eftomac
ou la région épigaftique , où reviennent très-bien les
divifions que les anciens avoient faites des fondions
en animales, vitales 6cnaturdUs,lt{c^\\çllii'i fe fbuticn-
nent réciproquement les unes les autres , en fe vo-
lant ou 1 e prêtant mutuellement de leur activité ; ce
qui paroît vifiblement dans le fommell. Ces trois fa*
meux centres feront donc comme le triumvirat ou là
F
41 SE N
trcpié (le la vîe , & cette clrcuîntion (i*a£li vite établira |
la marche des tondions qui , kiivant Hippocrate mu-
nie, aheunt in circnluni.
Ainli , pour nous en tenir aux principales de ces
fondions , qu'on peut regarder comme les modèles
de toutes les autres, la digelHon , ou ce qu'elle a d'a-
nim d ou de propre au corps vivant , dépend de la
jcr:iiyitt!Î\\r\^\\\\cï^ de fello-iuic , de Ion appétit par-
ticulier avi moyeu duquel il délire 6c retient les ali-
mens qui lui plailent , & cette Jen/iHliic qui veille
lans celVe s'oopol'e en même tems ou du-moins le re-
f'ule h ce que l'ellomac le rcmplifle au-delà de ce
qu'il faut , 6-c.
Nous verrons également les lecrétions &: les ex-
crétions dépendre de cetteyi«///"'AV</quiaug,mente le
Tcllbrt de chaque organe lécrétoire , y occafionne
une forte de fp^lme ou d'ércclion qui conftitue l'ei-
f«:'nce de ces deux tbiictions, de même que le goût ou
l'appétit particulier des nerfs de l'organe conltitue le
choix qu'il fait des humeurs fecrétoires. f^oyei ce
eue nous en difons au mot Sécrétions.
Les etTers de la pnCibillté le ftianlfeflent encore
mieux par l'hiltoire du llux menftruel chez les fem-
mes ; ces évacuations , on a beau dire , ne faiiroient
s
avoi
ce centre qu
ment, 6l dont tout le monde connoît le grand influx
iiir l'éconorcie animale.
La fondion du cœur & 'lu fyllème vafculaire efl
é'i'alcment due àracrivlté de ce principe feiifitlf , qui
en le portant tantôt plus vers les parties qui font
comme l'écorce du corps, & tantôt plus vers celles
qui en font le centre , établit entre elles un antagonlf-
me qui explique tout le jeu de la circulation. Vous
trouverez qu'il en elt de même de la relpiration,c'elî:-
à-dire , que fon méchanilme conlifte dans l'adion al-
ternative des parties fenfibles de ces organes , prin-
cipalement dans celle du diaphragme, qu'liippocrate
& de bonnes obiervations mettent avec le cœur au
nombre des parties éminemment fenfibles : cor impii-
mis & dlaphraonia fcntïiint , dit ce père de la Méde-
cine , de morbo fucro ,J'cci. ïij . pag. ^oc). f^oye;^ encore
Vidée de l" homme phjiqiie &■ moral.
Lcî opérations del'amc ne tiennent pas moins à la
fcnphiruî. Le plallir , le chagrin , toutes les pa;Tions
femble.u fe peindre dans le centre remarquable for-
mé dans la région épigalhùque par quantité de plexus
nerveux ; & certes il n'efi: point de combinalfon dii1i-
Ic , d'afention bien forte , point d'ciFort de mémoi-
re , qu'au préalable l'eftomac & tout le centre épi-
gaOrlque ne foienr comme prcflés d'un fentlment de
mal-aiîe qui dénote l'aclion de ces organes. C'eft une
affaire de fentlment pour qui veut l'obferver.
Ainfi dans le plalnr , l'ame fenfitive agréablement
émuedansle principal de fes centres, fcmble vouloir
s'élargir, s'amplifier pour préfenter piua de furface à
la perception. Cette intumcfance , s'il eft permis de
ledire , de l'î-me fenfible, répand dans toutes les
parties le fentlment agréable d'un furcroltd'exiften-
ce ; tous les organes montés au ton de cette fenla-
tion, s'embeHillent, & Taniinal, entraîné par la dou-
ie violence faite aux bornes ordinaires de Ion être,
ne veut plus , ne fait plus que fentir , &c.
Dans le chagrin au contralie , ou dans la trlflefic ,
l'ame lenfitive fe retire de plus en plus vers le noyau
du corps dont elle laiffe languir les fonflions ; mais fi
la paflîon va julqu'à la terreur , c'efi alors une irrup-
tion foudaine de l'ame vers ce noyau oii vous diriez
qu'elle ié comprime tant qu'elle peut pour fe garantir
des perceptions : bientôt cependant revenue à elle-
jnême, elle fe débande en portant «\ la circonférence
du corps les humeurs qu'elle y avoit concentrées avec
elle , & fi quelque partie qui , durant fa retraite ,
■ S E N
n'avoît point l'exercice du fentlment, a été olYenfée^
elle ne manque pas de reconnoître le dommage , ôc
de lé jetteravcc une plus ou moins grande quantité
d humeurs 6c de force dans cette partie pour le ré-
parer , &c. Or cette colledion d'humeurs, de forces
£,: de fcnfibiliti , ne peut fe faire fans douleur; & il y
a mciue tout lieu de penfer qu'elle en elt la caufe ma-
térielle.
La théorie des centres de l'ame fenfitlve & des
tranfj>orts de Ion iidivité , facilite encore l'explica-
tion Je beaucoup d'autres phénomènes, comme par
exemple , celle des tempéramens qui , fuivant nos
principes, peuvent être regardés comme le réfultat
des modilicalions Imprimées à certains organes par
un furcroit de ferifibi/icé 6c d'adion habitué à ces or-
ganes; enfin celle des différentes habitudes des indi-
vidus , dont nous aurons occafion de parler dans la
fuite de cet article , & qui ne font pas afilirémcnt un
objet à négliger dans l'étude de l'économie animale,
&c.
11 faut donc confidérer la finfibUlté dans l'état na-
turel de l'homrne comme un être qui ne cherche, qui
ne refpire que fentlment & mouvement , dont la na-»
turc ell la môme dans tous les fujets ; mais dont les
effets varient conléquemment à la difpofition ou à
rindifpofition des organes , à qui feule on doit impu-
ter les atuxies appartîntes de l'exercice de cette ame
fenfible ; c'ell en même tems , comme nous l'avons
vu , par les transports de fon aéiivité d'un organe à
l'autre , qu'elle lé procure les différentes fcnfations,
& détermine les différens appétits qui conftituent &
aiguillonnent notre cxilience; en quoi fe trouve con-
firmée cette vérité de tous les liecles , lavoir , que
vivre , c'eji propreinenT/e/2«V.
Senâbditi dans Cet at contre nature^ ou par rapport
à la Pathologie. La f njibU;té,imv ant tout ce que nous
venons d'expolér , étant dillribuée par dolés à toutes
les parties organiques du corps, chaque organe fent
ou vit à fa manière , & le concours ou la lomme de
ces vies particulières fait la vie en général , de mê-
me que l'harmonie , la fymmétrie 6c l'arrangement
de ces petites vies fait la ianté.
Mais lorfque cette diftribution & cette aftion
économique de ïa/eri/îbi/ité (e trouvent dérangées à
un certain point par rindifpofiticn des nerfs ou des
parties organiques , ce dérangement ell l'état qu'on
appelle de maladie , ou la maladie même, laquelle fe
borne pour l'ordinaire à ce dérangement, fans y liip-
pofcr la dcfirucHon du principe lenfiîil.
Néanmoins cette dellruclion arrive quelquefois
lorfque i'intenfité des caufes nulfibles venant à éloi-
gner ou à fufpendre trop long-tems la préfcnce ou
l'exercice de IzfenJîhUité dans une partie , cette partie
vient à fe corrompre phyfiquement, comme dans la
gangrené ; alnfi par le progrès de cette corruption ,
la maladie amené la mort, qui confiiîe dans un chan-
gement du corps animal en corps phyfique. Voilà
donc pourquoi l'animal meurt , c'elt qu'il celle d'a-
voir dans la contexture de fes parties la difpofition
qui y fixoit ou entretenoit la flamme lenfitive qui en
faifolt un être vivant; voilii pourquoi les parties des
animaux morts de mort violente polîedent pendant
quelque tems un relie de vie ou ùe finJUnlité ., parce
que les filamens nerveux de ces parties n'ont pas en-
core reçu le coup mortel que leur porte feulement
le commencenient de corruption phyfique ou de
putréfaélion qui cfi direélemcnt oppofée à la vie.
Ce phénomène de la palpitation des chairs & des
vifceres obfervé de tous les tems , apperçu même par
les bouchers , eft égalemert attribué à im refic du feu
fenfitlf par de très-grands & très-anciens philolo-
phes. f^oye:(^ Cicéron, de natura deorum. C'eft-là cette
prétendue divinité que cherchoient dans les entrail-
les des animaux les harufpices des anciens , & dont
s E N
les volontés étolent annoncées par une variété lîn-
ouliere dans les mouvemens des fibres.
Maintenant ce fond de vie ou ^q fcnfibilïtc donné à
chaque individu , ce foyer général qui cherche tou-
jours à s'étendre & à durer jufqu'à la mort naturelle ,
c'eil: la nature. , mot facré en Médecine , & qu'on
comprend mieux qu'on ne^peut l'expliquer,
La nature doncprife comme nous la prenons, tend
toujours à la fanté, ou bien la dofe ou la quantité de
ftnfikilïd une fois donnée au nerf, tend toujours à fe
répandre dans les différentes parties de ce nerf; c'eft
ce qu'on remarque évidemment dans les phénomè-
nes du fommeil ; on voit donc que le fommcil qui iuf-
pend la plupart des fondions par le tranfport de toute
l'aftivité de l'ame fenfitive dans quelques centres , fe
détruit infenfiblement de lui-même en reftituant aux
parties le furcroîtde/e/2/?^i/«cqu'avoient reçu ces au-
tres : mais ce qui eft remarquable , c'efl qu'il met un
certain tems à fe difpofer , à durer , & à fe détruire.
Il en eft de même dans toutes les maladies qui ont
leurs tems , leur marche & leurs périodes qu'il faut
refpeûer , comme autant de pas facrés que fait la
nature vers le mieux être , ou le rétabliflément de
l'individu , &c.
Dis maladies , ou des anomalies dans l^exercitc
'de lafenjîbiiué. Les unes dépendent des imprelîions
vicieufes des concepts morbifiqiits , pour employer
l'expreflion de Vanhelmont , reçus originairement
par les fubftances animées du principe fenfitif , &
qu'on doit foupçonner dans les individus mal conf-
titués ; ce font les maladies néceflaires , & qu'on ne
peut pas plus ôter , qu'on ne peut remettre un bras
lorfqu'il a été emporté.
D'autres maladies font les fuites prefque néceflai-
res de la marche de la vie , les phénomènes des dif-
férens âges qu'Hippocrate avoit déjà obfervés , qu'il
faut laiffer s'ufer à mefure que l'individu fe renfor-
ce , & qu'on ne peut pas plus guérir qu'on ne peut
d'un vieillard faire un enfant , ou d'un enfant faire
un vieillard. Ce font les efforts dé l'ame fenfitive qui
travaille à développer ou à établir quelque centre ;
Vanhelmont eût dû allumer quelque foyer nécef-
faire pour équilibrer les différens départemens ac-
tifs de l'ame îenfitive , & compléter l'enfemble des
vies qui forme la vie générale de l'animal. Tel eft ,
par exemple , ce fameuK centre dont le développe-
ment conftitue la puberté , développement qui eft
quelquefois annoncé par des révolutions effrayantes
dans la machine.
Enfin il y a des maladies accidentelles , paflage-
res , fondées fur la préfence ou l'aûion de quelque
caufe qui indifpofe le nerf ou l'organe, & interrompt
l'aftivité de l'ame fenfitive dans fa marche. Ce font
les maladies qui font du domaine de l'art, à condition
que leurs caufes foient amovibles , ou ptiiffent être
emportées par des remèdes appropriés.
Les parties fenfibles du corps pouvant, au moyen
de la propriété du fentiment , difcerner plus ou
moins les différentes qualités de la caufe des mala-
dies , ce difcernement en varie les phénomènes ;
mais il eft des maladies d'autant plus funeftcs , que
leur type particulier eft de ne pas en avoir , du-
moins de régulier, de marcher à la faveur d'un cal-
me trompeur ; la raifon en eft qu'elles font d'ordi-
naire occafionnées par des efpeces de miafincs ou
êtres morbifiques, eiitia morbofa, qui frappent d'cn-
gourdiffement & d'e ftupeur les parties Icnfiblcs, &
enchaînent l'exercice de \-à finfibïiul dans quelques-
uns de fes principaux diftridts. L'effet de l'opium
nous donne un exemple de ces maladies. Communé-
ment cependant , telle eft la qualité de la caufe mor-
bifique qu'elle foUicite \& fcnfibillté de la fibre animale
dont les fecouffes , les efforts , l'aôcélération des
jnouvemens font ce qu'on appelle \z fièvre.
Tome XF.
S E N
4Î
Qu'eft-ce donc que la fièvre ? un élan , un fur-
faut général de l'ame fenfitive qui agite violemment
les nerfs & les parties nerveufes , & s'irrite toute
entière par ime fenfation fauffe ou contraire aux fen-
fations ordinaires ; c'eft-là cette difconvenaiice , ce
dérangement dans la difpofitlon des principes dont
parle Lucrèce, & qui fait que les humeurs n'ont plus
un goût qui fe rapporte au fentiment naturel des par-
ties , ni les parties un ton convenable à l'élaboration
ordinaire des humeurs :
Qiiippe ubi cuifebris , b'ili fuperantt , coorta ejl ,
Aut alid ratîone aliqua efl vis excita morbi ,
Perturbatur ibi totumjam corpus , & omnes
Commutantur ibi pojiturce principioriim :
Fit prias adfcnfum ut quce corpora conveniebant
Nunc non convenlant ; & cœterajint ma gis apta
Q^uce penetrata queuntfenfum progignefe acerbum.
lib, IV. de rer. natur.
Ainfi dans la fièvre humorale , la fibre animale fe
fronce fous l'aftlon de cette caufe irritante , fes pro-
ductions fe hériffent , s'il eft permis de le dire , ainfi
que les pattes d'un infefte qu'on inqulette;cependant
toute la fenfibilitt femble fe jetter avec fes forces fur
les fondions vitales , c'eft-à-dlre fi.ir le cœur & le
, fyftème vafculaire , & négUger entièrement les au-
tres fondions ; les humeurs font entraînées de la cir-
conférence au centre , à-peu-près comme nous l'a-
vons vu arriver dans la terreur ; le corps pâlit & fri-
fonne , & cet état violent dure jufqu'à ce que par
l'abord d'un fluide fain qui eft le produit de cette
commotion générale , le fluide de Vather foit invif-
qué au point de ne plus caufer la même fenfation aux
parties nerveufes ; d'où vient que pour lors ces par-
ties fe relâchent , ô'c. & comme le plus fou vent cette
caufe réfide dans les premières voles ou aux envi-
rons , on fent jufqu'où peuvent aller quelquefois les
fpafmes , les conftridions des produdions nerveufes
de ce fameux centre , dont les fuites trop ordinaires
font le reflux du fang dans certaines pairies , des en-
gorgemens de vifceres , des ftafes d'humeurs , &c.
fources funeftcs de tant de maladies.
Il en eft de même de la fièvre qu'on appelle ner'
veufe. C'eft toujours l'irritation de l'ame fenfitive, un
fpafme des organes qui en refferre toutes les voies
excrétoires , & qui peut être occafionné , ou par
une caufe matérielle qui a pénétré fort avant dans
la fubftance de ces organes , & qui y adhère opiniâ-
trement , ou par une indifpofition vlcleufe que l'ha-
bitude ,& les pafllons même, font capables de don-
ner aux nerfs, é'c.
On voit dans cette légère image de toutes les fiè-
vres & de toutes les maladies , que hjènjibiliié eft
toujours le même principe qui agit dans ce cas , com-
me il agit dans la fanté, c'eft-à-dire , relativement
aux difpofitions des parties organiques ; mais ce qui
mérite une confidération particulière , on a dû s'ap-
percevolr que ce principe s'irrltant plus ou moins ,
& augmentant fes forces fuivant les réfiftances $L les
variations qu'éprouve dans fes qualités la caufe mor-
bifique, il n'eft pas poffible de vouloir adapter les
lois méchaniques à de pareils phénomènes.
En continuant d'après cette confidération,& ferap-
pellant ce que nous avons dit des trois tems mar-
qués dans le fommcil , on trouvera qu'il arrive dans
le cours de la maladie aux parties fenfibles autant
d'époques remarquables qui l'ont les phafes des mala-
dies , favoir Virritation , dont nous avons déjà parlé,
la cocîion &c Vexcrctlon.
La codion eft donc encore l'ouvrage de Xàfinfihi'
Vue , du moins en partie. C'eft elle qui difpofe les
nerfs de manière à les faire contribuer à ce travail
des humeurs qu'on pourroit affez bien comparer à
la maturation des fruits.
s E N
4-4
Les crifes ou Tcxcrction ne lont auffi qu'un appa-
reil extraordinaire de toute l'ame renliti\e prête à li-
vrer combat, comme le dilent les anciens, ou bien
les efforts brulqucs &: redoublés de toutes les par-
tics lenlibles , pour le rétablillement de l'exercice
ceconomiquc de la fcnJUnlitc, tk. rexpuHion des ma-
tières qui rcmbarraflentou qui lui (ont nuilibles.Ccs
trois phales,ces trois états, vous les trouverez dans
toutes les maladies , &C le médecin lage n'a rien de
mieux i\ taire qu'à oblerver ces trois tems , & à
détourner les accidens qui les empêchent de s'écou-
ler. Pour cet eriet on ne lauroit trop étudier la fé-
meioùque des anciens , 6c les connoillUnccs non
moins utiles que peut fournir la dodrine des moder-
nes lur le pouls. /%c^ Pouls.
Nous ne pouvons ici que donner des généralités;
rinOammation qu'elt-elle autre chofe qu'un nouveau
centre de Jenjîbiiicé qui s'établit autour de quelque
obllaclc contre lequel il lémble que l'ame fenfuive
drcile ou érige les vailleaux de la partie , qui admet-
tent alors plus de fang, en môme tems que la vibra-
tion des tîbrillcs nerN^eufes rayonne l'obftacle ? Or
cet obfîaclcc'elHe noyau inflammatoire qu'accom-
pagnent la douleur, la teniioo , la tumeur, la rou-
geur , &c. Telle elt Vépine de Vanhelmont , image
fimple qui rend la nature , &C qui par-là mérite d'c-
tre le modèle de toutes les théories de ce genre. '
Fojci Inflammation.
L'irritation des parties fenfibles explique égale-
ment les caulés des bonnes ik des mauvailes luppu-
rations. 11 ell tout naturel de penfer qu'une partie
irritée jul'qu'àun certain point ne fauroit bien pré-
parer les lues qui y abordent , puisqu'elle n'efl: plus
au ton naturel de la vie , ÔC que ces lues de plus en
plus viciés par l'état des Iblidcs , ajoutent encore à
cette irritation; mais une fois ce ton reflitué à lapar-
tie , fon aclioji fur les humeurs eu. telle qu'elles en
deviennent de plus en plus douces & airmiilables à fa
fubrtance : ce qui produit infenfiblement la cica-
trice , &c.
Enrin , qiftnt à ce qui regarde les médicamens ,
on cft prévenu ù\ns doute que le goût, la difpofition
particulière, &C l'irritation des organes en confé-
quence de \e\.\Y fcnfih'diti , doit en fpéciiier les ver-
tus tk. diriger les effets : ce qui renferme l'explica-
tion de ce qu'on appelle la vertu ékciivc des nmedes^
c'ell-à-dire, pourquoi, par exemple, les cantharides
affectent conllamrnent les voies urinaires , l'éméti-
que affefte l'eftomac , &c,
La théorie des centres , de leurs départemens &
de la circulation des forces de l'ame feniiiive, don-
ne en mênie tems la raifon qui fait qu'un médicament
à peine avalé emporte fur le champ un mal de tê-
te , &c. Elle explique encore les admirables effets
des véficatoircs , des ullions, des fynapifmes , des
ventoufes & autres femblables remèdes fi vantés par
les vrais maîtres de l'art, dont toute l'adion con-
fiée à établir des centres artificiels dans la partie fur
laquelle on les applique , & d'y attirer une dériva-
tion falutaire de fcnfibWné , de forces & d'humeurs.
Confultcz fur tout ceci les diffcrens ouvrages de
M. Hordeu, médecin des facultés de Montpellier &
<lc Paris.
Il réfulte de l'idée que nous venons de donner de
l'œconomic animale, que tout étan; borné dans le
corps à l'activité de cette ame fenfible , tant dans l'é-
tat de fanté que dans l'état de maladie, & la marche
de toutes les fondions, foit dans l'état naturel , foit
dans l'état de maladie, étant marquée par des tems
& des périodes qui doivent néceflairement avoir
leurs cours , uC qu'on ne peut changer, il en réfuhc,
dis-je , que les fecours qu'on a à elpérer des remè-
des , fe réduifent à bien pcude choie. Il n'ell que
i:o^ vrai en effet que la plupart des remedcine tien-
S E
ncfit pas ce que des enthoufiaftes leur font promettre^'
quoiqu'en fait de médicamens, il faut avouer qu'il
s'en trouve qui maniés par un médecin habile , ôc
combinés avec une diette convenable , font quelque-
fois des merveilles ; mais ces reniedes font en très-pe-
tit nombre; & quant à lafaignée,on peut ajouter, i**.,
que dans beaucpiip de hialadies aiguës la matière
morbifique rélidant dans le tilîu f pongieux ou cellu-
laire des parties , les laignées dont l'indication eft le
plus ordinairement fondée chez les modernes fur la
théorie de la circulation , ne fauroient entrer dans le
traitement de ces maladies; 2". le corps animal étant
uncompofé de folides & de fluides , qui font les uns
à l'égard des autres dans une réciprocité abfolue de
befoins & d'utilité , on peut en inférer que des fai-
gnées multipliées dans une maladie doivent être aux
fluides ce que la mutilation efl: aux folides. En vain
prétendroit-on juflifier l'abus de ce remède par des
théories & des exemples , en imaginant même d'a-
voir à combattre dans les humeurs une dépravatioa
qui équivaudroit à l'état de gangrené dans les parties
folides d'un membre ; l'on ne voit pas à quoi fervi-
roient quelques poëlettes de fang , le vice gangre-
neux étant fuppof é infeder toute la maffe des fluides.
Ce n'elt pas cependant que la faignée ne produife
d'admirables effets , lorfqu'elle efl: placée à-propos,
par exemple , au commencement des maladies aiguës
ou dans le tems d'irritation, fuivant la pratique des
anciens , dans la fupprelîion des règles & d'autres
hémorrhagies habituelles , dans certaines douleurs
vives , dans une chaleur, une lourdeur cxceflive du
corps, &c. Mais dans tous ces cas même il n'efl: per-
mis d'ufer de ce remède que très-modérément, /^^ra^
manu , à titre d'adjuvant , adjuvans , & jamais à titre
de curatif , comme lorfqu'on applique des émolliens
furunabfcès pour en aider la maturation, qu'on fait
des fcarifîcations à une partie, qu'on emploie les vé-,
ficatoires,6'c. Car le corps efl le même à l' intérieur qu'à
l'extérieur. Voye^ là-deifus un excellent ouvrage in-
titulé , les abus de la faignée démontrés , ècc.
Effets particuliers de la finfibilité. Nous croyons
avoir fuffifamment établi l'influx admirable du prin-
cipe fenfitif dans les trois états de la vie, de la fan-
té & de la maladie. Il efl pourtant encore des difpo-
fitions ou affedions nerveufes flngulieres qui , com-
me autant de bifarreries dans la fenfibilité , augmen»
tent fon hifloire de quelques autres phénomènes.
Ces difpofitions ou affedions nerveufes tenant,
fuivant nos principes , à des concepts dans l'ame fen-
fitlve, nous en reconnoiflbns, comme dans l'hiftoirc
des maladies,d'originaires & d'accidentels, quipeu»
vent fe rapporter plus ou moins aux trois états dont
nous venons de parler. On doit placer parmi les pre-
miers quelques antipathies , fympathies, & autres,
incommodités dont il n'efl: pas toujours prudent
d'entreprendre la curation , étant identifiées avec la
vie , & comme autant de cbnftitutions irrégulieres.
Ainli Pline rapporte d'après Valere Maxime, que le
poète Antipater fidonien avoit la fièvre chaque an-
née, le jour delà naiffance. Voye^ hijl. natur. lib. VU,
pag. 40-?. Schenckius fournit de pareils exemples
dans le livre VI. de fes objervat. médic. On a vu des
perfonnes qui ont eu habituellement la fièvre durant
toute leur vie , & qui n'ont pas laiflé que de parvenir
à une vieillefié très-avancée ; tel a été l'illuflre Mé-
cène.
Quant aux concepts accidentels , il y en a qu'on
peut regarder comme de fortes habitudes nerveufes
dégénérées en tempéramens , & qu'il faut traiter
avec la même circonfpedion que les premiers. D'au-
tres font dus aux- imprelfions fàcheufes de quelque
maladie grave qui a été mal jugée , ou interrompue
dans la marche , ou reconnoiftent pour caufe quel-
qu'auire accident: ceux-ci admettent le plus fouyçnx
s E N
les fecours de l'art. Kaw Boërhaave raconte » qu'un
V vieillard nommé Monroo, parktne fympathie con-
» tradlée depuis l'enfance , ne pouvoit regarder per-
» fonne dont il ne tïit obligé d'imiter tous les mou-
» vemens corporels ; ce pantomime fmgulierportoit
» l'imitation jufqu'à rendre fcrupuleuiementles plus
» légers mouvemens des yeux , des lèvres , des
» mains , des pies , &c.l\ le couvroit & le découvroit
» la tête, fuivant qu'il le voyoit faire aux autres ,
>> avec une liberté & une facilité furprenantes; lorf-
» qu'on effayoit de lui ôter l'ufage d'une main, tan-
» dis qu'il gefticuloit de l'autre , il fe débattoit avec
» des efforts extraordinaires , & la raifon qu'il en
» donnoit , c'ell qu'il y étoit forcé par la douleur
» qu'il reffentoit au cerveau & au cœur. Enfin ce
» pauvre homme , en conféquence de fon incom-
y> modité , n'alloit jamais dans les rues que les yeux
» bandés ; & lorlqu'il lui arrivoit de s'entretenir
» avec fes amis , c'étoit en obfervant la précaution
» de leur tourner le dos. Foye^ Kaw Boërhaave de
impetum fackntc , feu enormon Hippocrat. p-ag. J^i.
On peut conluiter fur les autres alîedioris acciden-
telles tous les livres de pratique. Foye^^ encore le^-
nop. mcdic. de Alkn^ tom.I. page /2 , oii il eft parié
d'un théologien nommé Bulgin , au territoire de
Sommerfet , lequel fut attaqué à l'âge de 3 4 ans, d'u-
ne fièvre intermittente quotidienne qui lui dura tout
le refle de fa vie , c'efl-à-dire , 60 ans encore, n'é-
tant mort qu'à l'âge de 94. Locke fait encore men-
tion dans fon ouvrage admirable fur l'entendement
humain, d^un homme qui ayant été parfaitement guéri
de la rage par une opération extrêmement fenfîblc ,/é re-
connut obligé toute fa vie à celui qui lui avoit rendu ce
fervice , quil regardait comme le plus grand qu'il pût ja-
mais recevoir ; mais malgré tout ce que la reconnoiffance
& la raifon pouvaient lui fuggérer ^il ne put jamais fouf-
frir la vue de C opérateur ;fon image lui rappelloit tou-
jours ridée de C extrême douleur quil avoit endurée par
fes mains , idée quil ne lui étoit pas poffihle de fuppor-
ter , tant elle fui] oit de violentes impreffons fur fon ef
prit ; nous dirons , nous , fur fon amefenjitive. Foye^^
Locke , pag.
Qui ne fait combien les charmes de la mufique font
puifTans fur certains fujets } Qui ne connoit pas l'ef-
fet de la beauté fur l'ame fenfitive? Enfin qui ne s'eli
pas quelquefois fcnti épris de prédilection ou d'in-
térêt, à la fimple vue, pour une perfonne plutôt que
pour une autre qui avoit plus de droits , fuivant la
raifon , à nos l'entimens ? Tout cela efl: une difpofi-
tion dans les organes, une affaire de goiit dans l'ame
leniitive qui s'aifefte de telle ou telle manière , fans
qu'on s'en doute: ce font-là les /2<2«^5yic7c/5 qui nous
lient , qui nous entraînent vers les objets ,•& que les
Péripatéticiens n'avoient pas tant de tort de mettre
au rang de leurs qualités occultes.
Les habitudes particulières à certains organes ou
diftrids de la jenjihiliti offrent encore des variétés
remarquables ; telle perfonne , par exemple , ne i'au-
roit paffer l'heure accoutumée des repas, fansrsffen-
tir tous les tourmens de la faim ; tel autre s'endort
& fe réveille conftamment à la même heure tous les
jours ; les fécrétions &: excrétions fe font dans cer-
tains tempéramens régulièrement dans le même or-
dre , &c. & certes il y auroit beaucoup de danger
pour ces perfonnes ainfi coutumieres , à s'écarter de
ces habitudes qui font devenues chez elle luie fécon-
de nature , luivant l'axiome vulgaire. Les tems des
paroximes dans certaines maladies font également
fubordonnés aux mêmes lois d'habitude de la part de
lafenfbilité}, nous croyons inutile d'en rapporter des
exemples.
Mais fi ces habitudes confiantes font communé-
ment des déterminations invincibles pour l'exercice
de h ftnjibilité dans les organes j il su. auili. des cas
S E N
45
où par la raifon des contraires ces habitudes anéan-
tiflent abl»-hunent cet exercice dans ces mêmes or-
ganes. Un chevalier rom.ain ( Julius Viator ) datoit
l'abflinence dans laquelle il vivoit, de toute boifTon,
d'une maladie chronique dans le traitement de la-
quelle les médecins luiavoient interdit entièrement
le boire.
Cette habitude des organes va plus loin encore ,
puisqu'elle fc proroge au-delà de la vie; on a vu des
vipères à qui on avoit coupé la tête &: enlevé It-s en-
trailles , on a vu , dis-je , ces troncs de vipères aller
fe cacher fous un amas de pierres où l'animal avoit
coutume de fe réfugier. Foye^ Perault, ej/lii phyf.
Boy le rapporte que les mouches s'accouplent 6' font des
œuj} , après qu'on leur a coupé la tête. Rien de 11 com-
mun que des exemples de cette nature.
De-là peut être encore ce mouvement aaimal tou-
jours fondé fur l'habitude de notre fenfîbilité ., renou-
vellée par fon inftinft en préfence d'un objet qui
nous efi cher , & qu'un changement dans les traits
déguife à nos habitudes intelleftuelles ; telle efl là
fituation d'une mère tendre en préfence d'un fils qu'-
elle ne reconnoit pas encore , & vers lequel cepen-
dant fon ame fenfiti^ve femble vouloir s'envoler : fi-
tuation qu'on attribue d'ordinaire à ce qu'on appelle
lafjrce dufung. Ainfi Mérope, après avoir interrogé
le jeune inconnu qu'on lui a amené , s'écrie :
Hélas ! tandis quil 771 a parlé y
Sa voix m''attendrif[oit , tout mon cœur s'eli troublé.
Cr es fonte . . . à ciel ! . . . fai cru . . . que fen rougis
de honte !
Oui j'' ai cru déttiêler quelques traits de Cresfonte.
Aa. II. fcen. IL
La théorie des convulfions , desfpafmes* &c. nej
préfente pas moins de fmgularités dont l'explication
découle naturellement de la mêi^e fource , c'efl-à-
dire , des affeftions des parties nerveufes , en confé-
quence de leur fenfibiUté , fans qu'il foit befoin de
recourir à desdefTéchemens & aridités des nerfs , ou
à Aqs fimulus caufés par des acrimonies. Car enfin ,
fi le premier cas avoit lieu , un vieillard , ainfi qua
i'obferve Vauhelmont , devront être t^t racourct
par un fpafme continuel. Voyez de lithiafi. Et dans
le fécond , c'eft-à-dire , dans le fyflèm.e des acrimo-,
nies , tous les vifceres devroient s'en refTentir; les
plus délicats fur-tout , ou les plus mois, comme le
cerveau , feroient anéantis de fpafmes ou de con-
tractures ; mais au contraire on voit bien fouvent que
ces fpafmes n'aiïeâent qu'un feul organe , ou partie
même de cet organe : ainfi dans quelques angines on
remarque qu'il n'y a qu'un côté de la gorge de pris ;
dans les hydropifies , ou les iftercs commençans ,
avant même qu'il y ait le moindre fignc d'épanche-
ment dans le bas-ventre, il arrive quelquefois d^es
traclurjis dans un feul côté du ventre , 6l en confé-
quence des duretés de ce même côté , fouvent en-
core il s'efl vu œdejnes de tout le côté droit du corps ,
occafionnés par une affeftion au foie. Les paralyfies ,
quelles fingularités n'offrent-elles pas en ce genre ?
Il femble que le corps j'oit divifé naturellement en deux
parties qui fe rencontrent ou fe joignent dans le miliea
ou dans l'axe. Voyez Bordeu , recherches fur le pouls.
Il arrive encore que \z fenfibiUté plus ou moins aga-
cée dans certains endroits des productions nerveulés
que dans d'autres , peut faire çà & là , dans le même
organe , de petits points de confiriction qui laifîeront
entr'eux des efpaces , fi vous voulez , comme des
mailles ; ces particularités fe rencontrent plus ordi-
nairement dans l'ellomac; on a également vu iiirdes
pleurétiqucs la plèvre détachée en certains endroits
de la fiuface des côtes ; fans doute que ces décole-
mens de la plèvre fc trouvoient dans les points qui
répondent aux fibrilles nerveiiiV* dilîribuccs dans
46
S E N
cette toile celluleufe. Stahl parle encore de quelques
fpalmcs qui le bornent à la cage de la poitrine , &c.
Mais , ce qui n'cft pas moins digne de notre atten-
tion , il le trouve de ces Ipalines particuliers qui lont
périodiques. Hoffman remarque avec étonnement ,
que dans quelques coliques néphrétiques , la caule
de la douleur ,c'cft-à-dire le calcul , étant continuel-
lement prclonte dans les reins , ces coliques ne re-
prennent dans la plupart des calculeux que par in-
tervalles , comme il la Çcnfdnlitc abandonnoit &: re-
prenoit alternativement certaines parties. Nous di-
lions donc bien que chaque organe a la vie , les goûts
& les palHons qui lui l'ont propres , indépendam-
ment de tout ce qui peut lui revenir de Ion confcnjus
avec les autres organes , propria vivit quadra ; il peut
donc le faire une contraclurc particulière ^i fpontanée
dans une partie , par les leules facultés de cette par-
tie, qui s'irritera fous une caule que nous ne fpéci-
fions point , mais qui fera vraifemblablement de la
nature de celles qui produifent des fcnfations défa-
gréablcs , ou tout limplcment l'habitude.
Néanmoins il n'cfl pas toujours befoin d'un fenti-
ment contre nature , ou de douleur dans une partie,
porr la faire contrnfter ; il lui fuffit d'un léger mal-
aife , ou d'un initant de dlfpoûtion linguliere dans
fes nerfs : par exemple, le /cro/K/n ne fe contrafte-t-il
pas fans douleur ? îk n'en eft-il pas de rnême des in-
teftins , qui , fe^lables à un animal logé dans un au-
tre animal, le jettent d'un côté & d'autre du bas-
ventre avec de grands mouvemens , & même avec
une efpece de rugllFement ?
Les palTions peuvent encore être les caufes occa-
fionnelles de ces fpafmes particuliers; & fi l'on con-
lidere les diftérens organes qui concourent à former
le centra épigaftrique ,les gros vailTeaux qui s'y trou-
vent,&: dont l:s tuniques lont prefque toutes nerveu-
fes, il fera aile de fe reprcfenter les accidens qui peu-
vent réfulter des fréquentes fecoufles portées à ce
centre; car vrailTemblablemcnt il cil de ces organes ,
qui à raifon de leur plus orzLnde fenjibilité , doivent
retenir les imprelTions fpapques plus long-tems que
les autres , ou chez lefquels ces imprelhons doivent
comme fe réfoudre & s'incorporer, s'il eft permis
d'ainfi parleP, avec la fubftance nerveufe d'où l'on
ell: conduit naturellement à reconnoître la caufe de
beaucoup de maladies chroHiques , des tumeurs , &
cntr'autres du flux hémorrhoidal , fur lequel Stahl
nous a laifle de fi belles chofes en théorie & en pra-
tique. Foyc^^ Sthal , théor. pathoLJ'ecl. II. pag. i&i &
fcq. ^oyei encore le mot HÉMORRHOÏDES.
Ici revient ce que nous avons dit de la circulation
ou des tranfports des forces du principe fenfitif , qui
fe cantonnent quelcjucfois dans un centre , en ab-
forbant la fomme d'aftivité des autres centres qui
correfpondent à celui-ci ; ce qui peut même fe faire
pai%un acte de volonté , comme on le raconte du
colonclTou-nshend , chez. qui le mouvement du cœur
ctoit prefqu'arbitraire , comme il l'eil; dans quelques
animaux, f^id. lifler de cochUis & Ifinacibus , pag. jS.
C'eft ainfi qu'un homme abforbé dans une pro-
fonde méditation , ne vit , pour ainii dire , que de la
tête ; tel étoit le cas d'Archimede , lorfque le foldat
de Marcellus lui donna le coup de la mort ; celui de
François Victe dans les deux jours qu'il pafîa , fans
s'apnercevoir , ;\ l'explication d'une lettre écrite en
chiftres; &c vrailTemblablement encore celui de beau-
coup de pcrlonjies qui fe trouvent dans des états
contre nature , tels que les mclancholiques , les ma-
niaques , certains fous , &c. qui paroilfent plus ou
moins infenfibles. C'eft ce que Vanhelmont a très-
bien obfcrvé , continu naniquc , dit-il , Ji forfitaa fpi-
t'uus i":e ( c'efl-àdire , anima J'en fltiv a ) , ob profun-
das fpeculdtioms veL infanïam occupuur , qiiod corpus
dolorcni non J'cntiat ^ fanuni y fri^ora , Jlcim. de lyihiafi ^
S E N
cap. îx. pag. 62. Il rapporte à ce fujet , dansjlemême
chapitre , l'exemple d'un malfaiteur , qui éluda plu-
fieurs fois les tourmens de la queftion , en avalant ,
quelques inftans avant de la fubir , un morceau d'ail,
& buvant par-delTus un coup d'eau-de-vie ; mais enfin
la petite provifion étant confumée , le malheureux:
fut obligé d'avouer fes crimes par le fentiment des
tortures.
Tous ces phénomènes rentrent , comme on voit ,
dans la théorie que nous avons d'abord établie fur les
centres & leur influx ; théorie qui , outre les exem-
ples extraordinaires déjà rapportés , eft confirmée
journellement fous nos yeux par ce qui .arrive aux
épileptiqucs, aux goutteux, é-c. dont les paroxyfmes
paroiflent conflamment déterminés par une émotion
préalable dans quelque centre.
De la même théorie peuvent fe déduire les fcnfa-
tions que rapportent les perfonnes mutilées au mem-
bre qu'elles n'ont plus ; car un centre quelconque
portant vraifemblablement en lui comme l'empreinte
ou Varchçùpc en racourci de tout fon département,
il ell à préfumer que l'irradiation fenfitive deftinée
au membre amputé , fe renouvelle quelquefois par
l'habitude ou autres accidens , &: produit la fenfa-
tion afîeftéeàl'exillence du membre. On expliquera
également , par ces principes , les caufes de la régé-
nération des os ; on trouvera toujours que c'efl dans
un de ces centres qu'il faut chercher l'agent plajli-
que f qui efi; le même & dans la formation des os ,
& dans leur régénération.
Nous avons vu que la terreur étoit capable d'é-
clipfer, pour quelque tems, Xzj'enJibiUté ; il faut en
dire autant, d'une douleur extraordinaire , qui en
cela ne diffère point des extafes procurées par la joie
& par le plaifir ; les excès étant les points par où fe
touchent tous les contraires, ces grandes joies & ces
grandes douleurs peuvent également aller jufqu'à la
deflruftion de la fenjibilité , c'ell-à-dire , jufqu'à la
mort : cela s'ell vu plus d'une fois.
La fenjibilité peut le trouver bien fouvent fi fort
exaltée dans certains fujets chatouilleux , qu'on ne
fauroit même les menacer de les approcher fans les
jetter dans des convulfions. Mais rien qui manifefte
tant ces variétés & excès négatifs & pofitifs de l'ame
fenfible , que la plupart des maladies , telles que la
rage , le chorea fancti viti ^ certaines manies , les fuites
de la morfure ou de la piquùre de certains animaux ,
comme la vipère , le tarentule , les effets de quelqucis
remèdes ou poifons , &c, la lèpre ,les différentes ef-
p|;ces d'apoplexie , de paralylie , &c. les affeftions
vaporeufes , le pica , le malacia , &c. En voilïl déjà
trop fur cette matière.
SenfibiUté dans les différens âges , les différensfcxes ,
&c. L'homme efl fans contredit l'animal qui doit
pofTéder la fenJïbiUté au plus haut degré. Il peut en
effet paffer pour le chef-d'œuvre des âmes fenfitives
ou animales , par l'arrangement merveilleux de fes
parties & la prodigieufe quantité de nerfs qui en-
trent dans leur conllrudion. Dilpofé par la nature
à la connoiffance des chofes dont le concours fait
ce qu'on appelle éducation , 11 c^x. étonnant avec
quelle facilité fes organes le plient fous les habitudes
de rinftruclion & des exemples ; au contraire il faut
des foins infinis , des peines extrêmes pour faire fur
les organes d'une brute une imprefïion affcz pro-
fonde pour lui inculquer les documens les plus faci-
les ; cependant on a des exemples d'une fagacité
mcrveilleufe dans quelques animaux , comme le
chien , le fmge , &c. & même quelques poiffons ,
comme les murènes fi chères , à ce qu'on prétend ,
aux Romains , par la circonffance de reconnoître la
voix de leurs maîtres , &c.
Parmi les hommes , les enfans , & après eux les
perfonnes du fexe , font ceux qui font le plus cmi-
SË'N
r.eiVin^éht fehfibîcs , ce qui cù. uhé-/li:të déjà foù-
pleflc , h; fraîcheur & h ténuité des lames du tifiii
mucjueux , toujours plus comnaûe dans les adultes ,
& parmi ces derniers plus dans les hommes que dans
'les femmes. Cet excès de fenjîbîllté des enfans fur
les adultes , explique L-s caufes des fréquentes con-
vulfions & fpalmes qui les agi'ent à la moindre ma-
ladie , à h moindre pafTion. De célèbres praticiens
ont très-bien obfervé que cet excès même chez les
enfans , en les rendant plus fouvent malades , les ga-
rantifioit de beaucoup d'autres plus graves maladies
qui af.'e£lent les adultes , parce que chez ces derniers
les voies qui mènent à {^finjib'Uuc étant moiiîs faciles
ou plus longues , la cauie du mal avoit plus de tems
pour s'clal)l:r ou fe fortifier.
Quant aux femmes , leur conflitution approche
beaucoup , comme on fait , de cc-Ue des enfîins ; les
palîions font chez elles extrêmement plus vives en
général que chez les hommes. Leur g^vznde fenjîl'iihé ,
dont un des principaux centres eft l'utérus, les jette
auiTi dans des maladies que la nature fernbloit avoir
aifefté uniquement aux femmes , mais dont le luxe
& la mollelTe ont fait préfent aux hommes : je veux
parler des vapeurs.
Enfin , comme l'enfance efl le premier terme de
hifenjihinii dans f homme , de même l'âge adulte en
peut pafier pour le moyen ; d'où les effets de la
flamme fenfitive vont en diminuant fous la quantité
de mucus qui empâte les nerfs , & qui devient de
jour en jour plus compare , jufqu'à la vieilleffe qui
eflla dernière époque de cette flamme fv-nlitive qui
luit à peine dans les organes les plus efientiels à la
vie. Ainfi , par la raifon des contraires , le vieillard
fe rapproche de plus en plus de l'état imparfait par
où a commencé fon ét<"e; rien n'efl en m^ême tems fi
vrai, comme le dit Maci:obe , favoir que dans les
animaux , l'ufage de l'ame s'affoiblit à melure que le
corps devient plus denfe. In animalïhus hcbzfcit iifus
nnbnx duifitatt cor/?ori.<-.Macrob. ïn fomn. Cicer. lih. I.
cap. xjv. Voilà encore pourquoi le tiffu muqueux
étant en moindre quantité & denfrte dans quelques
perfonnes maigres , elles font {\jïnjîbks , & qu'au-
contraire celles qui ont les lames de ce tlfîù bien ftr-
rées & bien battues , font ce qu'on appelle dïins ,
robufics j &c. Les lames du tiiTu cellulaire du lion ,
par exemple , font prefque tendineufes , fuivant l'ob-
lervation de M. d'Aubenîon.
Scnjîbii'uc par rapport aux qualités de Vair & à rim-
prefflonde quelques autres corps externes. L'air eftà l'é-
gard de \i\.fen/ib m te comme un médicament dont elle
diftingue & évalue les bonnes & les mauvaifes qua-
lités à l'avantage ou au préjudice du corps. F, Air.
Il femlile que les méthodiques foient partis de ce
principe dans l'attention extrême qu'ils avoicnt à mé-
hager les impreffions de VaïVi&c. à leurs maladescon-
fonnéir.cnt à la nature des maladies. Le do£f eur Ar-
buthnot a fort bien remarqué que (Jette confidéra-
tion doit néceffairement entrer dans le traitement
des fièvres aiguës : en effet on fent combien les par-
'ties feufibles occupées entre les effets de la maladie ,
& l'aôion coniinucUe de l'air , peuvent être utiie-
inent ou défavorablement émues par Fimpreifion de
ce fluide. L'air chaud ou froid , ])ar exemple , de
quelle influence n'efl-il pas fur l'opération des re-
in ed es , en évaporant, ou en concentrant l'aftivité
de l'ame fenfible ?
L'obfcrvation apprend que l'air natal cû quelque-
fois un très-grand remède ; mais il peut fe fuiLC auffi
qu'il produife des révolutions funefles , lorfqu'on
vient à le refpirer après une longue abfence. Ces ré-
concilatlons de l'air natal avec la fctijlbUité indivi-
duelle , font pour elle une épreuve pareille à celle
de la naifTance , & dont les parties ncrveufcs d'une
perfonne âgée ne s'accommodent pas aifémenî.
S Ë k
47
. C'efî uiie tradition fort ancienne & fort répandue
dans nos provinces méridionales , que i'air vif efl
au<u fùnefte aux perfonnes attaquées de la poitrine ,
que l'air gras leur eft: falutaire ; la raifon phyfique
qu'on en donne n'efl rien moins que faîisfaifante.:
car il paroît que les phihifiques font pour le moins
en aulîi grand nombre à Paris , où l'air paffc pour
être fort gras , que dans les contrées du royaume où
l'air efttrès-vif II faut croire que le moral , dans les
grandes villes où la tyrannie des pafTions eft portée à
l'excès , influe encore plus que l'air fur cette indlf-
poficion des p-drûes Je njï blés qui produit in recejfu un
vice fpécial dans les poumons.
On dit encore affez communément que les plaies
de la tête font plus dangereufes à Paris qu'à Mont-
pellier , & que les plaies des jambes, font récipro-
quement plus dangereufes dans cette dernière ville
que dans la capitale. Nous doutons fort que les per-
fonnes de l'art qui font pour l'afHrmative, àyent là-
deffus devers elles une railbn fufBfimte d'expérience.
Cette queflion qui, en 1749 , lors de la difpute d'une
chçire vacante à MontpellJer,fut donnée à traiter par
MM. les protefTeurs de cette faculté à un des conten-
dans , n'a pas même été décidée dans les thefes de
celui-ci. Quoi qu'il en foit , on pourroit concevoir
que l'aérion de la Jenjibilité produisît des effets éga-
lement mauvais & fur les plaies des organes conti-
nuellement enveloppés d'un air épais , froid & hu-
mide , qui concentre la tranfpiration de la tête , oc-
caflonne de fréquentes céphalalgies , &c. & fur des
plaies d'un autre organe expofé aux influences d'un
air vif & en quelques endroits falé , aux exhalaifons
d'un terroir kc , aride & bridant une partie de l'an-
née , qui doivent caufer un relâchement , une raré-
faction linguliere à la fubtfance des parties les plus à
portée des imprefîlons du fol, flir-tout chez îespa/-
lans ou le bas peuple qui va dans ces provinces les
jambes nues la moitié de l'année. On pourroit donc
préfumer que ces ditférentes impreliions de l'air font
autant de préparations funefres pour ces organes ,
indépendamment des raifons tirées de la différence
des climats , du régime de vivre ^ &c, qui influent
tant , comme on fait , fur le bon état de quelques
principaux centres de hfenJîbiUté , dont l'aûion in-
flue tant , à fon tour , fur les plaies.
n eft des auteurs qui prétendent que les émana-
tions que peuvent fournir les corps Aqs perfonnes
fraîches & vigoureufes , des jeunes nourrices , par
exemple , qu'on fait coucher avec d'autres perfonnes
exténuées de maladies , ou abfolument épuifées d'ex-
cès ou de vieilleffe; que ces émanations, dis-je , pro-
duifenf fur ces derniers fujets des effets admirables :
les médecins de David fe fervirent de ce moyen pour
réchaulFer la vieilleffe du prophète roi , Si Foreff us ,
auteur refpedable , ^Ipporte qu'un jeune homme
qui étoit dans le derni^degré du m.arafme , fut par-
faitement guéri par le même remède. Si ces faits font
vrais, c 'eft une nouvelle acquifition au domaine de la
Jcnfihilitè, La modi^ation que peut imprimer à l'at-
niofphere animale du vieillard ou du malade, la chaleur
exhalée du corps fain, eft perçue par l'ame fenfiîive.
Or il faut fe rappeUer que cette perception fuppofe
une augmentation , une direclion plus exprefie , flii-
vant Stahl , du ton ou des forces <sç.s nerfs, laquelle
aidée vraiflemblablement encore, dans le cas pré-
lent , de tout ce que l'imagination peut prêter aux
fens , comme cela eft obfervé à l'article lait , voyc^
Lait , occafionnera v^w changement favorable dans
l'économie animale.
Du refte , cette théorie nous paroît préférable à
celle de l'iulinuation des corpulcules déliés tenuiyimct
cxliulantia à-travers le corps du malade. En cifet, de
quelle utilité pourroient être des corpufculcs qui ne
font que les débris, rarucnta , ou les parties ulèes ds
48
s F. N
nos humcvirs , &C qui par confcqnent ne font plus
propres i\ notre liiblknce ? D'ailleurs ne voit-on pas
que lans admcrtre de ces inlinuations , la tcmpcra-
turc de l'air produit leule des etfots pareils à ceux de
certains poilons liirles animaux ! On en a une preuve
convainquante dans les i'ymptomcs obiervcs liir le
chien, que le docleur Hocrhaave expola à la chaleur
d'une railincrie de liicre , &C dans ce qui arrive aux
animaux qu'on ibumetaux expériences de la machine
du \uide.
J>ans les endroits oîi il y a des mines , des vol-
cans , &c. dans le voilinage des marais , des camps ,
des hôpitaux , des grottes , comme celle du chien ,
au rovaumc de Naples , qui exhalent des mouphc-
tes , 6-t. l'air ne peut que fair« des imprellions tu-
neilcs fur le corps , ou plutôt fur les organes de la
firiJil'iUtî. L'événement des priions de Ncwgatc ;\ Lon-
dres, elt encore tout récent. L'explication de ces
phénomènes & de tant d'autres fur leiquels il ne nous
eft pas poffible de nous étendre , va d'elle même ,
pour peu qu'on veuille luivre la chaîne de nos prin-
cipes.
Toutes les parties du corps qui vivent d'une dofe
àç. jcnfibïlïù , doivent participer en proportion du
goût ou de l'inltinct que nous reconnoifîbns dans
l'ame lenfnive , c"eÛ une vérité déjà établie ; mais
cette propriété fe manifeftera toujours mieux dans
les parties où \d. JcnJibUité le trouve lans cefTe irritée
par l'indifpofition ou la maladie de ces mêmes par-
ties. Voilà pourquoi le poumon des aflhmatiques ,
l'œil d'un ophtalmique , &c. dilcernent li bien les
bonnes ou les mauvalfcs cfualités de l'air , fur-tout
s'il efi: chargé de vapeurs acres ou humides.
La peau , cette toile nerveufe qui forme un orga-
ne général , & dont l'adion contrebalance celle des
organes intérieurs , la peau ell encore éminemment
douée de cet inftinc^ ; Harvée appuyé de quelques
expériences qu'il halarda fur lui-même , s'explique
poiitivement lut ce point. Qitln cam ctiam ipfa , dit-il ,
xcmnalum à non vcncnato facili dijhn(^uit ^ideoque conj-
tringit pj'e & dcnfatur^ iindt tumorcs ^ phUgmonodes
txcitantur ut vidcn cfl in iclibus apiim , culicis , arand ,
&c. cxirc'natïo 3/. pag. ai^, Vanhclmont avoit
déjà parlé de ce difcernement de l'ame fenfitlve ,
qu'il appelle en quelques endroits inurnam thymojim
faculiaiis fcnfiiïvœ. Voyez le chap. ix di lythiajl ^
qu'Harvée femble avoir copié en quelques endroits.
En combinant toutes ces propriétés de la peau ou
de {z finfibUiù fi étroitem.ent liée à celle des autres
organes , on voit d'un coup d'œil en quoi confifle
l'aclion des topiques , par ex. de l'opium & de
quelques poifons appliqués extérieurement ; celle
des parties volatiles de quelques purgatifs , par lef-
quclles il s'efl vu des perlbnnnes réellement purgées ,
celle fur -tout du mercure employé enfriftions que
nous croyons bien moins effimée par l'introdudion
de ce minéral dans le torrenWes humeurs , que par
fon partage à-travers le tifiii cellulaire dont il défobf-
true & élargit les cellules de l'une à l'autre , en éten-
dant fes feuillets , & par les pe^s étranglemens ou
Jiimilus qu'il caufe aux vailleaux capillaires , ou à
leurs fibrilles nerveufes , d'où naît une petite nevre
dépuratoire. f^^yc^ là-delfus une diirertationy//r l'u-
fage des eaux de Baregcs ^ & du mercure pour /ei ccroucl-
Us , &c. qui a remporté un prix à l'académie royale
de Chirurgie en 17^1, par M. de Bordeu. On verra
fur quoi lont tondes les fucces merveilleux des bains ,
iiir-tout des froids dans les fièvres araentes , que
quelques malades entraînés par le feul inftindl de la
fcnjiiilitc, le lont procuré fi avantageufement ; enfin
les bons effets de toutes les reffburces de la gymnaf-
tique qui conlilfent à renouveller, à varier agréa-
blement , ou à multiplier l'énergie de \a Jenfibnité ,
6c dont les anciens tiroient un li grand paru. Mais ,
S E N
nous le répétons , 11 ne faut jamais perdre de vue les
dilpolitions particulières oii peuvent fe trouver les
parties lénlibles en conféquencc de l'habitude , ou
de quelqu'autre circonftance , & qui font autant
d'exceptions à la règle générale. Telle efl l'oblerva-
tion deM.Spon, médecin de Lyon , rapportée dans
le journal des lavans du mois de Janvier 1684, au
fujet d'une fille qui ne pouvoit vivre que dans l'hô-
tel-dieu,& qui ne manquolt jamais d'être attaquée
de la fièvre , lorfqu'elle fe retiroit à la ville , & qu'elle
refpiroit un air plus pur. Il croît en Penlilvanie un
arbre empoifonné , que les Anglols nomment /"oZ/o;?-
tree , dont le manlment, ou la vapeur apportée par le
vent , caulé des accidens étranges à certaines per-
fonncs , 6c ne fait rien fur d autres. On voit bien lou-
vent des maladies contagieufes attaquer les perfbn-
nes qui s'oblervcnt le plus , tandis que celles qui
approchent fans ménagement des malades , n'en re-
çoivent aucune incommodité. Il efl quelquefois arri-
vé , au rapport de Kirker de pepe^Ject. II. cap. Uj.
pag. ijc) y que la pelle n'a gagné que les riches ou
les nobles , & a épargné le bas peuple ou les pauvres.
On ne finirolt pas de rapporter de pareils exemples.
S cnJîbUiié par rapport aux influences des après. Les
plus célèbres médecins , tant anciens que modernes,
le font occupés de l'influence des aflres fur le corps
humain. On fait tout ce qu'Hippocrate en a dit dans
les ouvrages , notamment dans celui de aëre, locis &
aqiiis qui n'ell pas luppofé. f^oye^ encore ce que Gai-
lien a écrit fur cette matière , liv. III. proreticor. Il
eft tout fmiple en effet , en confultant l'adion des
différentes planettes fur la nôtre , par ex. le flux &
le reflux des eaux de la mer, l'altération que reçoi-
vent certaines plantes du lever & du coucher
des aftres , &c. d'imaginer les changemens que de
pareilles caufes peuvent apporter à notre frêle ma-
chine , qu'on fait d'ailleurs être fi fenfible.
Les difïérens poids de l'atmolphere qui varient fous
les différens alpecfs des aftres, donnent la raifon de
plufieurs phénomènes extraordinaires qu'on remar-
que dans le corps humain. La lurface du corps d'ua
adulte fupporte ordinairement , fuivant des calculs
très -bien faits, un poids d'environ 3 5 mille livres.
La totalité de ce poids correlpond, à-peu-près, au
degré 28 del'afcenlion du mercure danslebaromettre;
ce rapport ainfi établi , on obferve que la variation
d'une ligne au baromettre , à compter de cette gra-
dation fixe du mercure, en efh une de cent livres &
au-delà , dans le plus ou dans le moins , pour le corps
humain. Ces variations font ordinairement plus fen-
fibles vers le tems des équinoxes & des folflices , &
par conféquent leurs effets fur l'ame fenfitive plus re-
marquables. On n'a , pour le convaincre de cette vé-
rité , qu'à jetter les yeux fur l'hifloire ancienne &
moderne des épidémies. L'écoulement des menftrues
dans les femmes , beaucoup d'autres évacuations
encore , foit périodiques , loit critiques , tout cela eft
plus ou moins foumis à l'influence des afîres fur les
corps lublunaires. Les livres lont pleins de faits fm-
guliers, dans leiquels cette caufe céleffe intervient
toujours pour quelque chofe ; c'efl ainfi qu'on pré-
tend avoir vu des perfonnes être privées de la parole
durai! le jour , & ne la recouvrer que le folr. L'ob-
f rv< tlon de Baillou au fujet de la à.-àmç deVarades.,^^
coni ue de tout le monde ; de même que celle que
rapporî( le dofteur Rlch Mead , d'un enfant qui ha-
bitoit furies bords e la Tarn lie , & qui étolt attaqué
de convulfions ,dont les paroximes étoient réglés fur
le flux & le reflux de la mer. Charles Pilon avoit
déjà vu un cas à peu-près lemblable , hijl. nat. lib. /.
pag. 24. Maurice Hoffman parle d'une jeune fille
cpileptique âgée de 14 ans, dont le ventre croiflblt
& décroiffoit conformément aux différentes phafes
de la lune. Voye^^ obfcrv. 161. mifcdl. cur.dec. II. ann.
6.
s E N
C. Ceux qiû fe plaifent au merveilleux do ce genre,
pourront conf'ulter les auteurs que nous avons cites ,
en outre la difiertarion de Frcd. HofFman ^e fyderum
influxu in corpcra hiimana , & celle de M. Sauvages ,
célèbre prcfeflcur en médecine de la faculté de Mont-
pellier, qui a pour titre : de aftrorum influxu in homi-
mm, Monfpelii iy6y. Us trouveront dans tous ces ou-
vrapes de quoi i"e (atisfaire. Voyei Ikïldence des
ASTRES.
L'ndion des corps céleftes fur l'ame fenfitive, fe
iTianifefte fur-tout dans les maladies aiguës , ainfi que
nous l'apprenons de tous les bons obicrvateurs ; ils
nous recommandent encore défaire la plus grande at-
tention aux changemens des tcms , des faifons , &c.
l'eflet de beaucoup de remèdes étant fubordonné à
ces influences qui décident ordinairement de la plus
grande ou de la moindre fcnfibilité des organes. Pra-
cipuï verb maximœ. anni , temporum muiatioms ohfcr-
yandœ funt , ut ntqul mcdicamcnmm purgans lubznicr
exhiheamus y nequi partes circà ventrein uramus autfece-
mus antï dies decem , aut etiam plures. Hippocrate,yc)M.
de aère ^ locis & aquis , pûg. zSS. §. lo. Il feroit bien
î\ defirer eue la plupart des médecins voulufTcnt mé-
diter fur ce paflage du père de la médecine ; ils ver-
roient qu'il n'eft pas indifférent de favoir placer un
inédicament dans un tems plutôt que dans un autre ,
de le fulpendre ou de le fupprimer, même tout-à-fait,
di;ns quelques circonftances ; mais cette fcience eft
le fruit de l'obfervation , & l'obfervatlon eft dure ,
rebutante. Des connoiflances purement tradition-
nelles, une routine qui formule toujours , qui court
toujours , qui n'exige qu'un peu d 'habitude ou de
mémoire , tout cela doit naturellement paroître pré-
férable , parce qu'il eft plus commode ; d'où il arri-
ve que les larges avenues de cette médecine fuffifent
à peine à la foule qui s'y jette , que toutes fortes de
gens viennent s'y confondre , tandis au contraire
qu'on diftingue à peine quelques génies choifis dans
les fentiers pénibles qui mènent aufanûuaire de l'art.
Les variations des vents tiennent de trop près à
l'aûion des aftres , pour ne pas mériter les mêmes
confidérations , quant à {afenjîbilité. Hippocrate pré-
tend que dans les changemens des vents les enfans
font tres-fu jets à l'épilepfie. Fojci lih. Vl. & lib. IL
ipidcm. Les impreflions des vents du nord & du fud
lur l'ame fenfitive , ont cela de commun avec les in-
fluences des faifons , qu'elles font fpécifiées par les
maladies que chacun de ces vents occafionne en par-
ticulier. L'inftinâ: fenïitif va même jufqu'à s'apper-
cevoir dvt changement prochain d'un vent en un au-
tre vent ; de forte qu'il y a beaucoup de malades ou
de perfonnes à incommodités , qui à cet égard pour-
roient pafl"er pour d'excellens baromètres. Lnfin,
l'ame fenlitive de certains animaux n'eft pas exemp-
te, non plus que celle des hommes , des effets de ces
variations : Virgile nous apprend que les corbeaux,
par exem.ple , en font notablement affeftés. Voye^ le
livre I. des Georgiques.
VeriLTti ubi tempejtas & cœlimobiUs hurtior
Mutavere vices & Jupiter humidus aujlri
Denfat^ erant quœ rara modb 6* qiia denÇa relaxât^
Vertuntur fpecies animorum , peciora & motus ^
Nunc alios , alios dùm nubilu venius agubat.
Tels font en général les effets de l'influx des aftres
fur l'ame fenfibie , & dont l'obfervation avolt porté
les anciens à foumettre divers organes à différentes
planètes. Leurs prétentions à cet égard étoient affû-
rément outrées : mais nous leur oppofons le même
excès dans notre indifférence fur des matières les
plus faites pour exciter notre zclc par la gloire 6c l'a-
vantage qui en reviendroient à l'art.
Senjibilité par rapport aux climats. Cette matière
eft tellement liée aux précédentes , que nous aurions
dû les confondre enfemble, lans la crainte de déro-
Tome XK
S E N" 49
ger à Tordre que nous avons fuivi des îe coîr.nicnce-
meat ; il n'eft pas douteux que les climats n'iniluerit
pour beaucoup iur hfenfibiUté. Les différentes tem-
pératures dans un même climat variant la difpofitioiî
oi- le tuui de nos parties, quelle prodigleufe diffé-
rence ne doit-il pas y avoir dans les effets de iT^fcnCi-
bilue par rapport aux individus d'un climat , Compa-
res à ceux d un autre climat ? Voyei Climat , Mé-
dzcinc. C'eft en ce {^n^ qu'on pourroit compter des
nuances à& fenjibilité , comme on en compte delà
couleur des peuples depuis le nord jufqu'à la ligne ;
en lorte qu'un habitant de ces dernières contrées,
comparé avec un lapon , donnera prefque une idée
des contraftes en fenfibillté : mais en évaluant ainfi
les tempéramens dc/£/2/i"/5///V^' par les différentes lati-
tudes, on n'en doit jamais féparer l'idée phyfique
d avec l'idée morale ; car nous croyons pouvoir nous
dilpenler ci'obferver ici, vu la publicité du livre im-
mortel as VE /prit des lois, combien lesufa^es, les
coutumes des pays , &c. méritent de confidérations
dans reitimation des facultés fenfitives. Il eft encore
plus important de ne pas perdre de vue cette aûivité
originale de l'ame fenlible , qui eu la même dans tous
les individus d'une même efpece , & qui ne fauroit
éprouver des variétés que dans fes organes ; un ob-
lervateur exad aura tôt ou tard occafion de s'en con-
vaincre. C'elî: ainfi qu'Hippocrate a obfervé que les
criles avoient lieu dans l'ile de Thafe , qui eft voifine
de la Thrace , auffi-bien que dans l'île de Cos ; deuf
îles dont les climats font tout différens ; & des obfer-
vations modernes ont enfin conftatc que les crifes
etoient à-peu-prés les mêmes dans tous les climats;
Il en eft, ait Hippocrate (car les vues fupérieures de
ce grand homme fe font portées fur tout) ; il en eft
des conftitutions des individus , comme de la nature
du fol qu'ils habitent ; les animaux , les plantes , &
quelques autres produftions de la terre, ont donc à
cet égard une entière conformité de fort entre eux ;
cela n'a pas befoin de preuves.
On peut encore juger de cette influence des cli-
mats fur les effets de ia ferifibilieé, par les affeftions
corporelles qu'on éprouve dans des pays d'une tem-
pérature différente de la natale. Il fe trouve, par
exemple, des montagnards qui ne fauroient habiter
des villes lituées dani des plaines ; dans quelques-
uns même un pareil féjour développe le germe de
beaucoup de maladies , comme les écrouelles , que
l'air de la montagne retenoit dans un état d'inertie. Il
faut ajouter que les mœurs & la qualité des alim.ens,
qui font autant de créatures des climats , peuvent
contribuer encore à ce développement. Ceci anaîy-
fé & lùivi , donnera la raifon des maladies endémi-
ques, de la différence des vertus dans les mêmes re-
mèdes , & de plufieurs autres objets de cette nature ,
fur lefquels on ne doit pas s'attendre à trouver ici un
plus long détail.
Nous nous fommes trop étendus fur cette matière ,
pour paffer fous filence un fyftème qu'on peut re-
garder comme une branche égarée de l'ame lenlitive,
qui cherche à fe rejoindre à Ion tronc, dont réelle-
ment elle ne peut pas plus être féparée , que l'effet
ne peut l'être de La caufe. Nous voulons parler du
nouveau fyftème de V irritabilité , fur lequel la répu-
tation méritée de fon auteur ( M. le baron de Kal-
ler ) , fes talens continuellement employés à des tra-
vaux utiles pour l'art, demandent que nous entrions
dans quelques dilcullions qui mettent le leileur à
portée d'aii'eoir un jugement fur ce fyftème.
Pour cet effet, nous allons voir ce que cette irri-
tabilité ^ qu'il l'eroit peut-être mieux d'appcllcr de
Ion ancien nom d'/mfizr/o/z , ainfi que nous l'aVbns
obfervé à l'article SecrÉTION ( '^oye: ce mm ) ; nous
allons voir, dis-jc, ce qu'elle a d'effenticl en loi,
pour en autorifer les réflexions qu'elle mus don-
5°
S E N
S E
ncra lieu de faire , en la coafKlérant dans le nouveau
Jyftcme.
VirricibilUé n'cft autre chofe que la mobilité ou
contranaiù dont il a été quclHon au commencement
de cet article , «Se que nous avons dit être une des
deux adioub compriles dans l'exercice de hfinjibili-
tc ; c'ert toujours l'expreluon dulcntimcnt;maisune
expreliîon violonic , attendu qu'elle cil le produit de
la yi/;//^/A/e violemment irritée par des fiimulus ; aulii
eft-eilc quelquctbis délignée lous le nom mcme de
(limiilus chez les l^hiliologilies , ou (ous celui àç fibre
motrice , &c. On ne lauroit douter qu'elle n'ait été
connue de tous les tems : les plus anciens poètes , à
commencer par Homère ( t'oyei U Vlll. Livre de
rOdyJjéc)^ parlent en plullcurs endroits de leurs ou-
vraoes, de chairs palpitantes, de membres à-demi i\ni-
més , Jeini-animis iirtus . . . . E U fi trépident fiib dcntibiis
ûma, fait dire Ovide au géant Polyphème. Foyci Us
Métarî:orphoJis. Or qui pourroit méconnoitre la con-
tracîiliti ou Virritabiliié modurne h cette palpitation,
à ce tremblotement de chairs , fous des dents qui les
déchirent ? Nous avons vu que de très-grands phi-
lofo')hes avoient même été julqu'à expliquer la caufe
de cette palpitation par un relîe deflûme lenfillve ou
de feu vital. Cicéron, d'après Clcanthes lelîoicien,
l'avance pohtlvement du cœur fraîchement arraché
de la poitrine d'un animal, f^oye^ de natiir. deor. Lib.
II. Pline dit encore à l'occafion des inieûes , nihil
inùis , nifiadmodum paiicis intcjltnum iuipacaium ; ita-
que divùljîs pracipua vivacités & pariium palpitatio ,
^uia qmecunque ejl ratio vila/ls , il/a non certis intjl
TTiembris ,fed toto in corpore. Natur. hijlor. lib. XI. il
eft à préfumer que l'ufage des facrlfices avoit appris
aux anciens tout ce qu'on peut raifonnablement fa-
voir fur cette matière. Le couteau égaré du victimai-
re en bleffant quelque organe coniidcrable , dcvoit
fouvent y produire des mouvemens extraordinaires
qui n'échappoient fans doute point à des perfonnjs fi
iniérefiées à les obierver. Les phdoiophes ôd méde-
cins de ces premiers tems avoient conçu , d'après
ces phénomènes , les grandes idées qu'ils nous ont
tranfmifcs fur le principe qui anime les corps : mais
ils ne croyoicnt pas (leur philofophic étoit en ce
point au niveau de leur ame,dont on ne ceifera d'aJ-
mirer l'élévation ) , ils ne croyoient pis qu'on dut
employer le manuel des expériences à crculer plus
avant dans les mylleres les plus profonds de la natu-
re. Les Chinois chez qui les découvertes les plus
nouvelles pour nous ont des dates fi anciennes , ob-
ftrventdans l'acupuniture des règles & des précau-
tions qui ne perm ttent pas de douter qu'ils n'ayent
acquis depuis long-tems beaucoup de lumières lur les
effets de \d, fenfibiLitl des parties ; il par jît mê:ne que
les plus grandes vues de leur pratique s'y rapportent
direclement : « A la Chine on pique au ventre dans
» les fufibcatlons de la matrice, dans les coliques,
»> dans la dyflènterie , &c. On y pique une femme
» enceinte, lorlque le foetus fe mouvant avec trop
M de violence , avant que le tems de l'accouchement
» foit venu , caufe à la mère des douleurs fi excefiî-
y> ves, qu'elle efl en danger de (a vie : en ce cas , on
» y pique même le fœtus, afin qu'étant eflVayé par
» celte ponfl^ion , il ceflé de ié remuer, &c. ». Wil-
Ulini^ tcn^ Rhine ^ M. d' trans-ifalano da ventrienfis
mantiffii fciicmatica de acupunclura. Enfin, dans le der-
nier iiecle, quelques modernes dccerminés ou par
une fimple curiolité d'érudition, ou par des vues
pliiS^articulieres , fefont exercés à appliquer divers
^iimulans h dijférentes parties du corps , & ont ap-
proprié les phénomènes de cetre irritation faftice à
des théories. Tel a été un Vanhelmont , dont les pa-
roles à ce fujct méritent d'être rapportées : ani-
madverti , dit-il , nimirum Jedulb contraciuram in uno
qiinqui proph modumdolore ; adeh ut obLato lœdcnte oc-
cafionaliyjldtiin purs lava vilutper crumpuin contracta j
corrtigataqut doUretn manifcjîet ftiutn. Voyez de H-»
thiaji , cap. ix. p. 66. Tels ont été Harvée , voyc^^à
l'articleSECRÉTios ,Swammerdam,Gll{ron, Peyer;
voyci Bohnius , Baglivi , & autres , dont il efl fait
mention dans les oblérvations du dofteur Robert
Whitt , fur V irritabilité, page 263.
Après tout ce que nous venons d'expofer , il eft
évident i"^. que V irritabilité en ce qu'elle a de réel &C
d'eilcntiel, étoit connue des anciens ; z*'. qu'il faut
dater de plus d'un fiecle les premiers travaux qui ont
concouru à la fondation de la méthode fyftématique
qu'on nous préiente aujourd'hui. Tout ledeur im-
partial en jugera lans doute de même , & il eft bien
étonnant que M.Tiflbt , d'ailleurs fi louable par l'at-
tachement qu'il témoigne pour le célèbre M. de
Haller, veuille nous perluader que cejlvéritublement
M. de Haller qui a découvert & mis dans tout fan jour
l'irritabilité , p. II. du difcours préliminaire à la tra-
dudlon des mémoires fur lirniabilité & la finfibilité.
Il paroit donc qu'on ne peut trouver à M. de Hal-
ler des droits fur V irritabilité , que dans la partie fy{-
tématlque dont, à la vérité , il a cxceifivement éten-
du & défriché en beaucoup d'endroits, le terreln déjà
minié avec économie par Glifîbn & quelques autres.
Si c'efl-là une propriété que M. Tiiîot reclame en
faveur de fon illuftre maître, nous convenons qu'on
ne fauroit la lui refufer. Les limites refpeftives ainft
réglées , parcourons cette nouvelle édition , s'il eft
permis de le dire , du territoire 1) ftématlque de l'ir-
ritabilité , que nous venons reconnoître appartenir à
M. de Haller.
M. de Haller établit d'abord fa théorie fur un ap-
pareil eifrayant de les propres expériences & de cel-
les de quelques-uns de fes dilciples. Conduit , com-
me d l'annonce lui-même, par l'envie de contribuer
à TutUile du genre humain, il n'eft point d'inflrument
de douleur , point de Ilimulus qu'il n'ait employé à
varier les tounnens d'un nombre infini d'animaux
qui ont été fournis à (es recherches , pour en arracher
des preuves en faveur de la vérité. 11 réfulte des tra-
vaux de cet homme célèbre une dlvlfion des parties
du corps en pa-:t}Qsfenj7blcs, infenfibles, irritables ,
aïrritables , 6c en parties qu'on pourroit appelles
mixtes , c'efl-à-dlre , qui font tout-à-la-fois fenfibles
& irritables. Son traducleur, M. Tlffot, a même
porté fes foins pojur la commodité du leâeur , juf-
qu'à drefTer une table dans laquelle chaque partie du
corps humain efl; rangée d'après l'une des propriétés
énoncées dont on a fait autant de clalTes ; ainfi , par
exemple , le cerveau , les nerfs , les mulcles , &c.
font dans la clafle des Jènjibles ; les membranes tant
celles qui enveloppent les vlfceres , que celles des
articulations, ta dure-mere, lesiigamens,le péiiofte,
ô-c. dans la clafle des infenfibles ; le diaphragme, l'ef-
tomac , les intelHns , &c. dans celle des irritables ;
les nerfs , l'éplderme , les artères , les veines , le tiflli
cellulaire dans les aïrritables ; enfin dans la clafle des
mixtes , on trouve un peu de tout , c'eft-à-dire , les
parties qui ont des nerfs , des fibres mufculcufes , lo
cœur , le canal alimentaire , &c. Ce petit précis doit
nous fuffire pour découvrir manifeflement les ufur-
patlons faites kirl'ame fenlitive par rirritabilité dont
M. de Haller prétend faire un être abfolumentdiftind
6i. indépendant.
Nous ne penfons pas devoir employer de nouvel-
les raifons à réfuter le paradoxe de M. Haller : après
celle que nous avons donné de rindivlflbilité de ces
deux effets de l'âme lenfible , il efl affurément tout
naturel de penfer que les agens employés à irriter
une partie, n'étant , par leur a£llon, que caufe oc-
cafionelle de fa mobilité , il faut nécefl'aircment que
cette aftion (bit perçue ou fentlc par la partie , & qui
plus efl, appropriée au lentiment de cette même par-
tie ; & quelle autre puifl^ance animale que \afenjîbi~
lité i^oinrd être le juj^e des corps fenfibles appliqués
s E N . ■
à un corps vivj<«t ? Le taft qu'ert-il , finon le fatellite
universel as l'ame fcnfitive ? Il femble que cela n'a
pas bcioin d'une plus grande démonftration. f^oye:r^
encore Vcxerc'uation 6y d'Harvce.
Quant au plus ou au moins de fenfibilité que M.
<ie Haller a reconnu dans les dilfcrens organes , c'ei'l,
avons-nous dit , une liiite nécefl'aire de leur organi-
fation qui ell comme Ipécifice dans chacun d'eux par
une quantité de tiffu cellulaire , & la manière dont
ce tiffu y eft employé , par leur confmjus avec les
oroanes voifms , par leur fituation, & une multitude
infinie d'autres circonflances qu'on peut fe repréfen-
ter. Du refte , on doit fe rappeller que tous ces or-
ganes font effentiellement formés par les nerfs ; & à
l'égard des membranes , elles font pour la plupart ou
d'une fubliance toute nerveufe , ou animée en quel-
ques endroits par des rameaux nerveux plus ou moins
clairfemés, qui s'étendent dans le tiffu même de la
membrane , ou qui rampent fur (ts vaiffcaux ; nous
en avons pour preuve l'inflammation qui y furvient
quelquefois. Les membranes du fœtus que M. de
Haller donne pour irritables far la fimple autorité de
Lups , reçoivent vraiffemblablement des nerfs du
cordon ombilical, ainfi que le foupçonne M. Vhitt.
Une erreur non moins confidérable encore , &
contre laquelle nous croyons qu'on ne fauroit être
affez prévenu , c'eft la faculté aïrritable que M. de
Haller accorde au tiffu cellulaire, enforte que ce qu'il
y a de vraiment adif dans le corps humain, eft con-
fondu avec ce qu'il y a de paffif. Nous avons affez
clairement expofé , en parlant de la formation , ce
qui eft purement phyfique d'avec ce qui eft animal
dans le corps , pour faire fentir l'inconvénient qu'il
y auroit à ne pas diftinguer ces deux chofes , lorf-
qu'on expofe les parties des animaux à l'aftion des
acides , ou de tel autre agent. Encore une fois , tout
ce qui eft fufceptible d'irritation eft dépendant du
principe vital ou fenfitif. Or on ne fauroit recon-
noître dans le tiffu cellulaire qu'une difpofition au
defféchement, & à l'adhérence qui lui eft commune
avec tous les corps muqueux , & un mouvement
emprunté de l'aftion des parties fenfibles , &c. ainfi,
placer dans une claffede propriétés le nerf au même
rang que le tiffu cellulaire , c'eft y placer l'être à côté
du néant. Toutes ces raifons s'oppolent encore d'el-
les-mêmes à ce que le figne de l'irritabilité foit dans le
gluten de nos parties , ainfi que le prétend M. de
Haller : il y a plus ; ce favant auteur femble fe con-
tredire lui-même dans cette prétention ; car toutes
nos parties étant liées par ce gluten , toutes devroient
être fufceptibles d'irritabilité, comme le remarque M.
"Whitt; cependant dans le fyftème de M. de Haller ,
la plupart font privées de cette faculté.
C'eft en vain qu'on voudroit argumenter des expé-
riences de M. de Hailer pour défendre fon fyftème.
Cet appareil impofant de faits , quelqu'exafts , quel-
que vrais qu'ils puiflént être, ne fauroit fubfifter,
pour peu qu'on faffe d'attention à la variété des dif-
pofitions dont l'ame fenfitive eft ft fort fufceptible ,
& qui doit néceffairement entraîner celle des pro-
duits dans les mêmes procédés &c les mêmes circonf-
tances appliquées aux individus d'une même efpece.
Voilà la fource de cette contradiûion qui fe trouve
entre les expériences de M. de Haller , & Iqs mêmes
expériences répétées par MM. Blanchi, Lorri , Le-
cat , Régis , Robert Whitt , Tandon , habile anato-
mifte de Montpellier, & quelques autres. Auffi ces
confidérations n'ont-elles point échappé à M. Whitt;
il en a tiré autant d'argumens viftorieux contre M.
de Haller. ^oye^ les ohfcrvatvonsfiirlaftnjibUitc& C ir-
ritabilité, 6cc. à Coccajîon du mcrnoire de M. de Haller;
& ce qu'il y a de plus heureux , lorfqu'on a des ad-
veriaires de la plus grande réputation à combattre ,
Hippocrate lui a fourni les premières & les plus for-
Tome Xr,
S E N
5î
tQ% arnies dans cet aphôrlfme ; favoir , que de deu:îc
douleurs dans diffcrens endroits du corj^s la plus forte
remj)orte fur la moindre: duobus dnloribusjimul obor-
tis , riorz in &od:m loco , vehementior obj'airat aïterum^
Aphorif. lib. IL-tP . 4&, Cette maxime eft confirmée
par Texpérience journaliei :*. Une piquure qui caufe
une douleur vive fait ceffer le hoquet , &c. on ne doit
donc pas s'étonner , dit M. Whitt 3 « qu'âpres la fe-
» (flion des parties plus fe/ijîb/cs , les animaux qu'ou-
» vrolt M. de Haller ne donn <ffent aucun û-^^ne de
» douleur , quand il bleflbit des parties qui l'étoient
» moins.
Lorfqu'on bleffera le coeur à un chien après avoir
ouvert la poitrine, l'irritation de ce vifcere fera tou-
jours moindre , par la plus grande douleur qu'aura
d'abord excitée cette ouverture. D'ailleurs, ne feroit-
il pas néceffaire , comme on la déjà dit , pour bien
conftater l'irritation du cœur , d'appliquer les Jli'nu-
lus dans l'intérieur même des ventricules ? Et en ce
cas , pourroit-on compter fur le réfulrat d'une expé-
rience qui paroit fufceptible de tant d'inconvéniens?
La théorie des centres & des trailfporîs de l'adivité
de YAxnefenflble , nous a fourni pluiieurs autres exem*
pies du rifque qu'il y a de s'en impoler à foi-même
dans les épreuves fur les animaux ; tel eft celui du
malfaiteur dont nous avons parle d'après Vanhel-
mont; l'obfervation d'Hoffman fur le retour pério-
dique des coliques néphrétique^ , &c. Blanchi a re-
marqué dans fes vivi-feclions l'abfeace &: le retour de
la fenfibihté , dans l'intervalle de quelques mo-
mens , fur une même partie , &c. La crainte dont
les animaux font fufceptibles aufti-bien que les hom-
mes , influe fmgulieremciit fur l'exercice de la fenfi-
bilité, comme nous l'avons vu. Mais juiqu'où n'iront
pas les "effets de cette pafïion fous les couteaux d'un
difleûeur ? Koye^ de contraclilitate &Jenfibii!t. thefes
aliquot. D. D. Francifco de Bordeu , MonfpelU , &c.
On doit faire encore la plus grande attention au
confenfus de la peau avec les parties internes , & à
celui de tous les organes entr'eux ; par exemple , fi
après avoir irrité les parties de la région épigaftri-
que, vous portez lejiimulus fur une extrémité , ou
fur une partie quelconque qui peut être du départe-
ment de ce centre , l-à fenJcbiUté que la première ir-
ritation aura , pour ainfi dire , toute tranfportée dans
ce foyer général, ne (auroit fe trouver en affez gran-
de adivité dans la partie que vous irritez en fécond
lieu , pour répondre aux agens que vous y em-
ployez. Autre exemple du. confenfus .; dans l'ouver-
ture d'un chien vivant , après avoir fait plufieursin-
cifions au diaphragme , on a vu le mefentere fuivre
les mouvemens des lambeaux de ce mufcle , & s'éle-
ver en forme de gerbe , en entraînant le refte des in-
teftins qui n'étoient pas fortis par l'ouverture, f^oye^
l'idée de C homme phyfique & moral , p. 1 oS. CombicA
d'obfervateurs ont vainement tenté d'irriter le me-
fentere faute de cette attention au conjenfus de la par-
tie avec le diaphragme ? &c. L'antagonifme des pé-
rioftes interne & externe entre eux 6c avec la peau,
les prolongemens , les connexions de la dure-mere
avec les tégumens de la tête &c de certains endroits
de la face , &c. ne font- ils pas d'une confulération cf-
fentiellc dans les expériences qui fe font dans la vue
de reconnoître hfen/îbilité de ces parties? Ajoutez à
ces raifons rimpreffion de l'air externe fur une par-
tie mifé entièrement à nud , fuivant la méthode que
prefcrit M. de Haller , page 1 oS de ion mémoire ,
l'altération graduelle qu'elle éprouve dans la diilec-
tion par le progrès de la folution de continuité , fl'C.
la différence qu'il doit y avoir entre la fcnfibUité des
animaux & celle de l'homme, il fe trouvera qu'il n'y
a pas moyen de pofer aucun principe fur de pareilles
expériences.
L'ulcère fait plus eritore fur une partie que les
G:j
51 s E N
blcfl\ires ou les dcchiruros racontes ; il ell certain
Que les humeurs vicice. d'une vieille plaie ou d une
Vieille tumeur , conlidérées dans les diveries elpeces
de dcpravation qu'elles peuvent avoir , altcreroiit
conhacrablement l'or^aniiation d'un tendon ou de
tel autre organe , &c des parties adjacentes comme la
oe-iu le pcriorte , &c. dont le bon état de chacun
contribue , ainli qu'il e(l bi-n aile de le pcnler, à
l'exercice de l'ame lenlitive. C'elt comme un poi-
Ibn qui détruit Iburdement le tillu organique qui
conlUtuoit dans ces parties leur aptitude à h pijiùi-
l'ii ■ cette aheratlon peut encore moins le révoquer
en doute lorlqu'.l y a eu précédemment deseicharres.
Il n'eft donc pas étonnant que le tendon ne le loit pas
trouvé lenlible dans quelques obkrvations qu'on a
communiquées A M. de Haller , ou dans celles qu'il
peut avoir lait lui-même ; 6c que MM. Zimm 6c Me-
kel aient trouvé la dure-mcre inleniiblc dans un hom-
me à qui la carie avoit ouvert le crâne.
Nous ne l'aurions luivre plus loin M. de Haller
dans le détail de fon fyftème ; M. Whitt l'a fait pour
nous dans l'ouvraçre dont nous avons parlé , & dont
nous ne pouvons ici que recommander la ledure. £n
attendant , ce petit nombre de réflexions pourra faire
connoitre combien les expériences les mieux laites
font inluffifantes pour avancer dans la connoulance
d'une matière, dont les objets délicats fe dénaturent
ou difparoiilent fous la m.ain qui cherche à les travail-
ler ; c'etr-là un caradere de réprobation attache a
toutes les tentatives humaines de ce genre ; parvenu
-après de grands efforts aux objets qui paroiilent tou-
cher le plus immédiatement la nature , l'oblervateur
le plus heureux fe trouve n'avoir que quelques pou-
ces de terrein au-deffus des autres , avantage qui ne
peut lui fervir qu'à découvrir une plus grande dil-
tance du point où il ell à celui où il fe flatoit d'être,
& qu'il doit défefpérer de pouvoir jamais atteindre.
« Combien de chofes , diioit Séneque , fe meuvent
» dans les ombres d'un fecret impénétrable , & dont
» la connoiffance nous fera éternellement dérobée ?
L. ann(zi Scneœ , natur. quitjî. lïb. Vil. Il faut donc
nous contenter de quelques rormes fugitives que la
nature , comme un Prothée qu'on ne lauroit forcer ,
veut bien de tems en tems le lailTer furprendre ; &
celui-là aura vraiment attrapé le but qui réulTiraà le
mieux faifir. Article de M. FoUQUET , docieur en mé-
decine de la faculté de Monipdinr.
SENSIBILITÉ , ( Morale. ) difpofuion tendre &
délicate de l'ame, qui la rend facile à être émue , à
être touchée.
La fenjlê'ilité d'ame , dit très-bien l'auteur des mœurs^
donne une forte de fagacité fur les chofes honnêtes ,
&: va phis loin que la pénétration de l'efprlt feul. Les
âmes lenfibles peuvent par vivacité tomber dans des
fautes que les hommes à procédés ne coir.mettroient
pas ; mais elles l'emportent de beaucoup par la quan-
tité des biens qu'elles produifent. Les âmes fenfibles
ont plus d'exiftence que les autres : les biens 6c les
maux fe multiplient à leur égard. La réflexion peut
faire l'homme de probité ; mais la fenJibUué fait
l'homme vertueux. La fcnfbllué efl la mère de l'hu-
manité , de la générofité ; elle fert le mérite , fecourt
l'elprit , 6l entraîne la perfuafion à fa fuite. (£>. J.^
SENSIBLE , adj. Foyei les amc/« SENS , SENSA-
TION , & Sensibilité.
Sensible , en Mufique , voye{^ Accord , Note
SENSIBLE, (i")
Sensible a l'éperon, (Maréchall.) fe dit d'un
cheval qui y obéit pour peu qu'il le lente.
Sensible, l'artre , ( Hi/l. nue. Botan.) arbre des
Indes orientales, dont le nom vient de ce que fon
fruit commence à fauter pour peu qu'on y touche. 11
eil.furprenant que Gautier Schouten foit le feul voya-
geur qui ait parlé d'un phénomène fi lingulicr , ce
cjui tenteroit de croire que cet arbre eft fabuleux.
S E
SENSILES , f. f. pi. {Marine.) nom que l'on donne
en France aux galères ordinaires , à la différence des
plus grolfes ap^dlces gaUres extraordinaires. {D.J.)
SÉNSiTlVE , {Botan.) plante fort connue par la
propriété qu'elle a de donner des lignes de fenfibilité,
& pour ainli dire de vie quand on la touche. On
rapporte qu'un philofophe de Malabar eft devenu fou
à examiner les lingularités de cette plante , & à en
rechercher la caulc. Je ne fâche pas que cet accident
foit arrivé à aucun de nos phyliciens de l'Europe ; ils
font fi accoutumés à ces lortcs de phénomènes , dif-
ficiles à expliquer , qu'après tout celui-ci ne fera ja-
mais pour eux qu'un feuillet de plus à ajouter à un
grand livre. Tandis que nos dames ont la curiofité
d'aller voir cette merveille végétale dans les jardins
où elle fe trouve , les botanifces qui la cultivent la
caraftérilent de la manière luivante.
Ses caractères. Ses fleurs , ramaflees en têtes , font
monopétales , faites en forme d'entonnoir , ordinai-
rement munies d'un grand nombre d'étamincs dans le
centre. Sa filique efl ou limple , à deux panneaux , &
remplie de femences oblongues ; ou compofée de
plulieurs parties unies par des nœuds tranfverfes ,
dont chacun contient une femence arrondie. Ses
feuilles ont im mouvement de fyftole & de diaflole.
Elle s'appelle en latin mimofa , frutex j':nftb}r'> herba
viva. On en compte cinq efpeces , qu'on cultive com-
munément. Les anciens les nommoient/'/a/z/^ afchy-
nomena. Décrivons ici l'efpece ordinaire.
Defcription de la fenfitive ordinaire. Elle pouffe pîii-
fieurs tiges ou rameaux , la plupart rampans & incli-
nés vers terre , chargés de feuilles longuettes , polies,
étroites à-peu-près comme celles des lentilles , ran-
gées de côté & d'autre en ordre ou par paires fur une
côte , fe rapprochant l'une de l'autre quand on les
touche , comme fi elles avoient de la fenfatlon. Il
fort des ailTeles des feuilles , des pédicules qui foii-
tiennent chacun un bouquet de fleurs fait en forme
d'entonnoir , incarnates , agréables à la vue , pouffant
de leurs fonds une touffe d'étamines , & une filique
à deux panneaux , qui renferme ordinairement des
femences oblongues & plates. Sa racine efl petite.
Cette fjjante merveilleufe méritoit un traité à part
par la fingularité de fes phénomènes. Hook en An-
gleterre les a le premier examinés avec beaucoup
d'attention ; mais fon examen au lieu d'empêcher
MM. du Fay & du Hamel d'en faire en France une
étude particulière , les y a invités. Foyei les mém. de
Vacad. des Scicnc. ann, ly^ G.
Plufieurs plantes ; telles que les acacias , les cafTes,
les caffies , ont la même difpofition de feuilles par*
paires fur une côte , comme à la fenjltive ; elles fer-
ment auffi leurs feuilles le foir , & les r'ouvrent le
matin , comme Xà fenjltive fait les liennes. Ce n'eft pas
ce mouvement périodique qui fait le merveilleux de
\?L fenjltive , il lui eft commun avec d'autres plantes ;
c'eft ce même mouvement entant qu'il n'eft point
périodique & naturel , mais accidentel en quelque
forte , parce qu'on n'a qu'à toucher la fenfuive pour
lui faire fermer fes feuilles , qu'elle r'ouvre enfuite
naturellement. C'eft-là ce qui lui eft particuUer , &
qui lui a fait donner le nom de mimofa , imitatrice ,
d'un animal qu'on auroit incommodé ou effrayé en le
touchant. Mais ce mouvement eft beaucoup plus
confidérable que nous ne difons encore ; & il a un
grand nombre de circonftances dignes d'attention*
Voici donc les principaux faits qui attachent nos re-
gards fur cette plante.
Obfervations décaillées qui la concernent, i. Il eft
difficile de toucher une feuille d'une fenfitive vigou-
reufe & bien faine, fi légèrement & fi délicatement,
qu'elle ne le fente pas &: ne fe ferme : la plus grofle
nervure étant prife pour fon milieu , c'eft fur ce mi-
lieu , comme fur une charnière , que les deux moitiés
s E N
fe meuvent en s'approcha nt l'une de l'autre, jurqu'à ce
qu'elles le l'oient ap pliquées l'une contre l'autre exac-
tement. Si l'attouch tnient a été un peu fort, la feuille
Oppofée 6c de la me me paire , en fait autant par une
eipece de fympathie.
z. Quand une feuille fc ferme , non- feulement fes
deux moitiés vont l'une vers l'autre, mais en même
tems le pédicule de la feuille va vers la côte feuillée
d'où il fort, fait avec elle un moindre angle qu'il ne
ïaifoit auparavant, 6z s'en rapproche plus ou moins. Le
mouvement total de la feuille eit donc compofé de
celui-là & du fien propre.
3. Si l'attouchement a été plus fort, toutes les
feuilles de la même côte s'en relîentent & fe ferment.
A un plus grand degré de force, la côte elle-même
s'en relient , & fe ferme à fa manière , c'eft-à-dire fe
rapproche du rameau d'où elle ibrt. Et enfin la force
de l'attouchement peut être telle , qu'aux mouve-
mens précédens s'ajoutera encore celui par lequel les
rameaux fe rapprochent de la groffe branche d'où ils
fortent , & toute la plante paroitra fe vouloir réduire
en un faifceau long & étroit , & s'y réduira jufqu'à
un certain point.
4. Le mouvement qui fait le plus grand effet , eft
une efpece de fecouffe.
5. Trois des mouvemens de la plante fe font fur
autant d'articulations fenfibles ; le premier fur l'arti-
culation du pédicule de la feuille avec la côte feuil-
lée ; le fécond fur l'articulation de cette côte avec
ion rameau ; le troifieme fur celle du rameau avec
fa groffe branche ; un quatrième mouvement, le pre-
mier de rous , celui par lequel la feuille fe plie & fe
ferme , doit fe faire auffi fur une efpece d'articulation
qui fera au milieu de la feuille, mais fans être auffi
fenfible que les autres.
6. Ces mouvemens font indépendans les uns des
autres , & fi indépendans , que quoiqu'il femble que
quand un rameau fe pUe ou fe ferm.e , à plus forte
raifon fes feuilles fe plieront & fe fermeront. Il eft
cependant poffible de toucher le rameau fi délicate-
ment , que lui feul recevra une impreffion de mouve-
ment ; mais il faut de plus que le rameau en fe pliant
n'aille pas porter fes feuilles contre quelqu'autre par-
tie de la plante , car dès qu'elles en feroient touchées
elles s'en reffentiroient.
7. Des feuilles entièrement fanées & jaunes , ou
plutôt blanches & prêtes à mourir , confervent en-
core leur fenfibiliîé , ce qui confirme qu'elle réfide
principalement dans les articulations.
8. Le vent &c la pluie font fermer la. fenjiiive , par
l'agitation qu'ils lui ca:ufent ; une pluie douce & fine
n'y fait rien.
9. Les parties de la plante qui ont reçu du mouve-
ment, &c qui fe font fermées chacune à fa manière , fe
r'ouvrent enluite d'elles-mêmes , & fe rétablilTent
dans leur premier état. Le tems néceffaire pour ce réta-
blilTement eft inégal , fulvant différentes circonftan-
ces , la vigueur de la plante , la faifon , l'heure du
jour : quelquefois 11 faut 30 minutes , quelquefois
moins de 10. L'ordre dans lequel le fait le rétabliffe-
ment , varie auffi ; quelquefois il commence par les
feuilles ou les côtes feuillées , quelquefois par les ra-
meaux , bien entendu qu'alors toute la plante a été en
mouvement.
10. Si l'on Veut fe faire une idée , quoique fort
vague & fort fuperficielle, de la caufe des mouvemens
que nous avons décrits,il paroîtra qu'ils s'exécutent fur
desefpecesde charnières très-déliées, qui communi-
quent enfemble par des petites cordes extrêmement fi-
nes, qui les tirent ôc les font jouer dès qu'elles Ibnt fuffi-
femment ébranlées ; 6c ce qui le confirme affez , c'eft
que des feuilles fanées & prêtes à mourir , font en-
core fenfibles ; elles n'ont plus de fuc nourricier , plus
de parenchime , plus de chair , mais elles ont confér-
ée leur charpente folide, c^ petit appareil, & cçtte
S E N
î^
difpofition particulière des cordagesqul fait tout le j«ù.
1 1. Ces mouvemens que nous avons appelles acci-
dentels , parce qu'ils peuvent être imprimés à la plante
par une caufe étrangère vifible, nelaiffent pas d'être
naturels auffi, comme nous l'avons dit d'abord ; ils ac-
compagnent celui par lequel elle fe ferme naturelle-
ment le foir, & fe r'ouvre le matin, mais ils font ordi-
nairement plus foibles que quand ils font accidentels.
La caufe étrangère peut être dès qu'elle le veut, & eff
prefque toujours plus forte que la caufe naturelle.
Nous allons rapporter maintenant les principales
circonffances du mouvement total naturel de hft:nji-
tive.
1 2. Il a été dit dans Yhijloire dz tacadèmh dzs Scien-
ces , année 1 y j c) ^ que dans un lieu obfcur 6l d'une
température allez uniforme , \?ijenjîtive ne laiffe pas
d'avoir le mouvement périodique de fe fermer le foir,
& de fe r'ouvrir le matin. Cela n'eff pas conforme
aux obfervations de MM. du Fay & du Hamel, Un
pot àcfenfuïve étant porté au mois d'Août dans une
cave plus obfcure , & d'une température plus égale
que le lieu des obfervations de 1739 , ^^ plante fe
ferma à la vérité , m.ais ce fut , félon toutes apparen-
ces , par le mouvement du tranfport , elle fe r'ouvric
le lendemain au bout de 14 heures à-peu-près , &
demeura près de trois jours continuellement ouverte
quoiqu'un peu moins que dans fon état naturel. Elle
fut rapportée à l'air libre , où elle fe tint encore ou-
verte pendant la première nuit qu'elle y paffa , après
quoi elle fe remit dans fa règle ordinaire , fans avoir
été aucunem.ent affoiblie par le tems de ce déréole-
ment forcé , fans avoir été pendant tout ce tems-là
que très-peu moins fenfible.
13. De cette expérience , qui n'a pas été la feule
il fuit que ce n'eft pas la clarté du jour qui ouvre la
fenjitive , ni l'obfcurité de la nuit qui la ferme : ce ne
font pas non plus le chaud & le froid alternatifs du
jour & de la nuit ; elle fe ferme pendant des nuits plus
chaudes que les jours où elle avoit été ouverte. Dans
un lieu qu'on aura fort échauffé , & où le thermomè-
tre apporté de dehors hauffe très-promptem^it &
d'un grand nombre de degrés , elle ne s'en ferme pas
plus tard qu'elle n'eût fait à l'air libre , peut-être mê-
me plutôt : d'où l'on pourroit foupçonner que c'efl
le grand & foudain changement de température d'air
qui agit fur elle ; & ce qui aideroit à le croire , c'ell
que fi on levé une cloche de verre , où elle étoit bien
expofée au foleil & bien échauffée , elle fe ferme
prefque dans le moment à un air moins chaud.
14. Cependant il faut que le chaud & le froid con-
tribuent de quelque chofc par eux - mêmes à fon
mouvement alternatif; elle eli certainement moirli
fenfible , plus pareffeufe en hiver qu'en été ; elle fe
reflént de l'hiver même dans de bonnes ferres , où
elle fait fes fondions avec moins de vivacité.
I 5. Le grand chaud, celui de midi des jours bien
ardens, lui fait prefque le même effet que le froid ;
elle fe ferme ordinairement un peu. Le bon tems pour
l'obferver eft fur les neuf heures du matin d'un jour
bien chaud, & le foleil étant un peu couvert.
16. Un rameau coupé & détaché de la plante,
continue encore à fe fermer, foit quand on le tou-
che , foit à l'approche de la nuit ; il fe r'ouvre enfui-
te. Il a quelque analogie avec ces parties d'animaux
retranchées qui fe meuvent encore. Il confervera
plus long-tems fa vie , s'il trempe dans l'eau par un
bout.
17. La nuit lorfque \^ fenjinve efl fermée, & qu'il
n'y a que fes feuilles qui le foient, fi on les touche,
les côtes feuillées & les rameaux fe ferment , fe plient
comme ils euflént fait pendant le jour, & quelquefois
avec plus de force.
1 8. Il n'importe avec quel corps on tcAiche la plan-
te, il y a dans les articulations des feuilles un petit
endroit , reconnoiffable à fa couleur blanchàtrd, q\i
H
S E N
il paroit que icfidc fa plus grande Icnfibilitc.
1 9. La l'cnfltlve pUMigcf dans l'eau , terme Tes feuil-
les & par rattoucheniem, & par le froid de l'eau. En-
fuitc elle les rouvre, & fi en cet état on les touche ,
elles fo referment, comme elles eufTeiU fait ;\ l'air;
mais non pas avec tant de vivacité. 11 en va de même
des ramcauv. Du jour au lendemain la plante fe ré-
tablit dans le même état que fi elle n'avoit pas été
tirée de fon élément naturel.
20. Si on brûle ou avec une bougie , ou avec un
miroir ardent , ou avec une pince chaude , re,\tré-
mité d'une feuille, elle fe ferme aulfitôt, & dans le
même moment fon oppofée ; après quoi toute la cô-
te téuillée , & les autres côtes , même le rameau, &
même les autres rameaux de la branche en font au-
tant , fi l'tmprelïïon de la l)rCdure a été aflez forte , &
félon qu'elle l'a été plus ou moins : cela marque une
communication , une correipondance bien fine &
bien étroite entre les parties de la plante. On pour-
roit croire que la chaleur les a toutes trappées; mais
on peut faire enibrte qu'elle ne frappe que l'extrémi-
té de la feuille brûlée : on fera pail'er l'adHon du feu
par un petit trou étroit d'ime plaque fol'de, qui en
garantira tout le relie de la plante, &: l'effet fera pref-
que entièrement le même.
21. Une goutte d'eau-forte étant mife fur une
feuille, allez adroiteivient pour ne la pas ébranler , la
j'cnfuivi ne s'en apperij-oit point , jufqu'à ce qiie l'eau-
tbrte ait commencé à ronger la feuille ; alors toutes
celles du rjmeau fe ferment. La vapeur du foufre
brillant fait dans le moment cet elfet fur un grand
nombre de feuilles , félon qu'elles y font plus ou
moins expofées. La plante ne paroît pas avoir fouf-
Icrt de cette expérience. Une bouteille d'cfprit de
vitriol très-fulphureux & très-volatil, placée fous
une branche , n'a caufé aucnn mouvement. 11 n'y en
a eu non plus aucune altération à la plante, quand
les feuilles ont été frottées d'ej'prit de vin; ni même
quand elles l'ont été d'huile d'amande douce , quoi-
que cette huile agifle fi fortement fur plufieurs plan-
tes, qu'elle les fait périr.
22. Un rameau dont on avoit coupé , mais avec
la dextérité requlfe , les trois quarts du diamètre , ne
laifTa pas de faire fur le champ l'on jeu ordinaire; il fe
plia , les feuilles fe fermèrent &: puis fe rouvrirent ,
& il conferva dans la fuite toute fa fenfibillté. Il efl
pourtant difficile de concevoir qu'une fi grande blcf-
furc ne lui ait point fait de mal.
23. Lorfqu'on coupe une groffe branche de fenji-
tivz , avec un canif tranchant & bien poli , la lame
refte teinte d'une tache rouge qui s'en va facilement
à l'eau, &: qui efl acre fur la langue. Cette liqueur
blanchit en féchant , & s'épaiflit en forme de muci-
lage. M. Hook rapporte que fi l'on arrache une bran-
che de/- /2/i"r/ve lorf que les feuilles font fermées, il
ne lort point de liqueur par la partie arrachée ; mais
que fi on l'arrache adroitement fans faire fermer les
feuilles , il en fort une goutte. MM. du Fay &: du Ha-
mel ont fait cette ex[)ericnce avec foin ; mais il leur
a paru que la goutte de liqueur fôrtoit toujours, foit
que les feuilles fufTcnt ouvertes ou fermées lorfque
Ion coupe ou que l'on arrache la branche; cepen-
dant ce qui efl: arrivé dans le cas rapporté par M.
Hook, dépend peut-être de quelque autre circonflan-
ce, comme de la grolTeur de la branche, ou du plus
ou moins de vigueur de la plante ; d'ailleurs cette ex-
périence n'efl pas facile à exécuter , parce qu'il faut
uler de beaucoup de précautions, pour couper ou
arracher une branche fans faire fermer les tl-uilles.
24. La vapeur de l'eau bouillante dirigée fous les
bouts des feuilles , fait le même effet que fi on les
brûloit , ou fi on les coupoit ; mais fon effet s'étend
lur toutes les feuilles voifines, & elles font ensour-
Oies pendant plufieurs heures , & même ne fe rou-
vrent pas entièrement du relie de la journée.
S E N
25. La tranfpiration de la plante empêchée ou dl-'
minuée par une cloche de verre, dont elle fera cou-
verte , ne nuit point à fon mouvement périodique.
26. 11 eft troublé, déréglé par le vuide de la ma-
chine pneumatique, mais non pas anéanti; a plante
tombe en langueur, comme toute autre y îomberoit.
Explications itnaginces de Jes phénomènes. Tels font
les faits réfûltans des obfervations faites en France
fur la finjiavc : on a tenté de les expliquer fans les
connoître , & cela n'efl ni rare ni nouveau.
M. Parent dit que ce font des mouvemens convul-
fifs; il imagine qu'il y a dans cette plante un fluide
très-fubtll comme des efprits , que l'impreiîion reçue
de dehors agite plus qu'à l'ordinaire, & détermine à
couler plus abondamment dans certains canaux. Mais
cette idée n'approfondit rien, & n'efl qu'un jeu
d'efprit.
Miller a recours à la flruclure des fibres , des nerfs,
des valvules &c «les pores de la plante. Son explica-
tion plaît, parce qu'elle paroît méchamque; cepen-
dant dans rexpolltion , elle efl fi confufe &. û chargée
d'autres fuppofitions , que je n'ai pas le courage de
les dérailler. D'ailleurs il efl certain que toutes les
explications ne peuvent être qu'imparfaites & fauf-
fcs , fi elles ne font auparavant appuyées fur la con-
noiflance des faits & des expériences multipliées.
MM. Hook, du Fay & du Hamel, ont montré l'e-
xemple; ils fe font attachés à l'obfervation des phéno-
mènes de lafenjîcive; mais il y en a peut-être d'autres
aufli importantes qui leur ont échappé , &: qui nous
font encore inconnus. Enfin quand on les connoîtra
tous , les expiiquera-t-on ?
De lu culture de cette plante. En attendant l'évé-
nement, cette plante par fa fmgularité mérite , plus
qu'aucune autre, d'être cultivée dans les jardins des
curieux ; & voici la méthode de s'y prendre , avec des
remarques particulières fiir la plupart de fes efpeces.
Les fenjîtives fe multiplient toutes de graines, qui
doivent être femées fur couche de bonne heure au
printems ; & quand elles ont pouffé, être tranfpjan-
tées dans de petits pots remplis de bonne terre légè-
re. On plongera ces pots dans un lit chaud préparé,
& l'on aura foin d'arrofer &: d'abricr les plantes , juf-
qu'à ce qu'elles aient pris racine. Alors on les arro-
fera plus ibuveut , & l'on leur donnera de l'air à pro-
portion de la chaleur de la faifon. On obfervera tou-
jours de leur conferver une bonne chaleur, & de
couvrir les verres tous les foirs avec des nattes , ce
qui contribuera fort à l'accroiffemcnt de ces plantes.
De cette manière dans l'efpace d'un mois , leurs
racines rempliront les pots ; c'efl pourquoi il faudra
les tranfplanter dans de plus grands , en faifànt fortir
les plantes par fecouffes des petits pots oii elles
ètoient, avec la terre qui fe trouvera attachée à leurs
racines. On continuera de les tenir dans un lit chaud,
de les arrolér , & de leur donner de l'air à propor-
tion que la faifon deviendra plus chaude ; mais il ne
faut pas les expofer trop long-tems à l'air , parce qu'il
détruiroit leur qualité fenfitive.
La première des efpeces dont nous avons parlé,
étant ainfifoignéc, croîtra dans le terme d'une faifon,
à 8 ou 9 pies de haut, & produira abondance de
fleurs ; mais fa graine vient rarement en maturité ,
excepté que l'automne ne foit chaude ; 6c comme
cette efpece efl plus délicate que lesaiures, on a de
la peine à la conferver pendant l'hiver.
La féconde efpece , mimofa humilis , fpinofa , fra-
tefccns ., efl beaucoup plus petite, s'élevant rarement
au-deffus de deux pies de haut; mais elle efl épineu-
fe, & pouffe plufieurs rameaux Elle fid^fifle 2 ou 5-
ans , fi on la tient dans une bonne ferre , & produit
coutumierement des graines chaque année : c'efl la
plus commune dans les jardins de France & d'Angle-
terre , la plus facile à conferver, & la plus abondante
en graines.
s E
S Ë N
îî
Là troîiîcmè efpece , mimofu fp'ims horridinfculai,
n des feuilles larges &.eft armée d'épines pointues;
elle s'élève à la hauteur de 5 ou 6 pies , pouiTe des
tiges trcs-délices. Elle graine rarement dans nos pays.
La quatrième eipece , mimojli lucifoliu , paroît C( l'e
dfe toutes la plus ienfible. Elle reflemble à la troilie-
me, excepte qu^'elle eu plus droite, qu'elle a moins
d'épines &: qu'elle produit des fleurs d'une couleur
différehte. On apporte louvent de fa graine en An-
gleterre de l'île àas Barbades , d'où l'on juge que c'eft
l'efpece la plus commune de tout ce pays-là.
La cinquième eipece, mimofafpuria ^ italica dicta ;
n'efl: cultivée dans les jardins que pour l'amour de la
variété , car elle eft moins eiiimée que les autres ,
parce qu'elle n'a aucun mouvement de contraftion
quand on la touche.
On croyoit autrefois que ces plantes étoient an-
nuelles , parce qu'elles périffoient à l'approche de
l'hiver ; mais depuis l'invention des lits de tan &
(les ferres , la plupart de ces eijoeces fe confervent
fort bien deux ou trois ans , & produifent des femen-
ces.
La ferre dans laquelle on mettra ces plantes en hi-
ver , doit être graduée à la chaleur des ananas ; on les
arrofera fréquemment, mais en petite quantité d'une
eau un peu tiède. On aura encore foin d'émonder tou-
tes les feuilles flétries , qui ne feroient que fervir de
nid aux infeftes, & porter préjudice.
Si l'on manque de ferres pour conferver ces plan-
tes pendant l'hiver, il faut en élever chaque année
de graine, «Se les tenir dans un lit chaud, où elles fub-
fifteront jufqu'au froid de l'automne ; ainfi que divers
particuliers le pratiquent.
Des fenlitives étranoeres. Ce font là les fenjîtives
les plus communes qu'on cultive en Europe, il y en
a beaucoup d'autres efpeccs dans les Indes orientales
& en Amérique , que nous ne connoiiTons point. Les
voyageurs difjnt qu'à Toqué près de Panama , on en
trouve des champs couverts.
Chrifl;oph!e de la Cofte (^Chnjiophorus à Cofla) ,
décrit dans ion Traité des drogues d' Amérique , une ef-
pece de /tv/yf/ive rampante, qui s'appuie fur les ar-
brifl^eaux &: fur les murailles voiflnes; fa tige efl me-
nue, prefque ronde, d'une belle couleur verte, par-
femée par intervalles de petites épines piquantes;
fes feuilles d'en-haut refl^emblent à cellcsde la fougère
femelle, & ont l'odeur & le goût de la réglifle ; la ra-
cine eft longue. Cette fenjînve croît dans les jardins ,
aux lieux humides &C pierreux.
On parle d'une autre efpece de fenjicive des Indes
orientales beaucoup plus curieufe , & que les Mala-
barcs appellent todda-vaddi. Elle eft auffi fenfible au
toucher que les mimofes qui le font le plus; mais au-
lieu que toutes les autres ferment leurs feuilles en-
defllis, c'eft-à-dire en élevant les deux moitiés de
chaque feuille pour les appliquer l'une contre l'au-
tre , celle-ci les ferme en-deflx)us. Si lorfqu'elles
font dans leur pofition orbiculaire, on les relevé un
peu avec les doigts pour les regarder de ce côté-là,
elles fe ferment aulîi-tôt malgré qu'on en ait, & ca-
chent ce qu'on vou'oitvoir. Elles en font autant au
coucher du foleil; & il femble que la plante fe {Sré-
pare à dormir : aufll efl:-elle appellée tantôt: do rmeufe,
tantôt cha/IeMnis outre ces noms qui lui conviennent
affez, on lui a donné quantité de vertus imaginaires;
& il n'ctoit guère polîible que des peuples ignorans
s'en difpenfafl'ent.
Les vertus médicinales de la (enûtive/ont imaginaires.
Quelques-uns mômede nos médecins,par l'admiration
qu'ils portoicnt à notre yè/zy?£iv<.', lui ont attribué les
qualités de calmer la toux , d'éclaircir la voix , de mi-
tigcrlcs douleurs des reins ; que ne lui donnoient-ils
plutôt la vertu de confolidcr les plaies , d'arrêter les
îiémorrhagies, de j^uérir les couvuliions ? Chimères
pouf cnînières , ces dernières étoient plus attrayan-
tes, & plus analogues aux phénomènes de lamimofe»
( Le chevalier DE Jaucourt. )
SENSORIUM, f. m, le flége du fens communi
C'efl: cet endroit ou cette partie oii l'on fuppofe que
l'ame fenfible rende le plus immédiatement, f^oje:^
Ame & Sens.
On fuppofe que le fiége du fens commun doit être
cette partie du cerveau où ics nerfs de tous les or-
ganes du fentiment viennent aboutir. On tombé
d'accord généralement que c'e/l vers le commence-
ment de la moelle alongée. Defcartes prétend que ce
flége efl: dans le conarion ou glande phiéale. Foye^
CONARION.
M, Newton repréfente le fenforitim des animaux:
comme une place à laquelle viennent fe rendre les
efpeces fenfibles des chofes, apportées par les nerfs
& le cerveau , afin que l'ame les puifîe appercevoir
par leur préfcnce immédiate. Les organes du fenti-
ment ne font pas capables de faire appercevoir à
l'ame les efpeces des chofes dans fon fcnforium }
ils ne peuvent fervir qu'à les y apporter. Foye:^ Sens
& Organe.
Ce grand homme regarde l'univers comme lefen-^
forium de la divinité. Foye^ DiEtj, Univers,
Nature, &c.
SENSOULTE , f m. {Hiji. nat.) oifcau du îvléxi-
que & de la nouvelle Eljjagne. Il eft à-peu-près de
la grofleur d'une grive. Son plumage efl: fort écla-
tant; il eft d'un gris-cendré très -luifant ; orné de
taches blanches , fort régulières fitr les ailes & fur
la queue ; fon chant eft très-agréable , comme l'an-
nonce fon norrï indien qui fignifie cinq cens voix.
SENSUALITÉ, f. f. (Morale.) La plupart des ob-^
jets qui flattent fl fort nos fens, nous enchantent
moins par eux-mêmes, que par la bizarrerie des cou-
leurs que leur prête l'imagination ; mais le dégoût
eft fi près de la jouiflîînce! c'eft une fleur dont lé
parfum s'évapore , & dont l'éclat s'éteint fous la
main qui la cueille. (Z>. /. )
SENTENCE, (Art orat. ) le mot de fententia.
chez les anciens latins, fignifioit tout ce que l'on a
dans l'ame, tout ce que l'on penfe : outre qu'il eft
pris le plus fouvent en ce fens dans les orateurs ,
nous voyons encore des reftes de cette première
fignifîcation dans l'ufage ordinaire ; car fi nous affir-
mons quelque chofe avec ferment , ou fi nous féli-
citons quelqu'un d'un heureux fuccès, nous em-
ployons ce terme en latin ex animl fententia ., pour
marquer que nous parlons fincèrement & félon no-
tre penfée. Cependant le mot de fenfa étoit auflt
employé affez communément dans le même fens.
Pour celui àe fenfus, je croi qu'il étoit uniquement
aiTefté au corps ; mais l'ufage a changé. Les concep-
tions de l'efprit font préfentement appellées fenfus ;
& nous avons donne le nom àefententiœ à ces pen-
fées ingénieuf(?s & brillantes que l'on afFefte par-
ticulièrement de placer à la fin d'une période par un
goût particulier à notre flecle. Autrefois on en étoit
moins curieux; aujourd'hui on s'y livre avec excès
& fans bornes. C'eft pourquoi je croi devoir en dif-
tinguer les différentes efpeces, & dire quelque chofe
de l'ufage qu'on en peut faire.
Lespenfecs brillantes ou folides les plus connues
de l'antiquité, font celles que les Grecs ôc les Latins
appellent proprement des fentcnces. Encore que le
mot de fententia foit un nom générique , il convient
néanmoins plus particulièrement à celles-ci ; parce
qu'elles font regardées comme autant de confieils,
ou pour mieux dire, comme autant d'arrêts en fait
de moeurs. Je définis donc une fcntcnce ^ une pen-
fée morale qui eft univerfellement vraie & loua-
ble , même hors du fiijet auquel on l'applique.
Tantôt elle fe rapporte feulement à une chjle , coni-
56
S E N
nie celle -ci: « Rien ne gagne tant les cœurs qxie
» la bonté •». Et tantôt à une pcrlbnnc, comme cette
autre de Domitius Afl-r : <• Un prince qui veut tout
» connoître, cil clans la UL-cefiitc tic pardonner bien
M des choies ».
Quelques-uns ont dit que h fcntcncc ctoit une
partie de rcnthymème; d'autres que c'étoit le com-
mencement ou le couronnement 6c la fin de l'cpi-
chcrcmc, ce qui eft vrai quelquefois, mais non pas
toujours. Sans m'arrêter à ces minuties, je difiingue
trois Ibrtes di: fcnicnces ; les unes liniples , comme
celle que j'ai rapporte la première; les autres qui
contiennent la railbn de ce qu'elles dilent, comme
celle-ci, « Dans toutes les querelles, le plus fort,
» encore qu'il loit l'olFenré , paroît toujours l'offen-
V leur, par cette raifon même qu'il eft le plus fort ».
Les autres doubles ou compofces, comme : » la com-
»» plaifance nous fait des amis , 6i. la franchife des
» ennemis.
Il y a des auteurs qui en comptent jufqu'à dix
lortcs , fur ce principe qu'on peut les énoncer par
interrogation, par comparailon , par admiration,
par limilitude,6'c. Mais en fuivant ce principe, il en
faudroit admettre un nombre encore plus confidéra-
ble , puifque toutes les hgures peuvent fervir à les
exprimer. Un genre des plus remarquables, eft celui
qui naît de la diverfité de deux chofes,par exemple :
» la mort n'cft point un mal, mais les approches de
» la mort font facheufes ». Quelquefois on énonce
xmc fcnuncc d'une manière fimplc & direfte , comme :
« l'avare manque autant de ce qu'il a que de ce qu'il
» n'a pas »; 6c quelquefois par une figure, ce qui
lui donne encore plus de force. Par exemple , quand
je dis : » Eft-ce donc un ii grand mal que de mourir?
On fent bien que cette penfée eft plus forte , que fi
je difois tout fnnplenicnt: «< la mort n'eft point un
» mal.
Il en eft de même quand une penfée vague & gé-
nérale devient propre & particulière par l'applica-
tion que l'on en fait. Ainfi , au lieu de dire en géné-
ral : « Il eft plus aifé de perdre un homme que de le
» fauver». Médée s'exprime plus vivement dans
Ovide, en difant :
Moi qui Caipufaiivcr^je ne le pourrai perdre ?
Cicéron applique ces fortes de penfées A la per-
fonne , par un tour encore plus régulier, quand il
dit : « Pouvoir fauver des malheureux , comme vous
» le pouvez, c'cft ce qu'il y a , Céfar, & de plus
» grand dans le haut degré d'élévation où vous êtes,
» & de meilleur parmi les excellentes qualités que
V nous admirons en vous » ; car il attribue à la per-
fonne de Céfar ce qui lemble appartenir aux chofes.
Quant à l'ufagc de ces efpeces dcjcnterzccs , ce qu'il
y faut obferver , c'eft qu'elles ne foient ni trop fré-
quentes, ni vifiblement faufles , comme il arrive
quand on s'imagine pouvoir les cn^Dloyer indiffé-
remment par-tout; ou quand on regarde comme in-
dubitable tout ce qui paroît favorifer notre caufe.
C'eft enfin , de prendre garde fi elles ont bonne grâce
<lans notre bouche ; car il ne convient pas à tout le
monde de parler p3.r fentenccs. Il faut que l'impor-
tance des chofcs foit foutenuc de l'autorité de la
perfor.ne. Toutes ces judicieufes réflexions font de
Quintilien.
Cicéron dans fon dialogue des orateurs, a aufîî donné
plufieurs règles fur les J'cntences. Il feroit trop long
de les répéter ; outre qu'en général, il eft établi aue
les plus coxxvXqs fcntences plaifent le plus ; cependant
celle-ci , quoique longue , a puru à des critiques diqnc
d'être propofee pour exemple : Lucain s'arrête dans
la rapidité de fa narration fiir l'erreur des Gaulois qui
croyoicnt que les âmes ne lortoient d'un corps , que
pour rentrer dans un autre^ ëc dit, félon la traduc-
tion d« M. de Brebcuf :
S E N
Offieieux mcnfonge , agréaHc ii?:po[îUre !
La frayeur de la mort , des frayeurs la plus dure^
N'a jamais fait pâlir ces feres nations
Qui trouvent leur repos dans leurs iUufîons ;
De- là naît dans leur cœur cette bouillante envie ^
D' affronter une mort qui donne une autre vie.
De braver les périls , de chercher les combats ^
Où Confc voit renaître au milieu des trépas.
Sentence, ÇPotfie épiq?) Voici quelques règles
à obferver fur les fentences dans l'épopée. Il faut les
placer dans la bouche des aûcurs pour faire plus
d'impreliion. Elles doivent être clair-femées , &i telles
qu'elles paroiflent naître indifpcnfablemcnt de la
lituation. Il faut qu'elles foient courtes , générales &C
intércfl'antes pour les mœurs. Elles doivent être
courtes , fans quoi elles dégénèrent en traité de
morale , & font languilTantes. Elles doivent être gé-î-
nérales, parce que fans cela, elles ne font pas inf-
trudives , & n'ont de vérité & d'application que
dans des cas particuliers. Elles doivent intérelTer les
mœurs ; ce qui exclud toutes les règles , toutes les
maximes qui concernent les fciences & les arts. En-
fin, il faut que lafentence convienne dans la bouche
de celui qui la débite, & foit conforme à fon carac-
tère. L'Ariofte a fur-tout péché dans ies fentences mo-
rales , qu'il fait débiter à-tort & à travers par foa
héros, (d. J.)
Sentence, ÇLittérat.^ les Grecs avoient grand
foin de faire apprendre à leurs enfans les fentences
des poètes , & cette coutume étoit fort ancienne
dans la Grèce. Céfar afTure que la même chofe fç
pratiquoit dans les Gaules. Les jeunes gens tiroicnt
de cette forte d'étude, trois avantages confidérables,
elle exerçoitia mémoire , ornoit l'efprit , & formoit
le cœur ; ce dernier avantage étoit celui qu'on avoit
principalement en vue ; on vouloit infpirer de bonne
heure à la jeunefTe , la haine du vice , & l'amour de
la vertu ; rien n'étoit plus propre à produire cet ef-
fet , que les fentences répandues dans les ouvrages
des poètes Grecs. C'eft une vérité dont on convlcrir
dra , pour peu que l'on connoiffe les écrits de So-
phocle , d'Euripide, de Ménandre , d'Ariftophane ,
de Pindare , d'Héfiode , & d'Homère. Je ne crains
point de dire que dans les fentences dont ces beaux
génies ont embelli leurs poëmes , les fouverains ôc
les fujets, les percs & les enfans , les maîtres & les
ferviteurs, les riches & les pauvres, & généralement
tous les états de la vie , peuvent trouver de quoi
s'inllruirc de leurs devoirs.
Quelques poètes avoient fait aufîi des ouvrages
purement gnomiques, c'ell-à-dire, entièrement tiiTuSi
de fentences. Tels étoient le poème moral desThéog-
nis,lesinftru£l:ionsdePhocylide, les vers d'or qu'on
attribue communément à Pithagore , &c. ■
On fait que les anciens rhéteurs entendolent par
fentence , une maxime qui renferme quelque vérité
morale , & qu'ils en diftinguoient de plufieurs fortes.
Aphtone remarque qu'il y a desfentences qui exhor-
tent , d'autres qui détournent , & d'autres qui ne
font fimplcment qu'expofer une vérité ; il y en a ,
continue-t-il, de fimples, de compofées, de vraifTem-
b'tables , de vraies, d'hyperboliques; en voici quel-
ques exemples uniquement tirés des poètes , car il ne
s'agit pas ici des rhéteurs.
Sentence qui exhorte. « Il eft bon d'engager un hôte
» à demeurer avec nous, par la bonne réception,
» & lui laifl'er pourtant fa liberté fur fon départ. »
OdiJ. O.
Sentence qui détourne. » Il ne faut pas qu'un homme
» d'état pafle les nuits entières à dormir.» Iliad. B.
Sentence & expojition d'une vérité. « Il faut des fonds
» pour la guerre , fans quoi tous les projets , les me-
>* fures ,
s E
» fures , & les précautions , deviennent inutiles. »
Olynt. 3.
Sentence Jimple. « Le meilleur de tous les préfages
,«> c'elVde combattre pour la patrie ». l'iad. a.
Sentence compofce. <» Le pouvoir fouverain ne peut
» être partagé : qu'il n'y ait qu'un maître & qu'un
» roi ». Ilutd. B.
Sentence vralfjemblahle. « On efi tel que ceux qu'on
» fréquente ». Euripide.
Sentence vraie. « Nul homme ne peut être parfai-
» tement heureux dans cette vie ». Hcfiode.
Sentence hyperbolique. « La terre ne produit rien
» de plus foible que l'homme ». Odyjf. H.
Cette diviiion qu'on a fait des jentcncts , n'efl
point exaôe ; înais on a eu raifon de faire lire les pac-
tes de mérite à la jeunefTe. Nous avons foin , dit So-
lonà Anacharfis , d'éveiller d'abord l'efprltdes jeu-
nes gens , par l'étude de la géométrie , après leur
avoir appris à lire & à écrire, &: nous l'adoucidons
par la mufique ; enfuite nous les portons à l'amour
de la vertu par la ledhire des poètes , où voyant les
paroles "il les actions des grands perlbniiages, le dc-
fir de leur reffembler échauffe leur ame:car la poé-
fie a des charmes particuhers qui attachent l'efprit,
& qui impriment les belles chofcs dans la mémoire
& dans le cœur. ( Z>. /. )
Sentence, (7'«ny/7/-K.Î.) eft le jugement que rend
un juge non-fouverain , fur une caufe, infcance, ou
procès.
Le juge prononce layê/z^e/zire , le greffier la rédige
par écrit , & en délivre des expéditions aux parties.
Une femence d'audience n'a que deux parties ,
favoir les qualités 6c le dlfpofi'àf ; celle de rapport a
de plus le vu de pièces qui elt entre les qualités & le
difpofitif. ^^jc{ Dispositif & Qualité.
L'appel d'une fentence en fufpend l'exécution , à
moins qu'elle ne loit exécutoire par provifion, au-
quel cas le juge fupérieurpeur , s'il y a lieu , accor-
der des défenfes d'exécuter \dL fentence. f^oye:;^ Appel ,
DÉFENSE, Exécution PROVISOIRE.
Sentence arbiirùle , eft celle qui efl rendue par un
ou plufieurs arbitres. Voyc'^ Arbitre.
Sentence d'audience , eil celle que le juge rend fur
une caufe , & qu'il prononce à l'audience.
Sentence contradlàoire^ eft celle qui efl rendue fur
la plaidoirie refpedive des parties , ou de leurs dé-
fenfeurs.
Sentence par défaut , efl celle qui eft donnée contre
une partie qui ne comparoit point, ou qui refufe de
défendre , ou qui ne fe préfente pas pour plaider.
Sentence définitive , ell celle qui décide le fond des
conteftations.
Sentence fur délibéré , efl celle qui eft rendue fur
une affaire d'audience , après que le juge en a dé-
libéré.
Sintence par forclufion , Voye^ FORCLUSION.
Sentence interlocutoire , eft celle qui avant faire
droit lur le fond , ordonne quelque chofe de préa-
lable.
Sentence au premier ou au fécond chef de Pédit , eft
celle qui eft rendue dans xm préfidial, & qui juge
une caule dont l'objet n'excède pas le premier ouïe
fécond chef de l'édit des préfidiaux. Voye^^ Prési-
DIAL , EdIT des PRÉSIDIAUX.
Sentence préparatoire , eft celle qui ordonne quel-
ques inftrudions , avant d'en venir au fond , comme
de fatisfaire à des exceptions , de fournir des défen-
fes , &c.
Sentence préjidiale^ eft celle qui eft rendue par un
préfidial , & fmgulierement celle qui y eft rendue
au fécond chef de l'édit des préfidiaux ; on l'appelle
ainfi pour la diftinguer de celle qui eft rendue au
premier chef, où le préfidial prononce par jugement
dernier.
Tome XF.,
S E
57
Sentence provifoite , eft celle qui ordonne quelque
chofe qui doit s'exécuter par provifion.
Sentence de rapport^ eft celle qui eft rendue fur une
inftrudionpar écrit , & fur le rapport qu'un des ju-
ges en fait en préfence des autres. Voye^ Appoiis-
tement. Procès , Rapporteur, (y^)
SENTENE , f. f ( Commerce de fils.) c'eft l'endroit
par où l'on commence à dévider un écheveau ; ce
qui fait la fentene , font les deux bouts de fil liés en-
femll'j & tortillés fur l'écheveau. {D. /.)
SENTENTIEUX , adj. ( Gram. ) qui eft plein de
fentenccs. Il fe dit des perfonnes & des chofes ; c'cil
un homme Jèntentieux ; le trait e.ù. fententieux j le ton
fententieux eft la cognée de la converfation.
SENTEUR , f. f. ( Gram. ) fynonyme à odeur \
mais odeur fe peut prendre en bonne & en mauvaif e
part, au lieu qu'il me femble queyè/z^ewr fe prend tou-
jours en bonne ; quand on dit des fenieurs , on fous-
entend bonnes ; de même lorfqu'on dit des eaux de
fenteur.
SENTICE , ( Geog. anc. ) contrée de la Macédoi-
ne :Tite-Live , qui en parle , /. IF. c. ult. donne à
la ville d'Héraclée , qui y étoit fituée, le furnomde
Sentice. Céfar, civ. l. lll. & Pline,/. IF. c. x. k.cK\.-
vent Siniica : les habitans de cette contrée font les
Sinti , :> hjoi , de Thucydide , l. II. p. iG^. ( D. J. )
SENTIERS , f m. pi. (^Jardin. ) Ce font , dans les
parterres, de petits chemins parallèles , quiendivi-
f ént les compartimens , & qui ont ordinairemcat la
largeur de la moitié des platebandes.
On appelle aiiiii fentiers , des petits chemins droits
ou obliques, qui féparent des héritages à la cam-
pagne. { D. J. )
SENTlI , ( Géog. anc. ) peuple de la Gaule nar-
bonnoife ; Ptolomée , /. //. c. x. leur donne la ville
de Dinia, qu'il marque dans les terres. Ce font les
habitans du diocèle de Die. (Z>. /.)
SENTIMENT, AVIS, OPINION, {Synonym.)
il y a un fens général, qui rend ces mots fynonymes ,
lorfqu'il eft queftion de confeiller ou de juger ; mais
le premier a plus de rapport à la délibération , on dit
(on fentiment ; le fécond en a davantage à la décifion ,
on donne fon avis ; le troifieme en a un particuUer à
la formalité de judicature , çn va aux opinions.
Le fentiment emporte toujours dans fon idée celle
de fincérité,c'eft-à-dire une conformité avec ce qu'on
croit intérieurement. \Javis ne fuppofe pas rigou-
reufement cette fmcérité, il n'eft précifément qu'un
témoignage en faveur d'un parti. L'o;>/;2io/z renferme
l'idée d'un fuffrage donné en concours de pluralité
de voix.
Il peut y avoir des occafions où un juge folt obli-
gé de donner fon avis contre fon fentiment , & de
fe conformer aux opinions de fa compagnie. Girard,
{p. J.)
Sentiment intime, ( Métaphyjîq. ) Le fentiment
intime que chacun de nous a de fa propre exiftence ,
& de ce qu'il éprouve en lui-même , c'eft la premiè-
re fburce & le premier principe de toute vérité dont
nous foyons fufceptibles. Il n'en eft point de plus im-
médiat , pour nous convaincre que l'objet de notre
penfée exifte aufîi réellement que notre pcnfee mê-
me , puifque cet objet & notre penfée , & \e fenti-
ment intime que nous en avons , ne font réellement
que nous mêmes qui penfons , qui exiftons , Ik. qui en
avons \e fentiment. Tout ce qu'on voudroit dire , afin
de prouver ce point ou de l'éclaircir davantage, ne
feroit que l'oblcurcir : de même que fi l'on vouloit
trouver quelque chofe de plus clair que la lumière ,
& aller au-delà , on ne trouveroit plus que ténèbres.
Il faut néceflairement demeurer ;\ cette première
règle ciui fe difcernepar elle-même dans le plus grand
jour , & qui pour cette raifon s'appelle évidence au
lùprèmc degré. Les fceptiques aurolentbcau objec-
H
58 SET
ter qu'ils doutent s'ils exiftcnt : ce fcroit perdre le
tems que de s'annilcr à leur taire Icnllr leur folie ,
& de liur dire que s'ils dovUeni de tout , il eft donc
▼rai qu'ils exillent, puilqu'on ne peut douter l'ans
exlftcr. Il fera toujours en leur pouvoir de le retran-
cher dans un verbiage ridicule , & où il icroit égale-
ment ridicule d'entreprendre de les torcer.
Quoiqu'on ne donne pas de nos jours dans un
.pyrrhonilme li unlvcrlel , &: de L\ li extravagant ,
puiiqu il va julqu'à éteindre toutes les lumières de la
railbn , &: à nier l'exiilcnce Aujcnti ment intime qui
nous ocnetre , on peut dire néanmoins qu'on ne s'ctl:
jamais plus approché de leur opyiion. Certains phi-
loi'ophes de notre tems n'ont excepté du doute uni-
verlel , dans lequel ils ont fait périr toutes leurs con-
noUfances , que cette première règle ou fource de
vérité qui le tire de notre Jcntiment intime ; ils n'ont
pas daigné reconnoitre ni admettre d'autres genres
de vérité & d'évidence. Ainfi quand on leur deman-
de s'il ell évidemment certain qu'il y ait des corps ,
& que nous en recevions les Imprellions , ils répon-
dent nettement que non,&: que nous n'avons lù-dei-
fus aucune certitude évidente, puifque nous n'avons
point CCS connoiilanccs par \ejcntimcnt intime de no-
tre propre expérience , ni par aucune coniéquence
nécellaire qui en foit tirée. C'eft ce qu'un philofophe
ans>lols n'a point fait difficulté de publier.
D'ailleurs on ne peut Ibupçonner quelle autre
certitude évidente aùmettroient ces phllofophes. Sc-
roit ce le témoignage des lens , la révélation divi-
ne, l'autorité humaine? Seroit-ce enfin l'impreirion
immédiate de Dieu fur nous ? Le témoignage des
fens étant corporel, il ne fauroit être admis parmi
ceux qui par avance n'admettent pas l'exiftence des
corps. La révélation divine & l'autorité humaine ne
fout encore impreliion lur nous que par le témoigna-
ge des fens ; c'efl-à-dire , ou de nos yeux qui ont vu
les miracles du Tout-puill'ant , ou de nos oreilles
qui ont entendu les difcours des hommes qui nous
parlent de la part de Dieu. Enfin l'imprelîîon immé-
diate de Dieu fnppofe un Dieu, & un être dliïerent
de moi. Mais fi le fintiment intime de ce qui lé paiïe
en moi ell la feule chofe évidente , tout ce qui ne
fera pas formellement ce ftntimtnt intime , ne fera
point évident pour mol.
De ce principe , que \e f intiment intime eft la feule
règle de vérité, il s'enfuit i". que nous n'avons nulle
certitude évidente de l'exiftence des corps, pas mê-
me du nôtre propre; car enfin un efprit, une ame
telle que la nôtre , relient bien l'imprclTion c\\q,
lecorps, & le fien en particuher, font fur elle;
niais corr.me au foiid Ion corps ell trcs-diliinfué
de cette imprelTion , & que d'ailleurs cette im-
prelfion pourroit abfolument fe faire éprouver
dans notre ame fans l'exiflcnce des corps , il s'enfuit
aulTi que notre fentiment intime ne nous donne au-
cune conviftion de l'exiftence d'aucun corps.
2°. Une autre conféquence tout auffi naturelle ,
ell que nous n'avons nulle certitude évidente de ce
qu'hier il nous arriva ou ne nous arriva pas , ni mê-
me fi nous exillions ou nous n'exiltions pas. Car fé-
lon cet abfurde fyllcme, je ne puis avoir d'évidence
que par une perception intime qui cil toujours ac-
tuelle. Or aduellement j'ai bien la perception du fou-
venlr de ce qui m'arriva hier ; mais cefouvenir n'efl
qu'une perception intime de ce que je penfe préfcn-
tement , c'ell-à-dirc , d'une penfée achielle , laquelle
n'ell pas la même chofe que ce qui fe pafl'a hier, &
qui n'ell plus aujourd'hui. Par la même raifon , je
ferai encore moins certain fi je ne fuis pas en ce mon-
de depuis deux ou trois mille ans. Qui m'empêchera
de pouffer cette réflexion jufqu'à l'éternité même ,
puif-]ue nous pourrions avoir toujours exKlé , fans
que nous nous en relîouvcnions } Que fi on nous re-
S E N
préfente que nous avons été produits , nous pour-
rons répondre que nous n'en avons-point de certitu-
de évidente. Car avoir été produit ell une chofe paf -
fée , & n'efl pas la perception ni \^ fentiment intime.
de ce qui fe pallc athiellemcnt en nous. Je n'ai que
la perception actuelle de la penlce , par laquelle je
crois avoir exiflé avant le moment où je me trouve
prcfcntement.
3°. Enfin, une autre conféquence aulTi légitime
que les précédentes, ell que nous n'avons nulle cer-
titude qu'il exille au monde d'autres êtres que cha-
cun de nous. Nous avons bien une perception intime
des impreffions reçues en nous, dont nous attribuons
l'occafiou à des cfprits &: à des intelligences qu'on
fuppofe exifler hors de nous; mais celte perception
intime ne portant convidion que d'elle-même , &
étant toute intérieure , elle ne nous donne aucune
certitude évidente d'un être qui fbiî hors de nous.
En effet , félon celte belle philofophie , l'ame n'ell
point évidemment certaine , fi elle n'efl pas de telle
nature , qu'elle éprouve par elle-mcnie & par fa feu-
le conftitvition , les impreffions dont elle attribue la
caufe à des êtres qui exillent hors d'elle. Elle n'a
donc pas de certitude évidente qu'il y ait hors d'elle
aucun efprit , ni aucun être quel qu'il foit ; elle n'a
donc point d'évidence qu'elle n'exifle pas de toute
éternité, ou même qu'elle ne foit pas l'unique être
qui exille au monde. Apres une conféquence aufîi
fingulicre, ce n'efl pas la peine d'indiquer toutes les
autres quife préfenteroient enfouie, pour montrer
que je n'ai nulle évidence, fi je veille acluellement ,
ou fi je dors ; fi j'ai la liberté d'agir ou de ne pas agir,
de vouloir ou de ne pas vouloir, &c. Toutes ces
conféquences fautent aux yeux d'elles-mêmes, fans
qu'il foit befoin de les marquer plus au long.
Puifque les conféquences quis'cnfulvent néccffai-
rement de ce principe, favoir que \q fentiment intime
de notre propre perception efl l'unique règle de vé-
rité , font fi bif'arres , fi ridicules & fi abfurdes ,11 faut
nécefiairement qu'il foit lui-même bifarre, ridicule
& abfurde , puifqu'il efl démontré que les confé-
quences ne font qu'une même chofe avec le princi-
pe. Voyi?^ Evidence & Sens commun.
Sentimens , en Poéjîe^ & particulièrement dans
le poëmc dramatique, lont les penfécs qu'expriment
les différensperfonnages , foit que ces penfées aycnt
rapport à des matières d'opinion , de paflion , d'af-
faires ou de quelque choie lerablable. /^qye{ Pen-
sée.
Les moeurs forment l'adion tragique , & \tsfen-
timens l'expofent, en découvrant les caufes , fes mo-
tifs , 6'c. Les fentimens font aux moeurs ce que les
moeurs font à la fable. Voye^ Mœurs.
Dans {çsfentimens , il faut avoir égard à la nature
&: à la probabilité. Un furieux , par exemple , doit
parler comme un furieux , un amant comme un
amant , & un héros comme un héros. Les fentimens
fervent beaucoup à foutenir les cara£leres. Foye^
Caractère, Diction, Héros , &c.
Sentiment d'épée , Sent'ir l'épée , ( Efaime^
on (lit d'un efcrimeur qu'il a le fntiment délicat ;
lorfqu'en touchant l'épée de l'ennemi avec la fienne,
il connoit fon attaque & la pofition des épées.
ht fentiment cTipée doit être tel qu'il ne fatigue pas
le bras de l'ennemi, & qu'il ne le contraigne pas de
dégager. Mais il doit être allez fenfible pour s'apper-
cevoir fi l'ennemi quitte l'épée , s'il fait un coule-
mcnt d'épée , ou s'il force l'épée. l^oye^ Engage-
ment.
Sentiment , ( Vémrie. ) lorfqu'un chien reçoitle
vent de la voie, on dit qu'il a àx\ fentiment.
SEMTIN, f m. (Gram. & Alyiholog.^ dieu qui pré-
fidoit à tout ce qui avolt le fentiment. Oa l'invoquolt
I
SEP
axw couches ies femmes, afin qu'il donnât des ïerts
bien difpofés à l'enfant.
S E N T I N E , f. f. ( Marine. ) terme du levant qui
fignifîe ou l'anguillere ou l'eau puante & croupie
■qui s'y corrompt, f^oyei Anguillere.
Sentine, f. f. (Charp enter, navale. ) forte de grand
bateau ou chaland , dont on fe fert en Bretagne pour
la voiture des fels fur la rivière de Loire. (Z>. /.)
SENTINELLE , i". f. terme de Guerre ^c'^Çi un fol-
dattiré d'un corps-de-garde d'infanterie, qu'on place
en quelque pofte pour découvrir les ennemis , pour
prévenir les furprifcs , & pour arrêter ceux qui veu-
lent paffcr fans ordre , & fans fe faire connoitre.
Ce mot eft moderne ; il n'y- a pas iong-tems que
l'on difoit cire aux écoutes ., pour figni(ier ce que l'on
dit à préfcnt, être en jcntinelk. Ménage dérive ce mot
à. fcntiendo ., du verbe appcrccvoir.
Sentinelle perdue , foldat qu'on place dans un porte
dangereux oc prefque defefpéré. On appelle aufii
tnf.ins perdus , des foklats qu'on expofe dans une ba-
taille à ia première fureur de l'ennemi. Foyei En-
fA>'S PERDUS.
La fcntinelle appelle , crie ou arrête par un qui
vive ? cjui va-là ? demeure-là. Chambers.
On appelle confine les ordres qu'on donne à la
feminelle. hci. fentinelle doit refter à fcn poite , quoi
qu'il puifl'e arriver , à moins qu'elle n'en foit relevée
par fon officier. Pendant la durée de fon fervice ou
de fa fadion , fa perfonne eft en quelque façon re-
gardée comme facrée; elle peut arrêter & empêcher
de paffer quelque officier que ce foit , fans pouvoir
être maltraitée ou punie qu'après avoir été relevée ,
c'eft-à-dire , qu'il ait été mis un autre foldat à fa pla-
ce.(Q)
Sentinelle, (^Marine.) voyei Hune.
SENTINO LE, ( Géog. mod. ) rivière d'Italie ,
dans l'état de i'Egiife. Elle fort de l'Apennin , au du-
ché d'Urbin, & fe joint enfuite au Jano ; alors tou-
tes deux perdent leur nom , & ne coulent plus que
dans un feul lit appelle Fiumejino. CD. /.)
SENT'INl/M, ( Géog. anc. ) ville d'Italie , dans
rUmbrie , félon Sîrabon , /. V. p. 227 , & Ptolomée,
/. ///. c. y. C'efi aujourd'hui Sentina. ( Z?. /. )
SENTIR , V. aft. &neut. voyelles articles Sens ,
Sensation, Sensibilité , Sentiment.
Sentir, ( Maréchal. ) imvefentir les ép?i-ons à
fon cheval , c'eft en appuyer un coup. Faire fentir les
gras des jambes , c'eft les approcher du cheval pour
qu'il obéiffe. Sentir fon cheval dans la main , c'eft le
tenir de la main & des jarrets, de façon qu'on en foit
le maître pour tout ce qu'on veut entreprendre fur
lui.
S'EN VA CHIENS , {Vénerie.) c'eft une expreffion
dont fe fervent les piqueurs pour fe faire entendre
^e5 chiens qui chaffent ; voici encore d'autres termes
qui fignifient la même chofe , il vala , chiens coutre-
vaux , chiens ; le piqueur doit les prononcer les uns
après les autres & luivant fa difcrétion.
SENUS , {Géog. anc.) fleuve de l'Irlande : fon em-
bouchure eft' marquée par Ptolomée , /. //. c. ij. fur
la côte occidentale de l'île , entre les embouchures
de l'Aufoba & du Dur : ce fleuve qui eft appelle Sce-
na ; par Orofe , /. /. c. ij. eft le plus grand fleuve de
l'île , &: fc nomme à préfcnt le Schannon. {D. /.)
SEP , f. m. terme de Vigneron ; c'eft le tronc de la
vigne , qui porte &: jette le farment qu'on taille tous
les ans. On voit des feps bien plus gros les uns que
les autres , ce qui provient fouvcnt de l'efpece de
raifin qu'il apporte; car, par exemple, un fep de
bourdelais , de mufcat, de raifm de damas , devient
plus gros qu'un /j/7 de mélier ou pineau, noir 61 blanc,
& ainfî de plufieurs autres, dont on fait des plants de
vigne. Il y a toujours à efperer du profit d'un jeune
fep , au lieu qu'un vieux n'eft propre qu'à brûler 6c
Tome XV,
SEP 5>
' à donner de bonnes cendres pour la lefîive. {D. J.\
Sep de drisse , ou Bloc d'issus, ( Manne, y
grofte pièce de bois quarrée , qui eft entaillée avec
un barrot du premier pont , & un barot du fécond
pont , qu'elle excède d'environ quatre pies , pofée
derrière un mât, & au bout de laquelle il y a qua-
tre poulies fur un même efîieu , fur quoi pafTent les
grandes drijfes. On diftingue deux grands/é/jj de drif-
je : celui du grand mât qui fert à la grande vergue ^
& celui de mifaine qui fert à la vergue de miiaine.
Les autres yê/7i de drijfe font attachés aux grands , &
on en fait ufage pour mettre les mâts de hune hauts,
par le moyen des guinderelTes , & pour manœuvrer
les drifljes des huniers, /^oye^ "Marine, PI. IV.jîg. ,,
le ^rznàfcp de drijfe , cotté 96. & celui de mijaine ^
cotté 97.
Dans les flûtes , on ne met point de fcps de drijfe ^
mais des pouUes ou des rouets contre le bord , 6c
des taquets contre le mât ; & dans les autres bâti-
mens , comme les tialques , les damelopres, les fe-
maies, &c. on fait ufage d'un bloc appelle petit yi/»
de driffe , qu'on met en plufieurs endroits fur les bor-
dages , & fur-tout à l'avant & fur la couverte , dans
la tête duquel pafTe une cheville de bois fort lon-
gue , qui déborde de chaque côté & où l'on amarre
les manoeuvres.
SÉPARATION , f f. {Gram. &Jurifpriid.) eft lorA
que l'on met une perfonne ou une chofe à part d'avec
une autre.
Il y a trois fortes deféparations , deux qui regar-î
dent les perfonnes mariées , l'une que l'on appelle
féparation de biens, Vzutre féparatio/i de corps ; la
troifieme eil la féparation des biens de l'héritier d'a-
vec ceux du défunt.
Séparation des biens , eft lorfque deux conjoints
ont chacun leurs biens à part & divis.
Quelquefois les conjoints font féparés de biens
par contrat de mariage , ce qui arrive lorfqu'ils IH-
pulent que la femme jouira à part & divis de les
biens ; dans ce cas on autorife la femme à toucher
fes revenus , & ordinairement elle paye penfion à
fon mari.
On ne doit pas confondre une femme non com-
mune en biens avec une femme féparée de biens par
contrat de mariage ; la première eft feulement ex-
clufe de demander communauté dans les biens ac-
quis par fon mari , du refte elle n'a pas l'adminiftra-
tion de fes biens à moins qu'elle ne ibit féparée.
Lqs féparations volontaires, foit des biens feule-
ment confenties depuis le mariage, & les j'éparations
de corps & de biens , quoiqu'autorifées par quelques
coutumes, ne font point permifes dans nos mœurs. De
t(^.\\cs féparations par rapport aux biens font ordinai-
rem.ent frauduleufes ; \qs Jcparations volontaires de
corps font de plus contre les bonnes mœurs. Toute
féparation de corps & de biens , ou même de biens
feulement depuis le mariage, doit être ordonnée par"
juftice & en connoifTance de caufe.
La féparation de biens ne peut être demandée que
par la femme , en cas de diffipation de fon mari. Elle,
n'eft pourtant pas obligée d'attendre que le mari ait
diftipé tout fon bien , & encore moins la dot de la
femme , la féparation feroit alors un remède inutile ;
il fuftit que le mari foit diffipateur , & que vergat ad
inopiam^ que la dot foit en péril : /. XXIV. ff. folut.
matrim. lib. XXIX, cod. de jure dotium, l. I. cod. de
cur.it, juriof.
Si la femme qui demande fa féparation eft com-
mune en biens avec Ion mari, il faut qu'elle renonce
a la communauté , autrement l'acceptation qu'elle
en feroit feroit préfumer qu'il n'y a pas eu de diffi-
pation de la part du mari.
Le défaut de renonciation à la communauté ne fe-
roit pourtant pas un moyeh de nulUté dans une fen-
H ij
Co
SEP
tence ic Jiparjtion , mais faute d'avoir renoncé , la
femme clemeureroit commune.
La femme qui demande la l'éparation doit d'abord
fe faire autorifcr par juftice , à l'effet de pourfuivre
fa jèpardtïon.
La demande en fêparation doit être formée devant
le juçe laie ; le ju^e d'c<^;life ne peut en connoître ,
s'at^ilTant d'un intérêt purement temporel.
Quand il y a des créanciers, il ell i\-propos de
les mettre en cauie pour voir déclarer commune
avec eux la fentence qui ordonnera la fcparaiion ,
afin qu'ils ne puilfent pas la débattre comme coUu-
foire.
L'effet de la fcparatlon ordonnée par juftice , eft
que la femme peut feule fans l'autorifation de fon
mari , faire tous adles d'adminiftration & même ef-
ler en jugement ; mais elle ne peut fans une autori-
fation fpeciale de fon mari , ou par juftice à fon re-
fus, faire aucun ade qui emporte aliénation.
hviféparinion pour être valable doit être exécu-
tée, c'ell-à-dire qu'il faut qu'il foit fait inventaire
& un procès-verbal de vente des meubles du mari.
Cependant , fi les meubles étoient faifis par des
créanciers, \di fêparation feroit cenfée exécutée à l'é-
gard de la femme , par la relîitution de fes propres
ou autres aftes qui prouvent qu'il n'y a pas eu de
fraudes telles qu'une iailie-réelle , &c.
La JJparation de biens peut être ordonnée en cas
de démence du mari , quoiqu'il n'y ait point de diifi-
pation de fa part.
Séparation de corps & d'habitation o\\ fêparation à
thoro , eft un jugement cjui ordonne que deux con-
joints par mariage auront à l'avenir chacun leur ha-
bitation Icparée.
Chez les Grecs & les Romains , lorfqu'il y avoit
quelque caufe pour laquelle les conjoints ne pou-
voient plus demeurer enfemble , il y avoit la voie
du divorce qui dans certains tems & dans certains
cas étoit ouverte à la femme comme au mari , dans
d'autres au mari feulement.
L'effet du divorce étoit d'opérer abfolument la
diflblution du mariage , tellement qu'il étoit libre à
chacun des conjoints de le remarier.
Le divorce étoit encore autorifé en certains cas
du tems de Juftinien ; mais parmi nous l'on tient ,
fuivant le droit canon , que le mariage eft un lien in-
dilTokible , lequel étant une fois valablement con-
trafté ne peut plus être diffous , qiioad fœdus & vin-
culum ; & quoique les auteurs latins qui parlent des
fiparations de corps & d'habitation fe fervent fou-
vent du terme divortium en parlant de ces fortes de
fîparations , cela ne doit pas s'entendre du divorce
proprement dit , lequel n'eft point admis parmi nous,
quoad fœdus & vinculum , mais leuleraent quoad tho-
Tum 6* liabitationem.
Il y a en effet une différence effentielle entre le
divorce & \z. fêparation de corps , en ce que celle-ci
ne diflbut pas le mariage.
Cette elpece Ae fêparation ne s'ordonne que pour
caufe de févices & de mauvais traitemens de la part
du mari envers fa femme.
Il n'y a guère que la femme qui demande d'être
réparée de corps & de biens , parce qu'étant fous la
puiflancc de fon mari , elle ne peut régulièrement
le quitter fans y être autoriiée par juftice.
Il y a cependant quelques exemples que des maris
ont demandé d'être féparés de leurs femmes à caufe
de leur violence ou autres déportemens, mais ces
exemples font rares & ne font pas dans les vrais prin-
cipes ; la femme qui fe conduit mal envers fon mari
ne doit pas pour cela être délivrée de fa puifl'ance ,
le man peut faire ordonner que fa femme fera ren-
fermée dans un couvent.
ha fêparation de corps ne doit être ordonnée que
SEP
pour des caufes graves ; ainfi la diverfité d'humeur ^
&C même les petites altercations qui peuvent furve-
nir entre mari & femme ne font pas des caufes fuffi-
fantes de fêparation.
Les caufes pour lefquelles la femme peut deman-
der {a fêparation font :
1°. Les févices & mauvais traitemens, mais il
faut qu'ils foient confidérables ; cap. xiij. extr. de
refiitut.fpoliat. Des injures ni des menaces ne font
pas ordinairement une caufe fufîifante ; cependant
entre perfonnes d'une condition relevée , les juges
pourroient y avoir plus d'égard , parce que pour ces
fortes de perfonnes , des Injures font auffi fenlibles
que des mauvais traitemens pour des gens ordi-
naires.
2°. Si le mari eft convaincu d'avoir attenté à la vie
de fa femme.
3*^. S'il vit dans la débauche , & qu'il y ait du dan-
ger pour fa femme.
4". S'il accufe fa femme d'adultere , ou autres faits
graves contre l'honneur , & qu'il y fuccombe.
5°. La folie & la fureur du mari , lorfqu'elles don-
nent lieu d'appréhender pour la vie de la femme.
6°. S'il a conçu contre fa femme une haine capi-
tale.
L'honneur du mariage exige que la demande en
fêparation ne fe pourfuive que par la voie civile , &
non par la voie extraordinaire , à moins que ce ne
tilt pour une caufe capitale , comme fi le mari avoit
voulu faire aflaftiner fa femme.
Tous les auteurs conviennent que le juge d'églife
eft compétent pour connoître de la demande en fê-
paration de corps , pourvu qu'il n'y ait aucun inté-
rêt temporel mêlé dans la conteftation ; mais comme
on ne manque point de demander en même tems la
Jêparation de biens , comme une fuite néceffaire de la
fêparation de corps , on porte ordinairement ces for-
tes de demandes devant le juge laïc.
La fêparation ne doit être ordonnée que fur des
preuves fufHfantes , foit par écrit , s'il y en a , ou
réfultant d'une enquête ou information.
Lorfque la femme a obtenu fa fêparation , le mari
ne peut l'obliger de retourner avec lui , quelques of-
fres qu'il faffe de la traiter maritalement.
Lorfqu'au contraire la femme eft déboutée de fa
demande, on la condamne à retourner avec fon mari,
auquel on enjoint de la traiter maritalement ; mais
en ce cas on permet , quand les juges n'adoptent pas
la demande en fêparation , à la femme de fe retirer
pendant un certain tems dans un couvent où fon mari
a la liberté de la voir, afin que les efprits irrités aient
le tems de fe calmer.
hz. fêparation de corps & de biens exclud les con-
joints de pouvoir fe fuccéder en vertu du titre unde
vir & uxor; ce droit de fucceffion réciproque n'ayant
été accordé que pour honorer en la perfonne du fur-
vivant la mémoire d'un mariage bien concordant.
Si les mari & femme qui ont été féparés de corps
& de bien fe remettent enfemble, l'effet de \a fêpara-
tion ceffe même pour les biens , & toutes chofes
font rétablies au même état qu'elles étoient aupara-
vant \a fêparation. Foye^ les lois ecclêfiafliques de d'Hé-
ricourt. Le traité de lajurifdicl.ecclêfiaji. de Ducafle,
& les mots Conjoints, Divorce, Dissolution,
Mariage.
Séparation de biens d^ une fucceffion.^ eft un jugement
qui ordonne que les biens de l'héritier feront féparés
de ceux du défunt.
Ccna fêparation a lieu lorfque l'on craint que les
biens du défunt ou dé l'héritier ne foient pas fufîi-
fans pour payer les créanciers de l'un & de l'au-
tre.
Suivant le droit romain , il n'étoit permis qu'aux:
créanciers du défunt de la demander, afin d'être payés
SEP
fur Tes biens par prétérence aux créanciers de l'héri-
tier, loit qu'ils fuflent antérieurs ou polîcrieurs en
date.
Mais en France les créanciers de l'héritier peuvent
aufli demander hféparation des biens de leur débi-
teur d'avec ceux du défunt , pourvu que l'héritier
n'ait pas encore reconnu la dette , ou que le litre
n'ait pas été déclaré exécutoire contre lui.
Cette Jcparaàon chez les Romains devoit être de-
mandée dans les cinq ans ; mais parmi nous l'action
dure trente ans. f^oyei au ff. le lu. deféparat. & Cujac.
ibid. & kg. pcnult. cod. de heredit. acl. Bouvot , le Prê-
tre , Boniface , Loyfel , Bacquet , Henrys. (-^)
SÉPARATION, (Chimie.') Il efl dit à Varticle CHI-
MIE, yP, 41 y , col. première^ que la chimie s'occupe
étsféparadons & des unions des principes conilituans
des corps ; que les deux grands changemens effec-
tués par les opérations chimiques, font la féparation
& l'union des principes ; que la féparanon chimique
eft encore connue dans l'art fous les noms d'anafyfe^
de compojition ^ corruption ^Jolution, defiruciion ^ dia-
crefe , ou plutôt diacrife ; que de ces noms les plus
iifités parmi les chimilles , les françois font ceux d'<z-
nalyfe & de décompojition.
Quoique les affe£tions des corps aggrégés n'appar-
tiennent pas proprement à la chimie ; & qu'ainfi
ftriftement parlant elle ne s'occupe que de celle des
corps unis chimiquement ; cependant , comme plu-
fieurs de fes opérations ont pour objet au-moins fe-
condaire , préparatoire , intermédiaire , &c. la dif-
grégation o\i féparation des corps aggrégés, la divi-
îion méthodique des opérations chimiques qui appar-
tiennent à la féparation , doit fe faire en celles qui dé-
compofent des corps unis chimiquement , &: celles
qui ne féparent que les parties des corps aggrégés.
Aufîi avons-nous admis cette divifion. Foye^ l'article
Opérations chimiques.
Les deux inflrumens généraux de la. féparation chi-
mique proprement dite font le feu & la précipitation.
Foyei Feu, Chimie, & Précipitation, Chimie;
c'eft pourquoi il eft dit dans ce dernier article que
toutes les opérations de Fanalyfe menftruelle ( or ,
analyfe eft fynonyme à fépdratio!i) font des précipi-
tations.
Les féparations difgrégatives s'opèrent , & par les
inftrumens chimiques proprement dits , favoir , le
feu & les menftrues , & par divers inftrumens mé-
chaniques , des limes , des râpes , des mortiers , &c.
Foyeil'artick OPÉRATIONS CHIMIQUES. (^)
SpPARATION OU départ par la voie feche.^ (^Métal-
lurgie , Chimie & Arts.) c'eft une opération par la-
quelle on cherche à féparer une petite quantité d'or
mêlée dans un grand volume d'argent , de manière
que l'or ie précipite au fond du creufet & fe dégage
par fon , propre poids de l'argent que l'on réduit en
fcories par l'aélion du feu.
On a vu dans V article DÉPART la manière dont
l'or, qui eft uni avec de l'argent , s'en féparoit à
l'aide des diffolvans humides. V. DÉpart,Inquart,
QuARTATiON , &c. Nous allons faire voir dans cet
article comment cette féparation s'opère par la voie
feche , c'eft-ù-dire , à l'aide du feu.
Un grand nombre de livres font remplis de métho-
des & de recettes pour faire la féparation par la voie
feche ; mais lorfqu'on vient à vérifier ces procédés ,
on trouve que la plupart font fautifs ou inintelligi-
bles. Parmi ceux que l'on a eu occafion de connoî-
tre , on n'en a point trouvé de mieux décrits que celui
que M. de Jufli, célèbre chimifte allemand, a inféré
dans fes œuvres chimiques , publiées en allemand en
1760 : on a donc cru devoir le rapporter ici en en-
tier , il fervira îl faire connoître le progrès que cette
opération pénible a fait jufqu'à prélent.
La matière qui contribue le plus à la féparation de
SEP
61
l'argent d'avec l'or eft le foufre ; cette fubftauce s'u-
nit avec l'argent qu'elle attaque , fans avoir la moin-
dre adion fur l'or , qui par-là fe dégage de l'argent,
& forme un régule à part au fond du creufet. Loribue
cette féparation fe fait en grand , on n'obtient jamais
un régule ou culot d'or pur, & l'on eft très content
lorfque la maffe reguline efl compofée de trois par-
ties d'argent contre une partie d'or. Cela vient , fui-
vant M. de Jufti, de ce que pour ménager les creufets,
on en tire le métal fondu avec des cuillères , ou bien
on le vuide dans des cônes ou des creufets pointus,
ce qui ne peut guère le faire affez promptement pour
qu'une portion du métal ne fe refroidifle pas , alors
la matière n'eft point affez fluide , & l'or en coulant
entraîne avec lui une portion confidérable de l'argent.
Voici un procédé par lequel M. de Jufti afTure avoir
obtenu l'or en une maffe reguline affez pure ; il prit
un demi-marc d'argent qui contenoit de l'or , il le
mit en grenaille , 6c après en avoir fait l'effai avec
exaditude par la coupelle & par i'eau-forte,il trouva
que la maffe d'argent tenoit quatre grains d'or. Il mit
cet argent en grenaille en cémentation avec dulbufre
dans un creufet couvert & bien lutté; & lorfque l'ar-
gent eut été bien pénétré par le foufre, il en fit la pré-
cipitation , en y mettant du fiux noir , du fiel de
verre, de la limaille de fer & de la litharge. Après
que le tout fut entré parfaitement en fufton , il laiffa
refroidir le creufet. Alors il caffa le creufet , & il
trouva au fond de la maffe d'argent, un petit bouton
ou culot d'or , qui avoit la couleur de l'or qui eft
allié avec de l'argent ; fa petitefl'e empêchoit qu'on
ne pût le féparer parfaitement de l'argent , néan-
moins M. de Jufti , en fe donnant beaucoup de pei-
ne , en détacha 3 ^ grains , il en étoit refté environ un
demi-grain uni avec l'argenté A l'effai , il trouva que
cet or étoit à 20 karats. Ayant réitéré cette expé-
rience, il eut le même fuccès. Ce favant chimif^ce ne
doute pas que cette expérience ne réufsît . encore
mieux en grand , & il croit que ceux qui s'occupent
du travail de la féparation ou du départ par la voie
feche dans les monnoies , feroient mieux de ne point
tant regarder à la dépenfe du creufet qu'il faudroit
brifer , qu'à ce qu'il en coûte pour multiplier les fé-
parations afin de faire enforte que les régules contien-
nent trois parties d'argent contre une partie d'or ,
pour en faire enfuite le départ avec l'eau-forte. En
effet , il paroît que l'on épargneroit beaucoup de
charbon & les frais de l'eau-forte en fuivam le pro-
cédé qui a été rapporté , ce qui feroit profitable, fur-
tout ft l'on peut fe procurer des creufets à un prix
raifonnable. D'ailleurs , on n'auroit qu'à purifier l'or;
qu'on a dit être à ao karats , en le faifant fondre avec
l'antimoine.
On fuit deux routes principales pour opérer la pré-
cipitation dans la féparation par la voie feche. Les uns
fe fervent du flux noir , & d'autres fels ou fubltances
alkalines , telles que le fiel de verre , pour fervir de
précipitant ; d'autres rejettent cette méthode, &: fe
fervent du fer pour cette précipitation. Il y a à Leip-
fick deux familles qui depuis plufieurs années font
en pofléffion du fecrct de faire la féparation ou le dé-
part par la voie feche , elles fe fervent de deux mé-
thodes difîcrentes. La première de ces familles , qui
eft celle de Pfanenfchmidt , fe fert principalement du
fer pour la précipitation , fans employer de fondans
alkalins. La féconde famille , qui eft celle de Stole ,
fe fert de fondans alkalins pour la même opération.
Ces deux méthodes font connues en Allemagne fous
le nom des deux familles qui les exercent.
M. de Jufti examine laquelle de ces deux métho-
des mérite d'être préférée. Pour cet effet , il faut
faire attention à deux chofes ; i ". à ce qui rend l'opé-
ration plus facile ; z''. à ce qui la rend moms cou-
tcufe. Il n'eft pas douteux que les alkahs fixes , tels
6i S Ë P
<,ue le fliix noir, la potafle & le fiel de verre font les
iubllances les plus propres ^ le combiner avec le iovi-
fre ; elles lurpallent même le ter dans cette propriété,
«ul pourtant cil de toutes les l'ubitances métalliques
<elle qui a le plus de dilpolitlon ;\ s'unir avec le iou-
frc. Ainh , en joi'^nant le ter avec ces lubftances al-
-kalines , il n'elt pas douteux que la précipitation le
^era plus promptement & plus parfaitement , & les
matières falines en nageant i\ la lurface des métaux
•en fufion doivent empêcher , que le Ibufre pouffé par
Vatlion du teu , n entraîne 6c ne volatilité avec lui
un grand nombre de molécules d'argent. D'où l'on
voit que les fondans alkalins ont leur avantage ; mais
d'un autre côté , on ne peut fe diliimuler qu'ils n'aient
aulU leurs inconvéniens. D'abord ils endommagent
contidérablemenr les creufcts , Se les mettent hors
d'eiat de fcrvir davantage , ce qui augmente les frais
dans une opération oii l'économie fait tout le profit.
De plus , tout le monde fait que les fels alkalis com-
binés avec le foufre forment ce qu'on appelle r/icpar
ou \cfoie de foufre , qui , à la vérité , facilite la fufion
des métaux , mais qui diffout en même tems l'or &
l'arf^ent de manière qu'il eft impolfible de leur rendre
leur" forme métallique, du moins fans des peines &
des dépenfes conùdérables ; d'ailleurs ce foie de fou-
fre rend ces métaux aigres & caffans , de forte qu'il
faut recourir c\ des fufions réitérées avec le fel ammo-
niac, le nitre, le borax, &c. pour dégager ces mé-
taux de la mauvaife qualité qu'ils ont contraa:ée;tou-
tes ces chofes augmentent la dépenfe , & font qu'une
portion de l'argent le perd, vu que l'on ne retrouve
point exactement celui qui s'elt converti enfcories.
M. de Jufti a trouvé par des expériences que le flux
noir tk le fiel de verre, furtout quand ces deux fon-
dans font combinés, produifoient dans le feu une plus
grande quantité de foie de foufre que l'on ne pour-
roit l'imaginer. Outre cela le flux noir , à caufe du
nitre qui y entre, ne laiffe pas d'augmenter la dépen-
fe , furtout fi l'on travaille en grand ; d'ailleurs il at-
tire très-rapidement l'humidité de l'air , ce qui peut
caufer beaucoup d'inconvéniens dans l'opération.
D'après toutes ces confidérations , M. de Julii don-
ne la préférence à l'opération dans laquelle on em-
ploie le fer au lieu de fubflances alkalines , vaque ce
métal efl à très-bon marché , qu'il a une très-grande
difpofition à abfoiber le foufre , & cjue par fon moyen
on n'eu point expofé à perdre une portion de l'ar-
gent. Cependant il eft à-propos d'y joindre un peu de
fiel de verre , qui eft une fubftance peu couteufe ;
•elle facilitera la fufion, empêchera le foufre de diffi-
per ou d'entraîner avec lui une portion de l'argent ,
favorifera la formation des fcories , & s'il fe forme
du foie de foutre , ce ne fera qu'en très-petite quan-
tité.
Si l'on a une certaine quantité d'argent contenant
<le l'or , dont on veuille fiiire hféparanon par la voie
féchc , il fera à propos d'en faire l'effai avec beaucoup
<l'exacHtude par la coupelle ou par l'eau-forte, pour
liivoir combien le marc d'argent contient d'or, /^oye^
rarticlc EssAi. Pour cet effet il faudra commencer
par mettre cet argent en grenaille très-fine , ce qui
fe fait en le faifant fondre , & en le verfant douce-
ment dans un vaiffeau rempli d'eau , que l'on agi-
tera fans interruption avec des petites branches de
bouleau , alors on en fera l'effai. Il eft important que
l'argent foit réduit en une grenaille très-fine comme
<le la dragée, ou tout au plus comme des lentilles ,
parce que l'on n'aura pas befoin d'y joindre une aulïï
grande quantité de foutre pour l'opération fubfé-
quente , c'eft-à-dire pour la fèparation ou le départ
par la voie lèche. En effet ,pour qu'elle fe faffe exac-
tement , il faut que tout l'argent foit parfaitement
pénétré par le foufre ; fans cela , ce métal tombe au
ibnd du çreufet, & l'on obtient des maffes mctalli-
SEP
(^iles trop grandes pour pouvoir en bien faire le dé-^
part par l'eau-forte , & l'on fera dans le cas de re-
commencer \-Apparation.
Pour mêler l'argent en grenaille avec le foufre ,
on mouillera cette grenaille avec de l'eau , on y
joindra du foufre en poudre fine , on roulera le tout
avec la main, de manière que chaque grain d'argent
ait une petite croûte de foufre ; fi l'argent eft parfai*
tement pur , il lera ;\ propos avant que de le mêler
avec le foufre , d'en mettre à part autant de demi on-
ces ,que l'on a de marcs dont on veut faire le départ
ou la fcparation.
Lorfquc l'argent en grenaille a été mêlé avec du
foufre , on le met dans un creufet que l'on remplira
prefqu'entierement ; on le couvrira d'un couvercle ,
& l'on aura foin de bien luter les jointures , de peur
que l'aQion du feu ne faffe partir une grande quan-
tité de foufre qui n'aura pas produit fon effet , & qui
n'aura point intimement pénétré l'argent. On don-
nera d'abord un feu très-doux , on placera le creu-
let fur un fupport , & on fera un feu circulaire , qui
approche peu à peu du creufet , & on le laiffera
échauffer jufqu'à ce qu'on voye une flamme légère
de foufre fortir par les jointures , alors la diffolutiort
de l'argent par le foufre fera faite.
Pendant cette opération on préparera le fourneatl
à vent. On fera bien de pratiquer dans le cendrier un
creux ou une fofl'e de terre glaife que l'on tiendra
bien nette , afin que fi le creufet venoit à fe fendre ,
le métal fondu ne vînt point à fe perdre.
Alors on ôtera le couvercle du creufet , qui con-
tient l'argent com*biné avec le foufre ; & fi l'argent
ne contient point de cuivre , ce qui eft affez rare , on
y mettra la demi-once d'argent qui, comme on l'a
dit , aura été retenue fur chaque marc. On couvrira
le creulet d'un couvercle , dans lequel on aura fait un
trou ; par lequel on paffera un fil de fer affez fort ; on
placera le creufet au fourneau à vent; on l'entourera
de charbons aufll également qu'il fera poffible , après
quoi on remplira entièrement le fourneau , & l'on
mettra des charbons ardens par le haut, afin que le
feu s'alluir.e de haut en bas. Lorfque le mélange fera
entré parfaitement en fufion , ce qui arrivera très-
promptement,& ce dont on pourra s'affurer au moyen
du fil de fer qui traverfe le couvercle du creulet , on
ôtera ce couvercle, afin d'achever l'opération à l'ai-
de du précipitant qui fuit , que l'on tiendra tout prêt
pour s'en fervir au befoin.
C'eft un mélange compofé de deux parties de li-
maille de fer non rouillé, d'une partie de litharge ,
d'une partie de fiel de verre , & d'une partie de fel
marin fondu. Ce mélange eft celui dont on peut fe
lervir avec le plus de fuccès dans la première & la
féconde fufion de l'argent combiné avec le foufre ;
mais dans la troifieme & quatrième fufion & dans
les luivantes, il fera à-propos d'y ajouter encore deux
parties de plomb en grenaille.
Dans la première fonte on employera autant de
demi-onces du mélange que l'on aura de marcs d'ar-
gent, dont on voudra faire \^ fèparation ou le départ.
On ne mettra pourtant le mélange que peu-à-peu , en
le répandant fur le métal fondu , de manière qu'il en
couvre la lurface, & à chaque fois on remuera le tout
avec le fil de fer qui traverfe le couvercle.
Durant cette opération , on donnera toujours un
feu violent, afin que le mélange entre parfaitement
en tufion ; pour cet effet on fera bien de recouvrir le
creulet , & de fortifier le feu à chaque fois que l'on
aura mis de la compolîtion précipitante ; il faudra
auffi avoir foin que les charbons chauffent également
le creufet qui pourroit fe fendre, fi l'on mettoit au-
près de lui un trop grand nombre de charbons non
allumés , ce qui arrive , fur-Jout lorfquc les creufcts
font grands.
1
SEP
Si l'on vouloit faire en une feule fois la fèparatlon
de l'or , & !e mettre en un bouton ou culot , il feudra
doubler la quantité du mélange qui fert à précij)iter ,
&: peut-être qu'alors on ne pourroit le difîenfcr
d'employer le flux noir dans ce mélange. Mais fi l'on
vent faire cette opération à l'ordinaire , on mettra
autant de demi-onces de la matière précipitante que
l'on aura de m.arcs à féparer. On laiiiera le mélange
enfulion pendant dix minutes , après quoi on le vui-
dera dans un cône bien échaurTé ; ou fi le creufct étoit
trop grand , on y puiferoit une portion de la matière
fondue , jiifqu'à ce qu'on puific le remuer avec faci-
lité.
i\I, de Juili afllire que le mélange qui a été indiqué
pour fervir à la précipitation , procure un avantage
confidérable , qui elt la facilité de féparer la partie
Téguline ou le culot qui eil tombé au fond du creu-
fet , d'avec l'argent qui elt encore combiné avec le
foufre, au lieu qu'il n'en efl: pas de même , lorfqu'on
emploie le fiiix noir & le plon>b en grenaille dès le
commencement de l'opération ; car alors il n'y a d'au-
tre moyen pour féparer le culot , que de faire refon-
dre le tout de nouveau , & alors oti retire le culot
avec unepincette , parce qu'il n'entre point en fufion
{i promptemcnt que l'argent uni avec le foufre.
On eft obligé de réitérer la précipitation quatre à
cinq fois , tc même plus , fi l'on veut Icparer parfai-
tement l'or, & recouvrer l'argent qui efl uni avec
le foufre; pour cet effet , on remet le creufet dans
le fourneau ; à chaque fois qu'on a vuidé la partie
métallique dans le cône , on en détache les fcories,
c'eft-à-dire , l'argent pénétré de foufre, que l'on re-
met de nouveau à fondre dans le creufet , & l'on en
fait la précipitation de la m^aniere quia été indiquée,
excepté que pour la troifieme & la quatrième fois
qu'on précipitera , on joindra deux parties de plomb
au précipitant , comme on l'a déjà dit. Car fi l'opé-
ration a été faite avec foin , il faudra que tout l'or
fe trouve dans le premier & le fécond , ou tout au
moins dans le troifieme culot. Les précipitations fub-
féquentes ne fe font que pour recouvrer l'argent qui
ell uni au loufre , & qui eif en fcories.
Cependant on ne peut guère retirer tout l'argent
qui étoit paiTé dans ces icories , qui contiendront
toujours un marc d'argent par quintal, quoique ha-
bile que foit celui qui opère ; lefeul moyen d'en ti-
rer parti , c'efr de porter ces fcories aux fonderies
où l'on tire l'argent de fes n;ines. Ceux qui s'occu-
pent du départ ou de h fé/.'.iration , raffemblent ces
fcories ou craffes ; ils les portent aux fonderies , les
joignent avec du plomb & des fondans convenables ,
les font paiîér au fourneau de fonte , & paffent le
tout h la coupelle: ce qui leur procure fouvent un
profit alfcz honnête.
Quant aux différens culots que l'on a obtenus par
la /épuration , on les met en grenaille chacun féparé-
ment , & l'on en fait l'elfai par la coupelle & par
l'eau-forte, pour favoir la quantité d'or que chacun
contient. L'on trouvera communément qu'en iui-
vant le procédé qui a été indiqué , la plus grande
partie de l'or fera dans le premier ou le fécond cu-
lot , on n'en trouvera dans le troifieme & les fui-
vans , que lorfque l'opération aura été mal faite. On
pafTera à la grande coupelle ou fur le têt les culois
qui contiennent un quart d'or , & alors on en fera le
départ ou la quartation avec de bonne eau-forte , &
l'on fera fondre la poudre d'or qui fera tombée au
fond de ce diflblvant. A l'égard des culots qui tien-
nent beaucoup moins qu'un quart de leur poids d'or ,
on les joindra à de nouvel argent tenant or pour un
nouveau travail. On rafine fur le têt les autres culots
qui ne contiennent point une portion f enfihle d'or, &
on en fait des lingots ou des banes avec l'argent en
poudre que donne i'eau-forte précipitée. Si le départ
S Ê P
«î
ou h/c/f-iratlon a été faite avec foin , le marc de cet
argent ne doit point contenir au-delà d'un dixième dé
grain d'or, car jamais par la voie fiche on ne par-
vient àféparortotalcment l'or d'avec l'argent, f^oyc^
/es œuvres chimiques Je M. de Jufti , tome I. (— )
SÉPARATION, f. f. tJuns rîconomit animale , aftion
par laquelle différentes liqueurs fe féparent de la
maffe du fan g.
La jiparation des liqueurs dans des artères plus
petites diffère de la fécréîion en ce qu'elle ne s'operc
que dans un rameau d'artère qui devient une fécon-
de fois conique convergente ,& fe continue dans fa
propre veine ; afi lieu que dans la fécrétion c'eil un
conduit femblable à une veine , & qui ne reporte
point la liqueur à la maffe. Voye^ SÉckÉtion.
SÉVA.RX.TiO'H en Archiceclure , eft ce qui divife OU
fépare unz chambre ou un appartement d'avec un
autre.
SÉPARATISTE, f m. ( Hi[f. cccUf. ) fefte de re-
ligion en Angleterre, ou plutôt nom commun à tou-
tes les fecfes qui ont établi des églifes féparées par
oppofitionàla religion anglicane qui cflla feule au->
torifce par la loi. Voye^ Dissentans NON CONFOR-
MISTES.
Aujourd'hui le \r\ot pp.iratijlis , parmi les Angîois,
fignifie plutôt une coUc'àion -de fcths , telles que les
Presbytériens , l^s Puritains , les Qiiakres , &c. qu'-
une fe^fe particulière. Mais vers leur commencement
ils convinrent entr'eux qu'ils feroient tous défignés
par un même nom. Leur divifion en Presbytériens ,'
Indépendans, Anabaptiftes , &c. eft tout-à-fait mo-
derne. Foyei Presbytériens , Indépendans , &c.
. Hornius , dans fon hiftoire eccléfiafiique d'Angle-
terre, dit que les Séparatifles font ceux qui fous
Edouard VI. Elifabeth , & Jacques I. refuferent de
fe conformer à l'églife anglicane , & qui farent pre-
mièrement appelles Puritains , enfuite Séparatifs 6c
enfin non-conformijies, Foye^ PuRlTAlNS.
Boltoû fut le premier chef des S éparati/Ics; mais il
quitta enfuite le parti qu'il avoit lui-même formé.
Robert Brown lui ficcéda , &c de-là les Séparutiftes
prirent le nom de BrownifLs qu'ils ont retenu lonp^-
tems , quoique Brown eût abandonné lui-même la
fefte , & eût, à l'imitation de Bolton, abjuré fes er-
reurs. ^oj^^Brownistes.
A Brown fuccéda Barrow qui fut pendu h l'infti-
gation des évêques. Les Séparatifîes eurent eniifite
pour chef Johnfon , qui éleva une églife à Amfler-
dam ; mais celle ci fé divifa en plufieurs fédes dont
l'une eut pour chef le frère même de Johnfon : celui-
ci l'excommunia , & en fut excommunié à fon tour.
AufTi-tôt après , un cinquième nommé Smiks érigea
une femblable églife à Leyde ; mais elle fe réduifit
prefque à rien après fa mort , & le féparatifm.e fem-
bloit éteint , lorfque Ptobinlbn parut 6c le releva. Il
adoucit les dogmes de Bro'*-n , il remit entre les Sé-
paratifies la bonne intelligence; mais il ne put jamais
réunir toutes les fe£les. Une partie tient encore au-
jourd'hui pour les opinions rigides de leur ancien
maître Brown , & une autre fuit llobinfon.
Les premiers ont retenu le nom de Sêparatifics , &
les derniers ont pris celui ait femi-Séparatiflcs ; mais
çn^w ils ont dégénéré en Indépendans ; 6c c^çil le nom
ordinaire qu'on leur donne tant en Angleterre que
dans les colonies angloifes.
Hornius fait mention d'une autre claffe de Sépara-
tifies q\x'[[H[)i->i:lleJi:/'jui-Séparatifies, c'ell-à-dirc. Se-
paratiflis & demi. Quelques-uns prétendent qucc'efl
une fes^e particulière ; mais d'autres fbutiennenr qu'-
elle n'efl pas différente dcsfcmi-SéparatiJ}<:s ; car ils
difent que ces derniers , fous prétexte de tenir un
milieu entre les Browniifes 6i les Anglicans , allè-
rent beaucoup plus loin que les Brownifles même ,
64
SEP
& fous le nom de iùmi-SJ/>.-jradf.cs , dcgcncicrcnt
en Sci'jranlUs &C ilcmi.
SEPARER , V. aci. ( Cz-^z/w. ) divifer , disjoindre ,
écarter, éloigner, dillingvier ; on a fcpuré la terre
en autant do '^)ortions qu'il y avoit d'eni'ans ; il huit
fq'unr lescrioles de ce mélange , le bon grain du mau-
vais ; onféparcXz tête du corps , d'un coup de labre ;
l'homme îcjcpjre de la temme adultère ; ils ïnionifè-
puris avec beaucoup de douleur ; la Seine le féparc
en deux en cet endroit ; les Alpes Jcparem la France
de ritalio; les proteflans {oniJ:p.zrcs de notre com-
iiuwiion.
SÉPARER les guJiiS , ( terme de Vénerie , ) c'eil dil-
tribuer par billets aux veneurs , &L aux valets de li-
miers , une tbrét , ou pluiieursbuilTons, par cantons,
pour aller a.i bois détourner les bctes. (Z). 7.)
SEPAVES ,SlPAYES,oaSEPOYS, (I/ijlmod.)
on déligne l'ous ce nom, dans l'Indoftan , des foldats
indiens ,. qui lont entretenus &C difcipJinés h la ma-
nière des troupes européennes, Lts/épaycs font ula-
ge des armes ù ttu , 6c lont d'alîez bons Ibîdats ,
lorlqu'ils l'ont commandés par des européens.
SEPEAU , 1. m. ( Ou/il de monnoie.') c'cl]: un tronc
ou louche de bois , lur lequel les ouvriers , quand ils
fabriquent les monnoies , polent leur tas ou leur
pile, pour les frapper 6^^ marcjuer. {D. 7.)
SEPÈE, f. f. ( tcrrjie di LabourenrS c'eft une touffe
de plufieurs arbres qui ont pouffé <f un même tronc
ou racine. 11 faut avoir fo':n d'arracher d'un pré les
aulnes qui viennent àwppéc , car en peu de tems ils
occuperoicnt une partie du pré. (Z>. 7.)
SEPKARITES, f. m. pi. {Htfi. ,nnd.) fcde de
mahomctans, dont le nom vient dç/cphar , quifig-
nifie , qualité, attribut , forme. Ils admettent en Dieu
des attributs de bonté , de puiffance, d'éternité , &c.
Ils croient même que Dieu a une figure vilîble com-
me rhomme , 6l difent que cette figure ell campofée
de parties corporelles & fpirituelles , & que les or^
ganes de fon corps ne font point fujets à la corrup-
tion , ni i\ aucune altération. Ce fyllème paroît co-
pié d'après celui df s anciens antropomorphites ; ceux
d'entre les mahométans qui leur font le plus oppofés ,
le nomment moata:;alites. Voye:^ MOATAZALITES.
Ricaut , de Cemp. ottom.
SÉPHIROTHS, f. f. pi. ( Thèolog. ) terme hébreu
qui fignitîe \csfplendcurs , & qui ell fort en ufage dans
la cabale. Voyer^ Cabale.
Les cabaliiles donnent le nom de jéphiroths à la
partie la plus fecrette de leur fcience : c'eff le plus
haut degré de la théologie contemplative des julls
modernes ; ils comptent dix féphirot/is que l'on repré-
fente quelquefois dans dix cercles différens , enfer-
més l'un dans l'autre , & quelquefois fous la figure
d'un arbre , à-peu-prés comme on repréfente dans les
écoles l'arbre de Porphyre, pour faire connoître les
différentes catégories de l'être. Voy. Catégorie.
Les dix fephirot/is font i . la couronne : i. la fagef-
fe : 3. l'intelligence : 4. la force ou lafevérité : 5.1a
miféricorde ou la magnificence : 6. la beauté : 7. la
SEP
vi£^oire ou réternité : 8. la gloire : 9. le fondement :
10. le royaume. Ce font les perfections &c les attri-
buts de l'cffcnce divine , Icfqucls lont liés infépara-
blemcnt entre eux , 6c de l'aiiemblagc defqutls ,
félon les cabaliiles , dépend la création , la conferva-
tion , &c la conduite de l'univers.
Ils ont ima^'iaé des canaux par où les influences
d'una J'p/endjurie communiquent à l'autre. Le mon-
de , difoit Siméon Jochaid , le premier de tous les ca-
baliiles, ne pouvoitpas être conduit par la niiféricor-
de feule , & par la colomne de la grâce ; c'eit pour-
quoi Dieu a été obligé d'y ajouter la colomne de la
force ou de \» févérité , qui lait le jugement. Il étoit
encore néceilalre de concilier ces deux colomncs, &
de m^-ttre toutes choies dans une proportion & dans
un ordre naturel, c'eft pourquoi l'on met au milieu ,
la colomne de la beauté , qui accorde la jufticc avec
lamiléricorde , & met l'ordre fans lequel il ell Im-
polîible que l'uniA'crs iiibfille ; de la miféricorde qui
pardonne les péchés, fort un canal qui va à la vic-
toire ov\ kVéternité ; enfin les canaux qui fortent de
la miiéricorde & de la force , & qui vont aboutir à la
beauté , font chargés d'un grand nombre d'anges;
il y en a trente cinq fur le canal de la. miféricorde, qui
recompenfent les faints , & un pareil nombre fur ce-
lui de Id force , qui châtient les pécheurs.
Le rabbin Schabté compare hsféphiroths ou fplen-
deurs , à un arbre dans lequel on dillingue la racine,
le germe , 6c les branches ; ces trois choies forment
l'arbre, & la leule différence qu'on y remarque , ell
que la racine ell cachée , pendant que le tronc & les
branches fcproduifent au-dehors ; le germe porte fa
vertu dans les branches qui fruîlifient ; mais au fond
le germe & les branches tiennent à la racine , o: for-
ment enfemble un feul & même arbre. Il en ell de
même des fplendeurs ou fephiroths , félon ce caba-
lille ; la couronne ell la racine cachée impénétrable ;
les trois efprits , ou fephiroths , font le germe de l'ar-
bre ; les lept autres font les branches unies au ger-
me, lans pouvoir en être féparées : car celui qui les
fépare , fait comme un homme qui arracherolt les
branches de l'arbre, qui couperoit le tronc , & lui
ôteroit la nourriture après l'avoir léparé de fa raci-
ne. La couronne ell la racine qui unit toutes les fplen-
deurs , qui vcrfe fes influences fur elles , elles font
comprifes dans fon fein & dans fa vertu.
Il faut aulîi remarquer la liailon qu'ils mettent en-
tre ces fplendeurs , & celles qu'ils leur attribuent ,
avec les créatures qui compofent l'univers ; à chaque
fcphiroth on attache un nom de Dieu , un des princi-
paux anges , une des planètes, un membre du corps
humain , un des commandemens de la loi ; & de-là
dépend l'harmonie de l'univers. D'ailleurs une de ces
choies fait penfer à l'autre , & fert de degré pour
parvenir à la connoiffance la plus fublime ; enfin oa
apprend par-là l'influence que les fplendeurs ou fe-
phiroths ont fur les anges , fur les planètes , les allres ,
6l les parties du corps humain. Voici ces relations.
Rdations
SEP
SEP
65
Relations des fephiroths , nvcc les noms de Dieu , les arrhes , les planètes 3 &C.
Dix fiphirothi.
La couronne.
La fagefTc.
L'intellisence.
La magnificence.
La force.
La beauté.
Lavi£toire.
La gloire.
Le fondement.
Le royaume.
Dix noms de Dieu.
Je fuis celui qui
iuis.
Jah , Vcjfence.
Jchovah.
Dieu créateur.
Dieu puiffant.
Dieu fort.
Dix meiTiL^res île Tiiom-
me arcottype , ou ii;x
oiÙLC'S d'arc2nges.
Hiiiot hakk-odes ,
ou les féraphins.
Orphanim , eu Ici
chérubins.
Av^lim , ou les
tiirônes.
Dix planètes , ou
monibresdcl'lioni
me cclelte.
Le ciel empy-
rée.
Le premier
mobile.
Le firmament.
T^. , , Elohim , ou les
Dieu des armées. ^ • • ' '
Hafchemalim , «''■''Saturne
les dominations.
Seraphim , eu bs j^ipi^gj..
vertus.
Melachim , ou le
puiliances.
Le feigneur des
armées.
Le tout-puifiant.
Principautés.
Ben-elohim , ou
les arcanges.
Chérubin , ou les
anges.
Mars.
Le foleil.
venus.
Mercure.
Le fcigneur-ado- Ifchim , ou les :t 1
nai.
âmes.
Dix membres de
l'homme terrc-
Ihe.
Le cerveau.
Le poum.on.
Le cœur.
L'eftomac.
Le foie.
Le fiel.
La rate.
Les reins.
Les parties
nobies de
l'homme.
La matrice.
Dix commandemens
de la loi.
Tu n'auras point d'au
tre Dieu.
Tu ne te feras point
d'image taillée.
Tu ne prendiMS point
le nom du feigneur
en vain. .
Tu fan£}ifieras le jour
du repos.
Honore ton père & ta
mère.
Tu ne tueras point.
Tu ne pailîarderas
point.
Tu ne- déroberas
point.
Tu ne diras point faux
témoignage.
Tu ne convoiteras
point.
Un favant qui a beaucoup étudié les myfteres de la
cabale , croit que \qs fephiroths ne font que des nom-
bres qui ont relation aux dix doigts de la main; d'au-
tres , comme le P. Kircher , croient y trouver le
myflere de la Trinité ; mais il ell: fuperflu d'y cher-
cher d'autres myileres que ceux que les cabalilles y
trouvent ; il faut leur abandonner leurs myftérieux
fecrets , & ne pas perdre le tems àvouloir les appro-
fondir. Mori (f'ijl. in cabal. tom. II. pag. ij . Kircher,
4zdip. œgiptiac. Gymnas , hieroglyph, clajj. 4. c. ix.
tom. II. Bafnage , hijî. des juifs , toin. If^. liv. Fl.
i. V. n° y &S. & tom. VI. liv. IX. c. xj . Calmet,
cictionn. de la hibl. tom. III. pag. Jai. 6* fuiv.
SEPHORIS , ( Gcog. anc. ) ville de la tribu de Za-
tuîon , capitale de la Galilée , à dix ou douze milles
de Tibériade. Elle porta dans; la fuite le nom de
Diocéfirie. Il efl fingulier que les auteurs facrés n'en
cifent mot , & que Jofephe en parle très-fouvent.
Aujourd'hui cette ville efl comblée de ruines , &
dans le territoire des environs , qui efî fertile en pâ-
turage , on n'y voit qu'une vingtaine de pauvres
chaumières. (Z). 7. )
SEPÎA , (Géog. anc.) montagne du Pclopcnnèfe ,
dans l'Arcadie , à la gauche du mont Gcrontc, pi es
du lieu nommé Triccm. On tient , dit Paufanias ,
l:v. FUI. c. xvj. qu'Epythus , fils d'Elaîus , mourut
fur cette montagne , de la piquure d'un ferpent , &
qu'il y fut enterré , parce qu'on ne put tranfporter
fon corps plus loin. Les Arcadiens dlfoicnt que cet-
te montagne engcndroit des lerpens fort venimeux ,
mais qu'ils y étoient rares , parce que la montagne
étant couverte de neige une bonne partie de l'année,
s'ils fortoient de leurs trous , ils périflbicnt dans la
neige, ik s'ils fe cachoicnt , la ri'?,ucvn- A\\ froid ifc le
manque de nourriture les faifoient mourir fous ter-
Tome XV
te. Paufanias ajoute : comme je favois qu'Hom.erc ,
en parlant des Arcadiens, a fait mention du tombeau
d'Epythus , je le confidérai avec foin ; c'ed un peîit
tertre , environné d'une baluflrade de pierre , qui
tourne tout-à-l'entour ; & je crois qu'Homère ne l'ai
tant vanté , que parce qu'il n'en avoit point vu de
plus beau. {D. J. )
SEPÎAS , ( Gé->a, anc. ) promontoire de la Thef-
falie, danslaMagnéfie, à l'entrée du o;olfe Pélafo^i-
que. Diodore de Sicile , liv. Fil. & Ptolomée,
/. ///. c. xiij. parlent de ce promontoire. (Z?. /.)
SEPS , {. m. ( Hifl. nat. ) eli)ece de lézard , ou
pUitôt animal qui tient le milieu entre le lerpent &
le lézard , parce qu'il reffemnle par la forme du corps
à un ferpent, & qu'il a quatre petites p.ittes très-peu
apparentes. On trouve X^f-ps dans la Tofcane ; ilelt
petit , rond , oL couvert d'écaillcs ; 11 a fur le dos
des lignes noires longitudinales &; parallèles entre
elles ; les oreilles &; les yeux font petits , & la queue
efl terminée en pointe; les pattes de devant font fi-
tuées fort près de la tcte , & celles de derrière con-
tre l'anus ; les écailles ont une figure rhomboïde ; le
ventre eft d'un blanc'mêlé d'un peu de bleu. Cet ani-
mal eft vivipare ; Columna rapporte qu'il a tiré du
corps d'un jeps femelle, quinze petits ,tout vivans &
enveloppés dans une membrane comme les petits de
la vipère. Aid. de lacertis , pag. 6x8.
SEPT, (^Aiiihmc'.iq. ) nombre iiupair compoféde
fix & un , qui en chifre arabe s'écrit ainfi , 7 ; en
chifre romain , de cette manière , VII; & en chifre
françois de compte, de cette forte , bij. Le Gendre.
Sept , ( Critiq. facrée, ) ce nombre étoit très-cher
aux Juifs , qui le regardoient fupcrlKtleufemcnt com-
me un nombre m^ltérieux , à caule du (abbat qv i
CG
SEP
SEP
revenolt le feptleftie jour , de la reptleme anncc con-
iacrée au repos de la terre , & des jcpt Icniaines âc
ù^t années qui tbrmoicnt leur jubile ; dc-là vient
que pour s'accommoder \ leurs préjugés , le nombre
fipi le rencontre fi Ibuvent dans l'Ecriture ;/t'/'/é^li-
les ^ fcpt chandeliers ^ fipt branches au chandelier
d'or , fift lampes , jcpt étoiles , fcpt kcaux ^fcpt an-
ges ^j'cpt trompettes ^fcpt phiolcs Jtptxhti'i de dra-
gon yfept diadèmes qu'elles portent. Ainfi le nombre
ftpt eit choifi par prct'érence pour tout autre nombre
indéterminé. En voici de nouveaux exemples. Cela
vous ert plus avantageux que d'avoir Jupe Jils , Ruth ,
IV. iS. c'eil-i\-dire , plulîeurs fî!s. Le parcfleux croit
être plus habile que fcpe hommes qui parleroient par
lentcnces, prov. .v.vvy. i6\ c'cltà-dire que plufieurs
perlbnnes éclairées.
En conléqucnce , ce nombre ctoit confacré aux
cérémonies de la religion: les amis de Job offrirent
un facrifîce de Jèpt veaux & de Jèpt béliers ; David,
dans la lolemnité de la tranflation de l'arche, crut
qu'un pareil lacririce ieroit le plus agréable qu'il put
ortVir au l'eit;neur ; Abraham lui en avoit donné
l'exemple , en faiiant préient h Abimélec àefept bre-
bis pour être immolées en holocaufte fur l'autel, à
la face duquel il avoit contradlé alliance avec ce
prince.
Remarquer aufTi que ce nombre fept étoit affecté
chez les payens , tant à l'égard des autels que des
viftimes qui dévoient être immolées ; c'étoit une ef-
pece de rit , tiré de l'art magique , fuivant lequel le
nombre y^;»^ étoit un nombre myftérieux , confacré
iuxjl'pi planètes , & qui avoit la vertu , à ce que
prétendoient les magiciens , d'en tirer les génies ,
pour les faire defcendre fur la terre. (Z?. /.)
SEPT A , (■^{/?- rt-^^. ) c'étoit anciennement un
enclos , ou un endroit fermé de barrières ou de ba-
luftrades faites de planches, par où l'on paffoit pour
donner fa voix dans les affemblées des Romains , qui
fe tcnoient dans le champ de Mars , comme l'atteffe
Servius , cité par Rofm , //v. J^I, des antiq. rom. On
nommoit encore ces enclos , ov'Uia. f^ojei Ovilia,
SEPT AINE, f.f. {Jurifprud.) c'efl la banlieue,
le finage , ou territoire dépendant d'une ville ; ce ter-
me vient a fcepiis , comme qui diroit une enceinte ;
il eff trouvé dans quelques anciennes chartes, & fm-
guliercment dans le procès verbal de la coutume de
Berri , où la banlieue de Bourges eft ainfi nommée.
f^oyci la coutume de Berri , le glo(far. de M. de Lau-
riere, &: les mois Ba^ueve , Bannie , Quinte ,
DÉTROIT , District , Territoire. ( ^ )
SEPTANTE , ( Arhhmétiq. ) nombre pair , com-
pofé de foixante & dix , ou de fept dixaines , ou de
cinq fois quatorze , ou de quatorze fois cinq , ou de
dix fois fept; ainfi que lept loit multiplié par dix,
ou que dix le foit par fept , ou quatorze par cinq ,
ou cinq par quatorze , le produit Icra toujours/e/'-
tanu. On dit plus ordinairement foixante-&:-dix ;
fcptanit , ou foixante-&-dix , en chifre commun ou
arabe , s'écrit de cette manière , 70 ; en chiffre ro-
main de cette forte , LXX ; 6c en chiffre francois ,
Ixx. Le Gendre. {D. J.) ^
Septante, verjîon des' (^Critiq. facréc.') tradudion
greque des livres de Moife , dont les juifs n'enten-
doicnt plus la langue originale ; comme cette verfion
fut faite à l'ufage desfynagogues d'Egypte, qu'elle
cft la j)rcmierc 6c la plus célèbre de toutes , il importe
d'en difcourlr avec l'étendue qu'elle mérite.
Le livre le plus ancien qui en parle, porte le nom
ù^AriJîée, ôceil parvenu jufqu'à nous. Le deffein de
cet ouvrage cft uniquement d'en donner l'hiftoire,
6c dans cet événement , l'auteur Arlllée y ell qua-
lifié d'officier aux gardes de Ptolomée Philadelphe.
Voici un court extrait de fa relation.
Ptolomée Philadelphe , roi d'Egypte, a}'ant fort à
cœur la belle bibliothèque qu'il formoit à Alexan-
drie, 6c qu'il rempliffoit de toutes fortes de livres ,
donna la diredion de ccxtc a.T.iirc ;\ un illuflre athé-
nien , qu'il avoit à fa cour, Démétrius de Phalere ,
qu'il chargea de lui tirer de tous les endroits du mon-
de , tout ce qu'il pouyoït y avoir de curieux en fait de
livres. Démétrius , en s'acquitant de cette commif-
fion , apprit que les Juifs avoicnr un livre qui conte-
noit les lois de Moife ; il en avertit le roi : ce prince
ayant confenti d'en faire venir une copie dejérufa-
lem , avec des gens qui le traduiùffent en grec , or-
donna à Démétrius de lui dreffer un mémoire fur
cette affaire , & d'en écrire au fouveraia facrifî-
cateur.
Ariffée, l'auteur prétendu decette hiffoire des fep-
tante interprètes , Sofibius de Tarente , & André ,
tous trois gens de qualité de la cour de Ptolomée , 6c
amis de la nation juive , prirent cette occafion de
demander au roi la grâce de ceux de cette nation qui
avoient été mis en efclavage par Ptolomée , & em-
menés en Egypte ; le roi accorda leur demande. En-
fuite Démétrius lui remit un mémoire , pour obtenir
des juifs le livre de la loi de Moile , qu'il fouhaitoit.
Selon le plan de ce mémoire , le roi demandoit à
Eléazar , louverain facrifîcateur à Jérufalem , le livre
de Moife , & lix perfonnes de chaque tribu pour le
traduire en grec.
Ariftée &i André furent les porteurs de cette let-
tre , avec des préfens immenfes qui leur obtinrent
toutes fortes d'honneurs à leur arrivée à Jérufalem.
Ils revinrent à Alexandrie munis d'une bonne copie
de la loi de Moife écrite en lettres d'or , & accom-
pagnés de fix anciens de chaque tribu , c'eft-à-dirc
71 interprètes , pour la traduire en grec.
Le roi ayant vu ces 72 députés , en fut très-fatis-
fait , leur fît préfent de 3 talents à chacun , & les en-
voya à l'île de Pharos , près d'Alexandrie, pour exé-
cuter commodément leur entreprife. Démétrius les y
conduifit par l'Heptaftadlumqui joignolt cette île au
continent , & les logea dans une maifon qu'on leur
avoit préparée. Ils fe mirent auffi-tôt àtravailler à leur
verfion ; & quand une période étoit faite , après qu'-
elle avoit paffé dans une conférence générale , Dé-
métrius l'écrlvoit. L'ouvrage fut achevé en 72 jours.
Il fut lu & approuvé en préfence du roi , qui fit en-
core préfent à chaque traducteur de trois habits ma-
gnifiques , de deux talcns en or, d'une coupe d'or
d'un talent, & puis les renvoya dans leur pays. Voilà
le précis de la relation d'Arillée.
Ariffobule , juif d'Alexandrie, & philofophe pé-
ripatéticien , eft le fécond qui parle de cette verfion
des feptante. Il vivoit vers la CLXXXVIII. année
de l'ère des contrats , c'eft-à-dire CXXV. ans avant
Jefus-Chrifi: ; car on trouve une lettre que lui écri-
virent dans ce tems-là les juifs de Jérufalem 6c de Ju-
dée, comme cela paroît par le //. Uv. des Macchabées.
On dit que cet Ariftobule avoit compofé un com-
mentaire fur les cinq livres de Moyfe , & qu'il l'a-
voit dédié au roi Ptolomée Philométor , dont il
avoit été précepteur ; & c'efl-là qu'on prétend qu'il
parloit de cette verfion faite fous la diredionde Dé-
métrius de Phalère , par ordre exprès de Ptolomée
Philadelphe roi d'Egypte. Ce livre eft perdu ; tout ce
qui nous en refte font quelques fragmens qu'en ci-
tent Eusèbe 6c Clément Alexandrin.
Après Ariflobule vient Philon , autre juif d'Alexan-
drie , qui vivoit du tems de Notre-Seigneur ; car
peu après fa crucifixion , il fut député par les juifs
d'Alexandrie à Caîus Céfar empereur romain. Dans
la relation qu'il donne de la verfion des feptante , on
trouve les mêmes chofcs que dans celle d'Ariilée : il y
brode feulement quelques nouveaux traits , pour en
pouvoir conclure que les traduftcurs étoient des
honames ini'pirés par l'efprit de i.)ieu.
SEP
Jofcphe qui a écrit l'es antiquités judaïques vers la
fin du premier liecle , s'accorde pareillement avec
Ariltée ; & ce qu'il en dit, aniïq.jud. xij. 2. n'eft
qu'un abrégé de cet auteur. Seulement dans Jofephe
le prix de la rédemption des juifs eft différent de celui
d'Ârillée ; cur au-lieu qu'Ariftée dit vingt drachmes
par tête , Se la fomme totale iix cens foixante îalens ,
Jol'cphe met cent vingt drachmes par tête , & fait
monter la fomme totale à quatre cens foixante ta-
lens ; dans tout le refic ils s'accordent enfcmble.
Après Jofephe , le premier qui parle de la vcriion
àcs J'eptante, ècàe la manière dont elle fe fit , eftJuf-
tin martyr , qui vivoit vers le milieu du fécond lie-
cle , environ cent ans après Philon. Il avoit été à
Alexandrie , & s'étoit informé de ce fait aux juifs
du pays. Il nous dit ce qu'il avoit appris d'eux , &
ce qui étoit reçu conftamment parmi eux pour véri-
table ; & ce qu'il en dit prouve qu'on avoit encore
enchéri fur ce que Philon avoit écrit de la conformité
miraculeufe des traductions ; on y avoit ajouté des
cellules différentes , dont chaque tradufleur en avoit
une où il étoit renfermé , & où il avoit fait à part fa
traduftion particulière de tout l'ouvrage ; & que
quand on \ int à comparer ces traduâiuns les unes
avec les autres , il ne s'y trcniva pas un feul mot de
différence. Ce bon père prend tout cela pour argent
comptant.
Irénée , Clément Alexandrin , S. Hilaire, S. Au-
gullin , Cyrille de Jérufalem , Philaftre de Breffe , &
le gros des pères qui ont vécu depuis Juftin , ont tous
ces cellules , & l'accord merveilleux de toutes les
verfions. Quelques modernes défendent avec la mê-
me chaleur cette hiftoire , & ne peuvent confentir à
laiffer tomber un miracle qui coniîrmeroit fi bien la
divinité de la fainte-Ecriture contre tous les contre-
difans. C'ell dommage qu'on y oppofe des objedions
fans réplique.
Du tems d'Epiphane , qui fut évêque de Sala-
mine en Chypre l'an 368, des fauffes traditions
avoient encore corrompu davantage cette hifloire ;
en effet , la manière dont il la conte ell différente de
celle de Juftin, aufîi-bien que de celle d'Ariftée ; &
cependant il appelle Ariflée à témoin des faits même
qu'il rapporte autrement que lui : ce qui prouve que
de fon tems il y avoit un autre Ariûée , & que celui
que nous avons aujourd'hui ell le même qu'avoient
Jofephe & Eusèbe.
Après cette relation hiflorique de la verfion des
feptante , il faut dire ce que nous penfons fur cette
matière.
I. On ne peut pas douter qu'il ne fe foit fait une
traduftion greque des livres facrés hébreux du tems
Aes Ptolomées en Egypte ; nous avons encore cette
traduction ; & c'ell la môme qu'on avoit du tems de
Notre-Seigneur , puifque prefque tous les palTa-
ges que les écrivains làcrés du nouveau Teflament
citent du vieux dans l'original grec , fe trouvent mot-
à-mot dans cette verfion. L'on ne peut pas douter non
plus , vu la palTion qu'ont eu les princes de la race
des Ptolomées de remplir leur bibliothèque d'Alexan-
drie de toutes fortes de hvres , palîion dont tous \qs
hiftoriens de ce tems-là parlent , on ne peut douter,
dis-je , que cette tradudion n'y ait été mife dès qu'-
elle fut faite.
II. Le livre qui porte le nom à' J ri fiée, qui ell le
fondement de tout ce qu'on a débité fur la manière
dont fe fit cette tradudtion par les yz anciens, en-
voyés exprès de Jérufalem à Alexandrie, du tems
de Ptolomée Philadelphe , ell une fîdion mani-
felle inventée pour accréditer cette verlion. Les
Juifs, depuis leur retour de la captivité de Babylone
jufqu'au tems de Notre-Seigncur , donnoient extrê-
mement dans les romans de religion , comme cela
paroît par leurs livres apociyphes qui fe font confer-
Tonii XV, '
SEP
67
vés jufqu'à nous. Le livre que nous avons encore
fous le nom d'Arillée , ell un de ces romans écrit par
un juif hclléniile; & c'ell une chofe évidente par
plulieurs railons.
i.o Quoique l'auteur de ce livre fe dife payen
grec , il parle partout en juif; & dès qu'il s'agit de
Dieu ou de !a religion des Juifs, il en parle dans des
termes qui ne conviennent qu'à un juif, & fait parler
de la même manière Ptolomée , Dé-iiétrius , André ,
Sozibius , oL les autres perfonnages qu'il introduit
lur la fcene.
2". Il fait faire une dépenfe prodigieufe à Ptolo-
mée pour avoir cette verlion. Il lui en coûte pour
racheter les captifs , 660 talens : en vafes d'argent
envoyés au temple , 70 talens : en vafes d'or , ^o : &
en pierreries pour ces vafes, cinq fois la valeur de
l'or; c'ell-à-dtre 150 talens : en facrifîces & autres
articles pour Tufage du temple, ico talens. il flùt
prêtent outre cela à chacun des 72 députés, de 3 ta-
lens d'argent à leur arrivée, c'ell- à- dire en tout,
de 216 talens; & quand il les congédie, de 2 talens
d'or à chacun , & d'une coupe d'or du poids d'un
talent. Tout cela mis enfemble , donne la fomme de
1046 talens d'argent, & 1600 talens d'or, qui ré-
duite en monnoie d'Angleterre, fait 19 18537 liv.
llcrlings 10 fchellings,en comptant le talent fur le
pié de celui d'Athènes, comme le doéleur Bernard
en a réglé la valeur. Si on prenoit les talens pour
des talens d'A^lexandrie , où etoit la fcene , ce Icroit
bien pis encore , car ce feroit le double.
Si l'on ajoute à cette largelfe plufieurs autres me-
nus prélens qu'Arillée fait faire par ce prince aux
députés , outre les frais de leur voyage & de leur
dépenfe pendant leur féjour en Egypte , il fe trou-
vera que Ptolomée , pour avoir le livre de Moïfe
en grec , aura dépenlc plus de deux millions-ûcî"-
lings , c'efl-à-dire à peu-près vingt fois autant que
la bibliothèque alexandrine pouvoit valoir. Com-
ment imaginer que Ptolomée ait fait cette prodi-
gieufe dépenfe pour un ouvrage , dont ni lui , ni
fa cour ne dévoient pas certainement être fort
curieux.
3°. Les quellions qu'on propofe aux 72 députés,
& leurs réponfes, n'ont pas moins l'air d'un roman.
L'envoi dés anciens de Jérufalem à Alexandrie pour
cette traduction , & qu'on tira fix à fix de chaque
tribu , font l'invention d'un juif, qui a en vue le
fanhédrin , & le nombre des douze tribus d'ifraél ;
mais il n'y a pas même apparence qu'il y eut alors
dans toute la Judée fix hommes qui eulTent les qua-
lités qu'on leur donne pour cet ouvrage, & qui en-
tendiflént allez de grec pour le faire. Ce n'ell pas
tout ; il falloit également entendre l'hébreu qui étoit
la langue de l'original : or l'hébreu alors n'étoit plus
leur langue , car depuis le retour de la Chaldée , c'é-
toit le chaldéen.
4". Il y a dans le récit d'Arillée plufieurs autres
faits qu'on ne fauroit ajuller avec l'hiftoire de ce
tems-là. En particulier, ce Démétrius de Phalere
qu'Ariftée repréfente comme le favori de Phila-
delphe, loin d'être en faveur à la cour de ce prince ,
avoit encouru fa difgrace , pour avoir voulu dé-
tourner fon père de lui mettre la couronne fur la
tête ; & d'abord après la mort du père qui l'avoit
protégé, on mit Démétrius en prifon où il mou-
rut peu de tems après, comme le dit Diogène de
Lacrce. Mais ceux qui feront curieux d'approfondir
davantage la fable d'Ariftée , peuvent lire ce qu'en
ont écrit MM. Dupin , Simon , & lur-tout le dodcur
Hody dans fon lavant ouvrage di. BibLïomm verjloni-
bus grxc.
III. Ari (lobule ne mérite pas de nous arrêter long-
tems , parce que Ion récit eft tiré d'Ariftée dont le
roma;i avoii déjà la vogue parmi les juits d'Alexan-
68
SEP
SEP
drie. Ce que le //. Hv. des Macchab. j. x. rapporte
de cet Arlftobule qui étoit prcccpteur de Ptolornce,
Pan i88 de Pore des contrats , ell contre toute ajr^xi-
rcnce. C'ctoit Ptoloincc Phyieon qui rci;noit alors ; &:
Pan i88 de Père des contrats eft la 2.1 de l'on règne ,
& la 56 après la mort de Ion pcre. Il falloit donc
qu'il eût près de l'oixante ans pour le moins ; &: Pon
n'a pas de nrccoptcur à cet âge.
On dit encore que cet Ariltobule avoit écrit un
commentaire lur les cinq livres deMoiïe,ik; qu'il
Pavoit dcdiv; à PtolomcePhilomctor; n\^is tout fait
Ibupçonncr que ce commentaire étoit l'ouvrage de
c^iclque )uit hellénifte, compoié long-tems après la
date qu'il porte ; &: ce qui fortifie ce foupçon, c'eil:
que Clcmcut Alexandrin eft le premier qui en parle,
& Eufebe le dernier. Cette obfcrvation prouve tou-
jours que ce commentaire , quel qu'il fût , n'a pas
duré longtems.
IV. Quîint à Philon , fcs additions à Phiftoire d'A-
riftée font tirées des traditions reçues de Ion tems
parmi les juifs d'Alexandrie. Le principal &: Paccef-
ibire viennent de la même iource, c'el1:-à dire que
Pun & l'autre étoit inventé pour faire valoir la reli-
gion judaïcr.e , pour la faire refpe^ler aux étran-
gers, & attirer à cette verfion une vénération & une
autorité particulière du commun de leurs propres
gens. Quand cela eut une fols paflé , il ne fut pas dif-
îicile d'introduire la folemiiité d'un annivcrfaire pour
en faire la commémoration , telle que Philon l'a vue
pratiquer de fon tems.
V. Il paroît que la difTérence du prix de la rançon
des Juifs qui fe trouve entre Jofephe &: Arillée , eft
vlfiblement une faute, ou de l'auteur ou des copiftes;
car la fomme totale ne s'accorde pas avec ce cjui ré--
fuite des fommes particulières. Le nombre des juifs
rachetés , dit Jofephe , fut i lo mille , à ao drach-
mes par tête , comme Ariftée le raconte , c'efi: juge-
ment 400 talens qui efl la même fomme d'Arill:ée ;
mais Jofephe dit que la rançon étoit de 1 20 drach-
mes par tête, c'eft-à-dire fix fois autant, & cepen-
dant fa fomme totale ne va qu'à 460 talens. Il y a
donc erreur dans les nombres ; ou il faut que la
rançon foit plus petite , ou il faut c^ue la fomme
foit plus grofle.
VI. Pour ce qui eft de Juftln, martyr, & des au-
tres pères qui Pont fuivi , ils fe font perfuadé trop
aifément ce qu'ils fouhaitoient qui fût vrai; car,
que foixante &; douze perfonncs renfermées dans des
cellules difFcrpntes pour faire une traduction de l'É-
criture , fe rencontrent lans aucune communication
à traduire tous mot pour mot de la même manière ,
ce fcroit un miracle qui prouveroit inconteftable-
ment, non feulement l'autorité de la verfion, mais
la vérité de Pécriture du vieux Teftament; & les
chrétiens d'alors s'intéreflbient également à ces deux
chofes,aufri bien que les Juifs.
Juftln martyr donc trouvant à Alexandrie cette
tradition reçue, y donna toute fa croyance , & s'en
fervit même contre les Payens pour défendre la reli-
gion qu'il profefToit. Eniuitt Irénée &: les autres
pères de PÉglife goûtèrent à leur tour la même-idée
il flatteufe. Mais pour fe convaincre du peu de fonds
que mérite l'autorité de Juftln martyr dans cette af-
faire , il n'y a qu'à jetter les yeux lur les erreurs de
fa narration. Selon lui, Ptoloince envoyé demander
à Hérode le livre de la loi. Juftln nefongeoit pas que
non feulement Ptolomée Phlladclphe dont il vouloit
parler,mais tous les autres Ptolomées fcs fuccefTeurs,.
ctoient morts avant qu'Hérode parvînt à la couronne
en Judée. Cette bévue n'accrédite pas le refte de
fon récit.
Ajoutons que ce père de PÉglife étoit fort cré-
dule; &: que quand il eut embrailc le chrlftianifme,
il fe lailfa trop emporter à (on zèle poirr la religion ,
& donna trop aifément dans tout ce qui lui paroiiîbit
la favorifer. En voici un exemple bien fenfil^le. Étant
à Rome, il y rencontre une liatue confacrée à Sé-
mon Sancus , un ancien demi -dieu des Sabins. li
s'imagine auflitôt qu'elle cil dédiée à Simon Mngus
ou le matïlclen ; &; fims autre fondement eue cette
vlfion , il reproche au peuple romain de s'être fait
\\\\ dieu d'un impofleur. La même facilité lui fit ajou-
ter foi aux difcours des juifs d'Alexandrie, qui en
lui montrant les ruines de quelques vieilles maifons
de l'île de Pharos, Paflurerent que c'étoient les ma-
fures des cellules àQsJ'^ptantc.
VII. La relation qu'Épiphane donne de cette ver-
fion, eft fi difl'érente de toutes les autres , qu'elle fem-
ble tirée d'une autre hiftoire que de celle oii avoieiït
puilc Jolcphe &; Eufebe. Apparemment que quelque
chrétien, depuis Juftln martyr, avoit ramafle tout
ce qu'il avoit pu rencontrer fur cette matière, &: en
avoit compofé le nouvel Ariftée d'Epiphane, d'où il a
tiré ce qu'il en dit. Il tft du-moins bien fur que l'Ari-
flée d'Epiphane a paru après le tems de l'auteur pré-
tendu de cette pièce ; car la féconde lettre qu'Epi-
phane en cite , comme écrite par Ptolomée Phila-
delphe à Eléazar , commence par cette maxime :
» Un tréfor caché, & une fource bouchée, de quel
» ufage peuvent-ils être »? Cette fentence eff vifible-
mcnt tirée du livre de rEccléliaftlque , c/2. .v.t.30.
& ch. xlj , 74. qui ne fut pubhé par le fîls de Sirach
que vers l'an 1 3 x avant Jéfus-Cbrift, & 1 1 ^ ans après
la mort de Ptolomée Philadelphe , par Pordre duquel,
félon cet auteur , la verfion dcsfeptante s'eft faite.
Enfin, le détail qu'on vient de lire, prouve, je
crois, fufïifamment que tout ce qu'Ariftée, Philon,
Juftin martyr , Epiphane, & ceux qui les ont fuivis,
ont débité fur la verfion des feptante , eft: une pure
fable, qui n'a d'autre fondement, finon que fous le
règne de Ptolomée Phlladeippe, il fe fit une verfion
de la loi de Moife en grec , par les juifs d'Alexan-
drie.
VIII. Pour le mieux comprendre, il faut obfer-
ver, que quand Alexandre bâtit Alexandrie, il y
attira quantité de juifs. Ptolomée Soter ayant fait
aufTi fa capitale de cette ville , apporta tous (es foins
à l'augmenter ; en conféquence il y attira encore un
grand nombre d'autres Juifs, en leur accordant les
mêmes privilégias qu'aux Macédoniens & aux Grecs ;
de forte qu'ils faifoient une partie très-confidérable
des habitans de cette grande ville. Le commerce con-
tinuel qu'ils avolent avec les citoyens du lieu , les
obhgea bientôt à apprendre la langue dominante qui
étoit le grec, & à la parler communément. Il leur
arriva dans cette occafion , ce qui leur étoit déjà
arrivé dans une autre pareille à Babylone ; je veux
dire , d'oublier leur langue , & de prendre infenfî-
blement celle du pays. N'entendant donc plus l'hé-
breu , où on avoit accoutumé de lire encore pre-
mièrement le texte ; ni le chaldéen , où l'on en don-
noit Pexplication dans les fynagogues , ils en firent
une verfion grecque pour eux-mêmes. Voilà la véri-
table raifon qui produilit cette verfion grecque, à
qui le roman d'Ariftée a fait donner le furnom des
Jdptante.
D'abord on ne traduifit en grec que la loi, c'efl-à-
dire les cinq livres de Moîfe. Enfuite du tems d'An-
tiochus Epiphane, ceux d'Alexandrie , qui pour lors
fe conformoient à tous les ulages de la Judée &: de
Jérufalem pour le fpirltu'jl, traduifirent en grec \es
prophètes. Enfin , des particuliers traduifirent le refte
pour leur ufage domeftique , enforte que la verfion
à qui l'on donne le nom des fiptanie, fe trouva com-
pktte ; &Î. cette verfion fut celle dont fe fervirent les
juifs helléniftes dans tous les endroits de leur difper-
fion où l'on parloit grec.
1°. Qu'il n'y eut que la loi de traduite en grec
SEP
du tems de Ptoîomée Philp.delphe , c'eft ui\ Hiit clai-
rement marqué dans tous les auteurs qui ont com-
mencé à parler de cette verlion : dans Ariftée, Arif-
tobul3,PaiIon &C Joléphe , cela ell: dit expreirément.
2°. Que ce fut à Alexandrie que fe fil cette vcrfion ;
la dialecte d'Alexandrie qui y règne pai-tout, en eft
une preuve iuSlante. 3 '^. Qu'elle fut faite à plufieurs
reprifes , & par des perfonnes dilTérentes. La dlttc-
rence du ^tyle des diiierens livres, la difFérente ma-
nière dont on y trouve les mots hébreux & les mê-
mes phrai'es traduites , enfin le foin qu'il paroît que
l'on a apporté à la tradudlion de certains livres , &
ia négligence qui fe voit dans quelques-autrts , ou
plutôt l'exactitude de quelques-unes de ces traduc-
tions, & le manque d'exaciitude des autres, en font
une déinonfiraiion fans réplique.
IX. La paiiion qu'avoit Ptoîomée Philadelphe, de
remplir la belle bibliothèque de toutes fortes de li-
vres, ne permet pas de douter que, dès que cette
verfion fi.it faite à Alexandrie , on n'y en mît un
exemplaire qui y demeura jufqu'à ce que ce riche
magalln des fciences fut confumé par un incendie
que Jules Céfar occafionna. Mais il falloit que cet
exemplaire fût bien négligé ; puifque pas vm des au-
teurs grecs qui font parvenus jufqu'à nous , ni les an-
ciens auteurs latins, n'en a jamais dit le moindre mot.
La curicfité pour cette verfion grecque d^l'Ecri-
ture,fe borna à la feule nation juive; ils s'en fer-
voient en public dans les fynagogues , pour y lire
les leçons réglées par leurs canons ; & fans doute
qu'ils en avoicnt auHî des copies en particulier dans
leurs familles : mais jufqu'au tems du nouveau
Teftament , il ne paroît point^qu'ils les montraf-
fent aux étrangers. Quand l'évangile le fut étendu à
toutes les nations, alors cette verfion s'étendit avec
lui partout où l'on entendoit ia langue grecque ;
elle ne fiit plus renfermée entre les juifs hciiénilics ,
elle fut entre les mains de tous ceux qui en eurent
çnvie , & les copies fe multiplièrent. Aufli voit-on ,
quelque tems après Notre-Seigneur , que les payens
commencent à connoître le vieuxTeftament;au lieu
qu'avant le chriftianifme, très-peu, ou plutôt pas un
d'eux, ne Tavoit connu.
X. A niefure que la religion chrétienne fe répan-
<Iit, cette verfion greque dcs/epta/iu fut aufïï plus re-
cherchée & plus ellimée. Les évangélilles &.les apô-
tres qui ont écrit les livres du nouveau Tefiament , la
citent ; les pères de la primitive Eglife la citent aufli.
Toutes les églifes greques s'en fervoient ; & jufqu'à
S. Jérôme , les latines n'avoient qu'une traduûion
laite fur cette verfion. Tous les commentaires pre-
noient cette verfion pour le texte , & y ajuHoient
leurs explications. Et quand d'autres nations fe con-
vertilToient & embraflbient la religion chrétienne ,
pour avoir l'Ecriture en leur langue , les veiiions fe
laifoient Hir celle àiisfeptante ; comme l'illyrienne ,
la gothique, l'arabique , l'éthiopique , l'arménienne
& la fyriaque.
XI. Cependant à mefure que la verfion des fep-
ianu gagnoit du crédit parmi les Chrétiens , elle en
perdoit parmi les Juifs. Comme ils fe trouvoient pref-
l'és par divers paffages de cette traduûion que les
Chrétiens faifoient valoir contre eux , ils fongerent
à s'en procurer une nouvelle qui leur fut plus favo-
rable. Aquila , juif profélite , exécuta le premier
cette bcfogne. Peu de tems après Aquila , il fe fit
deux autres verfions greques du vieux Tcllament ,
l'une par Théodotion , & 1 autre par Symmachus ,
comme nous le dirons plus au longauwof Versions
GREQUES.
C'eflalTez de remarquer ici qu'Origene ralTembla
dans fcs héxaples les trois dernières verfions dont
nous venons de parler , conjointement avec celle
dcsjifcanre, Pamphile 6c Eufebe ayant découvert
S ÉP
H
vers la fin du ilj. fieclc l'héxaple d'Origene dans la
bibliothèque de Céfarée, tirèrent de cet ouvrage
quelques copies de la verfion des feptante , 6c les
communiquèrent aux églifes de ces quartiers-là, qui
la reçurent généralement depuis Antioche jufqu'eri
Egypte.
il fe fît à-peu-près dans le même tems deux autres
éditions Aqs fiptanu ;\a. première par Lucien , prfître
de l'églife d'Antioche, qui fut trouvée après fa mort
à Nicomédie en Bithynie. Ce fut cette édition que
reçurent dans la fuite toutes les églifes , depuis Conf-
tantinople jufqu'à Antioche. L'autre fut faite par Hé-
fychius , évêque d'Egypte , & fut reçue d'abord à
Alexandrie , & enfuite dans toutes les églifes d'E-
gypte. Ces deux correcteurs entendoient l'hébreu ,
6c avoient fait par-là plufieurs correftjons à la ver-
fion.
Les auteurs de ces trois éditions àes fcptanu fouf-
frirent tous trois le martyre dans la dixième perlé-
cution ; cet événement donna une fi grande répu-
tation à leurs éditions , que toute l'églife greque
s'en ferviî , de l'une dans un endroit , & de l'autre
dans un autre. Les églifes d'Antioche & de Conftan-
tinople , & toutes celles d'entre deux, prirent celle
de Lucien. Celles d'entre Antioche & l'Egypte , celle
de Pamphile, & en Egypte celle d'Héfychius. C'eft
ce qui fait dire à S. Jérôme qu'elles partageoient le
monde en trois ; parce que de fontems aucune églife
greque ne fe fervoit d'aucune autre que d'une de ceS
trois , qu'elle regardoit comme une copie authenti-
que du vieux Tefiament. Ces trois éditions , à en
juger par les copies manufcrites qui en reftent encore,
ne diiîéroient en rien de confidérable, pourvu qu'on
ne miette pas en ligne de com.pte les fautes des co-
piftes.
De la même manière que les anciens avoient
trois éditions principales Aes feptante , il efi arrivé que
les modernes en ont aufli trois principales depuis
rimpreffion , dont toutes les autres ne font que des
copies. La première eft celle du cardinal Ximenès,
imprimée à Comphite , ou Alcala de Henarès en Ef-
pagne ; la féconde celle d'Aldus à Venife , & latroi-
fieme celle du pape Sixte V. à Rome;
Celle du cardinal Ximenès eft imprimée l'an 16 15
dans fa polyglotte , connue fous le nom de bible de
Compluu , qui contient 1°. le texte hébreu ; i'*. la
paraphrafe chaldaique d'Onkélosfur le Pentateuque ;
3°. la verfion des/eptantedu vieux Tefiament, & l'o-
riginal grec du nouveau , & 4°. la verfion de l'un &
de l'autre. Ce furent les théologiens de l'univerfité
d'Alcala, &quelques autres qui préparèrent les ma-
tériaux pour l'imprelîion ; mais comme c'étoit le car-
dinal Ximenès qui en avoit fait le plan , qui les diri-
geoit , & qui en faifoit toute la dépenfe , cette poly-
glotte a retenu fon nom. Le delfein qu'on s'ell pro-
polé dans cette édition des feptante ayant été de choi-
fir dans tous les exemplaires qu'on avoit la leçon qui
approchoit le plus de l'hébreu , il fe trouve que ce
qu'ils ont donné ell plutôt une nouvelle verfion
greque , que les anciens y^/'m/7fé, ou la verfion qui
fous ce nom a été d'un fi grand ufage aux pères de la
primitive Eglife. C'efi fur cette édition des feptante
que font faites celles des polyglottes d'Anvers &c de
Paris , dont la première parut l'an lôyx , & l'autre
l'an 1645. Celle de Commelin , imprimée à Heidel-
berg avec le commentaire de Vatabie , l'an 1699 »
eft aulîi faite lur cette édition.
II. L'édition d'Aldus à Venife cft de i ^78. Ce
fut André Alulanus, beau-pcre de l'imprimeur , qui
en prépara la copie par la colleélion de plufieurs an-
ciens manulcrits. C'ell de celle-ci que font venues
toutes les éditions d'Allemagne , à la reierve de celle
d'Heidelberg dont nous venons de parler.
lU. Mais l'édition de Rome cil préférée airx deux
fo SEP
autres par touslcs favans, quoique VofTius l'ait con-
damnée comme la plus mauvaile. Le cardinal de
Montalte , qui parvint eniiiite au pontificat , l'avoit
-commencce. Comme il portoit le nom de Sixte V.
quand elle parut l'an 1687, cette édition eft auffi
connue fous ce mC-mc nom. 11 commença par recom-
mander cet ouvrage à Grégoire XllI. en lui reprélen-
tant que c'étoit ce qu'ordonnoit un décret du concile
de Trente ; & Ion avis ayant été lliivi , on en char-
gea Antoine Caraile , lavant homme , d'une tamille
iUullre d'Italie , qui t\it tait eniiiite cardinal &c biblio-
thécaire du pape. Avec l'afrillance de quelques la-
vans qui travailloient fous lui,il acheva cette édition.
On liiivit prefque en tout un ancien manufcrit de
la bibliothèque du Vatican , qui étoit tout en lettres
capitales fans acccns , fans points & fans dillint^ion
de chapitres ni de verfets. On le croit du tems de S.
Jérôme. Seulement là où il manquoit quelques feuil-
les , on fut oblige d'avoir recours à d'autres manuf-
crits , dont les principaux furent , un de Venife de
la bibliothèque du cardinal Beffarion , & un autre
qu'ils tirent venir de la Calabre , qui étoit fi confor-
me à celui du Vatican , qu'on croit que l'un eft une
copie de l'autre , ou que tous deux ont été faits fur
le même original.
L'année fuivante on publia à Rome une verfion la-
tine de cette édition , avec les notes de Flaminius
Nobilius. Morin les imprima toutes deux enfembleà
Paris l'an i6i8. C'eil fur cette édition qu'ont été fai-
tes toutes celles des fcptame qu'on a imprimées en
Angleterre. Celle de Londres //2-c?". de 1655 , celle
delapolyglottede Walton de 1657, &: celle de Cam-
bridge de 1 66 5 , où clî la favante préface de l'évêque
Péarfon , & qui nous donne bien plus fidèlement l'é-
dition de Rome , que celle de 1653 , quoique toutes
deux s'en écartent en quelque choie.
Mais le plus ancien & le meilleur manufcrit des
fcptauu , au jugement de ceux qui l'ont examiné avec
beaucoup de foin , c'eft l'alexandrin qui efl dans la
bibliothèque du roi d'Angleterre à S. James. Il elt tout
en lettres capitales , fans diftinftion de chapitres , de
verfets, ni de mots. Ce fut un préfent fait à Charles
I. par Cyrille Luçar, alors patriarche de Conflanti-
nople ; il l'avoit été auparavant d'Alexandrie : quand
il quitta cepatriarchat pour celui de Conftantinople,
il y emporta ce manufcrit , & l'envoya enfuite à
Londres par le chevalier Thomas Roe , ambafTadeur
d'Angleterre à la Porte , & y mit cette apoilille qui
nous apprend l'hifloire de ce manuicrit.
Libtr ijic Scriptunzfacra n. & v. Tefhmenri , prout
ex traditione habcmus , eflfcriptus manu Tkeclœ nobilis
famina œgypiiœ , anic mille & treccntos annos circitcr ,
paulo pojl concilium Nicœnum. Nomen Tluclcz in fine
libri erut exaratum ;fed exiinclo Chrijiianifmo inAigyp-
to à Mahometanis , & libri unà Chrillianorurn in jimi-
Um func rcdacli conditionem ; extinclum cnim cfl Tkeclcc
nonicn €" laceratum ; fed mtmoria & traditio nccns ob~
fervat.
Cyrillus , patrlarcha conjlannnopolltaniis.^
C'eft-à-dire : « Ce livre qui contient l'Ecriture
» fainte du vieux & du nouveau Teflament, félon que
» nous l'apprend la tradition , eft écrit de la propre
» main de Thécla , femme de qualité d'Egypte , qui
>» vivoit il y a près de treize cens ans , un peu après
y> le concile de Nicée. Le nom de Thécla étoit écrit
M à la fin; mais la religion chrétienne ayant été abolie
» par les Mahométans en Egypte , les livres des Chré-
»> tiens eurent le même lort. Le nom de Thécla a donc
» été déchiré , mais la mémoire ne s'en efl pas per-
y> due , & la tradition s'en efl très-bien conlervée «.
Cyrille, patriarche de Conltantinople.
Le dodteur Grave , favant pruflien , qui a demeuré
plufieurs années en Angleterre , avoit entrepris de
donner une édition de cette copie , & la reine Anne
SEP
lui faifoit même une pcnfion pour câfte befogne ; '\
en avoit déjà publié deux tomes quand la mort l'em-
pêcha de mettre au jour les deux autres qui dévoient
achever l'ouvrage. Si quelque habile homme vouloit
bien donner ce refle au public , & y prendre autant
de loin que ce dodeur , nous aurions une quatrième
édition des feptante, qui feroit aflurément approu-
vée , & regardée déformais comme la meilleure de
toutes; celle de Lambert Bos n'ell cependant pas mé-
prifable.
Voilà ce que l'hiftoire nous met en droit de dire
de cette ancienne verfion du vieux Teftament , &
des édhions anciennes & modernes qui s'en font fai-
tes. Si quelqu'un elf curieux de voir les dilputes Se
les remarques de critique que cette matière a caufces ,
& ce cju'en ont écrit les favans, il peut confulter l/f-
fcrii jyntagma de §rœcd LXX. interprctum verjione.
Morini excrcitationes biblicœ [.pars , & la préface qu'il
a mife au-devant de fon édition des LXX. Wower ,
de grœca & latina Bibliorum intcrpretaùone ; les Prolé-
gomènes delà polyglotte de Walton, cA.y'x. VofTuis ,
de LXX. int. l'hiftoire critique du vieux Teftament
de Simon ; l'hiftoire du canon du vieux Teftament
de Dupin ; les Prolégomènes de Grave , mis au-devant
des deux parties des LXX. qu'il a données ; & fur-
tout le favant livre du dofteur Hody , dt Biblior.
verfion grac. car c'cft lui qui a le plus approfondi cette
matière , & qui l'a le mieux traitée de tous ceux qui
en ont écrit. (^Le chevalier de Jai/Court.)
SEPT-DORS ou Maille de sept doïgts, terme
dépêche , forte de filet dont on fe fert à l'embouchure
de la Loire pour faire la pêche des faumons & des alo-
fes. Cette pêche commence ordinairement en Fé-
vrier, & dure jufqu'àlafin de Juin. Quelquefois celle
du faumon commence à la fin de Décembre. Ce filet
eft un de ceux qui font tramaillés , voye^^ Tr AMAiL ,
& eft le même que l'on nomme alojîcre dans la ri-
vière de Seine. La nappe du flue ou rets de ces tra-
meaux eft de trois fortes ; la première forte 2 pou-
ces 5 lignes, la féconde x pouces 4 lignes , & latroi-
fieme 2 pouces 3 lignes. Les hamaux ou hamails ,
que les pêcheurs nomment gardes , font auffi de deux
fortes ; les plus grands ont 1 1 pouces en quarré , &
les moindres feulement 10 pouces 9 lignes.
SEPTEMBRE, [calendrier des Romains!) ce mois,'
le feptieme de l'année romaine, & le neuvième de la
nôtre , étoit fous la protedion de Vulcain. On le
trouve perfonnifié fous la figure d'un homme prefque
nud , ayant feulement fur l'épaule une efpece de
manteau qui flotte au gré des vents. Il tient de la
main gauche un lézard attaché par une jambe à une
ficelle. Ce lézard fufpendu en l'air , fe débat autant
qu'il peut. Aux pies de l'homme font deux cuves ou
vales préparés pour la vendange , comme le mar-
quent les quatre vers d'Aufone, dont voici le fens :
« Septembre cueille les grappes, c'eft en ce mois que
» les fruits tombent. Il fe divertit à tenir en l'air un
» lézard attaché par le pié , qui fe démené d'une ma-
» niere agréable ». Les fêtes de ce mois étoient le 5
les dionyfiaques ou les vendanges , le 4 les jeux ro-
mains pendant 8 jours , le i 5 les grands jeux circen-
fes voués pendant cinq jours , le 20 la naiflance de
Romulus , le 30 les méditrinales. (Z),/.)
SEPTEM - COLLES ,{Littér.) d'eu ainfi que les
auteurs latins nomment par excellence les Icpt mon-
ticules ou collines que Rome renfermoit dans fon en-
ceinte. Virgile dit :
Septem tjuœ unajibl mura circumdedit arecs.
Ces fept anciennes collines de Rome , font le mont
Quirinal , le mont Viminal , le mont Capitolin , le
mont Elquilln , le mont Palatin , le mont Caelius &
le mont Aventin ; on en ajouta enfuite cinq autres ;
favoir , coUis Hcrtuhrum y mons Ciicrius^ mont tC"
SEP
pacitis , le Vatican &: le Janicule. De ces douze col-
lines , les deux dernières font Icparces des autres
par le Tibre. {D.J.)
SEPTEMPEDA , {Géùg.ajjc.) ville d'Italie dans
lel'iccnum , félon Strabon , /. F. p. 24/.Frontin,qui
en fait une colonie romaine , ne lui donne que le
titre ôi Oppidum. On voit par une ancienne infcrip-
tion recueillie par Gruter, /?. 3 0(?. /z^.j. que Scp-
ternpeda ctoit un municipe : Flam. Peron. Municip. J.
Scpump. & dans une infcription rapportée à la page
284 , /z". 4. on lit : Ordo Septempedanorum. On veut
que ce foit aujourd'hui San-Severino. (^D. J.)
SEPT£M-fRJTRES, {Géog. anc) montagne de
l'Afrique , dans la Mauritanie tingitane. Ptolomée ;,
/. ly. c. /• la nomme Hiptaddphus mons , & la place
fur la côte feptentrionale , entre Exïlijj'a. & Abyla,
On lui donna le nom de Sept-Freres , Septem-fratres ,
à caufe qu'elle s'élève en fept fommets qui pareiffent
de même figure. Cette montagne domina fur le dé-
troit de Gibraltar. (Z>. 7.)
SEPTEMFIRI, cpido^um , ( LucJrai.) c'eft-à-dire
les fept m^îîtres des feftins ; c'étoit fept prêtres nom-
més ainfi, ou fimplemeut epulones , & qui éroient éta-
blis à Rome pour régler & arranger les leftiflernes ,
ou feftins publics que l'on donnoit aux dieux dans
des occafions importantes. Foyei Epulons. {D.J.)
SEPTENAIRE, adj. ( Gramm. ) qui eft au nombre
de fept. On dit le nombre fepienaire des planètes.
Septénaire, owRegent septénaire, (Jurifpr.)
eft celui qui a profefTé pendant fept ans dans Funiver-
fité de Paris.
Les rérrcns feptenaîres ont pour les bénéfices un pri-
vilège qui confifte en ce qu'ils font préférés dans les
mois de rigueur à tous les gradués nommés , excep-
té aux doûcurs en Théologie , lefquels concourent
avec eux.
Pour jouir de ce privilège , les régens feptcnalres
doivent avoir leur quinquennium.
En cas de concurrence entre plufieurs profefTeiirs
feptînaites de différentes facultés , le plus ancien gra-
dué eft préféré.
Ceux qui ont été principaux d'un collège célèbre
& de plein exercice pendant fept années entières , &
fans interruption , ont le même privilège.
Le privilège des feptenaires a lieu contre tous les
gradués , même des autres univerfités , & pour des
bénéfices même fitués hors du diocèfe de Paris.
Du rcfte , comm.e ce privilège ei\ contre le droit
commun , il ne reçoit point d'extenfion ; il a cepen-
dant lieu dans les univerfités de Caën & de Reims.
Foyei \QSJlatuts de. Vunivtrful de Paris , \& pratique de
Rebutfe , le traitl des bénéfices de Drapier , la déclara-
tion du iG Janvier 1 G80. (-^ )
SEPTENTRION , f m. en Jfirono;me , c'eft pro-
prement une conftellation du nord , que l'on appelle
plus ordinairement urfa rninor, owlapetite ourfc. Foye^
Ourse.
Septenuion , en Cofmographie , fignifîe la même
chofe que nord, ainfi appelle de l'ancienne conilella-
tion feptenirion. L'étoile polaire eil une étoile de
cette conftellation. ^oye^NoRD, Polaire , &c.
Delà eft venu le mot feptentrional ^J'cptcntrionalis,
pour défigncr tout ce qui a rapport au nord. Comme
Jes fignes feptentrionaux, les parallèles feptentrio-
naux, &c. font les fignes &C les parallèles qui font du
côté de l'équateur vers le nord , cette dénomination
vient de ce que l'on divife la terre en deux hémif-
phercs, terminés par récjuateur ; celui qui eft du côté
du feptenirion s'appelle hémifphere feptentrional , &
l'autre hémifphere méridional : or tout ce qui fe trouve
dans l'un de ces deux hémifpheres , confervc la déno-
mination. Ainfi on dit que la latitude feptentrionale
d'un lieu eft h 48°. pour dire que ce lieu fe trouve
dans l'hémifphcre feptentrional, & eft: éloigne de 48
I
SEP ft
degrés de l'équateur , & ainf] du refte , &c.(0)
Septentrion, {^Antiq. rom. ) en Imnfcptentrio ^
c'étoit le nom ou le fobriquet que l'on donnoit à une
certaine efpece de mimes ou danfeUrs. M. de Caylus
a fait graver d'après un bronze antique , la repréfen-
tation de ces fortes de gens, dont les geftes &: l'atti-
tude paroifTent très-comiques. Les efpeces de cafta-
gnettes qu'il tient aux mains , ne reffemblent point
du tout aux nôtres ; elles fervoient apparemment à
marquer la mefure , & appuyoient les mouvemens
d'une danfe qui de fa nature devoit être ridicule. Ce
mime eft nud , il n'a qu'une écharpe autour des han-
ches , & elle eft renouée fur le côté. La chaufTure n'eft
qu'un fimple chaufTon qui paroît n*avoir point de
couture : la pointe au-deflus du talon remonte afTex
haut > &■ le devant fe rabat fur les cordons qui le
tiennent en état. La dénomination Aefptentrion don-
née par les Romains aux mimes ou danfeurs ainft vê-
tus , cil employée dans plufieurs infcriptions , nom-
mément à Antibes , où M. de Caylus a copié la fui-
vante , D. M. P^eri feptentrionis Annor. Xîl. Qwi
AntipoUin Théâtre Bidiio fahavit 6* placuit. Antiq. de
M. de Caylus , tom. II. \d. /.)
Septentrion, h , (Géog. mod. ) l'un des quatre
points cardinaux. C'efl celui qui répond fur l'horifon
au pôle boréal, & par lequel paffe le méridien. Ce?
mot défigne en Géographie la partie du ciel & cella
du globe de la terre qui eft oppofée au midi , & qui
fe trouve entre l'équateur & le pôle. On a donné à
cette partie le nom de feptenirion .^U. celui àz fpten-
trionaL à tout ce qui eft tourné de ce côté-là , parce
que les anciens y remarquèrent fept étoiles qu'ils
nommerent/ê;;.VTO trioms. C'eft la même conftellation
que les Aftronomes appellent la petite, ourfe , & le
peuple le chariot di faint Jacques. Comme les mots
nord & feptenirion font fynonymes , Voyez NoRD»
(Z)./.) ^
SEPTENTRIONAL , adj. qui eft du feptentrion.
Ainfi l'on dit le pôle , un figne , un parallèle , un vent,
un quadran, &c. feptentrional ;VAméno^aQ fieptentrio-
nak , les nations fptentrionales.
SEPTERÉE , f. t. ( Gramm. ) qui contient un ef-
pace de terre d'environ un arpent, ou un feptier de
femence.
SSPTERIE , ( Antiq. greq. ) m-Tr-ti^bnv ; fête que les
hablîans de Delphes célébroient tous les neuf ans en
mémoire du combat & de la viftoire d'Apollon con-
tre le ferpent Python. La tradition difoit que le com-
bat d'Apollon contre Python s'étoit pafTé à Delphes;
que le monftre ayant été bleffé , s'enfuit par le che-
min qu'on appelloit/^c/-.;, jufques dans la vallée de
Tempe ; qu'Apollon l'y pourfuivit , & qu'il le trouva
mort & même enterré. Aix, fils du monftre, lui avoit
rendu ce dernier devoir. Mais voici quelle étoit la
cérémonie de la fête.
On drefToit une cabane de feuillages dans la nef dU
temple d'Apollon , qui repréfentoit la fombre de-
meure de Python. On venoit en filencey donner af-
faut par la porte qu'on appelloit dolonie : on y amc-
noit après cela un jeune garçon ayant père & mère ,
qui mettoit le feu dans la caiiane avec une torche ar-
dente : on renverfoit la table par terre , & puis cha-
cun s'cnfuyoit par les portes du temple. Le jeune
garçon fortoit de la contrée ; & après avoir erré en
divers lieux où il étoit réduit en f crviîudc , il arrivoit
enfin à la vallée de Tempe , où il étoit purifié avec
beaucoup de cérémonies. ( D. J. )
SEPTICOLLIS ^ ( Géog. anc.) nom que l'on don-
na anciennement à la ville de Rome. Romulus qui
d'abord n'avoit environné de murs & de folles que
le mont Palatin , y ajouta le mont Tarpeïen lorfque
Titus-Tatius &: les fabins de fa fuite , eurent pris le
parti de fe faire citoyens de Rome. Nu ma étendit cn«
cercla ville, & y joignit le mot Quirina! , où Tort
72
SEP
avoit drefle un temple à Romulus , fous Itr nom ck-
Quirinus. Tullus HoilUlus , quand il eut traniportc à
Rome les Albâins , après avoir dctruit Albe , (.nferma
le mont Cœlius dans l'enceinte de Rome. Sous Ancus
Maiciits le mont Janicule , fitué au-delà du Tibre ,
fut joint à la ville par lui pont de bois. A la vérité le
premier Tarquin s'ctoit contente de contraire de
bclkspierres, au moins en partie, les murs de Pvome,
lans faire d'augnientat-on à l'on enceinte. Pour Ser-
viiuj Tullius , non content d'achever l'ouvrage que
fon prédécefitur avolt commencé , il fit ciic'ore l'e
mont Efquilin &; le montViminal d.-;ns les nouvenux
murs qu'il érigea. Ainfi Rome commença poar lors :\
poner le nom fameux de Sc/j'ico/Zis,, qui veut dire
une ville compolce de lept coiiincs. {D. J.)
SEPTIEME ,( ^/m/iw<r'.'. ) partie d'un tcwt divifé
en fcpt parties égales. En matière de fraftions , un
fepiierne le marque ainfi j , & deux , trois ou quatre
Septième, «« Mujîquc, eit un intervaHs difTo-
nnnt, que les Grecs appellent h^ptacordon , parce
qu'il eit formé de fept ions , c'cft-à-dîre, de fix de-
grés d'.atoniques : il y en a de quatre fortes.
La première ,etl k\feptu'r:ie diminuée ; elle cft com-
pofée de trois tons & de trois fcmi-îons majeurs,
comme de Vui dièfe au/' bémol ; fon rapport eu de
75 à 128.
La féconde, efl hfepticrTie mineure ; elle cft com-
pofée de quatre tons , & de deux lemi-tons majeurs,
comme de w/ à lé , & chromatique ment de dix femi-
tons : fon rapport eft de "} à 9.
Latroificme, eft U fepticme majeure, compofée
de cinq tons & un femi-ton majeur; de forte qu'il ne
faut plus qu'un femi-ton majeur pour achever l'oda-
ve : comme à!uikjî;&c chromatiquemcnt d'onze
femi-tons : fon rapport eft de 8 à 1 5 .
La quatrième , efl la f-pfie.me fuperflue ; elle eft
tompofée de cinq tons, un femi-ton majeur & un
femi-ton mineur, comme du [ihémol au la dièfe ; de
forte qu'il ne lui manque qu'un comma pour faire un
oftavc; fon rapport e't de 81 à 160; mais cette der-
nière efpece n'eft point ufitée en la Mufique , fi ce
n'cft dans quelque tranfition enharmonique.
Il y a trois accords à<ifi-pn:me.
Le premier eft fondamental, & porte fimplement
le nom ùcj'cptleme : mais quand la tierce eft majeure
& hjcptiimi mineure, il s'appelle accord jmfibk ou
dominant ; il fe compofe de la tierce, de la quinte,
de lifcpùarii, & de i'o£lave.
Le fécond eft encore- fondamental , & s'appelle ac-
cord de fcpti.rm diminuée; ileftcompofé de iat erce
mineure , de la fauffe quinte , & de hjèpcieme dimi-
nuée dont il prend le nom , c'eft-à-dire , de trois tier-
ces mineures confécutives ; & c'eft le feul accord
qui foit ainfi formé d'intervalles égaux ; il ne fe fait
que far la notefenlîble. royei Enharmoniquh.(.S)
M. Rameau dérive cet accord de l'accord de do-
minante tonique , & de celui de fous-dominante dans
le mode mineur, en cette forte ; foient les accords
hiifol ^Ji rè ^ & ré fa LtJ/de dominante tonique &
de fous-dominante dans le mode mineur de ia ; M.
Rameau joint ces deux accords , en retranchant 1°.
mi dont le/o/ ^ eftcenfé tenir b place; 2". la qui eft
cenié continu dans ré. ^oyei AccORD & Fonda-
mental, i-'oye^ a:.(Jl;7ic5 Uttruns di Mufique. ( O)
Letroifieme s'appelle J«o/-i de l'epncmefuperjiue;
c'cft un accord par luppofiîion , formé par l'accord
dominant , au-delibus duquel la bafte fait entendre
la tonique.
Il y a encore un accord defcptieme & fixte, qui
n'cft qu'un rcnverfement de l'accord de neuvième ;
il ne fe pratique guère que d;ms les points d'orgue,
àcaufe delà dureté. y'oyc7^ ACCORDS, Cad£NCE ,
Dissonance, (i)
SEP
SEPTIER , f. m. ( Mefure de l'iqmdis.') cette fliè^
fure eft différente fuivant les lieux , ou î'cfpece d«S
chofes mefurées; elle l'ait en plufieuvs lieux de îa
France la chopine , & la moitié d'une pinte en fait
devin, d'eau-de-vie, &c. ( D. /.)
Septier ^(^Jauge. ) ce mot en tait de jauge, s'en-
tend d'une certaine quantité ou mefure de liqueur,
qui eft la valeur de huit pmtcs de Paris. Le muid àt
vin doit contenir trente-fix/è/jfn'M ; ledemi-muid o«
t'juillette , éàx-\\\.nt fcptiers ; le quart de rnuid , neuf
jèpticrs ; 6c le demi-quart ou huitième de muid , qvia^
lie Jiptizrs & demi. Savury. ( Z?. /. )
Septier , ( Mcfme dejd. ) leyè/^mrpris pourmt-
furedefel , eft compofe de plufieurs autres mcfures:;
il. contient quatre mino:s ou léize boificaux, i&: itS'
doviLefcp'.iiTS font le muid ; le fel ainfi que les crains,-
lé mcfurent ras. Savary. (^D. J.")
Settier , (^Mijun fcckc.^ certaine mefure êj
grains , comme froment , feigle , orge , &c. de iégia-
mes,. comme pois, lentilles , fèves, &c. de graines^
comme mi'let, navette , chenevi , &c. de farine , î:z
châtaignes, de noix , & d'autres fembiables rnarchaii-
difes. Cette mefure qui eft différente fuivant les
lieux , n'efl pas im vaiifcau qui f^Tve à mefurer tot»-
îes ces fortes de choies, mais une eftimation de pliî-
fieurs autres mefurcs , telles que peuvent être le né-
not , le boifteau , &c.
A Paris lefeptier le divife en deux mines; îa min»'
en deux minots, le minot en trois boifienux; le hGÏî-
feau en quatre quarts ou feize litrons , & le litro'n
contient fuivant quelques-uns , trente-fix pouces oi-
biques ; les douze fcpiicrs font un muid; iefcptier
d'avoine eft double de celui de from.ent; en Ibrte
qu'il eft compofe de vingt-quatre boiffeaux , ou deux
mines ; chaque mine de douze boifTeaux , quoique
!e muid ne foit que de douze /eptlcrs. Les grains , les
graines , les légumes , & la farine , fe doivent mefu-
rer ras , fans rien laiiTcr fur le bord de la meiîire;
c'eft-à-dire , que la mefure étant fulHfamment pleine,
elle doit être ralée ou radée avec uneradoire, hh-
ftrument de bois deftiné pour cela. Les châtaignes,
les noix , & autres fembiables fruits fecs , doivent
être auffi mefurés ras ; mais la mefure ne doit êtf^
rafée Amplement qu'avec la main. DicÎLonnaîrs du.
Commerce. (^D. /. )
SEPT ISLES les , ( GJog. mol. ) petites îles dt
France , à deux lieues de la côte feptentrionale d«
la Bretagne , & à cinq de la ville de Trégiiier. Ces
îles ionx. au nombre de fept; ce font celles que îes
anciens appelloicnt Siadc: &L Byadetœ. Long. 1^. i2.
laiit. 4S. 4j .{D.J.)
SEPTÎMANCA, {Géog. anc) ville d'Efpagiîe:
l'itinéraire d'Antonin la place fur la route d'Eraeriïa
à SarragOife , entre AmaiLobrica & Nivaria , à vineî-
cuarre milles du premier de ces lieux, & à vinct-
deux milles du fécond ; Merula & d'autres , croyeiîî
que c'eft préfentement Stmanca. {D. ./. )
SEPTlMANiE, {Géog. mod.) Sidoine donne ï«
nom de Scptimanie à fept cités , dont Euric roi des
Vifigoths s'empara. Ce prince aufTi célèbre par îe-s
cruautés qu'il exerça contre les Catholiques, eue par
fes intrigues & par fes conquêtes, foumit d'abord,
fans coup férir , une partie de l'Aquitaine , & for-
ma \\\\ gouvernement particulier de fept cités , Cju'il
occupa dans cette province,
La Scpùmanii , ainfi nommée des fept villes crus
étoient fous la métropole deNarbonne, comprenoir
alors , outre le fiége du métropolitain , les diocèfcs
de Befiers , de Maguelonc , aujourd'hui Montpellier,
de Nîmes, d'Agde , de Lodeve , de Carcaffonnc,
& d'Elne , aujourd'hui Perpignan ; car , afin de rem-
plir le nombre de fept diocèfes , d'oii la province îi-
roit fon nom , les Goths érigèrent ces deux derniè-
res villes en évccbcs, &; les fubftituerent à la place
«le
SEP
de Touloufe & d'Ufès , qu'ils avoient perdues en
Ç07. après la bataille de Veuille, environ à trois
lieues de Poitiers.
Ce changement eft attefté par les foufcriptions du
concile tenu à Narbonne en 589 , fous le règne de
Rocarede , & par celles de plufieurs conciles d'Ef-
pagne , auxquels afliflerent, comme llijets des Goths,
le métropolitain , & les fept TufFragans qu'on vient
de nommer. Les foufcriptions du concile afîcmblc à
Orléans en 5 1 1 , prouvent qu'au tems de la mort de
Clovis , la monarchie françoife n'étoit plus bornée
que par la Siptimanic & par le royaume de Bour-
gogne.
La Septimanle fut foumife aux Goths tant que leur
domination fubfifta au-delà des Pyrénées ; mais la ré-
volution qui dépouilla leur roiRoderic de toute l'Ef-
pagne , leur £t perdre en même tems ce qu'ils pofTé-
doient dans les Gaules. Les Sarrafms , miniftres du
reffeatiment d'un feul particulier, détruifirent tout-
à-Ia-fois en 714, &: l'empire des Goths , & la nation
même prefque entière.
L'entrée de la France leur étant ainfi devenue li-
bre , ils l'inondèrent fouvent d'armées formidables ,
& pénétrèrent par l'Aquitaine julqu'au centre du
royaume. Charles Martel gouvernoit alors les Fran-
çois en qualité de maire du palais ; il réprima les in-
curfions des Sarrafms , & arrêta leurs progrès , par la
vi£loire qu'il remporta fur eux en 732 entre Tours
& Poitiers. Cependant cette défaite , qui avoit coûté
la vie à leur chef Abdérame , & qui auroit épuifé un
peuple moins nombreux, ne les ayant pas empêchés
de paffer le Rhône; Charles les força après un long
liège defortir d'Avignon, que le duc Maurontus leur
avoit livré. Il les pourfuivit encore en Scpiimanie ,
& reprit enfin fur eux en 737, toutes les villes qui
avoient autrefois appartenu aux Goths , à la réferve
de Narbonne qui leur refta. Cette place ne fut ré-
duite qu'en 752, depuis la proclamation de Pépin.
{D.J.)
SEPTIMIANE PORTE , Sepnmiana porta , ( To-
pogr, de fane. Rome. ) porte de Rome entre le Tibre
& le Janicule ; elle fut ainfi nommée de Septimus
Severus , félon Spartian ; cet empereur l'anoblit en-
core en y faifant conftruire des bains pour le pu-
blic. (Z>./.)
SEPTIMINICIA , ( Géogr. anc.) ville de l'Afrique
propre : elle eft marquée dans l'itinéraire d'Antonin,
fur la route ^AJjurx à Thenœ , entre Madajfuma &
Tablata , à vingt-cinq milles du premier de ces lieux,
& à vingt milles du fécond ; c'étoit un fiége épifco-
pai. (P. y.)
SEPTIMONTIUM, {Antiq. rom.) fête des fept
montagnes de Rome , qu'on célébra au mois de Dé-
cembre , après que la feptieme montagne fut enfer-
mée dans la ville; on offroit aux dieux ce jour-là
fept facrifîces en fept différens endroits, mais non
pas conftamment fur ces montagnes ; ce même jour
les empereurs faifoient des libéralités au peuple.
{D.J.)
SEPTIQUE , f. m. & adj, termi de Chirurgie, con-
cernant la matière médicale externe , remède topique
qui corrode les chairs. C'eft un efcharotique putré-
fiant, tel que la pierre à cautère, le beurre d'anti-
moine. Le raotfeptiq.., eft grec ; il fignilîe/'w/r^'^/2/ ,
qui a la vertu de diffoudre & de faire corrompre ; du
verbe o-m'^tm ^putrefacio, je fais pourrir. Foyei Caus-
tique, ESCHAROTIQUE.
M. Pringle , de la fociété royale de Londres , &
médecin des armées britanniques , a donné à la fuite
de Tes obfervations fur les maladies des armées dans
les camps & dans les garnifons , des mémoires ex-
ccllens , lus à la fociété royale , fur les fubftances/i/?-
tiijues &c -dnii- Je p tiques. Ses expériences prouvent
qu'il y a beaucoup plus de fubilances qui réfillent à
Tome XK
SEP
It
la putréfa£lion , qu'il n'y en a qui la favorifent : l'eau
de chaux & le quinquina font d'excellens anû-Jepti-
ques , au point que des morceaux de chair à demi-
pourrie , mis en macération dans une infufion de
quinquina, ont rendu à cette chair fon premier état.
yoyei Quinquina, Gangrené. ( Y)
SEPTIZONE, f. m. ( Architecl. ) nom du maufo-
lée de la famille des Antonlns , qui félon Aurélius
Viûor , fut élevé dans la dixième région de la ville
de Rome. C'étoit un grand bâtiment ifolé , avec fept
étages de colonnes , dont le plan étoit quarré : au-
defllis étolent d'autres étages qui faifoient une large
retraite ; ce qui donnoit une figure pyramidale à ce
bâtiment terminé par la ftatue de Septime Severe ,
qui l'avoit fait conflruire. 6e maufolée fut appelle
fcptiione, du laûnfeptem , & :^onœ , c'efl-à-dire à fept
ceintures ou rangs de colonnes.
Les hifloriens font encore mention d'un "autre
feptiipne plus ancien que celui de Septime Sévère ,
& près des thermes d'Antonin. (^D. J.)
SEPTUAGENAIRE , adj. & f. m. qui a atteint
l'âge de foixante & dix ans : on ne peut ni faire met-
tre , ni retenir en prifon nn fcptuagénaire pour dette
civile.
SEPTUAGÉSIME,(rAeWo^.) terme de calendrier
qui fignifie le troifieme dimanche avant le carême.
Ce dimanche & les deux fuivans qu'on nomme fe-
xagéjime & quinquagéjime , l'Eglife exhorte fes enfans
à la pénitence , pour les préparer à la mortification
du carême qu'elle va bientôt commencer.
Quelques-uns croient que hfeptuagéfme a pris fon
nom de ce qu'elle eft environ 70 jours avant Pâques,
& que le pape Télefphore fixa à ce jour le commen-
cement du carême. Foye^ Carême.
En Angleterre, les lois du roi Canut ordonnolent
que les tribunaux feroient fermés , & l'exercice de
la juftice feroit fufpendu depuis la feptuagéjime juf-
qu'à quindena Pafchœ , c'eil-à-dire la quinzaine de Pâ-
ques.
Le droit canon défend la célébration des mariages,
depuis la feptuagéjime jufqu'après les oftaves de Pâ-
ques ; mais aujourd'hui cette défenfe ne commence
qu'au mercredi des Cendres.
SEPTUMANI, {Géogr. anc.) peuple de la Gaule
narbonnoife, félon Pline, lih. III. ck. iv. Comme il
leur donne la ville Bliterœ ou Bilterx , on voit que ce
font les habitans du diocèfe de Béziers. Pomponius
Mêla , lib. II. ch. V. écrit aufïi Septumani. Le pays de
ces peuples eft appelle Septimania , par Sidonius Âpol-
linaris , par Eginhart & par Aimoin ; & ce nom lui
avoit été donné à caufe que la feptieme légion y avoit
eu fes quartiers. (Z>. /.)
SEPTUM LUCIDUM, {Anat.) ou cloifon tranf-
parente ; elle fépare les deux ventricules lupérieurs
du cerveau ; elle eft ainfi appellée à caufe de fa tranf-
parence. ^'qye{ Cerveau.
SÉPULCHRALE, colonne, {Archit.) c'étoit
anciennement une colonne élevée fur un fépulchre
ou tombeau , avec une épitaphe gravée fur Ion flift.
Il y en avoit de grandes qui fervoient aux tombeaux:
des perfonnes de dlftinftion ,& de petites pour ceux
du commun ; celles-ci étoient appellées par les hz-
iins Jîetcz & cippi. On donne aujourd'hui le nom de
colonne fépulchrale à toutes les colonnes qui portent
des croix dans les cimetières , ou qui fervent d'orne-
ment aux maufolées. {D. J.)
SÉPULCHRAUX , f m. {Hijl. cccléf.) hérétiques
qui nioient la defcente de J. C, aux enfers quant à l'a-
me , & difoient qu'il n'y étoit delcendu que quant au
corps , donnant au mot enfer , le nom dcfcpulchre.
SÉPULCHRE , f. m. {Gramm. & Hijî.) fcpul-
chrum ; tombeau ordinaire Jcftinc à cntcnncr les
morts, ou les os & les cendres des corps marts,lori^
74
SEP
K[W rufagç ctoit de les brûler. Fojci Sepvl-
CHRVM.
Lk^s fcpulchrts magnifiques, OU pour mieux dire les
tombeaux des princes, des grands , des riches de la
terre, le nommoient pymm'ulcs , maufoUcs , monu-
mcns , ccnotaplus , voûtes fcpuUhralis , &c. mais les
pauvres citoyens n'avoicnt que des Jepu/c/tres de peu
Ae montre ; on les appcUoit on latin luivant leur for-
me ou leur ufagc , colunulUe , mcnfx , labcllu , labra ,
^riir , coltimintria.
Les colutiiilla croient de petites colonnes fembla-
bles A des bouquets ou troncs de pierre que les La-
tins appellent appi , avec cette différence que les co-
lonnes ctoient arrondies, & leurs troncs quarrés ou
de quelque figure irrcguliere. Properce en parle
ainli:
I piur , & citus hxc al'iqud prœponc columnâ.
Et dominum cxquiliis die huhitarc tuum.
On fait que les exquilies étoient certains lieux
hors de-la ville , où l'on exécutoit à mort les crimi-
nels , & où les pauvres croient enterrés :
Hoc mifera pUbiJiabat comnium fepulchrum.
Horat. iib. I. fat. viij.
Les tables , mcnfa , étoient des pierres quadrangu-
laires plus longues que larges, afiiles fur une petite
tombe , foit à fleur de terre, foit fur quatre bouquets
de pierre élevés d'environ 2 ou 3 pies; & comme le
verbe ponen étoit de commun ulage pour fignifîer
mettre ^ipofer , les Latins difoient/^o/zcre menfam , pour
défigner la ftrudure , lapofuionourafllette des tom-
bes des morts, L'infcription fuivante qui fe trouve à
Milan, & que Gruter a recueillie, 850, 6, pourra
lervir d'exemple.
M.
M.
Mlnicia Rufince
InnoC£ntL(Jimœ fœmin<z
Quœ. Vixit. Annis.xxij.
Menfe. Uno. D'ub. xxxiiij
Minicia. Domïtïa. Sorori
Pofuit. Menfam contra
Votum.
Labdlum OU lahrum , étoit une pierre creufée en
forme de baflin de fontaine ; ces balTins étoient les
uns ronds , les autres ovales ôc les autres quarrés ;
mais ces derniers s'appelloient proprement arcce. ou
arculœ^ parce qu'ils rellembloient aux coffres, excep-
té que leurs quatre côtés ne tomboient pas à-plomb,
& qu'ils étoient ordinairement portés fur quatre pies
de lion , ou de quelqu'autre bête.
Les mots cupa , dol'ia , majfce , allai , ttrnœ , ampul-
lœ^ phialce, i/iecœ , laminx , & quelques autres fem-
blables , ne fignifient point des fépulchres entiers ,
mais des vaiffeaux de différente torme ou matière ,
dans lefquels on mettoit les os ou les cendres des
corps brûlés.
Coliimbaria^ étoient des niches où on pouvoit pla-
cer deux ou trois urnes pleines de cendres , fur lef-
qucllcs urnes on gravoit une petite çpitaphe.
Agène Urbique parle de quelques endroits des
fauxbourgsde Pv.ome , où l'on voyoit quantité de/t-
pulckrcs de petites gens & d'efclaves ; tel étoit le lieu
nommé cuiuKz; tel étoit encore le lieu nommé ffier-
tium , oîi étoient enterrés les corps des perfonnes que
les empereurs faifoicnt mourir.
Quand on liibit fur les infcrrptions Swnfépulchrt ,
tacuo nomine , ces mots vouloient dire que les per-
fonnes à qui CQ-fèpulcrc étoit defliné, avoicnt été dé-
clarées intames, 6c enterrées à l'écart par la pcrmil-
iion du niagiftrat. (Z>. 7.)
S£l'ULtHRE</t: la fuiaie Ficrge , (^Hifl, eccléf) on
SEP
ic»norc le lieu de ce facré monument; & l'on ne fait
pas mcme où la Ste Vierge a fini ies jours. Les apô-
tres feuls qui pouvoienî en être inftruits, ont eu
grand foin de ne pas divulguer ce fecret. Ainfi toutes
les-traditions qui ont couru dans le monde fur ce mo-
nument , 6c fur le lieu de la mort de la Ste Vierge,
font également incertaines. Ainfi quand l'on foutint
dans le concile d'Ephèfe, tenu en 431 , que la Ste
Vierge y étoit morte & qu'elle y avoit fon tombeau,
ce fentiment ne put prévaloir contre l'opinion de
ceux qui montroient le tombeau de la racre de notre
Sauveur à Jérufalem. On a foutenu depuis qu'il étoit
dans la vallée même de Jofaphat; d'autres ont pré-
tendu le voir au pié de la montagne des Oliviers ; &
dans chacun de ces deux endroits on en a donné des
defcriptions fi différentes, qu'elles ne peuvent con-
venir au même tombeau. {D. /.)
SÉPULCHRE des Juifs , (Critiq. facrce.^ en grec tw
(pcç ; les Hébreux creufoient ordinairement leurs tom-
Iseaux dans les rocs, comme il paroît par U.xxiJ. 16".
C'eft pour cette raifon qu'Abraham acheta une dou-
ble caverne , pour en faire fon fépulchre. Gencfe ,
xlix. 30. Lorfque leurs tombeaux étoient en plein
champ , ils mettoient une pierre taillée par-deffus ,
pour avertir qu'il y avoit deffous un fépulchre, afin
que les paffans ne le fouillaffent point en y touchant.
Le Sauveur fait allufion à cette coutume , quand il
compare les Pharifiens à des fépulchres cachés, fur
lefquels en paffant fans le favoir , on contracte une
fouillure involontaire. Luc, xj. 44. Les Juifs endui-
foient aufîi de chaux leurs fépulchres , pour qu'on les
apperçût mieux ; & tous les ans le 1 5 d'Adar , on les
reblanchiffoit. C'eft pourquoi J. C. compare encore
les Pharifiens hypocrites , qui couvroient leurs vices
d'un bel extérieur , à des fépulchres blanchis.
Habiter dans les fépulchres , c'eff dormir auprès des
tombeaux , pour confulter les devins , à la manière de
ceux d'entre les Gentils qui couchoient près des fé~
pulchres fur des peaux de bêtes , afin d'apprendre en
fonce ce qui devoit leur arriver. Haie, xxxv. 4. re-
proche aux Juifs cette pratique fuperftitieufe.
Sépulchre fe prend au figuré dans l'Ecriture ; i ®.
pour la mort. Il ne me refte que \e fépulchre, dit Job,
xvi/. I. c'efl-à-dire je n'attens plus que la mort dans
mon affliftion. 2.°. pour l'excès de la mifere. Ezé-
chiel, ch. xxxvij. 12. promet aux Juifs que Dieu les
retirera de leurs fépulchres , c'eft-à-dire de leur dure
captivité. 3°. pour une chofe pernicieufe ; c'eft dans
ce fcns que S. Paul dit aux Romains, iij, /j. le go-
fier des méchans eft comme un fépulchre ouvert, dont
fortent des paroles nuifibles au falut. Enfin laifler
une ame dans le fépulchre , dans la mort ou dans Ven-
fer, eft une expreffion hébraïque qui défigne une feule
& même choie. (D. /.)
SÉPULCHRE , Saint, (Ordre milit.^ nom d'un or-
dre militaire établi dans la Paleftine. La plupart des
écrivains en attribuent la fondation à Godefioi de
Bouillon ; mais c'eft une idée chimérique. Les che-
valiers du Jaint fépulchre ne s'élevèrent que fur les
ruines de chanoines réguliers ainiî nommés ; ce fut
Alexandre VI. qui inftitua l'ordre militaire de ce
nom , dont il prit la qualité de grand-maître. Clément
VII. en 1525 , accorda de vive voix au gardien des
religieux de S. François en Terre-Sainte , le pouvoir
de taire de ces chevaliers. Paul V. fous Louis XIII.
confirma la réunion de l'ordre du faint fépulchre , à
celui de S. Jean de Jérufalem. (Z?, 7.)
SEPULTURA , SEPULCHRUM , MO NU.
MENTUM , (Antiq. rom.) il y a de la différence
entre ces trois mots, confidérés dans leur fignifica-
tion propre. Sépulchre marque en général tout lieu
ùa Jcpuleure, félon le jurifconfulte dans la loi 3. def-
pulchro violato. Toutefois ;\ prendre ce terme à la ri-
gueur, tel a fépulture qui n'a point de fépulchre ^ car
SEP
îe tfiôt ppiihure défigne non feuîefiiertt toitt lîeit oit
les corps ibnt enlevelis , mais même les cérémonies
de renleveliflemcnt. Les Payens ne s'inquiétoient
pas du fépulchre , mais beaucoup de la fépûlturc ;
parce qu'ils croyoient que l'ame de celui dont le
corps étoit prive de léputture , reiloit errante , Si ne
pouvoit être admife au rang des autres dans les
champs élilees.
Nec ripas datur horrendas , nec rauca jluenta
TranJ'portare prius , quàmfedibus ojj'a qukrunt.
^ncid. /. €i
Voilà d'où vient l'inftante prière que le pauvre
Palinure fait à Enée , de vouloir à fon tour , enterrer
fon corps , qui étoit encore porté fur les flots près du
port de Vélies, depuis l'heure de fon nauù'rage.
Mais quant au fépulchre , il n'étoit réputé ni né-
ceflaire , ni utile ; achetoit un fépulchre qui vouloit ,
car il ne confiftoit qu'eii une maffe de maçonnerie
faite au-defliis , ou au-devant de la fcpuUun. Et mê-
me de ce genre d'ouvrage les Germains avoient cette
opinion , que cela ne fervoit que de fardeau inutile
aux corps des déflmts. Mais ils penfoient que la /e-
pulture étoit louable en el'e-môme , agréable aux dé-
flints, & pleine de confolation aux vivans. Ce que
nous avons appris de Tacite , qui dit que fepulchrurn
Cefpcs erigic : monununtorum arduum & opcrofum ho~
norem , vci gravem defun'cîis ^ afpcrnantur Gcrmani.
A confidérer enfuite les mots fépulchre & monu-
ment , il y a cette différence , que le monument indi-
que toute forte d'édifice pour tranfmettre à la pofté-
rité la mémoire de quelque chofe ; monumentum ejl
quod memoriœ fervandœ gratta exifllt. Que fi dans ce
monument on met le corps d'un homme mort , de
fimple monument qu'il étoit, il devient vrai lépul-
chre , tombeau , & fe revêt de la nature des lieux
faints & religieux. Que fi l'édifice eft fait à la gloire
d'un défunt , & que fon corps n'y foit pas mis en/e-
pulture , on le nomme un fépulchre vuide , que les
Grecs appellent Kivc-ratpiov. Telle efi: l'idée qu'en don-
ne la loi 42 , de religiofis & furnptïbus funerum. De-là
vient que plufieurs hommes illufires de l'antiquité
avoient plufieurs monumcns , dont un feul portoit le
nom de tombeau. C'efi: ce que Denis d'HalicarnalTe
rapporte au fujet d'Enée. {D. /.)
SEPULTURE, {Droit naturel^ on entend en gé-
néral ^zx fipulture dans le droit naturel , les derniers
devoirs rendus aux morts , foit qu'on enterre leurs
corps , loit qu'on les brûle ; car tout dépend ici de
la coutume qui détermine la manière d'honorer la
mémoire du défunt.
Le droit àefépulture efi fondé fur la loi de l'huma-
nité , & en quelque façon même fur la juftlce. Il efi:
de l'humanité de ne pas laifiTer des cadavres humains
pourrir, ou livrés en proie aux bêtes. C'efi: un fpc-
âacle affreux aux vivans ; & il leur en proviendroit
un dommage réel par l'infedlion de l'air, Ainfi les
perfonnes les plus indifférentes font obligées par cette
feule railon de donner elles-mêmes la fcpulture aux
morts, loriqu'il n'y a point de gens, de parens ou d'amis
à portée de leur rendre ce dernier devoir. Que fi l'on
empêche les parens ou les amis de s'enacquitter, on
leur ù\x. une injure. On augmente la douleur qu'ils
reffentent de lîT perte d'une perfunne qui leur étoit chè-
re, on leur ôte la confolation de lui rendre ce qu'ils
regardent comme un devoir. C'efi fur ce pic-là que la
chofe a été cnvifagée de tout tems parmi les nations
qui n'ont pas été plongées dans la barbarie. C'efi:
aufïï en partie là-defilis que font fondées les lois qui
privent de [afépulture ceux qui ont commis de très-
grands crimes ; car elles fe propofent autant de ren-
dre chacun foigneux de détourner de tels crimes fcs
enfans , fes parens , fes amis , que d'intimider le cri-
minel.
Tome XK
SEP 75
Mais en refufant hfépu/ture à quelqu'un , ne viole-
t-on point en quelque manière envers lui Thumanité
& ia jufiice } M. Thomafius & quelques autres ne le
croient pas , parce que le mort ne fent point l'ou-
trage qu'on fait à Ion cadavre ; cependant ce n'efl
pas toujours affez pour être léfé , de fentir l'ofFenfe
que l'on nous fait ; on fait du tort à un infenfé , quoi-
qu'il ne comprenne par le préjudice qu'on lui caufe*
Après tout les raifons qui fe tirent de l'injure faite
aux vivans , luiHient pour en inférer , que hf-pulturc
refufée maUcieufement, fournit un jufte fujet de ven-
geance aux parens ou amis du défunt , & que les lois
même de la guerre ne s'étendent pas jufqu'à refu-
fer la fipulture aux morts de l'armée ennemie; c'é-
toit là du moins Tidée de Platon , & à fon autorité
on peut ajouter celles que Grotius cite en aflez grand
nombre , /. //. c. xix. (Z>. /.)
SÉPULTURE, {^Antiq. greqne & rom.^ le foin de
IzJ'épulcure elt du droit naturel &l du droit des gensi
Tous les peuples peuples fe font accordés à penfer
ainfi , & l'antiquité a regardé \z fégulture des morts
com.me un devoir inviolable , dont on ne pouvoit fe
dilpenfer fans encourir la vengeance des dieux.
Dans l'Iliade d'Homère, Priam obtient une fufpen-
fion d'armes pour enterrer les morts de part & d'au-
tre. Jupiter envoie Apollon pour procurer hfépul-
ture à Sarpedon. Iris eit dépêchée des dieux pour en-
gager Achille à rendre ce devoir à Patrocle, & Thé-
tis lui promet d'empêcher que ce corps ne fe corrom-
pe , au cas qu'on le laifTe une année entière fans fé-
puUure. Homère fe fonde ici fur la coutume des
Egyptiens qui refufoient la fépûlturc au défunt , s'il
avoiï mal vécu. Ce refus faifoit qu'on ne permettoit
pas de tranfporter le corps des impies au-delà du
fleuve près duquel étoient \es fépultures àQS juftes,
De-là venoit l'idée que la privation dehfépuhurs
fermoit à une ame les champs élifiens , & la cou-
vroit d'infamie.
Je me fers ici du mot de fcpulture pour les tems
même d'Homère , où l'on brùloit les corps , d'autafit
qu'il refloit toujours des os ou des cendres du cada-
vre qu'on mettoit en terre enfermés dans des ur-
nes.
L'ufage de brûler les corps eut de la peine à s'éta-
blir chez les Romains , parce que Numa Pompilius
défendit qu'on brûlât le fien ; cette coutume devint
cependant générale fur la fin de la république ; mais
elle le perdit au commencement du règne des em-
pereurs chrétiens , & s'abolit entièrement fous Gra-
tien.
Perfonne , & même les criminels ne pouvoient
être privés de hxjépulturc parmi les juifs. Jofephe ,
antlq. judaïq. l. IV. c. vj. dit que Moïfe avoit com-
mandé qu'on donnât la fépulture à tous ceux qu'on
eondamneroit à mort pour leurs crimes. Nous voyons
que les Romains étoient afiez dans le même ulage ,
car Pilate permit qu'on détachât le corps de J. C. Ô£
qu'on le mît dans le fépulchre , quoiqu'il l'eût fait
mourir comme criminel de léfe-majefié. Les empe-
reurs Dioclétien & Maximien marquèrent par ua
de leurs refcripts , qu'ils n'empêcheroicnt pas qu'on
donnât \&fépulturi à ceux qu'on avoit fuppliciés.
Au commencement de la républipue , tous les Ro-
mains avoient X^wx fépuUun dans la ville , mais la loi
des douze tables le défendit pour éviter l'infeftion que
les corps enterrés pouvoient caufer dansun climat aufii
chaud que l'Italie. La république n'accorda le droit
à.Q fépulture dans Rome qu'aux vefiales, & à un pe-
tit nombre vie particuliers qui avoient rendu des ier-
vices confidérables à l'état. Les Clauàicns eurent le
privile'jjede conlcrvcr Xcwr fépulitirc(o\xs le capito'.c.
Le peuple romain accorda de même par une ordon-
nance exprcfie à Valcrius Publicoîa &: à fcs defcen-
dans, l'honneur de Va fcpulture dans la ville. Plutar-
Kij
715 SEP
que écrit néaninolns que de fon tems , ceux de cette
race ic contentoicnt , lorlquc quelqu'un d'eux inou-
roit , de mettre une torche aroenie lur le tombeau de
famille , qu'ils rctlroioiU aulutùt , pour montrer qu'ils
avoient ce privilège , mais qu'ils s'en déportoient en
failant enterrer leurs parens dans la contrée de
Vclie.
Adrien mit une amende de quatre pièces d'or con-
tre les contrevenans , U étendit cette peine aux ma-
gilirats qui l'auroicnt permis. Il voulut encore, pour
nclorvlr des termes du jurifconiulte Ulpien , que le
Heu de hjcpuhure tut confilqué &c profané, & qu'on
exhumât le corps ou les cendres de celui qu'on y
auroit enléveli. Cette ordonnance fut renouvellée
par Dioclétien ôc Maximien, l'an 190 de l'ère chré-
tienne.
Des lois fi formelles obligèrent les Romains d'éta-
blir leur tombeaux hors de l'enceinte de Rome , &
les élever fur les grands chemins les plus fréquentés,
comme fur la vole appicnnc , la voie flaminienne ,
la voie latine, où l'on voyoit les fcpuchres des Col-
latins , des Sclpitns, des Serviliens;des Marcellus ,
&c. obj-^ts propres à porter les palTans à l'imitation
des grands hommes qui étoient couches dans ces
tombeaux , &C dont les noms étoient gravés fur cha-
cun. i-D.J.)
SÉPULTURE Jes Chinois , ( Hijî. de La Chine. ) les
fcpultiius de ce peuple font hors des villes , &: autant
qu'on le peut fur des hauteurs ; fouvent on y plante
des pins &i. des cyprès. Jufqu'à environ deux lieues
de chaque ville, on trouve des villages, des hameaux,
des ma'ifons difperfées çà & là , & diverfuiées de
bofquets & de petites collines couvertes d'arbres, &
fermées de murailles. Ce font autant àe fépultures
diiTérentes, lefquelles forment un point de vue qui
n'eft point défagréable.
La plupart des fépulchres chinois font bien blan-
chis, & faits en forme de fer à cheval. On écrit le
nom de la famille fur la principale pierre. Les pau-
vres fe contentent de couvrir le cercueil de chaume,
ou de terre élevée de cinq à fix pies , en forme de
pyramide ; pluficurs enferment le cercueil dans une
petite loge de brique , repréfentant un tombeau.
Pour ce qui eft des grands & des mandarins , leurs
fépultures font d'une allez belle lirudure. Ils conf-
truifent une voûte dans laquelle ils renferment
le cercueil : ils forment audeffus une élévation de
terre battue , haute d'environ douze pies & de huit
ou de dix pouces de diamètre , qui a à-peu-près la
figure d'un chapeau ; ils couvrent cette terre de chaux
& de fable , dont ils font un maftic , afin que l'eau
ne puiffe pas y pénétrer; ils plantent tout autour
avec fymmétrie des arbres de différentes efpeces.
Vis-à-vis cft une longue ëc grande table de marbre
blanc & poli , fur laquelle eu une caffolette , deux
x'afes &: deux candélabres auffi de marbre. De part
& d'autre , on range en plufieurs files des figures d'of-
ficiers , d'eunuques , de foldaîs , de lions , de che-
vaux fellés , de chameaux , de tortues , & d'autres
animaux en différentes attitudes , qui marquent du
refpecl & de la douleur , autant que leurs artiftes font
capables d'exprimer les partions ; vous trouverez les
détails de leurs fi.inérailles au mot Funérailles des
chinois. (Z?. 7.)
SÉPULTURE, (Critiq.facréc^ lesjuifs avoient grand
foin d'enfcvclir les morts, &:tenoient à deshonneur
d'être privés de \d.JépuUure ; auffi étoit-ce chez eux
un office de charité que ce dernier foin, comme on le
voit par Tobie , qui s'en faifoit un devoir , malgré
les défenfes de Sennachérib , & quoiqu'il courût rif-
que de la vie en olant enterrer les corps des ilraéli-
tes qu'on expofoit aux bêtes.
Jcrémie, ch. viij. 1. menace les grands , les prê-
tres , &: loi faux prophètes qui ont adoré les idoles ,
S E Q
de faire jetter leurs os hors de Icursfcpuiiures , com-
me le fumier qu'on jette fur la terre. Le même pro-
phète , ch. xxij. IC). prédit que Johakim , roi de Juda,
qui fc plongeoit dans toutes fortes de crimes , feroit
jette à la voirie.
Les Juifs cependant n'avoient point de lieu déter-
miné }po\iY\,.ij'épulturi des morts; plufieurs de leurs
tombeaux étoient faits dans le roc ; d'autres étoient
dans les villes , à la campagne , fur les chemins , dans
les jardins. Les tombeaux des rois de Juda étoient
crcufés tous la montagne du temple , comme l'infinue
Ezéchicl, quand il dit , ch. xliij. y. qu'à l'avenir la
montagne iainte ne iéra plus iouillée par les cada-
vres des rois. Le tombeau que Joléph d'Arimathie
avoit préparé pour lui-même , & qu'il deftina pour
le corps du Sauveur ,étoit dans fon jardin. Saiil fut
enterré fous un arbre , &; Moife , Aaron , Eléazar,
Jofué , le furent dans des montagnes.
Maimonides, il eft vrai, fait mention du cercueil
où les Juifs mettoient les morts , avant que de les dé-
pofer en terre ; mais il parle plutôt de la manière
dont les juifs difperfés enfeveliflbient leurs morts ,
que de celle qui étoit en ufage parmi eux , lorfqu'ils
habitoient leur propre pays. On croit donc que du
tems de J. C. après avoir préparé les corps , avant
que de les mettre dans le fépulchre , ils les pofoient
liés de bandes & enveloppés d'un linceul , fur de pe-
tits lits , & les plaçoient ainfi dans les grottes qui
étoient leurs fépulchres. Les raifons qu'on a d'en ju-
ger ainfi , font 1°. que dans l'hiftoire de \?i fepuUure
6c de la réfurredion de J. C. il n'eli fait aucune men-
tion de cercueil. Il n'y ell parlé que du linceul & des
bandes de toile, dont le corps du Sauveur fut enve-
loppé. 2°. La même chofe paroît dans l'hiftoire de la
rcfurre(Siion de Lazare. S'il avoit été enfermé dans
un cercueil , J. C. ne pouvoit lui dire , Laiare ^fors
dehors. Il auroit fallu ouvrir le cercueil auparavant,
comme il fallut ôter la pierre qui fermoit l'entrée du
fépulchre , afin que Lazare en pût fortir ; ou il fau-
droit fuppofer un miracle que J. C. n'a point voulu
faire , parce qu'il n'en fait point de fuperflu ; c'ell
pour cela qu'il fait ôter la pierre , avant de comman-
der à Lazare de fortir. 3''. Dans l'hifloire de la ré-
furreâion du fils de la veuve de Nain , Jéfus s'appro-
che du mort , & lui dit : jeune homme , leve\- vous:
comment auroit-il pu fe lever , s'il eût été entermé
dans un cercueil ?
Quoi qu'il en foit , aufiitôt que quelqu'un chez les
Juifs étoit mort, fes parens ÔC fesamiî, pour marquer
leur douleur de fa perte , déchiroient leurs habits, fc
frappoient la poitrine , & mettoient de la cendre fur
leurs têtes. La pompe funèbre étoit accorapagnée de
joueurs de flûtes , d'hommes 6c de femmes gagées
pour pleurer, f^oyei Pleureurs & Pleureuses.
SÉPULTURE , f. f. (^Archit^ c'eft le lieu où font les
tombeaux d'une famille, comme étoit la chapelle des
Valois à S. Denis en France.
Les mahometans font curieux de fèpidtures qu'ils
bâtiflent en forme de petites chapelles d'une archi-
tecture fort délicate. Ils appellent tarbes , celles des
fondateurs des mofquées qui en font proches. Davî'
1er. ( D. J.)
SEPULVÉD A , ( Géog. mod.) petite ville d'Efpa-
gne , dans la vieille Caftillc , au iud-oueft & près de
Ségovie , fur la petite rivière de Duraton. On l'ap-
pelloit anciennement Sepuhega , dont on a fait Sc-
pulveda. Villeneuve prétend que c'efl la i'e^'or/iiz lata
de Ptolomée , /. //. c. vj. {D. J.).
SEQUANA ., (Geogr. anc.') nom latin de la rivière
de Seine. Céfar & Ptolomée difent Scquana , Stra-
bon Sequunus , 6c Etienne le géographe Secoanus.
Cette rivière , félon Céfar , de Bel. Gai. l. I. faifoit
avec la Marne , la féparation entxe les Gaulois & les
Belges. {D.J.)
s E Q
S E R
•j
7
SÉQUANIENS , f. m. pi. {Ulfl. anchnnt) peuple
de la Gaule , qui, du tems des Romains , habitoit le
pays connu aujourd'hui fous le nom de la Franche-*
Comté.
SÉQUANOIS , LES , (Gcog. anc.) Sequajii , peu-
ples de Tancicnne Gaule ; du tems de Céfar , ils fai^
foient partie de la Celtique : mais Augufte les mit
fous la Belgique , ce qui paroît par les deicriptlons
de Ptolomee & de Pline. Céfar dit encore , que le
mont Jura les féparoit des Helvétiens : d'un autre
côté, les bornes de leur pays s'étendoient jufqu'au
Rhein , à ce que prétend Strabon , /. If^.
On peut dire que le Rhein bornoit originairement
le pays des Séquanois , avant que les Germains les
euflent éloignés des bords de ce fleuve ; car on voit
qu'Ariovifte leur enleva la troifieme & la meilleure
portion de leur pays , & fans doute celle qui étoit
la plus voiiine du Rhein,
Ammien Marcellin , liv. XV, c. xxvîj. étend aufîi
les Sîquan'uns jufqu'à ce fleuve ; mais il fuivoit l'u-
fage de fon tems : il y avoit une province appellée
Maxima Stquanorum , & dans laquelle on compre-
noit non-feulement les Sequani , mais encore les Hd-
vetii & les Rauraci,
Enfin , le pays de Seqiianiens , félon Tacite , étoit
d'un autre côté limitrophe de celui des ^dui , voye^
M. Dunod dans fon H:Jioin des Séquanois & de la
province Sequanoife. Cet ouvrage efl imprimé à Di-
jon en 173 5. X. vol. in-^^. (Z?. /.)
SEQUELLE , dix me de , ( Droit d'éolife. ) on
appelle dixme àt/equelle une certaine dixme qui fe
perçoit en Bourgogne , parce que le curé qui la le-
vé fuit le laboureur qui va cultiver des terres hors
fa dixmerie. Les dixmes perlbnnelles ne font point
reçues en France , cependant les dixmes de fiqudle
approchent fort de leur nature , dit Fevret. (jD. /.)
SÉQUENCE, ff. terme de jeu de L^ Ambigu ; la
féquence efl: une fuite de trois cartes de la même cou-
leur , comme cinq , fix & fept. h^ féquence emporte
le point & fes primes , & fait gagner trois jettons de
chaque joueur, outre ce qui elt au jeu^ la plus haute
en points va devant la plus baffe.
SÉQUENCE, au jeu de ma Commère accommode::;^'
moi , fe dit de trois cartes qui font dans leur ordre
naturel , ne laiffant aucun intervalle à remplir en-
tre une carte & celle qui lui eft inférieure en valeur,
comme roi , dame & valet , dame , valet & dix , &c.
hzféquenc e de ce jeu ne diffère de la tierce du piquet,
qu'en ce qu'il faut que celle-ci loit en même couleur,
& en même elpece , & que \zjéqu:nce peut être de
trois couleurs & de trois elpeces différentes , pourvu
qu'elle aille de fuite.
SÉQUENCE , au jeu du Hoc , ce font trois cartes d'un
même couleur qui fe luivent. La féquence de quatre
vaut mieux que celle de trois , celle de cinq, que celle
de quatre & ainfi des autres. Et quand les cartes font
égales en nombre , la plus haute gagne ; dame , valet
& dix , & la plus forte féquence fimple ; as , deux &
trois la moindre de toutes. Vmye^ Séquence sim-
ple.
SÉQUENCE simple , au jeu du Hoc , c'eff une fé~
qmnce qui n'eff compofée que de trois cartes feule-
ment.
SÉQUENCE , au jeu de Commerce ^ fe dit de l'affem-
blage fuivi de trois cartes de même couleur, que l'on
appelle tierce au jeu de piquet ; comme as , roi, dame;
roi , dame , valet ; dame , valet & dix , &c. La plus
haute ayant toujours la préférence.
SEQUESTRATION, ff. {Cramm.&Jurifpr.) eft
l'aftion de mettre des revenus ou autres chofes en
fequeftre.
On entend auffi quelquefois par ce terme l'aOion
de détourner des deniers , des pitpiers ou autres cho-
fes , pour en ôter la connoifl'ance 6i. fe les approprier.
f^oyei ci-après SEQUESTRE,
SEQUESTRE , f. m, {jurtfpr-u.l) cH \xm peïfoft»
ne prépoféc pour recevoir & gnrder comme en dé^
pôt des deniers , revenus & autres chofes qui font crt
litige , jufqu'à ce que la juflice jiit décidé à qui lest
chofes iéqucffrécs doivent appartenir.
LeJequeJIre diffère du gardien ou commiffaire , ert
ce que celui-ci eft établi à une faifie , au lieu oue le
fequtjîre eft établi à dcs biens 6c revenus , quoique
non faifis.
Les nominations àcfequeflre fe font ordinairement
en juffice , fur la demande des parties ou d'office par
le juge lorfqu'il y a lieu.
Les parties peuvent néanmoins convenir entr'ellesi
d\m fequefire à l'amiable.
Le juge ne peut nommer pour feqmfln aucun dô
^QS parens & alliés , jufqu'au degré de couhas-ger-
mains inclulivement , à peine de nullité & d'amende,
même de répondre en Ion nom des dommages & in-
térêts en cas d'infolvabiUté du feque/Ire.
Le fequefire doit prêter ferment devant le juge.
Quand les chofes iéqueftrées confiftenten quelque
jouiffance , lejl'queftre doit faire procéder au bail ju--
diciaire, au cas qu'il n'y en eût pas de conventionnel
ou qu'il eût été fait en fraude & à vil prix.
Le devoir àwj'equejlre en général, eft d'adminiftref
les biens & revenus dont il eft chargé , comme un
bon père de famille, & de rendre compte de fa com-=
miflion à qui par juftice fera ordonné. Foyei CoM--
MISSAIRE , DÉPÔT , GaRDIEN , & Vord. de I 6'6'i . tit.
'9- (^)
SEQUIN , {. m. {MonnoLe.) monnoie d'or qui fe
bat à Venife, au titre de vingt -trois karats , trois
quarts. Il s'en fabrique auffi dans les états du grand-
leigneur , particulièrement au Caire , que de-là on
appelle/t^Ki/zj de Turquie ou shérifs owfultanins. On
appelle à (ZorA-Arvûno^Xe fquins hongres , des ducats
d'or qui fe fabriquent en Allemagne à divers coins,
La valeur de ces fequins n'eft pas tout - à - fait fem-
blable , ceux de Turquie & d'Allemagne valent un
quinzième moins que le vénitien. Aux indes orienta-
les , ht fquin vénitien s'y prend pour quatre roupies
fix pcffas , c'eft-à-dire pour 10 liv. 4 f de France ; &
lej'equin de Turquie feulement pour quatre roupies
juftes , ce qui eft 4 fols moins que l'autre. (Z). /.)
S E R , f m. ( Poids étranger. ) poids dont on ufe
aux Indes orientales , particulièrement dans les états
du grand-mogol , ainfi que l'on fait en France & ail-
leurs de la livre. Il y a de deux fortes àe fer ^ l'un
qui eft employé à pefer les denrées & chofes propres
à la vie , & l'autre dont on fe fer-t pour pefer les mar-
chandifes qui entrent dans le négoce. Le premier eft:
de felze onces , poids de marc , qui eft égal à une li-
vre de Paris , & le deuxième n'eil que de douze on-
ces , aulft poids de marc , qui font les trois quarts de
la livre de Paris ; cnlbrte que ce dernieryèr diffère
d'un quart du premier. (Z). 7.)
SERA, ( Géng. anc.) ville métropole de la Sérl--
que , félon Ptolomee , /. VI. c. xvj. Le nom moder-
ne eft Cambalech , félon Niger , & Sindiufu , félon
Mercator. (D.J.)
SERACH , f. m. terme de relation ; c'eft ainfi qu'on
appelle l'olHcier qui tient l'étrier du caia des janiffai-
res en charge , l'accompagne partout à cheval , èc
lui fert comme d'aide de camp. Au bout d'un cer-
tain tems , il obtient le titre de ckous , & ennn de-
vient lui-même caia des janifl'aires, fous le comman-
dement de l'aga du corps. Pocock. Hifoire d'£g}'p:e.
(D.J.)
SERAI ou SERAY, terme de relation; ce mot fi-
gnifie une m.iifon , mais une maifon grande & ample,
un palais. C'eft le nom du palais du grand-feigneur,
qu'on appelle mal-à-propos (érail , car il s'écrit yirr.fi'
en turc ; mais l'ulage l'a emporté. Les palais des bâ-
chas Ck des autres grands de la Porte prennent aufli
73 S E R
ce nom ; c'eft encore celui qu'on donne A ces hôtel-
leries publiques , où vont loger les caravanes ; car
on les appelle caravanfcmi ou carvan ■ Icraï. Quel-
ques-uns écrivent ce nom par un A; d'autres, com-
me Thevenot , dans fon voyage des Indes , écrivent
qiunan-feiaï-y un uiage vicieux a prévalu , & déci-
dé ^owr ferrait , lorsqu'il s'agit d'un palais desibuve-
rains orientaux , & Air tout\le ceux où leurs femmes
font enfermées. /-'ojé^Serrail. (Z>.7.)
Ser.v! , ou Sarai , ou Sultan-Sarai, ou Ba-
ch a-Ser Al, {Géogr. rnoJ.) ville du Capchac , un-
ie Voîga,où le\an taifoit la réfidence ; mais les RuC-
fes ont ruiné en 1736 cette ville , ou plutôt ce pd-
U\s.Lon<:.Si. Ut.Sz. {D.J.)
SERÀN , f. m. ( TijJ'crancL ) outil à préparer les
chanvres , les lins , les orties , & autres plantes dont
les tiges font pleines de filamens , pour les mettre en
état d'être tilces.
Les ferans font des aïs en forroe de grandes cardes,
armés de dents de grosfils-de-fcr , à-travers dcfquels
on fait pafTerces plantcs,après qu'elles ont été aupara-
vant grolnerement concailées avec un inflrumcntde
bois. Ces deux apprêts qui les réduifent en filafîés &
en état d'être filées au rouet ou au fufeau , ne fe don-
nent que lorfqu'au fortir de l'eau où elles ont été
rouies , on les a bien fait lécher au folcil. {D.J.)
Seran , LE , {Gcog. mod.) petite rivière de France.
Elle prend la fource dans les montagnes de Mi chaille,
vers le orandabergement , court dans le Valromey,
& fe perd dans le Rhône , au-dellous de Roche-
fort , à fept ou huit lieues de fon origine. {D. /.)
SERANCER , v. aft. ( TiJJeranJcne.) c'eft faire
palier les chanvres , lins , orties & autres matières
propres à être filées par les ferans. Les chanvres/è-
ranccs , ce font les chanvres qui ont reçu cet apprêt ,
& qui font réduits en lîlafle. Les dents du leran doi-
vent être plus ou moins ferrées , félon la finelfe dont
on veut que foit le chanvre.
On a ordinairement plufieurs ferans de différente
grandeur. Quand on veut /^'•^«cer, on les attache au
bout d'une table, fur un efcabeau , ou aiure uflcnfile
de ménage ;le principal elf qu'ils foient fermes; on
pafTe le chanvre plulieurs fois à-travers de ces pointes
de fer; & quand il eft bien peigné, bien propre &
bien clair , on le met en botte pour le vendre à nie-
fure qu'on enfcrance ; oubien on le file , foit à grand
rouet, à la quenouille , ou au fufeau , fuivant les dif-
férens ufages auxquels on le delline. (D.J.)
SERANCOLIN, marbre , ( Lithoiog.) le mar-
bre fcrancolin eft im marbre ifabelle &: rouge , ou
couleur d'agathe des Pyrénées. La carrière d'où on le
tire eft dans la vallée d'Or , proche de Saancolin., dans
l'évêché de S. Bertrand. L'on a été long-tems que
l'on ne pouvoit avoir de ce marbre que par mor-
ceaux ; mais depuis que le fieur Miflon a trouvé le
fecret de fcier le marbre dans le roc avec des fcies qui
tournent à volonté , on peut avoir toutes fortes de
marbres par grandes pièces. {D. J.)
SERANDIB , {Gco»r. mod.) nom arabe de la plus
fameufe île de l'Océan oriental. Le fchérif Al-edrilfi
lui donne 80 parafangés de lorigucur , & autant de
largeur ; & le géographe perfien la met fort proche
de la côte des Indes , entre l'équateur & le premier
cli m.at. Tout cela nous indique que cette île eft la
même que celle de Ceylan. (Z>. /.)
SÉRAPÉON, f. m. ( antiq. d^Egypte.)tçxr\^^\ç fa-
meux d'Alexandrie ,ainli nommé parce qu'on y avoit
dépofé la ftatuc du dieu Sérapis.
Rufin qui étoit à Alexandrie lorfqu'il fubfiftoit en-
core,nous en a fait la defcription. C'eft un lieu élevé,
dit-il , non par la nature , mais de main d'homme. Il
eft , pour ainli dire , fufpendu en l'air. Ce vafte bâ-
timent eft quarré , & foutenu fur des voûtes depuis
le rez-de-chaulfée jufqu'à ce cju'on foitarrivé au plain-
S E R
pîé du temple , auquel on monte par plus de cent
degrés. Ces voûtes font partagées en plufieurs appar*
temens féparés les uns des autres , qui fervent à dif-
férens minifteres lea'ets. Sur ces voûtes en-dehors
font de grandes lalles pour conférer , des refedoires,
& la maifon où demeurent ceux qui ont la garde du
temple. En- dedans régnoient des portiques quicom-
poloient une efpece de cloître au-tour de ce bâti-
ment quarré. C'étoit au milieu de ce cloître que s'é-
levoit le temple de Sérapis orné de colonnes, ôidont
les murs étoient de marbre.
Ptolomée., fils deLagus, l'avoit fait bâtir, félon
Tacite , dans un lieu où il y avoit eu long-tcms au-
paravant une chapelle confacrée à Sérapis & à Ifis ,
fur une petite émin-nce dans le quartier nommé Rlia'
colis , dont il failoit lo plus bel ornement,
Théophile , patriarche d'Alexandrie , ayant pris
la réfolution de uiiner abiolvimentlepaganifme dans
la capitale de l'Egypte , fit tout ce qu'il put pour ob-
tenir des ordres afin de mettre en exécution fon def-
fein. Il obtint en effet de l'empereur Théodofe en 390,
un édit qui lui permettoit de démolir tous les tem-
ples.
L'expédition de Théophile fe fit avec tout le zèle
deftrudcur dont il étoit capable , & il n'étoit pas
petit. Les chofes ne fe palTerent pas fans tumulte ; les
payens , au rapport des auteurs eccléfiaftiques , ou-
tres de ce qu'on vouloir abohr leur ancienne religion,
fe retirèrent dans le Scrapéon , comme dans une cita-
delle ; de-là ils fe défendirent, & foutinrent les atta-
ques des chrétiens. Quelques philofophes s'étoient
mêlés dans cette émeute en faveur de leurs compa-
triotes ; mais Théophile appuyé du préfet d'Alexan-
drie & du commandant des troupes , ayant eu l'a-
vantage , un tirand nombre de favans du pasianifme
cruellement perlecutes , furent obHges de prendre la
fuite , & de le difperfer dans plufieurs villes de l'em-
pire. On nomme entre autres le philofophe Olym-
pus & les grammairiens Ammonius & Kelladius. Ce
magnifique temple de Sérapis fut détruit de fond en
comble , & quelque tems après onbâtit à fa place une
églife à laquelle on donna le nom de l'empereurAr-
cadius.
Ce temple avoit une bibliothèque qui devint très-
célebre, & qui n'étoit cependant qu'un fupplément
de la bibliothèque d'Alexandrie , aulTi l'appelloit-on
fa fille ; mais avec le tems cette fide devint belle &:
grande ; elle échappa aux flammes qui confumerent
celle d'Alexandrie, On croit que ce fut dans le Sêra-
pcon que Cléopatre mit les deux cens mille volumes
de celle de Pergame, dont Marc- Antoine lui fit pré-
fent. Cette addition & d'autres que les conjonftures
amenèrent , rendirent la bibliothèque du Sirapion
plus nombreufe que celle dont elletiroit fa naiftance.
Pillée plus d'une fois pendant les révolutions de l'em-
pire romain , elle fe rétablit toujours de fes pertes.
En \\\\ mot , elle a fubfifté ouvrant les tréfors aux cu-
rieux jufqu'au vij. fiecle , qu'elle eut enfin le même
fort que fa inere , & qu'elle fut brûlée parlesSarra-
fins quand ils prirent Alexandrie l'an de J. C, 642.
{D.J.)
SÉRAPHINS , f m. pi. ( Théolog. ) anges du pre-
mier ordre de la première hiérarchie. Foyc:^ Anges
6- Hiérarchie.
Ce mot vient de l'hébreu {^r^/^A , brûler ou enflam.-
mer ; & l'on croit que ces efprits céleftes font ainfi
nommés de l'amour divin qui les confume , parce que
de tous les anges ils font les plus près du trône de
l'Eternel. Ifaie , ch. vj. les dépeint comme des anges
qui étoient au-delTus du trône du Seigneur , & qui
avoient fix aîles ; deux dont ils voiloient leur face ,
deux dont ils couvroient leurs pies, & deux avec lef-
quelles ils voloient. C'eft le feul endroit de l'Ecriture
oii il foit fait mention àes/éraphins pris en ce fens ',
s E R
car ailleurs firaphins , clans l'hébreit , fe prend pour
les fondeurs & les ort'évrcs ; & dans les Nombres ,
/. XXL le nom àeféraphin ou faraphin eft donné aux'
lèrpens ailés qui firent mourir les Ifraélkes dans le
dciert.
SÉRAPHIQUE , adj. ce qui appartient aux féra-
phins, ou ce qui les imite. Boylea compolé un traité
de Vamourféraphique, c'eft-à-dire de V amour de Dhu.
On donne dans les écoles le litre de docUur fcraphï-
quc à S. Bonaventure , à caufe de fa ferveur & de
Ion extrême piété.
S. François d'Aiîlfe efi: z-^^eWèlQ pznféraphiqiu,^^
mémoire ou en honneur d'une vifion qu'il eut fur le
mont Alverne , où , après un jeune de quarante jours
& d'autres grandes aurtérités , étant en extafe , il vit
ttn féraphin qui defcendit rapidement du ciel iur lui ,
&: lui imprima aux mains , aux pies & au côté des
iUgmates qui repréfentoient ies plaies que les doux
& la lance firent au corps de Jefus-Chrift lorfqu'on
ie crucifia. Voyc^ Stigmates.
SERAPIDIS IN su LA , ( Géog. anc, ) île fur la
côte de l'Arabie heureufe , dans le golfe Sachalite ,
ielon Ptolomée , liv. VI. ch. vlj. lElle étoit remar-
quable par un temple , & étoit voifine des fept îles
qui étoient auffi dans ce même golte. Arrien , />. ic).
■&:<Oxon , dans fon Périple de la mer Erythrée , met
environ deux mille ilades entre elle & le continent ;
■il lui donne environ 200 ftades de largeur. « Il y a ,
» dit-il , trois villages dont les habltans font les prê-
■w'tres des Ichtyophages. Ils parlent arabe , & cou-
vvrent avec des feuilles ce que là pudeur ne per-
»> met pas de montrer. Cette île a quantité d'excellen-
» tes tortues. Les habitans de Cane ont coutume d'y
» aller avec dechaloupes & des barques ». Ramufio
■croit que c'eft aujourd'hui l'île nommée Maiiia.
i-D.J.)
SERAPIS,ottSARAPIS {MytkoL Médaill.Jnfcnpt.
Monum. Pierres gravées & Liuérat. ) c'étoit un grand
•<lieu des Egyptiens , connu , félon toute apparence ,
par ce peuple , long tems avant les Ptolémées , fe-
•lon l'opinion de M. Cuper , qui nous paroît la plus
•vraiffemblable. Tacite , hifî. liv. IV. ch. Ixxxïij. le
^prétend auffi. Les Egyptiens , dit-il , nation fuperfti-
tieufe, révéroient.S'eVa/);^ plus qu'aucun autre divi-
-nité : Serapin dcdita gens fuperjiitionibus fuper aiios
colit.
Ce n'étoit pas feulement le dieu tutélairede tout£
4'Egypte en général , plufieurs des principales villes
,<le ce royaume l'avoient choifi pour leur patron par-
'ticulier , & ie firent graver fur leurs monnoies en
cette qualité ; mais entre toutes ces villes , aucune
-ne lui rendit des honneurs plus folemnels & plusfur-
-'prenans que celle d'Alexandrie. AUxandria civitas
'qux- conditorem AUxandrum macedoneni gLoriatur ^ Se-
tiapin atque Ifin cullu penè atconitce vemraûoiùs obfer-
<vat , dit Macrobe , liv. I. Saiurn.
On l'y adoroit, félon Tacite , comme une efpece
~de divinité . univerfelle qui repréfentoit Efculape ,
•Ofiris, Jupiter , Pluton : dtumipfum. multi ^fcula-
pium quod meicaïur œgris corporibus , quidam OJïrin
■ amiquiffimiim illis gentibus riumen , plerique Jovem , ut
•rerum omnium potentem , plurimi ditem patrem infigni-
•bus quœ in ipfo maniftjla aut per ambages conjeclant.
•On le prenoit auffi pour Jupiter. Ammon, pour le
-Soleil , félon Macrobe , & pour Neptune. Le bufte
yàeSérapiSfdM revers d'AntoninPie, nous le montre,
•dans Seguin, fous prefque tous ces difFérens rapports;
• le boiffeau fur la tête , la couronne rayonnée , les
• cornes de bélier, la corne d'abondance devant lui, &
«derrière lui un fceptre à trois pointes entortillé d'un
»ferpent, anême avec la cuiraffe , comme le dieu
^Mars. .:.'';:j .
On s'étoit auffi.formé de Scrapis une idée .comme
«^d'un dieu unique , qui compi-epoit-les attributs de
S E R
19
toutes les autres divinités ; ce qui donna lieu aux
payens de publier que les Chrétiens & les Juifs, qui
ne reconnoiffoientqu'tm feul Dieu , adoroient Séra^
pis ; c'eft ce qu'affure l'empereur Hadrien dans une
lettr^e à Severianus , rapportée dans Vopifcus d'après
f legon : iUi , dit-il , qui Serapin colunt ckrillianifunt ,
& qui Je Ckrijîi epifcopos dicunt , unus iliis Dcus efl ;
hune Chrijiiani , hanc Judœi , hune omnes venerantur ,
& gcntes.
•C'eft à cette divinité qu'étolt confacré le fuperbe
■temple d'Alexandrie , dans lequel on transféra la fla-
tue de ce dieu , que les habitans de Sinope poiTé-
doient , & qu'ils adoroient fous le nom de Jupiter Sé-^
rapis , P tutus ou Pluton.
îlciltrès-fingulierque les Alexandrins qui a voient
cette divinité chez eux pour ainfi dire , puifqu'elle
étoit la première divinité de toute l'Egypte , fefoient
avifés de l'aller chercher au-delà des mers , & dans
une ville auffi éloignée d'Alexandrie que l'étoitSino^
pe , & d'adorer Jupiter-6'£Vû/'/5 , divinité égvotien-
ne, fous le titre d'un dieu étranger , favoir fous celui
de Ziùç itvu^Trl-Tw , Jupiter de Sinope. Tacite , Plutar-
que & Euftathe nous en difent la raifon, dont le dé-
tail feroit trop long à raconter autrement que par
l'extrait fuivant.
Entre plufieurs temples des plus magnifiques dont
.Ptolemée Soter , fils de Lagus , avolt orné la nouvelle
ville d'Alexandrie , qu'il avoit choifie pour la capl-
■tale de fon royaume, il en avoit fait bâtir un beau-
coup plus fuperbe qu'aucun autre , & tout éclatant
d'or. Comme il étoit en fufpens à quel dieu il devoit
le dédier , un génie d'iuie beauté charmante , & d'une
•taille au-deffiis de l'humaine , lui étant apparu ei[i
•fonge , lui confeilla de faire venir fa ftatue du Pont,
après quoi il difparut en s'élevant dans les airs envi-
ronné de flammes.
Ce prince ayant raconté fa vifion à Timothée , fa-
vant athénien, de la race des Eumolpides , il apprit
de lui que près de Sinope , ville de Pont , étoit un,
vieux temple confacré à Jupiter-Plutus ; dontlafta-
tue étoit fmgulierement refpeftée par les habitans de
cette contrée. Sur cet avis, Ptolemée envoya Timo,-
thée en ambafiàde à Scydrothemis roi de Sinope ,
pour le prier , en lui offrant en même tems de .riches
préfens, de vouloir bien lui accorder ce dieu.
Scydrothemis fit d'abord de grandes difficultés, &
cependant retint Timothée à fa cour le plus long
tems qu'il put, en l'amufant toujours de belles pro-
mefles.Mais enfin au bout de trois ans , le dieu fe dé-
clara de lui-même , & le rendit de fon temple fur le
vaiffi^au de l'ambafTadeur , qui auffi-tôt ayant mis à la
voile , arriva , par un miracle encore plus inoui , en
trois jours dans Alexandrie.
Cette divinité y fut reçue avec toutes les marques
poffibles de vénération ; & à l'inftant Ptolemée la fit
mettre dans le temple qu'il lui avoit deftiiic , avec
• d'autant plus de pompe , qu'il reconnut que c'étoit
le portrait même qui lui étoit apparu , & que c'étoit
auin l'image de Juplter-vS'(îVrt^/.j , qui étoit adoré en
' Egypte pour le dieu Pluton. C'eft ce même dieu qu'A-
thénée nomme le Jupiter égyptien , & Martial le /.¥-
piter pharius , comme étant la divinité du Nil.
Scis quoties Phario madeat Jove fufcafyene.
Tacite. rapporte, que Juplter-,S'fViz/»i.î étoit encoce
en vénération de fon tems dans Alexandrie; qu'on
•s'adreilbitàlui comme à un oracle, iSc que Vefpa-
ffien étant venu daiis cette ville , fc renferma dans le
< temple de ce dieu pour le coaluLter fur les.a^ffaires de
, l'emjMre. On publia même que ce prince avoit opéré
quelques miracles par la puiffimce de Sérupis ; & ['on
eut grand loin de fcmer ces faux bruits parmi le peu-
ple , tant pour y accréditer davantage le culte de
, cette jdivinité , que poui rcndre.la, ttia.|eijé impériale
8o
S E R
tou')ours plus refpedablc aux Egyptiens.
Les Athcniens qui avoicnt reçu la connoifliince de
l'Egypte par Cccrops ^ Eredhcc , deux de leurs
rois qui ctoicnt de ce pays-li\ , recourent en mcmc
tenis le culte iVllis &C de S érapis , qu'ils établirent
dans la Thrace 6c tur les côtes du Pont-Eu.vui , où
ils turent puitlans pendant un affe/. long elpace de
tems , is: où ils fondèrent tant de célèbres colonies.
Quand nicme leshilloriensletairoicnt lur ce point,
quantité de médailles nous apprennent que Jupiter-
Plutus ou Sérapis , tut la divinité tutclaire de plu-
fieurs villes confulérables des environs de cette nier,
fur-tout de la Thrace & de la Mœfie intérieure ; les
ïiiédailles de xMarcianopole , d'OdcUe 6c de Diony-
fiopole en rendent témoignage.
Les médailles nous dilcnt encore que ce dieu ne
fiit pas moins révéré dans l'Arabie , la Phénicie & la
Syrie , qu'en Afie , en Thrace & dans la baffe Mœ-
iîe; c'ell ce dont nous affurentles médailles de Boffra,
<ie Ptolémais , de Céiarée , de Paleftine , d'iElia ca-
pitolina , d'Antioche de Syrie , où il eut même un
temple fameux.
La ville de Slnope en particulier avoit pu recevoir
le culte de Sàapis , fi ce n eff immédiatement des ha-
bitans des provinces voifines , qui le tenoient des Sy-
riens 6l des Phéniciens , chez qui il étoit paffé de l'E-
gypte , au-moins des Colches, colonie égyptienne,
avec qui Sinopc étoit en relation de commerce , ou-
bien même des Miléliens dont cette ville étoit co-
lonie.
Ce ne fut point fans de grandes raifons que les Si-
nopiens prirent Juplter-Plutii* , c'eft-à-dire Sérapis,
pour leur divinité tuîélalre ; car outre que plufieurs
auteurs prétendent que ce fut Jupiter-même , &: non
pas Apollon qui traniporta de Grèce en AfieSinope,
fondatrice de la ville de ce nom, les Sinopiens étoient
aulîi perluadés que c'étoit à Jupiter- Plutus , dieu des
mines, qu'ils etoient redevables de l'opulence où les
.mettoit le grand trafic qu'ils failbient fur toutes les
-côtes de la mer Noire , d'une quantité prodigieufe
"de fer qu'ils tiroient des mines de leur contrée & des
pays voifins ; railbn pour laquelle vraiffemblablement
Pomponius MélanommelesSinopicns chatibés ^ c'eft-
.à-dne forgerons ou marchands defir.
Le culte de Sérapis paffa de la Grèce chez les Ro-
. mains , qui lui élevèrent un temple dans le cirque de
Flaminius , &C établirent des têtes en fon honneur en
différens tems de l'année. Une multitude prefque in-
nombrable fréquentoit le temple de ce dieu ; de jeu-
nes gens entr'autres y couroient en foule , pour ob-
tenir de lui , comme une faveur fignalée , qu'il leur
lit trouver des perfonnes faciles qui euffent la com-
plail'ance de le livrera leur paffion. Un nombre pref-
qu'infini de malades & d'infirmes alloient lui deman-
der leur guérifon , ou plutôt fe perluader qu'ils l'a-
voient reçue. Enfin les maux qu'occafionna le culte
de Sérapis , obligea les empereurs de l'abolir dans
Rome , & Théodofe détruifit fon temple à Alexan-
diic.
Cette divinité figuroit Jupiter qui commande au
ciel ik à la terre, 6i. le dieu Plutus ou Pluton qui pré-
fide aux enfers &C à tous les lieux iouterrein9,fur-tout
aux mines , &C par conlcquent aux richeffes pulfqu'on
les en tire; c'eft à caufe de ces deux différens rapports
qu'on prélente ce dieu fiir les médailles , tantôt avec
une aigle fur fa main droite, ainfi qu'on le voit au re-
vers d'une médaille de Mithridate V. père de Mithri-
dateEupator , 6c d'une autre médaille de Caracalla,
où Sérapis paroît à-demi couché fur un triclimum ,
efpece de canapé ; tantôt avec le cerbère à lés pies ,
ainfi qu'il eft fi fouvent gravé fur les médailles de plu-
fieurs villes d'Afie , de Thrace t!k de Grèce: par exem-
ple fur celle de Pergamc , de Laodicéc , de Sidé de
Pamphilie , de Ny fa «n Carie , d'Amalic daiii le Pont , |
S E R
où fc voit dans le champ de la médaille une étoile^
pour marquer la puiffance de ce dieu dans les cieux ;
des Callaticns dans la Thrace , des Pénéates en Ar-
cadie , 6c même des Marcianopolitains dans la baffe
Mœfie.
Sérapis tel qu'il eft gravé fur une médaille de Gor-
dien Pie, expliquée dans les mémoires de littérature, a
un boifi'eau, ou un panier fur la tête , à la manière
des divinités d'Egypte ; type qui fignifie non-feule-
ment que l'abondance & tous les biens venoient des
dieux , mais auffi que c'étoit eux qui mefuroient ,
c'eff-à-dire qui régloient tout fur la terre félon leur
volonté. On donne particulièrement ce fymbole à
Sérapis , comme inventeur de l'agriculture : il lui
convient encore comme dieu des richeffes , pour
marquer qu'elles procurent aux hommes tous les be-
foins de la vie ; d'où vient que les anciens mettoient
quelquefois une corne d'abondance à la main , com-
me il paroit fur quelques médailles.
Ce dieu , dont le caradlere efl de ne faire que du
bien , n'a point dans la médaille de Gordien Pie, la
foudre à la main , ainfi que le porte le plus fouvent
Jupiter, comme divinité terrible; mais il tient dans fa
main gauche haflam puram ,fceptre qui étant émouffé
par le haut fans fer aigu, à la différence des lances or-
dinaires , défigne que la bonté & la clémence font le
propre des dieux.
La main droite de la figure du dieu , & {f^s re-
gards levés vers le ciel , femblent attefter qu'il ne
commande pas moins aux cieux que fur la terre , &
aux enfers. C'efi: ^uflî l'attitude qu'a ce dieu fur plu-
fieurs médailles des villes de l'Egypte , de Syrie ,
d'Afie & de Thrace. On le voit ainfi fur les médail-
les de Boufiris , de Cabale , de Ménélas , d'Oxy-
rinche , de Profope, de Naréolis , de Cop'os & d'au-
tres villes d'Egypte; fi ce n'ell: que cette divinité porte
fouvent fur la main droite l'animal , ou autre fymbole
de la ville dont elle eff la patrone ; par exemple un
lion , un cerf, un ibis, le lotus , une palme & au-
tres types.
Sérapis a la même attitude fur les médailles d'Ama-
fie , de Tomes , & d'Anchiale dans le Pont, de Ni-
cée , de Ciane en Bithynie , de Mida en Phry gie ,
de Céfarée la Germanique en Syrie , de Céiarée de
Cappadoce , ayant le mont A.rgée fur la main droi-
te ; dé Perinthe , de Sardis , de Bizuenne , de Calla-
fie , de Meiémbrie dans la Thrace , &c.
Mais le fymbole le plus commun, & leplusuni-
verfellement employé dans les médailles , images ,
ftatues , & pierres gravées de Sérapis , eft le boiflTeau
ou panier appelle en latin calaihus , qu'il porte fur
fa tête; la forme n'en eft pas la même par-tout; quel-
quefois ce panier eft également large dans toute fa
hauteur; ailleurs on le voit évafé par le haut , ici
élevé , là plat , d'autresfois orné dans fon contour de
branches feuillées , le plus fouvent tout uni ; dans
d'autres, treffé en manière de jonc ; ou enfin en-
touré de plufieurs bandes horilontales ,. & terminé
par une efpece de rebord , faillant dans fa partie fu-
périeure.
Le muid fe trouve fur la tête de quelques divinités
égyptiennes , & en particulier fur celle d'Ifis ; mais
on peut dire que c'eft proprement l'attribut de >SVr<z-
pis ; ceux qui regardent ce dieu comme étant le fo-
leil , prétendent que le boiffeau mis au haut de fa tê-
te , marque la, prodigieufe élévation de cet aftre ;
d'autres , que cette divinité conduit tout avec poids
& mefure; quelques-uns enfin, en confidérant ^SV-
rupis comme l'inventeur de l'agriculture. Il n'eft pas
poffible de luivre tous ces détails; les autres attributs
ào. Sérapis , font le cerbère , Tes rayons., le ferpent,
le bâton , les cornes de bélier , le trident, la corne
d'abondance, l'ibis, le vaiffeau , le papillon, l'ai-
gle , le cerf, ôc le phalle. On ne s'attend pas fans
doute
s E R
tîoiite (^u'on ctabllile les raifons qui ont fait donnera
cette divinité tous ces différons attributs ; mais on
peut lire les Mémoires de litthat. tom. X. in-^°. les
auteurs de l'art numifmatique ; Spanheim en particu-
lier ; & finalement une diiJertation fur le dieu Séra-
pis , imprimée récemment à Amfterdam ,/«-/ 2. ( Le
chevalier DE Jaucovrt.)
SÉRAPOULE , ( Géflg. mod. ) petite ville de l'em-
pire ruffien , dans la province de Permie , & la plus
méridionale , fur une petite rivière qui , un j)cu au-
defTous , fe joint au Kama. (Z>. /.)
SERASKIER, or/SARESKER,f m. {mft.mod)
c'eil le nom que les Turcs donnent à leur généraux,
ou à ceux qui commandent en chef leur, armée ;
ils leur donnent aufli le nom de bachbog , chef ou gé-
néral. On clîoiiit leféraskicr parmi les bâchas à deux
ou trois queues ; mais fi lefcraskier n'a que l'honneur
des deux queues , on nefouffre point de bâcha àtrois
queues dans fon armée , parce que ce feroiî à lui
que le comnîandenient appartiendrait. Un féraskier
n'eil tenu que de communiquer fes plans aux autres
officiers généraux , mais il n'eft point obligé de fui-
vre leur avis, & fon pouvoir eft arbitraire; il ceffe
aufnîôt que la campagne ell finie. Le bâcha de Si-
liftric porte toujours le titre deféraskier , parce qu'il
eft obligé de veiller à la fûrelé des frontières, du côté
de la Pologne, f^oyei Cantemir , hifr. ottom.
SERAY-AGASI , {Hift. turque.) c'ell le quatrième
aga du ferrail ; il ne fort jamais de Conflantinople ,
& eiî appelle pour cette raKbnyè'mj'-rtj^'^y? , l'aga du
ferrail. îl fait l'office des trois autres aga , pendant
qu'ils font abfens , c'efl-à-dire , du capi-aga j du kha-
zincdar-bachi , & du kilerdgi-bachi. du Loir. {D. /.)
SERBAJEE , f. m. ( urmede relation. ) nom qu'on
donne à un capitaine de cavalerie qui eil au fervice
du grand feigneur. Pocock, defcript. d"" Egypte, p. iy6'.
{D. /.)
SERSETES , ou SERBETLS , ( Géog. anc. )
fleuve de la Mauritanie céfarienfe , dans Ptolomé
œ
/. ly. c. ij, Villeneuve croit que c'eftlc fej"dabala de
Pline. Le nom. moderne eft Miron , félon Calîalo ,
S^ Hu.:d-Icer , félon iMarmol. (£).J.)
SERBOCAL, f m. (FUeurd'or. ) c'eft parmi les
fileurs d'or un petit cylindre de verre , fur lequel
paffe l'ouvrage , afin qu'il ne coupe point le bois du
rouet.
SERCKIO , LE ( Géog. mod. ) rivière d'Italie ; el-
le prend fa fource au mont Apennin , dans l'état de
Modcne , arrofe Luques dans fon cours, &fe jette
dans la mer de Tofcane , environ v. fix milles au-def-
fus de FArno. Le Serchio eUV^faris , V Arifir , ou
VJiifer des latins. {D. 7.)
SERDAR , f. m. ( Hijl. mod. ) c'eft le titre qu'on
donne à un général de la Moldavie , qui eft chargé
de défendre les frontières conîre les incurfions des
Cofaques & des Tarlares.
SEÎIDEN-GIECKDI , f m. ( Hift. mod. ) nom
que les Turcs donnent,^ ime milice qui n'eft point
lur un pie fixe, mais qui eft levée ou cafteeaugré
du fultan. Ce mot fignifie homme qui méprife la vie.
Dans les expéditions difficiles , le lultan ordonne la
levée d'un certain nombre de ces foldats , à qui on
donne dixafprcspar jour; les janiûaireseux-mcmes
s'y enrôlent, pour augmenter leur paye. Ces Ibldats
combattent avec une férocité & une valeur à toute
épreuve , & ceux qui échaj^pent , ne peuvent être
forcés àfervir une féconde fois dans le mcmc pofle ;
quand ils font eftropiés, ils ont une penfion viagère
de dix afpres par joiu- , & on leur donne le titre d'o-
tnrr.k , ou fédentaire. Foyc^ Cantemir , hifî. ottom.
SÉRÉGIPPE , ( Géog. mod.) rivière de l'Améri-
que méridionale , au Bréfil; elle prend fa fource dans
le gouvernement de Sérégippe , qu'elle arrofe, & va
fe jet ter dans la mer du Nord. (D. J.)
Tnme XK,
S E R
SÉRÉGIPPE DEL REV , OU S. Chriftoplic , ( Giog^
mod.) ville de l'Amérique méridionale, au Bréfil;
capitale du gouvernement de même nom , fur la rive
feptentrionale du Vazabaris , à onze lieues de Rio-
Real. Le gouvernement de Séregippe efl entre Rio*
Real , au midi , & la rivière de S. François au nord»
{D.J.)
SEREIN, {^Phyjïque & Médecine.) on tlppelle corn-*
munémentyèra/z, f humidité dont l'air eft chargé ,
principalement en été, & après les jours les phis/i-
reins , quelques heures après le coucher du foleil ,
lorfque le vent cCt au midi , & qu'on n'eftime com-
munément que par un fentiment de froid qu'éprou-
vent ceux qui y fon%€xpofés. Leferein n'eft autre
chofe que larofée dufoir , ou larofée commençante,
qui n'efl pas devenue encore fenfible par l'accroifTe-
ment qu'elle reçoit pendant la nuit , & qui eft par-
venue à fon complém.ent peu de tems après le lever
du foleil ; c'eft une erreur populaire que l'opinion
qui fait regarder le ferein comme une émanation fé-
che , plus nuifible que la rofée proprement dite. ^07»
Rosée , Chimie & Médecine, (l)
SÉRÉNA LA (Géog. mod.) Ville de l'Amérique
méridionale , au Chili , dans i'évêché de Sant-Jago.
Cette ville qui efl la première du gouvernement de
Chili , & la plus proche du Pérou , fut bâtie par le
gouverneur du Chili, Petro de Valdivia, l'an i 544»
II lui donna le nom de Séréna fa patrie ; mais les Ef-*
pagnols l'ont appelle depuis Coquimbo , du nom de
la vallée dans laquelle elle eft bâtie. C'eft une gran*
de vïilace , dont les rues font larges , longues & t-i-»
rées au cordeau , mais dans chacune defquelJes on
trouve à peine fix maifons ; & quelles maifons enco-=
re ? Elles font toutes bafi^es , étroites , & couvertes
de feuilles de palmier ; elles ont toutes un grandjar-
din , où l'on cueille tous les fruits d'Europe & du
pays , qui font d'un goût merveilleux,- & dans une
abondance étonnante.
Il paffe au nord de la ville, une belle rivière , qui
prend fa fource dans les hautes montagnes des An^
des ; elle arrofe la vallée , qui eft toute remplie de
beftiaux qui y paiffent pêle-mêle , fans qu'on en
prenne aucun foin.
Le port de la Séréna eft fous le 30* deg. d€ latitude
méridionale , dans une baie fort étendue , & fituée
environ à deux lieues de la ville. C'eft dans ce port,
auffi grand que commode , que l'on décharge les na-
vires.
Comme la rivière qui fertihfe la vallée, paffe aufîi
dans la ville , elle y apporte abondamment du vin,
du blé, des fruits, de la viande , & du poifiTon ; cet-
te ville ne manque pas de couvents , il y en a de cor-
delicrs , de dominicains , de pères de la merci , de
je fuites , &c.
Ce pays étoit autrefois fort peuplé, il eft àpréfent
prefque défert ; les Efpagnols , dans le tems de leurs
conquêtes , & depuis , par les travaux des mines
d'or & de cuivre , ont tellement détruit tous les ha-
bitans de cette contrée , que les mines d'or & de
cuivre qui s'y trouvent , ont été abandonnées , faute
de monde pour y travailler.
Longitude de la Séréna , fuivant le P. Fouillée,
506". 24. 1^. latit. iC). J4. ;o. elle eftde 73. j^. ^it
plus occidentale que l'obfervatoire de Paris. (Z?./. }
SÉRÉNADE , f. f. efpece de concert qui fe don-
ne de nuit fotis les fenêtres de quelqu'un ; il n'eft com-
pofé ordinairement que de mufique inltrumentale;
quelquefois on y ajoute des voix. On appelle aufti/îf-
rénadis les pièces que l'on compofc, ou qu'on joue
dans ces occafions. La mode A^sférénades eft paftée
depuis long -tems , & ne dure plus que parmi le
peuple. Ce mot , italien d'origine , vient (ans doute
de l'ereno , le ferein ; & par métonymie , le foir. (.Ç)
SERÉNISSIME , adj. ( Hift.m.od. ) titre d'hon-
Si
S
E R
neur , dérivé du moifcrênlû , qu'on cmployoit au-
trefois pour les rois mômes , &; la France n'en don-
noit point d'autre aux rois du nord ; mais depuis que
le nom de majellc clt devenu commun à tous Icslou-
vcrains rois , le titre de fèrcnlffime eft reftc aux Sou-
verains qui ne l'ont pas têtes couronnées ; aux répu-
blicue;. de \'cni(c£k; de Gènes , aux princes du {'ang
de France qu'on traite cVuUcJfe J'créniffime., excepté
M. le dauphin , pour qui ce titre ne paroît point al-
fez convenable.
SÉRÉNITÉ DE l'ame, ( Mora/e.) vertu morale ,
qui a la lource dans l'innocence &C le tempérament;
vive lans être emportée, lerieule lans être grave ,
avec elle habite la paix , aveulie habite la lùreté ;
heureux celui qui la conlerve , & dont toutes les
pallions font en harmonie au milieu d'un monde en-
flamme de vices !
Il laut fe munir de bonne heure contre les mali-
gnes influences de Ion climat & de l'on tempérament,
en s'accoutumant à faire toutes les réflexions qui
peuvent donner de hfcréniié h l'el'prit, tk le mettre
en état de l'outcnir avec courage , les petits maux
& les revers de la fortune qui font communs à tous
les hommes. Celui qui poll'ede cette heuroule dif-
pofition , n'a point l'imagination troublée , ni le
jugement prévenu ; il ei\ toujours le même , foit
qu'il fe trouve feulou en compagnie ; affable envers
tout le monde , il excite les mêmes difpofitions dans
tous' ceux qui l'approchent ; le cœur s'épanouit
en l'a préfence , &c ne peut qu'avoir de l'ellime &
de l'amitié pour celui dont il reçoit de fi douces in-
fluences. J'envifage enfin cet état comme une recon-
noilTance habituelle envers l'auteur de la nature ;
la gaieté du printems , le chant des oifeaux , la ver-
dure des prés , la fraîcheur des bois , raniment hfé-
rénité j la lecfure & le commerce d'un tendre ami , y
répandent de nouveaux charmes ; en un mot , c'ell
le fouverain bien de la vie que Zenon a cherché fans
le trouver. (/?. 7.)
SÉRÉNITÉ , {ffij^- f"od. ) titre d'honneur qui a été
pris autrefois par les rois de France , &: même parles
évoques. Nos rois de la première ôcdela féconde ra-
ce , en parlantd'cux-mêmes,difoient , nom féréniti^
ferenitas nojlra ; & on voit qu'Adalard , évoque de
Clermont , s'appliquoit la même qualité ; le pape &
le facré collège , écrivant à l'empereur , aux rois ,
au doge de Venile , leur donnent le titre AQfcrinijfi-
me Cœfar , ou rex , ou princcps ; le doge de Venife
prend particulièrement ce titre deférénité ; le roi de
Pologne le donne aux éleéfeurs , quand il leur écrit;
& l'empereur , lorfqu'il traite avec eux, les qualifie
âeférâiicé éic&orale , &c les princes de l'empire de Je-
rcnité ducale ; les plénipotentiaires françois , à Munf-
ter, le refulerent à l'clccfcur de Brandebourg , fur
ce que le mot de firéniti n'étoit pas françois , & que
le roi ne l'accordoit à perfonne ; les princes alle-
mands ellimoicnt autreibis plus ce titre que celui
d'alicjj'c , mais l'ufage a enfin prévalu en faveur de ce
dernier , & l'on qualifie fur-tout les élefteurs , d'al-
uJJ'c cUcloraU.
S ERE NUS , ( Mythol.^ épithète donnée à Jupi-
ter , comme au dieu qui règle le tems ferein , la pluie,
&îcsfalfons.(Z;. y.)
SÉREQUE , l.m. ( Botan. ) nom vulgaire qu'on
a donné à l'efpece de genêt appelle gcnijla tincloria
frutifcens , incana ; par C. B. P. f^oye^ Genet.
(D.J.)
SERES LES , ( Géog. anc. ) Scrx , les Sïres occu-
poient ce que nous appelions ta Chine J'eptentrionaU ^
& quelque partie de la grande Tartarie orientale.
Ptolomée eli le Icul des anciens qui ait le mieux par-
lé de leur pays , quoiqu'avcc plulieurs erreurs; les
autres auteurs en font des peuples d'Ethiopie. Hora-
ce, /. /. od. 12 j les joint aux Indiens.
S E R
Subjeclcs orient! s orx
Seras & Indos.
Lucain les place vers les fources du Nil, Héllo-
dore , /. /X. les compte entre les Blémies. Pompo-
nius Mêla les met au centre des Scythes & des In-
diens , au lieu de les placer à l'extrémité.
Paulanias , après avoir fort bien décrit les vers-
à-loie , fe trompe fur les Shres qui les élevoient ,
& les place dans la partie la plus i-eculée de la mer
Rouge.
Ainfi tout ce que les anciens ont fu de vrai tou-
chant les S ères , c'efl qu'ils font les premiers qui aient
imaginé de travailler la foie. C'eft d'eux qu'elle eit
venue aux Perfes , & des Perfes aux Grecs & aux
Italiens. La première étoffe qu'on en ait vu en Eu-
rope , fut après la conquête de la Perfc par Alexan-
dre ; & c'étoit encore de ce pays-là que les Romains
la tiroient , quand leur empire fut devenu floriffant.
royeiSoi^. (d.J.)
SERET , LE , ( Géog. mod. ) Scrcth , ou Moldawa ,
rivière de la Turquie* en Europe. Elle a fa fource
dans la Tranfilvanie , palfe dans la Moldavie , oii
elle arrofe Soczowa & Targorod ; entrant enfuite
dans la Valaquie , elle y reçoit le Mlffovo & le
Bardalach ; enfin elle fe va jetter clans le Danube,
un peu au-deffous d'Aniopoli. (D.J.)
SEREUX , adj. ( Gram. & Méd. ) il fe dit du fan^
& des humeurs , lorfqu'ils font délayés d'eau. Ainu
féreux efi: prefque fyiionyme ai aqueux.
SERF , 1". m. ( Gram. & Jurifprud. ) du latin /èr-
vus , eflune perfonne alfujettie à certains droits &C
devoirs ferviles envers ion feigneur. L'état des Jlrfs
cfl mitoyen entre celui de la liberté & l'efclavage.
Chez les Romains il y avoit des efclaves qui
étoient dans une dépendance abfolue de leur maî-
tre.
Il y en avoit aufîi de femblables en France fous la
première & la féconde race de nos rois.
Mais ces fervitudes perfonnelles furent abolies
peu-à-peu fous la féconde race de nos rois , ou'du
moins elles furent mitigées ; & comme il y avoit chez
les Romains certains efclaves qui étoient attachés à
la culture d'un fond particulier, & que l'onappelloit
adfcripdtiosfiu addictos glebx , lelquels cultivoient le
fond à leur volonté , moyennant qu'ils rendoient à
leur maître , tous les ans , une certaine quantité de
blé & autres fruits ; de même aufîi en France la plu-
part des habitans de la campagne étoient y^r/i , c'efi-
à - dire attachés à certains fonds dont ils ne pou-
voient être féparés.
Les bâtards & les aubains étoient yèr/} du roi.
Vers le commencement de la troilieme race nos
rois affranchirent plufieurs communautés d'habitans,
auxquelles ils donnèrent des chartes de commune ou
permiffion de s'afTembler. Louis butin & Philippe le
bel affranchirent tous les ferfs de leur domaine ,
moyennant finance.
Le roi donnoit quelquefois à ccrtainsyir/i en-par-
ticulier , des lettres par lefquelles ils étoient réputés
bourgeois du roi , & cefîoient d'cire ferfs.
Les feigneurs donnoient aufTi de femblables terres
à leurs /è;^î , au moyen defqucllcs ils étoient répu-
tés bourgeois de ces feigneurs.
Cependant plulieurs feigneurs. ne confcntirent
point à l'affranchlfl'ement de \c\\rs ferfs; de forte qu'il
efl refté des vertiges de cette elpece de fervitude
dans les provinces régies par le droit écrit & dans
quelques-unes de nos coutumes , telles que Bour-
gogne, Bourbonnois , Nivernols & quelques autres.
L'ufage de ces diiférentes provinces & coutumes
n'cft pas uniforme par rapport aux yij/yi.
Dans quelques pays les hommes font frfs d^
corps , c'eft-à-dire , que leur perfonne même elT:
s E R
ferve , indépenJair.ment de leurs biens ; ils ne peu-
vent le délivrer de la lervitude ,mênie en abanclon-
niint tout à leur feigneur , lequel peut les revendi-
quer en tous lieux ; c'eft pourquoi on les appelley^//i
^£ corps &• de pourfuite.
En d'autres pays les fer/s ne font réputés tels qu'à
caule des héritages qu'ils tiennent duleigneur à cette
condition : ces fortes de fer/s font ceux que l'on ap-
pelle mainmortabUs ou mortaUlabUs,
LcsJ'erfs deviennent tels en plufieurs manières ,
favoir i°. par la naiffance , l'enfant né dans un lieu
mainmortable fuit la condition du père; i". par con-
vention , lorfqu'un homme franc va demeurer en
lieu de mainmorte , &c y prend un mein ou tene-
ment; 3°. par le domicile annal en un lieu mainmor-
table , & le payement qu'une perfonne franch^ait
au feigneur des droits dûs au feigneur par fes main-
mortables ; 4°. par le mariage à Fégard des femmes;
car lorfqu'une femme franche fe marie à un homme
fer/ Se de mainmorte , pendant la vie de fon mari elle
eiî réputée de même condition que lui.
Les droits que les feigneursont fur leurs ^'^r/î, font
différens , félon les pays ; ils dépendent de la cou-
tume ou ufage du lieu , & des titres des feigneurs ;
c'efl: pourquoi l'on ne parlera ici que de ceux qui
font les plus ordinaires ; encore ne fe trouvent-ils
pas toujours réunis en faveur du leigneur.
Un des premiers effets de cette elpece de fervi-
tude eiï que leferfne peut entrer dans l'état de clé-
ricature fans le confentement de fon feigneur.
Par rapport aux femmes , le feigneur a le droit de
for-mariage qui confifte en ce que le feigneur prend
les héritages que la femme , fervc de corps , a dans
le lieu de la mainmorte , lorfqu'elle va fe marier ail-
leurs.
Les héritages aïïis en un lieu de mainmorte font
réputés de même condition que les autres , s'il n'y
a titre ou ufance au contraire.
Les fer/s ne peuvent vendre & aliéner leurs héri-
tages mainmortables qu'aux gens de la feigneurie &
de même condition, & non à des perfonnes franches
ni d'une autre feigneurie , fi ce n'eft du confente-
ment du feigneur , ou qu'il y ait ufance ou parcours.
Ils ne peuvent pareillement difpofer de leurs biens
meubles & héritages par tellament ni ordonnance de
dernière volonté , fans le confentement de leur fei-
gneur. Fivunt liberi , moriuntur ut fervi.
Quant aux fucceifions , les ferfs mainmortables ne
fe fuccedent les uns aux autres qu'au cas qu'ils de-
meurent enfemble , & foient en communauté de
biens , & à défaut de parens communs , le feigneur
fuccede à fon mainmortable.
La communion ou communauté une fois rompue
entre les ferfs mainmortables, ils ne peuvent plus fe
réunir fans le confentement de leur feigneur.
Si ieyèr/s'abfente , le feigneur peut pourvoir à la
culture de fes héritages , afin que les droits foient
payés ; mais le mainmortable peut réclamer l'hérita-
ge, pourvu qu'il vienne dans les dix ans.
Quelque favorable que foit la liberté , le ferfne
peut prefcrire la franchife & la liberté contre fon
feigneur par quelque laps de tems que ce foit.
Le témoignage des Jérfs mainmortables n'eft pas
reçu pour leurs feigneurs. f^oyei les coutumes d'Au-
vergne , Bourgogne , Bourbonnois, Nivernois , Ber-
ry , Vitrl , la Marche , & les commentateurs , le
g^ojf. de du Cange au mot fervus , celui de Lauriere
au mot ferf & les mots CoRvÉE , Esclave , Main-
morte , MAINMOnTABLE , MORTAILLE , MOR-
TAILLABLE, SERVITUDE. (^) ,
Serf abonné , eft celui qui a compofé de la
taille avec fon feigneur, &c n'eft pas taillable à vo-
lonté ; il eft parlé de ces fortes de ferfs dans les cou-
tumes locales d'Azay le Feron , de Buzaȍois , de
Tome XV,
S E R
s?
Bauche, de Saînt-Genou & de Mézieres en Tourai»
ne, & de Saint-Cyran en Brennê.
Serf eénéficial ou Bénéficier, ètoxt sxn.fevf
attaché à la glèbe dans une terre qui avoit été don-
née à titre de bénéfice ou fief: ces fortes àe ferfs paf-*
foient au nouveau bénéficier ou feudataire avec l'hé*
ritage. Voye:^ BÉNÉFICE , FlEF , & le glojfaireàe du
Cange au mot frvi benejiciarii.
' Serf casé , fervus cafatus ^ étoit Celui qui étoît
attaché à une café ou héritage. Foye^ le glofj] de du
Cange, au mot cafatus 6c fervi cafati.
Serf de corps f,t de poursuite , eft celui qui
eft perfonnellementyé/'/&: en fa perfonne , indépen-
damment d'aucun héritage , & que le feigneur peut
réclamer & pourfuivre en quelque endroit qu'il aille.
Voyei C article 1 1 6 des anciennes coutumes du duché de
Bourgogne.
Serf coutUMier, ou réputé t:l, dans la coutume
de la Marche , quiconque doit à fon feigneur par
chacun an , à caufe d'aucun héritage , argent à trois
tailles payable à trois termes , avoine & geline.
Foyei la differtatron de M. de Lauriere fur le ttne-
ment , ch, iv. & fon gloffaire au mot ferf
Serf de dévotion, étoit un feigneur ou autre
qui , quoiqu'il ne fût pasyèr/d'une éghfe , cependant
par un motif d'humilité & de dévotion fe déclaroit
ferfà^wne telle églife , &: donnoit tout fon bien à
Dieu & aux faints & faintes que l'on y révéroit.
Foye^^ le mercure d'Août lySo ^ p. C)Z.
Serf de douze deniers , àefix deniers, de qud'
tre deniers , étoient des gens de condition férvilc qui
payoient à leur feigneur une efpecç de taille an-
nuelle ou capitation de douze deniers , fix deniers ,'
plus ou moins. Foye^^ la coutume de Bourbonnois , art,
i8c) 6- 204 , le glofjaire de du Cange , au mot capital
& au mot fervus.
Serf ecclésiastique, n'étoit pas un eccléfiaf-
tique qui (iitjerf mais un laïc qui étoit attaché à uns"
manfe eccléfiaftique : ce qui eft de fmgulier, c'eft
que ces fortes de yèr/} étoient fort improprement
nommés ; car ils n'étoient pas de même condition,
que les autres ; tous nos monumens prouvent au
contraire que cet état donnoit la liberté à celui qui
étoit de condition fervile ; & quelques-uns penfent
que c'eft de-là que les vrais ferfs étoient obligés d'a-
voir le confentement de leur feigneur pour entrer
dans la cléricature. Foyei le glojfaire de du Cange au
mot fervi eccléfiaftiques, 6i le traitéàe M. Bouquet ,
avocat, /(?w. I.p. 4-5.
Serf fiscal ou Serf fiscalin ou Fiscalin fim-
plement , fifcalinus , étoit autrefois en France wnfaf
attaché à l'exploitation du fifc ou domaine du roi. II
en eft parlé dans plufieurs endroits de la loi des Lom-
bards,dans A y moin , M arculphe, Grégoire de Tours.
Serf foncier , eft celui qui ne peut changer de
demeure au préjudice de fon feigneur, dont il eft
homme de corps & de fuite ; il en eft parlé dansua
titre de Thibaut , comte palatin de Champagne Sc
de Brie , roi de Navarre , du mois de Mai de l'an
I 3 19. Foye:i^ le traité de la noblefje par de la Roque ,
chap. xiij.
Serf de for mariage , eft celui qui ne peut fe
marier à une perfonne franche , ni même à une per-
fonne mainmortable d'autre lieu que celui de fon do-
micile , fans la permilfion de fon feigneur. Voye^^
Formariage, Mainmortable 6- Mainmorte.
Serf franc a la mort , eft celui qui efl taillé
haut Ôi bas par fon feigneur , fans être néanmoins
mainmortable , de manière qu'après fa mort fes héri-
tiers lui fuccedent. Voye:[^ C article 12 j des anciennes
coutumes du duché de Bourgogne.
Serfs germaniques; on a nommé de ce nom
ceux dont la coutume étoit venue des peuples de la
Germanie , 6c dont l'état étoit réglé de même : quel-
L ij
84
S E R
ques-uns tiennent que nos ferfs de France ont été éta-
blis à VinihxT àcs firf's gcnnanujms; d'autres croycnt
qu'ils viennent des Romains , ce qui ell plus vraK-
Icmblablc. f^oj^i les nous de Bana^Uer fur Davoc ,
t. I. p. I07,.
Serf df. glfbe , étoit celui qui ctoit attaché à la
glcbe, c'eil-à-dirc à un tonds pour le cultiver.
Us étoicnt de deux fortes ; les uns appelles ad-
fcripti <;Ubiz , les autres addicli dcbœ.
Les premiers étoient des cCpeecs de fermiers qui
cultivoicnt la terre pour leur compte , moyennant
une rétribution qu'ils en rendoient au propriétaire
pendant leur bail.
Les féconds ^addicli glcbœ , étoient de vrais /er/} ,
qui cultivoient la terre pour le feigneur ou proprié-
taire, & demcuroient attachés pour toujours à cette
glcbe. f^oyc;^ le glojj'. de Ducange au mot afcripdtii ,
é>; au iwoi fcrvi.
Serf de main-morte eu Main-mortable, eft
celui qui eft fujet aux lois de la main-morte envers fon
feigneur. f^oyc^ Main-mortable , Main-morte
6- Servitude.
Seiifalamort, eft celui qui étant originaire-
ment main-mortable , & ayant quitté le lieu de la
main-morte fans le congé du feigneur , pour aller
demeurer en un litu franc &: non mortaillable , vit
comme franc, & eft/«://à fa mort , parce qu'apiès fon
décès, ion feigneur originaire vient réclamer fa fuc-
cefTion. f^oyc^ CarticU 124 des aniienms coutumes du
duché de Bourgogne.
Serf visSE'SÉ, quaji pejornatus; on appelle ainfi
en Nivernois les bâtards dQsferfi; c'efl ainfi que M.
de Lauriere explique ce terme en fon ghjfaire.
Serf de poursuite , eft celui que le feigneur
peut fuivre Se féclamer en quelque lieu qu'il aille ;
c'efl la même chofe que /ir/de corps, f^'o^ye^ r article
il 6' des anciennes coutumes du duché de Bour-
gogne.
Serf de quatre deniers, voj-ci à-dcvant Serf
DE douze deniers, &C.
Serf-servage ou Servagier , eft celui qui eft
ferfàt fon chef & de la tête , & doit chacun an qua-
tre deniers au feigneur pour rançon de fon chef. Le
feigneur peut , quand il lui plaît, prendre tous les
biens de ccfcrf, mettre fa perfonne en otage, le ven-
dre &: aliéner: quand ccfafnd. point de quoimanger,
le feigneur eft tenu de lui en donner. Foyei Canïcle
iic) des anciennes coutumes du duché de Bourgo-
gne , & Cartïcii Serf de quatre deniers.
Serf testamental, étoit celui que l'on avoit
loué par un paûe particulier , le mot tepament figni-
fîant dans cette occafion écrit. Voyei^ le ghjjaire la-
tin de Ducange au mot fervus.
Serf a la vie , efl celui qui vit comme firf^ &
qui meurt franc , lequel étant taillé haut & bas par
fon feigneur , n'eft pas main-mortable , &c après
fon décès les héritiers lui fuccedent. Fcyc^ fartic/e
12S des anciennes coutumes du duché de Bourgogne,
& ci-devant Varticle Sfrf franc a la mort, &
ci-après SeRF A LA VIE ET A LA MORT.
Serf a la vie et a la mort ou a vie et a
MORT , eft celui qui étant originairement main-mor-
table & taillable , vit 6c meurt comme /e'-f. Voyez
fariicà /2j des anciennes coutumes du duché de
Bourgogne, (y^)
SERi O ou SERPHO , (Géog. mod.) comme Tour-
ncfort récrit , île de l'Archipel, ^oyci Serpho.
SERFOUETTE, f. f. terme de Jardinier; c'eft un
petit outil de t-^r renverlé , qui a deux brandies poin-
tues d'un côté , &; n'en a point de l'autre , lequel
étant emmanché d'un manche d'environ quatre pies
de long, fert ii n.ouver la terre , à donner un petit
labour autour des laitues , des chicorées ôi. des au-
tres plantes. {D.J.)
S E R
SERFOUIR ou S'E.KïOVKÏTEK.tzrme de Jardi-
nier; c'eil mouver la terre avec la ferfouette , don-
ner im petit labour avec la ferfouette autour de quel-
ques plantes potagères, comme pois , chicorées , lai-
tues, 6t. (Z>. ./. )
SERGE, (^^«5 leCommcrce^ cft une étoffe de laine pi-
quée ou croiiée, manufacturée fur le métier à quatre
marches ou pédales , de la même manière que l'on fa-
brique les ratines & autres étoffes.
La bonté à&s ftrgcs fe connoît à la croifure , &
celle des draps à laîilure. yoYe?i^ Drap,
Il y a des frg^s de différentes efpeces , qui pren-
nent leur nom de leurs différentes qualités, ou des
endroits dans lefquels on les fabrique. Celle qui a le
plus de réputation , efl \Aferge de Londres ; elle eft
maijiîenant très-eftimée dans les pays étrangers , par-
ticuaerement en France , oii l'on a établi avec beau-
coup de fuccès une manufacture de cette efpece fous
le titre de ferge façon de Londres.
Manufacture de ferge de Londres. Quant à la lainp,
on choilit la plus longue pour la chaîne, & la plus
courte pour la trame : avant que de faire ufage
de l'une & de l'autre , on doit premièrement la
dégraiffer, en la mettant dans luie chaudière de
liqueur , un peu plus que tiède , compofée de trois
quarts d'eau bien nette , & un quart d'urine ; après
qu'on l'y a laiffée affez long-temps pour s'y dlffoudre,
&; avoir ôté la graiffe , 6'c. on la remue brufquement
avec un bâton ; on l'ôte enfuite de la liqueur;
on la laiffe égouter , ^ après l'avoir lavée dans de
l'eau courante , & fechée à l'ombre ; on la bat avec
des bâtons fur lui rateUer de bois , pour en chaffer
l'ordure & la plus groffe pouffiere. Après quoi on
l'épluche bien proprement avec les mains. Quand
elle eft ainfi prépatée , on la graiffe ou on l'imbibe
d'huile d'olive , ai. l'on peigne avec de grands pei-
gnes la partie la plus longue , deftinée à la chaîne ;
on la fait chauffer dans un petit fourneau pour cet
ufage pour la dégrallier une féconde fois , ou pour
lui ôter Ion huile ; on la met dans de l'eau de favon
très-chaude ; après l'en avoir retirée , on la tord , on
la feche &l on la iile au rouet. Quant à la laine la plus
courte, dont on veut faire trame , on la carde feule-
ment iur le genou, avec de petites cardes très-fines;
on la file eniuite au rouet lans en ôter l'huile. Re-
marquez que le fil deftiné à la chaîne doit être tou-
jours beaucoup plus fin & plus retors que celui de la
trame.
Quand la laine eft filée , tant celle qui eft pour la
chaîne que celle qui eft pour la trame , &: que l'on
a mis le fil en écheveaux, la laine deftinée à la trame
eft mlfe fur des elpolins (à moins qu'elle n'ait été fi-
lée defliis) proportionnés à la cavité ou à l'œil de
de la navette ; éc fa laine , qui eft pour la chaîne , eft
dévidée fur une efpece de bobines de bois , afin de la
préparer à être employée: quand elle eft montée, on
lui donne de la confiftance , c'eft-à dire , qu'on la
rend ferme moyennant une efpece de colle , dont
celle qui eft réputée la meilleure , eft taite de coupu-
res de parchemin : quand elle eft lèche , on la met
fur le métier.
Quand elle eft montée fur le métier , l'ouvrier
élevant & abalffant les fils ( que l'on paffe à-travcrs
une canne ou un réfeau), parle moyen de quatre
pédales, fituées dans la partie inférieure du métier ,
qu'il fait agir tranfverfalement , également & alter-
nativement l'une après l'autre , avec fes pies, à pro-
portion que les fils font élevés & abaiffés , il jette
la navette à-travcrs d'un côté à l'autre ; & à chaque
fois qu'il jette la navette , & que le fil de la trame eft
croiié entre les fils de la chaîne , il le frappe avec le
chaffis, auquel eft attachée la canne , à-travers les
dents de laquelle les fils de la chaîne font placés , &
! il répète ce coup deux ou trois fois , ou même plus ,,
s E R
jiifqu'à ce qu'il juge que la croifure de la fcrge efi
îiiffifammcnt ferrée ; 6c ainfi de fuite , jufqu'à ce que
la chaîne foit entièrement remplie de la trame.
Aulfuôt que l'on a ôté la fcrge de deffus le métier,
on la porte chez le foulon , qui la foule ou qui l'c-
cure dans l'auge ou le baquet de fon moulin , avec
une efpece de terre grafle qui fert à cet ufage , dont
on a eu foin d'abord d'ôter les pierres 6c les ordures.
Après qu'on l'a écurée pendant trois ou quatre heu-
res , on ôte la terre à foulon , en lavant la. fcrge avec
de l'eau nette, que l'on met peîit-à-petit clans l'auge,
d'où on la retire quand elle eft entièrement nettoyée
de la terre; enfuite avec une efpece de pinces de fer,
on arrache tous les nœuds , les bouts , les pailles ,
&c. qui s'attachent fur la iurface de lafergc des deux
côtés : après cela on la reporte dans l'auge à foulon,
où on la repaffe avec de l'eau de favon un peu plus
que tiède , pendant environ deux heures : on la lave
ïilors jufqu'à ce que l'eau vienne parfaitement claire,
& qu'il n'y ait plus aucune apparence de favon :
après quoi on Tôte de l'auge , on arrache les nœuds,
&c. on la met à des crocs ou crochets, afin qu'elle
feche ; en prenant bien garde à mefure qu'elle feche,
de l'étendre en long & en large , jufqu'à ce qu'elle
aitfes juftes dimenfions ; quand elle eli bien feche,
on l'ôte des crochets, on la teint , on la tord , & en-
fin on la preile. Foyei Teinture , Presse , Tente.
Serge , cto/le de J'oie. Cette étoffe efi: un tiffu dont
le grain fe fait obliquement au moyen du remet-
tage & de l'armure ; elle fe fait avec une feule chaîne
& la trame dont on met le nombre de bouts pro-
portionné à la force dont on la veut. Celte étoffe a
toujours à Lyon 1 1 vingt-quatrièmes d'aune. Foye^
Etoffe de soie.
Les fergcs font un diminutif du fatin,v(y'e^ Sa-
tin. Elles ont fix lifTes & fix marches \ chaque mar-
che fait lever & bailler trois liiTes. Voici l'armure
d'une frge à fix liffes.
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-9
Marches.
Les fils font palTés dans ces lifTes defTous & defTus
la marche, de façon que la même lifle qui fait le-
ver le fil , le baifie aufTu Toutes les étoffes unies font
pafTées de même ; ce qui ne| peut avoir lieu aux
étoffes façonnées. Les fils ainfi difpofés , ne pour-
roient être levés par la tire , arrêtés qu'ils feroient
par la llffe.
On donne le nom de petites ferges à celles qui n'ont
que 50 à 60 portées ; de moyennes à celles qui en ont
depuis 70 jufqu'à 80 ; & de fortes, celles aux-
quelles on en donne de 1 10 à izo.
S E R
Armure d'une ferge à quatre liffes.
Lïffe
*)■
es
*ï
-I
-2
Marches.
SERGEANTE , ferjania , f. f (ffifî. nat. Botan)
genre de plante à fleur en rofe, compofée le plus
fouvenî de quatre pétales difpofés en rond. Le pif-
til fort du calice , & devient dans la fuite un fruit
qui efl divifé en trois capfules , ou qui a trois têtes :
chaque tête renferme une femence arrondie. Plu-
mier , nova plant, amer. gcn. Voyii^ PLANTE.
SERGEANTIE. f £ {Gram. & Jurifprud.) On dit
tenir enfergeantie, & tenir en grandi on petite fergean-
tii. Tenir en o^c^iwàt fergcaniie , c'efl tenir du roi ,
pour faire fervice en perfonne , comme porter fa
bannière, fa lance , fon cpée, à Ion couronnement,
même fon ofl , être fon maréchal , &c. Tenir en pe-
tite fergeande , c'efl tenir une terre du roi , à condi-
tion de lui donner chaque année quelque chofe d'u-
fage en guerre, comme un arc, une épée,une lance,
des éperons , un cheval , des gantelets , &c.
_ SERGENT, f. m. {Gram. & Junfpr.) efl un ofH-
cier établi pour faire toutes fortes d'exploits judi-
ciaires &exirajudiciaires,& pour mettre à exécution
les jugemens & mandemens de juftice.
Pafquier & Ménage ont avec raifon repris Cujas
d'avoir voulu dériver ce mot de cccfarianuSy ainfi
qu'il fait fur la loi defenfwnis y. au code de jure fifci.
Ce terme vient du latin fervims, qui fignifîeyêr-
vant., parce que les fergens font en effet les miniflres
de la juftice, & qu'ils exécutent fes ordres & man-»
démens.
Du latin ferviens on a fait par corruption fervjens
& en {x.\nço\s frvjens ^J'erjcns., frgerit. On trouve
quelquefois écrit frregsns j ce qui a fait croire à quel-
ques-uns que ce terme venoit de ce que Us fergens
faifoient ferrer les files des gens de guerre ; d'autres
ont cru que cela venoit de ce que lesfcrgcns ferrent
les gens , c'eft-à-dire , emprifonnent ceux qui font
condamnés par corps ou décrétés ; mais c'efl pr.r
corruption que l'on a écrit J'crregcns pour fergens ,
6l la véritable étymologie àcfergcnt vient , comme
on l'a dit, du latin /èrvic/z^, & de ce que les fergens
font les mîniftrcs de la juftice.
Préfentement preique tous les fergens fe font attri-
bué le titre à' huiffier-fcrgcnt ou dihuifjier fimplement ,
quoique Ip titre à^lmijjîer ne convienne véritable-'
nient qu'à ceux d'entre les fergens qui font prcpolcs
à la garde de l'huis ou porte de Tauditoire.
Le titre de ferviens owfergcnt leur étoit commun
anciennement avec tous les nobles qui fervoient
à la guerre fous les chevaliers. Arniiger ^fcutarius
ou frviens étoient termes iynonymcs; les éciiycrs
étoient appelles fervientes , parce qu'ils fevvoient les
§6
S E R
chevaliers , portoient leur ccii : & comme ancien-
nement il talloit ctrc chevalier pour rendre la jul-
tice , il ne faut pas s'étonner li ceux qui exccutoient
les mandemens de jullice , turent appelles Jcrvunui
de même que les ccuyers ; d'antant mieux (^u'il y
avoir des Jl-rgcns de l'épée ou du plaid de Fépee qiu
étoient établis linovdiercment pour exécuter par les
armes les ma.uloniens de jultice. Ces ibrtes àejir^'ens
faifoicnt alors ce que font aujourd'hui les archers.
Ils étoient quelquefois prépofés ;\ la garde des châ-
teaux qui n'étoient pas fur la frontière, & alloient
en "uerre fous les châtelains , comme on voit dans
l'ancienne chronique de Flandre , ch. xij. xv. xlvij.
Ixxviii. Lxxxxj. Ixxxxix. xc. &c au Hv. I. de Froil-
fart , ch. xix.
Le fervice des ccuyers ctoit néanmoins différent
àe cdm des firsicns de juflice. Et quoique les Jcrgcns
tant à pié qu'à cheval , ayent été armés , & ayent eu
folde pour le fervice militaire , leur fervice & leur
rang étoit moindre que celui des écuyers;c'eft pour-
quoi les fer gins ou malFievs du roi furent appelles
Jergcns d'armes, \)0\\r\QS diftinguer des yèro'^'/îi ordi-
naires , & parce qu'ils étoient pour la garde du corps
du roi ; ils pouvoient pourtant aulTi faire fergenterie
partout le royaume , c'elt-à-dire exploiter. Mais
Charles V. en 1376 leur défendit de mettre à exé-
cution les mandemens de jufticc qui étoient adrefles
à tous fergcns en général : le fervice des armes &
celui de la juftice étant deux chofes diftindes._
Il y avoir deux fortes àefergens pour la juHice :
les uns royaux : les autres pour les juflices feigneu-
riales.
Le nombre des uns & des autres étoit devenu fi
cxcefTif , & ils s'étoient rendus tellement à charge
au peuple, qu'on les appelloit mangeurs , parce qu'ils
vivoient à difcrétion chez ceux chez lefquels on les
avoit mis en garnifon. Le peuple demanda en 13 51
<jue le nombre de ces officiers fut réduit ; & en
conféquence le roi Jean ordonna qu'il n'y en auroit
plus que quatre dans les endroits où il y en avoit
vingt , & ainfi des autres endroits à proportion.
Au commencement , les falaires dçs firgens , quand
ils alloient en campagne , fe payoient par journées ,
& non pas par exploits. Les fergcns à cheval n'avoient
que 3 fols par jour, & \es fergens à pié 18 deniers;
les uns ni les autres ne pouvoient prendre davan-
tage , quelque grand nombre d'ajournemens qu'ils
donnaflent dans différentes affaires & pour diffé-
rentes parties; leur falaire fut depuis augmenté, &
néanmoins encore réglé à tant par jour.
Ils ne pouvoient autrefois exploiter, fans être re-
vêtus de leurs manteaux bigarrés , & fans avoir à la
main leur verge ou bâton dont ils touchoient légè-
rement ceux contre lefquels ils faifoient quelque
exploit. Ce bâton étoit femé de fleurs-de-lis peintes.
Leur cafaque ou habit appelle dans les ordonnances
arncfium , ctoit chargé des armes du roi ou autre fei-
gneur, de l'autorité duquel ils étoient commis dans
les villes. Les fergcns royaux portoient fur leurs ca-
faques les armes du roi en-haut , & celles de la ville
en-bas.
Une des obligations des fergens étoit de prêter
main-forte à jufticc ,& d'aller au fecours de ceux qui
crioicnt à l'aide.
Les fergens font encore regardés comme le bras
de la juftice; c'eft pourquoi François premier, averti
d'un excès, quoique léger, fait h un fimplefergent,
porta le bras en écharpe, à ce aue content nos an-
fiales , difant qu'on l'avoit bleffc ;\ fon bras droit.
Il n'eft pas permis en effet d'excéder les fergens
faifant leurs fondions.
Anciennement les afTignations ne fe donnoient
que verbalement; c'eft pourquoi les fergens n'avoient
pas befoin alors d'ctre lettrés. Ils ccrtifioient les juges
S E R
des ajourncmens qu'ils avoîent donnes pour com.'
paroître devant eux.
L'ordonnance de Philippe-le-Bel en 1301 leur dé-
fendit de faire aucuns ajournemens fans commiffion
du juge , ce qui n'ell: plus obfcrvé; c'efl pourquoi
l'on dit communément que les huifîiers ont leurs
commifîlons dans leurs manches.
Ils étoient autrefois obligés de fe faire afTifter de
deux records ; ce qui ne s'obferve plus depuis l'édit
du contrôle , linon en certains exploits de rigueur.
yoyei Exploit, Huissier, Record. {J)
SergeNS des aides , tailles & gabelles, étoient ceux
qui étoient deftinés à faire les exploits nécefî'aires
pour le recouvrement des aides ou droits du roi qui
étoient anciennement tous compris fous le nom gé-
néral à^aidcSf&c auxquels on ajouta depuis les tailles
6c gabelles pour lefquelles ces fergens failbient aulTi
les pourfuites néceflaires. Les fergens des aides font
les mêmes , que l'on a depuis appelles hiàfflers des
tailles. Fqyei au mot HUISSIER, & au mot Taille.
Les fergens ou huifiiers des élevions , & ceux des
greniers à fel ont fuccédé à ceux des aides & ga-
belles.
Sergent appariteur. On donnoit autrefois aux
fergens le titre d'appariteur , ou de fergent indifférem-
ment, & quelquefois tous les deux enfemble , com-
me termes fynonymes. En effet , dans une ordon-
nance du mois d'Oftobre 1 3 58 , ils font appelles yèr-
vientes feu apparitores,
Préfentement , par le terme de fergent appariteur ^
on entend ordinairement celui qui fait les fondions
d'appariteur ou huifîler dans une officialité ou autre
tribunal eccléfiaftique. Voyei^ ci-devant le mot Appa-
riteur , & le glofjaire de Ducange , au mot Appa-
ritor.
Sergens archers , ou plutôt Archers Ser-
GENS extraordinaires ; il y en avoit douze au
châtelet de Paris. Foye^ ladéclarat. du 18 Avril iSSSy
Blanchard , /'Jg'. 732.
Sergens d'armes étoient les mafTiers que le roi
avoit pour la garde de fon corps. Philippe Augufle
les infîitua pour la garde de fa perfonne : ils étoient
gentilshommes ; & à la bataille de Bouvines , où ils
combattirent vaillament , ils firent vœu , en cas de
vidoire , de faire bâtir une églife en l'honneur de
fainte Catherine ; & laint Louis , à leur prière , fon-
da l'églife de fainte Catherine-du-Val-des-Ecoliers ,
poffédée à -prêtent par les chanoines réguliers de
fainte Geneviève.
Quoiqu'ils fuflent gens de guerre , ils étoient aufîi
officiers de juflice , & pouvoient en certains cas ve-
nir à la chambre des comptes avec des armes ; ils
pouvoient faire l'office de fergenterie dans tout le
royaume , c'efl qu'ils avoient la faculté d'exploiter
par-tout ; ils étoient gagés du roi , & exempts de tou-
tes tailles & fubfides ; ils n'avoient d'autres juges que
le roi & fon connétable , même en défendant ; leur
office étoit à vie , à moins qu'ils ne fuffent deflitués
pour forfaiture; tellement que la mort du roi ne leur
faifoit pas perdre leur office , comme cela avoit lieu
pour tous les autres officiers. On leur donnoit ordi-
nairement la garde des châteaux qui étoient fur la
frontière , fans qu'ils euffent d'autres gages que ceux
attachés à leur maffe. Ceux qui demeuroient près du
roi , prenoient leurs gages , robes & manteaux pour
le tems qu'ils avoient fervi en l'hôtel ; ils furent en-
fuite affignés fur le tréfor. Par une ordonnance de
Philippe VI. de l'an 1 341 , une autre ordonnance de
l'an 1285, pour l'hôtel du roi & de la reine , titre de
fourrière , porte « item , fergens d'armes 30 , lefquels
» feront à court fans plus , deux huiffiers d'armes & 8
» autres fergens avec,& mangeront à court,&:porte-
♦»ront toujours leur carquois plein de carreaux,^ ne
» le pourront partir de court fans congé w.PhilippeVI.
s E R
en fixa le nombre à loo en 1342. Charles V. étant
régent du royaume , les réduilit au nombre de fix en
13^9 , &c leur défendit de tenir enfemblo deux ofïï-
ces ; il leur détendit aufli en 1 376 , de mettre à exé-
cution les mandemens de juftice adrefTés à tous fir-
gens en général , autre étant le fervice des armes &
celui de la jullice. On trouve aufii au regiilre olim un
arrêt du 1 2 Septembre qui cafîe des lettres de Ber-
trand du Guefclin , connétable , ou de fon lieutenant,
par lei'quelles il prétendoit avoir droit de jurildiction
îur les lérvans d'armes.
Sergent baillager efl: celui qui fert près d'un
bailliage, qui a droit d'inflrumenter dans le reffbrt
d'icelui. A'oje^ Imbert,/». 4. 6c Boucheul/^r Poitou^
tome II. p. y 2.x , n?. c).
Sergent bâtonnier. On donna ce nom aux
fcrgcns qui portoient des bâtons ou verges , dont ils
touchoient ceux contre lefquels ils faifoient quelque
exploit. Bouthillicr fait mention à\infirgent hâtommr
de la ville de Tournay ; il en elt aulfi parlé dans la
coutume de Valenciennes, article j. <?. 10 & n.
Sergent blavier eft celui des habitans d'une
paroiiTe qui eu établi pour la garde des blés & autres
grains. C'eft la même chofc que mcj/ier owjlrgmc mel-
filier , me(Jium cujlos. La coutume d'Auxerre l'appelle
firgent blavkr.
Sergens CHATELAINS ; il y en a cn Poitou , &;
dâiisquelcuies autres provinces de France, des fergcns
héréditaires qui font appelles châtelains on fergcns
châtelains, & qui tiennent leurs offices en fijf. Loy-
feau , en fon traité des offices , Uv. IL ck. ij. n"^. 60 ,
tient que c'étoieflt jadis les gardes & concierges des
châteaux ; & en effet , fuivant des ordonnances des
1 8 &: 18 Juillet , & 1 6 Novembre 1 3 1 8 , on voit que
la garde des châteaux étoit donnée à des fergens d'ar-
mes, qui étoient obligés de les garder fans autres ga-
ges que ceux de leur maffe.
Sergent au chatelet ou du châtdet , eft \\x\
fergent établi pour faire le fervice au chatelet de Pa-
ris , & pour exploiter dans l'étendue de cette jurif-
di£lion , fuivant le pouvoir qui lui efl attribué.
11 y a au chatelet quatre fortes àe fergens ; favoir
Les {ix fergens ou huifliers fieffés.
Les dôme fergens de la douzaine.
hes fergens à cheval.
Et les fergens à verge ou à plé.
hes fergens fieffés paroiffent être les plus anciens de
tous , & les premiers fergens établis pour le fervice
du chatelet ; ils furent furnommés/ej/'^'i , parce que
leur office fut érigé en fief du tems que l'on inféoda
la plupart des offices. La déclaration du mois de Juhi
1544, confirmative de leurs privilèges, dit que les
quatre fergens fieffés du chatelet ont été créés de très-
grande ancienneté.
Du tems de la ligue , il en fut créé un cinquième ,
& depuis encore un autre; de forte qu'ils font pré-
fentemcnt au nombre de fix.
Ces fix offices font préfentement du corps des huif-
fiers-comniiffaires-prifeurs vendeurs de biens meu.-
bles ; ils ont toujours eu le privilège d'exploiter fans
dcimnder permijfion , placet , vifa nipareatis.
Mais ils n'avoient autrefois le pouvoir d'exploiter
que dans la ville , faubourgs , banheue , prévôté &
vicomte de Paris. François I. par fa déclaration du
mois de Juin 1 544, en les confirmant dans tous leurs
droits & privilèges , leur accorda en outre d'exercer
leurs offices par tout le royaume , & d'y faire tous
exploits de juflice , & exécuter tous jugemens &; man-
demens , tant du roi que des chancelleries , parle-
mens , & autres juges quelconques. •
Les plus anciens après les hulffiers fieffés , font les
fergens de la douiaine , a'mù. appelles, parce qu'ils font
iculcment au nombre de douze. Ils furent infiitués
piir faint Louis , qui les tirj du corps des fergens h
S E R
87
verge , & leur donna 18 livres 5 fois parifis de gages.
Ils portoient fur leurs habits douze petites bandes de
foie blanche , rouge & verte.
La première fois qu'il en foit parlé , eft en 1288
ainfi que le remarque M. Brufiélles.
Ils étoient, comme on vient de le dire , du corps
des fergens à verge ou à pié. En effet , l'ordonnanc?"
de Philippe leBel, du mois de Novembre 1302, por-
tant règlement pour les officiers du chatelet , dit qu'il
y aura So fergens à pié , & les douze de la douzaine,
& non plus ; que chacun donnera de plege ou caution
20 livres , & aura armures fuffiiantcs pour foi , qui
feront examinées par le prévôt de Paris , &z par deux
autres perfonnes qui font nommées.
Cette même ordonnance porte , article 8. que les
fe'-gcns de la douzaine feront ôtés à-préfent, & que le
prévôt , félon ce qu'il verra que néceffité fera , fera
garder la ville , jufqu'à ce qu'il en foh autrement or-
donné.
On voit par-là que ces fergens de la douzaine étoient
defîinés pour la garde de la ville : cet article au refte
femble fe contredire avec V article 2 ; aufîi M. de Lau-
riere remarque-t-il qu'il n'efi: pas dans le regiftre du
tréfor des chartes.
Le même prince , par fon ordonnance du 1 2 Juin
1 309 , confirmative de celle qu'avoient faite Guillau-
me de Haugeff , tréforier , & Pierre le Feron , aarde
de la prévôté de Paris , touchant les officiers & les
fergens du chatelet , dit qu'il y aura <)o fergens à pié ,
dans le nombre defquels douze fergens de la douzaine
feront pris .& élus comme il plaira au prévôt de Paris
qui fera pour lors en place, & que ces douze fergens
feront changés tous les deux mois.
On voit par-là que ces fergens de la douiaine étoient
dès-lors à la nomination du prévôt de Paris , ^l com-
me fa garde ordinaire , qu'il choififfoit par détache-
ment dans le corps des fergens à pié.
François I. par des lettres de 1 5 29 , ordonna qu'ils
porteroient un hocqueton argenté à une falamandre,
qui étoit lors fa devife , & une hallebarde , pour ac-
compagner le prévôt de Paris. Il leur donna les mê^
mes franchilés & privilèges qu'aux archers de ville,
& accorda au fieur de Villebert , lors prévôt de Pa-
ris , la nomination de ces gardes ; ce qui fut confirmé
par une déclaration du 27 Décembre i 5 5 i. Les pré-
vôts de Paris jouiffent encore de ce droit, & les fer-
gens de la douiaine leur doivent une certaine femme
à chaque mutation de prévôt , mais ils prennent des
provifions du roi.
Ces mêmes gardes ont une barrière qui efl le lieu
certain de leur affemblée, afin qu'en toutes,occafions
S.Z quand il plaît au prévôt de Paris , il puiffe leur en-
yoyer^ fes ordres , foil pour le fuivre , foit pour la
facilité des autres fondions de leur charge. Cette
barrière étoit anciennement rue des Ecrivains , pro-
che le grand chatelet, oii les prévôts de Paris ont tou-
jours demeuré jufqu'au règne de Charles VIII. Pré-
fentement elle efl adoffée contre l'églife faint Jac-
ques de la Boucherie. Les armes de M'. Seguier , pré-
vôt de Paris font au-deffus , ce qui fait prélumer
qu'elle a été conffruite de fon tems.
Girard , dans fes obfervations fiir le traité des offi-
ces cfe Joly , titre des fergens de lu douiaine , dit qu'ou-
tre les tïe\zc-\'m<^t fergens à verge , il y en a vuie pe-
tite troupe que l'on appelle les fergens de la douiaine^
qui ne font que douze , qui ont leur confrairie dif-
« tinde & féparée des autres , que cela vient de ce
qu'au prévôt de Paris appartient la force des iu-nics ,
comme premier chef militaire de la ville de Paris ,
pour la manutention de laquelle il avoit été par nos
rois ordonné qu'il y auroit douze perfonnes comme
domcltiques du prévôt de Paris , qui lui feroient per-
pétuelle affillance; que pourcctte caufc ils lônt pour-
vus de lem-s offices par le roi fiir la i\omiuation du
S3
S E R
prcvot de Paris ; que par leur inftitution ils doivent
porter le hocqueton &C la hallebarde, comme archcis
tle ville; qu'auHi l'ont-ils gagés & lalarics de 25 livres
tournois pour l'entretien de leur hocqueton, que le
pre\ ùt de Paris eit tenu de leur donner lorlqu ils Ibnt
poui-vus isi reçus.
Le nicme auteur ajoute cme ces fcrgens font toutes
fortes d'exploits dans la ville, faubourgs 6c banlieue
Je I\:ris , comme \o.s ferlins à verge du châtelet , fons
qu'ils l'oient tenus de foire aucun fervice au châtelet,
-lii alîiller les juges ni les commiflaires loriqu'ils exer-
cent leurs charges, non plus mie les fcrc^c/is fiefïes du
châtelet ; qu'ils ne reconnoifl'ent que le prévôt de
Paris , lequel ils font tenus d'alUller avec leurs hoc-
•quetons &: hallebardes lorfqu'il va au châtelet tenir
le fiége , & aux cérémonies publiques.
Qu'aux pompes funèbres des rois , il y en a quatre
feulement qui accompagnent le prévôt de Paris avec
des robes île deuil qui leur font données comme aux
autres officiers du roi.
Enfin Girard remarque que ces officiers ne pou-
voicnt taire priféos ni ventes, &i qu'ils n'étolent point
reçus à payer le droit annuel , non plus que les com-
niençaux de la mailon du roi.
Lcsjèrgens de la douzaine obtinrent d'Henry II.
des lettres-patentes en forme d'édit, du mois de
Mai 15 '58, portant que \es fcrgens de la douzaine
pourroient faire tous exploits &: informations , non-
leulement en la ville , fauxbourgs & banlieue de Pa-
ris , mais auffi par toute la ville , prévôté , ce vicomte
<ie Paris , 6c anciens reflbrts d'icelle , ainfi que fai-
foient & avoient accoutumé défaire les autres yèr-
gcns à verge fieffés , & autres , fans qu'ils fuffent te-
nus de demarider affiftance , placet , vifa , ni pa-
rcatis.
Mais les fergens à verge & à cheval, ayant formé
oppofition à l'entérinement defdites lettres , les huif-
iiers de la douzaine furent déboutés de l'effet d'icel-
les , par arrêt du premier Juillet i 560,
Les fergens de la douzaine obtinrent encore le 7
Oftobre 1575, des lettres en forme de déclaration,
portant qu'ils jouiroient de pareil pouvoir &c privi-
lèges que les iizo fergens k verge, prifeurs , ven-
deurs au châtelet, prévôté & vicomte de Paris, unis
en un feul corps avec 40 autres fergens à verge , pri-
feurs vendeurs audit châtelet.
Mais les fergens à verge s'étant encore oppofés à
l'entcrineinent de ces lettres, par arrêt du 6 Juin
I 587 , iQsJèrgens de la douzaine turent déboutés de
l'effet de ces lettres , avec défenfcs à eux de faire au-
cune privée ou vente de biens meubles en la ville ,
banlieue , prévôté & vicomte de Paris , de faire au-
cuns exploits ou aftes de juflÉce hors la ville & ban-
lieue , à peine de nullité, & de s'entremettre d'aller
aux barrières avec les fergens à verge , ni de fe qua-
lifier de fergens à verge , du nombre de la douzaine au
châtelet , prévôté & vicomte de Paris , prifeurs & ven-
deurs de biens ^ mais feulement/ér^e/zj de la douzaine
Ju chdtdct de Paris.
Ils ont néanmoins été maintenus dans le droit de
faire les mêmes fondions que les fergens à cheval &
i\. verge du châtelet , par deux arrêts du confeil des
29 Mars & I z Juin 1677.
Les fergens à cheval du châtelet de Paris ont été in-
flitués pour faire leur fennce à cheval dans la pré-
vôté & vicomte de Paris, pour tenir la campagne
-SÛre, & pour exploiter dans l'étendue de la prévôté
& vicomte, mais hors la banlieue qui forme les li-
mites du diftrid des fergens à pié ou à verge.
On ignore quel étoit d'abord le nombre des fer-
gens du. châtelet, foit à cheval ou i\ pié; on trouve
ieulcment que Philippe-Ie-Bel, par fon ordonnance
<lu mois de Novembre 1 302, fixa le nombre de ces
Jirgens à cheval à S'o i qu'en ijQC), il fut réduit à 60 ;
S E R
qu'en 1311, Philippe-le-Long les remit ii 98. Le nom-
bre xovA des fer gens du châtelet étoit néanmoins accru
jufqu'à 700 ; mais en 1 3 27 , Philippe deValois rédui-
lii les Jergens à cheval à 80. Le nombre en étant de-
puis beaucoup augmenté, Charles V. par édit du 8
Juin I 569 , les récluifit à 220.
Chacun d'eux devoit donner caution jufqu'à îa
fomme de 100 livres de bien, & loyalement fer-
genter; ils dévoient avoir un bon cheval à eux , 6c
des armes fuffilantes , lefquelles dévoient être exa-
minées par le prévôt de Paris , & deux autres per-
fonncs à ce commis.
Philippc-le-Bel reçut en 1309 , plaintes de la part
du peuple fur la grande multitude 6c opprefïions des
fergens à cheval 6c à pié du châtelet de Paris , pour
les grandes extorfions qu'ils faifoient; à quoi il pour-
vut par fon ordonnance du 20 Avril de ladite année.
Il diminua , comme on l'a dit, le nombre des fer-
gens, 6c ordonna que tou^s fergens de cheval & de
pié, feroient demcurans en la ville de Paris, & oue
nul n'iroit hors la ville fans impétrer commande-
ment du prévôt de Paris , ou de ion lieutenant , ou
des auditeurs.
La journée de ces fergens £utreglée à 6 fols parifis.
Les fergens à cheval 6c à pié étoient alors la feule
garde qu'il y eut le jour dans Paris ; c'efl pourquoi
cette ordonnance porte que toutes les fois que l'on
criera à la ju (lice le roi, qu'ils viendront tous fans
délai , & que quand le roi viendra à Paris ou s'en
ira, ils s'approcheront du prévôt de Paris pour faire
ce qui leur fera commandé ; que toutes les fois qu'il
y aura feu en la ville , ou quelque affemblée com-
mune, ils s'aflembleront devers le prévôt; & que fi
quelqu'un empêche le' droit du roi , ils le feront fa-
voir au prévôt ou à fon lieutenant.
Philippe-le-Long , par fon ordonnance de 1 3 2 1 ,
dit que d'ancienneté il avoit toujours été accoutu-
mé cjue les fergens à cheval ne dévoient point fergen-
ter dans la banlieue de Paris , ni ceux de pié hors la
banlieue ; finon en cas de néceffité , il ordonna que .
cet ordre ancien feroit obfervé.
Suivant l'édit de leur création du 8 Juin 1369, &
les lettres-patentes & ordonnances rendues en leujr
faveur au mois d'Août 1492, Décembre 1543, 20
Novembre 1566, Mai 1582, Juin 1603, 13 Juin
1 6 1 7 èc 1 644 , confirmés tant par arrêts du confeil
privé, que du parlement , des 4 Mars 1600, 10 Mai
1603 , 24 Avril 1621 , 4 Mars & 17 Avril 1622, de
l'année 1648 , 2 Janvier 1665 , & autres poflérieurs,
ils ont non-feulement la faculté d'exploiter dans toute
rétendue du royaume , mais encore celle de mettre
à exécution tovues lentences , jugemens , arrêts , Se
autres aûes , de quelques juges qu'ils foient émanés,
& de faire leur réfidence où bon leur femble; de
mettre le fcel du châtelet à exécution exclufivement
à tous autres huilfiers , & de faire dans toutes les vil-
les & lieux du royaume les ventes de meubles, à
l'exception de la ville de Paris , oii il y a des huifliers-
prifeurs en titre.
Ils ont leurs caufes commifes au châtelet , tant en
matière civile que criminelle.
Les derniers édits ont attribué aux fergens à cheval
le titre d'hui(Jlcrs fergens à cheval.
L'édit du mois de Février 1705 , avoit ordonné
qu'ils ne feroient qu'une feule &:même communauté
avec les fergens à verge ; mais par une déclaration du
mois de Novembre fuivant, les deux communautés
ont été féparées comme elles l'étoient précédem-
meat.
Les fergens à verge ou à pié, qu'on appelle préfen-
tement haiffiers-fèrgens àverge , étoient dans l'origine
les feuls qui failbicnt le fervice dans le tribunal Se
dans la ville , fauxbourgs , 6c banlieue.
Ils étoient obligés de demeurer dans la ville , &
être
s E R
être toujours prêts à s'affembler auprès du prévôt ;
mais il ne leur étoit pas permis d'aller deux en-
lenible.
Ils le lenoient ordinairement appuyés fur la bar-
rière qui étoit au-devant du châtelet, pour être prêts
au premier ordre du juge ou requifitoire des parties;
dans la l'uite on leur conftruilit en différens quartiers
de Paris , différens corps-de-garde qui conferverent
le nom de harrUres des fcrgens.
Le nombre de ces Jergens qui étoit devenu exceflif,
fut réduit en 1 3 2 i à 133; en 1 3 27 à 1 20 ; depuis il
fut augmenté jufqu'à onze-vingt ou 220.
Anciennement ils ne pouvoient exploiter hors de
la banlieue de Paris ; en i 543 , on donna à 85 d'en-
ti-e eux le pouvoir d'exploiter dans toute la prévôté
& vicomte ; & en 1 5 50 , on leur accorda à tous le
même pouvoir; & enfin on leur a donné à tous le
pouvoir d'exploiter par tout le royaume , comme les
kuijjîers à cheval.
Ils faifoient autrefois les prifées de meubles , mais
préientement elles fe font par les huifïiers-prifeurs,
qui ont été tirés de leur corps. ( ^ )
Sergens des chefs-seigneurs , étoient ceux
qui étoient commis par des feigneurs à la juftice def-
quels reiTortiffoit quelque juftice inférieure ; ils ne
pouvoient faire aucune dénonciation dans les jufti-
ces des feigneurs inférieurs; de même qu'il n'étoit
pas permis à ceux des jullices inférieures d'en faire
dans les juflices des chefs-feigneurs , ainli qu'il efl: dit
dans une ordonnance de faint Louis , de l'an 1268
ou 1269.
Sergent chevalier, eft un titre queprenoient
alitrefois Itsjergens à cheval, ce qui venoit fans dou-
te de ce que dans les anciennes ordonnances ces
fortes àefergens font nommés équités fervientes ; quel-
ques-uns d'entre eux prennent encore abufivement
ce titre de chevalier, mais en juflice lorfqu'on y fait
attention , on leur défend de prendre cette qualité.
Sergens a cheval, font des fergens inftitués
pour faire leur fervice à cheval. L'objet de leur infli-
tution a été qu'il y eût des fergens en état d'exécuter
les mandemens de juftice, dans les lieux les plus
éloignés , ce que ne pouvoient faire les fergens à pié ,
ou du moins auffi promptement. Foye^ ce qui eft dit
ci-devant des fergens à cheval à VarticleàQS SergenS
DU CHATELET.
Sergens chevaucheurs étoient des gardes des
taux & forêts , créés par édit du mois d'Août 1572,
pour vifiter à cheval les forêts du roi. Plufieurs fu-
rent fupprimés par édit du mois d'Avril 1667; le
refte fut fupprimé en vertu de l'ordonnance de 1669,
tu. 20. art. j . & en leur place on établit d'autres gar-
des à cheval , fous le titre de gardes généraux.
Sergens cOLLECTEURS,ondonna d'abord ce nom
à certains fergens royaux , qui furent inftitués dans
les paroifles par l'édit du 23 Oftobre i 581 , pour ex-
ploiter & faire les contraintes à la requête des collec-
teurs , fermiers & autres commis & députés à la re-
cette des aides , tailles & autres droits du roi. Ces
fergens étoient comme on voit, les mêmes que ceux
qu'on z.'^^oWdxt fergens des aides., tailles & gabelles.
On a depuis donné le nom de firgent collecteur , à
l'officier qui dans chaque maîtrife des eaux & forêts
ou grurie, cft chargé de la collefte ou recette des
amendes qui font prononcées au profit du roi , pour
raifon des délits commis en matière d'eaux & forêts.
Ils doivent avoir un rôle & y emmager ce qu'ils re-
çoivent , & en donner quittance ; & faute par eux
de pourfulvre , ils font garans de leur négligence.
Foyei l'ordonnance de 1669, tlt. j. art. 24, tit. 4.
art. j . j) , de tit. 6. art. 6.
Sergent crieur juré , ou procLimateur public ,
c'eft; unfergcnt établi dans chaque bailliage ou féné-
cauffée royale, pour faire les annonces & procla-
Tome Xr,
E R
malions publiques , aflîfté d'un ou deux jurés tfom-
pcttes. Il y avoit au châtelet de Paris, un de ces/èr-
gent crieur juré., qui a été incorporé & uni au corps
des fergens à verge. Il y a pourtant encore dans ce
fiege un crieur juré. Il y a eu de femblables offices
de fergens crieurs proclamateurs généranx , créés danS
chaque bailliage. On trouve dans Joly , l'édit de créa-
tion pour Angers, du mois de Février 1581.
Sergent crieur juré , eft celui qui eft établi
pour faire les cris & proclamations pubUques.
Il y a au châtelet de Paris un fergent crieur Juré, &
un trompette juré , à l'inftar defquelsil y en a eu d'é-
tablis es villes oii il y a bailliages & fénéchauftees.
Le fergent crieur du châtelet de Paris , eft incorporé
& uni au corps des fergens à verge.
Henri III. en créa dans chaque fiege royal de là
province d'Anjou, par édit du mois de Février 1 58 1;
F'oyei Joly.
Sergens dangereux; ainfi appelles parce qu'ils
furent inftitués par édit d'Henri II. de l'an i •) 5 2 , pour
conferver le droit du roi dans les forêts où le roi a
droit de tiers & danger , c'eft-à-dire droit de dixiè-
me , ou dans lefquels il a fimplement droit de danger.
Ils furent révoqués par ordonnance de Charles VII.
de l'an 141 3 , art. 2^8 ; par celle de Charles IX. en
1563 ; & par l'ordonnance 1 669.
Sergens de la douzaine , voyei ce qui en eft
dit ci-devant à Varticle des Sergens du CHATELET
DE Paris.
Sergent de l'épée ou du plaît de l'épée, aà
placitumenfîs; c'étoient ceux qui exécutoient par la
force , & même par les armes , les mandemens de ju-
ftice, fulvant le ckap. v. de l'ancienne coutume dé
Normandie: voici quel étoit l'office de ces fergens.
« Sous les vicomtes, dit cette coutume, font les yèr-
» gens de l'épée , qui doivent tenir les vues , & faire
» les femonces & les commandemens des affifes , &
» faire tenir ce qui y eft jugé , & délivrer par droit
» les namps qui font prins , & doivent avoir onze
» deniers par chacune vue qui eft foutenue , & aufli
» de chacun namps qu'ils délivrent, & pour ce font-
» ils appelles fergens de l'épée j car ils doivent jufti-
» cier vertueufement à l'épée & aux armes tous les
» malfaiteurs , & tous ceux qui font diffamés d'au-
» cun crime & les fuitifs ; & pour ce furent-ils éta-
» blis principalenfent , afin que ceux qui font paifi-
» blés , foient par eux tenus en paix , & les malfai-
» teurs fufiTent punis par la roideur de juftice , & par
» eux doivent être accomplis les offices de droit.
» Les bedeaux, dit ce même texte, font mendres
» fergens, qui doivent prendre les namps, & fair^
» les offices qui ne font pas fi honnêtes , & les men-
» dres femonces ». On voit par-là que les fergens de
l'épée avoient fous eux d'awxxes fergens. L'ordonnan-
ce du 20 Avril 1309, dit que les fergens du plait de
l'épée donneront plege fuffifant pour eux & pour leurs
{ows-fergens , de loyaument fergenter & répondre de
leurs faits. La charte aux Normans , porte que nul
fergent de l'épée ne pourra faire exercer fon office par
un autre fous peine de le perdre ; dans d'autres let-
tres , datées du 22 Juillet i 3 j 5 , où le fergent de l'épée
eft nommé ferviens nofler fpade , il eft dit qu'il ne
pourra louer fon office à perfonne. Voye^^ le gloffairc
de M. de Lauriere , au mot fergent.
Sergens extraordinaires des Heutenans cri-
minels, étoient. des fergens qui furent établis outre les:
fergens ordinaires du tribunal , pour faire le fervice'
auprès du lieutenant criminel , & faire tous ex-
ploits en matière criminelle feulement. Ils furent in-
ftitués par Henri II. en 1552. Ces offices ont depuis
été fupprimés & réunis aux autres offices de fcgens
& huiiîiers ordinaires. -
Sergent fermier étoit celui qui tcnoità ferme
un office de fcrgcnterie ; ce qui fut défendu par \qs
M
90
S E R
ordonnances : il en cft parlé dans la coutume de Bre-
tagne , art. 6 y 4.
Sfrgfnt FfcODÉ eft la même chofe o^wc firgent
fieffé ; on dit préientcment /^'■n'cWf /c//^'. f'oyei ce qui
ertdit ci-;iprés nu wpr Sergent FIEFFÉ.
SlRGFNT Kk(lDÉ, FIEFFÉ OU DU FIFF,OUCOmme
on diloit autrefois Sergent, eft celui qui tient l'of-
fice de lerot-ntcrie en tief. Ces yi-r^f/^^f étoicnt fiijets
A certains devoirs pour raiCon de leur tiet. Il en eft
parle dans un titre de Tévcché de Paris , de Tan i m ;
dans une autre charte, de l'an 1130; dans Matthieu
Paris , A l'an 1156; dans les alfiies de .léruCalcm , ch.
cxc. comme aufli dans un arrêt <le la Chandeleur, de
l'an 1 169 ; & dans un autre du parlement de la Pente-
côte, de l'an i 27 3 .11 y a encore en plufieurs endroits de
CCSji'liens féodcsowJieffcsXQ fcrgent féodéowfieffiaàzns
certains lieux charge & pouvoir de faire les exploits
ncceffaires , pour la recherche & confcrvation des
droits féodaux du feigneur. Il reçoit les cens , rentes,
coutumes , & autres' devoirs du leigneur. Il a même
en quelques lieux, comme A Senhs , quelque jurif-
diélion ,'& peut commettre trois (ow^-firgens , deux
à cheval ik. un à verge, qui font inlHtués par le bail-
li , 61 révocables il volonté. A Dun-le-roi en Berri,
& en quelques autres lieux, cet office eft héréditai-
re , & tenu en hommage du roi. Au châtelet de Pa-
ris il y a quatre offices de fcrgcnsfofcs. f^oye^ Ser-
GENS DU CHATELET.
Voyei la coutume de Scnlis , art. Sy\ les arrêts du
parlement de Paris , du 16 Juillet 1351 ,3 Juin 139 1;
les ordonnances de l'échiquier de Normandie, de
l'an 1426 ; V ancienne coutiitnc de Normandie , ch. xv.
art. / 2 / ; le jlyli du châtelet de Paris & d'Orléans, in
fine ; l'auteur du grand coutumier ., lib. I. ch. ij ; la cou-
tume de Bretagne , art. 11 ; l'ordonnance de Charles
VI. de l'an 1 4 1 3 ; Joly , des offices de France , tom. il.
lib. III. lit. JS ; Eroâeau , fur Paris ., art. 1. n° . 14.
SeRGENS DES FOIRES DE CHAMPAGNE ET DE
Brie , étcyent ceux qui étoient établis par le juge
confervateur de ces foires, pour exécuter (es man-
demens , & les aftes paftés fous le fcel de ces foires.
Le nombre en étoit fi exceffif, que Philippe le Long,
par des lettres du mois de Juin 1 3 17 , les réduifit à
j 40 , I 20 à cheval & 20 à pié.
Sergent forestier eft celui qui eft prépofé à
la garde des bois & forets du roi ; ces fortes de fer-
gens font préfentement appelles yc/-^e«5 à garde. Foye^
Sergent a garde.
Sergent franc eft un garde que certains fei-
gneurs ont pour la confervation de leurs bois , ou
pour la prife & la garde des beftiaux trouvés en dé-
lit, Foyei leglojjaire de M. de Lauriere. (^)
Sergent a garde, ce font ceux qui font prépo-
fés à la garde des forêts du roi ; ils ne peuvent taire
aucuns exploits que pour le fait des eaux & forêts,
& chaftes de fa majelté.
Ces offices Ibnt fort anciens. Suivant l'ordonnan-
ce de Philippe le Long , de l'an 131^, ils ii'étoient
mis ikinftitués qu'à la délibération du grand-con(eil,
dans les endroits où ils étoient jugés neceftaires. De-
puis, par édit d'Août 1526, & autres édits pofté-
rieurs , il en fut établi en divers lieux pour la garde
& confervation des forêts du roi. Les maîtres des
eaux & forêts ne laifl(:>ient pas d'en établir où ils ju-
geoient ù propos , à l'exemple des baillis & léné-
chaux ; mais ce droit leur fut ôté par ïurtlcle 4S. de
l'ordonnance de i 549 , & il n'y a que le roi oui les
puùTe inftittier ; mais ils peuvent être deftitucs par
les grands-maîtres, lelquels peuvent commettre en
leur lieu, en cas de prévarication.
On ne doit en recevoir aucun que fur information
de vie & mœurs , & par témoins adminilrrés par le
procureur du roi; 6c ils doivent favoir lire 6c écrire.
Ils doivent être affidus en leurs gardes , 6c ne s'en
S E R
abfenter que pour caufe de maladie ou autre excuf(î
légitime , en demandant pcrmiffion au maître parti-
culier & procureur du roi , qui iùbftituent en leur
place.
Ils font obligés d'avoir chacun un reglftre cotté &
paraphé du maître & procureur du roi, pour y inf-
crire leurs procès-verbaux de vifite , rapports, ex-
ploits 6c tous autres ades , enfemble l'extrait de la
vente ordinaire 6c extraordinaire, & l'état , tour,
qualité 6c valeur des arbres chablis ou encroués, &
généralement tout ce qu'ils font en vertu de leur ml-
niftere.
Leurs procès-verbaux doivent être jugés foramai-
rement, par les officiers à la prochaine audience.
Ils fignent les procès-verbaux des gardes mar-
teaux, lefquels doivent les appeller à leurs vifites.
Le nombre des fergens à garde eft diviié en deux
parties , qui comparoiffient alternativement à l'au-
dience de la maîtrife ou grurie,même aux affifes ,
pour les informer de l'état de leurs gardes, y préfen-
ter , affirmer & faire enregiftrer leurs rapports , fur
lefquels les juges peuvent condamner à des peines
pécuniaires , quoiqu'il n'y ait aucune autre preuve
ni information ; pourvu que les parties acculées ne
propofent pas de caufe fuffifante de récufation.
L'ordonnance les rend refponfables de délits com-
mis en leur garde , faute d'en avoir fait leur rapport,
& de l'avoir mis au greffe deux jours au plus tard
après le délit commis , ou faute de nommer dans leur
rapport les délinquans, & d'avoir marqué le lieu du
délit & les autres circonftances.
Tout ce qui concerne les fondions de ces fergens
à garde eft expliqué fous les tit. ;^. ^.G.y. 10. n. iS.
ly. 18. ic). XI. 2j. z5. ly. Jo. ji. 6* 32. de l'ordon-
nance des eaux 6c forêts.
Sergent garde-pêche, eft un fergentdes eaux
& forêts , établi dans une maîtrife ou gru rie, pour
veiller à la confervation des eaux & pêches fur les
fleuves 6c rivières dans l'étendue de fon diftrift. Ces
fergens font pour les eaux & la pêche, cequelesy^r-
gens à garde font pour les bois. Foyei les tit. ix. 6* j /.
de l'ordonnance de 1669.
Sergent-gardien, étolt celui qui étoit chargé
de veiller à la confervation de quelque lieu qui étoit
Ibus la fauve-garde du roi. Tous les lieux qui étoient
fous la fauve-garde royale avoient des fergens royaux
pour gardiens particuliers; on peut voir à ce fujet les
différentes lettres de fauve-garde qui font rapportées
dans le recueil des ordonnances de la troifieme
race.
Sergens de garnison, dans les anciennes or-
donnances font ceux que l'on établit en garnifon chez
les parties faifies , pour les contraindre de payer.
Sergens généraux, étoient desyêrg'e/zi royaux
qui avoient le pouvoir d'inftrumenter , non pas feu-
lement dans le diftrift d'une juftice royale , mais dans
toute l'étendue d'une province ; il y en avoit en Nor-
mandie qui furent fupprimés par une ordonnance du
roi Jean , du 5 Avril 1350.
Sergent a loi ^frviens ad Ugem , eft un titre ufî-
té en Angleterre , pour exprimer un grade que l'on
acquiert en jurifprudence 6c qui eft le feul grade
conn I en ce genre , les titres de bachelier , de licen-
cier 6c de doàeur , n'y étant point ufités.
Ce titre fe confère avec beaucoup de folemnité &
de dépenfe; c'eftun degré pour monter au plus hau-
tes dignités : pour l'acquérir, il faut avoir étudié les
lois au moins pendant feize ans ; ce font proprement
des dodeurs en droit qui exercent la profeffion d'a-
vocat & de jiirifconfulte, avec de certaines diftinc-
tions au-deffus des fimpies avocats.
Il y a ordinairement en Angleterre, (\x fergens à\x
roi à loi & deux en Irlande. Il y a d''a\i\.r es fergens
à loi communs ; il y en a ordinairement vingt en An-
s E R
gleterre , & deux en Irlande ; il pmit y en avoir da-
vantage.
■Les fergens du roi peuvent pour toutes perfonnes
autres que le roi.
Les fergens communs peuvent travailler contre
tous> Foye:^ \q glojfaire de Ducange au mot fervientes
Md legem,
Sergens LOUVETIERS , c'étoient des fergens des
forêts du roi , établis iinguliérement pour donner la
chalTe aux loups, & pour faire devant les maîtres &
gruyers leur rapport des prifes qu'ils auroient faites;
il en efl encore parlé dans le règlement des eaux &
forêts du mois de Mai 1592., ^rt. j 2.
Sergent maître , ell la même chofe que gruyer
ou verdicr. Selon Saint- Yon , dans fon traité des Eaux
& Forêts , gruyer, foreftier, verdier, fegrayer, châ-
telain, concierge ^fergent maître , maître garde, n'ell
cju'un même office , ayant même fonction , pouvoir,
jurifdidion & connoiffance première des délits qui
fe commettent es forêts jufqu'ù 60 fols , appelle di-
verfement félon les lieux, en quoi Ragneau s'eft mé-
pris dans fon indice fur le mot vsrdier^ où il fuppofe
que le verdier eu en plus grande- charge que le fer-
gcnt maître^ & aufïï qu'il connoît des amendes coutu-
miers; car il ne connoît que des amendes légales juf-
qu'à 60 fols , c'eft- à-dire de celles qui font taxées
par les ordonnances , lefquelles amendes légales Ra-
gneau a apparemment entendu parle termes de cau-
tumiers. Foyei la note de M. de Lauriere /«/•/« tom. I.
des Ordonnances ^ p, 46'4.
Sergent maître ou Sergent garde des Mé-
T/ERS. Foyei ci -après l'article SerGENS DES MÉ-
TIERS.
Sergent a masse , ferviens adclavam , c'eft le ti-
tre que prenoient & que prennent encore certains
huifliers , qui dans leur inftitution portoient des maf-
jïs ; il en eft parlé dans la coutume du Hainault , qui
les appelle y^r^é/zi à majfe d'argent au bailliage d'A-
miens. Il y a \m\t fergens à majje à la juftice civile.
Sergent messier ou Sergent messilier , mef-
fium cuflos^ eft un des habitans d'une paroiffe qui eft
commis par le juge pour la garde des moiffons ; on
les appelle viiWems fergens blaviers.
Sergent des Métiers , étoient ceux qui avoient
la garde & infpeâion fur les perfonnes d'un certain
état & métier ; on les appelloit aufîi fergens & gardes
ou fergens maîtres d'un tel métier ; il eft parlé dans
ime ordonnance du mois de Mai 1 360 , des fergens 6c
maîtres de la draperie , ou. fergens & gardes de ce mé-
tier ; c'eft de-là que les gardes & jurés des commu-
nautés d'arts & métiers tirent leur origine.
Sergens de l'Ordonnance des Foires de
Champagne et de Brie. Foye^ Sergens des
Foires de Champagne et de Brie.
Sergent de la paix , dans la coutume de Va-
lenciennes , art. ij8. font les fergens des jurifdiftions
ordinaires ; ils font ainfi appelles , parce que dans
le pays l'auditoire du juge dont ils font les miniftres
eft appelle maifon de paix.
Sergent du parloir aux Bourgeois , étoient
ceux qui exécutoient les mandemens ou commiftions
du bureau de la ville de Paris appelle anciennement
le parloiier aux bourgeois ; ces Jèrgens jomffoient des
mêmes privilèges que les archers & arbaleftriers de
la ville de Paris , excepté feulement pour les forti-
fications & réparations de la ville pour l'arriere-ban
& pour la rançon du roi. Foye^ l'Ordonn. de Louis
XI. du mois de Novembre 1465.
Sergent du petit scel de Montpellier ,
étoient ceux qui fervoient près la cour du petit fcel
de Montpellier ; ils étoient obliges de comparoître en
perfonne à Montpellier tous les ans le jour de la S.
Louis , il en eft parlé dans l'Ordonnance de Charles
y III. du 18 Décembre 1490.
Tome XF.
S E R
91
Sergent a pié oa a verge , eft celui qui par
fon inftitution doit faire le fervice à pié , foit auprès
du juge , foit dans l'étendue de la jurifdiftion, à la
différence des fergens à cheval qui ont été inftitucs
pour faire le fervice à cheval. Fcye:^ ce oui eft dit
ci-devant des fergent à verge à Varticle des Sergens
DU CHATELET DE PaRIS.
Sergent du plaît de l'épée , feu ad plaàtum.
cnfis, étoit la même chofe que fergent de l'épée. Foye^
ci-devant SerGENT DE L'ÉPÉE.
Sergent prairier , eft un des habitans d'une
paroilfe qui eft commis par la juftice à la garde des
prés.
Sergent prevôtaiïie, en la coutume de Mehun-
fur-Eure , en Berry , eft \e fergent du prévôt.
Sergent de querelle ; on donnoit autrefois ce
nom au fergent qui faifoît les ades dans les cas de
duels , on l'appelloit ainfi par oppofition au titre de
Jergent de la paix ou de paix , que l'on donnoit à ceux
qui faifoient le fervice Ae fergens dans le tribunal, ou
qui faifoient les autres exploits en matière conten-
tieufe.
Dans la coutume de Normandie , art. 63 . le fer-
gent de la querelle eft le fergent ordinaire de l'adion
ou du lieu où le différent des parties eft pendant.
Foye:^ Beraultyâr cet article.
Sergens routiers ou traversiers , étoient
des gardes des eaux & forêts , créés par l'article 21:
de l'édit de Janvier 1583, dont les fondions étoient
de brofler & traverfer les forêts , routes & chemins
d'icelles ; plufieurs furent fupprimés par édit du mois"
d'Avril 1667 , le refte fut fupprimé par l'ordonnsnce
de 1669, lit. 10. art. j. Se en leur place on établit
des gardes généraux à cheval. Foyei Sergens che-
vaucheurs , Sergens a garde , Sergens tra-
versiers , Maîtres Sergens.
Sergent du roi ou Sergent royal , eft celui
qui a été inftitué par le roi. Les vieux praticiens di-
fent que fergent à roi ejl pair à comte , ce qui vient de
ce qu'anciennement un pair ne pouvoit être affigné
que par fes pairs ; de forte qu'un comte ne pouvoit
être femons ou ajourné que par un autre comte: mais
comme dans la fuite on fe relâcha de ce cérémonial
& que les pairs furent afîîgnés par un ftmple huifTiel:
royal , ainfi que cela fut pratiqué en 1 470 à l'égard
du duc de Bourgogne accufé de crime d'état ; cette
nouvelle forme de procéder fît dire que fergent à roi
ou du roi , étoit pair à comte. Foyei Loifel en fes
injiitutes , tit. des perfonnes , n, ^1.
Sergent royal , eft celui qui tient fes provifions
du roi : l'inftitution des fergens royaux eft prefquô
aufîl ancienne que la monarchie ; au commencement
ils étoient choifis par les baillifs ou les fénechaux ,
ce qui devoir fe faire en pleine afTife.
Les baillifs & fénechaux pouvoient auffi les defti^
tuer, quoiqu'ils euffent des lettres du roi : ils étoient
refponfables des fujets qu'ils avoient nommés aux
places vacantes.
Les fergens royaux zv oient néanmoins dès-lors des
provifions du roi , pour lefquelles ils payoient au roi
un droit : Philippe le Long & Charles le Bel leur fi-
rent payer une finance, & le roi ordonna que le nom-
bre en feroit fixé.
Ils étoient obligés de donner caution j & d'exer-
cer leur office en perfonne , s'ils le louoient à un au-
tre , ils s'expofoient à le perdre , ils avoient cepen-
dant des fubftituts , car fi le roi donnoit une fergen-
terie à quelqu'un qui ne vouloit pas l'exercer , Ion
fubftitut ne devoit être reçu que comme les frgens y
avec le coofeil de 10 ou iz perfonnes, & en don-
nant caution, quand même celui dont ils remplifîbient
la place , en auroit donné une.
Ils ne pouvoient ajourner fans ordre des juges , ni
M ij
91
S E R
S E il
faire aucune exccvmon en des lieux éloignes Tans
Coniininion.
'ï'oiir ce qui cft de leur dillriél , ils ne pouvoicnt
f«rf enter généralement dans tout un bailliage ; mais
chacun d'eux leulement dans une chfitellenie ou pré-
voie.
Eux ("euls avoient droit de faire toutes exécu-
tions pour les dettes du roi ; mais ils ne pouvoient
pas contraindre les fujets desfeigncurs à les faire por-
teurs de leurs lettres , fous prétexte qu'elles éloient
pafloes fous le ijjcl royal.
Ils pouvoicnt être arrêtés par ordre des fcigneurs ,
s'ils alloient tiiire de nuit des exécutions dans leurs
juilices.
Il leur étoit défendu en général d'exercer leur of-
fice dans les terres des feigneurs qui avoient haute
& baffe juftice , finon dans le cas du reffort ou dans
les autres cas qui appartiennent au roi , fuivant le
droit &c la coutume , & alors ils ne pouvoient ex-
ploiter fans un mandement du juge royal , dans lequel
fiu contenu le cas royal.
Il ne leur étoit pas non plus permis d'établir leur
domicile dans les terres des feigneurs haut jufticicrs
ou des prélats , k moins qu'ils n'y fulfent nés , ou
qu'ils n'y tlilfent mariés : ils ne pouvoient même en
ces deux cas y taire aucune fondion de leur office ,
même dans les cas de reifort , & dans les cas royaux;
& ils cco^ent fouijàs à la jurifdiftion tant fpirituelle
que temporelle des prélats &C des feigneurs , en tout
ce qui ne concernoit pas la fondion de leur of-
fice.
Outre les fetgins des juftices royales , i! y avoit
encore d'AUtrcs/crgens pour le fervice du roi ; cha-
que receveur des deniers du roi pouvoit avoir deux
Jergcns à fes ordres ; s'il en avoit befoin d'un plus
grand nombre , il devoit fe fervir de ceux du bail-
liage. C'eft probablement là l'origine àçsfirs^ens ou
huiiàers des tailles, Louis Hutin permit auifi au col-
leciour des décimes dans la province de Reims de
créer àcsfergtns &c de les révoquer. (^)
Sergent seigneurial ou Subalterne eft un
firgent non royal commis par un feigneur pour ex-
ploiter dans fa juftice. f^oyci Sergent royal.
Sergent ^JîmpU , cette qualité eft donnée par les
anciennes ordonnances auxfergcns des forêts , pour
les diftinguer des mh\trcs fergens , qui étoient la mê-
me chofe que les verdiers ou châtelains, f^oye:;^ l'or-
donnance de Philippe de Valois du 29 Mai 1346.
Sergfnt, fous- ^ ctoient des fergens inférieurs,
qui croient commis par un fergcnt fieffé. Foyei ci-
devûnt Se RGhViT FIEFFÉ.
Sergent DES TAILLES, voye^ ci-devant au mot
Huissier des tailles & Sei'.gent des aides ,
TAILLES & gabelles.
Sergent traversier, toyeici-devant Sergrî^t
ROUTIER.
Sergent a verge , eft un fergem qui fait le fer-
vice à pic : on a donné à ces fergens le furnom de fer-
gens à vcge, parce que dans leur inftitutionils éloient
obligés de porter une verge ou bâton femc de fleurs-
de-lis , pour marque de l'autorité de juftice en vertu
de laquelle ils agiflént. Ils touchoient de cette verge
ou iwguette ceux contre lefquels ils faifoient quel-
que exploit, f^oyei ce qui eu dit ci-devant des /èr-
gtnsà verge kVarticU des SerGENS DU ChasTELET.
(^^)
Sergent , c'eft dans fan militaire^ un foldat qui
a paflc par les degrés d'anlpcffade & de caporal , &
dont les principales fondions lont de veiller à ce que
lesfoldats fafTent leur fervice , 6c à leur apprendre le
maniment des armes.
Le fcrgent eft un bas officier dans les compagnies
d'infanterie, comme 1© maréchalde-logis l'cft dans
ctlL'sdc cavalerie.
Lcs/fr^^/z5 tiennent un rôle du nom des fcldatsSC
de leurs logemcns. Ils doivent les vifiter le foir & le
matin, liirrout après que la retraite eft battue , afin
de connoître ceux qui font libertins ou débauchés,
& de les faire châtier. Ce font eux qui pofcnt le
corps-de-garde & les fentincUes dans les endroits
qu'on a marqués. Ils vont prendre Tordre du major
de la place tous les foirs. Ils s'aftemblent en fond au-
tour de lui dans la place d'armes , & ils ont le cha-
peau bas. Le major donne le mot à l'oreiKe au plus
ancien , qui eft à fa droite. Celui-ci le dit de même
au f ilvnnt ; ainfi ce mot fait le tour du cercle, & re-
vient au major , qui connoît par-là fi tous l'oiu rete-
nu. Foye^ Mot.
Lorfqu'une compagnie eft en mr.rclie , les fergens
font fur les aîles pour faire drelfer les rangs & les fi-
les , & pour empêcher que les foldats ne s'écartent.
Ce font eux qui reçoivent les vivres & les munitions
des compagnies , qu'ils donnent enfuite aux capo-
raux , lefquels en font la répartition à leurs efcoua-
des.
Le capitaine choifit parmi les fergens celui qui efî:
le plus entendu & le plus fidèle , & il le charge du
prêt. Foye^ Prêt. (Q)
Sergens d'armes , dit en latin , ferv'untzs armo-^
rum , furent une garde inftituée par Philippe Augufte
pour la confervation de fa perfonne.
Ce prince forma cette garde à l'occafion du vieux de
la Montagne , petit prince dans l'Afie vers laTerre-
fainte, fameux par les entreprifes que faifoient fes fur
jets fur la vie des princes à qui il en vouloit.
Les armes des fergens it armes étoient , outre la
mafî'e d'armes, l'arc & les flèches. Ils avoient auffi des
lances. Cette garde,qui étoit d'abord affez nombreufe,
fut diminuée par Philippe de Valois , & cafTée par
Charles V. pendant la prifon dit roi Jean fon père.
Daniel , ^//i. de la. milice franco fe, (Q)
Sergent de bataille , c'étoit un officier d'un
grade inférieur à celui de maréchal de bataille ; mais
dont les fondions approchoient de celles des infpec-
teurs.
Le père Daniel croit que la charge de fergent de
bataille a cefté depuis la paix des Pyrénées , & que les
fondions de ces fortes d'officiers varioient félon la
volonté des princes.
Il y a dans les troupes d'Allemagne & d'Efpagne
des fergens généraux de bataille , tant pour l'infanterie
que pour la cavalerie , qui ont en quelque façon dans
leur diftrid le même commandement que les maré-
chaux-de-camp dans nos armées. (Q) i
Sergent en loi , ( Hifl. mod. d'Angleterre. ) fcr-
viens ad legem ; les fergens en loi , font des dodeurs
en droit civil , au-defl\is des dodeurs en droit ordi-
naire. Ils ne plaident qu'à la cour des communs plai-
doyers ; & le roi en choifit ordinairement deux ou
trois , qui font l'office de fes avocats , & qui parlent
pour lui , principalement dans les procès criminels,
oii il s'agit de trahifon. (Z). /. )
Sfrgens dangereux , {^Eaux & Forêts.') officiers
des forêts qui furent inftitucs par édit de Kenri IL
l'an 1552, pour conferver le droit du roi dans les
bols où le prince a tiers & danger, ou fimplement
danger; mais ils ont été fiipprimés par Charles IX.
en 1563. Il y avoit encore autrefois dans les forêts
des fergens traverliers &: des furgardes-routiers , au
lieu defquels on a établi de fimples gardes. (^D. J.')
Sergent, f m. (Outil.) c'eft un inftrument de
menuiferie , dontfe fervent auffi quelques autres ou-
vriers en bois.
Le fergcnt eft une çfpecc de barre de fer quarrée
longue à volonté , recourbée en crochet par un des
bouts : le long de cette barre monte 6c defcend un
autre crochet mobile auffi de fer, qu'on appelle /<z
main dufergtnt. On fe fcrt de cet inftrumciit pour te-
s E R
nir & joindre les pièces & planches de bois, lorf-
qii'on les veut coller enfemble , ou pour taire reve-
nir la befogne , c'eil-à-dire , en approcher & pref-
fer les parties les unes près des autres , quand on
veut les cheviller. Les tonneliers ont auffi une ei-
pece de fergenr , pour faire entrer les derniers cer-
ceaux fur le peigne des futailles ; ils l'appellent plus
communément «r^o/re, Savary. (Z>. /. )
SERGENTERIE , f. f (^Jurifprud. ) eft l'office de
ferg.'nt; il y eut anciennement des feigneurs qui don-
nèrent en fief ces offices defergens , foit avec quel-
ques terres annexées, foit l'office fimplement fans
terre : ces fergenteries ainfi données en fief turent ap-
peliécsferge/acries fieffées. Les quatre plus anciens
feigens du châtelet ont encore de ces fer gin t eues fief-
fées ; il y en a auffi en plutieurs autres lieux, ^oyei
l'ancienne coutume de Normandie , celle de Breta-
gne , fi:t. 6y/\. & 6yy , le gloff. de M. de Lauriere , &
"le mot Sergent. (^)
SERGER ^ ou SERGIER , f. m. ( Sergerie.) c'efl
un ouvrier, un marchand qui fabrique ou qui vend
des ferges ; il n'y a pas de provinces en France où il
y ait tant de fcgcs qu'en Picardie, ^^v^ry. (Z?. /.)
j .. SERGERIE, f. f ( Manufacture dcfergers.') ce mot
fe dit tant de la manutaûure des ferges , que du com-
merce qui s'en fiiit. La province de Picardie eftune
de celles de France oii il fe fabrique le plus deferge-
rie. (D. J.)
SERGETTE , f. f. ( Sergerie. ) petite ferge, étroite ,
mince , & légère ; on met au nombre des fergeties ,
les cadis qui n'ont qu'une demi-aune moins un douze
de large , & les ferges de Crevecœur , Policourt ,
Chartres , &: autres lemblables , dont la largeur n'eft
que de demi-aune ; la fergette ei\ encore une efpece
de droguet croifé & drapé , qui fe tait en quelques
lieux du Poitou. Savari. (^D.J.)
Sergette , f. f. terme de manufacture , c'eti une
fcrge légère &: fine , que les bénéditlins reformés
portent au-lieu de chemife ; outre les habillemens
inarqués par la règle, les moines de Cluniportoient
autrefois des robes fourrées de mouton , des bottines
cle feutre pour la nuit , des fergectes , & des caleçons.
(Z>./.)
SERGETTERIE , f f. ( Manufa^. & Corporation )
on appelle ainfi à Bauvais , ville de Picardie , non-
feulement la manufaûure des ferges , ou l'ouvrage
des tifferans &: fer-^ers qui les fabriquent , mais en-
core le corps & la communauté des maîtres qui en
font profeiiion. sMary. (Z>. /. )
SERGIOPOLIS , ^éog, anc. ) ville de l'Euphra-
teute, àcent vingt-fixftades de Sura , du côté du
nord , félon Procope , qui dit qu'il y avoit une égli-
fe de S. Serge , & que Juflinien fortifia cette ville fi
bien , que Colroès , roi des Perfes , l'ayant attaquée,
fur obligé d'en lever le fiege. {D. /.)
SERGNAowSERGNI, ( G^'o^. moi. ) petite ville
d'Italie , au royaume de Naples , dans le comté de
Moliffe; elle étoit épifcopale dès l'an 402., fous la
métropole de Capoue. On la connoilfoit alors fous
fon ancien nom d^JEfamia ou Ifernia. (Z>. 7.)
SÉRîAD TEîlRE DE, {Géog. a/ic.) Manethon a
entendu l'Egypte , par la terre de Sêriad; ielon Dod-
■wel&; Selden, on doit à la canicule le nom du NU ;
ce fleuve efl: appelle Siris dans les auteurs profanes ,
d'où dérive Sê/p;cf , que les latins écrivent y?ao5 , &
qui ell le nom de la canicule , dont le lever a tant de
rapport avec l'accroliTement du Nil ; mais de même
qu'Héfiode défigne cette étoile, par l'expreffionie*-
fioi at(n]p , de même auffi il efl vraifTcmblable que les
anciens ont défigné l'Egypte par les termes x*piuS"a. ,
Ou ïsp/a<r;« ^»', terre de Scriad, terre fériadique , ter-
re où coule le fleuve Siris. C'clt ainfi qu'ils ont ap-
pelle le môme pays yEgyptus , du nom fous lequel
Homère a connu le Nil. (d. J.)
S E R
93
SERJANÎA ,{.{.( Hift. nat. Bot. ) genre de plan-
te, ainfi nommée par le P. Plumier, en mémoire du
P. Sérient, minime. Sa fleur efl en rofe , compofée
de quatre ou cinq fe\iilles placées circulairement;
du milieu du calice il part un piflil qui dégénère en-
fuite en un fruit, qui a trois cellules , trois aîl&s,
&dont chaque cellule contient une femence ronde..
Le P. Plumier en compte trois efpeces ; le dofteur
Guillaume Flouflon a trouvé ces plantes à la Vera-
cruz & à Campêche, où elles s'élèvent à une grande
hauteur ; elles croiifent dans le voifmage des arbres ,
qui fervent à les foutenir, car elles ont des vrilles
avec lefqu elles elles s'attachent à tout ce qui les en-
vironne. (Z>. /.)
SÉRICfl , f m. terme de relation y nom d'une grai-
ne que les Coptes d'Egypte mettent dans leurs mers ;
ils la pulvérilent , & en tirent de l'huile par exprel-
fion. On peut avoir cette huile toujours fraîche , &
on fait du marc de petits gâteaux applatis. Les Cop-
ies mangent leur pain trempé dans cette huile , avec
des oignons crus, & ils rompent leurs gâteaux en pe-
tits morceaux qu'ils trempent dans du iyrop de fucre.
Pocock, difript. d'Egypte, pag. iSj. CD. J.^
SERIE ou SUITE, f f en Algèbre, fe dit d'un ordre
ou d'une progreffion de quantité , qui croifTent , ou
décroiffent luivant quelque loi : lorfque la fuite ou
la ferle va toujours en approchant de plus en plus de
quelque quantité finie , & que par conféquent les
termes de cette ferle , ou les quantités dont elle efl
compofée , vont toujours en diminuant , on l'ap-
pelle une fuite convergente , & fi on la continue à l'm- ■
fini , elle devient enfin égale à cette quantité. F'oyei
Convergente , &c.
Ainfi ï, 4, ï, TT > TT, -b ^ ^f- forment me fuite qui
s'approche toujours de la quantité i , & cui lui de-
vient enfin égale , quand cette fuite efl continuée à
l'infini. Foyei Approximation , &c.
La théorie & l'ufage des fuites infinies , a été cul-
tivée de nos jours avec beaucoup de fuccès ; on croit
communément que l'invention en efl due à Nicolas
Mercator de Holftein , qui paroît néanmoins en
avoir pris la première idée de l'arithmétique des in-
finis de WaUis; on fait ufage dts fuites principale-
ment pour la quadrature des courbes , parce que
cette quadrature dépend fouvent de l'expreffion de
certaines quantités qui ne peuvent être repréfentées
par aucun nombre précis & déterminé ; tel ell le
rapport du diamètre d'un cercle à fa circonférence ,
& c'efi: un très-grand avantage de pouvoir exprimer
ces quantités par une fuite , laquelle , étant conti-
nuée à l'infini , exprime la valeur de la quantité re-
quife. Foyei Quadrature , &c.
Nature , origine & nfage des fuites infinies Quoique
l'arithmétique nous donne des expreffions tres-com-
plettes & très-intelligibles pour tous les nombres ra-
tionnels, elle efl néanmoins très défeftueufe , quant
aux nombres irrationnels , qui font en quantité infi-
niment plus grande que les rationnels ; il y a , par
exemple , une infinité de termes irrationnels , entre
I & 2 : or que l'on propofe de trouver un nombre
moy en proportionnel entre i & i , exprimé en ter-
mes rationnels , qui font les feuls que l'on conçoit
clairement , la racine de 1 ne préféntant certaine-
ment qu'une idée très-obfcure , il efl certain qu'on
pourra toujours approcher de plus en plus de la jufle
valeur de la quantité cherchée, mais fans jamais y
arriver; ainfi, pour le nombre moyen proportion-
nel entre i & 2 , ou pour la racine quarrce de 2 ,
fi l'on met d'abord i , il efl évident que l'on n'a pas
mis affez; que l'on y ajoute \- , on a mis trop : car
le quarré de i -}- ^ , efl plus grand que 2 ; fi de 1
+ f, l'on ôte J , on trouvera que l'on a retranché
trop , & fi l'on y remet -^, le tout fera trop grand :
ainii , fans jamais arriver à la jufle valeur de la quan-
s E R
94
titc cherchée , on en approchera cependant toujours
de phis en plus. Les nombres que l'on vient de trou-
ver ainli , & ceux que l'on peut trouver de la mÔme
ninnlcre h l'infini , ctant dilpolés dans leur ordre na-
turel , font ce que l'on appelle une/cric , ou une fuite
infinie : alnfi hjerie i -f ^ - ' + T? <^'^- contniuce à
l'infini , exprime la valeur de la racine quarrce de i;
quelquefois Içsjuites ne procèdent pas par des addi-
tions &c des fouftradions alternatives , mais par de
fimples additions ou par une infinité de foullraéhons ;
dans toutes ksjuites infinies dont tous les termes pris
cnfemble ne doivent être égaux qu'à une grandeur
finie , il eft vilible que leurs termes doivent aller
toujours en décroiffant ; il eft bon même , autant
qu'il eft poftible , qu'elles foient telles que l'on en
puilîe prendre feulement un certain nombre des pre-
miers termes , pour la grandeur cherchée , & né-
gliger tout le refte.
Mais ce ne font pas feulement les nombres irration-
nels que l'on peut exprimer en termes rationnels,par
des fuites infinies ;\e% nombres rationnels eux-mêmes,
lont fufceptiblcs d'une femblable expreffion ; i , par
exemple , eft égal h la fuite i , 7 , j , é-c ; mais il y
a cette différence , qu'au lieu que les nombres irra-
tionnels ne peuvent être exprimés en nombre ration-
nels que par ces fuites , les nombres rationnels n'ont
pas befoin de cette cxpreflion.
?^vmi [es fuites infinies , il y en a quelques-unes
dont les termes ne font qu'une fomme finie ; telle
eft la progreffion géométrique 7, i , i, &c. &C en
général toutes les progreftions géométriques décroif-
fantes : dans d'untr es fui tes , les termes font une fom-
me infinie ; telle eft la progreftion harmonique 7, |,
;, f, &c. royq Harmonique. Ce n'eft pas qu'il
y ait plus de termes dans la progreftion harmonique,
que dans la géométrique , quoique cette dernière
n'ait point de terme qui ne foitdans la première , &
qu'il lui en manque plufieurs que cette première con-
tient ; une pareille différence rendroit feulement les
deux fommes infinies , inégales ; & celle de la pro-
greftion harmonique , feroit la plus grande : la raifon
en eft plus profonde ; de la divifibilité de l'étendue à
l'infini , il fuit que toute quantité finie , par exem-
ple un pié , eft compofée pourainft dire , de fini &
d'infini : de fini, entant que c'eft un pic; d'infini, en-
tant qu'il contient une infinité de parties , dans lel-
quelles il peut être divifé : fi ces parties infinies font
conçues comme féparées l'une de l'autre , elles for-
meront xinefuite infinie , & néanmoins leur fomme
ne fera qu'un pié : or c'eft ce qui arrive dans h fuite
géométrique î , i , i, Ô-c.décroiflante : car il eft évi-
dent que fi vous prenez d'abord 7 pié , enfuite | ou
la moitié de ce qui refte , c'eft-à-dire \ de pié ; & puis
l , ou la moitié du refte , c'eft-à-dire , j de pié , vous
pouvez opérer fans fin , en prenant toujours de nou-
velles moitiés décroiffantes , qui , toutes enfemble
ne font qu'un pié. Quand on dit même que toutes
ces parties prifes enlemblefont un pié , il ne faut pas
prendre cette expreffion à la rigueur , car elles nefe-
roient un pié que dans la fuppofition que l'on eût
pris tous les termes de la fuite , & cela ne fe peut ,
puifque la fuite eft infinie; mais on peut prendre tant
de termes de h fuite qu'on veut , plus on en pren-
dra, plus on approchera de la valeur d'un pié , &
quoiqu'on n'ait jamais le pié exaftement , on pourra
en approcher auffi près qu'on voudra : ainfi cette
fuite n'a pas proprement un pié pour la fomme , car
une fuite infinie n'a point de fomme proprement dite,
puifque fa fomme varie félon qu'on en prend plus ou
moins de termes , & qu'on ne peut jamais les prendre
tous ; mais ce qu'on appelle h fomme d'une fuite , c'eft
la limite de la fomme de fcs différcns termes, c'cli-
à-dire une quantité dont on approche auffi près qu'on
veut , en prenant toujours dans la fuite un nombre
S E R
de termes de plus en plus grand. Nous croyons de-
voir faire cette remarque en paffant , pour fixer l'i-
dée nette du mot de fomme d'une Juite. Revenons à
préfent à notre fuite 1 , :^ , ^.
Dans cet exemple nous ne prenons pas feulement
les parties qui étoient dans le tout , diftinguées l'une
de l'autre , mais nous prenons tout ce qui y étoit ;
c'eft pourquoi il arrive que leur fomme redonne pré-
cifémentle toutou la quantité entière ; mais fi nous
prenons la progreffion géométrique], ^, —, &c.
c'eft-à-dire , que nous prenions d'abord j de pié , &
que du refte l'on en prenne ^ , & que de ce dernier
refte l'on prenne encore ~j de pié , ô-c. il eft vrai
que nous ne prendrions que les parties qui font dif-
tinftes l'une de l'autre dans le pié ; mais nous ne pren-
drions pas toutes les parties qui y font contenues ,
puifque nous n'y prenons que tous les tiers, qui font
plus petits que les moitiés; par conféquent, tous ces
tiers qui décroiffent , quoiqu'en nombre infini , rlê
pourroient faire le tout ; & il eft même démontré
qu'ils ne feroient que la moitié d'un pié; pareille-
ment tous les quarts , qui décroiffent à l'infini , ne
donneroient qu'un tiers pour fomme totale, & tous
les centièmes ne feroientqu'un quatre-vingt dix-neu-
viemc ; ainfi , non-feulement la fomme des termes
d'une/«z« géométrique , dont les termes décroiffent
à rinfini , n'eft pas toujours une quantité finie; elle
peut même être plus petite qu'une quantité finie
quelconque : car nous venons de voir comment on
peut former une fuite de quantités qui ne foient éga-
les qu'à 7 , y , ■!^ , & on peut de même en former
qui ne foient égales qu'à f > i ? ^^- r?» ir^ , —'7^ .
&c. &C ainfi à l'infini.
Si une fuite infinie décroîffante exprime des par*
tles qui ne puifl'ent pas fublifter dans un tout fépa-
rément les unes des autres , mais qui foient telles
que pour exprimer leur valeur , il foit néceffaire de
fuppofer la même quantité prlfe plufieurs fois dans
le même tout; alors la fomme de ces parties fera plus
grande que le tout fuppofé, & même pourra être in-
finiment plus grande, c'eft-à-dire , que la fomme fe-
ra infinie , fi la même quantité eft prife une infinité
de fois. Ainfi dans la progrefllon harmonique {, }, ^^
&c. fi nous prenons 7 pié ou 6 pouces , enfuite j de
pié ou 4 pouces , il eft évident que nous ne pouvons
plus prendre ^ de pié ou trois pouces , fans prendre
I pouce au-deffus de ce qui refte dans le pié. Puis
donc que le tout eft déjà épuifé par la fomme des
trois premiers termes , l'on ne fauroit plus ajouter à
ces trois termes les termes iliivans , fans prendre
quelque chofe qui a déjà été pris ; & puifque ces
termes font Infinis en nombre , il eft très-poflîble que
la même quantité finie puiffe être répétée un nom-
bre infini de fois ; ce qui rendra infinie la fomme de
la fuite.
Nous ô\(ons pofflble ; car, quoique de deux fuites
infinies ^ l'une puiffe faire uneîomme finie, & l'autre
une fomme infinie , il peut fe trouver une fuite où les
termes finis ayant épuifé le tout, les termes fuivans,
quoiqu'infinis en nombre, ne feront qu'une fomme
finie.
De plus il eft néceffaire de faire deux remarques
fur les fériés en général. 1°. 11 y a quelques fuites
dans lesquelles , après un certain nombre de termes,
tous les autres termes , quoiqu'infinis en nombre,
deviennent chacun égaux à zéro. Il eft. évident que
la fomme de ces fuites eft une fomme finie , & qu'on
peut aifément la trouver. Soit , par exemple , la fuite
a-\- m a '^ •\-m. m— i a 3 -J-ot. w— x.m— t a'' -}-
m.m— \. m— 2. m — 3.^ ' , &c. il eft évident que 11
on fait , par exemple , m = 3 , cette fuite fe termine-
ra au 4^. terme. Car tous les autres devant être mul-
tipliés par m — 3 qui eft =0 à caufe de /n = 3 , ces
termes feront néceffairement chacun égaux à zéro ,
s E R
ce^fultd! n'ayant qu'une apparence d*infinité.
i'^. Que la mcme grandeur peut être exprimée
par dlflorentes fuites , qu'elle peut l'être par une fui-
te dont la lomme eft déterminable , & par une autre,
dont on ne l'auroit trouver la ibmme.
La çréomctrie n'efl pas fujette , dans l'exprefflon
des grandeurs, à autant de difficultés que l'arithméti-
que : on y exprime exaftement en lignes les nom-
bres irrationnelsj&l'on n'a point befoin d'y recourir
auxjuites infinies, Ainli l'on lait que la diagonale
d'un quarré , dont le côté eft i , exprime la racine
quarrée de 2. Mais en quelques autres cas, la géo-
métrie elle-même n'eft pas exempte de ces inconvé-
niens, parce qu'il y a quelques lignes droites que l'on
ne peut exprimer autrement que par nnç fuite infinie
de lignes plus petites , dont la lomme ne peut être
déterminée: de cette efpece i'onî les lignes droites
égales à des courbes non redihables ; en cherchant,
par exemple , une ligne droite égale à la circonféren-
ce d'un cercle , on trouve que le diamètre étant iiip-
polé I , la ligne cherchée fera ^ — y + y — 7 + % '^'■•
^oje{ Rectification.
Quant à l'invention d\ine fuite infinie , qui expri-
me des quantités cherchées , Mcrcator , le premier
inventeur de cette méthode , fe lert pour cet effet de
la divifion. Mais M. Newton & M. Leibnitz ont porté
cette théorie plus loin ; le premier , en trouvant fes
fuites par l'extraftion des racines ; & le iecond , par
une zwtre fuite préfuppofée.
Pour trouver, par le moyen de la divifion, une fuite
qui fi^it l'exprelfîon d'une quantité cherchée. Suppo-
sons qu'on demande une fuite qui exprime le quotient
de ^ divifé par a-{-c , divHez le dividende par le divi-
leur, comme dans l'algèbre ordinaire , en continuant
la divifion, jul'qu'à ce que le quotient fafle voir l'or-
dre de la progrefiion , ou la loi fiùvant laquelle les
termes vont à l'infini ; obfervant toujours les règles
de la fouftraftion , de la multipUcation , de la divi-
fion , par rapport au changement des fignes. Quand
vous aurez pouflé cette opération jufqu'à un certain
point , vous trouverez que le quotient eft ~
-\- j^ , &c. ii l'infini. Ces quatre ou cinq ter-
mes étant ainfi trouvés , vous reconnoîtrez facile-
ment que le quotient confifte en une fuite infinie de
fraélions. Les numérateurs de ces fraftions font les
puiffances de c , dont les expofans font moindres
d'une unité que le nombre qui marque la place que
ces termes occupent , & les dénominateurs font les
puiffances de a , dont les expofans font égaux au nom-
bre qui marque la place de ces termes : par exemple,
dans le troifiemc terme , la puiffance de c eft du fé-
cond degré dans le numérateur; & la puiffance de a
eft du troifieme degré dans le dénominateur.
Par conféquent 1°. fi />= i & ^ = i , en fubftituant
ces valeurs , nous aurons le quotient ci-defliis = i
— c + c^ — c' , &c. à l'infini : c'eft pourquoi -— = i
— c-}- c- — c\ &c. à l'infini.
1". Donc fi les termes qui fojit au quotient dé-
croiffent continuellement, la fuite donnera un quo-
tient auffi près du vrai qu'il eft poffible. Par exemple,
fi * = I , c = I , û = 2 , ces valeurs étant fubftituées
dans \r fuite générale , & la divifion étant faite com-
me dans l'exemple général ci-deffus, on trouvera
T — T-^ =.2 ~ T + 7 ~ Tfi + rr — sV + rli > <^^- Sup-
polbns maintenant que \r férié ou la fuite s'arrête au
quafleme terme , la fomme de cette fuite fera au-
deffous de la véritable ; mais il ne s'en faudra pas -^.
Si elle s'arrête au fixieme terme , elle fera encore
en-deffous , mais moins que de ~ : c'eft pourquoi
plus on pouflera h férié ou h fuite , plus auflv on ap-
prochera de la véritable fomme , fans pourtant jamais
y arriver.
S E R ■ 95
De la même manière , on trouve oiie -=;.-!—
= 3 ~ y + r? ~ 5T + rij » 6'f. à l'infini.... i = IlJ
4 — 77 + 74 — TTé » *^'-- à l'infini.
4->- r
— 1
~TT + TTT ~ 6Î"T 5 ^'^' à l'infini. Ce qui donne une
loi confiante , iuivant laquelle toutes les fradions
dont le numérateur eft l'unité , peuvent être expri-
mées par des fuites infinies ; ces Juites étant toutes des
progrelfions géométriques , qui décroiffent en telle
manière que le numérateur eft toujours l'unité &
que le dénominateur du premier terme , qui eft auffi
l'expofant du rrflpport , eft moindre d'une unité que
le dénominateur de la fraétion que l'on a propofé de
réduire enjuite.
Si les termes du quotient croiffent continuelle-
ment, la /me s'éloigne d'autant plus du quotient j
qu'elle eft pouffée plus loin ; & elle ne peut jamais
devenir égale au quotient, à moins qu'on ne limite
ce quotient, & qu'on ne lui ajoute le dernier refte
avec fon propre figne. Par exemple , fuppofons
T = TTi > <^ri trouvera que le quotient = i _ 2, _|- 2.
— 8 -f- 1 6 — 64 + I 28 , 6^^. prenons le premier terme
I , il excède— ; de 7; deux termes, c'eft-à-direi — 2
feront plus petits de ] ; trois termes feront trop grands
de y; quatre termes feront trop petits que j de —
&c. Si l'on fuppol'e que \di férié ou h fui te fe termine
au terme — 8 ; alors on aura -~^ =: j — 1 -f 4 _ g
-h^;maisi -2 + 4-8=- 5 = -H; ainfi -i-
, mais I
i _ 3 .— 3'
Mais, dira-t-on, qu'exprime donc alors itne pa-
reille fuite ? car par la nature de l'opération , elle doit
être égale à la quantité ou fraftion propofée ; & ce-
pendant elle s'en éloigne continuellement. Un auteut-
nommé Guido Ubaldus^ dans fon traité de quadratura.
circuit & hyperbolce , a pouffé ce railonnement plus
loin , & en a tiré une conféquence fort finguliere.
Ayant pris la fuite {- = ,-i-^ , & ayant fait la divifion
il a trouvé au quotient i — i-j-i_i-|.i_i^ 6-^,
qui à l'infini ne peut jamais donner que i ou o ; fça-
voir I , fi on prend un nombre impair de termes ; 6c
o , fi on prend un nombre pair. D'où cet auteur a
conclu que la fraftion ^ pouvoit devenir i par une
certaine opération , & que o pouvoit être auffi égal à
7, & que par conféquent la création étoit poffible,
puifqu'avec moins on pouvoit faire plus.
L'erreur de cet auteur venoit de n'avoir pas remar-
qué que la fuite i — i -f i — i , é-c. & en général
I — c + c^ — c5 &c. n'exprimolt point exaftement la
valeur de la fraftion —~. Car fuppofons qu'on ait
pouffé le quotient de la divifion jufqu'à cinq termes;
comme la divifion ne fe fait jamais exactement , il y
a toujours un refte ; foit ce refte r,- & pour avoir le
quotient exatt , il faut , comme dans la divifion ordi-
naire , ajouter ce refte r divifé par le divifeur i -f c ,
à la partie déjà trouvée du quotient.
Ainfi fuppofons que hféne générale foit tefmlnéé
à — c', on aura -7-J7- = i — c -f- c^ —
I + c
I + c— cl + C^ + £» —ci
C* ^C*
= —-- — . Par confé-
- ■ - I -f- fc
quent la valeur exaftc de ^ = — — eft i — 1 -}- 1 — i
+ 7~- ; & cette valeur fe trouve toujours égale
à i , & non pas zéro à i . Voye^ dans les Mémoires
de Cacadém. de iyi6. un écrit de M. Varignon , où
cette difficulté eft éclaircie avec beaucoup de foin.
Pour s'inftruire à fond de la matière des fuites , on
peut confulter le traité de M. Jacques Bernoulli , in-
titulé Traciatus de feriehus infinitis , earumqtit fimma
finitâ ^ imprimé à I3afle en 1 714 , à la fuite de VArs
conjeclandi du même auteur ; le fepticme livre de
XAnalyfe démontrée du P. Reyneau ; l'ouvrage de M«
Newton , intitulé Analyfis per œquatinnes numéro ter--
minorum infinitas ; enfin le traité de M. Stirling , dt
fummatione ferierum , 6c celui de M. Moivre , qui a
c)6
s E R
pour titre Mifcdlanca analytica deferiebus & qiiadra-
turis. On joindra à cts ouvrages la lecture d'un grand
nombre de nicnioires liir cette matière , compofés par
MM. Eu er , BernouUi , &c. &c. imprimes dans les
volumes des académies de Pétersbourg 6c de Berlin.
Pour extraire les racines iS^wnc fuite infinie, voye^
Extraction dfs Racines.
Ritour des Jïrics ou des juins . Voyez l'article RE-
TOUR.
Dans la do61rine des fériés, on appelle/r*if?io/2 con-
tinue , une t'racHon de cette el'pece à l'infini
* ^.
/+ff
h-h&c.
M. Euler a donné , dans les Mémoires de l'académie de
Pétersboura , des recherches fur ces fortes de tradions.
Interpolation des fériés ou fuites. Elle conlifle
h. inférer dans une fuite de grandeurs qui fiiiventune
certaine loi , un ou plulieurs termes qui s"y confor-
ment autant qu'il efî poffible. Cette méthode efl à-
peu-près la même que celle de faire pafTer une courbe
du genre parabolique , partant des points qu'on vou-
dra. Par exemple , fi on a quatre points d'une courbe
afTez près les uns des autres , & qu'on veuille con-
noître à-peu-près les autres points intermédiaires ; on
prendra un axe à volonté , & on mènera des 4 points
donnés les ordonnées a^b^c ,d, qui ont pour abf-
cifTes < )fig, h- On fuppofera enfuite que l'ordonnée
de la courbe foit en général A -\- B x -\-C x- •{■ E x';
& on fera
J + B e -\-Ce^--}-E c> = a,
A->rBf+Cf-+Ep = h,
A + Bs^Cg^--\.Eg> = c,
A-\- Bh-\-C k' -\-Eh> = d.
ce qui fera connoître les quantités A , B ,C,D ; Se
par ce moyen on aura les ordonnées de la courbe
parabolique , pour une abfciffe quelconque -v. Or ces
ordonnées ne différeront pas beaucoup de celles
qu'on cherche, roye^ les Mémoires de l'académie de
Pétersbourg, tome II. page 180. (O)
SÉRIEUX , ad). ( Gram. ) terme relatif à l'habi-
tude du corps & au caraftere de l'efprit. L'homme
férieux eft grave dans fon maintien 6c dans fon dif-
cours; il imprime du refpeft; on fe compofé comme
lui , pour en approcher; ïejérieux &c la gravité con-
viennent afléz aux maglftrats. Le férieux s'oppofe au
frivole ; il n'y a point d'affaire ûférieufe qui puifle
fixer la légèreté de certains hommes. Il s'oppofe
auffià la plaifanterie : ce n'eft point en plaifantant que
je vous parle ; ce que je vous dis eu férieux.
SÉRIGNAN , ( Géog. mod. ) petite ville de Fran-
ce, dans le bas-Languedoc , au diocèfe de Beziers ;
c'efl un ficge particulier de l'amirauté. (Z). /.)
SERIN, CERISIN , CEDRIN, f m. ( Hijl nat.
Omiiholog. ) ferinus , oifeau dont on connoit deux
efpcces; l'une vient des îles Canaries fituées dans la
mer Atlantique, & l'autre fe trouve en Stirie : ce
dernier a le dos un peu roux , & le milieu de chaque
plume efl noir , comme dans la bergeronnette jau-
ne ; la tête du maie a une couleur jaune plus foncée
que celle de la femelle ; le croupion efl d'un beau
verd jaunâtre , & la poitrine a une couleur jaune
mêlée d'un peu de verd ; le ventre eft blanc ; les cô-
tés du corps ont des taches noires & oblongues ; la
queue cfl noire , à l'exception des bords extérieurs
de chaque plume qui font verds;les grandes plumes
des ailes ont les mêmes couleurs que celles de la
queue ; les plumes du fécond rang font blanchâtres
à l'extrémité , & les petites ont une couleur verdâ-
tre ; le bec cfl pointu & plus court & plus fort que
celui du tarin ; la pièce; fiipérieure déborde un peu
l'inférieure ; les pics font bruns , oi, les ongles ont
S E R
une couleurnoire. "Willughby. Omit. f'oye^OiSEAl?.
Leferin des Canaries auquel on a donné le nom
de Canari, varie ici beaucoup pour la couleur, com-
me tous les oifeaux domefliques ; il efl trop connu
pour en donner une defcription. On peut voir dans
le traité de M. Hervieux fur les ferins de Canarie , la
façon de les élever , de les multiplier, & de les gué-
rir des maladies auxquelles ils font fujets.
Serin , le, ( Géog. mod. ) ou le Scrain , petite
rivière de France. Elle prend fa fource dans la Bour-
gogne , au diocèfe d'Autun, vers les confins du bail-
liage de Saulleu , & va fe rendre dans l'Yonne, en-
tre Auxerre & Joigny. ( Z). /. )
Serin , f. m. ( Tifferanderie. ) infîrument de bois
avec des efpeces de dents de fer , dont on fe fert en
quelques lieux pour féparer la filafî'e de chanvre ,
de la plus greffe chenevotte qui y reflé , après que
le chanvre a été broyé. Cet inflrument s'appelle en-
core écoujjoir^ 6c dans d'autres endroits , échanvroir,
{D. J.)
SERîNCER , V. n. ( Tifférandcrie. ) c'efl fe fervir
du ferin , pour féparer la chenevotte de la filaffe.
{D. J.)
SERINETTE , f. f. ( Lutherie. ) petit orgue de Bar-
barie, aujourd'hui enufage pour apprendre aux fe-
rins à chanter plufieurs airs ; elle fonne l'unifTon du
larigot de l'orgue, roye^ Orgue , Larigot & Fla-
geolet.
L'orgue de Barbarie , & par conféquent la ferinette
qui n'en diffère qu'en grandeur , eli compofée de
deux foufîlets , ou d'un foufflet double, d'un fom-^
mier ou lay e , où le vent des foufîlets efl conduit par
un tuyau ou porte-vent d'un clavier à quillottes ,
c'eft-à-dire , qui fait ouvrir les foupapes en foulant ,
& d'un cilyndre noté qui fait agir les touches. Le:
mouvement eft communiqué à cette machine par le
moyen d'une manivelle qui fait tourner une vifle
fans fin B D. La tige de cette vifle a une cheville ex-
centrique C , laquelle répond vis-à-vis des foufîlets,
& communique avec l'inférieur par le moyen d'une
bride de fer Cm, qui entoure par fon extrémité fu-
périeure la cheville C , & qui efl attachée par fon
extrémité inférieure M : au moyen d'une cheville à
la queue, entaillée en fourchette qui efl à la table
inférieure du foùfïlet de deflbus M , lorfque l'on
tourne la manivelle , à caule de l'excentricité de la
cheville C , à laquelle la bride qui communique au
foufîlet inférieur efl attachée; cette bride CMhaufTe
& baifTe à chaque tour de manivelle : ce qui fait de
même hauffer & baif'ier la table inférieure du fouf-
flet , qui afpire & chafTe par ce moyen l'air exté-
rieur dans la laye , d'oii il pafTe aux tuyaux , lorf-
que les pilotes des touches ouvrent les foupapes.
L'extrémité D de la tige B D qui eft tournée en vifTe
fans fin engrené dans une roue dentée d , qui efl
appliquée aune des extrémités du cilyndre qui tour-
ne fur lui-même de la quantité d'une dent à chaque
tour de la manivelle AB ; enforte qu'il y a autant
de coups de fbufilets que de dents à la roue Z>, qui
peut en avoir cent.
Cet inflrument a ordinairement une 8". d'étendue;
ainfi il doit avoir i 3 tuyaux & 1 3 touches à fon cla-
vier qui efl compofé d'une barre de bois Z? £ , à la-
quelle les touches font attachés par-defTous , au
moyen d'un double crochet de fer fait en forme d'U,
lequel efl pafTé dans un trou de la touche , & dont
les pointes entrent dans la barre , enforte que les
touches qui font attachées par leur milieu puifîent fe
mouvoir librement. A l'extrémité des touches qui
regardent les tuyaux , efl un pilote a b attaché à la
touche par un petit morceau de peau de mouton qui
eft lié autour du pilote & collé fur la touche. A la
partie inférieure b du pilote efl une pointe de fil de
ter qui traverfe le fommier , & porte fur la foupape
qu'elle
s E R
Ou Vile ouvre en pouflant de haut-en-bas. Foye^ Sou-
pape, Sommier DE POSITIF, auquel celui-cireffeïn-
ble , avec cette leule dift'érence que la laye , voyci
Lave , eft ici en delfous ; au heu qu'au Ibmmier du
pofitif elle efl en - defîlis ; du reite les foupapes ,
leurs reflbrts & les pilotes l'ont dilpolees de mcme.
L'extrémité antérieure des touches a des pointes cccc
qui portent fur les notes des cilyndrcs; enforteque
lorfque l'on tourne le cily ndre, & que les notes dont
il eft entouré , le préfentent aux pointes des tou-
ches , elles font lever ces dernières , & par confé-
quent baiffer la pilote qui eft attachée à l'autre ex-
trémité de la touche , laquelle ouvre la foupape qui
laifl'e pafler le vent aux tuyaux. Voyei^ la deîcription
du cyhndre noté à Vanide Carillon.
Le foufflet double Mm eft comprimé en en-bas ,
afin de chaffer l'air qu'il contient dans la laye , lorf-
que le foufflet inférieur afpire par les deux refîbrts
de fil de fer élaftiques S S. Ce foufflet a auffi une
foupape T qui s'ouvre de dedans en-dehors : cette
foupape efl tenue fermée par le refîbrt de fil de fer
y , & elle ne s'ouvre que lorfque l'air contenu dans
les foufflets efl: condenfé jufqu'à un certain point ,
paffé lequel , fi elle ne s'ouvroit pas , le foufflet fe-
roit en danger de crever : ce qui ne manqueroitpas
d'arriver , lorfque l'on tourne rapidement la mani-
velle ; mais au moyen de cette foupape , cet accident
n'eit point à craindre.
Au refle il ne faut nulle fcience pour jouer de cet
înftrument; la feule attention qu'il faut avoir efl: de
tourner la manivelle d'un mouvement égal & pro-
portionné à celui des airs qui font notés fur le cyhn-
dre , lefquels s'exécutent aufli facilement 32,3,4
ou 5 parties qu'à une feule. Foyei Carillon & la
figure di la ferinette , PI. de Lutherie.
SERINGUE , ARBRE , ( Botan. exot. ) c'eft ainfi
que cet arbre de la Guiane eft nommé par les portu-
gais du Para , pao de xiringa , c'efl-à-dire , bois de
ferïngue. Les habitans de la province d'Efmeraldas ,
au nord-efl: de Quito , l'appellent hhévé , & les Maï-
nas le nomment caoutchoue du nom de la réfine fingu-
liere qu'on en tire. Foye^ Résine caoutchoue.
Cet arbre eft fort haut & très-droit ; il n'a qu'une
petite tête , & nulles autres branches dans fa lon-
gueur ; les plus gros ont environ deux pies de dia-
mètre ; on ne voit aucune de fes racines hors de
terre. Sa feuille efl: affez femblable à celle du manioc;
elle eft compofée de plufieurs feuilles fur une même
queue ; les plus grandes qui font au centre , ont en-
viron trois pouces de long fur trois quarts de pouce
de large ; elles font d'un verd clair en-defliis , & d'un
Verdplus pâle en-deflTous. Son fruit eft triangulaire ,
à-peu-près femblable à celui du palma Chrifti , mais
beaucoup plus gros ; il renferme trois femences ob-
longues, brunes, dans chacune defquelles on trouve
Une amande.
Ces amandes étant pilées & bouillies dans l'eau ,
donnent une huile épaifib en forme de graiflTe , de
laquelle les Indiens fe fervent au lieu de beurre pour
Î (réparer leurs allmens. Le bois de l'arbre eft léger ^L
iant ; & comme il vient très-droit & très-haut , il
peut fervir utilement à faire de petits mâts d'une pie-
ce , ou des mèches pour les gros mâts.
Pour en tirer le fuc laiteux ou la refine , 'on lave
le pié de l'arbre , & on y fait enfuite plufieurs en-
tailles qui doivent pénétrer toute l'écorce : ces en-
tailles fc placent les unes au-deflus des autres , &
au-deflx)usde la plus baflfe on maftique une feuille de
balifier ou quelqu'autre feniblai)le, quifert de gout-
tière pour conduire le fuc laiteux dans un vale placé
pour le recevoir.
Pour employer ce fuc , on en enduit des moules
préparés pour cela , & auflîtôt que cet enduit y eft
appliqué , on l'cxpofe à la fumée cpaiffe d'un feu
qu'on allume à cet effet , prenant garde fiirtout qùè
la fiainme ife l'atteigne : ce qui feroit bouiilcnncr ia
réfine , & foruTeroit des petits trous dans le vafe
qu'on en veut faire. Dès qu'on voit que l'enduit à
pris une couleur jaune , & que le doigt ne s'y attache
plus , on retire la pièce , & on y met une féconde
couche qu'on traite de même , tk on en ajoute juf-
qu'à ce qu'elle ait l'épaiifeur qu'on veut lui donner;
alors , avant de la delfécher entièrement , où. y im-
prime avec des nîoules de bois taillés pour cela, tous
les crnemens qu'on juge à-propos d'y ajouter.
Si le vaifteau qu'on veut faire de cette réfine , doit
avoir une embouchure étroite , comme , par exem-
ple, une bouteille , on fait le moule avec de la terré
grafi'e ; & quand la réfine eft defféchée, on le caffé
en prefTant la bouteille , & on y introduit de i'eau
pour délayer les morceaux du moule , & les faire
fortir par les goulots.
En étendant cette réfine fi.ir de la toile, on la peut
fubftituer aux toiles goudronnées , defquelles on fait
des prelarts , des manches de pompe , des habits dé
plongeur , des outres , des facs pour renfermer du
bifcuit en voyage; mais tout ce qu'on voudra faire
de cette réline , doit être fait fur le lieu même où font
les arbres , parce que le fuc laiteux fe defléche &
s'épaifîit très-promptement , lorfqu'il eft tiré de l'ar-
bre : ce fera un objet de commerce exclufif pour là
colonie qui pofTede cette efpece de petit tréfor.
Les ouvrages faits avec le catoutchouefontflijetsj'
lorfqu'ils font récens , à s'attacher les uns aux autres,,
furtout fi le foleil donne defTus; mais en frottant l'en-
duit frais avec du bianc d'Efpagne, delà cendre, ou
même de la pouffiere , on prévient cette adhérence
incomm.ode , & on fait par le même moyen, pren-
dre fur le champ à l'ouvrage une couleur brune , ciu'il
ne pourroit acquérir qu'à la longue.
Tous les fucs laiteux tirés de quelques autres ar-
bres du Para peuvent fervir à-j)eu-près au même ufa-
ge que celui de l'arbre ferïngue ; mais le fuc de c6
dernier furpaffe tellement les autres , tant par fon
élafticité que par la propriété de s'attacher plus inti-
mement aux corps fur lefquels on l'applique, qu'on
lui a donné la préférence , & que les Portugais n'en
emploient point d'autre.
On parvient à difToudre la réfine caoutchoue , en
la mêlant avec l'huile de noix , & la laifTant long-
tems en digeftion à un feu de fable fort doux, ffi/i.
de facad. des Scienc. année lyâi. (Z). /.)
Seringue, f. f. (^Ckirurg.) cylindre creux avec un
pifton garni à fa tête de filan'e , de feutre ou de caftor^
blenuni&graiffé, pour en remplir exaftementlacapa'S
cité, glifTer facilement dedans, & poufler quelque li-
queur dans une cavité , ou en pomper les matières pu-
rulentes.Il y a àss/eringues qui contiennent une chopi-
ne ou feize onces de liquide ; d'autres pour injefter
les plaies , les ulcères , les fiftulcs , l'uréihre , la vef-
fie , le vagin , la poitrine ; par conféqucnt il faut en
avoir de différentes grandeurs. Celles qui fervent à
faire des injeftions dans la vefîie , dans la poitrine &
dans les grands abfcès, font ordinairement longues de
quatre pouces & demi , fur un pouce neuf lignes de
diamètre ,fig. 4. PL XXXI. On en a de plus petites
par degrés , à proportion des cavités qu'on veut in-
jefter. La plupart de ces fcrlngues font d'étain ; leurs
fiphons ou canules qui s'adaptent à l'extrémité anté-
rieure du cylindre , font plus ou moins longs , gros
ou menus , droits ou recourbés , fiiivant le beloin.
Quelques-unes ont le bout fait en poire , percé de
petits trous , afin que la liqueur en forte comme d'un
arrofoir ; tel eft celui qu'on emploie pour le vagin ^
Jig. 6 & y. Les -^(tùXdS fcrlngues n'ont pour iiphon qu'-
un petit tuyan pyramidal-, fondé ou monté à vis au
milieu de l'extrémité antérieure du cylindre ,fig.S&
g. Le pillon de toutes ks fcringucs,çxce\^îc de celles
pS s E R
;^ lavement , eft terminé poftcrieurement par un an-
neau chuis lequel on le pâlie pour appuyer deh is , &
faire Ibrtir la liqueur, pendant qu'on tient 1'. corps
de hjerin^uc avec les autres doigts. On tait aulli des
ferinzucs de cuivre , allez grandes pour injcaer les
vaifleaux dans les préparations anatomiques.Les ocu-
lifles fe fervent d'une petite feringuc d'argent , ap-
pellcey^W/î^«<; oculaire , pour injeék-r les points lacry-
maux. f'oyiiJig. lo.Pl. XXIII. Elle eft longue d'en-
viron deux po^uces. Son diamètre a quatre lignes ;
fon liphon long de dix lignes & demie s'adapte lur la
l'innguc par le moyen d'une vis qui s'ajullc dans un
ccrou. L'extrémité antérieure de ce liphon donne
naillance i> iin petit tuyau d'environ trois lignes de
longueur, qui elHi fin, qu'à peine apperçoit-onl'ou-
vermre qui eft au bout. Enfin l'on a inventé une ef-
pece de fcringue pour injeder l'oreille par la trompe
d'Euflache. Son corps elt afîez lemblable à celui des
autres petites Jeringms ; mais Ion liphon cfl un canal
de cuir long de trois pies & demi , lur trois lignes de
diamètre. A ce canal terminé en vis on ajoute encore
un liphon auxiliaire long de lix grands pouces , lur
trois ou quatre lignes de diamètre , fait d'étain , fort
courbé & recourbé à contre fens vers fon extrémité ,
qui eu terminée par un mamelon alongé , applani
par-deflus , &C dont la figure imite en quelque ma-
nière celle d'un pigeon. Au bout de ce mamelon eu.
un bouton haut de'deux lignes , percé fur fon fom-
met d'un petit trou. C'eft ce bouton qui doit s'adap-
ter à l'entrée de la trompe d'Euftache dans le fond de
la bouche , derrière la clolfon du nez. Deux chofcs
particulières à cette feringuc , c'ell i °. une foupape de
cuivre garnie de cuir , appliquée fur la tête du cy-
lindre , couverte d'un petit chapiteau d'étain fur le-
quel s'ajulle le fiphon par le moyen d'un écrou d'é-
tain qui y elt lié, & qui reçoit une vis percée qui fe
trouve fur lefommetdu chapiteau. Cette foupape en
s'élevant permet à la liqueur de la feringuc de palTer
dans le canal de cuir , 5c en refufe le retour en s'a-
bailVanL i°. C'ell une pompe d'étain corapofée d'un
tuyau long d'environ fix pouces , fur trois lignes de
diamètre , dont l'extrémité poftérieure eftévafée en
mamelon , montée fur un petit relérvoir de neuf li-
gnes de large vers fa bafe, & fur une cuLilTe quarrée
large de huit lignes , haute de quatre. Toutes ces pie-
ces fe montent'à vis. La culafl'e ell percée d'un trou
large de quatre lignes , bouchée par une cheville de
bois aufn percée d'un trou , dont le diamètre eft d'en-
viron une ligne & demie. Sur le fommet de cette
cheville eft attachée une foupape de cuivre garnie de
cuir , qui permet à la liqueur qui entre par ia culaffe
& le trou de la cheville , de palTer dans le tuyau de
la pompe & dans hjéringue , & qui en empêche le
retour. La pompe fe termine antérieurement par une
vis percée qui s'engage dans l'écrou d'un petit canal
pyramidal fitué horifontalemcnt à côté de la tête du
corps de la feringuc. C'cft par cette pompe pofée
dans un grand pot d'eau tiède qu'on charge la frin-
gue. En la faifant jouer l'eau entre par ce tuyau dans
le, cylindre , parcourt toute la machine , s'infinue
dans la trompe d'Euftache , & fort par le nez & par
la bouche. Foye:^ le traité des inf rumens de Chirurgie
par M. Garangeot , féconde édition , où il eft marqué
que le fieur duyot, maître des poftes de Verfailics ,
a inventé cette fringue pour ion utilité particulière ,
& a été entièrement guéri d'une furdité de cinq ans ,
par le moyen de plufieurs injeftions d'eau chaude
qu'il fit avec cette machine.
Le mot de fringue vient du grec avftv^ , fyrinx ,
fiflula , flûte , ou tout corps cylindrique creux.
On peut aiifti fe fervir d\\ne J'eiingue avec des fi-
phons particuliers pour lup er les plaies lans lé lervir
de la bouche, f^oyei Succion.
Dans quelques pays étrangers , & fur-tout en
S E R
Hollande , au-lieu àeferingue on fe fert d'une veflîe
préparée, comme on voit , fg. n. PL VII. Le dé-
faut oii on peut fe trouver de l'inllrument convena-
ble à faire des injeûions dans une partie , peut être
réparé par l'ufage de la velTie. On noue d'abord au-
deftlis de la canule en <z ; on la remplit de la Hqueur ;
on la noue eniuite en h ; on ôte le lien a ; &c par la
prefTion des mains , on fait fortir la hqueur parle tu-
be. Hippocrate a décrit cette manière d'injeâer.
Nos fringues lont d'une invention moderne. (F)
SERIO , LE , (Géog. rnod.) rivière d'Italie ; elle
])rcnd fa fource dans le Bergamafc , aux confins de la
Valteline , Se fe jette dans l'Ada , un peu au-defTus
de Picighitone. (Z). /.)
SERlPHIUM,f. m. {Hi/Î. nat. Bot.) genre de
plante à fleurs monopétales , qui ne font à propre-
ment parler que des demi-fleurons réunis qui forment
deux têtes alongées , & compofées d'écallles inéga-
les ; ces têtes font placées le long des branches, &
renferment des lemences nues & adhérentes à la cou-
che. Poncedcrœ diJJ'ert. Voye^ PLANTE.
SEIUPHUS, ( Géog. anc. ) Vep?.? , île de l'Archi-
pel , & l'une des Cyclades. Elle eft fort connue des
anciens. Tacite , annal, lib. IK. cap. xxj. la nomme
faxum Seriphium. Elle n'étolt pourtant pas delerte;
car Hérodote dit que les Sériphiens & les Syhmiens
furent prefque les feuls des infulaires qui prirent le
parti des Grecs contre Xercès. Ovide , Metamorph. l.
y.v. 241 . a fait mention de cette île en ces termes :
Inde cavâ circundata nube Seriphon
Dcferit à dextrd Cythico , Gyaroquc relicîis.
Ses montagnes font fi rudes & fi efcarpées , que
les poètes ont feint que Perlée par le fecours de la
tête de Médufe, avoit changé en pierres jufqu'aux
habitans du pays. Le nom de féripke {is,nif,e pierreufe ^
& de - là vient que cette île eft appellée faxum
Seriphium.
Les Romains regardoient Sériphos comme un lieu
propre à faire mourir de chagrin les malheureux & les
fcélérats mêmes. Augufte y relégua l'orateur Caiïius
Severus , que dix-fept ans d'exil en Crète n'avoient
pu corriger de fes médilances , &C qui vieillit dans
cette île : infaxo Seriphio confnuit , dit Tacite. "Vaf-
tilia femme de Labéon , convaincue d'adultère , y
fut aufîi reléguée ; & Stratonicus trouvoit le féjour
de cette îlefiinfupportable , qu'il demanda un jour à
fon hôte quel étoit le crime que l'on punilToit d'exil
chez eux; c'eft la mauvaife foi , dit l'hôte. Hé que
ne fais-tu donc quelque fourberie infigne , répliqua
Stratonicus , pour te tirer de ce miférable lieu.
Pline , Elien & Théophrafte aflhrent que les gre-
nouilles étoient muettes dans Sériphos , & qu'elles
recouvroient leur voix fi on les tranfportoit ailleurs.
Théophrafte rapporte la caule de ce fiience à la froi-
deur de l'eau du lieu. Il faut que la race de ces gre-
nouilles muettes fe folt perdue , dit plalfamment M.
de Tournefort , car le plus grand plailir que nous
eûmes dans cette île, ajoute t-il, fut d'entendre crier
les grenouilles dans les marais au-tour du port. Her-
molaus Barbarus a rétabli l'endroit de Phne où ce
fait eft rapporté; il prétend que dans les anciens
exemplaires on llfoit des cigales pour des grenouilles.
C'eft dans Sériphos que Polydcfte a régné. Le nom
moderne de cette île eft Serpho. Voye\ S E R p H O.
SEPJQUE , LA , ( Geog. anc. ) Sema ou Serum-
regio , contrée de l'Afie , fameufe chez les anciens ,
& qu'ils n'ont point connue. Pomponius Mêla lui-
même , l. 1. c. ij. la place au miheu de l'orient, au-
lieu de la mettre à l'extrémité.
Ptolomée , liv. FI. c. xvj. eft celui des anciens
géographes qui en a le mieux parlé. Il la borne au
nord ôc à l'orient par des terres inconnues ; au midi
s E R
par une partie de l'Inde, au-delà du Gange , &: à l'oc-
cident par la Scythle , au-delà de l'Imaiis ; ce qui
répond à-peu-près à la partie ieptentrionale de la
Chine , ou au Cathay ; car il eft vraiffemblable ,
par la carte chinoiie , iaite en caracleres chinois , que
la province de Quantong qui fournit la foie , & qui
cû dans la partie feptentrionale de l'enipire, cft pro-
prement la Sériquc des anciens.
Il efl: vrai que Ptolomée diftingue la Sérlçue du
pays des Sines, qui doit être la Chine d'aujour-
d'hui ; mais il eft fort poffible que du tems de Pto-
lomée , on ne donnât le nom de pays des Sines qu'à
la partie méridionale de la Chine ; & en effet , il met
au 3 5 degré de latitude les limites de fa Sérique & de
fon pays des Sines qui eft plus méridional ; & c'eft
à ce même degré ,315 minutes près , que font par
les obfervations modernes , les llmiles de la province
de Quantong & de celle de Nankin , qui làns diffi-
culté étolt enfermée dans le pays des Sines.
II efl bon de remarquer que Ptolomée nous avertit
lui-même , que c'efl: vers le 36 degré de latitude , ou
vers le parallèle de Rodes , ciue l'on avolt de fon tems
le plus d'obfervatlons. Il elr ailé d'en voir la ralfoa
par les navigations qui fe faifolent alors , & elle avolt
lieu pour les navigations mêmes qu'on entreprenoit
dans les m.ers d'orient , plus fréquentées vers ce mê-
me parallèle , à caufe des marchandlfes qu'on y allolt
chercher. On doit donc fe fier à Ptolomée fur la
poiitlon des confins de la Sérique & du pays des Si-
nes , & par conféquent rendre la Sérique à la Chine
feptentrionale.
Cependant toutes les cartes mettent la Sérique
dans la Scythie ; mais il y a grande apparence que
c'efl une faute , Ptolomée ne l'y met pas ; d'ailleurs
la Sérique doit produire de la foie , & il n'en vient
point aujourd'hui dans la Scythie des anciens , qui efl
notre Tartarie.
Il efl: vrai que quand Ptolomée efl hors du 3 5 ou
36 degré , & dans le pays des Snies , on ne trouve
aucune exaftlîude dans ià géographie; apparemment
parce que les navigateurs ne connoifloient encore de
fon tems que les lieux où fe vendolt la foie. Il place
la capitale des Sines au 3 degré de latitude méridio-
nale ; mais par les obfervatlons modernes il n'y a
aucune partie de la Chine qui folt plus proche de
l'équateur que de 18 degrés. Il réfulte donc que Pto-
lomée a mieux connu la Chine feptentrionale que la
méridionale , laquelle il a étendue excefhvement au-
delà de fes bornes. (Z>. /. )
SERIR-ALDHEHEB , {céog. mod.) c'efl-à-dlre
le tronc d'or ; nom perfandu pays qui s'étend entre le
Pont-Euxin & la mer Cafplenne , dans lequel pays
efl fîtuée la ville de Derbend. On a nommé cette
contrée le Trône d'or , parce que Noufchirvan , roi
de Perfe , accorda au gouverneur qu'il établit fur
cette frontière le privilège de s'alfeoir fur un trône
d'or , en conféquence de l'importance du pofle qu'il
lulconfioit. (Z>. /. )
SERIR-EL-LAN , ( Géog. mod. ) ville de Perfe.
Long. 6j. i6. lat. 43. là.
SERKASS , ( Géog. mod. ) ville de Perfe , que les
géographes du pays placent à SS. j S. de longitude ^
fous les 3 2. So.de latitude.
SERKE , ( Géog. mod. ) ville d'Ethiopie , au mi-
lieu des montagnes dans un beau vallon , au pié du-
quel coule un ruiffeau qui fépare TEthiopie du royau-
me de Sennaj". (£)./,)
SERMANRAI , ( Géog. mod. ) ville de l'Irac ara-
bique , qui efl rAffyrie ou la Chaldée. Les tables ara-
biques la placent fur la rive orientale du Tigre, 372.
3 0. Je longitude , &; à 34. de latitude feptentrionale
dans le quatrième climat.
^ SERMEGHON , {Géog. w^i.) ville de Perfe. Les
géographes du pays la mettent à (i*/. 3 7. de longitude ,
Tome XV.
S E R
99
f fous les 37. 32. de latitude. (/?. /.)
SERMENT, JUlŒMEN7',(5>/;o/7.) Le ferment
fe fait proprement pour confirmer la fincérite d'une
promelle ; le jurement pour confirmer la vérité d'un
témoignage.
Le mot deyèrwmf efl plus d'ufage pour exprimer
l'aûion de jurer en public , îk d'une manière folern-
nelle. Celui dey^rewi/z; exprime quelquefois de l'em-
portement entre particuliers, ha ferment du mince ne
l'engage point contre les lois ni contre les Intérêts de
fon état. Les ïrc<:\wQn^ juremens ne rendent pas le
menteur plus digne d'être cru.
Enfin le ii-iot Jcrmsnt cil d'un ufage beaucoup plus
étendu que celui' de /«WAVTzf , car il fe prend au
figuré pour toutes fortes de protcflations qu'on fait
dans le commerce du monde. Balfac dit en ce fens ,
que Jupiter rit également des jcrmens des amans &
des rois. {D. /.)
Serment , Vœu , ( Religion , Morale. ) ce ne font
point deux termes fynonymes , & la différence qui fe
trouve entre ses deux ades reh2leux , mérite d'être
expofée.
Tout ferment, proprement ainfi nommé, fe rap-
porte principalement 6c dlreftement à quelque hom-
me auquel on le fait. C'efl à l'homme qu'on s'engage
par-là: on prend feulement Dieu à témoin de ce à
quoi on s'engage , & l'on fe fbumet aux effets de fa
vengeance , fi l'on vient à violer la promeffe qu'on a
faite , fuppofé que l'engagement par lui-même n'ait
rien que le rendit illicite ou nul , s'il eût été contraclé
fans l'interpoiltlon afferment.
Mais le vœu efl un engagement oii l'on entre direc-
tement envers Dieu , & un eng^-gement volontaire,
par lequel on s'impofe à fol-même de fon pur mou-
vement, la nécelllté de faire certaines chofes , aux-
quelles fans cela on n'auroit pas été tenu , au moins
préclfément , &; déterminément ; car fi l'on y étolt
déjà Indifpenfablement obligé , il n'efl: pas belbin de
s'y engager : le vœu ne faït alors que rendre lobliga-
tlon plus forte, 6c la violation du devoir plus crimi-
nelle , comme le manque de fol , accompagné de par-
jure , en devient plus odieux , & plus digne de puni-
tion, même de la part des hommes.
Comme leyèr;7ze/2f efl un lien acceflblre qui fup-
pofé toujours la vaUdhé de l'engagement auquel on
l'ajoute, pour rendre les hommes envers qui l'on s'en-
gage plus certains de notre bonne-foi; dès-là qu'il ne s'y
trouve aucun vice qui rende cet engagement nul ou
illicite , cela fuffir pour être allure que Dieu veut bien
être prisa témoin de l'accompliffement delà promefie,
parce qu'on fait certainement que l'obligation de te-
nir fa parole , efl fondée fur une des maximes évi-
dentes de la loi naturelle , dont il efl l'auteur.
Mais quand il s'agit d'un vœu , par lequel on s'en-
gage direclement envers Dieu à certaines chofes ,
auxquelles on n'éîoit point obligé d'ailleurs , la nature
de ces chofes n'ayant rien par elle-même qui nous
rende certains qu'il veut bien accepter l'engagement;
il faut , ou qu'il nous donne à connoitre la volonté
par quelque voie extraordinaire , ou que l'on ait là-
defifus des préfomptions très - raifonnables , fondées
fur ce qui convient aux perfeftlons de cet être fou-
verain. On ne pciu s'imaginer, fans lui faire outrage,
qu'il fe prête à nos defirs , toutes les fols qu'il nous
prendra envie de contrarier avec lui , 6c de gêner
inutilement notre hberté : ce feroit iuppofer qu'il
retire quelqu'avantage de cesenpagemcns volontai-
res , qui doivent être toujours des devoirs Indifoen-
fables.
Le do£leur Cumbcrland prétend qu'on fe forma
une nouvelle obligation après le fermât dans les
cn(!;agemcns qvi'on prend ; m;fis cette nouvelle obli-
gation n'empêche i)ns que la validité du ferrent n'ait
une liaifoa nécellaire avec la validité de l'engage-»
N i) ^^'
B/BLIOTHECA
loo s E R
ment, pour la confirmation duquel on le prCte. La
première 6c la principale railbn , pourquoi celui qui
manque à la parole donnée avec ferment^ mérite d'ê-
tre puni , c'eil parce qu'il a violé les engagemens ; le
parjure le rend leulemont plus coupable, & digne
d'une plusrigoureule punition.Quoiqu il pèche alors,
&;,contre cette loi naturelle qui ordonne de tenir ce
que l'on a promis, 6c contre celle qui détend d'invo-
quer le nom de Dieu témérairement, cela ne change
pomt la nature des obligations qui naillent de là , en
tant que jointes eniemble, de telle manière que la
violation de ce qui le rapporte à Dieu , luppofe ici
néceflairement une intradion de l'autre qui regarde
les hommes , auxquels on s'engage en prenant Dieu
à témoin. On ne le prend à témoin , que pour con-
firmer l'engagement oii l'on entre envers ceux à qui
l'on jure; 6c fi l'on a lieu de croire qu'il veut bienfe
rendre garant de l'engagement 6c vengeur de fon in-
fraaion , c'cit uniquenient , parce que l'engagement
n'a rien en lui-même qui le rende ou illicite , ou in-
valide. Truite des lois naturelles. ( D. J.)
Serment , (. m. {Littîrat.) atteftation rellgieufe
delà vérité , de quelque affirmation , engagement,
promefie , é-c. Mais nous ne voulons pas ici confidé-
rer le ferment en théologien , en jurifconfulte , ni en
moralille ; nous en voulons parler en limple littéra-
teur , 6c d'une façon très-concife. On trouvera dans
les mém. des infc. des détails étendus fur le même fu-
jet, & dans le même plan, car cette matière envi-
fagée de cette manière , préfente quantité de chofes
agréables , curieufes 6c folides ; c'eil l'hiftoire de
tous les peuples.
L'ufage des fermcns fut ignoré des premiers hom-
mes. La bonne-foi regnoit parmi eux , & ils étoient
fidèles à exécuter leurs engagemens. Ils vivoient en-
femble fans foupçon , fans défiance. Ils fe croyoient
réciproquement fur leur parole, & ne favoient ce
rue c'étoit , ni que de faire desfermens , ni de les vio-
ler. Dans ces premiers jours du monde naiflant , dit
Juvenal , les Grecs n'étoient pas toujours prêts à
jurer , & fi nous en croyons M. Defpréaux.
Le Normand même alors ignorait le parjure.
Mais fitôt que l'intérêt perfonnel eut divifé les hom-
mes , ils employèrent pour fe tromper la fraude &
l'artifice. Ils fe virent donc réduits à la trifte nécefTité
de fe précaiitionncr les uns contre les autres. Les
promelles, les proteftations étoient des liens trop
foibles ; on tâcha de leur donner de la force en les
marquant du fceau de la religion , & l'on crut que
ceux qui ne craignoient pas d'être infidèles, crain-
droient peut-être d'être impies. La difcorde , fille de
la nuit, ditHefiode, enfanta les menfonges, les dif-
cours ambigus 6c captieux , 6c enfin \q ferment , fi fu-
nellc à tout mortel qui le viole. Obligés d'avoir re-
cours à une caution étrangère , les hommes crurent
la devoir chercher dans un être plus parfait. Enfuite
plongés dans l'idolâtrie , \c ferment prit autant défor-
mes différentes que la divinité.
Les Perfes attefioient le foleil pour vengeur de
l'infraftion de leurs promeflcs. Ce même ferment prit
faveur chez les Grecs & les R.omains : témoins ce
beau vers d'Homère.
Je vous attefte, foleil , votis qui voyez & qui en-
tendez tout.
Virgile a imité la même idée dans le iv. de l'E-
neide. « Soleil qui éclairez par vos rayons tout ce qui
T> fe paffe fur la terre. ...»
Sol qui terrarum jlummis opéra omnia luflras ,
& dans le xi), livre.
E^o nunc fol teflis , 6cc.
S E P^
Les Scythes ufoient aufii cVunfrment, qui avoît
je ne fai quoi de noble & de fier , 6c qui repondoit
adcz bien au caratlere un peu féroce de cette nation.
Ilï juroient par l'air & par le cimeterre, les deux prin-
cipales do leurs divinités ; l'air comme étant le prin-
cipe de la vie , & le cimeterre comme étant l'une des
caufes les plus ordinaires de la mort.
Enfin les Grecs 6c les Romains attefloient leurs
dieux , qui la plupart leur étoient communs , mais
fur-tout les deux divinités quipréfidoienîleplus par-
ticulièrement auxytrwt'/nque les autres, je veux dire
la déelfs Ficies 6c le dieu FiJius.
Les contrées , les villes , 6c les particuliers avoient
certainsyt'/-/«tV2,ç dont ils ufoient davantage , félon la
dilîérence de leur état , de leurs engagemens , de
leur goût , ou des difpofitions de leur cœur. Ainfi les
veftales juroient par la déeffe à qui elles étoient con-
facrées.
Les hommes qui avoient créé des dieux à leur
image, leur prêtèrent auffi les mêmes foiblefl'es, &
les crurent comme eux dans la néccllité de donner
par des fermens une garantie à leur parole. Tout le
monde fait que les dieux juroient par le llyx. Jupiter
établit des peines très-feveres contre quiconque des
dieux , oferoit violer \\n ferment fi refpcftable.
Nous avons vu que la bonne-foi eut befoin pour fe
foutenir d'emprunter le fecours des fermens. Il fallut
que Içsfirmens à leur tour, pour fe conferver dans
quelque force , enflent recours à certaines cérémo-
nies extérieures. Les hommes efclaves de leurs fens ,
voulurent qu'on les frappik par des images fenfibles ,
& à la honte de leur raifon : l'appareil fit fouvent
plus d'impreffion fur eux que le ferment même.
L'ufage le plus ancien , & peut-être le plus natu-
rel & le plus firnple , c'étoit de lever la main en fai-
{ànt ferment. Du-moins ce fut en cette forte que fe fit
le premier ferment dont nous ayons connoiffancc.
J'enlèverai la main devant le Seigneur le Dieu très-
haut , dit Abraham. Mais les hommes ne fe conten-
tant pas de cette grande fimplicité, ceux qui pour
leur état étoient diftingués des autres , voulurent
jufques dans cette cérémonie, faire paroître des fym?
boles & des inftrumens de leurs dignités , ou de leurs
profefnons. Ainfi les rois levèrent leur fceptre ea
haut, les généraux d'armées leurs lances ou leurs
pavois , les foldats leurs épées , dont quelquefois
auffi ils s'appliquoient la pointe fur la gorge , félon
le témoignage de Marceliin.
On crut encore devoir y faire entrer les chofes
facrées. On établit qu'on jureroit dans les temples ,
on fit plus , on obligea ceux qui juroient à toucher
les autels. Souvent auflî en jurant, on immoloit des
viftimes , on faifoit des libations , & l'on joignoit à
cela des formules convenables au refle de la pomi^e.
Quelauefois encore pour rendre cet appareil plus
terrible , ceux qui s'engageoient par des fermens ,
trempoient leurs mains dans le fang 6c dans les en-
trailles des victimes.
Mais outre ces cérémonies , qui étoient prefque
communes à toutes les nations , il y en avoit de par-
ticulières à chaque peuple, toutes différentes félon la
dilférence de leur religion , ou de leurs caraûeres.
On voit dans l'Ecriture qu'A.braham fait toucher fa
cuiffc par Eliezcr dont il exigeoit le ferment. Jacob
mourant , prelcrit la même formalité à Jofeph : fu.r
quoi l'hifiorien Jofephe dit fimplement, que cette
coutume étoit générale chez les Hébreux , qui félon
les rabbins juroient de la forte pour honorer la cir-
concifion.
Les Scytes accompagnoient leurs y^r/wf/z^ de pra-
tiques tout-à-fait conformes à leur génie ; lorf'que
nous voulons , dit l'un d'eux dans Lucien , nous ju-
rer folemneUement une amitié mutuelle, nous nous
piquons le bout du doigt, & nous en recevons le f^ng
s E R
dans une coupe ; chacim y trempe la pointe de fon
épée, & la portant à la bouche , luct- cette liqueur
pandre l'un pour l'autre jufqu'à la dernière goutte
de l'on lang.
Souvent les Grecs pour confirmer leurs fcrmcns ,
iettoient dans la mer une malî'c de fer ardente , & ils
s'obligeoient de garder leur parole juiqu'à ce que
cette maffe revînt d'elle-même fur l'eau ; c'eft ce que
pratiquèrent les Piiocéens , lorlque déiblés par des
acies continuels d'hofîilités, ils abandonnèrent leur
ville , &: s'engagèrent à n'y jamais retourner. Les
Romains fe contentèrent du plus fniiple ferment. Po-
lybe nous affure que de fon tems les fermt:ns ne pou-
voient donner de la confiance pour un grec , au lieu
qu'un romain en étoit pour ainfi dire enchaîné. Agc-
filas cependant penfoit en romain ; car voyant que
les Barbares ne le faifoient point fcrupule d'enfraln-
dre la religion des fer/mns : bon , bon , s'écria-t-il ,
ces infradeurs nous donnent des dieux pour alliés &
pour féconds.
Quelques-uns ne fe bornèrent pas à de funples cé-
rémonies convenables , ou ridicules , ils en inventè-
rent de folles & de barbares. Il y avoit un pays dans
la Sicile , où l'on étoit obligé d'écrire (on Jir/aent fur
de l'écorce , & de le jetter dans l'eau ; s'il iurnageoit,
il paffoit pour vrai ; s'il alloit à fond , on le réputoit
faux , & le prétendu parjure étoit brûlé. Le fcho-
lialle de Sophocle nous affure que dans piufieurs en-
droits de la Grèce , on obligeoit ceux qui juroient de
tenir du feu avec la main , ou de marcher les pies
nuds fur un fer chaud ; fuperflitioni qui fe conlér-
verent long-tems au milieu même du chrillianifme.
La morale de quelques anciens ûir le ferment étoit
trcs-févere. Aucune raifon ne pouvoit dégager celui
qui avoit contraclé cet engagement, non pas même
la fiirprife , ni l'infidélité d'autrui , ni le dommage
caufé par l'obfervation du Jèrmenc. Ils étoient obligés
de l'exécuter à la rigueur ; mais cette règle n'éioit
pas univerfeîle , & pkifieurs pay ens s'en atîranchirent
ians fcrupule.
Dans toutes les occafions importantes ,les anciens
fe fervoient du ferment au-dehors 6c au-dedans de
l'état ; c'eft à-dire , foit pour fceller avec les étran-
gers des alliances , des trêves , des traités de paix ;
ioit au-dedans , pour engager tous les citoyens à
concourir unanimement au bien de la cauie com-
Biune.
Les Infrafteurs des fermons étoient regardés com-
me des hommes déteffables , & les pemes établies
contr'eux , n'alloient pas moins qu'à l'infamie & à la
mort. Il fembîoit pourtant qu'il y eût une forte d'ex-
ception & de privilège en faveur de quelques per-
fonnes , comme les orateurs , les poètes , 6c les
amans.
Voilà en peu de mots le précis de ce qui concerne
les fermens ou ufage parmi les anciens. Là, comme
dans la plupart des inftitutions humaines , on peut
remarquer un mélange furprenant de fageffe ôi de
folie , de vérité & de menlbnge : tout ce que la re-
ligion a de plus vénérable & de plus augufie confon-
du avec tout ce que la fuperflition a de plus vil &c de
plus méprifable. Tableau fidèle de l'homme qui fe
peint dans tous fes ouvrages , & qui n'ell lui-même ,
à le bien prendre , qu'un compofé monflrueux de
lumière & de ténèbres , de grandeur & de mifere.
(le Chevalier DE J AU COURT. )
Serment des foldats , ( An milït. des Romains. )
ce qui concerne le ferment que les armées romaines
prêtoient à leurs généraux, efi: un des points les plus
obfcurs de l'antiquité. Nous avons dans Aulu-Gelle
un pafTage très-fmgidj,er d'un auteiu" nomme Cincius.
S E Pc loi
On voit par ce pafiàge, qu'anciennement les citoyens
à mefure qu'on les enrôloit pour le fervice , juroient
que ni dans le camp , ni dans l'efpace de dix milles à
la ronde, ils ne voleroient rien chaque jour qui ex-
cédât la valeur d'une pièce d'argent; & que s'il leur
tomboit entre les mains queiqu'eiiet d'un plus grand
prix, ils le rapporteroient fidèlement au général, ex-
cepté certains effets fpécifiés dans la formule duy^r-
nunt.
Lorfque tous les noms étoient infcrits , on fixoit
le jour de l'aifemblée générale , & tous faifoient un
fécond ferment , par lequel ils s'engageoient de fe
trouver au rendez-vous , s'ils n'ctoient retenus par
des empêchemens légitimes , qui font auili fpécifiés.
Il efl hors de doute que ce fécond ferment renfermoit
la promclTe de ne point quitter l'armée fans permif-
fion du général. Aulu-Gelle ne rapporte point les
termes de cette promeffe , mais Tite-Live nous les a
confervés. Le conful Quintius Cinclnnatus traverfé
par les tribuns du peuple dans fon defiein de faire la
guerre aux Volfques , déclare qu'il n'a pas befoin
d'un nouvel enrôlement , puifque tous les Romains
ont promis à Publius Valerius , auquel il vient d'être
fubrogé , qu'ils s'aliembleroient aux ordres du con-
ful , & ne fe retireroient qu'avec fa permiffion.
Selon Tite-Live , jufqu'au tems de la féconde
guerre punique , on n'exigea d^nutrefermeni des fol-
dats que celui de joindre l'armée à jour marqué , ôc
de ne point fe retirer fans congé. Il faut ajouter le
ferment de ne point voler dans le camp ; quoique cet
hiftorlcn n'en parle pas , il ell d'ailleurs fufnfammerit
attelle. Mais lorfque les foldats étoient affemblés &ù
partagés en bandes de dix 6i. de cent , ceux qui for-
moient chaque bande fe juroient volontairement les
uns aux autres de ne point fuir, & de ne point for tir
de leur rang , finon pour reprendre leur javelot , pour
en aller chercher un autre , pour frapper l'ennemi ,
pour fauver un citoyen.
L'an de Rome 538, quelques mois avant la bataille
de Cannes, dans un tems critique où l'on croyoit ne
pouvoir trop s'aflurer du courage des armées , les
tribuns de chaque légion commencèrent à faire prêter
juridiquement, 6c par autorité publique , le ferment
que les foldats avoient coutume de faire entr'eux. II
eA à croire qu'on leur fit aulTi promettre de nouveau
ce qu'ils venolent de promettre en s'enrôlant , &
qu'alors ou dans la fuite , on grolTit la formule de
quelques détails que l'on jugea néceflàires.
Quoi qu'il en foit , à la tête de la légion , un foldat
choili par les tribuns , prononçoit la formule du fer-
ment; onappelloit enfuite chaque légionnaire par fon
nom : il s'avançoit , & difoit fimplement:y'<î promets
la même chofe , idem in me ( fuppl. recipio'). La formule
de ce nous' ezu ferment n^ en rapportée nulle part, &
peut-être qu'il n'y en avoit point de déterminée. Mais
en combinant divers endroits de Polybe , de Denis
d'Halicarnafie , de Tite-Live , & deTacitc, on trouve
qu'elle le réduifoit en lubliancc à ce qui fuit : « Je
» jure d'obéir à un tel (on exprimoit le nom géné-
» rai), d'exécuter fes ordres de tout mon pouvoir,
» de le liuvre quelque part qu'il me conduife , de ne
» jamais abandonner les drapeaux , de ne point pren-
» drc la fuite, de ne point fortir de mon rang; je
»> promets aulîi d'être fidcle au fénat & au peuple
» romain, & de ne^ rien faire au préjudice de la fi-
» délité qui leur ei\ due ». Cette dernière claufe fut
peut-être inférée depuis que l'on s'appcrçut que les
généraux s'attachoient trop les foldats.
Voilà ce qu'on appelloit/wM.'v inverbaimperatorls:
exprelîions quifignifientà la lettre, jurer que l'on re-
gardera comme une loi toutes les paroles du géné-
ral , & non pas comme quelques-uns fe rimaginent,
répeter la formule que prononçoit le g;néral. Ce
n'ctoit point lui qui la prononçoit: à ne coniulter que
Î02 S E R
les apparences , il Icmble qu'il n'exigeolt point le
ferment Jes logions , 6<: que c'ctoient les tribuns 6c les
foldats qui, de leur propre mouvement , s'empref-
ïbient de lui donner cette afllirance autentique de
.zèle & de ibuniillion à tout.'s les volontés.
Les armées prêtèrent Jcri/unc aux empereurs ,
comme elles avoient fait aux généraux. On juroit />:
vcrKi Td-crii Cccpr'n , comme Ton avoit tait autrefois
juré in vcrba F. Scipionis. Mais il taut remarquer,
i". Que Ibus les empereurs , la prellation du fer-
ment le renouvclloit chaque année le jour des ca-
lendes de Janvier. Ce fnncru annuel doit être regardé
comme un vellige d'antiquité. Dans Forigine , le
commandement des armées appartenolt aux confuls
&: aux préteurs, & par conféqucnt le général éîoit
annuel aufli-bien que le confulaî&: la prtture. On ne
fauroit prouver que la coutume de renouveller le
ferment^ fût plus ancienne que les empereurs : cepen-
dant je croirois volontiers qu'elle s'eioit introduite
avec l'abus de continuer les généraux. H eft rarement
arrivé que les romains le Ibicnt écartés d'un ufage
ancien , fans lui rendre en même tems hommage par
une formalité. Sous les empereurs on répetoit encore
Infirment aux jours anniverfaires de leur naiffancc &
de leur avènement à l'empire ; mais on le renouvcl-
loit avec plus de folemnité de cinq en cinq ans , à
compter«du premier jour auquel ils avoient commen-
cé de régner.
Auguitc n'ayant jamais accepté l'empire que pour
cinq ans ou povu- dix , lors même que la dignité im-
périale fut devenue perpétuelle , fes fuccefieurs à la
lin de chaque cinquième & cfe chaque dixième année
de leur rcme , folcmnifolent une tête , comme s'ils
enflent pris de nouveau poffefiion du généralat en ver-
tu d'une nouvelle éleclion. La première fois que l'on
prêtoit \q ferment , & toutes les fois qu'on le renou-
vclloit liirtout aux fêtes des quinquennales & des
décennales , les empereurs don noient à chaque fol-
dat une petite fomme d'argent. Les anciens généraux
n'avoier.t rien fait de femblable.
Du tems d'Augufte , de Tibère , & même de Cali-
gula, on ne connoiflbit point encore ces libéralités
toujours onéreufes , fouvent fimefles à l'état , qui
prirent depuis le nom de donaiivum , & dans le bas
empire cehii à\:ugufïa/icurn. Elles durent leurorigine
à la timidité de Claude , qui le premier de tous les
Céfars , fuivant l'exprelîion de Suétone , acheta la fi-
délité des foldats. Ces gratifications devinrent dss
dettes ; & malheur au prince qui ne les eiit pas
payées , il auroit été bientôt détrôné. Les foldats en
recevant leur folde, à plus forte raifon lorfqu'onlcur
faifoit des largelTcs , juroient de préférer à tout le
falut de Tempereur. On fe fervoit peut-être dans ces
occalions d'une formule particulière.
z''. Il y a une autre différence à obferver entre le
ferment que l'en avoit fait aux généraux, & celui que
l'on faifoit aux empereurs. Tacite , au premier livre
de fon hifloire , raconte que les légions de la haute
Germanie, le jour même des calendes de Janvier ,
au lieu de prcicrferment à Galba , félonie coutume ,
mirent en pièces fes images ; mais que craignant de
paroître fe révolter contre l'empire , elles jurèrent
obéifTancc au fénat & au peuple , à oui depuis long-
tems , dit l'hlftorien , on ne prêtoit plus ferment.
^ Ipfn ca'.cndaruin Janucriarum du dinimpunt imagines
Galbœ, .... ac ne revzrenliam impitiï exucrc viderentur ,
in S. P. Q. R. obllicruta jam nomina , facramcnta ad-
yoiabant. Ce pafiage prouve qu'autrefois en prêtant
au général l^ ferment de fidélité, l'armée le prêtoit
nommément à la nation, & confirme ce qui le trouve
dans le dixième livre de Denis d'HalicarnalTe , que
les foldats juroient de ne rien faire au préjudice du
peuple romain.
Le même texte prouve aufiî que des l'an 68 de l'ère
S E R
chrétienne , il y avoit long - tems que les chofes
étoient changées à cet égard , & que l'on ne prêtoit
plus le ferment qu'îi l'empereur. Mais il n'eft pas ailé
de fixer l'époque de ce changement, il eft antérieur
à Néron 6»: mêine à Claude, puifque dès le tems de
Galba il étoit déjà fort ancien , S. P. Q. R. obliterata.
jam nomina. Suppofé que Caïus l'eût introduit, l'hor-
reur que l'on J-voit de ce tyran l'auroit fait abolir
après fa mort. Tibère & Auguile ne paroiflent pas en
avoir été les auteurs. Ainh il finit croire que nous
devons remonter julqu'au tems de Jules-Célar.
Le fénat & le peuple ayant accumulé fur fa tête
tous les titres , tous les privilèges , tous les honneur»
humains & divins, on déclara le généralat héréditaire
pour fes defcendans,loit par la nature, Ibitpar l'adop-
tion. Il efl: vraisemblable que les armées reconnurent
lolcmnellement Jules-Céiar pour général perpétuel ,
&: lui prêtèrent y^7-w£/2^ de nouveau. Les tribuns qui
le firent prêter , fupprimerent fans doute le nom du
fénat & du peuple , bien alFurés de faire leur cour à
un defpote qui ne gardoit plus de mefures avec la na-
tion.
Rien n'empêche de croire que dès le tems d'Au-
gulfe la formule n'ait été celle-là même que rapporte
Vcgece , 6c de laquelle on fe fervoit fous Valenti-
nien II. en exceptant pourtant la différence qu'avoit
introduite le changement de religion. Les foldats, dit
cet auteur , jurent au nom de Dieu , du Chrift & de
l'Efprit , & par la majellé de l'empereur .... d'exé-
cuter en braves gens tout ce que l'empereur leur
commandera ; de ne jamais deferter , & de lacrifier
leur vie , s'il le faut, pour la république romaine. Ju-
rant atitem per Deum & per Clirifum , & per Spintum
fancltim , 6* per majefïatim imperatorïs .... omnia fe
frcnue facluros quœ prœceperit imperator ; nurnquam de-
ferturos mUïtïam ; née mortem recufaturos pro romand
rcpublkd. Ces mots ,pro romand republicd , étoient une
efpece d'équivalent qu'on avoit lubftituè à ceux du
femu & du peuple , qui y étoient auparavant.
Il n'ell pas douteux que pendant les vingt mois qui
s'écoulèrent depuis la mort du di£lateur jufqu'à la li-
gue des triumvirs , le nom du fénat & du peuple n'ait
été rétabli dans le ferment ; mais on doit croire aufîi
que ibus le triumvirat il fut retranché pour toujours.
Lorlque le jeune Céfar ayant réuni toute la puilfance
de fes collègues , fe fit contraindre d'accepter l'em-
pire , les olliciers exigèrent Iç. ferment félon la formule
nouvelle. Augulle ne fit pas lemblant de s'en apper-
cevoir , perlonne n'ofa s'en plaindre ; & d'ailleurs
dans les tranfports d'admiration ck d'idolâtrie qu'avoit
excité dans tous les cœurs fon abdication préten-
due , les Romains étoient plus difpofés à le forcer de
recevoir ce qu'il refuloit , qu'à lui contefter ce qu'il
vouloit bien recevoir. Ajoutez à cela que peut-être
la formule n'avoit jamais été fixe, & que les tribuns
étoient maîtres de choifir les termes. C'eft ainfi , fé-
lon toute apparence que s'établit ce nouyeau ferment^
huis aucune attache de l'autorité publique , fans or-
dre de l'empereur , fans décret de la nation , fans
ciu'elle renonçât à les droits.
Enfin , pour donner au lefteur une idée nette des
fermons militaires des Romains , il doit favoir que fous
la république 11 y avoit trois fortes d'engagemens
povirles croupes. Le premier s'appellolt y^cr/iwi/zrw/n;
c'éioit celui par lequel chaque ioldat prètok ferment
en particulier entre les mains de fon général , & pro-
mcttoi: de le fiiivre par-tout où fes ordres le condui-
roieilt , fans jamais l'abandonner, fous quelque pré-
texte que ce pût être , jufqu'à ce qu'il eût été li-
ce m ié.
La féconde efpece d'engagement militaire s'appel-
loit conjuratio ; c'eft-à-dir e que dans les troubles im-
prévus, ou qu'à l'approche fubit de l'ennemi, cas qui
demandoit un prompt fecours,& qui ne laifioit pas le
s E R
tems d'exiger \e ferment de chaque foldat en partîcii- |
lier, le conful montoit au capitole , & de-là levant
deux étendards , l'un de couleur de rôle pour l'infan-
terie , l'autre bleu pour la cavalerie , il s'écrioit :
Quiconque veut le J'alut de la république^ qu^il me fuive.
Les Romains alors fe rangeoient ibus le drapeau ,
tous juroient enlemble d'être fidèles , &: s'obllgeoient
au fervice que la république attendoit d'eux.
Le troifieme engagement fe failbit lorl'que les ma-
giftrats dépêchoient en divers lieux des hommes de
choix , avec pouvoir de lever des troupes pour les
befoins de la république. Cette troilieme manière de
s'engager s'appelloit evocatio.
Outre \q ferment qu'on prêtoit dans ces trois ma-
nières de s'engager , les tribuns exigeoient \e ferment
particulier de tous les foldats de ne rien prendre pour
eux, mais de porter tout ce qu'ils trouveroient, à la
tente du général.
Plutarque nous apprend qu'il n'étoit permis à au-
cun foldat de tuer ou de frapper l'ennemi avant qne
d'avoir fait \e ferment militaire , ou après avoir obtenu
fon congé. (D. J.)
Serment , ( Gramm. & Jurifpmi. ) eft une invo-
cation que l'on fait de quelque choie de faint , pour
attefter d'une manière plus forte ce que l'on dit , ou
pour s'obliger plus efficacement d'obferver quelque
chofe.
Les plus anciens exemples que l'on trouve de^^r-
mem , font ceux d'Abraham au roi de Sodome , &
au roi Abimelech , celui d'Eliefer à Abraham, & ce-
lui de Jacob à Laban.
"Lq ferment devroit être une cérémonie fliperflue ,
fi tous les hommes étoient bien perfuadés que l'on
ne doit jamais s'écarter de la vérité ni de Ion devoir;
mais comme on a malheureufement reconnu qu'il n'y
en a que trop qui s'en écartent , on a introduit l'ap-
pareil An ferment , dans la vue de contenir par -là
ceux qui feroient difpofés à s'oublier.
Anciennement en France on employoit en toute
occalion la formalité du ferment , comme dans les
contrats & autres affaires civiles.
Au concile de Clermont en 1095 , il ^^^^ ordonné
que tout homme au-deffus de douze ans jureroit de
garder Tes articles donnés aux gens de guerre par
l'archevêque de Bourges entre les mains de fon évê-
que , & que l'on ne ferolt reçu à la foi d'aucun fief
fans renouveller (on ferment. C'eft ainli que les juges
d'églife commencèrent à s'attribuer la connoifiance
de toutes fortes d'affaires temporelles , même entre
les laïques , fous prétexte que la foi an ferment avoit
été violée.
En quelques endroits les nobles prétendolent n'ê-
tre point afTujettis à la formalité enferment comme
les roturiers , & que leur parole luffifoit. On en
trouve un exemple au terrier de Chaffagne , où Gil-
les d'Arlos reconnut en 1358 une vigne , promettant
de bonne foi , & fans faire aucun ferment , fuivant
( eft-il dit) la coutume des nobles, de déclarer les
fens & fervis lorfqu'il verroit le contrat qu'il n'avoit
pas.
Préfentement toutes perfonnes font obligées de
prêter ferment quand le cas y échet , excepté le roi ,
qui prête ferment à fon facre.
La reine ne prête pas non plus de ferment en juftl-
ce. Lorfque la reine femme de Charles VII. fut inter-
rogée parle chancelier Juvenal des Urfins , pour l'in-
formation que l'on fît fur les calomnies répandues
contre la dauphine qui venoit de mourir ; elle ne fit
point àe ferment.
Lorfque les princes du fangfont dans le cas de prê-
ter ferment en jullice, c'cft-;\- dire de faire une affir-
mation , ils la font en l'hôtel du )uge.
Les évêques jouifTent auffi de cette prérogative.
Le ferment eft ou déféré d'office par le juge , ou
S E R
'îQj
déféré par la partie, & ordonné par le juge f^oyel
Serment supplétif , & Serment dévisoire.
On prête auffi ferment de dire vérité , avant de fu-
bir interrogatoire, f^ojei Interrogatoire.
Lorfqu'on eft reçu dans un office ou fonftion pu*
blique , on prête ferment. Foyei Office , RÉCEP-
TION.
La forme de prêter \e ferment pour les laïcs , eft de
lever la main droite , laquelle doit être nue & non
gantée. Une perfonne étant incommodée de la main
droite , on lui fît lever la main gauche. Les eccléfiaf-
tiques qui font dans les ordres facrés , mettent la main
ad peclus.
Lorfque celui qui doit faire une affirmation eft in-
commodé ou abfent , ou qu'il eft retenu par quelque
autre empêchement , il peut donner procuration à
un tiers d'affirmer pour lui. Voye^ Affirmation.
Foye^ au digefte le titre dejure-jurando ; DefpeifTes ,
tome II. p. 6xy & fuiv. ( -<^ )
Serment d'allegeange e(\.nn ferment nÇité en
Angleterre , par lequel on condamne & on abjure
l'opinion de ceux qui admettent une puiffance fupé-
rieure au roi, de quelque nature qu'elle foit. Hijl. des
révolut. d''Anglet. tome III. liv. II. p. 4o<).
Serment par l'ame. Louis Vlll. jura en 1209
une convention par l'ame' de fon père vivant , pour
lequel il ftipuloit. Lettres hif. fur le parlement , tom^
IL p. 100.
Serment de cA'LOM'NIE , Juramentum calumnia ^
étoit nn ferment que les plaideurs prêtoient chez les ,
romains , pour attefter à la juftice qu'ils agiffoi-ent de
bonne foi , & qvi'ils croyoient être bien fondés l'un
dans fa demande , l'autre dans fa défenfe.
Celui qui refufoit de prêter ferment , perdoit fa
caufe.
Ce ferment a été reçu par le droit canonique , com-
me on le voit , liv. II, des décrets, tit. vij.
Il s'étoit en conféquence introduit dans le royaume,
& il y a quelques anciennes ordonnances qui pref-
crivent tant au demandeur qu'au défendeur, de le fai-
re fur les faints évangiles.
Mais il y a long-tems que l'ufage en eft aboli ; on
a craint fans doute que c'ette formalité ne fît faire
beaucoup de parjures.
La feule chofe qui foit reftée de cet ufage , eft le
ferment que les avocats & procureurs prêtent à leur
réception , & qu'ils réitèrent chaque année , même
dans quelques tribunaux , deux fois l'an : on le leur
faifolt autrefois prêter au commencement de chaque
caufe ; mais comme cela prenoit trop de tems , on
s'eft contenté de leur faire prêter ce Jerment à leur
réception, & à chaque rentrée du fiége. Foye^ au
digejh , liv. XI i. titre ij. liv. XXII. titre lij. liv. XXF.
§.3.6' liv. XXXIX. titre j ; liv. F. §. 4. &■ titre ij ;
liv. XIII. $.3 & 13.
Serment corporel. On appelloit ainfi celui qui
fe tait dans la foi & hommage limple par le vaflal en
levant la main , à la différence de celui que le vafTal
lige fait en touchant les évangiles. Foyei les articles
'37 ^ '3^ de la coutume d'Anjou; & les 148, 14c) &
iSo de la coutume du Maine.
Serment décisoire eft celui qui eft prêté en
juftice après avoir été déféré par une partie à l'autre.
On l'appelle décifoirc, parce qu'il décide la contef-
tation fans retour. Celui auquel fa partie adverfe dé-
fère le ferment , eft conftitué juge dans fa propre
caufe. ^ ,
Ce ferment a tant de force , qu'après qu'il eft-prête
on n'eft plus recevable à taire retrader le jugement
qui a été rendu en conféquence.
On peut feulement révoquer le confentement que
'on a donné pour déférer le Jerment , les chofes étant
l'.
encore entières. , ,, v
Pour ce qui eft dn ferment défère d office par la
04
s E R
S E R
jui;e à l'une des parties , l'autre eft toujours rece-
vablc à taire preuve du contraire.
La ferment dccifo'irc ne peut être demandé au dé-
biteur qui oppole la firt de non-recevoir réiultante
du laps de cinq ans , pour les arrérages de rente
conllituée. yoye{ les lois z. 34 & 40»/- de jure ju-
rando ; LeprcHre , Cambolas , Dufail , Henrys.
Serment déféré, eil celui qu'une partie eftauto-
riiée à taire par ordonnance du juge, loit du conten-
tement de la partie, ou que le juge l'ordonne de ion
propre mouvement. Au premier cas, c'eft-à-dire ,
quand une partie le défère à l'autre, on l'appelle yèr-
mcnt de yictolrc. Foyc^ ci-^/iVd/zr SERMENT DE VIC-
TOIRE. ^ , . „
Serment sur les évangiles, elt celui que 1 on
prête, la main polée liirle livre des évangiles, pour
marquer que l'on jure par la parole de Dieu conte-
nue dans ce livre. Présentement on ne fait pas jurer
fur le livre entier des évangiles, mais feulement lur
l'évangile de Saint-Jean, qui fe dit à la fin de la mefle.
Serment de fidélité, cil un ferment lolemnel
que le fujet fait à (on prince ou le vaflal à fon fei-
gneur, par lequel il s'oblige de lui être toujours
tîdele.
Nos rois ont droit de l'exiger de tous leurs fujets.
On l'exi^eoit autrefois au commencement de cha-
que règne. La coniîance légitime que nos rois ont en
leurs peuples fiiit qu'ils n'ont conlervé cet ufage que
pour leurs vaflaux & pour ceux des feigneurs , &
aulîl à l'égard des évêques, lefquels doivent prêter
ce ferment, à leur avènement au liège épifcopal, foit
comme étant vaffaux de la couronne , foit à caufe
qu'ils acquièrent une jurifdiftion fpirituelle dont on
craint qu'ils n'abufent.
Lq ferment de fidélité dû par les vaflaux à leur fei-
gneur , ell fimple ou lige.
Le fimple eft celui qui fe fait pour les fiefs fimples
& non liges.
Le lige eft celui qui fe fait pour les fiefs liges.
F(y}'e{ Fief lige, simple, & Foi et hommage.
Les ferfs & gens de main-morte prêtent aufll le
ferment de fidélité à leurs feigneurs.
hç ferment de fidélité Aqs évêques eft en ces termes :
« Je jure le tiès-faint & facré nom de Dieu, fire, &
>» promets à votre majefté , que je lui ferai tant que
» je vivrai , fidèle fujet & ferviteur , & que je pro-
» curerai Ion fervice & le bien de fon état de tout
» mon pouvoir; que je ne me trouverai en aucun
» confeil, defléin ni entreprife au préjudice d'iceux;
» & s'il en vient quelque chofe à ma connoifTance,
M je le ferai lavoir à votre majefté. Ainfi me foit
» Dieu en aide & lés faints évangiles.
Les évêques font obligés de prendre des lettres du
roi pour cette preftation Aa ferment, & de les faire
regiftrer en la chambre des comptes. Foye^ le gloff.
de M. de Lauricre , au mot ferment ^ &c les mots brevet
de ferment de fidélité , EvLQUE, RÉGALE.
Serment a justice, c'eft \t ferment qu'un offi-
cier public a prêté en juftice. On dit qu'il 3. ferment
à /ull'ce, pour fignifier que ÏQS aâes font foi jufqu'à
inicription de faux.
Serment in litem, (eu Jus-Jurandum in litem,
eft celui qui eft déféré à une partie par le juge fur
l'cftimation d'une chofe , pour la reftitution de la-
quelle il y a procès lorfque les autres preuves man-
quent, & fur-tout lorfqu'il y a eu fraude de la part
du défendeur, & qu'il a fupprimé les aftes qui au-
roient fcrvi de preuve.
Ce ferment a lieu principalement dans les contrats
de bonne foi , comme dans le commodat , le dépôt ,
la reftitution de la dot, le compte de tutelle , le par-
tage de la communauté.
On joint ordinairement cette preuve à celle de
la commune renommée.
Mais on ne laifle point à la partie la libei'té d^éva-
luer ;\ fon gré la chofe dont il s'agit : le juge y met
d'abord lui-même une valeur fur laquelle il défère
enliiite le ferment. Foye^ au digefte le titre de in //>•
tem jurundo.
Serment litis-décisoire, voy«{ ci-devant Ser-
ment décisoire.
Serment la main mise au piz , fignifioit en
langage ancien , le ferment qui fe prête par les ec-
clélialtiques , la main mife ad pcclus , fur la poitrine.
Serment en plaids, jm-jurundum in litem, c'eft
\c ferment décifoire , ou la ferment in litem, voye^ Col-
let , fur les fat uis de Savoye pour la province de Brejfey
p. i8y. col. I. Foyei Serment décisoire , Ser-
ment DÉFÉRÉ PAR LE JUGE, SERMENT SUPPLÉ-
TIF, Serment in litem.
Serment référé, eft lorfou'une partie, à la-
quelle ion adverlaire ou le juge a déféré le ferment,
rehile de le faire, & offre elle-même de s'en rap-
porter au J'erment de fon adverfaire.
Serment sur des reliques; c'étoit autrefois
la coutume de jurer lur les reliques des Saints, &
lingulierement iur le tombeau des martyrs , d'où eft
encore retlée la coutume obiervéc dans l'égliie de
Paris, que les licentiés de l'univerfité vont prêter le
ferment lur l'autel de Saint-Denis.
Anciennement , quand on vouloit éluder fon fer-i
ment , on le prêtoit fur un rehquaire vuide, comme
s'il ctoit permis de fe jouer ainfi de la religion du
ferment.
Serment supplétif, eft celui qui eft déféré par
le juge, pour fervir de fupplément aux autres preu-
ves qui ne font pas allez fortes, comme quand on
décharge une partie , en affirmant par elle quelque
fait ; ou qu'on adjuge au demandeur l'es conclufions ,
en aiiirmant de même par lo.ï quelque fait. Foye:^
Affirmation 6- Serment déféré.
Serment de suprématie, eft un ferment uftté
en Angleterre , par lequel on reconnoît que le roi
eft chef de l'éghfe dans fes états. Hifi. des révolue.
d''An^let. tom. lll. liv. XI. p. 40C).
Serment du test, ainfi appelle, comme par
abréviation du latin tefiimonii,ei\ un ferment.uûté en
Angleterre , par lequel on attefte la religion que
l'on profefle.
Il fut ajouté en 1671 zuxfermens d'allégeance &
de i'uprématie. Il ne conliftoit alors qu'à abjurer la
prélence réelle de Jéfus-Chrift dans l'euchariftie :
on y a depuis ajouté une abjuration de l'invocation
des faints , du lacrifice de la meffe , & une renon-
ciation au parti du prétendant. Peribnne ne peut
avoir aucun emploi d'églife , de robe, ou d'épée,
qu'il n'ait prêté ce ferment. Hifl. des révolut. d" AngU
tom. lll. liv. 11. p. 40Ç).
Serment par la tête & les cheveux de
Dieu, étoit très-commun chez les Romains : il fut
défendu par Jullinien. Foyei la differtat, de M. Maf-
fieufurles fermens. Mémoires de racadém. des Infcript,
tom. 1. p. ^7^.
Serment vilain. On appelloit ainfi ancienne-
ment les juremens de ceux qui prenoient à témoin
quelque chofe deshonnête , ou qui blafphémoient
le faint nom de Dieu. Foye^^ les ordonnances de Ia
troifiemc race , tom. II. (-'^)
SERMENTÉ , adj. {Gram. & Jurifprud.)(e difoit
dans l'ancien ftyle , pour exprimer quelqu'un qui
avoit ferment à juftice. Foye^ Juré & Serment.
SERMIONE , ( Géog. mod. ) en ktm Strmio ou
Sirmio , bourg d'Italie dans l'état de Venilè , au Vé-
ronèfe , fur une petite prefqu'ile , près du lac de
Garde. C'eft cet endroit que Catulle a chanté, & dans
lequel il avoit établi fa retraite. Foyei Sermio ,
Géog, anc. (D. /. )
SERMOLOGUE,
s E R
SERMOLOGUE, f. m. {Hifz. ecdéf:) nom
cju'on donnoit anciennement à im livre ecclcfia-
fôqiie ou recueil de fermons & homélies des pa-
pes ou d'autres perlbnnages éminens en fcience &
en pieté , & qu'on liloit autretbis aux fctes des
confefleurs , de h ToufTaints , de la purification ,
&: tous les jours depuis Noël jufqu'à l'oftave de
l'Epiphanie, f^oyei Homélie.
SERMON , f. m. ( Gram. ) difcours chrétien pro-
noncé en chaire, dans une églife , pour inflruire &
édifier les fidèles.
Sermon de J. C. i^ Critique facrlc') c'eft ainll
qu'on nomme le difcours que J. C. tint fur la monta-
gne à i^s apôtres , & qui fe trouve dans S. Matthieu,
chap. V. vj.vij. Il importe de nous étendre plus que
de coutume fur ce difcours de notre Seigneur , par-
ce qu'il renferme plufieurs préceptes qui paroif'ent
impraticables, à caufe des conféquences qui en ré-
fultent néceflairement. Par exemple, J. C. dit : « Ne
» réfiflez point à celui qui vous fait du mal ; au con-
» traire fi quelqu'un vous frappe à la joue droite ,
» pixfentez-lui aufïi l'autre joue », chap. v. v. jc).
C'efl interdire la défenfe , qui eu. du droit naturel de
tous les hommes , fans quoi ils ne fauroient fe con-
ferver. De même : « Si quelqu'un vous veut faire un
» procès pour avoir votre robe , laiffez-lui aufli vo-
♦> tre manteau ». Qu'on pratique ce précepte , & les
gens de bien feront expofés à toutes les injures des
méchans ; on les frappera, & on fe moquera de leur
patience , qui les expofera à de nouvelles injures ,
& au mépris. On les dépouillera de leur bien , & on
les réduira eux & les leurs à la mendicité. Encore :
» Ne vous amaffei point des tréfors fur la terre , où
» les vers & la rouille les confument , chap. vj. v.
» ic) ». Eft-il donc défendu à un chrétien de profiter
desbénédidions du ciel, de l'héritage defes ancêtres,
& du fuccès de fon travail ? Ne peut-ii rien amaffer
pour l'avenir , ni prévenir les revers de l'adverfité ?
Faudra-t-il qu'il vive au jour la journée , pendant
qu'il peut très-innocemment fe mettre à l'abri de la
difette, & amaffer de quoi fubfifter, lorfque l'âge ou
la maladie le mettront hors d'état de travailler? J. C.
dit de même : « Ne vous mettez point en peine de
» ce qui regarde votre vie , de ce que vous mange-
» rez , de ce que vous boirez , & à l'égard de votre
» corps de quoi vous vous habillerez , chap. v. v. ai ».
Sur quoi le feigncur propofe à fes difciples , l'exem-
ple des oifeaux de l'air, qui ne fement ni ne moiiTon-
nent , & qui n'amaffcnt rien dans les greniers : & ce-
lui des lis des campagnes , qui ne travaillent ni ne fi-
lent , & que Dieu prend foin de vêtir. Il défend aufli
d'avoir aucun foucipour le lendemain, parce que le
lendemain aura foin de ce qui le regarde , ibid. v. 3 / .
33. Il veut enfin que fes difciples demandent les cho-
fesqui leur font néceffaires, aflurés que Dieu les leur
donnera , chap. vij. v. y. 6" fuiv.
Pour accorder ces préceptes de J. C. avec la pru-
dence & lajuflice, les interprètes ont cherché des
explications ; ils ont limité les expreffions générales
du Sauveur ; ils y ont appofé des conditions. Quel-
ques-uns ont cru que l'évangélifle avoit obmis quel-
ques paroles de J. C. qui auroient fervi à entendre
fes commandemens, & à prévenir les mauvaifcs
conféquences qui en réfulteroient , fi les Chrétiens
les obfervoient à la rigueur ; d'autres ont imaginé
desconfells évangéliques , c'eft-à-dire, des coaiciis
de perfedion , qu'on n'eil pas obligé de pratiquer
pour être fauve; mais qui donnent à ceux qui les ob-
i'erventjun mérite fupérieur aux autres , & des de-
grés de gloire dans le ciel. C'cft une mauvaife défaite :
tout eft précepte , commandement; & fi bien com-
mandement , que notre Seigneur finit (on Jhmon liir
la montagne , par la comparaifon d'un homme pru-
dent , qui bâtit fa maifon fur le roc ^ c'efl celui qui
Tome XK
S E R
ioj
obferve les commandemens qu'il vient de donner ;
& d'un homme infenfé qui bâtit fa maifon fur le fa-
ble , chap. vij, V. 24. &ftiiv.
Cependant , comme on convient que fi les Chré-
tiens vouloient obferver plufieurs de ces commande-
mens de J. C. la fociété feroit bien-tôt renverfée ; les
gens de bien en proie à la violence des méchans ; le
fidèle expofé à mourir de faim, parce qu'il n'auroit
rien épargné dans fa profpérité, pour fe nourrir & fe
véiir dans l'adverfité : en un mot , tout le monda
avoue queles préceptes de N. S. ne font pas incompa-
tibles avec la sûreté & la tranquillité pubhques: voilà
ce qui a obhgé les interprètes à recourir à des refi:ri-
dions , à des modifications, à des paroles fouf-enten-
dues ; mais tout cela n'efl pas néceffaire , & nous pa-
roît trop recherché : un légifiateur qui donne des
préceptes, doit s'exphquer clairement ; les parado-
xes ne conviennent point dans les lois; chacun y
apporteroit des reftriélions & des modifications à
Ion o;ré
Ce qui a jette les interprètes dans l'erreur , c'efl
qu'ils ont cru que les préceptes du Seigneur dans ces
trois chapitres, regardoient tous les Chrétiens; au
lieu qu'ils dévoient prendre garde , qu'encore qu'il
y Ci? ait beaucoup qui foient communs à tous les
Chrétiens , il y en a beaucoup d'autres qui font par-
ticuliers aux apôtres du Seigneur, & qui leur ont été
donnés pour l'exercice du miniflere dont ils furent
revêtus. C'efl ce que l'on verra, fi l'on fait attention
au récit de S. Luc, qui rapporte en abrégé lefirmort
dz J. C. llir la monfagne. Confultons-le ; cet évan<ïé-
lille nous raconte , chap. vj. v. /z. & ftdvans , q°ie
J. C. ayant paffé la nuit en prières fur une montagne^
lorfqu'il fut jour , appella fes difciples, c'efl-à-dire ,
tous ceux qui faifoient profefilon de croire en lui ; &
qu'alors il en choifit douze , qu'il nommd. fes apôtres.
Après cela il defcendit dans la plaine avec ceux qu'il
venoit defe choifir, & guérit un grand nombre de
malades. Enfuite il monta furie penchant de la mon-
tagne, s'y afiît, &c {qs difciples s'approchèrent de
lui, Matth. c. v.v.j. Ce font donc ici lès difciples aux-
quels il avoit conféré l'apoflolat : alors jettant Usyeux
fur eux , // leur dit ; ce font les paroles de S. Luc ,
chap. vj. V. 20. C'efl donc à eux qu'il s'adreffe , &
non en général à toute la troupe , qui étoit au-bas
de la montagne. Il vient de leur confier une charge;
il leur donne fes inflrudions ; rien de plus clair &
de plus limple.
Il ne faut après cela que confidcrer divers endroits
ànfermon de J. C. pour voir que c'efl â fes apôtres
qu'il parle : « Vous êtes le fel de la terre , vous êtes
» la lumière du monde , la ville affife fur une monta-
» gne , Matth. c. v. v. ij. 14 ». Tout cela convient,
non en général aux chrétiens, mais aux apôtres
de J. C. deflinés par leur miniilere à préferver le
monde du vice, & à prévenir les jugemens de Dieu
fur le.s hommes , en procurant la converfion des pé-
cheurs. Ils étoient la lumière du monde par la pré-
dication de l'Evangile ; ils étoient la ville afilfe fur
une montagne, pour fervir de modèle & de fpe£la-
cle à l'univers; ils étoient la lampe qui devoit éclai-
rer tous ceux qui font dans la maifon , favoirdans l'E-
glife de Dieu. Il les avertit qu'il n'efl point venu
abolir la loi ou les prophètes , mais les accomplir ,
ihid. V. ic). C'efl une inflruâion dont ils avoient
grand befoin dans leur miniflere. Il leur parle des pei-
nes & des récompenfes , non-feulement de ceux qui
auront obfervé ou violé la loi , ce qui ne regarde que
les particuliers ; mais aufii de ceux qui auront enfc:-
gné aux hommes à la violer , ou à l'obferver , ihid.
Le Soigneur dit encore h fes mêmes difciples :
« Cherchez premièrement le royaume de Dieu & ùi
» jullice , 6c les autres chofes vous feront accordées
» par-defTus , i^iV, chap. vj. v. jj ». On peut donner
O
ic6
S E R
S
t
R
à ces paroles un l'ens qui le rapporte ;\ tous les Chré-
tiens en général, je l'avoue; mais le vrai l'ens con-
vient aux apôtres du Sauveur : cherche/, à établir le
royaume (.le Dieu & l'a juftice ; c'étoit à eux à éta-
blir le royaume de Dieu, dunt ils écoient les mini-
ères.
«« Ne donne/, point les chofes faintes aux chiens, &:
» ne jette?, point vos perles devant les pourceaux ,
» de peur qu'ils ne les foulent aux pies, 6c que le
» tournant contre vous , ils ne vous déchirent, itiJ.
» ch.ip. vif. V. (T». Cela regarde évidemment les/euls
apôtres , appelles ;\ prêcher TEvangile , <k. à qui J, C.
donne ce précepte de prudence.
On voit donc clairement dans S. Luc , que \Qfer-
mondu Seigneur, s'adrerte aux apôtres, 6l non à la
troupe; en voici de nouvelles preuves. Après leur
a\'oir prédit lesperfécutions qu'ils ibuiB-irontà caufe
de lui , il ajoute : « Réjouifiez vous alors , & foyez
» tranlportés de joie, parce qu'une grande récom-
» penl'e vous eft: afliirée dans le ciel : car c'ell ainfi
» que leurs percs ont traité les prophètes , I,uc , vj.
V. V. 2j ». J. C. parle donc à les apôcrcs , 6c les aver-
tit des perfécutions qu'ils auront à foutfiir, comme
les prophètes en ont elî'uyé. De même encore , il
employé la comparailon linvante : « Un aveugle
)» peut-il conduire un autre aveugle? ne tombcront-
» ils pas tous deux dans la fofle ? ibid. v. j c» ». Ce
propos regarde les leuls apôtres , appelles par leur
miniflere à conduire les autres hommes.
Dès qu'on a polé ce principe , que le fitmon de
notre Seigneur s'adrelîe A les apôti;es , il n'y a plus au-
cune difficulté. Tous les préceptes qui Icmblcnt cho-
quer la prudence , la jultice , ruiner la sûreté publi-
que , & jetter le trouble dans la fociété ; tous ces
préceptes , dis-je , font îrès-juites , & n'ont plus be-
îbin de limitation , ni de reftridion. Les apôtres de
J. C. occupés de leurs fondions , ne doivent point
s'amafîer des tréfors fur la terre. Il falloir fur toutes
chofes qu'ils fe gardaficnt d'avarice ; ce défaut feul
pouvant détruire tout le fruit de hur minillere. Ce
font eux que Dieu nourrira comme les oileaux du
ciel , qu'il vêtira comme les lis des champs ; ce font
eux qui à l'exemple de leur m:;ître, au miniftere du-
quel ils ont fuccédé ,' doivent quand on leur frappe
fur une joue , préfenter aufîi l'autre , c'eft-à-dire , ufer
de la plus grande modération. Ils feront les victimes
du monde, mais la foi chrétienne dont ils font les
miniftres , ne peut s'établir autrement que par la pa-
tience ; ce font eux qui ne doivent être en aucun
fouci du lendemain , parce que Dieu s'ell chargé
immédiatement de pourvoir à tous leurs befoins. Ce
fut aufli pour cela que le Seigneur après les avoir
choifis , les envoya, & leur défendit de faire aucune
provifion pour le voyage , parce que l'ouvrier eft
digne de Ion falaire, Luc, c. ix. v. 3 . &Juivant, Matth.
c. X. V. I. &fuivant.
Il ne faut pas cependant conclure de-là, que tous
les préceptes des chup. v. vj. & vij. de S. Matthieu y
ne regardent que les apôtres ; car ces faints hommes
ont deux cara£leres , celui de fidèles , & celui d'apô-
tres de J. C. le Seigneur leur donne des commande-
mens qui leur conviennent en ces deux qualités , &
d'autres qui ne font relatifs qu'ù leur qualité d'apô-
tres ik. A leur miniftere. Beaufobre , remarques criti-
ques. {D.J.)
SERMONAIRE, f. m. {Gram. ) auteur qui a com-
pofé & publié des fermons. Fléchier, Boftiiet, Maf-
fillon, C heminais, Bourdaloue , lont nos plus grands
fermnnaires.
SERMONETA , {Géog. mod.) bourgade d'Itahe
dans la campagne de Rome , à 4 milles au midi orien-
tal de Segni , 6c environ à 6 milles au midi d'Agnani.
Cette bourgade a titre de duché , & toute fa campa-
gne fft ce que les anciens appeUoient Palus-Pomp-
tine. Pline dit que de Ion tenis on y voyoit cinq
villes ; à peine y voit-on aujourd'hui cinq fermes.
( ^•^- J- )
SEilMYLîA , ( Géog. anc.') ville de la Macédoine
daivs la Chalcidie , près du mont Athos. Hérodote,
/. VU. c. cxxiij, place cette ville fur le golfe Toro-
née. (Z). A)
SLRONGE , f. f. {Commerce.') efpoce de toiles
peintes qui le fabriquent dans la ville de l'îndoftan
de ce nom. Pendant la faifon des pluies qui durent
quatre mois , les ouvriers impriment leurs toiles ;
quand la pluie a cefié &: qu'elle a troublé l'eau de la
rivière cjui pafTe à Seronge , ils y lavent les toiles
qu'ils ont imprimées ; cette eau trouble a la vertu
de faire tenir les couleurs , & de leur donner plus
de vivacité ; de lorte que plus on les lave dans la
fuite, plus elles deviennent belles , au-!icu que les
couleurs des autres toiles peintes des Indes ne font
pas fi vives , & qu'elles s'elfacent en les lavant plii-
îicurs fois. On fait à Seronge une forte de toile pei.'îte
qui ell fi fine , que l'on voit la chair au-travers quand
elle cft fur le corps : il n'en vient point en Europe,
elles font toutes retenues pour le ferrail & la cour
du mogol ; les fulmines & les femmes de conditioa
en font faire des chemifes & des robes d'été pour
leur uiage , & la volupté des hommes y trouve leur
compte.
Seronge, ( Géog. mod.) ville des Indes dans les
états du mogol , fur la route de Surate à Agra. Elle
eft grande & peuplée. Il s'y fabrique des toiles qu'oa
appelle chitfes , dont tout le même peuple de Perfc
& de Turquie eft habillé ; mais on fait aulfi dans cette
ville une forte de toile fi fine , que quand elle eft fur
le corps, on le voit comme s'il étoità nud. Il r'tû
pas permis aux marchands de tranfporter cette fine
toile hors de la ville. Elle eft deftinée pour le ferrail
du grand-m.ogol & pour les principaux de fa cour.
{D.J.)
SEROSITE , f. f. ( Médec. ) les Médecins enten-
dent ^arféro/icé cette humeur qui eft mêlée avec le
fane , & chargée d'un "f^nd nombre de particules
falines & mucilagineufes, dont la fecretion oi l'éva-
cuation fe fait par une multitude prod'.gieu(e de cou-
loirs & d'émondoires , d'où il fuit que Vàfcrojhc eft
d'une confiftance plus ou moins épaiffe & variable,
tant par rapport à la couleur que par rapport au
goût. Il ne faut pas confondre Izfi'oJiU avec la lym-
phe. Cette dernière eft une liqueur tranfparente ,
infiplde , pure , dont la partie la plus fubtile com-
pofe le fluide qui circule dans le cerveau , dans la
moelle fpinale , & peut-être dans les nerfs. (Z?. /.)
SEROU , LE, ( Géogr. mod.) petite rivière de
France. Elle a fa fource en Rouergue , & fe jette
dans l'Avéiron , au-delTous de Milhars en Albigeois.
SEPvPA , ( Giog. anc. ) ville de la Lufitanie , qiic
l'itinéraire d'Antonin marcjue entre Ebora Sctiries^
à 13 milles du premier de ces lieux, & à 10 milles
du lecond fur l'Anas ; il y a des favans qui préten-
dent que cette ville liibfifte encore aujourd'hui, &c
que c'ell la Serpa , ville de Portugal dans l'Aientejo ,
au midi de Moara ; mais comme l'ancienne Scrpa.
étoit fur l'Anas , il en réfulte qu'elle étoit différent»
de la Serpa moderne , fituée à une lieue de la Gnà-
dianaqui eft l'Anas des anciens, ou du-moms la Ser-
pa moderne n'e.ft pas fituée précifément dans le
même lieu que l'ancienne. (Z>. /. )
Serpa , ( Géog. mod.) ville de Portugal dans l'A-
ientejo , aux confins de l'Andaloufte , fur ime hau-
teur remplie de rochers , à une lieue deGuadiana,
à 30 au lud-eft de Lisbonne , & à 10 des confins de
l'Andaloufie. Elle eft fortifiée , & on y tient une
bonne garnifon. Long. 10. iS. latit. ^y.ùS. (D.J.)
SERPE , f. f. ( Outil d'ouvriers. ) inflrument de
s E R
fer plat & trancViant en forme de grand Se large cou-
teau qui a le bout courbe en croiilant , & une poi-
gfiée de bois ; c'ell après la coignée un des princi-
paux outils des bûcherons. Les Jardiniers s'en fer-
vent aufli pour émonder les arbres ; les Plombiers
ont pareillement des Jèrpes pour divers de leurs ou-
vrages ; les Vanniers particulièrement , ceux qu'on
nomme doturiers & mandriers fe fervent de hjèr^e ,
pour appointer les plus gros morceaiLX de châtai-
gniers &C autres bois dont ils font les montans de
leurs ouvrages. Les petits bois &c les ofiers s'appoin-
tent avec le couteau à travailler.
Pour forger une Jirpe à deux bifeaux , le forgeron
met un morceau d'acier entre deux morceaux d'une
barre de fer , & fonde.. Lorlque le tout eft bien cor-
royé, il donne à i'aferpe la figure qu'il juge à propos.
La fcrpe a un bifeau d'acier comme la doloire. (i>. /.)
SERPENT, f. m.ferpens , ( HlJI. nat. ) animal qui
n'a point de pies, & qui rampe. A^oje^ Reptile. On
<livife Içsfirpcns en deux claifes ; la première con-
tient ceux dont la morfure n'eft pas venimeufe , &
que l'on nomme couleuvres ; ils font des œufs qu'ils
dépofent dans des endroits chauds , & il en fort au
bout d'un certain tems de T^tûisfcrpais , voye?^ Cou-
leuvre , & i<J-fig- ^. de La PL XV l. où on a repré-
fenté un peûiferpent dans fon oeuf. Lcsjerpens de la
féconde clafle font appelles vipères ; leur morfure ell
très-dangereufe ordinairement , même elle caufe la
mort , fi on n'y apporte un prompt remède ; ils font
leurs petits tout vivans. Foye^ Vipère. Il y a peu
d'endroits où il n'y ait des ferperts , ils aiment le
chaud , & ils font en plus grand nombre dans les pays
méridionaux que dans les leptentrionaux ; ils varient
beaucoup pour la grandeur & la couleur. Dapper ,
hi/i. de l Amérique , fait mention à^iinferpent que l'on
trouve au Bréfii , & qui a vingt-quatre pies de lon-
gueur ; & Chrétien Menthe/lus dit qu'il y en a dans les
Indes orientales qui dévorent & qui avalent un buf-
fle tout entier. Les auteurs qui ont écrit' fur les fer-
pens fe font contredits les uns les autres dans la plu-
part de leurs defcriptions, de façon qu'il efl: très-diffi-
cile de déterminer les différentes efpeces de ces
animaux.
Serpent amphisbene , on a donné ce nom aux
ferpens dont la queue efl auffi groflé que la tête ; on
■prétend qu'ils marchent en avant & en arrière com-
me les écreviffes , c'efl po'urquoi on les appelle aufli
doubles-marcheurs.
Serpent des îles Antilles , dans le nombre des
îles Antilles, les feules îles de la Martinique & de
Sainte-Aloufie nourrifîent dans leurs forêts & fur
leurs montagnes une muhitude de ferpens venimeux
dont la morlure eft mortelle. Ce reptile tient de la
nature de« vivipares ; la femelle prcduifant à-la-fois
jufqu'à foixante& quatre-vingt petits ; onrencontre
desj'erpens de huit à dix pies de longueur fur quatre
pouces de diamètre & même plus , couverts fur le
dos d'une peau écaillée de couleur grife ou noire
marquetée , quelquefois verdâtre ou d'un jaune-
brun ; le deflbus du ventre efl: toujours plus pâle &
prefque blanc , couvert d'écaillés plus grandes que
celles du dos ; leur tête , qui efl de forme triangu-
laire , un peu arrondie fur les angles , paroît comme
écrafée , ils ont les yeux petits , vifs , la gueule
demefurément fendue & garnie de petites dents ;
fur les côtes de la mâchoire lupérieure font deux
longs crocs un peu courbes , fort pointus , creux à
leur naiflance , mobiles dans l'alvéole , & percés
d'un petit trou latéral au-defli.is de la gencive , qui ,
dans cette partie , paroît gonflée , renfermant une
vefTicule remplie d'un venin du plus funefle à ceux
qui ont le malheur d'en éprouver les effets , princi-
palement fi la piquure rencontre une veine ou une
artère , on ne doit point alors efpérer de remède.
Tome XF.
S E R
107
Lesfcrpms s'élancent avec une extrême rapidité, ils
piquent de leurs crocs les parties qu'ils touchent, &
y feringuent leur venin au moyen du petit trou laté-
ral dont on a parlé. Le parti le plus convenable
dans ces occafions efl: de fe faire une forte ligature à
fept ou huit doigts au-deifus de l'endroit piqué , & de
prendre promptement un bon coup d'eau-de-vie ,
ou , à fon défaut , d'avaler de l'urine toute chaude ;
fl on a tué l'animal , il eu à-propos d'en écrafer la
tête & de l'appliquer fur le mal, ayant grande atten-
tion de ne pas refier en place , mais de courir très-,
vîte , chercher du fecours avant que l'enflure & l'af-
foupiflément dont on efl pris ayent fait des progrès.
Quoique dans un pays chaud , on fait toujours du
feu auprès du malade , on le couvre bien , & on l'a-
gite un peu pour l'empcchcr de dormir au-moins
pendant vingt-quatre heures; la foif qui le tourmente
ne doit point être étanchée par de Teau fraîche qui
fercit pernicieufe ; il ne faut pas non plus qu'il prenne
de nourriture , mais on lui fait avaler une forte dofe
de thériaque délayée dans de l'eau-de-vie , & ou
opère fur la blefllire en y faifant des fcarifications,
& y appliquant les ventoufesà plufleurs reprifés juf-
qu'à ce qu'on juge qu'il ne refle plus de venin ; alors
onmetfurlaplaieuncataplafÎTiecompoféd'ailpilédans
un mortier de bois , avec une forte d'herbe appellée
mal-rzommée , quelques autres plantes connues dans
le pays & un peu de poudre de têie ferpent. Avant
d'appliquer ces drogues, on en exprime lellic pour le
faire boire au malade , lequel , au bout de trois ou
quatre jours , doit être hors de danger.
Les nègres piayes , médecins ou forciers , font
ufage de la lliccion au-lieu de ventoufes , ayant foin
de le rincer la bouche à chaque fois avec de f eau-
de-vie ; ils appliquent enfuite fur la blefuire plufleurs
Amples &: drogues , dont ils fe réiérvent la connoif-
fance ; c'efl un fecret qu'on n'a jamais pu tirer
d'eux.
Comme l'efpece de ferpent , dont on vient de par-
ler , n'eft autre chofe qu'une très-groflé vipère , on
pourroit fans doute avec fuccès faire ufage du re-
mède que M. de Juflîeu a employé fl heureufement
fur un homme qui , en herboriflant , fut piqué au bras
par un de ces animaux. Ce remède conflfle à faire
prendre au malade dix à douze gouttes d'eau-de-
luce dans du vin , le bien couvrir enlliite , & répé-
ter ce traitement de demi-heure en demi-heure , juf-
qu'à ce que les fueurs abondantes ayant emporté la
caufe du mal.
La chair du. ferpent étant rôtie fur le gril & accom-
modée comme celle de l'anguille eft très bonne au
goût , mais il n'en faut pas faire un long ufage , l'ex-
périence ayant appris qu'elle fubtilifoit trop le lang.
Les ferpens changent de peau tous les ans ; ils fe
nourriffent de rats fauvages , de volailles , de gre-
nouilles & d'infedes ; ils s'endorment aufll-tôt qu'ils
font repus , jufqu'à ce que ce qu'ils ont avalé fé foit
entièrement corrompu &c confommé, car ces aiUT
maux n'ont pas une autre façon de digérer.
Serpent tête de chien. Cette efpece fe trouve com-
munément dans l'île de la Dominique ; 'îà lon2;ueuc
eft d'environ huit à neuf pies , & fa grofleur ef^ plus
forte que le bras ; il a la tête ramaflée , ayant quel-
que rapport à celle d'un chien ; fa gueule efl fendue,
bien garnie de dents , fans crocs ni venin. La peau
, de c& ferpent eft couverte de petites écailles grifes &
comme argentées fur les flancs ; le dos étant varié
de grandes marques noires bordées de jaiuie , & le
dcflbus du ventre , dont les écailles font prefque
aufli larges que l'ongle & fort minces , tire lur la
couleur de nacre de perle. La graille des tcte-de-
chiens cit efliméc un fouverain remède contre les
rhumatifines ; on prétend qu'étant appliquée un peu
chaude , elle appaife les douleurs de la goutte j I4
O ij
îoS
S E R
ftiçoii la plus orclln:ilre de s'en fcrv'lr eft de la mcîer
3-»ec partie égale d'can-de-vre ou de tatîa.
Serpent avuugle. ^'oyci Orvet.
Serpent cornu , céraste. Ceferpcnin Turla
mâchoire lupcricure une corne dure &; pointue ,d'oii
lui viont le nom ÀQprpenr. cornu. Seba donne la del-
crlption ik. la hgure de pluficars clpeces de ces fer -
pens.
StRPENt Esci'LAPE. Ce j'^r/jc/rr eft trcs Commun
en Allemagne , en Italie , en Eipagnc , en Pologne ,
en Aiie, en Afriqtte & en Amérique. Ruifch dit cjiie
la face lupéricure de c<z fcrpcnt eil d'un vcrd tirant
fur la couleur de poireau , à Texccption du dos qui
n une couleur noirâtre : la face inférieure eft d'un
blanc verdAtre. Seba donne la defcription de fept
tfpeccs deyt7?c/7i efiulapcs.
Serpent A LUNETTE, OM serpent couronné.
( PL Xyi. fig. 4. ) n eft ainfi nommé parce qu'il a
ïur la tête une tache dont la iîgure rcffcmble beau-
coup à celle d'une paire de lunettes à mettre fur le
T1C7. On trouve ce/jr/7i:/2f dans l'Amérique méridio-
nale , au Pérou , à Siam , aux grandes Indes , &c.
Seba domie la defcription & la figure de plufieurs
eipeces de firpcnr. à lunettes , qui différent les uns
•des autres par la grandeur & la couleur.
- Serpent a sonnettes , boidninga , vipera caitâl-
fona. ( P[. Xf^I. fs- 2.) On a donné le nom de fcr-
pentàj'onneetes à ce reptile , parce qu'il a l'extrémité
de la queue compofée de plufieurs anneaux larges &
mobiles , qui en frottant les uns contre les autres ,
font un bruit fem.blable à une forte de cliquetis , ou
au fon d'une lonnette fêlée. La morfure de ceferpent
pdffe pour très - venlmeufe. Seba donne la defcrip-
tion ik ia figure de plufieurs efpeces dey^r/je/z^àyc/z-
ncttcs qui différent par la grandeur & par les cou-
leurs. On en trouve en Amérique , dans les Indes
Orientales 6c dans les Indes occidentales. Il eft tait
meniion , dans les tranfadions philofophiques , d'un
ferpini àjonnettcs qui avoit près de cinq pieds & demi
de longueur : c'eft le plus grand de tous ceux dont
les auteurs ont parlé.
Serpent marin , poiffon de mer auquel on a
donné ce nom , parce qu'il a beaucoup de reffem-
blance avec le Jcrpent. Il devient long de trois ou
quatre coudées ; il a le corps plus rond que celui de
l'anguille ; la tête reffemble à celle du congre ; la
mâchoire fupérieure eft plus longue que l'inférieure,
& elles font garnies de dents toutes les deux comme
celles de la murène ; il y a aulïi des dents au palais,
mais en petit nombre. La couleur de ce poifion eft
jaune en entier, à l'exception du ventre & du bec
qui font cendrés. Il a deux petites nageoires auprès
des ouies ; les yeux ont une couleur jaune. Ronde-
let , hifl. nat. des poijjons , première partie, liv. XÎK.
chap. vj.
Le m.ème auteur fait mention , au chap vij. dulivrc
déjà cité, d'une autre elpece de Jerpent marin rouge,
dont les côtés font traverfés par des lignes qui s'é-
tendent depuis le dos jufqu'au ventre. Ce poiffon a
fur le dos une nageoire ôc une autre fur le ventre,
qui s'étendent toutes les deux jufqu'à la queue ; elles
iont compofées de deux petits poils très-minces &
tous féparés les uns des aiures. 11 y a un trait iur les
côtés du corps depuis la tète jufqu'à la queue qui
^ft terminée par une nageoire. Foyei Poisson.
Serpent volant. Seba donne La defcription de
deux efpeces dcjerpens volans ; comme il ne parle
pas de leurs ailes , c'eft fans doute des efpeces d'a-
contias qui le tiennent fur les arbres, &: qui s'élan-
cent fur ceux qui paffent deffous avec une impétuo-
fité fi grande , qu'on croiroit qu'ils volent, f^oyci
AcoNTlAS. Cependant Vefputius affure avoir vu
ûesferpens qui avoient des ailes , 6c Artus dit qu'il y
0 à ia Côte d'or des ferpcns ailés qui volent affe/:
S E R
"b^cn pour pretidre des oifeau:t en l'air. Voyei Dr.V^
GON.
Serpent , rampemint du , ( Phyfiq. ) j'ai déjà
p^rlé , au mot Rampement , de ce mouvement pro-
grcffîf des /^■r/'ivïj ;mais je ne pais m'ompêchcr d'a-
jOiiter encore deux lignes iur la jufteffe & l'cxadi-
tude prcfque géométrique qui fe rencontre dans les
mouvemens linueux que \csjcrpins font en rampant.
Les écailles annvillaires qui les affiftent dans cette
adion , font d'ime ftru6ture très-fingulicre. Sur le
ventre , elles font fitiiées en travers , 6:. dans un or-
dre contraire à celles du dos &Z du refte du corps :
non-feulement depuis la tête jufqu'à la queue , cha-
que écaille fupérieure déborde fur l'inférieure , mais
les bords lortcnt en dehors ; enlorte que chaque
écaille étant tirée en arrière , ou dreffée en qxielque
manière par fon mulcle , le bord extérieur s'éloigue
un peu du corps, &c fert comme de pié pour appuyer
Iç corps fur la terre , pour l'avancer , &C pour faci-
liter lun mouvement lerpentin.
Il eft aifé de découvrir celte ftmftufe dans la dé-
pouille , ou fur le ventre d\inferpcnty quel qu'il foit.
Mais ce n'eft pas tout , il y a encore ici une autre
mcchanique admirable , c'eft que chaque écaille a
fon mufcle particulier , dont une extrémité eft atta-
chée au milieu de l'écalUe fuivante. Le dofteur Ty-
fon a découvert cette méchanique dans lej'erpent k
ibnnettcs ; & lelon les apparences , elle exiftë de
même dans les autresjerpens , ou du moins dans les
gros fapens des Indes orientales & occidentales.
(Z)./.)
Serpens , pierres de , ( Hijî. nat. ) nom donné
par quelques auteurs aux coquilles foffiles pétjir
fiées , connues fous le nom de cornes d'ammon^
Serpens , langues de , ( Hifl. nat. ) nom que l'ort
donne quelquefois aux dents de poiflbns pétrifiées.
yoye^ GlOSSOPETRES.
Serpent-fétiche , ( Hijl. moi. fnperfiirlon. ) les
nègres d'Afrique prennent pour objet de leur culte
le premier objet , foit animé , foit inanimé , r: l'ils
rencontrent en fortant de chez eux pour exécuter
quelque entreprife ; tantôt c'eft un chien , un chat,
un inièiSe , un reptile ; tantôt c'eft une pierre , ou
un arbre , &c. Lorlque les nègres ont fait choix
d'une divinité qu'ils nomment fétiche , ils lui font
une offrande , & font vœu,de continuer à lui rendre
un culte, s'il les favorife dans le projet qu'ils médi-
tent ; lorfqu'ils réuffiflént , ils attribuent leur fuccès
à la divinité dont ils font choix ; fi au contraire
l'entreprife manque , \q fétiche eft oublié ; de cette
manière ces peuples font & défont leurs divinités à
volonté. Ces luperftitlons fi groffieres , n'empêchent
point ces nègres d'avoir des idées affez juftes d'ua
être fuprême , qu'ils regardent comme le fouverain
du ciel & de la terre ; ils lui attribuent la juftice ,
la bonté , l'omnifcience ; c'eft un efprit qui rélide
dans les cieux & qui gouverne l'univers ; malgré
cela leurs hommages font réfervés pour les féti-^
ches dont nous avons parlé.
C'eft l'ur-tout wnferpent qui eft la divinité la plus
révérée des nègres de la côte de Juidah ; ils l'invo-
quent dans les tems de féchereffe , dans les calami-
tés publiques , dans la guerre , &c. On lui offre alors
de l'argent, des pièces d'étoffes de foie, des mar-
chandifcs précieufes , des beftiaux vivans & des
mets délicieux ; toutes ces offrandes tournent au
profit des prêtres. Le /^t^c/j/ qui eft l'objet de ce culte
eft très-familier ; fa peau eft de la plus grande beauté
par la variété de fes couleurs. Il n'eft point veni-
meux , mais eft d'une efpece qui fait la guerre aux
autres & qui les détruit efficacement ; il eft même
facile de les diftinguer par leur forme & leurs cou-
leurs. Le relpedt que l'on a pour le grand ferpent-
fétichi , s'étend à tous les ferpens de fon efpece. \Jn
-s E 'R
-«apîtaîne anglois fut maffacre iî^iiriioyablemen^ ,
parce que les matciots de fon équipage avoient eu
le malheur de tuer un de ces Çupens qui étoit venu
fe loger dans leur magalin. Comme les cochons ie
nourriffbient Aq fcrperts , on a pris le parti d'en dé-
truire refpece , de peur qu'ils ne continuaient à
manger les divinités favorites de la nation. Le grand
£erpént-fctiche, que les nègres croient immortel , a un
temple magnitique , des prêtres auxquels la crédu-
lité des foiiverains a fait accorder des terres & des
revenus coniidérablcs : de plus tous les ans on con
ïacre à ce dieu un certain nombre de vierges choi-
sies dcftinées à fes plaiiirs ,, ou plutôt à ceux de fes
minières. Ces impofleurs Ibnt parvenus à perluader
au peuple qu'il eft un tems dans Tannée pendant le-
quel Xcsfcrpms faififfent toutes les jeunes fîUes qui
leur pkifent , & les jettent dans une efpece de dé-
lire qui ifuit leurs embraflemens ; les parens de ces
filles , pour les faire guérir de cette frénéfie , les met-
tent dans des hôpitaux fous la direftion des prêtres ,
qui travaillent à leur cure , & qui fe font payer un
prix confidérable à titre de penfion ; de cette ma-
nière ils favcnt fe faire payer même des plaifirs qu'ils
fe procurent. Ces penfions & les^ préfens qui les ac-
compagnent , font un produit immenfe ^ que les prê-
tres font pourtant obligés de partager avec le Ibu-
yerain. Les filles qui ont été guéries dans ces fortes
d'hôpitaux , font obligées de garder un fecret in-
violable fur les chofes qu'elles y ont vues ;la moin-
dre indifcrétion feroit punie de mort. Cependant on
nous dit que les prêtres impofteurs parviennent à
fafciner tellement ces vidimes de leur brutalité , qije
quelques-unes croyent réellement avoir été hono-
rées des embrafl'emens du grand firpent-fétiche. Bof-
man raconte que la fille d'un roi fut obligée de fubir
les mêmes épreuves que les autres. Rien ne feroit
plus dangereux que de révoquer en doute la probité
des prêtres & la certitude des amours de leurs dieux.
Ces prêtres fe noxum'^mi fed dures ,• ils ont un chef
DU fouverain pontife qui n'eiî: pas moins révéré que
le roi , & dont le pouvoir balance fouvent celui du
monarque; Son autorité eil fondée fur l'opinion du
vulgaire , qui croit que ce pontife eonverle familiè-
rement avec le dieu , & efl l'interprète de fes vo-
lontés. Lcsfieicheres ont une infinité de moyens pour
s'engraifTcr de la fubftancedes peuples qui gcmiffent
lous leurs cruelles extbrfions ; ils font le commerce,
ont un grand nombre d'efclaves pouf cuïtivef leurs
terres ; Si la nobleffe , qui s'apperçoit fouvent de
leur manège , eft accablée de leur crédit , 6c gémit
en filencedes impofluresde ces mlférables.
Le p-îinA ferpent-féùche a auffi des prôtrefTes , ap-
pellées beias , qui le confacrent à fon fervice ; les
anciennes en choififlent tous les ans un certain riom-
bre parmi les belles filles du pays. Pour cet eiïet ,
arméei de bâtons , elles vont courir dans les villes,
elles faififfent toutes les jeunes filles qu'elles ren-
contrent dans les rues ; & fécondées des prêtres ,
elles affomment quiconque voudroit leur oppofer
de la réfiilance. Les jeunes captives font conduites
au fcjour des prêtreflcs , qui leur impriment la mar-
que du grand ftipent. On leur apprend à thanter
des hymnes en Ion horineur , à former des danfes
autour dé lui , enfin ii faire valoir leurs charmes ,
dont elles partagent les revenus avec les vieilles
prêtrefles qui les inflruifent. Cela n'empêche poiut
que l'on n'ait pour elles la plus profonde vénération.
Serpent, en terme d'^jtronomU^ efl une conflella-
tionde l'hémifphere boréal , qu'on appelle plus par-
ticulièrement ferpint ophiuchiis.
Les étoiles de la conflellation Awfcrpérit , font ait
nombre de 17 dans le catalogue de Ptolomée, de 19
dans celui de Ticho , & de 59 dans celui de Tlam-
Iteed. Charnbers. (O)
S'E R
à^%
Serpent* lyAVRÀÎN ■^{Mifi.f&d.) figure ûWîrii
qui rcpréfenîoit \.mfaraph , owferpzntvolàni , & àuè
Moïfe fît mettre àu-defîus d'une pique ^ afîurant que
tous c&wx qui le regarderoient fcroient guéris de là
moî-fure desyêrfj^m ailés qui déiblerent les IfraéliteS
dans le deiert , comme il eflrapporté dans k livre dei
Nombres , chap. xxj. v. g.
Jefus-ChriiO:^ dans S. Jean, ch.iij. v. 4. nous aver-
tit que ce Jirpent ainfi élevé ^ étoit une figure de ft
j^afiion & de fon crucifiement J y/c«/ Moyfes exahavit
f erpentçm in defeno , ita txaltarl oporut Filium ho~
minls. Ce jerpent d'airain fut conîervé parmi les If-*
raélites jufqu'au règne d'Ezéchias , qui ayant appris
qu'on lui rendoit un culte fuperflitieux , le fit mettre
en pièces j, & lui donna par dérifion ie nom de lio-
hcjlan. /'i;j'e:5;NoHESTAN,
Marsham s'efi imaginé que Xçferperp.t d'airain étoit
une efpece de talifman , c'efl-à-dire de ces pièces dé
métal qui font fondues oc gravées foits certaines conf-
tellations , d'où elles tirent une vertu extraordinaire
pour guérir certaines maladies. Les uns attribuent ces
effets au démon , d'autres à la nature du métal, d'au-
tres aux influences desconfteilations. Marsham penfe
donc que ce/eA/'^.'z/ ^'^iVa//2 élevé par Moife, guériT-
foit les hébreux mordus dés ferpens , de la même ma-'
niere que les taiifmans guériiTent certaines hiala*
dics , par la proportion qui fe rencontre entre les
métaux dont ils font compofés , ou les influences des
aflres fous lefquels ils font formés , & la maladie dont
on dit qu'ils guériiTent ; mais c'efl attaquer un mira-
cle par des fuppofitions chimériques , puifque rieti
n'eft plus incertain que ces prétendues qualités qu'orii
attribue aux talilmans. Voye^ Talisman,
Buxtorf le fils au contraire dans fon hifloire dit
fcrpcnt d'airain , croit que cette figure devoit natu-
rellement augmenter le mal des blefies au-lieu de lô
guérir , en leur retraçant l'image des monflres qui i^i
avoient ficruellement déchirés , 5c que Dieu fit écla-
ter doublçment fa puiffance en guériffant par un
moyen qui devoit produire un effet contraire. Mais
il eil auifi inutile de grolïïr ce miracle qu'il efl té-*
méraire de le réduire à un effet purement naturel.
On prétend montrer à Milan , dans l'églifô de S.
Ambrojfp , un ferptnt d\iirain qu'on dit être le m.êmfi
que celui de Moïfe. L'Ecriture raconte trop pofiti-
vement la deflru£lion de ce dernier par Ezéchias^
pour qu'on ajoute foi à la tradition populaire des Mi-
lanois. Calmet j Dicl. de la BibU , tonu III. pa<^*
SeKpent, dans /'i^mVwre , fe prend auffi pour le
dcmon. he Jerpent invifible qui tenta Eve par l'organe
du fèrpent lenfible , étoit le démon , comme l'Écri-
ture 6c tous les commentateurs le remarquent. Quel-
ques-uns expliquent auffi du démon ce que dit Jol»
daferpent tortueux , chap, xxvj. v. /j. S. Jean ^ dans
VApocalypfe , ch. xij, v. ^ & 14. marque clairement
que le Jerpent ancien efl le démon 6c fatan : draco iUe.
magnus , ferpens antiquus , qui voaaiur diabotus & Ja*
tdnas , & Jcducit univerjum orbcm. Les Juifi appellent
aùfîi le démon Vancien Jerpent.
Serpent, ( Mythol.) cet animal efi un fymboie
oi-dinaire du foleil. Dans quelques monumens il fe
mord la queue , faifantun cercle de ion corps , pour
marquer le cours ordinaire de cet ailre. Dans \:s
figures de Mithras , il environne quelouefois Mi-
thras à plufieurs tours , pour figurer le cours annuel
du foleil fur l'écliptique , qui fe fait en ligne fjjirale.
Le Jerpent étoit auffi le fymboie de la Médecine , 6c
des dieux, qui y préfident, comme d'Apollon , d'Ef-
cUlape. Mais Paufanias nous dit que quoique lesy^/--
peris en général fbient confacfés ù ce dernier dieu,
cette {wcrogative appartient fiir-tout à une elpece par-
ticulière dont la couleur tire fur le jaune ; ceux-là ne
font point de mal aux hon>me$, 6i î'Epidaiirié «rt !•
iio SER
pays où 11 s'en trouve cUivantage. Le prpe'ht d'Epî-
claîire qui tut tranlj^ortcà Rome pour Èl'culape ,ctoit
dt cette efpocc. C'ctoit peut-être auffi de ces fortes
àejcrpens dont les bacchantes entortillolent leurs t) r-
les , ou les paniers mylliques des orgyes , &: qui ne
laillbient pas d'inlpirer tant de crauite aux ipec-
tateurs.
Les Egyptiens ne Ce contentoient pas de mêler le
ferpcnt avec leurs divinités; les dieux-mcmcs ctoient
louvcnt reprcicntcs chez eux , n'ayant que leur tête
propre avec le corps & la queue du/erpenc.^ Tel étoit
pour l'ordinaire Scrapls , qu'on reconnoît dans les
monumens , à i'a tcte couronnée du boilTeau , mais
dont tout le corps n'ert qu'iinyL-7^i«/Aplurieiirs tours.
Apis fe voit auiii avec une tête de taureau , ayant le
corps 6c la queue de firpenc vatrouiYée à l'extrémité.
Les génies ont été quelquefois reprélcntés fous la
fiqure a un ferpcnt. Deux firpcns attelés tiroient le
char de Triptolème , lorfque Gérés l'envoya par-
courir le monuc pour apprendre aux hommes à lé-
nier le blé. Quelques poètes ont imaginé que les y^r-
pcns étoient nés du fmg des Titans , & d'autres en at-
tribuent l'orieine au fang de Python ou de Typhon.
{D.J.)
Serpent , ÇLuther.^ inftrument de mufiqueà vent
que Ton embouche par le moyen d'un bocal. Cet inf-
trument eft du genre des cornets , & leur fert à tous
de baflé. Il forme l'unifTori du baflbn de hautbois ou
de huit pies, f^^yei l<i table du rapport de retendue des
infîrumens de Mujique. Cet inilrument , ainfi nommé
à cauie de fa figure ployée comme les ferpens repti-
les, eft compoîé de deux pièces de bois de noyer ou
autre propre à cela, que l'on creufe après avoir tracé
le contour B C D E F G en demi-cylindre concave,
lefquelles on colle enfuite l'une delfus l'autre , &
qu'on réduit enfuite par-dehors avec des râpes à bois
à environ une ligne ou ligne & demie au plus d'épaif-
feur ; puis on le couvre d'un cuir mince ou de
chagrin pour le conferver. Avant de mettre le cuir,
on met fous les plis , dans la partie concave , du nerf
de bœuf battu pour le renforcer en cet endroit , &
l'empêcher de rompre lorfqu'on le prend par la par-
tie B C. Voyei iafig. Pl.de Luth. Cet inftrument a fix
trous notés , / 2 3 4 3 (7, parle moyen defquels & du
vent que Ton inlpire par le bocal A B ,on lui donne
l'étendue d'une dix-feptieme.
Le bocal A B s'emboîte dans une frette de cuivre
ou d'argent , félon que le col du bocal ell de l'un
S E R
ou l'autre itiétal. Ce col eft recourbé , cotîime on voit
dans la fgure , pour préfenter plus facilement le bo-
cal ( lequel on emboîte dans le col ) à la bouche dé
celui qui joue de cet inftnmient. Le bocal ell une
petite cuvette ou hémifphere concave , laquelle efl:
ordinairement d'ivoire ; au milieu de cette cuvette,
qui peut avoir i ^ pouce de diamètre , eft un petit
trou qui communique par le coWcX a Ji?^.]] av. dans le
col de métal dnferpent diins lequel il entre.
Pour jouer de cet inftrument , il faut le prendre
des deux mains , cil forte que les trois doigts , index ^
médius Se annulaire de la main gauche bouchent les
trous '23, le pouce de cette main étant placé à
l'oppofitG des trous , pour pouvoir avec les autres
doigts tenir l'inftrument en état. Les trois mêmes
doigts de la main droite fervent à boucher les trous
45 G y vis-à-vis defquels le pouce de cette main eft
placé pour la même raifon.
Après avoir pofé les doigts fur les trous , on prc-
fente le bocal à la bouche , & on l'appliauc fur leâ
lèvres , en forte que l'air que Ton infpire dans le fer-
pent ne puifle trouver aucun paftage entre les bords
du bocal & les lèvres , mais qu'il foit contraint
de pafler dans le corps de l'inftrument ; pour cela
on mouille avec la langue les bords du bocal , qui
s'applique mieux par ce moyen liir les lèvres pour
faire les tons graves fur cet inftrument , purticulle-
rement ceux qui fe font tous les trous bouchés. Il faut
bien ménager le vent , & foufîler également ; pour
les autres tons oii il y a quelques trous de débou-
chés , ils font plus faciles à faire : il s'en trouve ce-
pendant quelques-uns qui ont le même doigté , lef-
quels par conféquent ne différent que par les diilérens
degrés de vîtefTe du vent qui anime l'inftrument ; tels
font la plupart des diéfes , des tons naturels, que l'on
peut faire cependant en ne débouchant que la moi-
tié du troufupérieur, ou en croifant les doigts, c'eft-
à-dire en débouchant le trou de la note fupérieure,
& en bouchant celui de l'inférieure de la note dont
on veut faire le diéfes. Foye^la tablature fuivan(e.,o\i
les notes de mufique tout voir quelle partie & quelle
étendue forme \t J'erpent. Foye^ auflî la table du rap-
port de l'étendue des infîrumens. Les zéros noirs 6c
blancs qui font au-defTous des notes , lefquel'es cor-
refpondent aux trous du j'crpehi , font voir quels trous
il faut tenir ouverts ou fermés pour faire les tons des
notes qui font au-deffus.
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SERPENTAIRE , f.f. ( Hi(l. nat. Bot. ) dracun-
culus ., genre de phnte , qui reffembleaupié de veau,
par les fleurs &: parles fruits ,& dont les fcuillesfont
découpées profondément en plufieurs pièces. Tour-
nefort , injl.rei herb, Foyc^^ Plante.
Cette plante eft le draainculus polyphyllus de C.
B. P. 195. & de Tourn. /. R. H. 160. draainculus
major ^ vulgaris ., Ray , hi[l. Sa racine eft plongée
profondément dans !a terre , elle eft blanche, vivace,
arrondie , de la grofleur d'une pomme , femblable à
s E R
une bulbe , garnie de plufieurs fibfcs , capillaires ,
blanches , couverte cKune écorcc jaunâtre , d\inc
faveiir brûlante. Il vient ordinairement à {(;s côtés
plufieurs petites bulbes par lefquelles elle fe ma!ti-
plie ; fa tigeefl unique , droite , delà groffeur d'un
pouce Se plus , haute d'une à Jeux coudées , cylin-
drique j lilïe, panachée de taches dediiférentes cou-
leurs , comme la peau des ferpens, & compofée de
gaines.
Ses feuilles font portées fur des queues fongueu-
fes , <k longues de neuf pouces , elles font partagées
enfix, fept, ou un plus grand nombre de fegmens
eu manière de main , étroits , lilles , & luifans ; du
niiiieu des feuilles s'élève une tige, greffe à peine
comme le doigt , dont le fommet eft occupé par
une gaine d'un pié de longueur, verte en-dehors ,
purpurine en-dedans, d'une odeur fort puante : cette
game étant ouverte , forme une fleur d'une feule
pièce, irréguliere, de la figure d'une oreille de lièvre ;
de fon fein fort un piftii noirâtre , long , gros ,
pointu , accompagné à la bafe de plufieurs fommets,
& de plufieurs embryons , qui fe changent en des
baies prefque fphériqucs , fucculentes, difpolées en
grappes vertes d'abord, enfuite rouges , brûlantes,
ik piquantes ; ces baies contiennent une ou deux
graines arrondies , un peu dures , ôd en quelque
façon ridées. Lajèrpcntaire vient dans les pays chauds,
& cil cultivée dans les jardins des apothicaires.
{D.J.)
Serpentaire , ( Mat. mêJ. ) les racines & les
feuilles de cette plante , ont les mêmes vertus que
celles dupié-de-veau ; de forte qu'on peutfubflituer
ces deux plantes Tune à l'autre. Cependant Simon
Pauli avertit que le plé-de-veau eft plus doux que la
ferpentairc ; c'efl pourquoi ilfaut prérérer celte der-
nière plante , lorfqu'on veut déterger un peu plus
fortement ; c'eft pour cette m.ême raiion qu'on l'em-
ploie plus fréquemment à l'extérieur, Géoffroi , mat.
med. La racine à.t J'crpmtairc enrre dans l'emplâtre
duibotamim.
Serpentaire d& Vïr^ink , ( Botan. éxot.') racine,
autrement nom-r-ée vipérine de Virginie , fcrpentaria
yii-giniana , colubrina virginiana , offic. Ceii une ra-
cine fîbreufe , menue , légère , brune en-dehors ,
jaimâtre en-dedans , d'une odeur agréable , aronia-
tixjue , approchant de l'odeur de la zédoaire , d'un
goût un peu acre & amer. On nous l'apporte de la
Vireinie.
Il faut choifir celle qui eft récente , aromatique ,
pure , &C non mêlée avec d'autres racines. Quelques-
uns confondent cette plante avec la racine du cabaret
de Virginie ; mais le coup d'oeil les diftingue facile-
ment , puilque les racines de ce cabaret ibnt noires;
il . s'appelle afaiitm virginianum , pijiolochix joins
fubrotundis , cyclamir.is more macuUuis,
Thomas Johnfon , qui a corrigé l'hifioire de Gé-
rard , afiure que c'ell la racine d'une plante appel-
lée ariflolochia , feu pijlolockla alccra , janpcr virens ;
Mais Rai qui avoit dit la mêmechofe , d'après John-
fon , dans fon premier tome Aç Vhijhire des pla/ues ^
paroît en douter dans le fecord volume : & enfin
dans le troifieme , il prouve que cette plante efl dif-
férente de la pilloloche de Crète de Clufius ; Pluk-
nefafiure que l'on nous apporte de Virginie, les ra-
cines de trois plantes , ibus le nom à^Jèrpcmaire de
Virginie.
La première fe nomme ariflolochia polyrrhlfon ^ ar-
ùculutis foliis ^ virginiana., Pluk.
Cette racine efl un paquet de fibres &; de chevelus
attachés à une tête , de laquelle s'élève une tige hau-
te de neuf pouces, garnie de quelques feuilles en
forme de cœur , 6l portée chacune fur une petite
queue; ces feuilles, en naiflant , font pliées parle
milieu , ont la figure d'iuia oreille ^ & une longue
S E R
%.
m
pointe à leur extrémité fupérieure ;les fleurs naiHent
du ba; de la tige , far de longs pédicules ; elles font
longues, creufes, droites, comme celles des arifto-
loches; portées fur un embryon , qui devient un pe-
tit fruit à cinq angles , lequel renferme dé petites
graines fem':)lables aux pépins de raifins.
L'd l'c'condc ferpcnca/re fe nomme anjiolochia violt
fnclicoj'é , follis virginicncs. , ciijus radix fcrpcmarid
dlcitur. C'ert une racine compofée de fibres très-me-
nues ,& blanche, de laqu. 'Ile s'élève une tige, le
plus fouvent feule , grêle , garnie de peu dé feuilles,
placées fans ordre , larges d'environ un pouce , fer-
UK^s , taillées en forme de cœur à leur bafe , & ter*
minées par le haut en une pointe aiguë ; chique
feuille efl foutenue fur une queue d'un pouce de lon-
gueur ; les fleurs naiffent vers le bas de la tige ; les
graincb font petites , & femblables à celles que con-
tient la figue.
La troïû>âme fc-pentaire Qd^ri-pcllce arijioloc'iin pif-
toloclii.i , caitU nodoj'o , fin ferpentaria , virginisna ,
D. Hanifler, c'efl la véritable efpcce à^ fcrpcntïirt.
Cette racine n'efl qu'un compoféde petites fibres,
de couleur jaune , d'une odeur , & d'un goût aroma-
tique ; elle poufîe une ou deux tiges , liffès, ou du
moins très-peu velues , cylindriques , fouvent droi-
tes ; elles ne font ni quadrangulaires , ni couchées
vers la terre , ni grimpantes comme les farmens ; les
feuilles naifîent lur la tige alternativement, & font
placées fiu* chique nœud; elles font minces, longues, .
pointues , taillées en manière de cœur vers la queue,
un peu velues cn-delïus, rudes cn-deiTous , faillantcs'
aux côtés, un peu gluantes, & s'attachent aux doigts ;
les fleurs fortent près de la terre , elles font feules ,
ou au nombre de deux ; leur talon qui efl large , ar-
rondis en forme de bonnet, fouîientun pavillon ou-
vert dans le centré , lequel eir de couleur pourpre
foncé ; le reile de la fleur efl d'un jaune fale ; le fruit
efl à fix angles , en forme de poire , & a environ un
pouce de diamètre lorfquil efl parvenu à fa maturité.
Cette plante n'ell pas toujours verte , car Idrfqueîcs
femences font mûres , les feuilles & les tiges feian-
nent & fe dcfféchent. ( Z>. /. )
Serpentaire d& Virginie , ( Mai.méd.') vipcrinc
de Virginie , ou pijloloclie. du Virginie ; la racine de
fcrpcntjire dt Virginie nous efl apportée feche de
l'Amérique , & principalement de la Virginie; elle a
une faveur acre , amere & camphrée , & une odeur
aromatique camphrée.
M. Carîheufer afTure qu'on n'en retire point d'hui-
le eiTentielle , excepté qu'on n'en diilille une très-
grande quantité d'une feule fois ; cet auteur a retiré
d'une once de ces racines, environ deux gros d'ex-
trair , par le riieniirue aqueux , & environ un gros
de matière réfineufe , par l'application de l'efprit de-
vin ; ce dernier principe lui a paru plus aftif que le
premier , l'un oc l'autre retiennent affez la faveur
propre de la plante , & le dernier retient de plus une
partie de fon parfum.
Cette racine ell fingulierement efîimée parles ha-
bitans de la Virginie , parce qu'ils la regardent com-
me un remède fouverain contre la morfure du fer-
pent très-venimeux , appelle boccininga ; ç\\c paffe
aufîi ]5our guérir de la morfure des chiens enragés,
pour prévenir & même guérir l'hydrophobic.
Elic efl comptée en Europe , parmi les remèdes
diaphorétiques , diurétiques , carminatifs , forti-
fîans , & vermifuges ; &; parmi les alexipharmaques,
& les hyflériques les plus puifîans ; & même M. Car-
theulér avertit de l'employer avec beaucoup decir-
confpedion : dans les cas oii il féroit dangereux de
trop échauffer, exciter , irriter, on doit la donner
en infulion dans du vin , depuis un fcrupule julqu'à
wn gros; & on peut la faire entrer en (iibllance dans
les poudres conipofces, ik. dans les éleduaifcs ma-
m S E R
o'iftraiix ; la clofe c\e la teinture cft depuis dix- iufqu'à
quarante i;outtcs; tous ces remèdes Ibnt recomman-
dés dans kl pclte , les tievres malignes , la petite vé-
role , & autres maladies éruptives , la faufle clqiu-
nancic , l'apoplexie Icreule , la paralyfic , les rie-
vres quartes intcrmitentes rebelles , la pairion hyilé-
riquc , la iuppreiilon des règles , la morlitre desani-
niaux vénéneux , &c.
La racine icjcrpcncuin de Virginie entre dans l'eau
thériacale, l'eau générale, & Vorviaanum prxfian-
tiiis de la pharmacopée de Paris ; l'extrait de cette
racine entre dans la thériaque célelte. (A)
Serpentaire, 1". m. ell le nom qu'on donne dans
VaJhonornic>v\\nQ con'dellation derhemilphere boréal,
anpellée auiH ophiucus^ 6c -dnciermenicnt Efcuiapius.
l'oje;; CONSTELLATION.
Les étoiles de cette conftellation font au nombre
de 29 , dans le catalogue de Ptolomée ; de 25 , dans
celui de Tlcho , &: de 69 dans le catalogue de Flaml-
lead. Chambtrs. (O)
SERPENTE , {Papeteriz. ) efpece de papier qui
prend Ton nom dulerpent dont il eft marqué; il efl du
nombre des petites fortes de papier ; fon ufage ordi-
naire ell pour faire des éventails. {D. J.)
SERPENTEAU , f. m. ( Jnijiu. ) les artificiers
appellent ainfi de petites fufées volantes iiuis baguet-
tes , qui au lieu d'aller droit en haut , montent ob-
liquement , & defcendent en tournoyant çà & là ,
& comme en ferpentant fans s'élever bien haut.
On fe fert de la compofition des fufées volantes
pour les faire ; à l'égard de leur conflrudion , il faut
prendre des baguettes de fer , rouler defllis deux
cartes à jouer l'une fur l'autre , qui feront couvertes
d'un papier , enforte que ce papier paroilîe toujours
defllis , & que les cartes foient au-dcdans ; il fera
néceffaire de mouiller un peu ces cartes , pour les
rendre plus maniables; mais il faut ne les employer
que lèches ; on collera avec de la colle faite de farine
ù. d'eau , ce papier dans toute fa longueur , pour
l'arrêter.
On prend la culotte du moule, que l'on fait en-
trer par un des bouts àxxfcrpenteau , & en cet endroit
on l'étrangle avec de la ficelle à paulmier , que l'on
graiffe d'un peu de favon , & quand il a été étran-
glé , vous le liez avec un peu de fil.
On rapporte enfuite un autre moule -A'" par deffusce
Jcrpenteaii , qui par ce moyen fe trouve enfermé de-
dans ; on le charge de la compofition marquée ci-
defliis , avec un tuyaude plume , & d'abord on y
en fait entrer jufque environ au milieu à\x ferpenteau ;
on refoule la compofition avec la même baguette de
fer , fur laquelle le ferpcnteau a été roulé , & l'on
trappe defïïis avec quelque palette ou léger maillet.
Lorfque ce feipcnteau eft chargé à moitié , l'on y
fait entrer un grain de vefle , & l'on achevé de le
charger avec de la poudre grenée , jufqu'à une dif-
tance du bout , pour y pouvoir mettre un petit tam-
pon de papier mâché , que l'on frappe par - deffus
avec la baguette de fer ; ce papier étant entré , 6c
laifTant un petit efpace vuide au-defiiis de lui , on
étrangle Icjzrpcntcau dans cet endroit , & on le lie
avecun bout de fi! , comme on l'a fait de l'autre cô-
té , avec cette différence que ce bout-ci efl: tout ter-
me , & que l'autre a confervé l'ouverture qui y a
été faite par l'aiguille ou broche qu'on a fait entrer
dedans; on remplit enluite ce vuide d'un peu d'a-
morce que l'on fait avec de la poudre écrafée 6c pai-
tric avec de l'eau.
On donne encore le nom '\q fcrpenieau , à un cer-
cle de fer muni de petites grenades chargées , 6c de
pointes aiguës , qu'on jette fur une brèche.
SERPE"NTEMENT , f. m. ( Géom.) partie d'une
courbe qui va en ferpentant.
Le caraQere du Jerpcnument efl que la courbe peut
S E P^
être coupée en 4 points , par une même ligne droite;
ainfi les l'crpintcinens ne peuvent fe trouver que dans
les lignes du quatrième ordre. /^c)yt;{ Courbe &■
Equation.
On z\)^c\\ct ferpen(im:nt Infiniment petit , celui oit
on peut imaginer une ordonnée , qui étant fuppofée
touchante de la courbe , y ait 4 valeurs égales , ou.
davantage ; par exemple le courbe qui a pour équa-
4
tionjK =.}/ X ^ wnfirpcnicmint infiniment petit à fon
origine , puifque li on traniporte l'origine à une dif-
tancc =^a , en confervant toujours les.v, on aura en
fiiifant y=- 2 — <ï , l'équation i — a = .y , qui donne
lorfque x= o , quatre valeurs de 2 , toute égales à a.
C'efl pourquoi un point d'un courbe fera un fer-
pcnument infiniment petit , fi en tranfportant l'ori-
gine en ce point , & rendant les nouvelles ordon-
nées u parallèles à la tangente en ce même point , on
a en ce point u'' ■=. A ^^' ^ 3 étant un nombre impair
quelconque < 4.
Si on avoit k ' = ^ ^ 3 ^ le point de ferpentement
ferolt avec inflexion , fi on avoit u^ =^ Ai> ^la point
àtferpamment feroit double ; fi « ^ — ^ ^ 3 ^ \\ (croit
double avec inflexion , & ainfl de fuite. Voye^^ le
traité des courbes de M. Cramer. (O)
SERPENTER , v. n. (^Gram. ) c'efl fe mouvoir
d'une manière tortueufe , comme le ferpent. Voye:^^
Serpentement.
Serpenter , terme de Manège , c'efl conduire un
cheval en ferpentant , & tracer une pifle tournée en
ondes. Le mot ferpenter a été fubftitué à celui de fcr-
péger , qui n'eft plus en ufage. (Z>. /.)
SERPENTIN, f. m, (Chimie.') long canal en zig-zag
interpofé entre la cucurbite & le récipient dans le
grand alembic à efprit-de-vin , & à rectifications.
Cet appareil diftilatoire n'eft prefque plus employé
par les artifles modernes , & il efl en effet d'un ufa-
ge fort incommode & aifez inutile , du moins pour
les opérations communes qu'on avoit coutume d'y
exécuter, la diftillation de î'efprit-de-vin par exem-
ple, voyi;^ 'Distillation 6 Esprit-de-vin , fous
le mot Vin.
On donne aufTi le nom àeferpentin à une efpece de
réfrigérant. AVye^ Réfrigérant. (/>)
Serpentin , terme de fAn milieuire ; c'efl propre-
ment le chien du mouiquet ou la partie de la platine
qui tient la mèche , avec laquelle on met le feu au
mouiquet. Voye^ Chien.
Serpentin, f. m. terme de relation; c* eu un ha-
mac de colon dans lequel les gens riches fe font por-
ter au Bréfil. Ces hamacs de coton s'appellentyèr^fi/^*
tins ; &c ce nom leur vient peut-être de ce qu'ils font
faits fur le modèle de ceux dans lefquels les faiiva-
ges dorment , après les avoir fufpendus entre deux
arbres, pour éviter les ferpens. (i). /,)
SERPENTINE , f. f. {Hifi. nat. Litkolog.) ophitcs,
firpcntinurn marmor. marinor :^oebIicenfe. Pierre du
genre de celles qu'on appelle oliaires , qui efl ordi-
nairement verte ou grile , remplie de taches noires
ou blanches ; elle eft douce au toucher, peu dure 6c
facile à tailler ; M. Pott la met au nombre des pier-
res argilleufes , à caufe de la propriété qu'elle a de fe
durcir dans le feu , & de ne point faire effervefcen-
ce avec les acides. Par ces qualités la ferpentine dif-
fère eflentiellement du marbre , & l'on voit que c'efl
à tort que quelques naturaliftes l'ont mife dans ce
genre; peut-être qu'ils ont été trompés par des mar-
bres dont la couleur poiivoit être la môme que celle
de (\\\c\(\\\ç.sjcrpentines. Son nom lui vient de ce qu'el-
le reliemble ù la peau d'un ferpent.
L?L ferpentine fe trouve fur-tout à Zoeblitz en Mif-
nie ; voilà pourquoi on l'a quelquefois nommée mar-
mor -{otbUctnfi. La facilité avec laquelle cette pierre
le taille fait qu'on en forme une infinité de vaifteaux,
de
v3 ji_i
R
île boîtes , d'écritoires , &c. que l'on tranfpovte fort
loin.
On a été autrefois dans le préjugé de croire que la
Jcrpintim avoit la vertu de déceler les poifons ; mais
il ne faudroit confeiiler à perfonne d'en faire l'expé-
rience.
On voit par ce qui précède , que cette pierre , à
l'exception des couleurs & des accidens , ne diffère
en rien de la pierre de lard & des autres pierres ol-
laires. Voyci Ollaires.
Serpentine, {Marcchal.')\^ngnefirpentine. f^^^oje^
Langue.
SERPER , terme de Galère ; c'efl lever l'ancre.
SE R PERJS TRUM,{ Liuémt. ) forte d'éclifle de
bois que les Romains attachoient aux jambes des en-
fans pour les redrefler. Cicéron appelle figurément
feperafira les officiers d'une cohorte romaine , char-
gés de rétablir l'ordre dans la province , comme les
écliffes redreflbient les jambes cagneufes. (Z?. /.)
SERPETTE, f f {OutUcrÂgricult.) petite ferpe
qui fert aux vignerons & aux jardiniers à tailler , à
enter les arbres & à faire les vignes.
Pour taillet les arbres , foit branches , foit racines,
on a néceffairement befoin de deux bons outils ; fa-
voir , d'une ferpetti & d'une fcie. La ferpette fert à
couper tout d'un coup le bois qui efl jeune & vif^ ,
.tendre , bien placé , & d'une grofleiir médiocre , fi
bien qu'il ne faut jamais employer \d. ferpette à l'en-
droit où fon tranchant s'émoufléroit auffi-tôt , & oit
la fcie feroit mieux qu'elle. Q}\g\ç[i\çs ferpettes font
irop courtes , eu égard à leur longueur , & d'autres
ne le font pas affez. Il faut qu'elles tiennent un julle
jnilieu.
La matière doit être d'un bon acier & bien trem-
pé ; de forte que le tranchant ne fe rebrouffe, ne s'é-
graine ou ne s'ébreche pas aifément. Il faut qu'elles
foient bien affilées , fouvenî nettoyées de la craffe
iqui s'y attache en travaillant , te qu'elles foient au-
tant de fois repafîees qu'on s'apperçoit que le tran-
chant ne coupe pas bien , c'eil-à-dire qu'elles ne paf-
fent pas aifément à proportion de l'effort qu'on faiti
Quand on a beaucoup d'arbres à tailler , il eft be-
foin d'avoir beaucoup à^ferpettis pour en changer
fouvent. Il faut encore que l'alumelle de ces ferpettcs
foit de médiocre grandeur, c'efl -à- dire qu'elle ne
foit que d'environ deux pouces , jufqu'à l'endroit où
la courbure du dos commence ; & enfuite toute la
courbure , jufqu'à l'extrémité de la pointe , doit en-
core avoir deux pouces ; enforte que le tour du de-
hors ne foit que de quatre pouces en tout. Le man-
che doit tirer plus au quarré qu'au rond , & le bois
de cerf y eu. très-propre. Il faut que ce manche foit
d'une groffeur raifonnable pour que la main foit plei-
ne , & qu'elle le puiffe tenir bien ferme , fans qu'il
tourne ou qu'il lui échappe en faifant effort ; une
groffeur de deux pouces 6c huit lignes , ou tout au
plus de trois pouces , eft celle qu'il faut pour l'ufage
d'un homme qui fe plaît à tailler toutes fortes d'ar-
bres , & c'eft une des plus utiles occupations de la
campagne ; c'étoit celle du grec dont parle Aulu-
gelle :
Unfage ajfe\femhlable au vieillard de Virgile ,
Homme égalant les rois, homme approchant des dieux
Et comme ces derniers , fa tl s fait & tranquille.
Son bonheur confiflolt aux bzautîs d^ un jardin.
Un Scythe Cy trouva , qui la fcrpe à la main ,
Defcs arbres à fruit retrancholt tlnutlle ,
Ebrancholt , émondolt , ôtolt ceci , cela ,
Corrigeant par tout la nature ,
Exceffive à payer fes foins avec ufure. (J), /,)
SERPHO ou SERFO ou SERFOU , {Géog. mod.)
île de l'Archipel, connue des anciens Grecs &: Ro-
Tome XV.
S E P^ ïï|
mains , fous le nom de ferlphos 6c ferîphtts. Voyc? Sa-
RIPHUS.
Les François nomment cette île Sérlpke ; les Ari-
glois , Strfanto ; & les Italiens , Scrfino. Le périple
de Scylax & Strabon , la mettent au nombre des Cy-
clades ; mais Etienne le géographe la compte entre
les Sporades ; elle eff fituée à 36 degrés , 56 de lat.
feptentrionale , à 20 lieues nord-oueff de Naxie , à
30 de la côte orientale de la Morée , & à 12 milles
N. O. de Siphantho. Pline ne donne que 1 2 milleS
de circuit à cette île , quoiqu'elle en ait plus de 36.
Son port l'a rendu recommandabie , même du tems
de la belle Grèce ; cependant il ne faut pas chercher
des antiquités dans Serpho : cette île n'a jamais été
ni puiffante , ni magnifique ; c'eft un petit pays dont
les montagnes font rudes & efcarpées , couvertes de
pierres & de rochers , & l'on y trouve encore ceux
qui ont donné lieu à la fable de Perfée. Séneque
parle de cette île , comme d'une île inculte , & le
Scholiafte d'Ariftophane la qualifie de très-chétive.
Il y a beaucoup d'apparence que les mines de fer
& d'aimant de cette île , n'étoient pas connues dans
ce tems-là ; caronn'auroit pas manqué d'en attribuer
la production au pouvoir de la Gorgone ; cependant
ces mines font à fleur de terre , & les phiies les dé-
couvrent tous les jours. La mine de fer y eft étoilée
en plufieurs endroits , comme le régule d'antimoine
étoile. Celles d'aimant y font fort abondantes ; mais
pour en avoir de bons morceaux , il faudroit creufer
profondément , ce qui eft très-difficile dans un pays
où parmi tant de fer , à peine trouve-t-on des outils
propres à arracher les oignons qu'Us cultivent par-
mi leurs rochers dans de petits fonds humides ; ces
oignons font fort doux , au heu que les oignons de
Siphanto font auffi acres que ceux de Provence.
Enfin , les habiîans de Serpho font fi glorieux d'a-
voir de fi bons oignons , & ils les trouvent fi déli-
cieux , qu'ils ne s'avifent pas de prendre les perdrix
qui mangent la moitié de leurs grains & de leurs rai-
fins. Il n'y a dans cette île qu'un bourg qui porte le
même nom , & un méchant hameau appelle San-Nl-
colo.
Le bourg eft autour d'une roche affreufe à 3 mil-
les du port , & ce port qui eft d'une grande beauté
ne fert de retraite qu'à des vaiffeaux dévoyés dans
une violente tempête , qui viennent s'y mettre à
couvert de la fureur des vagues ; car les habitans de
l'île font auffi fainéans & auffi méprifables que leurs
ancêtres. Ils font pauvres , groffiers, parlent un grec
fort corrompu , & le prononcent d'une manière niai-
fe & rifible. Ils ne recueillent qu'un peu d'orge &
de vin , ne forment dans toute l'île qu'environ mille
perfonnes , qui payent huit cens écus de taille réelle
& de capitation.
L'île eft gouvernée pour le fpiritueî par un vicaire
de l'évêque de Siphanto. Les meilleures terres appar-
tiennent aux moines de S. Michel , dont le couver.t
eft au nord , à deux lieues du bourg , & habité p;,r
des caloyers fous la direftion d'un abbé. Nous remar-
querons en paffant , que quoiqu'cn France on com-
prenne tous les moines grecs fous le nom de caloyer>-^
il n'en eft pas de même en Grèce ; il n'y a que 1-. s
frères qui s'appellent ainfi , car pour ceux qui foi t
prêtres , ils fe nomment léromonaches.
M. de Tournefort étant à Serpho , dit qu'après les
mines d'aimant , la plus belle chofe qu'il y ait dans
cette île en fait d'hiftoire naturelle, eft une efpcce
d'œillet , dont le tronc vient en arbriffeau dans les
fentes de ces horribles rochers qui font au-deffus dii
bourg ; c'eft le caryophyllus gracus , arborcus , /»•«-
eoll folio peramaro. Corol. /. R. H. 23. (^D. 7.)
SERPIGO , f m. en Médecine , c'eft une efpcce de
herpès , appellée vulgairement dartre. Voyc^ Herpès
6- Dartre.
114
S E R
S
E R
Cette maladie confuie en un grand nombre de
très-petites pullules, qui s'élèvent très-près les unes
-des antres ; quelquefois en forme circulaire , en cau-
lant des dénuinrcaiions & des douleurs très-grandes;
elles ne viennent jamais à luppuratlon , &: on ne les
guérit qu'avec beaucotip de diificultc ; car après
qu'elles ont paru entièrement dilîipces , elles repa-
roiilent fort louvent en ditlérens temsde l'anncc. Le
peuple les frotte ordinairement avec de l'encre;
mais quand la maladie ell fixée, il faut premièrement
employer quelques remèdes généraux. Voye^ Li-
chen , LM]'! I IGO, &c.
SERPILLER , V. n. (^Jardinage.') terme fort ufité
dans le jardinage; c'eft couper des deux côtés jiif-
qa au maître-brin , des paliffades trop épailTes , qui
lans ce foin déchoicroicnt bientôt de leur beauté. Il
eft vrai que cette opération les dégarnit la première
année; mais elles pouflent fi vigoureufement de tous
côtés , qu'elles en font plus belles la féconde année.
SERPILLIERE, f. f. {Emballage.) forte de grolTe
toile que quelques marchands font pendre aux au-
vents de leurs boutiques, pour ôter une partie du
i'our afin d'empêcher qu'on ne découvre facilement
es d'ife(ihiolités qui fe rencontrent fur leurs mar-
chandifes Ce mot fe dit encore d'une forte de très-
grolfe toile de fort bas prix , dont les marchands & les
Emballeurs fe fervent pour emballer leurs marchan-
difes. La plupart des marchands qui vont aux foires ,
renvoient chez eux les fcipillicres qui ont fervi aux
emballages des marchandifes qu'ils ont vendues. On
ie fcrt auffi Aq fci pillieres pour faire des torchons. Sa-
vary. (D. J.)
SERPOLET, {. m. fcrpîllnm , {ffift. nat. Botan^
genre de plante qui ne diffère du thym qu'en ce que
lés tiges font plus bafles , moins dures & moins
ligneufcs. Tournefort , infi. ni. hcrb. Voye^ Plante.
Ce genre de plante fi bien nommé par les Anglois,
the jnother of thywe , plaît beaucoup par fon odeur
agréable , & par fes jolies fleurs. Tournefort en com-
pte douze efpeces; mais je m'arrêterai à la plus elti-
mée dans la Médecine : c'efi: le petit ftrpolu , ferpil-
lum viilgare minus ^ injl. rci herb. iC)y. Sa racine efl
menue , ligneuf'e , vivace , brune, garnie de fibres ca-
pillaires. Elle pouffe plufieurs petites tiges, quar-
récs , dures , rougeatres & baffes ; les unes s'élèvent
droites à la hauteur de la main; les autres ferpentent
ôc s'attachent çà & là à lafurface de la terre par des fi-
bres déliées, d'où lui vientfon nom, tant en grec qu'en
latîn. Ses feuilles font petites, vertes, un peu plus
larges eue celles du thym, arrondies, nerveufes, d'un
goût acre & aromatique. Ses fleurs naifîent aux fom-
mets des tiges, petites, dif'pofées en manière de tête,
de couleur ordinairement purpurine , quelquefois
blanche ; chacune d'elles efl un tuyau découpé par le
haut en deux lèvres , & foutenu par un calice fait en
cornet. Lorfque ces fleurs font tombées, il leur fuc-
cede de petites femences prefque rondes , renfer-
mées dans une capfule, qui a fervi de calice à la
fleur.
Cette plante croît aux lieux incultes, montagneux,
fecs, rudes, lablonneux , pierreux; dans les champs;
dans les pâturages; en un mot prefque par-tout. El-
le fleurit au mois de Mai. Elle répand une odeur
agréable, & a un iioùt aromatique. {D.J.j
Serpolet , (Mac méJ.) ferpolct citroné & petit
JerpoLt ; on emploie indifféremment ces deux plan-
tes. Elles ont les vertus Ô>: les uiages communs de la
plupart des plantes à fleurs labices de Tournefort,
qui font aromatiques & chargées d'huile effentielle.
"L'i fcrpoUt a fur-tout la plus grande analogie avec la
marjolaine , le bafilic, l'origan &: le thym. Ces plan-
tes cc>nftitucnt dans cette claffe, relativement à leur
compolition naturelle & à leurs vertus médicinales,
une dlvlilon fj)écifi('e par une douceur fint^iiHcr'e
dans leurs principes aftifs , un degré d'énergie moyen
ou tempère. /"ov(r{ Marjolaîne & Thym.
SEÎUUE ou SERROCE , {Gcog. mnJ.) ville de la
féconde Macédoine , dans l'exarchat de ce nom, flir
la mer Blanche , vers l'embouchure du Stromone.
Elle étoit évêché dans le v, fieclc , & archevêché ho-
noraire dans le ix. (/)./.)
SERRAGE ou SERRES du vaijfeau. Voy^i Vaï-
GRES,
SERRAIL , {Jrch'f. turque.) palais deftinc à ren-
fermer les fultanesik les cfclaves de l'empereur turc
& perfan. Les feigneurs de ces deux empires ont aufîi
des fcrrails proportionnés à leurs facultés & à leiu:
puiffancc ; mr/is il ne s'agira dans cet arjicle que du
fcrrall dc Conflantinople , nommé padifcka-ferai , pa-
lais de l'empereur ;/era/ d'où nous avons fait le mot
fcrrjil ^vcnt dire palais , & padifcha , empereur.
Ce palais ell à gauche tout à l'entrée du port,&
occupe la place de l'ancienne ville de Byzance, fur
la pointe de la prefqu'île dc Thrace, où efl précifé-
ment le Bofphore. he.ferr.ail qui efl l'ouvrage de Ma-
homet II. a près de trois milles de circuit; c'eft une
efpcce de triangle, dont le côté tenant à la ville eft le
plus grand , celui qui eft mouillé par les eaux du
Bofphore eft à l'eft , & l'autre qui forme l'entrée du
port eft au nord : les appartemens font fur la hau-
teur de la colline , & les jardins llir le bas jufqu'à la
mer.
Quelque grande que folt cette enceinte, les de-
hors du palais n'ont rien de rare ; & s'il faiît juger de
la beauté des jardins par les cyprès que Ton y décou-
vre, l'on conviendra qu'ils ne font pas mieux enten-
dus que ceux des particuliers. On affefte de planter
dans le /irn?i/des arbres toujours verds, pour déro-
ber aux habitans de Galata & des autres lieux voifins,
la vûedesfultanes qui s'y promènent.
Quoiqu'on ne voie que les dehors àwfetrail^ W efl
à préfumer que l'intérieur de ce palais n'a rien de ce
que nous appelions yw/'tr/'ê & magnifique ; parce que
les Turcs ne favent guère ce que c'eft que rnagwfi-
crict en bâtimcns , & ne fuivent aucune règle de
bonne architetfure. S'ils ont fait de belles m.ofquées,
c'eft qu'ils avoient un beau modèle devant leurs
yeux, qui étoit l'églife de Ste Sophie; encore ne fau-
droit-il pas fuivre un pareil modèle pour bâtir des
palais fuivant les règles de la bonne architeclure. On
s'apperçolt aifément en voyant les grands combles
des kiofcs ou pavillons turcs , que l'on commence à
s'éloigner d'Itahe, & à s'approcher de laPerfe^i mê-
me de la Chine.
Les appartemens duT^rr^i/ont été faits en différens
tems, & fuivant le caprice des princes & des fulta-
nes ; ainfi ce fameux pabis eft un affeniMage de plu-
fieurs corps de logis , entaffés fouvent les uns fur les
autres, & féparés en quelques endroits. On ne doute
pas que les appartemens ne foient fpacieux & riche-
ment meublés. Leurs plus beaux ornemens ne confî-
flent ni en tableaux , ni en ftat\ies; ce font des pein-
tures i\ la turque, parquetées d'or & d'azur, entre*
mêlées de fleurs , de payfages , de culs-de-lampes , &
de cartouches chargés de fentences arabes, comme
dans les maifbns des particuliers de Conftantinople.
Les bafîins de marbre , les bains , les f.>ntaines jail-
liffantes, font les délices des Orientaux, qui les pla-
cent aux premiers étages , fans craindre de trop char-
ger le plancher, C'étoit auffi le goût des Sarraflns &
des Maures, comme il paroîr par leurs anciens palais,
& fur-tout par celui de l'Alhambra qui eft à Grenade
en Efpagne , oii l'on montre encore comme un pro-
dige d'architeflure, le pavé dc la falledes Lions , qui
eft fait de plaques de marbre plus grandes que celles
des tombes de nos égliies.
S'il y a quelques beaux morceaux dans Xeferrail^
s E R
ce font des pièces que les ambaffadeurs des princes y
ont fait apporter , comme des glaces de France & de
Veniie , des tapis de Perle , des vales d'Orient. On dit
cjue la plupart des pavillons y font foutenus par des
arcades , au-deffous defquelles font les logemens des
officiers qui fervent les fultancs. Ces dames occu-
pent les deifus, qui font ordinairement termines en
dômes couverts de plomb , ou en pointes chargées de
eroilTans dorés ; les balcons , les galeries , les cabi-
nets, les belveders, font les endroits les plus agréa-
bles de ces appartemens. Enfin à tout prendre de la
manière qu'on dépeint ce palais , il ne laifie pas de
répondre à la grandeur de Ion maître ; mais pour en
faire un bel écîiiice , il faudroit le mettre à-bas, & fe
fervir des matériaux pourenb«tir un autre lur un
nouveau modèle.
L'entrée principale du. ferrai!, eil un gros pavillon
à huit croiiées ouvertes au-defùis de la porte ; une
grande entrée qui eil: lur la porte même , quatre
plus petites à gauche fur la même ligne , 6c autant de
même grandeur à droite. Cette porte dont l'empire
ottoman a pris le nom, efl fort haute, fimple, cein-
trée en demi-cercle , avec une inicription arabe fous
le ceintre ; & deux niches, une de chaque côté,
creufées dans l'épailfeur du mur.
Elle relfemble plutôt à un corps-de-garde, qu'à
l'entrée du palais d'un des plus grands princes du
monde : c'eft pourtant Mahomet îl. qui la fit bâtir ;
& pour marquer que c'eft une maifon royale, le
comble du pavillon de l'entrée eft relevé de deux
tourillons ; 50 capigis ou portiers , font commandés
pour la garde de cette porte ; mais ils n'ont ordinai-
rement pour arme qu'une baguette à la main.
On entre d'abord dans une grande cour , beaucoup
plus longue que large ; à droite iont les infirmeries ,
a gauche les logemens des azancoglans , c'efl-àdire
des perfonnes deuinées aux charges les plus viles du
jlrrail ; la cour des azancoglans renferme les chan-
tiers pour le bois qui fe brûle dans le palais ; on y en
met tous les ans cuarante mille voies, & chaque
voie eft une charretée que deux bufles ont peme à
tirer.
Tout le monde peut entrer dans la première cour
du firraU ; les domelîiques & les efclaves des pachas
& des agas qui ont affaire à la cour, y reftent pour
attendre leurs maîtres , & prendre foin de leurs che-
vaux: mais on y entendroit pour aind dire voler une
mouche ; & fi quelqu'un y rompoit le filcnce par un
ton de voix un peu trop élevé , ou qu'il parût man-
quer de refpeft pour la maifon du prince , il feroit
bâtonné fur le champ par les oUiciers qui font la ron-
de: il femble même que les chevaux connoilîént oii
ils font, ôclans doute ils font dreffésày marcher plus
doucement que dans les rues.
Les infirmeries font deftinces pour les malades de
la maifon ; on les y conduit dans de petits chariots
fermés, & tirés par deux hommes. Quand la cour
eft à Conftantinople, le premier médecin 6i. le pre-
mier chirurgien y font leurs vifites tous les jours , &
l'on affure que l'on y prend grand foin des malades:
on dit même qu'il y en a plulieurs qui ne font pas
trop incommodés , 6c qui n'y vont que pour s'y repo-
fer & pour y boire du vin ; l'ufage de cette liqueur,
défendue févérement partout ailleurs , eft toléré
dans les infirmeries, pourvu que l'eunuque qui eft à
la porte, ne furprenne pas ceux qui le portent.; car
en ce cas, le vin eft répandu par terre , & les porteurs
font condamnés à deux ou trois cens coups de bâ-
ton.
De la première cour on pafTe à la féconde ; fon en-
trée eft au lîl gardée par 50 capigis. Cette cour eft
quarréc, d'environ 300 pas de diamètre, mais plus
belle & plus agréable que la première ; les chenîins
en font pavés , & les allées bien entretenues ; tout le
Tonii XV,
S E R in
rcfte eft en gazon fort propre , dont la vej-dure n'eft
interrompue que par des fontaines qui en entretien*
ncnt la fraîcheur.
Le trélor du grand-feigneur , 6c la petite écurîé
font à gauche , & l'on y montre une fontaine où l'on
failoit autrefois couper la tête aux pachas condam-
nés à mort ; les offices 6c les cuilines font à droi-
te , embellies de leurs dômes , mais fans cheminées :
on y allume le feu dans le milieu , & la fumée palfe
par des rrous dont les dômes font percés. La premiè-
re de ces cuilines eft deftinéc pour le grand-feigneur;
la féconde pour la première fultane , & la troifiema
pour les autres fultanes; la quatrième pour le capi-
aga ou commandant des portes; dans la cinquième
on prépare à manger pour les miniftrcs qui fe trou-
vent au divan ; la lîxieme eft pour les pages du grand-
feigneur, que l'on nomme khoglans; la feptieme eft
pour les officiers du Jtrrail; la huitième pour les fem-'
mes & les filles qui fervent dans ce palais ; la neu*
vicme pour tous ceux qui font obligé* de fe trouver
dans la cour du divan les jours de juftice. On n'y ap-
prête guère de gibier ; mais outre les quarante mille
boeufs que l'on y confomme tous les ans , frais ou fa-
lés , les pourvoyeurs doivent fournir tous les jours
200 mourons; 100 agneaux ou chevreaux, fuivant
les faifons ; 10 veaux; 200 poules; 200 paires de
poulets; 100 paires de pigeons; 50 oifons. Voilà
pour nourrir bien du monde.
Tout à l'entour de la cour règne une galerie affez
baffe, couverte de plomb & foutenue par des colonnes
de marbre. Il n'y a que le grand-feigneur cui entre ;\
cheval dans cette cour; c'eft pour cela que la petite
écurie s'y trouve, mais il n'y a de place que pour
environ 30 chevaux ; on ferre les harnois dans des
falles qui font au-delfus , 6c ce font les plus riches
harnois du monde , par la broderie 6c les pierres pré-
cieufes dont ils font relevés.
La grande écurie dans laquelle on entretient en-
viron mille chevaux pour les ofRciers du grand fei-
gneur , eft du côté de la mer fur le Bofjjhore. Les
jours que les ambfl'adeurs font reçus à l'audience ,
les janiffaires proprement vêtus fe rangent à droite
fous la galerie. La falle où le tient le divan , c'eft-à-
dire où l'on rend la juftice, eft à gauche tout au fond
de cette cour ; à droite eft une porte par où l'on en-
tre dans l'intérieur du ferrait: le paffage n'en eil
permis qu'aux perfonnes mandées.
Pour la lalle du confeil ou divan , elle eft grande ,
mais baflé, couverte de plomb, lambriffée 6c dorée
aifez Amplement à la morefque. On n'y volt qu'un
grand tapis étendu fur l'eftrade , où fe mettent les
officiers qui compofent le confeil ; c'elVlà que le
grand-vifir , alîifté de les confeillers , juge fans ap-
pel de toutes les caufes civiles & criminelles: le
caimacan tient fa place en fon abfence , & l'on y
donne à manger aux ambaffadeurs le jour de leur au-
dience. Voilà tout ce qu'il eft libre aux étrangers de
voir dans Isferrail; pour pénétrer plus avant la cu-
riofité coùteroit trop cher.
Les dehors de ce palais du côté du port, n'ont rien
de remarquable que le kiofc ou pavillon , qui eft vis-
à-vis de Galata ; ce pavillon eft foutenu par douze
colonnes de marbre ; il eft lambrilTé , peint à la per-
fienne 6c richement meublé. Le grand-feigneur y
vient quelquefois pour avoir le plaifir de remarquer
ce qui fe palfe dans le port, ou pour s'embarquer lorl-
qu'il veut le promener fur le canal.
Le pavillon qui eft du côté du Bofphore , eft plus
élevé que celui du port , & il eft bâti fur des arcades
qui foutiennent trois lalons terminés par des dômes
dorés. Le prince s'y vient divertir avec les tcmmes
& l'es muets: tous ces quais font couverts d'artillerie,
mais fans afliits ; la plupart des canons font braqués
à fleur d'eau ; le plus gros qui eft celui qui obligea,
P ij
ii6
S E R
dit-on , Babylonc à fc rendre à Adtnn Mourat , eft
par dillhûtion dans une loge particulitre. Cette ar-
tillerie tait grand plailir aux Mahomctans ; car on la
tire pour les avertir que le carême eÛ fini, & qu'il ne
faut plus jeûner : on la décharge auiîi les jours deré-
jouiffancc, 6c pour les conquêtes des lultans ou de
leurs généraux.
Telle ert la defcription qu'a d^nneTournetort du
Jirrail&C de les dépendances. La parelle aliatique rend
de tels palais des lieux de délices pour tous les hom-
mes de la cour du prince ; des gens qui ne craignent
que le travail , peuvent trouver leur bonheur dans
des lieux où l'on n'a rien à faire. Mais quels peuvent
être les plaifirs & les amufemens des femmes du ful-
tan, qui font à jamais enfermées dans ces fortes de
priions .> On ei\ difpenfé d'en rien favoir,puifque ces
dames ne tombent pas plus fous les fens d'aucun
étranger, que û elles étoient des efprits purs. Ces
beautés rares deMengrélic & deGeorgienefont faites
que pour amufer le fultan , & pour faire enrager les
eunuques. Tous les gouverneurs des provinces font
ù l'envi préfent au grand- feign?ur, des plus belles
perfonnes de l'empire, non-feulement pour lui plai-
re , mais pour tâcher de fe faire des créatures dans le
palais , qui puiffent les avancer. Ce n'eff point la
naiflance qui règle les prérogatives des filles que leur
fort conduit dans lefcrnù! , c'eft leur beauté , au goût
du grand-feigneur,qui peut faire leur fortune. Ainfi
la lille d'un berger peut devenir fultane favorite , &
l'emporter fur cent autres que le fultan juge à-propos
de négliger.
Aprcsfa mort les femmes qu'il a daigne honorer de
fes careffes, & les filles majeures paflent dans le
vieux J^rrail de Confrantinople où elles fechent de
langueur. Le vieux fcrrail qui cft proche de la mof-
quée du fultan Bajazet , futbâti par Mahomet IL^ On y
confine ces pauvres femmes ou filles pour y pleurer
tout à loifir la mort du prince ou celle de leurs enfans,
que le nouveau fultan fait quelquefois étrangler. Ce
feroit un crime de pleurer dans le/<:rra/7oii loge l'em-
pereur ; au contraire chacun s'emprefle d'y témoi-
gner de la joie pour fon avènement à l'empire. Les
plus jeunes filles font quelquefois réfervées pour lui,
ou niariées à des pachas qui les recherchent , au re-
fus du fultan. Quoi qu'il en foit, comme c'eft un cri-
me devoir celles quireftentdansle palais, il ne faut
point compter fur tout ce qu'on en a écrit ; quand
même on pourroit trouver le moyen d'y entrer un
feul inftant, qui eft ce qui voudroit mourir pour un
coup d'œil fi mal employé? Tout ce qu'on peut
penfer de mieux , c'eft de regarder les fullanes favo-
rites comme les moins malheureufes efclaves qui
foient au monde. Mais de combien la liberté eft-elle
préférable à un fi foible bonheur ! (Z>. 7.)
SERRAIN , ( Géog. mod. ) petite ville de l'Arabie
heureufe, fur le bord de la mer. Elle eft éloignée de
la Mecque de quatre journées. {D. J.)
SERRAN , SERRANT , SERRaTAN, f. m. ( Hi^.
net. Ichthiolog. ) hiaticula^ poiflon de la haute mer ,
qui reffemble au loup marin par la forme du corps
& par l'ouverture delà bouche. Toyes; Loup marin.
Le/crrû/2 a la mâchoire inférieure plus longue &:p"us
avancée que la fupérieure , les dents pointues & les
yeux petits ; il reffemble au tourd par les nageoires ,
par la queue , par les aiguillons & par les ouies.
Toye^TouRD. Le dos eft en partie rouge, & en
partie noir ; il y a fur les côtés du corps des traits
roux qui s'étendent depuis la tête jufqu'à la queue ;
la nageoire de la queue eft roufiatre , & la queue a
des taches rouflcs. Le ferran fe nourrit de poifton ;
fa chair eft un peu plus dure que celle de la perche.
Rondelet, hijL nat. des poijfons , 1. part. liv. f^I. ch.
ix. yoyci Poisson.
, SERRANA ou SERRANO , ( Géog. mod. ) petite
S E R
île de l'Amérique feptentrionale , dans la mer du
Nord , entre la Jamaïque & les côtes de Nlcaragna.
Elle eft déferte , n'ayant pas un feul arbre , pas un"
brin d'herbe , pas la moindre (burce d'eau douce.
Son circuit eft d'environ deux lieues. (Z?. /.)
SERRANT, voyci Verdiere.
SERRATA , f f ( Botan. anc )''nom donné par
quelques auteurs romains à la plante que les Gaulois
nommoient , félon Pline , baonica , mais qui paroit
cependant être la même que notre farrictte. lîy avoit
une autre plante appellée/c^?n//d, que Pline dit être
la germandixe des Grecs ; je crois qu'il fe trompe.
{D.J.)
SERRATAN, voye^ Serrant.
SERR AVALLE ou SARRAV^ALLE, ( Géog. mod.)
petite ville d'Italie , dans l'état de Venife , au Tré-
vifan , à deux milles nord-eft de Cénéda. Long. 25;,
61. latït. ^6. I.
Il y a un gros bourg de même nom dans le duché
de Milan , aux confins du Tortonnèfe & de l'état de
Gènes , près de la petite rivière de Scrivia. Ce bourg
donne fon nom à un petit territoire qui eft comme
enclavé dans l'état de Gènes. ( Z>. /. )
SERRE, f. f. {^Econom. ruji. ) couvert pour mettre
certaines plantes pendant l'hiver ; c'eft une efpece
de falle de trois, quatre ou cinq toifes de largeur fur
une longueur proportionnée au rez-de-chauflee d'un
jardin, expofée pour le mieux au midi , bien percée
pour en recevoir le foleil , 6c cloie de portes
6l chaflîs doubles, dans lefouelles on ferre les ar-
briffeaux, les orangers , les fleurs & les fruits , qui
ne peuvent pas foufirir la rigueur de l'hiver.
Il y a beaucoup d'art & d'intelligence dans la conf-
trudion des J'en es , & plufieurs jardiniers , faute d'en
être inftruits , en ont louvent éprouvé du dommage,
comme, par exemple , fi les perfonnes qui ont bâti
àiis ferres pour conlerver des plantes en hiver , n'ont
pas eu foin d'y donner accès au foleil par des fenê-
tres difpofées de façon que les rayons puiffent par-
venir jufqu'aufond ; lans quoi , toutes chofes d'ail-
leurs égales , il fe trouve une humidité froide qui
venant à tomber fur les plantes , fait périr prefque
toutes les plus tendres. Il faut donc que ces ferres
expofées direftcment au midi foient conftruites de
manière qu'elles aient des vitrages bien tranfparens,
6c qui s'étendent , s'il eftpoïïible , jufqu'au pavé , en
faifant avec la perpendiculaire un angle de ï 4 degrés
30'. Enfuite le plafond doit être bâti de forte que
dans le pays où l'élévation du pôle eft de 5z degrés
1 , il faife avec la ligne horlfontale tirée du haut des
fenêtres vers la paroi oppolée , un angle de 20 de-
grés 30 '.
Le détail de la bonne conftruftion des ferres nous
conduiroit trop loin , & demanderoit des figures en
nombre. Il faut en prendre des modèles fur celles de
Hollande & d'Angleterre ; car notre nation n'eft pas
encore afîez éclairée fur ces fortes de bâtimens con-
facrés à l'avancement de la Botanique ; nous ai-
mons mieux des avenues éloignées , & des champs
ftériles. royei les PI. d'Agricult. {D. J.)
Serre, ( Géog. mod. ) nom d'une rivière & de
deux bourgs de France , que nos géographes appel-
lent petites villes.
La rivière coule en Champagne, prend fa fource
dans la Thiérache , & fe jette dans l'Oife à la Fere.
Les deux bourgs font dans le Dauphiné : l'un à
quatre lieues de Saint-Marccllin , éledion de Ro-
mans ; l'autre eft dans les montagnes , à cinq lieues
deSifteron. {D. J.)
Serre , (^Fonderie. ) terme de fondeurs des me-
nus ouvrages; c'eft une des deux fortes de preftcs
dont CCS ouvriers fe fervent pour ferrer, 6c preiTer
l'une contre l'autre les deux parties de leurs moules.
{D. J.)
s E R
Serre , f. f. (Sucrerie.) coin long ^c p!at de fer
& de buis , dont on le iert pour arrêter les rouleaux
ou cylindres de bois, dont on remplit les tambours
de fer des moulins H fucre. (Z>, J.)
S E R RE, f. f. ( terme de Figneron. ) prelTurage du
marc de raifui au preflbir. Ce mot énergique ne de-
vroit pas refter confiné dans les provinces qui pro-
duifent du vin blanc.
Pour faire ce vin blanc , on commence par jetter
les raifias fur le preilbir fans les fouler dans la cuve.
Après avoir donné proprement la première yîr/e , on
relevé les raiuns qui fe font écartes de la mafle , &
on donne la fecondeyèrre ; enfuite avec une grande
pelle tranchante ou taille quarrément les extrémités
delà maffe des raifms , on rejette par-defTus tout ce
qui a été taillé des côtés , & on donne la troifieme
ferre qu'on appelle pour cette raifon \^ première caille.
{D. J.)
Serrés , terme de Fauconnerie , ce font les ongles
& les griffes d'un oifeau de proie.
SERRÉ CHEY XI. , (Manège.) on nomms cheval
ferré un cheval qui s'étrécit , & ne s'étend pas aflez
d'une main à l'autre , qui ne prend pas aflez de ter-
rein. Quelquefois un cheval marche trop large , &
quelquefois 1X0^^ ferré. Serrer la dcmi-volce , c'elt faire
revenir le cheval fur le même terrein où il a comi-
mencé la demi-volte. Ecole de cavalerie. (D. /. )
SERRE-BAUQUIERES, f m. (Manne. ) ce font
de longues pièces de bols, fur lefquelles le bout des
baux ell paffé , & qui régnent autour du vaifTeau.
yoye{MxB.\ViE., Planche li^.fig. i. Serre-hauquicres à\x
premier pont cotté 68, Serre- bauquieres du fécond
pont cotté II 8,
SERRE-BOSSE , ( Marine. ) groffe corde amarrée,
ou aux bolfeurs , ou auprès d'eux, qui faifit la boffe
de l'ancre , quand on la retire du vaifleau , & qu'on
la tient amarrée fur l'épaule du vaifleau.
SERRE-DE-MAT , ( Marine. ) voyei Étambrate.
SERRE-FEU , en terme d'Orfèvre , efl: un morceau
de fer ou de terre à creufet de différentes grandeurs,
mais communément de 6 à 9 pouces de haut. 11 fait un
demi-cercle un peu alongé qui renferme la café , &
qui s'appuie contre le jambage de la forge. Foyei
Forge. Il faut que le ferre-feu furpafle le couvercle
du creufet, de quelque chofe en hauteur.
Il y a des trous au ferre-feu pour laifler la liberté
de foufîler avec le fouiîlet à main. 11 ne fert qu'à re-
tenir le charbon autour du creufet. Foye:^les fig.&
les PL d'Orfev.
. SERRE-FILE, c'eft le dernier homme d'une file
de fantalfins ou de cavaliers. Foyei File & Èv^LV-
TION. (Q)
SERRE-GOUTTIERES, ( Marine.) ce font des
pièces de bois pofées fur les bouts des baux , qui
donnent contre les alonges & les alonges de revers ,
ou contre les aiguillettes quand il y en a ; & qui f<ii-
fant le tour du vaifleau , lui fervent de liaifon. Elles
font jointes avec les ceintes , les baux & les barrots ,
avec des chevilles de fer. f'oyei Marine , PI. F.
fig-j. Les ferres-gouttieres du premier pont , cotés 75 ,
ik. les ferres-gouttieres du fécond pont , cotés i iz.
SERRE-LA-FILE , ( Marine. ) c'efl faire appro-
cher les vaiflTeaux les uns des autres , quand ils font
en ligne.
SERRE-LIONNE la , ( Géogr. mod. ) nom cor-
rompu , que donnent les François à une grande ri-
vière d'Afrique en Guinée ; cette rivière efl avec
raifon nommée par les Efpagnols & les Portugais ,
rio di Sierra- Lione , rivière des montagnes des lions ,
parce qu'elle tire fa fource des hautes montagnes
d'Afrique , où fe trouvent quantité de lions ; ainfi
Voye\ Sierra - Lione , rio di. ( Géogr. mod. )
{D.j.y
SERRE-PAPIERS, (Mermifric.) c'cfl une forte
S Ë R
II
de tablette divifée en plufieurs compartimens , qui fe
met ordinairement au bout d'un bureau , & où' l'on
arrange des papiers. (D. J.)
SERREMENT, f. m. (Gram.) fenfations fur
les parties intérieures , femblables à celle du ferrer
fur les parties extérieures ; c'efl: en ce fens qu'on
dit mi ferrement de cœur , im ferrement d'eflomac ,
un ferrement d'ame.
SERRER , V. aft. (Gram.) c'efl prefl>r fortement
en embraflant , en liant , & en faifant cîfort pour
diminuer le volume. C'efl auffi renfermer. On ferre
un nœud ; on (e ferre les uns contre les autres ; on
efl trop fr ré à table ; ferrer la mefiire , s'efl s'avan-
cer fur {on ennemi; il tû ferré de près; voilà une
étoffe bien ferrée , il y a des alimens qui Jerrent le ven-
tre ;yirre^ foigneufement ce que vous ne voudrez pas
perdre ; /èr/'er les orangers , c'efl les mettre dans la
ferre ; il fe prend auffi au figuré ; un raifonneur
ferré ; un ûyle ferré ; V-dmc ferrée.
Serrer les voiles , (Marine.) c'eft porter peu
de voiles.
Serrer de voiles. (Marine.) Foye^ Ferler.
Serrer lèvent, (Marine.) A'oye^ Pincer.
Serrer^ (Maréchal.) fe dit d'un cheval qui fe
rétrécit , &i ne s'étend pas aflez à une main ou à l'au-
tre, qui ne prend pas afll'z de terrein. Un cheval
marche quelquefois trop large , & quelquefois trop
erre.
Lorfqu'un cheval (e ferre trop , il faut po ir l'élar-
gir l'arrêter de la rêne de dedans ; c'tft-à d re , por-
ter en dehors, & le chaffcr en avant fui d--^ lignes
droites avec le gras des jambes. Il faut auffi non-
feulement ^ferrer en tournant un cheval qui marche
trop large , mais encore le tenir fujet ; & s'il le /èrre^
trop , il faut l'aider du gras des jambes , le pincer
même s'il ne répond pas , 6c appuyer enfuite le ta-
lon du dehors.
Serrer la demi-volte , c'eft faire revenir le cheval
fur la même pifte où il a commencé la demi-volte.
Serrer la mesure, terme d'efrime , c'eft faire
un petit pas en avant. Foyei Entrer en mesure.
SERRES ou GERES , ( Géogr. mod. ) ville de la
Turquie européenne , dans la Macédoine au terri-
toire de JamboU , dans les terres , près de Tricala ,
avec un archevêché. Quelques favans prennent cette
ville pour l'Apolionie en Mygdonie de Pline & de
Ptolomée , & cette conjefture paroît fort plaufible.
Long, ^o , 18. Latit. 40 , ^5. (D. J.)
SERRETTE , SERATULE, f. f. ( Hif. nat. Bot.)
nom vulgaire d'une efpece de jacéc , nommée par
Tournefort , jacea nanorenfis quœ ferratula vulgd, A
R. H. 444, C'efl la raponticoides nemorofa de Vail-
lant ; aB. Acad. par, iyi8.
Sa racine efl fibrée, vivace , d\m goût un peu
amer ; elle poufl*e une ou plufieurs tiges à la hauteur
de deux ou trois pies , droites , fermes , cannelées ^
glabres , ou fans poil , rougeâtres , & divifées vers
leurs fommitcs en plufieurs rameaux, garnies de
feuilles découpées , comme celles de la fcabieufe
ordinaire , & différentes de celles d'en bas, qui font
oblongues , larges , plus grandes que celles de la bé-
toine , entières , dentelées en leurs bords , liflTes , &:
d'un verd brun ; fcs fleurs naiiTent aux fommets des
branches en manière de petites têtes, oblongues,
écailleufcs , qui forment chacune un bouquet de
fleurons ordinairement pupurins , quelquefois blancs,
évafés par le haut , &; découpés en lanières, com-
me dans les autres efpcces de jacée , avec cinq éta-
mincs capillaires 6c très-courtes, à fommets cylin-
driques. Quand ces fleurs font tombées, il leur liic--
cède des femences un peu ovales , & couronnées
chacune d'une aigrette. Cette plante croît dans les
bois , dans les près, aux lieux fombrcs ëc humides ;
ïi8
S E R
çlle fleurit en Juin, & cil de quelque ufage aux toîn-
tiiriers. {D. J.)
SERRETTE, f. f. (Teinture.) cette plante fert -airv
Teinturiers pour teindre en jaune ; elle ne tait pas
une li belle couleur que la ijaudc , & conlcquem-
Tnent il ne taudroit l'employer que pour les verds ,
pour les feuilles mortes , & autres couleurs compo-
Vécs où entre le jaune; elle peut auiil iervir pour les
jaunes des couvertures de laine les plus groificres ,
;k des étoffes d'un très-bas prix. (D. J.)
SERRION , (. m. (////A moJ. ) dpece de litière
ou de voiture d'vme grande magnificence , dans la-
quelle le roi de Pcgu le fiiit porter les jours de
cérémonies , lorfqu'il paroît en public. Cette voi-
ture eil une efpece de bâtiment ou de maifon carrée ,
couverte par le haut , & ouverte par les côtés ; elle
ell revêtue de lames d'or , & garnie de rubis 6c de
faphirs , elle eft portée par i6 ou i8 hommes.
SERROIR , f. m. en terme de Fergcttier , c'efl un
cylindre de bois autour duquel on entortille la Mcelle
qui elt engagée dans le pli de la foie , pour la mieux
ierrer.
SERROT ou SAROT , terme cTOÏj'zhur , c'eft un
bâton long d'un pié , qui tient ou ferre une machine
qui fert ^ prendre des oifcaux.
SERRUM ou SERHIUM , ( Gèo^. anc ) promon-
toire &: montagne de Thrace , fur la mer Egée. Hé-
rodote , /. Vil , nous apprend que la ville Zona étoit
fituée lur ce promontou-e. Pomponius Mêla, /. //,
c. 2. Pline,/. Il^jC.t:. & Appien , /. /^, parlent
aufTi de ce promotoire. 11 paroit qu'il étoit fur la côte
des Doriques, & qu'il formoit l'embouchure de l'Hé-
brus , du côté de l'occident. ( Z>. /. )
SERRURE , f. f. {Serrur.) forte de machine de fer,
de cuivre ou de bois , qui s'ouvre avec une clé , 6c
qu'on applique à une porte , une armoire , &c. pour
les fermer. Les pièces dont elle elè compofée font
im pêne qui la ferme , un rcflbrt qui le fait agir, un
foncet qui couvre ce refibrt , un canon qui conduit
la clé , 6c plufieurs autres pièces renfermées dans fa
cloifon , avec une entrée ou écuffon au-dehors. A.n-
ciennement les ferrures s'attachoient en-dehors ; &
il y a encore des endroits où les ouvriers en ferru-
rerie font obligés d'en faire de femblables pour leur
chef-d'œuvre , quand ils fe font paffer maîtres. Il y
a plufieurs fortes (ïç ferrures , que nous allons définir
dans des articles féparés.
Serrure à bojfe. Serrure qui fert pour les portes des
caves. On la noircit à la ce. ne , pour la garantir de
la rouille.
Serrures à danches , ferrure qu'on met aux grandes
portes des maifons , & qui font ordinairement com-
pofées d'un grand pêne dormant à deux tours , avec
un refibrt double par derrière.
Serrure à deux fermetures , ferrure qui fe ferme par
deux endroits daiis le bord du palaftre.
Serrure à houfjeite. C'eft une ferrure qui efl ordinai-
rement pour les coffres limples , qui fe ferme à la
chute du couvercle, 6c cjui s'ouvre avec un demi-
tour à droite.
Serrure à pêne dormant , ferrure qui ne fe ferme &
s'ouvre qu'avec la clé.
Serrure à refjort , ferrure qui fe ferme en tirant la
porte , 6c qui s'ouvre par le dehors avec un demi-
tour de clé , & en-dedans avec un bouton qui fe tire
avec la main.
Serrure à un pêne en bord .^ ferrure où le pêne eft
plié en équerre par le bout , & recourbé en demi-
rond , pour faire place au refifort.
Serrure bénarde , ferrure qui s'ouvre de deux côtés.
Elle eft garnie d'une , de deux ou de trois planches
fendues qui paffent par la clé.
Serrure treffilitrc, ferrure qui ne s'ouvre que d'un
S E R
côté. V.Vart. Serrurerie. & les PL de cet an, (Z). /)
Serrures de la Grèce moderne,, (Hifl. des Jrts.^
il n'y a prefque dant toute la Grèce que des ferrures
de bois ; voici quelle en cfl: la fabrique. Ils font un
trou à la porte , à-peu-près comme celui de nos fer-
rures , &. attachent par-derriere vis-à-vis du trou , &
proche de la gâche deux petits morceaux de bois
percés , que nos menuifiers appellent des tourillons.
Ces deux petites pièces de bois en foutiennent une
autre qui a des dents , 6c cjui coule en liberté par le
trou des tourillons pour entrer dans la gâche , &
pour en Ibrtir. Nos artifans appellent cette petite
pièce une crcmilkre. Chaque habitant porte fur foi
un crochet , tantôt de fer , tantôt de bois , & le pafl^e
par le trou de \à ferrure,, afin de lui faire attraper une
des dents de la petite crémillerequi , par ce moyen,
joue en liberté dans la gâche, félon que le crochet la
conduit pour ouvrir ou fermer la porte ; s'ils n'ctoient
honnêtes gens , il leur feroit ailé de le voler les uns
les autres , & il ne fiiudroit pas de ces ferrures chez
les Magnotes.
Remarquons en paffant , que \qs ferrures dont fc
fervoient ordinairement les anciens Romains , n'é-
toient point apphquées aux portes comme les nôtres,
mais elles relfenibloient alfez aux ferrures des Grecs
modernes; 6c pour ouvrir la porte , on agitoit une
cremillere qui entroit dans la gâche;d'où vient qu'O-
vide dit ex ciae forte peram. ÇJJ. J.)
SERRURERIE , f f. {Arckiteci.) l'art de connoître
le fer & de le travailler. La principale partie con-
vient à l'art de bâtir ; la féconde forme un art parti-
culier fur lequel nous renvoyons aux principes d'ar-
chiteiSure , de fculpture , &c. de M. de Felibien ; 6c
nous ajouterons feulement , qu'on peut à préfent
exécuter toutes fortes d'ouvrages de ferrurer'u pour
l'ornement des églifes , des palais, des jardins & des
maifbns ; on a , pour fe modeler à cet égard , un grand
ouvrage donné au public par Louis Fordrin , lérru-
rier des bâtimens du roi : cet ouvrage , gravé entail-
les douces, en 1724, in-folio , forme d'Atlas , efi: in-
titulé nouveau livre de Serrurerie ; les tailles-douces ,
au nombre de cinquante , font d'une grande beauté.
(Z?./.)
SERRURIER , f. m. ( Corps de jurande. ) artifan
qui travaille à divers ouvrages de fer , & particuliè-
rement en ferrures , d'où il a été appelle ferrurier. Il
y a à Paris une communauté de maîtres ferruriers ,
dont les anciens llatuts font du mois de Novembre
141 1 , fous le règne dn Charles VI. Les principaux
outils qui fervent à la ferrurerie & à la forge des fer-
ruricrs , font le fbufllet , l'auge de pierre pour mettre
l'eau de la forge , l'archet ou arfon avec izs forets,
& les boîtes ; l'écouvette , les bigornes , les broches
rondes ou carrées , les burins de diverfes fortes , les
bruniflbirs , les clouieres , les chaffes carrées , ron-
des , 6c demi-rondes; les limes de toutes efpeces de-
puis les gros carreaux jufqu'aux carrelettes; les coins
à fendre , les chevalets pour forer, 6c pour blanchir
lescahbres; les crochets, les cifelets,les cifeaux à
divers ufages 6c de diverfes formes , les compas , les
encUimes , l'cquerre , les étaux , les échopes , l'éta-
bli, lesétampes, la fourchette, les fraifes, les filiè-
res ; plulieuri fortes de gratoires , quantité de mar-
teaux , divers mandrins pour percer à chaud, faire
les yeux des marteaux , 6c autres outils ; ou pour
former & reflerrer les trous quand ils font percés ;
les poinçons ronds , carrés , plats ; les perçoires
auffi de toutes figures 6c à divers ouvrages ; la pa-
lette à foret, les tllbnniers, les riiloirs , le rochoir,
le rabot, le repouflbir , le trancher , & la tranche ;
plulîeurs tenailles de fer, droites , crochues , rondes,
6c d'autres feulement de bols; les taflaux , les taraux
le tourne-à-gauche, le villebrequin & les valets. Ou-
tre ce grand nombre d'outils , 6c quelques autres de
\
s E R
jîioindfe conréqucnce, les ftrrurii's fe fervent auÏÏî
de quelques outils de menuifîer & de tailleur de pier-
re , pour entailler la pierre & le bois , lorfqu'ils
veulent mettre leurs ouvr;:gcs en place. Savarj.
(D. 7.)
SERSE, f. f. (^Marine.') modèle on gabantpour la
conftruLtion d'un vaiffeau. f''oye{ Gaj3ANT.
SERSELLY , ( Géog. mod. ) petite ville d'Afrique,
au royaume d'Alger , dans la province de Tenez ,
avec un port & une citadelle , à neuf lieues d'Alger.
On prend cette ville pour l'ancienne Rufiibricari ou
Ruficibar. {D. J.)
SERSER, {Géog. mod.) ville de l'îrac , à 3 lieues
de Bagdad, entre cette ville & celle de Conta, fur
un ruiffeau qui fe décharge dans l'Euphrate. C'efl le
premier gîte 011 vont les pèlerins de la Mecque , en
partant de Bagdad. (Z). 7. )
SERSIFI, {Bocan.) nom vulgaire du genre de
plante que les boianiftes nomment tragopogon. Foye:^
ÏRAGOPOGON , Botan. (D. J.)
SERSUKERS, f m. pi. {Comm. des Indes Gricntal.')
étoffes des Indes foie & coton , rayées de foie , &
travaillées à-peu-près comme la moufleline ; la lon-
gueur des pièces efl: de fept , de neuf, de treize, &
de feize aunes, fur deux tiers, trois-quarts &fept
huitièmes de large. Savary. ( D. J. )
S E R T E, , LE , ( Mettiur - en - œuvre. ) terme
dont les orfèvres , bijoutiers , & principalement
les metteurs-en-ceuvre , fe fervent pour exprimer
l'enchâflement des pierres , diam.ans , ou autres
objets , qui ne font corps avec la pièce que par
le moyen d'une place qu'on leur y a creufée , &
où on les retient par le moyen d'une fertifîure , ou
bord d'or ou d'argent rabattu far eux qui les y en-
clavent. VoyeiS^K'nK& Sertissure.
SER.TIR , en terme de Merteur-en-œuvre , efl rabat-
tre fur les pierres un rebord qu'on a fait à l'extré-
mité d'une pièce pour les y retenir. Ces rebords,
app elles yi'rfi^wrw, s'arrêtent d'abord avec une écho-
pe à arrèter,pour empêcher la pierre de chancelerfur
fa portée , puis fe refferrent & s'appliquent plus étroi-
tement fur elle avec le poinçon à fertir , & le mar-
teau à fertir. Foyei Marteau a sertir , Arrêter,
& ÉCHOPE A arrêter.
Cette opérr.tJon a deux avantages , de retenir la
pierre fans qu'elle puifTe s'échaper, & de fermer toute
entrée aux chofes qui pourroient nuire à la pierre ,
foit en terniffant fon éclat , foit autrement. Lorfqu'u-
ne pièce efl bien fertie , l'humidité même ne doit
point y pénétrer.
SERTISSURE, f. f. terme de Lapidaire ., manière
dont une pierre efl i'ertie ou montée. On a été très-
Jong-tems à produire Vàfertijjuré d'une pierre dans le
métal. On pouvoit fondre, forger un anneau , le ré-
parer même à laJime , fans {Itvoir cependant établir
les pierres dans les métaux , rabattre des parties fi-
nes &: déliées qu'il falloit détacher , & référver fur la
place , pour fixer & afïïirer folidement une pierre,
co un mot , ce qu'on appelle Iz fertir. On évitoit tous
ces détails , qui paroiflent de peu de conféquence à
nos artifles éclairés par l'habitude & la réflexion, &
qui étoient très- difficiles alors, parce qu'on perçoit
la pierre avec le même inflrument qui fcrvoit à la gra-
ver , & qu'on la paffoit enfiiite dans une ganfe. Telle
étoit la méthode des anciens, qui ne connoiffoient,
ou ne pratiquoient pas notre façon lésiere de leriir.
Sertissure a griffes , (Metteur - en ~ œuvre.')
on peut diflinguer deux fortes de fertijfures à griffe^
celle des ouvrages à griffe, où la pierre enchfifTée re-
poie fur une bâte à laquelle on a foudé des pointes
<|ui fe rabattent fur la pierre , & forment tout fon
lieu ; ces fortes d'olivrages font peu folides , le moin-
dre effort peut rompre ces pointes ; & la pierre n'é-
S E îl
JÎ9
tant retenue que par elle, s'cchape & fe perd ; au/K
ne monte-t-on de cette façon, que des pierres fauffe*
& de peu de vaIeur.'LesyZ'm'^,(/-«ordinaires font cel*
les auxquelles , outre làj'enijjure qui enveloppe la pier-
re de toutes parts, on a réfervé fur l'épaiffeur même de
la fertjjfure de petites épaifleurs qui fe terminent en
pointe d'un côté , en courbe de l'autre , & fervent
à affurer de plus en plus la folidité du fcrti des pier-
res : cette façon de fertir efl la plus ufitée , s'em-
ploie pour les pierres du plus grand prix & efl là
plus fblide.
Sertissure A biseau creux, {Metteur-en-œu^
vre.) c'efl la façon la plus ordinaire de fertir & mon-
ter en bagues ou cachets , les cornalines , jafpes , aga-
thes , 6'c.
Pour former cette JcrtiJTure , on coupe avec l'on-
glette tranchante , fur le milieu du plat de hfmifure
un fîlet ; on frappe avec le poinçon entre les deux
épaiffeurs féparées par ce filet pour rabattre l'épaif-
feur intérieure fur la pierre , & ferrer la matière con-
tre la pierre, quand elle efl fufHfamnient ferrée, avec
une onglctte ronde ; & en la penchant du coté de la
pierre , on enlevé toutes les inégalités formées par le
poinçon fur cette épaiffeur qui forme l-à. firtijfure de
la pierre , le bifeau fe découvre à la hauteur du feuil-
let, & l'on forme un creux tout-à l'entour , qui lui!
a fait donner le nom de bifeau creux ; quelquefois on
forme fur le dehors de l'épaiffeur extérieure des or-
hemens contournés , qui lui ont fait donner le nom
de bifeau creux à contour.
Sertissure a feuilles , on appelle de ce noni
Its fertlpires fur l'épaifîéur extérieure defquelles , en
place de griffes , on forme des feuillages , qui n'ont
de forme décidée que le goût de l'artifte.
Sertissure A filet, {Metteur-en-ceuvre.) c'efl
une forte de fcnijfure que l'on emploie volontiers
dans la monture des boucles à pierre , & quelque-
fois dans d'autres ouvrages ; on opère , pour former
cette fertijfure , comme dans celle à bifeau creux ;
elle confule en ce qu'on réferve à l'entour de l'ou-'
vrage un bord uni & élevé ; h fertijfure de la pierre,
comme dans h fertijfure à bifeau creux , efl prife fur
le plat de l'épaiffeur , & rabattue en-dedans ; cette
efpece de fertijfure a l'avantage, quand elle efl bien
faite, d'être plus folîde, fur-tout pour les boucles,
dont l'extérieur efl fouvent expofé à être heurté , en
ce qu'elle garantit \d. fertijfure qui fe trouve à côté par
le bord réfervé , & la pierre elle-même , dont les vi-
varêtes fe trouvent plus éloignées du bord , & à cou-
vert par une efpece de petit mur.
SERTULARLA , f. f. {Hijl. nat. Botan. ) nom
d'un genre de plante marine , qui renferme , félon le
fyflcme de Linnaeus , les corallines de Tournefort ,
& les opontivides de Boerhaave : le caraftere géné-
rique de ce genre de plante efl d'être compolé de par*
ties attachées enfemble, comme font des perles dans
les colliers de femmes. ( Z). /. )
SERVAGE , f. jn. {Lan g. franc.) vieux mot qui fî-
^m^oilzuiKtîoiscfdavage&cfervicude-^ on eût pu le
conferver pour enrichir la langue , du moins pour
défigner l'état de celui qui fert un maître ; mais l'u-
fage en a autrement décide , il l'a banni & de lapro-.
fe & de la poélie. (Z>. /.)
_ SERVAN, ( Géog.mod. ) petite ville de la pro-
vince de Ségeflan. Son terroir efl fertile en fruits,
en dattes & en pins ; ce qui efl rare dans cette pro-
vince. Les géographes du pays la mettent à 75». /i,
de lon^it. fous les J 2. 10. de lat. (Z>. /.)
SERVANT, adj. {Jurifprud.) fe dit de cz qui efl
fujet envers quelqu'un , ou qui fert à quelque chofe.
Le Hct' J'ervant efl le fief du vaffal relativement au
fief du fcigncur dont il relevé , qu'on appelle le ftf
dominant. Foyc^ FiEF dominant & FlEF servant
lia
s E R
On appelle pièce fentine à convidion , celle qui eft
Jîtopic il cont'onclre l'acculé.
Une requête Jcnani d'avertiïïcincnt , de griefs, de
cauics &: movcns d'appel, de contredits ou deialva-
îioub , clt celle cjui ei\ taitc de employée pour en tenir
lieu. (.-/)
Servans d'armes, (^Hi poire moJ. ) frères ou
chevaliers du troifieme rang dans l'ordre de Malte.
Les frères Jenans portent Tépée , & combattent
comme les chevaliers ; mais il n'ell pas néceilaire
cju'ils prouvent la même nobleffe que ceux-ci. Quoi-
qu'ils loient gentilshommes, ils ne peuvent être reçus
dans le premier rang fi leur noblcfîe ne va jufqu'au
bii'aïeul & au-delà de cent ans tant du côté paternel
que du côté maternel. Il y a dans toutes les langues
des commanderics affedées aux ch.e\z{\evs Jlrv uns.
Voyei Malte.
SERVANTE , f. f. {Econ. dom.) fille ou femme
tjui lert dans une maifon.
SERVANTIA, voye^PoLE.
SERVANTOIS , f. m. ( Poéjîc.) nom qu'on don-
noit dans le tems des premiers romanciers à des pie-
ces amoureufes , & quelquefois fatyriques. (Z?. 7.)
SERVE , f. f. ( Po^J/ônerie.) lieu où l'on conferve
le poiffon i c'eft ce qu'on appelle autrement gardoir.
En plufieurs endroits du royaume on fe iért du pre-
mier terme ; & l'on met cette différence entre J'ervc
6z gardoir, que fcrve fe dit du lieu où l'on conferve
le poidbn pour le prendre à mefure qu'on en a bcfoin,
&C que g irdoir ne fe dit que d'un endroit où l'on met
le poiflbn au fortir de l'étang pour le faire dégorger.
SERVESTAN,( Géog. mod. ) ville de Perfe.
Long, félon Tavernier, yS. \5. lac. 2C). i5.
SERVETISTES , f. m. pi. {Hijl. ecdéf.) difciples
ou fedatcure de Michel Servet , chef des Antitrini-
taires ou nouveaux Ariensde ces derniers tems. Tojei
Antitrinitaire.
On ne peut pas dire exaftement que Servet de fon
vivant ait eu des difciples , ayant été brûlé à Genève
avec fes livras en 1553, avant que l'on eût donné le
tems à f s dogmes de prendre racine. Mais on donne
le nom de Servctijics aux Antitrinitaires modernes ,
parce qu'ils marchent fur les traces de Servet.
Sixte de Sienne donne le nom de Servedjles aux
Anabaptiftes, & il paroît qu'il emploie indifférem-
ment ces deux qualifications. Auffi la dodrine des
anciens Anabaptiffes de Suiffe étoit-elle conforme à
celle de Servet. Foyei Anabaptiste.
Comme les livres que Servet a écrits contre le my-
flere de la Trinité font fort rares , {es véritables fen-
îimens font très-peu connus. M. Simon qui en avoit
un exemplaire de la première édition faite en 1531,
en parle fort au long dans fon hifloire critique du
vieux Tcftamcnt. Quoique Servet employé contre la
Trinité un grand nombre des mêmes argumens par
Icfquels les Ariens attaquoient ce myftere , il prote-
{te néanmoins qu'il eff fort éloigné de leurs erreurs.
Il eft oppofé en quelques chofes aux Sociniens , &
déclare que fes opinions n'ont rien de commun avec
celles de Paul de Samofate ; mais Sandius , dans fa
Bibliothèque des écrivains antitrinitaires y fait voir le
contraire. Au refte , il ne paroît pas que cet héréfiar-
que ait eu aucun fy ftcme de religion fixe & régulier ,
au-moins dans la première édition de fon livre con-
tre la Trinité, publiée en i 5 3 i , fous le titre de Trini-
tatis erroribus , //^r/yè/j/Ê/w,/»erMichaélemServetum,
alias Rêves, ab Arragonid hifpanum. L'année fui vante
il publia fes dialogues fur la Trinité , avec d'autres
traités fous ce titre : Dialogorum de Trinitate libri duo ,
dejujlttia regni Clirijli , capitula quatuor , per Michac-
lem Servetum , alias Rêves , ab ArragoniJ hifpanum ,
anr.o /3j 2. Dans la préface de ce dernier ouvrage , il
déclare lui-même qu'il ell peu content du premier ,
S E R
& qu'il va le retoucher. C'efi ce qu'il exécuta , & ei\
conléquence il fit paroître un ouvrage beaucoup plus
ample contre le m) itère de la Trinité , qui fut impri-
mé à Vienne en Dauphiné en 1553. Mais le peuple
de Genève s'étant faili des exemplaires de ce livre les
brûla, ik: il n'y en eut que deux ou trois qui échap-
pèrent à la recherche rigoureufe qu'en fit faire Cal-
vin ; un de ceux-là fut gardé à Basle , & efl à-préi"ent
dans la bibliothèque du collège à Dublin.
Ce dernier ouvrage de Servet efl: intitulé, le rcta-
bliffement du Chriitianilme , Ckrijiianifmi rejlitutio ^
ik. eu divilé en fix parties ; la première contient fept
livres de la Trinité ; la féconde trois livres defide 6*
jujîitid regni Chrijii .^ Ugis )uflitiatn fuperantis ., & de
charitate ;\à troifieme efl: divifée en quatre livres, 6c
traite de rcgeneratione ac manducatione fupernâ &reqno
Antichrijli ; la quatrième ne contient que trente let-
tres écrites à Jean Calvin ; la cinquième renferme
foixante marques du règne de l'Antechrifl , & parle
de fa manifeftation comme déjà préfente ; enfin la
fixieme a pour titre : de myjhriis Trinitatis ex veterum
difciplind , ad Philipp. Melanchc & ejus collegas apo-
logia. On en trouve deux exemplaires à Paris , un
imparfait dans la bibliothèque du roi , & l'autre en*
tier étoit dans la bibliothèque de M. Colbert.
Les erreurs de Servet font en très-grand nombre ;
car après avoir donné dans les opinions des Luthé-
riens , des Sacramentaires & des Anabaptifles , il
renouvella dans les livres dont nous venons de par-
ler , les héréfies de Paul de Samofate , de Sabel-
lius , d'Arius , de Photin & de quelques autres : car
il dit >» que ceux-là font athées qui n'ont point d'au-
» tre Dieu qu'un affemblage de divinités , qu'un Dieu
» par connotation ou par accident , & non pas un
» Dieu fouverain , grand , abfolu ; qui font confifler
» l'efTence divine dans trois Perfonnes réellement dif-
» tindes & fubfiflantes dans cette effence. Qu'il efl
» bien vrai qu'on peut reconnoître une diftindion
» perfonnelle dans la Trinité,mais qu'il faut convenir
» que cette difVmdion n'efl qu'extérieure ; que le
» Verbe n'a été dès le commencement qu'une raifon
» idéale , qui repréfentoit l'homme futur , & que
» dans ce verbe ou raifon idéale il y avoit Jéfus-'
» Chrifl , fon image , fa perfonne , fon vifage & fa
« force humaine ; qu'il n'y a point de différence réel-
» le entre le Verbe & le Saint - Efprit ; qu'il n'y a ja-
» mais eu en Dieu de véritable & réelle génération
» & infpiration ; que le Chrifl efl le Fils de Dieu ,
» parce qu'il a été engendré dans le fein d'une vierge
» par l'opération du Saint-Efprit , & parce que Dieu
» l'a engendré de fa fubftance ; & que le Verbe de
» Dieu defcendant du ciel efl maintenant la chair de
» Jefus-Chrifl , en telle forte que fa chair efl la chair
» du ciel , que le corps de Jefus-Chrifl efl le corps
» de la divinité , que la chair efl toute divine , qu'-
» elle efl la chair de Dieu , qu'elle eff célefle & en*
» gendrée de la fubflance de Dieu. Il fe raille de la
» diflindion des Perfonnes, & prétend qu'il n'y a eu
» qu'une image ou une face perfonnelle , & que cette
» image étoit la perfonne de Jefus-Chrifl en Dieu , &
» qui a été communiquée aux anges ; que le Saint-
» Efprit efl defcendu dans les âmes des apôtres com-
» me le Verbe efl defcendu dans la chair de Jefus-
» Chrifl. Après avoir dit beaucoup d'impiétés fur la
» fubflance de l'ame , il conclut qu'elle efl de Dieu &
» de fa fubflance ; que Dieu a mis dans l'ame une
» fpiration créée avec fa divinité , & que par une
» môme fpiration , l'ame efl fubflantiellement unie
»avec Dieu dans une même lumière par le moyen
» du Saint-Efprit ; que le baptême des enfans efl in-
» utile , & qu'il efl d'une invention humaine ; qu'en
» ne commet point de péché avant l'âge de vingt ans ;
» que l'ame fe rend mortelle par le péché ►», &: beau-
coup d'autres erreurs qu'on peut voir dans la biblia-
thequi
s E R
theque dis Ânùtrinitaircs de Sandius , page C} & lo.
Contin. de fhifl. eccUf. de M. Fleury , tom. XXX. liv.
CXLIX. n°. ç)o.
Quant à la perlbnne de Servet , Lubienski & d'au-
tres Antitrinitaires nous le rcpréfentent comme v\n
homme qui foufFrîth mort fort conftamment, & qui
prononça un dilcours au peuple affemblé à Ion fup-
plice. M. Simon a prétendu que cette harangue étoit
îlippofée ; & Calvin rapporte que quand on lui eut lii
lalcntence qui le condamnoit à être brûlé vif, tantôt
il paroiflbit interdit & fans mouvement , tantôt il
pouiloit de grands foupirs , & quelquefois il faiioit
des lamentations comme un infcnfé , & crioit à la
manière des Efpagnols , wijhlcordi^ mljcrlcorde. Ce
qu'il y a de certain , c'eft qu'il ne rctraûa point fes
erreurs.
Li'.bienski a encore voulu faire pafTcr cet héréfîar-
que pour un homme très-favant dans les lettres hu-
maines , & qui avojt une profonde connoifîance de
l'Ecriture ; M. Simon aflure au contraire qu'il s'ex-
primoit très-mal en latin , & que ce qu'il cite d'hé-
breu & de grec prouve qu'il ne favoit prefque rien
de ces deux langues.
Une partie des ouvrages de Servet a été traduite en
/îamand , & l'on trouve aifémcnt en Hollande (^is li-
vres de la Trinité en cette langue. Simon , riponf.
à quelques théologiens d'Hollande.
SERVICE , f. m. ( Gram. ) culte extérieur qu'on
rend à Dieu. Lefervics divin. Office qu'on célèbre
pour les morts. Vous èt^s invité à l'enterrement &c
znfcrvicc de M. T. On fe confacre au/tw/cede Dieu ,
lorfqu'on embraiTe la profeflîon eccléfiaftique ou re-
ligieufe; ^wfirvkc de l'état , lorfqu'on fe charge de
quelque fon£^ion pénible du miniliere. Entrer diU fer-
vice , c'eft embraffer l'art militaire. Le Jh vies d'une
inaifon, c'eft tout ce qui appartient à l'économie do-
meftique. Service fe prend auffi pour condition ; un
domeftique eft hors de condition , de fervice. Il s'é-
tend à accorder les marques gratuites de la bienfai-
fance ; il m'a rendu de grands fervices. Il y a des cir-
confiances oii l'amour & l'amitié ne voyent aucun
Jervice trop bas. II y a des états dont le devoir s'ap-
pcllefervicc; Icfirvice d'un chevalier de Malte ;J'crvice
de cheval ; fervice de compagnon -^Jervice de corps. Il
eft quelquefois fynonyme à vfage ; j'en ai tiré bien
àvifervice; il m'a long-tems fervi. On dit aufîl un fer-
vice d'or, d'argent , pour tous les uflenfilcs de table
faits de ce métal ; un fervice de linge, pour les linges
deftinés à la table .; on a fervi à quatre ou c'mqfervices^
pour un certain nombre de plats qu'on fert , oT aux-
quels d'autres fuccedent. On n'eft pas bieti fervi dans
cette auberge , ce qu'il faut entendre & des mets &
des domelliques. Etre de fervice à la tranchée ; être de
fervice chez le roi , c'cft exercer fes fondions chez le
roi, c'eft être commandé à la tranchée. Servir à la
paume , c'eft envoyer le premier la balle. Il y a le
côté du fervice.
Service divin, (Critlq.facr.^ \e fervice divin chez
les premiers chrétiens , confiftoit dans la prière, la
leûure des livres facrés , &: la participation à l'Eu-
chariftie. Il finifl"oit , félon que S. Paul le recomman-
de aux Rojtuiins , ch. xvj . 1 6". par un faint baifer , té-
inoignagc d'une communion fraternelle ; ce n'eft pas
dans ce baifer , dit néanmoins Clément d'Alexandrie,
que confifte la charité, mais dans l'aiîediondu cœur ;
à-préfent, continue-t-il , on ne fait que troubler les
Cglifes par les baii'ers mutuels , Pcedag, lib. lll. cap.
cclxviij. roye[ dans le grec le rcilc du paiTagc. 11 fe
mcloit déjà de la corruption dans les liiints baifers.
Je finis par remarquer que tout \c fervice divin fe
nommoit en un feul mot ficrif ce dès le tems de Ter-
tulicn. (D. J.)
Service militaire , c'eft le fervice que les trou-
pes font à la guerre. Ce fervice peut être fait par des
TocniXr, i
S E R 121
nationaux ou par des étrangers. ^oy^^ fur ce ftijet les
ouvrages pour & contre les fervices rniliialres à ran-
gers , confidérés du côté du droit & de la morale , tant par
rapport aux fouverains qui les autorifent ou les permet-
tcnt , qù aux particuliers qui s'y engagent ; piihliés pour
mettre le public en état de j uger faintment de l'ufagz des
peuples anciens & modernes à cet égard , 6* en particulier
de celui des Su'tffes , par Loys de Bochat , profeffeiir en
droit & en kifiolre à Laufan/is , en trois tomes, in-S^,
Les différentes queftions que M. de Bochat examine
dans cet ouvrage font très - curieufes & très- impor-
tantes.
Il s'agit de favolr :
i". « S'il eft permis à quelque homme que ce foit
» de fe louer indiftéremmeut à un prince étranger
» pour porter les armes , fans s'embarrafter de laju-
» ftice ou de l'injuftice des guerres que ce prince peut
» avoir.
a^M.Siun prince ouun fouverain quelconque peut
» vendre à un autre fouverain les régimens , ou pro-
» mettre de lui en tournir.
3*'. » Si un fouverain peut permettre que fur fes
» terres un autre fouverain levé des troupes, tout
» cela ianss'embarrafter de leur deftination que d'une
» manière politique & indifférente à la juftice ou à
» l'injuftice des armes ; & en cas que cela fe puiffe
» faire pour un , fi cela peut en même tems fe faire
» pour plulieurs ».
Il eft aifé de s'appercevoir que ces différentes quef-
tions font fort intéreftantes. Nous n'entrerons cepen-
dant dans aucun détail fur ce fujet , parce qu'il feroit"
dii^cile de le faire fans lui donner beaucoup d'éten-
due , nous nous contentons donc de renvoyer à
l'ouvrage de M. de Bochat , ou au vingt & un &C
vingt-deux volumes de la bibliothèque raifonnée, où
l'on trouve un extrait de cet ouvrage , qui peut en
donner des idées aflez exaftes.
Il y a eu dans tous les tems des pays dont les peu-
ples fourniflbient indifféremment des troupes à ceux
qui vouloient les payer. « Les Gaulois , dit M. le
» chevaUer de Folard , faifoient métier d'aller tuer
» les autres pour de l'argent, & de s'entretuer quel-
» quefois comme bons compatriotes , parce qu'ils fe
» vendoient indifféremment aux deuxpartis;de forte
» que les mêmes drapeaux fe trouvoient fouvent
» oppofés les luis contre les autres. Cela fembloit
» fort barbare & fort inhumain , continue le favant
» commentateur de Polybe , comme s'il n'étoit pas
» libre à chacun d'aller exercer fon métier par-tout
» où il trouvera de l'avantage. On reprochoit la mê-^
» me chofe aux Etoliens. Polybe & Tite-Live fe fâ-
» chent bien fort contre cette conduite. Philippe de
» Macédoine , fi célèbre par fa guerre contre les Ro-
» mains , traitant de la paix avec Q. Flaminius , re-
» procha à un préteur des Etoliens fon infidélité , 5c
» l'avarice de la nation , qui n'avoit nulle honte de
» fournir des troupes à une puiffance , & d'en en-
» voyer à fon ennemi. Les Gefates ( que M. de Fo-
» lard croit être les peuples du Languedoc , ou des
» provinces méridionales des Gaules ) faifoient plus
» que cela, car ils fuivoient indifféremment toutes les
» puiffanccs qui vouloient d'eux. On pouvoit compa-
» rcr leurs princes , dit toujours M. de Folard, ;\ des
» marchands de bœufs & do moutons , qui après les
» avoir vendus , les envoient à différentes bouche-
» ries pour être égorgés. Il y a bien des états aujour-
» d'hui qui font le même métier ». Comm.fur Polybe^
q.IU.pag.zsS. {q)
Service, {-^rt culin. des Rom?) ftrculum : nos
officiers de bouche ont nomme fervice les plats qu'on
met tout-enfemble fur la table pour la couvrir; &
ils ont établi des repas à trois, A quatre & ;\ cinq
fervices ; mais il s'agit ici d'indiquer quelle étoit la
diftribulion des fervices fur les tables des Romains,
1Î2 S E R
&c non pas fur les nôtres. La voici donc en peu de
mots.
Après la diftrlbution des coupes, on fervoU les
viandes, non pas toujours chaque plat léparcment,
comme le marque ce vers d'Horace :
Adfcriur fquillas intcr murœna natanlis
In patina porreclû.
Lib. II. fatyr. vilj. verf. 41.
Et cet autre :
.,,... tim piclort aduflo^
Vidimus & merulas poni , &Jïne cluni palumbts.
Mais fouvent plufieurs plats enfcmble étoientyc/Ti^
iiir une table portative , ù l'occalion de ce vers de
yirgilc.
PoJIquam exempta famés epul'is , menfaqne remotœ.
jEneid. lib. II. verf. 220.
Servius affure qu'on apportoit les tables toutes
garnies : Q^aia apud antiquos menjas appontbant pro
dijcis. Athcnée eft conforme à Servius. Tel étoit le
premier yi/v/Vê; enfulte lesy^rv/c^i le multiplioient;
& quoiqu'on retînt toujours les mêmes expreflions
de premier & fecondy^'vice , prima & ficundœ men-
Jcs, pour tout le fouper, ces deux yim".J fe fubdi-
viloient en plufieurs autres.
Le premier comprenoit les entrées qui confif-
toient en œufs , en laitues &: en vins miellés , fui-
yant le précepte ;
vacuîs commiitere venis
Nihil nifi Une dtcet.
Après cela venoient les viandes folides, les ra-
goûts , les grillades ; le fécond fervice comprenoit
les fruits cruds , cuits & confits , les tartes & les
autres friandifes que les Grecs appellent /A.iXi7rniO«. ,
-& les Latins duUiaria & bellaria.
La table de l'empereur Pertinax n'étoit ordinai-
rement que de troisyèrvicei , quelque nombreufe que
fût la compagnie ; au lieu que celle de l'empereur
Êliogabale alloit quelquefois jufqu'à vingt-deux ;&
à la fin de chaqiiey^rv/f« , on lavoit fes mams , com-
me fi l'on eût hni le repas : car l'ufage étoit de les
laver auffi-bien à la fin qu'au commencement. Exhi-
buit aliquandb taie convi^ium , ut haberct vigenti-dt:o
fercula ingtntium epulamm ; & per JiRgida lavarent ,
dit Capitolin. (Z>. /.)
Service, f. f. {Jrc/iite&.^ c'eft le tranfport des
matériaux du chantier au pié du bâtiment qu'on
élevé , & de cet endroit fur le tas. Ainfi, plus l'édi-
fice cil haut, plus le fervice en eft long & difficile lorf-
qu'on l'achevé. Diction, de Cliarpent. (Z>. /.)
SERVIE , LA , {Géogr. mod.') province de la Tur-
quie européenne, bornée au nord par le Danube,
au midi par l'Albanie & la Macédoine , au levant par
la Bulgarie , &C au couchant par la Bofnie. Elle peut
avoir 76 lieues du levant au couchant, & 38 du midi
au nord. Cette province que les Turcs appellent Ser-
j^ilaii, hifoit anciennement partie de la Moëfie, de
rillyrie &: de la Pannonie. Elle appartint, lors de la
décadence de l'empire romain , aux peuples ferviens
venus de la Sarmatie afiatique ; & elle eut dans la
fuite fes dcfpotes particuliers, dont quelques-uns
ont dépendu des rois de Hongrie. Le dernier eut le
malheur d'être pris dans une bataille où fon armée
fut taillée en pièces par Amurat premier dans le qua-
torzième ficcle : alors la Servie tomba fous la puil-
fance des Turcs; cependant Bellegrade, la capitale,
ne devint leur conquête que fousSoliman II. qui s'en
Tendit maître en 1 521. Toute la Servie eft aujour-
«d'hui dépeuplée, fans culture &: lans argent. On y
compte à peine un millier de chrétiens , tous un ar-
fchevêque latin que les Turcs tolèrent. (Z?. /.)
S E R
SERVIENS , {Géog. mod.^ ou Rafâens, peuples
que les latins du moyen âge ont appelle Serbi , Ser-
vi, Zirvi, 6c les Arabes Serf ov\ Sirf Ces peuples
habitent maintenant dans la Mocfie fupérieure , au
pays des anciens Triballes ; ils font venus des PaUis-
mcocides. Ils ont pénétré autrefois dans la Luface
& dans la Mifnie , & firent des entreprifes jufque
dans la Thrace ; mais ils furent battus par Amurat
premier , fultan des Turcs , l'an 767 de l'hégire»
(z?. y.)
SERVIETTE, f. f. ÇC/iirurg.") efpece de bandage
fait avec une ferviette pliée en trois doubles fuivant
fa longueur , & roulée par les deux bouts. On l'ap-
plique autour du corps fur l'appareil ; on en attache
les deux bouts par-devant, & on la foutient avec le
fcapulaire. Ce bandage s'emploie aux maladies de
la poitrine & du bas-ventre. ( ZJ. 7. )
Serviette , (Toi/crie.) linge de table qu'on met
fur chaque couvert, pour manger proprement, s'ef-
fuyer les mains , & couvrir fes habits. Douze fer-
vitttes & une grande nappe font ce qu'on appelle
im fervice de table. (Z?. /.)
Serviette , ( Littéral.^ Les Romains nommoient
une ferviette map^z'^mantile étoit la nappe. Une chofe
qui paroîtra fort bifarre , c'eft que long-tems après
le fiecle d'Augufte, ce n'étoit point encore la mode
que l'on fournît des fèrviettes aux conviés , ils en
apportoient de chez eux. Catulle fe plaint d'un cer-
tain JJînius , qui lui avoit emporté la fienne ; & le
menace de le diffamer par fes vers, s'il ne la lui ren-«
voye promptement :
Murricine Afini manu flniflrâ '
Non belle uteris in joco atque vincts
Tollis Untea negUgentiorurn,
Et plus bas :
Q_uare aut hcndecafyllabos trecentos
Expecîa , aut rnihi linteum remitte.
Martial dit à-peu-près la même chofe d'Hermo-
gene, homme connu pour de pareils tours d'adreffe.'
« Perfonne des conviés, dit -il, n'avoit apporté de
» fèrviettes , parce que chacun craignoit les ongles
» crochus d'Hermogene : Hermogene ne s'en re-
» tourna pas pour cela les mains vuides ; il trouva le.
» fecret d'emporter la nappe.
jittulerat mappam nemo , dàm furta tïmeniur *
Mantile ^ menfa fufluUt Hermogenes.
(Z). /.)
SERVILE, adj. {Gram.") qui appartient à quel-'
que fonftion ou qualité vile & bafle. Cet emploi efl
fervile. Il ?LYÀmt fervile. Il traduit d'une manière yèr-
vile, royei Serf & Servitude.
SERVIR , V. ad. voye^ Varticle SERVICE.
Servir; (Gramm.) c'eft porter honneur, ref-
peft. Il faut/èrvirDieu. C'eft faire quelque fonélion.
îubalterne; Afervoit à l'autel avec édification; ilyèr-
voir à table. C'ell embraiîer une profelfion pénible,
mais utile à l'état ; Wfert le roi dans fes armées , dans
la robe. C'ell; obliger, fecourir, aider; on fert fes
amis de fa bourfe , de fon conleil , de fon crédit.
C'efl être réduit à la condition de domeftique ou
d'efclave; combien de tems avez - vous y^rvi dans
cette maifon ? pour quoi en êtes-vous forti ? avez-
vous une atteftation de bon fervice ? C'ell pourvoir
ime table de mets ; fa table eft toujours bien j'ervie.
C'eft offrir un mets ; /èrve[-moi de ce plat. C'ell au
triclrac,à la paume, & à d'autres jeux, jouer le pre-
mier coup. C'efl remplir une fonction à laquelle on
n'étoit pas defliné , par intérêt, par attachement ou
par quelqu'autre motif; il m'a fervi de guide dans
cette route pénible; il m'a yèrvi de garde dans cette
maladie, C'«ll indiquer l'ufage d'une choie ; je me
s E H
S E R
ii|
fits du compas & de la règle; je mef^vis, pour
le convaincre , alternativement de l'expérience &
de la railbn , &c.
SER.VIS, i. m. ÇJurifpr.') du latin/t'/v/Ve dont on a
fnit dans la baffe latinité yimr/^, pour i^irç. firviccs ^
6c par corruption /hvis , font les devoirs dont le
ccnlitaire emphytéote ell tenu envers le feigneur,
à caufe de l'héritage qui lui a été donné à cette con-
dition.
Ce terme de fer vis efl ufité, fUrtout dans les pro-
vinces régies par le droit écrit. Il efl fynonyme de
evns ; û ce n'eit Cjue l'on veuille dire que le cens
eft cette modique redevance qui le paye en argent,
in recognitionem dominii , & que les fervis font les
autres devoirs & preftations dus au feigneur fur le
mcme héritage , foit en grains , volailles & autres
chofes.
On joint ordinairement les termes de ans & fer-
vis : en demandant le payement de l'un , on ne
manque point de demander le payement des autres.
Les arrérages dGsftrvîs fe prefcrivent comme ceux
du cens, par 30 ans ou par 50 ans, fuivant l'ufage
des différentes provinces, ^oje^ Bordel AGE ,
Cens, Censive, Devoir, Prescription, Pres-
tation. (^)
SERVITE , f. m. (Ordre monafiquc.) Les Servites
font un ordre de religieux fuivans la re^le de Saint-
Auguum, & qui s'attachent au fervice de la Vierge.
Le premier auteur de cet ordre fut Bonfîlio Mo-
naldi, marchand de Florence, qui ayant c^uitté le
négoce avec fix autres de fa profeflion , ié retira
en 1223 au mont Sénai're à deux lieues de Florence.
En 1239 ils reçurent de l'évêque la règle de Saint-
Auguftin. Enfuite Bonfilio fut nommé général, &
mourut en odeur de fainteté le premier Janvier 1 26 1 .
Le concile de Latran approuva l'ordre des fcrvites ,
& les papes lui ont accordé beaucoup de grâces. Il
n'cft point établi en France ; mais Fra-Paolo , véni-
îien , qui étoit rehgieux fcrvite , en a relevé la gloire
en Italie, où l'on voit auffi des religieufes yl'm/w ,
ainfx nommées , parce qu'elles obfervent la règle des
religieux du même nom. (Z?. /. )
SERVITEUR, f. m. (Morale.) Les noms de maî-
tres & de ferviteurs font auffi anciens que l'hiftoire,
êc ne font donnés qu'à ceux qui font de condition
& de fortune différente ; car un homme libre fe rend
ferviteur d'un autre, en lui vendant pour un certain
îems fon fervice, moyennant un certain liilaire. Or,
quoique cela le mette communément dans la famille
de fon maître , & l'oblige à fe foumettre à fa difci-
pline & aux occupations de fa maifon , il ne donne
pourtant de pouvoir au maître fur (on ferviteur que
pendant le tems qui eff marqué dans le contrat ou le
traité fait cntr'eux. Les ferviteurs mêmes, que nous
appelions efclaves , ne font foumis à la domination
abiblue & au pouvoir arbitraire de leurs maîtres que
par infradion de toutes les lois de la nature. {D. J.)
Serviteur, ( Théologie. ) terme qui, dans l'E-
criture-fainte , fe prend en divers fens.
1°. La fignification la plus commune emporte
avec foi l'idée d'efclave : car anciennement chez les
Hébreux & les peuples voifnis , la plupart des fervi-
teurs étoicnt efclaves , c'eft-à-dire , abfolument affu-
jettis à leur maître , qui avoit droit de difpofer de
leurs perfonncs , de leurs corps, de leurs biens , 6c
tnême de leur vie dans certains cas.
Les Hébreux avoient de deux fortes de ferviteurs
ou d'efdaves , comme il paroît par le Lévltique ,
c. XXV. V. 44. &Jè(]. Les uns étoicnt ou étrangers ou
achetés , ou pris à la guerre , 6: leurs maîtres les
gardoient , les échangeoient ou les vendoient , en
xm mot en difpofoient comme de leurs biens. Les
autres étoient des efclaves hébreux qui vendoient
Icijr liberté , prcffés par l'indigence , ou qui étoicnt
Tome xr,
vendus pour leurs dettes , ou étoient livrés pouf
être efclaves par leurs parens , dans les cas de leur
néceffité. Ces fortes d'efdaves hébreux ne demeu-
roient en efclavage que jufqu'à l'année du jubilé.
Alors ils pouvoient rentrer en liberté , fans que le
maître pût les retenir malgré eux. Que s'ils reffoient
volontairement chez leur maître , on les amenoit
devant les juges , ils y faifoient leur déclaration
qu'ils renonçoient pour cette fois au privilège de la
loi ; on leur perçoit l'oreille avec une alêne , en les
appliquant au montant de la porte de leur maître ; &
dès-lors ils ne pouvoient plus recouvrer leur liberté ^
fi ce n'eft en l'année du jubilé qui fe célebroit au
bout de 49 ans.
2^. Serviteur fe prend aufîî pour marquer un hom-
me attaché au fervice d'un autre par choix & libre-
ment , par inclination : comme Jofué étoit ferviteur
de Moïfe , Elifée d'Elie , Giezi d'Elifée , S. Pierre^
S. André & les autres de Jefus-Chrlff.
3". Serviteur i'c met (onvtnt polir les fujets d'un
prince. Les ferviteurs de Pharaon , les ferviteurs de
Saiil & ceux de David font leurs fujets en général ,
cru leurs officiers & leurs domelliques en particulier;
De même auffi les PhiUftins , les Syriens & plufieurs
autres peuples font appelles dans l'Ecriture ferviteurs
de David , parce que ce prince les avoit foumis &:
qu'ils lui payoient tribut.
4*^. Les ferviteurs de Dieu , les ferviteurs du Sei-
gneur font les prêtres , les prophètes , ceux qui
font profeffion d'une piété particulière. On donne
fouventà Moife le nom OU homme de Dieu, defervi~
leur de Dieu par excellence ; & S. Paul prend aufli
lui même cette qualité.
On fe donne quelquefois à foi-même , dit M. de
Vo haire , des titres fort humbles , pourvu que l'on
en reçoive des autres de fort élevés. Le pape s'ao-
pelle Im même ferviteur des ferviteurs de Dieu. Un bon
prêtre du Holftein écrivit un jour à Pie IV. à Pie
Jy. ferviteur des ferviteurs de Dieu. Il alla enfuite à
Pv.ome folliciter fon affaire , & l'inquifition le fit
mettre en prifon pour lui apprendre à écrire.
5°. Dans l'Ecriture , yerv/Ve«« ou efclaves, op-
polés à libres & aux enfans des promefl'es , marque
les .Tuifs par oppofition aux chrétiens. Les Juifs n'é-
toient que les efclaves figurés par Agar & par If-
maëi ; les chrétiens font les enfans de la hberté fi-
gurés par Sara & par îfaac, comme S. Paul l'étabht
dans fes épîîres , & fur- tout dans celle aux Galates.
Calmet , Dictionn. de la Bibl. tom. III. pag. S4S.
Serviteurs , f. m. pi. ( terme de comm. de Chi-
rurg. ) on z^^eWe ferviteurs ou garçons , chez les maî-
tres chirurgiens de Paris , ceux qu'on nomme com-
pagnons chez les maîtres de communautés des arts
& métiers. Les garçons ouferviteurs peuvent afpirer
à la maîtrife , & être admis à faire le grand chef-
d'œuvre quand ils ont fervi fix ans confécutifs chez
un des maîtres , ou fept ans chez plufieurs. ( Z). /. )
Serviteur , en terme de Raffinerie , font des ou-
vriers loués à l'année , qui font fous les ordres du
contre-maître , & doivent lui obéir fans réplique. II
faut que ce foit des hommes forts & robulîes, pour
fupporterles grandes fatigues d'une raffinerie. C'elt
pour cela qu'on les nourrit fans leur épargner ni
pain , ni vin , ni bonne chère. Ils s'engagent pour
un an. On ne peut les renvoyer qu'après ce terme ,
i\ moins que cène foit pour caufe de baffeffe ou d'in-
fidélité.
SERVITUDE , f. f. ( Gramm. & Jurifprud. ) eil
général eff l'état d'une perfonne ou d'un héritage qui
ell affujctti ;\ certains devoirs ou fervices envers une
autre perfonne , ou envers un autre héritage.
Quelquefois par le terme dcfervitude , on entend
le droit d'exiger ces fortes de fervices & de devoirs ;
quelquefois au contraire on entend ^àv Jervitudc , l'o-
Q i)
114
S E R
S E R
bllgation de les rendre , ce qui tait dlftlnguer lesyir-
viniJcs en avives is: paliives.
Il y a deux fortes <\: fcrvhudcs ,foit aclivcs oiipal-
fivcs , les unes pcrlonnelles , les autres réelles.
Les fcrvitudes perfonnclles l'ont aulli de deux
fortes.
L'une cft celle qui met une pevlbnne dans une
déjK-ndance i"cr\ilc d'imc autre.
L'autre cipece de yirvin/^e perfonncUe, eft celle
qui clt inipulée lur dc^ fonds pour l'iiiage de quel-
ques pcrionnes , tels que Tulufruit , Tulage & l'ha-
bitation.
Souvent aulfi l'on qualifie ces fortes àe fervhudes
de mixtes , parce qu'elles font parties perfonnelles
tfc parties réelles , étant dues à une pcrfonnefur un
héritage.
hcCfervitndcs réelles font celles qui affujettiflcnt
un héritae-e à certaines chofes envers un autre hé-
ritage.
On diflingue deux fortes de ferv'iaides réelles ,
favoir celles qu'on appelle urbaines , & les furvitu-
dis rurales eu rulliques qui font impolées llir les hé-
ritages des champs.
f'oyei au ff. & au code les titres de fer vitutiùus , les
traités de Coras,deCoepola,deDave7an ôc deGamar;
les commentateurs des coutumes fur le titre des J'er-
vitudes , 6c les fubdivifions qui fuivcnt. ( //)
Servitude active eft celle que quelqu'un a
droit d'excercer fur \\\\ autre ou fur fon héritage ; la
même ferviiiide qui eft adlive pour l'un eft paftive à
l'égard de l'autre. Foyc^ Servitude passive. (-<^)
Servitude apparente , eft celle qui fe mani-
fcfte continuellement d'elle-même , comme un che-
min pratiqué au-travers d'un champ , l'égoùt d'un
toît qui tojnbe fur un héritage voilln , des vues
droites qui portent fur un héritage, & il n'eft pas
befoin de s'oppofer au décret pour la confervation
des fervhudes apparentes , à la différence des Jend-
tudes latentes qui font purgées par le décret lorfque
l'on ne s'y oppofe pas. Voye^ DECRET & SERVI-
TUDE LATENTE. (^)
Servitude de bois , ( Coutume de Bcarn. ) droit
en Béarn de prendre bi. de couper du bois dans une
forêt avec le talh & le dalh ; ferviiude.de dent , c'eft
le droit de faire paître fon trow'^QCAX \ fervitude de
jafilha , c'eft le droit de le faire coucher fur une
terre pendant deux nuits pour le faire repofer;yÉr-
vitudc de pexe , c'eft le droit de le faire paître. Tré-
vcux. {D. J.)
Servitude cachée. Foycicï-aprhSi.nxiTV'D'E.
latente.
Servitude continue , eft celle dont l'ufage eft
continuel, comme des vues fubfiftantes fur l'héri-
tage voifin , à la différence des fervitudcs dont on
n'ufe que de tems à autre , comme un droit de
partage.
Servitude des héritages des champs. Foy.
Servitudes rustiques.
Servitude des héritages de ville. Foye^
Servitude urbaine.
Servitue)E latente , eft celle qui n'eft annon-
cée par aucune marque extérieure , comme le droit
de paffage que quelqu'un a dans un champ.
Servitude mixte , eft celle qui tient de la per-
fonnelle 6l de la réelle , comme l'ufufruit qui eft du
fur un fonds. Voyc?^ Usufruit.
Servitude naturelle , eft celle qui eft dans
l'ordre même de la nature , comme l'écoulement
des eaux qui viennent du fond fupérieur fur le fond
inférieur.
Servitude nécessaire , eft celle qui eft due
fans autre titre que celui de la néceftité , comme le
pafiage pour aller à un hérit^rge qui eft enclavé de
toutes parts dans des héritages appartenans à autrui: I
la règle en ce cas eft que l'on donne le paftage par
l'endroit le moins dommageable, ^oyt:^ Servitude
naturelle.
Servitude occulte ou cachée , eft la même
chofe que fervitude latente. Foyei Servitude la-
tente.
Servitude PASSivE,eft celle qu'une pcrfonneou
un héritage doit à une autre perfonne ou héritage;
h\ fervitude paftlve eft oppoiée à la fervitude a£tive.
Servitude patente. Foye^ Servitude ap-
parente.
Servitude personnelle , eft l'état d'une per-
fonne qui eft l'efclave d'une autre. Foyei Esclave
& Serf.
Servitude prédi ale , ainft nommée du latin/^rar-
dium , qui fignifie héritage , eft celle qui eft impofée
fur un héritage en faveur de quelqu'un ou d'un autre.
f'oyei Servitude réelle , Urijaine & Rusti-
que.
Servitude réciproque, eft lorfque deux per-
fonnes ont chacune un droit pareil à exercer l'une fur
l'autre , foit fur leur perfonne ou fur leur héritage.
Servitude réelle , eft un fervice dû par un hé-
ritage à un autre héritage.
De ces fortes defervitudes quelques-unes font na-
turelles, comme l'écoulement des eaux du fond {\i-
périeur fur le fond inférieur ; d'autres néceffalres ,
comme le paffage qui eft dit pour aller à un héritage
qui eft entouré de tous c >tés d'héritages apparte-
nans à autrui ; d'autres font établies par convention;
d'autres enfin par la pofi'eflion dans les pays , où les
ferviiudes peuvent s'acquérir fans titre.
Il ne peut y avoir de fervitude proprement dite ,
qu'entre deux héritages , appartenans à différens pro-
priétaires ; car il eft de maxime que nemini r es fia.
fervit.
Les fervitudes réel/es (ont urbaines ou ruftlques, on
en trouvera l'explication ci-après.
Suivant le Droit romain , les fervitudcs s'acquièrent
par la qujfi tradition qui fe fait par l'ufage qu'en fait
le propriétaire du fonds dominant , la tolérance du
propriétaire du fonds fervant , lorfqu'il y a eu poffef'
lion de bonne toi avec titre pendant dix ans entre
préfens , & vingt ans entre abfens.
On peut aufti acquérir une fervitude par l'ordonnan-
ce du juge , lorfque partageant des biens communs à
plufieurs perfonnes , il ordonne que l'héritage de l'un
fera fujet à certains devoirs envers l'autre.
Il eft encore permis à un teftateur d'établir une
fervitude fur un de fes héritages , au profit d'un autre.
Dans la plupart des pays coutumiers, il eft de ma-
xime, que nulle fervitude fans titre ; la coutume de
Paris rejette même la poffefîion de cent ans.
Lesjervitudes s'éteignent par plufieurs moyens.
Le premier eft la confufion quife fait de la pro-
priété des deux héritages , lorfqu'ils fe trouvent réu-
nis en une même main.
Le fécond eft le non ufage pendant le tems déter-
miné par les lois, qui eft , luivant le Droit romain ,
dix ans entre préiens , & vingt ans entre abfens ; en
pays coutumier il faut trente ans , entre âgés 6i. non
privilégiés ; Paris, art. 186.
Le troifieme, eft la renonciation à {^.fervitude.
Le quatrième , eft la réfolution du droit de celui
qui i'avoit conftituée.
Le cinquième , eft la perte de l'héritage qui doit la
fervitude.
Le fixieme , enfin , eft lorfque le cas de ceffation ,
prévu par le titre, eft arrivé. Voye^ au digefte, defcr^
vitut. & le titre quemadmod, fervitut. amitt.
Servitude rurale, voye^ ci- après Servitude
RUSTIQUE.
Servitude rustique , ou des héritages des
champs, eit celle qui eft due à un héritage , autre que
s E R
ceux qui font deftincs pour l'habitation du père de
faruille , quand même cet héritage ferolt litut- dans
une ville.
Les tnincipales/î'm/tt.'z'i.'j de cette cfncce chez les
Romains étoient celles appellces , itzr , uclus , via.
'LzfcrvUudi appellée iur ^ revenoit à ce que nous
appelions droit de p.^Jjag^ pour les gens de pié ; aclns
droit de palTngc pour les bêtes de Ibnime , & via le
paflage pour les chariots & autres voitures.
Les zuires firvitiidcs font aquce duclus , c'efl-à-dire
de faire pafler de Feau par l'hcri.age d'autrui; aqiuz
haujîus^\c droii d'y puifer de Vç-exr^pccoris adaquam ap-
puifiis , le droit d'abreuver fes beiiiaux dans l'eau du
voilin ; pafcendi puons , droit de pafcage ; cakis co-
quinda., de f^ire cuire fa chaux dans le fonds d'autrui;
arciiiZ fodicnda , de tirer du fable fur le voiiin ; entez
fodienia , d'y tirer de la craie ou marne ; eximendi
lapdis ^ d'en tirer de la pierre. Voyez jf! defervit.
prœd. ruflic.
Servitude urbaine, eft celle qui eft due à un
bâtiment delliné pour l'habitation du père de famille,
quand même ce bâtiment ieroit fitué aux champs.
On en diftingue ordinairement huit.
La première , qu'on appelleyè/v/Vai- oncris fenndif,
oblige celui qui la doit de porter les charges d'un
autre.
La féconde appellée Ugni immittendi, c'eft le droit
de pofer fes poutres dans le mur voifm.
La troifieme , Hgni projiciendi , eft le droit d'avan-
cer fon bâtiment lur l'héritage voilin , comme font
les faillies & avances , les balcons.
La quatrième , Jîilliadii rccipicndi vel non recipicn-
di , eft l'obligation de recevoir l'eau du toit du voi-
fm, ou au contraire l'exemption de la recevoir.
La cinquième .^fluminis recipicndi vdnon^ c'eft par
l'eau qui tombe du toît voifm , mais rafîemblée dans
une gouttière.
La fixieme , jus altiîis non tolkndi , confille à em-
pêcher le voifm d'élever fon bâtiment au-delà d'une
certaine hauteur.
La fepticme eft , jus profpeclus ou ne luminibus of~
ficiatur ^ c'eft le droit d'empêcher le voifm de rien
faire qui puiffe nuire aux vues de l'héritage domi-
nant.
La huitième appellée ^fervitus luminu?n, eft le droit
û*avoir des jours lur le voifm. Foye^ au fF. le tit. de
fervit. pradior. urban.
SEKFIVI , {Jurifpmd!) terme latin qui s'eft con-
fervé long-tems dans l'ufage des chancelleries , pour
exprimer l'atteftation que chaque officier de chancel-
lerie devoit donner à l'audiencier du tems qu'il avoit
lervi , foit au confeil , foit au parlement , à la chan-
cellerie du palais ou ailleurs. Ces fortes d'atteftations
furent ainfi appelle es , parce qu'étant autrefois rédi-
gées en latiii comme tous les aftes de juftice , elles
commençoient par ce mot fervivi. Voyez ïefciendum
de la chancellerie. (^)
SER17M, f. m, {Gram.') la partie aqueufe , claire
& tranfparente , du lang , du lait , des humeurs ani-
males.
SERUS , ( Giog. anc. ) fleuve de l'Inde, en -deçà
du Gange. l'tolomée, Hv. FIL ch.j. place l'embou-
chure de ce fleuve fur le grand golfe , au midi d'Aga-
nagara. Il ajoute que ce fleuve fe formoit de deux
fburces, qui étoient dans lemontSemanthinus. Mer-
cator croit que le nom modenie eft Ccmmaran. (Z). /.)
SER VUS iipedihns meis , ( Littéral.^ c'étoit le nom
qu'on donnoit à l'cfclave dont on fe lervoit pour les
mefliiges ik pour porteries lettres , du tems de la ré-
publique à^s Romains ; car il n'y avoit point alors
de commodité réglée pour les faire tenir par des pof-
tc.i : aufli n'avony-nous point de terme qui réponde
exaOcmcnt aux mots iMm^Jervus à p^dibus /nàs : ce-
lui de valet de pié , qui femble les exprimer , n'en
S E R
125
donneront pas une idée aftez jufte. Mongauli. (D. /,)
SERY, V07Ê.7 Musaraigne.
SESAC , ( Mythol. oricntak. ) divinité des Baby-
loniens , à ce que penfent la plupart des critiques fa-
crés. Ils ont cru trouver dans Jérémie le nom de ce
dieu. Voici les paroles du prophète, ch. xxv, v. /i.
« Ainfi a dit le feigneur : prends de ma nriin la c5u-
» pe du vin de ma fureur, & fais en boire à toutes
» les nations . . . & le roi Sefic en boira avec eux ; »
puis il ajoute dans un autre endroit : « comment a
» été prife S^fac^ Comment Babylone eft-elle deve-
» nuel'étonnementde toutes les nations.-' »
Les interprètes qui conviennent que dans ces deux
palïages , Sefac déligne également le roi & la ville de
Bdbyione , font perfuadés que ce Scjdc étoitune des
divinités des Babyloniens, & que Jérémie a préten-
du défigner la ville même par le nom de cette divi-
nité ; mais cette opinion eft purement co.nieflural^.
{D.J.)
SESAME , f m. ( Botan. ) fuivant Llnnœus , le ca-
lice de ce genre de plante eli monopétale , divifé en
cing fegmens . la fleur eft auiTi mono[>étale , en for-
me de cloche , & découpée en cinq parties dont Wu
ne eft beaucoup plus longue que les autres; les éta»
mines font quatre hlets plus courts que la fleur ; leurs
bolfettes font oblongues , droites & pointues ; le ger*
me du piftil eft ovale & rude ; leftile eft un filet;
le ftigma eft en forme de lance, divifé en deux; le
tniit eft une capfule oblongue à quatre loges qui con*
tiennent quantité de femences ovoïdes. Linnczi gen.
plant, p. ic)2,.
ïournetort met cette plante parmi les digitales,
& l'appellent digitalis orimialis fefamum dicla , /. R,
H. 164. Sa racine eft annuelle; fon cahce part des
ailes des fleurs , prefque fans pellicules; il eft petit,
& divifé en cinq fegmens longs & foibles; lii fleur
eft monopétalc ; fon ovaire eft en filique, tétrago-
nal, oblong, divifé en quatre cellules , pleines de fe-
mences qu'on peut manger. Elles font modérément
humeûantes , émoUientes , parégoriques , vifqueu-
ies , graiies , & par conféquent emplaftiques.
Les Egyptiens fe fervent beaucoup de/é/Tz.Tzj, tant
en alimens qu'en remède, parce qu'il croît prompte-
ment, & qu'il précède les autres fruits après les
inondations du Nil ; il récoiupcnfe bien ceux qui 1«
cultivent de leurs travaux par la quantité de filiques
qu'il donne. Parkinfon prérend que \&féfame croît de
lui-même aux Indes orientales , mais qu'on le cuhive
en Egypte , en Syrie , en Grèce, en Crète & en Si-
cile. Les Arabes iifent fréquemment dans leurs mets
de l'huile exprimée de la graine à^pfdvic. Il eft vraif-
femblable que notre. Jefumc n'eft point celui des an-
ciens; car les vertus que Diofcoride lui attribue ne
conviennent point au nôtre. (D. /.)
SÉSAMOIDE , f f. ( m/î. nat. Bot. )fiJamoides,
genre de plante dont la fleur reflemble à celle du
réfeda. Foye^ Réséda. Le fruit a différente forme ,
félon les diverfes efpeces ; tantôt il eft compofé de
plufieurs petites cornes qui ibnt remplies chacune par
wnii femence qui a la figure d'un rein ; dans d'autres
efpeces il reflemble par fa forme à une étoile , & il
eft divifé en plufieurs capfules. Tournelbrt , //•;//. ui
Iierb. Foye^i Plante.
SÉSAMOÏde , adj. en Anatomie , nom de quelques
petits os qui relTemblent à la fcnience d'une plante
de ce nom.
Les vrais osféftmoïdcs font au nom!)re de deux ,
& on les obfcrve dans le pouce tant de la main que
du pié. C'eft à ces os que les fléchiffours du pouce
fur le métacarpe font attachés , & outre cela l'abduc-
teur du pouce dans le pié. On remarque encore dit-
férens autres os Jejamoidis d.ins les autres articula-
tions des doigts , mais ils ne fe trouvent pas conf-
tamment.
126
SES
Ces petits ofTclets fe trouvent pour rordinaire clans
les ligamens capiulaires de l'articulation des doigts à
des orteils de plulicurs adultes ; leur figure & leur
grolleur varient infuiiment ; quelquefois ils font gros
comme des grains de moutarde, & quelquefois com-
me de gros pois. Les phalanges mêmes ne font pasles
foules parties où l'on trouve les osjcjanioïdes : on en
rcnconti e quelquefois iiir les conduits du témur , à
la partie info^rieure du péroné, liir l'os du talon, &c.
On comorendra lans peine la caufo de ce jeu de la
i^ature, quand on ne regardera pas ces oilclets com-
me des pièces léparées , mais comme une portion
de la caplulc ligamenteule qui s'eil offifiée.
II clT: certain que ces petits os ne font autre chofo
que les ligamens des articulations , ou de torts ten-
dons de mufoles , ou l'un & l'autre devenus oflcux
par la violente comprefTion qu'ils éprouvent dans
les endroits où ils font placés. En voici la preuve.
I °. On ne rencontre pas les osféjamoïdcs dans tous
I?s fujets; on les trouve ordinairement cartilagineux.
Ils ne font communément bien ofTifîés que dans les
l'ujets robuftes & vieux.
■ z°. Ils font placés fur la partie la plus élevée de la
tête des os dumétatarfe & des phalanges qui foutien-
nent les tendons des fléchiffeurs : ce qui juftifîe que
la compreffion des ligamens elt la caufe de cette olïl-
fication.
3'*. Les os/^y^/noï^iTi au commencement des muf-
des gartrocnémiens, ne font évidemment compofés
que de fibres tendineufes*
4°. Les mêmes os à la première phalange du gros
orteil , ne font aufTi vifiblement que la continua-
tion de la fubftance des ligamens 6c des tendons des
mufcles de cette partie; & celui qui efl: quelquefois
double à la féconde phalange du même orteil, efl
une partie du ligament circuialre.
5". Enfin ces ofîelets doubles fous les tendons fen-
dus du fublime , prouvent encore cette vérité.
Finiffons par trois remarques de M. Winflow.
1°. Dans tous les fujets où les tendons & les liga-
mens ont beaucoup de fermeté, où l'aftion des muf-
cles eft forte , & la comprelfion violente , il y a lieu
de s'attendre à trouver de ces os.
3°. Toutes chofcs égales d'ailleurs, plus le fujet
eft âgé , plus on trouvera de ces os , 6c plus ils fe-
ront gros.
3°. Plus le fujet a fatigué ces extrémités inférieures
ou f iipérieures , plus aufîi , toutes chofes égales d'ail-
leurs, ces os feront gros & nombreux.
Mais quand M. Winflow ne craint point d'ajouter
que ces offelets augmentent la force des mufcles , en
tacilitent le jeu , & font que les orteils , lorfqu'on
marche , fupportent mieux le poids de toute lamafîe
du corps ; je ne reconnoisplus le phyficien qui ve-
noit tout-à-l'heure déparier raifon & méchanique ;
je n'y vois qu'un homme qui découvre les préroga-
tives de la nature dans fa dégénération même, qui
préfère pour la force & la flexibilité des organes , la
vieillefTe à la jeunefTe , & qui compte apparemment
le mérite des faifons par l'hiver, (/?. /,)
S ES B A M , f, m, ( Hljl. rue. Bot. ) genre de plante
à fleurs polypétalcs, papilionacées & en forme de
grappe ; les embryons forteut de la partie intérieure
3e la fleur, & deviennent dans la fuite des filiques
oblongues & divifées en plufieurs nœuds; elles ren-
ferment des femences rondes. Ajoutez au caraftere
de ce genre que les feuilles naifTcnt par paires, Pon-
tcderx ane/iologij. f''oje{ PLANTE.
SESBAN , f. m. ( I/iJl. nat. Botaji, exot. ) arbrif-
fcaude la grofTeu;- du myrte. Ses branches font ten-
dres, herbacées , & d'un verd-d'eau tant-foit-peu
rougeâtre ; fcs fleurs font de couleur de fafran , affez,
femblables à celles de l'anagyris , & pendent en
touffes. Il naît de fcs fleurs dçs longues filiques, telles
SES
^ue celles dufœnu-grec , & qui contiennent des fe-
mences pareilles, Veflingius a remarqué que le nom-
bre des cellules de chaque fillque varie félon le
nombre des graines , & que le tronc de l'arbrifieau
efl armé d'épines rares & courtes. (/?, /,)
SESCHAN, ÇCéog. mod.') znc'ienncment B lige,
Byccs 6c Byce ; grand lac de la petite Tartarie en
Europe, Ilfépare la Tartarie des Nogais, de la Cri-
mée, & fe décharge dans la mer de Zabache par un
canal fort court, n'étant féparé du golphc de Nigro-
poly que par un iflhme de demi-lieue , fur lequel la
ville de Précop efl fituée, (Z>. /.)
SESELI,i^ m. ( Hifl. nat. Botan. ) genre de plante
dont voici les carafteres, fuivant Linnœus. Le calice
qui enveloppe la fleur, eft à peine remarquable ; la
couronne de la fleur eft généralement uniforme ; la
fleur efl à cinq pétales à-peu-près égaux , & taillés
en forme de cœur ; les étamines font cinq filets qui
finiflent en pointes aiguës ; les boffettes des étamines
font ftmples ; le germe du piftil eft placé fous l'en-
veloppe de la fleur ; les ftiles font recourbés ; les
ftignia font obtus ; le fruit eft ovale, petit, cannelé,
& féparable en deux portions. Les graines font au
nombre de deux, de forme ovoïde , convexe d'un
côté , & applaties de l'autre. Il paroît de cette def-
criptlon que Tournefort s'eft trompé en rapportant
les diverfes efpecesdeyè/è/iaugenrede plante qu'on
nomme fenouil. ( O. /, )
Seseli commun, (Botan.^ c'eft un des noms
qu'on donne vulgairement à la livêche , en latin li-
gnjlicum. Foyei LivÊCHE , Botan. ( Z>. /.)
Seseli de Candie , (^Botan.) nom vulgaire d'une
des efpeces du genre de plante , que Tournefort
appelle tordylium. Voyc^^ TORDYLIUM , Botanique.
Seseli de Marseille, (^ Botan.) plante Bom-
mée par Tournefort , fœnicuUun tortuofum , & par
les autres Botaniftes ,J'eJeli maffîlienfe; fa tige s'élève
à la hauteur d'environ un pié & demi , & eft rem-
plie de moelle blanche. Elle porte en fes fommités
des ombelles , qui foutiennent de petites fleurs à
cinq pétales , difpofées en rofe , de couleur blan-
che , & quelquefois purpurine. Après la chute de la
fleur , fon calice devient un fruit compofé de deux
graines oblongues, ftriées , arrondies d'une part, &£
applaties de l'autre ; elles font d'un gris pâle , d'une
odeur aromatique , & d'un goût fort acre. Toute la
plante a une odeur forte & agréable. Elle croît aux
lieux f'ablonneux dans les pays chauds , comme en
Languedoc , en Provence , & aux environs de Mar-
foille, {D.J.) ^ ■ ,
Seseli de Marseille (^Mat. méd.^ la femence
eft la feule partie de cette plante qui foit d'ufage ea
médecine. Elle efl comptée parmi les femences car-
minatives. Elle eft fort analogue avec celles des au-
tres plantes ombelliferes ufuelles , telles que le fe-
nouil, l'anls , le cumin, &c. Aufîl eft-ceprefque
toujours avec ces dernières femences qu'on l'em-
ploie , & très-rarement feule. Son ufage eft fort rare
pour les prefcriptions magiftrales. On l'emploie da-
vantage dans les compofitions officinales relie entre,
par exemple , dans lathériaque , le mithridat, l'eau
générale, &i. la poudre de calibe de la pharmacopée de
Paris, {h)
SESIA (la), ou la SESSIA , ( Géogr. mod.) ri-
vière d'Italie , dans le Milanez. Elle prend fa fource
dans les Alpes, aux confins du Valais, travcrfc la
vallée de fon nom , & fe décharge dans le Po , au-
dcflous de Cafal. (D.J.)
SESQUI , efl une particule fouvent employée par
les anciens muficiens , dans la compofition des mots
fervant à exprimer différentes efpeces de mefures.
Ils appellolent donc Je/qui - altères , les mefures ,
dont la principale note yaloit une moitié en lus de
SES
plus que fa valeur naturelle ; c'eft-à-dîre , trois des
notes dont elle n'auroit valu autrement que deux ;
ce qui avoit lieu dans toutes les mefures triples ,
foit les majeures , où la brève même fans point valoit
trois femi-breves : foit les mineures, où la femi-breve
valoit trois minimes.
Ils appelloient encore fefqui-ociavc , le triple mar-
qué par ce figne C |.
Double fequi-quartCj le triple marqué C|. & ainfi
des autres.
Sefqui-diton ou hemi-d'uon dans la mufique grec-
que , eft l'intervalle d'une tierce-majeure diminuée
d'un ferai - ton , c'eft - à - dire , une tierce-mineure.
Foyei Tierce. (5)
SESQUI-ALTERE , en Géométrie , & en Arithméti-
que , c'efl un rapport entre deux lignes , deux nom-
bres , &c. dans lequel une de ces grandeurs contient
l'autre une fois & une demi-fois. Foyei Raison.
Ainfi les nombres 9 & 6, font entre eux en raifon
fifqiti-aUere ; car 9 contient 6 une fois & une demi-
fois : tels font auffi les nombres 30 & zo. (£)
SESQUI DOUBLE , ^^].{Géom. Mathém.) on dit
qu'une raifon eft Jefqui-doublée , quand le plus grand
de (es deux termes contient le plus petit deux fois
& une demi-fois ; telle eft la raifon de 1 5 à 6 , de
50 à 2.0, &c. Voyci Raison. ( £ )
SESQUI-QUADRAT,adj. {Afiron.) zfyea/efqui'
quadrat , eft un afpeft ou pofition des planètes , où
iclles font éloignées l'une de l'autre de 4 fignes &
demi, ou 135 degrés, c'eft-à-dire , 90-f 45. Foyei
Aspect. (£■)
SESQUi-TIERCE, ( Géométrie. ) on dit qu'une
quantité eft en raiion fefqui-tierce d'une autre quan-
tité , quand la première contient la deuxième une
fois & un tiers de fois ; telle eft la raifon de 8 à 6 ,
ou de 4 à 3 . ( £ )
SESSA ou SEZZA , ( Gcogr. mod.^ bourgade d'I-
talie , au royaume de Naples , dans la terre de La-
bour , à cinq milles de Carinola , & à vingt-deux de
Capoue , près du Gariglan , avec titre de duché , &
un évêché fuffragant de Capoue. Si cette bourgade
«ft l'ancienne SiuJJ'a-Arunca , elle a bien perdu de
fon luftre , & l'on ne peut plus dire d'elle ce qu'en
difoit Cicéron , lauti£imum oppidum , car c'eft un
lieu miférable , malgré tous les titres. Long. 3 / ,
^6. Util. SS y ^o.
Corra^//2i (Pierre -Marcelin), favant cardinal,
naquit à SeJ/a^ & donna une hiftoire de cette ville en
latin ; mais il s'acquit une toute autre gloire par fon
bel ouvrage intitulé : vêtus latium profanum & j'acrum ,
3. vol. infol, 11 mourut à Rome en 1743 , à 83 ans.
(Z?./.)
SESSE , f. f . ( terme de relation. ) c'eft une bande
ou écharpede toile , dont les Orientaux entourent le
bonnet de leur turban , & qui leur ceint la tête. Les
émirs , ou defce^dans de Mahomet, ont droit de
porter feuls le turban avec la fe(fe de laine verte.
L'habit des femmes de Samos , au rapport de Tour-
nefort, confifte en un doliman à la turque, avec une
cocffe rouge , bordée d'une fe^e jaune ou blanche
qui leur tombe fur le dos , de même que leurs che-
veux , qui le plus fouvent font partagés en deux
treffes , au bout defquelles pend quelquefois un
trouffeau de petites plaques de cuivre blanches, ou
d'argent bas. {D. J.)
SESSION , f . f ( Gram. ) 11 eft dit pour féance ,
Xafcjfion de tel concile ; cette affaire a été renvoyée
à hifefflon fuivante du parlement.
SESSITES , ÇGcogr. anc. ) llcuvc de la Gaule
Tranfpadane. Pline , /. /// , c. xvj , le compte au
nombre des fleuves confidcrables qui fe jette dans
le Pô. Leander le nomme Scu^a. (D. /.)
SESTAKOF ou SESTANOS , ( Géogr. mod. ) ville
jle l'empire RufTien, dans la province de Viarka, fur
SES ia7
îa rive droite de la Viarka. Long. Cq.Utlt. 68 \oi
{D.J.) ^
SESTE , f . f. ( Mefurefeche. ) on s*en fcrt à Sianlt
pour les grains , graines & légumes feches. Il faut
quarante facs pour faire le yê/e, & quarante fejies
pour le cohi ; enforte qu'évaluant lefefîe fur le pie
de cent catis , ou cent vingt-cinq livres, poids de
marc , le fac pefe environ trois livres un peu plus ,
& le cohi cent vingt livres , Savary. (Z?. /,)
SESTERAGE , f m. ( Gram. Jurifp. ) tributs que
quelques feigneurs levoient autrefois fur chaque
feptier de bled.
SESTERCE , f. m. ( Monnaie romaine. ) le fcjîercc
étoit une petite picce d'argent , qui valoit le quart
du denier ou deux as & demi. Cette marque H. S,
lignifie dipondium cumfemijfe^ ^ftjlertius eft la même
chofe c\\xefe>nijienius.
Les Romains comptoient par fefîertii Se par fe/Ier-'
tia , car on ne trouve jamais fejèsrtiam au fmguïier ,
parce qu'on diloit mille fejlertii , & non pas ununt
fefierùum.
Les fejiertia , qui étoient une monnoie de compte
comme le talent , valoient autant de milliers de ces
petites pièces d'argent , nommées fejlertii , qu'il y
avoit d'unité dans le nombre. Ainii fejiertia X. ou
fejlertium decem fupplée millia , c'étoit dix mille pe-
tits feperces.
Ce n'eft que par le fui et qui eft traité qu*on peut
reconnoître s'il s'agit de grands ou de petits /é/?er-
ces , les uns & les autres s'exprimant par cette mar-
que H. S. XefeflertiuSy parce qu'il valoit deux as &C
demi , & le fejlertium , parce qu'il valoit deux livres
& demie d'argent.
M. de S. Real s'eft pérfuadé que les Romains ne
fe fervoient de cette marque H. S. que pour les pe-
tits fejîerces , & que pour les grands ils écrivoient
tout-au-longyè//er/i<ï , au-lieu que les copiftes avoient
écrit en abrégé les uns & les autres. Mais cette opi-
nion nous paroît fans fondement ; l'uniformité qui
fe trouve dans les manufcrits fait voir que cette ma-
nière de marquer les grands feJlerces ne vient point
des copiftes. Il y a même un endroit dans Suétone
qui prouve décifivement que les Romains écrivoient
en abrégé les ^rar\às feflerces , aulfi-bien que les pe-,
tits ; c'eft dans la vie de Galba , cap. VL
Quand on trouve fejlertium decies numeratum ejfi
dans Cicéron , c'eft une fyllepfe de nombre , où nu-
meratum , qui fe rapporte à negotium , eft pour nu-
mérota , qui fe devroit dire , comme il eft même en
quelques éditions , parce que l'on fuppofe centenx
millia. De même, an accepto ctnties fejlertium fecerit ^
dans Velleius Paterculus pour acuptis centies centenis
minibus Jefîertium. De même encore , trape^itœ mille-
drachmarum funt redditcs , pour res mille drachmarum
efl reddita , Plaut.
Or comme les anciens ont dit , decies fefîertium ou
decies centena millia fefîertium , ils ont dit auffi decieS.
œris pour decies centena millia mris.
Souvent le mot de fejlertium eft omis dans les au-
teurs par une figure nommée eUipJe., comme fait Sué-
tone dans la vie de Céiar , promijfumque jus annula^
rum cum milUbus C CC C diJluHt ; & le même dans
la vie de Vefpalien , primus è fij'co latinis , gnecis ,
rkctoribus annua centena conflituit , c'eft-à-dire , ce/ï-
tcna milliajcjlcrtium.
Selon l'opinion de M. Gaflendi , l'as romain valoit
neuf deniers de notre monnoie , ( l'once d'argent
étant eftimée fur le pié de foixante-dix fols) , le de-
nier romain valoit dix as , c'eft-àdire huit fols de
notre monnoie , & le peut Jejîercc , nommé en latin
feflertius, valoit, fuivant ce calcul , deux fols; le grand
feflerce , qui en comprenoit mille petits, valoit envi-
ron cent &une livres dlx-fcpt fols ; aujourd'hui que
l'once d'argent eft eftimée liir le pic de ftx livres ^
128
SES
le marc fur le pic de cinquante livres , \çfc{îerce vau- '
droit un peu moins de quatre lois , &: les mdle envi-
ron cent quatre-vingt-rept livres ; il ell ailé de hure
cette évaluation en tous tems d après la valeur hxcc
de l'once d'art;ent. (le chcvalur de Jaucourt.)
SESTERTll/M , ( Topogr. de Rome. ) lieu de
Rome, fitué à deux milles & demi de la porte Ef-
quHlne ; ce lieu étoit alnfi nomme, dit Julte-Liple ,
^u^dfcmi tertio ab urbe miUiuri diflabat. C'étoit l'en-
droit où l'on jcttolt les cadavres de ceux que les
empereurs tailblent mourir ; ^L ce fut dans ce même
endroit, dltPlutaroue, qu'on jctta la tcte de Galba,
après qu'on l'eut allalfiné & qu'on lui en fait toutes
ibrtes d'outrages. ( ^- { ; ) , ^ .„, .
SESTIARIA EXTREMA, {Gcog. anc) pro-
montoire d'Afrique dans la Maurltanic-Tingitanc.
Ptolomée , /. /^. c.j. le marque lur la côte de la
Méditerranée , entre Tczmolonsa & Ryfiduum. Il y
avolt fur ce promontoire une ville que Caflald nom-
me C;^//w. {D.J.) , j,T r
SESTINATES , {Geog. anc.) peuples d Italie
dans rUmbrle. Leur ville étolt un municipe , à la
fource de l'IlTcairus ou Pifaurus. Ce municipe étoit
célèbre , comme le témoignent diverfes inlcnptions
anciennes. (/?./• )
SESTIUM, {Géo^. anc.) ville d Italie dans les
terres de l'CEn'otrie. Gabriel Barri croit que c'ell au-
jourd'hui ^^rdce/î.i. {D.J.)
SESTO (Gio''. mod.) petite ville d Italie dans le
Mllanez, fur la gauche du Télln , à i;endrolt où 11
fort du lac Majeur. Elle a titre de duché , poflede par
la maifon de Splnola. ( Z>. y. )
SESTOLA, {Géo<r. moJ.) ville d Italie dans le
duché de Modeue , & le chef- Heu du Friguano. Il y
a un Pouverneur & une garnlfon. ( D. /. )
SESTRI , ( Géog. mod. ) petite ville d Italie dans
l'état de Gènes, à 30 milles de cette capitale. C'eft
la réfidence de l'évcque deBrugi:ano. On la nomme
Seftri di Levante , & quelques-uns la prennent pour
la Sefia Tiguliorum de Pline. Longit. 27. 2. latit. 44,
"^■^i-.;/?ri,furnommée dl Pomnce, pour la dlftlnguer
de la précédente , ell une autre petite ville de l'état
de Ccnes , mais qui n'eft qu'à 6 milles a loueft de
la capitale. On a cru que c'étolt l'ancienne TiguUa,
Long. z6. ji. latlt. 44. 27. {D.J.)
SESTUS ou SESTOS , {Gcog. anc.} ville du
Cherfonncfe deThrace, fur la côte de l'Hellefpont,
& au milieu de cette côte , vis-à-vis de la ville d'A-
bydos. L'eipace entre ces deux villes ell de 7 à 8
iladcs. Seftos efl à jamais célèbre par les amours
d'Héro & de Léandre, dont je parlerai au mot Tour
DE LÉANDRE ; & c'eft dc-là qu'elle eft appeliée
2«<r;*c hV« , Scfias Héro , par Mulée , qui xm peu
auparavant dit : Sejjus erant & Abydus , c rcgione po-
' fila , propè mare , vicina oppida.
Thucydide , /. ^///. p. 588. en parlant de Strom-
bichide , remarque que ce chef des Athéniens étant
venu à Abydus , & ne pouvant engager les habitans
à fc rendre ni les réduire par la force , navigea vers
le rivage oppoié , & mit une garnifon dans Sefius
pour êt're maître de THellefpont. Pomponlus Mcla ,
/. //. c. ij. place aufli ces deux villes à l'oppollte l'une
de l'autre : Efi Abydo objacens Sellos , Leandri amore
nobiles. Le nom national étolt Sefius , félon Etienne
le "éooraphe , &Z. nous avons une médaille de Gor-
dien avec ce mot.
Il y a , dit Procope , ^Edlf. l. ir. c.x.^ l'oppofite
d'Abydosune ville fort ancienne, nommce Sefios ,
qui cil covnmandée par une colline , U qui n'a voit
autrefois ni fortifications , ni murailles. L'empereur
Juftinicn y a fait bâtir une citadelle qui efl de très-
diluclle accès , & qui pafle pour imprenable.
Les Géographes croient ordinairement que les
SET
châteaux des Dardanelles font bâtis fur les ruines de
Sejlos & d'Abydos ; mais ils fe trompent manifefle-
ment , car les châteaux font vis-à-vis l'un de l'autre,
au-lleu que ces deux villes étoient fituées bien dilïé-
remmcnt : i'ty/i)5Cioitfi avancée vers laPropontide ,
que Strabon , qui compte avec Hérodote 875 pas
d'Abydos à la côte voifine, en compte 3750 du port
de cette ville à celui de Sejlos.
Léandre devoit être bien vigoureux pour faire ce
trajet à la nage , quand il voulolt voir Héro fa mai-
trefle ; aufli l'a-t-on repréfentc fur des médailles de
Caracalla & d'Alexandre Sévère , précédé par ua
cupidon qui voloit le flambeau à la main pour le gui-
der ; flambeau qui ne lui étoit pas d'un moindre fe-
cours , que le fanal que fa maîtrefle prenolt foin d'al-
lumer fur le haut de ia tour où elle l'attendoit : il fal-
loit être un héros & tout des plus robuiles pour faire
l'amour de cette manière.
Il vaut donc mieux s'en tenir à ce que dit Strabont
pour la iltuation de Sejlos & d'Abydos ; d'ailleurs oit
ne trouve aucuns refies d'antiquité autour des châ-
teaux , & l'endroit le plus étroit du canal efl à trois
milles plus loin fur la côte de Maita en Europe : on .
voit encore des fondemens & des mafures confidé-
rables lur la côte d'Afie , où Abydos étoit placée.
Xerxès , dont le père avolt fait brûler cette ville ,'
de peur que les Scythes n'en profitaflfent pour entrer
dans l'Aile mineure , cholfit avec raifon ce détroit
pour faire paffer fon armée en Grèce ; car Strabon
aflùre que le trajet fur lequel il fît jctter un pont,
n'avoit que fept flades , c'efl-à-dire qu'environ un
mille de largeur. ( Z>, 7. )
SESUFlI., (Géog. anc.) cité maritime de la Gaule
celtique dans l'Armorique, félon Céfar, Bel. Gai. l. Il,
c. xxiv. qui la nomme avec celle des peuples Veniti ,
Unelli , OJîrnii , CurioJoUtce , Aulerel 6c Rhedones. Ni-
colas Samfon obferve dans fes remarques lur l'an-
cienne Gaule que le nom Sefuvii ell fort corrompu
chez les anciens , ce qu'il prouve par plufieurs paf-
fages , qiu montrant que EU'ui & Sefuvii ( le pays de
Séez ) ne font qu'un même peuple dont les noms ont;
été altérés. (Z?. /.)
SETJI.UM ^ ( Géog. anc. ) petite contrée d'Italie
dans la Calabre , aux environs de la ville de Sybaris.
Gabriel Barri croit que S. Mauro , évêché de la Ca-
labre, redevenu fimple village , étoit dans le voifi-.
nage de ce petit pays. ( Z>. 7. )
S ETANT 10 RU M PORTUS, {Gîog. anc.) port
de la grande Bretagne. Ptolomée , /. //. c. iij. mar-
que ce port fur la côte occidentale de l'île entre les
golfes Moricambe & Belifama. Camden croit que
c'eil le lac appelle Winander-mer. (^D.J.)
S ETE , ( Géog. mod. ) province d'Afrique ,' dan»
la bafl'e-Ethlopie , au royaume de Louango , à feize
lieues deMajambre. Elle produit du gros 6l du petit
millet , du vin de palme & du bois rouge , dont les
habitans trafiquent. ( Z>. /. )
S ETE I A jESTUARIUM,{Géog. anc:) golfe de
la Grande-Bretagne; il efl: placé par Ptolomée , /. //.
c. iij. fur la côte occidentale de l'île , entre le golfe
Béllfama & l'embouchure du fleuve Tifobis. C'eft
préfentemcnt Du-mouth.^ ou l'embouchure de la Dée,
félon Cambden. (^D. J.)
SETHREITES-NOMUS , {Géog. anc.)ovi SethroU
tes , comme lifent Pline & Etienne le géographe ,
nome d'Egypte , l'un des dix du Delta. Sethrum ou
Sethion en étolt la capitale. ( Z). 7. )
SETIA , {Géog. anc.) 1°. ville d'Italie dans le La-
tlum , aujourd'hui Se^a. C'étolt , félon Tite-Llve ,
/. FIL une colonie romaine voifine de celle de Nor-
ba. Pivernates Norbam atque Setïzm Jinitimas colonias
romanas , incurjlone fubità ., depopulaii funt. Il dit,
/. XXVL c. xv'uj. que c'étoit un municipe , & il le
place fur la voie Appicnne : Conjul per Appiœ mum-
cipia ,
SET
dfla , quceqm propur eam viam funt ^ S(ii\?SS\ foram ,
Lavinium prtcmijit. Cette ville étoit fituce liir le haut
d'une montagne , ce qui a fait que Martial lui a don-
né l'épithete àe pcndula. Le même poëte dit dans un
autre endroit , /. X. eplgr. €4 :
Nec quœ paludes ddicata pomptinas
Ex arec clivifpeclat uva Setini.
On recueilloit beaucoup de vin dans le territoire
de Sena : Silius Italicus fait l'éloge de ce vin.
^c quos ipjius menfisfepojla luvi
Setia , & inccUbrl mijïmnt valla velicrœ.
Les habitans de Setia étoient appelles Setini , & la
ville elle-même fc trouve nommée Setina colonia dans
une infcription rapportée par M. Spon , page lyc),
Patrono. Fabruin Colonice Sctincz.
Cette ville conferve fon ancien nom ; elle eft fituée
fur une montagne , dans la campagne de Rome , en-
tre Sermonette & Piperno. Mais aujourd'hui fon ter-
roir a changé de nature ; il ne produit prefque rien
du tout. L'on remarque parmi les bois dont (<ts mon-
tagnes font préfentement couvertes , beaucoup de
ces planter appelléesjîcwi indica ; il y en a qui s'élè-
vent juiqu'à la hauteur de trente pies , & qui font un-
tronc de la grofl'eur d'un homme. Les lauriers & les
rnyrthes y font communément dans les haies , & on
commence à trouver affez fréquemment les oranges
en pleine terre. Proche de Setia , au village de Ca-
fenove , on rencontre un fort grand marais , fur le-
quel on peut s'embarquer pour aller à Terracina.
2°. Setia eft: encore le nom d'une ville d'Efpagne ,
dans la Bétique , que Ptolomée , /. //. c. jv , place
dans les terres , & qu'il donne aux Turdules.
3°. Setia , ville de l'Efpagne tarragonnoife , fîtuce
dans les terres & chez les Vafcones , félon Ptolomée,
/. //. c. vj.
Valerius Flaccus , poëte latin , étoit natif de Setia
dans le Latium , & félon d'autres , de Padoue. Quoi
qu'il en foit , ce poëte, qui fleuriffoit fous l'empire
de Doraitien , vers l'an 71 de Jefus-Chrifl, eut beau-
coup de part à l'amitié de Martial , & ne fut pas fort
accommodé des biens de la fortune. Son poëme des
Argonautes en huit livres , demeura imparfait ; &
Quintilien regrete ce malheur pour les Lettres.
{D.J.)
SETIE , ( Marine. ) voye^ Seitie.
SÉTHIENS , ou SÉTHINIENS , f. m. pi. ( Hift.
ecdéf. ) hérétiques fortis de Valentin , ainfi appelles
du nom de Suh. Ils enfeignoient que deux anges
ayant créé l'un Caïn , & l'autre Abel , & celui-ci
ayant été tué, la grande vertu qui étoit au-deffus des
autres vertus , avoit voulu que Seth fût conçu comme
une pure femence ; mais qu'enfin les deux premiers
anges s'étant mêlés les uns avec les autres , la grande
vertu avoit envoyé le déluge pour ruiner la mauvaife
engeance qui en étoit venue ; que toutefois il s'en
ctoit gliffé quelque partie dans l'arche , d'où la ma-
lice s'étoit répandue dans le monde. Ces hérétiques
compoferent plufieurs livres fous le nom de Seth &
des autres patriarches. Quant à Jefus-Chrifl: , ils fe
perfuadoient ou qu'il etoit Seth , ou qu'il tenoit fa
place. TertuUien , de prœfcr. c. xlvij ; Saint Irénée ,
/. /. c. vi/. & feq. Saint Epiphane , hœr. j / ,• Baronius,
^. C. 146 ; Sixte de Sienne , /. //. biblioth. Godeau ,
hijî. ecclif. &c.
SÉTHIM , ( Criiiq. facrk. ) forte de bois précieux
dont Moife fe fervit pour conft:ruire l'arche , les au-
tels , la table , le tabernacle même , & plufieurs au-
tres chofcs qui y fervoient. Ce bois fc trouvoit dans
les deferts d'Arabie , mais nous ne le connoiilbns
point ; & les feptante ont traduit le mot hébreuy./-
thim par le terme général de bois incorriiptibh.i^ D. /.)
SETIER , (. m. terme di relation ; c'efl le nom que
Tome X F.
SET
119
les Francs donnent à des barques turques , avec lef-
quelles ils font le commerce de proche en proche,
SETINE, f. f. terme de laboureur ^ mefure de prés
dans le pays de Bugei & de Gex ; c'eft l'étendue de
pré que fix hommes peuvent faucher en un jour. On
eftime lafetine au pays de Gex douze charretées de
foin de vingt quintaux , qui font vingt-quatre méaux
du pays de BrefTe. A Genève la Jètine owj'éterée eft
autant de pré qu'un homme en peut faucher en un
jour. {D.J.)
SETINC/M, ( Botan. ) nom donné par quelques-
uns à la Meleze , & par quelques autres à l'agaric de
Diofcoride. {D. J.)
SETIOLER , terme de Jardinage. Ce terme fe dit
des plantes qui , pour être trop preilées dans leurs
planches , montent plus haut qu'elles ne devroient ,
ce qui les rend foibles & menues. Le même mot fe
dit auffi des branches qui font dans le milieu des ar-
bres trop touffus. ( Z>. /. )
SETON , f. m. terme de Chirurgie , bandelette de
linge qui fert à enLretenir la communication entre
deux plaies.
Ce mot vient du Xzûrxfeta , parce que l'on fe fer-
voit anciennement de crins de cheval pour la même
intention.
Fabrice d'Aquapendente employoit un cordon de
foie. J'ai vu plufieurs chirurgiens qui fe fervoient de
ces mèches de coton qu'on met dans les lampes; mais
on doit préférer une petite bande de toile , parce que
le linge convient mieux aux plaies. On a loin d'e«fiier
cette bandelette fur les bords , pour qu'elle paiTe plus
facilement , & qu'elle s'applique plus mollement aux
parois de la plaie.
Lefeton eft d'un grand fecours pour porter les mé-
dicamens tout le long du trajet d'une plaie contufe
qui a une entrée &^ une fortie , comme cela arrive
ordinairement dans les plaies d'armes à feu. Quelques
praticiens objeûent que le feton eft un corps étran-
ger qu'on entretient dans la plaie, & qu'ainû l'ufage
doit en être profcrlt ; mais on ne peut lui refuser
d'avoir de grandes utilités ; il empêche que les en-
trées & les iffues des plaies ië referment avant le mi-
lieu ; il fert à porter les remèdes convenables dans
toute leur profondeur, & à conduire aifément au de-
hors les matières nuifibles. Si lefeton a quelquefois
produit des accidens que l'on a vu cefîer par la fup-
preffion qu'on en a faite , c'eft que la plaie n'étoir
point aflëz débridée, ou que lefeton tiré d'un m.au-
vais fens , accrochoit quelque efquille , laquelle en
picotant les parties extrêmement fenfibles , excitoit
des douleurs cruelles , comme je l'ai remarque plu-
fieurs fois. Lorfque le feton eR à l'aife dans la plaie ,
il ne produit aucun mauvais effet, il procure au con-
traire de très-grands avantages. Lorfque la plaie eft
mondih'ée, on ôte le feton ^ 6c alors elle fe guérit fort
aifément , s'il n'y a aucun obftacle d'ailleurs.
Pour pofer le Jeton au-travers de la plaie , il faut
avoir une aiguille deftinée à cet ufage. Foye^ Ai-
guille.
Le Jeton doit être fort long , parce qu'à chaque pan-
fement il faut retirer ce qui eft dans la plaie , & en
faire fuivre une autre partie, que l'on aura couverte
d'onguent dans toute l'étendue qui doit occuper la
longueur de la plaie. On coupe cnfuite ce qui en elt
forti , & qui eft couvert de pus. Quand tout le f ton
eft ufé , & que l'on a encore belbin de s'en fërvir , il
ne faut pas en paflërun nouveau avec l'aiguille, mais
on l'attachera au bout de celui qui finit, en obfërvant
autant qu'il eft poiTiblc de faire entrer le feton par le
côté l'upérieur de la plaie, & de le taire fbrtir par ce-
lui qui en eft l'cgofit.
Quand on liipprime lefeton , on met afîez ordinai-
rement de la charpie brute fur toute la lon£;ueur de
R
130
SET
l'endroit fous lecwcUe faon a naffé , 5: par-deffus une
ccniprciVe allt-/ cpaifle. En rapprochant par ce moyen
les parois du linus , on procure une prompte rûi-
nion.
Seton , opération de Chirurgie par laquelle on perce
d'un leul coup la peau en deux endroits, avec un
inlrniment convenable, pour pafler une bandelette
de linge d'une ouverture h l'autre , afin de procurer
\me fontanelle, o\i ulcère dans une partie laine, f^oyei
Fontanelle. Le Jeton fe pratique le plus ordinan-e-
ment à la nuque.
Il y a bien des auteurs qui ne font point partifans
de cette opération. On fait contre elle des objedions
qui lui font particulières ou communes avec les cau-
tères. Plulieurs perfonnes , fort éclairées d'ailleurs ,
ne croyent pas qu'un trou fait à la peau & à la graille
puiiîe fervir d'égoùt aux humeurs vitiées qui pro-
duifent des maladies habituelles ; telles que les maux
de tête invétérés , les ophîhalmies opiniâtres , &c.
Cette opinion eft contredite par un grand nombre
de faits qui affurent l'utilité de ces fortes d'évacua-
tions ; elles peuvent même fervir de préfervatif : on
a l'expérience que les perfonnes qui portent des cau-
tères ne font point attaquées de la pcfte. Foyei Am-
broife Paré & autres auteurs , qui rapportent des
obfervations pofitives à ce fujet.
Les raifons particulières qu'on trouve dans les li-
vres contre l'opération du/Ivo/z, ont pour fondement
la méthode cruelle dont on la pratiquoit. Les anciens
pinçoicnt la peau avec des tenailles percées , & paf-
foicnt un fer ardent au-travers de ces ouvertures pour
percer la peau.
Pour faire cette opération par une méthode plus
fimple & moins doulourcufe , le chirurgien pince la
peau & la graille longitudinalement avec les pouces
& les doigts indicateurs des deux mains ; il fait pren-
dre par un aide le pli de peau qu'il pinçoit de la main
droite, & de cette main il perce la peau avec un pe-
tit billouri à deux tranchans ; après avoir retiré fon
inftniment , il paiTe la bandelette par le moyen de
l'aiguille k Jeton, & on panfe les deux petites plaies
avec de la charpie, une compreflé , &c quelques tours
de bande. On peut avoir un biftouri avec une ouver-
ture ou oeil vers la pointe : par ce moyen on paffera
la bandelette en môme lems qu'on fait les incifions.
La fuite des panfemens efl la même que nous l'a-
V0n<î décrite au mot Seton , pièce d'appareil.
Cotre efpece de fontanelle a fur le cautère les avan-
tages d'être faite dins le moment : la fuppuration y
eÛ établie dès le fécond jour ; & dans l'application
du cautère , il faut attendre la chute de l'elcarre , qui
ne fe fr:it fouvent qu'au bout de donae ou quinze
jours. L'ulcère produit par \cfeton eft tellement fou-
rnis' à la volonté du chirurgien , qu'on l'entretient
tant de tems qu'on le defire , & qu'on le guérit de
même des qu'on le fouhaite , en ôtant la bandelette.
L'ulcère qu'on a fait avec le cautère , fe guérit quel-
quefois malgré qu'on en ait ; & fouvent on defireroit
le guérir fans pouvoir y réuffir, dumoins aufîi promp-
tCTncnî que \efcton; dans ce dernier cas la guérifon
eff une affaire de vingt-quatre heures , & l'ulcère du
xauîere doit être mondifié , détergé & cicatrifé , ce
qui demande un tcms plus long. ( F)
SE-TSE , ou TSE-TSE , ( B/Ji. nat. Botan. ) efpece
de figues , qui ne croilTent qu'à la Chine , & fur-tout
dans les provinces de Chan-tong & de Yun-nan. Ces
figues ont un parfum délicieux ; l'arbre qui les pro-
duit eft de la grandeur dun noyer, dont les feuilles
font d'un très beau verd d'abord , mais enfuite elles
deviennent d'un rouge très -vif. Le fruit efl: de la
groffèitr d'une pomme médiocre ; il jaunit à mefure
qu'il mûrit. Lorfqu'on fait fécher ces figues , elles fe
■couvrent à l'extérieur d'un enduit femblable à du
Jhae, •
' S E V
SETTE , ou SETE , ( Gcag. mod. ) cap de France
dans le bas Languedoc , fur la côte de la mer , au midi
du lac de Maguelone & de la bourgade de Fronti-
gnan. Louis XIV. y fit conftruire un port qui eft pour
les galères & les petits bâtimens. C'eft-là que com-
mence le caiial de Languedoc , qui va fe terminer
dans la Garonne à Touioufe. Long, fuivant Cafllni ,
prifc au fanal de cette ville, 2/. /j. lutit. 43. 24. 40.
{D.J.)
SETTENIL , ( Géog. mod.^ en latin barbare Sep'
lenilium, petite ville d'Efpagne , dans le royaume de
Grenade , fur un rocher, au couchant de Munda , &
vers les confins de l'Andaloufie. La plupart desmai-
fons font taillées dans le roc ; le terrein des environs
ne produit que des pâturages. ( Z?. /. )
SETTIA , ( Géog. mod.) province de l'île de Can-
die , du côté de l'occident, dans l'endroit que l'on
appelle //?/j^/ze; cette province efl très-petite, n'ayant
qu'environ douze milles d'étendue, & pour chet-lieu
une petite ville de ion nom. ( Z>. /. )
Settia, {Géog. mod.) ville de l'île de Candie,
& le chef-lieu de la petite province de même nom ;
elle eft fituée au feptentrion fur le bord de la mer ;
fon château qui étoit affez conudérabl3,aété détruit
par les Vénitiens en 165 i, & n'a point été rétabli
par les Turcs depuis que l'île de Candie a pafTé dans
leurs mains. (Z>. /. )
SÉTUBAL , ( Géog:. mod. ) ville de Portugal, dans
l'Eflramadoure , au midi duTage, vers l'embouchure
du Zadaor, à 10 lieues aufud-efl de Lisbonne.
Sétubal a été bâtie des ruines de l'ancienne Ceto-
briga , qui étoit un peu plus avant au couchant , &
dans laquelle Jupiter Ammon avoit un temple. On
a eu foin de la fortifier , & de la fermer de murail-
les. Elle efl: fituée au bout d'une plaine de deux lieues
de longueur , extrêmement fertile en grain , en vin ,
& en fruits. Au couchant de cette ville , la terre fait
un promontoire avancé dans la mer , qui préfente
deux cornes, l'une au nord du côté duTage, & l'autre
au midi du côté de l'océan ; ce dernier promontoire
efl le promontorium Barharium des anciens , & le
cap de Efpichel des modernes.
Sétubal s'étoit accrue par la commodité de fon
port, par la fertilité de fon terroir, par la richeffe
de fa pêche , & par la fécondité de fes falines. Enfin,
fon commerce floriffant avoit rendu depuis deux fie-
cles cette ville confidérable , lorfqu'elle a été détruite
par ce terrible tremblement de terre , du premier No-
vembre 1755 » ^^^ ^ ^' prodigieufement endommagé
Lisbonne. Long. 8. 46. latit. ^8. 22. (^D.J.)
SETL'NDUM, ( Géog. anc ) ville de l'Ethiopie ,
fous l'Egypte , le long du Nil, félon Pline , /. Vl. c.
XXX. {D. J.)
SETZ , ( Géagr. mod. ) par M. de l'île Sce^in, ville
de la baffe-Hongrie , dans le comté de Barauyvar ,
à la droite du Danube, entre Bude & Peterwaradin.
{D.J.)
SEV A , f m. ( hift. nat. Botan. ) arbriffeau de l'île
de Madagafcar; l'es feuilles font d'un verd foncé par-
deffus ; elles font blanches & cotonneufes par-def-
fous , & de la grandeur de celles d'un air.andier ; elles
font aftringentes &: peuvent fervir de remède contre
le flux de fang.
Seva , ( jintiq. rom. ) couteau dont on fe fervoit
dans les facrificespour égorger les vidimes. (/?. 7.)
SEUDRE LA . ( Géog. mod. ) rivière de France ,
en Saintonge ; elle fe jette dans la mer près de Ma-
rennes , Si vis-à-vis la pointe méridionale de l'île
d'Oleron. Au refle, la Seudrec(i plutôt un bras de
mer qu'une rivière , puifqu'elle n'efl navigable que
par le fecours des marées ; fes environs en tirent de
grands avantages , parce qu'elle donne entrée quatre
lieues avant dans les terres à des vaiffeaux de deux
s E V
cens tonneaux. Le cardinal de Richelieu projettoit
de faire conduire un canal de l'extrémité de la Scu-
drc jufqu'à la Gironde ; mais l'idée de ce projet utile
ell morte avec lui. (^D.J.^
SÈVE , ( Botan. ) humeur aqueufe quife trouve
dans le corps des plantes , & qui les nourrit.
Nous ne connoiffons point encore la caufe de l'é-
Ics'^ation de la fève dans les plantes : cette caufe réfi-
deroit-cUe dans quelque mouvement analogue au
mouvement périftaltique des intcllins ? L'aftion d'un
air plus ou moins chaud fur la lame élaftique des tra-
chées , feroit-elle le principe de ce mouvement ? La
roideur que le deflechement produit dans les parties
élaftiques & ligneufes, s'oppoferoit-elle à ce mou-
vement }
Quelques phyliciens ont imaginé que l^féve cir-
culoit dans les plantes comme le fang circule dans les
animaux ; mais les expériences de M. Haies ont dé-
montré la fauffeté de cette opinion ; auffi n'admet-il
dans la yêVe qu'une forte de balancement. Les judi-
cieufes réflexions fur lefquelles il établit fon hypo-
thèfe , méritent d'être lues dans l'ouvrage même ; je
ne ferai que les indiquer ici.
Les plantes reçoivent & tranfpirent en tems égal
beaucoup plus que les grands animaux ; les plantes
font dans un état de perpétuelle fuccion ; elles pren-
nent fans ceffe de la nourriture pendant le jour par
leurs racines , pendant la nuit par leurs feuilles ; les
animaux au contraire ne prennent de la nourriture
que par intervalle. La digeftion de cette nourriture
ne s'opéreroit point ou s'opéreroit mal , fi de nou-
velles nourritures ne fuccédoient fans interruption.
La méchanique qui exécute la nutrition des plantes ,
paroît donc devoir différer beaucoup de celle qui
exécute la nutrition des animaux qui nous font les
plus connus.
La nutrition des plantes femble devoir fe faire
d'une manière plus fimple , exiger moins de prépa-
rations que celle des grands animaux; c'efl ce qu'in-
dique encore l'infpedtion des organes.
Les plantes n'ont point de parties qui répondent
par leur flrudure ou par leur jeu, à celles qui opè-
rent la circulation du fang dans les grands animaux.
Elles n'ont ni cœur , ni artères , ni veines ; leur ftru-
âure eft très-fimple & très-uniforme ; les fibres li-
gneufes , les utricules , les vafes propres , les tra-
chées , compofcnt le fyftème entier de leurs vifce-
res ; & ces vifceres font répandus univerfellement
dans tout le corps de la plante : on les retrouve juf-
que dans les moindres parties. Les vaiffeaux féveux
n'ont point de valvules deftlnées à favorifer l'afcen-
fion de la féye , & à empêcher la rétrogradation.
Quand ces valvules échapperoient au microfcope ,
l'expérience en démontreroit la fauffeté ; puilque
les plantes que l'on plonge dans l'eau , ou qu'on met
en terre par leur extrémité f upérieure , ne laiffent
pas de végéter.
Il eflfivrai que h fève monte &defcend librement
par les mêmes vaiffeaux , que fi après avoir coupé
dans la belle faifon , une des groffes branches d'un
arbre , on adapte au tronçon im tube de verre qui
contienne du mercure, on verra la fève élever le
mercure pendant le jour , & le laiffer tomber à l'ap-
proche de la nuit. On parviendra de cette façon à
mefurer la force de la fève par l'élévation du mer-
cure, & à comparer cette force dans différens fu-
jets. Toutes choies d'ailleurs égales, les variations
du mercure feront d'autant plus confidérablcs , que
le jour fera plus chaud, & la nuit plus fraîche. La
marche de la fève dans la belle faifon, reffemble donc
affez à celle de la liqueur d'un thermomètre : l'une
& l'autre dépendent également des alternatives du
chaud & du frais.
Enfin, les divers phénomènes botaniques qu'on a
Tome XK
S E V
131
regardés comme de fortes preuves de la circulation
de la five , ne la fuppofent point néceffairement.
Tous ces phénomènes s'expliquent de la manière la
plus heureufe par un principe fort limple , fondé fur
î'obfervation ; c'eff qu'il y a une étroite communi-
cation entre toutes les parties d'une plante ; elles font
toutes les vmes à l'égard des autres , dans un état de
fuccion : la nourriture que prend une de ces parties,
fe tranlniet aux autres; les feuilles fe nourrifient ré-
ciproquement ; la racine pompe le fuc de la tige ; la
tige pompe le fuc de la racine. Ainfi , du commerce
mutuel qui eff entre le fujet & la greffe , réfulte cette
communication réciproque de leurs bonnes ou de
leurs mauvaifes qualités, qu'on allègue en preuve de
la circulation. Le (iic nourricier paffe alternative-
ment du fujet dans la greffe, & de la greffe dans le
fujet. Certainement les plantes n'ont point d'eflo-
mac , d'inteftins , d'artères , ni de veines ; mais il fe
peut que la jève monte par le bois , & defcende par
récorce. Une partie du fuc nourricier qui s'élève
par les fibres ligneufes , peut paffer par les feuilles
dans récorce, de-là dans la racine. Une autre partie
de ce fuc retourneroit par les mêmes vaiffeaux vers
la racine ; d'où elle repafferoit encore dans la tige ;
c'eff du-moins la conjedure de M. Bonnet ; & mal-
heureufement toutes les conjectures en ce genre , ne
font que de pures dépenf'es d'efprit. (Z). /, )
Sève , ( Gèog. mod. ) village de France près de
Paris , &fameux par le paffage delà rivière de Seine,
qu'on y traverfe fur un pont de bois de vingt & une
arches , qui embraffe les deux bras de la rivière. M.
Perrault de l'académie royale des Sciences , avoit
projette un pont de bois d'une feule arche , de trente
toifes de diamètre , qu'il propofa de faire conftruire.
Le trait de l'arche eft une portion de cercle ferme &
folide. Il auroit été compofé de dix-lept affemblages
de pièces de bois , qui pofés en coupe l'un contre
l'autre , fe dévoient foutenir en l'air par la force de
leur figure , plus aifément que n'auroient fait des
pierres de taille, qui ont beaucoup de pefanteur.
Cette ingénieufe invention auroit eu l'avantage de
ne point incommoder la navigation : ce pont n'au-
roit jamais été endommagé par les glaces & par les
grandes eaux , & on auroit pu le rétablir fans que le
paffage en eût été empêché, ( Z). /. )
Seve , ( terme de marchand de vin. ) ce mot fe dit
d'une qualité ou d'une certaine faveur que le fep de
vigne a communiqué à la grappe , & la grappe au
vin , ce qui le rend agréable à boire : c'eff une pe-
tite verdeur qui le tourne en force dans la maturité
du vin. Les gourmets font grand état de celui qui a
delayève ;mais il y a autant de différentesyivei qu'il
Iy a de différens vins. ( Z). 7. )
SEVENBERG , ( Gèog. mod. ) petite ville des
Pays-Bas, dans la Hollande , à trois lieues de Breda ,
& i\ deux de Willemftad. {D. J.)
SEVEND LE , ( Gèog. mod. ) rivière qui coule
entre celle de Terk & celle de Coi , en Dcrbend.
Elle fe décharge dans la mer Cafpienne , félon M.
Petit de la Croix. {D. J.)
SEVENNES LES , ( Gèog. mod. ) la meilleure or-
tographe cff Ccvennes ; montagnes de France , au
baS'Languedoc. Elles régnent dans les diocèfes d'A-
lais , d'Uiès , de Mende & d'une partie du Viva-
rais. Céfar , dans les commentaires , appelle cette
chaîne de montagnes , mons Cebenna , isi dit qu'elle
fépare les Hélviens des Auvergnats , parce qu'en ce
tems-là les peuples du Gevaudan & du V^lay , ( qui
font iéparcs du \ivarais par les Ccvennes^ etoicnt
dans la dépendance des Auvergnats. Les poètes la-
tins appellent indifféremment ces montagnes , Ce-
bcnna ou Cebtnnœ , mais Strabon 6c Ptolomée écri-
vent Ccmmcni. Les Cevennes Ibnt de difficile accès ,
& ont été cependant trcs-peuplécs |iar le grand
RV)
132
s E V
nombre de Calvinillcs qui s'y retirèrent dans les
derniers fieclcs , comme dans un lieu de retraite.
{D.J,)
SE\ER Saint, ( Gcog.mod. ) ou Saint-Scver-
Cap , pour le dilHngucr de Saim-Scvcr de Ruftan.
Sium-Scvir-Cap crt une petite ville de France , dans
la Gcdcogne , au dioccle d'Aire , liir TAdour , ;\ 6
lieues au nord-ouelt d'Aire , & à 1 5 5 de Paris. Il y
aune rcnéchauflcc du reflort d'Acqs, &: une abbaye
d'hommes , ordre de Saint Benoît , fondée l'an 993.
Long. ly. 44. huit. 4-5. 40.
Saint-Siver de Rullan , e(l une autre petite vdle
de France dans le Bigorre , au dioccle d'Auch , & à
deux lieues «le Tarbes , lur l'Arros , avec une ^ab-
baye d'hommes , ordre de Saint Benoît , unie à la
congrégation de Saint Maur. Long. ly. j/. latit.
43- ^'
D. Martianay , bénédlûln de la congrégation de
Saint Maur, naquit à Saint-Sevcr-Cip en 1647 ■> ^
mourut à Paris en 1717. Il a donné une nouvelle
édition des œuvres de Saint Jérôme, & un grand
nombre d'autres ouvrages , dans lelquels il règne
plus d'érudition que de jugement &: de faine crui-
que.Sa vie de Magde laine du Saint Sacrement , qu'il
mit au jour ù Paris en 171 1 , eft aufïï ridicule qu'au-
cune de celles qui fe trouvent dans les légendes.
{D.J.)
SEVERAC LE CHATEL, ( Géog. mocL ) petite
ville , ou plutôt bourgade de France , dans le Rouer-
giie , élection de Milhaud ; cette bourgade ell au-
jourd'hui toute dépeuplée. {D. 7.)
SEVERAK, ( Géog. mod. ) ville de la Turquie en
Afie , fur la route d'Alep à Tauris , par Diarbékir &
Van. {D. /. )
SEVERE , adj. ( Gram. ) obfervateur fcrupuleux
des lois. Il fe dit des chofes & des perfonnes. Il efi:
juge yivere ; il a le goixtftvere.
SÉVÉRIE , ( Géog. mod. ) province de l'empire
Ruffien , dans la Mofcovie , avec titre de duché ;
c'eft une province remplie de forêts ; la partie mé-
ridionale en a une feule , qui eft longue de vingt-
quatre lieues d'Allemagne , & la partie feptentrio-
nale n'ell pas moins couverte de bois. La. févérie eft
bornée au nord par les duchés de Smolensko & de
Mofcou , au midi par le pays des Cofaques , au le-
vant par le même pays & la principauté de Voro-
tink , & au couchant par le duché de Czernigove.
Ses principales rivières font la Dublecza , la Dezna
& la Nezin. Sigifmond lll. s'empara de cette pro-
vince en 1 6 1 1 . Le czar Alexis la recouvra en 1654;
& depuis ce tcms-là , elle eft reftée à l'empire de
Ruffie , comme faifant partie du duché de Smolens-
ko. Novogrodek en eft la capitale. (D. J. )
SEVERINO SAN , ( Géog. mod.) il y a deux
villes de ce nom en Italie , dans le royaume de Na-
ples. La première eft entre des collines , à lix milles
de Tolcntin , à feize de Macerata , & à douze de
Camerino. Elle a été bâtie en 1 198 , près des ruines
de l'ancienne Septempcda , que les Goths avoient
détruite en 543. Son cvêchéeft fuffragant de Fermo,
& a été érigé par Sixte V. en 1 586. Long. ju. S 4.
lat'u. 4J. 10.
La féconde San-Sevenno eft dans la principauté
citérieure , au nord de la ville de Salerne, près de
la rivière de Sarno. Elle appartient au prince d'Avel-
Ijno de la maifon Caraccioll. (Z>. /. ) .
SÉVÉRITÉ , RIGUEUR , ( Synonym. ) la/eV^-
ritc fe trouve principalement dans la manière de
penfer & de juger ; elle condamne facilement &
n'excvife pas. La rigueur fe trouve particulièrement
dans la manière de punir ; elle n'adoucit pas la peine
& ne pardonne rien.
Les faux dévots n'ont defcvérité que pour autrui ;
prêts à tout blâmer , ils necclTent de s'applaudir eux-
S E V
mêmes. La rigueur ne paroît bonne que dans les oc-
cafions oh l'exemple feroit de la plus grande confé-
qucnce : par-tout ailleurs on doit avoir beaucoup
d'égard A la foibleffc humaine.
L'ufage a confacrc les mots rigueur &Z fJi'érifc h de
certaines choies particulières. On dit la fcvérité des
mœurs , \n rigueur de la raifon. La févérité des fem-
mes, félon l'auteur des maximes , eft un aji'.ftement
& un fard qu'elles ajoutent ;\ leur beauté. Diins ce
fens , le mot rii;ucurs au pluriel répond ;\ celui de
févérité. Il s'emploie fort bien en poéfte pour les def-
tins. Brébeuf a dit :
L'une & l'autre fortune a £lgahs rigueurs,
El L'affront des vaincus cji un crime aux vainqueurs.
{D.J.)
SEVERO SAN , ( Giog. mod. ) petite ville d'îta»
lie , au royaume de Naples , dans la Capitanate , à
vingt-quatre milles au couchant de Manfrédonia.Son
évêché , auquel on a uni celui de Civltare , relevé
du faint iicge. Long, j 2. SC latit. 41. 40. (^D. J.)
SEVÉRONDE , f. f. ( Cliarpcntcr. ) c'eft la faillie
d'un toit fur la rue , ou li l'on veut , le bas de la cou-
verture d'une maii'on. On dit aufti fuhgronde. (D. 7.)
SEl^ERUS-MONS ., {Géog. anc) montagne d'I-
talie , dans la Sabine , Virgile en parle au A')/, livre
de r Enéide , vers yi^ .
Qui letricœ horrentti rupes , montemque Severum ,
Cafperiamque colunt.
Severus , dit Feftus , «fl le nom propre de_ cette
montagne , qui félon Léander, conferve encore cet
ancien nom , car il veut qu'on la nomme inonte-Se-
vero. {D.J.)
SÉVICES, {Jurifprud.') du latin/œv/«a, eft un
terme ufité au palais , pour exprimer les traitemens
inhumains que l'on fait foufTiir à quelqu'un.
On joint ordinairement enfemble les termes de
févices & mauvais traitemens , quoique celui àejévicei
foit le plus fort.
Pour ordonner la féparation de corps entre mari
& femme, il faut qu'il y ait des févices de la part du
mari ; ces Jévices le mefurcnt à la qualité des per-
fonnes , à leur éducation , & à leur manière ordi-
naire de vivre ; entre gens de baffe condition , il
faut des faits plus graves qu'entre gens qui ont plus
de fentimens & de déllcaceffe. Foyei^ Sépara-
tion. ( >^ )
SEVIE , f. f. ( Marine ) forte de petit bâtiment
flamand.
SEUIL , f. m.. {Archit.) c'eft la partie inférieure
d'une porte , ou la pierre qui eft entre fcs tableaux;
elle ne diffère du pas qu'en ce qu'elle eft arraiée d'a-
près le mur. Lejèuila quelquefois une feuillure pour
recevoir le battement de la porte mobile. (Z>. 7.)
StUlL d'éclufe , ( Arc /lit. hydraul.') pièce de bois
qui étant pofée de travers , entre deux poteaux au
fond de l'eau , fert à appuyer par le bas , la porte
ou les aiguilles d'une écluie , ou d'un pertuis.
Siuildepont-levis , groffe pièce de bois avec feuil-
lure , arrêtée au bord de la contr'efcarpe d'un fofle ,
pour recevoir le battement d'un pont-levis , quand
on l'abbailfe. On l'appelle nviiTifommier. {D.J.)
SÉVILLE, (Géog. mod.) ville d'Efpagne, capitale
de l'Andaloufie , fur la rive gauche du Guaaalqui-
vlr , à 16 lieues au nord oueft de Grenade , & à 88
au fud-oueftde Madrid.
Elle eft une des premières , des plus belles , &
des plus conildérables villes d'Efpagne,^ tous égards ;
elle porte le titre de cité royale , & de capitale d'un
beau royaume ; elle tient le premier rang dansl'é-
glife des vaftes états efpagnols , par la dignité de
métropole dont (a cathédrale eft revêtue; le com-
merce y fleurit par fa lltuation fur le Guadalquivir ,
s E V
près de la mer ; les flotes des Indes viennent y ap-
porter l'or & l'argent du nouveau monde , & on y
convertit ces métaux en monnoic.
Elle efl fituée dans une belle & valte plaine à perte
de vue , qui lui donne (es fruits & les riches toifons
de fes brebis. Un aqueduc de lix lieues de long , ou-
vrage des Maures qui lldjfifte encore, fournit de l'eau
à tous Tes habitans.
Elle eilde figure ronde , ceinte de hautes murail-
les flanquées de tours, avec des barbacanes , & fer-
mées de douze portes. On diilingue entre fes faux-
bourgs , celui de Triana , fitué à l'autre bord du fleu-
ve , où on paflTe de la ville fur un pont de bateaux.
Long, fuivant Caflini , 1 1. 21. jo. latit.^y. Jô".
Scvillc portoit dans l'antiquité le nom àiHïfpalis :
les Maures , qui n'ont pomt de p , ont fait Isbilia , &
de-là efl venu par corruption le nom Scvilla ; comme
c'eft denos jours une des plus riches ville d'Efpagne,
c'étoit aufîi la plus opulente ville des Maures ; Fer-
dinand III. roi de Caftille & de Léon , en fit la con-
quête en I 248. & elle ne retourna plus à fes anciens
maîtres. La mort qui termina la vie de ce prince
quatre ans après , mit fin à its brillans exploits.
Les maifons de cette ville font toujours conftrui-
tes à la morefque , & mieux bâties que celles de
Grenade & de Cordoue ; mais le^ rues font étroites
& tournantes. Les églifes y font fort riches ; la ca-
thédrale efl: en particulier la plus belle cglife , & la
plus régulièrement bâtie qui foit dans toute l'Efpa-
gne ; fa voûte , extrêmement élevée , eft foutenue
de chaque côté , par deux rangs de piliers ; elle efl:
longue de 175 pas , & large de 80. Son clocher efl:
d'une hauteur extraordinaire , bâti tout entier de
briques , percé de grandes fenêtres , qui donnent du
Jour à la montée ; il efl: compofé de trois tours l'une
fur l'autre , avec des galeries & des balcons ; l'efca-
lier a la montée fi douce , qu'on peut la parcourir en
mule & à cheval , jufqu'au plus haut, d'où l'on dé-
couvre toute la ville & la campagne.
L'archevêque de SînlU , dont le fiege efl fort an-
cien , a pris quelquefois le titre de primat d'Efpagne ;
on prétend que ce prélat a plus de cent mille ducats
de revenu; la fabrique de l'églife en a trente mille,
& quarante chanoines ont chacun trente mille réaux.
La plupart des autres églifes de ScvilU font belles ,
& particulièrement celles qu'on voit dans quelques
maifons religieufes ; on y compte 85 bénéfices , &
plus de trois mille chapelles ; l'églife de S. Salvador,
qui fervoit autrefois de mofquée aux Maures , efl: par
conféquent bâtie à la morefque , c'efl-à-dire qu'elle
efl: faite en arcades , foutenues par des piliers qui
forment plufieurs portiques.
L'univerfité de SivUk a été fondée en 1531. par
Roderique Fernandez de Santaella , favant efpagnol
de fon tems ; cnfuite les rois d'Efpagne lui ont accor-
dé les mêmes privilèges qu'à celle de Salamanque ,
d'Alcala , & de Valladolid ; elle a toujours pour pa-
tron quelque grand feigneur efpagnol, qui pour ce-
la ne la fait pas fleurir davantage.
Au midi de la ville , près de l'églife cathédrale , efl:
le palais royal, nommi alcaçar ., bâti en partie à l'an-
tique par les Maures , & en partie à la moderne par
le roi D. Pedro , furnommé Le. cruel; mais l'antique
efl infiniment plus beau que le moderne. On donne
à ce palais un mille d'étendue; il efl flanqué de tours,
qui lont faites de grofl!"es pierres taillées en quarré.
La bourfe où les marchands s'aflTemblent, efl derriè-
re l'églife cathédrale; elle efl: faite en quarré , d'or-
dre tofcan, & compofée de quatre corps de logis:
chaque façade a deux cens pies de longueur avec trois
portes & dix-neuf fenêtres à chaque étage : elle a
deux étages , dont l'un fert pour les confuls ; les ap-
partemens font de grandes falles lambrilfées , où les
marchands traitent enfembledcs aîiaircsducommer-
S E V
ïJÎ
t ce ; ce bâtiment , commencé en 1 5 84 , & qui n'a été
fini que foixante ans après, a coûté prodigieufement
puiique l'achat de l'emplacement fcul , fut payé foi*
xantc & cinq mille ducats.
A l'entrée du fauxbourg nommé Triana , efl le
cours , où toute la ville va prendre le frais en été ;
il efl fait comme un jeu de mail double , partagé en
deux allées de grands arbres , avec de petits fofles
pleins d'eau.
La boucherie , par une plus fage politique que.
celle de Paris , efl: hors delà ville ; mais par une dé
licatefl^e de luxe, également cruelle & elfrénée, on
prend foin avant que d'égorger les bœufs , de les fai*
re combattre contre les dogues , afin que leur chair
en foit plus tendre.
En rentrant dans la ville par le pont de bateaux ,
on voit à l'entrée du port , qui efl: fpatieux , le long du
bord du Guadalquivir , une grande place nommée
VA rénal , la mail on de l'or , où l'on décharge les ef-
fets , & où l'on met l'or & l'argent qui viennent des
Indes. Cette maifon a un grand nombre d'ofiiciers
qui tiennent regiflre de toutes les marchandifes qui
arrivent du Nouveau-monde , ou qu'on y porte.
On compte plus de cent hôpitaux dans Séville ,
la plupart richement dotés ; il y en a un où l'on don-
ne à chaque malade fes mets particuliers , félon l'or-
donnance des médecins ; les gentilshommes, les étu-
dians de l'univerfité , y font reçus , & ont les uns &
les autres , des chambres féparées ; c'eft une fort
belle inftitution.
Enfin ScvilU efl: une ville d'Efpagne des plus dignes
delacuriofité des voyageurs ; elle efl: moins peuplée
que Madrid , mais plus grande & plus riche ; aulïï
fournit-elle feule au roi un million d'or par an. Le
pays dans lequel elle efl fituée, efl extrêmement fer-
tile en vin , en blé , en huile , & généralement en
tout ce que la terre produit pour les befoins , ou pour
les délices de la vie. Le Guadalquivir lui fournit du
poiflbn , & la marée qui remonte deux lieues au-
defTus AtSiville. , y jette entr'autrçs , quantité d'alo-
fes ik d'eflurgeons ; cependant tout ce beau pays ,
& la ville même , peuvent être regardés comme dé-
lerts , en comparaifon du tems des Maures ; on en
fera bien convaincu fi l'on lit l'hiftoire d'Efpagne,
fous le règne du roi Ferdinand.
Le commerce des Indes & de l'Afrique , fait qu'on
fe fert beaucoup à Séville d'efclaves qui font marqués
au nés , ou à la joue ; on les vend & on les acheté à
prix d'argent, comme des bêtes, & on les fait tra-
vailler de même , fans que le chriftlanifme qu'ils em-
brafl!ent, ferve à rendre leur fort plus heureux.
Je n'entrerai pas dans d'autres détails fur Séville ,
parce qu'on peut s'en inflruire dans plufieurs ouvra-
ges traduits en françois ; mais il faut que je parle de
quelques hommes célèbres dans les lettres , dont el-
le a été la patrie.
Avenioar ( Abu MerNvan Abdalmalck Ebn Zohr) ,
célèbre médecin arabe , qui floriflbit dans le xij fie-
cle; Léon l'afriquain place fa mort à 92 ans , dans
l'année 564 de l'hégire, qui tombe à l'an i 167-8. de
J.C. Né dans la médecine , & d'une famille de mé-
decin , il eut pour maître Averroiis , & exerça fon
art avec beaucoup de gloire dans Séville fa patrie.
Ilrcjetta les vaines fuperflitionsdes allroloaucs, fui-
vit principalement Galien dans fa théorie ,& a ce-
pendant inféré dans fes écrits des chofes parriculie-
rcs , dont il parle d'après la propre expérience. Son
ouvrage intitulé, Taguffir jil/nadiivat wnlt^dinr^ qui
contient des règles pour les remèdes & la dicte dans
la plupart des maladies, a été traduit en hébreu l'an
de J. G. 1 280. & de l'hébreu en latin , par Paravlcius.
Alcafar (Louis de ) , jékiite , a fait un ouvrage
fur l'apocalypfe , qui pafll' pour un des meilleurs des
catholiques romains ; il ell intitulé, pyUgacioarcani
Ï34
S E V
fcnjùs in Apocalypfi , & il a hc imprime pliifieurs
fois de liiite , lavoir ù Anvers en 1604, 1611, &
16 19. & à Lyon, en 16 16, ia-foL L'auteur pré-
tend que l'apocalypte ell accomplie juiqu'au^ vmg-
tieme chapitre , & ne tait aucune difficulté d'aban-
donner dans (on explication , les p':res de régllic. Il
mourut dans ia patrie en 1613 , âgé de 60 ans.
Antonio ( Nicolas) , chevalier de Tordre de S. Jac-
ques, & chant)nic de ScvUlc^ a fait honneur à l'on
pays, par la bibliothèque des écrivains efpagnols,
qu'il mit au jour à Rome en 1671 , en z vol. in-fol.
Elle a été réimprimée dans la mrme ville , en 1696 ,
au frais du cardmal d'Aguivre ; c'eft un très-bon livre
en Ion genre , avec une préface pleine de jugeiiient.
L'auteu^r mourut en 1684, à 67 ans. On lui doit en-
core un livre d'érudition : De exilio , Jîve de pœnd
exulii , exulumquc condiiione , & juribus , Antuer-
piiE 1659 , in-fol.
C:i/us ( Barthcleml de las) , évoque de Chlapa,
fulvlt à 19 ans ion père , qui paffaen Amérique avec
Colomb, en 1493. Il employa cinquante ans fans
fuccèsà tâcher de perfuader aux Efpagnols qu'ils dé-
voient tr.iitcr les Indiens avec douceur , avccdefm-
térell'ement , & leur montrer l'exemple des vertus.
De retour en Efpagnc , en 1 5 5 1 , à caufe de la foi-
blelfe d? fa fanté , il fe démit de l'on évôché , & mou-
rut à Madrid en 1 566 , à 92 ans. On a de lui une re-
lation intéreflante , de la deftruftlon des Inde* par
les barbaries des Efpagnols. Cette relation parut à
Sevil/c en efpagnol , en 1 5 52 ; en latin à Francfort ,
en 1 598 ; en italien à \'enife, en 1643 ; &: en fran-
çois à Paris , en 1697. C'eil un ouvrage qui refpire
la bonté du cœur , la vertu , & la vraie piété ; on a
encore de ce digne & lavant homme , un livre latm,
curieux & rare , imprimé à Tubinge en 1625 , fur
cette queflion : « li les rois ou les princes peuvent
t> en confclence , par (jue'quc droit ou quelque ti-
»> tre , aliéner leurs fujets de la couronne , 6c les
» foumettre à la domination de quelqu'autre feigneur
» particulier ». Foy^^furce fujet la Biùl. eccUj. de
M . Dupin , xvj fiecle.
Ccrv:intcs Saavidra ( Miguel de ) , auteur de don
Quichotte , naquit à Seville , en i ^49 , félon Nicolas
Antonio. Il avolt tant de palfion pour s'inftruire ,
qu'il dit : « je fuis curieux jufqu'à ramafler les moin-
» dres morceaux de papier par les rues». Mais il fît
fon étude particulière des ouvrages d'efprit , tant
en vers qu'en proie , & fur-tout de ceux des au-
teurs eipagnols &; italiens. On voit qu'il étoit fort
verfé en ce qui a du rapport à cette forte de li-
vres , par le plalfant & curieux inventaire de la bi-
bliothèque de don Quichotte , par les fréquentes al-
lufions aux romans , par le jugement fin qu'il porte
<le tant de poètes , & par ion voyage du pamajje.
Il palîa en Italie pour prendre le parti des armes ,
& fervit pluficurs années fous Marc- Antoine Colon-
ne. Il fe trouva à la bataille de Lépantc , en 1 571 ,
& y perdit la main gauche d'un coup d'arquebufe ;
ou du moins en fut-il 11 fort eflroplé, qu'il ne put plus
s'en fervir. Peu de tems après, il fut pris par les Mau-
res , & mené à Alger,oii il demeura plus de 5 anspri-
fonnier. De retour en Efpagne, il compofa plulieurs
comédies , qui eurent une approbation générale, tant
parce qu'elles étoient fupérieures à celles qu'on avoit
vues jufqu'alors , qu'à caufe des décorations , qui
étoient toutes de fon invention, &: qui parurent très-
bien entendues. Les principales de les comédies ,
étoient les coutumes d'' Alger , NiLmancia , ôd la bataille
navale. Cervantes traita le premier &; le dernier de
ces fujets en témoin oculaire. Il fit auffi quelques
tragédies qu'on ap])taudit.
En I 584 il publia fa Galatie , qui fut très-accucll-
lie. Il prouva par cet ouvrage la beauté de fon ef-
prit diini l'invention , la fertilité de iaa imagination
S E V
dans la variété des defcrlptions,fon adrelTe à dénouef
les intrigues , & Ion habileté dans le choix des ex-
prefllons propres au fujet qu'il traitoit. On ellima
iur-lout la modeflie avec laquelle il parloit de l'a-
mour. On ne critiqua que la multiplicité des épifo-
dcs , qui quoiqu'amenés avec beaucoup d'art , em-
pêchent de fuivre le fil de la narration, & l'interrom-
pent trop fouvent par de nouveaux incidens. Cer-
vantes fentit bien lui-même ce détàut , & il en fait
prelque l'aveu , quand il introduit le cure Pérez ,
gradué à Slguenza , & maître Nicolas le Barbier ,
difant : « Celui-là que voilà tout-auprès du recueil
» de chanfon de Lopès de Moldonado , comment
» s'appclle-t-il , dit le curé ? C'efl la Galatée de Mi-
» chel de Cervantes , répondit maître Nicolas. Il y
» a long-tems que cet aiUeur cil de mes meilleurs
j) amis , reprit le curé , & je lai qu'il cft plus mal-
w heureux encore que poète. Son livre a de l'inven-
» tion ; il promet aflez , mais il n'achevé rien. Il
» faut attendre la féconde partie qu'il fait efpérer ;
» peut-être qu'il réulfira mieux , & qu'il méritera
» qu'on fafle grâce à la première: compère gardez-
» la ». La féconde partie , quoique fouvent promlfe,
n'a jamais paru.
Ce joli paflage eft , comme on fait , dans don Qui-
chotte , ouvrage iiicomparable par la beauté du fty-
le , par la juftefle de l'elprit , la tinelTe du goût, la
délicateffe des penfces , le choix des incidens , & la
plailànterie fine qui y règne d'un bout à l'autre. Don
Quichotte nous offre en la perfonne un fou vraiment
héros , qui s'imaglnant que quantité de choies qu'il
voit , rellemblent aux avantures qu'il a lues , s'engage
à des entrepriies glorieufes dans fon oj)inion , 6c
folles dans celles des autres. Oa voit en même tems
ce même héros-chevalier , railonner fort fagement
quand il n'eft pas dans les accès de folie. La iimpli-
cité de Sancho Pança cil d'un comique qui n'en-
nuie perfonne. Il parle toujours comme il doit par-
ler, & agit toujours conléquemment.
Pour que l'hiflolre d'un chevalier errant ne fati-
guât pas le leûeur par la répétition tédleule d'avan-
tures d'une même efpece , ce qui ne pouvolt man-
quer d'arriver , s'il n'avoit été queftion que de ren-
contres extravagantes ; Cervantes a fait entrer dans
fon roman divers épliodes, dont les incidens iont
toujours nouveaux & vralllemblables. Tous ces
épliodes, hormis deux , lavoir .,rhLjioirede l'efclave ^
& la nouvelle du curieux imptrtinent , font enchâllés
dans la fable même , ce qui eil un grand art. Le ilyle
cil approprié au caractère des perlonnages & des lu-
jets. Il eft pur, doux, naturel, juilc & fi correft,
qu'il y a peu d'auteurs eipagnols qui pullfent aller du
pair avec Cervantes à cet égard. Il en a pouiTé fi loin
l'étude, qu'il emploie de vieux mots pour mieux ex-
primer de vieilles chofes. Enfin , les raiionnemens
font pleins d'efprit , le nœud eft habilement caché ,
& le dénouement heureux.
La première partie de don Quichotte parut à Ma-
drid en 1605 î''^'4°' ^ ^^ dédiée au duc de Bejar,de
la proteftion duquel l'auteur le félicite dans des vers
qu'il attribue à Urgande la déconnue , & qui font à
la tête du livre. La féconde partie de l'ouvrage ne
parut qu'en 161 5. Le débit du livre fut tel , qu'a-
vant que l'auteur eût donné cette féconde partie , il
fait dire au bachelier Samfon Carafco : « A l'heure
» qu'il eft , je crois qu'on en a imprimé plus de douze
» mille à Lisbonne , à Barcelonnc & à Valence , &
» je ne fiiis point de doute qu'on ne le tradulfe en
» toutes fortes de langues ». Cette prédi£lion s'eft fi
bien véiifiée , qu'il faudroit un volume pour entrer
dans le détail de les différentes éditions &: traductions.
Tous les plus célèbres artiftes , peintres , graveurs ,
fculpteurs , deffinateurs en tapifleries de haute &C
baife-lifle , ont travaillé à l'envi à repréfcûter les
s E V
avantttrcs (îe don Quichotte , & c'eil ce que nous
avons cle plus amufant.
Des que cet ouvrage parut en Efpagne , on lui fit
»m accueil qui n'avoit point eu d'exemple ; car il h\t
univcrfel, chez les grands , le militaire , 6c les gens
de lettres. Un jour que Philippe llf. étoit liir un bal-
con du palais de Madrid , il apperçut un étudiant iur
le bord du Mançanares , qui , en iifant , quitîoit de
tems en tems fa lecture , &: le frappoit le front avec
des nirircues extraordinaires de plaifir : « cet homme
» cd £oix , dit le roi aux courtilans oui étoient auprès
» de lui , ou bien il lit don Quichotte. Le prince
avoit rail'on , c'étoit efFeftivement là le livre que l'é-
tudiant lifoit avec tant de joie.
En ï6i4 , Cervantes fît imprimer fon voyage du
Parnajfe, qui n'efl point un éloge des poètes efpa-
gnols de fon tems, mais une fatyre ingénieufe, com-
me celle de Céfar Caporali , qui porte le même ti-
tre, en ed une des poètes italiens.
En 1615 il pubUa quelques comédies & farces
nouvelles , les unes en vers , les autres en proie. Il
y joignit une préface très-curieule fur l'origine & les
progrès du dramatique efpagnol ; cependant les co-
médiens ne jouèrent point les nouvelles pièces de
l'auteur , & c'eft lui-même qui nous l'apprend avec
fa naïveté ordinaire.
« Il y a , dit-il, quelques années qu'étant revenu
» à mes anciens amufemens, &m'imaginant que les
» chofes étoient encore fur le même pié , que du
» tems que mon nom faifoit du bruit ; je me mis de
» nouveau à compofer quelques pièces pour le théâ-
» îre ; mais les oifcaux étoient dénichés ; je veux
*> dire , que je ne trouvai plus de comédiens qui me
w les dcmandaiîent. Je les condamnai donc à demeu-
» rer dans l'obfcurité. Dans le même tems , un li-
» braire m'afiura qu'il me les auroit achetées , fi un
» célèbre comédien ne lui avoit dit , que l'on pou-
» voit efpérer que ma profe réuffiroit, mais non pas
» mes vers. Alors , je me dis à moi-même , ou je
» fuis bien déchu , ou les tem<s font devenus meil-
» leurs , quoique cela foit contraire au fentiment
» commun , félon lequel on fait toujours l'éloge des
» tems pafl'és. Je revis cependant mes comédies ,
M & je n'en trouvai aucune allez mauvaife , pour
^> qu'ellenepùtappelierdeladécifionde cecomédien,
» nu jugement d'autres aûeurs moins difficiles. Dans
» cette idée , je les donnai a un libraire qui les im-
V prima. Il m'en offrit une fomme rail'onnable , &
» je pris fon argent. 3e fouhaiterois qu'elles fufi'ent
» excellentes ; du moins j'efpere qu'elles feront paf-
>♦ fables. Vous verrez bien-tôt , cher ledfeur , ce que
»> c'cfl; fi vous y trouvez du bon , 6c que vous ren-
» contriez mon comédien de mauvaife humeur,
» priez-le de ma part de n'être pas fi prompt à taire
M injure aux gens ; qu'il examine mûrement mes
M pièces, il n'y trouvera ni ridicule , ni pauvreté ;
>> leur défauts font cachés ; la verfiHcation ell foi ta-
» bîe au comique ; & le langage convient aux per-
» fonnages qui y paroiiiènt. Si tout cela ne le con-
» tente pas., je lui reconunande une pièce à laquelle
« je travaille, mûtuice l'aùus de Juger fur l'ciicjueite y
w qui , fi je ne me trompe , ne peut manquer de
» plaire. En attendant , Dieu lui donne la famé, &
» à moi de la patience.
Il fe divertit encore h compofer quelques hiftoi-
rictes , qu'il publia fous le titre de nove/as exemplares^
& qu'il dédia au fcigncur de Lcmos. « Votre evcel-
» Icnce , lui marque-t-il , faura que je lui envoie
» douze contes ; quoique je ne fois pas dans le goût
M d'en débiter , néanmoins , j'ofèrois les mettre au
V nombre des meilleurs , fi ce n'étoit pas mon ou-
.♦> vrage ».
Il parle ainfi dans fa préface : « Je vous avertis,
w gratieux leûcur , que vous ne trouverez rien ici ,
S E V
^35
« dont ôft puifTe abufer ; j'intitule mes nouvehes ,
>f exemplaires , parce que , fi vous y prenez garde ,
» il n'en efl: aucune qui n'offre quelque exemple
» utile. J'ai eu defîèin d'amufer fans danger, 6i. les
» amufemens innocens font , à coup fur , légitimes.
» On ne peut pas toujours être occupé de la prière,
w de la méditation , ou des affaires : il faut des tems
» de récréation pour délaffer l'efprit, & réparer fes
» forces ; c'efl dans cette vue qu'on a des bois , des
» fontaines & des jardins cultivés, La lefture que je
» vous offre , ne peut exciter de pafTion criminelle.
» Une convient pas à un homme de mon âge, qui
» touche à fa foixaate-quatrieme année , de badiner
» avec l'autre vie.
» Comme j'ai fait cet ouvrage par goût , je n'ai
» rien négligé pour le mettre en état de plaire , &
» j'ai quelque gloire à dire , que je fuis le premier
» qui aie écrit des contes originaux en efpagnol ; ils
» font tous tirés de mon fonds-, & il n'en efl: aucun
» imité ni puifé dans d'autres écrivains. Mon imagi-
» nation les a enfantés , ma plume les a mis fur le
» papier , 6c l'imprefTion va les faire croître ».
Il y avoit long-îems que Cervantes s'occupoit à
un autre livre d'imagination , intitulé les travaux de
Perjile & Sigifmonde , qu'il finit immédiatement avant
fa mort, arrivée en 16 16. Il étoit alors attaqué d'une
maladie qui ne l'empêcha pas d'écrire ce roman , &
les petites anecdotes qui s'y rapportoient.. Comme
nous n'avons point d'autre hiflorien que lui-même,
& qu'il raconte tout avec grâce : voyons ce qu'il
nous dit à ce fujet. Il s'exprime en ces termes.
» Il arriva, mon cher lefteur , que comme je ve-
» nois avec deux de mes amis de la fameufe ville
» d'Efquivias , je dis fameufe par mille endroits ;
» premièrement par fes familles illuftres ; en fécond
» lieu , par fes excellens vins, &: ainfi du refle ; j'en-
» tendis quelqu'un galoper derrière nous , comme
» pour nous attraper , à ce qu'il me paroiffoit ; & ce
» cavalier ne nous permit pas d'en douter , nous
» ayant crié de n'aller pas fi vite. N-ous l'attendîmes
» donc , & nous vîmes approcher monté fur une
» âneflé un étudiant gris (j'entends qu'il étoit tout
>» habillé de gris ) : il avoit des botines femblables à
» celles que portent les moiffonneurs , pour empê-
» cher le blé de leur piquer les jambes ; des fouliers
» ronds , une épée & un collet noir , que le mouve-
» ment de fa monture faifoit fouvent tourner de côté
» & d'autre , quelque peine qu'il fe donnât à le met*
» tre droit. Vos feigneuries , nous dit-il , vont ap-
>» paremment foUiciter quelque emploi ou bénéfice
» à la cour ; fans doute que fon éminence efl à To-
» lede, ou du moins le roi , puifque vous allez fi vî-
»» te. Franchement j'ai eu bien de la peine à vous
» atteindre, quoique mon âne ait plus d'une fois pafTé
>♦ ]>our un bon coureur. A ce difcoiirs un de mes
» compagnons répondit; le cheval du fèigneur Ccr-»
» vantes en efl: la caufe , c'eft un drôle qui n'aime
» pas à aller doucement.
» A peine mon homme eut-il entendu le nom de
» Cervantes , qu'il fiuita à bas de fa monture , en
» faifant tomber fon couffin d'un côté, & fon porte-
» manteau de l'autre ( car il avoit tout cet équipaoe
>► avec lui); 11 vint à moi, & me prenant par la
» main gauche ; oui , oui , dit-il, c'efi ici le fameux,
>» le divcrtiiTant écrivain , le favori des mufes ! Me
» voyant com.plimcnter fi magnifiquement, je jugeai
» qu'il y auroit de l'impoliteffc à ne pas lui tcmo-'-
» gncr quelque reconnoiffance de fes louanges ; je
» l'ombraflai ( & lui fis tourner fon collet par mou
>» accoladj ), & je l'affurai qu'il étoit dans la même
» erreur fur mon fujet , que d'autres perfonnes , qui
» me vouloient du bien. Je fiiis , lui dis-jc, Cervan-
» tes, il eft vrai , mais non le favori des mufes , ni
» rien de toutcc que vous m'avez dit de beau. Ayez
136
s E V
» donc la bonté , mon cher monlicur , de remonter |
» lur votre bctc , & conlinuons notre voya;j,e , en
» nous tenant compagnie. Mon étudiant bien cl.evc,
» obéit.
» Nous rallcntîmes notre pas , &: nous marchâmes
y> bien doucement enlembl*. On parla de mon mal,
« & mon homme me prononça bien-tot mon arrêt ,
>» en me dilant que j'avois gaçné une hydropilîe , &
» que toute l'eau de la mer , tiit-elle douce , ne pour-
» roit me délalterer. Ccft pourquoi , leigneur, Cer-
*» vantes , ajout«-t-il , vous devez vous abrtenir do
» boire , mais n'oubliez pas de manger ; cela feul
» vous 'Hiérira ùins la moindre médecine. D'autres
» m'en ont dit autant , lui répliquai-je , mais je ne
» puis m'empécher de boire , tout connue fi je n'é-
» tois né que pour boire. Ma vie teiul à la fin , &
» par Texamen journalier de mon pouls, je trouve
» que Dimanche prochain , au plus tard, il achèvera
» fa belbgne, & moi ma courCe. Vous êtes arrive
» encore à point pour me connoître , mais je n'au-
>> rai pas le tems de vous prouver combien je fuis
y> fenlible à vos obligeans procédés.
» En diicourant ainfi , nous gagnâmes le pont de
» Tolède , que j'enfilai , comme lui celui de Ségo-
» vie. Ce qu'on dira de mon avanture , c'eft l'affaire
»> de la renommée ; mes amis peuvent avoir envie
» de la raconter, & j'en aurai une plus grande de
» l'entendre. Je retournai lur mes pas, pour embral-
» l'er encore une fois mon étudiant , &. il en fît au-
» tant de fon côté. Enfuite il donna des deux à fa
V monture , & me lailTa auiTi malade fur mon cheval,
» qu'il étoit mal monté fur fon âneffe , 3u. fujet de
♦» laquelle ma plume vouloit faire encore quelcjue
» plaifanterie : mais adieu mes bons amis; car je m'en
») vais mourir ; & j'efpere de vous revoir avant qu'il
» foit long-tems dans l'autre monde , aufTi heureux
» que vous le pouvez défirer».
Voilà donc Cervantes fur le bord du tombeau.
L'hvdropifie augmenta , & fon mal épuifa fes forces.
Mais plus fon corps s'aiïbibliiroit,plus il s'attachoit à
fortifier fon efprit. Ayant reçu l'Extrème-Ondion ,
il attendit la mort avec tranquillité ; & ce qu'il y a
de plus furprenant , c'eft qu'il ne pouvoit s'empê-
cher de dire ou d'écrire quelque chofe de plaifant , à
mefure que des idées riantes lui en venoit dans l'ef-
prit. En effet, après avoir reçu les facremens le 18
Avril 1616 , il difta le lendemain la dédicace de fes
travaux de Perjïle & Sigifmonde , adreffée , comme
je l'ai dit , au comte de Lémos , & conçue en ces
termes :
« Il y a une vieille balade , qui étoit jadis fort en
» vogue, & qui commençoit , avec unpU fur Vétiier.
»> Je fouhaiterois qu'elle ne convînt pas fi parfaite-
y, ment à cette épître , car je puis dire à-peu-près de
» même , avec un pi é fur Vèirier. En partant pour les
» fombres régions , je prends le courage d'écrire
» cette épître , & je falue monfeigneur avec ce der-
» nierfoupir. Hier on me donna l'Extrême-Onftion,
» ôc aujourd'hui j'écris ceci. Le tems efl court, le
» mal croît , l'efpérance diminue ; cependant il me
» femble que je voudrois vivre un peu plus long-
» tems , moins pour l'amour de la vie , que pour
M avoir encore une fois le plaifir de voir votre ex-
» cellence faine & fauve en Efpagne , & 11 ne feroit
» point impoflîblc que ce plaifir ne me rendît lafanté.
» Mais s'il elt arrêté c|ue je doive mourir , la volonté
» du ciel foit faite ; cependant votre excellence me
» permettra de l'informer de mes defirs, & de l'afTu-
» rer qu'elle a en moi un Icrviteur fi zélé , qu'il iroit
» micme au-delà du trépas pour vous fervir , fi fon
» pouvoir égaloit la fincérité de fes fentimens.
» Je n'ai pas laific que de me réjouir prophctique-
» ment du retour de votre grandeur en Elpagne ;
w mon cœur s'épanouifl'oit de joie , quand je me re-
S E V
M préfentols tout le monde vous montrant du doî<:;t ,
» ec criant : voilà le comte de Lémos ! Mes efprits
» fe raniment , en voyant mes efpéraaces accom-
» plies , &: vos grandes qualités juftifier les idées que
» j'en iivois conçues. Il refte encore chez moi quel-
>» ques lueurs de la mèche du jardin ; ^ fi par un
» heureux haiard , ou plutôt par un miracle , le ciel
» me coniérvolt la vie , votre excellence verra la
» féconde partie de la Galatée , que je lui confacrois.
» Agréez mes vœux pour votre confervation , &c.
» A Madrid, le 19 Avril 1616 ».
Il finit fes jours peu de tems après, & ne vit point
l'impreffion de fon livre , dont le privilège fut ac-
cordé le 24 Septembre 1616 , à Catherine de Salazar
fa veuve. Uhijioire de Perjlle & Sigifmonde , & les
contes ou novtlas examplarcs , ont été traduits en
françois , & ne font pas inconnus aux gens qui ai-
ment ces fortes de produirions. La vie de l'auteur a
été donnée par don Grégorio Mayans Efifcar , bi-
bliothécaire du roi d'Efpagne. Elle eft à la tête de
l'édition efpagnole de don Quichotte , imprimée à
Londres en 1738 , in-^^.
J'ai dit , au commencement de cet article , fur
l'autorité de Nicolas Antonio, que Cervantes naquit
à Sèvilli ; cependant l'auteur de fa vie , que je viens
de citer , eftime qu'il étoit né à Madrid , & il appuie
fon fentiment fur ce que Cervantes s'adrefi"e à cette
ville , en prenant congé d'elle dans fon voyage du
Parnaffe , en ces termes :
«Me tournant enfuite vers ma pauvre cabane,
» adieu , lui dis-je , & toi , Madrid , adieu ; adieu
» Fontaines , Prado , & vous campagnes où coule le
» neûar & degoi^ite l'ambrolfie ; adieu aimables &
» douces fociétés , où les malheureux oublient pour
» un tems leurs peines. Adieu charmant & romanef-
» que féjour , oii deux géans qui avoient entrepris
» d'efcalader le ciel , frappés de la foudre , maudifilent
» leur chute , & font renfermés dans les fombres pri-
» fons de la terre. Adieu théâtres , dont nous avons
» banni le fens commun , pour y faire régner la bouf-
» fonncrie. Adieu belle & vaile promenade de Saint-
» Philippe , où l'on difcute les intérêts des puifiTan-
» ces , oii les nouvelles fe débitent , & font l'uni-
» que fujet des converfations , où l'on examine fi le
» croiffant brille ou pâlit , fi le lion allé ( Venife )
» triomphe ou fuccombe. Adieu pâle famine ; je
» quitte aujourd'hui mon pays , pour éviter le trifte
» fort de mourir à ta porte , fi je demeurois plus long-
» tems ici ».
Nicolas Antonio répond que par ces mots mon
pays , on peut entendre toute l'Efpagne ; que d'ail-
leurs , i". ce qui femble favorifer fon opinion , c'efl
que Cervantes dit , dans la préface de fes comédies ,
qu'étant petit garçon il avoit vu à Slvilk Lupus de
Rueda , un des plus célèbres comiques efpagnols.
1^. Que les furnoms que porte Cervantes , font ceux:
de familles illuflres de Sêvilk , & non de Madrid.
Quoi qu'il en foit , il eft conftant que Cervantes
étoit bien mal logé à Madrid ; c'eft ce qui paroît par
la manière dont il finit fa relation du voyage du Par-
nafiTe. Plein de fouci , dit-il , je cherchai mon ancienne
obfcure retraite. Il n'avoit pas à fa mort dans cette
ville un meilleur domicile. On admiroit fes ouvra-
ges , & perfonne ne lui donna du pain ; il mourut
dans l'indigence , à la honte de fa nation ; mais fon
nom ne mourra jamais.
J'ai trop amufé les gens qui goûtent les écrits de
cet aimable écrivain , pour leur faire des excufes fur
la longueur de fon article , & je plains ceux qui n'ai-
ment pas à la folie l'auteur de don Quichotte. Mais je
paflfe à deux ou trois autres hommes de lettres nés
à Séville , & je ferai très-court fur leur compte.
Fox de Moriillo ( Sébaftien ) , en latin Sebaflïa-
nui Foxus Mor^illus , ell du nombre des enfans de-
venus
s E U
venus célèbres par leur génie & par leiirs études. Il
naquit en i6i8. Phlippe II. nomma pour précep-
teur de Dom Carlos, Morziilus , qui étoit alors à Lou-
vain; il s'embarqua dans les Pays-Bas pour être plutôt
auprès du jeune prince. Il fît naufrage , & périt à la
fleur de la vie. Il a publié avant l'âge de 15 aps ,
1**. un commentaire larin inPlatnms Tïmauin. 1^ . De
tonfcribindd hifloriâ , libzilus. 3°. De rcgno , & resÙS
inÛitutlone , libri tns , &c. '"'
Monardés ( Nicolas ) , médecin , florifîbit au xvj.
fiecle , & mourut en i 578. Il Te fit une grande répu-
tion par la pratique de ion art , & par les ouvra?,es
qu'il mit au jour. 1°, De fecandâvenâ in pleuntulc ^
Hifpali, 1539, in-4°. 2°. De rojis , ma,lis citris , au-
rantiisi & /imoniis, Antuerpiae , 1565, 1.1-4°. ^'^- P^
las drogas de las hjdias , à Séville , I 574 , in4^. Ce
dernier livre a été traduit en anglois & en fi-ancois
par Antoine Colin.
Pineda ( Jean ) , théologien , entra dans la focicté
des jéfuites en 1571, & mourut en 1637 âgé de 80 '
ans. Ses commentaires latins lur Job & fur l'Ecclé-
liafte , forment quatre volumes in-foL. ( Le chevalier
DE Jaucourt. )
SéviLle , ( Géog. mod, ) ville de l'Amérique fep-
tentrionale , vers le bout occidental de l'île de la
Jamaïque , alfez près de la mer, avec un port. Long.
SEUILLETS , f. m. ( Marine. ) ce font des plan-
ches qu- font potées fur les parties inférieures & fu-
périeures du fabord , qui couvrent l'épaifTeur du
bordage , & qui empêchent de pourrir les m ?n^.bres
du vaifîéau en y entrant. On appelle liauuur d<: feuil-
lets , la partie du côté du vaiffeau comprife entre le
pont & les fabords.
SÉVIR , v. n. ( Gram. ) punir , châtier ; la cour
ftvit contre les gens de robe fubalternes qui font mal
leur devoir.
SÉVIR , f. m. ( Antiq. rom. ) nom d'un officier
chez les Romains. U y avoir deux fortes de fcvirs :
les premiers étoient des décurions des fix décuries
des chevaliers romains. Les féconds étoient les prin-
cipaux officiers des colonies , auxquels on accordoit
même le titre à'Jugufiates. Le trimalcion de Pé-
trone efl titré de /tv^V Augufle , au pié du trophée
<jue lui érigea Cinnamus fon tréforier. ( D. /. ).
SEULAGE , f. m. ( Commerce. ) terme normand
qui Çi^e^irifiQ magajinagi. Foy^J^ MAGASINAGE.
SEULE, f. f. fignifie en Normandie magajîn. Foye^
Magasin.
SEULLON , f. m. ( Droit coutum.^ le fcullon ,
feillon oxxJiUon de terre , a quatre pies de largeur , &
cent vingt pies de longueur. Trévoux. (^D.J.)
SEUMARA , ( Géog. anc. ) ville de l'Ibcric. Stra-
bon , l. XI. p. Soi. dit qu'elle étoit bâtie fur un ro-
cher au bord de l'Aragus , à feize flades de la ville
Harmozica. (Z). /.)
SEURE ou SEURRE, (G^^. mod.) en latin bar-
bare Sumgium ; petite ville de France dans la Bour-
gogne, fur le bord de la Saône & du dioccfc de Be-
fançon. Il y a des auguflins, des capucins, deux cou-
vens de religieufes ëc un collège. Elle elt la douzième
qui députe aux états de Bourgogne. (Z). /. )
Seure,la, ((?e(?^.wo^.) rivière de France en Poi-
tou. Elle commence à porter bateau à Niort , & f e
jette dans la mer au-deflbus de Marans. On appelle
communément cette rivière Seurc niortoifc , pour la
difHnguer de la Seure nantoife, laquelle tombe dans
la Loire près de Nantes. (Z?. /.)
SEVRER , V. ad. {Gramm.) c'efl ôter à un enfant
l'ufage du lait de fa nourrice , 61 le faire pafl'er à une
nourriture plus folidc.
Sevrer , Ç/ardinrige.) on dit fevrer un arbre , une
marcotte quand on la f'épare du tronc d'où elle part ,
& qu'elle a pris racine dans la terre. C'efl ainli
Tome XK,
S E ■ X
que l'on élevé les ifs^ les tilleuls , les coignaf--
fiers , les orangers en partie, & les autres arbres de
fleur , la charmille Ôc la vienne. '
SEURE'J E ,i. i.{Comrr:cr.') afTurance, précsutloti
que ceux qui négocient & contradent enfemblc , ont
coutume de prendre , &" dôîvent prendre pôur.h'être
point trompes. La parole, ou au pl<js l'écrit dés hom-
mes, devroit être , & eft en effet, la plus grande fa-
reté des honnêtes gens ; mais la malice & la chicanô
de la pUip^rt , obligent f bùy.ent de prendre d'autre^
précautions, même avec ceux qui ont le plus de ré-
putation de probité , & c'efl ce qu'on appelle prendre
l'es feuretjs. Le cautionnement , le nantiffement , les
gages, les endoffemens , les loufcriptions, é-c. font
autant defeurctés q.ie l'on peut prendre fuivant le ca-
ractère des gens avec qui l'on traite , ou des affaires
dont il s'agit. Dicl. di Comn\. (Z>. /.)
SEUSNE,f. f (Pêcherie.') on nomme /^«//ze en Bre-
tagfîe , un grand filet ou elpeçe de fenne , dont fc fer-
vent les équipages des vaiffeaux qui voin à la pêche
de la nîoi-ue , pour prendre le petit poiffon dont on
fait l lumeçoii des lignes avec lefqutlles on pêche la
morue. Chaque bâtiment a ordinairement trois fnf-
nés. Foyei SlilNE. (D. J.)
SEE/f^O-MONS , {Géog. anc.) moritagrie de la
Scandinavie, Pline, li.b. ÎV. c. xiij. en fait une moi>
tagneimmenle, égale aux monts Riphées. Tous les
Géographes s'accordent à dire que Phne défigne par-là,
cette grande chaine de montagnes qui s'étend en for-
me decroiffant, depuis l'extrémité feptentrionalede
la Scandinavie , & vient finir au promontoire Cim-
brique , après avoir traverfé toute cette grande pe*
ninfule. Cette montagne efl connue aujourd'hui fous
difïérens noms; une partie entr'autres efl appellée
Skars ; on donne à une autre le nom de Sùia, & à une
troifie.Tie celui de DojJ^'afuL (D. J.)
SEX^ ( Géog. an:. ) £jir, Sexi ou Sexti, car
ce mot s'écrit différemment , ville de l'Efjjagne bé-
tique. Pline , lib. III. c.j. donne à cette ville le fiir-
nom de Birmum Julium\?k les habitans font appelles
Bxitani , par Strabon. On croit que c'efl préfente-
ment Vdii_-M.alaga. {^D. J.)
SEXAGENAIRE, f m. 6^ f. {Gram.) qui a atteint
l'âge de 60 ans. Il y a des cafuiiles qui dif]3enfent les
fixagenair^s du jeCine. Ce n'efl pas l'âge, mais la né-*
cefîité, qui difpenfent des lois. La loi Pappia Pappea
défend le mariage rux fexagén.iires.
SEXAGENE, f. f. {Gram.) la fixieme partie du
zodiaque ; le fexagene efl donc de 60 degrés, & com-
prend deux fignes.
SEXAGENARIUM de ponte dejicere , {Hifi.
Rom. ) priver un vieillard lexagenaire ( c'efl à-dire
qui a 60 ans ) , du droit de donner fon fufïrage dans
les élevions à Rome ; parce que le peuple paffoit fur
une Q.i^tQÇ. de peiit pont , pour aller jetter fa ballote
dans l'urne pour élire les magiflrats , & on rejettoit
les vieillards qui avoient 60 ans , au cas que quelqu'un
de cet âgefe préfentât. {D. J.)
SEXAGÉSIMALE, adj. {Arnkmét.) les fradions
fexagéjimahs font des frayions dont les dénomina-
teurs procèdent en raifon fexagécuple ; par exemple,
une prime ou une minute = j^, une kç:onàQ=-j~-f
une tierce = —{'oc f^oye^ Degré , Minute , &c.
Autrefois on ne fc fcrvoit que des {raùïonsfexjge-
f maies dans les opérations aflronomiqucs, &:on s'en
lert encore dans bien des cas, vqye^ Logistique.
Cependant l'arithmétiqvie décimale efl aujourd'hui
fort en ufage , même dans les calculs aflronomi-
ques.
Dans ces fradlons , qti'on nomme aufïi fractions
<i/?''o/;(3/k/^//£5, le dénominateur étant toujours 60,
ou un multiple de 60, on le fousentend ordinaire-
ment, &: on n'écrit que le numérateiirq^u'on met plufi
138 s E X
bas. Ainfiquandonvolt4°. 5.9'. 3.^"- 5o"'- i6"^ilfaiit
lire 4 degrés, 59 minutes , 32 iecondcs d'un degrc ,
ou 60 parties d'une minute , 50 tierces, 16 quartes,
'&c.]^oyci¥RXcrio^.C/icimiirs.(E) , , ,
SEXAGÈSIME , 1". f. terme de calendrier eccUJiafil-
aue; c'éA le Iccond dimanche avant le carême ,. ou
celui qui précède le dimanche gras. On l'appelle ainli
parce qu'il tombe ;\ peu près 60 jours avant Paq^^s,
du latin fcxiv:[ifiwus , foixantkme. _ .-■•-•'■; ■ ' 'y
La fcxagefwu cfl le dimanche qui luit la'leptuagc-
fime,&qm précède la quinquagéfinie. Foyi^Siç^p-
TUAGÉSIMF.é'QuiNQUAGKSIME. ,. ,
SEX ANGLE , adj. ÇGéom.) fe dit d'une figure qui
a fix angles. Ce mot n'eft employé que par quelques
anciens auteurs.
SEXAVA , (Géog. rriod.) petite ville de Perfe , tou-
te entourée de vaftes defcrts, à cinq jour^iées de
Corn , fur la route de Tauris h Ifpahan, en paflant par
Zan^an , Sultanie &c autres lieux. Ses caravanlérais
font^commodes , & leur nombre luppléc au défaut
de leur grandeur. (Z>. /.)
SEXE , LE , {Morale!) le fex?, abfolumcnt parlant ,
ou plutôt le heau-J'exc , eu. l'épithcte qu'on donne aux
fcmmcs , & qu'on ne peut leur ôter , puifqu'elles font
le principal ornement du monde. Quelles joignent à
ce titre mérité , tout ce qui efl: propre à leur état , la
pudeur, la retenue, la douceur, la compafllon &
les vertus des âmes tendres : Ta mufique , la danfe ,
l'art de nuancer les coulç-ars fur la toile, font les amu-
femens qui leur conviennent ; mais la culture de leur
eforit eft encore plus importante & plus effentielle.
■Que d'autre part leur heureufe fécondité perpétue
les amours & les grâces ; que la fociété leur doive fa
politeffe & fcs goûts les plus délicats ; qu'elles fafTent
les plus chères délices du citoyen paifiblc ; que par
une prudence foumife '& une habileté modelîe ,
adroite & fans art, elles excitent à la vertu, rani-
ment le fentimeRt du bonheur ,& adouciffent tous
les travaux de la vie humaine : telle eil la gloire, tel
eftle pouvoir du heaii-J'exe. {D. J.)
SEXTANT, f. m. en Mathérnatique , fignifie la fi-
xieme partie d'un cercle , ou un arc qui comprend
60 degrés. Voyei Arc & Ôegré. ,,,,|r
On fe fert plus particulièrement du mol fextànt ^
pour fi^nifier un inllrument d'aftronomie qui reffem-
ble à \m quart de cercle , excepté que fon étendue ne
comprend que 60 degrés.
L'ufage& l'application Awfextant eftle même que
celui du quart de cercle. Foye^ Quart de cer-
cle. " ;
SEXTJNS , f. m. {Poids & mefur. rom.) lefextans '
pefoit deux onces, ou feize drachmes poids de Troie.
Les Romains divifoient l'as qui étoit la livre d'ai-
rain , en douze onces ; l'once étoit dite unda , du mot
unum ; & les deux onces fextans , fexta pars affis ,\a
Jixieme partie de L'as ou de la livre. En fait de mefure,
le fextans contenoit femblablement deux onces de li-
queur.
Sextantes , Calijle , duos infunde Falerni,
«Verfcz-moi, mon cher Callfte, deux doigts de ce
*> vin de Falernc ». {D. /.)
SEXTARIUS , {Mefur. rom.) le fextarius (fcp-
tier } des latins étoit une petite mefure de liquides,
qui contenoit ei peu près trois demi-fcptiers de Paris.
C'étoit la mefure d'Auguftc pour le vin , quand il
vouloit boire un peu plus qu'à fon ordinaire. On V-à^-
■^eWoW. fixtarius .^ parce qu'il faiibit la fixieme partie
du conclus. Il tenoit douze cyathes,& notre pinte de
Paris en tient feize. {D. J.)
SEXTE , f. f. ùrme de Bréviaire; c'eft le nom qu'on
donne à une 'des petites heures ou heures canoniales
■qui font partie de l'office divin. Toye^ Heures.
On l'appelle ainfi , parce que chez les anciens on
SEX
la réçltoit vers la fixieme heure du jour , qui , fcloti
leur manière de compter, répondoit à l'heure de mi-
di ; & les écrivains cccléfialhques difent qu'elle fut
inftituée pour honorer la mémoire de l'heure où Je-
fus-Chrift fut mis en croix : c'eft ainfi que porte la
glofe cliap. X. de célébrât mijfar. Sexta cruci neclit. S-
Bafile , regul. major, qucefl. 37. dit que les chrétiens:
chantoient ou récitoient à cette heure le pfeaume 9 1.«
priant Dieu qu'il les délivrât du démon du midi , S'ait'
^ûtvKjUêc-ii/^Cp/i'K, qui eft le pfeaume que nous chantons
aujourd'hui à complics. Il n'ajoute pas quels étoient
les autres pfeaumes , mais nous pouvons afliircr lur
là foi de Caffien, qu'il y en avoit encore deux autres,
& que probablement ils étoient relatifs à la mort de
Jefus-Chrift & à fon facrifice. Bingham , orig. Ecclef
tom. V. lib. XlII. c. ix. §. 11.
Aujourd'hui parniiles catholiques, fexte eft compo-
fée du Dius in adjutorium, de trois pfeaumes fous une
feule antienne , d'un capitiile , d'un répons bref avec
fon verfct , & d'une orajfon tirée du propre du tems,
ou du propre des SS. ou du commun.
Sexte , {Jurifpr.) eft la coUedion des decrétales,'
faites par ordre du pape Boniface VIII. on l'appelle
fexte , parce qu'elle eu intitulée , liber fextus décréta-^
lium , comme fi c'étoit un fixieme livre des decréta-
les qui ont été recueillies par Grégoire IX , en cinq
livres ; cependant cette collcftion de Boniface VIII ^
contient elle-même cinq livres; la manière de citer,
cette colleftion eft de dire infexto.
Cette coUedion comprend les conftitutions des
papes, publiées depuis celle de Grégoire IX; favoir,'
celles du même Grégoire, d'Innocent IV. Alexan-
dre IV, Urbain IV. Grégoire X. Nicolas III Clément
IV. & Boniface VIII. par l'ordre duquel cette com",
pilation fut faite.
Boniface VIII. employa à ce travail Guillaume de
Mandegpt, archevêque d'Embrun; Berenger deFré-
dbl , évêque de Beziers ; & Richard de Sienne, qu'if
nomma depuis cardinal en 1198 ; ce livre fut publié
le 3 Mars à la fin de l'an 1 298 , c'eft-à-dire en 1 299^
avant Pâque.
he fexte ne fut point reçu en France, & il n'eft per-
rnis ni de l'enfeigner dans les écoles , ni de le citer
îu barreau , à caufe des démêlés qu'il y eut entre
Boniface VIII. & Philippe le Bel.
On a joint à la fuitç du texte & dans le même vo-
lume , les clémentines & les extravagantes de Jean
XXII. & les extravagantes communes. ^oye^DROlt
CANON , Décret , Decrétales.
SEXTELAGE , (. m. {Jufifprud.) appelle auftiy^/l
terage ou [lelage, eft un terme formé par corruption
de celui de fextierage , appelle dans la baffe latinité
fextariaticurn ; c'eft ce qui fe prend fur un fextier oa
feptier de grain au profit du léigneur , pour le mefu-
rage des grains qui fe vendent dans fon marché.
Ce droit dépend des titres & de la pofteffion, voycç
le gloff. de Ducange au mot fextariaticurn , & celui
de Lauriere au mot fextelage ; le traité des Fiefs , de
Guyon, chapitre unique du Droit de fextelage, & les^
mots Mitage , Pintage. {A)
SEXTERÉE , f. f. {Gram. & Jurifprud.) c'eft dans
la coutume de Troye& Rheims, une efpace de terrq
contenant huit boiffelées.
SEXTIL , adj. {Jf renom.) eft la pofition ou l'af-
peft de deux planètes , lorfqu'elles font éloignées
l'une de l'autre de la f:\iemc partie du zodiaque,
c'eft-à-dire de 60 degrés , ou de la diftance de deux
lignes. On le défignc par cette marque (*). Fojei
Aspect. (O)
SEXTILE, {Calend. des Rom.) ce mois étoit le
fixieme à commencer par lemois de Mars, félon l'an-
cien ufage , & ce nom hii refta , depuis même qu'on
eut ajouté Janvier & Février aux mois de ruflj-
tution de Romulus. On lui donna enfuite la nom
s E Y
tl'Augiirtc ) menjis Jugi'jins , comme on avoit cîonns
au mois précédent , le noni de Jules-Céfur ^ en l'ap-
nelhnt min/is Julius. (^D. J.)
SEXTULA , ( Poids & Monn, rom. ) nom chez les
Romains , qui délignoit la lixieme partie de l'once.
On fait que l'as romain valoit une livre , & f'e divi-
foit en douze onces ; on A'ç-^tWoiX. fixtans ^ la fixieme
partie de l'as , c'ell-à-dire deux onces, (^uudrans , [a
quatrième partie , c'eft-à-dire trois onces ; triais , la
troiûeme partie , c'eiî-à-dire quatre onces ; quincunx,
cinq onces •^fcmis owfiminis , la moitié de l'as , c'elt-
à-dire fix onces; feptunx , fept onces ; ùts , huit on-
ces ; dodrans , neut onces ; dixtans , dix onces ; deunx^
onze onces : j'ignore les mots des parties de l'once ,
mais on fait o^ii^ Jextula étoit la lixieme partie de l'on-
ce. {D.J.)
SEXTULE , f. m. (ComTr:.') petit poids dont fe fer-
Vent les Apoticaires , pour peler les drogues qu'ils
compofcnt ou débitent ; il pefe un fcrupuie plus que
la dragme ou le gros. Foyc^ Dragme, Gros, Scru-
pule. Diclionn. de Commerce.
SEXTUMVIR AUGUSTAL , {Jntlq. Rom.) on
fait que ce fut Tibère qui inflivua la fociété des prê-
tres appel! es yôû'iî/ei ÂugujiaUs , en l'honneur d'Au-
gufte mis au nombre des dieux , pour lui offrir des fa-
crifices dans les temples , qu'il lui avoit fait élever.
Ils ne furent pas feulement établis à Rome ; les prin-
cipales villes des Gaules en eurent aufïï , & fur-tout
celle de Lyon , où étoit ce temple fameux , confa-
cré à la mémoire d'Augufte parfcixante nations qui
y avoient placé chacune leur flatue avec leurs fym-
boles , pour juHilier à la poflérité qu'elles avoient
toutes contribué à fon embelliffement. Il y avoit
cette différence entre les fextumvirs augujiaux , éta-
blis à Rome , & ceux des autres villes , qu'ils n'é-
toient que fix dans les provinces , & que les pre-
miers étoient plus diftingués & en plus grand nom-
bre. Ils étoient vingt -cmq à Rome, do .nt vingt - un
furent tirés au fort entre les principaux de la ville ;
les quatre autres furent Tibère lui-même , Drulus ,
Germanicus & Claude. Néron , & quelques-uns de
fes fuccefleurs le furent aufîi dans la fuite ; mais à
mefure que l'on s'éloigna du fiecle d'Augufte , l'or-
dre des fextumvirs augufiaux s'avilit 6l s'anéantit
également par-tout. (^D. /.)
SEXTUPLE , adj. en Mujiquc ; eft le nom que plu-
fieurs ont donné affez improprement aux melures à
deuxtems, compofées de fix notes égales, trois pour
chaque tems ; ces fortes de melures ont été appel-
lées encore plus mal- à- propos par quelques fran-
çois , mefurcs àjix tems.
On peut compter cinq efpeces de ces mefures/è-v-
tuples, c'eft-à-dirc autant qu'il y a de différentes va-
leurs de notes depuis celle qui efl compolée de fix
rondes , appellée en France triple dejix pour un , &:
qui s'exprime par ce chiffre y , jufqu'à celle appellée
triple de € pour i6 .^ qui eft compolée de fix doubles
croches feulement , & fe marque ainfi f^. La plupart
de ces diftinâions font abolies aujourd'hui , & eiles
font en effet affez inutiles , puilquc toutes ces diffé-
rentes figures de notes font moins des mefures diffé-
rentes, que des modifications ce mouvement du vite
au lent dans la même eipece de mefure ; ce qui fe
marque encore mieux avec un feul mot écrit à la tcte
de l'air , qu'avec tout ce fracas de chiffres & de no-
tes qui ne fervent qu'à embrouiller un art déjà allez
difficile en foi. ^oye^^ Triple, Tems, Mesure, Va-
leur DES NOTES , é-C. (5)
SEYA ou SEA, (Géog. //W.) en latin Sena, petite
ville de Portugal , dans la province de Beïra , au pié
du mont Herminio, entre cette montagne & le Mon-
dego , dont les fommets iont toujours couverts de
neige. {D.J.)
S E Y A H , f, m. ( Hiji. tned. ) efpeces de moines
Tome XK.
S E Z Î39
tufcs; ils ont des monaftef es , mais lot-fqii'llscti font
une fois fortis , ils n'y rentrent plus , & paflént le
reîle de leur vie à courir de côté ôc d'autre &.' i\ faire
les vagabonds. En kur donnant leur congé , leurs
fupérieurs les taxent à unefomme d'argent, ou ù une
certaine quantité de provifions qu'ils font ob[i<'ts
d'envoyer au couvent , faute dequoi l'entrée leur en
eil: fermée. Lorfqu'unyiy^A arrive dans une ville, il
va au marché ou dans la fa lie qui eft auprès de la
grande mofqiiée , là il crie de toute fa force , 6 dieu ,
envoyei-mdi cinq mille écns ^ ou mille rncfures de ri:^^ &c.
Après avoir reçîi les aum.ônes des âmes dévotes , le
moine mendiant va faire le même métier dans un au*
tre endroit , & vit toujours errant jufqu'à ce qu'il ait
amaffé la fomme à laquelle il a été taxé. Il y a chez
les Indiens & dans les états du {'rand-mo2ol une sran*
de quantité de ces pieux raineans , qui viennent lou-
vent infefter les états du grand - feigneur , à qui ils
font fi fort à charge , qu'un vifir fit dire au grand-mo-
gol qui avoit fait des offres de fervices au lultan, que
la plus grande faveur que ja majeflé Indienne pût fur e
à fon mj-itre , étoit d"" empêcher que les religieux mendians
de fes états nentraff'ent fur ceux de fa huutef[e. f^ojci
Cantemir, I/i/l. Ottomane.
SEYMAR-BASSY , f. m. ( Hifl. Turq. ) premier
lieutenant des janiffaires ; il commande en particulier
ceux qu'on a^^-<^û\e feymcnys. Lorl'que l'aga marcha
en campagne, il prend le titre de fon lieutenant à
Conffanîinople , il peut mettre fon propre cachet fiir
les ordres qu'il donne ; enfin , il a le maniement de
toutes les affaires des janiffaires. Duloir. {D. J.)
SEYNE , {Géog. nwd.) en latin du moyen âf>e Se-
dcna , petite ville de France, dans la hau(e-Provci;->
ce , chef-lieu d'une viguerie de même nom , fin- îir.e
petite rivière qui fe jette dans la Durance. (Z?. J.)
SÈYSSEL, {Géog. mod. ) petite ville de France ,
dans le Bugey , fur le Rhône , qui la divife en deux
parties , & qui en ce lieu commence à être naviea-
ble ; on y décharge le fel qui vient du pays pourrie
tranfJ3orter en Savoie. L0ngit.2j.j1. lant. ^3. ^.^.
Seyj/el (Claude de) favant du feizieme fiecle, prit,
le nom de cette ville dans laquelle il étoit né ; il pro-
feffa le Droit à Turin , devint maitre de^s requêtes ,
confciiler de Louis XII. évêque de Marfeille , & fi-
nalement archevêque de Turin , où il finit fes jours
en 1^20. Il a publié plufieurs traduflions & ouvra-
ges de différens genres. Son hijloiie de Louis XIL a
été réimprimée plufieurs fois. Sa grande Mmarchiz di
France., traduite en latin, parSleidan, fit dCi bruit. Il
y foutint une opinion fort extraordinaire pour ua
maître des requêtes , & pour un évêque ; c'ell qua
le roi eil dépendant du parlement. {D. J.)
SEYTA , f. m. {HilL mod.fuperjl.) idole fameufe
adorée par les Lapons. Ce dieu eil une pierre qui n'a
aucune forme déterminée , non-plus que fa femme
& fes enfans qui ne ibnt autre chofe que des maffés
de pierre informes, auxquelles les Lapons font des
facrifices , &: qu'ils frottent avec le ian-î 6i hi r^raiiTe
des victimes, qui font co:nmunement des rennes. Le
hafard ou l'art ont donné à la partie fupérieure de
quelques-unes de ces pierres une forme dans laquelle
on a cru trouver la reilemblance de cha;)eaux. Le
lieu où ibnt placées les idoles eil à l'endroit où le lac
de Tornotrel'ch forme une rivière & une catarafle.
SES ANNE , ( Géog. mod. ) petite ville de France ,
dans la Bric , au dioccfe de Troyes , frontière de la
Champagne , à zc lieues au iud eil de Paris , dans
une plaine entourée de collines du côté de la Bric ; &
fin- une petite rivière qui n'a point de nom. Sé^^inns
étoit fondée avant la hn du vj. fiecle , & llijette alors
à Hugues,feigneur de Breques.EUo a été jointe au do-
maine du comté de Troyes, 6c finalement réunie à i.i
couronne avec la Champagne. En 1631 elle fut ré-
duite en cendres par un incendie, & rétablie qucl-
S ij
140
s H A
que tcms après ; mais elle eft retombce 4ans un
grand délabrement. ( D. J. )
S F
SFACCHIA , ( Géoo. moii. ) ou montl Sfacchiofi ,
ïTiont.i'Mies de nicdeCaiulie , au territoire de laCa-
née , vers le midi. Ces montagnes s'étendent vers la
petite ville de Cafld-Sfacchia habitée par les Stac-
chiotes. . .,111
SFETIGRADO,((;/r7-. moi.) petite ville de la
Turquie européenne, dans l'Albanie , iurles confins
de la Macédome , à zo lieues au iud-clide Croye.
Amurath II. prit cette ville d'allaut , dans le xv.lie-
cle , & elle c<t reliée aux Turcs. Ils la nomment Suir-
t-/«. (D.J.)
S G
SGRAFITTO , f. m. {Peinture) terme italien qui
déligne une efpece de peinture à trelque , que nous
appelions niamen égratigncc. f''ojc-;_ EGRATlGiNEE,
mania c , Peint. {D. J.)
SHAFTSBURY , ( Géog. mod. ) en latm Scpto-
nia, grand & beau bourg à marché d'Angleterre,
dans Dorlet-shire, liir une colline , près des fron-
tières deWilt-shirc , entre les forets de Craneborne
& de Gillingham , à trois milles delà dernière, pro-
che la Stoure. On y jouit d'une fort belle vue , 6c les
malfons au nombre de cinq cens , font toutes bâties
de pierres de taille. Shaftsbury a le titre de comté ;
mais c'étoit dans fon origine une place beaucoup
plus confidérable qu'elle ne l'elf aujourd'hui ; car
elle avolt jufqu'à dix églifcs paroiffiales dans fon en-
ceinte. Alfred la fonda en bb'o , & la nomma Shcaf-
teihyrig , du mot faxon sluaft , qui veut dire une
pyramide. Le roi Canut y eft mort , & y ell enterré.
Long. ly. 2, ^- l-^'-' ^1' 40- ^^^^^ 1^ longitude , fuivant
Strea, eft;9. o' . 1 1" .latit. 62. 48. {D.J.)
SHAGRI-COTTAM , f. m. {Hljl. nat. Bot. ) ar-
bre des Indes orientales , qui elt , dit-on , une efpe-
ce de cornouiller ; il produit un fruit trèi-agréable
& très-rafraîchidant qui le mange avec du lucre. Le
fuc des feuilles paffe pour un bon remède contre la
diarrhée & le flux hépatique ; ces mômes feuilles en
décodion font un excellent gargarifme.
SHAKRI , ou CiHAKRI , 1". m. ( //i//. mod. ) dans
le royaume de Siam on dcligne fous ce nom un des
premiers magilîraîs de l'état qui eil chargé de la poli-
ce de l'intérieur. Toutes les almires des provinces fe
portent devant lui , &: les gouverneurs font obligés
de lui rendre compte & de recevoir fes ordres ;
c'eft lui qui ell le préfidcnt du confeil d'état.
SHANON , LE ( Giog. mod. ) rivière d'Irlande.
Elle prend fa fource dans un lac du comté de Lé-
trim , fépare la Connacie de la Momonie , court en-
lliite à Limmerik , & fe jette enfin dans l'Océan.
SH APINS , ( Gcogr. mod. ) île de la mer d'Ecoflé ,
ÔC l'une des Orcades, vis- à-vis la partie orientale de
Mainland. Elle ell longue de fix milles , large de
trois. Elle a une églile paroilTiale , &; un allez bon
port.
SHAPOUR , { Géflg. mod. ) ou Shapor , ville de
l'Inde , dans les états du grand-mogol , au royaume
de Berar. Quelques uns imaginent que c'ell la ville
de Sora de Ptolomée en-deçà du Gange , à laquelle
cet auteur donne le titre d'^rcati rcgis. (Z). /. )
SHARVAKKA , ( Hifi. mod.) nom d'une fecte de
bramines , ou de prêtres indiens qui ont des lenti-
inens très-peu orthodoxes & conformes à ceux des
Epicuriens. Ils ne croient point l'immortalité de l'a-
Bjc , ni la vie à venir , 6; ils exigent de leurs advcr-
S H A
falres des prcXives fenfibles & pofitlvcs que l'on n«
peut point trouver dans une fauffe religion ; malgré
cela , on dit que \<tsShurvukkas mènent une vie très-
exemplaire.
ShASTER , ou CHASTER , f. m. {Hift.mod.fup. )
c'eil le nom que les idolâtres de l'Indoftan donnent
à un livre dont l'autorité cil très-refpe(ftée parmi eux,
qui contient tous les dogmes de la religion des bra-
mes , toutes les cérémonies de leur culte , & qui eft
defiinéà fervirde commentaire au livre appelle ve-
dam , qui eft le fondement de leur croyance , & il
éîoit fait dans la vue de prévenir les di(|nitps qui pou-
voient s'élever au fiijet de ce livre ; mais il n'a point
produit cet elfet , parce qu'il n'eft guère pofîible
d'empêcher les dilputes entre le- différentes feftes
d'une religion abiurde par elle-même. On le nomme
s/uijier, sluijlrum , ou jajlra ^ ce qui fignifie /àV/rctr
ou fyjV^nie : aufti donne-t-on ce même nom à plu-
licuri autres ouvrages , fur-tout fur la philofophie &
lur l'allronomie , qui n'ont d'ailleurs aucun rarport
avec la religion des Indiens. 11 n'eft permis qu'aux:
bramines &C aux rayaks ou princes de l'Inde de lire le
vedam , voyq Vedam ; mais les prêtres des Banians ,
appelles shuderers , peuvent lire le shafler : quant au
peuple , il ne lui eft permis de lire eue le livre appelle
puran onpouran^ qui eft un commentaire du shajler ;
ainfi il ne leur eft permis de puifer les dogmes de fa
religion que de la troifleme main.
Le shajier eft diviié en trois parties , dont la pre-
mière contient la morale des bram.ines ; la féconde
contient les rites & les cérémonies de leur religion ,
& la troilieme divife les Indiens en différentes tribus
ou claffes , 6c prefcrit à chacune les devoirs qu'elle
doit obferver.
Les principaux préceptes de morale contenus dans
la première partie du sh.ijier font 1°. de ne point tuer
aucun animal vivant , parce que les animaux ont ,
félonies Indiens,une ame aufu-bien que kshomm'^s ;
2°. de ne point prêter l'oreille au mal, & de ne point
parler mal foi-même ; de ne point boire du vin , de
ne point manger de viande , de ne point toucher à
rien d'impur ; 3*^. d'obferver les feîes prefcrites , de
faire des prières & de le laver ; 4°. de ne point men-
tir , &; de ne point tromper dans le commerce ; j'*.
de faire des aumônes fuivant les facultés ; 6". de ne
point opprimer , ni faire violence aux autres; 7°. de
célébrer les fêtes folemnelles , d'obferver les jeûnes ,
de fe retrancher quelques heures de fommeil pour
être plus difpofé à prier ; 8°. de ne point voler , ni
frauder perlbnne de ce qui lui appartient.
La féconde partie du shafier a pour objet les céré-
monies : elles confiftcnt i "^. à fe baigner fouvent dan.s
les rivières. En y entrant , les Banians commencent
par fe frotter tout le corps avec de la boue ou du li-
mon , après quoi ils s'enfoncent plus avant dans l'eau,
&c le tournent vers le loleil ; alors un bramùne ou prê-
tre adrefîe une prière à Dieu pour le prier de puri-
fier l'amede fes fouillures; les Banians fe plongent
quelquefois dans la rivière, & ils croient par-là avoir
obtenu le pardon de tous leurs péchés ; 2". les Ba-
nians fe frottent le front d'une couleur rouge, qui eft
le figne qu'ils font partie du peuple de Dieu ; 3°. il
leur eft ordonné tle faire des oîfrandes , des prières
fous des arbres dcftinés à ces ulages facrés , & qu'ils
doivent tenir en grande vénération ; 4°. de faire des
prières dans les temples , de flùre des offrandes aux
])agodes ou idoles , de chanter des hymnes , & de
faire des proceflions , &c. 1°. de l'aire des pèlerina-
ges à des rivières éloignées , & fur-tout au Gange ,
afin de s'y laver , & de faire des offrandes ; 6°. d'a-
drefler leurs vœux à des faints qui ontchacua des dé-
partcmens particuliers ; 7'^. il leur efl ordonné de
rendre hommage à Dieu , à la vue de la première de
fes créatures qui s'ofiVeàleiu-s yeux après le lever du
s H
fokil; de rendre leurs refpeas au foleîl & à la lune ,
qui font les deux yeux de la divinité ; de reipeder
pareillement les animaux qui ibnt regardés comme
plus purs que les autres , tels que la vache , le bufile ,
&c. parce que les âmes des hommes pailent dans ces
animaux : c'ell pmir cela que les Banians frottent leurs
mailbns avec leur fiente , dans Tidée de les landifier
parce moyen.
La troifieme partie du jA^/sr établit une diftlnS^ion
entre les hommes, & les divife en quatre tribus ou
clafles : la première eft celle des bramines , ou prê-
tres chargés de rinftruftion du peuple ; la féconde eft
celle des kutteris ou nobles , dont la fonftion ell de
commander aux hommes ; la troifieme e(l celle des
shudderis,cn.i des marchands , qui procurent aux au-
tres leurs befoins à l'aide du trafic ; la quatrième clalie
ert celle des vifes , ou artifans. Chacun eft: oliliv^c de
demeurer dans la clafle ou tribu dans laquelle il eft
né , & de s'en tenir aux occupations qui lui font alTi-
gnées par le shafier.
Suivant les bramines , lé shajlef fut donné par Dieu
lui-même à Brama, qui par fon ordre le remit aux bra-
mines de fontems pour en communiquer le con!.enu
aux peuples de l'Indoftan , qui en conlequence fe di-
viferent en quatre tribus qui fubfiftent parmi eux juf-
qu'à ce jour.
SHEAD'S-TINNEMOUTH ou TINMOUTH-
CASTLE , {Gcog. mod.) ville d'Angleterre dans le
Northumberland. C'eft une place forte à l'embou-
chure de la Tyne, qui lui donne fon nom. Du tems
des Saxons , on l'appelloit Tunna-Ceaftcr , & les an-
cien l'avoient nommée Tunnccdlum. Elle eft défen-
due par un château fortifié , fitué fur un rocher battu
de la mer , & inacceluble de deux côtés. Les Ro-
mains y tenoient une efcadre pour s'oppoler aux del-
centes des pirates , & pour faire des courfcs fur l'en-
nemi en cas de beloln. ( Z>. /. )
SHEAFIELD , ( Géog. mod. ) gros bourg à marché
d'Angleterre dans Yorck-Shire , fur le Derby, au-
deftus de Rotherham. Toutes les malfons de ce bourg
font bâties en brique & en pierres de taille. Il s'y
fait un grand trafic de blé , & les meilleurs couteaux
d'Angleterre. ( Z>. /. )
SHEBAN, ( Cc'o^. OToi. ) ville & forterefTe de
rArablc-heureufe dans le pays d'Hadramont , à ii
ftaiions ou 60 parafanges de Sanaa. Cette ville porte
auftl le nom àî Hadramont. (^D.J.^
SHECTEA ou CFxECTEA , ( IliJI. mod.) c'eft le
nom d'une fecl^e des bramines ou prêtres Indiens , qui
croient contre toutes les autres eue Ramon , Brama.
Fifînou & Riiddinn font des êtres fubordonnés à
Shccli ou ChcUi de qui feul ils ont dérivé leur pou-
voir, & qu'ils regardent comme le créateur & le
modérateur de l'univers. Ces feiîîaires , qui font des
déïftes , n'admettent point l'autorité du vedarn ou
livre facré ; de plus , ils refufenî de croire les choies
qui ne tom.bent point fous leur fcns , par conféqucnt
ils ne croient aucuns myfteres. Les Indiens les regar-
dent comme des hérétiques dangereux , qui ne mé-
ritent que d'être exterminés.
SHEFFORD , {Géog. mod.') bourg à marché d'An-
gleterre en Bcdfordshire. (Z>. /. )
SHEIK , f. m. terme de relation , nom de celui oui
a le foin des mofquces en Egypte , & dont la charge
répond à celle desjmans à Couftantlnople. Ils font
plus ou moins de shciks dans chaque mofquée , félon
fa grandeur & fes revenus. Dans les grandes mof-
quées , 11 y en a un qui eft le chef & n'a rien ;\ faire ;
mais dans les petites mofquécs , tous les ihc'iks ont
foin d'ouvrir le temple , d'appeller pour les prières ,
& de défiler enfemble pour faire leurs courtes dévo-
tions. Poco&k , dcfcriptiori d'Egypte j p. lyi. (^D.J.)
S H Ë i4î
SHEIK-BELLET, terme de rel-ition, noîti d'un offî*
cier turc en Egypte , qui eft le c'neï de la ville &: qui
eft placé par le pfasha. Son emploi eft d'avoir foin
qu'il n'arrive aucune innovation qui puiOe préjudi*
cier à la Porte ; mais toute fon autorité dépend unl«
quomentdefbn crédit; car le gouvernement d'Eayote
tu de telle nature , que f buvent ceux à qui l'on con-
fère les moindres poftes ont cependant la plus grande
influence, & qu'un caya des janiflaires ou des ara-
bes trouve le lécret par fes intrigues de gouverner
malgré le pacha même. Pocock, defcripùon a'Eoypu
p. 103. (£>. J.)
SHELF , f. m. {Minéralog,) eft ce que les mineurs,
particulièrement dans les mines d'étaln , appellent /^i
terrc-glaije : ils entendent par-là une furface imagi-
naire de la terre , que la fecouffe des eaux du déluoe
n'a jamais pu ébranler : ils prétendent que toutes les
veines de plomb 6c autres minéraux étolent parai-*
leles à cette couche de terre ; que cependant depuis
le déluge les unes fe font élevées & les autres ren-
foncées.
Par shelf, ils entendent cette furface dure ou en-
veloppe de la terre qu'on rencontre fous la terre
franche , & qui eft ordinairement de l'épallfeur d'un
pic ; car ils iuppoient que depuis le déluge la terre
a acquis une nouvelle enveloppe de terre végétable,
ou qui eft telle qu'elle a été formée par la corruption
des végétables & des animaux, ^ojei Dkluge ,
Strata , Fossile , Mine , &c.
SHEPEY , ( Géog. mod.) île d'Angleterre, formée
par deux branches de la rivière de Viedway , dont
Tune coule à l'occident & l'autre à l'orient. Cette île
|)eut avoir environ 20 milles de tour. Son terroir eft:
fertile & abondant en pâturages. On y voit deux ou
trois bons villages outre Quéetisborough, gros bourg,
accompagné d'un château, bâti dans le iv. fiecle par
Edouard III. On croit que Shcpey eft la ToUap'n de
Piolomée , l. II. c. ii/. ( Z?. J.)
SKEQUE, f. m. {-f^'i/t anc) les Arabes nomment
sluques- les chefs de leurs tribus. Les anciens Grecs
les appdloicnt phy /arques; ce fut im de ces sheques ou
ph) larques arabes^qui, femblablesàSinnon, eut l'a-
drclie de faire goûter à CralTus un plan de guerre
contre les Parthes , dont le but étoit la perte de ce
général , & il réuffit dans fon projet. Les'anclens ne
s'accordent point fur le véritable nom de ce fourbe
li célèbre dans Fhiftoire romaine ; Dion Caffius le
nomme Jib^arus., Piutarque Ariamms ., Florus Ma-
cères & Appien Acbams. Quoi qu'il en folt , l'armée
fut taillée en pièces ; Craiiiis périt dans des marais
pleins de fondrières, & fa défaite fut le plus terrible
cchcc que les Romains euftent eft^uyé depuis la ba-
taille de Cannes ; on leur tua vingt mille hommes ,
& il y en eut dix mille de pris. Artabaze reçut la tête
de Cralïus au milieu d'un feftin de noces ; & la joie
fut telle à cette vue , qu'on verfa de l'or fondu dans
la bouche de cette tête , pour fe moquer de la folf in-
latiable que ce romain avoit toujours eu de ce métal.
Dion Caiuus , /. //. c. L. Florus , /. ///. c. ij. {D.J.)
SHERARDIA, f. f. {Bot.zn.) nom don.ié par
M. Vaillant à un genre de plante , en mcmoh e de
Guillaume de Shérad le plus fameux botanlite de foa
liée le.
La fleur de ce genre de plante eft labiée , & n'a
qu'un pétale dlvile en cinq parties par les bords;
la lèvre fupérieure en contient deux, & l'inférieure
trois ; fon ovaire qui eft placé au fond du calice dé-
génère en une caplulc fcche qui contient deux ié-
mcncesoblongues. L'on peut ajouter que les feuilles
nallicnt deux à deux, &: oppofees : Miller en compte
treize efpeces. (Z). /. )
SHEUBURN, {Géog. mod.) gros bourg à mar-
ché d'Angleterre, dans Dorfctshlrc, vers le nord de
la vallée nommée H'Iùtc-hart. Ce bourg a été autre-
142- s H E
fols ville cplfcopalc, dont A'.Llmc f.it le premier
éveque en 705 ; cet cvCchc tut uni dans le xj. iic-
cle i\ celui de Salisbary,& y fut transféré : mais le
boiirj; de Shtrbum dciiicura aux évoques. {D. J.)
SHERIF, f. m. {^i'ft- "'od.) eft en An?,lctcn-e,
un magilbat dont le pouvoir s'étend fur toute une
province , & dont le principal devoir elt de faire
exécuter les fentences des juges , de choifir les ju-
rés , &c. C'elt , pour ainli dire ] le grand prévôt d-i la
province. Les slvrifs ^toient autrefois choifis par
le peuple : aujourd'luii c'elt le fouverain qui les nom-
me en cette manière. Les juges prclentent fix per-
ionnci de chaque province,^chevaliers ou ccuyers
i-lches ; de ces lix le confeil d'état en choiiit trois ;
& parmi ces derniers le roi donne (ow agrément
à celui qu'il veut. Us étoient aulïï ancieni:tinent plu-
ficurs années de fuite en charge : préfentement on
4es change tous les ans ; il n'y a que celui de Nyefc-
morland dont la d'gnité foit héréditaire dans la fa-
mille du comte de Tanct. Les shzrifs ont deux fortes
de cours. La première fe tient tous les mois par le
shérif o\i fon fubftitut qu'on appelle undcr slui if ow
fous-shirif,qm juge les caules de ia province au-
dellbus de 40 fchelings. L'autre cour fe tient deux
fois l'année; un mois après Pâques , 6i un mois après
la Saint-Michel. On y fait la recherche de toute
oftenfe criminelle contre le droit coutumler, hors
les cas exceptés par ade du parlement. Les pairs
du royaume & tous ceux qui ont droit de tenir
de femblables cours, font exempts de la juriiuiâion
de celle-ci. C'ell encore un des devoirs du shérif
de rendre à la tréforerie toutes les taxes publiques ,
les amendes & les falfies qui fe font ïa\tes dans les
provinces , ou d'en diljjoitr fuivant les ordres du roi.
Quand les juges font leurs tournées dans les pro-
vinces , le shérif doit prendre foin qu'ils foient bien
reçus & bien gardés tout le tems qu'ils font dans
la province dont il eil ficrif. A Londres feulement
il y a deux shérifs qui portent tous deux le titre de
shérif de Londres & de Midiefex province où Lon-
dres eft fituée. Dans chaque province, le shcrif 3.
im fubfliîut qui fait prefque toutes les affaires , &
dont l'emploi efl fixe. £tui de la grande Bretagne fous
George IL tome IL pa^t i38.
SHETTI ou CHEÏTI , {Hifî. nat. Bot:) arbrifTeau
des Indes orientales qui produit des baies. Sa racine
pilée & prife dans de l'eau froide , appaife l'ardeur
des fîcvrcs chaudes, arrête les crachemens de fang.
Le bem-shitti efl un arbiiiTeau de la même cfpece ,
mais dont le fruit efl plus farineux & plus doux que
celui du premier.
SHIITES ou CHIITES, f. m. pi. {Hift. mod?) De-
puis environ onze fiecles , les Mahométans font par-
tagés en deux feftes principales qui ont l'une pour
l'autre toute la haine dont les dil'putes de religion
puiflènt rendre les hommes capables. Les partifans
de l'une de ces fecfcs s'appellent Sonmics , parce
qu'ils admettent l'autorité des traditions mahomé-
tanes contenues dans la Sonna. Voye:^ cet articlz. Les
Sonnites donnent à leurs adverfaires le nom de
Shiites , par où ils défignent des hérétiques , des fcc-
laires , des cens abominables , nom que ceux-ci ré-
torquent libéralement à leurs adverfaires.
Les Shiites fe foudivifent, dit-on, en folxante &
douze feftes qui enchériffent les unes fur les auti-es
pour leurs extravagances. C'efl Ali, gendre de Ma-
homet, & fon quatrième fucceifeur ou caUfe, qui
eft l'objet de leur querelle avec les Sonnites & les
Karejites. Ils prétendent qu'Abubecr, Omar & Ot-
man, qui ont luccédé immédiatement à Mahomet,
n'étoient que des ufurpateurs ; & que la fouverai-
neté & le pontificat des Mufulmans appartcnoit de
droit à Ali & à fa famille. Non contens de ces pré-
t«Mitions, quelques Shiites foutiennent qu'Ali ctoit
S H R
au-deflus de la condition humaine ; que Dieu s'efl:
manifefté par lui; qu'il a parlé par fa bouche. Ils le
préfèrent à Mahomet lui-même. D'autres , plus miti-
gés, les mettent fur la même ligne , & dllent qu'//i
Je rejjemblcnt aufjl parfaitement que deux corbeaux :
ceux-ci s'appellent Gobarites , c'cft-A-dlre', partifans
de lafeclî des corbeaux. Quoiqu'All ait été aliàifiné , il
y a des shiites qui foutiennent fa divinité : ils atten-
dent fon fécond avènement i\ la fin à\i m.onde, ce
qui ne les empêche point d'aller faire leurs dévo-
tions àCufa où efi fon tombeau. Le refpefl: des Shii-
tes pour Ali efi: fi grand, que toutes les fois qu'ils le
nomment , ils ajoutent que Dieu glorifie fa face. La
furnoni qu'ils lui donnent efi: celui de lion de Dieu.
Les Shiites n'admettent point la fonna : ils traitent
de menfonges 6c de rêveries les traditions conte-
nues dans ce livre, f^oyei Sonna.
Tels font les motifs de la haine implacable qui
divife les Sonnites tk. les Shiites. Ces querelles qui
ont fait couler des flots de fang , fubfiflent encore
dans toute leur force entre les l'urcs qui font Son-
nites , & les PerCans qui font Shiites , ainfi que les
Tartares-usbecs 6c quelques princes mahométans de
rindoffan.
SHINN , (Géog. moJ.) lac d'EcofTe dans la pro-
vince de Sutherland au fud-ouell : c'efî le plus confi-
dérable des lacs de cette province : on lui donne
douze milles de longueur ; mais il efi fingulierement
étroit , & fe décharge par une rivière qui prend fon
nom. (D. J.)
SKIPHAVEN ou SHEPHAVEN, {Géog. mod.)
petit golfe d'Irlande dans le comté de Dunghall , fur
la côte feptentrionale , au couchant du lac deSv/ilie ,
dont il n'efi féparé qu? par un petit cap. (Z). 7.)
SHIP-MONEY,(^/r. d'Jngl.) Ce mot fi^nifie
argent de vaiJJ'eau , ou pour les vaifTeaux. C'eft une
taxe qui avoir été anciennement impofée fur les
ports , les villes , &c. pour fervir à la conilruftion
des vaifTeaux. Charles premier renouvella cette taxe
de fa propre autorité en 1640; mais elle fut abolie
par le parlement le 7 d'Août 1 641, comme con-
traire aux lois du royaume, à la propriété des fu-
jets, aux rèiblutions du parlement & à la requête
de droit. (Z?. /.)
SKOGGLE , {Géog. mod!) ville de Syrie au bord
de rOronte, qu'on y paflè fur un grand pont. Le vizir
Ciiperli y a fondé un beau kan pour la fubfifiance
des voyageurs & des pauvres. {D, /.)
SHOiCANADEN, f. m. {Hifi. mod. Super fm.) di-
vinité adorée dans le royaume de Maduré , fur la
côte de Coromandel , & qui a un tenjple très-fomp-
tueux à Maduré capitale du pays. Dans les jours de
folemnité, on porte ce dieu fur un char d'une gran-
deur fi prodigieufe, qu'il faut, dit-on, quatre mille
hommes pour le traîner. L'idole pendant la procef-
fion eft fervie par plus de quatre cens prêtres qui
font portés fur la même voiture, fous laquelle quel-
ques indiens fe font écrafer par dévotion.
SHREWSBURY ou SHROPSKIRE, {Géog. mod.)
en hûn fx/opienjîs comitatus , province d'Angleterre.
Elle efi bornée au nord par Chefter-shire , au midi
par la rivière de Temde , à l'orient par les comtés
de Worcefter & de StafFord , & à l'occident par les
provinces de Denbigh 6c de Montgommeri qui font
du comté de Galles.
On donne à la province de Shrewshury trente-cinq
milles de longueur, vingt-cinq «de largeur, & cent
trente- cinq de circuit. Elle contient environ huit
cens quatre-vingt-dix mille arpens de terre. On la
partage en quinze hundreds , ou quartiers. Il s'y
trouve une ville capitale qui porte fon nom , &
quinze qros bourgs à marché, & cent foixante-dix
églifes paroifTiales. Cinq de fes places ont droit de
députer au parlement d'Angleterre ; Shrewsbury ^
s H R
Sîshop's-Caftie , Bridgenorth, Ufàlo'^ & Wèiifoel ^
Elle eft arrolée de plufietirs rivières. La Savërnè
la traverle par le milieu , & la Terade en moaiTIe les'
parties méridionales de i'orîent à l'occident Deux
penples habitoient autrefois cette contrée; les Cor-
•naviens poffédoient la partie qui e/l au nord-nord-
leit de la Saverne , & les Ordoviens avoïent l'autre
"partie.
Enfin , depuis deux fiecles cette province a pro-
duit tant de favans iliuftres , que j'en dois nommer
-quelques-uns : & pour plus de commodité, je les
raffemblerai fous le mot de Shropshire , fous lequel
efl plus connue la province de Shrewsbury. (Z?. /.)
SHREWSBURY {Géog. mod.) ou SALOP, en
latin Sabpia , ville d'Angleterre , capitale de la pro-
vince du même nom, avec titre de duché. Elle s'ap-
pelle autrement Skrowshtry, du faxon Shrobbcs-birig.
Lés Gallois la nomment Pengwern^-d caufe d'un bois
■d'aube qui étoit dans fon voifmage.
Cette ville ell l'une des plus belles', des pliis
peuplées , des plus riches & des plus marchandes
iu royaume. Elle eft fituée fur une colline , dans
une prefqu'île que forme la Saverne , à 150 mUles
de Londres. Elle eft ceinte de bonnes murailles ,
T& partagée en belles & larges rues , qui compofcnt
cinq grandes paroiffes. Deux ponts de pierre ,l"un
à l'orient, & l'autre à l'occident, fervent à entrer
dans la ville.
Le voifinage du pays de Galles contribue beau-
coup à rendre cette ville floriffante. Ses habirans
font en partie angloii , en partie gallois ; & comme
ils entendent également les deux langues , leur ville
devient le bureau du commerce de tout le pays de
■Galles. Les manufadures y régnent, & leurs frifes
fe débitent dans les autres provinces du royaume.
Le lord Charles Talbot , auparavant comte de
Shrewsbury, reçut le titre de duc du roi Guillaume,
avec la dignité de fecrétaire d'état. Long. 14. 48,
lût. 64. 44. (z). y.)
SHROPSHIRE , ( Gœg. mod. ) Salopienfis comita-
tus ; province d'Angleterre , autrement nommée
•Shrewsburg , & dont nous avons fait l'article ; mais
je me fuis propolé de parler ici des grands perfonna-
ges qu'elle a produits dans les fciences ; il importe
aux gens de lettres de les connoître.
Baxter ( Richard ) , fameux théologien non-con~
formifte , devint un des chapelains ordinaires de
Charles IL &refufa l'évôché de Hereford. Il mourut
eni 69 1 , dans un âge avancé. C'étoit un homme qui
auroit tenu fon rang parmi les plus favans de fon fie-
cle , s'il ne fe fût pas mêlé de trop de chofes , & en
particulier , de répandre la métaphyfique fur toutes
fortes de fujets. Il mit au jour plus de cent livres ,
qui n'ont point pafTé à la poftérité , quoiqu'ils foient
écrits d'un ftyle touchant & pathétique ; mais dans
ce grand nombre d'ouvrages , il attaque toutes les
feftes & tous les partis ; ce qui lui fait honneur néan-
moins , c'ell que l'âge changea la manière dont il
jugeoit des hommes , il devint tolérant fur la fin de
fes jours ; il fe convainquit de l'injuftice qu'il y a à
exercer des aftes d'inhumanité , fous prétexte de
faire du bien aux hommes , & de maintenir le bon
ordre dans l'églife ; enfin , il apprit à défapprouver
les dodrines corrompues , plutôt qu'à damner ceux
qui les profcfl'ent.
Son neveu & fon héritier, Baxter (^ Guillaume) ,
fe montra un excellent grammairien , & un fort ha-
bile critique. Il mourut en 1723 , âgé de 73 ans ; il
étoit très-verfé dans la mythologie , & entcndoit fort
bien la plupart des langues de l'Occident &: du Nord.
Ses écrits lui ont acquis beaucoup de réputation dans
la république des lettres ; il publia en 1 7 1 9 , fon Glof-
farlu/n antiquitatum britannicarum ^ dont il a paru une
fecoadç cdiù^Q çn 1733 yin-S^, avec des augmçn-
S H R-
143Ï
f .
tatîons. Son C^ojfariûrn ■ariri'qai'raTum romanarum,~à'été
. donné depuis fa mort, à Londres , en 17x6 , i:ft-^^
\ Cet ouvrage eft rempli d'érudition grammaticale.
^ Son édition d'Anacrton a été effacée par celle de
, M . Pauw , imprimée à Utrécht en 1732, 1/2-4^. mais
dans laquelle i'aviteur n'auroit pas dû traiter avec tant'
de mépris , les notes de Baxter , & celles de Barnes,"
fur l'aimable poète de ïéos. " ' ' *
Brooke (Robert), premier juge delà cour des "
plaidayers-commxms , fous le règne de la reine Ma-'-
rie , ie rendit par fon favoir , un des premiers jurif-'
coniûltesde Ion tems;(k mourut comblé d'eftime eft'
1551. Il eft auteur de divers ouvrages de droit , èc
entr'autres de celui qui a pour titre , lé grand abre-
g*^ y ^"^ graunde abridgcment ; c'eft un extrait alpha-'
bétiquede matières choifies du droit de la'Grande^^
Bretagne: il s'en efl tîiit plufieurs éditions, princi-:'
paiement à Londres , favoir en 1 573 , 1 576 , 1 586,'
&c. & parmi ces éditions , les plus anciennes font
ellimées les meilleures , comme il arrive ordinaire-
ment aux recueils de ce genre.
Gataker (Thomas) , defcendoit d'une ancienne
& bonne famille de Shropshire; il naquit en 1 574. ôc
fe montra par fon érudition , un des favans anglois
du dernier fiecle; il mourut en 1654, âgé de 80 ans.
c'étoit un homme d'une ledure prodigieuie , & d'un
jugement exaft en matière de critique ; fes œuvres
ont été recueillies , & imprimées à Utrecht en 1698^"
in-fol.
Son difcours de la nature & de l'ufage du fort , efl
le meilleur que nous ayons fur cette matière : il y
prouve avec raifon , 1°. qu'il y a autant defuperfli-
tion à un homme de penler que certaines chofes dé-
plaifent à Dieu, qui ne lui font réellement point dé^.
làgréables, que de fuppofer que la créature a un pou-,
voir qu'elle n'a réellement point. 2°. que plufieurs
perfonnes , vraiment pieufes , ont joué , & jouent
communément , par délaffement & fans cupidité , à
des jeux de hafard ; & que d'autres gens du même
ordre , fe font trouvés & fe trouvent expofés à di-
vers inconvéniens , en refufant par fcrupule, d'y,
jouer , lorfqu'ils y font foUiciîés par les perfonnes
avec lefquelles ils vivent en relation ou avec lefquel-
les ils ont des ménagemens à garder. 3°. que les rai-
Ions fur lefquelles on condamne ces jeux , ont été
caufe de l'irréf olution de bien des gens , par rapport
à l'ufage néceffaire du fort dans les affaires férieufes,
& de la vie civile ; par exemple , lorfque dans des
marchés communs entr'eux, & d'autres cas fembla-
bles , ils ont été contraints d'y avoir recours , & fe
font trouvés dans l'incertitude s'ils le pouvoicnt lé-
gitimement, ou non.
Sa differtation latine , de novi Teflamentijlylo , efl
une pièce curieufe; il y prouve qu'il efl: fort incer-
tain quelles langues font des mères langues , mais
qu'en tout cas , il efl fur que la latine n'efl pas de ce
nombre , puifqu'elle a beaucoup de termes de la lan-
gue fabine & tofcane , 6c qu'elle tire principalement
fon origine de la greque , & fur-tout de la dialede
éolienne ; & il cite là-defl\is Dionyf Halicar. Antiq,
rom. lib. I. Eufîath. in ŒdyJJ'. lib. I. Quintllian. Injîit^
lib. I. cap. V. & vj. Varro , de ling. Ut. lib. If^. 6- IX.
Suidas , in voce Naba. JuliusScahger , de plant, lib. I.
Jofeph Scaliger , in Fijlum. Dan, Heinfuis , de J'ajyr,
Horat. Hugo Grotius, defatisfacl. chiijli , cap. viif,
Jo. Neurfius , in nantijfaad luxum rornanUm , c. xij,
Voflius , in prœfat. ad lib. de vitiis fermonis. Laur.
Ramirez, Pcntecontarch.cap.vj. Conrad. Gefner, //i
Mithridate ; & Seron Mefigerus , in pnefut. Polyglot.
Pour le prouver, il remarque que li nous prv;nons
quelque auteur latin , nous y trouverons peu de li-
gnes , où il n'y ait divers mots dont Torigine ne fbit
vifiblcment grecuc ; il donne pour exemple , les cinq
prçnjïçfS j:<iç§ i% la prçyùjîre cdogue de Virj;'.!*;
144
S H R
S H R
nous tapporterons ici les deux premiers.
Tityre, tu pjtulce ncuhani fub ugmint {agi ,
Sylvclinmiinuimufam rneJitans avcnd.
Il n'y a rien à dire du mot Tityrus , parce quec'eft
un nom propre ; tu cù Joueur:^ tc. patulus , a pcuo
v*ia.u,ricubo^cuho^ zvnlca u^i,i'uh. Ut vistf, i'uper. cnyu^
tègo , & indc tegr/ien (pM>« , dorice (pctycç , J^igi^^ ; ">">',
lyiva^fylvcflris. Tt;t«, urulo , txtendo ;(xw<t t'nuju;
y%hiiu,^ nuMior; à va iiccus, aridus; « t;a ^'ua , ani-
ma ficca ; ab dveuv*» , exjicco , ctuAvU ; unde ab-andi-
tate , vox latina , nvena.
NyJc (Thomas ) , lavant d'une habileté extraor-
dinaire dans les langues orientales , naquit en 1636 ,
& mourut en 1706. Profeileur en arabe à Oxford,
à la place du dodeur Edmond Pocock. Il prouva la
fcience par l'on travail liir la polyglotte de Waiton ;
il corrigea non l'eulement l'arabe , le iyriaque, &c le
lamariram , mais il mit le Pentateuque perlan en état
deparoître. Ce Pentateuque avoit été imprimé à
Conllantinoplc en caraOeres hébraïques , M. Hyde
le trankrivit en caraderes peri'ans; ce que le lavant
archevêque Ufler croyoit impolfible , à pouvoir mê-
me ^tre exécuté par un perlan naturel, parce qu'une
lettre hébraïque répond louvent à plulieurs lettres
perlanes , de forte qu'il eft difficile de démêler la-
quelle il faut prendre.' Il traduifit aufli ce Pentateu-
que en latin.
En 1665, il publia une verfionlatine des obferva-
tions d'Ulugbcig , fur la longitude &c la latitude des
étoiles fixes , avec des notes i il a joint à cet ouvra-
ge les tables de la dcclinailbn & de i'afcenfion des
étoiles fixes , de Mohamedes Tizinus.
En 1674 , il mit au jour le catalogue des livres
imprimés de la bibliothèque bodléienne. En 1677 ,
ilpublia les quatre évangiles & ades des apôtres, en
langue malaile, & en ca.raâeres européens. En 1 69 1 ,
il donna , itinera muTidi , feu cofmograpJùa Abrahami
Pertfol ^ cum vcrjîoru & nous. En 1694, il publia à
Oxford in-S". de ludis orientaLibus , libri duo. Enfin ,
fon grand & beau traité de la religion des anciens
Perles , hifioria re/igionisveterum Pcrj'arum , eorumque
magorum , parut à Oxford, en 1700, in-4^. c'ell
im ouvrage où règne la plus profonde érudition.
M. Wood nous a donné ia liile d'une trentaine
d'autres ouvrages très-curieux , que le lavant Hyde
fe propolûit de publier , s'il vivoit allez de tems pour
les finir , ayant déjà travaillé à tous ; c'efl un trélbr
que pofiede î'imiverfité d'Oxford.
Litthton ( Edouard ), garde du grand fceau d'An-
gleterre , Ibus le règne de Charles I. naquit dans la
comté ^tShrop^itw i 589 ; fiitnommé chevalier par le
roi en 1635 , garde du grand fceau en 1639 , & la
même année pair d'Ajigleterre. Il nous relie de lui
des difcours fur la liberté des fujets , & ia préroga-
tive du lûuverain ; ils ont été imprimés à Londres ,
en 16 18 &: 1667 , in-fol. On les trouve aufli dans
les coUeftions de Ru'>hTï'Orth. Cétoit , dit milord
Clarendon , un homme de cœur , qui s'acquit une
grande réputation par laprofelîiondes loi.s &: du droit
coutumier , de lorte qu'il étoit regardé comme le
plus l'avant dans les antiquités de ce genre ; & dans
les cours fupérieures , il parut toujours avec éclat.
Littkton , (Adam) philologille habile, & favant
grammairien , na'quit dans Skropshire en 1627, &
mourut en 1694. Le didtionnaire latin & anglois ,
qu'il a mis au jour , en iCj^i , i/i-^'^. lui a fait beau-
coup d'honneur ; on l'emploie dans les écoles , & on
le réimprime perpétuellement ; cependant le dic-
tionnaire de Cambridge mérite la prtfcrence, àcau-
fe des autorités donc les mots lont appuyés ; mais le
doâeur Littleton , outre Ion di£ti(mnaire latin , a
publié plufieurs autres ouvrages , foit en belles-let-
tres , loit en théologie i il euiendoit même les lan-
gi\es orientales , & dcpenfa la pkisgfanclç partie âe
fon bien pour fe procurer des livres & des roanuf-
crits encegenre.
Maynwaring (Arthur), écrivain politique du der-
nier hecle, naquit en i668 , & mourut en 1711. ï!
eft auteur de plufieurs brochures pleines d'efprit fil-
les atîaires politiques , & entr'autres , de la feuilk:
hebdomadaire intitulée le Mélange. Il aima furlafia
de les jours , avec la plus forte paAion , la cclebrs'
actrice madcmoifelle Oldfield, & la fit fon exéciîtri-*
ce teftamentaire ; elle fut fans contredit redevable à
fes inltrudions , d'être devenue li excellente comé-
dienne ; car comme il n'y avoit perfonne qui en-
tendit mieux que luil'adion du théâtre, il n'y avoîe
aulîi perlonne qui fut plus charmé d'y voir excella
niddcmoilcUe OlJlield-
ff'hic/icot ( Benjamin) , naquit dans le comté -es
Slirop , en 1609 » ^ mourut chez Ion ami le dodcisr
Cudworth. Ses formons choifis parurent à Londres,
en 1698 , ïn-H'^. avec une préface du comte de Shs^
tesbury , auteur des Charj(lénj}icks : c'eft unecholé
bien iinguliere de voir un homme fi célèbre , & fi
peu croyant , éditeur de fermons ! mais en même-
tems la préface ell fi belle , & fi peu connue des.
étrangers , qu'ils nous fauront gré d'en trouver kâ
un allez grand extrait.
Milord Shaftesbury obferve d'abord , que quaiid
on fait réflexion for la nature de la prédication , que
l'on conûdere l'excellence de cet établiflement^ le
cas qu'on en a toujours fait dans le chriliianifnie,
le grand nombre de faints hommes mis à pai't pomt
cette grande œuvre , à qui l'on accorde tous lesiivasat-
tages polfibies , pour avancer les grandes vérisés
de la i^évélation , 6c pour infpirer aux hommes d.ur.£^
peu pour la refigion ; quand on fait attention a ia
folemnité des allemblées religieules , à la préietaae
relpedable &à l'autorité de l'orateur chrétien, âî
y a peut-être lieu de s'étonner qu'on ne lui voitjsss
produire de plus grands & de plus heureux effets dâBS
le monde; on doit néanmoins reconnoître que cets:;
inllitution ell un fi puilTant appui de notre refigioCç
que s'il n'y avoit point d'alTemblées publiques , m S&
luiniltres auiorilés , il n'y auroit , en fort peu de te&H}^
non-feulement plus de chrillianifme , mais de veràisj
puilque nonobilant tous les fecours de lapredâcîr-
tion , &C les appuis qu'elle fournit à la vertu , ils'.flii
laut de beaucoup que les mœurs folent reforuiées,
bi. que les hommes loient devenus meilleurs.
Mais quelque raifon que nous ayons de penfor .tOMr-
jours relpe£tueulement de cette inllitution , &;;&$
bons effets qu'elle produit fur les hommes ; quelcpac
avantageule que foit l'idée que nous pouvons aveir^&e
travail de ceux à qui le minillere de la parole eil tx^jus-
mis , il lemble néanmoins qu'il n'efl pas impolEbSE:
qu'il n'y ait quelque chofe de défectueux , & q!,>e fe
peu de luccès ne doit pas être uniquement attrÂ/uédà
la malice , à la corruption , à la flupidité des :asaj&-
teurs, ou des ledeurs.
On a vu que xlans quelques pays, &: parmi -cor-
tain ordre de chrétiens , le minillere de la par-blciisa:
pas été entièrement confacré aux chofes fpiritueiliec j
mais qu'une grande partie de ces divines exhortaîioŒï!^
a eu quelque choie de commun avec les affaires #10-
tat. De quelque utilité que cela ait pu être aux hotïH'
mes, ou à la paix du chrillianiime , il faiu av^oucif
que la prédication en elle-mcrne doit être d'auîanfi:
moins propre à produire une heureufe révokitic.ai
dans les mœurs , à proportion qu'elle a fervi à pr^o-
duire des révolutions d'état , ou à appuyer d'autns
intérêts que ceux du royaume de Jelus-Chrill. Nous
ne trouvons pas non plus , que depuis que la poiiii-
que & les mylleres de la religion ont été unis enleEiî-
ble , l'une ni l'autre en aient tiré beaucoup d'av.an-
it iges i du moins n'a £-'il jamais païuqueJaxhéolojisr
s H R
foit devenue meilleure par la politique 'i ou que la
politique ait été épurée par la théologie.
Entre les auteurs qui ont été zélés pour cette mal-
heureule alliance., & qui ont voulu iaire unlyilème
de politique chrétienne , on nomme le fameux Hob-
bes , lequel , foit qu'il ait rendu quelque fervice au
gouvernement civil , ou non, a du moins fait bien
du mal aux moeurs ; & fi ïcs autres parties de la phi-
lofophie lui ont quelque obligation , la morale ne lui
en a aucunement. Il ell vrai que tout ce qu'il y a eu
de grands théologiens dans l'églife anglicane , l'ont
attaqué avec beaucoup, de zèle & d'érudition , mais
fi Ton avoit travaillé avec le même foin à corriger
fes principes de morale , qit*on a eu à réfuter quel-
ques autres de les erreurs , cela eût peut-être été
d'un plus grand fervice à la religion pour l'effentiel.
Je nomme ce philofophe , parce qu'en faifant l'énu-
mération des pallions qui tiennent les hommes unis
en fociété , & les engagent à avoir quelque com-
merce enfemble , il oublie de parler de la douceur,
de l'amitié , de la fociabilité , de l'affedion naturel-
le , & des autres difpofitions de cet ordre ; je dis
qu'i/ oublie i parce qu'il eil difficile de concevoir
qu'il y ait un homme aiTez méchant , pour n'avoir
jamais éprouvé par expérience , aucun de ces fenti-
mens , &c pour pouvoir en conclure qu'ils ne fe ren-
contrent point dans les autres.
A toutes les pafTions & à toutes les bonnes difpo-
fitions , cet auteur a fubfritué une feule paffion domi-
nante , favoir la crainte qui ne laiiTe fubfifter qu'un
delir immodéré d'ajouter pouvoir à pouvoir, defir
qui , félon lui , ne s'éteint que par la mort; il accor-
de aux hommes moins de bon naturel qu'aux bêtes
féroces.
Si le poifon de ces principes contraires à la faine
morale ne s'étoit pas répandu au-delà de ce qu'on
peut s'imaginer , furtout dans le tems que le dodeur
Whicheot vivoit , peut-être que lorfqu'il s'agiffoit
des intérêts de la vertu, aurions-nous entendu moins
parler de terreur & de châtimens , & davantage de
• reâ-itude morale & de bon naturel. Du moins n'au-
roit-on pas pris l'habitude d'exclure le bon naturel ,
êc de rabaiffer la vertu , qu'on attribue au feul tem-
pérament. Au contraire, les défenfeurs de la religion
le feroient fait une affaire de plaider en faveur de
ces bonnes difpofitions , & de faire voir combien
elles font profondément enracinées dans la nature
humaine, au lieu de prendre le contrépié , & d'avoir
bâti fur leurs ruines ; car certaines gens s'y prenoient
ainfi pour prouver la vérité de la religion chrétienne.
On établiffoit la révélation en déprimant les prin-
cipes fondés dans la nature de l'homme , &: l'onflii-
foit confifter la force de la religion dans la foibleffe
de ces principes ; comme 11 un bon naturel & la rcU-
gion étoient ennemis : chofe fi peu connue parmi les
payens mêmes , que la piété par laquelle ils défi-
enoient la religion ( comme le nom le plus honora»
ble qu'ils pouvoicnt lui donner) , confiftoit en gran-
de partie en de bonnes difpofitions naturelles ; &
qu'on cntcndoit par-là non-feulement l'adoration &
le cuhe de la divinité , mais l'afFeâion des parens
pour leurs cnfans, celle des enfans pour la patrie , &
en général celle de tous les hommes les uns pour les
autres , dans leurs différentes relations.
On a eu raifon de reprocher à quelques fe£les chré-
tiennes que leur religion paroill'oit oppofée au bon
naturel , &C n'être fondée que fur la domination, fiir
l'amour propre & fur la haine , toutes difpofitions
qu'il n'cft pas aifé de concilier avec l'ofprit de l'é-
vangile. Mais on peut dire certainement de l'éi^lilc
anglicane, autant ëi plus que d'aucune autre au mon-
de , que ce n'eft pas là fbn cfprit , & que c'efl par
des traits totalement oppofés que cette cgljfé fe fait
Tome Xr,
SUR
Mî
connoitre , plus que toutes les autres, pour vraiment "
6z dignement chrétienne.
ïfychcrky (Guillaume) , un des plus célèbres poè-
tes comiques , naquit vers l'an 1640. Il étudia q.iel-
ques tems à Oxford , quitta l'univenîté fans avoir
pns aucun degré , & fe fit recevoir dans la fociété
des jurifconfultes de Middle-Temple. Mais comme
ce tems-là étoit celui du règne des plaifirs & de l'ef-
prit, Wycherley qui avoit de l'efprit & du goûtpour-
les plailirs , abandonna promptement l'étude feche
des lois , pour des occupations plus agréables ikphis
à la mode. Il compofa fa première pièce de théâtre
\nûl\.\\éQl'amourdansunbois,rQmé(QméQn i6jx avec-
un grand fuccès. Ce début favorable lui procura la
connoilfance de tous les beaux efprits de la cour &
de la ville , & en particulier celle de la ducheffe de
Cleveland , qu'il fit d'une façon affez finguliere.
Un jour que Wichedey alloit en carolfe du côté
de S. James , il rencontra près de Pall-Mall , la du-
cheffe dans fa voiture , qui mettant la tête hors de
la portière , lui cria tout haut : « vous, Y/ycherley ,
» vous êtes un fils de putain; » & en même tems
elle fe cacha, & fe mit à rire de toute fa force. Wy-
cherley fut d'abord un peu furpris de ce compliment;'
mais il comprit bientôt qu'il faifoit allufion à un enl
droit de fa comédie , oii il dit : « quand les parens
» font efclaves , leurs enfans fuivent leur deftinée ;
» les beaux génies ont toujours des p . . . pour
» mères. »
Comme dans les premiers momens de la furprife
de \^ycherley les carofîésavoient continué leur rou-
te, il le troavoit déjà affez éloigné ; mais notre poè-
te revenu de fon ctonnement ordonna àfon cocher
de fouetter fes chevaux , & d'atteindre le caroffe de
la ducheffe.
Dès qu'il l'eut atteint : « Madame, lui dit-il , vous
» m'avez donné un nom qui appartient généralement
» aux gens heureux. Votre grandeur voudroit-elle
» fe trouver ce foir à la comédie de \7ychcrley.Eh
» bien , reprit-elle , fi je m'y trouve , que lui arri-
» vera-t-il d'heureux ? C'eff , répondit le poëte , que
>• j'aurai l'honneur de vous y faire ma cour, quoi-
» qu'en même tems je manque à une belle perfonne,
» qui m'a donné rendez-vous ailleurs. Quoi , dit la
» duchefle , vous avez l'infidélité de manquer à une
» belle femme qui vous a favorife à ce point, pour
>♦ une autre qui ne l'a point fait, & qui n'y'ionge
» pas ? Oui, reprit \y y cherley, dès que celle qui ne
» m'a point favorife , eft la plus belle des deux ;
» mais quiconque, continua-t-il , demeurera conf-
» tamment attaché à votre grandeur , jufqu'à ce
» qu'il en ait trouvé une plus belle , elî fur de mou-
» rir votre captif. » La ducheffe de Cleveland rou-
git, & ordonna à fon cocher d'avancer.
Comme elle étoit dans la fleur de la jeunefTe , fpi-
rituelle, & la plus grande beauté qu'il y eût en An-
gleterre , elle fut fenfible à un compliment aulfi ga-
lant. Pour couper court, elle vint à U conicdie du
poète , elle fe plaça comme de coutume au premier
rang , dans la loge du roi. Wycherley fe mit direc-
tement au-deffous d'elle, & l'entretint pendant tout
le cours de la pièce. Tel a été le commencement
d'un commerce , qui fit dans la fuite beaucoup de
bruit.
Mais le plus étrange , c'efl que ce fut ce commerce
même , qui mit Wyclierley dans les bonnes grâces
du duc de Buckingham, lequel pafîionnément épris
de cette dame , en étoit mal-traité , c^ fe perfiiada
que Vycherley étoit heureux. Enfin, le duc ne
recueillit aucun fruit de fes longues afliduités auprès
de la duchefle , foit qu'elle fût retenue par la proxi-
mité du parentage qu'il y avoit entr'eux , (carella
étoit fa confine germaine ), foit qu'elle craignit qu'une
intrigue avec un houime de çc rang , fur qui tout le
s H R
wonjde avoit les yeux , ne put demeurer cachée au
rbl ; 'en un mot , quelle qu'en fut la rdilon , elle re-
tul-a^c recevoir plus long-tenis les vifites , & s'obi-
tma fi fort dans (on refus, que rinciip.nation , la rage ,
•^ le PK^prls , fuccédcrent à l'aniour dans le cœur du
<îuc, qui rclolut de perdre la parente.
Cette rcibiution priie, il.la fit obferver de û près ,
■«qu'il^-ut bien -tôt qui étoient ceux qu'il poiuroit
r.e-ïarder comme les rivaux. Lorlqu'il en tut inlh uit,
il eut foin de les nommer ouvertement , & le poète
ne fut pas oublie , pour faire encore plus de tort à la
dachelie dans l'elprit du public. Wycherley appre-
nant de bonne-heure cette tacheuie nouvelle , crai-
crnit extrêmement qu'elle ne vînt aux oreilles du roi.
ï^o.ur prévenir ce malheur, il pria inîlamraent Y/il-
mot, comte de Rochefter , &C le chevalier Charles
Sidley , de rcprélenter au. duc , le tort extrême qu'il
ferolt à un homme qui n'avoit pas l'honneur d'être
connu de lui , qui le refiK^dfoit , 6c qui ne l'avoit ja-
mais oiYenfé. A peine ces MM. eurent commencé
-à en toucher quelque choie au duc , qu'il s'écria
« qu'il ne hlâmoitpointWy chérie)^, mairs lacoufme».
Cependant, reprirent:-ils , en le taifant foupçonner
■d une Dareille intrigue , vous le perdrez infaillible-
ment i'c'ell-à-dire , que votre grandeur travaille in-
juftement à ruiner de fond en comble un homme
de mérite.
Enfin ce? MM. s'étendirent fl fort fur les belles
qualités de ^yycherley , & fur les charmes de fa con-
verfation , que le duc de Buckingham amoureux des
avantages de l'efprit , permit qu'on lui préfentâtXVy-
cherley , & il le retint à fouper. Il fut li charmé de
lui, qu'il s'écria dans fon tranfport, « ma coujine a
» raifon ; » & depuis ce moment , il fit de Wycher-
ley fon ami , & le combla de bienfoits. Comme il
étoit grand écuyer du roi , & colonel d'un des pre-
miers régimens de la couronne , il nomma Wycher-
ley un des fous-écuyers , & capitaine-lieutenarit de
fa compagnie , dont il lui céda tous les appointe-
mens ; ces deux objets faifolent au moins trente-fix
mille livres de rente de notre monnoie , & faufilè-
rent agréablement Wycherley avec la nobleife de
la cour &. de la ville.
Il continua de travailler pour le théâtre. On avoit
déjà joué fon mifantrope (plain-dealer) en 1678 , &
en 1 683 , on reprél'enta fur le théâtre royal , fa fem-
me de campagne , ihe country-wife. Cet homme qui
paffoit fa vie dans" le plus grand monde, dit M. de
Voltaire, en connoiffoit parfaitement les vices, & les
peignoit du pinceau le plus ferme & des couleurs
les plus vraies. Dans fon mifantrope qu'il a imité
de Molière , il eft certain que fes traits ont moins de
fineil'e & de bienféance , mais ils font plus forts &
plus hardis ; la pièce angloife eft plus intéreffante ,
& l'intrigue plus ingénieufe. S^ femme de campagne ,
ell encore tirée de l'école des femmes de Molière.
Cette pièce angloife n'ell pas afllirément l'école des
bonnes mœurs, mais c'efl l'école de l'efprit, & du
bon comique.
Le roi Charles II , donna à Wycherley de grandes
■marques de fa faveur. Il lui rendit vilire dans une
maladie, & lui confeilla d'allerpallcr l'hiver à Mont-
pellier , confeil qu'il accompagna d'un préiént de
'cinq cent livres fterling, pour le défrayer. Il perdit
néanmoins dans la fuite les boanes grâces du roi par
fon mariage avec la comtefle de Drogheda , qui le fit
maître de tout fon bien; mais après la mort de cette
dame , la donation lui fut conteltée, enlevée ; Wy-
cherley ruiné , fut arrêté par les créanciers , & mis
en prifon ou il demeura fept ans , & n'en tut tiré que
par la générofité de Jacques II , qui au fortir d'une
repréfentation du plain-deaUr , ordonna fur le champ
de payer de fa bourfe, les dettes de fauteur.
11 prit le parti de dilpofer du douaire de fa pre-
S H U
mjere-, en époufantune jeune perfonne, qui lui a|)-
porta quinze cens hvres Iterling , dont une portioft
îervtt à fes prelfans befoins ; mais il mourut en 1 7 1 5 ,
onze jours après la célébration de fes noces. Oit
avoit publié à Londres en 1704 un volume de fes
poéfies mêlées , qui n'ont pas été reçues auflî favo-
rablement du public, que fes pièces de théâtre.
Mylord Lanfdowne a peint Wycherley avec beau-
coup a elprit iv. de vérité. Ceux , dit-il , qui .fans
connoître Wycherley autrement que par fes ouvra-
ges, voudront en juger, feront portés à croire que
la variété des images 6l des caracleres , la profonde
connoilfancc de la nature, les obiervations fines de
l'humeur , des manières , & des paiTions des per-
fonnes de tout rang & de toute condition ; en un.
mot , cette exade peinture de la nature humaine -,
que l'on voit dans fes productions , jointe à beau-
coup d'efprit & de force d'cxpreffion, que tout cela
enfemble, dis-je, ne peut avoir été que le fruit d'une
application , 6c d'un travail extraordinaire ; tandis
que dans le fond , nous devons le plaifir & l'avan-
tage qu'il nous à procuré , à fa grande facilité. S'il
lui en avoit coûté pour écrire , je luis bien trompé
s'il ne s'en feroit pas épargné la peine. Ce qu'il a
fait, auroit été difficile pour un autre ; mais la maf-
fuc ordinaire, qu'un homme ne pouvoit lever jfer-
voit de canne à Hercule.
L'âcreté de fes fatyres pourroit vouis jetter dans
une autre erreur, & vous faire penfer que c'étoit
un homme malin. Mais ce que le lord Rochefter dit
du lord Dorlét , peut lui être appliqué ; « c'étoit
» le meilleur homme avec la mufe la plus maligne. »
Tout piquant & ccnfeur févere qu'il paroît dans fes
écrits , il étoiî du caradf ère le plus doux & le plus
humain , obligeant tout le monde , & ne voulant de
mal à perfonne ; il n'attaque le vice que comme un
ennemi public ; fenfible à la plaie , il eft contraint
delà fonder; ou tel qu'un conquérant généreux, il
s'afilige de la nécelfité d'ufer des voies de rigueur.
Le roi Charles H qui étoit lui-même homme d'ef-
prit, fe faifoit fouvent un plaihr de paffer fes heures
de loifir avec Wycherley , comme Augufte avec
Horace , & il eut même des vues fort avantageufes
fur lui; mais malheureufement l'amour vint à latra-
verfe , l'amant l'emporta fur le courtifan , l'ambition
fut la victime de l'amour , la paffion dominante des
plus belles âmes. .... Il y a des perfonnes qui
critiquent fa verfification. U eft certain qu'elle n'eft
pas nombreufe ; mais un diamant brute n'en eft
pas moins un diamant. (Z-e chevalier deJaucourt.^
SHUDDERERS ou CHUDERERS, f. m. {Hifl.
mod. ) c'elt ainfi que l'on nomme dans la partie orien-
tale du Malabare les prêtres du fécond ordre , c'eft-
à-dire , inférieurs aux bramlnes , qui font la fonction
de deflérvir les temples ou pagodes de la tribu des
Indiens idolâtres , appelles shudderï , qui eft celle des
marchands ou banians. 11 ne leur eft point permis de
lire le vedam ou livre de la loi, mais ils enfeignent à
leur tribu le sliajhr ^ qui eft le commentaire du ve-
dam. Ils ont le privilège de porter au col la figure
obfcene , appellée imgam. f^oje^ cQt article , & le mol;
RUUDIREN.
S I
SI ou KAKI, f. m. {Hifi. nat. Botan. ) c'eft urf
arbre du Jaj)on , nommé//^«w des jardins ; 11 a les
feuilles du poirier , & l'on fruit eft d'un goût très-
agréable. L'arbre eft fort laid; fes branches fonttor-
tueufes & en petit nombre ; fon écorce , qui eft bru-
ne ou noire dans la jeunefte, devient blanche & ra-
boteufe en vieilllllant ; fes feuilles , dont le pédicule
eft court, refl'emblent en couleur & en figure à cel-
les du ])oii-ler , mais font plus longues , ovales , pla-
tes 6l cotonneules par-delfous. Ses fleurs fortent de
s I A
raiffelle des feuilles , au mois de Mai Sr de Juin.
Elles font en forme de tuyau , de la groffeur d'un
pois, un peu jaunes, environnées d'un calice divifc
enplufieurs pièces, avec un piftil court &C plufieurs
étamines. Le fruit ell de la groffeur 6c de la n!',ure
d'une pomme, blanchâtre en-dehors ;ia chair de cou-
leur rouffe , tendre & d'un goût de miel. Ses femences
refl'emblent à celles de la courge , & font rangées en
étoiles au milieu du fruit.
Si , en mujiquc , eft une des fept fyllabes dont on fe
fert en France pourfolfier les notes. Guy Areîin , en
compofant fa gamme , n'inventa que fix de ces fyl-
labes , quoique la gamme fût formée de fept notes :
ce qui fit que pour nommer la feptieme , il falloit à
chaque inlîant changer les noms des autres notes , &c
les folfifier de diverfes manières ; embarras que
nous n'avons plus depuis l'invention du//.
BrolTard & plufieurs autres auteurs attribuent
l'invention àwji à un nommé le Maire , entre le rrâ-
lieu & la fin du dernier fiecle ; d'autres en font hon-
neur à un certain Vander-Putten ; d'autres enfm re-
montent jiifqu'à Jean de Mûris , vers fan 1330.
Il efl très-aifé de prouver que l'invention du Jï efl
de beaucoup pofiérieure à Jean de Mûris , dans les
ouvrages duquel on ne voit rien de fcmblable. A l'é-
gard de Vander-Putten , je n'en puis rien dire, parce
que je ne le connois point. Refle le Maire , en faveur
duquel les voix paroiffent fe réunir aujourd'hui.
Si l'invention confille à avoir introduit dans la pra-
tique l'ufage de cette fyllabey^ , je ne vois pas beau-
coup de raifons pour lui en refufer l'honneur. Mais
fi le véritable inventeur efl celui qui a vu le premier
la néceflité d'une feptieme fyllabe & qui en a ajouté
une en conféquence , il ne faut pas avoir fait beau-
coup de recherches en mufique , pour voir que le
Maire ne mérite nullement ce titre. Car on trouve,
dans plufieurs endroits des ouvrages du père Mcr-
fenne , la néceffité de cette feptieme fyilabe pour
éviter les muances , & il témoigne que plufieurs
avoient inventé ou mis en pratique une leptieme
fyllabe à-peu-près dans le môme tems, & entr'autres
le lieur Gilles Grandjean , maître écrivain de Sens ;
mais que les uns nommoicnt cette fyllabe cl , les au-
tres di , les aiurcs ni , les autresy? , les autres [a ; 6c
avant même le P. Marfenne, on trouve dans un ou-
^vrage de Banchieri , moine olivetan , imprimé en
16 14, & intitulé carteUa di mujica , l'addition de la
même feptieme fyllabe ; il l'appelle bi par béquarre ,
ècba par bémol, & il aiTure que cette addirion avoit
été fort approuvée à Rome ; de forte que toute la
prétendue invention de le Maire confille , tout au
plus , à avoir prononcé y? au lieu de prononcer ^iou
ba , ni ou di ; & voilà avec quoi un homme efl ini-
mortalifé.
SIAGBANDAR , f m. ( Comm. de Perfe. ) nom
qu'on donne en Perfe au receveur des droits d'en-
trée & de fortie qui fe payent fur les marchandifes
dans toute l'étendue du royaume; c'efi: une elpece
de fermier général. (Z?. /.)
SIAGUL , ( Géog. anc. ) ville de l'Afrique propre.
Ptoloméc , /. ir. c. iij. la marque furie bord de la
mer, entre Néapolis Colonia 6l Aphrodifuim, On
croit que c'efl aujourd'hui Suze en Barbarie , au
royaume de Timis. Long, fuivant Ptolomée , 36".
iatit.^z. 20. (D. /, )
SIAHCOUCH , ( Géog. mod. ) ou Siah-Kuk , ou
S iahcoue/t , mot perfan, qui veut dne montagne noire ^
mais qui cependant n'eft pas adapté à de feules mon-
tagnes. En etfet , quoiqu'on nomme en langue per-
fane Siahcouch une chaîne de montagnes qm s'étend
depuis le defert du Khoraflan jufqu'au pays de Ghi-
lan qui efl fur la mer Cafpienne , Siah-couch ell aufH
le nom d'une île de la mer Noire , à l'embouchure
du Douna , qui efl le Tanaïs ou le Boryllhène.
Tome XV,
S
A
Î47
SÏAF:A , RELIGION DE , ( Hljl. niod.fupcrpion. )
cette religion qui s'ell établie au japon , a pour ton-
dateur Siakii ou Xuca , qui eft aulfi nommé Budfdo
& fa religion Budfdoii'nie. On croit que le buds oifle
fiaka. des Japonois , eft le même cpie \q foï des Chi-
nois , & yue le yijnou , le buda ou put^a des Indiens ,
\.c Joimiioiiiicodiwi ûQS Siamois; car il paroît certaia
que cette religion elt wcnv.o. originairement des In-
des au Japon , oii l'on profcllbit auparavant la feule
religion du/imos. Foy^i SiNTOS. Les Budsdoiftes di-
fent c^Ki^Siaka naquit environ douze cens ans avant
l'ère chrétienne ; que fon père étoit un roi ; que loa
fils quitta le palais de fon père , abandonna fa femme
& fon fils , pour embraiTer une vie pénitente &c foii-
tairc, 6c pour fé livrer à la contemplation des chofes
célelles. Le fruit de fes méditations fut de pénétrer
la profondeur des myfteres les plus fiiblimes , tels
que la nature du ciel & de l'enfer ; l'état des âmes
après la mort ; leur tranfmigration ; le chemin de
l'éternelle félicité , & beaucoup d'autres chofes fort
au-deffus de la portée du commun des hommes. Siak^
eut un grand nombre de difciples ; fe fentant proche
de fa fin , il leur déclara que pendant toute fa vie ,
il avoit enveloppé la vérité fous le voile des méta-
phores , & qu'il étoit enfin tems de leur révéler un
important myflere. Il ny a , leur dit-il , rien 4i réel
dans le monde , qui le néant & le vuide : c'eji le pre-
wler principe de toutes chofes ; ne cherche:^ rien au delà ,
6' ne mettc^ point ailleurs votre confiance. Apres cet
aveu impie , Siaka mourut à l'âge de foix'ante-dix
neuf ans ; fes difciples diviferent en' conféquence fa
loi en deux parties ; l'une extérieure , que l'on en-
feigne au peuple ; l'autre intérieure , que l'on ne
communique qu'à un petit nombre de profélites.
Cette dernière confifle à établir le vuide & le néant,
pour le principe & la fin de toutes choies. Ils prc-
tendent que les élémens , les hommes , & générale-
ment toutes les créatures font formées de ce niide ,
& y rentrent après un certain tems par la difTolution
des parties ; qu'ainfi il n'y a qu'une feule fubflance
dans l'univers , laquelle fe diverliiie dans les êtres
particuliers , & reçoit pour un tems différentes mo-
difications , quoiqu'au fond elle foit toujours la mô-
me : à-peu-près comme l'eau eft toujours effcntielle-
ment de l'eau , quoiqu'elle prenne la figure de la nei-
ge , de la pluie , de la grêle ou de la glace.
Quant à la religion extérieure du budfdoifme , les
principaux points de fa doctrine font, 1°. que les
âmes des hommes &.des animaux font immortelles ;
qu'elles font originairement de la même fubftance ,
6c qu'elles ne diiferent que félon les diiférens corps
qu'elles animent. 2°. Que les âmes des hommes fé-
parées du corps font récoinpenfées ou punies dans
une autre vie. 3''. Que le léjour des bienheureux
s'appelle g'o^wr^/Â:/; les hommes y jouillent d'un bon-
heur proportionné à leur mérite. Amida efl le chef
de ces demeures céleftcs ; ce n'efl que par ia média-
tion que l'on peut obtenir la rémiffion de fes péchés,
6c une place dans le ciel , ce qui fait qu'Amida ell
l'objet du culte des fedateurs de Siaka. 4°. Cette re-
ligion admet un lieu appelle djigokj\ oii les méchans
font tourmentés fuivant le nombre & la qualité de
leurs crimes. Jemma eft le juge fouveraindc ces lieux;
il a devant lui un grand miroir, dans lequel il volt
tous les crimes des réprouves. Leurs tourmens ne
durent qu'un certain tems , au bout duquel les âmes
malheureufes font renvoyées dans le monde pour
animer les corps des animaux impurs , dont les vices
s'accordent avec ceux dont ces âmes s'étoient louii-
lées ; de ces corps , elles pafTent fiiccellivement dans
ceux des animaux plus nobles , julqu'à ce qu'elles
pulficnt rentrer dans des corps humains, où elles
peuvent mériter ou démériter fur nouveaux frais.
5°. La loi. de «i'/.ï^a défend de tuer aucunes créa?
148
s I A
tvircs vivantes , de voler , de commettre radultere ,
de niemir , de taire uiagc de liqueurs fortes. Cette
loi prelcrit, ovUic cela, des devoirs trùs-genans, &:
un\: mortihcation coniuuicUe du corps 6c de l'eCprit.
Les bonzes ou moines île cette religion puniiient
avec la dernière icvcrité , & de la manurc la plus
cruelle , les moindres tauies de ceux qui lont ibumis
i\ leur t'àrcction ; ces moines lont de deux efpeces ,
les uns appelles gcn^uh, 6c les autres appelles goguis.
Ils mènent une vie extraordinairement pcnitente, &C
leur ligure a quelque choie de hideux : le peuple
les croit des laints , & n'oie rclilîer à leurs ordres ,
quelques barbares qu'ils puillent être , &c lors même
que leur exécution doit être luivie de la mort. Ces
bonzes t'ont pailcr les pellerins qui vifitent les tem-
ples de Siaka par les épreuves les plus cruelles, pour
les forcer de confefler leurs crimes avant que de les
admettre à rendre leurs hommages i\ ce dieu.
Cette religion a fes martyrs , qui fc donnent une
mort volontaire , dans la vue de fe rendre agréables
h leurs dieux. On voit , le long des côtes de la mer ,
des barques remplies de fanatiques , qui après s'être
attachés une pierre au col , fe précipitent dans le
fond de la mer. D'autres fe renferment dans des ca-
vernes qu'ils font murer , &C s'y lailfcnt mourir de
faim. D'autres fe prédpitent dans les abymes brùlans
des volcans. Quelqucs-un;, fe font écrafer fous les
roues des chariots fur Iclquels on porte en procef-
fion Anilda 6c les autres clicux de leur religion ; ces
fcenes fe renouvellent chaque jour , & les prétendus
martyrs deviennent eux-mêmes les objets de la vé-
nération & du culte du peuple.
Il y a plufieurs fêtes foleiiinelles que célèbrent les
ieftateurs de la religion de Siaku. La principale ell
celle que l'on appelle lafcce de C homme. L'on y porte
en procciîion la llatue du dieu Slaka fur un bran-
card, celle de fa maîtrefle paroît enfuite ; cette der-
nière rencontre comme par hafard la ftatue de fa
femme légitime : alors ceux qui portent celle-ci fe
mettent à'courir de côté &: d'autre , & tâchent d'ex-
primer par leurs actions le chagrin que la rencontre
d'une rivale préférée caufe à cette époufe intortu-
née ; ce chagrin fe communique au peuple , qui com-
munément le met à fondre en larmes. On s'approche
confufémcnt des brancards comme pour pre-ndre
parti entre le dieu , fa femme &: l'a maîtreffe , & au
bout de quelque tems , chacun fe retire paifiblement
chez foi, après avoir remis les divinités dans leurs
temples. Ces idolâtres ont une autre fête fmgulierc ,
qui femble faite pour décider , les armes à la main ,
la préféance que méritent les dieux. Des cavaliers
armés de pié en cap , échauffés par l'ivreffe , portent
fur le dos les dieux dont chacun d'eux s'elt tait le
champion ; ils fe livrent des combats qui ne font
rien moins que des jeux , & le champ de bataille fi-
nit par fe couvrir de morts ; cette fête lert de prétexte
à ceux qui ont à venger des injures perfonnclles , &
fouvent la caufe des dieux fait place à l'animofité des
hommes.
La religion de ^ïaka a un fouverain pontife , ap-
pcllé/u'Â.0 , des évêques que l'on nomme tundcs , &
des moines ou bonzes appelles xenxus & xodoxins.
"Voyez ces dlffèrem articles.
SIAKO , ou XACO , ( Hi[l. mod. ) c'eft le nom
que l'on donne au Japon au fouverain pontife du
Budsdoîfme , ou de la religion de Siaka. Il cllregardé
par ceux de la fcfte comme le vicaire du grand Budsdo
ou Siaka. Voye^^ Cankle qui précède. Le fiako a un
pouvoir abfolu fur tous les minillres de fa religion ;
c'eft lui qui confacre les tundes , dont la dignité ré-
pond à celle de nos évcques, mais ils font nommés
parlecubo ou empereur féculier. Il eft le cheflu-
prêmc de tous les ordres monalliques du Budsdoilme;
il décide toutes les quellions qui s'élèvent au fujet
S I A
des livres facrcs , &: fes jugemens font regardés com-
me intaillibles. Lcjîùko a, fuivant le P. Charlcvoix,
le droit de canoniler les faints , &: de leur décerner
un culte religieux. On lui attribue le pouvoir d'abré-
ger les peines du purgatoire , & même celui de tirer
les âmes de l'enter pour les placer en paradis.
SIALAGOGUES , ou SALIVANS , adj. ( Médec. )
ce font des remèdes qui donnent un mouvement vio-
lent aux liqueurs limphatiqucs &C falivaires , 6z les
font lortir par la bouche ; mais quoique le règne vé-
gétal fournilie beaucoup de remèdes] qui excitent la
iahve , cependant le plus efficace eft le mercure ;
c'ell aulli pour cela que l'on emploie le mercure ,
lorfqu'ou veut procurer lûrement 6i. copieufement
la lalive.
SIALOGRAPHIE , f. f dans l'économie animale,
la partie qui traite de la lalive. Ce mot efl compofé
du grec a-taXov , ou a-tahci; , jalive , & ypcKf/u , J'écris.
Schurig , médecin à Dreide , nous a donné un hvre
in-^". tous le titre dejjalographie , imprimé à Drefde
en 1723.
De Nuck , un ouvrage in-8°. fous le même titre ,
imprimé à Leyde en 1690 &en 17x2.
SlAM, ROYAUME DE, ( Géog. mod.^ royaumc
d'Afie , dans les Indes orientales. Ce royaume eft
appelle , par ceux du pays , Muan - Thai , c'eft-à-
diie , la terre de Thai. Les Malays & les Péguans
l'appellent T:^iam , d'où vient le nom européen
Siam. 11 s'étend depuis environ le feptieme degré de
latitude Jeptenuionale , jufqu'au dix-neuvieme. Vers
le miheu où la ville capitale eft fituée , il eft à 14
degrés 1 8 minutes de latitude feptenirionale , & à
1 20 degrés de longitude.
11 eft borné à l'orient par les royaumes de Tun-
quin , Cochinchine & Camboia ; au midi par la
mer , & par le pays de Malacca , dont le roi de
Siani pofléde Ligor , Tanafleri , & quelques autres
petites provinces ; à l'oueft par le royaume de Pégu ,
tk au nord par celui de Laos.
Sa longueur , qui fe prend du feptentrion au midi ,
eft à-peu-près de cent heues , dans les endroits où
elle n'eft point occupée par les états voifins. Sa lar-
geur eli d'environ cent lieues dans fa plus grande
étendue , &: d'environ vingt lieues dans fa plus pe-
tite. A conliderer fa grandeur, il n'eft guère peuplé,
excepté le long de la rivière. La quantité de peaux ,
de dains&: de buffes que les marchands en tirent tous
les ans , fait aflez voir qu'il contient de grandes fo-
rêts & de vaftes deferts ; il faut encore remarquer
qu'on ne tue ces animaux que dans le voifinage ,
parce que les tigres & les marais ne permettent pas
aux chalfeurs de pénétrer vm peu avant dans les
bois.
Ce royaume renferme douze grandes provinces,'
dont chacune eft gouvernée par un oja , ou prince ,
en qualité de lieutenant de roi , qui a fous lui plu-
fieurs opéra ou ofiiciers inférieurs. Il y a auffi à la
cour un oja pour chaque province , qui en ménage
les affaires & veille fur la conduite du lieutenant-
général de la province.
Les Siamois parlent deux fortes de langues , la vul-
gaire qui eft toute fimple , en monoffyllabes , & fans
con)ugaifon ni déclinaifon ; & une autre qu'on ap-
pelle langue bali , enrichie d'inflexion de mots com-
me les langues européennes. Les termes de religion
& de juftice , les noms de charge , & tous les orne-
mens de la langue vulgaire , font empruntés de la
bali ; & il femble de-là , que quelque colonie étran-
gère le Ibit habituée autrefois au pays de Siam. Mais
c'eft un raifonnemcnt que l'on pourroit faire de la
plupart des contrées des Indes , qui ont ordinaire-
ment deux langues.
On prétend que les lois des Siamois leur viennent
du pays de Laos ; &: c'eft fans doute parce qu'il y a
s I A
de la conformité entre les lois de Laos & celles de
Siam , comme il y en a entre leurs religions. Cela ne
prouve pas que l'un de ces royaumes ait donné fa
religion & fes lois à l'autre , puifquc tous les deux
peuvent les avoir puifces dans une fource commune.
Quoi qu'il en foit , on veut à Siam que ce ibit Laos
qui leur ait donné fes lois , & même des rois : on
veut à Laos , que leurs rois , & la plupart de leurs
lois viennent de Siam.
La figure des Siamois eft indienne : leur teint efi:
mêlé de rouge & de brun , leur nez court & arrondi
par le bout , les os du haut de leur joue gros & éle-
vés , leurs yeux fendus un peu en-haut ; leurs oreil-
les plus grandes que les nôtres ; en un mot , ils ont
tous les traits de la phyfionomie indienne & chinoi-
fe , leur contenance naturellement accroupie , com-
me celle des fmges , dont ils ont beaucoup de maniè-
res , entr'autres une paffion extraordinaire pour les
enfans.
Leur religion eft la même que celle des brahmans,
qui, pendant plufieurs fiecles, a été la religion des
peuples qui habitent depuis le fleuve Indus jufqu'aux
extrémités de l'orient , fi on excepte la cour du
grand-mogol , & les grandes villes de fon empire ,
aulTi bien que Sumatra , Java , Célèbres , & les au-
tres îles voifmes , où le mahométilme a fait de fi
grands progrès , qu'il femble l'emporter fur elle. Ce
paganifme univerfel ( qu'il faut dlfiinguer de la reli-
ligion des anciens perf'ans,qui adoroient le foleil , la-
quelle cfî aujourd'hui prefque éteinte ) : ce paganif-
me, dis-je, quoique divifé en plufieurs itOits &
opinions, félon les différentes coutumes , langues , &
interprétations de ceux qui les profefTent , n'a pour-
tant qu'une feule & même origine.
Les Siamois repréfentent dans leurs temples le
premier inftituteur de leur religion fous la figure
d'un nègre d'une grandeur prodigieufe , qui efl alfis ,
& qui a les che\ceux frifés , & la peau noire , mais
dorée , comme par refped^. On voit à fes côtés deux*
de fes principaux difciples ; & devant &c autour de
lui le refte de fes apôtres , tous de la même couleur,
& la plupart dans la même poflure. Ils croyent , fé-
lon la doûrine des Brahmans , que la divinité habi-
toit en lui , & que cela paroît par fa dodrine , par fa
manière de vivre , & par fes prophéties.
Ils difent aufli que Wiflnou , par où ils entendent
la Divinité , après avoir pris différentes formes , pen-
dant plufieurs milliers d'années , &c vifîté le monde
huit fois , parut la neuvième fous la perfonne d'un
nègre, qu'ils appellent Sammana-Kutama ( c'efl dans
nos écrivains françois Sammana Codom). Ce dieu ,
félon eux , a revêtu dans le Gange feul cinq cens
cinquante fois la forme humaine. Cette idée leur elî
commune avec tout le peuple de l'Inde fur la méta-
morphofe de leurs dieux. Cette idée leur eft encore
commune avec les anciens Egyptiens , \qs Grecs &
les Romains. « Une erreur fi ridicule & fi étendue ,
» comme le dit M. de Voltaire , vient pourtant d'un
»> fentiment railbnnable , qui eft au fond de tous les
» cœurs. On fent naturellement fa dépendance d'un
» être fuprême , & l'erreur fe joignant à la vérité , a
» fait regarder les dieux dans prelique toute la terre ,
» comme des feigneurs qui venoient quelquefois vi-
*} fiter & réformer leurs domaines.
Les principes de la morale des Siamois font tous
négatifs , &; à-peu-près les mêmes que dans la plu-
part des contrées des Indes. Ne rien tuer. Ne rien
dérober. Ne point boire de Jiqueur qui enivre. Ne
point exténuer fes forces par la fatigue. Ils fuivent
exaftement ce dernier précepte, perfùadés que la fé-
licité fuprême confifte à n'être point obligés d'ani-
mer une machine , ôc de faire agir un corps. Dans ces
pays oii la chaleur exceflive énerve & accable , le
repos eft fi délicieux , & le mouvement fi pénible ,
S I A
49
que ce fyftème de métaphyfique paroît naturel. A
Siam, la poffefTion d'un éléphant fait la gloire & l'hon-
neur de fbn maître.
Leurs eccicfiaftiques mènent une vie retirée & auf-
tere : car ils alpircnt dans ce monde à un état deper-
fedion agréable au ciel , & fuiyi de grandes récom-
penfes, en domptant leurs pafTions , & mortifiant
leurs defirs. Ils ne fe marient point tant qu'ils font
dans l'état eccléfiaftique , mais vivent enfcmble dans
des monal^eres près des temples. Us vont prefque
nuds , n'ayant qu'un morceau de drap d'un jaune-
brun autour de leur ceinture , & un autre morceau
qui pend de deffus l'épaule gauche en plufieurs petits
plis, 6l qu'ils déploient lorfqu'il pleut pour s'en cou-
vrir les épaules 6c la partie fupérieure du corps. Us
ne couvrent jamais la tête , qui eft rafée de près , 6c
portent à la main un éventail de feuilles de palmier ,
ou de coupcaux de bois.
^ Il y a plufieurs rangs & plufieurs degrés dlfférens
d'eccléfiaftiques fiamois. Les plus jeunes prennent
un nom qui revient à celui de frcre ; & à l'âge de 20
ans , ils en prennent un autre qui répond à celui de
père. Les Péguans les appellent talapoi ; & comme ce
nom a été premièrement connu des étrangers , ils le
donnent à l'heure qu'il eft indifféremment à tous les
prêtres & eccléfiaftiques de la religion qui règne à
Péou , Siam,Camboia , Aracan , Parma , Laos, Ton-
quin , &: la Cochinchine.
Les pères fiamois vivent en fociété dans une ou
plufieurs maifons faites comme des monafteres , près
de certains temples. Chacun de ces couvens eft' gou-
verné par un chef qu'ils nomment /ow/a/z. Tous les
couvens de chaque province, font foumis à un fom-
pan en chef; & ceux-ci de même que tout le clergé
du royaume , font fous 1^ jurifdidion du prah-fan-
kara , comme qui diroit le grand pontife. Ce primat
fouveraln demeure à Judia {Sianï) , & fon autorité
eft fi grande , que le roi lui-même eft obligé de s'in-
cliner devant lui.
Chacun peut fe faire moine , s'il a affez de crédit
pour cela. Il y a même des hommes mariés qui quit-
tent leur femme , & fe mettent dans un monaftere.
Les voilà moines ,&jouifrant du privilège de ne pou-
voir pas être punis par le bras féculier. Le roi lui-
même , lorfqu'ils font coupables de quelque crime
capital , fe contente de les bannir dans une île défer-
te , où il exile aufti fes mandarins oc fes imniftres d'é-
tat , quand il les difgracie. ,
Ces mêmes eccléfiaftiques ont éiàibli plufieurs fêtes
annuelles qu'on célèbre toujours ; une , par exem-
ple , au commencement de l'année ; une , lorfque le
roi va faire des offrandes dans un temple de Napa-
that , en carofTe tiré par des hommes : une autre
quand ce prince va par eau faire fes dévotions dans
un temple fitué au-deffous de Siam ; & fuivant l'o-
pinion du petit peuple , pour couper les eaux , qui
dans ce tems-là , font dans leur plus grande hauteur,
& leur commander de fe retirer. On compte parmi
les fêtes annuelles des Siamois , celles du lavement
des éléphans qui fe fait deux fois l'année , & ces
deux jours-là^ on lave la tête de ces animaux avec
beaucoup de cérémonie. Les Siamois célèbrent aufîi
le premier & le quinzième jour de chaque mois , qui
font les jours de la nouvelle & de la pleine lune.
Ils commencent leur année le premier jour de
la lune de Novembre ou de Décembre , liiivant de
certaines règles. Leur époque commence à la mort
de leur grand dieu Sammona-Khodum;enforte qu'en
1670, ils coniptoier^ï 2304 ans. Ils ont , comme les
Chinois, un cycle de 60 ans , quoiqu'il n'y ait que
douze de ces années-là qui aient des noms particu-
liers , & qui étant répétés cinq fois font le cycle en*
tier.
Donnons pour les ciu-ieuxle nom des 1 1 années fia-
Î5Ô
S I A
moifes enïrançols; i . l'année de la fouris ; 2. l'année
àela vache; 3. l'année du tigre; 4. l'année du lievrc;
5. l'année du grand lerpent ; 6. l'année du petit Icr-
pent; 7. l'année du cheval; 8. l'année du bélier;
9. Tannée du linge ; 10. l'année du poulet ; 1 1. Tan-
nce du chien ; 1 z, l'année tlu pourceau.
L'année eft divlice chez ce peuple en douze mois,
qui lont 'un.ùres , de 19 ^^ de 30 jours alternative-
ment. Chaque troilieme année ils ont treize mois,
Sin des douze étant répété deux fois. Le premier mois
a 29 jours ; le fécond 30 ; le troifieme encore 29 ; &C
ils fe hiivent ainfi alternativement : de forte que l'an-
née entière eft compofée de 354 jours, & chaque
troifieme année de 384. A l'égard des jours du mois,
ils en comptent quinze depuis la nouvelle lune jul-
qu'A la pleine lune , après quoi ils commencent à
compter par un , & continuent jufqu'à la lune fiù-
vante. De-là vient que quelques-uns de leurs mois
ont 30 jours , 6c d'autres 29. Leurs femaines font
compoféts de 7 jours. Le dimanche ell: comme nous
dirions en françois le jour du foleil ; le lundi , le jour
de la lune ; le mardi , le jour du travail ; le mercre-
di , le jour de l'allémblée ; le jeudi , le jour de la
main ; le vendredi , le jour du repos ; le famedi , le
jour attraftif ; parce qu'il attire une nouvelle fe-
maine.
Les deux premiers de leurs mois,qui répondent à-
peu-près à nos mois de Décembre & de Janvier,
font tout leur hiver ; le troifieme , quatrième & cin-
quième , leur petit été , & les fept ou huit autres leur
grand été. Leur hiver eft fec , & leur été pluvieux :
i'ans cette merveille , la zone torride feroit ians doute
inhabitable ; ainli pendant l'hiver , le foleil étant au
midi de la ligne, ou vers le pôle antartique, les vents
de nord régnent toujours', & tempèrent l'air jufqu'à
le rafraichir fenfiblement. Pendant l'été , lorfque le
foleil eft au nord de la ligne , & à plomb fur la tête
des Siamois, les vents de midi qui foufflcnt toujours ,
y caufent des pUiies continuelles , ou du moins font
que le tems y eft toujours tourné à la pluie. C'eft
celte règle éternelle des vens qui fait que les vaifleaux
ne peuvent prefque arriver à la barre de Siam pen-
dant les fix mois des vents de nord , & qu'ils ne peu-
vent prefque en fortir pendant les fix mois de vents
de midi.
Voici maintenant ce qui regarde la monnoie de ce
royaume. Letfiam, que les étrangers appellent c^ir-
tl , s'entend de l'iç-gent , & pefe deux livres & de-
mie ou vingt thans , ou cinquante richedalers ,c'eft-
à-dire , qu'il a deux fois la valeur d'un catti , comme
il a cours à Batavia , & dans le Japon. On ne frap-
pe point de thails dans ce royaume , mais il y vaut
quatre maas , ou trente fols de Hollande. Chaque
maas vaut deux fuangs ; chaque fuang vaut deux
fiampais ; un fiainpai vaut deux puininis ; un puinini
contient un nombre incertain de cauris. Les cauris
différent beaucoup en valeur , car pour un fuand ,
on en peut acheter depuis 500 jufqu'à 800. On en
apporte une grande quantité des îles Maldives. Toute
la monnoie d'argent de Siam eft faite des écus de
Hollande , que l'on bat en Hollande exprès , & que
la compagnie hollandoife des Indes orientales , y
tranfporte fur le pié d'environ quatre florins l'écu.
Il me refte à parler des produftions du royaume
de Siam , de la vie des Siamois , de leurs mariages ,
de leurs tribunaux , de leurs rois , des grands & pe-
tits officiers de la couronne , &c. mais le détail que
j'en ferai lera fort court.
Ce royaume eft riche en mines , & la grande
quantité d'idoles de fonte qu'on y voit , juftifie
<iu'on a mieux fu les exploiter anciennement qu'au-
jourd'hui. L'or dont la luperftltion a orné leurs ido-
les prefque fans nombre , les lambris 6c les combles
de leurs temples, prouvent auffi la richefte de ces mi-
S I A
nés. On en trouve auffi quelques-unes de fer , qu'on
fait fondre & non forger. Auiîi les Siamois n'ont que
des ancres de bois pour leurs galères, auxquelles ils
attachent des pierres, pour les faire couler à fond.
Ils n'ont ni épingles , ni aiguilles , ni clous , ni ci-
feaux, ni ferrures, & n'emploient par cciiféquent
pas un clou à bâtir leurs mailons, quoiqu'elles loient
toutes de bois : leurs fermetures lont des cadenas qui
leur viennent du Japon , dont les uns font de fer, &c
fort bons , &c les autres de cuivre très-mauvais.
Les Siamois ont des bois propres à conftruire des
vaifleaux , parce que leurs arbres viennent ii droits,
fi gros, & fi hauts, qu'un fciil iiiflità faire un bateau,
ou balon , comme difcnt les Portugais, de lo à 15
toifes de longueur ; ils creulcnt l'arbre, 6c en élar-
gifl"ent la capacité ; ils relèvent les côtés par un bor-
dage d'une planche de même longueur ; enfuite ils
attachent aux deux bouts une proue & une poupe
fort haute , un peu recourbée en-dehors , qu'ils or-
nent de fculpture & de dorure ; mais comme ils n'ont
point de chanvre , leurs cordages font d'une écorce
verte qui eft fur le cocotier , & leurs voiles font de
nates de gros joncs.
Ils ont aufll du bois propre à bâtir des maifons , à
la menuiferie &: à la Iculptare. Il y en a de légers ,
de fort pefans , d'aifés à fendre , &C d'autre qui ne fe
fend point. On appelle ce dernier bois-marle en Eu-
rope, & c'eft le meilleur de tous pour les coudes de
navire ; celui qui eft dur & pefant , fe nomme tnis
di fer , & eft aflx^z connu dans les îles de l'Amé-
rique.
On ne trouve prefque aucun de nos arbres de
l'Europe , ni de nos plantes dans le pays de Siam ;
il n'y a point d'oignons , d'ails , de grolTes raves , de
perfil , d'ofeille , &c. Les rôles n'y ont point d'o-
deur ; mais à la place de nos arbres , de nos plantes,
& de nos fleurs , qui font inconnues aux Siamois ,
ils en ont d'autres particulières que nous ne con-
noiffons point. Tel eft , par exemple , leur arbre to-
poo. C'eft une efpece de riguier de la grandeur d'ur»
hêtre , touffu , qui a l'écorce unie & grife , & les
feuilles rondes , à longue pointe ; il porte un fruit
rond, inftpide , &'qui n'eft bon que pour les chauves-
fouris. Tous les Siamois regardent cet arbre comme
facré, & agréable aux dieux , parce que leur grand
faint Sammana - Khodum prenoit plaiftr à s'alTeoir
deflbus ; & c'eft pour cela qu'ils aiment à le planter
auprès des temples , lorfque le terroir & le climat le
permettent.
Ils attribuent la même Hûnteté à un autre figuier,
dont les branches fe courbant vers la terre , y pren-
nent racine, & forment de nouveaux troncs ; de
forte qu'il acquiert un fort grand contour. Ses feuil-
les reftèmblent à celles du laurier- cerife , excepté
qu'elles font plus grandes , & il porte un fruit com-
me l'efpece de figuier dont nous venons de parler.
Un autre arbre fort extraordinaire , qu'on trouve
dans le royaume de Siam , eft l'arbre aux nids d'oi-
feaux. Il eft de la grandeur d'un pommier ; fon tronc
& fes groffes branches touffues , font pleines d'ex-
croiffances raboteufes , de différentes grofleurs 6c
figures, & font chargées de feuilles étroites.A l'extré-
mité des petites branches pendent plufieurs nids
d'oifeaux, faits d'herbes féches , & de quelqu'autre
matière , travaillés avec beaucoup d'art , & de la for-
me d'une bourfe longue , qui va en s'étréciflant par
le haut. L'ouverture des nids eft tournée au nord-
oueft , de forte qu'ils font à couvert du vent du midi
& de la pluie. Kaempfer a compté plus de cinquante
de ces nids fur un léul arbre , & n'en a jamais vu
fur aucun autre. Les oifeaux font d'un brun jaunâ-
tre , & reflémblent aux ferins de Canarie , mais ils
n'ont qu'un cri approchant de celui des moineaux.
Les terres du pays de Siam ,font purement argil-
s I A
\t\i(es , A peine y troûve-t-on un cailloli. Les lieux
«levés font arides & brûlas du foleil ; l'inondation
annuelle de la campagne , produit feule l'abondance
de la récolte du riz. Les pâturages font greffiers ;
auffi n'y a-t-il dans le pays ni chevaux , ni mulets , &
Tout fe réduit aux bœufi> & aux éléphans. La chaffe
des derniers eft permife , mais on n'y va que pour
les prendre , & jamais pour les tuer. On voit tou-
jours un éléphant de garde au palais du roi tout en-
harnaché & prêt à monter. A ref>droit où il eft mis
de garde , il y a un échafFaud qui eli: à plein pié de
l'appartement du roi, afin que fans fortir le prince
puiffe monter tout-de-fuite fur (on éléphant.
L'eau pure eft la boiftbn ordinaire des Siamois ;
'mais comme c'eft de l'eau de rivière chargée de bour-
be , on la met dans de grands vafes pour la laifter
repofer & filtrer pendant un certain elpace de tems.
ils boivent anfTi de deux liqueurs qu'ils appellent tari
'& neri. Le tari fe tire par incifion d'une efpece de
cocotier fauvage ; le neri fe tire de même de l'aré-
quier , forte d'arbre dont le fruit fe nomme areque. [Is
boivent encore des eaux-de-vie de riz , qu'ils éclair-
ciflent avec de la chauX.
Leur dépenfe en habits , et» logement & en ameu-
blemens n'eft pas couteufe. D'abord ils ne s'habillent
-point : ils vont mids pies & nue tête , & s'entourent
léulement les reins d'une pièce de toile peinte qu'on
appelle /'^^/z«. Leurs maifons les plus belles font de
bois ■, & à un feul étage. La plupart de leurs lits ne
coiififtent qu'en une natte de jonc. Les tables font
"fans pies, îans napes. ni ferviettes , ni cueilleres ,
Tfi fourchettes , ni couteaux. Point d'autres fieges que
des nattes de jonc. Leur vaifTelîe eft de porcelaine
^groiïiere , ou d'argille. Le bois fimple ou vernifté leur
fournit tout le refte. Leur nourriture ordinaire eft le
riz & le poiffon. La mer leur donne auffi de petites
tortues & des écreviffes. Lesfauterelles , les lézards,
'& la plupart des infeftes , ne déplaifent point à leur
'goût. Leurs fauffes font faites avec un peu d'eau, de fel,
"de petites herbes , & un peu d'épices , que leur four-
niffent les Hollandois.
Les formalités de leurs mariages font affez Amples;
mais à caufe de la chaleur du climat , on a coutume
de marier les filles & les garçons fort jeunes , de forte
que les filles ont fouvent des enfans à l'âge de douze
ans. Les hommes peuvent avoir plulieurS femm.es ,
dans le nombre deîquelles il y a en a toujours une qui
eft la principale de toutes. Le divorce y eft commun ;
'en ce cas le mari rend à fa femme principale fa dot ;
& ils partagent leurs enfans également , fi leur nom-
bre eft pair; s'il eft impair, la femme en a un de plus
que le mari. Pour les autres femmes & leurs enfans,
ïe mari a la puiftance de les vendre. Après le divor-
ce, le pcre & la mère peuvent auffi vendre les enfans
qui leur font échus en partage;
, Il y a des tribunaux de judicature pour juger tous
les différens des particuliers ; mais il n'y a dans cha-
que tribunal qu'un feul officier qui ait voix déUbéra-
tive ; tous les autres n'ont que voix confultative , fé-
lon l'ufage de la Chine , & autres états voifins. Les
gouverneurs des villes font les chefs des tt-ibunaux.
Dans les procès déUcats , oh admet la preuve du feuj
\:lc l'eau ^ & des vomitifs. La peine du vol eft la
condamnation au double ou au triple ; mais on
étend la peine du vol fur toute la pofleflîon inju(-
te en matière réelle : de forte que lorfqu'on eft évin-
cé d'an héritage par [îrocès, on rend non-feulement
l'héritage à la partie , mais on en paye encore le prix,
moitié aux juges , moitié ;\ la partie. Quand il peut y
avoir peine de mort ,1a décilion en eft refervée au foi
feul, qui quelquefois feulement accorde à des juges
extraordinaires qu'il envole dajtis les provinces , le
pouvoir d'infliger une peine capitale.
Le roi eft entièrement defpotc j tout le peuple
S î A n^
îans diftinfticîn lui appartient. La feule différence qu'à
y a des efdaves du roi à fes fujets de condition libre •
c'eft que ceux-là font toujours occupés à destravà-ax
perfonnels , & font nourris ; au lieu que ceux-ci hè
lui doivent de travail que fix mois de l'année 6c fe
nourrificnî eux-mêmes. Généralement tout le pe-«.iplé
eft une milice enrôlée ; mais comme ce prince n'eîn=
ploie jamais tous fes fujets dans fon armée , & qùè
rarement il met une armée en campagne , il occupe
à tel travail qu'il lui plaît pendant fix mois de l'année^
ceux de fes lujets qu'il n'emploie pas à la guerre.
Les Siamois font peut-être le peuple le moins porté
& le plus inhabile à l'art militaire. Si les Péguans j,
leurs voifins > entrent d'un côté fur leurs terres , ils
entrent dans celles du Pégu , & les deux parties em-
mènent des villages entiers en captivité. De fiéges i
ils n'en ont jamais fait ; & quand ils prennent auel-
ques places , c'eft toujours par la faim ou par la tra-
hifon. Ils font encore plus foibles fur mer que fur'
terre : à peine le roi a-t-il cinq ou fix petits vaiffeaux^
qui ne peuvent fcrvir que pour porter des marchan-
difes. Ses galères ne font que de médiocres bateaux
à un pont , avec des rames fort courtes qui atteignent
à peine à l'eau , & des ancres de bois.
Les finances du roi confiftent en droits de douane
fi.ir les marchandifes qui arrivent dans fes états , ôc
en un droit annuel fur toutes les terres labourables ,
& fur tous les fruits qui fe recueillent; il a outre cela
des terres qu'il fait cuhiver par fes fujets ; il a les
amendes & confifcations ; enfin il gagne beaucoup
dans le commerce qu'il fait feul & excïufivement fur
la plupart des chofes rares qu'on vend enfuite à fon
profit.
Les anciennes lois de Siam ordonnent qu'après là
mort du roi , fon frère fuccédera à la couronne ; &:
après la mort du frère , ou s'il n'y a point de frère ,
(on fils aîné. Mais ces lois ont été fi louvent violées ,
& la fucceffion a été fi fort dérangée , qu'à-préfent
lorfque le roi vient à mourir, celui de la famille royale
qui eft le plus puiflant , s'empare de la couronne ;
de forte qu'il an-ive rarement que le plus proche Se
véritable héritier monte fur le trône , ou foit en état
de s'y maintenir.
Le roi de Siam a plufieurs grands officiers ; favoit
I , un officier qui a la direction des cours criminelles ÔC
des confifcations ; c'eft une place de grande confian-
ce. 2. Un grand chancelier , qui a la direftion des af-
faires étrangères. 3. Un grand chambellan , qui a la
furintendance des palais du roi. 4. Le premier juge.
5. Le receveur général des revenus de la couronne,
6. \Jn grand écuyer qui a l'infpeftion des éléphans 6c
de leurs équipages. 7. Un grand maître de la malfon ,
qui a fous fon intendance tous les domeftiqucs du,
roi , & les ballons de fa majefté.
Il y a plufieurs autres officiers de la cour d'un rang
inférieur , comme le chef des malagans , celui des
mores , le receveur des douanes , t^c.
Les Siamois n'ont point de nom de famille hcrédi-»
taire , ils reçoivent les noms qu'ils portent de leurs
maîtres & de leurs fupérieurs. Les premiers de l'état
portent le nom de leurs charges; mais nul officier n'a
de gages ; il a feulement le logement , ^ quelquefois
de petits préfens du prince , comme quelques terres
labourables, qui reviennent encore au roi avec l'of-
fice après la mort de l'officier. Ainfi le feul gain des
offices confifle dans les concuffions & les prêtons des
particuliers , ce qui eft li commun que les moindres
officiers en font aux plus grands ;\ titre de refped ,
mais en réalité pour en être protégés. Le niinlftere
eft orageux dans ce pays-là, tant'^par l'inconftancei
naturclîe du prince , que parce que les voies font ou^
vertes à tout le monde pour lui porter fes plaintes.
Un ambafladeur n'eft dans ce royaume, commâ
dans tout l'Orient , qu'un meftager des rois ; il ne r«*:
'l^^
S I A
prcfentc point fan maître ; il cil arrêté <\ l'entrco du
royaume , juiqu à ce que le roi Ibit informe de Ion
arrivée. On le conduit d'abord à l'audience , & il ne
peut refter dans la capitale après l'audience de congé.
La famcufe ambaiiade de Sijm en France dans le
dernier fiecle, nous a valu Icsrelations de ce royaume,
compolcespar le P. Tachard, par l'abbé de Choily,
par MM. de Liflo , Gcrvalle , de Chaumont , & de la
Louberc ; mais outre que toutes ces relations le con-
trediicnt, elles n'ont pas le mérite de celle deKœmp-
ter,qui d'ailleurs eft poftérieure à tous les voyageurs
que je viens de nommer. ( Le Chevulùr de Jau-
COURT.)
SiAM ^ÇGîog. moJ.) capitale du royaume de Siam,
&: la réfidcnce du roi. Cette capitale cil appellée par
les Siamois Mcûang- Syo:uhia , & par les Chinois
Jtichia & Jud'ui. Long, fuivant Caffini , Lieutaud , &
Delplaccs , ii8. zi ;^o ; liiivant le P. Noël, nS. 6\
jo. Latic. iuivant les uns &z les autres , 14, 18.
Cette ville eft renommée dans toutes les Indes ,
quoique très-moderne, n'ayant pas aujourd'hui plus
de trois fieclcs d'antiquité. Elle étoit auparavant dans
le lieu où eft prélentement Bankok , iur le bord oc-
cidental de la grande rivière Meuan ; mais on l'a dé-
molie pour la rebâtir oii elle eli à-prélent , dans une
île balle formée par cette rivière Cette île a la forme
de la plante du pié , le talon tourné à l'ouell , & en-
viron deux milles d'Allemagne de circuit. Elle efl li-
tiiée dans un pays tout-à fait plat , autant que la vue
peut s'étendre , fur un terrein bas , coupé par plu-
fieui-s canaux qui viennent de la rivière, &: qui for-
ment tout autant de petites îles quarrées ; de forte
qu'on ne fauroit aller fort loin lans bateau. Elle ell
environnée d'une muraille de briques , qui doit être
aujourd'hui tombée en ruine , fi on ne l'a pas réta-
blie.
Plufieurs grands canaux qui viennent de la rivière,
traverfent la ville , & font alfez profonds pour porter
les plus grands bateaux , & les faire aborder auprès
des principales maifons. Les rues font en droite ligne
le lono des canaux , mais la plupart font fort étroites;
d'ailleurs elles font toutes fales & malpropres , il y
en a môme qui font inondées en haute marée. A con-
fidérer la grandeur de cette ville , elle efr alTez dé-
peuplée , lur-tout du coté del'ouelt & du fud, oùl'on
voit de grands efpaces vuides , & qui ne font point
cultivés.
Le roi a trois palais dans cette ville , dont le plus
remarquable eft dans le milieu de la ville même. Ce
palais eft un grand quarré , divifé en plufieurs bâti-
mens qui , Iuivant l'architechirc chlnolfe , font ornés
de plufieurs toits l'un fur l'autre , ik de plufieurs fron-
tifpices , dont une partie ell dorée. Dans l'enceinte
du palais , auffi-bien qu'au dehors , il y a de longues
écuries où l'on voit une centaine d'éléphans rangés
de fuite , &C magnifiquement harnachés ; mais il n'y
a qu'une feule ouverture pour entrer dans le palais ;
61 quoiqu'elle foit extrêmement fale , perfonne n'y
palle qu'à pié : & pour éviter toute furprlfe , il elt dé-
fendu à tous les bâtlmens qui remontent la rivière ,
de s'approcher des murs du palais royal qu'à une cer-
taine dillance.
t)n voit aux portes & aux autres avenues de ce
palais , une foule de gens nuds , dont la peau balanée
eft peinte de figures noires bigarrées , comme les ima-
ges du faint-lcpulchrc à Jérulalem. Quelques-uns ne
lont marqués ainfi qu'aux bras , mais les autres le font
par tout le corps , jufqu'à la ceinture , qu'il couvrent
d'un morceau de drap , fuivant la coutume générale
du pays. On leur donne le nom portugais de br.Jcos-
pimados , ou bras peints. Ce foni-là les gardes du roi ,
fes portiers & les bateliers. Pour toutes armes , Ils
ont des bâtons gros & courts , ck ne font que roder
autour du palais comme des vagabonds.
S I A
Dans ies autres parties de la ville il y a un quartier
qui cfl deltlné aux étrangers , oii demeurent les Chi-
nois , les Maures & les Indoulfans : c'ell un quartier
très-peuplé , où il le fait un grand commerce , parce
que tous les vailicaux y abordent. Les maifons de ces
étrangers font en quelques endroits toutes bâties de
pierre , mais elles lont fort petites, n'ayant que huit
pas de longueur , quatre de largeur , &C deux étages ,
quoiqu'elles n'aient pas plus de deux brafi'es & demie
de hauteur. Elles font couvertes de tulles plates , ôc
ont de grandes portes fans aucune proportion.
Le quartier des naturels du pays , cil , comme on
peut bien le penfer , le plus grand de tous ; il ell ha-
bité par quantité d'artifans , rempli de boutiques des
deux côtés , &L de grandes places pour les marchés ,
qui le tiennent tous les jours loir & matin. Les mai-
fons des gens du commun qui y demeurent , ne font
que de milérables cabanes bâties de bambou , & cou-
vertes de branches ùc de feuilles de palmier qui
crolllént dans les marais. Les boutiques font baffes &
mal entendues , mais elles font affez bien lituées en
lignes droites parallèles aux rues.
Les mandarins ou minillres d'état , & les courti-
fans , demeurent dans les quartiers vollins des palais
du roi ; leurs maifons , quoique bâties de pierre &
de chaux , font affez chétives ; les appartcmens ne
font ni propres ni garnis, & les cours font fort fales.
Les canaux de Siam ont donné lieu à un grand
nombre de ponts , dont la plupart font faits de bois,
& peu folides. Ceux qu'on a bâtis fur le grand canal
font de pierre ou de brique , avec des balullrades de
même ; mais comme il n'y a dans cette ville ni cha-
riots ni charretes , tous les ponts font fort étroits : les
plus beaux ont 60 ou 80 pas de long , & font fort
hauts au milieu.
Comme tout le pays de Siam fourmille de prêtres
& de moines , cette ville en particulier ell pleine de
temples , dont les cours aboutiffent régulièrement au
niveau des rues , & font remplies de pyramides &
de colonnes de différentes ligures , & dorées. Ces
temples ne font pas fi grands que nos églifes , mais ils
les furpaffent en magnificence extérieure , comme
par le grand nombre de leurs toîts , par leurs fron-
tilplces dorés , leurs efcaliers avancés , leurs pyra-
mides , colonnes , piliers , & autres embeUiffemens.
Le dedans efl orné de plufieurs ftatucs de grandeur
naturelle , ou même plus grandes , artlflement faites
d'un mélange de plâtre , de réline bc de poil , auquel
on donne d'abord un vernis noir , & que l'on dore
cnfuite. Elles font placées en plufieurs l'angs dans un
lieu éminent , où ell l'autel.
Dans quelques temples elles font rangées le long
des murailles , affifes les jambes croilces , toutes
nues , excepté au milieu du corps , où elles font cein-
tes d'un morceau de drap jaune foncé ; elles ont aulîi
depuis l'épaule gauche jufqu'au nombril , une autre
pièce de drap de la même couleur entortillée. Leurs
oreilles font fen4ues , & fi longues , qu'elles defcen-
dent fur les épaules. Leurs cheveux lont frifés &
noués fur la tête en deux nœuds , de forte qu'on ne
peut pas dlllinguer fi c'ell un bonnet ou quelque au-
tre elpece d'ornement. La main droite ell pofée fur
le genou droit , & la gauche fur le giron. A la place
d'honneur , qui ell le milieu , il y a une idole qui ex-
cède de beaucoup la grandeur d'un homme , alfife;
dans la même pollure fous un dais. Elle repréfente
leur apôtre , ou le fondateur de leur religion , leur
Sammona-Khodum.
Ce Khodum a des llatues d'une grandeur mon-
firueufc dans quelques temples. Kœmpfer a vu une
de ces idoles affile fur un heu élevé , dont la pro-
portion étoit telle qu'elle auroit étant droite, cent
VHV't pies de long. Ces fortes d'idoles font dans la
même pollure où Kiiodum & les di£clples fe met-
toient
s I A
tolent lorrqu'ils croient dans leurs. îréclitatlons rell-
c'ieufes. Les prêtres les feftateurs , lont encore obli-
ges par leurs règles de s'alicoir tous les jours en cer-
tain tems peur l'exercice de leur dévotion. Ils por-
tent aufîi le même habit ; ils vont la tête nue & ra-
ice ; & pour fe garantir du foleil , ils ie couvrent le
vifagc d'un éventail fait de bois ik. de feuilles de pal-
mier.
Les maifons des moines font près des temples , &
elles font afiez chétives; mais à un des côtés ils ont
leur école publique. Cette école cil une grande falle
oii l'on monte par quelques degrés :. & au lieu de fe-
nêtres il y a plulieurs petites lucarnes , pour donner
de l'air aux étudians pendant les leçons ; cette falle
efl divifée en plufieurs bancs. Au milieu eil: une
eftradeliirlaquelleily a un pupitre ouvragé &i. doré;
un vieux prêtre y vient à certaines heures lire d'une
voix lente & diftindfe (es leçons aux jeunes étudians.
Lorfqu'il prononce certain mot , fes auditeurs met-
tent leurs mains (nx leur front ; mais en général ils
ne brillent pas par leur dévotion ; car pendant les le-
çons les uns coupent du pinang, d'auires le mettent
en poudre ; d'autres mêlent du mercure avec du jus
de quelque herbe , & d'autres s'amufent à autre
choie.
Près du pupitre, ou dans un autre endroit de la
falle, on voit l'idole d'Amida , le tenant debout fur
la fleur tarate , fiha œp'ptia, ou nymp/iœa magna :
ils croyent qu'il intercède pour les aines des morts.
Autour de la falle pendent des fleurs & des couron-
nes de papier , des banderoUes , &C d'autres ornemens
dorés, attachés à des bâtons de bambou , qu'ils por-
tent dans les convois funèbres. On remarque encore .
devant le pupitre une machine en forme dé table,
faite de bambou jointe groflicremcnt eniemble , &
tendue de pièces de drap jaune , dont les prêtres le
couvrent la ceinture. Cette table efl: ordinairement
jonchée de fleurs, & quelquefois couverte de plats
pleins de riz, de pinang , d« pifang , de poiffon i'ec ,
de limon , mangoflangs , cciiutres fruits du pays, qui
font des offrandes & des préfens qu'on fait aux moi-
nes du couvent.
Il y a plufieurs villages autour de Siam : dans
quelques-uns les vailFeaux y fervent de maifons, &
contiennent chacun deux ou trois fam.illes. Ils con-
duifent ces maifons flottantes dans tous les endroits
où l'on tient des foires, pour y vendi'e leurs mar-
chandifes. Dans les villaties fituésen Lerre-ferme, les
maifons font communément bâties de bambous , de
Tofeaux , & de planches. Quelques-unes de cçUes qui
cotoyent la rivière, font élevées fur des piliers de la
hauteur d'une bralfe , afin que les eaux qui inondent
le p^r^^s pendant quelques mois, puifTent palîi;;r libre-
ment deflbus. Chaque maifon a un degré ou une
échelle, pour defcendre àterre quand les eaux fe font
retirées; & un bateau pour aller aux environs lorf-
qu'elles font hautes.
C'efl fur les éminences que font bâtis hors de la
ville plufieurs temples , couvents , tous les cimetiè-
res où l'on enterre les morts , & les cours où l'on
brûle leurs os , & oii l'on élevé de magnifiques pyra-
mides.
Entre ces pyramides élevées proche de Siam , il y
en a une fameufe , à luie lieue au nord-ouell de la
ville. Elle efl d'une flrudfure malîive , mais haute de
plus de vingt brafTes, & placée dans un qiiarré fer-
mé d'une muraille baffe. Cet édifice a deux pièces
pofces l'une fur l'autre ; la pièce de deflbus eft quar-
rée; chaque côté a cent quinze pas de long , &c s'é-
lève jufqu'à la hauteur de plus de douze brafles. Il y
a quatre étages bâtis l'un fur l'autre, 6c le plus haut
s'étrécifTant, laiffe fur le fommet de celui qui, efl im-
médiatement deffous un efpace vuide pourm^rcjicr
tout au tour ; chaque étage çft embelli de corniche.
TomeXK
S î A
1 5î
La féconde pièce de la pyramide efî pofée fur la fur-
face de la première qui ell qtiarrée; chaque côté
ayant trente-fix pas de long. Le piédeflal de cette
féconde pièce efl oamgulaire , & monte enli:ite en
forme de clocher. Sur le haut il y a plufieurs colon-
nes qui foutiennent un tas de globes qui s'élèvent en'-
pointe , c'efl-à-dire , dont les diamètres dim.inuent à
proportion de la hauteur; le tout finit par une ai-
guille fort longue & fort déliée. ( Le chevalier de
J AV COURT. ^
Si KM y maladie de, (^ Médecine.^ ce n'efl point,
comme on le penfe communément, une maladie par-
ticulière qui ait un carailere propre , & qu'on n'ob-
ferve qu'à Siam , dans les Indes , 5c dans les îles d'A-
mérique. Nous n'en trouvons la def cription dans au-
cun des auteurs qui ont voyagé dans ces contrées ,
ni dans les ouvrages des médecins qui ont traité de
la médecine de ces peuples; tels que Cleyer, Bar-
chufen , Profper Alpin , &c, Nous favonsVculement
par le témoignage de différentes perfonnes inflruites
qui ont reflé long-tcms au Cap & à la Martinique ,
qu'on y donne le nom de maladie di Siam^ à certai-
nes cfjjeces de fièvres continues, ardentes , qui atta-
quent les nouveaux débarqués dans ces pays , & qui
outre les fymptomes ordinaires , font accompac^nées
d'hémorrhagies plus ou moins abondantes par diffé-
rentes parties du corps. Ces fymptomes font plus
fréquens pendant les chaleurs brûlantes de l'été que
dans les autres faifons , & plus familiers à ceux qui
font d'u|i tempérament vif, biheux, pléthorique. Du
refle , il ne paroît pas que ces fièvres qu'on appelle
maladie de Siam , foient plus dangereufes que les au-
tres ; ou fi elles le font , ce n'eft que par accident ,
moins à caufe des hémorrhagies qui font excitées ,
qu'à caufe de l'incommodité ou des autres mauvais
effets de la chaleur exceffive de la faifon. Il n'eft pas
rare de voir en France des fièvres ardentes pendant
les étés très-chauds , auxquelles on pourroit donner
la même dénomination ; car on y apperçoit les mê-
mes fymptomes ; rien n'efi: fi ordinaire que d'obfer-
vér pendant leur cours ou à la fin , des hémorrhagies
abondantes , fouvent critiques & falutaires.
On n'a dans les îles d'autre attention particulière
p4)ur la maladie de Siam , qiie d'infifler un peu plus
fur les faignées , furies anti-phlogiftiques ,.fur les
prifanes nitreufes, émulfionnées , fur les boifïbns aci-
des ; en un mot, fur les rafraîchiffans,, remèdes qui pa-
roifient très-bien indiqués par le caradere de la ma-
ladie , l'état du malade ik de la faifon , 6c dont un fac-
ccs foutenu conftate l'efficacité, ( w ) . - •
SIAîvîBlS , ( Géog, anc. ) île que Pline , /. IF. c,
xvj. met au nombre de celles qui font fur la-pcte de'
la Bretagne. Camden croit que c'efU'îie Seng. de Pom-'
ponius Mêla , & dit qu'on la nomme à,pi-éfent Sâyn.
f^oyei Sayn , île de. (D. J.) :;: -i-.'. :. , r ;
i ^SIAMOISE , f. f. ( Soyerie & Cotonnerie. ) étoffa
mêlée de foie & de coton qu'on a vue la première fois
en France , lorfque les ambaffadeurs du roi de Siam
y vinrent fous le règne de Louis XIV. Les fiamcifcs
de fil tk de coton ont été plus heureufes ; il s'en fait
toujours un affez grand commerce. Lésines font à"
grandes , & les autres à petites raies de diveriês cou- ■
leurs ; leur largeur efl de demi - aune', oti de près
d'une aune : quelques-unes fe, favonnenî. Didiori'
naire-du Commerce. (^D. J.^
SIAMPART , f. ni. ( Marine. ) petit bâtiment de^
la Chine qui a une voije , deux , quatre , où lix raraes,
& qui peut porter vingt-cinq à trente hommes, il ni-
vige terre à terre ,& va trôs-vîte.
SI AN ,\Géog. woJ.) pe.tit état d'Afrique, ilans'la
bafl'e Ethiopie, au voilinage de ceux de Chélicio &•
d'Ampaza : il efl gouverné par un feigneitr niahomé-
tan.(i>. /.)
. SIAP«.A , .( <S"^^. /rW. ) capitainerie de;rAméii-.
ÏÎ4
S ï B
> que méridionale , dans le Brcill , îiir la cote fenten-
trionale, entre celle de Maragnan, Scelle de Rio-
Grande; les Portugais y ont deux torterelles. Les
fauvages de cette côte lont grands & laids de vilage;
ils ont les cheveux longs , les oreilles percées , pen-
dantes prelque fur les épaules, & la peau teinte en
noir, excepté depuis les yeux julqu'à la bouche.
Long, j 3 é?. lacit. mèrid. ^. u6.(D. J.)
SIARÈ , f. m. ( terme de relation. ) nom que les
habltans des îles Maldives donnent à un lieu qui cft
conlacré au roi des vents. Il n'y a prelque aucune
de leurs îles où Us n'ayent nnfiare , dans lequel ceux
qui font échappés de quelque danger lur mer, vont
taire leurs offrandes. Ces offrandes conhitent en de
petits bateaux chargés de fleurs & d'herbes odonié-
ranics. On bride ces herbes & ces fleurs à l'honneur
du roi des vents , & on jette les petits bateaux dans
la mer après y avoir mis le feu. Tous leurs navires
font dédiés aux rois des vents & de la mer. (^D.J)
SIATUTANDA, {Géog. anc.) ville de la Ger-
manie. Ptôlomée , liv. IL du x. la marque dans le
climat le plus feptcntrional. Ceux qui veulent que ce
folt Sidibunn, dans la province de Gronlngue, n'ont
rien qui puifle appuyer cette poluion.
SIBA , ( Gcog. mod. ) province de l'empire du Mo-
gol. EUe'ell bornée au nord par celle de Nagracut , au
midi par celles de Gor & de Jamba , au levant parle
grand Tibet , & au couchant par la province de Pen-
gap. On voit dans fa partie feptentrionale le lac d'où
fort le Gange , & dans fa partie méridionale fe trouve
la ville & le petit royaume de Sirinagar.
SiB A , LA , ( Géog. mod. ) rivière de la grande Tar-
tarle , & qui s'appeilolt autrefois Altui. Elle a fa four-
ce dans les montagnes d'une branche du Caucale , à
43^ de latitude , au fud des fources de la Jéniléa, &
elle fe perd vers le nord de deferts du Goby. Ses
bords font habités par les Monugales de l'oueft , qui
ont un petit kan pour chef. {D. J.)
SIBDA , {Géog. anc. ) ville de la Carie, Pline , /.
y.c.xxjx. dit que ce fut une desfix villes qvi' Alexan-
dre le grand mit dans la dépendance de la ville d'Ha-
llcarnaffe.
SIBERENA , {Géog. anc.) ville d'Italie. Etienne le
géographe la donne aux Anotrlens. On a des médail-
les anciennes avec ce mot2://3>ipm>i, Gabriel Barri dit
que le vulgaire ignorant la nomme préfentement S.
Severina ; cependant elle s'appeilolt déjà de la lorte
dès le tems de Conftantln Porphirogenete. {D. J.)
SIBÉRIE , ( Géog mod. ) contrée de l'empire ruf-
fien ; elle comprend la partie la plus feptentrionale de
cet empire , & même de l'Allé. Elle efl: bornée à
l'orient par la mer du Japon , au midi par la grande
Tartarie , à l'occident par la Ruflle , dont elle ell
féparéc par le commencement du niont Caucafe , &
au feptentrlon par la mer Glaciale ; ainfi la Sibérie
peut avoir huit cens lieues dans fa plus grande éten-
due d'occident en orient, & trois cens lieues du midi
au nord.
Comme ce grand pays eft fitué entre le 50 & le
•jo^ de latitude, \e froid y doit être très-piquant dans
les parties feptentrlonales ; mais voici une autre caufe
qui augmente le froid jufques dans les cantons méri-
dionaux. La Sibérie n'efl: , à proprement parler, qu'-
une large vallée ouverte aux vents de nord qui la tra-
verfent fans obflacle depuis la nouvelle Zemble jul-
qu'au fommet du Païasfemnoï ; or cette expofition y
rend le froid plus excefllf que dans des pays fepten-
trionaux , tels que la Suéde , mais que des monta-
gnes mettent à l'abri du nord.
Cette contrée produit les plus riches founires ; &
c'cft ce qui fervit à en faire la découverte en i 563.
Ce fut fous Ivan Bafilides , qu'un particulier des envi-
rons d'Arcangel , nommé Anika , riche pour fon état
& pour fon pays , remarqua que des hommes d'une
SI B
figure extraordinaire , vêtus d'une manière jufqu'-
alors Inconnue dans ce canton , &C parlant une hineue
que perfonne n'entendolt. defccndolent tous les ans
une rivière qui tombe dans la Dvina , & venoicat
apporter au marché des martres & des renards noirs ,
qu'ils troquolent pour des clous & des morceaux de
verre , comme les premiers fauvages de l'Amérique
donnoient leur or aux Efpagnols ; 11 les fît fuivre par
fes enfans & par l'es valets jufque dans leur pays ;
c'étolent des Samojedes.
Les domefllques d'Anika étant de retour , rendi-
rent compte à leur maître de l'état du pays qu'ils
avoient vu , & de la facilité de gagner des richefTes
immenfes en portant aux habitans des marchandlfes
de peu de valeur contre leurs belles pelleteries. Ani-
ka profita de cet avis , & fit fi bien qu'en peu d'an-
nées fes gens , lès parens & fes amis fe trouvèrent en-
richis par ce nouveau trafic.
Les yinicicns , c'eft ainfi qu'on les nomma , fe
voyant comblés de bien , & craignant les révolutions
de la fortune, longèrent , pour le maintenir, à fe pro-
curer un appui dans la perfonne du premier mlnlitre.
On les écouta favorablement , & peu de tems après
l'empereur de Rufîle fut reconnu par tous les Samo-
jedes pour leur fouveraln.
On éleva des fortereffes le long de la rivière d'Oby,
on y mit des garnlfons , & on nomma un gouver-
neur général de tout le pays. On continue d'y en-
voyer des colonies de rufïès , de tartares , de polo-
nois. On y condamne même comme à un exil , des
voleurs , des miférables & autres gens qui font l'écu-
me des hommes. Enfin dcsprifonniers de guerre fué-
dois du premier mérite y ont été relégués par le Czar
Pierre.
C'eft là qu'on a bâti Tobolski , devenue capitale
de cette valte contrée , & le lèjour du vice-roi. Tous
ceux qui doivent des tributs en pelleterie les portent
dans cette ville; & quand ces tributs font recueillis,
on les envole à Mofcou fous une bonne elcorte.
La Sibérie eft occupée par trois fortes d'habitans ;
favoir, 1°. par des peuples payens , qui font les an-
ciens habitans du pays ; a°. par des tartares mahomé-
tans , qui font ceux fur lefquels lesRulfes l'ont con-
qulfe ; 3 *. par les ruflTes qui en font à-prefent les maî-
tres.
Les peuples payens qui habitent la Sibérie fe divi-
fent en plufieurs nations , dont les principales font
les Voguluzes 6c les Samojedes , qui habitent , les uns
entre l'Oby & la Lena veis la mer Glaciale , & les
autres fur la côte feptentrionale de la Ruflîe. Les Of-
tlaques habitent vers le 60 degré de latitude. Les
Tlngoèfes , ou Toungonfes , occupent une grande
partie de la Sibérie orientale , & font divlfés en plu-
îisurs branches. La plupart de ces peuples n'ont
point d'habitation fixe ; ils vivent fous des hutes, ils
demeurent pendant l'hiver dans les forets , cherchant
leur nourriture à la chaflè , & dans l'été ils vont ga-
gner les bords des rivières pour s'entretenir de la pê-
che. Les peaux des polflbns font leur habillement
d'été , & les peaux des élans & des rennes leur fervent
au même ufage en hyver. Un arc , ime flèche , un
couteau , une hache avec une marmite font toutes
leurs richefiès. Les raclures d'un certain bols leur
tiennent lieu de Ut de plume pour fe coucher ; les
rennes & les chiens leur fervent de chevaux pour ti-
rer leurs traîneaux fur la neige. La religion de ces
différens peuples confifte en quelque honneur qu'ils
rendent au foleil , à la lune & à leurs Idoles.
Les tartares mahométans font la féconde partie des
habitans de la Sibérie. Us occupent \n\ «^«^rand nombre
de villages le long de l'Irtis 6l de la Tobol , & ils ovx
le libre exercice de leur religion. Leurs principaux
chefs font des murfes.
Les ruflès qui font la troifieftie efpece d'habitans
s I B
stftuels de la Slhmc , font venus s'y établir dcptils cfue
ce pays efl Ibus l'obéinance de la Rufrie , Si. leur
nombre s'elî accru en peu de tems.
La partie ieptentrionale de la Sibaie ne produit
aucune forte de grains ni de fruit, en forte qu'elle eft
tout-à-fait inculte; mais la partie méridionale n'a be-
foln que d'être cultivée pour produire les chofes né-
celfaires à la vie. Les pâturages y font excellens, &
les rivières fourmillent de poilîon.
C'eft imiquement dans la Sibérie & les provinces
qui en dépendent , qu'on trouve les renards noirs &
les zibelines , de même que les gloutons; les plus
belles peaux d'hermines & de loups-cerviers en vien-
nent pareillement. On y trouve auiîî des caflors en
abondance , & ceux de Camizchatka entr'autres font
d'une grandeur extraordmaire. Comme toutes ces
pelleteries font fort précieufes , il n'efl: permis à qui
que ce foit d'en faire négoce ; mais les habitans du
pays qui en ont font obligés de les porter aux Com-
mis du tréfor , qui les doivent payer à un certain prix
réglé.
La Sibérie efl aujourd'hui partagée en autant de
gouvernemens qu'il y a de villes; chaque ville a fon
raiwode fous les ordres du vlce-gouverneur-géné-
ral , qui eft un poile également honorable &. profi-
table. La monnoie de Ruifie efl la feule qui ait cours
dans ce continent, mais elle y eft fort rare , Se tout
le négoce s'y fait en échange , faute d'argent. Le
gouvernement fpirituel de la Sibérie eft confié à un
métropoliitan du culte grec , tel qu'il efi reçu en
Ru.nie , & ce prélat réfide à Toboîoskoy.
Qui croiroit que cette contrée a été long-tems le
féjour de ces mêmes Huns qui ont tout ravagé jufqu'à
Rome , fous Attila , & que ces Huns venoient du
nord de la Chine ? Les Tartares usbecs ont fuccédé
aux Huns , & les Ruffes aux Usbecs. On s'eft difputé
ces contrées fauvages , ainii qu'on s'eil exterminé
pour les plus fertiles.
La Sibérie fut autrefois plus peuplée qu'elle ne l'eft',
fur-tout vers le midi ; on en juge par des tombeaux
& par des ruines. Toute cette partie du monde , de-
puis lefoixantieme degré ou environ , jufqu'aux mon-
tagnes éternellement glacées qui bornent les mers du
■nord , ne reffenible en rien aux régions de la zone
tempérée ; ce ne font ni les mêmes plantes , ni les
mêmes animaux fur la terre , ni les mêmes poillons
dans les lacs & les rivières. Il feroit curieux d'en
avoir des defcriptions par un naturalilte , 6l ce lera
le fruit du progrès des fciences en Ruffie. Gmelin a
déjà ouvert cette carrrlere iur les plantes de cette
froide contrée, par (^fiora Siberica , Peiropoli tySo ,
eti^euxvoL in-^'^ . avec fig. Quant à la deicription
géographique de la Sibérie, on l'a mile au jour à Nu-
remberg en 1730, in-foL. Les curieux peuvent la
confulter. {Le Chevalier de J au cov rj^
SIEOLE, f. m. (^Hiji. nat.^ animal quadrupède de
la nouvelle Efpagnc , dont on ne nous apprend rien
linon qu'il cfl de la grandeur d'une vache , & que
l'on eftime beaucoup fa peau par la douceur de Ion
poil.
SIBUZATES , ( Géog. anc. ) peuples de la Gaule
aquitanique , que Céfar , Bdl. gall. liv. III. met au
nombre de ceux qui fe fournirent à Craiîus. On ne
les connoît point.
SIBYLLE, f. f. (^Divinat. des Grecs & des Rom.^
femme inl'pirée de l'efprit prophétique, & qui étoit
douée du don de prédire Tavenir.
La première femme qui s'avifa de prononcer des
oracles à Delphes, s'appelloit Sibylla. Elle eut pour
père Jupiter au rapport de Paufanias, & pour mère
Lamia fille de Neptune; & elle vivoit fort long tems
avant le fiege de Troie. De-là toutes les femmes qui
fc difiingucrcnt par le même talent, furent appcllées
Jibjllcs. Y a-t-il eu dv^/ibj//es dani le paganiiiue , <Si
Tome Xy.
S î B
155
quel étoit leur nombre } Sur quel fondement les an-
ciens ont-ils imaginé qu'elles avoientle don de pro-
phétie? Comment annonçoient-elles leurs oraclci, ?
Enfin quel culte leur a-t-on rendu .î"
Varron , cité par Laitance, dérivoit le nom de/-
bylleA^ deux termes éoliens ou doriens; il le croyoit
lynonyme du mot t/iéobou/é , confeil divin; aie?
pour 6soç , dieu ; & ^jX» pour liouxù , confeil. Cette
étymologie eil confirmée par la fignification que plu-
fieurs écrivains grecs donnent au mot /y /!'/7/a. Dio-
dore , lib. IK. qui Texplique par enthoufiajle , dit que
le mot aiQuK}^a.i\/ûv , fibyU'LJer , lignifie à la lettre la mê-
me chofe que ivS'i:t(iiv, être faijî par l'efpritdivin. Stra-
bon rend aulïï le mot de jibyLLa par celui d'siâs'i;? , &
Arrien, cité parEullathe, afTuroit que \ts fibylles
avoient reçu ce nom , parce qu'elles portoieat un
dieu au-dedans d'elles-mêmes. Les defcriptions que
Virgile & Ovide font de \\JibylLe de Cumes rendant
fes oracles, nous apprennent ce qu'on entendoit par
cette ihéopliorie.
Nier qu'il y ait eu plufieurs y?*^ //m , feroit renver-
fer tous les témoignages de l'antiquité. Platon , in
Phxio & ia Tlieuge, à l'occafion de cette forte de fu-
reur dont quelques perfonnes font faifies , & qui les
met en état d'annoncer l'avenir , fait mention de la
Pythie, des prêtreffes de Dodone & de X^fibylle.
Diodore de Sicile dit que Daphné fille de Tirélias
n'étoit pas moins favante que Ion père dans l'art de
la divination ; & qu'après avoir été tranfportée à
Delphes, elle écrivit un grand nombre d'oracleSi
Comme cette fille, ajoute-t-il, étoit fouvent éprife
d'une fureur divine en rendant fes réponfes , on lui
donna le nom de fibylLe. Strabon, /i^. XlV. fait men-
tion de \?i fibylle Erythrée, & d'une autre nommée
Atliénaïs , qui félon lui vivoit du tems d'Alexandre.
Il prétend encore dans un autre endroit , lib. X^L
qu'il, y en avoit eu une plus ancienne. Paufanias , in
Phoc. parle fort au long de VifibyLle Erophyle qui vi-
voit avant le fiege de Troie. Le même auteur décrit
le rocher où elle rendoit fes oracles, & en cite qucl-
ques-ims. Arillote, en philofophe éclairé, exami-
nant dans les problèmes, Probt. jo n*^. 1. en quoi
confille l'enthoufialme qui faififibit les devins infpi-
rés , nomme Bacis & [aJiby/Ze^Ôc range cet enthou-
fiafme parmi les genres de délire ou de folie.
Il ell donc certain qu il y a eu en différens tems ,
& dans des lieux différens , des femmes qui fe font
données pour avoir le don de prédire l'avenir, & qui
ont porté le nom de fibylUs. Aux témoignages que
j'ai déjà cités pour preuve , je pourrois joindre celui
de Varron, celui de Cicéron , celui de Virgile qui
dit des choies fi curieufes fur la jibyllz de Cumes
ceux de Pline , de Solim , du philolophe Hermias , de
Procope, d'Agathias,de Jamblique, d'Ammian Mar-
cellin , de Jullin & d'une infinité d'autres.
Mais fi les anciens ont établi l'exillence de pareil-
les femmes , ils ne s'accordent ni fur le nombre , ni
fur la patrie, ni furie nom des diitérentes /%//«. Le
problème n'étoit pas encore réfolu au tems de Taci-
te ; & tout ce que les critiques ont débité à ce fujet,
n'en a pas rendu la lolution plus ailée. En donnant ,
coiïune faifoit Heraclite cité par Plutarque, une du-
rée de mille ans à la vie de {^Jibylle, on pourroit con-
cilier les différentes opinions ; &C c'étoit probable-
ment le parti qu'avoit pris Ovide. Il fuppofe qu'au
tems d'Enée , la fibyiU de Cumes avoit déjà vécu 700
ans,& qu'elle devoit encore vivre pendant trois fie-
cles. Dans cette fuppofition, lay^^j-Z/t- ayant pu habi-
ter fucceirivement divers pays, & fe rendre célèbre
dans différentes générations ; elle avoit pu porter les
différens noms de Daphné, à'Erophile , de Démophi-
U ,&c. Au relie , comme la fibylle ne nous peut inté-
relfer , qu'autant que fon liilloire fe trouvera lice
avec celle de l'clprit himiain en général, ou a\ ec ceU
i <;6
S I B
le d'une nation particuricie : la dlfcumon de ces dé-
tails nous doit être allé/, indilîcrentc. il nous luAt de
iavoir que par le nom de JirylU, oii dciignoit des
femmes qui ians être prctrclics , 6i lans être atta-
chées à un oracle particulier , annonroicnt 1 avenir
& le dilolent inlpirées. Diticrcns pays & diîicrens
ficelés avoient eu leurs//'j'//.'i ; on conlervoit les prc-
didions qui portoient leurs noms , ôcl on en tormoit
des recueils. , ,
Le plus orand embarras oùfe font trouves les an-
ciens , c'elUl'expliquer par quel heureux privilège il
s'eft trouve des;iVy-//.'5 qui avoicnt le don de prédire
l'avenir Les Platoniciens en ont attribue la cauie à
l'union intime eue la créature parvenue à un certain
deïirc de perfecVion , pouvoit avoir avec la divmite.
D'autres rapportoient cette vertu divinatrice des Ji-
bylUs^ aux vapeurs & aux exhalations des cavernes
qu'elles habitoient. D'autres encore attribuoient l'ef-
prit prophétique des/^j"?^<^^àleur humeur lombre &
mélancolique , ou à quelque maladie linguliere. S.
Jérôme a foutenu que ce don étoit en elles la recom-
pcnfe de leur chafteté ; mais il y en a du moins une
très-cclebre qui fe vante d'avoir eu un grand nom-
bre d'amans , fans avoir été mariée :
Mille mihi Iccii , connulna nulla fucre.
Il eût été plus court & plus fenfé à S. Jérôme, &
aux autres PP. de l'Eglife , de nier l'efprit prophéti-
que des/Z-y/w, & de dire qu'à force de proférer
des prédidions à l'aventure , elles ont pu rencontrer
quelquefois ; iur-tout à l'aide d'un commentaire îa-
vorable , par lequel on ajuftoit des paroles dites au
hafard, à des faits qu'elles n'avoient jamais pu pré-
Le fingulier, c'efl qu'on recueillit leurs predidions
après Pé^vénement , 6c qu'on les mît en vers , quoi-
qu'il n'y ait pas la m.oindre apparence qu'elles aient
jamais prophétifé de cette manière ; outre qu'elles
ont vécu dans des tems différens, & dans des pays
éloignés les uns des autres. Cependant il fe trouva
une coUedion de leurs prophéties du tems de Tar-
quin le Superbe, & ce fut une vieille femme qui lui fit
préfentde ce recueil enneuflivres,qu'on nomma livres
jibyllins^ & qu'il dépola dans un fousterrein du tem-
ple de Junon au Capitole. Foy ci-en toute l'hiiloire au
wor Sibyllins LIVRES, (^«/^''/.roOT.)
Quant aux autres vers fibyllins rédigés en huit li-
vres ,& qui font vlfiblement un ouvrage du ij. fiecle
de J. C. voyci Sibyllins livres {Hiji. ccclif:) Cette
nouvelle colledlon eil le fruit de la pieufe fraude de
quelques chrétiens platoniciens, plus zélés qu'habi-
les; ils crurent en la compoiant , prêter des armes à
la religion chrétienne, & mettre ceux qui la défcn-
doient en état de combattre le Paganifme avec le plus
erand avantage : comme fi la vérité avoit befoln du
menfonge pour triompher de l'erreur.
Enfin il y a eu trois colkdions de vers fibyllins ,
fans parler de celles que pouvoienf avoir quelques
particuliers. La première , achetée par Tarquin , con-
îenoit trois livres; la féconde fut compilée après
l'incendie du capitole , mais on ignore combien de li-
vres elle contenoit ; la troifieme efl: celle que nous
avons en huit livres, & dans laquelle il n'eft pas dou-
teux que l'auteur n'ait infère plufieurs prédidions de
la féconde.
Mais pour revenir aux JIhylUs de l'antiquité, il q£i
trop curieux de connoître la manière dont elles pro-
phétifoicnt pour n'en pas rendre compte au ledeur.
Comme la Pythie de Delphes rendoit quelquefois
fes oracles de vive voix , la fameuiéy/^yZ/^ de Cumcs
en Italie , rendoit auffi quelquefois les fiens de la
même manière; c'eft Virgile, foigneux obfervateur
du coihnne, qui nous l'apprend. HdcnusàÀt à Enéc,
en lui coiiitillant de coaiultcr cette Jlhyllc ..^uand A
S I 3
feroit arrivé en Italie, de la prier de ne point écrire
fcs prédidions fur des feuilles d'arbres, mais de les
lui apprendre d'une autre façon : ce qu'Enée exécute
à la lettre lorfqu'il va la conlulter.
Foliis tantum ne carmina manda^
Ni turbata \olcnt rapidis ludibria vends,
Ipja canas, oro.
Enéïd. ///'. VI. vers. y^.
La Pythie, après avoir demeuré quelque tems fur le
trépié, entroit en fureur, &: dans le tranfport qui l'a-
gitoit elle rendoit fes oracles ; la jibylh étoit laifie
des mômes fureurs lorfqu'cllc débitoit fes prédic-
tions.
Subito nonvulcus, non color unus ^
Non comptez inanfén eoniiz , fed p celas an'ulum ,
Et rabic fera corda tument , majorqiie vidcri ;
Nic mortak fonans , ajflata ejl nuinine (jiiando
Jani propiore dû. Ibid. v. 4 j*.
C'ell-là que RoufTeau a pulfé ces vives idées.
Ou tel que d" Apollon h min'Jlre terrible ,
Impatient du dieu dont U Jhuffic invincible y
Agite tous fes fens ,
Le regard jurieux , la tête écheveUe ,
Du temple fait mugir la demeure ébranlée
Par fes cris impuifjans.
Des prêtres établis à Delphes avoient foin de re-
cueillir ce que la Pythie prcnonçoit dans la fureur,
& le mettolent en vers. II y a bien de l'apparence
qu'on faifolt à peu près de même des réponles de la
y^/'j'//t;, puii'que toutes celles que l'antiquité nous a
tranfmiles font aufil en vers.
On fait que les oracles fe rendolent de différentes
autres manières , ou en fonges , ou dans des billets
cachetés, &c. ha-Jibyllc deCumes annonçolt les fiens
d'une façon fingullere , dont Virgile nous a inflrults.
Elle les écrlvoit fur des feuilles d'arbres qu'elle ar-
rangeolt à l'entrée de fa caverne , & il falloit être af-
fez habile & allez prompt pour prendre ces feuilles
dans le même ordre où elle les avoit lalffées ; car li
le vent , ou quelqu'autre accident les avoit déran-
gées , tout étoit perdu , & on étoit obligé de s'en re-
tourner fans efpérer d'autre réponfe.
Rupcfub imâ
Fata canit , foliifque notas & nomina mandat.
Qiicecumque in foliis defcripjit carmina virgo^
JJigerit in numerum , atque antro feclufa relinquit,
Illa marient immola lacis , neqne ab ordine cedunt.
Veiùm eadem verfo tennis cum cardine ventus
ImpuUt^ & teneras tnrbavit janua frondes^
Numquain deinde cavo volitantia prcndere faxo ,
Nec rev oc are finis ■, aut jungire carmina curât.
Inconfulti abeunt ^ fedemque odcre fibyllae.
Eneïd. ///'. III. vers 44 J.
« Au fond d'une grotte , près du port de Cumes,
» eft [àjibylle qui annonce aux humains les fecrets
» de l'avenir ; elle écrit l'es oracles fur des feuilles
» volantes, qu'elle arrange dans fa caverne, où ils
» redent dans l'ordre qu'il lui a plu de leur donner.
» Mais il arrive quelquefois que le vent , lorfqu'on
» en ouvre la porte, dérange les feuilles ; la fibylle
» dédaigne alors de raffembler ces feuilles éparfes
» dans la caverne , & néglige de rétablir l'ordre des
» vers ».
Virgile a fuivl l'ancienne tradition qu'on trouve
dans Varrcn ,& que Scrvlus a confirmée. Aurefie,
rien n'étolî plus célèbre en Italie que l'antre où cet-
te fihylle avoit rendu t'es oracles. Ariflote en parle
comme d'un lieu très-curieux ; & Virgile en fait une
dcfcription magnifique. La religion avoit conlacré
cette Cciverne , on en avoit fait un temple.
Les Romains avoient prefque pour ïtsfibylUs el-
s I B
les-mêmes , autant de refpeâ: que pour leurs OfAcIes;
s'ils ne les regardèrent pas comme des divinités , ils
les crurent au moins d'une nature qui tcnoit le nii-
"lieu entre les dieux 6c les hommes. Ladiance prétend
que la Tiburfine ctoit honorée comme une déeue à
Rome. M. Spon rapporte que près du lieu que les
gens du pays difent être l'anire de Iz JïbylU Tiburti-
ne, on voit les ruines d'un petit temple qu'on croit
lui avoir été conlacré. On peut remarquer ici que
les habitans de Gergis dans la petite Phrygie , avoient
coutume de reprélenter fur leurs médailles iàfibyllc
qui étoit née dans cette ville , com.me étant leur gran-
de divinité. '
Pour terminer cet article, je n'ajouterai qu'un mot
du tombeau & de l'épitaphe de la y^^j-if/e Erythrée ,
la plus célèbre de toutes. Dans l'es vers, dit Paufa-
nias , elle fe fait tantôt femme, tantôt fœur, &: tan-
tôt fille d'Apollon. Elle pafîa une bonne partie de fa
vie à Samos, eniuite elle vint à Claros, puis à Délos,
& de-là à Delphes où elle rcndoit fes oracles fur une
roche. Elle finit fes jours dans laTroade ; fon tom-
beau, continue-î-il , lubfille encore dans le bois facré
d'Apollon fmintheus , avec une épitaphe en vers élé-
giaques , gravés fur une colonne , & dont voici le
fcns. Je fuis cette fameufey%'//c qu'Apollon voulut
avoir pour interprète de fes oracles ; autrefois vier-
ge éloquente , maintenant muette fous ce marbre ,
& condamnée à un filence éternel. Cependant par
la faveur du dieu, toute morte que je luis , je jouis
de la douce fociété de Mercure & des nymphes mes
compagnes.
Ceux qui feront curieux d'approfondir davantage
l'hiftoire àesjîl>y!lcs , peuvent parcourir les favantes
dilfertations de Gal'sus ifix Gallcùdijfcrtaticncs de Ji-
byUls, kmù.. i688,i/z-4". Le traité qu'en a fait M.
Petit médecin de Paris, Pe/. Pct'ni defibyllà traclatus,
Lips. 1686 , in-8'^. L'ouvrage de Th. Hyde , de rdl-
^ione Ferfarum. Van Dale , de oracutis Ethnicoruin ,
& Laftance qui nous a confervé lur \es JibylUs l'an-
cienne tradition , qu'il dit avoir puifée dans les écrits
de Varron. ( Le Chevalier DE Jau COURT. )
Sibylle de Delphes , {^Antiqu'u. grecq.') prophé-
tefle qui prononçoit des oracles. Diodore de Sicile ,
Denis d'Halycarnafl'e , Plutarque & Paufanias, nous
la repréfenlcnt comme une femme vagabonde , qiti
alloit de contrée en contrée débiter les prédirions.
Elle étoit en même tems la Jib^Ue de Delphes , d'E-
rythrée , de Babylone , de Cumes & de beaucoup
d'autres endroits. Plufieurs peuples fe difputoient
l'honneur de l'avoir pour concitoyenne. Elle-même
dans un de ics oracles , que nous avons encore , le
dit fille d'un père mortel, & d'une mère immortelle.
Il ne faut pourtant pas la confondre avec la Pythie ,
puifqu'elle prophétifoit fans le fecours des exhalai-
îbns qui fortoient de l'antre de Delphes , & qu'elle
n'a jamais monté fur le facré trépié. D'ailleurs, la
vraie Pythie ne fortoit jamais du temple d'Apollon ,
dès qu'une fois elle avoit été conlacrce à ce dieu ; la
jibylle au contraire, étoit étrangère, & toujours er-
rante. Voyei Pythie. {D. /.)
SIBYLLINS , Livres, {Ihfi. rom.) anciens livres
d'oracles & de prédirions extrêmement accrédités
chez les Romains. Ils furent apportés à Tarquin le
Snperbe , ou, félon Pline , A 1 arquin l'ancien , par
une vieille myllérieufe quidifparut comme une om-
bre ; on la crut fibylle elle-nième. On aflénibla les
augures , on enferma les livres dans le temple de Ju-
piter au capitolc ; on créa des pontifes pour les gar-
der; on ne douta point que les deftinees de Rome
n'y fiilTent écrites. Ces livres prophétiques périrent
cependant dans l'incendie du capitole l'an 67 1 de
Rome, ious la didature de Sylia ; mais on fe hâta
de réparer cette perte. On en recueillit d'autres dans
la ville d'Erithréc &: ailleurs ; o;î les rédigea par
S î B 157
extraits. Augufte les renferma dans des coffres do*
rés, & les mit fous la bafe du temple d'Apollon Pa-
latin qu'il vencit de bâtir. Ils y demeurèrent jufqu'au
tjms d'Honorius en 405 de J. C. & cet empereur
dit-on , donna des ordres à Stilicon deles jetter dans
le feu. Traçons en détail toute cette hlftoire d'après
les écrits de M. Frereî , & faifons-la précéder de fes
réflexions iatérefTantes fur cette maladie incurable
de l'eiprit humain , qui , toujours avide de connoître
l'avenir, change fans cefTe d'objets , ou déguifcfous
une forme nouvelle les anciens objets qu'on veut
lui arracher. Croyons que l'hiftoire des erreurs qui
femblent les plus décriées , peut encore ne pas être
aujourd'hui des recherches de pure curiofité.
Dans tous les fiecles & dans tous les pays , les
hommes ont été également avides de connoître l'a*
venir ; & cette curiofité doit être regardée comme le
principe de prefque toutes les pratiques fuperflltieu-
ÏQS qui ont défiguré la religion primitive chez les
peuples policés , aufîî-bien que chez les nations fau'
vages.
Les différentes efpeces de divination que le ha-
fard avoit fait imaginer , & qu'adopta la fuperfti-
tion, confiftoient d'abord dans une interprétation
conjeûurale de certains événemens qm par eux-
mêmes ne méritoient le plus fouvent aucune atten-
tion ; mais qu'on étoit convenu de prendre pour au-
tant defignes de la volonté des dieux. On commença
probablement par l'obfervation des phénomènes cé-
lefl:es,dontleshommesfurenttoujours très-vivement
frappés ; mais la rareté de ces phénomènes fit cher-
cher d'autres fignes qui fepréfentoient plus fréquem-
ment, ou même que l'on pût faire paroître au be-
foln. Ces fign ••; furent le chant & le vol de certains
oifeaux ; l'éclat & le mouvement de la flamme oui
confumoit les chofes offertes aux dieux; l'état oii le
trouvoient les entrailles des vidimes ; les paroles
prononcées fans deiïein , que le hafard faifoit enten-
dre ; enfin , les objets qui fe préfentoient dans le
fommeil à ceux qui par certains facrifices ou par
d'autres cérémonies , s'étoient préparés à recevoir
ces fonges prophétiques.
Les Grecs furent pendant plufieurs fiecles fans
connoître d'autres moyens que ceux-là de s'inftruire
de la volonté des dieux; & chez les Romains, fi on
en excepte quelques cas finguiiers , cette d vination
coiijeûurale fut toujours la feule que le gouverne-
ment autorifa ; on en avoit même fait un art qui
avoit fes règles & fes principes.
Dans les occafions importantes c'étoit par ces rè-
gles que fe conduifoient les hommes les plus fenfés
& les plus courageux; la raifon fubjuguée dès l'en-
fance par le préjugé religieux , ne fe croyoit point
en droit d'examiner un fyftème adopté par le corps
de la nation. Si quelquefois féduite par cette nou-
velle philolbphie , dont Tile-Live fait gloire de s'ê-
tre garanti , elle entreprenoit de fe révolter , bien-
tôt la force de l'exemple , & te refped pour les an-
ciennes opinions la contraignoient de rentrer fovis
le joug. En voulez-vous un exemple bienfingulierà
le voici.
Jules Céfar ne peut être accule ni de pctiteffe
d'efprit , ni de manque de courage , ^^ on ne le fbup-
çonnera pas d'avoir été fuperftitiçvix ; cependant , ce
même Jules Céfar ayant une fois ycrfé en voiture,
n'y montoit plus fans réciter certaines paroles ,
qu'on croyoit avoir la vertu de prévenir cette çfpcce,
d'accident. Pline qui nous rapporte le tait , hv.
XXVII. chap. ij. allure que dé Ion tems , prefque
tout le monde fe fervoit de cette même formule,.
& il en appelle la confcience de l'es kdieurs à té-
moin.
Du tems d'Homcre & d'Hcfiode ,' on ne connoif-
. foit point encore les oracles parlans , ou du-molns
158
S I B
O
I B
ils avolent fort peu de célcbrltc ; j'appelle oracles
par/uns , ceux où l'on prétendoit que la divinité con-
iultée de vivc voiv, répondoit de la mcme manicrc
par l'organe d'un prêtre , ou d'une prétreire qu'elle
intpirou. L'oracle de Delphes qui fut le premier des
oracles parlais , ne répondoit qu'un feul jour dans
l'aiHiée, le icptlcme du mois bulios , ufage qui fub-
filhi mt-me allez long-tems : alnli on im.ij^ina pour la
commodité de ceux qui vouloicnt connoître l'ave-
nir , de drefler des recueils d'oracles ou de prédic-
tions écrites , que pouvoient conliiltcr les curieux
qui n'avoient pas le loifir d'attendre. Ces prédidVions ,
conçues en termes vagues & ambigus , comme ceux
des oracles parlans , étoient expliquées par des de-
vins particuliers , qu'on nommoit i^hrcjhiologucs , ou
interprètes d'oracles.
On trouve dans les anciens écrivains trois diiTé-
rens recueils de cette efpece , celui de Mulée, celui
de Bacis, & celui de la Sibylle. Quoique ce dernier
ait été beaucoup plus célèbre chez les Romains que
chez les Grecs, on voit néanmoins par les ouvrages
de ces derniers , qu'ils ne lailloient pas d'en taire
ufa"e. 11 falloit même que ces prédirions fuflent
très-connues aux Athéniens, puilque le poète Aril-
tophane en fait le lu) et de les plaifanteries dans deux
des comédies qui nous relient de lui.
Différcns pays , & ditlérens fiecles avoient eu
leurs iibylles : on confervoit à Rome avec le plus
grand foin les prédidions de celle de Cumes , &c on
les confuitoit avec appareil dans les occalions impor-
tantes; cependant les écrivains de cette ville , Pime,
/. XIII. c. xilj, & Denis d'Halicarnafle ,Ll ,c. ly.
ne font d'acord lur le nombre des livres qui compo-
foient ce recueil, ni lur le roi auquel il fut préfenté.
Ils s'accordent feulement à dire que Tarquln, foit le
prem:cr,foitle fccon d de ceux qui ont porté ce nom ,
fît enfermer ce receuil dans un coffre de pierre, qu'il
le dépofa dans un fouterraiu du temple de Junon au
capitole , & qu'il commit à la garde de ces vers
qu'on prétendoit contenir le dertin de Rome , deux
magiUrats fous le titre de duumviri Jacris faciundis ,
auxquels il étoit défendu de les communiquer , & à
qui même il n'étoit permis de les confulter que par
l'ordre du roi , & dans la fuite par celui du fénat.
Cette charge étoit une efpece de facerdoce ou de
magiftrr.turefacréc,qui jouiflbit de pluficurs exemp-
tions , & qui durcit autant que la vie.
Quand les plébéiens eurent été admis à partager les
emplois avec les patriciens, l'an 366 avant J. C. on
augmenta le nombre de ces interprètes àiis deftinées
de" la uation , comme les appelle P. Decius dans
Tite-Live^/aivrumpopuli Ro/nani interpreus. On les
porta jufqu'à dix , dont cinq feulement étoient patri-
ciens , & alors on les nomma déccmvirs. Dans la
fuite , ce nombre fut encore accru de cinq perlon-
nes , & on \ts appella quïndéamvhs. L'époque précife
de ce dcniicr changement , n'eft pas connue ; mais
comme une lettre de Célius à Cicéron , épijl. famil.
l. Vlli ^ c. /v, nous apprend que le quindécimvirat
eft plus ancien que la uidature de Jules Céfar , on
peut conjedurer que le changement s'étoit fait fous
Sylla.
Ces magiftrats que Cicéron nommoit ids\tox.Jïbyl-
linorum interpreus tantôt , JibyUïni faurdous , ne
pouvoient confidter les livres jlhyllins fans un ordre
exprès du fénat , & de-là vient l'expreffion fi fou-
Vent répétée dans Tite-Live Ubros adïrc jujfi funt.
Ces quindécimvirs étant les leuls à qui la lecture de
ces livres fut permife , leur rapport étoit reçu lims
examen, & le fénat ordonnoit en conféquence, ce
qu'il croyoit convenable de faire. Cette confultation
ne fe failoit que lorfqu'il s'agifToit de rafliner les ef-
ptils allarmés > par la nouvelle de quelques préfa-
ces fâcheux , ou par la vue d'un danger dont la ré-
\ publique fembloit être menacée : ad deponcndes p».
tius quàtn ad fufàpicndai rciigioncs , dit Cicéron ; àc.
afiD (le connoître ce qu'on devoit faire pour appaifer
les dieux irrités, & pour détourner l'ctiet de leurs
menaces , comme l'obfervent Varron & Tite-Live.
La réponfe des livres fibyllins étoit communé-
ment , que pour fe rendre la divinité favorable , il
falloit inilituer une nouvelle fête , ajouter de nou-
velles cérémonies aux anciennes , immoler telles
ou telles vidfimes , ùc. Quelquefois mêmes les prê-
tres fibyllins jugeoient , qu'on ne pouvoit détourner
l'eftet du courroux céleiie que par des facrifices bar-
bares , Ôi immolant des victimes humaines. Nous ea
trouvons un exemple dans les deux premières guer-
res puniques , les années ^^^J 6z. 117 avant J. C.
Les déccmvirs ayant vu dans les Uvrzs Jlbyilins
que des Gaulois &: des Grecs s'empareroient de li
Ville , urhein occupataros , on imagina que, pour dé-
tourner l'efîet de cette prédicHon , il falloit enterrer
vif dans la place, un homme & une femme de cha-
cune de ces deux nations , &:leur faire prendre a'iuiï
poHeifion de la ville. Toute puérile qu'étoit cette
interprétation, un très -grand nombre d'exemples,
nous montre que les principes de l'art divinatoire
admettoient ces fortes d'accommodcmens avec îa
dellinée.
Le recueil des vers fibyllins dépofé par Tiin des
Tarquins dans le capitole , périt comme on l'a va.
au tems de la guerre fociale , dans l'cmbrafemenî de
ce temple en 671. Maison fè hâta de remédiera la
perte qu'on venoit de faire , & dès l'an 76 avact
J. C. le fénat fur la propofition des confuls 0£la-
vius 6i, Curion , chargea trois députés d'aller cher-
cher dans la ville d'Erithrée , ce qu'on y conl'erv«it
des anciennes prédirions de la fibylle. Varron &
Feneflella cités par Ladance , ne parlent que d'Eiî-
trée ; mais Denis d'Halicarnaffe 6c Tacite ajouiem;
les villes grecques de la Sicile & de l'Italie.
Tacite qui devoit être inflruit de l'hiftoire des li-
vres Jîbyltins^ puifqu'il étoit du corps des quindécim-
virs , dit qu'après le retour des députés , on chargea
les prêtres Jibyllins de faire l'examen des difFérens
morceaux qu'on avoit rapportés ; &C Varron afjùroit
félon Denis d'Halicarnaffe , que la règle qu'ils avoient
fuivie , étoit de rejetter comme faux tous ceux qui
n'étoient pas alTujettis à la méthode acrofliche. Nous
indiquerons dans la fuite quelle étoit cette méthode*
Augufte étant devenu fouverain pontife , après la
mort de Lepidus , ordonna une recherche de tous les
écrits j)rophétiques , foit grecs , foit latins , qui le
trouvoient entre les mains des particuliers, 6c doat
les mécontens ponvoienî abufer pour troubler fâ
nouvelle domination. Ces livres remis au préteur ,
montoient à deux mille volumes qui furent brûlés;
& l'on ne conferva que les vers fibyllins , dont on iît
même une nouvellle révifion.
Comme l'exemplaire écrit au tems de Sylla com-
mençoit à s'altérer, Augufle chargea encore les quin-
décimvirs d'en faire une copie de leur propre main ,
& fans laifî'er voir ce livre à ceux qui n'étoient pas
de leur corps. On croit que , pour donner un
air plus antique & plus vénérable à leur copie , i2s
l'écrivirent fur ces toiles préparées qui compofoient
les anciens libri lintei , avant qu'on connut dans
l'occident l'ufage du papier d'Egypte , & avant
qu'on eût découvert à Pergame l'art de préparer le
parchemin , carta Pergamena.
Cet exemplaire des vers fibyllins fut enfermé dans
deux coffrets dorés , & placés dans la bafe de Vàjlatut
d'Apollon Palatin , pour n'en être tiré que dans les
cas extraordinaires.
Il feroit inutile de fuivre les différentes confulta-
tions de ces livres, marquées dans l'hiftoire romai-
ne ; mais nous croyons deviir nous arrêter fur celle
s I B
qui fe fît par l'ordre d'Aurélicn , au mois de Décem-
bre de l'an zyo de J. C. parce que le récit en clî
extrêmement circonltancié dans Vopilcus.
Les xMarconiuns ayaatiraverlé le Danube , & for-
cé les pairages des Aipcs , croient entrés dans l'Ita-
lie , ravageoient les pays iitués au nord du Pô , &
meaaçoient même la ville de Rome , dont un mou-
vement mal-entendu de l'armée romaine , leur avoit
ouvert le chenun. A la vue du péril où le trouvoit
l'empire , Aurélien naturellement iuperilitieux, écri-
vit au.\ p'ontites , pour leur ordonner de consulter
les livres jibyllins. 11 talloit pour la forme un décret
du lenat ; ainû le préteur propola dans l'alicmblée
le réquifitoire des pontifes , 6i rendit compte de la
lettre du prince, Vopilcus nous donne un précis de
la délibération , qu'il commi^nce en ces termes :/7r«-
tor urbanus dixi, refcrlmus ad vos , patns conjcnpd ,
ponùficuwfuggcftionim , &principisiuuras quibusjubc-
tur ut injpiciantur fatales Ubn , ëcc. Le décret du
fénat rapporté enluite , ordonne aux pontifes fibyl-
lins de le purifier , de fe revêtir des habits lacrcs ,
de monter au temple , d'en renouveller les bran-
ches de laurier , d'ouvrir les livres avec des mains
fancl^fîées , d'y chercher la deltinée de l'empire , 6l
d'exécuter ce que ces livres ordonneront. Voici les
termes dans lefquels Vopilcus rapporte l'exécution
du décret : itum eji ad tniiplum , mjpcCii libri , produi
vcrfus lu/Irata urb^ , cantata carmina , amburbiurn a-
hbratum , ambarvalia promiya , atqui ità folemnitas
qua jubcbatur explcta e]l.
La lettre de l'empereur aux pontifes , qu'il appelle
patres Jancîi , finit par des offres de contribuer aux
frais des facrifîces , 6c de fournir les yi&mes que
les dieux demanderont, même s'il le faut des cap-
tifs de toutes les nations , cujujlibet genus capdvos ,
quœliba animalia regia. Cette offre montre que,
mal'^ré les édits des empereurs , on croyoit , com-
me je l'ai dit , les facritices humains permis dans les
occafions extraordinaires , 6c qu'Aurélien ne pen-
foit pas que les dieux le contenteroient de canti-
ques &c de procefiions.
Sa lettre aux pontifes commence d'une façoh lin-
guliere , il marque qu'il ell furpris qu'on balance fi
long-tems à conlulter les livres Jibjllins. Il femble ,
ajoute-t-ii , que vous ayez cru délibérer dans une
égliie de chrétiens , & non dans le temple de tous
les dieux : perinde quajt in chr>.jiLanorum ecclejîd , non
in tcmplo deorurn omnium tradaretis. Ce qui augmente
la lingularité 6i fcxpreilion de l'empereur , c'eil
c'u'il elt prouvé par les ouvrages de S. Juilin , de
Théophile d'Antioche , de Clément d'Alexandrie ,
& d'Origene , que depuis près de fix vingt ans , les
chrétiens citoicnt , au tems d'Aurélicn , les ouvra-
ges de la libylle , & que quelques-uns d'entr'eux
la traitoient de prophétellé.
Les livres Jibyllins ne furent point ôtcs du temple
d'Apollon Palatin par les premiers empereurs chré-
tiens. Ils y étoient encore au tems Julien qui les fît
confulter en 363 fur Ion expédition contre les Per-
fes ; mais au mois de Mars de cette année ,.le feu
ayant confumé le temple d'Apollon , on eut beau-
coup de peine à fauver ces livres , qu'on plaça fans
doute dans quelqu'autre lieu religieux: car Claudien
jious apprend qu'on les confulta quarante ans après
fous Honorius , lors de la première invafion de l'Ita-
lie , par Alaric en 403. Ce poète parleencore de ces
vers dans Ion poème iur le fécond confulat de Sti-
licon en 405.
Il faut conclure dc-là , que fi , comme le dit Ru-
tilius Numatianus , Stilicon fit jctter ces livres au
feu, ce fut au plutôt dans les années 406 , ou 407.
Au relie , comme ce poète , zélateur ardent de l'an-
cienne religion , accule en même tems Stilicon d'avoir
appelle les barbares , 6c d'avoir détruit les versfbyl-
S I B
'5^
lins^ dans la vue de caufer la ruine de l'empire, eit
lui enlevant le gage de fa durée éternelle ; peut-être
la féconde de ces deux accufations n'ell - elle pas
mieux fondée qite la première.
Apres avoir donné cette efpeccd'hifloiredes livres
fibyllins^ qui renferme tout ce qu'on enfait d'alTuré,
je dois ajouter quelques reraarquesfur ce qu'ils conte-
noient. CequeTite-Live 6c Denis d'Haï: carnafle nous
racontenîtouchantlesdiverlesconriiUations qu'on en
faifoit , donne lieu de penfer , qu'on ne publioit point
le texte même des prédirions , mais feulement la
fubflance de ce qu'on prétendoit y avoir trouvé ;
c'cft-à-dire , le détail des nouvelles pratiques reli-
gleufes ordonnées par la fibylle pour appaifer les
dieux.Ccmmc il ne nous refte aucun des hlfloriens an-
térieurs à la perte du premier recueil des vers Jibyl-
lins , il faut nous contenter de ce qu'en difent 1 enis
& Tite-Live ; & nous devons même regarder com-
me fuppofé le long fragment des vers Jibyllins , rap-
porté par Zozime , à l'occafion des jeux féculaires.
Ces vers qui dévoient être tirés de l'ancien re-
cueil , ne font point d^îns la forme acroftiche ; ils
contiennent le nom de Rome, du Tibre, de l'Italie,
&c. 6c prefcrivent les cérémonies qui dévoient ac-
compagner les jeux féculaires dans un détail qui
démontre la fuppolition.
Le fécond reçu eil compilé fous Sy lia, nous efl un peu
mieux connu , & je vais rapporter ce que les anciens
nous en apprennent, i*'. Varron cité par Ladance y
allure ciue ce recueil contenoit d'abord mille vers au
plus ; 6c comme Augulle ordonna une féconde révi-
fion , qui en fît encore rejetter quelques-uns , ce
nombre fut probablement diminué.
x°. Ce que difoit Varron cité par Denis d'Halicar-
nafle , qu'on avoit regardé comme fuppolés tous les
vers qui interrompoient la fuite des acrolliches ,
montre que cette forme regnoit d'un bout à l'autre
de l'ouvrage.
3°. Cicéron nous explique en quoi confifloit cette
forme. Le recueil étoit partagé en diverfes feûions ,
& dans chacune , les lettres qui formoient le premier
vers , fe trouvoient répétés dans le même ordre au
commencement des vers fuivans ; enforte que l'af-
fem.blage de ces lettres initiales devenoit aufii la répé-
tition du premier vers de la feftion : acrojUchus dlci-
tur , cîim dànceps ex primis verj'ûs Utteris aliquid con-
neclitur In Jibyllïnis ex primo \ erfu cujufqui
fcruentice primis Utieris illius fententix carmen omne
praiextiiur,
4°. Les prédirions contenues dans ce recueil étoient
toutes conçues en termes vagues & généraux , fans
aucune délignation de tems ou de lieu ; enforte , dit
Cicéron, qu'au moyen de l'oblcurité dans laquelle
l'auteur s'eft habilement enveloppé , on peut a])pli-
quer la même prédiftion à des événemens différens :
Callide , qui illa compo/uit , perfcdt ut , quodcumque ac-
cidijjet , prœdiclum videretur , hominjim & temporum </«-
finitione fublatd. Adhibuit etiam latebram obj'curitatis
ut iidem verjus alias in aliam rcmpojje accommodari vi-
dereniur.
Dans le dialogue où Plutarque recherche pourquoi
la Pythie ne répondoit plus en vers , Boéthius , un des
interlocuteurs qui attaque vivement le furnatureldes
oracles, oblerve dans les prédirions de Mulée , de
Bacis & de la Sibylle , les mêmes défauts que Cicé-
ron avoit reprochés aux vers Jibyllins. Ces auteurs
de prédirions , dit Boéthius , ayant mêlé au halard
des mots & des phrafes qui conviennent ;\ des évé-
nemens de toute cfpece , les ont , pour ainfi dire ,
verlés dans la mer d'un tems indéterminé: ainli lors
même que l'événement femble vérifier leurs prophé-
ties , elles ne ccflent pas d'être faufles , parce que
c'ell au hafard feul qu'elles doivent leur accomplil-.
fement.
\
i6o
S I B
Plutarquc nous a confcrvc dans la vie de Dcmof-
thène , un de ces oracles qui couroient dans la Grèce
Ibus le nom de la SihylU ; c'efl à l'occalion de la dé-
foite des Athéniens , près de Chéronée ; on étoit, dit
Plut:irque, dans une grande inquiétude avant la ba-
taille , à caulé d'un oracle dont tout le inonde s'en-
tretenoit : •> PuilTai-je , dilblt-il , m 'éloigner de la
>> bataille du Thermodon , &: devenir un aigle pour
» contempler du haut des nues ce combat, où le vain-
» eu pleurera, & où le vainqueur trouvera fa perte >>,
'Il étoit bien difficile d'appliquer cet oracle à la défai-
te de Chéronée ; i". il talloit trouver un Thermo-
don auprès du champ de bataille ; & Piutarque qui
ctolt de Chéronée même , avoue qu'il n'a pu décou-
vrir dans les environs de cette ville , ni ruilfeaux, ni
torrent de ce nom. z". Le vainqueur ne trouva point
ia perte à cette bataille , & même il n'y fut pas blefle.
Lovfqu on examinera les prédictions des oracles
les plus accrédités , celles de la Pythie , de Mufée ,
de Bacis , de Vdfibyllc , ikc. rapportées dans les an-
ciens , on trouvera toujours que Cicéron , liv. II. tu
6 G. di dh'inat. a raifon de dire , que celles qui n'ont
V pas été faites après- coup , étoient obfcures & équi-
voques , & que fi quelques - unes n'avoient pas été
démenties par l'événement, c'étoient au halard qu'el-
les le dévoient.
Quelque abfurdes que fufîent les conféquences
que les partifans du furnaturel de la divination fe
trouvoient obligés de foutenir dans les controverfes
philofophiques, ils étoient excufables jufqu'àun cer-
tain point/ Le principe qu'ils défendoient , faifoit
chez eux une partie efiientielle de la religion commu-
ne ; ce principe une fois admis, l'abfurdiîé des con-
féquences ne devoir point arrêter des hommes reli-
gieux. Mais que dire de ces rufés politicpes , qui
pour couvrir les deffeins de leur ambition, forgeoient
à leur gré des Qx-&.zXtsfLbyUins? C'eft ainfi que P. Len-
tulus Sura, un des chefs de la conjuration catilinaire
n'eut point de honte de femer comme vraie , une pré-
tendue prédiftion des fibylles , annonçant que trois
Cornéliens jouiroient à Pvome de la fouveraine puif-
fance.
Sylla & Cinna, tous deux de la famille Cornélien-
ne , avoient déjà vérifié une partie de la préditlion.
Lentulus qui étoit de la niênre famille , répandit dans
le public que l'oracle devoit avoir fon accompliiïe-
ment dans fa perfbnne ; & peut-être eùt-il réulli fans
l'heureufe prévoyance de Cicéron, qui fît mentir l'o-
racle.
Pompée voulant rétablir Ptolomée Auletès dans
fon royaume d'Egypte , la faÛion qui étoit contraire
à ce puiffant citoyen, prit le parti d'inventer une pré-
diction fibyUine qui portoit, qu'au cas qu'un roi d'E-
gypte eût recours aux Romains , ils dévoient l'aiîif-
ter de leur protection , fans lui fournir de troupes.
Cicéron qui foutenoit le parti de Pompée, favoit bien
que l'oracle étoit fuppolé ; mais perluadé qu'il étoit
plus fage de l'éluder que de le réfuter , il fît ordon-
ner au proconful d'Afrique , d'entrer en Egypte avec
fon armée, de conquérir ce pays, &; d'en gratifier
Ptolomée au nom des Romains.
Jules-Céfar s'étant emparé de l'autorité fouveraine
fous le nom de dïclatzur, les partifans qui cherchoient
à lui faire déférer la qualité de roi , répandirent dans
le public un nouvel ov^cXq JîbyUin , félon lequel les
Parthes ne pouvoient être affujettis que par un roi
des Romains. Le peuple étoit déjà déterminé à lui
en accorder le titre , 6c le fénat fe trouvolt contraint
d'en figner le décret , le jour même que Céfar fat
a/laiTîné.
Enfin cet abus de faire courir dans Rome & dans
toute l'Italie des prédirions ftbyllincs , alla fi loin ,
qucTibere tremblant qu'on n'en répandît contre lui,
4*;fendit à qui que ce fût d'avoir auciua papier de pré-
S I B
di&'ions Jîbyllines , ordonnant à tous ceux qui en au-
roient de les porter dans le jour même au préteur :
Jiinid commoneficit ^ Tiberius , quia muLta varia fid> no-
mim cchbii vulgabantur ^funxijj'é Jugujhim^ quaii in-
trà dicm ad prcctorcm urbanum dcfcrrcniur , juquc habcrc
prhatirn iiccret.
Ce qui caufem.on étonnement, n'efl: pas de voir
que les Romains crulTent aux oracles des iibvUes, c'é-
toit un principe de leur religion , quelque ridicule
qu'il fût en lui-même ; mais je fuis toujours flirpris
que dans des tems éclairés , tel qu'étoit la fin du der-
nier liecle , la queltion du furnaturel des oracles eût
encore bcloin d'être traitée férieufement , & qu'une
opinion fi folle & contredite par les fahs mêmes fur
lefquels on la fordoit dans le paganifme , ait trouvé
de nos jours , pour ainfi dire, & dans le fein du chrif-
tianifme , des défenfeurs irès-zélés. ( Le chevalier DE
J AU COURT.
Sibyllins , livres , {Hifî. eccicf.') l'ouvrage mo-
derne qui nous eft parvenu fous ce nom, efl une com-
pilation informe de prophéties différentes, fuppofées
la plupart vers le premier ou le fécond fiecle du chri-
ftianifine, par quelques-uns de ces hommes, qui joi-
■ gnant la fourberie au fanatifme , ne font point fcru-
pule d'appeller le menfonge & l'impofîure aufecours
de la vérité.
Les livres ou \'trs f.hyllins dont nous parlons, font
encore remplis de chofes contre l'idolâtrie & la cor-
ruption des mœurs des payens, mais on a eu foin pour
accréditer ces prophéties , d'y inférer plafieurs cir-
conilances véritables que fournifîoient les anciennes
hifioires qui fubfiftoient alors , & que la barbarie des
fiecles poitérieurs a détruites. Il eft auflî fait mention
dans ces vers , d'une comète que l'auteur annonce
devoir précéder certains événemens qu'il prédit à-
coup-sûr , puifqu'ils étoient arrivés ainli que la co-
mète , plufieurs fiecles avant lui ; mais on attend fars
doute de nous quelques détails de plus fur cette col-
ledion des vers/ibyl/ins.
Elle efl dJvilée en huit livres , & a été imprimée
pour la première fois en i 545 fur des manufcrits, 6c
publiée plufieurs fois depuis avec d'amples commen-
taires , furchargés d'une érudition fouvent triviale ,
& prefque toujours étrangère au texte que ces com-
mentaires éclairciffent rarement. Les ouvrages com-
pofés pour & contre l'authenticité de ces Vivresjibyl-
L'ms , font en très -grand nombre, & quelques-uns
même très-favans ; mais il y règne fi peu d'ordre 6c
de critique,&; leurs auteurs étoient tellement dénués
de tout efprlt philoîophique, qu'il ne relteroit à ceux-
qui auroient eu le courage de les lire , que l'ennui &
la fatigue de cette ledure.
Le f avant Fabricius , dans le premier livre de fa bi-
bliothèque grecque , donne une efpece d'analyfe de
ces difîerens ouvrages , à laquelle il joint une notice
allez détaillée des huit Xwxqs fibylUns. On peut y
avoir recours ; c'efl affez de nous borner dans cet
article à quelques obfervations générales fur ces huit
YiyïQsJibyU'uis modernes.
I °. Il eft vifible , qu'ils ne font autre chofe qu'une
miférable compilation informe de divers morceaux
détachés , les uns dogmatiques , les autres fuppofés-
prophétiques , & ceux-ci toujoiirs écrits depuis les
événemens , & le plus fouvent chargés de détails fa-
buleux ou du moins peu afTurés.
z°. Il eft encore certain que tous ces morceaux
font écrits dans une vue abfolument différente de
celle que s'étoient propofée les auteurs des vers qui
compofbient le premier 6c le fécond des deux fe-
cueils gardés à Rome. Les anciens veYs/iby/lins\yTiiel'-
crivolent les facrifîces , les cérémonies , & les tbi&S
par lefquelles les Romains pouvoient appaifer le cou-
roux des dieu:-: qu'ils adoroient. Le recueil moderne
eit au contraire rempli de déclamations très -vives
: <;.; ji-.'ij . ...,..'..; cor^tf*
s î
torttre le poïythéifme & tontre l'idolâtrie ; & par-
tout on y établit , ou du moins on y fuppofe l'unité
de Dieu. Prefque aucun de ces morceaux n'a pu lor-
tir de la plume d'un payen ; quelques-uns peuvent
avoir été faits par des Juifs , mais le plus grand nom-
bre refpire le chriftianifme ; il fufnt de les lire pour
s'en convaincre.
3°. Les prédirions des vers Jîfyllins confervés à
Rome , & celles qui étoient répandues dans la Grèce,
dès le tems d'Ariftophane &C de Platon , étoient , com-
me l'obfervent Cicéron & Boëthus , des prédirions
vagues , applicables à tous les tems & à tous les lieux ;
elles fe pouvoientajufter avec des événemens oppo-
fés : ut idiiH verfus allas in al'uim rem poffi accomodari
videnntur k/ , qttodcumqiu accidijjcc , pradiclum
vidtruiir. Au contraire dans la nouvelle coUeâiion
tout cft fi bien circonftancié , qu'on ne peut fe mé-
prend'"e aux faits que l'auteur avoit en vue. S'il ne
nomme pas toujours les villes , les pays & les peu-
ples dont il veut parler j il les déligne fi clairement
«qu'on ne fauroit les méconnoître, &: le plus fouvent il
indique le tems où ces chofes font arrivées d'une ma-
nière qui n'eft point fufceptible d'équivoque.
4°, Les anciens oracles fibyllïns gardés à- Rome
étoient écrits de telle forte qu'en réuniffant les let-
tres initiales des vei's qui compofoient chaque arti-
cle , on y retrouvoit le premier vers de ce môme
iarticle. Le nouveau recueil n'offre aucun exemple
de cette méthode , car l'acroiliche inféré dans le
huitième livre , & qui eft emprunté d'un difccurs de
i'empercur Coniîantin , ell d'une efpece différente.
Il conlirte en trente-quatre vers , dont les lettres ini-
tiales forment !'««•»? xp/ç-c? <d-fS vl^ <so^^ ç-otùpo? , mais
CCS mots ne fe trouvent point dans le premier vers.
5". Les nouveaux -wqxs fibylUns contiennent des
chofes qui n'ont pu être écrites que par un homme
inlîruit des dogmes du Chrillianilme , & des détails
de l'hiftoire de Jefus-Chrift rapportés par les évan-
géliftes. L'avUeur fe dit même dans un endroit enfant
tiuChrijI : ailleurs il affîire que ce Chriftefl le fils du
Très -haut, & il défigne fon nom par le nombre
888, valeur numérale des lettres du mot l'as-ssç dans
l'alphabet grec.
6°. Quoique les morceaux qui forment ce recueil
pulffent avoir été compofés en différens tems ^ celui
auquel on a mis la dernière main à la compilation fe
trouve clairement indiqué dans le cinquième & dans
le huitième livre. On fait dire à la fibylle que l'em-
pire romain aura quinze rois : les quatorze premiers
font défignés par la valeur numérale de la première
lettre de leur nom dans l'alphabet grec. Elle ajoute
que le quinzième , qui fera , dit'on, un homme à tiu
blanche , portera le nom d'une mer voifine de Rome :
le quinzième des empereurs romains efl Hadrien ,
& le golfe adriatique eft la mer dont il porte le nom.
De ce prince , continue la fibylle , il en fortira trois
autres qui régiront l'empire en même tems ; mais à
la fin , un feul d'entr'cux en refiera poffeffeur. Ces
trois rejettons , «ActiTc/, comme la fibylle les appelle,
font Antonln , Marc-Aurele & Luclus-Vérus , & elle
fait allufion aux adoptions & aux afîbciations qui les
unirent. Marc-Aurele fe trouva feul maître de l'em-
pire il la mort de Lucius-Vérus, arrivée au commen-
cement de l'an 169 , & il le gouverna fins collègue
l'an 177, qu'il s'afïbcia fon fils Commode. Comme il
n'y a rien qui puifTe avoir quelque rapport avec ce
nouveau collègue de Marc-Aurele , il eft vifible que
la compilation doit avoir été faite entre, les années
169 & 177 de Jefus-Chrirt.
7*^. On trouve encore un autre caraOere chrono-
logique , mais moins précis dan-: le huitième livre.
Il y cft dit que la ville de Rome , rùy^ji , liibfiftera pen-
dant neuf cens quarante-huit ans feulement, fuivant
la valeur des lettres numérales de fon nom
, après
S î B î5î
quoi elle deviendra une nni7e , pj;^;,. Cette M^
truébon de Rome eft annoncée dans prefque toi) s
les livres du recueil, mais fa date n'eft marquée qu'en
ce leul endroit. Nous lifons dans l'hifloire de Dion .
qu'au tems de Tibère il courut fur la durée de Rom-
une prédiéhon attribuée à la fibylle , où cette durée
étoit fixxe A neuf cens ans. Cet oracle attira l'atten-
tion de Tibère , & occafionna une nouvelle recher-
che des vers fibyllins confervés par les particuliers;
cependant on ne comptoit alors que l'an 772 de la
fondation de Rome , & on ne devoit pas être fort
alarmé. Cette réflexion de l'hiftorien nous montré
que l'addition de quarante-huit ans avoit été faite à
deffein par quelqu'un qui écrivoit après l'an 900 de
Rome, 148 de Jelus-Chrift , mais avant l'an 196 : la
valeur numérale des lettres du mot vâjM^ étoit fans
doute ce qui l'avoit déterminé à préférer le nombre
de 948.
Joiephe , dans fes antiquités judaïques ^ liv. XX,
chap. xyj. compofées depuis les livres de la guerre
des juifs & vers ia treizième année de Domitien l'an
93 de l'ère vulgaire, cite un ouvrage de la fibylle
où l'on parloit de la tour de Babel & de la confufion
des langues , à-peu-près comme dans la Genèfe ; fi ^
dans le tems auquel écrivoit Jofephe , cet ouvra'^e
de la fibylle n'eût pas déjà paffé pour ancien , s^ii
n'eût pas été dans les mains des Grecs , l'hifiorien
juif ne l'auroit pas cité en confirmation du récit dé
Moife. Il réfulte de-là que les Chrétiens ne font pas
les premiers auteurs de la fuppofition des livres/.'
4y//wî. Jofephe ne rapportant pas les paroles mêmes
de la fibylle , nous ne fommes plus en état de véri-
fier fi ce qui eft dit de ce même événement dans no^
tre collecHon étoit tiré de l'ouvrage que cite Jo-
fephe ; mais on efl fur que plufieurs des vers attri-
bué'- à la fibylle dans l'exhortation qui fe trouve par-
mi les œuvres deS. Juflin, dans l'ouvrage de Théo*
philed'Antioche, dans Clément d'Alexandrie, &dans
quelques autres pères , ne fe lifent point dans notre
recueil ; & comme la plupart de ces vers ne portent
aucun caraftere de chrillianilme , il feroit poffible
qu'ils fuffent l'ouvrage de quelque juif platonifant. '
Lorfqu'on acheva fous M. Aurele la compilation
des VQtsfibyllins , il y avoit déjà quelque tems que
les fibylles avoient acquis un certain crédit parmi
les Chrétiens. Nous en avons la preuve dans deux
paffages de Celle, & dans les réponfes que lui fait
Origene. Celle qui écrivoit fous Hadrien & fous fes
fucceffeurs , parlant des différentes feftes qui partà"
geoient les Chrétiens , fuppofoit une fede de Sibyl-
lijhs ; fur quoi Origene obferve qu'à la vérité ceux
d'entre les Chrétiens qui ne vouloient pas regarder
la fibylle comme une prophétefié , défignoie'nt par
ce nom les partifans de l'opinion contraire ; mais
qu'on n'avoit jamais connu de fe£les particulières des
Sibyllips. Celle reproche aux Chrétiens dans le fé-
cond paflage d'avoir corrompu le texte des yersjî^
byllins, defquels, leur dit-il, quelques-uns d'entre
vous emploient les témoignages , îixfoyrct) tiV*? Ù/j.ui $
& vous les avez corrompus, ajoute-t-il, pour y met-
tre des blafphèmcs. Il entendoit par-là fans doute les
invedives contre le poïythéifme & contre l'idolâtrie*
Origene fe contente de répondre au reproche , ea
défiant Celfe de produire d'anciens exemplaires non-
altérés.
Ces paffages de Celfe & d'Origenc fcmblent prou*
ver deux chofes ; i"*. que l'authenticité de ces pré*
dirions n'étoit point alors mile en queftion , &t
qu'elle étoit également fiîppofée par les païens î?v' par*
les Chrétiens ; i°. que parmi ces derniers il y ea
avoit feulement quelques-uns, T.ieî , qui rcgardoient
les fibylles commr; des prophételfes , &c que les au-
tres chrétiens blâmant la fiin]>licité de ces homm.s
crédules , leur donnoient Tépithctc de S:hyliijicsi
X
ï6i
S I C
Plutarque qui vlvolt prefque dans le mô^e te^ns ,
appelle ainfi , dans la vie de Manus , es mterprctes
des prcdiaionsdc la hbyUe, ou les chrehnologucs.
ues prcdictionsac ui iioy--- , • .w
Ccux qui ont avancé que les païens donnoient à tous
les Chrétiens le nom de Sihyllijlcs , n ont compris e
vrai (eus ni du reproche de Celle , m de la rcponle
^ ^'opinion favorable aux fibyllcs qui , de l'aveu de
Celfc étoit d'abord celle d'un allez petit nombre de
Chrétiens, devint peu -à- peu ropimon con^mme.
Les vers Ûhl^ins paroiflant tavoraoles au Chnltia-
niiiue , on les employoit dans les ouvrages de con-
troveric avec d'autant plus de conhance que es
Païens eux-mOmes, qui reconnoiiloient les liDy les
pour des femmes infpirées , fc retranchoient a dire
que les Chrétiens avoicnt fallllic leurs écrits , quel-
non de fait qui ne pouvoit être décidée que par une
comparaifondesdiiTércnsmanulcnts, que tres-peu
de gens étoient en état de taire. , , V •
Les re«les de la critique & même celles de la lama
loeique ctoient alors peu connues , ou du-moins
très-nésllcées : à cet égard, les plus célèbres philo-
Ibphcs du paganifme n'avoient aucun avantage lur
le commun des auteurs chrétiens. Il futtira a en ci-
ter pour exemple les dialogues & les traites dogma-
tiques de Plutarque , qui , malgré ce grand fens dont
on le loue , ne paroit jamais occupe que de la crainte
d'omettre quelque choie de tout ce qu on peut dire
de vrai & de faux fur le fujet qu'il traite. Ce même
défaut règne dans les ouvrages de ceux qui lont ve-
nus après lui. Celfe , Paufanias , Philoftrate , Por-
phyre , l'empereur Julien , en un mot, tous les au-
teurs païens n'ont ni plus de critique , ni plus de mé-
thode que Plutarque. On les voit tous citer lous le
nom à!Orphci , de Mufîi , à'Eumolpe , & des autres
poètes antérieurs à Homère , des ouvrages fabriqués
par les nouveaux Platoniciens , & donner comme
authentiques des oracles fuppofés par ces mêmes phi-
lofophes , ou plutôt par les feftateurs du nouveau
Pythagorifme , ou de lafedle orphique , qui joignoit
les dogmes égyptiens & chaldéens à quelques points
de l'ancienne doarine dePythagore.
Comme les auteurs de ces oracles & de ces vers
phliofophiques fuppofoient la fpiritualité , l'infinité ,
la toute-puiffance du Dieu fuprème , que plufieurs
blâmoient le culte des intelligences inférieures, con-
damnoient les facrifices & faifoient quelquefois al-
îufion à la Trinité platonicienne , parlant d'un Pcre ,
d'un Fils , d'un E/prit , les Chrétiens crurent qu'il
leur étoit permis d'employer ces autorités dans la
controverfe avec les païens , pour les battre par leurs
propres armes. Mémoires des Infcripiions , t. XXIII.
{D. J.)
SIC A , {Aimc<: des Romains.) JIca étoit une petite
épée courbée en forme de faulx , comme la portoicnt
les Thraces. Le gloilaire grec le dit/c.-z , b^'u.y.i:-.-A- |;-
çlç iTtiKÙix-TTii ^ fica , épée thracienne fort courbée;
c'efl pourquoi Capitolin appelle Maximinus qui étoit
en Thrace .^ficilatum latronem. (^ D. J.)
SICAIRE , f. m. {Hi fi. juive.) les Juifs de Céfarée
pilloient , commettoient toutes fortes de briganda-
ges , & l'on donnoit le nom Ac ficaires aux plus cruels
d'entr'eux , à caufc qu'ils portoicnt de courtes épécs
comme celles des Perfes , & courbées comme le poi-
gnard que les Romains nommant Jjca. Ils fe mêioient
ordinairement dans les jours de fcte avec le peuple
qui fe rendoit à Jérufalcm j^ar dévotion , & en tuoient
plufieurs au retour. Ils attaquoient les villages de
ceux qu'ils haiffoient , les pilloient & y mettoient le
feu. {D.J.)
SICAMDRES, {Géogr. anc.) Sicamhn , peuples
de la Germanie. Leur nom cil diftércmment écrit
dans les anciens auteurs. Ccfar dit ordinairement .Si-
êambri , quoique dans quelques manufcrits on life
S I C
Sig.iifTi-ri. Suétone , Florus, Horace , Martial , Sidô-
nius Apolllnaris & Claudicn lifcnt afTez générale-
ment Sictunbri. Strabon , Plutarque & Tacite dlfent
Sue;ambri.
On convient que ces peuples furent ainfi nommés
du fleuve Sigus ou Scgus, la Siga. Ils s'avancèrent
de-làversle Rhin ; car du tems deCéfarils étoient
voilins de ce ?iQWVC .,Sicambri qui proxi/ni funt Rheno.
Ils étendirent enfuite leurs limitts jufqu'auWefer.
Ce fut un peuple puiÛ'ant & nombreux, le plus con-
fidérable des Illévons , & qui pafToit pour le plus
belliqueux de la Germanie : on fait la réponfe fiere
qu'ils rirent à l'olTicier que Céfar leur avoir envoyé ,
pour leur demander qu'ils lui livraient la cavalerie
des Ulipetes qui s'étoit retirée fur hurs terres. Ils
lui dirent que l'empire romain riniffoit au Rhin , &
qu'il n'avolt rien à voir dans la Germanie. Céfar ou-
tré de cette réponfe , fit faire un pont ilir ce fleuve.
L'ouvrage fut achevé en dix jours. L'armée romaine
marcha contre les Sicawbres , qui fe retirèrent dans
les bois , réfolas de s'y défendre s'ils y étoient atta-
ques. Céfar n'ayant ofé l'entreprendre , fe contenta
de ravager leurs terres, après quoi il repaffa le Rhin,
& rit rompre le pont qu'il y avolt fait conllruire.
hesSicambres paroilTent avoir été partagés en trois
nations ; celle des Ufipetes, celle des Taneteres &
celle des Brufleres. Les Ulipetes ayant été chaffés de
leur pays par les Cattes , furent errans pendant quel-
que tems ; une partie pafla dans les Gaules où elle fut
défaite par Céfar ; ceux qui échappèrent après le
combat , s'étant joints aux autres , vinrent s'établir
dans cette contrée des Sicambres , qui forme préfen-
tement le comté de la Marck & une partie de la Weft-
phalie. Ils furent fubjugués par Drufus l'an 743 de
Rome , & ne voulurent pas lliivre les autres Sicam-
bres dans la Gaule Belgique , les duchés de Guadnes
& de Cleves.
Les Teneteres ayant été chaffés de leur pays ,
comme les Ufipetes , par les mêmes ennemis , eurent
la même deftinée , «k s'arrêtèrent avec eux dans le
pays des Sicambres, qui leur en affignerent une affez
grande étendue entre les Uripetes , les Brufteres &
les Ubiens , ce qui forme à-préfent une partie de la
^yeflphalie & du duché de Berg , & quelque peu du
côté de la Marck. Ils palfoient pour les meilleurs ca-
valiers de la Germanie. C'étoit leur paffion , & on
remaraue dans l'hiitoire qu'ils aimoient tellement les
chevaux , que l'aîné des enfans avoit le privilège de
choifir le cheval qui lui plaifoit dans l'écurie de fon
père. LesSueves les chaflTerent de ce pays , ce qui les
obligea de palfer le Rhin , & de fe réfugier parmi les
Ménapicns.
Les Brudcres habitèrent originairement entre les
Angrivariens & les Chamaves. Ils étoient divilés en
grands & petits. Ceux-là occupoient partie de l'Over-
Iffel, & les évêchés de M;inlier & dePaderborn. Les
petits demeuroient vers la fource de l'Ems , dans une
partie de l'évêché de Paderborn & dans les comtés
de Lippe & de Rieteberg. Ce pays avoit été habité
auparavant par les Juhons.
Les Angrivariens & les Chamaves s'étant emparés
des terres des Bruiteres , ceux-ci vinrent occuper la
contrée des Sicambres, qui s'étendoit le long de la
rivière de Segus qui renferme aujourd'hui partie du
duché de Berg , de l'archevêché de Trêves & de la
Vétéravie. SegoJunum , qu'on prétend êtreSiegen ,
étoit leur demeure la plus remarquable.
Ces trois peuples auxquels d'autres fe joignirent ,
quittèrent le nom de Sicambres vers la décadence de
l'empire romain , pour prendre celui de />fl/zt: y. Ils
occupoient alors tout ce qui étoit entre l'Océan &
le Meyn ; &: comme le pays étoit extraordinairemcnt
peuplé , une partie paffa dans la Gaule Belgique, &
y jetta les fondeiaens de la monarchie françoife ; les
S'
t
JL
autres demeurèrent dans la Germanie, & furent dif-
tingués par le furnom de Francs orientaux ;c'qÛ. d'eux
qu'eft dérivé le nom de Fmnconie qui étoit la France
orientale , dont une partie a confervé le même nom
de Franconie. ( Le Chevalier DE JaucoURT.')
SICAMOR, f. m. {terme de Blafon.^ c'eïl un cer-
teau ou cercle lié comme celui d'un tonneau. On
voit des écus de fable à wnjicamor d'or. (Z). /.)
SICANDRO , ÎLE , (Géog. TTwd.yiXQ imaginaire de
la mer Egée; nous n'avons jamais fu la trouver dans
i'Archipel, dit Tournefort , ni même en apprendre
aucune nouvelle: les nouveaux voyageurs n'ont pa§
été plus heureux, (Z>. /.)
SICANIENS, LES, (Gê'o^. anc.) ou les SICANES,
Sicani, peuples de Sicile, qui en occupoient la par-
tie occidentale. Ce peuple , fuivant Thucydide , etoit
originaire de l'Ibérie , & venu des bords du fleuve
Sicanus , que les écrivains poftérieurs ont appelle
Sicorisy 6c que nous nommons Segro. Thucydide ne
donne pas ceci comme une fimple tradition , mais
comme un fait inconteftable. Ephorus au rapport de
Strabon , & Philifte deSyracufe cité parDiodore de
Sicile , tenoient le même langage dans leitrs écrits.
Il efl: vrai que le môme Diodore fe déclare pour le
lentiment deTimée , qui regardoit les Sicani comme
Autochthones : mais ni l'un ni l'autre n'ont fait ré-
flexion que ce mot à^ autochthones ne pouvoit fe pren-
dre au fens qu'ils lui donnent , que par ceux qui ,
félon le fylîème des mythologues grecs , croyoient
les hommes fortis même du lein de la terre. Pour
Strabon , il fuppofe avec Ephorus , l'origine ibé-
rienne des Sicani.
Au tems de Thucydide & des autres écrivains al-
légués ci-defl'us , il etoit facile de vérifier le fait. Les
Carthaginois employoient des troupes efpagnoles
dans leurs guerres contre les grecs de Sicile. Ces
Efpagnols pris dans les combats , & vendus comme
efclaves,fe trouvoient mêlés avec les Sicani ; & par
ce mélange on connoiffoit aifcment s'ils parloient
des dialeûes d'une même langue. Dans la guerre que
Denis-le-tyran fit aux Carthaginois en 3 86 , un grand
ilombre de Sicani fe joignirent à fes troupes : peu
après, un corps d'Efpagnols mécontens des Cartha-
ginois i quitta leur fervice , &: renforça l'armée fyra-
cufaine. Philifte qui tenoit un rang confidérable à la
cour de Denis , avoit ians doute profité de l'occa-
fion pour confiater l'origine ibérienne des Sicani ,
en comparant leur langue & leurs coutumes avec
-celles des Efpagnols qui fervoient dans la même
-armée.
Thucydide dit que ces Ibériens , qu'il nomme Si-
cani, ne paflerent en Sicile, que parce qu'ils avoient
été chafféspar les Liguriens de la contrée qu'ils habi-
toient auparavant. De ce paflage il faut conclure
avec M. Freret , que les Sicani avoient autrefois pof-
fédé le pays où les Liguriens fe trouvoient au tems
de Thucydide, c'eft-à- dire, vers l'an 430 avant l'ère
chrétienne. Or les Liguriens occupoient alors toute
la côte de la mer, depuis les Pyrénées jufqu'aux
Alpes, & depuis les Alpes jufqu'ù l'embouchure de
l'Arne. Scylax qui nous a donné une defcription des
bornes de la Méditerranée vers l'an 350, & fous le
tegne de Philippe, père d'Alexandre, diftingne trois
efpeces de Liguriens : les Ibéroligyes, depuis les Py-
j-enées jufqu'au Rhône : les Celtoligyes, depuis le
Rhône jufqu'aux Alpes : & les Ligyes ou Liguriens
proprement dits, depuis les Alpes jufqu'à l'Arne. Les
Liguriens étoient fi anciennement établis entre le
Rhône & les Alpes, que les Grecs crurent pouvoir
faire mention d'eux dans les fables qu'ils débitoicnt
fur le voyage d'Hercule.
Obfervons encore avec M. Freret , que fi le pays
dont les Ibériens furent chaflcs , ciit été en-deça des
Alpes, ces peuples, loin de pouvoir pénétrer en Ita-
TomsXK
S I C 163
lie , auroient été contraints de fe retirer à l'occident
du Rhône. Ils fe trouvoient donc alors établis au-
delà des Alpes : &: c'ert de-là ques'avançant toujours
de proche en proche jufqu'à l'extrémité de l'Italie , ils
pafferent enhn en Sicile. Le tems du pafla'>^e des
Sicani n'eft pas fixé par Thucydide qui fe contente
de mettre cet événement avant la prife de Troie
c'eft-à-dire , dans fa chronologie, avant i'an 1284;
mais il paroît par les témoignijges d'Hellanicus & de
Philifte, que les Sicaniens étoient déjà poffefleurà
d'une partie de l'île en 1364.
Si l'on prenoit à la lettre plufieurs expreffioriS
femées dans V Enéide , on concluroit que les Sica-
niens avoient confervé des etabliflemens aux envi-
rons du Ty]>re ; Virgile en parle fouvent , & les
nomme veteres Sicani. Mais peut-être , par une li-
cence ordinaire aux poètes , aura-t-il dotiné le nom
de cet ancien peuple efpagnol aux Sicules , natioit
très-différente , puifqu'elle étoit illyrienne , & dont
il reftoit en effet quelques peuplades dans le Latium.
Mem. des infcriptions , tome XFIII. Hift. pas. 80
{D.J.)
SICANUS, Géog. anc.) 1°. fleuve d'Efpagne , fé-
lon Thucydide. On croit que c'eft le même que le
SiCORIS.
2°. Fleuve de Sicile : Etienne le géographe qui
cite Apollodore , remarque que ce fleuve couloit près
d'Agrigente, & que la contrée voifine fe nommoit
Sicania. Héfichius fait mention d'une ville de Sicile
appellée 2:»;:^:«Vh, & d'une contrée à laquelle il donne
le nom de 2/;^ai'/.^. ( D. /.)
SICCA , ( Géog. anc.) ville de l'Afrique propre
félon les uns , & de la Numidie félon d'autres. L'iti-
néraire d'Antonin la marque fur la route d'Hippone
royale à Carthage. Sallufte, Jugurth. c. Ivj. Pline
liv. V. ch. iij. écrivent Amplement Sicca. Mais Pto-
lomée, //v. ly. ch. iij. la table de Peutinger , & Pro-
cope , liv. II. ch. xxiv. y joignent le furnom de
veneria. Ce dernier ajoute qu'elle étoit à trois jour-
nées de Carthage. Sicca veneria devint un fiége épif-
copal : il ne faut pas la confondre avec Sicca ou Siga
ville de la Mauritanie céfarienfe, & oit Syphax avoit
eu fon palais. Foye^ SîGA.
C'eft à Sicca dans la Numidie, ou dans l'Afrique
propre , que naquit Arnobe vers la fin du iij. fiecle^
& il y profeffa la rhétorique, avant que d'embrafl"er
le Chriftianifme. Pour obtenir fon admiffion à l'É-
glife, il écrivit un ouvrage contre Us Gentils : cet ou-
vrage dont il s'eft fait plufieurs éditions , contienf
fept livres. L'auteur y employa toutes les fleurs de
fa rhétorique , & y débita beaucoup de littérature ;
mais comme il fe hâta trop à compofér fon ouvrage
de-là vient que l'ordre & la belle économie n'y pa-
roiflent pas avec toute la juftefle qui feroit à defirer.
M. Dupin ajoute que le tour des penfées eft d'un
orateur , & que les termes font durs , mal-arran-
gés, peu pohs, & quelquefois même peu latins.
Proclus ( Euty chius) , grammairien célèbre du fé-
cond fiecle , étoit aufll natif de Sicca. Il fut nommé
précepteur de l'empereur M. Antonin le philofophe,
& élevé par ce prince à la dignité de proconful. Il
mit au jour un livre (cité parTrébelliusPollion) fur
ce qu'il y avoit de plus curieux dans les pays étran-
gers: c'eft dommage que ce livre foit perdu. (Z>. /.)
SICCITÉ , f f (Gram.) privation de toute humi-
dité. Faites évaporer jufqu'à Jiccité , difent les Chi~
miftcs ; & plus l'évaporation fera lente , plus les
cryftaux que vous aurez feront beaux & réguliers.
SICELIA-CJESARÉA,{Gcog. anc.) ville d'A-
frique dans la Mauritanie. Xiphilin nous apprend
que c'étoit la patrie de l'empereur Macrin , gladia-
teur de fon premier métier , puis notaire , inten-
dant , avocat du fifc , & enfin préfet du prétoire.
Pc* de tems après que Caracalla eut été tué par ïof
Xij
■i(j4
S I c
s I c
embûches de Macrln, les {oldats Jpf^fpcres davoiV
perdu un prince qui donnoit lans melure , ekucnt
Héllogabalc: 5c Macrln lut tue dam une bataille à
Arcbvilaulc en ii8. {D. J.)
SICE.RA, (tV'^'/.y^J'-'O '^'««p=«^^> mot grec em-
ployé par Saint Luc,/, /i. 6c qui ligmfie toute boil-
lon enivrante outre le vin : ton iils, dit lange a Za-
aujouurhui Naplouse, ville de la Samarie, lituec
entre Guerizlm & Heba , dans la vallée qui Icpare
CCS deux villes, il quarante milles de Jcralalem. De-
puis la riùne de Samarie par Salmanai'ar, Siclum lut
la capitric dci Samaritains , & elle l'ctoit encore du
tçnis d'Alexandre. Les Juills rappelloient par moque-
rie ^rJ!jr;&: de-là vient quon la voit ainfi nom-
mée dans l'évangile de Saint Jean, iv. 5. Ce terme
iignifie ra,i///«d'o- ivrognes, du mot hébreu ficcanm,
ivrognes. C'étoit dans le voifinage de Sic/um qu'on
enterra les os de Jofeph que les IlVaéiltes apportè-
rent avec eu.v u £gy])te ; & dans le même endroit
ctoit le inilts de Jacob, comme on l'appelloit , où
Notre-Seigncur étoit afîis, quand il eut avec la lama-
rltaine la converfation que l'évangile rapporte,
Jullin Martyr étoit de Siclum, non de la race des
Samaritains , mais defcendu dct> Grecs que Vel^îa-
licn établit dans cette ville qu'il nomma /aWa Ccvjh-
rca , en mémoire de ion nom de Flavius, il nous refte
de Jullin qui étoit grand platonicien, divers ouvra-
ges. Les premières éditions en ont été données par
Robert Etienne en 155 1 ëc 1571 ca grec. EnluUe
parut celle de Commelin en 1593 en grec 6z en la-
tin: Morel la donna beaucoup plus belle en 16^6,
grcque & latine. Enfin a paru celle de dom Prudent
Marand, (avant bénédidin, en 1741. in-foLTai parlé
de Saint Juilin parmi les pères de l'Eglile. {D. J.)
SICHINO , ( Géog. r;:cd.) île de la mer /Egée ,
entre celles de Milo à l'occiieat&i Amorgo , proche
de Policandro ; en latin Sicinus ou Siccnus. Elle n'a
pas plus de cinq à lix lieues de tour. Ce n'ell pro-
prement qu'une montagne , mais qui ne laiffe pas de
produire le meilleur froment de l'Archipel. Il n'y a
que deux villages , qui font fur le haut de cette mon-
tagne, &: peuplés feulement de laboureurs éc de pay-
fans , qui ne vivent que du rapport de leurs terres.
Comme il n'y a point de port im peu confidérable dans
l'île de Sicliino , il n'y a aulîl point de trafic. {D. J.)
SICHOR , ou SIHOR , ( Gcog. anc. ) on imagine
que c'eft une ville dans la partie occidentale de la
tribu d'Afer. Cet endroit ne doit pas être loin du
Carmel. M. Reland conjeélure que ce pourroit être
la ville ou le fleuve des crocodiles , que Pline , /. r.
e. xix. ôi Strabon mettent dans ce pays-là. Strabon ,
/. XVI. dit qu'elle eft entre Ptolemaide & la Tour
de Straton , ou Céfarce de Palelline. L'hébreu lit
Sichor-Lcbinath ; 6c l'on croit que Lebenath eft le
promontoire blanc , entre Ecdippe & Tyr , & que
Sichor eft un ruiffeau de ce canton là. Sic/ior fignifie
troulli. {D.J.)
SICIGX ANO , ( Géog. mod. ) bourgade d'Ita-
lie , au royaume de Naples , dans la principauté ci-
lérieurc , fur une montagne qu'on prend pour ïal-
burnus inons des anciens. \D. /.)
SICILE , ( Gcog. mod. ) c'eft la plus confidérable
par fa grandeur &: fa fertilité des îles de la Méditer-
ranée , entre l'Afrique & ri'alie. Elle n'eft léparée
de l'Italie que par le petit détroit de MefTine, qui n'a
que trois milles de large ; au lieu que le plus court
trajet de Sicik en Afrique eft de quatre-vingt milles.
Sa longueur , prife de i'eft à l'ouelt , eft d'environ
I ^o milles d'Italie , &. fa largeur du midi au nord de
J30, d'autant qu'elle commence au cap Pafiaro ,
fous la hauteur de 35-15 , oc finit à 37-30 dt U-
titiidiy-,
Sa forme eft triangulaire , dont chaque angle fait
une pointe ou un cap. Celui qui regarde ritalie a été
njmnié parles anciens P cloras , & aujourd'hui capo
del Paro. Celui qui regarde la Morée , Puchynum ,
aujourd'hui capo Pafl'aro; & celui qui regarde l'A-
frique , LyUbxuii: , aujourd'hui capo di Dico.
La >S'ici/^ eft divilée en trois provinces qu'on nom-
me rcllézs , dont l'une s'appelle val di Dcmona, l'au-
tre val di Nota , 6c la troifiemc val di Ma^ara. Le
val de Demona contient les villes de Meifine , Me-
ïazzo,Cefalu ,Taormina qui font maritimes , & quelr
ques autres dans le pays. Le val de Noto a dans fon
enceinte les villes de Catania , Agofta , Syratufa ,
Noto , Lentini , Carlentini & autres. Le val de Ma-
ziira comprend les villes de Palerme , Mazara , Mar-
fala , Trapano , Termini , Girgenti , Xaxa , Licate &
autres.
Palerme , Meffine & Catane font les trois capir
taies du pays , chacune dans fa province. Les villes
où il y a port de mer , font Meifine , Agofta , Syra-
cufa , Trapani , Palerme & Malazzo ; le climat de
cette grande île eft chaud , mais l'air y eft pur , le
printcmsy eft continuel, 6c le terroir fertile. Le nom-
bre des habitans de toute l'île muntoit , par le dé-
nombrement qui en fut fait dans le dernier fiecle , à
plus de neuf cens mille âmes ; mais on fait que ce
nombre a beaucoup diminué depuis.
Les principales rivières font le Cantaro , V/4labus
ou Onubola des anciens , la Jarreta , anciennement
Symœthus , félon quelques-uns : les rivières de Patti
& d'Oliviero , le Termini, l'Armiraglio , le Drago,
la Terra-Nova, l'Abiflb , ô'c.
Le Monte-Gibello , anciennement ^Etna , moins
redoutable que le Véfuve , eft cependant renommé
pour fa hauteur , fes forêts , fa neige perpétuelle ,
& le feu qu'il jette fouvent avec force cendres. Le
tour de cette montagne eft d'environ foixante milles.
Du levant au midi ce lont des vignes , & du cou-
chant au nord des bois pleins de bêtes fauvages. Le
mont Trapani , anciennement Eryx , eft près de Pa-
ïenne. Les autres montaiines de l'île font moins con-
nues dans l'hiftoire ;mais toutes abondent en fources
d'eau douce , & quelques-unes fournlftent des bains
d'eaux chaudes , tiedes ÔC foufrées.
Le terroir de la SiciU eft des micilleurs. Il produit
abondamment du blé , du vin , de l'huile , du fafran ,
du miel , de la cire , du coton & de la foie. La vallée
de Noto eft couverte de gras pâturages & de blés ;
& celle de Démone eft fertile en bois Se en arbres
fruitiers. La mer fournit auffi beaucoup de poiflbn.
Enfin la Sicik eft heureufement fituée pour le com-
merce ôc la navigation.
On peut voir, à l'article Sicilia qui doit fuivre ce-
lui-ci , les premiers peuples qui ont pafié dans cette
île 6c qui y ont dominé , jufqu'à ce que les Romains
s'en loient rendus les maîtres. Dans la décadence de
leur empire , cette île fut dévaftée par Genferic, roi
des Vandales , qui la foumit. Le trop malheureux
Bélifaire , général de Juftinien , la reconquit fur eux
en 53 5;mals elle redevint la proie des Sarrazins d'A-
frique dans le ix. fiecle. Ils y établirent des gouver-
neurs , qui fe nommoient émirs , & qui fe maintin-
rent à Palerme jufqu'à l'an 1074 , qu'ils en furent
chafiés par les Normands , qui avoient pour chefs
Robert Guifcard & Ro^er fon fils. Ce dernier fonda
en 1 139 un nouveau royaume en SiciU , qui fut en-
fuite expofé à bien des révolutions , par l'avidité
des princes qui y prétendoient en vertu de leurs al-
liances.
Roger , vainqueur des mufulmans dans cette île ,
8c des chrétiens au royaume de Naples, baifa les pies
du pape Urbain II, fon prifonnier ^ de obtint de lai
SIC
rînveftîturede ia conquête , & fît modérer la reife-
vanceà ilv cens iquitates, monnoic qui vaut environ
une» pirtole. Le pape conientit encore quM n'y eût
jamais dans l'île de StcUe , ni légation , ni appeiiaciun
au laint fiege , qu-e quand lcj"oi le voudroit amu. t>'eit
deouls ce teais-là que les rois de Sicile , leuls rois
vahaux des papes ,,. font, eux-mêmes d autres papes
dans cette île.
Conftance, fîUe de Roger , porta le royaume de
Naples & de SicUe dans la mailon de Souabe , par
fon mariage avec l'empereur Henri VI. en nôG.
Après la mort de Conrard leur petit-iîis , ÎMaintroy
fon frère bâtard , fat reconnu pour fon héritier ; niaii
Charles de France, comte d'Anjou & de. Provence ,
s'étant fait invertir du royaume de Naples 6i de Si-
cile par le pape Clément IV. en 1165 , tua Mainfroy
l'année fuivante , & fit couper la tête au fils de Con-
rard en I 269. Pierre III. roi d'Aragon , qui avoit
époufé Confiance fille de Mainfroy , fit égorger tous
les François en 1282 , le jour de pâques au premier
coup de fon de vêpres , d'où ce mailacre a été appelle
depiis les vêpres Jicilicnf2cs.
Cette affreule cataftrophe envenima l.es fameufes
querelles des deux mahons d'Anjou & d'Aragon ,
dont l'hiftoirc efr fi remplie.. La dernière eut l'avan-
tage , fe maintint en pofiefiion , & chaffa les Fran-
çois qui n'ont pu depuis remettre le pie dans ces deux
royaumes.
La Sicile efl refice fous la donfinution des Efpa-
gnols jufqu'à la paix d'Utrecht en 1 71 3 , q^ue les al-
liés la donnèrent au duc de Savoie qui y fut cou-
ronné la mêjrie année. Les Efpagnols qui avoient éié
forcés à cette cefîion , revinrent en Sicile en 1719 ,
& l'envahirent preiqu'entierement ; ils en furent ce-
pendant chaires par les Anglois. Le traité de Lon--
dres difpofa de la SiciU en faveur de l'empereur ,
qui céda en échange au duc de Savoie le royaume
de Sardaigne , 6c promit les fucceffions deToicane ,
de Parme Si de Plaiiance à l'infant Don Carlos. En-
fin la guerre de 1733 , luivie du traité de 1736, a
mis ce dernier prince en poflefilon des royaumes de
Naples & de Sicile , fous le titre de roi des deux Si-^
ciles , favoir de la SiciU en deçà du Phare , & de la
Sicilea\x-At\k du même Phare.
Il gouverne cette île par un vîce-rol , comme cela
s'eft pratiqué depuis la guerre de Melfine , qui donna
lieu à la deftru£tion des lois 6c des privilèges de tou-
tes les villes. De-là vient que les peuples nombreux
qui y étoient autrefois , fe lont fondus. Le plus grand
commerce ell un revenu d'environ cent mille écus
que produUent les permllfions accordées à chaque
particulier de manger du laitage 6l des œufs en ca-
rême. Le clergé féculier 6c monaftique jouit du droit
de franchife pour l'entrée de toutes lortcs de mar-
chandiles 6c de denrées de ieuis biens ; de là chaque
famille a quelque eccléfiaitique pour fils 6c pour pro-
che parent , 6i ne paye rien : mais ce qu'il y a de plus
fingulier, c'ell qu'un eccléliallique qui n'eli attaché
par le fang à aucune tamille , vciid ion droit de tran-
chife à ceux des léculiers qui n'ont point d'ecclefiaili'-
que pour parent. Toutes les egllles 6c les chapelles
du royaume , qui font en très-grand nombre dans
chaque ville , & même à la campagne , jouifient
d'un droit d'alyle en iaveur de tous les Icelerats qui
s'y retirent. Prcfquc toutes les charges de robe 6c
d'épée fe vendent , 6l Ton peut croire fi d'ordinaire
l'argent cft prétéré au mente.
La ville de Palerme efl la feule du royaume où
l'on bat monnoie : encore y fabrique-t-on raiemtnt
des cfpeces d'or ou d'argent , faute de matière, qui
fort toute du pays.
Abrégeons : la Sicile n'a plus rien aujourd'hui de
confidérable que les montagnes 6c Ion tribunal de
^'inquifition , qui a des commifiaires avec cour 6i.
SIC i6j
ofKcîefS dans tous les coins du royaume. Ceux cuî
poileuent les ciiar^es (k oiHces de Finquifition , iouif.
lent , ainh que leurs maifons, des privilèges qui y
lunt atiacnes , ne reconnolfî'ent point d'autre tribu^
nat ; 6c la muititude de cts charges & offices rt-m
phes par la nobieife , les riches 6c les bourg-o^s e<l
iigraade, qu.'il ne faudroit pâs-d'autre caufe pour
ruiacr emie. ornent la monarchie i\c Sicile, r-w.i\
On lait que pour comble de maux , cQttQ île éprou-
va en 1693 un aifieux tremblement de terre qui
porta partout la delolation. Les villes de Caîane
d Agouile , de Syracule , de Lcntlnl , de Carlehîini '
de Modica, turent prefque détruites : un grand nom-
bre de Dourgs 6c de volages effuyala même caraftro-
pne , 6i l'on compta près de quinze mille perfbnnes
qui pcnrent dana ce bouleverlement. '
Tant de révolutions qu'^ éprouvé Ii:Ç/a'^ . ren-
dent mtereifante 1 hilloire ûd la defcriptron de cette
lie , &c c'elt lur quoi les curieux peuvent conlulter
1 un ou 1 autre des ouvrages fuivans. • '
Burigni , hiitoire à^ Sicile, imprimée à la Haye en
1745 , 2 voi. //z-4". ' "• -^
^ I^azeUi, de rébus Siculis , CatanelJ 1749^ % yoî.
fol.
Defcrîption de la Sicile , publiée en Italien par le
marquis de Viila-Blanca. Cet . ouvrage ^ paru en
■ ^7*^^: \^<^ <''i'V'ilier,DE, J4VC0ÙRJ A '
.Sicile , MtR,pE.,_( Géog. mod. ) I9 mer de Sidk
eit la partie de la mer lonlene , qui.efï-au midi de la
Ca:abre , oi qui baigne la côie orientale du royaume
àtSiciLiJ^D. J.) ■ '
Sicile , tribunal de U monarchie de , ( //;/?. de
Sicile.) c'efl ainfi qu'on nomme cette heureufelu-
rifclidion ecclélialtique atemporelle, indéoendante
de lacour de Rome , dont jouiiTent les rois de Sicik.
11 faut indiquer l'origine de ce beau privilège.
Des que le comte Roger eut enlevé cette île aux
Mahoinetans 6c aux Grecs , & que l'églife latine y
fut établie , Urbain II. crut devoir y envoyer un lé-
gat pour y régler la hiérarchie ; mais Roger refufa fi
lortemcnt 6c fi confiamment de recevoir ce léoat
dans le pays de fa conquête , que le pape voulant
ménager une famille de héros fi néce.aaire à l'entre-
prife des croiiades , dont il étoit tout occmé , prit le
parti d'accorder , la dernière année de fâ vie , en
X098 , une bulle au comte Roger , par l.iquelle il ré-
voqua fon légat, & créa ce prince & tous fes flic-
cefieurs, légats nés du faint fiege en Siale, leur at-
tribuant tous les droits 6c toute l'autorité 'de cette
dignité, qui étoit à la fois fpirituelle & temporelle.
Voilà ce fameux droit attaché à cette monarchie ;.
droit que depuis les papes ont voulu anéantir, 6c
que les rois de Sicde ont maintenu. Si cette préro-
gative , ajoute M. de Voltaire , eft incompatible
avec la hiérarchie chréLienne , il ell évident cu'Ur-
baln ne put la donner ; fi c'elt un objet de dilcipline
que la religion ne réprouve pa^ , il elf également
certain que chaque royaume cft maître de fe l'attri-
buer. Ce privilège au fond , n'eft que le droit de
Confi:antin & de tous les empereurs , de préfider
à la police de leurs états ; cependant il n'y a eu
dans toute l'Europe catholique , qu'un gentilhomme
qui ait lu fe^ procurer cette prérogative aux portes
de Rome même. (Z>. 7.)
SICIU A., {Géog. anc.)i\e de la mer Méditer-
ranée , près de la côte d Italie , dont elle n'cU fé-
parée que par un détroit auquel elle donnou" Ion
nom , 6c qu'on appelle aujourd'hui [i^ phare de Mef-
Jins.
Elle efl fi voifine de l'Italie , que pluficurs des an-
ciens ont cru qu'elle avoit été jointe au contment,
6c que quelques tremblemens de terre, ou l'effort
des deux mers l'en avoient féparée : Sicilia , utfenmt ,
aliquandu contuicns f& aji^ro liruitio aJne.va , dit Pom-
i66
S I c
poniusMcla. Virgile , .Encid.lib. III. v. 414- fe iert
auin de la incme exprclfion Jcrum:
Hcec loca vi quondam , & vajld convulfa ruina ,
Dtjfilnijji fcrnnt , quum protmus utraque tdlus
Unafont. Fcnit mcdio vi Pontus , & iindis
Hcjpcrhimficido latin uhjcidit. Jrvaque & iirbts
Ltuon diduclas angtijlo intcrluit itjlu.
i< On dit qvi'avitrefols l'Italie & la Sicile jointes
w par un it^hme , ne tbrmoient qu'un même conti-
>, nent. Une violente tempête brila l'illhme, iepara
» les deux réglons , & ouvrit aux fiots un paliage
» étroit entre l'une & l'autre ». , ^ •
Siliusltalicus, Av. XI^. v. n. aflure li pofitive-
ment que \a Sicile a été anciennement jomte au conti-
nent , qu'on jurcroit qu'il en a été témoin. Pline , //v.
///. ch. viij. en parle liir le même ton que Silius Ita-
liens : Sicilia quondam Enittio a^ro cohœrcns , mox
intcrfufo mari avulfa. Ce qu'il y a de sûr , c'elt que
cette proximité étoit fi grande, qu'on entcndoit des
deux côtés le chant des coqs & le cri des chiens. Pli-
ne donne quinze cens pas de largeur au détroit qui
répare l'Italie de la Sicile Agathamcre , hv. I. ch. v.
dit que le trajet du promontoire Feiorum en Italie ,
étoit d'onze ftades. . .
Cette île a été connue fous difFérens noms qui lui
ont été donnés , ou à railbn de la fituation, ou à caufe
des peuples qui l'ont habitée. Les noms les plus uli-
tés l'ont ceux de Trinacria , Triqueira , Sicarsia , Si-
cilia. Ce dernier nom a été employé par divers au-
teurs , entr'autres par Pline , Hv. IlL chap. v//y. qui
préféroit la 5ic/7e à toutes les îles : ante omna. injulas
efl c/jritateSici/ia.EWe ell appellée Sicania par Thucy-
dide; & par plufieurs auteurs Trinacria ou Triquetra,
à caule de fa Hgure triangulaire , ou à caufe de les
trois principaux promontoires. Le nom Trinacnattii
cependant plus ullté chez les poètes que chez les hil-
toriens.
Les Sicani , peuples d'Efpagne , en paflant dans
cette île , lui donnèrent le nom de Sicania ; & les
Siculi , peuples d'Italie, en fe retirant dans cette mê-
me île occafionnerent le nom de Sicilia. On compte
aulfi parmi fes anciens habitans , les Leftrigons , peu^
pies d'Italie. Enfin il ell certain que la Sicile a encore
été peuplée en différens tems par diverles colonies
grecques venues de Naxos , de Chalcidie , de Co-
rinthe , & d'autres endroits. Les Carthaginois même
occupèrent la plus grande partie de l'île. Ce mélange
de peuples a été caule qu'Apulée appelle les Sici-
liens Trilingues , parce qu'il le parloit trois différen-
tes langues chez eux ; favoir , la grecque , la cartha-
ginoife 6c la langue latine. Ptolomée , Hv. III. c. jv.
a fait une defcription de la Sicile telle qu'elle étoit de
fon tems ; on peut la conlulter.
C'eft affez pour moi de remarquer qu'aucun prince
n'a eu l'île entière fous fon obéifi'ance avant la domi-
nation desRomains, qui furent appelles par les Mam-
mertins contre Hiéron roi de Syracufe , & les Car-
thaginois fes alliés. Après plulîcurs combats, les Ro-
mains demeurèrent maîtres de ce friand morceau ,
dont ils tirèrent dans la fuite de grands avantages. Ils
firent de la Sicile le grenier de l'Italie. Cette île leur
donna le moyen de former des armées navales , &
de fe rendre maîtres des mers Adriatique & Médi-
terranée.
D'un autre côté , les arts tc les fciences fleuri-
rent dans cette île fous l'autorité des tyrans qui la
gouvernoient. Gorgia3,ficilien, fc diflingua dans l'art
oratoire , & fit le maîti e d'Ifocrate. Il fleuriffoit vers
la 8oe olytnpiad-'. Epicharme, fon compatriote &c
fon contemporain , fe diftingua par fes écrits fur la
Philofophie. Dinolccbis , ficilica , fc montra un des
prem.iers poètes comiciues. Timée , ficiiien , qui flo-
riffoit du tems ds Ptolomée Philaùslphe, écrivit i'hi-
S I C
ftoire de la Sicile , de l'Italie & de la Grèce avec
beaucoup d'éloquence , fuivant le témoignage de Ci-
céron. Je tais les hommes illultres qui fleurirent à Sy*
racufe , à Agrigente , à Panorme , &c. parce qu'on
les nommera en parlant de leur patrie.
Pour ce qui regarde la Sicile moderne , voye^ Si-
cile, (/.e chevalier DE JaucovRT.)
S ICI LIER J , {Ccog. anc.) ville de l'Afrique pro-
pre, ù 29 milles de Carthage, entre Unuca^cVaHis^
;\ 7 milles du premier de ces lieux , & à 1 5 milles dit
lecond. Cette ville étoit un fiege cpifcopal , dont
l'évcquefe nommoit epiJcopusJîcilHbenfis.
SICILIENNE , f. f. en Mujique; forte de danfe com-
mune en Sicile , dont l'air eit dans h inefare à | , ou
à|; d'un mouvement beaucoup plus modéré que ce-
lui de la gigue , mais en même tems puis marqué.
SICILIQUE , f. m. ( Poids anc. & mod.^Jicilicum ;
forte de poicis qui chez les anciens pefoit deux drach-
mes, ou lix fcrupules. Lejîcilique des modernes , &
dont les Apothicaires fe fervent , pefe un fextule 6c
deux fcrupules. (Z?. J.)
SICIMINA & PAPINUS , (Giog. anc.) monta-
gnes d'Italie , dans la Gaule cifpadane. Tite-Live ,
liv. XL y. ch. xij. en parlant de ces montagnes , fait
entendre qu'elles étoient aux environs des champs
appelles Macri campi , aujourd'hui Valle di Montiro-
ne , félon Léander.
SICINUS , {Gêog.anc?) félon Ptolomée , liv.UL
c. XV. Sicenus ; félon Strabon , /. X. p. 484. & Pline,
/. ly. c. xij. Sycinus ; île de la mer Egée , & l'une
des Cyclades , à l'occident de l'île d'Ios. Le môme
Pline nous apprend qu'elle fe nommoit auparavant
Onde ; fes habitans font appelles Sicinites par Dio-
gene Laërce.
S'il «n faut croire les fables des poètes , Thoas , roi
deLemnos, &fîls de Bacchus, fut garanti par fa fîlle
du malheur où tous les autres hommes de Lemnos qui
furent maffacrés par leurs femm.es avoient été enve*
loppés. Il fat pouflé dans l'île dont il eft ici queflion ,
& il y épouia la nymphe (Enone ou (Enoïs , de la-
quelle il eut un fils appelle Sicinus , qui donna fon
nom à l'île. On la nommme aujourd'hui Sichine ou
Sicinc ; mais elle efl: défignée dans les cartes marines
fous le nom de Zétine , Sctine , ou Sétin. Foye^i^ Si-
CHINO. (/>. /.)
SICKU, f. m. ( Hijl. nat. Bot. ) c'efl un poirier du
Japon , qui porte un truit d'une figure extraordinaire ,
&: d'un goût agréable , femblable à celui de la poire
de bergamotte. Ce fruit dont le pédicule efl fort long ,
fe dlvife d'abord comme en deux branches , enfuite
en plufieurs autres , appofées les unes aux autres, plus
grofîes qu'un tuyau d'orge , tortueufes , & longues
d'un demi-pouce , à l'extrémité defquelles font fuf-
pendus à une petite queue , deux grains de la figure
6c de la grofleur d'un grain de poivre , divifés en
trois lobes , qui contiennent chacun une femence
affez femblable à celle du lin par fa couleur, fon bril-
lant & fa grofleur. Les feuilles de l'arbre font ovales ,
pointues , d'un verd clair , & finement dentelées.
SICLE , f m. {^Monnoie des Hébreux. ) monnoie
d'argent des Juifs qui avoit cours dans leur pays dès
le tems d'Abraham. Gen'. xxiij. i5.
Les Hébreux avoient non-feulement des^cles, mais
des àQmi-Jicles , ou des békas. Le J^cle pefoit environ
trois sheUings d'Angleterre. E^echiel , c. Ixv. 12. nous
apprend qu'il y en avoit foixante h la mine, ht Jïcle
des Hébreux contenoit quatre drachmes , de forte que
leur drachme devoit valoir neuf fous d'Angleterre.
M. Brercwood ne l'cftime que fept fous , & de-
mi ; mais félon l'évaluation du dofteur Bernard ,
qui paroit avoir le mieux examiné ce fujet , en éva-
luant à neuf fous la drachme juive & attique, le béka
ou le àcvcLi-fule fait un shellin fix fous , le pcle trois
shellins , la mine neuf Uvres flerling, & le talent
d'argeiit quatie ceus cinquante livres Iterlinjt
s I c
ÏI nous refte encore pUiucurs fîcks]\.vSi> , avec rinf-
Ctntion , JirufaUmkciush.ih , c'eft-à-d'.re , JinifaUm
lafiinte. Cette monnoie le répandit chez les nations
voifmes , fur-tout depuis que la captivité de Baby-
lone eût difperié ce peuple dans l'orient, ^oyq à ce
fujet Lighfoot , & X apparat de Walton à la tCte de la
bible polyglotte de Londres.
On lit dans le //. /. des Rois , c. xjv. 26". que la
chevelure d'Abfalon , qu'on lui coupoit une fois Fan^
pefoit deux cens fscles ; cette pefanteur ne doit pns
étonner , parce qu'il s'agit ici du Jick babylonien ,
qui étoiî environ les deux tiers plus léger que \zfuic
hébreu ; car l'auteur qui a rédigé le livre dis R.ois vi-
voit à la fin de la captivité de Babylone , oii les Juifs
ne connoiffoient que le poids babylonien. (Z). /.)
SîCLI ou , SICHïLI , {Gcog. mod.) ville de Sicile ,
dans le val de Noto,à 3 lieues au fud-ouell de la ville
de Noto, fur le bord d'une petite rivière. Long, j 2.
5o. lai. j6". S2.
SICLIQUE , f. m. ( Comm.) petit poids dont fe
fervent les Apothicaires pour pefer leurs drogues. Il
pefeun fexmle & deux fcrupules. Foyei^ Scxtule &
f'crupule. Diccl. de Comm.
SICORIS , {Géog. anc.) fleuve d'Efpagne. Il fé-
paroit les Hergetes des Lacetani. Céfar , Pline ,
Dion Cafiîus & Vibius Sequefter en font mention ;
& il eft à croire que c'efi: de ce fleuve que prétend
parler Thucydide , liv. f^I. lorfqu'il fait venir des
bords du fleuve Sicanus en Efpa^ne , les Sicaniens
qui allèrent s'établir en Sicile. Ce fleuve ïvd pliis
connu du tems de la guerre civile. Lucain , liv. //>'.
f. //. le décrit ainfi en parlant de la ville lilerda bâ-
tie fur fes rives :
Colle tumct mod'ico , Unique excrevlt in altum
Pinguefolum tumulo : Juper hune fundata vctuflâ
Surgit Ikrda manu ; placidis prœlabicur undis
HeJ'perios inter Sicoris non uUimus amncs ,
Saxeus ingcnti quem pons anipUcliiur arcu ,
Hibernas pajfurus aquas.
Ce fleuve fe nomme ijréfentement le Sc^re . & les
Catalans l'appellent Agna naval, (^D.J.)
SICUEDON, (^Lcxic. médic.) on entend p?.v ce
mot grec la fradure entière & tranfverfale d'un os
long faite avec égalité , comme lorfqu'on caile un
concombre en deux. Cette fracture ne diffère pomt
de celle qu'on appelle raphancdon ; Jicuedon a-iy.unS'ov
veut dire , en manière de concombre , de aïKvaç , con-
combre.
SîCULES, LES, ( Géog. anc.^ peuples originai-
res des confins de la Dalniatie ; ils vinrent après les
Liburnes s'établir en Italie. Ces Sicuîcs formoient
■une nation nombreufe qui s'empara d'une partie con-
fiderable du pays ; ils peuplèrent l'Ombrie du milieu,
la Sabine , le Latium , & tous les cantons dont les
peuples ont été connus depuis fous le nom d'Opiques.
En comparant quelques paflages d'Hérodote , de
Thucydide , de Platon & ci'Ariirote , on voit claire-
ment que les noms de Siculcs & d'Opiqu:': étoient
deux noms généraux qui comprenoient tout ce qui
s'étend depuis le Tibre jufqu a l'extrémité orientalî
de l'Italie , à l'exception de ce qu'en ont occupé les
Liburnes. Ces deux noms généraux furent pcu-;:-
pcu abolis parles ligues particulières des Sabins , des
Latins , des Samnitcs , des (lïnotri & des Itali , quife
formèrent dans ia liiite. Les Siculcs qui pairerent en
Sicile , ibnt les feuls qui ayent confervc leur ancien
nom , que cette île a reçu d'fux. Nous avons la date
précife decepailage des i'ia^/a dans file: Hellanicus
de Lcsbos , l'iillorien plus ancien cjue Thucytliùo ,
& même qu'Hérodote , donnoit pour époque à cet
événement la vingt-f:xicme année du l'acerdoce tl'Al-
cyonée , prctrcffe d'Argos: ce qui répond à Tan 80
environ avant la prife de Troie, marqué par Pliiii.'le,
1 C
16 f
auteur ficiliên ; c'efl-à-dire à l'an 1364 ayant l'éré
chrétienne , félon la chron'jloeie de Thucydide
(D. J.) ^ ^ ^'
_ SICULIANO ou SÎCULL4NA , ( Ge'og. anc.) pe^
tite ville de l'île de Sicile , dans le val Mazzara , à
la gauche de Fiume di Canl , environ à deux milles
de la côte. C'eil: l'ancienne Cena , entre A'.^ric-°ntuin
& Allava. (D. J.) '' °
S ICC/LOT^ , ( Géog. anc. ) peuples de la Dalma-
tie , félon Ptolomée , /. //. c. xvij. & Pline , liv. IH,
c.xxij. Ce dernier dit qu'ils étoient partagés en 24
décuries.
SICUM, ( Gcog^ anc. ) ville de i'Illyrle , dans la
Daimatie , fur la côte. Pline , /. ///. c. xxij. dit que
l'einpereur Claude y envoya des foldaîs vétérans.
Sophien veut que ce foit aujourd'hui Séenico.
(n.j.)
SICYNOIDE/. f.(HiJl. nat. Bot.) flcynoïdes, genre
de plante à fleurs monopétales , en forme de cloches
ouvertes & profondement découpées. Les unes font
ilériles & n'ont point d'embrvon ; les autres font fou-
tenues par un embryon, qiii'devie.at dans la fuite un
iruit fcmblable à une amande , charnu & hériffé de
pointes. Ordinairement ces fruits font réunis en ma-
nière de tête , & renfermés chacun fous une peau
mince , une feule femence. Tournefort , injl. rei
herb. Voye^ PLANTE.
SICYONE, {^Géog. anc. & mod.) ville du Pélo-
ponnèfe dans l'Achaïe propre , & dans les terres,
près de l'Afopus. CetLe vdle autrefois puiffante ,
à: qui eut fes propres rois , devint enfuite libre ; &-
durant la guerre des républiques de la Grèce, elle
fut tantôt ibumife aux Athéniens, tantôt aux Lacé-
démoniens. Juftin dit , liv. XIII. du v. Démnfîhenes,
Sicyona , Argos , & Corimhum , cmterjfque civitatcs
chqmntiâ fuà , Athenienfibus janxit. Quoique Sicyo-
ne lût dans l'Achaïe , comme le miarque Pline, /. /^.
ch. V. cependant elle fe trouve avoir été comprife
dans i'Argolie.
Le royaume de Sicyom efl le plus ancien royaume
qui ait été dans la Grèce. Son premier roi s'apoelîoit
EgicUe^ & félon Eufebe , le commencement de fon
règne précéda de 74 ans la naiflance d'Abraham. Le
dernier roi , qui^ étoit le vingt-fixieme , s'appelloit
Zeuxlppus. Après lui , la forme du gouvernement
changea ; les prêtres d'Apollon exercèrent l'autorité
fouveraine pendant 30 ou 40 ans; & enfin les rois
d'Argos & de Mycenes s'en emparèrent. Ce royau-
me ciura 962 ans; il finit lorfqu'Hélie étoit fouverain
facrificateur & juge des Juifs.
On célcbroit à5'icyo/z2 de cinq en cinq ans des jeux
py ihiens en l'honneur d'Apollon , & on y donnoit
pour prix des cpupes d'argent. Les ouvriers de cette
ville le difputoient à ceux de Corynîhe pour la per-
fection des ouvrages. DJajEnus & Scyllis enrichirent
Sicyom des plus belles ftatues en marbre ; ils formè-
rent plufieurs élevés , qui fculpterent tant defii>ures
de dieux, que les Sicyonlcns en prêtèrent à leurs voi-
fms , qui n'en avoient point encore ; mais le culte
que les Sicyonicns rendoient à Bacchus , étoit trop
honteux pour être agréé dans d'autres pays ; car ils
adoroienr ce dieu fous un nom fi contraire à la dé-
cence, qu'il n'y a que des gens très-caVontés qui ofaf-
fent le protércr dans une conveifafion libre; du
moins c'ell ce qu'afûire Clément d'Alexandrie , ^J-
monit. adgcntcs , p. t5.
Le luxe étoit fort répandu À Skyone ; les fouliers
de cette ville palîcrcnt en proverbe ; ils ctoicnt li ga-
lans , qu'il n'ctoit pas permis k un homme grave de
les porter.
Mais au milieu do ce luxe , Sicyo/te donna la naif-
fancc à l'un des plus grands capitaines de l'antiquité;
je veux parler d'Aratus , qui défit Nicoclcs tvran da
la patrie , s'empara de la cidadclle de Corinthe ,
i68
S I c
chaiT.i le roi cic Maccdoine , &c ilclivra la ville cFAr-
gos de les ufurpatcurs. Philippe II. roi de Macédoi-
ne , le fît empoifonner , vers l'an 114 ayant J. C. 11
mourut A Egion , & Ion corps ùit \-)orté h S icvonc ,
où on lui ctova un monument ciui lubliltoit encore
du tems de Paulanias. Aratus avoit écrit l'hilloire des
Achéens , qui s'dt perdue , 6c dont Polybe fait un
grand élo<4C. , ,r 1
PrafcWa, qui le rendit illuftre par (es poefics ly-
riques, étoit aulll de Sicyom. Elle vivoit en la 28'.
olynvjiade , lelon Euicbe. Suidas 6. Athénée la ci-
tent quelquefois. PhyUrqiu naquit, félon quelques-
ims, .\ Sicyonc, & mit au jour pluheurs ouvrages
hiltoriques , entr'autres une hilloire de l'expédition
<le Pyrrhus dans le Péloponnefe. Plutarque parle de
cet aiitcur grec. Athénée & les fcholiallcs de Pindare,
citent l'hillore de Sicyone donnée par Menechme ,
cjui y étoit né , 6c qui ilorillbit du tems des premiers
iiicceffeurs d'Alexandre. Si cette hilloire nous fut
parvenue , nous ferions inllruits de mille chofes cu-
rieufes que nous ignorons fur le royaume de ce
nom.
La ville de Sicyone a été fouvent endommagée par
des trcmblemens de terre. Celle que l'on a rebâtie
fur fon territoire , fe nomme préfentement Vajilïca ,
ou Bafdkii ; elle appartient au turc ; elle avoit en-
core quelque apparence, lorfque les V énitlens étoient
maîtres de la Morée ; mais ce n'elt plus à préfent
qu'un monceau de ruines ; ce monceau eft litué fur
une montagne , à une heue du golfe de Lépante, &
la rivière Alopus palle aii-defibus. Foyci Sicyonie.
{D.J.)
SiCYONE, (^Lexicog. medic.') «l'-t/win ; ce mot dans
les médecins grecs défigne tantôt une Jigue fauyage ,
tantôt la coloquinte, & tantôt une vcntoiije conique ,
ouverte par ion extrémité pointue. {D. /.)
SICYONIE , (Gcog. anc. ) Sicyoma , contrée du
Péloponnefe, dans l'Achaïe propre, & féparée du
territoire de Corinthe par le fleuve Némée. Tite-
Live , /. XXlll. c. XV. remarque qu'on la nomma d'a-
bord Micone, & enfuite yEgiaUe : cette contrée avoit
deux villes dans les terres ; favoir , Phlius & Si-
cyone.
Les Sicyonicns , dit Paufanias , veulent qu'Eglalé,
originaire de leur pays , en fût le premier roi ; que
{bus fon règne , cette partie du Péloponnefe , qui
s'appelle encore aujourd'hui VEgiale, prit fa déno-
mination; cjue dans cette contrée, il bâtit en rafe
campagne la ville d'Egialée, avec une citadelle, qui
occupoit tout le terrein où ils ont à préfent un temple
de Minerve.
Dans la fuite des tems , Lamédon ayant fait épou-
fer fa fille à Sicyon , né dans l'Attique , Sicyon ac-
quit le royaume ; ce fut fous fon règne que tout le
pays changeant de nom fut appelle la Sicyonie , &
que la ville qui s'appelloit autrefois EgiaUc , fe nom-
me Sicyone.
Lci Sicyonicns devinrent dans la fuite Doriens, &
commencèrent à faire partie des états d'Argos. Ils
font à préfent miférables, ajoute Paufanias , & fort
différens de ce qu'ils étoient autrefois. D'en vouloir
rechercher la caufe, continue l'hillorien , c'eft peut-
être ce qu'il ne nous efl pas permis : il vaut donc
mieux fe contenter de celle qu'Homère donne de la
décadence de tant d'autres villes ; dû puijjant Jupiter
la volonté fuprcmc. Ils étoient déjà réduits à cet état
de foibleîVe , lorfque par furcroit de malheur ils fu-
rent afTiégés d'un tremblement de terre, qui fît de
leur ville une folitude, ik. renverfa beaucoup de mo-
numens 6l d'édifices publics , qui étoient d'une gran-
de beauté. Le même accident ruina plufieurs villes
de la Carie àc de la Lycie , & l'île de Rhodes en fut
ébranlée.
h<i^ Sicyoniens enterroient leurs illuflres morts
S I C
d'une manière afîez convenable ; ils jettoîentle coips
dans une fofle , & le couvroient de terre ; ils conf-
truilbient un petit mur tout-à-l'cntour ; puis ils cle-
voient quatre colonnes qui foutenoicnt un toit fait
en iorme d'aile déployée & panchée ; ils ne mettolcnt
aucune infcription fur la fcpulture , mais en rendant
les derniers devoirs au mort, ils l'appelloient feule-
ment par Ion nom , fans y ajouter celui de fon pè-
re , 6c tout-de-fuite ils lui donnoient le dernier
adieu.
Les Sicyoniens , continue Paufanias , ont pUificurs
flatues , qu'ils renferment dans une efpece de facrif-
tie : mais chaque année durant une certaine nuit , ils
les tirent de ce lieu pour les porter dans le temple ;
ils allument des flambeaux afin d'éclairer la cérémo-
nie , & chantent des hymnes compofées en vieux
langage. La ftatue qu'ils nomment le Bacchéus , tient
le premier rang à cette procefllon ; c'eft une fta-
tue qu'ils croyent avoir été confacrée par Androma-
das , fils de Philias ; enliiite paroit le Lyfius , autre
ftatue que Phanès , difent-ils , tranfporta de Thcbes
à Sicyone par ordre de la Pithie ; il eft certain que
Phanès vint à. Sicyone en môme tems qu'Ariftoma-
que , fils de Cléodée : mais pour avoir négligé d'ac-
complir un certain oracle , il ne put rentrer dans
le Péloponnefe , auili-tôt qu'il fe l'ctoit propofc.
En defcendant du temple de Bacchus dans la pla-
ce , on trouve à main droite le temple de Diane ,
furnommé Limnea, Ce temple eft fi vieux , qu'il n'a
plus de toit. La ftatue de la déefle y manque aulTi , Se
l'on ne fait fi elle a été tranfportée ailleurs , ou fi elle
a péri par quelqu'accident.
Dans la place , il y a un temple dédié à la Per-
fualion : &C. voici la raifon que l'on en apporte. On
dit qu'Apollon & Diane ayant tué Pyth@n , vinrent
à Egialée pour fe faire [lurifiêr ; mais qu'on leur y
fit une fi grande frayeur , qu'ils furent obligés de
paflbr en Crète , & d'avoir recours à Cramanor. En
effet , on voit à Sicyone un endroit qu'on appelle
encore aujourd'hui la Peur. On ajoute qu'aufTi-tôt la
ville d'Egialée fut frappée de la pefte , & que les de-
vins conlultés , répondirent que ce fléau ne cefTeroit
point , qu'Apollon & Diane n'euffent été appaifés :
qu'en conféquence de cet oracle, on envoya fept
jeunes garçons , & autant de jeunes filles , en habit
de lupplians , fur le bord du fleuve Sythas ; que le
dieu 6c la déefle fe laifferent fléchir à leurs prières ,
& qu'ils voulurent bien revenir dans la citadelle de
Sicyone. C'elt la raiion pourquoi l'on a confacré ce
temple à la Perliiafion dans le lieu même où Apol-
lon 6c Diane s'étoient arrêtes en rentrant dans la vil-
le ; 6c encore à préfent , ajoute Paufanias, ils pra-
tiquent la même cérémonie tous les ans ; car le jour
de la fête du dieu , ils envoyent des jeunes enfans
fur le bord du fleuve , 6c tirent du temple d'Apollon
les ftatues des deux divinités , pour les porter dans le
temple de la Perluaflon ; & enfuite ils les portent
où elles étoient.
Ce temple eft dans la place , & l'on dit qu'ancien-
nement Pristus l'avoit fait bâtir dans ce lieu , parce
que fes filles y avoient été guéries de leur frénéfie.
L'on tient pour certain que Méléagre y fufpendit la
lance dont il avoit percé le fanglier de Calydon , &
que la flutc de Mariyas y fut aulîi confacrée ; car on
dit qu'après le malheur qui arriva i\ ce Silène, fa
flûte tomba dans le fleuve Marcias , que de-hi elle
pafTa dans le Méandre , & du Méandre dans l'Afope,
qui la jetta fur le rivage , oîi un berger l'ayant ramaf-
fée , la confacra à Apollon ; mais toutes ces offran-
des ont été brûlées avec l'ancien temple. Celui que
j'ai vu , dit Paufanias , & la ftatue qui y eft , font
modernes ; & c'eft Pyîoclès qui en a fait la confc-
cration.
Au milieu de la place publique , continue Paufa-
nias,
SIC
nias , il y a un Jupiter en bronze fait par Lyfippe ,
natif de Sicyone même , & auprès ell une Ihitue de
Diane toute dorée. Aux environs , l'on voit un Her-
cule en bronze du môme Lyfippe , & un Mercure
Agoreus. Dans le lieu d'exercice , près le marché ,
il y a un Hercule en marbre , ouvrage de Scopas.
Toute l'enceinte de cette efpece d'académie eil def-
tinée aux exercices qu'apprennent les jeunes gens ;
auffi ne l'appelle-t-on point autrement que le gym-
najï. Au milieu eft le temple d'Hercule ; on y voit
une flatue de bois d'un goût antique ; celui qui l'a
faite eft Laphnès de Phlius , où Hercule ell honoré
d'un culte tout particulier.
Du temple d'Hercule on va à celui d'Efculape ;
dans le parvis de celui-ci , on trouve à main gauche
deux chapelles qui fe joignent; dans l'une eft la figure
du Sommeil , mais il n'en reite plus que la tête ; l'au-
tre eft confacrée à Apollon , & il n'y a que les prê-
tres du dieu qui aient permifTion d'y entrer. Sous le
portique qui efl devant le temple , on conferve un
os de baleine d'une grandeur prodigieufe. Derrière
efl la figure du Songe , & tout auprès , celle du Som-
meil qui endort un lion. A l'entrée du temple, vous
voyez d'un côté une flatue de Pan aius ; de l'autre
une Diane qui efl debout.
Dans le temple , ce qui s'offre d'abord à vos yeux,
c'efl un Efculape , mais fans barbe ; cette ftatue efl
d'or & d'ivoire , & c'ell un ouvrage de Calamis ; le
dieu tient d'une main un fceptre , &: de l'autre une
pomme de pin. Les Sicyoniens dilent que ce dieu
leur efl venu d'Epidaure , fous la forme d'un dragon,
dans un char attelé de deux mulets , & conduit par
Nicegora ficyonienne. Plufieurs autres flatues de
grandeur médiocre font fufpendues à la voûte ; il y
en a une entr'autres qui efl afUfe fur un dragon , &
qui , fi l'on les en croit , repréfente Ariftodama , la
mère d'Aratus, qui, félon eux , eut pour père Efcu-
lape : c'ell tout ce que ce templo-epntienî de remar-
quable.
Celui de Vénus n'en efl pas loin ; la première fla-
tue efl celle d'Antiope ; car ils prétendent que les
enfans d'Antiope étoient originaires de Sicyone ; que
pour cela leur mère vint s'y établir , & fe regarda
toujours comme liée de confanguinité avec les Sicyo-
niens : perfonne au refle n'entre dans le temple de
Vénus , excepté une femme , qui en qualité de fiicrif
tlne, s'oblige à n'avoir aucun commerce avec fbn
mari , & une jeune vierge qui en efl la prêtrefle , Û-,
dont le facerdocc ne dure qu'un an ; fa fon'£lion efl
d'apporter les cuvettes & les vafes néceffalres au fa-
crifîce, d'où elle prend fon nom. Les autres peuvent
voir & adorer la déefîe du feuil de la porte, mais
fans entrer plus avant. La déeffe efl afTife ; c'efl Ca-
nachus de Sicyone qui a fait cette flatue , le même
qui a fait l'Apollon Didyméen , pour la ville de Mi-
let, & l'Apollon Ifménien pour celle de Thèbes. La
Vénus efl d'ivoire & d'or : elle a fur la tête une ef-
pece de couronne terminée en pointe , qui repréfente
le pôle ; elle tient d'une main un pavot , & de l'au-
tre une pomme. Ils lui offrent en facrifice les cuiiles
de toutes fortes de vldimes , à la réferve du porc ,
qui ne lui efl pas agréable ; les autres parties de la
vidime fe brûlent avec du bois de genièvre : mais
pour les cuifîes , on les fait rôtir avec des feuilles de
Péderos. /^oye^ Pederos.
Vers la porte facrée de Sicyone , & tout-auprès de
cette porte, l'on trouve , ajoute Paufanias , un tem-
ple de Minerve , qui fut autrefois confacré par Epo-
pée, & qui , foit pour la grandeur, foit pour la ma-
gnificence, l'emportoit beaucoup fur tous les édifices
de ce fieclc-là ; mais le tcms n'a épargné que fa ré-
putation, car ce temple a été brûlé par le feu du ciel,
& l'on n'y voit qu'un autel que la foudre n'ait pas
endommagé , &: qui fubfiflc dans le même état qu'il
Tome XF,
S I D
i(j5
étoit du tems d'Épopée. Devant cet atiteî efl lafé*
pulture du héros ; auprès de fon tombeau l'on a ran-
gé les flatues de ces dieux , que l'on appelle /^Aç/^/rà-
««r^, auxquels les Sicyoniens font des facrifices avec
les mêmes cérémonies que \qs Grecs ont accoutumé
de pratiquer pour détourner d'eux les maux qu'ils ap-
prehendent. (^D.J.) ^
SIO A-POU , f m. ( Botati. «ATo/.) nom d'un arbre
qui croit au Malabar: il n'efl remarquable que parcâ
qu'il ne porte des fruits que quand il efl extrêmement
vieux. Kay , /////. plant. (^D. J.^
SIDAiliSO, ( Gîoor. mod.^ bourg de la Morée^
dansia Zaconle , entre Mifura & Malvafia , à-peu-
près à égale dillance de l'un & de l'autre. On prend
ce bourg pour l'ancienne Geremia de Paufanias , ou
Gcraniu de Plme. {^D. J.)
SIDAYE , ( Géog. mod. ) M. Réland écrit Sydaye;
ville des Indes; dans l'île de Java , fur la côte Ispten-
trionale de cette île , allez près de ïouban , avec ua
port qui a dix braflès de profondeur , fond de terre
vaieux. Lat.tnérid. 6. 44. (Z). /.)
SiDE , ou SIDA , ( Géog. anc. ) ville de l'Afie mi-
neure dans la Pamphylie , fur le bord de la mer, Pto-
lomée , /. V, c. v. la marque immédiatement après
l'embouchure de l'Eurymédonte ; mais Strabon met
un fleuve entre deux. Cependant comme il ne nom-
me point ce fleuve , il y a apparence qu'il n'étoit pas
conlidérable. Il ajoute que Sldc étolt une colonie des
Cuméens , & qu'on y voyoit un temple de Minerve.
Le Périple deScylax fait aufîi de Side une colonie des
Cuméens , & lui donne un port. Ciceron , /. ///,
enjl 6; ad Aitlc. Tiîe-Live , l. XXXVU. c. xxiij. &C
i-'auianias , /. FJII. c. xxviij. parlent aufîî de cette
ville ; &i. le dernier remarque que le Mêlas couloit
aux environs. La ville de Side efl aujourd'h.ii pref-
que toute ruinée , 6c fes ruines fe nomment Sc-inda-
lor , ou Ciindohora , félon Thevet. Niger dit Chiri^
fondai
Side eft encore une ville du Pcloponncfc , felorï
Paufanias , /. ///. c. xxij. elle avoit , dit-on , pris font
nom de Sida, une des filles de Danaiis.
Euflathlus , patriarche d'Antloche dans le iv. fie-
cle , étolt de Side en Pamphylie. Sozomene fait ua
grand éloge de fes ouvrages. L'églife grecque honore
fa mémoire le 20 Février , & la latine le 16 de Juil-
let. Sa dlifertation de la Pythonlffe a été donnée erf
1529 par Léon AUatius , &: ce n'efl pas un chef-d'œu-
vre de jugement & de critique^ (/>./.)
SÏDEN , ( Géogr. anc. ) fameux étang de l'Inde.
Pline , /. XXXI. c. ij. dit que Ctélias rapporte que
tout y va à fond , 6c que rien n'y furnage ; c'efl une
pure fable. Cet étang efl appelle Silia par Strabon ^
SilUi par Dlodore de Sicile , & Sila par Arrien. Les
habuans de ce quartier font nommés Silii. CD J.^
SIDENA , ( Géog. anc. ) nom d'une contrée dit
Pont de laCappadocc, d'une ville de l'Afic mineure
dans la Lycie , &: d'une ville de laTroade, (ùr le Gra-
nique. Cette dernière étolt ruinée du tems de Strabon,
L XII L p. 68 y. (B.J.)
SID ÉNIENS , LES , ( Gcog. anc.^ Sidcni, peuples
de la Germanie. Ils habitolent fur l'Oder, félon Pto-
lomée , /. //. c. xj. On prétend que leur pays étolt
dans leterrcin deStetin. (^D.J.^
SiDERA, ou SIDRA , ( Géog. mod. ) petite île de
l'Archipel , près de la côte de la Morée , entre les
golfes de Napoli & d'Engia. Cette île a été bien con-
nue des anciens fous le nom de Calauria. Strabon lui
donne trente fladcs , qui font ù peine une lieue de
ma
eu
tieration de ce temple , que 1 ne tut appeiic-e rvjiao-
ia. Diane y étolt aufli révérée d'une manière parti-
Lilierc , d'où vint à la déeffe l'éplthetc de C dan-
fJO
s I D
Tienne. Enfin cette île ell fameufc par la mort de Dc-
moi^hène , qui s'y retira , comme dans un alyle alliirô
que lui procuroit le temple de Neptune , contre les
pourliiites d'Antipatcr. (D.J.)
SIDÉR ATION , 1. t. icnrii de Chirurgie , gangrené
parfaite. FoyeiSiniXCLLE.
En Médecine le motjùiération eft pris pour la para-
lyfie. Foyei Paralysie.
SIDERÉAL, ad). {AJlronom. ) On appelle année
Jîdcrèaie, le temsde la révolution de la terre d'un point
de Ion orbite au même point. "Elle ell diitinguée de
l'année tropique. Foyei An.
SIDERITES , 1". m. {Phyf. ) eft un nom que quel-
ques anciens auteurs donnent à la pierre d'aimant ,
-yorei AlMANT.
SIDERITIS , f. f . ( Botan. ) Ce genre de plante
s'appelle vulgairement en trançois crapaudine , nom
fous lequel on l'a caradérilce. Tournetort en compte
-quator/.e elpeces , dont il luffira de décrire la plus
commune ,yAAm/i rul^aris , hirfuta . I. R. H. icji ;
en anglois ike proctimbent ironwort.
Cette plante poulie des tiges à la hauteur de deux
pies , quarrées , velues , jaunâtres ; les teuilles l'ont
oppoiées l'une à l'autre le long des branches , oblon-
gues, velues, crénelées en leurs bords, ridées , d'un
goût aftringentun peu acre. Ses fleurs font en gueule,
verticillées , ou difpoiees en rayons 6c par étage ,
d'un blanc jaunâtre , marquetées de points rouges ;
chaque étage de ces fleurs eil loutenu par des feuilles
prefaue rondes , coupées Ibuvent en crêtes de coq ,
6c diiiérentes des autres feuilles qui naiiïcnt plus bas.
Chaque fleur ell un tuyau découpe par le haut en
deux lèvres , & Ibutenue par im calice formé en cor-
nette. Les graines qui fuccedent aux fleurs font au
nombre de quatre , cblongues , noires , enfermées
dans une capfule qui a icrvi de caUce à la fleur. Cette
plante a une odeur puante , croit aux lieux monta-
gneux, & pane pour vulnéraire & delîicative.
Les Botaniltes n'ont point encore découvert les
trois efpecs dejideritis mentionnées dans Diofcoride.
SIDERO , CAP , ( Gcog. mod.) cap de l'île de Can-
die fur la côte orientale de l'île , au territoire de Sit-
tla. Le long de ce cap la mer a za braiTes de profon-
deur , où Ton peut mouiller 6c le tenir à l'ancre en
fureté. (D.J.)
SîDEROCAPS A , ( Gèog. mod. ) petite ville de la
Turquie européenne , dans la Macédoine , au midi
des ruines d'Emboli , au nord-ouell de Boiina , & à
quelque diftance du golfe Conteffa. On la nonimoit
anciennement Chryjiies , à caufe de quelques mines
d'or qu'elle renferme, & qui ne font pas encore épui-
iits. Long. 3 /. ao, latit. 40. 32. Ç^D. J.)
SIDÈROMANTIE , f. f. ( Divination. ) <riS:,f.cy.uv-
ttict , eipece de divination qui fe falfoit parmi le peu-
ple avec un fer rouge , fous lequel on plaçoit avec
art un certain nombre de petites paillettes , & le de-
vin annonçoit les événemens d'après les figures , les
écarts , les étincelles que rendroient les petites pail-
lettes en brûlant. Potter, archœoL grœc. L U. c. xviij.
tom. I.p. jij. {D, y.)
SIDEROXYLUM , 1. m. ( Bocan. ) genre de plante
dans le fyflème de Linnœus , 6c qu'il caraflcrile ainfi.
Le calice efl: une petite enveloppe compofée d'une
feule feuille découpée en cinq quartiers , & qui fub-
fifte, La fleur eil formée d'un leul pétale , divifé en
cinq feginens arrondis 6c concaves ; à la baie de cha-
que fegment eft une denticule pointue 6c courbée in-
térieurement ; les étamines font cinq filets aigus 6c
de la longueur de la fleur ; les boffettes des étamines
font fimples ; le germe du pillil efl; arrondi , le flile
eft pointu , & a la longueur des étamines ; le ffigma
eil fimple ; le fruit cil une baie rondelette ayant une
feule loge ; les grains font au aombre de quatre. Li^n-
jxai ) Gen. plant. p, 81,,
S I
SIDETES , LES , ( Gcog. anc. ) Sideia ., peuples de
l'Afie mineure , dans la Pamphylic , Iclo.a Tite-Live,
/. XXXy. c. xlviij. Ils prenoient leur nom de la
ville Sida ; ce font {csSiditœ d'Arrlen. U cil fait men-
tion de ces peuples iur une médaille rapportée dans
le tréfor de Goltzius ; on y ht ce mot , '^tS'inuv,
(D.J.)
S IDIRUS , ( Géog. anc. ) lieu de l'Afie mineure
dans la Phrygie , au voifinage de la ville de TraUis.
C'étoit la patrie de Chéremon , qui , à ce que dij Aga-
thias , /. //. engagea par fes prières l'empereur Au-
gulle à rétablir la ville deTrallis , qu'un tremblement
de terre avoit renveriée. Du tems d'Agathias on
voyoit à Sidirus un autel très-ancien , fur lequel on
avoit élevé autrefois la flatue de Chéremon ; mais
Agathlas ajoute qu'il n'y vit point cette ilatue.(Z).y.)
MDOL , ( Diète. ) eipece de fauce fort décriée par
les voyageurs européens , mais qui eil fort agréable
pour les Indiens des royaumes de Pégu, de Siam^Sc
d'Arrakan. On dit que ce n'efl autre chofe que le jus
ou la faumure tirée du poifiTon qui eil entré en pu-
tréfaftion. Les habitans de ce pays mêlent cette fauce,
qui ell extrêmement puante & dégoûtante, à tous
leurs alimens. Les rois & les grands felgneurs alTal-
fonnent leurs mets avec une fauce faite avec des cre-
vettes pulvérifées , & mêlées avec du fel & du poivra
long.
SIDOLOUCUM., ou SIDOLEUCUM, {Gêog,
anc. ) le nom moderne eil Saulieu , ville de la Gaule
lyonnoife, dans l'Auxois en Bourgogne. Elle efl pla-
cée dans l'itinéraire d'Antonin , liir la route de Lug"
dunum à GeJJhriacum , entre ^uguflodunum 6c Alba-
lonc, à vingt-iept milles de la première de ces pla-
ces, 6c à vingt-quatre milles de la féconde. (^D. J.y
SIDOM, ou SIDOMI-NOTTI, f m. ( Hijf. nau
Botan.^ c'eil unarbrilTeau du Japon, qui par la feuille
6c fes autres apparences , reiTemble à un prunier iau-
vage ; fa fleur efl rouge , à cinq pétales , avec un ca-
lice de figure conique , duquel il fort avant la chute
des pétales , un fruit charnu.
SIDON , ( Gèog. anc. ) ville de la Phénicie , dans
la Syrie , à vingt- quatre milles de Sour ( autrefois
Tyr ), à trente-cinq milles de Barut , & à cinquante
de Damas. Il ell quelquefois fait mention de cette
ville dans l'Ecriture , comme dans Joiûé , xix. 28,
Judic. I. xxxj. &■ iij. Reg. xvij. xxxj. Elle a été fa-
meule par fon commerce.
Les principales divinités des Sidoniens étoient
Baal & Allarte , ou le Soleil & la Lune , & les Hé-
breux ont fouvent embraifé leur idolâtrie , fur-tout
depuis qu'Achab roi d'Ifraël , eût époufé Jefabel fille
d'Ethbaal , roi de Sidon. Alexandre fubjugua les Si-
doniens , prit la ville , & en donna le gouvernement
à Abdolomine, qui étoit jardinier , mais de la famille
royale de Sidon , comme nous le dirons à la fin de
cet article.
Les anciens peuples de Sidon avoient du génie
pour les arts méchaniques ; ils étoient d'habiles tifle-
rands, &: d'excellens charpentiers. La ville de 5/<^o«
fubfifle encore ibus le nom de Zaide ou Seïde.
Zenon , philofophe épicurien , & qui foutint glo-
rieulement l'honneur de fafefte, naquit à Sidon : il
eut entre autres difciples Cicéron , Cotta , 6c Pom-
ponius Atticus; d'où l'on peut juger du tems auquel
ce philoibphc vivoit. Cicéron oiiit Zenon à Athènes
l'an 674 de Rome, c'ell- à-dire, la première année
de la 175 olympiade. Nous avons perdu tous les
écrits de Zenon , & entre autres l'ouvrage qu'il fit
contre le foible des Mathématiques , & les obfcurités
de cette fcience. Gad'endi diibit à ce fujet , que les
G e'ometres ont établi leur empire dans le pays des
ai) bradions & des idées, 6c qu'ils s'y promènent
tout à leur aUéi mais que s'ils veulent defcendre
s I D
tîans le pays des réalités , ils trouvent bien-tôt une
réliiîance inlurmontable.
Au refte , il faut fe rappeller qu'il y a eu plufieurs
Zenon , & qu'ils ont tous été célèbres dans leur gen-
re. Le plus ancien & l'un des principaux philoi'ophes
de l'antiquité, étoit Zenon d'Elée, diiciple de Par-
ménides ; il fleuriffoit dans la 79 olympiade. Amou-
reux de la liberté , il entreprit de la procurer à fa pa-
trie opprimée par un tyran , nommé par les uns
Néarqui , & par d'autres Dimylus ; mais le projet de
Zenon ayant été découvert , il foutfrit avec une fer-
meté extraordinaire les tourmens les plus rigoureux.
Le fécond Zenon furnommé le cynique , fut le chef
des Stoïciens ; c'étoit un homme de la plus haute
vertu : les Athéniens eurent tant de confiance dans
fa probité, qu'ils lui envoyoient tous les foirs les
clés de leur ville. Le troifieme écrivit fur la GéoG;ra-
phie. Le quatrième fitl'hiftoire des hauts faits de Pyr-
rhus en Italie & en Sicile, avec un abrégé de l'hi-
ftoire de Rome & de celle de Carthage. Le cinquiè-
me étoit difciple de Chryfippe. Le fixieme profef-
ibit la Médecine avec une grande gloire. Le feptieme
étoit grammairien diltingué. Le huitième eft celui qui
naquit à Sidon.
Quand cette ville fe fut rendue à Alexandre le
Grand, il dépofa Straton qui avoit ufurpé la cou-
ronne, & s'informa s'il n'y avoit aucun des defcen-
dans de Cinyras en vie, pour le placer fur le trône ;
on croyoit généralement que toute la famille royale
étoit éteinte ; mais enfin , quelques perfonnes plus
éclau-és nommèrent Abdolonyme.Diodore de Sicile
l'appelle BaUonyme , & Plutarque Alynotm. Il fub-
fiftoit à la campagne de la culture des jardins ; Ale-
xandre l'envoya chercher fur le champ , & lui ayant
donné la couronne qui lui appartenoit par fa naif-
fance , il lui demanda de quelle manière il avoit fup-
porté fa pauvreté. « Je fouhaite, feigneur , répondit
» Abdolonyme , de foutenir aufïï-bien le nouvel état
» dont vous m'honorez : ces mains ont pourvu à
« mes befoins ; je n'ai rien eu, & rien ne m'a maii-
» que ». Alexandre touché de la beauté de cette ré-
ponfe , augmenta les états d' Abdolonyme , lui donna
\qs biens de Straton, & y joignit de riches préfens de
fon butin fur les Perfes.
Tous les Anglois favent par coeur les vers char-
mans de Cowley fur la vie ruftique , tirés de cette
hiftoire , rapportée dans Diodore de Sicile , Uv.
XV II. Quinte-Curce , /. /r. Juftin , /. XL c. x.
& Plutarque, defonuna Jlexandri. Us commencent
ainfi :
Happy the man, whom bounteous Gods allow
With lus own hauds paternal grounds to plow ! &c.
« Heureux, cent fois heureux , l'homme, qui loin
»» du tumulte , & exempt de crainte & d'efperance,
»> vit des fruits de fon champ & de fon jardin ! Son
» champ lui fournit ce dont la fimple nature a be-
♦» befoin ; & fon jardin lui offre libéralement par fon
w ombre & par fes fruits , des plaifirs innocens. Il
» voit, fans que cette vue altère fa tranquillité , le
M poids onéreux des grandeurs , ambitionné par des
» inlenfés , & pofledé par les méchans C'cfl;
» ainfi que le fage Obdolonyme paflbit fa vie , lorf-
y> que les envoyés d'un grand roi vinrent lui offrir
» une couronne , & le trouvèrent occupé à cultiver
» ion jardin. Ce ne fut qu'à regret qu'il quitta ia
M campagne chérie, pour monter fur le trône ; il ne
» put s'empêcher de s'arrêter fouvent fur la route ,
» de tourner fouvent les yeux vers le féjour qu'il
» abandonnoit, & on l'entendit plus d'une fois ré-
» ])éter: Hélas! je quitte un royaume bien plus propre
» à rendre heureux, que celui qvie je vais poflé-
>» der ! » ( Le chevalier DE JauCOU RT.')
SIDON£s\ ( Gcog. anc. ) peuples de la Germa-
Toma XF%
S ï
171
me, entre les Luti-Buri & les Cognl, félon Ptolo-
mée , /. //. c. xj. Ils habitoient donc entre l'Oder &
laVila'.le. (Z>. /. )
SIDONIA , ( Gèog. mod. ) & plus communément
Midina-Sidonia ^V\\\it d'Efpagne, dans l'Andaloufie,
à fept lieues du port Sainte-Marie. Elle a été autre-
fois le fiége d'un évéché transféré à Cadix en 1 264 •
& c'eft feulement depuis ce tems-là, que Cadix a
été reconnue pour ville épifcopale. ^«^ye^ Medina-
SiDONiA. Géog. mod. (^D. J.)
SIDONIORUM IN su LA , {Géog. anc. ) île du
golfe Perfique : Strabon , /. XFL p. y 8 4, dit que ce
fut une colonie venue de cette île, qui fonda la ville
de Sidon en Phénicie. Il ajoute qu'on difputoit, fi
c'étoit des habitans de cette île dont Homère avoit
voulu parler dans ce vers :
AlblOTTetÇ S" IKOIXW KCLl ^iS'ivlaÇ KO.) Epcfjc,2ovç.
Fenlt & ad JEthiopes ^ & Sidonios , & Erembos.
Ortélius croit que cette île efl la Sidodona d'Ar-
rien. {D.J.)
SIDRA , ( Géog. înod. ) grand golfe d'Afrique, fur
la côte de Barbarie , entre Tripoli & Barca. On l'ap-
pelloit anciennement Syrtis magna : fon nom mo-
derne lui vient de la petite île Sidra qui eft au fond.
On voit dans ce golfe les feches ou baffes de Barba-
rie , qui font dangereufes. ( Z?, /, )
SIDRO, {Géog. mod.) cap de Grèce, dans la
Livadie , en latin Cynofura , & Dorïfcum Promnnto-
rium. II eft à l'embouchure de la rivière d'Afopo ^
dans le golfe de Négrepont. (D. J.)
SIDROiVA,( Géog. anc. ) ville de l'îllyrie, dans
la Liburnie : Ptolomée , /. //. c. xvij. l'a marquée
dans les terres ; le nom moderne eft Bêlas, félon
Nioer.
SIDl/S , ( Géog. anc. ) nom d'une bourgade du
territoire de Carinthe dans laMégaride, félon Pline,
/. îy. c. vi/. 2°. d'une bourgade de l'Afie mineure,
dans rionic, au voifmage de Clazomene ; 3°. d'un
lieu de l'Afic mineure , dans la Pamphylie.
SIDUSA , ( Géeg. anc. ) île de l'Afie mineure ,
Pline , /. F. c. xxxj. la place fur la côte de l'ionie :
Thucydide , /. FI H. p. 3 Co. fait auffi mention de
cette île ; Etienne le géographe écrit SidiiJJa , & en
fait une ville.
SIECLE , f. m. ( Chronolog. ) c'eft dans la chro-
nologie un efpace de cent ans : les anciens poètes
diviloient le tems en quatre fiecles. Le premier ,
nommé \q fiecle d'or.^ défigne l'innocence d'Adam &
d'Eve dans le paradis terreflre, où ils trouvoient fans
peine & fans travail ce qui leur etoit néceffaire. Le
fécond, appelle /"a/t; d'urgent , marque le fruit de
leur péché , qui ell le travail & les douleurs. Le troi-
fieme , dit \q fieck d\iirain , elt pour le tems de la
corruption des hommes jufque au déluge. Et le qua-
trième , connu fous le nom Aq JiecU de fer ., marque
le tems de la guerre que les honuncs ié firent les
uns aux autres , & les fuites de leur divifion. (Z). /.)
Siècles des poètes , ( Mytkol. ) ce font les
quatre âges du monde , qui , félon les poètes , fui-
virent la formation de l'homme. A l'âge d'or fuccé-
derent l'âge d'argent , l'Age d'airain , 6l l'âge ou le
fiecle de fer. Foyei-en les articles , ik joignez-y ce
beau paffagc d'Héfiode. « Les habitans du liecle d'or,
» dit ce poète ingénieux , devinrent autant de bons
» génies &C d'anges tutclalres. Les hommes de l'âge
» d'argent furent changés en génies fouterrains bien-
» heureux, mais mortels, comme s'ilpouvoit y a\'oir
» de vrai bonheur fans l'inuiiortiilite. Les hommes
» du fiecle d'airain font dciccndus aux enfers , &
» morts fans reffource. Enfin ceux de l'âge héroïque,
» font allés habiter les cham|)s él (ces , ou les îles
» fortunées lituées aux e.xtrcmitcs du monde ».
lyî
S î E
Siècle de fer , ( My.hoL ) les tcms rapides &
Innocens , d'où les portes tabulcux ont tire leur âge
a'or,ont tait place au liecle de fer. Les premiers hom-
mes croûtoient k nedar de la vie , nous en cpuiions
aujourd'hui la lie. Les elprits languiflans n'ont plus
<:ec accord cC cette harmonie qui fait l'amc du hon-
neur ; les paffions ont franchi leurs barrières ; la rai-
fon à demi-cteinte , impuillante ou corrompue , ne
-s'oppole point à cet affreux defordre ; la colère con-
vullivc fe rcpand on fureur , ou pâle 6l fombre ,^el e
entendre la vengeance. La bafic envie ieche de la
joie d'autrui ; joie qu'elle hait , pai-ce qu il n en tut
jamais pour elle. La crainte découragée , le tait mille
fantômes effrayans qui lui raviffent toutes les reliour-
ces. L'amour même elt l'amertume de l'amc ; il n elt
plus qu'une angoifle trille & languillantc au fond du
cœur ; ou bien guidé par un fordide intérêt , il ne
fent plus ce noble defir qui jamais ne fe raflalie , &
qui s'oubliant lui-mcme , met tout fon bonheur à
rendre heureux le cher objet de fa flamme. L'elpe-
rance flotte fans raifon. La douleur , impatiente de
la vie , fe change en délire , pafle les heures à pleu-
rer , ou dans un filence d'accablement. Tous ces
maux divers , & mille autres comLnnés de plufieurs
d'entr'eux , provenant d'une vue toujours incertaine
6c chan«^eante du bien & du mal , tourmentent l'ef-
prlt & î'aoitent fans ctfle. Tel efl le principe de la
vile partiaUtc ; nous voyons d'abord avec troideur
bc indifférence l'avantage de notre femblable ; le dé-
goût & la fom'ore haine fuccedent & s'enveloppent
de rufes , de lâches tromperies & de baffes violen-
ces : tout fentimcnt fociable & réciproque s'éteint
& fe change en inhumanité qui pétrifie le cœur ; &
la nature déconcertée , feinble fe venger d'avoir
perdu fon cours.
Jadis le ciel s'en vengea par un déluge : un ébran-
lement univerfel fépara la voûte qui retenoit les
eaux du firmament. Elles fondirent avec impétuofité ;
tout retentit du bruit de leur chute , l'Océan n'eut
plus de rivage , tout fut Océan ; & les vagues agi-
tées fe rouloient avec fureur au - deffus des plus hau-
tes montagnes , qui s'étoicnt formées du débris du
globe. .
Les faifons irritées depuis ont tyranmfe 1 univers
Confondu.L'hiver piquant l'a couvert de neiges abonS
dentés ; les chaleurs impures de l'été ont corrompu
Faih Avant ce tems un printems continuel regnoit
fur l'année entière ; les fleurs & les fruits ornoient à
i'envi la même branche de leurs couleurs variées ;
l'air étoit pur & dans un calme perpétuel. Mainte-
nant notre vie efl le jouet des élémens qui paffent du
tems ferein à l'obfcuritc , du chaud au froid , du lec
à l'humide , concentrant une chaleur maligne , qui
fans ceffe affoiblit nos jours , & tranche leur cours
par une fin prématurée. {D. J.)
Siècles d'ignorance , ( Hifl. mod. ) les neuf,
dix & oirnzme fedcs font les yrzis Jiccles d'ignorance.
Elle étoit fi profonde dans ces tems-là , qu'à peine
les rois , les princes , les feigneurs, encore moins le
peuple , favoicnt lire ; ils connoiffoient leurs poffel-
fions par l'ufage , & n'avoient garde de les foutenir
par des titres , parce qu'ils i^noroient la pratique de
récriture ; c'cft ce qui faifoit que les mariages d'a-
lors étoient fi fouvent déclarés nuls. Comme^ ces
traites de mariage fe concluoient aux portes des égli-
fes , & ne fubli'floient que dans la mémoire de ceux
qui y avoient été préfens , on ne poûvoit fe fouvenir
ni des alliances , ni dés degrés de parenté , & les pa-
rens fe marioient fans avoir de difpenfe. Delà tant
de prétextes ouverts au dégoût & à la politique pour
fe féparer d'une femme légitime : de-là vient auffi le
crédit que prirent alors les clercs ou eccléliaftiques
dans les affiiires , parce qu'ils étoient les feuls qui
enflent reçu quelque inftruclion. Dans tous ksjicclcs,
S I E
ce font les habiles qui dominent fur les ignoransi
Siècles , les quatre , ( Jns &fc'unces. ) c'eft
ainfi qu'on nomme par excellence les quatre jiicks
célèbres , dont les produdtions ont été admirées par
la pouériîé. On fait que le mot à.^ jiccU le prend ici
d'une manière vague , pour fignifier une durée de 60
ou 80 ans , plus ou moins.
Ces quatre fucUs heureux , où les arts ont atteint
une pcrfcûion à laquelle ils ne font point parvenus
dans les autres, font celui qui commença dix années
avant le règne de Philippe , pcre d'Alexandre le
grand ; celui de Jules-Ccfar & d'Augufl:e ; celui de
Jules il. & de Léon X.; enfin celui de Louis XIV.
Ce dernier a fini comme les autres , malgré les efforts
qu'ont fait les caufes morales & phyfiques pour fou-
tenir les lettres & les arts au point d'élévation où ils
avoient atteint rapidement. Ce tems ne fe trouvera
plus , dit M. de Voltaire , où un duc de la Rochefou-
cault , l'auteur des maximes , au fortir de la conver-
fation d'un Pafcal & d'un Arnauld , alloit au théâtr*
de Corneille. Ainfi difparoît le génie des arts & des
fciences, jufqu'à ce que la révolution des Jiccks le
vienne encore tirer une autre fois du tombeau , où
il femble qu'il s'enfeveliffe pour plufieurs généra-
tions , après s'être montré feulement durant quel-
ques années. (Z>. /. )
Siècle , ( Critiq. facrée. ) ce mot , qui fe prend
ordinairement pour une efpace de cent ans , ne fe
trouve point en ce fens dans l'Ecriture , mais il fi-
gnifie long-tans. Les géans font des hommes fameux:
depuis long-tems, àfœculo , Gcn. vj. 4. L'Ecriture
donne aufli le nom àeJîccU , au tems qui s'ccouloit
d'un jubilé à l'autre. Il le fervira jufqu'auy/<;c/t,', Exod.
xxj. 6". c'efl-à-dire juiqu'au jubilé prochain. L'efcla-
ve hébreu qui ne vouloir pas profiter du privilège
de l'année labbatique , demeuroit efclave jufqu'à
l'autre année fabbatique. Siècle fe prend encore pour
toujours dans ce monde; asnû fœdus faculi eft une
alUance indiflbluble , ou , comme nous difons , éter-
nelle. Lçs en/ans du Jîecle , a vol ricttSvoÇj défignent
les hommes. Luc. xvj. 8. (J). J. )
SIEGBOURG , ou SIGEBERG , ( Géog. mod. )
petite ville d'Allemagne , au duché de Berg , fur la
Sieg. (£>./.)
SIEGE , ( Scienc, Itymolog. ) on fait qu'on entend
Y^rfiegi , une dignité , une jurifdiftion , une place ,
un canton dépendant de quelque prélat ; en voici l'é-
tymologie & la filiation. Du mot grec «^x« , on a fait
le mot latin fella , par l'afiinité du fifflement entre
H&C S ^ &c du mot fella on a tait le mot françois
^cgc. Les hclies de Pindare , qu'Homère nomme/elles^
étoient \Qjàge , le lieu de l'oracle. Le fertile canton ^
qu'Héfiode appelle Hcllopie , étoit toutes les terres
de la dépendance de ce même Jiege , & le fleuv&
Sellcis y qui en prit le nom , y couloit ; cette expli-
cation femble répandre la lumière fur une infinité
de paffages obfcurs. Enfin le chrifl:ianifme , qui a
confacré jufqu'aux termes de rehgion employés par
les payens , & qui quelquefois même a été plus lom ,
appelle à fon lowx fuges les endroits où doivent réfi-
der les principaux de fes minifl:res , les lieux de leur
jurifdiclion ; ÔC en conféquence la première de toutes
ces jurifdiclions , efl nommée \e faim fie gc. Le papa
a pris un titre magnifique , pour défigncr fon diftricf ;
cependant il a donné lui-même ce titre à l'archevê-
ché de Mayence. (Z). /.)
Siège , f, m. ( Afiron. ) efl: une étoile fixe de la
féconde grandeur , qui fe trouve dans la jointure de
la jambe & de l'épaule Muche de la conflellation ,
î^ppcllî^e pégnfe. Foyc^ PEGASE. (O)
Siège , le saint , ( Hijl. ecclcf ) le faintfege eu.
proprement l'évêché de Rome, que l'églife romaine
eli convenue de regarder comme le centre de fon
s î E
\inité ; mais fi Rome étoit détruite ou devenoit hé-
rctique , l'égliie conviendroit d'un autre centre d'u-
nité, qu'on regarderoit toujours comme ÏQJaintfugc^
tant qu'on y conlerveroiî la foi de l'églilé. Ainii ce
n'eil pas l'églilé qui doit lé régler l'ur l'évêché où eft
\e faintjiegi ; car il étoit autrefois à Antioche ; mais
c'eil cet évêché qui doit garder les dogmes & fe con-
former aux règles de l'églife ; ikce n'ell que tant
qu'il conferve ces dogmes & qu'il garde ces règles ,
^ue l'églife le regarde comme le centre de l'unité.
La cour de Rome ell fort diftérente Awfaint fugs. ;
quelquefois on entend llmplement par ce mot , les
officiers du pape ; c'eil en ce fens que l'on dit le pour-
voir en cour de R.ome ; mais la cour de Rome dans
un autre fens , c'elt cet alTemblage de courti'.ans at-
tentifs à relever la grandeur & la puiffance des pa-
pes , afin d'y trouver eux-mcmcs de quoi fe relever
& s'enrichir ; c'cil une foule de flatteurs , qui attri-
buent aux pontifes romains des peifedions que Dieu
feulpolTede, & qu'Un'a communiquées à aucun homi-
me mortel; ce font enfin des gens qui n'oublient rien,
pour changer l'humilité fainte &: le dcfmtérefîement
apoftolique , en un intérêt condamnable & en une
domination arbitraire. C'ell de cette extravagante
prétention , que font venus tant d'abus 6c de defor-
dres qui dcfoient l'églife chrétienne 6c fortifient le
fchifme. (/?./.)
Siège, dans PAn militaire , efl le campement
d'une armée autour d'une place â deffein de s'en em-
parer , foit par famine en faifant des retranchemens
lout-au-tour, & empêchant tout convoi de s'y in-
troduire , foit à force ouverte en combattant les fof-
fés & faifant des attaques formelles. Foyz:;^ Lignes ,
Tranchée , Approche-
Ce mot lignifie à la lettre demeure , faifant allullon
à ce que l'armée y fait fa demeure jufqu'à la réduc-
tion de la place.
hes Jîeoes les plus célèbres de l'antiquité font ceux
i^B Troye , de Tyr, d'Alexandie , de Numance , &c,
& parmi les modernes , ceux d'Ollende , de Candie,
<le Grave , de Prague , &c.
Les Jîeges peuvent fe divifer en plufieurs efpeces ,
fuivant la nature des villes qu'on doit attaquer , 6c la
méthode qu'on y employé.
Le premier eft- lejiege royal ou le véritable ^ege ;
c'cft celui dans lequel on fait tous les travaux nécef-
iaires pour s'emparer de la place , en chafl'ant fuccef-
fivement l'ennemi de toutes les fortifications qui la
défendent; cette forte dejîcge ne ié fait qu'aux villes
conlidérables &. importantes, & c'elt de cajicge qu'on
entend parler ordinairement , lorfqu'on dit qu'une
armée fait \tjicgc d'une place.
htjiege qui ne demande point tous les travaux du
Jlcge royal fe nomme fimplemcnt attaque ; c'elt pour-
cjuoi , lorfqu'un corps de. troupes eît envoyé pour
s'emparer d'un polie important, comme d'un château
OU de quelqu'autre petit lieu occupé par l'ennemi ;
on ne dit point qu'on en va faire ^'^Jiigc , mais l'at-
taque.
M. de Folard , dans fon Traité de V attaque & de la
icfenfe des places des anciens , biàme avec raiion ceux
qui confondent \cfege avec le blocus ou le bombar-
dement. Il attaque à ce fujet un officier d'artillerie ,
qui dans un mémoire donné à l'académie d'.>s Scien-
ces , fur la méthode de tirer les bombes avec fucc^s , ne
met aucune différence entre un/iegc dans les formes
&z un bombardement. Cet oflicier réduit à vingt-cinq
les défauts où l'on tombe dans le jet des bombes pour
y remédier , & les corrige autant que faire Je peut : voi-
ci , dit-il , ce que fui pratiqué aux liegeS de Nice , Al-
ger^ Gènes j Tripoli , Rofe ^ Palamos , Barctlonne, Ali-
cant , & nombre d'autres places que /ai bombardées,
» Qui ne croiroit , en llfant cela , dit M. de Folard ,
j^ qu'Alger , Gènes & Tripoli , ont foutenu un/ie^c?
S I E
17
73
>> & C€S>-<i^ font imaginaires, du moins de Ton tems
n Ces trois villes furent bombardées par ir e- & per"
» ionne ne mit plé à terre ; c'efi donc improprement
>. quoulelertduterme defege, lorfqu'il s'a.it d'un
>, bombardement, confondant ainli l'un avec l'autre
La rélolution dts Jîeges cA une aflaire de cabiner '
elle cft une luite naturelle de la fupériorité que l'on
croit avoir furies ennemis : mais leur exécution étant
une des plus férieufes , des plus importantes & des
plus difiicdes parties de la guerre , elle demande aulîî
le plus demeiure&: de circonfpe6fion ; leur fuccès
dépend de plulieurs chofes.
i*'. Du lecrct lans lequel il eft difHcilc de réulTir.
2°. Des forces qu'on a fur pic pour attaquer les
places des ennemis , & défendre les fienncs.
^ 3^ De la difpofition des ennemis; car's'ils font
reunis & auln forts que celui qui veut les attaouer
lis peuvent empêcher le fuccès dujîsge. '' '
4°. De l'état des magalins les plus à -portée des
lieux lur lelquels on peut entreprendre.
f. De la conjonéture des tems ; car tous ne font
pas propres ^llxfieges , & rien n'étant plus ruineux
pour les armées que ceux d'hiver, on les doit évi-
ter tant qu'on peut.
6"". Des fonds néceffaires à leur dépenfe ; car l'ar-
gent étant le nerf de la guerre , fans lui on ne faurcit
reufîir en rien.
Ce font toutes mefures à prendre de longue-main
qui doivent être dirigées à loifir ; & après tout cela*
quand on croit les avoir bien prifes , fouvent tout
échappe ; car l'ennemi qui n'ell jamais d'accord avec
vous pourra vous interrompre.
r^. Parce qu'il fera auffi fort que vous, & qu'il
vous obfervera de près.
^ '. Parce qu'il auraaulTi deffein d'entreprendre de^
fon côté fur des places , dont la confervation vous
importe plus , que la conquête de celles fur lefquel-
les vous pourriez entreprendre.
3". Parce qu'il fera en état de courir fur votre
pays & d'y porter la défolation , pendant que vous
lerez occupé zn//ege d'une place , dont la prife , qu£
peut être mcertame , ne vous dédorftmageroit pas des
pertes que vous pourriez fouffrir.
4*". Enfin, parce qu'il peut fe mettre <à -portée de
vous combattre , avant que vous puijuez être établi
d-'vant la place que vous voulez attaquer.
Il faut Jîien pefer toutes ces conlidérations avant
que de fe déterminer, & prendre toujours fi bien fon
tems, que l'ennemi ne puiffe vous tomber furies bras
avant votre établiffement.
Dans l'un & l'autre cas le mieux ell d'être le plus
fort , & d'avoir deux armées quand on le peut ; la-
voir , une qui alTiége , & l'autre qui obfcrve. Celle
qui alfiége le renferme dans fes lignes , & celle qui
oblerve ne fait que rôder & occuper les avenues par
où l'ennemi peut fe préfenter ou prendre des polies ,
& s'y retrancher , ou le luivre s'il s'éloigne , en le
côtoyant & fe portant toujours entre lui & l'armée
alhégeante , le plus avantageulément qu'il eft pof-
lible.
L'armée d'obfervatlon efl encore d'un grand fe-
cours à l'aniégcant dans le commencement dujiegey
parce qu'elle veille à fa confervation, peut le favori-
1er, eicorter lés convois , lui fournir des fafcines, Ôf
t.'.ire plufieurs autres corvées. Réciproquement l'ar-
mce aliiegeante la peut renforcer dans le belbin.aprèj
les fi.v ou fej)t premiers jours de tranchée,,quand elle
a bien pris les avantages contre la place.
C'eit encore une circon fiance bien favorable de
pouvoir attaquer avant que l'ennemi lé puilfe mettre
en campagne avec toutes l'es forces , ou dans Par-
ncrc laifon , après qu'ur.e partie de les troupes s'é-
tant rciirée, il n'ell plus affez fort pour s'oppofer aux
entreprijés. M. de \duhdnfA:uq, d^s places.
Ï74
S I E
S I E
F
Un des objets ies plus importuns, lorfqu on entre-
rcnd un [ic^^i ; c'clt de l'environner de manière que
.ennemi ne puilio y taire entrer aucun lecours. M.
de Vendôme ayant afïïcgé Verue à la fin de l'année
1704 , l'ans couper ablolument la communication de
cette place avec l'armée de M. le duc de Savoie; la
ville ie détendit depuis le 1 4 Odobre de cette année
julqu'au 7 Avril de la luivante , & M. de Vendôme
auroit été obli[;é d'en lever le/zt-c;, s'il n'étoit par-
venu .\ couper la communication avec l'armce enne-
mi ; c'ell ce qu'il Ht la nuit du premier au lecond de
Mars. r t j r
Ayant fait après cela fommer le gouverneur de le
rendre , celui-ci lui répondit , qu'il comptoit n'être
airié^é que du jour de rinterrui)tion de la communi-
cation , quoiqu'il y eut déjà près de cinq mois que
M. de Vendôme iut devant la place.
Avant de former wnjlegc , on doit évaluer à-peu-
près la quantité de troupes & de munitions dont on
aura bcfoin pour la prendre ; cette évaluation eil al-
lé/, difficile , & nous n'avons aucun livre où elle Ibit
tniitée avec précifion.
Ciran , l'un de nos plus anciens ingénieurs , lup-
pote que l'armée allaillante doit être dix fois plus
nombveufe que la garnifon , & qu'ainli il faut une
armée de dix mille hommes pour attaquer une place
dans laquelle il y en a mille; mais ce rapport qui peut
être allez c.vaa dans cette fuppofition , pourvu qu'il
n'y air point à craindre qu'il vienne une armée au
fecours de la place , ne feroit pas fuffifant dans une
ville oit il y auroit deux mille hommes , fur-tout s'il
falloit fe circonveiller contre l'ennemi.
Ce rapport fe trouvera donc trop petit dans plu-
fieurs cas , mais il fera aufTi trop grand dans d'autres.
Par exemple , on n'a pas befoin d'une armée de deux
cens mille hommes pour affiéger une place dans la-
quelle il y en a vingt mille ; c'eft au général à déter-
inincrparla grande connoiffance qu'il doit avoir de
la guerre, le nombre de troupes dont il a befoin pour
faire un/c;^f quelconque , relativement à la grandeur
de la place , à l'excellence de fes ouvrages , au nom-
bre & à la valeur de la garnilon qui y ell renfer-
t
mee.
Pour l'amas de munitions qu'on peut confommer
dans un fie^^e , il faut régler d'abord quelle en fera à-
peu-près la durée , quelles feront les différentes bat-
teries qu'il faudra élever , ce qu'elles pourront con-
fommer par jour , &c. on a des tables dans plufieuis
livres , notamment dans les mémoires d'artillerie de
Saint-Rem y , qui contiennent le détail des munitions
de guerre menées à ^x&ér^ns fugcs ; mais comme on
n'y rend aucune raifon de la quantité des choies qu'el-
les contiennent, elles ne peuvent être d'un grand fe-
cours aux généraux. Cependant au défaut des précep-
tes , on joint ici quelques-uns de ces états pour don-
ner une idée de la quantité de ces munitions qui fe
conlomment dans un Jîc^e.
Etat des puces (Vanillcric 6*
munitions de guerre qui ont
été menées devant Luxem-
bourg , pour en faire le ju-
ge , tn 1 684.
Munitions confommécs.
Pièces de fonte ,
de 33 7
de 24 33
de 8 8
( Il y en eut quelques-
( unes d'éventées.
de 4 II
i
To
■affûts avecleurs avantrains
de 33 12
de 24 46
tle 8 ^
4
z
de 4 14
Paires d'armes. 99
Lanternes de rechange
20
Chariots h porter canon.
Charretes 125
Boulets ,
Lanternes.
Refouloirs.
Ecouvillons.
i<5
18
IQ
de
de
de
de 4
Mortiers
33
8
10620
55^74
3800
5000
♦ * *
Ce qui a été mené au
fiege
Mortiers
6791
30100
61$
Ce qui y a été confommé,.
î6
Chariots à porter affûts à
mortiers 16
Plufieurs fusbandes d'af-
fûts à mortiers , lavec
leurs boulons.
Bombes
Fufées à bombes
Pierriers montés
Grenades
953000
90800
133600
J99049
2400
200
100
709?,
7300
6
40304
Fulées à grenades 57000
Poudre
Plomb
Mèches
Sacs à terre
Moufquets
Hallebardes
Fufils
Paires d'armes à l'épreu-
ve 100
Pots à terre 100
Salpêtre « 534
Soufre 240
Une tonne de polx-réfine.
Une tonne de poix-noire.
Deux tonnes de gaudron.
Mortiers de fontes , avec
leurs pilons z
Chaudières de fer a
Outils à pionniers 38809
Haches
Serpes
Manches d'outils
Hottes
Brouetes
Outils à mineur
A charpentier & à charron
210
Trois forges complettes ,
& lui foufflet.
Criks 6
Un équipage de pont de
bateaux.
Trois cens tonnes de cor-
dages.
Et quelqu'autres corda-
ges.
Chèvres
Madriers
Coins de mire
Leviers
Feuilles de fer noir
Feuilles de fer blanc
Effieu de bois
Peaux de moutons
Clous
Clous de cuivre
Fer en barre
2310
6670
3300
510
260
184
Quelques fusbandes.
55or
5600
10660
40000
835300
59800
67900
109019
618
90
loa
XI
384
104
1879c
1076
2120
1800
500
110
74
16
da-
Et quelqu'autres corda-y
ges.
5
Equipag. de chèvres, i
750
"^^l
138
88
41
4t
573
575
340
340
24
2Z
115
11$
6430
6430
16
16
94S
845
s I E
Eiîîeiix de fer 4
Chevilles ouvrières 3
Lanternes à éclairer 4
Boëtes pour lanternes 24
Caiffons 6
Chariots à porter timbal-
les I
Menus achats faits pour
le Jicgi de ** *
Vieux oing 650I.
Flambeaux de cire jaune ,
100
Bougiesdecire jaune 30 1. 1
Bougies de cire blan. 40 1. j
Cire neuve 72 I.
Chandelles 500 1.
Aulnes de toile 50
Fil 6 1.
Aiguilles 200
Grands fa es 32
Grandes lanternes fourdes
33
Petites lanternes fourdes
37
Mefures de fer blanc 29
Barriis à bourfes 24
Fournimens 20
Fil de laiton 27 1.
Ficelle 40 L
Menu cordage 20 1.
Etoupes lool.
Romaine i
Peaux de moutons 100
Taule 16I.
Acier 50 1.
Clous de cuivre 1 9
Rames de papier 2
Rame de gros papier i
Rame de pap. en quart, i
Tamis z
Balance i
Poids.de marc d'une livre
chacun z
Poixgraife lOol.
Suif de mouton 50 1.
Clous de toutes fortes
400 1.
Plumes & encre.
Une chapelle complette.
Un coffre de médicamens.
Unbarril d'eau-de-vie.
£tat des pièces d^ artilleries
& munitions de guerre ,
^ui ont été menées devant
Turin , en lyoS , pour en
faire lejicge.
Pièces ,
4
24
Menus achats confommés
aujiege de * **
650 1.
47
42 1.
22I.
500 1.
50
61.
200
3^
12
20
40 1.
40 1.
100
ï6l.
50I.
19
tout entier.
de 24
de 16
de 12
de 8
104
6
17
10
de 4 , dont 1 3 longues ,
4 de la nouvelle inven-
tion , & 6 à dos de mu-
let.
de 24
de 16
de 12
de 8
Affûts^
35
M3
1 1
35
10
de 4, dont 13 longues,
4 de la nouvelle inven-
400 1.
Munitions ufUes & con-
fominées à cejiege.
45
5
2
S I E
tion , & 4 à dos de mu-
let, 21
Avantrains , dont 2 à dos
de mulet , 1 80
Charriots à corps de ca-
non
Chariots à ridelles
Chariots à boulets
JCharetes
Chèvres garnies
Trinqueballe
Armes des pièces ^
de 24
de 26
de 12
de 8
de 4
Tirebourres
Boulets ,
90
1 10
30
30
8
!•
126
10
20
12
40
20
de
àz
de
de
de
24
16
12
8
4
89633
26259
21210
3800
8400
Cartouches pour les trou
pes 278000
Cartouches de fer blanc ,
de 16
de 12
de 8
de 4
Mortiers y
12 pouces
9 pouces
6 pouces
Affûts ,
12 pouces ,
de fer coulé ,
de 9 pouces
pouces
Bombes ,
pouces
pouces
pouces
de
de
de
de
de 6
de
de
de
12
9
6
150
40
50
60
39
7
i|
dont 10
45
iz
14
13960
5 549
5646
Fufées à Bombes , de 1 2
pouces
20000
de
Fulées à bombes , ae 9
pouces, 1000
Fufées de 6 pouces 8000
Grenades chargées 25541
Grenad. nonctiar. 21 185
Fufées à grenades , non
chargées, 30000
Balots de laine 224
Sacs à terre 174 160
Pierres à fufils 4 1 5 200
Outils à pionniers 56375
Manches d'outils 24580
Haches 2685
Serpes 5230
Outils à Mineurs.
Piques à rocs
Maiics
Pinces
Pinces à pic de biche
Poinçons
Aiguilles
Cilcaux à grains d'orge 99
Tranches ùgrains d'orge 6
Outils ;\ charpentiers &C
charrons , de toutes for-
tes,^ 316
Outils à forgeurs , de tou-
1000
150
102
30
300
31
7
40
4-
6i
5
8
... §
69237
159 o
2! 1000
3500
4000
lOÔOOO
15a
40
50-
6a
10-
5
4
i3849f
378i
33^4
13849
3782^
3314
23 200
450a
4500
224
142260
90000
5474i
24580
1892
1209
800
100
2o
30
200
12
99
6
116
î/G
S I E
S I E
86
20
100
tes fortes, 55
Outils ù menuifiers,de tou-
tes fortes, 43
CorJuges.
Prolonges doubles
Cables pour chèvres
Prolonges lîmples
Paires de traits à canons
200
Paires de traits communs
4Z
Ballots de cordages , pour
emballer 4^
Menus cordages 3500I.
Ficelles 500 !•
. Bois di remontage.
Timons 2.00
Limonnlers 5^
EHieux loo
Jantes 5°°
Ijlais ^ 800
Roucs-.de 24, ferrées, 20
Roues de 24, en blanc, 10
Roues de chariots, à corps
de canon 3.^
Roues de chariots, à ri-
delles &: à boulets, 10
Roues d'avantrains 10
Leviers 100
Coins de mire 800
Chapiteaux 300
Madriers à plate -forme
100
Planches de fapin 5 00
ArtijiciS.
Souffre 1000 1.
Salpêtre 2500 1.
Balles à feu ^ 150
Fafclnes goudronnées 100
Huile de térébenth. 50 1.
Goudron 200 1.
Caiffes d'uftenciles à bom-
bardiers i
Cire préparée pour cocf-
fer les fufées à bombes ,
300 1.
Cire jaune 100 1.
Barrils de pulverin 2
Caifle de compofition i
Fer neuf en plat , quarré ,
&long, 5000 1.
Boëtes de fer de toutes for-
tes 20000
Vieux clous de toutes for-
tes
Acier
Clous à rouage
Clous à flafques
Clous de toutes
loooo
400 1.
loooo
1 5000
fortes
60000
50000
loooo
12000
Clous picards
Clous de tonnelier
Clous à ccouvillon
Clous de cuivre à lanter-
l ne 100 1.
Mefures de fir blanc.
de 10 100
8 100
6 80
4 M«>
3 100
2 150
I 80
too
de
de
de
de
de
de
de demi-livre
5-5
30
30
12
50
X20
30
30
1200 1.
500 I.
20
10
30
10
8
100
500
300
100
500
1000 1.
2000 1.
150
100
50!.
200 1.
300 1.
100 1.
2
I
3000 1.
12000
10000
300 1.
6000
lOOOO
30000
20000
8000
9000
200 1.
200
JOO
80
150
100
150
80
100
de deux onces 50
Entonnoirs de fer blanc 50
Fléau avec fes plateaux i
Poids de fonte de 25 liv.
Poids de marc
de 10 livres
de 5 livres
Soufflets
Enclumes
Fer de taules
50'
4
X
I
8
8
288I.
Feuilles de cuivre , pour
pontons , 9
Peaux de mouton, pour
écouvillons, 210
Paniers d'ofier 200
Hottes d'ofier 300
Sacs à bovdets 100
288 1;
9
210
200
300
100
Menus achats
Bougies iiool.
Chandelles 800 1.
Flambeaux 144 1.
Vieux-oing 3100I.
Torches à vent 400 1.
Dix-huit caiffes de lanter-
nes à éclairer 570
Lunes triangulaires , quar-
rées , plates , àc ron-
des, 116
36
4
100 1.
47 1.
130
3
36
Menus achats confommés,
iiool.'
808 L
144I.
3100I.
400 1.
570
J16
36
4
100 1.
47 1.
130
5
36
1200
5
100
30
300
12
Petites lunes
Etaux
Fil de fer
Fil de laiton
Scies à main
Grandes fcies
Râpes
Feuilles de fer blanc 1200
Cricks 5
Toile peinte pour mulets
ÏOO
Toile peinte pour la pou-
dre 30
Couvertures d£ toile ci-
rée 300
Poulies de fonte 3 2
Rames de papier à états ,
fin 5
Rames de papier commun
à faire gargouches 5 2
Rames de papier à lettre 6
Plumes ;200
Canifs 1 2
Vrilles 30
Aiguilles 500
Fil à coudre 20 1.
Huile d'olive , pour les
mineurs , 80 1.
Coton 180 1.
Lampes à éclairer 60
Poudre 141 1200 1.
Plomb 1 50900 1.
Mèche 41800
Comme dans le tems des fieges pour lefquels on
a drefîe les états précédens , on ne faifolt point ufa-
ge des obus , il n'y en efl pas fait mention ; mais
comme l'on s'en eff ferviavec (\.\cchs.,z\ijîcge deMaef-
tricht , en 1747, on ne doit point oublier d'en infé-
rer dans le détail des munitions qui concernent les
fugei. Voyti^ fur tout ce qui concerne ce fujet , & le
détail desyz"e^ei , rxoXxclraitc d'artillerie ^ & celui de
V attaque des places^ féconde édition. (Q)
SlEGE d'aifance , f. m. (^Archit.^ c'eft la devanture
& la lunette d'une aifance.
Siège d'une j'elle , ( Manège, ) le fiege d'une fellc
efl
5^
6
200
12
30
$00
20 1.
80 1.
120I.
60
1 176760 1.
130507I.
18794
s I E
eft l'endroit du haut de la felle où le cavalier eft affis.
Siège , (. m. ( terme de Potier de terre. ) c'cll une
planche un peu penchée en-devani,placée derrière la
roue, fur laquelle s'afiied rouvriv.r quand il veut tour-
ner un vale , ou quelqu'autre ouvrage de poterie.
Cette planche a des deux côtes deux pièces de bois
qu'on nomme àospayens, qui font fendues en hoches,
de diftance en diilance pour lui fervir comme de
marche-pic. C'efl'fur ces hoches que l'ouvrier n^et
fes pies lorfqu'il travaille , ce qui les lui tient fort
écartes l'un de l'autre , pour qu'il ait plus de facihîc
à fe fervir du tournoir, avec lequel il donne' le mou-
vement à fa roue ; les payens font mis en penchant
auffi-bien que la planche. Savary. (^D.J.^
SrEGF. , voye^ GaRDON."
SIEGEN , {GJog. mod.) petite ville d'Allemagne ,
dans la Wétéravie , fur un ruiiî'eau de même nom.
Elle eft chef-lieu d'une principauté qui appartient à
une branche delamaifonde Nafiau. Long.zT,. 58.
lat. 5o. 42.
SIÉGER , V. n. ( Gram.') occuper le fiege. On dit
ce pape zjiégé dix ans. U/ugeolt lorfque cette affaire
a été jugée. Siéger fe prend alors poi\r préjïder.
SIÉNÉ , ( Géog.anc. ) voyei SyÉNÉ.
SIENNE , ( Géog. mod. ) ville d'Italie , dans la
Tofcane, capitale du Sicnnois , à 9 railles de Monte-
Pulciano , à 1 1 de Florence , a 18 dePéroufe , &: à
iz de Pife.
Elle eft grande & afîcz bien bâtie ; fa fituation fur
une colline fait qu'on y refpire un air pur , & qu'en
même tenis il faut toujours monter & defcendre. Ses
rues font propres & pavées de briques mifes de
champ.
La cathédrale , quoique gothique , pafTe en total
pour un bel édifice ; elle ell revêtue de marbre en-
dedans & en-dehors ; le pavé du chœur efl de mar-
bre blanc & noir, en manière de moiaïque. Plufieurs
fontaines fourniffent de l'eau dans tous les quartiers.
Les couvens de religieux y font en gr^ïnd nombre,
& la plupart ont des églifes riches.
L'évêché de cette vilie fut érii^é en mctrooole en
1459 ;rvmiverfîté fut établie en l't^i^'j .CG{\\tk Sienne
que le pape Nicolas IL tint le concile qui décida que
réle£lion des pontifes de Rome n'appartiendroit qu'-
aux cardinaux. Il y a m\ç: citadelle pour la défenfe de
cette ville , dont le territoire rapporte du blé , du
vin & d'excellent fruit. 'Long, fuivant Calîîni , 28.
Si. 30. lat. 42. 22.
Pline appelle Si^nnç. , colonia S enenjis ., & Tacite,
colonia Senienfis. Le nom de Saia lui eft donné par
Caton , par l'Itinéraire d'Antonin & par Piolomée.
Plufieurs favans croient que les Gaulois iénonois bâ-
tirent cette ville pour leur repos. Quand les Romains
en devinrent les maîtres , ils l'agrandirent afin d'y
pouvoir loger leurs colonies.
Dans le dénombrement de leur empire , Sienne
imita les autres villes fes voifmes qui s'érigèrent en
républiques. Enfuite il s'éleva dans fon fein des partis
qui s'armèrent les uns contre les autres, Petruccio flo-
rentin , profitant de la foiblefie des Siennois , s'empara
de leur ville par iiirprife , & la gouverna tyranni-
quemenî.
Après fa mort , le peuple chafia fes enfrns , recou-
vra & conferva pendant quelque tems fa liberté, fous
la proteftion de l'empereur. Enfin Sienne ïviX foumife
à Côme I. duc de Tofcane. Philippe II. roi d'El'pa-
gne , lui céda cette ville pour payement des fommcs
qu'il lui devoit. Depuis lors , il ne lui efl pas refté la
plus petite ombre de fon ancienne fouveraineté.
Mais quelques papes , & des gens de lettres des
plus illuftres y ont pris naiffance ; je dois d'autant
moins oublier de les remémorer , qu'ils n'ont point
laiiîé après eux de rejettons : cette ville ell retom-
bée dans la barbarie.
Tonte XK
S I E
I/'^
Je connois quatre papes nés à «y^-^we ; Alexandre
III. Pie III. Paul V. & Alexandre VII.
Un des hommes du monde qui, dans les tems gref-
fiers qu'on nomme du moyen âge , mérita le plus du
genre hum.ain , dit M. de Voltaire , eft Alexandre III.
élu pape en 11 59, après la mort d'Adrien IV. Ce
fut lui qui dans un concile abolit la fcrvitude. C'efl ce
même pape qui triompha dans Venife par fa fageffe
de la violence de l'empereur Frédéric Barberoufie , &:
qui força Henri II. roi d'Angleterre , de demander
pardon à Dieu & aux hommes du meurtre de Tho-
mas Becket; ce pape reffufcita les droits des peuples ,
réprima le crime dans les rois , & fut refcrver au
fiege pontifical de Rome le privilège de la canonifa-
tion des faints. Après avoir gouverné fagement l'E-
glife , il mourut con. blé de gloire le 30 Août 1 181.
Pic III. fils d'une fceur du pape Pie II. fuccéda à
Alexandre VI. le 22 Septembre 1 503. Il eliloué dans
les épîtres de Marfile Ficin , de Philelphe , de Sabel-
licus &: de quelques autres gens de lettres , qui
avoient conçu de grandes efperances de fon gouver-
nement ; mais il mourut peu de jours après fon exal-
tation d'une plaie à la jambe, avec foupçon d'avoir
été empoifonné.
Paul /^.(Camille Borghèse), originaire de Sienne ,
fuccéda au pape Léon XI. Monté lur le trône pontifi-
cal , il reprit les fameufes congrégations de auxiliis ^
& défendit aux deux partis de fe cenfurer. Enfuite il
s'avifa d'excommunier & d'interdire la république de
Venife , pour avoir fait des lois qu'il jugeoit con-
traires aux libertés des eccléfiailiques ; mais les V^é- "
nitiens armèrent , & Paul V. leva l'interdit & l'ex-
communication. Depuis lors il s'appliqua à eml;ellir
Rome , & à raffenibler dans fon palais les pKis beaux
ouvrages de peinture & de fculpture. Il mourut en
1621 , à 69 ans , & eut pour fucceffeur Grégoire
XV.
Alexandre VII. de la famille des Chigi, né à Sien-
ne en I 599 , fuccéda à Innocent X. en 1655. ^"^ <^®
fes premières démarches fut de renouveller les cen-
fures de fon prédéceffeur contre les cinq propofitions
de Janfénius. Il compofa lui-même un nouveau for-
mulaire qui fut reçu en France par une déclaration
enregiflrée , & par tous les évêques , excepté par
quatre quirefuferentdefigner ce formulaire. Alexan-
dre VIL nomma neuf évêques françois pour faire le
p: ocès aux quatre prélats réfraftaires , ce qui ne fer-
vit qu'à aigrir davantage les efprits,
Louis XIV. & le pape étoient alors en bonne in-
telligence ; Finfalte faite au duc de Crequi en 1662
avoit été réparée par fa fainteté , & le roi lui avoit
rendu la ville d'Avignon. Ce pontife mourut peu de
tems après en 1 667 , âgé de 68 ans , & eut pour fuc-
ceHcur Clément IX.
On dit que dans le tems de fa nonciature d'Alle-
magne , il avoit reiolu de quitter la religion roinaine ,
& d'em.brafier la protellante ; mais que la mort du
comte Pompée fon parent , qui fut empoifonné en
pafiant par Lyon , pour fe retirer en Allemagne, après
ion abjuration, lui fit retarder l'exécution de fon pre-
mier deffein , & que fon élévation au cardinalat lui
infpira de toutes autres vues. Il aimoit les belles-let-
tres ; & quoiqu'il fut poète médiocre , on a cepen-
dant imprimé au Louvre en 1656 , un volume in-fol.
de fes poéfies , fous le titre de Phil»mathi mufa juvé-
niles.
Je paiTe aux fimples hommes de lettres nés à Sien-
ne , 6Î quelques uns d'eux ont immoitalifc leur nom.
Bernardin àc Sienne étoit cependant natif de Mafla-
Carera en 1585. mais on lui donna le furnom de Sien-
ne , parce qu'il pafTa dans cette ville la plus grande
partie de fa vie. Ses prédications , fes auilérités, fon
humilité , fon zelc ])Our le foulagemcnt des peftifé-
rés , lui acquirent une trèsrgrande gloire. Il devint
178
s î
vicaire général desfrcres de l'obfervancecîeS. Fran-
çois dans toute l'Italie ; il y rclbrma , ou établit de
nouveavi plus de trois cens monafteres , ik. refula les
évechés de Sienne , de Ferrare & d'Urbin.^
Pour animer davantage la dévotion des ficelés, il
fit faire un beau tableau , au milieu duquel étoit peint
notre Sauveur entouré du ioleil , &c il obligeoit le
peuple à adorer klus - Chrill dans ce tableau. Cette
conduite fut imitée par plulicurs moines du même
ordre, qui expulbient le tableau en public dans les
procefTions. Cependant quelques perlonncs fages
n'approuvant point cette nouveauté , & craignant
qu'on ne rendît plus d'honneur au tableau qu'i\ l'ori-
ginal , portèrent ra(î;ure au tribunal de Martin V. Ce
pape, après avoir fait là-deflus une conlukation de
prélats Se de dofteurs éclairés , défendit à Bernardin
cette pratique comme dangereufe & luperllitieufe ,
& Bernardin s'y conforma.
Il mourut i\ Aquila Fan 1444 , dans la foixante-
quatrieme année de fon âge , &i. Nicolas V. l'a cano-
nilé. Ses œuvres qui ne roulent que fur des fujets de
dévotion, ont été imprimées iWénife chez ks jun-
tes en 1 595 , par les foins de Rodulphe , évoque de
Sinigaglia , & à Paris l'an 1636 en deux vol. in-fal.
par ceux du père la Haye. Le flyle de S. Bernardin
n'ell: ni pur , ni élevé ; mais dans le recueil donné
fous fon nom , les fermons qui font véritablement de
lui , contiennent une morale fimple , dépovfdlée des
fauiTes pcnfécs & des jeux de mots de la plupart des
fermonalres d'Italie.
Caiiuinn ( Anibroife ) , célèbre théologien du xvj.
fiecle , natif de Skum , enfeigna le droit dans plu-
fieurs univcrfités d'Italie , fous fon nom de PoUtus
Lmcdlotus. II entra dans l'ordre de S. Dominique
l'an 1515 , à l'âge de 33 ans ; il prit alors le nqm
^Ambroifc Catharin , fe donna tout entier à la Théo-
logie , & fe rendit bientôt célèbre par ks écrits. Il
parut avec éclat au concile de Trente en 1545 , fut
évêque de Minorien i 547, & archevêque de Conza
en 1 5 5 I . Il mourut fubitement quelque tems après ,
6: lorfqu'il touchoit au moment d'être nommé car-
dinal.
lia publié un grand nombre d'ouvrages , & avancé
dans quelques-uns des fcntimens libres & hardis ,
fans s'embarralfer s'il s'écartoit de ceux de S. Auguf-
tin , de S. Thomas & des autres théologiens. Il dé-
clare dans un traité fur la Prédeftination , que Dieu
n'a point prédeiliné les hommes par un décret im-
muable , mais que leur falut dépend du bon ufage
qu'ils font des grâces- que FEtre luprème leur accor-
de. 11 établit \d. chute d'Adam dans le péché qu'il fit
en mangeant du fruit défendu , qui elt , dit-il , un pé-
ché en nous en tant que notre volonté efl comprife
dans la licnne. Il penfe aulfi que Jefus-Chriil fcroit
venu fur la terre quand même Adam n'auroit pas pé-
ché. Il prétend que S. Jean Févangélifte n'eft point
mort , mais qu'il a été enlevé au ciel comme Henoch
&: Eiie. Dans fon traité de la Réfurrection , loin de
damner les enfans morts fans baptême, il affure qu'ils
jouifTent d'une félicité convenable à leur état. Il fou-
tient dans un autre ouvrage que ces paroles , ceci cjl
mon corps f ceci cji mon fang.^ ne font qu'énonciati-
ves , & que Jelus-Chriil n'a point confacré en les
prononçant.
Enfin il a défendu au concile de Trente un fenti-
ment qui a préfentcment un grand nombre de feda-
teurs en forbonne ,favoir , que Fintention extérieure
cd fufïîfante dans leminiftre qui adininiftrelesfacre-
mens; c'efl-à-direque le facrement efl valide , pour-
vu que celui qui l'adminiftre fafî'e extérieurement les
cérémonies requilcs,quoique intérieurement il puifFe
avoir la penfée de fe mocquer du facrement 6c des
chofes faintes,
Ferrari ( Jcan-Baptiile .) , jéfuitc de Sienne , mort
S I E
en 1655, a donné au public un diélloniiaire fyriai
que utile , imprimé à Rome en i62i,i«-/ô/. fous le
XxtvG àii Nomenclator fyriacus. Il témoigne dans fa pré-
face qu'il a été aide par de favans maronites fur Fin-
ter])rétation des termes les plus obfcurs.
Ocliino ( Bernardino) fut un de ces cccléfiafîiques
d'Italie , qui fortlrent de leur pays dans le xvj. fie-
cle , pour embrail'er la religion proteftante. Ochin
avoit été d'abord cordelier , puis capucin , & même
général de ce dernier ordre. Les hiitoriens du tems
dilent qu'il enchantoit fes auditeurs par la grâce , la
politede, l'abondance , la douceur & la pureté de fon
Ityle. Il quitta Fhabit de capucin , embrafi'a le luthé-
ranifme , 6l pafTa par Genève pour fe rendre à Augl-
bourg. 11 entreprit en 1547 le voyage d'Angleterre
avec fon ami Pierre martyr , d'où il fut appelle à
Zurich en i^'j') pour y être miniilre de Féglife ita-
lienne, qu'il deflervit pendant huit ans.
Ses dialogues qu'on imprima, & qui fembloient
contenir entr'autres erreurs Fapprobation de la po-
lygamie , irritèrent les magiftrats de Zurich, qui le
cîiafferent de leur ville en 1563. Comme on ne vou-
lut pas lui permettre de s'arrêter à Balle, feulement
pendant Fhyver , il pourfuivit tout de fuite fa route
en Pologne ; mais à peine y étoit il arrivé , que le
nonce Commendon l'obligea d'en lortir, en vertu
d'un édit qu'il obtint contre tous les hérétiques étran-
gers. Ochin fe rendit en Moravie , & mourut à Slau-
cow en 1564, âgé de 77 ans. La peile Femporta,
lui , fes deux filles & fon fils.
La lifte de fes écrits fe trouve dans la bibliothèque
des Antitriaitaires. Il publia en italien fix volumes
de fermons ; une expolition de Fépître de S. Paul aux
Romains , un commentaire fur Fépître aux Galates ;
un dialogue fur le purgatoire ; des apologues , &c. La
plupart de ces Uvres ont été traduits en latin ; mais les
ouvrages de cet auteur qui ont fait le plus de bruit ,
& qu'il efl difficile de trouver , font fes dialogues^ fes
lahyrinihi fur la prédeflination & le franc-arbitre , &
fes fermons fur la mefTe.
Ochin publia fes dialogues au nombre de trente en
italien ; Caftallon les mit en latin , &; les fît impri-
mer il Bafle en 1 563. Le vingt-unième de izs dialogues
traite de la polygamie. Il n'ell pas vrai cependant
qu'il tâche d'y prouver qu'il ell permis, & qu'il efl
même ordonné aux Chrétiens d'époufer autant de
femmes qu'il leur plaît. Si vous liiez le commence-
m'ent du dialogue de polygamid., vous verrez que Fê-
tât de la queftion eft celui-ci : « Un homme quifouhai-
» te des enfans , & qui efc marié à une femme fléri-
» le , maladive, & avec laquelle il ne fauroit s'ac-
» corder , peut-il en époufer une autre , fans répu-
» dier la première « ? Ochin fûppofe qiFon le confulte
fur un tel cas de confcience. 11 prend le parti de la
négative ; & après avoir mis dans la bouche de fon
conlultant les raifons les plus favorables à la pluralité
des femmes , & avoir répondu foiblement d'affez
bonnes chofes , il conclut par confeiller de recourir
à la prière , & par affurer que û Fon demande à Dieu
avec foi la continence, on Fobtlendra. Il déclare enfin
que fi Dieu ne donne point la continence , on pourra
fuivre Finftinft que Fon connoiîra certainement ve-
nir de Dieu. Voila du pur fanatifme , mais il n'y a
rien de plus.
M. Simon, dans fon hijl. critiq. des comment, du N.
T. c. Iv. parle fort pertinemment des dialogues d'O-
chln,qui roulent fur la Trinité. Il reconnoîî que Fau-
teur ne s'y déclare pas tout-à-fait unitaire ; il rap-
porte feulement les raifons de part & d'autre , en
poufîant fort loin les argumens des antitrinitalres ,
fous prétexte d'y répondie.
Les labyrinthes de cet écrivain, ont paru à Bayle
Fouvrage d'un homme qui avoit Fefprit net & péné-
trant. Ochin, dit-il , y prouve avec force que ceux
Ê
qui fûiitienncrit que Thomme agit librement, s'em'-
jbarrafient dans quatre gnîP.des clii'nciiltcs -, & que
ceux qui tiennent que l'homme agit néceilairemcnt ,
tombent dans quatre autres grands embarras i û bien
qu'il ferme huit labyrinthes , quatre contre le franc-
arbitre , & quatre coiitrc la nécciiité. îl fe tourne de
îous les c^Jtés imaginables pour tâcher de rencontrer
vme ifl\ie , & n'en trouvant points il conclud à cha-
que fois par une prière ardente adreflee à Dieu , afin
xi'êîre délivré de ces abîmes. Néanmoins dans ia
■fuite de l'ouvrage , il entreprend, de fournir des ou-
veitures pour fôrtir de cette prifon; mais il conclud
ique l'unique voie eft de dire comme Socrate ; unum
Jcio^qtwd nihilfcio. I! faut fe taire , dit-il, & juger que
i}ieu n'cÀ-ige de nous ni l'affirmative , ni la négative
iur des points de cette nature.
M. d'Aubigné difcourt allez au long des fermons
■«l'Ochin fur la iriCiTe. Cet italien , dit-il , vouloit pre-
ïiîierement que le fervice fut en lan^aee vtilpaire ,
'&: qti'on eniupprînuit plufieurs ornemens, afin de
pouvoir dire fur le refle que c'eft la cène du Seigneur
quis'eft fiite religieiife , per parer pinJanEla. Ochin a
donné dcuze fermons fur la meile. L'un porte pour
titre mijj\i tra^nuHa , ac primum qucmodo concepta -, no-
ta , baptifata. fucrït. L'autre , quomodo nutrita , edu-
cata , arnata , ditataqu& ad jkimmam pr(z(lantïam perve-
nerit. Cette manière dramatique fent tout-à-tait le
génie des Italiens , & ne refpire point la dignité que
demandent les myiieres.
Patricis ( Francifco ) fiennois , évêque de Gaieté ,
floriflbit dans le xv. fiecle fous Sixte W. & mourut
en 1494. Il publia deux ouvrages , l'un de regno &
régis inftïtudone lïb. IX, l'autre , de reipiMicœ infiitu-
iione.^ lib. iX. Ces deux traités firent du bruit ; ce-
pendant ni l'un , ni l'autre ne font eflimés des con-
noiffeurs , parce qu'il y règne plus de leéture que de
jugement. Le premier a paru deux fois à Paris ; fa-
voir , en i 5 19 & en 1530, in-folio. Le fécond a été
traduit en françois parlefieur de Mouchetierre , &
imprimé à Paris en 1610 in-8'^ .
Les Piccolamini ont fait un grand honneur à Sienne
îeur patrie. Piccolornini (Alexandre ) , archevêque
de Patras, floriffoit dans le xv. fiecle , & prouva par
ies écrits l'étendue de fa fcience. U publia des ouvra-
ges fur la théorie des planètes , les étoiles fixes , les
queftions méchaniques , la philofophie, la morale ,
la rhétorique, & la poétique d'Arillote. Il fe fervit
de fa langue maternelle dans la plupart de fes ouvra-
ges , & il paffe pour être le premier qui en ait ufé de
la forte en matière de philofophie & d'érudition. Im-
perialis l'en blâme , mais avec nobleffe : Effcrbuit
m/>^, dit-il, ingenium AUxandri Piccolominei fenen-
.fis , in cogendo fub cirufcis vexillis agmine fcientiarum
vmnium , quo intentaio aliàs fafcinore , immortalemfibi
pararet in halicâ celebritate triumphum. Le traité que
Piccolomini mit au jour fiir la réformation du calen-
drier, m,érita les éloges des plus grands juges ; mais
ïon application à des ouvrages férieux , ne l'empêcha
point de s'amufer à la poéfie , & à donner des pièces
de théâtre : fes deux comédies VAU[jandra , & VA-
tnor confiante , furent fort eftimées. Ù mourut à i'ifn-
««,en 1578, âgé de 70 ans.
M. de Ihou étant en Italie , en 1 573 , l'alla voir
avec Paul de Foix, embaffadeur de Charles IX. Ils
le trouvèrent toutoccupcà l'étude, & plein de la con-
lolation qu'il éprouvoit dans la lefture, au milieu des
infirmités de là vieillefle,//2tt/M (dit dcThou) de fiudi'is
fuis dijj'eritic ^ eorumquej'e demiimin eâ œtute dulcifll-
mum frucfum capere dixic , aliis ohLclumentis deficiemi-
bns , qiàbus aliœ a:tat£S innocenter , & citrà ofcnfum
gaudere pofihnt. Qjiod cîm dicebat , non tam fcncîiiui
Jolatium quicrere dicebatur , quàm aàvUfcentcs qui adc-
rum , qtid humanitatt erat ad defidiam vitandam , 6-
Fhilojophia ftiidia capejfenda , exemplofuo cokonari.
Tome XFi
P[tcoî6inîf7i ( François ) de ia niertie famille qu'A-
lexandre , s'attira l'àdmiraiion de toute l'Italie' pat-
la beauté de fes leçons philcfophiques , qu'il donna
pendant ^3 ans avec la môme réputation . à Siehnc\
à Maxerata, à Péroufé & à Padoue. II mourut ert
1604 ; âgé de 84 ans , fans jamais avoir eu befoin de
lunettes. Ses fi.mérailles témoignèrent d'une façon
ftnguliere l'ellime que les Siennois lui portolenî ; car
toute la ville prit le deuil le jour de fon enterrement^,
& l'on ferma tous les tribunaux. Son ouvrage latiii
de pfnlojbpkia morali , imprimé à Veiiife en i 583 , lui
fit beaucoup d'honneur. Le p. le Moine dans fes pein-
tures morales , parle de cet ouvrage avec elHme , &
en critique auffi quelques endroits.
Sixte de Sienne , né juif à Sienne , fe convertit au
chriflianifme , enibralTa l'ordre de S. Dominique , ôc
mourut en i 566 , à l'âge de 49 ans. Il mit au jour j,
en 106 , fa bibliothèque fainte , dans laquelle il ex-
pofe la critique des livres de l'ancien Tefiament j
& indique des moyens de les expliquer. Les catho-
liques & les protcnans parolffent en général fort pré=
venus en faveur du mérite de cette bibliothèque ^
dont la meilleure édition eft celle de Naples, eri
i74i , en deux volumes in-fol. Cependant , poui" ne
rien déguifer , c'efl un ouvrage très-imparfait. L'au-
teur y juge communément en m.al-habiie homme de
ceux dont il parle. Son érudition critique eft fort
chétivci ce qui ne doit pas furprendre ; car Sixte ne
favoit bien que l'hébreu ,' médiocrement le latin j &c
très-peu le grec.
Je ne connois point de famille plus illuftre dans lei
lettres que celle des Socin ^ tous nés à Sienne. Ils fé
font dlfiingués dans la jurifprudence & dans la théo-
logie , pendant deux fiecles confécutifs , père , filsj
petits-nls i arricre-petlts-fils , oncles & neveux.
Socin ( Marianus ) naquit à Sienne , en 1 40 1 i &
mourut en 1467. Ce fut l'honime le plus univerfel
de ion fiecle , &: le premier jurifconfulte , au juge-
ment d'JEneas Silvius , & de Pancirole , qui a donné
fa vie. Le pape Pie IL le combla de marques de fou
eftime.
Cet homme illuftre eut cependant un fils qui Je fur-
pafla, j'entends Socin (Barthélemi ) , né à Sienm ^
en 1437. Sa réputation le fit appeller à Ferrare . à
Boulogne & à Pife, au moyen d'une penficn de mille
ducats. Il mourut en 1507. On a imprimé à Venife
fes confultations avec celles de fon père, en 1579^
en quatre volumes in-fol.
Socin ( Marianus) petits-fils dit précédent , & noii
moins célèbre, naquit à Sienne en 1482 , & mourut
en 1556. Il profefla le droit comme fon grand-pere^
dans plufieurs univerfités d'Italie , fuccéda à Alciat^
& Boulogne fut enfin le retenir par des penfions &
des privilèges extraordinaires. Il eut treize enfans ,
entre lefquels Lélius & Alexandre fe diftinguerent
éminemment.
Socin ( Lelius ) le premier auteur de la fefte fo-
cinienne , naquit à Sienne , l'an 1525. Il commença
par étudier le droit, mais ayant encore plus de goût
pour la Théologie, il apprit le grec, l'hébreu, l'arabe,
& voyagea en France , en Angleterre, en Hollande,
en Suiflé , en Allensagne & en Pologne. Il fe fit con-
noître aux plus favans hommes de ce tems-là , 6l né
feignoit point de leur communiquer fes doutes , oU
plutôt {qs fentimens dans les matières de religion. Si
famille qui les embraiîa , fut obligée de fe difper-
1er. Camille Ion frère fut mis en prifon. Quelques
autres parens s'évadèrent , & entr'autres fon neveu
Faufte. Lélius fe rendit à Zurich , où il mourut , en
1 562. Fauile recueillit fes papiers , &i. les fit valoir
dans la fuite.
Socin ( Alexandre ) ^ père de Faufte Socin , donf
nous parlerons bien - tôt j mourut en 1 5 4 1 j k
i86
S I E
Macerata , avec la réputation d'un dofte jurifcon-
l'ulte.
Socin (Faufte), fils d'Alexandre, & petit-fils de
Marianus , naquit à Simm en 1539. Il enibraJla avi-
dement , alnfi que tous les parens , hommes 6c fem-
mes , les opinions de Lclius Ion oncle. Aufïï ce iau-
va-t-il de Sienne avec toute fa famille par la crainre
de l'inquîfition. Il revint cependant en Italie , où le
grand-duc l'afùira de fa protection, & lui donna des
emplois honorables , qui l'cmpccherent pendant i z
ans de fe fouvenir qu'il avoit été regardé comme
celui qui mettoit la dernière main au fyftème de
théologie famolaténienne , que Ion oncle Lélius
avoit ébauché. Enfin l'étude férieufe de l'Ecriture
l'emporta fur les délices de la cour, il s'en exila vo-
lontairement, &: vint à Bade, où il féjourna trois
ans , & compoia fon ouvrage de Jefu-Chrijlo Serva-
tore. Les diiputes qu'il eut avec des théologiens pro-
teftans du pays, l'obligèrent de fe retirer en Pologne,
en 1^79 , defirant d'entrer dans la communion des
imitaires ; cependant fes ennemis ameutèrent contre
lui la populace , qui pilla fes meubles , & quelques-
uns de les manufcrits, qu'il regretta extraordinaire-
ment , fur-tout fon traité contre les athées. Il fe ré-
fugia dans la maifon d'un gentilhomme polonois ,
chez lequel il mourut en 1604. Mais fa dodrine, loin
de mourir avec lui, a pris tant de faveur , qu'elle rè-
gne & domine à préfent d'une manière invifible dans
toutes les fccles chrétiennes.
Les beaux arts ont été accueillis des Siennois , en
même tems que lesfcicnces.
Lorenietti ( Ambroife ), né à Sienne dans le xj v. fie-
cle , & contemporain de Giotto , apprit de lui les fe-
crets de la peinture. Mais pouffant plus loin fon gé-
nie , il fe fit un genre particulier , & s'y dilHngua.
Il fut le premier qui tenta de repréfenter en quelque
forte les vents , les pluies , les tempêtes , & ces tems
nébuleux , dont les effets font fi piquans fur la
toile.
Vanniiis ( François), né à Sienne en 1563, mort
à Rome en 1609 , fit remarquer dans fes ouvrages
un coloris vigoureux , joint à la touche gracieufe du
Correge. Il mit en même tems beaucoup de correc-
tion dans les delTeins , & fut comblé de faveurs par
le pape Alexandre VII. fon tableau de Simon le ma-
gicien qu'on voit dansl'églife de S. Pierre à Rome,
pafîe pour fon chef-d'œuvre. ( Le Chevalier de Ja u-
COURT.)
Sienne, la^ (^Géog.mod.') rivière de France , dans
la Normandie , au Cotentin, vers le midi du diocefe
de Coutances. Elle a fa fource dans la forêt de S. Se-
ver , fe groffit deplufieurs petits ruiffeaux , & après
avoir reçu la Sône , elle va fe perdre dans la mer du
Havre. (Z>. y.)
SIENNOIS , (Géog.mod.') province d'Italie , dans
la Tol'cane. Elle efl bornée au nord par le duché de
Florence , au midi par la Méditerranée , au levant
par le Perugin , l'Orviétano , & le duché de Caflro,
& au couchant par la mer deTofcane. On lui donne
65 milles du nord au liid, & prefque autant du le-
vant au couchant. Le Siennois , ainfi que fa capitale,
a éprouvé bien des viciffitudes, avant que de jouir de
la liberté , que les Efpagnols lui enlevèrent vers le
milieu du xvj. fiecle, après quoi ils vendirent ce pays
au grand duc Côme de Médicis. (Z). /.)
SItOUTSAI , (^HiJL mod.') c'ell ainli qu'on nomme
à la Chine le premier grade des lettres ; il répond à
celui de nos bacheliers. Pour y être admis , il faut
que les étudians aient fubi un examen, qui confifle à
compoler un ouvrage fur une matière qui leur a été
donnée par un mandarin envoyé par la cour: lorf-
qu'ils ont réuffi , ils obtiennent ce premier grade , &
Commcnceni à jouir de plufieurs privilèges , comme
dïï porter une robe bleue bordée de noir , 6c un
S I E
oifeau d'argent fur leur bonnet. Ils font fournis ;\ un'
fupérieur particulier , qui feul a droit de les punir ;
car dès-lors qu'ils font admis , ils ne font plus fujets
à recevoir la baflonnade par ordre des magillrats or-
dinaires. Les (ieoutfai font obhgcs de fubir un nou-
vel examen, qui ne fe fait que tous les trois ans dans
la capitale de chaque province, en préfence des man-
darins & de deux commiffaires de la cour ; ceux dont
les ouvrages ont été approuvés ^ font déclarés kir-
gin. Voyez cet article.
SIER, voyei^ Scier.
SIÉRIBON , ( Géogr. mod. ) c'eft ainfi qu'écrit M.
Reland , dans la carte de Java, ville des Indes dans
l'île de Java , fur la côte feptentrionale , entre Teg-
gal & Dermayaon , à environ 10 lieues de la ville de
Mataran vers le nord ; elle eft capitale d'une provin-
ce particulière du même nom. {J^. 7.)
SIERRA , {Giog. mod.) terme que les Efpagnols &
les Portugais emploient pour fignifierune montagne,
ou un pays montagneux , dont les cimes de monta-
gnes font femblables aux dents d'une fcie. Il y a de
ces (ierras dans plufieurs endroits de l'Efpagne & du
Portugal , mais furtout dans la Caftille nouvelle ,
dans la Caftille vieille , & au royaume de Grenade;
les Efpagnols ont aufTi nommé Sierra une petite pro-
vince dans la Caflille nouvelle , parce qu'elle eti un
pays de montagnes vers fa partie méridionale.
Sierra de Balbanera , montagne d'Efpagne dans la
vieille Caftille. Ces montagnes avec celles d'Yangas
vers Rioia, font le Diclcriiis nions des anciens,
Sierra de Guara , montagne de l'Efpagne , qui eft
une branche des Pyrénées vers les confins du Rouf-.
fillon & de la Catalogne.
Sierra de Jafquivel , autre branche des Pyrénées ,
qui environne du côté de terre la ville de Fonta-
rabie.
Sierra de Molina 3 montagnes d'Efpagne , au-def-
fous de Moncayo ( rnons Cannas ). C'eft dans ces
montagnes que le Tage & le Guadalquivir prennent
leur fource.
Sierra de Morena , en latin , montes Mariani , mon-
tagne d'Efpagne , qui commence à l'extrémité de la
Caftille nouvelle , qui fépare les royaumes d'Anda-
loufie & de Grenade. Les avantures de don Qui-
chote ont immortalifé le nom de cette montagne.
Sierra Nevada , eft i °. le nom d'une montagne d'Ef-
pagne au royaume de Grenade , qu'elle fépare de ce-
lui de Murcic. C'eft: 2°. le nom d'une montagne de
l'Amérique feptentrionale , dans la Caftille d'or. Son
étendue eft d'environ 40 lieues. Ces deux montagnes
font furnommées Nevada., parce que leurs fommets
font toujours couverts de neiges.
Sierras de Co^o//o,montagnes d'Efpagne dans la Caf-
tille vieille , au fortir de Burgos ; elles fQ,nt très-hau-
tes & très-droites.
Sierras de Ronda , en latin , mons lllipida , monta-
gnes d'Efpagne au royaume de Grenade , le long des
frontières de l'Andaloufie ; elles n'offrent partout
que roches , qui s'étendent au long & au large jufqu'à
la mer.
Sierras de 5. ^/2<//ze/z, montagnes d'Efpagne dans le
Guipufcoa ; elles féparent la petite province d'Ala-
va , de la Caftille vieille.
Sierras d'Alcoba , montagne de Portugal , dans la
province de Beyra. Toute la côte qui s'étend de
Porto à Coimbre , eft bornée à l'orient par une chaîne
de ces hautes montagnes , qui s'étendent de l'une de
ces villes à l'autre , & plus avant au midi pendant l'ef-
pace de douze lieues. La première chaîne de mon-
tagnes eft le Tapi<zus mons des anciens. Le chemin de
Porto à Lisbonne eft dans une longue plaine Ijornée
par cette première chaîne de montagnes. En traverfant
cette plaine , on voit une campagne agréable, culti-
vée & peuplée, ^ÏQ, eft arrofée par des fources abon-
s I F
dantes qiù fortent de ces montagnes , & forment di-
verles rivières , dont les unes le jettent dans le Due-
ro , d'autres dans le Vonga , & d'autres dans le Mon-
dego. {D. y.)
SIERRA-LIONE, Rio de , {Géog. mod.) c'efl-à-
dire , rivicrc da la montagne des lions , nom donné
par les Espagnols & les Portugais à une grande
rivière d'Afrique , dans la haute Guinée , à la côte
de Malaguette, fous le ^^ degré zS minutes de laii-
tude feptentrionale,& par les ji^ degrés ^o minutes
de longitude. Elle tire la fource de hautes montagnes
peuplées de lions & d'autres animaux fauvages.
C'elt une des plus confidérables rivières de l'Afri-
Gue , &: fon embouchure peut avoir trois à quatre
lieues de largeur. Elle fépare deux royaumes ; ce-
lui du nord nommé Boulon, & celui du fud appelle
Bouré. Son lit renferme quantité d'îles , d'un excel-
lent terroir, couvertes de palmiers & toutes bor-
dées de mangles.
La rivière de Sierra-lione , porte auffi les noms
de Tagiin & de Mitouba dans les relations de nos
voyageurs. Il ell bon d'être averti de ces noms dif-
férens , afin de ne pas faire en géographie trois ri-
vières d'une leule. ( Z>. 7. )
SIEUR , f m. {Fhjl. mod.) ell un titre d'honneur
ouHme qualité chez les François. Les Jurifcoalultes
s'en fervent fouvent dans les aftes publics ou au-
tres aûes de cette efpece. yoyçi Sire.
On dit, je plaide pour lejîeur un tel, \ejieur abbê,
lejîeur marquis, &CC. Foyei MONSIEUR.
Le nom dejïeur ell un titre qu'un fupérieur donne
ordinairement à fon inférieur dans les lettres ou au-
tres écritures particulières ; comme dites au fieur Hu-
bert quilfajje, 6cc.
Les auteurs l'emploient fouvent dans ce fens, par
modeftie en parlant d'eux-mêmes ; ainfi nous voyons
à la tête de leurs livres : Traduction du fieur Dablan-
court. Œuvres du fieur Defpreaux , &c.
Sieur ell aulïï un terme qui fignifie le pojfejfeur
d'une terre feigneuriale : comme écuyer ou fieur d'un
tel endroit. Voye^ SEIGNEUR é* ÉcUYER.
SIEUREL , voyei SAUREL.
SIFAC, f m. {Jtijl. nat.) efpece de finge qui fe
trouve dans l'île de Madagalcar ; il ell blanc ; fa queue
ell blanche ; il a deux petites taches fur les cbtQS &
d'une grandeur médiocre. On trouve d'autres finges
blancs , dont les queues font blanches & mouche-
tées de noir : ils vont par troupes de quarante ou
cinquante. Il y en a d'autres qui font gris : ils ont le
poil ras; mais jamais on n'a pu parvenir à les appri-
voifer.
SI-FAN, ((jt'og'. mod.) valle pays de la Tartarie
afiatique. Dans la carte que les jéfuites ont donnée
du Tibet , le pays de Si-Fan ell dillinftement mar-
qué comme borné à l'ell par la province de Se chuen
au nord par le pays de Coconor, & à l'ouell par la
rivière de Tfacho-Tfitfirhana.
Suivant cette pofition, le pays de Si-fan ell en-
tre 25) degrés 6/1. minutes & 33 degrés .^o minutes
de latitude , 6c entre 12 degrés 30 minutes &: ié> de-
grés 20 minutes de longitude , ouell de Pékin. Sa
figure forme un triangle , dont la bafe qui ell au
nord, offre environ 300 milles de longueur; &
les deux autres côtés qui font un angle au fud, font
chacun environ de 245 milles. C'elt encore aujour-
d'hui ce qui relie aux Si-fans d'un domaine qui
comprenoit tout le Tibet, & même quelques terri-
toires de la Chine. On peut inférer de-h\ & de la
conformité qui fubfille entre les langues du Si-fan
& du Tibet, que les Chinois étendent le nom de
Si-fan à toute cette région , 6c quelquefois à toutes
les nations qui font à l'ouell de l'empire de la
Chine.
Suivant les apparences, c'cll ce grand empire de
S I F
181
Si- fan , comprenant tout l'efpace qui ell entre la
Chine & l'Indoullan , avec toutes les valles plaines
& les deferts au nord & à l'ouell habités par les Tar-
tares éluths , qui portoit autrefois le nom de Tanguty
Tanguth, ou Tankut. On a d'autant moins fujet d'en
douter , que la langue & les carafleres du Tibet ,
qui font encore en ufage dans le pays de Si- fan ^
confervent le nom de langue & de caractères de.
Tangut.
Suivant les hilloriens chinois, l'année 1227 ell
l'époque de l'entière ruine des Si-fins , après de
longues guerres qu'ils ont eues avec les empereurs
de la Chine. Leur état préfent ne refl^emble guère à
celui où ils étoient anciennement ; car ils n'ont pas
une feule ville , au-lieu qu'autrefois ils formoient
une nation nombreufe & puill'ante.
Les lamas .qui les gouvernent, ne les inquiettent
pas beaucoup , pourvu qu'ils leur rendent certains
honneurs , & qu'ils payent exaftement les droits de
fo, ce qui va à très-peu de choie Ces droits fem-
blent être des efpeces de dixmes rcligieufes. Les
Si-fans ont toujours fuivi la religion de Fo , & ont
toujours choifi leurs minillres d'état & quelquefois
leurs généraux parmi les lamas. Les livres & les ca-
rafteres de leurs chefs , font ceux du Tibet. Quoique
voifins des Chinois , leurs coutumes & leurs céré-
monies relTemblent peu à celles de la Chine ; par
exemple , dans les vilîtes que les Si-funs rendent à
ceux qu'ils refpeftent, ils leur préfentcnt un grand
mouchoir blanc, de coton, ou de foie. Ils ont aulîi
quelques ufages établis parmi les Tartares-kalks, ôc "
d'autres de ceux du Coconor.
Les Si-fans ne reconnoilfent qu'à-demi l'autorité
des mandarins chinois , & ne fe hâtent guère de ré-
pondre à leurs citations : ces officiers n'ofent même
les traiter avec rigueur, ni entreprendre de les forcer
à obéir; parce qu'il feroit impolfible de les pourfuivre
dans l'intérieur de leurs afii^eufes montaones dont le
fommet ell couvert de neige, même au mois de Juil-
let : d'ailleurs, la rhubarbe croilTant en abondance
dans leur pays , les Chinois les ménagent pour en
tirer cette marchandife précieule. (Z). J.)
SIFANTO, {Géog. mod.) île de l'Archipel, f^oye^
SiPHANTO. {D. /.)
SIFARBAHR , {Géog. mod.) nom d'une contrée
de Perle , la plus méridionale de la province de Fars.
Elle comprend quelques bourgades , quoique l'air y
foit excelfivement chaud. {D. J.)
SIFFLANTE, {Gram.) adj. f On appelle ainfi , &
avec raifon , certaines articulations , qui font en effet
une forte de fifflement qui précède la voyelle. 11 y en
a quatre linguales : deux foibles &C deux fortes , { , ^,
/ , ch ; deux labiales : l'une foible , & l'autre forte ,
V ,f; & la gutturale h. Foyei LiNGUALE.
SIFFLER , V. aft. Imiter avec la bouche le bruit
du fifflet. Foye:!^ \! article Si FF L ET; on produit ce
bruit avec le fifflet même. Le merle 7^^, le ferpent
Jiffli. On fiff.e un oileau ; on fiff.e à quelqu'un fa
leçon.
Siffler une pièce , {Littéral.) c'ell la huer tout
haut ; c'ell en marquer par à^sjîfflemens, les endroits
dignes de mépris & de rifée. L'ulage de Jîffler aux
repréfentations publiques, n'ell pas d'inllitution mo-
derne. Il ell vrailTcmblable que cet ulage commença
prefqu'aulfi-tôt qu'il y eut de mauvais poètes & de
mauvais adleurs qui voulurent bien s'expolcr aux
décifions de tout un monde rafiemblé dans un même
lieu. Quoique nos modernes fe piquent de la gloire
de favoir juger lainement des pièces qui mciltcnt
leurs applaudifiémens ou leurs ftift^ts ; ]e ne fai fi les
Athéniens ne s'y entendoient pas encore mieux que
nous. Comme ils l'emportoient fur tous les autres
peuples de la Grèce pour la finefle ^ la ddicaelfe
du goiit , ils étoieni aulli les plus difficiles à laùsfairq.
ît5i
S I G
torique dans les fpcftacles, quclqu'endroît n'ctok
pas à leur gré , ils ne Te contcntoient pas de le JJf-
"fcr^vcc b bouche, plulicurs , pour mieux fe faire
•entendre, portoient avec eux des inibumenspro-
.pres à ce delVein. La plupart mcmc,autant qu'on en
peut juger par quelques partages des anciens auteurs ,
-eniployoicnt de c^s jifflcts de berger, que Virgile
nous décrit dans une de les éclogucs :
E(l miki difpanbus fcptcm compacta cicutis
FiJluU.
ces
tuyau\,Cs:qui par
ions diricrens ; en lorte qu'ils caradériibient le degré
de leur critique par un Ion varié plus ou moins fort
<lu Jifflit , rahnement de l'art dont nous n'avons pas
encore imaginé les notes. Mais 11 les Athéniens y</^
Jlottnt avec des tons gradués les mauvais endroits
é'une pièce ou le mauvais jeu d'un afteur,ils fa-
voicnt applaudir avec la môme intelligence , aux
beaux, aux bons, aux excellcns morceaux. Et com-
me pour exprimer le premier de ces deux ufages ,
ils employoient le mot avpiilitv ; ainfi pour marquer
le fécond, ils avolent le terme l'^Tts-n/jLa.lyic-Sra.t.
Le docle Muret obl'erve que les Grecs fe fervoient
du même mot o-àpi-y^ , pour fignifier la/«« des ber-
gers, & le fffict des fpeftateurs ; comme ils fe fer-
voient auffi du mot o-ùpiTlnv , pour dire Jouer de la
Jluu , & fiflir à un fpeclacle les endroits des pièces
qui leur déplaifoient. CD. J.)
SIFFLET , f. m. ÇGram.) petit inftrument de bois ,
d'os ou d'ivoire , qui a toutes les parties du bec de
la fiute , voyei Flûte ; mais qui eft fort court , fermé
par le bas & lans trou , & qui ne rend qu'un feul fon
plus ou moins fort, félon la groffeur du //ffl^t.
Sifflet de Pan ^ {^Luth. anc. & mod.) c'efl: «n
affcmblage de douze tuyaux placés les uns à côté des
autres , qui vont en diminuant de longueur, &; qui
n'ont qu'un ton : ces tuyaux peuvent être de bois , de
cuivre , de rofeau ou de fer. Ils rendent fuccefîive-
ment la gan.me ut , ré , mi , fa, foi, ia^Jî, ut , rè ,
Tiii ,fajbi. On a appelle cet inftrument \q fif[la de
Pan , parce qu'on le lui voit pendu au col , ou à la
niain,'dans quelques flatues antiques. Gey^/^ê/ a pafle
du dieu Pan , à l'ufage des chauderonniers ambulans
dans nos provinces, qui vont achetant la vieille vaif-
felle de cuivre, & châtrant les chiens & les chats.
SIPFLEUR, voyei Bouvreuil.
SIGA , (Géog. anc.) nom d'un fleuve de la Mau-
ritanie célarienfe fuivant Ptolomée. Ce fleuve eil
Jiio de Anfgol, félon Ambroife Morales.
Siga eft auffi le nom d'une autre petite ville de
la Mauritanie célarienfe, qui fut détruite par les
Romains, félon Strabon , liv. XVII.p. 8j o. {D.J.}
SIGAH-GUSH, f. m. (Zoolog.) nom d'un animal
de Perfe, qui ne paroît différer du lynx , que parce
qu'il n'cft point tacheté. Ses oreilles ont , comme
celles de tous les lynx, un toupet noir de poils fins
& veloutés au fommet. (Z>. 7.)
SIGA LÉON , ou SIGALION , ( MjthoL égypt. )
dieu du filence chez les Egyptiens.
On portoit fa ilatue dans les fêtes d'Ifis & de Sé-
rapis; & on le repréfentoit dans leurs temples en
forme d'un jeune homme qui fe tenoit la bouche
fermée avec un doigt fur les lèvres.
Les Grecs adoptèrent ce dieu , & le nommèrent
Uuipocratc.
Aufone ell prcfque le feul entre les Latins qui
l'appelle SigaUon , & il a forgé ce mot du grec
c-/>aw )e tut tais. (Z?. y.)
Sl-G AN, (Gcog. mod.) SI-GAN-FU,& par lepere
le Comte, qui eibropie tous les noms, SIGNAN-
S ï G
FOU, grande ville de la Chine ^ dans la province de
Xenxi où elle a le rang de première métropole de la
province. Elle eft bâtie fur le bord de la rivière de
Gucl,en forme d'amphithéâtre: fes environs foAt
agréables 6c fertiles. Longitude, fuivant le père Gau-
bil , /2J. ^. /i. latit. 32. 6'.
Rien , félon les jéfuites , n*a rendu cette ville
plus remarquable que la découverte qui s'y fît
en 162 5, d'une infcription de plufieurs pages, qui
nous apprend que la religion chrétienne efl entrée
à la Chine en 631, On trouvera cette infcriptioil
dans toutes les relations &C dans le diclionnairc de la
Martiniere. Ce n'efl cependant autre chofe qu'une
fraude pieufe , une pièce manifeflement fuppofée ^
comme M. de la Crofe l'a prouvé fans réplique. Em
vain les pères Magalhancs & le Comte éîabliffent la
venue de l'apôtre Saint Thomas à la Chine 1, M. Mai-
grot , évêque de Conon , & vicaire apoftolique dans
ce même royaume , reconnoit que les millionnaires
ont pris pour l'apôtre Saint Thomas , un certain Ta-
mo, ce font fes propres termes, l'un des plus infignes
fripons qui Ibient jamais enttrés à la Chine , & qui
n'y vint qu'après l'an 582. (-0. /.)
SIGE , LA , ( Géogr. mod. ) petite rivière d'Alle-
magne , qui prend fa fource près de Sigen , & va fe
perdre dans le Rhin , à une lieue au-defl'us de Bonn,
{D. /.)
SIGÉE, Sigeum , (Géog. anc.) promontoire, ville
& port de l'Afie mineure dans la Troade , immédia-
tement après la ville deRhœteum, La ville de Sigeurn
éîoit ruinée du tems de Strabon , /. XIII. p. 3c, 3. ce
qui fait que peu d'auteurs en parlent. Pline , /, F",
c.xxx. dit : In promontorio quondam S'i^eum oppidum^
Ptolomée , /. K c. ij. marque le promontoire Sigeurri
entre l'embouchure du Scamandre & Alexandrin
Troa. On comptoit foixante ftades de ce promon-
toire à celui de Rhœteum , en prenant le long du ri-
vage. C'efl aujourd'hui le cap Janit^ari.
On y trouve un village , que les Grecs appellent
Troius. Il contient trois cens feux ou environ. Tous
les habitans font grecs , & vivent de la vente de leurs
denrées , qui font des blés , des vins , des fafrans ,
des melons & d'autres fruits. Tout y eft à fi grand
marché , qu'on y a quinze poules pour une piaflre «
qui vaut «n écu de notre monnoie, La douzaine
d'œufs n'y coûte qu'un fol.
Ce fut à Sigée , fi l'on en croit Cicéron & quelques
auteurs anciens, qu'Alexandre, en-voyant le tombeau
d'Achille, s'écria : Trop heureux héros , qu Homère ait
chanté tes exploits. Cela eft vrai , ajoute l'orateur ro-
main ; car fans l'Iliade , Achille mouroittout entier,
6c fon nom ne lui lurvivoit point. Cependant Pom~
ponius-Mela , Pline & Solin placent ailleurs qu'à Si.-.
gce le tombeau d'^^chille. La ville de Sigée a été autre*
fois épifcopale : elle eft aujourd'hui ruinée. (Z>. 7.)
SIGINDUNUM, {Géog. anc.) ville de la Pan^
nonie. Les Grecs & les Latins ont fort varié pour
Tortographe de ce mot. La plus commune eft Singi-
dunum. Foyei donc SiNGiDUNUM. (£>. /.)
SIGILLAIRES, SiGILLARITES, {.f.p\.(Gram.)
nom d'une fête des anciens P\.omains. Elle étoitainii
appcllée des petits prélens , tels que des cachets , des
anneaux, des gravures , des fculptures qu'on s'en-
voyoit. Elle duroit quatre jours : elle étoit immédia-
tement après les faturnales qui en duroient trois, ce
qui faifoit enfemble fept jours : &C comme les fatur-
nales commençoient le 14 avant les calendes de Jan-
vier, c'eft-à-dire le 19 de Décembre, le ^ fi g lllaires
commençoient le 2 2,& duroient julqu'au 25 inclufi-
vement. On dit qu'elles furent inftituées par Her-
cule , lorfque revenant d'Efpagne , après avoir tué
Geryon, il conduifit fes troupeaux en Italie , &C qu'il
en bâtit fur le Tibre un pont à l'endroit où l'on coni"-
s I G
tnùfit depTiis {cpon:Sui>'icriis. D'autres en attribuent
rinlHîution aiix Péiagiens , qui imaginèrent que par
le mot de tête l'oracle ne leur deinandoiî pas des fa-
crifîces d'hommes vivans. , ni par celui de çàç , des
hommes , mais par le premier des Itatues , & par le
fécond des lumières ; ils préfenterent à Saturne des
bouoies , & à Pluton des figures humaines ; de-là
viennent &C \qs JigiUdires & les prcfens qui accom^
paqnoient la célébration de cette (ètQ.
SIGILLATEURS , f. m. pi. ( Liaérat. ) c'étoient
chez les Egyptiens les prêtres qui étoient chargés de
marquer les vifiimes detlincesauxfacrificcs. Comme
il falloit que l'animal fût entier , pur , &bien condi-
tionné pour être facrifié , il y avoit des prêtres defli-
nés à examiner les animaux qu'on deilinoit à être
viftim.e. Quand la bête fe trouvoit propre aux autels,
ils la marquoient , en lui attachant aux cornes de
l'écorce de papyrus , &: en imprimant leur cachet iur
de la terre figilîée qu'ils lui appliquoient. Hérodote
raconte qu'on puniflbiî de mort quiconque ofFroit
une vii^irae qui n'avoit pas étéainfi marquée. (Z?. 7.)
SIGILLÉE, TERRE , tcrrafigïilata. , {Hïfi. nat. Mat.
médii:^ nom que l'on a donné à des terres bolaircs ,
auxquelles on attribuoit de grandes vertus ; on en
formoit des petits gâteaux ronds, fur lefquels on im-
primoit un fceau ou cachet , afin de certifier ceux qui
les achetoient que la terre qu'on leur vendoit étoit
réellement tirée de l'endroit qu'ils vouloient & n'é-
toit point contrefaite. La terre JigiHée de Lemnos
étoit regardée comme facrée ; fuivant le rapport de
M. Hill , les prêtres feuls avoient la permiinon d'y
toucher, on la mêloit avec du fang de chèvre , après
quoi on y imprimoit un cachet. Comme les prêtres
aidoient à la former , on l'appelloit terre facréi , yn hpot..
Voyci les notes de M. HiWfurThîophrcJle , p. lyc).
Cette vénération fubfifte encore actuellement , ce
n'eft qu'une fois dans l'année que l'on ouvre la car-
rière où fe trouve cette terre , alors l'évêque à la
tête de fon clergé s'y rend en proceffion , on tire la
terre avec des cérémonies , & on referme l'enceinte
où elle fe tire. Les Grecs font des préfens de cette
terre Jîgilléc au fultan & aux grands officiers de l'em-
pire , qui en font un très-grand cas , perfuadés que
cette terre cfl un antidote fouverain contre toutes
fortes de poifons. Voye[ C article Le M NO S , terre de.
il eflaifé de voir que les terres Jîgillées n'acquièrent
aucune vertu par le îceau qu'on leur imprime. Elles
varient pour la couleur & pour l^ qualité, fuivant les
ditTérens endroits où on les trouve ; & il y a autant
de terres que l'on appellej^g-/7/^'« , qu'il y a de pays
où l'on veut fe donner la peine d'y imprimer un ca-
chet. (— )
SIGISTAN, (6^/o^.OTo</,) province dePerfe. ^oye\
Segestan.
SIGIUS-MONS , ( Gèog. anc. ) montagne de la
Gaule narbonnoife , fur la côte de la mer Méditer-
ranée. Prolomée Q.cx\tSitius-mons ., & il eilvraifîem-
blable qu'il a raifon , car cette montagne s'appelle
préfentement dans le pays Lou cap de Stie. ( Z?. /. )
SÎGLE , f. f. (Littérat?) on appelle /»/« les lettres
initiales c(ue l'on employoit feules dans la nianicre
d'écrire en abrégé , lorfqu'on n'y exprimoit les mots
que par des initiales. Ces lettres préfcntoient aux
yeux du lefteur ou par l'arrangement qu'elles avoient
entr'clles, ou par la place qu'elles tenoient dans le
difcours,unc fuite d'expreffions connues, &; n'ctoitnt
que rarement fufceptibles de dlfFéremes interpréta-
tions ; par exemple , tout le monde étoit convenu
que cette efpece de formule S. P. Q. R. fignifioit
Senarus popidufqae Roman us. ( jD. /. )
SIGMA ^ {. m. (^Aritiq. roT?i.^ table en fer à cheval.
Les Romains ayant négligé dans leurs tables l'ufa^e de
cequ'tlsappelloientrr/i-///;/'?///i, fe fervlrent d'une t.<b!e
faite enferme de7%«^ , c'eft-à-dire qui avoit la 'L^7\\ïQ
5 1 G
183
d'un fer à cheval , autour duquel étoit pofc un lit
plus ou moins grand , fait de même en demi-cercle
félon le diamètre de la table. *
Les places les plus honorables éfoicnt celles qui fe
trouvoient aux deux extrcniités du lit. C'étolt par
l'intervalle du demi- cercle c;ue l'on fervoit les vian-
des. Ce lit étoit fait ordinairement pour fix ou fept
convives : Jepiem figma capit , dit Martial.
Il avoit, félon Vofîius , la figure d'un arc commun,
& non celle de l'arc des Si^thes qu'Athénée dit avoir
refTcmblé i\ la lettre capitale ^ . FiîîviusUrfinus , dans
fon appendlx au traité de Ciaccnius de tricUmo ^
nous apprend que les anciens' s'affeyoient fi.ir des
couinns autour de cette table , & cju'ils étoient dans
l'attitude de nos tailleurs.
Eliogabale , prince fort grofRcr dans le choix des
plainrs dent il égayoit f es repas , falloit mettre un lit
autour de la table , nommcQ Jigma , & ce lit portoit
auflilem.êmenom.Iltairoitplacerfurcelitaujourd'hui
huit hommes chauves , demain huit goutteux , un
autre jour huit grifons, d'autres fois huit hom.mes fort
gras , qui étoient fi prelfis, qu'à peine pouvoient-i's
porter la main à la bouche. Un autre de fes divertif-
femens étoit de faire faire le lit de table de cuir, de
le remplir d'air au-lieu de laine ; & dans le tems Gue
ceux qui l'occupoient ne fongeoient qu'à bien man-
ger & à bien boire , il faifoit ouvrir fecrétement un
robinet qui étoit caché fous la courtepointe , le lit
s'applatifîbit, & ces pauvres gens tomboient fous la
table. (Z). /.)
SîGMOIDES , VALVULES, {Anatom.) valvules au
nombre de trois, fituées à la naifiance de l'aorte. Elles
font £:ites comme de petits capuchons , & dlfpofées
de manière que quand le fang fort du cœur , il les ap-
platit ; & que s'il fe préfentoit pour y rentrer , il les
rempliroit & les gonfleroit ; ce qui fait qu'elles ne
s'oppofent point à fa forlie , mais feulement à fon
retour. La fi.gure circulaire qu'elles ont quand elles
s'enflent, ne permet pas qu'elles ferment exaflement
l'entrée du cœur, mais leur nombre fait qu'elles la
ferment fufîifamment , &: qu'elles empêchent un re-
flux confidérable & nuifibie à la circulation. M. Litre
a cru que dans une femme qu'il a ouverte , le défaut
d'une des vaLvuUs Jigmoïdes avoit été la caufe de fa
mort fubite. ( i?. 7. )
SIGNA , (^Art militaire des Romains.^ nom géné-
rique de difr'érentes enfeignes des P^omains. Dans les
unes , on portoit l'image du prince , 6c ceux qui les
portoient s'appellolentiwû07«//£/7 .• d'autres enfeir^nes
avoient une main étendue pour fymboie de la con-
corde , &: CQS porte-enfeignes fe nommoient7%'.'z/-
Jeri : dans quelques-unes étoit une aigle d'argent,
qui faifoit nommer ceux qui la portoient aquiliferi ,'
les porte-aigle. On voyoit dans d'autres un dragon
à t'éte d'argent , & le refle du corps de tafetas que le
vent agitoit commue un vrai dragon , & ces fortes de
dragons étoient appelles drûconarïi. Enfin l'enfei<rne
de l'empereur , nommée labamm , fe portoit quand
l'empereur étoit à l'armée ; ceux qui portoient cette
cnfeigne , fe nommoient labarifiri. Le Ubarum étoit
une étoffe pourpre enrichie j>ar le bour d'une fi-an^e
d'or, & garnie de pierres précieufcs. Toutes ces en-
feignes étoient foutenues fin- une denùpique , poin-
tue par le bout du bas , afin qu'on la plantât ailément
en terre. (Z>. /. )
SKiNAGE, f. m. ( Vitnr. ) dcfiein d'un compar-
timent de vitres, tracé en blanc fur le verre ou à la
pierre noire , fur un ais blanchi pour faire les pan-
neaux & les chef-d'œuvres de vitrerie. ( D. J. )
SIGriAL, SIGNE, (^Gram. l'y non.) \c. fir;;û tait
connoître ; il elî quelqucfoiii naturel. Le y4"Z"'/ aver-
tit , il eft toujours arbitraire.
Les mouveniuns qui parollfent d ms le vifage font
ordinairement icsji'^nes de ce qui le palTe dans le
i84
S I G
S
i
4, T
cœur. Le coup de cloche cft lefgnal qui appelle le
chanoine à Tcglifc.
On s'explique par fgnes avec les muets ou les
fourds; & Ton convient d'uny/g/z<ï/po»ir ie faire en-
tendre des gens éloignes. Girard. (^JD. J.)
SlG'NAL par le feu , (^Lifter attire.') \qs figiuitix par le
^^«fenommolent -œyprc/ &. u>^u«.to\ , & 1 art de les don-
ner s'appelloit Tups-içs,:)* , «puzTwp/*.
Homcre eft le premier qui en ait fait mention.
L'uiiage en étoit déjà fi établi de fon rems , qu'il en a
employé la comparaifon comme d'une chofe con-
nue 'm propre à peindre dans l'efprit de les leûeurs
l'image de ce qu'il vouloit faire concevoir.
« Comme lorfqu'une viilc aflife au milieu de la
>» mer vient à être alîiégce , on voit de loin durant
» le jour , dit le poète , des tourbillons de fumée
» s'élever au milieu de la ville dans les airs, & pen-
n dant la nuit on apper(;oit d'épaifîés colonnes de
» feu s'élancer jufque dans les nues , èx appellcr de
» chez les peuples voilms un Iccours puiiîant contre
>> les efforts de l'ennemi , telle paroiilbit la flamme
»» qui voltigeant autour de la tête d'Achille rcpan-
>> doit au loin fon éclat »
Ce qu'Homère n'a fait qu'indiquer aflez légère-
ment, Efchyle l'a marqué fort-au-long en plufieurs
endroits de fa tragédie.
« PuliTent enfui les dieux , s'écrie l'efclave qui fait
» le prologue de la pièce , me délivrer de la pénible
» fonftion qui m'attache depuis fi long-tcms à ob-
» ferver le moment du Jignal dont on eil convenu.
» J'ai vu par plufieurs révolutions fe montrer &dif-
» paroître ces afîres brillans qui amènent à la terre
» les différentes faifons ; j'ai toujours attendu le flam-
» beau qui doit parler à nos yeux, &: nous appren-
» dre la deflruOion de Troie que ces feux fi
» long-tems cfpérés viennent enfin me dégager. Je
>> vous falue , flambeau de la nuit , votre lumière efl
» agréable comme celle du plus beau jour ; quelles
» fêtes vont éclater à l'occafion de l'événement que
» vous annoncez » !
A peine l'efclave de Clytemncflre a-t-il porté la
nouvelle au palais , que la reine fort pour en infor-
mer le peuple ; &: quand les vieillards qui compo-
fent le chœur demandent , quel efl le meffager affez
vite à la courfe pour avoir apporté litôt la première
nouvelle de la prife de Troie , Clytemneflre leur ré-
pond en ces termes : <« Nous en fommes redevables
» à Vulcain , l'éclat de fes feux efl parvenu jiifqu a
» nous , wn. Jignal a fait allumer un ^utrefgnal. Aux
» premiers feux apperçus fur le mont Ida, les féconds
» ont répondu de dcflus ie lommet de la montagne
» confacrée dans l'île deLemnos à Mercure. L'éten-
» due des eaux qui féparent cette île du mont Athos,
» a été bientôt éclairée par les flammes , &c la mon-
» tagnc de Jupiter aufii-tôt après a été toute cou-
M verte de feu : femblables aux rayons du foleii qui
)» fe répandent fur la terre , ces feux ont annoncé
» la hauteur du mont Maclfle , ce que le Macifle de-
» voit publier , pour ainfi dire , jufque fur les bords
» de l'Euripe. Des gardes placées fltr le Méfape In-
» accelfible au fommeil , fidèles à des ordres rigou-
» reux,ont fait paroître à leur tour des feux qui, tels
» qu'une lune brillante , franchiffant rapidement les
» campagnes de l'Afope , ont réveillé fur le mont
>» Cyîhéron \cs Jîgnaux qui dévoient en faire naître
» d'autres encore plus loin. La garde chargée d'ob-
» ferver de dcflus cette dernière montagne n'a pas
» tardé , malgré la difrance , ù reconnoître ces feux.
» Elle a augmenté ceux qui dévoient fervir de ré-
» ponfe. Les ténèbres du lac Gorgopis ont été difTi-
» pées par ce nouvel éclat , 6l le mont Egiplanete,
» frappé de cette lumière , nous a avertis de ce qu'il
» venoit d'apprendre. Mes ordres ont été ponclucl-
» lemcnt f uivis ; les gardes que j'avois difpofés fur
» rF.riplanete ont à l'envl redoublé les feux , le
>» golfe & le promontoire Saronique ont vu fe pro-
» dulre le jour que ma volonté faifoit naître , cc dç
» grandes traces de lumière font arrivées jufque fur
» le mont Arachnéen : c'étoit le lieu le plus proche
» d" Argos & du palais des Atrides. Ainfi a été appor-
» tée l'importante nouvelle que je vous apprends.
» Telles ont été les lois que j'avois établies pour une
» juive correl'pondance entre ceux qui dévoient fe
» fuccéder dans la fonélion de donner ôt de recevoir
» \esj/g/2jux .... Les Grecs à cette heure font maî-
♦» très de Troie ».
L'ufage des Jîgnaux , dont l'invention toute entière
étoit due aux Grecs , fe perfedfionna à mcfure que ce
peuple réfléchit fur l'art de la guerre. Ces Jîg/i^ux y
étoient fbu\ ent employés. De tout ce qui s'ell in-
venté , dit Polybe , pour mettre à profit certaines
occafions qu il efl Important de ne point laiflér échap-
per , rien n'elt plus utile que iKsJigiuux par U feu..
Dès-iors ils ne furent plus un fimple figne d'inftltii-
tJon pour apprendre feulement le gros d'un fait , oa
S'étudia à trouver comment on pourroit faire com-
prenilre les différentes circonfiances ce ce c|ui fe
pafîbit à un éloigncmcnt de trois ou quatre journées
de ceux avec lelquels il auroit été à defirer que Toa
pût s'expliquer ; en un rnoî , on parvint, comme Po-
lybe rafiûre , à faire connoître des événemens que
l'on n'avoit pas pu prévoir & qu'on poiivoit de-
viner.
Le même Polybe rend compte , d'une excellente
méthode pour \es fignaux par le feu., qui avoitpour
auteur Cléoxene , ou Démoclite , fuivant quelques
écrivains, & qu'il avoit perfedionnée lui-même. Elle
confifloit à taire lire peu-à-peu à un obfcrvateur cc
qu'il étoit important d'apprendre. On ne moatroit
pas des mots ni des phrales dont le bon fcns dem.eu-
rât équivoque , ou fujet à des difficultés , comme il
arrivoit fbuvent dans la pratique d'Enée; mais après
que toutes les lettres de l'alphabet avoient été ran-
gées en quatre ou cinq colonnes , perpendiculaire-
ment les unes au-deffus des autres.
i". Celui quidevoit donner le^/j/z^/, commençolt
pardéfignerle rang de la colonne oiifedevoit chercher
la lettre ciue l'on vouloit indiquer. Il marquoit cette
colonne par un , deux, trois fiambeaux qui levoit
toujours à gauche , fuivant que la colonne étoit la
première , la féconde ou la troilieme , & ainli du
refle.
z''. Après avoir fait connoître le rang de la colon-
ne , & fixé l'attention de l'obfervatcur à chercher oii
étoit la lettre ; celui qui étoit chargé àwfignal , indi-
quoit la première lettre de la colonne par un flam-
beau , la féconde par deux , la troifieme par trois ,
de forte que le nombre des fiam.beaux répondoit
exaftcmenî au quantième de la lettre d'une colonne,
alors on écrivolt la lettre qui avoit été indiquée ; &
par ces opérations répétées plufieurs fois , on parve-
noit à former des fyllables, des mots , &; des phrafes
qui préfentoientun fens déterminé.
Celui qui donnoit \e Jignal avoit encore un inf-
trument géométrique garni de deux tuyaux , afin
qu'il pût connoître par l'un la droite , & par l'autre
la gauche de celui qui devoit lui répondre.
Le témoignage de Polybe , hiftoricn judicieux &
excmt de foupçon de inenfbnge, ne nous laifTe pas
douter qu'on ne fe fervît avec fuccès de la méthode
qu'il a expliquée &: perfettionnée ; mais s'il étoit
befoin de fortifier fon tém.oignage , la pratique des
fiecles qui ont fulvi celui de Polybe , feroit une
nouvelle preuve de la vérité der'ccitdecet hiflorien.
Voici ce que dit Jules Afi-icain des figtiaux par U
feu , dans fon hvre intitulé Kes-oi. Cet auteur en
traire d.uis un chapitre particulier, il efl vrai qu'il efl
afîez difTicile , par l'altération du texte de trouver un
fens
s I G
feus net, & fuivi dans ce qu'il dit k ce fujct , &z les
différentes leçons que l'on a tirées des inanuicrits ,
ne fuffilent pas encore pour le faire entendre. On va
tâcher cependant de traduire la fin du chapitre , &
l'on n'héfitera pas îi y faire un ou deux changemens ,
qui feront allez juftinés par la clarté qu'ils feront naî-
tre dans l'ejiplication de Jules Africain.
« Je m'étonne aflez fouvent , dit -il , de la facilité
» que les Jignaux nous procurent d'écrire tout ce
» que nous voulons; voici ce qui fe pratique. On
» choifit d'abord des lieux propres à donner & à re-
» cevoir les Jignaux. On y détermine le côté gau-
» che , le côté droit , & l'entre-deux de ces côtés ;
» enfuite on diflribue les lettres de l'alphabet, & on
« en fait pafl'er du côté gauche un certain nombre ,
» par exemple , celles qui font depuis Y alpha jul-
» qu'au thcta iXqs fuivantes, depuis i'/'oi^ziufqu'au/ii
» demeureront dans le milieu , &: le refte de l'alpha-
» bet fera tout entier du côté droit. Lorfqu'on veut
» défigner V alpha , on n'allume qu'un fignc.l du côté
» gauche , deux fi c'eft le baa , trois ii c'eft le gam-
» ma. Lorfque c'eil Viota qui doit être indiqué , on
» levé un fignal entre le côté gauche & le côté
>> droit ; dans l'entre-deux du terrein où doivent
» s'exécuter les opérations , on en levé trois fi c'eft
» le lambda , & on fera la môme chofe pour mar-
» quer les lettres comprifes dans la troifieme diftri-
» bution , fans avoir aucun égard à la valeur numé-
» raie des lettres ; car par exemple , on n'ira point
»> lever centfignaux pour défigner la lettre /-//o , parce
« que dans les nombres le rho vaut cent. Il faudra
» qu'il y ait un concert bien établi entre ceux qui
» donnent, ou ceux qui reçoivent Itjîgnal ^ & qu'il
» y ait des gens chargés d'écrire. Tel eft le difcours
» de Jules Africain »•
Il ne nous apprend rien de plus particulier , fi ce
n'eft quelle étoit la matière de ces fignaux. « Il faut
» avoir fait provifion , dit-il , de bois fec , de chau-
» me , de branches d'arbres & de paille ; fi l'on en-
» duit ces matières de graiffe , elles rendront beau-
» coup de flamme , & une fumée cpaiffe que l'on
» verra monter au ciel par tourbillon ».
Jules Africain nous aflure que les Romains ufoient
dey%/2<z«r, tels qu'il les a expliqués ; aufli remar-
t-on dans Tite-Live, dans Vegece , & dans la vie de
Sertorius par Plutarque , quelques occafions où les
généraux romains avoient eu recours à ce moyen de
fe parler de fort loin les uns aux autres ; mais il
fuffit de citer ces auteurs , fans rapporter les faits
dans un plus grand détail. iVfe'm. de LïtUr. tomîXllI.
{D.L)
Signaux, c'eft ûiï/2i V An mïiuairs. différentes ma-
nières de faire connoître à une troupe ou une ar-
mée , les mouvemens qu'on veut lui faire exécu-
ter, & à ceux qui font du même parti , ou de la
même armée , le moyen de fe reconnoîre les uns
& les autres.
Ces Jignaux (ont de trois fortes. Les vocaux mnû
appelles de la voix humaine qui les forme ; les demi-
vocaux qui fe font par le tambour , la trompette ,
le canon , &c. & les muets qui fe font par les diifé-
rens mouvemens des drapeaux & des étendars.
Il y a à' autres Jignaux muets qu'on fait mettre
fur les habits des ibldats , pour qu'ils fe reconnoif-
fent dans la mêlée ; par exemple , de la paille ou du
papier au chapeau , la chemife par-deffus l'habit dans
les camijades. Foye^ Camisade.
Des corps féparés peuvent aufli fe reconnoître
par la fumée pendant le jour , & par le feu pendant
la nuit. Une armée , par exemple , qui s'avance au
fecours d'une place aflîégée, peut annoncer fon ar-
rivée par des feux allumés, lorfqu'cUe occupe quel-
ques endroits de la campagne , d'où ces feux peu-
vent être vus de la place.
Tome XF.
S I G
i8j
« 1 oiites les évolutions & hs mouvemens qui fe
» pratiquent parmi le fracas des armes , dit le fa-
» vaut commentateur de Polybe , ne fauroient être
» commandées par la voix ; on devroit les faire au
» fon du tambour , pourvu que les évolutions fuifent
» diftinguées par les différens roulemens. Qu'on ne
» me parle pas de l'exerc'C^ au fon du tambour, tel
n qu'on le fait aujourd'hui, il eft trop ridicule, puifque
» les évolutions ne font pas diftinguées. Je dis donc
» que dans une affaire générale ou dans un combat ,
» le bruit des autres tambours , celui du canon , les
» décharges continuelles de l'infanterie , & les cris
» militaires , empêchent de diftinguer les comman»
» démens qui ne font pas les mêmes par-tout , à
» caufe des diiféreris cas qui arrivent. Il me paroît
» qu'il feroit mieux d'introduire deux corps de chafl^e
» par régiment, dont les différens fonsdiftingueroient
» les diverfes évolutions & les manœuvres qu'il fau-
» droit faire , & auxquels il feroit bon d'accoutu-
» merles foldats à la manière des anciens. Cet inf-
» trument eft de tous , celui qui fait un plus beau
» bruit de guerre , & qui me femble digne d'être'mis
» à un autre ufage , qu'à fervir à animer les chiens ».
Traité de la colonne , par M. le chevalier de Folard.
Les ennemis fe fervoient àzs Jignaux par le feu ,
pour s'avertir réciproquement des différens événe-
mens qui arrivoient pendant la guerre , & même
pour commencer le combat. « Ce fignal de guerre
>> avoit précédé l'ufage des trompettes. Un prêtre
» couronné de lauriers précédoit l'armée avec une
» torche allumée à la main. Les ennemis l'épar-
» gnoient prefque toujours dans la chaleur de la ba-
» taille. De-là eft venue l'ancienne façon prover-
» biale d'exprimer une défaite complette. Le porte-
nt Jlamheau même na pas été épargné. De-là vient en-*
» core , avec afll^z de vraiffembiance , l'ufage de re-
« préfenter la difcorde avec des lorchcs ardentes. »
Théâtre des Grecs , par le P. Brumoi , /. IF. in- 12 ^
p. 238.
Polybe nous a laiffé une digrefTion fort curieufe
fur les fgnaux par le feu. On la trouve dans le fixie-
me vol. du commentaire ftir cet auteur , par M. le
chevalier de Folard ,p. ijc/. M. Rollini a aufll donné
cette même digrcflîon dans fon hifioirc ancienne , p.
i6'2 , du huitième vol. de l'édition in-12 de cet ou-
vrage. ( Q )
Signaux, {Marine.) ce font des inftruftions
qu'on donne fur mer par quelque marque diftinttive.
Il y a deux fortes àe Jignaux ; des Jignaux généraux ,
& Aes/ignaux particuliers. Les premiers concernent
les ordres de batailles , de marches , de mouillage
& de route ; les féconds les volontés du comman-
dant pour tous les capitaines de chaque vaiflTeau en
particulier , & réciproquement les avis que donnent
au commandant les capitaines des vaifleaux. On fe
fert pour cela le jour , de pavillons de diverfes cou-
leurs , de flammes & de gaillardets ; & la nuit de ca-
nons, de pierriers , de fufées , & de fanaux ou feux*
Dans un tems de brume, on fait ufage de trompettes ,
de la moufqueterie , des pierriers & du canon , &
on employé ces Jignaux , félon qu'on eft convenu
réciproquement ; & de quelque manière qu'on les
fafle, pourvu qu'ils foient clairs, faciles à diftin-
guer & à exécuter , ils font toujours bons. Pour
avoir cependant une idée de la manière dont on fe
parle fur mer , par fignes , je vais rapporter un pro-
jet univcrfel àe Jignaux, que le P. Hôte a donné dans
fon art des armées navales ,/?. 42 / , & dont la plupart
font pratiqués fur les vaiffeaux. Je dois dire aupara-
vant, c\\.\c les fgnaux Q^m font reçus par -tout, c'eft
un baril d'eau pendu à l'extrémité de la vergue d'un
vaiflleau , lorfqu'on a beiôin de faire aiguade ; &: une
hache attachée au même endroit , quand on veut
faire du bois.
A a
i86
S î G
Pour revenir aux autres /ijn^jH.v, le P. Hôte les
pfekrit dans l'ordre ùilvanî.
Signaux d'« commandement pour le jour ^ (^Marine.')
pour toute l'armée , on mettra un jacq fur le bfiton
du grand màt. Pour chaque eCcadrc , ou mettra le pa-
villon de Tefcadre. Pour ckaque divilion , on mettra
une cornette de la couleur de l'efcadre, au mât pro-
pre de la diviùon. Pour chaque vaiffeau , on mettra
une des cinq flammes les plus remarquables ,^ à ^vm
des trois endroits les plus en vue du ri:ât, où l'on
aura mis le fignal de la divifion du vaiflcau.
Signaux "de commandement pour la nuit ou pour
la brune , ( Marine. ) pour toute l'armée , trois coups '
de canon précipités. Pour la première efcadre , trois
coups poics ; pour la féconde , deux ; pour la troi-
fieme , un.
Signaux di partance. Pour fe difpofer à partir, le petit
hunier désbelé. Pour déiaffourchcr , deux coups de
canon précipités. Pour mettre à pic , deux coups de
canon précipités en bordant l'artimon , avec un feu
llir le beaupré , fi c'eft la nuit.
Pour appareiller , le petit hunier hiffé pendant le
jour , & un feu au bâton d'enfeigne pendant la nuit.
Signaux pour les ordres , ( Marine. ) Pavillon à la
ver<'ue d'artimon. Ordre de bataille. Stribort , blanc.
Bas-bord , rouge.
Premier ordre de marche. Stribord , blanc & rouge.
Bas-bord , blanc &: bleu. Second ordre de marche ,
bleu. Troifieme ordre de marche , blanc facié de
rouge. Quatrième ordre de marche , blanc lacié de
bleu. Cinquième ordre de marche, rouge facié de
blanc. Ordre de retraite , bleu facié de blanc.
Signa U X pour les mouvemcns de Carr^ùe , ( Marine.^
Pavillon fous le bâton du mât. Forcer de voiles, blanc
& rouge. Carguer des voiles, rouge & bleu. Arri-
ver, écartelé , blanc & rouge. Venir au vent , écar-
telé , blanc & bleu. Courir vent arrière , écartelé ,
rouge & bleu ; la nuit , deux feux au bâton d'enfeigne.
Courir au plus près ilribord , rayé , blanc & rouge ;
la nuit, deux feux à la vergue d'artimon. Bas -bord ,
rayé , blanc &: bleu ; la nuit, trois feux à la vergue
d'artimon.
Courir vent large de deux rumbs. Stribord , blanc facié
de rouge. Bas-bord, blanc facié de bleu.
De quatre rumbs. Stribord , rouge facié de blanc.
Bas bord , rouge facié de bleu.
Defix rumbs. Stribord, bleu facié de blanc. Bas-
bord, bleu facié de rouge.
De huit rumbs. Stribord , blanc bordé de rouge.
Bas-bord, blanc bordé de bleu. Revirer par la con-
tre-marche , rouge bordé de blanc ; la nuit deux
coups de canon précipités, & un pofé. Revirer tous
enfemble , rouge bordé de bleu ; la nuit un coup de
canon , & deux précipités. Revirer vent arrière ,
blanc bordé de rouge ; la nuit quatre coups de canon
pofés.
Signaux de chajfe & de combat , (^ Marine.^ Pa-
villon de fous le mât de mijfaine. Se rallier, blanc &
rouge. Donner chaffe à une armée qui fuit , blanc &
bleu. Donner chaffe à des vaiffeaux qu'on veut re-
connoître , rouge & bleu. Aller à l'abordage , blanc
facié de rouge. Doubler les ennemis , blanc facié de
bleu. Apprêter les brûlots , rouge facié de blanc. En-
voyer les brûlots aux ennemis , rouge facié de bleu.
Commencer le combat, trois coups précipités. Finir
le combat , le général amené fon pavillon & fon en-
feigne. Finir la chaffe , le général amené fon pavil-
lon , avec un coup de canon.
Signaux de conftils. Pavillon au bâton d'enfeigne.
Conleil des généraux , blanc &: rouge. Confeil des
capitaines, blanc & bleu. Confeil des commiflaires ,
rouge & bleu.
Signaux de confultation. Pavillon au bâton d^n-
feigne. Demande. Pour combattre , blanc facié de
S I G
rouge. Pour relâcher , blanc facié de bleu. Pour
pourfulvre l'ennemi, rouge facié de blanc. Pour faire
retraite , rouge facié de bleu. Réponfe , flamme
blanche air même endroit , pour l'affirmative ; &
flamme rouge pour la négative.
SlCSAVXpour faire venir à l'amiral. Flamme au bouc
de Li vergue d'artimon. ( Marine. ) à l'ordre , blanche ;
les chaloupes armées , rouge ; les vaiffeaux , bleu ;
le commandant du vaiffeau , blanche & rouge.
Signaux de mouillage. Pour mouiller , deux coups
de canon précipités , & deux poics ou une enftigne
bleue.
Pour afFourcher , une petite ancre , & une enfeigne
blanche & bleue.
Pour défaffourcher , une groffe ancre & une enfei-
gne rouge & bleue.
Signaux des particuliers pour avertir le général : pa-
villon au beaupré fy au bâton d'enfeigne. Quand oh voit
la terre , rayé blanc & rouge.
Quand on voit des vaiffeaux étrangers , rouge..
Quand on voit une flotte, rayé blanc & bleu.
Quand on voit les ennemis , rayé rouge & bleu.
Quand on eft près du danger , écartelé blanc &
rouge , av-ec un coup de canon.
Quand on veut parler au général , écartelé rouge
& bteu ; ôc fi la chofe preffe,un coup de canon.
Flamme au bâton d'enfeigne. Quand on a des mala-
des , blanche.
Quand on fait eau , rouge.
Quand on n'a d'eau que pour peu de jours , bleue.
Quand on manque de bois , blanche & rouge.
Quand on manque de pain , blanche & bleue.
A tous CQS fignaux , le général répond de même ,
& alors les particuUers amènent & hlffent \znr fignal
autant de fois qu'il eft néceffaire pour exprimer le
nombre des chofes dont il s'agit.
Tout ceci eft fort bien imaginé ; il y a cependant
une petite difficulté , c'eft que le mélange des cou-
leurs eft très-difficile à diftinguer lorfque les vaiffeaux
font un peu éloignés. Pour remédier à cela , j'ai pro-
pofé , dans l'idée de l'état d'armement des vaiffeaux
de France , de fc fixer au rouge & au blanc ; & j'ai
avancé que de quarante pavillons feuls ou joints avec
autant de flammes femblables , &:mis en divers lieux,
feroient plus de dix xm\\Q fignaux , & ferviroient par
conféquent à donner autant d'ordres différens , fans
compter quarante gaillardets , qui fe multiplieroient
tous iéuls à plus de 1 20 , en les changeant de place.
On peut employer fur les galères les mêmes fi-
gnaux ; 6c pour les placer , on doit choifir la poupe 6c
le deffus du calut des arbres , qui font les endroits les
plus vifibles.
Signaux, ( Marine.^ ce font les noms &foufcrip-
tions de ceux qu'on enrôle qui lavent figner , ou
leurs marques & traits informes qu'ils font avec la
plume , quand ils ne favent pas écrire leur nom.
SIGNALEMENT, f m. ( Gramm. ) defcription de
la perfonne faite par tous fes carafteres extérieurs ,
que l'on donne à un prévôt de maréchauffée , à un
lergent , à un exempt , pour reconnoître l'homme 5c
s'en faifir. On donne \cjignalement d'un moine échap-
pé de fon couvent , d'une religieufe fugitive , d'un
criminel, d'un deferteur. Quoique ces fortes de def-
criptions foicnt très -im.parfaites , cependant elles
contiennent toujours quelque choie de fpécifique ;
& ceux à qui on les confie ont une fi grande habi-
tude à les rapporter aux perfonnes délignées , que s'il
leur arrive quelquefois de trouver de la refl'emblance
entre nnfignalement & une autre perfonne que celle
Aw fignalement , il ne leur arrive jamais de rencontrer
celie-ci , & de s'y méprendre. Avec \\n fgnalement
un peu détaillé , ils prennent de tems en tems celui
qu'il ne faut pas prendre , mais ils ne manquent ja-
mais celui à qui l'on en veut , s'il fe préfente à eux.
s ! G
SIGNALER , V. a£t. ( Gramm. ) c'efl défi^ner par
un llgnalcment.
SiG N ALER , c'eft rendre remarquable, prouver
avec publicité , montrer dans dés clrconriances dlî-
fîciles quelque qualité rare en elle-même , ou com-
mune en elle-même , mais rare par Ion intimité , ou
le de£;ré de force. Il Tijigrialé fon courage ; il a par-
devcrs lui des a»i>ions fignatées de générofité , d'hu-
manité , de grandeur d'ame. Il fe prend rarement en
mauvail'e part ; cependant lil'on dit un avocaty%«j/^,
on dit auiTi wnJîgnaU fripon.
SIGNANDAIRE, f. m. ( Gram. & Jurïfpr. ) terme
de pratique par lequel on entend quelqu'un qui fait
& peut figner , ou qui a ligné. Dans les ades impor-
tans, tels" que les teftamens , donations , Criées , il
faut des xéinoms fgnandaius , c'eft-à-dire qui fignent
efFcftivement les aftes , &: non de ceux qui décla-
rent qu'ils ne le favent ou ne peuvent figner. Foye^
Signature ($• Témoin. {A)
SIGNATURE , f. i\ {Boîan,) rapport ridicule des
plantes entre leur figure & leurs effets. Ce fyftème
extravaguant il'a que trop régné. ( Z>. /. )
Signature , ( Jurifpiud. ) eft la foufcription d\m
afte , ou l'appofition du nom de quelqu'un au bas
de cet afte , mife de fa propre main.
Anciennement du tems que l'afage des lettres étoit
fort négligé , on ne fignoit point les aftes ; au lieu de
fîgnature, on mettoit fon fceau ou cachet.
Les notaires fignolent bien leurs ades , mais ordi-
nairement les parties ne fîgnoient pas avec eux ; c'efl:
pourquoi l'ordonnance d'Orléans en t 560, article S 4,
leur enjoignit de faire figner les parties & les témoins
inftrumentaires. Ce qui flit renouvelle par l'ordon-
nance de Blois en i 579 , article \65.
Il y a des aftes (ousjignatun authentique , d'au-
tres fous Jîgnature privée ou fous feing privé , ce cmi
eft la même chofe.
La/rgnature des parties , des témoins , & des offi-
ciers publics , dont les aftes doivent être foufcrits ,
eft ce qui donne la perfe61ion à l'ade jufcue là ; èc
tant qu'il manque quelqu'une desj/gnatures néceflai-
res , l'afte eft imparfait.
• Dans les jugemens rendus à l'audience, c'eft la pro-
nonciation qui en fixe la date;mais dans les procès par
écrit , c'eft la Jîgnature du juge ou du greffier. Foye^
Acte , Jugement , Notaire , Sceau , Seing ,
TÉMOIN. ( ^ )
Signature de cour de Rome, eft une rénonfe
du pape au bas d'une fupphque, par laquelle il ac-
corde à l'impétrant la grâce ou le bénéfice qu'il lui
demande.
En matière de bénéfice , cette Jîgnature tient lieu
de provifions , excepté pour les bénéfices confifto-
riaux ou chefs de communauté , pour lefqucls une
fimpley/^/M/Krc ne fufHt pas , étant néceflaire d'obte-
nir des bulles.
Sous le terme de Jîgnature , en entend non feule-
ment \a Jîgnature proprement dite , mais aufiî la fup-
plique ou ade au bas duquel elle eft appoféc , lequel
prend fon nom de \a Jîgnature qui eft au bas.
ha Jîgnature contient les claufes , dérogations &
difpenfes , avec lefquelles la grâce ou le bénéfice
font accordés avec la commiffion pour rcxccutcr.
Tonte Jîgnature ou réponie a une fupplique qui
porte difpcnfe ou ]>rovifion de dignité dans une ca-
thédrale on collégiale, prieurés conventuels , cano-
nicats de cathédrale , doit être fignée par le pape mê-
me , qui répond par ces mots fiât utpetitur; les autres
Jîgriatures font données par un officier de la chancelle-
rie romaine , aj^pellé préfet de la Jîgnature de grâce ^ qui
répond la fiippliquc en ces termes: Conccjjum utpeti"
tnr^ in prœfentid D, N.papat,
La date de \a Jîgnature le prend ordinairement du
jour que la firpphquç a été mife entre les mains du
Tomt XK»
Q
î8f
dataire , & non pas feulement du jour qu'elle a été
répondue.
Il eft d'ufage en France que lesjîgnatures Originales
de cour de Rome y font foi , pourvu qu'elles foient
vérifiées par un certificat de deux expéditionnaires.
Ces fignatures fuffifent pour prendre pofleffion des
béiléhces ordinaires , pour lefquels il ne faut pas de
bulles.
Il y a trois fortes à^Jî^natûns; î'uile en forme gra-
cieufe , l'autre in forma dignum anriqud ^ la troifieme
in forma dignum novijjîmâ , dont on trouvera l'expli-
cation ci-après. FoyeiYufage & pratique de cour de Romc
de Caftel. ( A )
Signature authentique , qu'on appelle aufîî
Jîgn.itùre piiblique^eQ. celle qui eft émanée d'un officier*
public, & qui lait foi en juftice , fans qu'il foit be-
foin de la faire reconnoître. f'o72{ Signature pri-
vée. (^ )
Stg\'ATURE in forma digntlm noviJJlmâ , eft ime
{econiXe Jîgriaiure Q^\e le pape accorde par forriie de
lettre exécutoriale , faute par l'ordinaire d'exécuter
dans les trente jours la commiffion portée par \a Jî-
gnature , le pape enjoint à fon refus à l'ordinaire plus
voifin de l'exécuter. Voye^^ Caftel.
Signature informa dignum amiquâ ^e9i\\r\e fîgna-
turc de cour de Rome ainfi appellée , parce qu'elle
commence'par ces mots dignum arbitramur. C'eft celle-
dont le pape ufe pour les cures & dignités , les cano-
nicats des églifes cathédrales, & pour les dévolus ,
dont il ne pourvoit l'impétrant que fous la condition
de ne pourvoir prendre polfeffion du bénéfice qu'a-*
près avoir obtenu le vifa de l'ordinaire dont il dé-
pend. Foyei Caftel.
Signature en forme gracieuse, eft uneyT-
gnature de cour de Rom.e qui s'expédie fur une attef-
tation de l'ordinaire ; c'eft pourquoi elle ne contient
point de commiffion de procéder préalablement à
l'examen de l'impétrant , de manière que celui-ci ,
en vertu de cette provifion, peut fe faire mettre ea
pofleffion autoritatî propriâ ^ fans aucun vifa de l'or-
dinaire.
Signature de justice , eft wne Jîgnature de
cour de Rome donnée fur quelque matière de jurif-
diftion contentieufe , dans l'aflemblée des officiers
prépofés pour cet effet, appellée auffi \a Jîgnature dé
jufîice ; telles font les commiffions , délégations , ref-
crits , &: autres acles qui font adrefles aux tribunaux
où fe rend la juftice. Foye^ Vufige & pratique de cour
de Rome de Caftel, fom. I.p. /o. & le mot Signature
DE GRACE.
Signature originale , c'eft celle qui eft écrite
de la main môme de celui dont elle contient le nom,
à la différence des fignatures qui font copiées d'une
main étrangère , & feulement par forme de mentioa
des via\esjîgnatures.
Signature privée , eft celle qui émane d'une
perfonne privée , c'eft-ù-dire qui n'a point de carade"
re public.
Ces fortes àt fignatures ne font point foi en juftice>
jufqu'à ce qu'elles y foient reconnues. Voye\ ci-aprïi
Signature publique. (^)
Signature publique, voy^^ ci-devant Signa-
ture authentique.
Signature, terme d'imprim. c'eftunfigne ou une
inarque que l'on met au bas des pages au-deffous de la
dernière ligne, pour la facilité de la reliure , &: pour
faire connoître l'ordre des cahiers &: des pages qui les
compofent. hesfignatures fe marquent avec des lettres
initiales qui changent à chaque cahier. S'il y a plus de
cahiers que l'alphabet n'a de lettres , on ajoute à l'i-
nitiale un caradere courant de même forte, c'eft-à-
dire un petit a à la fuite d'un grand A , &i auiii de
fuite , ce qu'on redouble tant^qu'il eft nécelfalre»
Pour indiquer l'ordre des feuilles qui compolent cha-
A a ij
i8S
S I G
que cailler, on ajoute après la lettre înltiale quelques
chiirrcs qui ne palVent pas le milieu du cahier, &: qui
par leur nombre marquent le format de l'édition.
{D.J.)
SIGNE , f. m. ( Mî:aphyf. ) Ltfignc eft tout ce qui
«ft dclViné à rc[)rcicntcr une chofe. Lcfgnc enferme
deux idées , l'une de la c'noie qui reprélonte , l'autre
de la choie rcprélentéc ; & la nature conlifte à exci-
ter la leconde par h première.
On peut taire dlvcrles divifions des /%;7<rs mais
nous nous contenterons ici de trois, qui l'ont de plus
grande utilité.
Je dillinoue trois fortes defgnes; 1°. \csf!gnes ac-
cidentels , ou les objets que quelques circonftances
particulières ont liés avec quelques-unes de nos idées,
enforte qu'ils font propres à les réveiller : 2°. les/-
gms naturels ou les cris que la nature a établis pour
les fentlmens de joie, de crainte , de douleur , &c.
3°. les Jîgms d'inititution , ou ceux que nous avons
nous-mêmes choifis , & qui n'ont qu'un rapport ar-
bitraire avec nos idées. Ces derniers 7%/2iS font né-
celVaircs à l'homme , pour que l'exercice de fon ima-
gination foit en fon pouvoir.
Signe en J!g<:hc fe dit des cara£lercs -f & — ,
plus & moins, qu'on met au-devant des quantités al-
gébriques, f^qye-^ CARACTERE , ALGEBRE, &C.
Signes Jcmbldblcs , vojq SEMBLABLE.
Signe rjiUcal, c'cû Icfgnc \/ qu'on met au-devant
d'une quantité radicale. Foye^ Radical & Racine.
( O ) . .
Signe , en Aflronomle , eft la douzième partie de
l'écliptique ou du zodiaque , ou une portion de ce
cercle qui contient trente degrés. Foyei Zodia-
que.
Les anciens ont divifé le zodiaque en douze feg-
mens nommés figncs ; en commençant par k point
d'interfeftion de Vécliptique avec l'équinoxial , ces
fignes furent défignés par les douze conilellations qui
occuoolcnt ces fegmens du tems d'Hipparque. Mais
depuis ce tems ces conilellations ont tellement chan-
gé de place , par la prccclTion de l'équinoxe, que le
bélier eft maintenant dans le taureau, le taureau
dans les gémeaux, &c. Voyci Précession, Equi-
NOXE,6'C.
yoici les noms de ces douze fignes & leur ordre :
ânes , laurus , gcmini , cancer, ko , vïrgo , lïbra Jcorpio^
faolttariu5,capricornus,aquarius,pifces;enïràn(^Ois,Ubc-
' lier Je taureau Jesgemcaux/écreviJ/e ou le cancer, le lion,
la vierge , la balance , lefcorpion , lefagittaire , le capri-
corne, le vc'Jeau, les pcijjons. On les peut voir avec
leurs différentes étoiles , fous V article qui leur eft par-
ticuher , &c.
On diftingue les fgnes par rapport à la faifon de
l'année où le^'foleil y Icjouruc , enfgnes de printcms,
d'été , d'automne &c d'hiver. Foyei Printems , Eté,
&c.
Les /î^nes du printems font aries, tauriis , gemini ,
le bélier", le taureau , les gémeaux ; ceux de l'été font
cancer, leo , virgo , l'écrevifle , le lion , la vierge ; ceux
d'automne font libra , fcorpio , fagittarius , la balan-
ce, le fcorpion , le lagittaire; ceux d hiver font
capricornus, aquarius , pifas , le capricorne , le ver-
feau , les poillons.
Les fanes du printems & ceux d'été font auflî nom-
més fepunirionaux ; & ceux d'autonme & d'hiver
font appellés7%/i£5 méridionaux; parce que durant le
printems & l'été, le foleil eft fur l'hémllphere fep-
lemrional de la terre , que nous occupons ; & pen-
dant l'automne Si l'hiver , il efl fur l'hémifphere mé-
ridional. ( O )
Signe , {Médecine féméioticj.') on appelle de ce
nom tout effet apparent , par le moyen duquel on
parvient à la connoifTance d'un effet plus caché , dé-
robé au témoignage des fens. Ainfi le phénomène ou
S I G
fymptome , peut devenir unjlgne lorfqu'on ccfTe de
le confidérer abltraclivement , & qu'on s'en fcrt
comme d'un flambeau pour percer dans l'intérieur
obfcur de l'homme faln ou malade. Le pouls efl ,
par exemple , un phénemène qui frappe les fens dans
l'économie animale ; j'en ferai wnji^ne li je remonte
par ion moyen à la coniioilfance du mouvement du
lang & de la vie; fi, quand je le trouve bien régu-
lier, j'en conclus que le fujet ell bien portant ; ou
quand, inllruit par fes diverfes irrégularités, je dé-
couvre différentes maladies. Toutes ces différentes
modifications peuvent être autant de Jîgnes qui m'é-
clairent pour la connoiflance de la faute ou des ma-
ladies. 11 n'efl point d'adion , point d'effet fenfible
dans le corps humain, qui ne puifTe fournir quelque
Jigrie. Les effets font tous Jîgnes de leurs caufes; mais
tous les /4'«« doivent être fondés fur l'obfervation
fouvent réitérée , afin que la correfpondance , la re-
lation entre lejigne &C la chofe y?^/7/^Ve,foient folide-
ment érablies. C'ell la difficulté de connoitre & de
fixer comme il faut ce rapport, qui a embarraffé les
premiers féméiologiftes , 6c qui doit leur avoir coûté
un travail & un tems infinis, f^oyei SÉmÉiotique,
Combien d'obfervations n'a-t-il pas fallu pour déci-
der & coaftater la valeur des divers fignes , ou même
d'un feul dans les différens fujets, les différentes ma-
ladies & hsdiverlescirconflances? C'eft à Hippocra-
te que la fclence dzsjîgnei a le plus d'obligations : le
premier fém -iodcien a été le plus grand; aucun mé-
decin poflérieur , quoique enrichi des trélbrs de cet
illuflre légiflateur de la médecine , n'a été au-deffus
de lui ; il s'en eil même trouvé peu qui l'aient égalé ,
c'eil-à-dire qui aient lu mettre en ulage tous les^^/ze.f
qu'il avoit établis.
On peut , à la faveur dts fignes^ acquérir trois for-
tes de connoiffances ; ou remonter aux tems paflés ,
& s'inltruire par les effets préfens de ceux qui ont
précédé ; ou difliper l'obfcurité répandue fur des ob-
jets prélèns ; ou enfin porter un œil pénétrant fur les
événemens futurs. On appelle anamnejliques tous les
fignes qui nous rappellent l'état dans lequel le corps
s'eft trouvé plus ou moins long-tems auparavant;,
de ce nombre font les creux en différentes parties du
corps , qui font connoître que la petite vérole a pré-
cédé ; les cicatrices , fignes des bleffures paffées , &c»
Les féconds , qui nous éclairent fur l'état préfent de
lafanté ou de la maladie, font appelles diagnoflicsy
ils font extrêmement variés dans la maladie, pou-
vant avoir pour objet de déterminer le genre , l'ef-
pece, le caradere particulier, le liège, &c, de l'af^
fedion préfente. Enfin on a donné le nom de fignes
prognoflics à ceux qiù mettent le médecin à portée de
lire dans l'avenir , foit en fanté ou en maladie ; ces
fignes font extrêmement étendus , difficiles à faifir
& à bien évaluer; ils exigent une grande habitude à
obferver, beaucoup de travail & de pénétration:
leur avantage compenfe bien au-delà toutes ces dif-
ficultés. Foyei AnAMNESTIQUE , DIAGNOSTIQUE ,
PrOGNOSTIC , 6* W«i les articles particuliers de Sé-
mèiotiquz.
Parmi les fignes, il y en a qui font communs à plu-
fieiirs maladies, & qu'on appelle équivoques ; ils la-
diquent différentes chofes , fuivant los circonftances
dans lei'qucUes ils fe rencontrent. Telle efl, par exem-
ple, la limpidité de l'urine, qui dans les fièvres ai-
guës annonce le délire ; dans les coliques néphréti-
ques, le paroxyfme prochain, de même que chez
les perfonnes vaporcufes , & dans les fièvres inter-
mittentes; & quelquefois n'efl qu'une fuite & nn^?-
gne d'abondantes boiffons aqueufes.
ly^utrcs fignes font plus diftindifs; on leur a don-
né le nom de pathognomonique , lorfqu'ils ont tou-
jours !a mcmc fignificdiion ,<k. Q^\\\h ne faurolent exi-
flcr fans que cette fevde cho^G fignifiée n'exifle auffi.
s I G
"elle eft la v'iteffe du pouls dans la fîevre , l'excré- 1
ion de femence dans la gonorrhée , &c. Il eil rare de
rouver des maladies caraftériices par un {^vXfi^m
athognomonique \ la plupart ne font diftinguées
ue par l'eniemble de plulieurs fi^ncs , qui ne font
athognomoniques que lorfqu'ils font raffemblés.
relie eft la pleuréfie , qui elt marquée par le con-
ours d'un point de côté , d'une difficulté de refpircr,
e la toux & d'une fièvre aiguë , frc Le défaut d'un
ie ces Jignes rendroit le diagnoftic incertain.
Signes de Mujïque , font en général, tous les ca-
aâeres dont on fe fert pour noter la mufique. Mais
;e mot s'entend plus communément des dièzes , bé-
nols, béquarres, points , reprifes, paufes, guidons,
')L généralement de tous ces petits carafteres déta-
hés, qui font moins des notes véritables, que des
lîodiiications des notes & de la manière de les chan-
er. Voyc^^ tous ces mots. (S^
Signes écriture par, (Littérat.') l'écriture par /?-
^nes , par carafteres , par notes , ou par abréviations ,
^ft une feule & même chofe. ^oje^ Abréviation,
ZIaractere , Note , &c.
Nous nous contenterons de remarquer ici , que
'lutarque , dans la f^iede Caton d'U tique , fait Cicé-
■on inventeur de la manière d'écrire avec des fgncs,
i l'occafion de la confpiration de Catilina ; & qu'il
laroît par une lettre du livre XllI. à Atticus , qu'il
"e fervoit de cette manière d'écrire, puifqu'il y fait
nention de ce qu'il écrivoit , S^ià my.iim , par /l'gnes :
ïxpreflion qui fait voir que cet art étoit emprunté
ies Grecs. Dion Caffius, dans le Lf^. livre de fon
nifloire , nous apprend que Mécène le communiqiia
îu public par Aquila fon affranchi. Il paroît aufîi par
niétone , que Céfar lui-même écrivoit avec des fl-
ânes , per notas. Dans la vie de Galba , on trouve
:ette façon de parler : Quia notata , non perfcripta ,
irat fumma , ne hœc quidem accepit. On trouve encore
fur ce fujet , un paffage remarquable dans le digefle ,
\ib. XXIX. Lucius Titius miles, notario fuo tefiamen-
\um fcribtndurn notis diciavit , 6* antequam Utteris per-
^c'iberetur^vitâ defunclus eft. Voici le portait que Ma-
lilius, dans le IK liv. dz fcs Ajlronomiques , fait d'un
notaire :
Hic & fcriptor erit velox , cui littera verbum ejl,
Quique notis Unguam fuperet , curfimqne loquentis
Excipiat longas nova per compendia voces.
Baxter a du penchant à croire que cette manière d'c-
crire étoit générale, avant qu'un muficien eût in-
venté l'alphabet ; car Aviftoxene , contemporain
d'Ariftote , dans fon traiic de la Mujique , fait de l'art
d'écrire ypa.juiJ.cfTiii» , une partie de la Mufique. Le
même Baxter croit que les notes de Mufique , & les
caraderes dont fe fervent les Médecins , font encore
des reftes de ces anciens carafteres ou notœ ; pour ne
rien dire des/îglce romaines , ainfi nommées poury?/z-
gulœ , qui n'étoient autre chofe qu'une ou deux let-
tres , pour exprimer tout un mot , & qui par confé-
quent étoient plutôt des abréviations , que des Jignes
ou des chiffres. Les «sp« ypa'fjLfxcnat. des Egyptiens
étoient des Jignes facrés , notœ facrœ , empruntés
des interprètes des fonges. Artcmidore appelle par-
tout ces fymboles facrés o-njut/a , terme qui dans TE-
criture-iainte marque aufîl Azs prodiges. Quam j'cith
per notas nos certiotes facit Jupiter , dit Ciceron dans
fon traité de divinatione. On peut faire quelques con-
ieèfuresfur la figure de ces/4'«<;i, par les noms qu'A-
pulée leur donne, les appellant ignorabiles litteras ,
nodos , apices condenfos , & par cette épigramme de
Nicéarque.
OvJùn; /xupuiumv TpvTiiifXcna. "Ko^a koli ofS^ct ,
Tpu/x/j.a.ja tm ^^ijivKm , XoS'iu, xai çpuy/u.
D'oin l'on peut conclure qu'on legardoit cette ma-
S I G
189
nîere d'écrire comme celle qui étoit généralement
en ufage parmi les barbares, comme elle l'efl encore
aujourd'hui chez les Chinois. CD. 7.)
SIGNER , v. aô. {Gramm?) écrire fon nom de fa
propre main au bas d'un afte, foit pardevant notai-
res , foit fous feing-privé , pour l'approuver ti con-
fentir de l'exécuter, l^oye^^ Souscrire ô* Soussi-
GNER. Diclion de Comm. Voyez les articles SIGNA-
TURE.
Signer , (Orfèvrerie.^ c'eft marquer l'argenterie
& l'orfèvrerie du poinçon. Chaque orfèvre ou argen-
tier, a fon poinçon particulier; & parles ordonnan-
ces il leur efl: enjoint de7%/zerde leur poinçon toute
la vaiffelle & autres choies qu'ils fabriquent. L'ar-
genterie qui n'efl point/^/zce fè vend' toujours à plus
bas prix que celle qui eff marquée du poinçon de
l'ouvrier ; car ce défaut fait connoître qu'elle n'eft
pas au titre prefcrit , & qu'il y a trop d'alliage. {D. /,)
Signer, terme de Vitrier, c'efl marquer avec la
drague , trempée dans du bianc broyé avec de l'eau
de gomme , ou limplement avec de la craie , les en-
droits des pièces de verre que l'on veut couper avec
le diamant. (D. 7.)
SIGNET , f. m. terme de Relieur , ce qui fert à mar-
quer les endroits d'un livre d'ufage , qu'on veut trou-
ver promptement. C'efl une efpece de bouton un peu
orné, d'où pendent plufieurs Hlets, ou rubans qu'on
met dans un bréviaire , dans des heures, dans les bi-
bles, 6t. (D. 7.)
Signet, en terme d'EguilUtier, eft s'il faut ainfî
parler, une touffe de plufieurs petits, rubans montés
fur une petite pelotte , & garnis à l'autre bout de fér-
rets en manière d'anneaux , pour empêcher la foie
de fe défiler. Voye^ Ferrets a embrasser.
SÎGNIA , ( Géog. anc. ) ville d'Italie dans le La-
tium , à quelques milles au nord de Norba. Tarquia
le Superbe y envoya une colonie, comme nous le
voyons dans Tite-Live , lib. 1. c. Iv. Signiam , Circe-
jofque colonos mijit , prœjîdia urbi futura terra marique.
Le même hifloriehj lib. IL c. xxj. ajoute que cette
colonie fut augmentée & renouvellée fous les çon-
fuls : Signia colonia , quam rex Tarquinius deduxerat y
fuppleto numéro colonorum , iterum deducla ejl. Silius
Italicus,//^. f^ill. versjyc). reproche à cette ville la
mauvalfe qualité de fon vin :
Spumans inimico Signia mujlo.
Et Mai'tial , lib. XIII. épigram. cxvj. fpécifie la niau-
vailé qualité de ce vin:
Potabis liquidum Signina morantia ventrem.
Les habitans de cette ville font appelles Signini par
Tite-Live, /i/^. XXVII. c. x. & parPHne, lib. III. c.
V. Elle conferve fon ancien nom à quelque change-
ment près , car on la nomme Segni.
Signia eu. encore une montagne de l'Afie mineure
dans la grande Phrygie. Pline , /. K c. xix. dit que
la ville d'Apamée étoit au pié de cette montasne,
SIGNIFICATIF, adj. ÇGram.^ qui caraftérife, qui
marque , qui ne laiffe aucun doute. 11 s'efl expliqué
là-deffus d'un ton & en des termes trhs-Jîgnificatifs ,
prenez-y garde.
Significatifs, f. m. pi. {Hijl. eccléf.') nom donné
par quelques auteurs aux facramentaires , qui diient
que dans l'Euchariftie il n'y a plus que le ligne du
corps de J. C. Stranphinlus. Sandtre.
SIGNIFICATION , i: f. {Gram. & Jurifp) efl un
a£ve par lequel on notifie quelque chofe à une autre
perfonne.
Les Jignifications font faites les unes par les huif-
fiers & fergens, d'autres fe font de procureur à pro-
cureur.
On fignine à perfonne ou à domicile; à perfonne.
1^0
c
I H
quand on notifie à la perlbnne même ce que l'on a à
lui dire ; à domicile , lorlque riniifTicr fe traniporte
au domicile de la pcribnne , pour y notifier ce dont il
s'agit. r<5>f^ Ajournement, Exploit, Huissier,
Procureur, Sergent. {A)
SIGNIFIER, V. aa. (Gram/fi.) marquer, dcfigner,
être le figne. Que Jî'^nijU ce propos, ce gcltc, cette
conduite? Toutes les protcftations ne. /lénifient rian.
"S àiid-XmJîgn'ijier wos demandes. FoyeiÛaiticliSlQ^i-
FICATION.
SIGiVIiV[/M opus , {Archit. rom.) c'eft du ci-
ment fait de chaux &C de briques pilées. Ce mortier
ctolt ainfi appelle à caule du pays des Signicns , où
fe prenoient les meilleures briques pour le ciment.
Vitruvc entend quelquefois néanmoins par le Jîgni-
nurn , toute forte de mortier ; & en particulier ,
le mortier fait de chaux , de fable & de gros cail-
loux mêlés enfemblc , dont on formoir des citernes.
{D. J.)
SIGTUNA , {GcJgr. mod.) on cent aufTi Sici.na,
Slgtunia ^ Slgtun: ; ville de Suéde dans l'Uplande,
fur le bord du lac Maler, entre Upfal & Stockolm.
Elle eft très-ancienne , & Jean Magnus croit que Sig-
gon V. roi de Suéde, la fit bâtir pour oppofer une
barrière aux courfes des Finiandois, accoutumés à
venir ravager la Suéde.
SIGUENZA ou SIGUENÇA , (Gcog.mod) en la-
tin Seguntia; ancienne, petite ville d'Efpagne , dans
la vieille Caftillc, fur ime hauteur, au pié du mont
Atiença , près du Hénarès. Elle eft défendue par une
enceinte de nunaillcs, un château & un arfénal. Son
cvêché qui efl fuifragant de Tolède , vaut trente à
quarante mille ducats de revenu. Son univerfité, au-
jourd'hui fi miférable , a été fondée en 1600, fous le
règne de Ferdinand. Y* ^o^o- '^- >4- ^*^^"' 4'- 7«
SIGUETTE , f T. ( Mancge, ) c'eft un cavefibn ,
une efpece de demi-cercle de fer creux & voûté , &
avec des dents de fer comme celles d'une fcie. Il efl
tourné en demi-cercle, & quelquefois compofé de
plufieurs pièces qui fe joignent par des charnières. Il
^li monté d'une têtière & de deux longes , & fert à
dompter les chevaux fougueux. Il y a une autre ef-
pece àe/iguettc , qui efl: un fer rond & d'une feule
pièce , & qui efl coufue fous la muferoUe de la bride,
pour qu'elle ne paroifi'e pas. On la fait agir par une
iriartin2;ale lorfque le cheval bat à la main.
SIGI/LONES , ( Gcog. anc. ) peuples de la Ger-
manie. Ptolomée , /. //. dit qu'Us habitoient dans la
partie occidentale de la Cherlonnèle cimbrique , au
nord des Saxons. (Z). /. )
SIHUN,SIHON,SIHOUN, ( (;<r'(;g./wo^.)grand
fleuve d'Afie , qui fépare la Tranfoxane du pays de
Gcté. Les Arabes appellent la province de Maroua-
ralnahary toute l'étendue de pays qui efl comprife
entre les fleuves Sihun 6l Gihun. Le fleuve Sihun efl:
le Jaxartes des anciens , & le fleuve Gihun , efl le
Badlrus ou l'Oxus. Le Sihun , fuivant le P. Gaubil ,
prend fa fource l'ous le C)y. «*. /j'. de longitude, &
au 40. ^. de lutitude. (^D. J.^
SJIROGGI,f m. {Hiji. nat.Bocan.) arbriflbau
du Japon , dont l'écorce efl raboteufe , les feuilles
longues de trois pouces , pointues aux deux extré-
mités , fans découpures. Ses fleurs, placées fiir des
pédicules difpofés en ombelle , font en grand nom-
bre , petites 6c pentapttales. Ses baies , en hiver ,
après la chiite des feuilles , font d'un beau rouge ,
moins grofles qu'un pois, d'une chaire blanche , pul-
puleufe & amere. Ses graines font triangulaires ik de
la crolfeur de celles du carvi. On diflingue au Japon
un autre sjiroggi , nommé vulgairement namonc , pe-
tit arbre dont les feuilles font creufes dans leur lon-
gueur, recourbées, & très-légèrement dentelées à
leur bord. Ses baies font à-peu-près de la groffeur
S IL
d'une Cerife; 5i fès femences, qui font en petit honli»
Dre , de celle de la graine de cumin.
SIKÏ , ( Géog. mod. ) village de la Turquie , en
Afie , fur la côte delà Propontide. Il efl peu éloigné
du golphe de Montaquia , 6c efl appelle Scquino dans
nos cartes. Mais Siki efl fon véritable nom , qu'il a
pris de fon terroir plein de figuiers fauvages. On fait
que Jîki veut dire en grec wnt figue. Ce village efl:
grand , & a une églife que les Grecs appellent Jgios
Jiratcgos ; c'efl aulfi le nom qu'ils donnent quelque-
fois à l'archange Saint Michel , comme qui diroit le
J'uint capiiaim. Près du rivage , on découvre une fon-
taine appellée dirijlos , à laquelle ils attribuent des
miracles. Ils en nomment l'eau a^iafma , c'elt-à-dire ,
l\au bénite. CD. J.^
SIKINO , ( Géog. mod. ) Tta-Jtvcç , île de la mer
Egée , entre celles de Milo & Atnorgos , proche de
Policandro , à huit milles de Nio. Elle a environ
vingt milles de tour , & n'a point de port , ce n'efl:
proprement qu'une montagne, mais qui ne laifl^epas
de produire le meilleur froment de l'Archipel.
Pline , Apollonius de Rhodes , ainfi qu'Etienne le
géographe , affurent qu'elle fe nommoit ancienne-
ment Œnoé , l'île au vin , à caufe de la fertilité de fes
vignobles ; fur quoi le fcholiafte d'Apollonius re-
marque qu'elle prit le nom de Sikinus, d'un fils de
Thoas , roi de Lemnos , feule perfonne de l'île qui
fe fauva parfadrefle de fa fille Hypfipyle , dans cette
cruelle expédition où toutes les femmes égorgèrent
non-feulement leurs maris pendant la nuit , mais tous
les garçons du pays , enragées de ce qu'ils leur pré-
féroient les efclaves qu'ils venoientde faire enThra-
cê, Thoas donc aborda dans l'île dont nous parlons,
& fut très-bien reçu d'une nymphe qui lui fit part
de (es faveurs ; Sikinus en naquit , beau garçon , qui
donna fon nom au pays.
Sikino a été du domaine des ducs de Naxie ; il n'y
a dans l'île qu'un bourg de même nom , & qui n'a
guère plus de deux cens habitans qui font prefque
tous grecs. Long. 43. 2.S. latit. ^6. ^5.(^D. J.)
SIKKES, (. m. ( HiJ?. mod. ) nom fous lequel les
habitans du royaume d'Arrakan , fitué dans la pé-
ninfule ultérieure de l'Inde , défignent les mlnifl:res
d'état & les principaux officiers du royaume.
SIKOKF//Ê , ( Géog. mod. ) la troifieme des trois
grandes îles qui forment l'empire du Japon. Elle efl:
prefque quarrée ; & comme on l'a divifée en quatre
provinces , on l'a nommée Sikokf, c'efl:-à-dire , le
pays des quatre provinces. (Z>. J.^
SIL , f m. ( HijI. nat. ) nom donné par les anciens
à une efpece d'ocre rouge ; ils en dillinguoient trois
efpeces ; le filatticum étoit d'un rouge pourpre ; le
JiL ^Jyricum venoit de Syrie , étoit d'un rouge vif;
le ///, marmorofum ou marbré, qui avoit la dureté
d'une pierre. Ils avoient aufli \e Jil achûïcum , dont
nous n'avons point de defcription. M. Hill croit que
le Jil atticum romaiiorum dont il efl parlé dans Vi-
truve , étoit un fable rouge & brillant préparé, qu'il
ne faut point confondre avec l'ocre attique dont on
a parlé. Voye^ HiU , notes fur Théophrajîe.
SiL , ( Géog. mod. ) rivière d'Afie. Elle naît aux
confins du Carduel , 6c après avoir traverfé la Cir-
caffie , elle fe décharge dans la mer de Zabache.
{D.J.)
SILA , ( Géog. anc. ) forêt d'Italie dans le Bru-
tium , au nord de la ville de Rhegium , félon Stra-
bon , /. FI. qui dit qu'on y recueilloit une forte de
poix très-ellimée , appellée ût-Ux pix Bruttia Sila.
Cette forêt occupoit une partie de l'Apennin , ce qui
fait que Pline , /. ///. c. v. la nomme Jpennini Silva^
Sila. Il décrit auflî , /. XVI. c. ij. la poix que l'on
recueilloit dans cette forêt. (^D. J.^
SILAHDAR AGA , ou FELICTAR AGA , f m.
( HiJi, mod. } officier du grand léigneur , tiré du corps
s I L
tles Itch-Ogîans. C'eft le porte épée du Tultan dans
lescéféroonies publiques. Le ^lafidar porte le cime-
terre du grand lëigneur & coupe les viandes à la ta-
ble. Il elï comme le grand maître de la maifon de
l'empereur & règle toute (a cour. Son autorité s'é-
tend auffi fur le relie de l'empire d'une manière par-
ticulière. Les grands ne lui parlent qu'avec refpeâ: ,
& ne lui écrivent jamais ians lui donner le titre de
mufahih , c'eft-à-dire , confàlUr prive , quoiqu'il ne
le prenne point dans les ades. Sa place, qui lui per-
met d'approcher du fultan , l'élevé quelquefois à la
plus haute faveur. Guer. mœurs des Turcs , toni, II.
SILARO LE , ou SELO , en latin Silarus , ( Gco^,
mod. ) rivière d'Italie , au royaume de Naples , dans
la principauté citérieure. Elle a fa fource dans l'Apen-
nin , aux confins de la Bafilicate , & fe jette dans le
golphe de Salerne , à dix - huit milles de Salerne.
(z>. y.)
SILJRUS , {Géog. anc. ) fleuve d'Italie, aux
confins des Picentins & des Lucaniens. L'embouchure
de ce fleuve faifoit, félon Strabon, /. VI, la borne
entre la côte de la mer Thyrrène & celle de la mer
de Sicile. Pline , /. III. c. v. dit que le Silarus fait le
commencement de la troifieme région & du pays
des Lucaniens & des Brutiens. Virgile , Ptolomée ,
Pline , Silius Italicus , & la table de Peutinger , di-
fent Silarus jluvius , ou Silcirum fiumen ; mais Pom-
ponius Mêla dit Silerus , & Lucain , auffi-bien que
Vibius Sequefter , écrivent Si/er. Le nom moderne
eft il Salo. (D. J.)
SILAS , ( Géog. anc. ) fleuve de l'Inde. Arrien rap-
porte , d'après Mégafthène , que ce fleuve fortoit
d'une fontaine de même nom , qu'il couloit par le
pays des Siléens , & que its eaux étoient très-légè-
res. {D.J.)
SlLATUM ,{. m. ( Litiérat.) les anciens Romains
nommoient ainfi la roquille de vin q^i'ils prenoient
le matin , parce qu'ils y faifoient infufer de la plante
fili , ou feféli. C'efl: une vieille coutume de boire le
matin quelque liqueur médicinale , plus ou moins
forte. C'eft ainfi que nous faifons ufage de vin d'ab-
finthe , au lieu duquel les Indiens boivent du vin im-
prégné de gingembre. ( Z). /. )
SILAUM , f. m. ( Botan. ) genre de plante dont
voici les carafteres. Ses feuilles font afl'ez minces,
courtes , & refîemblent beaucoup à celles du fenouil ;
elles font feulement un peu plus larges. Ses femences
font longues , filonnées , &: garnies d'une efpece de
marge ou bord feuillu. Boerhaave en compte cinq
efpeces. ( Z?. /. )
SILBERBERG , ( Géog. mod. ) petite ville d'Alle-
magne , en Siléfie , vers les confins de la Bohème ,
dans les montagnes , près de quelques mines d'ar-
gent , qui ont occafionné fon nom. ( Z>. /. )
SILBIUM , ( Giog. anc. ) ville d'Italie , dans la
Japygie , félon Diodore de Sicile, qui dit que les
Romains l'enlevèrent aux Samnites. Cette ville efl:
appellée Silvium par d'autres auteurs. Voyti SlL-
VIUM. {D. J.)
SILCESTER , ( Géog. mod. ) ville détmite d'An-
gleterre , au nord du comté de Southampton , où l'on
voit fcs ruines. Elle fut fondée dans le iv. ficcle par
Conftantln le jeune , fils de Conftantin le grand. Les
anciens l'appelloient Vindonum , & elle é'toit la ca-
pitale des Ségontiens. Les Saxons la defolerent en
s'emparant du pays , & les Danois achevèrent de la
ruiner. Elle occupoit alors quatre - vingt acres de
terre. On y a déterré quelques médailles, &: l'on y
trouve encore les traces ordinaires des villes autre-
fois habitées parles Romains , je veux dire, un che-
min royal pavé , qui paflant par des lieux aujour-
d'hui déferts & jadis habites , cotoye les frontières
des comtes de Bcrlc & de Wilt , & aboutit à la forêt
de Chut , où l'on en voit les débris en quelques en-
droits. ( Z?. /. )
I L
Ipt
SÎLË j ( Glôg. anc. ) ville de la bafl^e Egypte. L'iti-*
néraire d'Antonin la place fur la route deSérapiurn
à Pélufe , entre Thaubajîum & Magdnlum > à vincrt-
huit milles de la première de ces places, & à douze
milles de la féconde. Il y a apparence que SiU eil la
même cjuei'd/tede l'AuguIlaninique , & dont l'évê-
que nommé Alypius , affifta au premier concile d'E*
phèfe. On croit aufli que c'efl la même ville qui efl
nommée Sdla dans les notices. {^D. J.')
SILENCE , f m. terme relatif y c'efl: l'oppofé dit
bruit. Tout ce qui frappe l'organe de l'ouïe , rompt le
Jilena. On dit le filence des temples ell augufl;e , le
Jilence de la nuit eit doux , {^ filence des forêts infpire
une efpece dhorreur, \q filence de la nature efl: grand,
le filence des cloîtres efl: trompeur.
Silence , ( Art orat. ) \t filence fait le beau , le
noble , le pathétique dans les penfées , parCe qu'il efl:
une image de la grandeur d'ame ; par exemple le /T-
Icnce d'Ajax aux enfers dans TOdy ffée , oîi Uiyflc fait
de bafl"es foumilfions à ce prince ; mais Ajax ne daigne
pas y répondre. Ce filence a je ne fais quoi de plus
grand que tout ce qu'il auroit pu dire. C'efl ce que
Virgile a fort bien imité dans le vj. livre de l'Enéide,
où Didon aux enfers traite Enée de la même manière
qu'Ajax avoit fait Ulyfle; auffi infenfible , auffi froi-
de qu'un rocher de Paros , elle s'éloigna fans lui ré-
pondre, & d'un air irrité s'enfonça dans le bois.
Nec magis incepto viiltum fermone movetur ,
Qiiàmfi dura fikx autfiet Marpe(ia cautes ,
Tandem proripuitfcfe , aique inimica refugit ;
Tu nemus umbriferum. v. 470."
2°. Il efl: une féconde forte deflence , qui a beau-
coup de grandeur & de fublimité de fentiment en
certain cas. Il conflfl:e à ne pas daigner parler fur un
liijet dont on ne pouvoit rien dire fans riiquer , ou
démontrer quelque apparence de bafl"efl!e d'ame , ou
de taire voir une élévation capable d'irriter les au-
tres. Le premier Scipion l'africain , obligé de com-
paroître devant le peuple aflemblé , pour fe purger
du crime de péculat dont les Tribuns l'acculbient :
Romains, dit-il,. à pareil jour je vainquis Annlbal,
& foumis Carlhage ; allons-en rendre grâces aux
Dieux. En même tems il marche vers le capitole ,
& tout le peuple le fuit. Scipion avoit le cœur trop
grand pour faire le perfonnage d'accufé; 6c il faut
avouer que rien n'efl: plus héroïque que le procédé
d'un homme, qui fier de fa vertu, dédaigne de fe juf-
tifier, & ne veut point d'autre juge de fa confcience.
Dans la tragédie de Nicomede , ce prince, par les
artifices d'Arlinoé fa belle-mere , efl foupçonné de
tremper dans une confpiration ; Prufias fon père , qui
ne le fouhaite pas coupable, lepreflTe de fe juftifier,
& lui dit :
Purge-toi d^un forfait fi honteux & fi bas.
l'ame de Nicomede fe peint dans fa réponfe vraiment
fublime :
Moi ffeigneur , m^en purger ! vous ne le croyei pas»
Je ne fais ce qu'on doit le plus admirer dans la ré-
ponfe de Nicomede, ou de ce qu'il ne veut pas feu-
lement fe juflifier, ou de ce qu'il efl fi sûr &c fi fier
de fon innocence, qu'il ne croit pas que fon accu-
fateur en doute.
3°. Un ambalfadeur d'Abdere, après avoir long-
tems harangué Agis , roi de Sparte, pour des de-
mandes injuiles , finit fon difcours , en lui difant :
feigrteur , quelle réponfe rapporterai-jc de votre
part? Que je t'ai lailfé dire tout ce que tu as voulu ,
& tant que tu as voulu, fans te répondre un mot*
Voilà un tairg.parlier bien intelligible , dit Montagne.
4**. Mais je vais offrir nn exemple à^fUnce qiu ell
bien digne de notre rcfpecl. Un père de l'Eglifenouà
donne une idée de la conflance de Jcfus-Lhi-ifl pas;
192
s I L
un fort beau trait de rcponfe. Pour rcntendre, il faut
le rappeller une circonltance de la vie d'Epidete. Un
jour, comme fon maître lui donnoit de grands coups
fur une jambe, Epidcte lui dit froidement: fi vous
continuez, vous cafl'erez cette jambe; ion maître ir-
rité par ce fang froid , lui cafTa la jambe : ne vous
l'avois-je pas bien dit que vous caiîcricz cette jam-
be? Un philofophe oppofoit cette hilîoire aux chré-
tiens, en dii'ant : votre Jefus-Chrift a-t-il rien fait
d'auili beau à fa mort ? Oui , dit S. Juftin , il s'eft tù.
(Z?. y.)
SiLEN'CE, (Crit.facréc.) ce mot , outre fa figni-
fication ordinaire, fe prend au figuré dans l'Ecriture;
i''. pour la patience , le repos , la tranquillité : nous
les conjurons de manger leur pain , en travaillant
paifiblement, in jiUntio , (jatÙ «(rviiia? , //. T/ieJf. iij,
12. Ce terme 1°. défigne la retraite , la féparation du
grand monde : Ellher ne portoit pas les beaux habits
dans le tcms de fa retraite ; in diebiis JiUntii. 3°. Il
marque la ruine , Dominus Jiltn nos ftcit , Jérem.
yiij. 14. c'elt-A-dire Ufcigncur vous a ruine. (^D. J.')
SiLEN'CE dieu du , {My/hol. ) Ammian Marccllin
dit qu'on révéroit la divinité du filcnce , Jîlcntii nu-
mtn colitur. Les Egyptiens l'appelloient Sigation ;
les Grecs , Harpocruu ; & les Romains, Jngenom.
On repréfentoit cette divinité ayant le doigt fur la
bouche. {D. J.)
Silences, f. m. en Mufiquc , font diffcrens fignes
répondans à toutes les différentes valeurs des notes ;
& qui , mis k la place de ces notes, marquent que
tout le tems de leur valeur doit être paffé en JiUnce.
Quoiqu'il y ait dix valeurs de notes différentes ,
depuis la maxime , jufqu'à la quadruple croche , il
n'y a cependant que neuf caraderes différens pour
IçsJïUnces , parce qu'il n'y en a point qui corref-
ponde à la valeur de la maxime ; mais pour en ex-
primer la durée , on double le bâton de quatre me-
îures , qui équivaut à la longue.
Ces divers filcnces font donc , le bâton de quatre
mefures , qui vaut une longue ; le bâton de deux
mefures , qui vaut une brève , ou quarrée ; la paufe ,
qui vaut une femi-breve, ou ronde ; la demi-paufe,
qui vaut une minime , ou blanche ; le foupir , qui
vaut une noire ; le demi-foupir , qui vaut une cro-
che ; le quart de foupir , qui vaut une double croche ;
le demi-quart de foupir , qui vaut une triple croche ;
& enfin, le feizieme de foupir, qui vaut une quadru-
ple croche. Voye^^ dans les PL de Mujique les figures
de tous cesfilences.
Il faut remarquer que le point n'a pas lieu parmi
lesjîlences , comme parmi les notes; car , quoiqu'une
noire & un foupir foient d'égale valeur , on ne pour-
roit pas pointer le foupir , pour exprimer la valeur
d'une noire pointée ; mais il faut après le foupir écri-
re encore un demi-foupir ; ce qui eft affez mal en-
tendu. {S)
SILENCIAIRE , f. m. ( Hijl. rom. ) fikntiarius ;
nom propre d'office parmi les efclaves des Romains ;
ce nom & cet office n'a été établi que vers le
tems de Salvien , comme l'a prouvé Pignorius. Mais
\ts filenciaires ^ dans la cour des empereurs , étoient
des gens attachés au fervice de leur maifon , & qui
avoicnt un décurion à leur tête. Enfin le nom àç.Jî-
hnciairc fut donné dans le bas empire , au fecrétaire
du cabinet de l'empereur ; Charlemagne avoit un
JîUnciaire. (Z). /. )
SILENCIEUX , adj. ( Gram.^ qui garde le filcn-
ce ; une paffion forte eft ordinairement fiUncieufe ;
les hommes7?/£/7a«wjr profitent de tout ce quife dit,
& ils font redoutables pour ceux qui cachent au fond
de leur ame , des choies qu'ils feroient bien fâchés
qu'on y devinât.
SILENE , f. m. (^Botan.) genre de plante, dé-
crit par Dillenius, dans fon Hon. elthethenjîs,p. j o^.
S î L
& que Linnasiis caraftcrife de la manière fuivantc."
Le calice particulier de la fleur , eft liffe, oblong,
conipolé d'une feule feuille, découpée en cinq feg-
mens fur les bords ; la fleur eft à cinq pétales , dont
les pointes font obtufes &échancrées ; le neftarium,
ou la partie de la couronne de la fleur , eft comme
formée de quelques denticules ; les étamines font
dix lilets qui vont en pointes aiguës ; leurs boffettes
font oblongues ; le germe du piftil eft cylindrique ;
les ftyles , au nombre de trois , ou de cinq , font
communément delà longueur des étamines; les ftig-
ma font toujours penchés du côté du foleil ; le fruit
eftdivifé en autant dt cellules qu'il y avoit deftiles;
ces cellules contiennent un grand nombre de graines
taillées en forme de rein. Linn. gen. plant, p. iqy,
{D.J.)
Silène , ( Mythol. ) il étolt né de Mercure , ou
de Pan, &: d'une nymphe. Nennus , dans fes ^/o«y-
jiaquts , le fait fils de la Terre , c'eft-à-dire qu'il igno-
roit fon origine. Silme , dit Orphée , étoit fort agréa-
ble aux dieux , dans l'affemblée defquels il fe trouvoit
fort fouvent. Il fut chargé de l'enfance de Bacchus ,
£c l'accompagna dans fes voyages.
Tous les poètes fe font divertis à nous peindre la
figure , le caraftere & les mœurs de Silène ; à les
en croire , il étoit ventru , ayant la tête chauve , un
gros nei retrouffé , & de longues oreilles pointues,
étant tantôt monté fur un âne , fur lequel il a bien de
la peine à fe foutenir , & tantôt marchant appuyé
fur un thyrfe ; c'eft le compagnon, & le premier
lieutenant de Bacchus ; il raconte , dans le cyclope
d'Eurypide , qu'il combattit les géans , à la droite de
fon maître , tua Encélade , & en fit voir les dépouil-
les au dieu , pour preuve de fa valeur ; le voilà donc,
malgré fa figure burlefque , travefti en grand capi-
taine.
Je fais bien qu'il s'attribue le nedar & l'ambroifie ,
comme s'il étoit un dieu célefte ; mais je fais encore
mieux par mes leftures , qu'il n'en aimoit pas moins
la boifl'on des pauvres mortels , & qu'il s'en donna
à cœur joie , à l'arrivée d'Ulyffe dans l'antre du cy-
clope ; perfonne n'ignore que les vignes font appel-
lées fes filles , & dans Paufanias l'Ivrognerie même
lui verfe du vin hors d'un gobelet.
Cependant Virgile, dans une de fes plus belles
éclogues (la fixieme , que M. de Fontenelle n'a pas
eu raifon de critiquer ) , ne repréfente pas feulement
Silène comme un îuppôt de Bacchus , mais comme
un chantre admirable , & qui dans fa jeuneflé avoit
fait de bonnes études philofophiques.
Deux bergers, dit le poète, le trouvèrent un jour
endormi au fond d'une grotte; il avoit, félon fa cou»
tume , les veines enflées du vin qu'il avoit bû la veil'
le , fa couronne de fleurs tombée de fa tête , étoit
auprès de lui , & im vafe pefant , dont l'anfe étoit
ufée , pendoit à fa ceinture ; le vieillard avoit fou-
vent flatté les bergers de l'entendre chanter de belles
chofes ; ils fe jettent fur lui, & le lient avec des guir-
landes ; Eglé , la plus jolie de toutes les nymphes,
Eglé furvient, & le joignant à eux , les encourage ;
& au moment où il commençoit à ouvrir les yeux,
elle lui barbouille tout le vifage de jus de mûres ; le
bon Silène riant de ce badinage , leur dit , pourquoi
me liez-vous mes enfans ? laifTez-moi libre ; c'eft
pour vous , bergers , que je chanterai ; je réferve à
la charmante Eglé une autre forte de recompenfe ;
à ces mots , il fe met à commencer. Vous euffiezvîi
aufil-tot les faunes & les bêtes farouches accourir
autour de lui, & les chênes mêmes agiter leurs cimes
en cadence ; la lyre d'Apollon ne fit jamais tant de
plaifir fur le fommet du Parnaffe ; jamais Orphée ,
fur les monts Rhodopc & Ifmare , ne le fit tant ad--
mirer.
Le poëte lui fait ici débiter les principes de la phi.
lofophie
s I L
lofopliie d'Epîcure , fur la formation du monde. H
y joint beaucoup d'autres chofes fi jolies, que les
échos des vallées , frappés dsi'es accords, les por-
tèrent jufqu'aux artres. Elien , de fon côté , recite
i\nc converfation que Silène eut avec Midas fur ce
monde inconnu , dont Platon & quelques autres
philofophes ont tant parlé.
Voilà donc Silène qui, dans fa figure grotefque, étoit
tout enfemble buveur , capitaine , chantre & philo-
fophe. Après tout , Lucien paroît être celui qui en
a fait le portrait le plus naïf , & c'eftaufli d'à près fon
tableau que Silène efl repréfenté dans les monumens
antiques ; cntr'autres fur une belle agathe , expli-
quée parScaliger & par Cafaubon. (Z>. /. )
Silènes , ( AfyMo/.) les plus confidérables & les
plus âgés d'entre les fatyres , étoient nommés Silè-
nes, au rapport des anciens hiftoriens , qui les défi-
gnent fouvent au pluriel ; mais il y en a un principal
célèbre dans la faljle , & à qui les poètes ont crû
devoir donner plufieurs qualités. P'oyei Silène ,
c'efl fon nom par excellence. ( Z>. /. )
SîLER , f m. ( Botan. ) nom donné par quelques
botaniftes qui ont écrit en latin , à la plante léféli.
Foyei SÉSÉLI.
Cependant le filer des auteurs romains défigne
une plante toute différente , je veux dire , un ar-
briffeau qui vient dans les lieux marécageux, & qui
porte des verges dures, coriaces, flexibles, & pro-
pres à toutes fortes d'ouvrages de vanniers. Les poè-
tes en font fouvent mention avec les épithètes de
molle d>t Imcum. Les critiques modernes qui croient
que \q filer des Romains , efl: notre fouchet , fe trom-
pent , car quoiqu'il foit vrai que le fouchet naiife
dans les marais , ce n'efl point un arbriffeau ; lefiltr
des anciens ed encore moins le faule , car ces deux
arbuftes font fouvent nommés enfemble par les mê-
mes auteurs , comme étant des plantes différentes.
Il faut néanmoins qu'elles fe reifemblent à divers
égards. {D. /.)
SILÉSIE, (^Géogr. mod. ) en allemand , Schlc/ïen,
contrée d'Allemagne , avec titre de duché , l'un des
plus grands de l'Europe. Elle eft bornée au nord par
lé marquifat de Brandebourg & par la Pologne ; au
midi , par la Moravie & par la Hongrie ; au levant ,
par la Pologne encore ; & au couchant , par la bafle-
Luface & la Bohême.
Sa longueur eft d'environ 60 milles germaniques ,
& fa largeur lo. L'Oder la partage en Siléfie orien-
tale , &: Siléfie occidentale ; ce duché elt prefque
toxit environné de montagnes , d'oii fortent plufieurs
petites rivières poiifonneufcs , & qui après avoir fer-
tilifé le pays , le rendent dans l'Oder.
II y a dans cette contrée plufieurs groffes villes ou-
tre Breflaw fa capitale ; entre ces villes , les unes
font remarquables par leur force , les autres parleur
beauté ; tout le pays eft fertile en blé , en grandes
forêts pleines de gibier, & en pâturages, où l'on
nourrit plus de bétail qu'en aucun endroit d'Allema-
gne. On y trouve auffi quelques mines , & l'Oder
facilite le commerce de toutes fes denrées.
l.a Siléfie, après avoir été poffedée par les Qua-
des & lesSarmatesLechidcs , rcfta long-tems unie à
la Pologne , en formant une efpece de république
qui avoit fes privilèges particuliers. Elle devint en-
fuite un fief mouvant de la courontie de Bohème ,
&actépoffédceparlamaifon d'Autriche depuis l'an
1339, jufqu'cn 1740 ; & c'eft affurément un des
meilleurs pays qu'elle ait eu fous fa domination.
Après la mort de l'empereur Charles VI , uii jeune
prince qui fera long-tems parler de lui par fon génie
fupérieur, & par les grandes vi^loires , Frédéric II.
roi de prufTe , réclama fes prétentions fur une partie
de ce pays , & par le traité conclu à Drcfde , le 2^
Décembre 1745 , fimpératrice reine de Hongrie &
TçrTzc xy.
S I L
193
I de Bohême , céda à ce prince la haute & baffe Silé-
fie en toute fouveraineté.
On a recueilli les écrivains del'hifloire de ce pays
Silefiacarum rerum fcriptores ; ils forment trois volu-
mes in-fol. publiés à Leipfick en 17x9.
D'autres favans.out donné l'hiftoire naturelle de
la Siléfie. Tels font Schwencfeld ( Gafparus ) ; Tri-
tophceum Silefiœ, Lignicics lôo^. in-^°. Hennefeld ^
SUefiographia , Lipfiœ , lyo^. j vol. in-^^. Wolck-
mannus (Georg. Anton.), Silefia fubterranea , ea
allemand , Léipfick , 1720. i/2-4". (^D.J.^
SILEX , f. m. ( Hijl. nat. Minéral. ) ce mot qui eft
latin, a été adopté par les naturalises françois , pour
défigner en général le caillou ou la pierre à fufil, &
particulièrement la pierre à fiifil noire , qui fe trouve
par malTes informes & détachées dans les couches de
la craie. On a déjà parlé de plufieurs propriétés de
cette pierre à V article Cailloij ; l'on y a rapporté
différens fentimens fur fon origine &; fa formation ;
cependant on a cru faire plaifir au lefteur en lui met-
tant ici fous les yeux des obfervations plus récentes
qui ont été faites fur \<ifiux ; elles contribueront à
jetter du jourfur la nature de cette pierre importante,
dont la terre fert de bafe à l'agate , au jafpe , au
quartz & aux pierres précieufes. Voye^^ ces différens
urticUs.
hefilex efi: très-abondamment répandu dans pref-
que toutes les parties de notre globe; il ne forme ja-
mais de couches fuivies ou de bancs , comme la pier-
re calcaire , les ardoifes , &c. mais il fe trouve par
maflés de grandeurs inégales , détachées les unes des
autres. C'eft furtout dans les couches de craie que
l'on rencontre une grande quantité de ces pierres ;
elles y font répandues par maflés irrégulieres & de
toutes fortes de figures. Ces fortes de /liex font com-
munément noirs à l'intérieur ; à l'extérieur ils font
comme enveloppés d'une croûte blanche qui fe dif-
tingue par fa dureté de la craie qui les environne. Ces
circonftances ont fait conjedlurer qu'il de voit y avoir
de l'analogie entre la craie & iefiiex ou caillou ; de-
là quelques auteurs ont penfé que la craie n'étoit pro-
duite que par la décompofirion du caillou ; d'autres
au contraire ont regardé le caillou comme une pro-
duction de la craie. Ces fentimens font tous deux
fondés fur des raifons fpécieufes ; nous allons voir
pour lequel il paroit plus naturel de fe décider.
Lefilex ou le caillou ne fe diflTout point, lorfqu'on
y verfe de l'acide , malgré cela fi un fragment de û-
lex , qui cil communément tranchant& d'une couleur
noirâtre à l'extérieur , demeure pendant long-tems
expofé aux injures de l'air , fes angles tranchans s'é-
mouflTent à la longue, & la partie noirâtre fe recou-
vre d'une efpece de peau blanche qui à la fin ne laiflé
plus paroître de noir. Cette expérience prouve d'une
manière inconteflable que l'acide de l'air , qui n'cll
autre chofe que l'acide vitriolique , a agi fur cette
pierre ; il faut croire que la nature aidée des tcms ,
6c fâchant donner à cet acide le degré d'aftivité cui
lui efi: nécefl"aire , vient à bout de cette diflblution à
laquelle le chimifle ne peut parvenir en fefervantdcs
acides ordinaires,quifont des produits de l'art. Dans
le UquorfiiUcum on voit qu'il fe fait une diflblution
de la partie du caillou qui avoit été combinée par la
fufion avec le fel alkali fixe. Voye^^ LiqvoR siLi-
CUM. Ces expériences prouvent que la nature & l'art
peuvent venir à bout de diflbudre \e fi'lex , & que
cette pierre ri'eft point inattaquable par les diflbl-
vâns , comme quelques autdurs l'ont prétendu.
Lorfque l'on confidcre attentivement le caillou ,
on y trouve des caraclcrcs qui indiquent d'une ma-
nière lenfiblc que cette pierre dans <bn origine a dît
être molle , & avoir un degré de fluidité. En effet on
trouve fouvent dans le fein do la terre des coquilles
dans l'intérieur defquellcs ori rencontre des cailloux
Bb
194
S I L
de différentes couleurs qui s'y font moulées ait point
de prendre parfaitement les empreintes des coquilles
les plus petites dans lefquellcs le fuc pierreux a cou-
lé ; une inanité d'exemples empêchent de douter de
cette vérité ; on effet on trouve des échinites ouour-
fins , des turbinites, &c. qui paroiffent entièrement
chantées cnJîLx. Ceft auffi de cette manière qu'ont
dû le former les morceaux de bois changés en aidâ-
tes & en cailloux que l'on rencontre fouvent en terre;
U matière lapiditîque qui produit le Jilcx , a du être
dans uno rrès-!];rande fluidité pour s'infmuer & lé
mouler dans les tibres &C canaux déliés , dont le bois
elt compofé. f'^cyei Pétrification.
Le tiilu compare ik ferré du Ji/ex , ainfi que les
mamellons qui fe trouvent fréquemment, loit à fa
liirface, foit àfon intérieur, nous conduil'entù croire
que non-feulement la matiei'e dont cette pierre s'eft
formée a été iluide , mais encore qu'elle a été dans
un état de vifcolité ou d'une efpece de gelée. Si la
diffolution eût été parfaite , c'ell-à-dire fi l'eau char-
gée de la matière du caillou diffoute , n'eût eu que
le point de fatiu-ation , l'évaporation eût produit du
cryltal de roche , c'eff-;\-dire des colonnes exagones
terminées par une pyramide pareillement exagone ,
figure qui ell propre à la nvdûere Jiiicéc, lorfqu'elie ell
pure. Mais lorfque des i'ubffances terreufcs ou métal-
liques font venues accidentellement fé joindre à la
dillblution , elles l'ont rendu opaque, colorée 6c vif-
queufé , &l alors la cryihdlilaiion n'a point pu fe fai-
re. C'ell-là vraiffemblablement la raifon pourquoi
les pierres de la nature du /îiex , qui font opaques ou
fort chargées de couleur , forment preique toujours
des mamellons ; on en a des exemples dans les aga-
tes , les jafpes , & l'on voit que ces pierres ont fou-
vent à leur intérieur des cavités recouvertes de ma-
mellons très-durs , & dont la couleur varie en rai-
fon des métaux qui ont coloré la matière, lorfqu'elie
ctoit fluide ou en diffolution ; au lieu que quelques
cailloux ont à leur intérieur des cavités couvertes de
cryilaux clairs & trani'parens, qui ont toutes les qua-
lités du cryfial de roche.
Toutes ces conjecfures prendront beaucoup de
vraiflémblançe , fi l'on y joint quelques expériences
que M. Swab vient de publier dans le lome XX, des
Mémoires de l'académie de Stockholm, année 1758 :
le réliiltat de ces expériences prouve , que les aci-
des agiffent fur les verres formés par le mélange d'une
terre calcaire quelconque ou de la chaux , avec de
i'argille ou avec du caillou. On fait que ces fubftan-
ces qui feules ne lé fondent point , entrent en fulion
dès-iors qu'on vient à les mêler. Pour cet effet l'on
n'a qu'à pulyérifer ce verre , verfcr par-defTus de l'a-
cide vitriolique, de l'acide nitreux ou de l'acide ma-
rin, & niettre le tout.en digeffion dans un lieu chaud;
dans cette expérience il ne fe fait point d'effervef-
cence , malgré cela on trouve que le diffolvant que
l'on a employé s'épaifTit en vingt-quatre heures , &
forme une matière gélatineule & tranfparente comme
de l'empoi , qui s'attache au yaiffeau , au fond duquel
eft tombée ime portion du verre pulvérifé qui ne s'efl;
point diffoirte.
L'acide yitriolique combiné avec de la chaux ou
avec une fubf1:ance calcaire feule produit bien une
efpece de fel , mais non pas une matière gélatineufe,
comme celle dont il s'agit ici ; pour produire cet effet,
il faut que la chaux pu la terre calcaire ait été fon-
due , c'eft-à-dire modilié(j Se élaborée par fa combi-
naifon avec de I'argille ou avec une pierre de la na-
ture dwfiiix ou du caillou.
Les différentes gelées que M. Swab a obtenues de
cette manière , fe durciffoient avec le tems & acqué-
roient la conlillence d'une pierre ; elles étoient com-
munément cairiuites,& remplies de gerfures ; elles fe
mettoient par éclats, comme dwfiUx ou comme du
S I L
verre ; elles confervoient leur tranfparence , mais en
fe léchant elles prenoient une couleur plus foncée.
Cette matière gélatineufe léchée attiroit fortement
l'humidité de l'air , même après avoir été édulcorée ;
mais en la faifant rougir au feu , ce qui la remplit de
fentes, elle n'attiroit plus d'humidité de l'air. Dans
cet état, ni les acides, ni les alkalis n'attaquent plus
cette matière lémblable à une pierre. Si on l'cxpofe
à un feu violent excité par un foufllet , en une demi-
heure de tems i'a lurfacc fe couvre d'une ei'pece d'en-
duit ou de vernis, mais elle n'entre point en une fii-
iJon parfaite , elle devient tendre & grenue ou fari-
neufe dans la fradure , & relfemble à de la pierre à
chaux d'un grain fin qui a été calcinée , cependant
elle n'a aucune de propriétés de la chaux.
Les expériences qui précèdent ont été faites par
M. Swab , dans la vue de découvrir; 1°. pourquoi
certains verres étoient attaquables par les acides ; il
a trouve que ceux dans la compofition defquels on
avoit fait entrer de la chaux ou quelque pierre cal-
caire , étoient toujours diffouts par les acides & for-
moient de la gelée. 2°. 11 a voulu découvrir , fi ce
ne feroit pas-là la voie dont la nature fe ferviroit
dans le fein de la terre , pour former dQS fJex ou du
caillou. Comme cette pierre fe trouve communé-
ment dans des couches de craie , le célèbre M. Lin-
naeus a été le premier qui ait foupçonné que la craie
pouvoit donner naiffance au caillou ; M. Swab pré-
fume que le caillou pourroit bien être produit par
la combinaifon d'un acide minéral , avec une terre
calcaire modifiée & élaborée par la nature d'une fa-
çon particulière , à laquelle il s'ell joint quelque mé-
lange étranger. Il efl certain que les carafteres que
préfente la gelée durcie dont on a parlé , fon afpeft
vitreux , fon infufibilité , fon infolubilité dans les
acides annoncent une très-grande analogie entr'elle
& IqJiUx ou caillou. Quant aux différences qui font
entre cette matière 6c IcJiUx^ elles viennent du tems
&: de certaines circonftances que la nature met dans
fes opérations , & que l'art ou ignore ou ne fait point
imiter. Cependant M. Swab croit que l'on pourroit
parvenir à faire des Ji' ex ou cailloux artificiels qui au-
roient plus de fblidité , qui n'attireroient point l'hu-
midité de l'air ; en un mot, qui iéroient plus fembla-
bles -awfikx naturel , fi l'on tentoit de combiner la
chaux avec des lubflances différentes de celles qu'il a
employées , & cela dans des proportions variées ;
comme ces expériences demandent du tems , il fe
promet de les fuivre & de rendre compte à l'acadé-
mie de Stockholm , dont il ell membre, du fuccès de
fes travaux. En attendant, il paroît que les expérien-
ces queM.Swaba faitesfont propres à jetter un grand
jour fur la connoiffance des pierres en générai ; elles
pourroient faire préllimer qu'il n'y a qu'une terre pri-
mitive dans la nature, dont les différentes combinai-
fons & élaborations produifent toutes les variétés que
nous voyons dans les pierres. Voyc^^ Pierres. (— )
SILGUEROS , f m. ( Hïfi. nat. ) oifeau du Mexi-
que & des autres provinces de la nouvelle Efpagne »
qui eft de la groffeur d'un moineau ; fon plumage eft
blanc & noir.
SILIAN , ( Géogr. mod. ) grand lac de Suéde dans
la Dalécarlie ; fes eaux font portées à la mer par la ri-
vière deDala.
SILICENSE Elu M EN, ( Géog. anc. ) fleuve de
l'Ef pagne bétique. Hirtius, debelL Alex. c. Lv'ij. fait
entendre que l'ancienne Ségovie de la Bétique étoit
bâtie fur le bord de ce fleuve ; ce qui fait juger que
ce pourroit être le Xénil.
SILICERNE , f. m. (Jnnq. rom.^ JiUcemium ; fe-
ftin fimebre que l'on faifoit chez les Romains aux
vieillards décrépits auprès d'un tombeau , comme
pour leur dire le dernier adieu ; de-là vient que Té-
rence appelle ingénieufement par métaphore Jiliar-^
s I L
«Z//7Z un vieillard qui, courbe fous le poids des années,
regarde tranquillement la pierre de la tombe où fes
cendres doivent être renfermées. C'étoit une idée
pleine de bon fens que celle àwfdiurnc ; elle appre-
noit aux hommes à moins redouter la crainte de la
mort. (D. J.)
SILICI-CLJSSITjE , ( Gêog. anc.) peuples d'A-
fie au voifmage de la Mcfopotamie , lelon Pline , /.
t'^I.c. XXV j. qui les furnomme CLajJiiœ. , pour les dif-
tinguer des Silici-montani , qui habitoient les mon-
tagnes.
SILIGO, f. m. ( L'ndrat. Botan^ ce mot fignifîé le
plus pur froment ; & dans Celle , lajliur du meilleur
froment. Quelques auteurs botaniftes , comme Tra-
gus, Brunsfeld & Lonicerus , ont cru que les an-
ciens appclloient le feigle du nom àe Jïligo , parce
qu'ils ont lu dans Pline , liv. Xyilï. cit. x. & autres
écrivains , que le froment , triticum , fe changeoit i/z
JrUginem , & que le fîligo retournoit quelquefois en
froment ordinaire. Leur erreur a donné lieu à celle
de divers laboureurs qui imaginent que le froment
fe change en feigle, & le feigle en froment , ce qui
ell contraire à la vérité, ces deux grains donnant
toujours la même elpece de plante , plus ou moins
belle ; aufli \g panis Jîiig'meus é^s anciens ne fignifîe
pouit du pain de feigle , ni du pain de froment dé-
généré en feigle , mais tout au contraire du pain
de pur & beau froment également blanc & léger.
(P./.)
SILIKHTAR , f. m. ( lerme derelaiwn. ) page d'une
des chambres du grand- feigneur. Il eft l'écuyer du
grand-feigncur , porte fon épée , & laccompagne
par-tout quand il fort du ferrail.
SILINUS , {Giog. anc.) fleuve du Péloponnefe
dans l'Eiide ; il arrofoit le territoire de Scillunte. Ceft
le Selicnus de Xenophon , & le Sdinus de Strabon.
SILIQUA , f. m. ( Mefure anc. ) mfa.tiov ; poids
des anciens qui faifoit latroifieme partie d'une obole,
o\i ce qui revient au même , la fixieme partie d'un
fcrupule,
SILIQUASTRUM,f.m. (5or^«.)genre de plan-
te connue en françois fous le nom de gainier. Foye:^
Gainier.
SILIQUE, {. f. ( Hifl. nat. Botan.^Jiliqua , terme
iynonyme à goujjc.
hzjîlique ou la goujfe eft le fruit des légumes & des
plantes qui ont la fleur légumineufe. 11 faut remar-
quer que hjîlique ert ou fmiple, ou double , ou com-
pofée.
hafil'iqiu fimple efl: formée de deux lames con-
vexes en- dehors , plates dans quelques efpaces , col-
lées par les bords l'une contre l'autre , & laifiant en-
tre fes lames appellées cojj'cs , un elpace occupé par
les femences.
La filiqut double fe forme aufll par deux lames ,
mais qui ne font pas collées fur les bords , comme
celles de la gouffe fimple ; ces deux lames fe replient
chacune en-dedans , &: forment une cloilon mitoyen-
ne qui divife \ajilique dans fa longueur en deux lo^es
remplies de femences.
La troifieme efpece de JîUque , efl compofée de
quelques piccesattachées bout-à-bout, & l'on trouve
une femence dans chacune de ces pièces.
OnvoitanfTi quelques ////^«t;5 de plantes légumi-
neules qu'on prendroit d'abord ponrj'îliques fimples,
parce qu'elles font à deux coûus ; mais la différence
confifte en ce que les colles de celles-ci font divi-
fées en cellules par des cloilons polées au-travers
& CCS cellules font remplies par des femences.
yiûàuci-àeiïusqnegoujJcâcjfîUque étoient fyno-
riymcs dans notre langue , j'a)Oute , avec M. de
Tournefort , qu'il foroit à fouliaiter qu'on fixât le
nom de goujje ., pour fignificr les fruits <\cs plantes qui
ptii les fleurs léguuùneufes , comnie ionties pois , les
Tome XV,
S I L
ipr
fevcs , les aftragales ; & qu'on n'employât celui de
Jîlique, que pour fignifier les fruits qui font à-peu-
près de pareille ftrudure , mais qui fuccedcnt à des
fleurs qui ne font pas légumineuies ; cependant on
n'a point encore pu engager les botaniflcs à adopter
cette diflindion , & les deux mots font reftcs entie-
rement fynonymes. (Z>. /. )
SiLîQUE ^i.(.(^ Monnoie. ) ancienne petite mon-'
noie d'Alexandrie , valant une quinzaine de fous dé
la nôtre. 11 en efl: parlé dans l'hiitoire eccléfiaflicue
de M. Fleury.
SJLIS, ( Geog. anc.) fleuve d'Italie , dans le ter-
ritoire de Veniie. Pline , Itv. III. ch. xviij. veut que
ce fleuve prenne fa fource dans les monts Taurfani.
Ce fleuve , félon Cluvier , Ital. antiq. Ub. I. c. X'iij,.
retient fon ancien nom ; car on le nomme préfente-
ment Sïk. Il a fa fource dans une plaine, au-defllis
de Tarvifo , qu'il partage en deux, &: il y groffit foa
lit des eaux de plufieurs ruifleaux. ( £>. /. )
SILISTRIA , ou DORESTERO , ( Géog. mod. ) en
latin Duroflorum ; ville de la Turquie européenne,
dans la Bulgarie , près du Danube, vis-à-vis de l'em-
bouchure du MifToro , à 80 heues de Sophie , & à 6^
au nord-efl: d'Andrinople. C'eft le chef-lieu d'un
gouvernement qui eft fort étendu. Elle a pour fa dé-
fenfe une bonne citadelle. Longit. 46. 16. lat. 42. 12.
SILLAGE , ou l'Eau du vaisseau , Langue ,
Seillure ,Ouaiche, Houache, Trace nava-
le, f. m. &f (A/iZwze.) c'eflla trace du cours du vaif-
feau ; & ce mot fe prend fouvent pour le cours & le
chemin même Ou dit ce vaifleau luivoit \ç.fillagc de '
l'amiral. Je connois IçJillageAQ notre vaifleau , & je
fâi par expérience qu'il fait trois lieues par heure de
vent largue. Ces deux capitaines vantoient \efillage.
de leurs frégates , qui à la vérité étoient plus fines
de voiles que les nôtres , mais en revanche notre
équipage manœuvroit beaucoup mieux. Voyf^ Seil-
lure. C'ell lorfque le vaiflTeau avance beaucolip, bon.
fiUage.
Doubler Xçjillage d'un vaifleau , c'eft aller une fois
aufll vite que lui , ou faire une fois autant de chemin.
SILLE, 1. m. ( Poéf. greq. ) efpece de poëme faty-
rique des Grecs. Les Grecs n'ont jamais r'en eu d'ap-
prochant de la fatyre romaine que leurs JUles , qui
étoient aufll des poèmes mordans , comme on peut
encore le reconnoître par quelques fragmens qui
nous reftent des Jilks de Timon. Ils reffemblent lî
fort à la plupart des traits des fatyres d'Horace, qu'ils
pourroient fort bien être appelles des J'otyres , de
même que les fatyres pourroient être appellées des
Jilles. Il y a pourtant cette différence effentielie , que
les JiiUs des Grecs étoient des parodies d'un bout à
l'autre , ce qu'on ne peut pas dire des fatyres des
Romains ; car fi l'on trouva quelquefois quelques pa-
rodies , on voit bien que ce n'eft qu'en paflant , &
que le poète n'a eu garde d'en abufer , & par con-
léquent la parodie ne fonde pas l'eflence de la fatyre
romaine comme elle fonde l'efl^ence des JilUs des
Grecs. {D.J.)
SILLEBAR , ( Gcog. mod. ) ville des Indes fur la
côte occidentale de l'île de Sumatra , le long d'un
golfe. Il croît dans fes environs beaucoup de poivre»
Lat. méridionale 4. 30.
SILLER, V. n. (jSiarinc^ c'eft cheminer , ou avan-
cer en avant , en coupant l'eau &: paflant à-traverSi
On dit mettre un vaifleau dans la lituation dans la-
quelle il peut mieux yî"//i.T, c'elt-à-dire en laquelle il
peut mieux cheminer.
f^aij/eau ^wi fille bien.^ c'eft-à-dire qu'il fait bien
du chemin , qu'il avance beaucoup , & tait bonne
route.
Î7n vaifcau qui ne fille pas bîtn , c'eft-à-dire qu'il
chgmiae kuteaient , 2c avançp peu.
B b ij
ïC)6
S I L
SiLLER, (Maréchal.) cheval c[\ùjîû'e ^ qui eûjîllc ^
eft celui qui a les (burcils blancs.
SiLLFR, terme Je Fauconnerie ^ c'cft coudre les pau-
pières d'un oifcau de proie afin qu'il ne voye goutte,
6i qu'il ne le débatte pas ; ce qui le fait pour dreli'er
les oileaux de proie , oC voiciconime il iaut s'y pren-
dre : Ayez une aiguille cntilce d'un til lîn; laites tenir
l'oileau par le bec , puis p^liez-lui cette aiguille i\-
travers la paupière de l'ceil droit à l'œil gauche , &
moins près du bec arin qu'il voie devant. On doit
avoir attention , QnfdUnt les yeux d'un oil'eau , de
prendre la pellicule qui couvre la paupière, de palier
l'aiguille à l'autre paupière , 6c de tirer les deux bouts
du lil , 5>: on les attache liir le bec coupant le fil près
du nœud , & le tordant de manière que les paupiè-
res Ibient levées fi haut que l'oifeau ne puifle voir que
devant lui.
SILLET , f. m. ( terme de Lurh'ur. ) c'efl un petit
morceau de bois qui va tout le long du bout du man-
che d'un inrtrumcnt à corde , & lur lequel poi'ent les
cordes de rinllrumçnt.
SILLON , f. m. ( Agriculture. ) c'eft une longue
Taie qu'on fait lur la terre , quand on la laboure avec
la charrue. La figure que le laboureur donne à Ion
champ en le façonnant, doit être réglée fuivant ce
qui eft plus avantageux pour la terre, & pour les bê-
les qui labourent.
On ne doit jamais faire dey///o/2J trop longs , parce
que les bêtes ont trop à tirer tout d'une traite ; les
raies n'en font pas fi étroites , & la terre n'en ell pas
il bien mêlée, ni figurée agréablement; c'elt pour-
quoi les curieux veulent qu'on lépare leurs terres
par quartiers , chacun de quarante perches de long
tout au plus.
Quand on laboure fur une colline , pour foulager
les bêtes, & faire fa befogne plus ailément , il faut
travailler en travers horilontakment à la colline , &
non pas de haut-en-bas.
On laboure à plat uniment & également les terres,
qui comme dans l'île de France , ont befoin de l'ar-
rofement des pluies. Au contraire on laboure en ta-
lus &: en dos d'âne à filions hants & élevés, les terres
argilleufes , les terres humides, & généralementtou-
tes celles qui n'ont pas befoin d'eau , ou qui font dif-
ficiles à fe delTécher. Ainfi dans la Brie & dans la pe-
tite BeaulTe, on laboure par planches, & on lailîe
■d'efpace en efpace , un large//7/o/z en talus pour re-
cevoir les eaux , & les porter dans des folTés qui font
pour cet effet aux deux côtés des terres.
Au furplus , on fait les filions plus ou moins lar-
ges , plus ou moins élevés , & les raies plus ou moins
ferrées dans certains pays que dans d'autres. On les
fait pourtant en général beaucoup plus élevés, moins
larges, & moins unis dans les terres humides & graf-
fes, que dans les terroirs fecs; & cela pour faciliter
' l'écoulement des eaux qui pénètrent difficilement
dans ces terres , & pour empêcher qu'elles n'y crou-
pilTent.
Il y a des laboureurs qui ne font leurs filons que
de quatorze à quinze pouces de largeur, fur treize ou
quatorze de hauteur ; quand on fait de ces filons
étroits , il efl bon de labourer du midi au nord , pour
qu'ils ayent le foleil de deux côtés , & que les grains
y mùrilfent également ; fmon ceux du côté du midi
mûriroient huit à dix jours avant les autres. Il n'cft
pas nécelTaire d'avoir cette attention quand les fil-
ions (ont plats , larges, fpacieux de huit , dix à douze
pies, parce qu'ils ont le foleil de tous leurs côtés. Les
terres fortes, qui boivent l'eau allez ailément , peu-
vent être labourées en planches , larges de huit à dix
pies , dont le milieu fera pourtant un peu plus élevé
que les deux extrémités, afin de faciliter l'écoule-
ment des eaux les plus abondantes , parce que les
blés, principalement le feiglc, les craignent beau-
S I L
coup; elles battent la terre, & la font durcir, fur-
tout quand elles font fuivies de fécherelle ; mais
quand elles tombent doucement , elles fertilifent
beaucoup le terrein.
Il y en aune efpece de terre fi feche , que l'eau s'y
imbibe audi-tôt qu'elle tombe : il lui faut de l'eau
prelquetous les hiùt jours en été , pour qu'elle fafTe
de belles produdions. Quand on laboure de ces for-
tes de terres , on n'y fait m filons ni planches ; mais
on met ces terres i\ uni à tous les remuemens qu'on
y fait , & même après que le grain y elt feme. Ce
que les Laboureurs appellent labourer à uni , c'elt re-
lever avec l'oreille de la charrue toutes les raies de
la terre d'un même côté ; de manière que lorfqu'on
a achevé de labourer le champ , il ne paroît aucun
filon , ni aucune enrue qui elt un filon fort large ,
6c compolé de plulieurs raies élevées par la charrue;
on fe lert d'une charrue à tourne-oreille pour cette
manière de labourer, & on laboure ainfi principa-
lement les terres picrreufes, oii.on ne met fouvent
que de menus grains.
Il ell afTcz d'ufage de donner le troifieme labour
aux terres , différemment des deux précédens, c'eft-
à-dire , en traverfant les premicïjs façons ; & ce la-
bour ell le meilleur qu'on puilfe donner , parce qu'il
ne laiffe aucune ordure , & que toute la terre eft éga-
lement remuée. Cependant, il n'cfl bon que pour les
pays fecs , où l'eau s'unbibe promptement , & il ne
vaut rien pour les terres qui font trop humides , ou
qui retiennent long-tems de l'eau , à-moins que l'an-
née ne foit extrêmement feche; autrement les eaux
qui furviendroient , &C qui n'auroient aucun écoule-
ment de delTus cette terre ainli traverlée, l'humeûe-
roient fi fort, qu'on n'en pourroit tirer aucun bon
parti dans la fuite. Liger. (D. J.)
Sillon, ( Conchyl. ) les Conchyliologilles appel-
lent Jillon une cavité formée par l'élévation de deux
llries , ou de deux côtés.
Sillon , en Jnatomie , petite trace fur les os for-
mée par le battement des artères lorfqu'ils font en-^
core mois ; on obferve plufieurs de ces filons dans
la face interne des os pariétaux. Foye^ Pariétal.
Sillon , en Fortification , ell une efpece de petit
terreplein qu'on forme dans le milieu d'un folTé ex-
trêmement large , pour en diminuer la largeur ; il ell
couvert d'un parapet & comme la tenaille. /^<yc{
Fossé.
Sillon, ( Géog. moi. ) lac d'Irlande, dansl'Ul-
tonie ; il fépare la frontière méridionale du comté
de Cavan, de celle du comté de Weft-Méath.
"Le filon fe nomme plus ordinairement e/zvé/o/yje.
Voyei Enveloppe. ( Q )
Sillons, (Filage.) ce font les diverfes éléva-
tions que forme le fil liir la bobine du rouet en paf-
fant par les différentes diftances de l'épinglier. Les
filons des fileufes ne doivent point être trop élevésj^
de peur que le fil ne s'éboule. Savary. (D. J.)
SILO , ( Géog. facrée. ) ville dans l'Acrabatène ,
éloignée de douze milles de Sichem , félon Eufebe ,
ou feulement de dix , félon faint Jérôme. Ce dernier
ajoute , qu'elle étoit entièrement ruinée de fon
tems; elle ell célèbre dans l'Ecriture. M. Réland
imagine que c'ell du nom de Silo , que Paufanias a
pi-is occalion de dire , /. FI. c. xxiv. que Silenus
compagnon de Bacchus , étoit enterré dans la Pale-
lline. Mais comme Silène efl repréfenté fur des mé-
dailles de Sichem ou Néapolis, il femble que c'elt
plutôt à Sichem qu'à Silo , qu'on auroit cru voir le
tombeau de ce demi-dieu dupaganifme; mais Ben-
jamin de Tolède dit que de Ion tems , on montroit
à Silo le tombeau de Samuel. (D. J.)
SILOÉ, ( ^i/?.yicre'(;.) fontaine aux pies des murs
de Jérufalem ; fon eau couloit dans la ville par un
aqueduc , & formoit une pilcine d'eau qu'on croit
s I L
ctrela même que Beth-SeJa, ou BcthfaUa. Tfa'îe, vît).
C parle de cette fontaine , & dit que l'es eaux
couîoient doucement 6c lans bruit. Il eft vraifTem-
blable que cette fontaine e<l la même que celle de
Rogel ou du Foulon de Jofué , xviij. 16'. Quoiqu'il
en loit , l'Ecriture nous apprend que -le long de la
piicine ou de l'aquéduc de Siloé , il y avoit une tour
qui tomba & qui écrala dix-huit hommes, Luc, xiij.
4. C'eft aux eaux de cette fontaine que Jefus-Chrid
envoya l'aveugle né , au rapport de laint Jean, ix.
SILPHIUM , f. m. ( Botan, anc. ) (rt^çlov , racine
de Libye , aux environs de Cyrène , dont on faifoit
un cas tout particulier , tant à caufe de fes proprié-
tés médicinales , que par ion ufage dans les ragoûts.
Les naturels du pays i'appelloient d'abord (irpld , en-
{vàie Jilphi ^ d'où vint le mot grec (n>^i*iiov. Les Latins
nommèrent la ferpitium ^ lefuc de la xzc\m filphium.
Le fuc ou la gomme de celle de Cyrène ctoit tel-
lement cfiimé , que les R.omains dépofoient dans le
tréfor public tour ce qu'ils en pouvoient acquérir ;
& Jules Céfar ne manqua pas de s'en emparer dans
le tems de fa dictature. Les Grecs appelloicnt aufîi
proverbialement tout ce qui étoit rare , BarT» a-f^^/or,
filphium de Bdcius^ c'eû-H-dive ,/î/phinm de Cyrène,
colonie dont Battus ctoit fondateur. Mais nous ap-
prenons de Pline , quelong-tems avant qu'il écrivit,
la connoiflance à.\xjilphium de Cyrène étoit perdue;
les Romains tiroient alors \turjilphium, ou le fuc de
cette plante d'Arménie , de Médie , & de Perfe; ce-
lui de Cyrène étoit entièrement inconnu à Rome.
Je fais que quelquelques favans & botaniftes m.o-
dernes , comme le docteur Bentley , MM. Eveiin ,
Laurence , & Geoffroy, imaginent reconnoître le
filphium de Cyrène dans notre ajfafœtida ; mais je
crois qu'ils auroient bien de la peine à démontrer
leur opinion ; car fans parler des médailles qui leur
font contraires , & dont le docteur Mead a fait ufage
contre le dodeur Bentley , il nous fuffira de remar-
quer que Théophraile, Diofcoride , & l'ancien fcho-
liafte d'Ariftophane , donnent -aw filphium de Cyrène
une odeur douce , odoriférante , &: très-agréable; ce
qui ne convient certainement pas à l'odeur fétide ,
rorte , & defagréable de notre afafcztida. (^D. J.^
SILVA CIMIMA, ( Gèog. 'anc. ) forêt d'Italie,
dans la Tofcane , au-delà de la ville de Péroufe , par
rapport à Rome. Tite-Live,/. IX. c. xxxv/.&xxxvij.
qui marque la fituation de cette forêt , & qui la dé-
crit , dit que fous le confulat de Q. Fabius , & de M.
Marcius Rutilus , elle étoit auffi impénétrable & auffi
affreufe que la forêt Hercinienne dans la Germanie,
& qu'aucun marchand jufque-là n'avùit oféy paffcr.
(D.J.)
SiLf'A Herculi sacra., {Gèog. anc.) forêt
de la Germanie , entre le Wefer & l'Elbe : Tacite
l'appelle ainfi, parce qu'elle étoit , dit-il , confacrée
à Hercule.
S IL V AIN, f. m. ou mieux encore Sylvain,
( Mythol. ) filvanus ; dieu champêtre des Romains ,
qui préfuloit aux forêts , comme fon nom l'indique ;
c'efl un dieu dont l'origine eft peu connue. Les uns
le font fils de Saturne , & les autres de Faune ; on ne
fait pas même où il eft né. Les Pélafges en portèrent
la connoiflance de Grèce en Italie.
Macrobe diftingue trois Silvains; l'un étoit dieu do-
neftique ou dieu lare, Silvanus larium ; l'autre dieu
champêtre , & c'ctoit le même que Pan ou Faune; le
troifieme dieu oriental, ou le dieu qui étoit le même
que Mars, &: celui-ci étoit proprement Silvain. Scr-
vius obferve , que c'étoit-lil l'opinion commune ,
mais que les philofophes difoicnr , que Silvain étoit
le dieu de la matière , qui cil: la malfe 6c la lie des tlé-
mens ; c'elt-à-dire ce qu'il y a de plus grofilcr dans le
ifeuj, dans l'air , dans l'eau & dans la terre.
S I L
197
On trouve Silvain reprcfenté , tantôt avec les cor-
nes 6c la moitié du corps de chevre,tantôt avec toute
la forme humaine; les attributs de Silvain fous la for-
me humaine, font une ferpe à la main, une couronne
grolîicrement faite de feuilles & de pommes de pin ,
un habit ruliique qui lui dcfcend jufqu'au genou, un
chien auprès de lui, & des arbres à fes côtés , com-
me dieu des forêts.
Silvain en la forme de Pan , étoit figuré avec les
cornes , les oreilles , & la partie inférieure du corps
de chèvre , tout nud , couronné de lierre , mais dont
les cornes percent la couronne , portant de la main
gauche une branche de pin, ou tenant des pommes
de cet arbre , ce qui montre que le pin était l'arbre
favori de ce dieu. Souvent au lieu de pin , c'eft une
branche de cyprès , à caufe de la tendrelfe qu'il avoit
pour le jeune CypariJJus , qui fut métamo"i)hofé en
cyprès ; où, félon les Hiftoriens, parce qu'il a le pre-
mier appris à cultiver cet arbre en Italie.
UnQ troifieme manière aflez ordinaire de repréfen-
ter Silvain , c'cfi: en forme d'hcrme , où l'on ne voit
que la tête 6c la moitié du corps fans bras ; le refte fe
termine en pilier, dont la groifeur diminue toujours
jufqu'à la bafe.
Silvain fut extrêmement honoré en Italie , où l'on
croyoit qu'il avoit pris naifiance , & qu'il avoit ré-
gné utilem.ent pour les hommes. Il avoit plufieurs
temples à Rome, un dans les jardins du monî-A> en-
tin , un autre dans la vallée du mont Viminal , & un
troifieme fur le bord de la mer , d'où il étoit appelle
Liitoralis,
Ses prêtres formoient un des principaux collèges
du facerdoce romain , & nous en ferons un article à
part ; c'ell affez d'obferver ici, qu'il n'y avoit que des
hommes qui puffent lui facrifier. On lui faifoit des
offrandes félon la faiion , & félon le befoin que l'on
avoit de fon fecours. Dans le tems de la moiflbn, on
lui préfentoit des épis , afin qu'il bénît les blés. En
automne , on lui offroit des railins , afin qu'il donnât
de bonnes vendanges ; & on lui donnoit du lait quand
on le prioit d'avoir foin des troupeaux. Tout cela ell
marqué dans ces deux vers de Tibulle de VElég>e 6.
du liv. I. lorfqu'il parle des occupations que fa maî-
treflc aurcit chez lui à la campagne.
Illa dco fciet agricole! pro vitibus uvam ,
Profegetefpicas , pro grcge ferre dapem.
« Elle faura offrir au dieu champêtre des raifins
» pour nos vignes , des épis pour nos moiflbns , &:
» du lait pour nos troupeaux >♦. Dabord on le con-
tentoit de lui faire de ces fimples offrandes , mais
dans la fuite, on lui immoloit encore un cochon. On
paroit fes autels de branches de cyprès ou de pin , Ôi
c'eft pour cela qu'on l'appelloit Dcndrophore.
On faifoit peur aux enfans de Silvain , comme du
loup ; c'efl: à caufe de l'inclination qu'ont tous les
enfans à détruire & à rompre des branches d'arbres.
Pour les en empêcher , on leur repréfentoit Silvairt
comme un dieu qui ne fouffriroit pas. impunément
qu'on gâtât des chofes qui lui étoient confacrées ;
mais pourquoi Silvain étoit-il la terreur des femmes
en couches ? Et pourquoi falloit-il implorer contre
lui la protedion d'autres divinités? C'efl, dit -on,
parce que Silvain étoit regardé comme incube.
Silvains , (^Mythol. ) les Silvains étoient dans la
Mythologie, certains dieux champêtres de peu d'im-
portance , comme les Faunes, les Satyres, les Silè-
nes , les Pans , les Egipans , &c. mais ils Icrvoicnt
tous aux poètes à embellir leurs delcriptions du pay-
fage des campagnes. Ces dieux avoient des bociges
particuliers, oii les bergers & les troupeaux alloient
chercher l'ombre pendant les ardeurs étouffantes de
la canicule. (Z>. /.)
SiLYAiN , Collège de , {Antiq, rom, ) celltginm
Î93
S II
Silvani ; c'efl:-à-clire/oc:V«' ou confrérie, qu'on appèlr
\oitz\i^\ jhdalkas , Jodaiinum. Entre les collèges ou
<:ontrories des Romains, il y ^n avoit de facrcs, com-
me colUpiim fnnnim arvdttu.n , le collège des fi-ercs
arvales , qui iacrifioient pour la fertilité des champs.
Le coilcgi di Sitvain à Rome , ctoit aulH du nombre
des facrés & s'appelloit le grand coilcgi. Les corps
<lc métier avoient aulîî leurs collèges & leurs afiem-
blées qui le tailbicnt ert certains tems , & ces Ibrtes
de collèges n'ctoient point lacrcs.
La bibliothèque de S. Germain des prés poflede
im monument curieux ; c'efl: une pierre trouvée à ce
qu'on dit au bols de Vincenncs tout -auprès de S.
Maur. Le favant P. Dom Bernard de Montfaucon ,
en a fait prclent aux bénédidins de S.Germain. Cet-
te pierre porte pour inlcriptlon : CoUegium Silvani ,
rcliitucnint Marcus Aureiius, Augufîi libertus, HilaruSy
& magnus C'yptarius, curu tores; c'elVà-dire que Mar-
cus-Aurehus affranchi d'Auguftc , furnommé Hila-
rlus , & magnus Cryptarius , curateurs , ont rétal)li
le collige de Silvain. Le nom de Marcus - Aurelius
que portoit l'affranchi d'Augufte , marque qu'il étoit
affranchi de Marc-Aurele, qui régna depuis l'an i6o
de J. G. julqu'à l'an 180 ; & que ce réîabliffemcnt du
collège de Silvain a été tait fous cet empereur.
Ce collège de Silvain près de Paris , ayant été ré-
tabli du tems de Marc-Aurele , il failoit donc q^l
eût été fondé long-tems auparavant , & qu'il fut de-
puis tombé en décadence , ce qui porta les curateurs
à le remettre à fon premier état. Ce fut apparem-
ment peu de tems après que les Gaules furent rédui-
tes fous la puiffance des Romains , que ce collège de
Silvain fut établi dans le bois de Vincennes , à l'imi-
tation du grand collège de Silvain de Rome ; car les
principales villes des Gaulois fe conformoientà cette
capitale du monde , dans leurs établiffemens , leurs
édifices , leurs temples , leurs collèges , ô-c. & fi les
précieux reftes de l'antiquité n'étoient comme abî-
més dans les grands décombres qui ont fi fort haufîe
le terrein de Paris , nous y verrions vraiffemblable-
ment bien des chofes imitées de l'ancienne Rome.
Les temples &: les autres lieux confacrés à Silvain,
ctoient ordinairement dans les bois & dans les forêts.
Selon M. Fabretti , on voit encore aujourd'hui dans
im bois près de Rome , joignant la voie d'Oftic , les
mazûrcs d'un temple avec l'infcription , SilvanoJ'anc-
to ; ce culte qu'on lui rendoit dans les bois avoit rap-
port à fon nom. Ce dieu fe volt affez fouvent repré-
senté entre des arbres , tenant une ferpe , & portant
une branche de pin ou de cyprès ; de-là vient qu'on
l'appelloit Dendrophore.
Notre infcription ne nous apprend touchant ce col-
lège de Silvain , que ce que je viens de dire ; mais
comme il a indubitablement été fondé , à l'exemple
& liir la forme du grand collège de Silvain de Rome ,
cela m'engage ;\ rapporter ici de ce grand collège ro-
main , ce que les marbres nous en apprennent , car
les anci.eni auteurs n'en ont jamais parlé.
Ce grand collège avoit été inconnu prefque jufqu'à
nos jours. Ce fut M. Fabretti, fameux antiquaire,
mort l'an 1700 , qui , à la faveur de quelques infcrip-
lions antiques , en donna la connoifl'ance au public.
Ce collège efl toujours appelle dans fes infcriptions,
colUgium magnum Silvani , le grand collège de Sil-
vain. On gardolt dans ce grand collège les dieux La-
res & les images des empereurs. On favoit bien par
le rapport de quelques auteurs, qu'on rendoit un culte
aux dieux Lares & aux images des empereurs ; mais
il n'étoit dit nulle part, qu'on les gardât au grand col-
lège de Silvain.
Le nombre de ceux qui compofoient ce grand col-
lège, alloit à plus de cent , félon une des infcriptions
qui rapporte tous leurs noms. Le chef de la confré-
ïie étoit Caius Julius-Elpidephoruç-Cyrinus, qui
, Si L
eft appelle patromisfodalidi , le patron de la confré-»
rie. Après lui venoient ceux qu'on appelloit immu"
ncs, au nombre de fix ; ce nom paroît n'exprimer guè-
re leur oiKce ëc leurs prérogatives ; mais d'autres Inf.
crlptions nous apprennent que ces immunes avoient
droit de facrificr dans les aliem.blées , & ce droit efl
qualifié dans une infcription A'immunitas. Après ces
immunes au nombre de fix , venoient les fodaUs ou
confrères , qui font quatre-vingt-douze, divilés par
décuries : or il cft à remarquer que ces décuries ne
comprenoient pas feulement dix perfbnnes , comme
le nom femble le fignlfier , mais quatorze , quinze ,
& quelquefois feize ; ce qui s'obferve aufTi dans d'au-
tres infcriptions , où il efl tait mention de collèges
dlffcrens de celui dont nous parlons.
D'autres Infcriptions qui rapportent les noms des
foldats romains, mettent en titre anturui , la centu-
rie , & en nomment bien au-delà de cent fur cha-
cune.
Après les quatre-vingt-douze confrères , on voit
dans un rang féparé les bas-ofhciers , qui y font ap-
pelles biatons au lieu de viatores ; le b mis pour v
confbnne fe trouve fi fouvent dans les infcriptions ,
qu'on ne s'y arrête plus. Ces biatores étolent deflinés
pour les commifTions 6c pour les emplois les plus bas.
Dans une autre infcription , T. Flavius Myrtillus-Ja-
nuarianus efl appelle fcnba collegù magni , fcribe ou
fecrétaire du grand collège.
Dans ce grand collège de Silvain & dans les autres
collèges , les confrères s'affembloient quelquefois
pour facrifîer ; on y failoit des fefllns à toute la trou-
pe. Ces collèges afTifloient auffi à la pompe ou pro-
cefTion qui fe faifoit tous les ans , & oii l'on portoit
les images des dieux & des empereurs. Le grand col^
lege de Silvain deftiné à garder ces images , y devoit
tenir un rang confidérable.
Les infcriptions romaines qui nous ont donné la
connoifTance de ce grand collège de Silvain , ne nous
apprennent pas en quel lieu de la ville fe faifoient
les afTemblées , ni où étoit l'édifice où l'on gardoit
les dieux Lares & les images des empereurs. Le lieu
où s'affembloient ceux qui compofoient le collège d&
Silvain de Paris , étoit apparemment dans le bois de
Vincennes , où a été trouvé ce monument , ou peut-
être dans quelque lieu voifin. L'infcription ne dit
autre chofe que ce que nous avons rapporté ci-def-
fùs ; mais comme il avoit été fait à l'exemple de ce-
lui de Rome , ce que nous avons dit du collège ro-
main doit lui convenir. Extrait du difcours de D. Ber-
nard de Montfaucon, inféré dans les Mém. des Infcript,
tom. XX. {p. J.)
SILFANE'CTES , & SILVANECTUM, ( Géog:
anc. ) ville de la Gaule beigique. Cette ville n'a point
été connue des anciens, ou ton nom efl étrangement
défiguré dans leurs livres. On ne fait fi fes habitans
font les Ulmanetes de Pline , /. If^. c, / 7. ou les Su-
manecles de Ptolomée.
La plupart des géographes croyent qu'il efl quef-
tlon,dans cet endroit de Ptolomée, des peuples ///v^-
necles. Ptolomée donne aux Sumanecîi une ville nom-
mée VxTova.yov , qui pourroit être la même chofe que
V Augujlomagus àzs anciens itinéraires , fi l'on vient à
convenir que les Sumantcles & les Silvanecles font le
même peuple. Les mêmes itinéraires placent Auguf-
tomagus entre Cœfaromagus &c Sueffiones , ce qui mon*
treroit que c'efl la ville de Senlis d'aujourd'hui , qui
efl appellée civitas Silvaneclum dans la notice des
provinces des Gaules.
Dans celle des dignités de l'empire , on lit : pra-
fecius Icctorum gentilium , Remos & Sdvane£las Belgls
fecundœ. L'on voit , par cette notice , que comme
le nom des peuples Rémi efl donné à la ville de
Rheims , de même le nom des peuples Silvanecict efl
employé j {eloQ IV^age de ce tems-ln , pour défigner
s I L
la capitale Jugi-fomagus , à-prcfent Senlis. Le roi
Guntheram le plaignit i\ Grégoire de Tours , qui lui
avoit ctc envoyé en ambaflade , de ce qu'on lui re-
tenoit ia part de la ville de Senlis : pars mea de urbc
Silvaneftcnli non rcddïiur.
M. de Valois croit que le nom de Silvancclcs n'eft
point latin , mais gaulois , & que ce n'eft que dans
les notices de l'empire , qu'on trouve pour la pre-
mière fois le nom de civitas Silvaneclum pour Senlis,
ainfi nommée àçjilva > parce qu\llc étoitau milieu
des bois. (i>./.)
SILVE , 1". f. ( Gram. & Lhtîrat. ) pièce de poéfie
faite d'enthoufiafme , fans préparation , fans médita-
tion , par fantaific , par boutade , de chaleur d'ima-
gination. Telles font les fihes de Stace.
SILVER-GROS , f. m. ( M<mnok. ) \q fdvtr-gros ^
c'eft-à-dire, XcfiU'cr-gros d'argent, ell une nionnoie
de compte , dont les marchands de Erefiau en Siléfie
fe fervent pour tenir leurs livres en écritures. Trente
Jilvcr-gros font la richedaler. Ricard. ( D. J.)
SILVES , ou SILVA , ( Géog. mod. ) petite ville de
Portugal , dans le royaumic des Algarves ,au nord-eil
de Lagos , un peu au-deffus du bord de la mer, &
dans une campagne admirable ; mais la ville n'en ell
ni plus peuplée ni plus riche. Aulîi l'évëché qu'elle
avoit a été transféré à Faro en i 590. Long. 51 . 8. latlt,
SILVLSTRE , f. f. {Teinture.') graine rouge qui
fert à la teinture. L'arbre qui la produit ne croît
qu'aux Indes occidentales : la graine fdvejire vient
particulièrement de Guatimala , la plus grande & la
plus fertile province de la nouvelle Elpagne.
SILVESTRERI , f. m. {Hiji, eccUf. ) religieux de
la congrégation de Saint Si/vcjire Gozzolam , d'une
famille noble d'Oimo dans la marche d'Ancone , &
fondateur de cet ordre.
SILFINIACUM, ou SILVINIACUS , (Géog.
anc. ) grande bourgade de France , aux confins du
Berry &C de l'Auvergne , dont elle paffoit pour être
la borne ; c'eft prélentem.ent Souvigny , entre Bour-
bon-l'Archambaut & Moulins. (D. J.)
SILFIl/M, ( Géog. anc.) ville d'Italie. L'itiné-
raire d'Antonin la place fur la route de Bénevent à
Tarente. Strabon donne Sdvlum aux Peuntii. Ses ha-
bitans font nommés Sylvini par Pline , /. ///. c xj .
Silvium , félon Holflein , étoit dans l'endroit où eil
à-préfent il Gorgolione. (Z>. J.)
SILURES LES , ( Geog. anc. ) Sduri , peuples de
la Grande Bretagne. Pline , /. ly. c. xvj. les étend
jufqu'à la mer d'Hibernie. Ptolomée, /. //. c. lij. qui
écrit Sylures , ne leur donne que la ville BuUœum ,
aujourd'hui Buelik ; mais félon l'itinéraire d'Anto-
nin , ils dévoient avoir encore Ariconium , Ifca Sl-
larum , Burium Bovium , & peut-être Gobannium. Le
même itinéraire leur donne aufîi Venta Sdurum , &
Magnce ou Magie,
Les Silures paroifTent être venus de l'Efpagne , en
pa!-tie à caufe de leur teint , qui étoit plus brun que
cehii des autres , de leurs cheveux courts & frifés ,
au lieu que les Bretons étoient naturellement blonds ,
&C à caille de leurs mœurs qui étoient un peu diffé-
rentes de celles des autres.
On fait d'ailleurs que les anciens Cantabres ou
Bllcayens , qui étoient fort appliqués à la naviga-
tion , envoyèrent des colonies dans l'île d'Irlande ,
& l'on prélume que les Sdures étoient des defcendans
de ces Cantabres traniplantés , qui avoient paffé dans
la grande ile de Bretagne 6c s'y étoient établis.
Oftorius gagna fur eux une viftoirc décifive, dans
laquelle il fit prifonnier leur roi , les frères , fes en-
fans , &c les envoya à Rome , fe flattant d'obtenir
l'honneur du triomphe. Caraftacus ayant été con-
duit chargé de chaînes devant l'empereur, lui parla
en ces termes , au rapport de Tacite.
S I M
199-
« Si ma modération n'avoit été aufîi grande que ma
» naillance ou ma propre fortune , Rome me verroit
» maintenant Ion allié 6c non Ion captif; & peut-être
» n'auroit-elle pas refufé de mettre au rang de fes amis,
» un prince qui commandoit à plulieurs peuples.
» L'état donc où je me trouve aujourd'hui , n'efî: pas
» moins indigne de moi qu'il eft glorieux pour vous.
» J'ai eu armes, chevaux, équipages, grandeur, reve-
»nus, foldats &; fujets. Aiufi ne trouvez point étran-
» ge , fi polfédant tovites ces chofes , qui font l'objet
» de l'adoration des hommes , j'ai tâché de les défen-
» dre aveccourage.Puifque vous vouliez tout avoir ,
» il falloit bien , ou me conferver par les armes ce
» que je poffédois , ou me réfoudre à tout perdre.
» Si je m'étois foumis baffement &c en lâche , votre
» gloire & mon infortune feroient enfeveliesdans un
» lilence éternel ; mais après avoir rendu votre nom
» fameux par ma défaite &par mes malheurs , fi vous
» me conlervez la vie , celle de mes frères & de mes
» enfans , nous ferons dans le monde im exemple
» mémorable , & qui ne périra jamais de votre clé-
» mence & de votre générofité »»
L'empereur Claude , touché de ce difcours plein
de force & de vérité , accorda le pardon à Carafta-
cus , & lui fit ôter à l'inftant fes chaînes , ainfi qu'à
fes frères & à fes enfans , & à tous les captifs de leur
fuite. Cependant il arriva , dans l'intervalle du voya-
ge de Caradtacus à Rome , que les Silures obtinrent
quelques avantages contre Oflorius. Irrités de ce
qu'on les menaçoit de les tranfporter dans un pays
étranger , comme on Tavoit pratiqué à l'égard des.
Sicambres , ils ne fongerent plus qu'à défendre una-
nimement leur liberté jufqu'à la mort. Bientôt après
ils taillèrent en pièces deux cohortes ronjaines, que
l'avarice des chefs & le defir du pillage avoient fait
engager trop avant dans leur pays. Enfuite ils tâchè-
rent de porter tous les autres peuples à fe foulever,
en les gratifiant de la plus grande partie des dépouilles
qu'ils avoient faites fur leurs ennemis. Oftorius m.ou-
rut de déplaifir de fe voir hors d'état de terminer
cette guerre. Aulus Didius qui lui fuccéda s'y piit
mieux , ou fut plus heureux. Il arrêta les progrès
des armes des Sduns , qui s'étoient déjà jettes fur
les frontières de la province Romaine. Enfin ils per-
dirent infenfiblement leurs avantages , & furent fou-
rnis par Frentinus. On voit par ce qui précède que
la défaite totale des Silures efl renvoyée fort au-de-
là du règne de Vefpafien, tems auquel quelques au-
teurs l'ont fixée. Lorfqu'on lit l'hilloire d'un peuple
brave qui préfère la mort à la fervitude, le cœur le
plus lâche s'intéreffe à fon fort , & lui fouhaite du
fuccès. Alors on quitte le parti des Romains, & l'on
s'enrôle parmi les honnêtes gens.
SILYS , ( Géog. anc. ) les Scythes , félon Pline ,
/. FI. c. /i, donnoient dans leur langue ce nom à
deux fleuves difFérens : favoir à celui que les Latins
appelloient Tunaïs , & qui faifoit la féparation de
l'Europe & de l'Afie , 6c au Jaxartes , qui tombe dans
la mer Hyrcanienne. Il ne faut donc pas s'étonner fî
les foldats d'Alexandre le grand , lorfqu'ils furent
arrivés fur le bord du Jaxartes ( Arrian. l. IV. c. xv!)^\
donnèrent à ce fleuve le nom de Tanaïs. D'ailleurs
Arrien dit que le Juxartes,ou Op^apTuc, félon le grec,
eft aulîi appelle Tanaïs ; car il connoit deux fleuves
de ce nom. Jornandès diftingue pareillement deux.
Tanaïs , l'un qui vient des monts liiphees , 6c tombe
dans les Palus méotides ; l'autre qui prend fa fource
dans les monts Chrinni , 6c fe perd dans la mer Caf-
pienne. A'oyu^ Tanaïs & Jaxartes. (/?. ./• )
SIM A , ( Arcliit. rorn. ) la grande cimaife, il y ai-
deux fortes de àniai/es , l'une droite 6c l'autre ren-
verfée ; c'eft cette dernière qui ef^ \e/îrn.t des Latins ^)
& que nous appelions gueule en françois. {D. J.)
SIMADIRI , C Ht/l. de régi. greq. ) nom que ki
20O
S I M
Grecs modernes donnent ;\ une planche longue de
trois à quatre pics, large de cinq àlix pouces ,ta;llce
en talus , & qui elt d'ufagc pour appeller le peuple
ù la prière ; elle Icrt de cloche aux chrétiens grecs.
Le caloy^r ou le papas tient XafimaJln d'une main à
la porte de l'églile , &: de l'autre il frappe deffus à
coups de maillet redoublés , ce qui fait un bruit qu'on
entend d'aile/, loin. C'eil , dit la Guillctierc , un
plallir au jour de fête , do voir dans quelques en-
droits les cnfans des papas battre kjîmadiri en mu-
fiquc. (Z?. /.)
SlM.ï.rH(7S , ( Gcoc^. anc. ) félon Ptolomée &
Ovide : Simctos{c\on Vibius Sequelkr ; & Symathus
félon Strabon , Thucydide &C Pline. C'eft le nom
d'un fleuve de Sicile , qui , à ce que croit Cluvier ,
faifoit la borne entre les Leontini 6c le territoire de
Catane. Ptolomée , l. Ul. c. iv. marque mal-à-pro-
pos l'embouchure de ce fleuve entre Catane & Tau-
Tomcntitm ; car Thucydide, /. Vl.p. ^55. met le
fleuve Syniœthus auprès du territoire, ou même dans
le territoire des Leontini. Scryius , ad œneid. l. IX.
V. S84. dit que le tlcuve Symai/ius couloit aux: envi-
rons de Piilica , ce qui eil confirmé par Vibius Se-
quefler : or les Leontini &C Palica étoient au midi de
Catane ,au lieu que Tauromenium étoit vers le nord.
Le nom moderne , félon Fazel, cUSanto-Pau/o ; La-
larcrtû félon Léander , & JarrettA félon d'autres.
SIM.A^ISE. Voyei Cymaise.
SIMANCAS , ( Gîog. mod. ) en latin Scptimanca ,
petite ville d'Efpagne , au royaume de Léon , fur le
Doiiéro , à trois lieues au midi de Valladohd , avec
un château fortifié. Lona. /j. ^j. latit. ^/. 4.5.
SIMARE , f. f. ( hahit des Romains. ) en latin fyr-
ma. Foyci Symare. Mais une^mare d'eccléfiaftique
ell une efpece de robe de chambre , que les prélats
mettent quelquefois par deffus leur foutane. (Z). /.)
SIMAROUBA , f. m. ( Botan. exot. ) écorce d'un
arbre inconnu jufqu'à préfent , qui croît dans la
Guiane, & que les habitans onx.a^'^t[\c<iJimarouba.
Elle efl d'un blanc jaunâtre , fans odeur , d'un goût
un peu amer , compofée de fibres pliantes , attachée
au bois blanc , léger & infipide des racines , des fou-
ches & des troncs , defqueîs on la fépare aifément.
Le fimarouba eil: compofé de gomme réfineuie ,
d'un goût qui n'eft pas defagréable. Il fortifie l'eflo-
mac par fa légère amertume. Il appaife les douleurs
& les tranchées par fes parties balfamiques & onc-
tueufes , qui le connoilfent par la couleur laiteufe
que cette^écorce donne à l'eau dans laquelle on la
fait bouillir. Il arrête les hémorragies & les flux de
ventre , par fa vertu aftringente & vulnéraire.
Cette écorce eft arrivée pour la première fois dans
nos ports l'an 1713. On l'avoit envoyée de Guiane ,
cil elle eft fort en ulage pour les flux de ventre diffen-
tériques.
Elle convient fur-tout dans les flux de ventre fé-
reux , bilieux , fanguinolens & muqueux ,où cepen-
dant il n'y a point de fièvre ni de dérangement d'ef-
tomac ; pour lors le fimarouba fe donne avec grand
fuccès , foit en décodion jufqu'à deux drachmes
dans deux livres d'eau , foit en poudre ratifiée , à la
doie de demi-drachme , dont on fait deux ou trois
bolcs avec du lyrop de capillaire. Cette écorce a une
excellente vertu antifpaimodique, flomachique , &
légèrement narcotique, ^oy^-^ la mim. de tacad. des
fcienc. ann. tyn) & /7J2. CD. J.^
SIMAU ou MMAUM , ( Géog. mod.) petite ville
de la Turquie afiatique , dans l'Anatolie , près de la
rivière de Sangari , à quatorze lieues de Nicée.
(Z>. J.)
SIMBALATH, f. m. (^Mai. médic.desj4rabes.') nom
donné par Avicennes & autres arabes , au nard cel-
S I M
tique , & non pas au nard indien , comme on le pré-
tend communément ; car Avicenne dit que c'eft le
nard européen , nardus romani orbis ; 6c après en
avoir parlé , il mentionne plufieurs nards d'Afie, qui
font les narcls indiens.
SIMAIRSKA , (Géog. mod.) ville de l'empire ruf-
fien , au royaume d' Aftracan , entre cotte ville &C Ca-
fan , furie Wolga, aupaysdesTartares nogais. Long,
6 G. lat.S4.Ji.
SIMBLEAU, f. m. [Archit^ ou plutôt cingleau ^
par corruption du latin cingulnm , un cordon ; c'eiî
le cordeau q\ti fert à tracer les arcs de cercle d'une
étendue plus grande que les branches des plus grands
compas foit à branches , foit à verges. Les meilleurs
fimbU.iux font des chaînettes qui ne font pas i"u jettes
à s'allonger comme les cordes.
On appelle di\\^\ fimbkau une perche immobile par
un de fes bouts , qui fert à tracer un grand arc de
cercle.
SIMBLOT, f. m. {Mamifacl.) c'cft" un aflîemblage
de quantité de petites ficelles, qui font au côté droit
du métier que le fabriquant a monté pour faire une
étolfe figurée. Ces ficelles, qui palTent fur les poulies
du caflîn , & qui répondent aux liffes ,font en nom-
bre égal aux fils de la chaîne auxquels elles font atta-
chés, enforte que lorfque le tireur en tire quelqu'une,
il s'élève autant de fils , à- travers defqueîs l'ouvrier
peut pafTer fon efpoulin. Pour favoir quelles ficelles
doivent fe tirer , on y a lu auparavant le deflTein ,
c'eft à-dire , qvi'on y a pafle fucceffivement autant de
petites cordes à noeuds coulans que le lifeur en a
nommé. C'eft cette leclure du deffcin qui eft ce qu'il
y a de plus curieux , 6c aufTi de plus difficile dans la
monture de ces fortes de métiers , & l'on a befoin
pour cela des plus habiles ouvriers , furtout fi le
deffein eft beaucoup chargé. Diclionn. de Commerce.
(D. J.)
SIMBOR, f. m. (Hijl. nat. Bot.) plante fingullere
des Indes orientales , qui reffemble aux cornes d'un
élan. Elle croît fur les bords de la mer ; au lieu de
racine elle paroit ibrtir d'une fubftance mollaffe 6c
fongueufe ; elle n'a pas befoin d'être mife en terre
pour prendre , on n'a qu'à la placer fur une pierre
ou dans le creux d'un arbre où elle reçoive de l'hu-
midité. Cette plante eft toujours verte ; fes feuilles
reffemblent à celles des lis blancs ; elles font vif-
queufes 6c d'un goût amer. On les regarde comme
émollientes , réfokitives, laxatives, 6c propres à tuer
les vers.
SIMBOR-MAGIANAM , (Botan. exot.) nom d'u-
ne plante des Indes , qui croît dans l'île de Java ,
près de la mer , 6c dans le royaume de Bantam. Il
eft ridicule à Bontius d'en parler , & de n'en avoir
pas donné la defciiption. (D. J.)
SÎMBRUINA STAGNA , ( Gcog. anc. ) lacs d'I-
talie , dans le Latium. L'Anio , félon Pline , /. ///.
c. xij. traverfoit trois lacs fort agréables, dont il por-
toit les eaux dans le Tibre ; & ces lacs avoient don-
né le nom à un lieu appelle Suhlaquium. Ces mêmes
lacs font les SimbruinaStagna deTacite, Ann. /, XIF.
c. xxij. qui dit que Néron étant aflls à table près des
étangs fimbr-uins , dans un lieu nommé Sublaqueum ,
la foudre renverfa fa table , & frappa fes viandes. II
ajoute que cet accident arriva fur les confins du Ti-
bur.
SIMELIUM, f. m. (Hljl. anc.) eft un terme latin
qui fignifie un médailler , ou une planche., qui a plu-
fieurs petites cavités pour y arranger des médailles
par ordre chronologique. Foyci;^ Médailles £•
Suite.
Ce mot eft mal écrit ; ce devroit plutôt être ci-
melium., qui eft formé du grec mi/jnXicv , curiofués ou
cabinet des chofcs précieufcs. Nous difons plus ordi-
nairement un médailler qu'un cinulïum.
SIM-
^
I M
M
^o
SIMENIE, {Géog. anc. ) peuples de la grande-
Bretagne. Ptolomée , /. II. c. HJ. leur donne une ville
nomrnée ^ema. Il y en a qui croient que ces peuples
font les habitans de l'Hantshire ; mais Camden foup-
çonne qu'il faut lire dans Ptolomée Iceni , au lieu de
Simcrii. (Z), /.)
SIMIA , {^Chimie.) c'eft le nom que les Arabes mo-
dernes donnent à une partie de la chimie prife dans
fa plus ample fignincation : car, félon les idées les
plus communes parmi eux , Ih cnimie proprement
dite , ne s'exerce que fur les fucs & fur les eflences
des plantes , quoique , par extenfion , elle compren-
ne la préparation des métaux & des minéraux , qui
font particulièrement l'objet de ce que les Arabes
appellent /w//î. Cependant lorfqu'ils parlent de la
chimie en général , & des merveilleux-eiiets qu'elle
produit , ils joignent toujours les mots de kimia &
àtfîmia , pour comprendre toutes les opérations que
l'on fait par le moyen du feu , tant fur les métaux
& les minéraux , que fur les animaux & les plantes.
Ils donnent aufli le nom à^ jimia àim autre art ,
qui à pour objet les noms & les nombres , dont on
tire une efpece de divination , de la même manière
que des points & des lignes , par le moyen de la
géomancie. Cette fcience des noms va bien loin ,
parce qu'elle comprend aufli celle des noms des ef-
prits , & leur invocation ; &; dans le livre intitulé
Idtah alanwar , le livre des lumières , on trouve 28
àîphabets de la fimia pour fiiire des talifmans , afin
d'attirer les efprits , & d'en tirer divers ufages ; de
forte au'ils définiflent cette fcience , l'art de connoî-
tre les efprits fupérieurs , & de faire deicendre juf-
qu'à nous leurs vettus , pour obtenir ce que nous
defirons.
Le mot A^fimia vient des mots arabes fam &c fa-
mat , qui fignifient les veines d'or & d'argent qui fe
trouvent dans les mines. Les Arabes attribuent l'in-
vention de hijlmia à Ammonius, & celle de la kimia
ou chimie proprement dite, à Kirum ou Carum ,
c'eft-à-dire à Chiron le centaure , précepteur d'A-
chile, qu'ils prétendent , félon M. d'Herbelot, n'être
autre chofe que le coré de Moïié. /^o/£{fes articles
Simia & Kimia. (Z?. /.)
SIMILAIRE , NOMBRE , (Jrihmét.) le nombre fi-
milairt efl: la même chofe g^\z\q nombre proportionnel.
Les nombres plansy?/;a7a/w,font ceux qui font des rec-
tangles proportionnels ; par exemple , 6 multiplié
par i , & iz multiplié par 4, dont l'un produit iz ,
& l'autre 48 , font des nombres _/zwi7a/r<;5. Les nom-
bres (oXiàes Jim H aires , l'ont ceux qui font de parallé-
lépipèdes reftanglesy?//2i/û//£^. (Z). /.)
Similaire, adj. {Phyfique.') corps Jîmilaires fe dit
de deux corps comparés l'un à l'autre, qui ont, oi^ qui
font cenfés avoir des particules de même efpece &
de même nature , comme deux monceaux d'or, deux
monceaux de plomb , &c. au-contraire un monceau
d'or & un monceau dé plomb font des corps diffhni-
laires.
Similaire fe dit aufli en parlant d'im même corps ,
dont les parties font aufli toute's de la même nature.
On les appelle autrement homogènes ;'à\'(\{\ l'eau eflun
fluide homogène ovjîmilnire. Au-contraire l'air, dont
les parties n'ont pas toutes la même denfité , eft un
fluide hétérogène 6c non fimilaire. A'oyi'^ Homogè-
ne «S* Hétérogène. (O)
Similaire , lumière Jimilaire ., félon M. Neuton ,
eft celle dont les rayons font également réfrangibles.
Il l'appelle encore lumière fimpU & homogène. Telle
efl: , par exemple , la lumière rouge primitive , qui
cfl:unfaifceaudc rayons tous également réfrangibles;
au-contraire , la lumière blanche ell un compoie de
rayons de diverics couleurs , dont les réfrangibi-
lités font différentes, /^oj't'j Rayon , Refrangibi-
LiTÉ , Couleur, Oc. (O)
Tome X K.
Similaires î en Anatomie ^ font les parties dii
corps qui au premier coup d'œil paroiflTent être com-
polées de parties femblables ou de même contexture
nature 6<: formation. Voyf^ Partîe.
On en compte ordinairement de dix fortes ; favoir,
les os , les cartilages, les ligamens, les membranes ,
les fibres , les nerfs , les artères , les veines , la
chair , &; la peau : on peut les voir chacune fous
Ion article particulier, &c.
Le doôeur Grew remarque dans fon anatomie des
plantes., qu'elles ont pareillement leurs ^^^xi\^% jîmi-
laires & organiques. Foye^^ PLANTE.
SIMILE ou A SIMILI, {Litérat.) lieu commun
en rhétorique , par lequel on tire des preuves ou des
argumens de la convenance que deux ou plufieurs
chofes ont entre elles. Tel efl cet argument du p.
Bourdaloue fur la providence. « Le mondain croit
» qu'un état ne peut être bien gouverné que par la
» fageflTe & le confeil d'un prince. Il croit qu'une
» maifon ne peut fubfifter fans la vigilance & l'é-'
» conomie d'un père de famille. Il croit qu'un vail-
» feau ne peut être bien conduit fans l'attention &
» l'habileté d'un pilote : & quand il voit ce vaifl^eau
» voguer en pleine mer, cette famille bien réglée,
» ce royaume dans l'ordre & dans la paix, il conclut
» fans héfiter , qu'il y a un efprit , une intelligence
» qui y préflde. Mais il prétend raifonner tout au-
» trement à l'égard du monde entier; & il veut que
» fans providence , fans prudence , fîîns intelligen-
» ce , par un effet du hafard , ce grand & vafte uni-
» vers fe maintienne dans l'ordre merveilleux où '
» nous le voyons. N'eft-ce pas aller contre fes pro-
» près lumières & contredire fa raifon ? Carême de
Bourdal. t. II. p. ^o^.
SIMILITUDE ou RESSEMBLANCE , f. f. en Mé^
taphyjïque , c'efl l'identité des chofes qui fervent à
diftinguer les êtres entre eux. Les êtres ne peuvent
être difcernés que par certaines propriétés intrinfe-
ques ; mais ces propriétés ne fauroient être connues
& déterminées qu'en les comparant avec celles qui
fe trouvent dans d'autres êtres. Il n'y a que cette
voie qui mette en état d'expliquer la différence de
ces propriétés. Quand on n'y en remarque aucune ,
les objets font cenfés parfaitement femblables. Le-
vez le plan de deux édifices; fi leur difpofition &
leurs dimenfions font ablblument pareilles, ces deux
plans font les mêmes; & à moins que de les numé-
roter , vous ne faurez à quel édifice chacun d'eux fe
rapporte , ou plutôt il vous fera indifférent de le fa-
voir.
La quantité peut différer ou être la même dans les
chofes femblables. Quand elle diffère , on fe fert de
cette difproportion de chofes femblables pour lesdif-
tinguer.
L'identité de quantité fait ce qu'on appelle égalitéy
dont voye^ l'article ; & la fimilitude porte fur tout
ce quin'eft pas quantité dans les êtres. Léibnitz qui
a donné le premier une idée diflindbe de la fimilitudcy
définit les chofes femblables: ea qiiœ non pojfiint difUn-
guinijîper comprcefentiam. Mais ce terme de comprxj'^n-
tia aura quelque chofe d'obfcur & de trop refferré,
fi on le reftreint à la préfence des objets qui s'offrent
à-la-fois à nos fens. Pour rendre l'expreffion de Léib-
nitz jufte , & fon idée véritable , il faut étendre la
compréience à la pofubilité d'appliquer non-feule-
ment les objets l'un fur l'autre , mais encore A celle
de comparer fucceffiveircnt deux objets, l'un pré-
fent , & l'autre abfent , à un troifieme , qui ferve de
mcfure & de proportion commune.
Si deux ou plufieurs objets reflcmblans font pré-
fens à-la-fois , la place que chacun d'eux occupe , le
diftingue des autres. S'ils ne s'offrent pas aux f^-ns
en même tcms , on procède à l'égard de ceux qui dif-
férent en quantité , par la voie de comparailbn à
Ce
202 S I M
quelque mefure qui s'applique luccefîivement à l'ob-
jet préfent, à l'objet ableiit. Sinon on a recours aux
raifons extrinleques , prilcs de divers tems &_de di-
vers lieux dans Iclqucls ces objets ont exiltc & cxil-
tcnt.
Les chofes entre Icfquelles on ne peut fadir d'au-
tres différences intrinsèques , que celle de la quan-
tité, paroilVent donc lemblables , & ontla rncme el-
fence , auRî-bicn que les mômes déterminations. La
fimiiuudc n'a lieu qu'entre des êtres, qui appartien-
nent à la même elpece , ou du moins au même genre,
& elle ne s'étend pas au-delà des bornes de la notion
commune, Ibus laquelle les choies femblabies l'ont
compriles Une montre d'or , d'argent , de cuivre ,
font lemblables, entant que montres compolées de
rouages &: de reflbrts qui font aller l'aiguille fur le ca-
dran^des heu&es. Voilà leur notion commune , &:
leur reffemblancc ne va pas plus loin. La matière ,
la "roûeur , le poids , la façon font autant de chofes
qui peuvent varier. 11 eft vrai qu'à mefure qu'elles
s'accordent , X^fimïlïtuii augmente jufqu'à ce qu'elle
foit parfaite par le concours de toutes les choies qui
fervent à dillmguer les êtres.
Or , il ell manifelle qu'il ne fauroit y avoir une
fuite manifefte des caufes ; car la dernière caufe avi-
gmcnteroit la fuite en produifant Ion eftet.
Pour les mathématiciens, ils appellent //z/«i tout
ce qui furpaffe le fini i c'eft-à-dire , tout ce qui peut
être exprimé ou mefure en nombre, dt anïcU cjl tiré
des papiers de M. Formey.
Similitude, f. f. enJnthméùque^GêomîirUydzc.
fionifîe la relation que deux àioksJcmblabUs ont en-
fembie. ^^j^{ Semblable.
Similitude , ÇPJiàor.) hfmi/hude eu. une figure
par laquelle on tâche de rendre une chofe fenlible
par une autre toute différente.
Les rhéteurs s'en fervent ou pour prouver , ou
pour orner , ou pour rendre le difcours plus clair &
plus agréable. QuintiUen, que je confulte comme un
guide propre à nous conduire dans les ouvrages d'ef-
prit , dit que \qs firriUitudcs ont été inventées les unes
pour fervir de preuve des chofes dont on traite, les
autres pour éclaircir les matières douteufes.
La première règle qu'il donne à ce fujet eft de ne
pas apporter pour éclairciffement une chofe qui ell
peu connue ; parce que ce qui doit éclairer & don-
ner du jour à une chofe , doit avoir plus de clarté que
la chofe même. C'eil pourquoi , dit-il , laifibns aux
poètes les comparaifons favantes & peu connues.
La féconde règle eft que les Jînnhtudcs ne doivent
pas être triviales ; car plus elles paroillent neuves ,
plus elles caufent d'admiration.
La troifieme règle efc que l'on ne doit point em-
ployer des chofes fauffes v)OiirJîmil:tudts.
Quelquefois hjimiluudc précède la chofe , ou la
choie précède la Jimilitudc ; quelquefois aufil, elle ell
libre & détachée : mais elle eft plus agréable quand
elle cil jointe avec la chofe dont elle ell l'image , par
un lien qui les embraife toutes deux, ôc qui fait qu'el-
les fe répondent réciproquement.
Une quatrième règle que j'ajoute à celles de Quin-
tilicn , c'ell que dans \zs fimiluudis l'cfprit dc/it tou-
jours gagner , &: jamais perdre ; car elles doivent
toujours ajouter quelque chofe , faire voir la chofe
plus grande , ou , s'il ne s'agit pas de grandeur , plus
fiiie & plus délicate ; mais il faut bien le donner de
garde de montrer à l'ame un rappçrt dans le bas, car
tile fe le feroit caché , fi elle l'avoit découvert.
La cinquième règle , c'ell que l'efprit doit réunir
dans {QsfimiUtudes tout ce qui peut frapper agréable-
ment l'imagination ; mais afin que la refiémblance
dans les idées fcit ipiriîuclle , il laut que le rapport
ne faute pas d'abord aux yeux , car il ne iurprendroit
point j 6c la furpnfe cil de l'ciicnce de l'eipvit. Si l'on
S î M
coniparoit la blancheur d'un objet à celle du lait ou
de la neige , il n'y auroit point d'elprit dans cette /?-
militudc , à-moins qu'on n'appcrçût quelque rapport
plus éloigné entre ces deux idées capable d'exciter
la iiupriié. Lorfqu'un poëte nous dit que le fein de
fi maîtreife eit aulfi blanc que la neige , il n'y a point
d'elprit dans cette comparaifon ; mais lorfqu'il ajoute
avec un loupir, qu'il ell d'ailleurs aulTi froid , voilà
qui efl fpirituel. Tout le monde peut fe rappeller
des exemples de cette efpece : ainii la fimilitude doit
frapper par quelque pcnfée nouvelle , fine , & qui
caufe une efpece de lurprlfe.
Entre tant de h^WQ^JùniUtudes que j'ai lu dans les
orateurs , & les poètes anciens & modernes , je n'en
citerai qu'nne i'eule qui me charme par fa noble fim-
plicité ; c'efl celle de M. Godeau dans fa paraphrafe
du premier pfeaume de David :
Comme fur le bord des ruiffeaux
Un grand arbr$ planté des mains de la nature ,
Malgré le ahaud brûlant confervefa verdure ,
Et de fruits tous les ans enrichit fes rameaux :'
Ainfi cet homme heureux fleurira dans le monde ;
IL ne trouvera, rien qui trouble fes plaifirs ,
Et qui confamtnent ne réponde
A fis nobUs projets , àfesjujles deflrs.
Après avoir parlé de la fimilitude en rhéteur , il
faut bien que j'en dife un mot comme philofophe ;
je crois donc dès que le langage fut devenu un art,
l'apologue fe réduifità une {\m.-^\QfimiUtudî.Qn cher-
cha à rendre par-là le difcours plus concis & puis
court. En effet , le fujet étant toujours préfent, il
n'étoit plus nécelTaire d'en faire d'application for-
melle. Ces paroles de Jérémie, chap. ij, i6\ qui tien-
nent le milieu entre l'apologue & Idifimilitude , &qui
par coniequent participent de la nature des deux,
nous font connoître avec quelle facilité l'apologue
s'eil réduit à x-inefimilitude. « Le Seigneur t'a appel-
» lé un olivier verd , beau & bon : il le mettra au feu
'> avec irrand bruit, & en brifera les branches ».
On peut ajouter que \àjimiHtude répond aux mar-
ques ou carafteres de l'écriture chinoile ; & que.
comme ces marques ont produit la méthode abrégée
des lettres alphabétiques , de même auiîî pour rendre
le dllcours plus coulant & plus élégant , [afimilitude
a produit la métaphore, qui n'ell autre chofe qu'une
fimilitude en petit ; car les hommes étant auili habi-
tués qu'ils le font aux objets matériels , ont toujours
eu befoin d'images fenfibles pour communiquer leurs
idées abftraites.
Les degrés par lefquels \-afimilitude s'ell réduite en
métaphore, lont faciles à remarquer par une perConne
qui fe donnera la peine de lire attentivement les
écrits des prophètes. Rien n'y ell plus ordinaire que
le langage entremêlé àQfimiUtiid£s6c de métaphores.
A peine quittent-ils la fimilitude^ qu'ils reprennent
la métaphore. Voilà donc les viciiîîtudcs du langage,
l'apologie le rédulfit à \z fimilitude , \^ fimilitude fit
naître la métaphore ; les orateurs les employèrent
pour l'ornement de leurs difcours , & finirent par en
abufer. ( Le chevalier DE J AU COURT.)
SIMILOR , f. m, ^Métallurgie.) on nomme ainfi à
Paris le zink fondu avec le cuivre rouge , qui donne
au cuivre une couleur jaune plus ou moins foncée,
félon les différentes proportions du zink & du cuivre
qu'on aura employé. ( Z?. /. )
SIMIO ou SIMIOS , ( Géog. mod.) par les anciens
Grecs & Latins Syme , dont on peut voir l'article.
Simio eil une île de l'Archipel , entre celle de Rhodes
& le cap Crio , à 4 ou 5 lieues de la première oueft-
nord-ouell , à 3 au nord de l'ilc Lamonia , &: à 2 au
midi du continent de l'Anatolle. Porcachi & Bolchi-
no lui donnçnt 30 milles de circuit. Elle a deux ports.
s I M
dont le plus feptcntrional , fort large d'entrcc , eft le
meilîeur.
Cette île efl habitée par des grecs qui font dreffes
à plonger , & qui pèchent adroitement au fond de
la mer une g.rande quantité d'épongés qui fe trouvent
dans les environs. On bâtit auffi à Simio de petites
Ûjftcs fort jolies , de neuf bancs ou rames ; ces fré-
gates , qu'on z'^'^'dlejimpequirs , font fi légères à la
voile ÔC à la rame que les corfaires ne les peuvent
attraper , enlbrte que les infulaires navigent conti-
nuellement pendant l'été d'un lieu à l'autre pour leur
commerce. En hiver , ils reviennent dans leur rocher
avec le gain qu'ils ont fait par leur trafic. Je dis ro-
cher, parce que c'eft ainfi que quelques géographes
nomment cette île. Elle nourrit cependant grande
quantité de chèvres , & de plus elle produit de très-
bon vin. Elle étoit même autrefois célèbre par fa fer-
tilité en blé & en grains. (D. J.)
SîMISO ou AMID , ( Géog. mod. ) par les anciens
Amïfus ; ville de la Turquie aiiatique dans l'Anato-
lie , fur le bord de la mer Noire , par les ^4. 20. di
Longit. & par les ^o. 30. de latït. ( Z>. /. )
SIMMEREN , {Géog. mod.) petite ville d'Allema-
gne dans le bas Palatinat , à 10 lieues au couchant de
Mayence ; elle appartient à l'éleÛeur Palatin. Long.
ai. 8. laut. 4^9. 54. (^D. J.)
SIMOIS , {Géog. a/ic.) fleuve de l'Afie mineure
dans la petite Phrygie. Il prenoit fa fource au mont
Ida , & le jettoit dans le Xanthus , félon Pline, /. r.
c.xxx. Virgile , ^nud. L. V. v.ï€:l. donne au fleuve
Simois l'épithete de rapide, parce que ce n'étoit pro-
prement qu'un torrent ,
yiclor apud rapidum Simocntafub Ilio alto.
Dans un autre endroit le même poëte dit que Vé-
nus accoucha d'Enée fur le bord du Simoïs.
Tune itU ^neus qmm dardanio Anchife
Aima yenus Phrygii genuh Simoentis ad undam.
1^. Simois., fleuve de l'île de Sicile. Strabon , /ii^.
XIll.p- G08. rapporte que félon quelques-uns Enée
étant arrivé à v£gty?a ou Sigtfla , donna les noms de
Scamander & de Simois ou Simoeis à deux fleuves qui
couloient aux environs de cette ville, ht Simois cou-
loit à la droite ^ &: fe joignoit au Scamander a.vant que
ce fleuve mouillât la ville de Segefîa.
3°. Simois , fleuve de l'Epire , félon Virgile, JEneid.
2. m. verf. ^o^. qui lui donne l'épithete as. falfus:
falji SimOQnùs ad undam.
De ces trois fleuves , le plus fameux efl: le Simois
de la Troade ou de la petite Phrygie , qui , dans les
écrits des poètes, efl: prefque toujours joint au Xan-
ihe , parce qu'ils ont la même origine. Cependant ,
malgré leur célébrité , ces deux rivières font fi peu
larges , qu'elles tariflent fouvent en été. Sortant &
defcendant l'une & l'autre du mont Ida , elles s'unif-
fent au-deflbus du lieu où étoit Troyc , forment un
grand marais , paflent de nos jours par deflbus un
pont de bois appuyé fur quelques pilliers de pierre ,
& s'embouchent dans l'Hellefpont (détroit des Dar-
danelles ) environ une demi-lieue au-deflbus du cap
Gieanizzari , (autrefois nommé U promontoire Sigéè) ,
près du nouveau château d'Afie ; j'entends le château
neuf des Dardanelles bâti par Mahomet IV. à l'en-
trée du détroit, & dont il efl une des portes. (Z>./.)
SIMON , voyei Dauphin.
SIMONIAQUE , adj. & f. (Gram.) qui efl coupa-
ble de fimonie.
SIMONIE, f f. ( Gram. & Junfpntd. ) cft le crime
que commettent ceux qui trafiquent des chofes fa-
crées ou bénéfices, connue en vendant les facre-
mens , la nomination ëi collation des bénéfices ,
l'entrée en religion*
Tome X y
S I M
203
Ce crime a été alnfi nommé de Simon le magicien,
dont il efl parlé dans les aftes des apôtres , qui vou-
lut acheter avec de l'argent la puiflance de faire des
miracles.
\^^ fimonie efl mentale , conventionnelle ou réelle.
La première cft celle qui efl demeurée dans les
bornes d'une fimple penfee»
La féconde efl celle qui a été Convenue , fans être
fuivie de payement.
La troilieme efl; celle où le payement a fuivi la
convention , foit qu'il ait précédé , ou fuivi ou ac-
compagné la conceflion du bénéfice ou autre chofe
fpiriîuelle.
\j3i fimonie réelle fe commet aufll à manu , ab obft-
quio , &z à lingud ; à manu , foit en donnant de l'ar -,
gent ou autre chofe temporelle , ou en remettant une
dette ; ab obfcqui9 ., en rendant des fervîces tempo-
rels au collateur pour avoir un bénéfice ; à Unguâ ,
par la flatterie , la faveur & la recommandation.
Quoiqu'il foit détendu en général de rien exiger
pour i'adminiilration des facremens & autres chofes
fpirituelles , & pour la collation des bénéfices , néan-
moins des lois eccléfiaftiques & civiles autorifent les
miniflres de l'Eghfe à recevoir pour leur fubfif-
tancc certaines rétributions pour les mefîes , pour
les mariages , fépultures , pour les provifions des
bénéfices , &c.
Il efl aufli permis à certaines communautés qui ne
font pas fuffilamment fondées de recevoir des dots
pour l'entrée en religion. Foye^Y>OT 6" Religieux.
hdi fimonie fe couvre de tant de détours, qu'il ell-
fouvent diflicile de la prouver, d'autant même que
l'on n'en admet pas la preuve par témoins , à-moins
qu'il n'y en ait un commencement de preuve pair
écrit , mais elle n'en efl pas moins criminelle.
Les conciles &; les papes fe font toujours élevés
contre les fimoniaques ; le chap. cum detcjlabile les
déclare excommuniés ipfo facio , de quelque Qua-
lité qu'ils foient , & tous ceux qui y ont eu part.
Ceux qui ont été ordonnés par fimonie , font dé-
clarés fufpens & interdits.
Les provifions des bénéfices obteïiues par cette
voie , font nulles de plein droit ; mais il n'y a qu^e la
yFmo/zie conventionnelle ou réelle à manu, qui donne
lieu au dévolut.
Les fimoniaques ne peuvent point s'aider de la
pofleflion triennale.
Les juges d'églife connoiflent de \z fimonie com-
mife par les eccléfiafliques , mais les juges royaux
font îeuls compétens pour procéder contre les laï-
ques qui fe trouvent coupables & participans de ce
crime ; de forte que s'il s'en trouve quelques -uns
d'impliqués avec des eccléfiafliques , l'oflicial doit les
renvoyer devant le juge royal , autrement il y auroit
abus.
Les juges royaux peuvent néanmoins connoître
de la fimonie commife par un eccléfiaflique , inci-
demment à une complainte.
Il n'y a que le pape qui puifle difpenfer de Va fimo-
nie volontaire ; mais l'évêque peut difpenfer de celle
qui a été commife à l'infu du pourvu , après néan-
moins que celui-ci a donné la démiflion pure & fim-
ple entre les mains de l'évêque.
Quand hi fimonie efl occulte , il faut fe pourvoir k
la pénitencerie de Rome ou par devers l'évêque ;
mais quand elle efl volontaire 6c notoire , il faut fe
pourvoir à la daterie de Rome.
La dilpenle doit être adreflee à l'évêque du lieu
où efl le bénéfice.
Quant aux fruits perçus , le confelfeur en peut
faire reniife on tout ou partie , félon la dilpcnle 6c la
pauvreté du bénéficier.
Si celui-ci a ignoré la /^//ion/^ commife par un tiers,
fa defl'çrte & fa bonne foi peuvent l'exempter de la
C c ij
204 SIM"
r^lVitution , au-moins de la plus grande paiùe.'
Mais dans quelque cas que ce ioit , le pourvu par
Jimonu doit faire une dcmiluon pure & ûmple entre
les mains du coUateur ortlinaire , iauf i\ obtenir de
nouvelles provilions , f» le coilatcur juge à-propos de
lui en accorder.
On dit comi-nunémcnt que la confidence cfl la fille
tle \à Jimonïi. /'.^/e^ CONFIDENCE. Voyci?M-x.dccic-
talcs le titre dcjhnon. le iraïtc. de M. de Launoy ,
Vanefpen , Pontas , de Ste Beuve , d'Héricourt , Fuet,
de la Combe , & les mots Dot , Pension , Permu-
tation, Honoraires. {A)
SIMONIENS,r.m. ( Hift. eccléf.) hérétiques fec-
tateurs de Simon le magicien , & par conféquent les
plus anciens qui ayent paru dans l'Eglile chrétienne.
Simon le magicien leur chef, famaritainde nation,
ne reconnoillbit point Jefus - Chrift comme fils de
Dieu , mais il le confidéroit comme fon rival , &
prctendoit être lui-mcme le Chiill. 11 ne croyoit ni
falut, ni rcfurreftion de la chair, mais une fimplc
réfurredion de Tamc. Il enfeignoit qu'on ne devoit
point fe mettre en peine des bonnes œuvres ; que
toutes les aftions étoient indifférentes par elles-mê-
mes , & que la diftindion des bonnes & des mau-
vaifes n'avoit été introduite que par les anges pour
s'affujettir les hommes. Il rejettoit la loi donnée à
Moïfe,& difoit qu'il étoit venu TaboUr. Il attribuoit
l'ancien Teftament aux anges , & quoiqu'il fe décla-
rfit par-tout leur ennemi , il leur rendoit néanmoins
un culte idolâtre , prétendant qu'on ne pouvoit être
fauve fans offrir au fouverain Père des facrifices abo-
minables par le moyen des principautés qu'il plaçoit
dans chaque ciel ; & il leur oftroit des facrifices ,
non pour obtenir d'eux quelqu'afiiftance , mais pour
empêcher qu'ils ne s'oppofaflcnt aux hommes.
Ses feftateurs profeffoient tous ces dogmes monf-
trueux , & pour la pratique , ils vivoient dans toute
forte de débauches , qui furpaffoient, félon Eufebe,
tout ce qu'on pourroit en dire ; en forte qu'ils
avouoient dans leurs livres que ceux qui entendoient
parler pour la première fois de leurs myfteres fecrets
étoient furprisd'étonnement&: d'effroi. Outre l'im-
pudicité , ils s'adonnoient à toute forte de magie ;&
quoiqu'au dehors ils fiffent en quelque forte pro-
feflion du Chriftianifme , ils ne laifloient pas que
d'adorer Simon & fa concubine Hélène , repréfentés
fous la figure de Jupiter & de Mars , & de leur of-
frir des vidimes & des libations de vin. Ils regar-
doient même le culte commun des idoles comme une
chofe indifférente ; en forte que pour ne leur point
otfrir de l'encens , ils ne s'expoibient pas au martyre
comme les chrétiens ; auffi les payens les laiflbient-
ils en repos.
On croit que les apôtres S. Pierre , S. Paul & S.
Jean ont ces hérétiques envuedansplufieurs endroits
de leurs épîtres. Leur iéfte dura jufqu'au jv. liecle.
S. Juflin dit que de fon tems , c'eil-à-dire vers l'an
1 50 de Jefus-Chrilt , tous les Samaritains reconnoif-
foicnt Simon pour le plus grand des dieux, & S. Clé-
ment d'Alexandrie ajoute qu'ils l'adoroient.S.Irénée
affurc qu'ils étoient entrés-petit nombre ; maisEufe-
be &C plufieurs autres écrivams poflérieurscn parlent
comme d'une fccle connue , & qui fubfiitoit encore
au commencement du v. fiecle. Calmet , Diclion. de
la Bible.
SIMONTHORNA , {Glog. mod) ville de la baffe
Hongrie , au comté de Tolna , fur la Sarwiza , à 2,
lieues de Capofu'ar , & à 3 de Tolna : elle ell envi-
ronnée d'un grand marais , avec un château. Cette
ville fut prifeVur les Turcs parlcprinceLouisdeBade
en 1 686. Long. 3 €. 451. lat. 46'. 3 / .
SIMOODSUKE , ( Géog. mod. ) une des huit pro-
vinces de la contrée orientale de l'empire du Japon.
Elle fe divUc en neuf diitricts; ç'eit yn ulfwz bon pays,
SIM
plutôt plat que montagneux, oii il y a beaucoup de
près & de champs qui produifent abondamment de
l'herbe & dugokokf; le gokokf cftun terme généri*
que qui comprend le riz, l'orge , le petit blé que nous
appelions //w/it7j^ & les fèves. (Z?./.)
SIMOOSA , ( Géog. wW.) autrement 5'eo57«; une
des quinze provincesdela grande contrée du fud-ell
de l'empire du Japon. Elle eftcenfée avoir trois jour-
nées de longueur du fud au nord , & ell divifée en i ^
diftrids ;c'elt un pays montagneux ,'affez peu fertile,
mais qui abonde en volaille & en beftlaux.
SIMPELEN , le, {Géog. mod.) & par les Italiens
monte-Samplonc , en latm Sempronius mons ; monta-
gne des Alpes , au confins des Suiffes , du Valais & du
Milanez ; c'eil cette montagne que l'on paflé pour
aller du Valais au duché de Milan. (Z>. /.)
SIMPLAIN , f. m. ( Hift. mil. anc) foldat romain,
qui n'avoit que paye fimple. On appelloit duplain ,
celui qui l'avoit double.
SIMPLE , adj. ( Gramm. ) qu'on regarde comme
fans compofition , fans mélange. Je gage le fimpU
contre le double. Il a fait un raifonnementîrès-^'w/7/e,
mais très-fort quand il a ditril y a environ douze cens
ans qu'on a la petite vérole par toute la terre , &
qu'elle eft: obfervée par tous les médecins du monde ,
parmi lefquels il n'y en a prefque pas un qui affure
l'avoir vue deux fois à la même perlonne ; donc on
n'a point deux fois la petite vérole. Je n'aide lui qu'-
wwtfimph promeffe. C'eft unjïmple foldat. C'eil un
homme Jimple. OeAuncava.diQreJimple. Le récit en
çûjîmple.
Simple , f. m. ( Gramm. ) c'eff le nom générique
fous lequel on comprend toutes les plantes ufuelles
en Médecine. Il connoît hiienXcs Jim pi es. Celui qui
ignore la vertu des jimplcs n'eff pas digne de faire la
médecine. Le quinquina efl waJimpU d'une vertu fpé»
cifique.
Simple , adj. ( Mkap'hyfiqm. ) quand on regarde
quelque chofe que ce foit comme um , & comme
n'ayant point des parties différentes ou féparables
l'une de l'autre , on l'appelle JimpU. En ce fens-là il
ne convient proprement qu'à un être intelligent d'ê-
lve.JiinpU; ne concevant dans un tel être rien de fé-
parable dans la fubftance , nous n'avons point aufli
l'idée qu'il puiffe avoir des parties. Quelque peu de
chofe qu'on fuppofe de féparable dans la fubffance
d'un être intelligent, on la fuppofe en même tems ca-
pable d'être détruite toute entière.
Si l'on prend le terme Jîmple dans cette précifion ,'
il ne fe trouvera rien dans les êtres matériels qui foit
Jimple^ non plus que rien qui foit parfaitement un.
Tout corps peut toujours être tellement féparé, que
fa fubffanceexiffera encore dans lesparties après leur
féparation; ainfi l'une n'étoit pas l'autre , & le corps
n'étoit ^^sjimple.
Néanmoins on emploie ce terme à l'égard des
corps, par analogie aux efprits; on appelle fimpkwn
corps dans les parties duquel on n'apperçoit nulle
différence communément fenfible ; ainfi l'on dit de
l'eau que c'eff un corps jimpk. Quelques-uns l'ont dit
aufiî du feu , de l'or , de l'argent , & de ce que nous
comprenons fous le nom i^clémins ou de métaux.
Ce qui ell oppofé ^.\\ Jimpk efl ôi\.X.compoJc. Voyez
Jon artkk.
Simple , adj. en Algcbk , une équation //w/^/e eil
celle où la quantité inconnue n'a qu'une dlmenfion ,
comme j: = ^* Foye^ Equation.
En arithmétique, la multiplication & la divifion
Jimples (ontdes opérations où il n'entre point de gran-
deurs de différente efpece ; on les appelle alnfi pour
les dillinguer de la multiplication & de la divifion
compofées , où il s'agit de calculer des grandeurs dç
s I M
dlifferente efpece. ro>'e{ Multiplication , Divi-
sion. (-£)
Simple paUe , (Jurlfpijid^ promefle , contrat, ou
engagement qui n'eft point motivé par rapport à la
valeur reçue au tems du payement , &c. & qui ne
donne point d'aûion en jullice. Voye^^ Contrat ,
Convention , Pacte , &c.
Simple propriété, que les lois romaines appel-
lent une propriété , eft celle du propriétaire à qui le
fond de l'héritage appartient,tandis qu'un autre en a
i'ufufruit. Elle efl: oppofce à plc'me propriétés f^oye:^
Pleine , Usufruit 6* Propriété.
Simple appel , voye;^; Appel.
Simple garantie , voye:^ GARANTIEi
Simple bénéfice, voyc;^ Bénéfice.
SIMPLICITÉ , f. f. ( Grarii. ) qualité qui donne à
l'être le nom de jlmph, Voye^^ les articles Simple.
Simplicité , {An orat.) laJîmpUcité dans l'élocu-
tion , cft une manière de s'exprimer , pure , facile,
naturelle , fans ornement , & où l'art ne paroît point;
c'eft afTurcment le caradere de Térence. La Jîmpli-
cité d'expreflion n'ôte rien à la grandeur des penfées ,
& peut renfermer fous un air négligé des beautés
vraiment précieufes.
Heureux quife nourrit du lait de fies brebis ,
Et qui de leur toifon voit filer fès habits ;
Qui ne fait d'autre mer que la Marne ou la Seine ;
Et croit que tout finit où finit fon domaine.
Voilà une peinture fimple& charmante de la tran-
quillité champêtre , parce que c'efl l'exprcffion naïve
des chofes par leurs effets.
\j3l. [implicite iç. trouve dans l'ode avec dignité*
Le Ciel qui doit le bien félon qiion le mérite ,
Si de ce grand oracle il ne t\ût affîfié ,
Par un autre préfent neût jamais été quitte
Envers ta piété.
Cette fiance de Malherbe dans fon ode à Louis
XÏII. eft d'une ■\^z.x{à\\.ç. jimplicité ; les deux fiances
fuivantes méritent encore d'être citées.
Le fameux Amphion dont la voix nompareille
Bâtiffant une ville étonna l'univers ,
Quelque bruit quil ait eu , na point fait de mer-
veilles
Que nefaffent mes vers.
Par eux de tes hauts faits la terre fera pleine
Et les peuples du Nil qui les auront cuis
Donneront de l'encens , comme ceux de la Seine ',
Aux autels de Louis.
Le même poëte va me fournir un exemple plus
parfait de//n/;/iaVg admirable; c'efl dans fa paraphra-
fe du pfcaume 145.-
En vain pour fatisfaire à nos lâches envies
Nous pajfons près des rois tout le tems de nos vies
A fbuffrir des mépris , à ployer les genoux ;
Ce qu'ils peuvent n'ejl rien , ils font ce que nous
fommes ;
Véritablement hommes ,
Et meurent comme nous.
L^fimplicité noble -efl d'auffi bonne maîfon que la
grandeur même; & comme elle vient du même prin-
cipe de bon efprit , qui doute qu'elle ne fe fente du
lieu dont elle efl fortie , & que par-tout où elle fe
rencontre elle ne conferve fa dignité, fes droits,
ou pour le moins l'air & la mine de fa naifTance ?
Mais fi cette Jimplicité noble retrace de grandes
images, elle ne diffère pas du fiiblime ; Homère &
.Virgile font des modèles de cette dcimerefimplicité.
• Racine l'a bien connue , & j'en cite pour preuve
ces vers d'Andromaque*
M
ÉÔ
sV* vous fouvient-il plus -, feigneiir , quel fui Her^
îor .
Nos peuples affaiblis s'en fouvienne rit encor !
Son nom feul fait trembltr nos veuves & nos filles g
Et dans toute la Grèce il iiefi point de familles
Qui ne dcrtiandent compte à ce malheureux fils
D'un père ou d'un époux qu^Heclor leur a ravist
{^Le chevalier DE J AU COURT. ^
SIMPLIFIER, V. a£l. {Gramm.^ rendre fimplei*
On fmplifie une qucflion en écartant toutes les con^
ditions inutiles. On Jîmplifie un problème en le rédui-
fant à un autre moins compliqué , ou en faifant dé-
pendre ia folution d'une feule recherche. On fimpli"
fie une affaire, une phrafe, &c,
SIMPLUDIAIRE , f m.{Antiq. rom. ) on donnoit
chez les P».omains ce nom à certains honneurs funè-
bres qu'on rendoit quelquefois aux morts. Feflus dit
que c'étoient les funérailles accompagnées de jeux
dans lefquels on ne faifoit paroître que des danfeurs,
des fauteurs, des voltigeurs. Ces efpeces de funérail-
les étoient oppofées à celles qu'on nommoit indicli~
vcs , & dans lefquelles outre les danfeurs & les fau-
teurs dont on a parlé , il y avoit des défulteurs qui
fautoient d'un cheval fur un autre , & peut-être auiîi
voltigeoient fur des chevaux. Voye^ Rollin , Antiq,
rom.
SIMPULATRICES , f. f, pj. ( Littérat. ) mot tiré
àefimpulum , & que Feflus donne aux vieilles fem-
mes qui avoient foin de purifier les perfonnes qui les
confultoient , pour avoir été troublées dans leur fom-
mell par des vilions nofturnes & des fonges effray ans.
Pollux appelle ces femmes d'src/uia.x.Tpiui. Elles prefcri-
voient ordinairement l'eau de mer pour purification ^
@uXci<r(ra, K^uÇs; TravTaTOùv avipor^iriv Kcty.ci , dit Eurypi-
de. Un mot d'Ariflophane exprime toute cette céré-
monie , Siicv oi-eipiv avozXÙ^itv. ( D. J. )
SIMPULE , f ni. (^Antiq. rom.') fimpulum ; vafè
fait en forme de burette avec un long manche ; les
Romains fc fervoient de ce vafe dans les libations
qu'ils faifoient aux dieux. Pline, liv. XXXV.c. xij.
nomme cette efpece de \a{e fimpuvium , & dit qu'il
y en avoit de terre cuite.
SIMULACRE, (G^ra/w/Tz. & Hifi. de Pidolat.) vieux:
mot confacré , qui fignifie idole , image , repréfenta^
iion. lien efl fi fouvent parlé dans l'Ecritùre-falnte,
qu'il importe de rechercher la fource de ce genre d'i-
dolâtrie.
L'origine àes fimulacrcs vient de ce que les hom-
mes fe perfuaderent que le foleil , la lune & les étoi-
les étoient la demeure d'autant d'intelligences qui ani«
moient ces corps célefles , & en regloient tous les
mouvemens. Comme les planètes étoient de tous ces
corps célefles les plus proche de là terre , & cel-
les qui avoient le plus d'influence fur elles , ils en fi-
rent le premier objet de leur culte. Telle a été l'o-
rigine de toute l'idolâtrie qui a eu cours dans le mon-
de. On fervit ces intelligences célefles par des ta-
bernacles , des chapelles , des temples , enfuite par
des images & Aesfimulacrcs. C'efl pourquoi lorfquû
les peuples firent leurs dévotions à quelqu'une d'el-
les , ils dirigeoient leur culte vers la, planète dans
laquelle ils fuppofoient qu'habitoit cette intelligence
divine , objet de leurs adorations. Mais ces corps
célefles fe trouvant la plupart du tems fous l'hori-
fon , ils ne fivoient comment les invoquer dans leui*.
abfence.
Pour remédier à cet inconvénient , ils eurent re-
cours aux flatues dans lefquelles ils croyolent qu'-
après leur confecration , ces intelligences étoient
aufîi préfentes par leurs influences , que dans les pla-*
netes ; & que toutes les prières qu'on leur adrcfloit
avoient autant d'efficacité devant l'une que devant
l'autre.
206
s I N
Tel l'ut le commencement de l'adoration dcs/imu-
lucres. On leur donna le nom des planètes qu'ils re-
prélentoicnt , qui Ibnt les mêmes qu'elles ont au-
jourd'hui : de-là vient que nous trouvons Saturne ,
Jupiter, Mars , Apollon, Mercure, \énus 6c Diane
placés au premier rang dans le polytheiïme des an-
ciens ; c'etoient-là leurs grands dieux. Eniuite l'o-
pinion s'étant établie que les âmes des gens de bien ,
après leur léparationdu corps, alloient habiter d'au-
tres planètes , on dcitia pluiieurs de ceux qu'on crut
tels , &c le nombre des dieux s'augmenta dans les
tems idolâtres.
L'adoration àcsjimulacres commença dans la Chal-
dée , le répandit dans tout l'orient , en Egypte , &
chez les Grecs qui retendirent dans tout l'occident.
Ceux qui luivoient ce culte dans les pays orientaux
flirent nommes Sabéens ; & la l'eftc qui n'adoroit que
Dieu parle feu , reçut le nom de Mages. Toute l'ido-
lâtrie du monde (e vit partagée entre ces deux lec-
tes. yoyci Mages 6- Sabéens. (D. J.)
SIMULATION , f. f". {Gram. &Jurilpr. ) déguife-
inent frauduleux introduit dans quelqu'adle judi-
ciaire. La multitude des impôts de toute cfpece ,
auxquels les particuliers cherchent à fe louflraire ,
donnent lieu à toutes fortes de fimuUùons.
SIMULER , V. ail. feindre , déguifer , tromper
par des fuppoiitions , des apparences ; c'eft un vol
que de frauder des créanciers légitimes par des obli-
gations fiinulcts , & celui qui s'y porte efl coupable
de recel.
SIMULTANÉE , adj. m. ( Grum. ) qui s'accom-
plillent ou s'exécutent en même tcms : ces faits font
JimuUancis ; ces phénomes (onijimultanccs ; ces ac-
tions de la machine {onxfimuUancis. Il fe pafTe fou-
vent dans la vie , dans la même maifbn , dans le
même appariement des icQaesfonultanJcs. Pourquoi
ne les rendroit-on pas fur le théâtre }
SUAYRA ^ ( Gdogr. anc.) ville de la Phcnicie ;
elle eft marquée dans Ptolomée , l. f^ , c xv. entre
l'embouchure du fleuve E/euthcrus , & Orrhofia ,
ainfi que dans Pline , /. ^. c. xx , & Pomponius
Mêla , /. /. c. xij. ( D. J. )
SIN , ( Hlfl. nat. Botan. ) f. m. grand arbre du Ja-
pon , dont le bois eil fort eiîimé pour en faire des
coffres & d'autres Ouvrages , parce qu'il eft blanc ,
léger , à l'épreuve des vers & de la pourriture. Il rend
une mauvaife odeur , lorfqu'il eft plongé dans l'eau
chaude ; ce qui l'a lait nommer auffi ksa-maki , ou
maki-fidde.
SiN , ( Géogr. des Arabes. ) Les Arabes appellent
alnfi la Chine , & les Latins ont nommé Slmc , Sina-
Tum regio , pays de la Chine ; les Perlans difent
Tchin. La Chine feptentrionale eft appellée par les
Orientaux , le Khoran , ou le Khalha. { D. 7. )
SINA , ( Géogr. anc. ) nom d'une ville de la Mar-
giane, d'une ville de la Cappadoce , d'une ville de la
grande Arménie , & d'un lieu de l'île de Lesbos , fé-
lon Strabon. /. IX. {D.J.)
SINAI ou SINA , ( Gcogr. anc.') montagne de l'A-
rabie Pétrée , fituée dans une efpece de péninfule ,
formée par les deux bras de la mer rouge , dont l'un
s'étend vers le nord , & fe nomme le golf: de Colfum;
aujourd'hui golfe de Suez ; l'autre s'avance vers l'o-
rient , tk s'appelle le golfe Elatin'ujuc , aujourd'hui
d'Aïla ; elle eft à i6o mUles du Caire , &: il faut dix à
douze jours pour s'y rendre de cet endroit-là.
Le mont yinai eft au levant de celui d'Oreb , fur
lequel eft le monaftere de Sainte Catherine ; comme
le mont Oreb eft moins haut que celui de Sinai ,
l'ombre de ce dernier le couvre au lever du foleil. Il
eft beaucoup parlé du mont S'uiul dans l'Ecriture ,
comme £xod. c. xviij. v. zv. c.xxiv. v. lô". c. xxxj.
V' xviij. c. xxxiv. v. z <** 4- Levit. c, xxv. v. i, c,
3(xyj. y.^.S.ÔCC.
S I
Quoique Thomas de Pinedo , Berkelius,&: quel-
ques autres modernes , prétendent que le mont Ca-
nus , voifin de l'Egypte , n'eft pas différent du mont
Sinui ; cependant s'il en faut croire les anciens géo-
graphes , & la plupart des modernes , le mont Ca-
fius 6c le mont Sinai font deux montagnes diflcren-
tes , &: fituées aft^ez loin l'une de l'autre. Ils mettent
le mont Cafuis fort proche de la mer, entre l'Egyote
& la Paleftine. A l'égard du mont Sinai. , ils le pla-
cent bien avant dans les terres , fur les confins de
riduméc <Sc de l'Arabie Pétrée.
11 eft certain que le nom de Cafuis a été donné à
plufieurs montagnes ; ainft l'on pourroit croire que le
mont Sinai leroit celui à qui le nom de Cafuis auroit
été donné en premier lieu ; que de-là ce même nom
auroit paftc à la montagne qui lépare la Paleftine
d'avec l'Egypte ; comme il y a apparence que de
cette montagne, il eft palfé à celle de la Syrie antio»-
chienne.
Nous avons le profil du mont Sinui dans une ef-
tampe gravée par Jean-Baptifte Frontana ; & fi on
compare ce profil avec celui de la montagne que les
médailles nous reprélentent , on trouvera peut-être
qu'il y avoit beaucoup de reflcmblance entre l'une &
l'autre.
Quoi qu'il en foit , Greaves dans fa traduftion
d'Abulféda , nous apprend une particularité remar-
quable, dont les hiftoriens n'ont point parlé ; c'eft
que le roc du mont Sina eft d'une cipece de très-
beau marbre de plufieurs couleurs , d'un rouge mê-
lé de blanc & de noir, & que pendant plufieurs milles
on y voit de grands rochers de ce marbre , dont
fans doute les anciens ouvrages de l'Egypte ont été
tirés , parce que toutes les autres carrières & mon-
tagnes font d'une elpecc de pierre de taille blanche,
& non de marbre rouge marq ueté de noir & de blanc ,
comme eft le roc du mont Sina. ( Z?. /. )
SINAHORIC , f m. ( Hiji. nat. Botan. ) plante de
l'île de Madagafcar qui reflemble à l'aigremoine , ôc
qui en a les propriétés.
SINANI ou Moutarde, (^Jardinage.') Foye^
Moutarde.
SINANO , (^Gcogr. wo^.) autrement Sinsju^ une
des huit provinces de la contrée orientale de l'em-
pire du Japon. C'eft un pays très-froid , où le fel , le
poifTon , 6c le bétail font rares. Il produit d'ailleurs
une grande quantité de mûriers , de foie , & de can-
nib , dont il y a plufieurs manufactures. On donne à
cette province , cinq journées de longueur du fud au
nord , & elle fe divife en onze diftrtûs. (Z>. /.)
SINAPISME, f. m. médicament externe, acre &
chaud , compofé ordinairement de lemence de mou-
tarde incorporée avec du vieux levain ; fi ïejinapifme
étoittrop adif, il deviendroit veficatolre. On ne s'en
fert que pour rougir la peau , & attirer fur le lieu les
humeurs nuifibles. On s'en fervoit anciennement
dans les maux de tête invétérés, & dans les longues
fluxions. Il fert aujourd'hui à rappeller l'humeur de
goutte fur une partie. Voye^ Rubéfiant. Des fric-
tions préparatoires avec un linge chaud préparent
à l'effet du finapifme : ce mot vient Aq Jinapi , mou-
tar,l(>. ( Y)
SINJRUM regio,(^Géogr. ^z//c. ) contrée de l'A-
fie , &: la dernière que marque Ptolomée , /. Fil.
c. iij. du côté de l'orient. Il la borne au nord par la
Sérique : à l'orient & au midi par des terres incon-
nues ; & à l'occident , partie par l'Inde d'au-delà le
Gange , dont elle étolt léparée par une ligne tirée
depuis le fond du grand golfe, jufqu'à la Sérique ,
partie par le grand golfe , & partie par le pays des
Ichthyophages Ethioj)iens, compris auffi fous le nom
général de Sinœ ^ ainfi que les peuples Samatherù ,
Acadrœ .^ Afpithrœ ., &C Anibathœ. (^D. J.)
SINASPITRUM, f. m. {Hiji.nat. Botan.) genre
s I N
de plante ,'clont la fleur eft prerqu'en croix compo-
fée de quatre pétales. Le plftil fort du calice , & de-
vient dans la iuite un iruitou une filLqiie cylindrique,
& compolée de deux pièces qui renferme des femenj
ces ordinairement arrondies. Infl. rùherb. r. Plante.
SINCERE , adj. ( Gram. ) qui eft franc , & qui eii:
incapable de toute diffimulation dans le difcours.
SINCÉRITÉ , f. f. {Morale.) L^fincérité n'efl au-
tre chofe que l'expreffion de la vérité. L'honnêteté &
\a.fincéritc dans les adions égarent les méchans , &
leur font perdre la voie par laquelle ils peuvent arri-
ver à leurs fins: parce que les méchans croient d'or-
dinaire qu'on ne fait rien fans artifice.
L'dJîncJruc cû une ouverture de cœur. On la trou-
ve en fort peu de gens ; & celle que l'on voit d'ordi-
naire , n'cft qu'une fine diflimuîation pour attirer la
confiance des autres.
Si nos âmes étoient de purs efprits , dégagés des
liens du corps ; l'une liroJt au fond de l'autre : les
penfées feroient vifibles, on fe les communiqueroit
uns le fecours de la parole ; & il ne ieroit pas né-
ceflaire alors de faire un précepte de la fincirltè ;
c'efl pour fuppléer , autant qu'il en efl beloin , à ce
commerce de penfées , dont nos corps gênent la liber-
té , que la nature nous a donné le talent de proférer
des fons articulés. La langue eft un truchement , par
le moyen duquel les âmes s'entretiennent enfemble ;
elle elt coupable , fi elle les fert infidèlement , ainfi
que le feroit un interprète impofteur , qui trahiroit
Ion miniftere.
La loi naturelle qui veut que la vérité règne dans
tous nos difcours , n'a pas excepté les cas où notre
Jîncérité pourroit nous coûter la vie. Mentir c'efl
offenfer la vertu , c'efl: donc aufh blelTer l'honneur :
or on convient généralem.ent que l'honneur efl pré-
férable à la vie ; il en faut donc dire autant de la fin-
ceriie.
Qu'on ne croie point ce fentimenî outré : il efl: plus'
général qu'on ne penfe. C'ell un ulage prefque uni-
verfel dans tous les tribunaux , de faire affirmer à un
accufé, avant de l'interroger, qu'il répondra confor-
mément à la vérité, & cela même, lorfqu'il s'agit d'un
crime capital. On lui fait donc l'honneur de fuppofer,
qu'il pourra, quoique coupable du fait qu'on lui im-
pute , être encore afliez homme de bien , pour dépo-
iér contre lui-même, au rifque de perdi-e la vie , &
tk de la perdre ignominieufement. Or le fuDpoferoit-
on , fi l'on jugeoit que la loi naturelle le diipenfât de
le faire?
La morale de la plupart des gens , en fait de Jîncé-
rité y n'efl pas rigide : on ne fe fait point une affaire
de trahir la vérité par intérêt , ou pour fe difculper ,
ou pour excufer un autre : on appelle ces mcnfon-
ges officieux ; on les fait pour avoir la paix , pour obli-
ger quelqu'un, pour prévenir quelqu'accident. Mi-
iérables prétextes qu'un mot feul va pulvérifer : il
n'efl jamais permis de faire un mal , pour qu'il en ar-
rive un bien. La bonne intention icrt à juflincr les
a6Hons indifférentes ; mais n'autorife pas celles qui
font déterminément mauvaifcs.
Sincérité , franchise , naïveté , ingé-
lîlUlTÉ, {Synonyrn.) hz. Jîncérité empêche de par-
ler autrement qu'on ne pcnfc , c'efl une vertu. La
franchife fait parier comme on penfe; c'efl un effet
du naturel. La naïveté fait dire librement ce qu'on
penfe ; cela vient quelquefois d'un défaut de réfle-
xion. L'ingénuité fait avouer ce qu'on fait , & ce
qu'on fent; c'efl fouvcnt une bétife.
Un homme Jincere ne veut point tromper. Un
homme franc ne fauroit dlflimuler. Un homme
naïf n'efl guère propre à flatter. Un ingénu ne fait
rien cacher.
ha Jîncérité fait le plus grand mérite dans le com-
jjierce du cœur. L^franclujc facilite le commerce des
S ï
X ->
a-Taircs civiles. La naïveté fait fouvent manquer à la
politt'fle. Ui/zgénuité h'iî pécher contre la prudence;
Le Jîncere cli: toujours ellimable. Le franc plaît à
tout le monde. Le /2<zi/" offenfe quelquefois. L'in'ré/iu
fe trahit.
Je n'ajouterai rien à ces remarques de l'auteur de§
fynonymes françois, mais je renvoie pour les chofes
aux mots , FRANCHISE , INGÉNUITÉ , NaÏVETÉ ,
Sincérité. (Z?. /.)
SINCIPUT , f. m. ( Jnatom. ) efl la partie anté-
rieure de la tête qui prend depuis le front jufqu'à la
future coronale. yojei PI. d'Anatornie: Foye^ auffi
Bregma «S» Crane.
SINDA , {Géog. anc.) nOffl , i°. d'une ville de
l'Afie mineure , dans la Pifidie ; 2°. d'une ville de
l'Inde au-delà du Gange ; & 3°. d'une ville de la Sar-
matle afiatique, fur le bofphore Cimmérien.
SÎNDE', ( Géog. rnod. ) ou Tata , du nom de fa ca-
pitale , province des Indes , dans les états du MogoL
Elle efl bornée au nord par celle de Buckof , au midi
par la mer , au levant par les provinces de Soret &
de Jcflelmere, & au couchant par la Perfc. Elle efl:
traverfée par le Sinde du nord au midi. C'efl un pays
riche & fertile , où l'on fabrique quantité de belles
toiles de coton. Le grand-mogol Akebar fit la co.i-
quête de ce pays , ainfl que de ceux de Cachimir Se
de Guzarate. Les peuples font mahométans. (Z>. /.)
SiNDE , /g , OM Inde , ( Géog. mod. ) en latin îndm,
grande rivière des Indes dans les états du grand-mo-
gol. Elle prend fa fource fur les confins du petit Thi-
beî , dans les montagnes qui féparent ce royaume de
la province de Nagracat. Son cours efl du nord-efl
au fùd-ouefl; après avoir traverfé plufieurs pays, ôi
s'être partagé en deux branches , qui font les bouches
de l'Inde , il fe jette dans la mer.
SINDI , ( Géog. anc. ) peuples de la Sarmatie afia-
tique comptés parmi ceux qui habitent le bofphore
Cimmérien. Pomponius Mêla les nomme Sindoncs^
& les place au voifmage des Palus Méotidcs.
SINDICUS PORTc^s , ( Géog. anc. ) port de la
Sarmatie afiatique , dans le bolphcwe Cimmérien , i'ut
la côte de la mer Cafpienne , lelon Ptolomée , & le
Périple de Scylax.
SINDIFIU , ( Géog. mod.) ville d'Afie , dans îaTar-
tarie , au pays auquel elle donne ion nom , fur les
confins de la Chine. {D. J.)
SINDON , f. m. ( Hiji. eccléf ) terme latin qui fi-
gnifie proprement nn linceul, mais qu'on trouve em-
ployé dans l'Ecriture & dans les anciens, pour expri-
mer diverfes fortes de vôtemens.
Les évangéliftes s'en fervent pour marquer le linge
dans lequel Jofeph d'Arimathie enveloppa le corps
de Jefus-Chrift après l'avoir embaume , l'avoir en-
touré de bandelettes , &: lui avoir mis un iùaire au-
tour de la tête. Les faints fuaires qu'on montre en dif-
férens endroits , ne peuvent pas tous être le yraïjîn-
don qui enveloppa le corps de Jefus-Chrifl,
Il efl encore parlé étjîndon dans l'hifloire de Sam-
fon , Judic. XI y. xij. 73 . il promet aux jeunes hom-
mes de fa noce trigènta (îndoncs & totidem tunicas, s'ils
pouvoient expliquer l'énigme qu'il leur propofii. L'hé-
breu porte tr Qnt s Jîdini m, &l trente habits de rechan-
p,e. Les uns entendent p^r Jedinim owjîndonem , la tu-
nique qu'on mettolt immédiatement fur la chair ; &:
par des habits de rechange , des habits complets , une
tunique Se un manteau , car ces deux pièces faifoient
l'habit complet , ou fimplcmcnt trente manteaux ,
qui avec trente tuniques formoient trente habits à
changer.
La femme forte dont parle Salomon , Prov. xxij,
24. faifoit des Jîndoris tk des ceintures , qu'elle vcn-
doit aux Phéniciens. Les filles de Jérufalem portoient
de ccsjîndons , comme on le voit pat Haie , chap. iiy\
verf, 2j. C'ctoit un habit propre auxTyriens 6: aux
loS
S IN
Phéniciens , & peut-être tiroit-il fort nom de la ville
de Sidon. Martial parlant ii un de Tes amis d'un vête-
ment qu'il lui envoie , rafîiire qui ciT: encore plus
propre à garantir du mauvais tems que \çs^ndons de
Syrie.
Ridebls vcntos hoc nmnere tcclus & 'imhrcs
Nccjà in Sjrià fmdone tcclus eris.
Le jeune homme qui fuivoit Jefus-Chrifl la nviit
de ia pallion, n'avoit liir lui qu'un findon , amiHiisJiii-
donc fiiper mtào. Ce pouvoit être une efpece de man-
teau pour le garantir du froid. Calm.et , Dïclionn, de
la Bible.
SiNDON , en Chirurgie , eft un petit morceau rond
de toile , dont on fe lèrt pour panfer la plaie caufée
par le trépan, yoyii Trépaner,
La première chofe qu'on fait ordinairement après
l'opération du trépan , eft de jettcr quelques gouttes
<lc baume blanc fur la dure mère , enfuite une cuil-
lerée de miel rofat , qu'on a fait chauffer avec un peu
de baume , on y met wwJInJon de fine toile de lin :
cela s'applique immédiatement fur la dure mère ; &
cela étant plus grand que le trou qui eft au crâne, on
en fait entrer la circonférence entre le crâne & la
membrane , avec \\n inftruînent nommé meningophi"
lax , voyci Meningophilax ; enfuite on y applique
des plumafleaux de charpie, & par ce moyen le trou
cft tout-à-fait bouché.
SINDRIE-MAL, f. m. {tTifi. nat. Botan. ) c'eft
ime fleur qui croît dans les bois de l'île de Ceylan ,
& que fa lingularité fait tranfplanter dans les jardins,
où elle fert en quelque façon d'horloge. Elle eft ou
rouge ou blanche : on afliire qu'elle s'ouvre tous les
jours vers les quatre heures de l'après midi ; elle de-
meure épanouie jufqu'au lendemain matin ; alors elle
ie'referme pour ne s'ouvrir qu'à quatre heures du foir.
SINDRIO ou AKAI-SINDJO , f. m. {Hift. nat.
Boian.') arbrlffeau du Japon qui a une coudée de hau-
teur ; il poufl'c dès fa racine des branches garnies de
feuilles & alternes ; les baies font rondes , un peu ap-
platies, moins groffes qu'un pois , de couleur incar-
nate, d'une "chair molle & pleine de lue , avec un
noyau de la couleur & de la groftèur d'une graine de
coriandre.
SINES , ( Gcogr. mod. ) port de mer en Portugal ,
fur la côte de l'Eftramadure , au fud-oueft de Saint-
JagodeCacem.
C'eft dans ce petit port qu'cft né au xv. fiecle
Vafco de Gama , amiral portugais , homme immor-
tel par la découverte des Indes orientales , en tentant
le paflage du cap des Tempêtes, qu'il nomma le pre-
mier le cap de bonne Efpérance , nom qui ne fut point
trompeur.
Gama doubla la pointe de l'Afrique en 1497; &
remontant par ces mers inconnues vers l'équateur , il
n'avoit pas encore repafiele capricorne , qu'il trouva
vers Sophala des peuples policés qui parloient ara-
be. De la hauteur des Canaries jufqu'à Sophala , les
hommes , les animaux , les plantes , tout avoit paru
«l'une efpece nouvelle. La lurprile fut extrême de re-
trouver des hommes qui relfembloient à ceux du con-
tinent connu. Le mahométifme commençoit à péné-
trer parmi eux; leis mufulmans en allant à l'orient de
l'Afrique,& les chrétiens en remontant par l'occident,
fe rencontroient à une extrémité de la terre. Ayant
enfin trouve des pilotes mahométans à quatorze de-
grés de latitude méridionale , il aborda en 1498 dans
les grandes Indes , au royaume de Calicut , après
avoir reconnu plus de quinze cens lieues de côtes.
Ce voyage de Gama changea la face du commerce
du monde , & en rendit maîtres les Portugais par l'O-
céan éthiopique , & par la mer Atlantique. En moins
de cinquante ans ils formèrent des établiflemenstrès-
confidérablcs depuis les Moluques jufqu'au golfe Per-
S I
Tique , dans une étendue de foixante degrés de lon-
gitude.
Gama revenu de fon voyage en i 502 , avec treize
vaifteaux chargés dericheffes incroyables, fut nom-
mé viceroi des Indes par le roi Jean III. & mourut à
Cochin le 24 Décembre 1525. Dom Etienne & dom
Chriftophe de Gama l'es fils , lui fuccéderent dans la
même viceroyauté , & font célèbres dans l'hiftoire.
SINF , f. m. ( Mat. méd. des anc. ) terme employé
par les anciens pour defigner le bois d'aloès , agallo"
chiun ; mais les Arabes ont fait de ce terme un adjec-
tif, & ont nommé le bois d'alocs \à\\nQ finficiun , &
le noirâtre indicum. Le mot indicum n'indique pas icii
le lieu du pays , mais la couleur noirâtre , ce qui eft
aflez commun dans les ouvrages des anciens.
SINGARA , {Géog. anc.) ville de la Méfopotamie,'
que Ptolomée , /. f^. c. xviij. place fur le bord du Ti-
bre. Etienne le géographe , Pline & Ammien Marcel-
lin , connoiftènt aulîi cette ville.
SINGE , f. TCi.Jimius , ( Hifl. nat. Zoologie. ) Il y a
grand nombre d'efpeces àtjinges. La plupart de ces
animaux ont plus de rapport avec l'homme que les
autres quadrupèdes, fur -tout pour les dents, les
oreilles, les narines, &c. ils ont des cils dans les deux
paupières, & deux mamelles fur la poitrine. Les fe-
melles ont pour la plupart des menftrues comme les
femmes. Les pies de devant ont beaucoup de rapport
à la main de l'homme ; les pies de derrière ont aulîi
la forme d'une main , car les quatre doigts font plus
longs que ceux du pié de devant , & le pouce eft
long , gros & fort écarté du premier doigt ; aufTi fe
fervent-ilsdes pies de derrière comme de ceux de de-
vant pour faifir & empoigner. Il y a des finges qui ont
dans la mâchoire d'en-bas une poche ou fac de cha'
que côté où ils ferrent les alimens qu'ils veulent gar-
der. Voyezjynop. anim. Rai, mim.pour fervir à Vhijt,
natiir. des anim. drelTé par M. Perrault , part. H.
M. Briftbn , Rcgne anim. a divifé les différentes
efpeces à^Jînges en cinq races.
Race prernicrc. Ceux qui n'ont point de queue , &
qui ont le mufeau court.
hQjinge. Il y a plufieurs efpeces Aejinges ^ qui ne
différent entr'elles que par la grandeur ; elles ont beau-
coup de rapport à l'homme par la face , les oreilles &
les ongles. Les felTes font nues ; le poil de ces animaux
eft de couleur mêlée de verdâtre ai. de jaunâtre. On
les trouve en Afrique.
L'homme des bois , ourang outand bout ; cet animal
eft des Indes orientales ; il refl'emble plus à l'homme
qu'aucune autre efpece à^Jinge ; fon poil eft court &
alfez doux. '
h^Jinge de Ceylan. La lèvre fupérieure de cçjinge
eft fendue comme celle d'un lièvre ; les ongles font
plats & arrondis , excepté celui de l'index des pies
de derrière , qui eft long , recourbé & aigu ; le poil
du dos a une couleur noirâtre , & celui du ventre,
des bras & des pies , une couleur cendrée jaunâtre.
Race deuxième. Les^nges qui n'ont point de queue,
& dont le mufeau eft alongé : on leur a donné le nom
de cynocéphales.
Le Jînge cynocéphale. Il ne diffère dujinge qu'en ce
qu'il a le mufeau plus alongé. Il y a des cynocéphales
de différentes grandeurs : on les trouve en Afrique.
Le Jînge cynocéphale de Ceylan. Il a les oreilles ron-
des , larges , tranfparentes , nues , & de couleur cen-
drée claire , les jambes longues & menues ; elles n'ont
que peu de poil : celui du corps a beaucoup de rap-
port à la laine ; il eft long , doux comme de la foie ,
de couleur roufsâtre , plus foncée fur le dos du mâle
que fur le ventre ; & au contraire plus foncée fur le
ventre de la femelle que fur le dos. L'ongle de l'index
de chaque pié eft long , recourbé &C pointu ; les au-
tres font plats ôi arrondis,
Raçc
N
S i
109
Raté ifàt^em. Lçs/inges qui ôilt uftë queiîê très-
courte.
Le bal-ouin. Il fe trouve dans les deferts de ^L^cle;
il ell à-peu-près de la grandeur d'un dogue, & il rel- •
femble à cet animal par la forme du mufeau-; il a les
fefles nues & rouges, les jambes courtes , les ongles
très-aigus , un*peu recourbés , ôc la queue fort courte
& rele\ée.
Race quatrième. Les J/nges qui ont la queue longvië
& le m.uleau court : on leur a donné le nom 3e cer~
copithcques.
Lefapdjou brun. La longueur de ctjînge efl de 13
pouces , depuis le fommet de la tcte jufqu'à la queue,
qui eil longue de 14 pouces & demi; cet animal la
roule en (pirale , & l'applique autour des corps aux-
quels il veut s'attacher ou fe fufpendre. Le poil -ell
noir fur la tête , & de couleur brune plus foncée fur
le dos que fur le ventre.
Lq fapaJGu noir. Ce Jînge reflemble au précédent
par la conformation de la queue; il eH: à-peu-près de
la grandeur du renard; fes poils font longs , brillans ,
& couchés les uns fur les autres , noirs fur tout le
corps , excepté les pies & une partie de la queue ,
qui ont une couleur brune ; le poil du menton & de
la gorge eft plus long que celui du corps. On trouve
ce {apajou au Brélil.
Le fapajou cornu. Il a quatorze pouces de longueur
depuis le fommet de la tête jufqu'à la queue , qui efl:
longue de quinze pouces , & conformée comme celle
des deux fapajoux précédens. Celui dont il s'agit a
fur la tête deux bouquets de poil en forme de cornes,
d'où vient fon nom àe fapajou cornu. Le fommet de la
tètQ, le milieu du dos , la queue , les jambes de der-
rière, &: les quatre pies font noirs ; les autres parties
du corps ont une couleur brune ; les ongles font longs
& obtus.
Lq fapajou à queue de renard. Il n'a que fix pouces
de longueur depuis le fommet de la tête jvdqu'à la
queue, qui eft longue de dix pouces ; les poils du
corps font longs & noirs , excepté la pointe qui eft
blanche ; ceux de la gorge & du ventre ont une cou-
leur blanche fale ; les poils de la face font très-courts
& blanchâtres; ceux de la queue font très longs &
noirs ; il n'y a que les ongles des pouces qui fôient
courts & arrondis. On trouve ce fapajou dans la
Guyane.
Le petit finge nègre : il eft noir ; on les trouve au
Bréfil.
Lefînge de Guinée : les couleurs de cefinge reffem-
blent prefqu'à celles du dos d'un lièvre ; il a la tête
petite oC Ta queue longue.
Le fnge mufjué : il eft ainfi nommé, parce qu'il
a une odeur de mufc ; fon poil eft long & de couleur
blanche teinte de jaunâtre.
Le fapajou jaune : il a fept pouces & demi de lon-
gueur, depuis le fommet de la tête jufqu'à la queue
qui eft longue d'un pié, ik garnie de Ipngs poils;
les oreilles font rondes & couvertes de poils aflez
longs, & de couleur blanche fale. Ce fapajou a le
poil très-fin &: très-doux*, de couleur blanchâtre
fur la partie inférieure du corps , de couleur mêlée
de brun , de jaunâtre , & de blanchâtre fur la partie
fupérieure , & de couleur jaune -roufsâtrc fur les
pics; le bout de la queue eft noir, & le rcfte a la
même couleur que le dcffus du corps. Les ongles
des pouces font courts & arrondis. On trouve cet
animal i\ Ceylan & dans la Guyane ; il y en a de la
même efpece ù Cayenae ; ils font appelles finges de
nuit.
Le finge varié: il a onze pouces de longueur, de-
puis le fommet de la tête jufqu'à la queue qui eft
longue d'environ quinze pouces. Les oreilles font
longues; la face eft noire; le poil a une couleur. mê-
lée de jaune & de noir fur le dcuus de la tête & du
Tome Xf^t
Côu, une couleur noire fuf la partie ex'tenèure des
jambes de devant & fur les quatre piés",xine couleur
brune-noirâtre , mêlée d'une teinte de jaune & de
roux fur les jambes de derrière , & une couleur
blanche fur le deffous du corps & fur la partie inté-
rieure des jambes. Les poils des .joues & des 'côtés'
du cou font longs , blancs à leur origine , & mêlés de
noir & de jaune fur le refte de leur longueur : il y à
de chaque côté près de l'origine de la queue une pc-i
tite tache blanche ; les ongles des pouces font courts
& arrondis.
Le tamarin :\\ fe trouve au Rrefil. Le poil eft affcz
long , & de couleur grife , teinte de noir fur le corps ,
de couleur noire mêlée de gris fur le front , & dé
couleur roufle fur la queue.
Le petit finge lion : on lui a donné ce nom , parce
qu'on a trouvé quelque reffemblance entre fa têtô
& celle du lion. Il n'a qu'environ fept pouces de
longueur , depuis le fommet de la tête jufqu'à la qiieué
qui eft longue de douze pouces & àeyni. Ce 'finge a
de longs poils doux comme de la foie; ceux du corps
ont une couleur blanche teinte de jaune ; les poils
qui entourent la face , ont une couleur roulTe-fôncée ^
ceux de la poitrine une couleur roufle-jaunâtre ; ceux
de la queue une couleur blanche-jaunâtre; èi, ceux
des jambes de devant & des quatre pies une couleur
roufle. Les ongles des pouces des pies de derrière
font courts & arrondis : on trouve ce petit finse au
Bréfil. V J S
Le petit finge de Para : il n'a que fept pouces de
longueur, depuis le fommet de la tête jufqu'à là'
queue qui eft longue de douze pouces & demi. Sa
face & fes oreilles font d'une couleur rouge très-
vive. Le poil du corps eft long, doux comme de la
foie , & d'un gris-blanc argenté ; le poil de la queue
a une couleur de marron ; l'entrée eft approchante
du noir : les ongles des pouces des pies de derrière
fon* larges, plats & arrondis. ' ^
Le finge à queue de rat : il a été ainfi nommé parce
que fa queue reflemble à celle d'un rat. Elle eftgrofle
& longue à proportion du corps qui eft très-petit.
Ce finge a le nez court, les yeux enfoncés , la face
blanchâtre & ridée , le bout du nez & le tour de la
bouche noirs , les oreilles grandes & nues , & les
ongles courts & applatis. La tête eft ronde en-devant
& couverte jufqu'à la racine du nez par des poils
d'une couleur noire qui tire fur le rouge : les poils
du derrière de la tête qui eft un peu alongé, font
noirâtres. La peau eft nue depuis le menton jufqu'au
ventre & à la partie intérieure des cuifles. Le poil
du dos a une couleur rouge moins foncée que celui
du devant de la tête; la partie extérieure des cuif-
fes , les pics & les reins, n'ont que peu de poil qui
eft d'un jaune-clair : cet animal fe trouve en Amé-
rique.
Lejagoïàn : il n'a que fept pouces & demi de lon-
gueur, depuis le fommet de ia tête jufqu'à la queue
qui eft longue de onze pouces & eniourée d'an-
neaux alternativement bruns , noirâtres & gris-blancs.
Tous les poils de cet animal font fins & doux : cha-
cun de ceux du dos eft en partie roux, eu partie
brun & en partie gris-blanc : le brun & le gris-blanc
font difpolés de façon qu'ils forment des bandes
tranfverfales. Les poils du deflbus du corps & des
jambes ont auifi du brun & du gris-blanc; la tête
ik la gorge l'ont brunes : il y a une tache blanche au-
deflbus du nez entre les yeux & de longs poils
blancs autour des oreilles. Les onglos des pouces
des pies de derrière font courts & arrondis : cet ani-
mal fe trouve au Brehl.
Le finge à queue de lion : il eft ainll nommé , parce
que (a queue eft terminée par un bouquet de longs
poils , &; nue dans le refte de fa longueur comme
celle du lion. Tout le corps a une couleur jaune.
2IO S I N
teinte de brun , excepté la gorge & ia poitrine qui
Ibnt blanches. , ,
Lifinoc-l'um : le nom de ce fingi vient de ce qu il
a connne le lion de longs poils en forme de crmiere
liir le cou fie fur la poitrine ; ces poils lont blan-
châtres; le muleau brun.
Li prioc reid : il a quinze pouces de longueur ,
depuis le fommet de la tcte jufqu'à fa queue qui
elt lonoue de quatorze pouces. Le poil elt de
couleur mêlée de gris & de jaunâtre (ur le deflus
de la tcte & du dos , de couleur gnle (ur la queue &
fur les côtés ik l'extérieur des jambes, de couleur
blanche fur l'intérieur des jambes & lur la partie inté-
rieure du corps: les joues ont de longs poils blancs:
les poils font courts & arrondis.
Le ^^randfingi de la Coehinchine : il a environ deux
pies de longueur depuis le fommet de la tête jafqu à
la queue qnî eil longue d'un pié neuf pouces. Les joiU'S
ont de longs poils d'un blanc jaunâtre ; il y a fur le
cou un coUier de couleur de marron pourpré ; la
face , les jambes & les pics de derrière font de la
même couleur ; le deffous de la tête , le corps & les
bras- font gris; le front, le deffus des épavdes,les
cuiffes & les pies de devant ont une couleur noire ;
les avant-bras & la queue font blancs ; il y a une
tache blanche fur le dos près de la queue : les ongles
des pouces font courts & arrondis.
LeJ^nge de Guinée k barbe jaunâtre : on trouve aulii
cefnge^u Brefil. Il a le mufeau bleuâtre , la plus
grande partie du corps de couleur noirâtre mêlée d'une
couleur d'ambre, le ventre de couleur grife-bleuâtre,
les jambes & les pies noirs , 6c la queue d'un roux-
jaunâtre depuis le milieu de fa longueur jufqu'à l'ex-
trémité. Les joues & les oreilles ont une grande
quantité de longs poils d'un blanc-jaunâtre.
Lejingi rouge de Cayennz .-il eft très-gros & d'un
rou'^e-bay foncé. Une conformation particulière de
l'os hioide rend le fon de fa voix effroyable lorfqu^il
crie.
Le Jînge blanc à barbe noire.
Lejinge noir à barbe blanche.
Lefinge de Guinée à barbe blanche : on trouve auffi
ce finirc au Brefil. H cft de couleur brune avec de
petits^points blancs, excepté fur la poitrine & fur
le ventre qui font blancs en entier. ^
Le Jînge barbu : il eft ainfi nommé , parce qu'il a
une barbe longue d'environ lix pouces. Son poil cft
court, lifle, luiiant, & de couleur noire mêlée de
brun , excepté fur la poitrine & fur la partie anté-
rieure du ventre , où il eft blanc.
Lefinge barbu à queue de lion : ce Jînge â été ainfi
nommé parce qu'il a une barbe blanche , longue de
neuf pouces , & comme le lion , un bouquet de poil
au bout de la queue. Les poils de la partie fupé-
riQure du corps ont une couleur noire, mêlée de
brun ; ceux de la partie inférieure font blancs &
longs : les ongles différent peu de ceux de l'homme.
Lejinge noir d'Egypte : il a de longs poils autour
de la face.
Lefinge roux d'Egypte : il eft de la taille d'un grand
chat ; il a une chevelure blanche autour de la face
qui eft noire.
Lt petit finge du Mexique: il a environ fept pouces
de longueur, depuis le fommet de la tête jufqu'à l'ori-
gine de la queue qui eft longue à peu-près d'un pié.
La face eft noire & nue julqu'au-delà des oreilles ;
le deffus du corps a une couleur mêlée de brun &
de roux; le deffous & les quatre pies font blanchâ-
tres ; la queue cft en partie rouffe & en partie noire:
les ongles des pouces des pies de derrière font lar-
ges , plats & arrondis.
Le bel:;ebui : ccfnge a quinze pouces de longueur,
depuis le fommet de la tête jufqu'à la queue qui cft
longue de deux pies , terminée en pointe , & nye
S I N
fur fa face inférieure , depuis les deux tiers de fa
longueur jufqu'à l'extrémité : cette partie eft revê-
tue d'une peau fillonnée comme celle de la plante
des pies. Auffi cet animal fe fert-il de fa queue com-
me d'une cinquième jambe: il embraffe , il faifit, il
empoigne, pour ainli dire, avec l'extrémité de fa
queue ce qu'il veut poster à fa bouche. La face de
ce fnge , les oreilles , la tête , la partie antérieure
du dos , la partie extérieure du bras , de la cuiffe ôc
la jambe , l'avant-bras , les pies & la queue font
nuirs ; la partie poftérieure du dos eft d'un brun-
noirâtre ; les côtés font roux ; la gorge, la poitrine,
le ventre, la partie intérieure du bas de la cuifte &C
de la jambe font d'un blanc-fale & jaunâtre : il n'y a
que quatre doigts aux pies de devant.
^ace cinquième, hesfnges qui ont la queue lon-
gue & le mufeau alongé : on leur a donné le nom de
cercopithèques cinocephales.
Li cercopithe- cinocephali : il ne diffère du fngc
qu'en ce qu'il a une queue & lé mufeau alongé. Il
y a des cercopiteques-cinocephales de différentes
grandeurs : on les trouve en Afrique,
Le makaque : il a plus d'un pié de longueur, de-
puis le fommet de la tête jufqu'à la queue qui n'eft
longue que d'un pié , & courbée en arc. Le poil a les
mêmes couleurs que celui du loup; les narines font
fendues & élevées ; il n'y a point de poil fur les fef-
fes: on trouve cet animal dans le royaume d'Angola
& dans la Guyane.
Le magot ou tartarin : il eft à peu-près de la gran-
deur d'un dogue , il a le nezgros , nud , cannelé &
de couleur violette ; les poilsont une couleur grife-
blanchâtre ; ceux de la partie antérieure du corps
font très-longs : on trouve cet animal en Afie & en
Afrique.
M. de la Condamine nous apprend, Mém. de Ca-
cadénie ly^S^ que [qs fnges font le gibier le p4us
ordinaire & le plus du goût des indiens de l'Ama-
zone. Quand ils ne font pas chaffés ni pourfuivis ,
ils fe L iffent approcher de l'homme fans marquer
de crainte. C'elt à quoi les fauvages de l'Amazone
reconi oiffent quand ils vont à la découverte, ft un
pays eft neuf, ou n'a pas été fréquenté par des
hommes. Dans tout le cours de la navigation lur ce
fleuve , on en voit un ft grand nombre & tant d'ef-
peces différeates , que la ieulc énumération en feroit
ennuyeufe. Il y en a d'aufti grands qu'un lévrier , 6c
d'autres auffi petits qu'un rat , non-feulement les fa-
pajous y font comrnuns; mais il y en a d'autres plus
petits encore, difficiles à apprivoifer, dont ie poil eft:
long,luftré ordinairement de couleur marr©n,&quel-
quefois moucheté de fauve ; ils ont la queue deux
fois aufti longue que le corps , la tête petite & quar-
rce, les oreilles pointues & faillantes comme les
chats ; ceux-ci ne relfeniblent point aux autres fn-
ges , ayant plutôt l'air & le port d'un petit lion. On
les nomme pinches à Maynas , & tamarins à Cayenne.
Les anciens , mem. de l'académie des Scitnc. ont
décrit l'anatomie an fnge ; mais il y faut joindre les
Remarques de M. Hunaul^ qui lont dans les mémoires
modernes de la même académie, année ir^S. En
général , on a montré depuis long-tems tant de curio-
lité pour la diffeftion àii /înge, qu'on a donné fou-
vent &L repréfenté des parties de cet animal , com-
me tirées de cadavres humains. Galien a montré
l'exemple à (es fuccefl'eurs; & je crois queVéfale lui-
même a fait une ou deux fois cette petite fuper-
cherie.
Singe , f. m. ( Jrchitecl. ) machine compofée de
dciix croix de S. André , avec un treuil à bras , ou à
double manivelle , qui fert à enlever des fardeaux ,
à tirer la fouille d'un puits , & à y defcendre le moi-
Ion & le mortier, pour le fonder. Daviler. {D.J.)
StNGE , C m. terint dt Ptrfptclivt , c'eft un inftru-
s I N
inent de perfpeftive qui (ert à copier des tableaux ,
6c ù les reduix-e du grand au petit pié , ou du petit pié
au grand , dans la proportion requife ; mais le vrai
•mot eÙ. pantograplic. Foje{ PANTOGRAPHE. (Z?. /.)
SINGERIE DE TÉNiERS , ( Peine. Grav. ) on ap-
pelle h^ngerie de Tcnicrs , tous les linges que ce pein-
tre a réprélentés ; les uns habilles en juges , les au-
tres en prêtres , les autres en moines, &c. On voit
^zns\z Jingeru deTcmers ^iows les acleurs de la co-
médie italienne , en forte que c'eft un finge qui efl
habillé en arlequin , un autre reprél'ente Icaramou-
che , un autre, Colombine , &c. Les eilampes qu'on
en a gravées , s'appellent ^^{^ijingeries. (Z). /.)
SINGHILLOS , {Hijl.mod.) c'eft le nom que
les Jagas^ peuple anthropophage de l'intérieur de
l'Afrique , donnent à leurs prêtres ; ce font eux qui
font chargés de confulter les mânes de leurs ancêtres,
qui paroifTent être lesfeuls dieux que ces peuples con-
noilfent ; les prêtres le font par des conjurations ,
accompagnées ordinairement de facrifîces humains,
que l'on fait en préfence desoflemens des rois , con-
ièrvés pour cet effet après leur mort , dans des ef-
peces de boëtes , ou de chaffes portatives. Ces prê-
tres , dont l'empire eft fonde fur la cruauté & la fu-
perftition , periiiadent à leurs concitoyens que tou-
tes les calamités qui leur arrivent , font des effets
<ie la vengeance de leurs divinités irritées , & qui
veulent être appaifées par des hécatombes de vidli-
ries humaines ; jamais le fang humain ne coule afiez
iibondament au gré de ces odieux minières ; les moin-
dres fouffles de vents", les tempêtes , les orages , en
un mot les évênemens les plus communs , annoncent
.îa colère & les plaintes des ombres altérées de fang ;
plus coupables en cela que les peuples aveugles 6c
barbares qu'ils gouvernent, & qu'ils entretiennent
par la terreur dans des pratiques révoltantes ; c'efl
à leurs fuggellions que font dues les cruautés que ces
fauvages exercent lur tous leurs voinns.; ce font ces
prêtres qui leur perfuadent que plus ils feront inhu-
Jîiains , plus ils plairont aux puilfances inconnues ,
de qui ils croient dépendre, Poyei Carùcle Jagas.
SINGJDAVA , {Gcog. anc.) ville de la Dace ,
félon Ptolomée , /.///. c.vlij. le nom moderne eH: ,
î't ce qu'on prétend , Enycd, & en allemand, Engz-
tyn. {D. /.)
SINGIDUNUM ^ ( G'cGg. anc.')o\\ Singlndunum ^
ou Sïgcndunum , ville de la Pannonie , que l'itinérai-
re d'Antoine marque fur la route d'Italie , en orient,
en paflant parle mont d'Or. Ptolomce met cette pla-
ce au nombre des villes niéditerrances de la haute
Moefie , car, comme Piinc nous l'apprend , la Mœ-
fie fut ajoutée à la Pannonie ; Singidunum étoit fituée
à une petite diftance de la Save. Holftein juge que
c'efl: à préfent Zinderin , dans la Servie.
Jovien ( Flavius Claudius Jovianus ) naquit à Sin-
gldunum , vers l'an 331, & fut proclamé empereur
par l'armée romaine , en 363 , après la mort de Ju-
lien. Il fit aufTitôt la paix avec les Perles , par une
négociation qu'ils tirèrent exprès en longueur pour
faire confumer aux Romains ce qui leur reiîoit de
vivres. Alors le nouvel empereur , prefle de la faim,
bc dans la crainte affez bien fondée , que quelqu'au-
tre , profitant de fon abfence, ne prît auili le diadé-
me,conclut avec Sapor un traité apparemment néccf-
faire , certainement honteux. Il céda par ce traité,
les cinq provinces tranfl:igritaines , avec la ville de
Nifibe , qui étoit le boulevart de l'empire , en
orient ; ce même prince avoit généreufcment con-
fofl'é la foi chrétienne , 6c perlcvéra dans la même
croyance; mais il fe propofa d'éteindre par la dou-
ceur , lesfchifines de l'églife. Son règne ne dura que
Jl'pt mois &; vingt jours ; il tut étouffé dans Ion lit ,
en 364, ;\ l'âge de 33 ans, par la vapeur du char-
bon qu'on avoit allumé dans fa chambre. M. l'iibbc
Tome XK,
S I N 211
de la Bletterie a écrit la vie de ce prince , & nous y
renvoyons le lefteur , parce qu'elle mérite d'être lue.
SINGITICUS SINUS , ( Géog. anc.) golfe de
la Macedome , dans la mer Egée , félon Ptolomée ,
/. ///. c. xxxj. Ce golfe entroit fort avant dans les
terres , entre la Chalcidie & la Praxie , depuis le pro-
montoire Nymphœum , jufqu'à Ampdusextrcma
SINGLER, V. n. {Archit.) c'eft dans le toifé,
contourner avec le cordeau , le ceintre d'une voûte '
les marches , la coquille d'un efcalier , les montures
d'une corniche , & toute autre partie qui ne peut
être mefurée avec le pié & la toife. DaviUr. {D.'J.)
SINGLIOTS , f. m. ( Coupe des pierres.) font \qs
deux foyers d'une ellipfe où l'on attache les bouts d'un
cordeau égal au grand axe , pour tracer cette courbe
par le mouvement continu , qu'on appelle le trait dic
jardinier, ^oye:^ ELLIPSE.
SINGO, (Gio-gr. mod.) petite ville de la Tur-
quie en Europe, dans la Macédoine , fur la côte du
golfe de Monte-Santo. Elle conferve le nom de l'an-
cienne Singus , qui avoit donné le fien au golfe Sin-
giticusjînus. (^D. J.)
SINGO-FAU , f. m. ( Hiji. nat. Botan. ) plante
de i'ile de Madagafcar , qui s'attache au tronc des ar-
bres , & dont il fort une grande feuille longue de
deux ou trois pies , fort épaiffe, & large de quatre
doigts ; les habitans écrafent cette feuille , après l'a-
voir chauffée au feu , & s'en frottent le tour des
yeux, pours'éclaircirla vue.
SINGOR , owSiNGORA, {Gèogr. mod.) ville
des Indes , au royaume de Siam , fur la côte orien-
taie de la prefqu'île de Malaca, à l'embouchure d'une
petite rivière, qui fe jette dans le golfe de Patane.
Latit. ^.48.{D.J.)
SINGULARITÉ , ( Morale. ) on prend ordinal-
rement ce mot en mauvaife part, pour déiigner une
affeftation de mœurs , d'opinions , de manières da-
glr , ou de s'habiller , contre l'ufage ordinaire ; ce-
pendant il faut diflinguer la CingularitélomhiQ .. de
a vicieule.
1°. Tout homme de bon fens tombera d'accord
avec moi , que lajingulariié QÙ. digne de nos éloges ,
lorfque malgré la multitude qui s'y oppofe , elle^fuit
les maximes de la morale & de l'honneur ; dans de
femblables cas , il faut favoir que ce n'eil pas la cou-
tume , mais le devoir , qui efl la règle de nos ac-
tions , & que ce qui doit diriger notre conduite , efl
la nature même des chofes : alors \3i fingularité de-
vient une vertu qui élevé un homme au-defliis des
autres , parce que c'efl: le caradere d'un efprit foi-
ble , de vivre dans une oppofition continuelle à lès
propres fcntimens^, & de n'ofèr paroître ce qu'on efl:
ou ce qu'on doit être.
hcijmgnlarité n'efl donc vicieufe que lorfqu'elle
fait agir les hommes contre les lumières de la raifon ,
ou qu'elle les porte à fe diilinguer par quelques niai-
feries ; comme je ne doute pas que tout le monde ne
condamne les perfonnes qui le fingularifent par les
mauvaifes moeurs , le défordre & l'impiété ; je ne
m'arrête qu'à ceux qui fe rendent remarquables par
laT^ifarrene de leurs habits , de leurs manières , de
leurs difcours , ou de telles autres choies de peu d'im-
portance dans la conduite de la vie civile ; il ell cer-
tain qu'à tous CCS égards , on doit donner beaucoup
à la coutume, & quoique l'on puiflè avoir quelque
ombre de raifon, pour ne fuivre pas la foule, on
doit lacriner l'on humeur particulière , & lès opi-
nions , aux ufages reçus du public.
Il faut donc s'y prêter , 6c fe reflbuvenir qu'en
fuivant toujours le bon fens même , on peut paroître
ridicule dans l'efprit de gens qui nous font beaucoup
intérieurs , & fe rendre moins propres à c',Te utile
aux autres , dans des affaires réellement im;)ortan-i
Dd.j
nll
s î
I N
tes ; au reflc , parmi nous , on voit très-peu de
gens le fingulnriier dans les modes , les uiages , 6c
les opinions reçues ; mais combien n'en voit-on pas
qui , de peur de fe donner un ridicule , n'ofent le
montrer ce qu'ils dcvroient être , & ce que la vertu
leur iirclcrit d'être ? ( Z?.y. )
SINGULIER , RE , adj. ( Gram.) ce terme eft
conj'acré dans le langage grammatical , pour déligner
celui des nombres qui marque l'unité. /•'. Nombre.
Un même nom, avec la même lignilication , ne
laille pas trèslbuvent de recevoir des iens tort dit-
tcrcns , ielon qu'il ell: employé au nomhve fin gulier ,
ou au nombre pluriel. Par exemple, donner la main ^
c'eli la préientsr à quelqu'un par politefle , pour
l'aider à marcher , à delcendre , à monter, &c. don-
ner les mains , n'ell plus qu'une exprelfion figurée ,
qui veut dire conjcnùrh. une propolition. Cette re-
marque cil due à M. l'abbé d'Oiivet , lur ces vers de
Racine, Baja^et^ I. iij. 8.t).
Save::^-vdusjî demain
Sa liberté , fes Jours feront en votre main.
Il me femble que de pareilles obfervations font
fort propres h faire concevoir qu'il ell" ncceffaire d'ap-
porter dans l'étude des langues , autre chofe que des
oreilles , pour entendre ce qui fe dit , ou des yeux
pour lire ce quieft écrit : il y faut encore une atten-
tion fcrupuleufe fur mille petites chofes qui échappe-
ront aifémentà ceux qui nefavent point examiner ,
ou qui feront mal vues par ceux qui n'auront pas une
certaine pénétration , un certain degré de juftefl'e
dont on fe croit toujours allez bien pourvu , & qui
pourtant efl bien rare.
. L'ufase a autorifé dans notre langue \me manière
de parler qui mérite d'être remarquée : c'elr celle où
l'on emploie par fynecdoque ,le nombre pluriel , au
lieu du uomhvejingtdier , quand on adre'fle'la parole
aune feule perfonne : Monjleur , vous niave^ ordon-
né; je vous prie ; &c\ ce qui fignilîe littéralement en
latin , domine , jnffifti^ ; oro vos ; la politefle fran-
çoife fait que l'on traite la perfonne à qui l'on parle,
comme li elle en valoit plufieurs : & c'eil pour cela
que l'on n'emploie que {^Jingulier, quand on parle à
une perfonne à qui l'on doit plus de franchife , ou
moins d'égards ; on lui dit , tu ni! as demandé , je t'or-
donne , furies avis, &c. cette dernière façon de par-
ler s'appelle /«ifoj'tr , on tutayer ; ainlil'onne îutaye
que ceux avec qui l'on eft très-familier , ou ceux
pour qui l'on a peu d'égards. On trouve dans le patois
de Verdun dévouj'er , pour tutayer ; ce quimeferoit
volontiers croire eue c'eii un ancien mot du langage
national ; il en a tous les caractères analogiques , &
il eft compofé delà pariicule privative ^é,& du pro-
nom pluriel vous , com.me pour dire priver de l'hon-
neur du vous. Ce mot méritoit de relier dans la lan-
gue , & il devroit y rentrer en concurrence avec tu-
tayer : tous deux figniheroient la même chofe, mais
en indiquant des vues différentes ; par exemple , on
tutayeroit par familiarité , ou par énergie , comme
dans la poéfie ; on dévoujhoit par manque d'égards ,
ou par mépris.
Au relie , il y a peu de langues modernes où l'ur-
banité n'a'.t donné lieu à quelque locution vraiment
irrcguliere îi-cet égard. Les Allemands difent: mein
licrr, icii bin ihr dimer , ce qui fignifîe littéralement en
françois, monjieur , je fuis leur Jerviteur, au lieu de
ton, qui feul efi: régulier : ils difent de même /Vi ,
au lieu de tu ; par exemple ,fie bUiben immer ernflhaft ,
c'eft-à-dire , ils démeurent toujours férieux ^ au lieu de
l'exprelîion régulière , tu es toujours ferieux : il y a
donc dans le germanifme , abus du nombre & de la
perfonne. Les Italiens , outre notre manière , ont
encore leur vo[fîgnoria , nom abflrait de la troiiieme
perfonne, qu'ils fubflituent à celui de la féconde. Les
Efpagnols ont également adopté notre manière , p our
les cas du moins où ils ne croyent pas devoir em-
ployer les noms abftraits de diltinûion , ou le nom
de pure politeffe , vuejlra merced , ou vucj'a merced ,
qu'ils indiquent communément dans l'écriture par
V. m. ( B. E. R. x\î. )
SINCxUS , ou SINGOS , ( Géog. anc ) ville de
le Macédoine , dans la Chalcidle. Ptolomée , /. ///.
c. xiij. la marque fur le golphe Singitique , aujour-
d'hui le golphe d'Athos. {D.J.)
SlNGYLIA , ( Géog. anc. ) ville d'Efpagne , pré-
fentement nommée Antiquera ; elle tiroit apparem-
ment fou nom du fleuve SinguUs , aujourd'hui le
Xénil ,luivant l'opinion commune. {D. /. )
SINI, ou CONFUSI, f.m. ( Hi/i. nui. Botan. )
arbre fauvage du Japon , de la grandeur du cerilier.
Ses branches font tortueufes : Ion écorce a l'odeur
du camphre , & fa feuille reflemblc à celle du nê^
flier ; m.ais fes fleurs qui naiiTent à l'entrée du prin-
tems , font des efpeces de tulipes ou de lys blancs.
Leur piftil eft gros & de ngure conique •, environné
d'un grand nombre d'étamines. Cet arbre eft aufli
appelle kobus par les Japonois,
SINIGAGLIA, ( Géog. mod. ) en latin SenogalUa ,
petite ville d'Italie , dans le duché d'Urbin , fur la ri-
vière Nigola , près de la mer , à lo milles de Fano ,
à 12 de Péfaro & d'Ancone , & à 34 d'Urbin. Cette
ville/ut fondée par les Sénonois , ck devint depuis
colonie romaine. La rivière la divife en ville neuve
& en rille vieille , toutes les deux dépeuplées. Ses
fortifications & celles du château ne font pas abfo-
lument mauvaifes. Son terroir abonde en vin , &
manque de bonne eau. Son évêché a été établi de-
puis leiv. fiecle , & eft fuffragant d'Urbin. Long.jo.
5z. latit. 4j . 40. CD. J.^
SINISTRE , adj. ( Gram. ) fâcheux , malheureux,
de mauvais augure. Il fe dit des chofes & des per-
fonnes. Un homme finiflre ; un vifage finifire ; un
fonge finiflre ; un oràrefiniflre.
Sinistres , f m. pi. ( Hijî. eccléf. ) anciens héré-
tiques ainfi appelles de l'averfion qu'ils avoient prife
pour leur main gauche ; ils ne vouloient rien accep-
ter ni donner de cette rnain-là. On les appelloit aufù
novateurs fabbatiens ; il en eft parlé dans le concile de
Conftantinople , can. y.
SIN-KOO , f. m. (//i/?. nat. Boian. ) c'eft un ar-
bre odoriférant du Japon , que Kaempferprendpour
l'aquila , ou bois d'aigle , efpece d'aloë , & dont il
croit que ce font les morceaux les plus réfmeux , &
par conféquent ceux qui ont le plus d'odeur , aux-
quels on donne le nom de calamba. Son tronc , dit-
il , eft haut d'une coudée , droit , mince , d'un verd
agréable , garni de feuilles dès le bas , couvert de poil ,
&; fe partageant en deux branches. Ses feuilles naif-
fent une à une , éloignées d'un pouce entr'elles ,
femblables à celles du pêcher, d'un vert brillant &
vif de chaque côté , fans découpure ; mais avec un
gros nerf qui règne au milieu fur le dos , dans toute
leur longueur , & qui couvre des deux côtés quan-
tité de petits rameaux fins & prefque imperceptibles.
Cette defcripîion eft d'autant plus curicufe , qu'on
n'avoit qu'une connoiffance Imparfaite de cet arbre.
On favoit feulement , comme l'obferve aulTi Kaemp-
fcr , qu'il ne fe trouve que dans les endroits les plus
reculés des bois & des montagnes. Suivant le rapport
des Japonois & des Siamois , il n'acquiert l'odeur qui
le rend ft précieux, que lorfqu'il eft' tout-à-fait vieux.
SINNADE , ( Géog.' mod. ) ville de la Turquie
afiatique , dans l'Anatolie , vers la fource du Sara-
bat , à quinze lieues d'Apamis , du côté du nord.
Elle étoit autrefois archiépifcopale ; elle eft aujour-
d'hui miférable. {D.J.)
SINNING , ( Géog. tnod. ) ville de la Chine , dans
la province de Quangtung , au département de
s î
Quan^cheu , première métropole de la province.
1.1 fi t. "^3 1. 47- (^-/O
SIMO LE , ( Géog. mod. ) rivière d'Italie , au
royaume de Naples. Elle a fa fource dans la Bafili-
cate & dans l'Apennin, aux confins de la Calabre, &
va {q. jetter dans le golphe de Tarente , près de la
tour de Saint-Bafilc. (Z). 7.)
SINOIS , ( Mythol. ) furnom de Pan , pris du nom
de la nymphe Sinoë , qui , foit en particulier, foit de
concert avec fes compagnes , prit loin de i'éduciition
de ce dieu. {D. J-)
SINONIA , ( Glog. anc. ) île de la mer de Thyr-
rène , félon Pomponius Mêla ^ /. //. c. vij. & Pline ,
/. ///. c. vj. On croit que c'efl à-préfcnt l'île de Sa-
lone , aux environs de Gaiitc. (Z>. /.)
SINOPE , terre de , ( Hijl. nat. anc, ) terre rouge-
brune de Natolie , qu'on ne connoît plus aujour-
d'hui.
Quand Voiture , dans îzs entretiens avec Coflar ,
dit plaifamment que les cordonniers ont été ainli
nommés parce qu'ils donnent des cors , il me rap-
pelle l'étymologieféricufe deMénage,qui dérive^/z/2o-
pU , terme de blafon, de la ccrre de Sinopc, qu'il fup-
pofe verîe,& qui étoit d'un rouge-brun. Les anciens
ont bien fait mention de la terre verte de Scio qu'ils
«ftimoient beaucoup , mais non pas de la terre verte
de Sinope. Je ne fais même û le mot prajimis dans
Pline & dans Ifidore fignifîe la couleur verte , que
nous appelions y«2o;7/£; mais cela ne nous fait rien.
La urre de Sinope étoit une efpece de bol plus ou
moins foncé en couleur rouge-brune , qu'on îrou-
voit aux environs de cette ville de la Natolie , qui
en diftribuoit à Rome une grande quantité pour di-
vers arts ; c'eft pourquoi Strabon , Pline & Vitruve
en ont beaucoup parlé.
• Ce qui marque que cette terre n'étoit autre chofe
que du bol , c'eft que les auteurs que l'on vient de
citer , affûtent qu'il étoit aultl beau que celui d'Ef-
pagnc. Tout le monde fait que l'on trouve un très-
beau bol rouge - brun en plufieurs endroits de ce
royaume , où on l'appelle almagra ; & ùe bol d'Ef-
• pagne , fuivant les conjeftures de Tournefort , qui
dcvoit en être inftruit , ayant voyagé dans le pays ,
€i\ un fafran de Mars naturel. L'on ne connoît plus
aujourd'hui fur les lieux , ni la terre verte de Scio ,
ni la rouge de Sinope , appellée rubrica fabrilis par
Vitruve , Perfe & autres auteurs.
La terre iinopique de nos jours , notre rubrique ,
eft une terre rouge qui fe trouve en Grèce en Armé-
nie , en Egypte , dans les îles de Majorque & de
Minorque , en France , en Allemagne & Angleterre.
Il y en a de plufieurs efpeces , de graiffcufes , de
ifeches , de tendres , de dnres , de tachées , &c. Elles
fervent aux ouvriers pour crayonner 6c tirer des li-
gnes rouges.
C'eli de cette terre que vient le nom de rubrique ,
qu'on donne au titre d'un livre de droit , parce que
les titres en étoient autrefois écrits en lettres routes.
C'eft la. même origine de ce qu'on nomme rubriques
générales dans l'office divin ; & finalement puilique
j'en fuis fur les étymologies , c'eft aulti là celle du
mot de brique , terre graffe , rougeàtre , que nous
cuifons , après l'avoir façonnée en carreaux , &: qui
fort à bâtir.
Les Anglois favent à merveille pulvérifer , tami-
fer & réduire en pâte, avec une eau gommée, leur
terre rouge , dont ils font des crayons qu'ils débi-
tent dans le commerce ; mais nous vanter la rubri-
que, & tovUC' autre forte de terres , bols , craies ,
pierres de mine , &c. quelle qu'en foit la couleur ,
pour être utiles en médecine, en recommander l.s
vertus vulnéraires intérieurement , c'eft fc mo'>;uer
du monde , c'eft aggréger ceux qui exercent l'art
d'EtluIape , au corps des petits marchand:; de
S I N
n
crayons , qui étalent à Londres far la bourfc , ca à
Paris fur le pont-neuf. ( Z?. /. )
Sinope , ( Géog. anc. ) ville de Paphiagonie , fi-
tuée au 43^ degré de latitude feptentrionaie , fJr le
bord méridional du Pont-Euxin , près d'une rivière
du même nom , à quelques milles en deçà de l'Ha-
lys , fut une des villes des plus célèbres & des plus
anciennes du royaume de Pont , dont la Paphiago-
nie, province .entre l'Halys & le Parthenius , faiioit
partie. Ovide de Ponto , /. /, dit :
Urbs antiqua fuit , Ponti celibrata Sinope.
J'ai lu, dans les mém. des infc. /. X. in-^°. une
excellente diiTertation fur Sinope : en voici le précis.
Cette ville, au rapport de plufieurs écrivains,
doit fa fondation à Sinope , une de ces amazones fa-
meufes qui habitoient le long- des rivages du Ther-
modon , & que quelques auteurs prétendent avoir
été une colonie des Amazones de Lybie , queSdfof-
tris mcnoit avec lui dans fes expéditions , & dont il
laiffa , dit-on , une partie fur les bords de cette ri-
vière , lorfqu'il pafia dans ces contrées-là.
Mais d'autres écrivains croyent que Sinope^ qui
fonda en Ane la ville de fon nom , étoit grecque d'o-
rigine, & fille d'Afope , petit prince établi à Thebes,
ou plutôt à Phliafie , où il étoit venu de l'Afie d'au-
près des rivages du Méandre : comme il avoit paffé
la mer pour fe rendre en Grèce , on en fît , en lan-
gage mythologique , un fils de l'Océan & de Téthis ,
ou de Neptune & de Céglufe ; & le fleuve Afope , à
qui il donna fon nom , n'étoit autre , fuivant le même
ftyle , que le Méandre même , qui ayant fuivi Afope
fous les eaux de la mer , étoit venu reparoître fur les
terres que ce prince avoit acquifes près delà ville de
Phliafie , ou Phigalie.
Paufanias fiùt mention d'un autre prince, nommé
auiTi Afope , le plus ancien des rois de Platée après
Cy theron. Ce fut lui qui donna fon nom à un autre
fleuve appelle Afope, qui couloir près de Thèbes ,
& à l'Afopie , canton des environs de cette ville.
En ce- tcms-là les dieux , c'eft-à-dire , les princes
ou feigneurs de quelque contrée , aimoient à fe fi-
gnaler par l'enlèvement des jeunes perfonnes qui
cîoient en réputation de beauté. Afope le phliafien
avoit, dit-on , vingt filles , entre lefquelles il s'en
trouvoii quelques-unes dont le mérite & la beauté
faifoient beaucoup de bruit jufque dans les pays
étrangers. Ce fut entre le jeunes feigneurs d'alors, à
qui en enleveroit quelqu'une. Le petit fouverain de
rîle d'Oénone , qu'on qualifie du nom de Jupiter , fe
nom de Neptune , parce qu'il avoit paflc la mer,
furprit Corcyre, qu'il emmena dans fon île deSché-
rie , qu'on nomma dans la fuite Corcyre , à-préfent
Corfou. Un autre corfaire , qu'on titra auffi du nom
de Neptune , pour la môme raifon , s'accommoda de
Salsmine , qui donna fon nom à l'île oîi il la tranf-
porta.
_ Mars , c'eft-à-dire , quelque guerrier, ravit Har-
pinne , & un jeune aventurier venu du Levant ,
qu'on décora pour cette raifon du nom i! Apollon ,
lurprit Sinàpe , iine des autres filles d'Afope , qu'il
tranfporta jufque dans une péninfule ou Cherfon-
nèie de la côte m6"idionalc du Pont-Euxin , qu'il lui
céda , en lui laiffant , dit-on , fa virginité. Quelques
auteurs prétendent au contraire, beaucoup plus vraif-
fcmblablemcnt, qu'il l'époufa , & qu'il en ciu un fils
nommé Syrus , qui donna Ion nom à la Syrie.
La finiation du lieu où Sinope avoit été tranfplan-
tée de la Grèce , étoit trop charmante pour pouvoir
ne s'y pas plaire. Cette princeffe s'y fixa donc vo-
lontiets, & yjctta les fondemcns de la ville de fon
214
s I N
nom , q\ii devint dans la fuite li fameufe par fes ri-
chclîVs , par le grand nombre de les habitans , par la
beauté de les edilices , tant publics que particuliers ,
Îiar la puilTancc lur terre & liir mer , & même par
es tçrands hommes qu'elle a produits dans les arts 6c
les ïcienccs , ainfi que Strabon 6i autres auteurs en
rendent témoignage.
S'il y avoit quelque fonds à faire fur ce qu'on ra-
<onte de l'origne de cette ville , elle auroit commen-
cé vers le tcms de l'expédition de Phryxus dans la
Colchide , où il époufa Chalciope , fille d'CEetes ,
roi du pays , une génération avant la conquête de la
toifon d'or par les Argonautes : car Al'ope , pcre de
Sinope , étoit contemporain de Sifyphe , roi de Co-
rinthe, & d'Atamas , roi de Thebes 6c père de Phry-
fus , qui le fut d'Argus l'argonaute , i\ qui l'on attri-
bue la conilrudion de la navire argo. Sinope étoit
auili tante , par Egine fa fœur , d'Eacus , père de Té-
lamon l'argonaute & de Pelée. Que la ville Aé Sinope
ait été fondée avant le voyage des Argonautes en Col-
chide , c'ell ce que liippolentDiodore de Sicile dans
fon hiftoire , & Apollonius de Rhodes dans fes argo-
nautiques , puifque l'un & l'autre auteur font palfer
les Argonautes par cette ville.
C'étoit aulfi une tradition confiante chez les ha-
bitans de Sinope , qu'Antolycus , fils de Mercure ,
c'elt-à-dire , de quelque fameux négociant de ces
tems-là , & oncle de Jalon par fa fœur Polyphema ,
étoit venu s'établir dans cette ville à fon retour de la
campagne qu'il avoit faite fous Hercule contre les
Amazones du Thermodon. On va même jufqu'à dire
que ce capitaine s'étant rendu maître de Sinope , en
avoit chalTé les habitans , 6c s'en étoit fait le fonda-
teur , en y mettant une nouvelle colonie. Ce qu'il
y a de certain , c'ell que les Sinopiens lui déférèrent
les honneurs héroïques ; qu'après Sérapis ou Jupiter ,
Plutus, Apollon 6c Minerve , ils le révérèrent com-
me patron de leur ville ,& qu'ils alloient le confulter
dans fon temple comme un oracle.
C'cft lui , peut-être , que reprélenîe une médaille
de Sinope , citée par Spanheim , fur laquelle fe voit
im bufte de héros le calque en tête , & au revers une
figure de femme voilée avec un cafque & un javelot
à fes pies , pour fignifier , dit M. Spanheim , l'ama-
zone Sinope , fuivant l'opinion de quelques auteurs ,
qui veulent que l'on donna le nom à' Amazone à Si-
nope la grecque , parce qu'elle aborda de fon pays
chez les Amazones , par l'embouchure du Thermo-
don , d'où Apollon la mena dans la Cherfonnèfe du
Pont-Euxin , où elle fonda Sinope.
Cette ville après avoir été très-floriflante pendant
plufieurs fiecles,futprefque entièrement ruinée fous
le règne d'Adrys, bifayeul de Créfus. Les Cimmé-
riens ayant été chalTés alors de leur pays par les Scy-
thes , le lauverent fur la côte méridionale du Pont-
Euxin , & le faifirent de la péninlule de Sinope , &
de plufieurs autres villes de conféquence de l'Afie.
Mais Halyatte , père de Créfus, les ayant contraints
depuis d'abandonner leurs conquêtes , ils furent auffi
obliiiés de quitter Sinope^ qu'ils avoient prefque en-
tièrement détruite.
En ce tems h\, MUet , première ville de l'Ionie ,
& mère de plus de foixante & dix colonies , comme
le dit Pline , fe trouvant maîtrefle de la Méditerra-
née 6l du Pont-Euxin, jettoit fur leurs côtes des co-
lonies grecques de toutes parts depuis le lieu appelle
le mur des Milcfiens fur les bords d'un des bras du
Nil , jufqu'à Panticapée à l'entrée du Bofphore cim-
mcrien.
Mais de toutes les colonies qu'ils fondèrent , nulle
ne fut plus célèbre que celle de Sinope. Rien ne les
engagea davantage , félon Strabon , à s'établir dans
cette ville qu'ils trouvèrent prcfquc deferte, que les
charmes & les avantages de fon alfiette , placée à la
S I N
pointe d\me péninfule qui commandoit à la mer de
tous côtés; elle étoit prefque inaccefllble par mer à
caufe des rochers qui la bordoient jufqu'à l'entrée
de fes deux ports , l'un à l'orient, & l'autre à l'occi-
dent des extrémités de fon ilthme.
Comme cet illhme aulîi n'avoit que deux ftades
de largeur , il étoit très-aile d'en défendre l'entrée du
côté de terre ; ce qui rcndoit cette Cherfonnèfe d'un
accès fort difficile à l'ennemi.
L'établifl'ement des Miîéfiens à Sinope fe fit vraif-
femblablement vers le commencement du règne de
Cyaxare, dans la 37= olympiade, où quelques chro-
nologucs placent la fondation de cette ville.
Elle reprit bien -tôt fon premier éclat, & étoit
très-illufirc du tems du jeune Cyrus. Après fa mort,
les Grecs dans leur fameufe retraite fous Xénophon,
ayant pris leur route par cette ville, y furent reçus
très-favorablement. Outre toutes fortes de rafraî-
chilfemens dont ils pouvoient avoir befoin , les ha-
bitans leur fournirent tous les bâtimens nécellaires
pour les conduire à Héraclée de Bithynie , oii plu-
fieurs débarquèrent , pour de-là continuer leur che-
min par terre.
Strabon nous apprend que la ville de Sinope de-
vint fi puiflante par mer ôc par terre , que non-feu-
lement elle fut fondatrice de plufieurs colonies con-
fidérables fur la côte méridionale du Pont-Euxin ,
telles que Trébizonde, Cerafus, Gotyore, Armene,
& autres; mais qu'elle acquit l'empire de cette mer
depuis la Colchide jufqu'aux îles Cyanées, près de
l'entrée du bofphore de Thrace.
Ses flottes palTerent même dans la Méditerranée,'
où elles rendirent , félon Strabon , de grands fervi-
ces aux Grecs dans plufieurs combats de mer. Cepen-
dant les Sinopiens , pour fe Ibutenir contre les puif-
fances qui les environnolent, & auxquelles ils cau-
foienî beaucoup d'ombrage , firent une alliance per-
pétuelle avec les Rhodiens , qui depuis que les Mi-
îéfiens eurent perdu la domination de la mer, s'y^
étoient rendus les plus redoutables.
Une alliance fi avantageufe contribua beaucoup
à maintenir les Sinopiens contre leurs voifins , fur-
tout contre les rois de Pont qui en avoient conçu
une jaloufie violente. La ville de Sinepe étoit auifi
trop à leur bienféance , pour qu'ils n'eufiTent pas tou-
jours le delTein de l'envahir dès qu'il s'en préfente-
roit une occafion favorable.
Mithridate quatrième du nom , & huitième roi de
Pont, imaginant l'avoir trouvée , fut le premier de»
fouverains de ce royaume qui ofa attaquer les Si-
nopiens ouvertement. Leur ayant donc déclaré
la guerre , il vint auffi - tôt les alfiéger , croyant
les prendre au dépourvu. Mais comme ils eurent le
tems d'envoyer des ambafl'adeurs aux Rhodiens , ils
en reçurent un fecours fi prompt & fi puilTant, ainli
que le raconte Polybe , que Mithridate fut obligé de
lever honteufement le fiége, après avoir perdu beau-
coup de monde. Ceci arriva l'an des Seleucides 93 ,
de Rome 534.
Mais trente-fept ans après , Pharnace fon fils &
fon fuccefleur , fut plus heureux ; car étant venu af-
fiéger Sinope par mer & par terre avec deux nom-
breuies armées , lorfque les habitans s'en défioient
le moins , il les força de fe rendre , fans qu'ils euf-
fent eu le tems de fe reconnoître & d'être fecourus
des Rhodiens leurs alliés , qui furent inconfolables
de la prife de cette ville. Ils firent toutes les tentati-
ves imaginables , mais inutilement auprès des Ro-
mains , pour leur perfuader de déclarer la guerre
à Pharnace , qu'ils traitoient de perfide.
Sinope perdit ainfi la liberté l'an de Rome 571 ,"
après l'avoir confervée glorieufement pendant plu-
fieurs fiecles contre toutes les forces des Medes, des
Lydiens, dss Perfes, des Macédoniens, &des pre-
s I N
mlers fouveralns du royaume de Portt, pulflancé
dont les états alloient , pour ainfi dire , jufqu'aux
portes de cette ville. En effet, félon Hérodote , l'em-
pire des Medes fous Cyaxare , s'étendoit jufqu'à
i'Halys qui confinoit au territoire de Sinope , & Pté-
rie qui touchoit prefque à l'ifthme de la Cherlbnnèlë
de cette ville, étoit feus Créfus du royaume de Ly-
die; ce fut-là où ce prince , au rapport d'Hérodote ,
vint fe porter à fa première campagne contre Cy rus ;
& c'eft de-là qu'il ravageoit les terres des Syriens ,
c'eft-â-dire des Cappadoclens , que les Grecs nom-
moient alors Syriens , dit encore cet hiftorien.
Mithridate V, fucceffeur de Pharnace fon père , ne
fe contenta pas feulement de réparer Sinopc ruinée
en partie dans le dernier fiége ; il en fit la capitale de
fon état , & le féjour le plus ordinaire de fa cour ;
mais il eut le malheur d'y être afîaiTiné par fes confï-
dens mêmes , & y fut enterré. Les Sinopiens , en re-
connolfl^ince des bienfaits qu'ils avoient reçus de ce
prince , lui donnèrent le titre d^Evergete , qu'ils fi-
rent graver fur leurs monnoies , où fe lit ^xj-ixia;
f^iÔpiS'u Tov niipytrcv.
Sinopc ayant donc été entièrement rétablie par la
libéralité de ce prince, reprit fa première fplendeur;
on y aditiiroit lùr-tout la magnificence de fes porti-
ques , celle de la place publique , de fon gymnafe ou
académie, & de fes remparts. La beauté des faux-
bourgs répondoit à celle de la ville ; & les dehors
embellis de jardins agréables , étoient des plus char-
mans. Aufïï Etienne de Byzance nomme-t-il Sinopc
la ville la plus illufîre du Pont, -tsÔXiz S'ia.tpn.vis-tlT» Ta
ïiovTov ; titre qu'elle méritoit encore d'une manière
plus glorieufe , en mémoire des hommes de Lettres
qui y avoient pris naiffance , entre lefquels Strabon
nomme Diogene le cynique , Timothée le philofo-
phe, Diphile poète comique, Bathon qui avoit écrit
i'hiiioire de Perfe.
Cette ville qui eut Minerve & Apollon pour pa-
trons , doit avoir produit beaucoup d'autres favans ,
dont les ouvrages & les noms mêmes ne font point
arrivés jufqu'à nous, puifqu'Adérius évêque d'Ama-
fée , témoigne que Sinopc , ville ancienne , étoit très-
féconde en grands hommes & en philofophes.
Mais entre tant de perfonnages célèbres qui y pri-
rent naiffance , aucun ne l'a plus illuftrée que Mi-
thridate, fixieme du nom , dit Éupator, le fléau &
la terreur des Romains, & que Cicéron dans fon
Lucullus , nomme avec raifon le plus grand des rois
après Alexandre : ngum poJlAUxandrum maximus.
Ce prince que fon goût pour les Arts & les Scien-
ces , que fa mémoire prodigieufe qui lui faifoit en-
tendre & parler vingt-deux langues ufitées dans fes
états, & que la vafte étendue de fon génie â qui rien
n'échappoit , doivent rendre recommandable , fe plai-
foit principalement à faire fa réfidence à Sinopc & à
Amife : il orna ces deux villes , & les remplit de tout
ce qu'il put ramaffer de plus rare & de plus pré-
cieux : Sinopc & Amifus domicilia régis Mithridatis
omnibus rébus ornata & rcfcrta , dit Cicéron ^pro Ma-
nilio. Mais le malheur des guerres que ce prince eut
à foutenir contre les Romains , qui de tous les peu-
ples de la terre étoient les feuls capables de le vain-
cre , lui fit perdre cette ville & tous fes états ; après
néanmoins avoir gagné huit ou neuf batailles contre
autant de généraux romains , avoir caufé des pertes
immenfes à la république romaine , & après une ré-
fiftance des plus opiniâtres pendant près de trente
années , contre trois de fes plus fameux capitaines ,
Sylla , Lucullus , & Pompée.
Il y avoit déjà foixante-huit ans que la ville de
Sinopc étoit au potivoir des rois de Pont , lorfqu'elle
paffa fous celui des Romains. Ils n'avoient pu dom-
pter entièrement Mithridate dans les deux premières
guofres qu'ils curant contre lui fous la conduite de
S I N
215
Sylla & de Miu-ei^a. Ce prince s'étoit toujours rele-
vé de toutes fes pertes , encore plus redoutable que
jamais ; & la paix qu'il avoit conclue avec eux , lui
fut des plus avantageufes ; mais il fuccomba finale-
ment dans la dernière guerre , & y périt. -
Lucullus qui s'étoit déjà diflingué fous Sylla dans
la première guerre contre ce prince , eut dans la troi-
fierrie le commandement des arm.ées romaines. Il fut
très-heureux , remporta des vidlolres contre Mithri-
date, le chaffa de fon royaume , & conquit là petite
Arménie, avec le pays des Tibaréniens.
Après ces glorievix exploits, il rétourna dans le
Pont, où il lui refloit encore à. prendre que'ques-
unes des principales villes , dont Sinopc étoit la îîIus
importante. Cette place , devant laquelle il I: rcjïdit
en perfonne , auroit pu tenir long-terris contre toutes
fes attaques : elle n'étoit pas feulement pourvue de
toutes les munitions néceffalres pour \\x\q longue &
vigoureuie défenfe , un grand nombre de pirares de
Cilicie , gens déterminés , s'y étoient encore jettes ;
& de plus elle pouvoit recevoir des renforts conti-
nuels par mer , dont elle étoit la maîtreffe.
Mais la divjfion s'étant rriife parmi les ch.fs , tous
ces avantages devinrent inutiles ; & pour furcroît
de malheur, le feu ayant pris à la ville dans un tu-
multe , les Romains y donnèrent un affaut général
dans l'effroi de l'incendie, la prirent fans preiqu'au-
cunê réfiffance , & huit mille pirates qui ne purent
gagner leurs vaiffeaux, furent paffés au fil de l'cpée.
Ce tragique événement arriva fur la fin de l'an de
Rome 683 , ou au corrimencement de l'année fùi-
vante 684.
La phlpart des habîtans de Sinopc n'ayant pu fup-
porter l'infolence des pirates quis'étoient jettes dans
cette place pour la défendre , avoient été contrains
de l'abandonner pendant le fîége , & s'étoient reti-
rés par mer où ils avoient pu. I.ucullus étant maître
de la ville , leur manda de revenir dans leurs mai-
fons , dont il avoit eu grand foin de faire éteindre
le feu, auffi-tôt que fes troupes furent entrées dans
la ville. . • , .
Il remit auffltôt les habitans en pofTefHon de tous
leurs biens , & par un excès de générofité , il leur
accorda la liberté & le droit de vivre félon leurs lois ^
comme le rapporte Appien , grâces dont il favorifa
auffi. les habitans d' Amife , autre ville capitale du
Pont , & ancienne colonie des Athéniens , qu'Ale-
xandre le grand , en conlidération de cette glorieufe
origine , avoit aufll laiffé en liberté.
Lucullus fe fignàla encore à la prife de Sinopc par
fon défzntéreffement , qui fut tel , qu'entre les richcf-
fes immenfes & les pièces précieufés dont cette ville
étoit remplie , il ne voulut retenir , dit Strabon , que
la fphere de Billarus , célèbre aiironome , dont le
nom cependant ne fe trouve que dans cet auteur,
& la flatue d'Antolycus , du cifeau de Sthénis , fa-
meux iculpteur.
Les Sinopiens regardèrent cet événement comme un.
préfage de la renaiffance de leur ville ; & ce fut pour
en conferver la mémoire à la poftérité , qu'ils quit-
tèrent l'ère dés rois de Pont , dont ils s'étoient fer-
vis depuis qu'ils étoient devenus leurs fnjets , pour
prendre celle de Lucullus , que l'on comptoit de l'an!
de Rome 684 , qu'ils recouvrèrent , pour ainfi dire,
leur liberté.
Cependant <\ peine Sinopc commençoit d'en jouir,
qu'elle en fut dépouillée par Pharnace , qui enleva
aux habitans une partie de leurs poffeffions. Ce prin-
ce, après la mort de Mithridate-Eupator, avoit ob-
tenu de Pompée le royaume de Bofphore qu'avoit eu
Macharès fon frère. Mais il n'eut pas plutôt appris
que la guerre s'étoit allumée entre Céfar & Pompée;
que voulant profiter d'une libelle occallon de rentrer
dans rhcritage de fes ancêtres , il fe jetta furie royau-
2l6
s I N
rne de Pont , prit d'abord Slr.ope , qvi'il pilla en par-
tie , battit Domitien , général de l'armée romaine
en Afic, & conquit en très-peu de tems , les états
que ibn père avoit poilédés.
Mais toutes ies prolpérités s'évanouirent prel'que
enuninllant. Cci"ar,vidorieux de les ennemis, paiTe
en diligence d'Alexandrie en Syrie , Tan de Rome
706 , vole de-là dans le Pont , où il ne tait que pa-
roître pour vaincre Pharnace , 6c tailler fes troupes
en pièces à la fameule journée de Ziéla , lieu qui ,
pluiienrs années auparavant avoit été ii t'unellc aux
Romains, par la vidoire importante que Mithridatc
y avoit remportée contre Triarius , lieutenant de
Lucullus ; ainli le nom romain fut vengé de l'alFront
qu'il avoit reçu en cet endroit, où Céiar en monu-
Tiîent de la vidoire , fit drelFer un trophée , à l'oppo-
fitc de celui que Mlthridate y avoit t'ait élever à la
honte des Romains.
Apres le gain de cette bataille , tout céda au vain-
queur ; le royaume de Pont rentra lous l'obéilTance
de la république romaine , & Pharnace , qui s'étolt
fauve dans Sinopc avec nulle cavaliers feulement ,
flit obligé de rendre cette ville à DomitiusCalvinus ,
lieutenant de Céfar, & de s'enfuir par mer dans le
Bofphore, où il n'eut pas plutôt mis pic à terre, qu'un
des grands du pays , qui s'étoit loulevé contre lui , le
fit périr , & s'empara du royaume.
Sinovi étant ainfi tombée fous la pullTance des Ro-
mains , n'eut pas moins ;\ le louer de la générofité de
Céiar , que de celle de Lucullus : il fonda le premier
dans L'ur ville une colonie romaine.
Ces colonies ctoient autant de garnifons romai-
nes répandues de toutes parts , pour retenir & affer-
mir les nouveaux iujets dans l'obéifîance , les accou-
tumer infenfiblement à la dom.ination romaine , &
leur en faire goûter m la longue les lois & les coutu-
mes. C'étoit d'ailleurs la digne récompenfe des tra-
vaux & des fatigues militaires du foldat vétéran , &
inie décharge de cette multitude prodigieufe de ci-
toyens, dont Rome fe trouvoit accablée.
On avoit foin de mettre ordinairernent ces colo-
nies dans les lieux les plus avantageux & les mieux
fitués de chaque contrée , furtout dans les villes ca-
pitales & dans les métropoles. De toutes les villes
cl'Afie , Sinopc , tant à caufe de fa fituation , que de
fa puiiTance fur mer , fut une de celles où il conve-
noit le plus de mettre une Cvilonle , & de la rendre
floriffiinte.
M. Vaillant s'étoit perfuadé trop légèrement que
Lucullus avoit fait le premier de Sinopc une colonie
romaine. Ce n'ell pas ainli qu'en ont écrit les anciens
auteurs , que cet antiquaire cite lui-même. Strabon
parlant de la prife de Sinopc par Lucullus , dit feule-
ment que ce 9;énéral laifTa à cette ville tout ce qui
contribuoit à l'embellir , & cju'il fe contenta de faire
enlever la Iphere de Billarus , & la flatuc d'Antoly-
cus , ouvrage du fameux fculpteur Sthénis ; c'efi: quel-
ques lignes plus bas que ce géographe ajoute , que
Sinopc étoit , de fon tems , colonie romaine , vùv Si
jirtî fcc/Luttav aTtoiy.iAv SiS'cKTai ; de-là il eftiiiié de voir
que cette colonie n'avoit pas été établie par Lucul-
lus ; car fi ce fait eut été vrai , Strabon en auroit
fait mention plus haut , en parlant du traitement que
Sinopc reçut de ce général. Appien dit feulement que
Lucullus rendit à Sinopc la liberté. Ainfi aucun des
ancicn'j auteurs ne dit que cette ville ait été faite co-
lonie par Lucullus.
L'époque de Sinopc marquée fur la médaille de
Gordien-Pic , frappée à Sinopc , & fi bien expliquée
par M. l'abbé de Fontcnu , prend fon commencement
à l'an de Rome 684. L'époque marquée fur les mé-
dailles de M. Aurele & de Caracalla, commence à
l'établifTement de la colonie romaine par Jules-Céfar,
l'un de Rome 707. Cette double époque a été très-
S I N
bien remarquée par M. Vaillant ; elle fe trouve ait-
jourd'hui encore mieux confirmée par une médaille
de Néron & d'Odavie , que le P. Froelich a fait cra-
ver, & par quelques autres dont on lui a communi-
qué la defcription.
Sinopc ayant reçu tant de bienfaits de Céfar , fit
gloire de porter dans l'es médailles le nom de colo-
nie julienne , colonia jidia Sinopc. Augufte lui main-
tint apparemment fes franchifes & fes privilèges dans
le voyage qu'il fit en Afie , l'an 1 2 de fôn empire ,
& de Rome 743 , car elle joint la qualité d'Augufta
avec celle de Julia dans quelques-unes de fes médail-
les ; colonia Julia An^vjîa Sinopc dans Vaillant , au
revers de Caracalla ; colonia ylugufla Sinopc dans
Mezzabarbe , au revers de Gordien- Pie.
J'ai déjà peut-être remarqué à l'article SÉRA.PIS,
( 6c j'en parlerai plus au long au met Te:\'ple de SÉ-
UAPis) que ce dieu des Egyptiens étoit celui de
Sinopc , & cjue ce ne fut pas lans de grandes raiions,
que les Sinopiens prirent Jupiter Plutus , c'eft-à-dire,
Sérapis pour leur divinité tutélaire ; car outre que
plufieurs auteurs prétendent que ce fut Jupiter me- '
me , & non pas Apollon qui tranfpprta, de Grèce en
Afie Sinopc, fondatrice de la ville de ce nom ^ les Si-
nopiens étoient auffi pcriuadés que c'étoit à Jupiter
Plutus , dieu des mines , qvi'ils étoient redevables de
l'opulence où les mettoit le grand trafic qu'ils fai-
foicnt fur toutes les côtes de la mer Noire , d'une
quantité prodigieule de fer qu'ils tiroient des mines
de leur contrée, & des pays voifins : ralfon pour la-
quelle vrajlfemblablement Pomponius Mêla nomme
les Sinopiens chalybcs , c'ell-à dire , comme l'expli-
que Eultache fur Denys le géographe , forgerons ,
artifans, ou marchands en fer, & leur canton Cha-
lyhic , comme pour faire entendre que les habitans
s'adonnoient fur-tout à la fabrique du fer, & qu'ils
en tiroient leur principale riclielle.
Outre le profit immenfe que le négoce du fer pro-
dulfoit aux Siî.opieriS, ils en tiroient encore un très-
conlidérable de la pêche du thon , qui fe laifoit fur
leur rivage , où en certain tems , félon Strabon , ce
poifibn le vendoit en quantité , raifon pour laquelle
ils le reprélentoient lur leurs monnoies , comme il
paroît par les médailles de Géta. Ce pollîon venolt
des Palus-Méotides , d'où il palTolt à Trébizonde &
à Pharnacie , où s'en faifoit la première pêche; il al-
loit de-là le long de la côte de Sinopc où s'en faifoit
la féconde pêche , & traverfoit enfuite jufqu'à By-
zance , où s'en faifoit une troifieme pêche.
La terre de Sinopc v^WiàQ par Diofcoride, Pline
& Vitruve, étoit une efpece de bol plus ou moins
formé , que l'on trouvoit autrefois au voifinage de
ccTte ville , & qu'on y apportoit , pour la âlftribuer
à l'étranger ; ce n'étoit au relie qu'un petit objet de
commerce pour les Sinopiens : plufieurs autres villes
de la Grèce avoient des bols encore plus recherchés.
Voilà l'hifioire complette de l'ancienne Sinopc , en
y comprenant même celle de ion commerce. Je fe-
rai un petit article de Sinopc moderne , mais je ne
puis terminer cehii-ci , fans ajouter un mot du fa-
meux Diogene , qu« j'ai déjà nommé à la tête des
hommes illufires dont cette ville a été la patrie.
Ce philofophe fingulier, & bifarre dans fes ma-
nières , mais vertueux dans (qs principes , naquit à
Sinopc , dans la 91 . olympiade , &C m.ourut à Corin-
the en allant aux jeux olympiques , la troifieme an*
née de la 114 olympiade , âgé d'environ 90 ans ,
après avoir vécu dans l'étude de la morale , dans ia
tempérance , & le mépris des grandeurs du monde.
Il fe foucioit peu d'être enterré , & cependant il
le fut fplendidement proche la porte de l'illhme du
Péloponnèfe ; plufieurs villes de Grèce fe difpiite-
rent l'honneur de fa fépulture. Son tombeau , dont
parle Paufanias , portoit un chien de marbre de Pa-
TOS,
s I N
ros , avec une épitaphe. M. de Tournefbrt a va cette
épltaphe , qui eft très-fmgulierc , fur un ancien mar-
bre à Veniie , dans la cour de la maifon d'Erizzo. Les
habitans de Sinope lui drefferenr aufli des ftatues de
bronze.
Il me femble donc que ceux qui ne profèrent au-
jourd'hui le nom de Diogene que pour le rendre ri-
dicule , montrent bien peu de connoiffance de fa vie
& de l'antiquité. Les Athéniens en jugèrent diffé-
remment, car ils honorèrent toujours fa pauvreté
volontaire & fon tonneau. Ils punirent févérement
le jeune homme qui s'étoit avilé de le lui rompre , &
lui en donnèrent un autre au nom de la république.
Plutarque , Cicéron , Séneque , en un mot les pre-
miers hommes de l'antiquité , n'ont parlé de Dioge-
ne qu'en termes pleins d'éloges , & l'on ne fauroit
guère s'empêcher de le lui refufer , lorfqu'on envi-
fage philofophiquement la grandeur de fon ame.
Je ne m'étonne point qu'Alexandre ait admiré un
homme de cette trempe. Ce prince , maître du mon-
de , avoit vu venir à lui de toutes parts , les hommes
d'états & les philofophes pour lui faire la cour. Dio-
gene fut le feul qui ne bougea de fa place ; il fallut
que le conquérant d'Afie^allât trouver le fage de Si-
nope. Dans cette vifite , il lui offrit des richeffcs , des
honneurs , & fa proteftion , & le fage lui demanda
pour unique faveur qu'il voulût bien fe retirer un peu
de fon foleil , comme s'il eût voulu dire : ne m'ôtez
point les biens de la nature , & je vous laifTe ceux
de la fortune. Alexandre comprit bien la vigueur
d'une ame fi haute , & fe tournant vers les feigneurs
de fa cour: fi je n'étois Alexandre, leur dit-il, je
voudrois être Diogene; c'efl-àdire , fi je ne pof-
fédois tous les biens & tous les honneurs , je me
tiendrois heureux de les méprifer comme ce fage.
Je n'ignore pas que ce feroit être ridicule de por-
ter aujourd'hui une lanterne dans la même vue que
le faifoit Diogene , pour chercher un homm.e raifon-
nable ; mais il faut bien qu'il n'ait pas abufé de cette
idée, puifqu'elle ne parut point extravagante au peu-
ple d'Athènes. Il y a mille chofes femblables chez
les anciens , dont on pourroit fe moquer , fi on les
jnterprétoit à la rigueur ; & félon les apparences , ce
ne feroit pas avec fondement.
A l'éeard du crime de faufTe-monnoie , pour le-
quel il fut contraint de quitter fa patrie , il eft excufé
par fes contemporains , fur ce qu'il ne s'y porta que
par l'avis de l'oracle d'Apollon ; & s'il prit d'abord
à la lettre la réponfe Delphique , ce ne fat que pour
lui donner bientôt après une toute autre interpréta-
tion , en fe fervant d'une monnoie bien différente
de celle qui avoit cours , fi nous entendons par-là
fes maximes & fon genre de vie.
Mais ce qu'on ne peut révoquer en doute, c'efl la
fagacité de fon efprit , fes lumières , & fes connoif-
fanccs. Le fel de fes bons mots , fa fineffe & la fub-
lilité de fes réparties, ont paffé à lapoflérité. Si Arif-
tipe, difoit-il , favoit fe contenter de légumes , il ne
feroit pas fans cefTe fa cour aux rois ; & quoi qu'en
dife Horace , éternel adulateur d'Augufle , & détra-
âeur impitoyable du philofophe de Sinope , qu'il
n'appelle que le mordant cynique , je ne fai pas trop
ce qu'Ariffipe auroit pu répondre à Diogene.
Ce qu'il y a de fur, c'ell que nous ne lifons point
la lifle des livres qu'il avoit compofés , fans regretter
la perte de plufieurs de fes ouvrages. Il pofîcdoit à
un degré éminent le talent de la parole , & avoit une
éloquence fi perfuafive , qu'elle fubjuguoit tous les
cœurs. C'efl par cette éloquence qu'il s'acquit plu-
fieurs difciples , que diftinguoit dans le monde leur
naifl'ancc , leur rang ou leur fortune. Tels ont été
Stilpon de Mégare, Onéficrite & fon fils, & Pho-
cion , encore plus illuftre qu'eux. Mais fi vous vou-
lez connoître plus particulièrement Diogene & fa
Tome XFg
S I
2î7
fecle \ voytl îe met Cy NIQUE , hljl, de la Philofophie,,
(Ze Chevalier DE Jaucourt^
Sinope , {Géog, mod.) ville de Tvlfic mineure, an-
ciennement comprifedans la Papblagonie, comme
nous l'avons dit dans X article précédent. Elle étoit à
50 ilades d'Armène, bâtie à l'entrée d'une prefqu'i-
le , dont riflhme n'a que deux féades ( environ deux
cens toifes de largeur), elle avoit un bon port de
chaque côté.
L'ancienneté de cette ville remonte au tems fabu-
leux, au tems même des Argonautes. Elle reçut fon
lufîre des Miléfiens, qui y envoyèrent une colonie,
& avec le tems elle devint affez puiffante pour fon-
der elle-même d'autres colonies fur les côtes du
Pont-Euxin ; favoir à Cérafunte & à Trapéfunte. Les
rois de Pont s'en emparèrent , & Mithridate fît de
Siîiope la capitale de fes états. Liicullus joignit 5'i/?o-
pe aux conquêtes de la république ; Jules-Céfar y en-
voya une colonie romaine , & Aiugufle dans fon
voyage d'Afie , lui confirma fes franchifes & fes im-
munités.
Ses murailles étoient encore belles du tems de
Strabon qui vivoit alors. Celles d'aujourd'hui ont
été bâties fous les derniers empereurs grecs ; fon
château eft entièrement délabré. On ne trouve au-
cune infcription dans la ville, ni dans les environs;
mais on en voit quanti, é dans le cimetière des Turcs j
parmi des chapiteaux, bafes & piédeftaux. Ce font
les reftes des débris du magnifique gymnafe , du
marché , & des portiques dont Strabon fait m.ention.
Les eaux y font excellentes, & l'on cultive dans les-
campagnes voifmes, des oliviers d'une grandeur af-
fez raifonnable.
Charatice capitaine mahométan, {nv^r'xt Sinope du
tems d'Alexis Comnène , dans le defléin d'enlever
les tréfors que les empereurs grecs y avoient mis en
dépôt ; mais le fultanlui manda par politique d'aban-
donner la place fans y rien piller. Lorfque les croi-
fés fe rendirent maîtres de Conflantinople , Sinope
refla aux Comnènes, & fut une des villes de l'empire
de Trébifonde. Elle devint dans la fuite unQ princi-
pauté indépendante , dont Mahomet II. fit la conquê-
te en 1461 , fur Ifmaèl prince de Sinope; c'efl: ainfî
que cette ville de l'Anatolie, qui a été épifcopale
dans le v. fiecle, & qui n'eft aujourd'hui qu'un
bourg , a paffé fous la domination de la Porte otto-
mane.
Strabon qui ne négligeoit rien dans (es dcfcrip-
tions , remarque que les côtes , depuis Sinope juf-
qu'en Bithynie , font couvertes d'arbres dont le bois
efl propre à faire des navires; que les campagnes
font pleines d'oliviers , & que les menuifiers de Si-
nope faifoient de belles tables de bois d'érable & de
noyer. Tout cela fe pratique encore aujourd'hui ,
excepté qu'au-lieu de tables qui ne conviennent pas
aux Turcs, ils emploient l'érable & le noyer à faire
des fophas, & à boifer des appartemens. Ainfi ce
n'efl pas contre ce quartier de la mer Noire qu'Ovi-
de a déclamé avec tant de véhémence , dans la troi-
fieme lettre écrite du Pont à Rufîn. Long. Ja . i^. iat.
ftptcnt. 4 j . ^ ■ _
Aquila , auteur d'une verflon grecque de l'ancien
Teflament, étoit de Sinope. Il publia deux éditions
de cette verfion ; la première parut l'année 1 1 de
l'empereur Adrien, la ii8 de J. C. Dans la premiè-
re, il fe donna plus de liberté pour rendre le fens de
l'original, fans s'attacher fèrvilcmcnt aux mots, &C
fans faire une verfion littérale. Mais dans la fécon-
de, il rraduilit mot à mot, fans en excepter même les
termes qui ne peuvent être bien rendus en grec, parti-
culièrement la particule cv/i, qui lorfquVile deligne
feulement l'accufatif en hébreu, n'a proprement aucu-
ne fignification: cependant comme elle lignifie ailleurs
avec f Aquila la rcndoit par la particule (n)»- , fans au-
1
ai8
S I N
ciMi égard au génie de la langue greCqite.
S. Jérôme porte de cette verllon des jugcmens
contradidoires ; tantôt il la loue , Se tantôt il la blfi-
me. Dans v.n endroit il en parle d'une manière dé-
favorable, &: ailleun, il dit qu'Aquila a rendu l'origi-
nal mot ;\ mot , avec tout le loin &C toute la fidélité
polîible , & non trop Icrupuleul'ement comme qiiel-
cues-ims le croient. Souvent il préfère cette verlion
Il celle des ieptante , particulièrement les quefi. lu-
haïc. in Gcmf, Origene en parle toujours avec élo-
ge. Il elt vrai que plufieurs autres anciens, comme
Euiebe, fc plaignent louvent de l'inexaditude d'A-
Cjuila en bien des pallages.
Malgré toutes leurs plaintes, les favans regrettent
la perte des traductions d'Aquila, qui lé feroient cer-
tainement confervées jufqu'à nous , fi les anciens en
avoient connu le véritable ufage. Elles méritoient
ces tradudions , qu'on les eût louvent t'ait copier aux
frais communs des églifes , & qu'on les eût miles dans
ks bibliothèques publiques , pour les tranlmettrc à
la poftérité ; mais les copiltes de ces tems-h\ étoient
employés par des gens ignorans à copier un nombre
infini de pièces inutiles, tandis qu'on négligeoit des
ouvrages importans, qui font des pertes irrépara-
bles.
Ce fut la féconde verfion d'Aquila , retouchée par
cet écrivain , que les juifs helléniltes reçurent , &: ils
s'en fervlrent partout dans la fuite , au lieu de celle
des feptante. De-là vient qu'il eit fouvent parlé de
cette verfion dans le talmud,^ jamais de celle des fep-
tante. Cependant les Talmudiftes , jaloux contre les
Helléniltes , firent leurs efforts pour en dégoûter les
peuples , & pour les ramener à l'hébreu. Cette affai-
re caufa tant de bruit & de divifions , que les empe-
reurs furent obligés de s'en mêler.
Juftinien en particulier, publia une ordonnance
quife trouve encore dans fes nouvelles conltitutions,
portant permilfion aux Juifs de lire l'Ecriture dans
leurs fynagogues , dans la verfion greque des feptan-
te , dans celle d'Aquila , ou dans quelle autre langue
il leur plairolt , félon les pays de leur demeure. Mais
les dodeurs juifs ayant réglé la chofe autrement,
l'ordonnance de l'empereur ne fervit de rien, ou de
fort peu de chofe ; car bientôt après les feptante &:
Aquila furent abandonnés : & depuis ce tems-là la
îedure de l'Ecriture s'eft toujours faite dans leurs
affemblées en hébreu & en chaldéen, dont on fe fert
même encore aujourd'hui dans quelques-unes de
leurs fynagogues , comme à Francfort. {Li chevalier
^E Jaucourt.)
SiNOPE , L A , {Géog. mod.^ petite rivière de France
dans la baffe Normandie, au Cotentin. Elle fort de
plufieurs fources vers Famerville, & va tomber dans
le havre de Quineville.
SINOPLE , f. m. terme de Blafon ; c'efl ainfi qu'on
appelle le vert ou la couleur prafine dans les armoi-
ries. Cette couleur fignifie félon les fymboliftes ,
amour ^ jeunejje , beauté , ré/ouijfance , & fur-tout liber-
té ^ d'où vient qu'on fcelle en cire verte & en lacs de
foie verte, les lettres de grâce , d'abolition & de légi-
timation. L'origine du motfinople eft inconnue ; mais
il ne faut pas la tirer de la terre de Sinope dans le
Pont , car cette terre n'étoit point verte. On repré-
fente \q finople en gravure, par des hachures qui
prennent de l'angle dextre du chef, à l'angle féneflre
4e la pointe. (JD. 7.)
SINSAN, f m. (Jlijl' nat. Bot.) grand arbre du Ja-
pon , dont les feuilles difpofées en rond autour des
petites branches , font longues d'environ trois pou-
ces ; épaiffes , pointues , légèrement ondées , fans dé-
coupures à leur bord ; d'un goût de fagapenum , avec
Mne chaleur mordicante. Ses fleurs font à quatre &
cinq pétales, petites & rougeâtres. Ses baies ont la
torme d'une poire, §C la grolicurde celles de l'aube-
S I N
cpîn? , renfermant quatre femences blanches , fen-
dues en deux , &; fcmblables à celles de l'oranger.
SINSICH, (^Géog. mod.) petite ville d'Allemagne
au duché de Juliers. F'oyei Zinzîch.
SINTAGORA , {Géogr. mod.) ville de la prefqu'î-
le de l'Inde, fur la côte de Malabar, dans la partie
feptentrionale du royaume de Canara , aux confins
du royaume de Vifapour, près de l'embouchure de la
rivière Aliga, (D. J.)
SINTIA , {Geog. anc.) ville de la Macédoine aux
environs de la Thrace; le pays où elle étoit lituée
eft nommé Sintice par Tite-Llve & par Ptolomée.
(£>.y.)
SINTOS ou SINTOISME , f m. {Hift. mod. Culte
religieux.) c'eft le nom que l'on donne à la religion
idolâtre la plus anciennement établie au Japon. Elle
confifte dans le culte que l'on rend à des héros déi-
fiés , que les Japonois adorent fous le nom de cami
ou kami, ce qui fignifie ejpriis immortels. On leur éle-
vé des temples dans lefquels on conferve des épées ,
&: d'autres armes antiques dont ces héros , devenus
dieux , fé fervoient pour exterminer les monltres &L
les ennemis de l'empire. Les (intoïllts ont la vénéra-
tion la plus profonde pour les reliques de ces dieux,
qu'ils regardent comme les génies tutélaires de la na-
tion , fes fondateurs & fes premiers rois. L'hiftoire
de ces dieux fait la principale partie de la théologie
ànjintos:, elle eft remplie d'événemens miraculeux,
de géans vaincus , de dragons exterminés , & d'au-
tres aventures extraordinaires , qui relfemblent beau-
coup à celles qui font contenues dans nos anciens
livres de chevalerie. Le chef de la religion du fain-
tos & le fouverain pontife, fe nomme mikaddo ou
dairi; il a feul le droit de placer les héros & les
grands hommes de la nation au rang des dieux. On
prétend qu'il defcend lui-même des anciennes divi-
nités du pays, qui fe font un devoir de le vifiter une
fois tous les ans.
La religion du. Jîntos n'admet point la métempfy-
cofe ; cependant fes f'edateurs s'abftiennent de tuer
ou de manger les animaux utiles aux hommes. Ils
croient l'immortalité de l'ame , & un état futur de
bonheur & de malheur. Ils fontperfuadés que le dia-
ble anime le renard qu'ils appellent ma, c'eft-à-dire
efprit malin , parce que cet animal caufe de grands
dommages à leurs pays.
Les principaux objets de la religion àw. Jintos fa
réduifent à quatre chefs.
1°. Les cérémonies légales : elles confiftentà ne
point fe fouiller de fang ; à s'abftenir de manger de la
chair; à ne point toucher aux corps morts ; il n'efl
point permis de fe préfenter aux temples lorfque l'on
eft impur ; toute effufion de fang , môme la plus in-
volontaire , eft regardée comme une grande fouillu-
re, & l'on démoliroit un temple fi un ouvrier qui
travailleroit à fa conftruétion , venoit à fe bleffer juf-
qu'à répandre du fang. La plus grande de toutes les
impuretés , eft celle que l'on contrade par la mort
de lés parens ; la fouillure augmente à proportiori
de la proximité du degré. Quelques cafuiftes ajou-
tent que l'on peut contrader l'impureté des autres,
ce qui arrive , foit en voyant , foit en entendant ,
foit en difant des chofes impures & malhonnêtes.
Les fîntoïjlcs les plus rigides croient encore que c'efl
un crime, que de fe préfenter aux dieux avec un efprit
inquiet & chagrin ; ils difent que les prières des mal"
heureux doivent être des objets fâcheux pour des êtres
qui jouijfent de la fupr^me félicité,
1°. La célébration des fêtes de religion eft le (e-
condoh]Qt du _fintoï/}ne. Ces fêtes s'appellent re'^/ ,
voyez cet article. Les principales fe célèbrent en
l'honneur de Tenfio-dai-fin , qui eft le plus grand des
dieux du Jlntoifme : les autres dieux font Suwa.,Fat\-
man j Morifaki j Sitios ^ Sitçnno , Gotfutenno ^ Inariy
s î N
JJfumOy Jci'ifi' y Daikokuy Toffi-toku, Fotui OU Ml-
Toku.
3*^. Vu des principaux points de la religion dnjln-
tos conlilîe à taire des pèlerinages fréqucus i\Ans la
province d'isjc, où ("ont les temples confacrés au
plus grand de leurs dieux , les tem'mes ne s'exemptent
point de ce devoir; mais les grands s'en diî'penlenî
6l font taire ce pèlerinage par des fubfliturs. Lorique
les pèlerins ont vifité les iaints lieux d'Isjé, on leur
donne une bocre appellée o/./v.,'/, qu'ils ont en gran-
de vénération. Foyei Ofavai.
4**. La religion èxxfintos a des fociétés & des con-
fréries religieuies, & les moines. Voyi\ Jamaiàbos.
SîNTRA ou CINTRA, {Géog. mod.) monta;',nc'
de Portugal dans l'Eilramadure, à 7 lieues de Lil-
bonne. La terre y forme un cap avancé , ciue les an-
ciens ont nommé promontorlurn Ltinœ. ou promonto-
rïiun Olïfipomntt j c'ell le Tagrus ou Tagrurn de Var-
ron , rd tti(l. l. II. c. v. Ce cap eft xm rameau de la
montagne Sintra , autrefois nommée morts Lunœ.
G'eft une montagne qui , par Ton élévation , fe pré-
fente de fort loin aux vaifleaux qui rafent cette côte.
A l'un des côtes de cette montagne eft un gros bourg
qui porte fon nom. Au fommet de la montagne , il y
a un monaftere d'une vue charmante. D'un côté l'on
voit l'Océan , de l'autre le Tage , & des deux côtés
un payfage agréable de riches campagnes s'offre aux
yeux. Au pié de la montagne Sintra , il y avoit an-
ciennement un temple dédié au foleil & à la lune.
{D.J.)
SINTZHEIM on SINSKEIM , ( Géog. mod. ) ville
d'Allemagne dans laSuabe , au pedt pays Creigow,
à 4 lieues d'Heidelberg , & à même diitance d'Heil-
bron. Cette ville appartient à l'éleéteur Palatin, &
les François la brûlcrent avec quantité d'autres en
Ï689. Long. 27.34. ladt. 4^. O. ( Z>. /. )
SINUESSE , {^Gcog.anc.) ville d'Italie dans le nou-
veau Latium , aux confins de la Campanie, au-delà
du Liris , fur le bord de la mer. Tite-Live , /. X.
c. xxj. lui donne le titre de colonie romaine. La ville
de Minturne , félon Strabon , /. F. étoit entre celles
de Formies & de Sinuejfa. Pline , l. III. c. v. fait de
Sinueffaïa. dernière ville du Latium ajouté, & dit que
quelques-uns l'avoient appelle «S'/'/zo/'ê ; mais Tite-
Live , /. X. c. xxj. fait entendre que Sinicejfa prit ce
nom lorfque les Romains eurent envoyé une colo-
nie dans un endroit où l'on croyoit qu'avoit été Si-
nope , ville grecu'.e : placint. ut dutz colonies, circà Fif-
cinum 6' FaUrnum agrum deducerentur ; nna ad ojiiurn
Liris jluvii , qnœ Minturna appellata ; alura in fallu
Fej'cino , Faiernurn contingente agrum , ubi Sinope di-
citur grceca nrl^s fuijffè ; S'imieûa deindc ab colonis roma-
nis appellata. Les habitans de cette ville font appelles
Sinuejfani ou populus Sinuejjanus par le même hifto-
rien , & Sinuifani dans une infcription rapportée par
Holften,/?. 224.
II y avoit au voifinage de cette ville des eaux mi-
nérales , qui en prenolent le nom (Taqucc SinueJJ'anœ.,
& auxquelles on attribuoit la vertu de remédier à la
fténlité des femmes , & de remettre l'cfprit aux hom-
mes lorfqu'il étoit aliéné. C'étoit des bains d'eaux
chaudes ; ce qui a fait que Silius Italiens , /. FUI.
verf. 628. a donné à la ville de Sinuejja l'épithcte de
tepens. Nous voyons dans Tacite , /. XII. c. Ixvj. que
l'empereur Claude ufa de ces bains.
On voit encore aujourd'hui quelques vcftlges de
Sinuejja , & elles confervent le nom de la ville. Il y a
préside Monte-Dracone quelques ruines d'édihces,
de môme que vers le bord de la mer où fans doute
étoient les grandes murailles du port. (/?. J.\
SINUEUX , adj. ÇGrarn.^ qui ne fuit pas la ligne
droite. Foye^ SiNUOSITF.
SiNUFUX , en terme de Chirurgie^ fe dit des ul-
Tome XF.
S I N
2.C9
ceres ctroîts, profonds & tortueux, /^oye? Sinus
& Fistule. (T)
SINUOSllÉ , f. f ( Phyf. & Géogr. ) fuite de dé-.'
tours en formes d'arcs alternativement placés en fenS'
contraire.
C'efl Va Jinuojitè des côtes de la mer qui forme les
baies, les ports, & fervit de modek- à Dédale pouf
faire fou labyrinthe. Foyc^'^xiE , Port,&c. Foye^
^^^/ Labyrinthe. 1
Sinuosité, f. f. {Ofiéol.') nomquelesAnatomiftes
donnentà une cavité objongue de l'os ; cettecavitéeft
faite en forme de gouttière, ayant plus d'ctenduedans
fa longueur que dansfalargeur; telle eftcellequifc re-
marque à la partie lùpérieurcderhumerus,6'c. (Z). J.y
Sinuosité , terme de Chirurgie & d'Anatomie , tout*
&c détour que fait un ulcère dans les chairs. Foye^
Sinus 6- Fistule. (F)
SINUS ou Sinus droit, enTrigonometrîe , eft une
ligne droite tirée d'une extrémité d'un arc perpen-
diculairement fur le rayon qui pafle par l'autre ex-
trémité.
hejinus d'un arc efl la moitié de la corde du dou»
ble de cet arc. Foye:^kKC.
Ainfi la ligne AD , PL Trigonom.fg. 1. qui eft
moitié de la corde A B du double de l'arc A E B ., qQ.
[^Jinus droit .^ ou fimplernent \ejinus de l'arc A E.
Le jinus total eft \ç.jinus du quart de cercle HE
ou de 90 degrés , c'eft-à-dire \q Jinus total t^^ la même
choie que le rayon HC. Foye{ Rayon.
Sinus verfe eft une partie E D du Jînus total oit
rayon , comprife entre le Jinus droit A D 6l l'arc
A E.
1". L(t Jinus droit AD étant perpendiculaire au
rayon E C ; tous \çs Jinus tirés fur le même rayon ,
font parallèles les uns aux autres.
2". Puifquc Tare ^ iE" eft la même mcfure de l'an-
gle A CE ,6c A lia. mefure de l'angle contigu A CI,
6c le quart de cercle HE la mefure de l'angle droit ;
A D eft aufTi lejnus droit &c E D le Jinus verfe des
angles ACE 6c A C I ^ & X^finus total eft \q Jinus
de l'angle droit.
3 ''. Deux angles contigus , comme A CE &cACT^
ont le mèmQjnus.
4". Les Jnus des angles obtus font les mêmes que
ceux de leur complément à deux angles droits.
5". Tous les Jinus d'arcs femblables ont le même
rapport à leurs i-ayons.
Lejnus du complément ou le cojimis de l'arc A E
eft le/inus de l'arc AH, qui eft fon complément «^ ua
quart de cercle. Foye{Co-siKVS.
Pareillement le co-Jnus de l'arc A H eiï le Jinus
deVarcAE.
Pour avoir en nombre la valeur des Jinus , &:c. on
prend le rayon pour l'unité , & on détermine la va-
leur des Jnus , des tangentes & des fécantes en par-
ties du rayon. Si nous apprenons par l'almageft de
Ptolomée , que les anciens divifoient le rayon en foi-
xante parties , qu'ils appelloient degrés , 6c par là ils
déterminoient les cordes en minutes , fécondes 6c
tierces , c'eft-à-dire en fraftions fexagefimales du
rayon , dont ils le iervoient pareillement dans la ré-
folution des triangles (A'(9yt'{ Sexagésimal , De-
gré, &c.^ les Arabes font, à ce qu'il paroit , les pre-
miers qui ont fait ul'age des Jnus ou demi-cordes,
Foyei Cordes.
Regiomontanus divifa d'abord, comme les anciens,
le rayon en 60 degrés, 6c détermina Icsjinus des dit-
férens degrés par leurs fradions décunales ; mais
dans la fuite il trouva qu'il étoit bien plus commode
de prendre le rayon pour l'unité, & ainfi il introdui-
fit dans la Trigonométrie la méthode dont on le lert
à-prélent.
Dans les tables communes des Jnus 6c des tangen-
tes, on conçoit le rayon comme divUé en ioooqooq
Ec i)
lao S I N
parties : on ne va jamais plus loin pour déterminer la l
quantité de ccsjîriusôcdc ces tangentes. Ainli comme
le côté d'un hexagone loutient la fixieme partie d'un
cercle 6c efl égal au rayon, de mcme auÛila Jinus de
30°. ert ^000000.
I °. Le/i'nis A D étant donné , trouver Xafinus du
complément : ôtez le quarré au f nus A D du quarré
du rayon.V C ; le relie Icra le cjuarrc Awfir.us A G du
complément : d'où tirant la racine quarrée , l'on a le
jinus du complément ; par exemple, fiippofons -^ C,
10000000, & AD 5000000 , on trouvera o^xç: AG
Jinus do 60 '\ eft !i'66o2.S4.
a°. Le finus A D de 1 arc A E étant donné, trou-
ver le f^nus de la moitié de l'arc ou la moitié àt A E ;
trouvez la corde de l'arc A E , vq>-e{ Coude , car la
moitié de cette corde eft l'onjinus, Ainfi liippoibns
D C &L AD connues , comme dans le problème pré-
cédent, nous trouverons que \e Jinus à^Q la moitié
de la corde A E ou \q Jinus de i 5 ".= 1588190.
3°. Ltifinus D G d'j Tare D Fêtant donné , trou-
ver \ç Jinus D £ de l'arc double D B ,Jig. 6. Puifque
les angles en £ & en (7 lont des angles droits , & que
l'angle B cft commun A chaque triangle B C G 6c
D Ê B , nous aurons B C: C G II B D : D E ; donc
CG étant trouvé par le iecond problème , &c B D
étant double de D G ^ on peut trouver D E par la
règle de proportion.
4". Les Jinus F G Se D E ,fig. 7. des arcs FA &
D A , dont la différence D F eu plus grande que
45 minutes, étant donnes, trouver un/?/7//i intermé-
diaire quelconque , comme IL. Trouvez une qua-
trième proportionnelle à la différence FD des arcs
dont les Jinus font donnés, à la différence de l'arc
I F dont on cherche \e Jinus, & à la différence D H
des finus donnés : ajoutez-la au pluspetity/wuj donné
FC , la fomme fera le Jinus demande.
5°. Trouver le Jinus de 45 degrés ; foit HI,
fig. i.wn quart de cercle , HCI fera un angle droit;
par conféquent le triangle fera reÛangle , donc
HI^ = HC^ + Cr'^rHC\ Ceft pourquoi puif-
que H C Jinus total eft jcoooooo ; fi du quarré de
2, HC^ ., qui eft loooooooooooooo , on extrait la
racine quarrée 14142136 ; on aura la corde H I ,
dont la moitié 7071060 ell Iq Jinus demandé 45 de-
grés.
6°. Le Jinus d'une minute ou de 60". F G ^Jlg. 7.
étant donné , trouver le finus d'une ou plufieurs fé-
condes MN. Puifque les arcs A 14 ^ J^Ffontbien
petits, y^ A/ /'pourra êlreprii'c pour une ligne droite,
îans qu'il yaitd'erreurfenf.ble dans les fi'adions dé-
cimales du rayon dans lefquelles le Jinus eft expri-
mé , c'c(i-à-dirc que les arcs A M 6c A F feront re-
gardés comme proj)Orùonnels à leurs cordes ; c'eft
pourquoi puifque iW A' cft parallèle à FG ^ on aura
A F: F G -.'.A M: M N ; donc A F, F G 6c A M
étant donné , on trouve aifément Ai N.
Confiruire un canon desy/««.y. Les finus de 30°.
1 5°. 45*. & 36". étant trouvés , (nous avons montré
ci-deffus la manière de trouver les trois premiers ,
& , à l'égard du quatrième , c'eft la moitié du côté
du pentagone , vriy^^ Pentagone ), on peut de-là
conrtruire un canon de tous les finus à chaque mi-
nute & à chaque féconde ; car avec le finus de 36".
on trouve ceux de 1 8°. 9°. 4°. 30'. & i'\ 1 5'. par le
fécond problème : ceux de 54". 71°. 81". 85". 30'.
& 87". 45 '. &C. par le premier problème ; d'ailleurs
avec les Jinus de 45°. on trouve lefinus de Z2°. 30'.
11°. 15'. &c. Avec hs finus de 30°. & de 54°. on
trouve le f nus de 1 2**. Avec le finus de 1 2°. on trouve
ceux de 6°. de 3''. de i^. 30'. 3 5'. 78°. &c. Avec le
finus de I 5*^. on trouve le f nus de 7". 30'. &c. jufqu'à
ce qu'on ait iio finus , qui fe luivent régulièrement
à 45'. près les uns des autres. On peut trouver les
autres finus intermédiaires par le cinquième problè-
S ï N
me , & alnfi le canon fera complet.
Lefinus d'un arc étant donné , trouver la tangente
&!afécante. ^'oye;;; Tangente ^ Sécante,
Pour trouver le logarithme d'un finus donné , v^y^ç
Logarithme.
Dans tous triangles , les côtés font comme lesfinus
des angles oppofés. /-^(y/e^ Tri angle.
Le Jinus B C , fig. c). & le fimus verfe A B étant
donnes, trouver l'arc FC en degrés. Trouvez le
demi-diamctre A D , alors dans le triangle D BC^
outre l'angle droit B , vous trouverez par les cotés
B C <k. D C l'angle A D C , qui fait voir combien
l'arc a de degrés ; le double de cet arc eft l'arc FC.
Ce proljième eft d'ufage pour trouver le fegment
d'un cercle. Foye^ Segment.
Sinus artijicicl fignilie logarithme d\\n finus. Voye-;^
Logarithme.
Lignî des finus cft une ligne fur le compas de pro-
portion. Voye:^ CoMPAS DE PROPORTION , &C.
ChiimbiTS. ( -E )
Formules des (inus. x étant lefinus d'un angle , 6t
î lefinus total , V i — X X e^ fon co-finus ; ^ , là
fécante ;
, fa co-fécante ; ,y , fa tan-
V/ 1 — X x'
gente.
De plus , fi on nomme i un angle quelconque , on
î t/ - I _ - {1/ - I
aura fon finus z= c r,'y~J~, ,&i. (on co finus
ï./-._^^-îi/
^y
c
^— . Foyei le calcul intégral de M.
de Bougainvllle.
En général .,fiin. d. cof. ^ = •'— -i — {- fin. — — .
Sin. d.fin. b =1 — ^ cof d -\- b -\- { cof. d — b.
Qofin. d cof. b = cof. —■' -1- cof. -— .
Sin. d -\- b =-fin. d cof b -\-fin. b cof. d.
Co-fin. d -\- b=i cof d cof b —fin. b. fin. d.
Courbe des finus , eft une courbe dans laquelle les
abfciffes repréfentent les arcs de cercle ; les ordon-
nées repréientent les f nus de ces angles.
Donc fi i repréfente les abfcifles , on aura l'ordon-
née j' =^fin, ^ = c i — , ou bien
d7Z=-^
dy
■y y
Par ces formules , on trouvera aifé-
ment les propriétés de cette courbe, fes tangentes,
ia quadrature, Ê-c. (O)
Sinus , f. m. (Oficologi) efpece de cavité d'un os
qui a plus d'étendue dans fon fond que dans fon en-
trée , c'eft ce qu'on remarque à l'égard des finus
frontaux, des maxillaires , &c. (Z>. 7.)
Sinus du cerveau , ( Anatom.^ Ltsfiinusdu cerveau
l^nt des canaux veineux , plus amples & moins coni-
ques , par rapport à leurs artères correfpondantes ,
que les anciens ne le font ordinairement , par rap-
port aux leurs. Dans ces finus , le raffemble comme
dans une efpece d'entrepôt , le fang de différentes
veines, pour être de-là diftribué dans les vérita-
bles veines , qui doivent le rapporter au cœur.
Il y a (\uAX.Ye finus principaux , le longitudinal fu-
périeur , qui reçoit le fang de quelques parties exter-
nes de la tête & de la dure-mcre , de la pie mère ,
6l même de l'extérieur du cerveau ; deux finus laté-
raux par rapport à lui , l'un droit & l'autre gauche,
qui en reçoivent le fmg ; & un quatrième nommé
torcular par les anciens , où fe ramaffe le fang qui
revient du lacis choroïde, & par conlequent des
ventricules du cerveau.
Tous les Anatomiftes, excepté le célèbre Morrja-
gni , ont cru que le finns lon.^itudinal fupérieur étant
parvenu au derrière de la tête , ftir la tente du cerve-
let , fe partage & fe fourche en deux autres canaux ,
qui font les deux finus latéraux, dont chacun reçoit
une égale cjuantité de fmg,& qu'à l'endroit de cette
s I o
bifurcation, le torcular verfe fon lang dans le con-
fluent de ces Xro\s Jînus.
Mais M. Garengeot , chirurgien , a communique
A l'académie Tes obfervations, lur ce fujet , fort dif-
férentes de l'opinion commune.. Eclairé par Mor-
gagni , il a trouvé que comme le dit cet habile hom-
me , la bifurcation prétendue du fnus longitudinal
fiipéricur, n'cft proprement continu , qu'avec le la-
téral droit , qui reçoit la plus grande partie de fa li-
queur ; &: que la gauche reçoit principalement celle
■du torcular, qui ne fe décharge que dans ce finus
gauche , un peu après qu'il s'ell féparé du longitu-
dinal; & en effet , à l'égard de ce point , M. Garen-
geot remarque qu'il ne feroit pas poffible que le tor-
cular fe déchargeât dans le confluent du longitudinal,
Se de fes latéraux , parce qu'il y trouveroit une li-
queur, dont le cours feroit contraire au cours de la
ficnne. Hiji. de tacadémlc , année //a/. (Z>. /.)
Sinus en Chirurgie & en Anatomie ^ eil une petite
ciavité ou poche oblongue , qui fe forme pour l'ordi-
naire à côté d'une blefîure ou d'un ulcère, dans le-
quel le pus s'amafie.
Unjinus efl proprement une cavité dans le mi-
lieu d'une partie charnue , qui fe forme par le crou-
piffement ou la putréfaâion dufang ou des humeurs ,
& qui fe fait à elle-même un paffage.
'L^Jiniii fiftuleux eft une ulcération étroite & longu e.
Scutel obferve que les Jinus profonds qui vont en
bas , font difficiles à guérir ; cependant ce chirurgien
entreprend de guérir toutes fortes de finus en une
lemaine , par les médicamens dont il fait la defcrip-
tion, p. 33^ , & avec un bandage bien collant. Il
ajoute qu'il n'en vient jamais aux incifions , que
quand il s'apperçoit que tous les remèdes de la phar-
macie font impuifians ; & que pour ouvrir le Jinus ,
il ne fait point ufage du biftouri ou fcapel trompeur ,
parce qu'il eft bien plus fujet à tromper l'opérateur
xjue le malade.
La méthode de Scutel pour la guérifon à.zs Jînus
fans opération , dépend plus de la compreffion 6l du
bandage expulfif que des médicamens. Veye^ les
mots Compression, Compresse, Exfulsif &
Fistule. ( Y)
SIOiMiO , i. m. {Hif.. mod.) C'efl ainfi qu'on nom-
me au Japon des feigneurs particuliers de certains dil-
trifts ou terres dont ils font propriétaires , &: où ils
rendent la jufticc au nom des empereurs du Japon.
Ils font dans une telle dépendance de la cour, qu'il
ne leur ellpas permis de relier plus de fix mois aans
leurs terres ; ils font obligés de paiTer les fix autres
mois dans la ville de Jedo , où l'on retient toute l'an-
née leurs enfans , qui répondent au fouverain de la
fidélité de leurs pères.
SION ou ZION , ( Géog. ) fameufe montagne d'A-
fie, dans la Judée , au midi & près de Jérufalem, fur
laquelle fut bâti par Salomon le temple du Seigneur ,
ou pour mieux dire , il étoitfur le mont Moria. Da-
vid & les autres rois fes fuccefleurs choifircnt leurs
fépultures fur la montagne de Sion , mais on n'en voit
aujourd'hui aucune trace. Ce mont même , dont la
beauté ert tant vantée dans l'Ecriture, eil à préfent
tellement difforme , qu'on ne devineroit jamais qu'il
yeûteudeffus une ville , & moins encore un château
royal. Ce château détruit depuis tant de fieclcs, a été
fort renommé chez les Hébreux , par la perte funefte
que David y fit de fon innocence ; car ce fut du haut
de la terraffe où il fe promenoit, qu'il laiffa échapper
un regard inconfidéré fur Bethfabée, femme d'Urie;
&; ce tut dans ce même endroit , que le prophète Na-
than l'ayant repris de la part de Dieu de l'adidtere
qu'il avoit commis, il reconnut humblement fon cri-
me. La maifon de Caïphe , qui éioit proche du mont
•Çio/î , eft à préfent changée en une églilc que les
Arméniens defl'crvcnt. Les Turcs ont fait une inof-
§ I P
iit
quce du faint cénacle. On peut lire le voyage de là
Terre-fàinte par le P. Nau , fur l'état aduel de la
montagne de Sion. CD. J.^
SiON ou Syon, ( Géog. ) en latin Sedunum , & eii
allemand 5im'«, ville de Suiffe, dans le Vallais , dont
elle efl capitale , fur la petite rivière de Sitten , prés
de la rive droite du Rhône, dans une belle plaine ,
à.20 lieues au levant de Genève , à 1 2 au nord d'Aoff e.
Cette ville , l'ancier.ne demeure des Séduniens ,
efl propre , & bien bâtie. Elle n'a point eu de fiege
épifcopal qu'à la fin du fixieme fiecle. Son éveque
qui eft fuffragant de Moufliers , prend ridiculement
la qualité de prince de l'empire, quoiqu'il n'en foit
plus membre , qu'il n'ait aucune iéance aux diètes j
& qu'il ne doive aucune ooéiffance à l'empereur &
aux états de l'empire , jouiffant de la franchife ac-
cordée au corps Helvétique , & auîorifée.par le trai-
té de WeftphaUe.
il a d'autres grandes prérogatives. Il préfide aiLX
états du pays avec une autorité , à-peu-près fem-
blable à celle du doge de Venife. La rnonnoie fe bat
à fon coin , fous fon nom , & à fes armes. Il eft élu
par les fuffrages communs des chanoines de la cathé-
drale & des députés des départemens. L'autorité fou-
veraine efl entre les mains del'affemblée générale du
pays, qui efl compofée d'un certain nombre de dépu-
tés des fept départemens.
Après l'évêque , celui qui tient le premier rang
efl le bailli du pays , nommé en allemand Landshault'
man^ c'eïl-à-dire , capitaine du pays. Il eft juge ab-
folu des caufes civiles qui fe portent devant lui , &
fa charge dure deux ans. Long, du Sion , 24. 2. latit.
46-. 8. {D.J.)
SJOO, (^Géogr. mod.^ une des quinze provinces
de la grande contrée du Sud-eft de l'empire du Ja-
pon. Elle efl très-confidérable , puifqu'on lui donne
trois journées de longueur de tous côtés ; c'efl un
pays médiocrement fertile , m.ais qui abonde en vers
a foie , & conféquemment en manufactures d'étoffes
de ce genre ; cette province a onze diftrids. (Z). 7.)
SIOR , (^Géogr. mod.^ ville d'Afie , capitale du
royaume de Coré , dans la province de Sengado , à
une lieue d'une large rivière. Long. 14J. jS./acit,
37-3^' {D.J.)
SIOUANNA , f. m. ( HiJ}. nat. Botan. ) arbriffeaU
des Indes orientales qui préfente un coup d'œil très-
agréable. Il produit des baies & des fleurs en ombel-
les. Son fruit croît fur les branches inférieures. On
vante beaucoup l'efficacité de fa racine contre le ve-
nin des ferpens les plus dangereux.
SIOULE LA , ( Géogr. mod.^ petite rivière de
Fi-ance , dans l'Auvergne. Elle prend fon nom d'un
village nommé SiouU dans la généralité de Riom , ÔC
fe perd dans l'Allier , à quatre lieues au-deffus de
Moulins. {D. J.)
SIOUNE , {Géogr. mod.) ville d'Afriqtie , dans la
Barbarie , au royaume de Tripoli , dans les monta-
gnes de Derne. C'efl une petite république, dont leS
habitans Nègres & Arabes , ont pour tout bien des
forêts de palmiers , qui avec un peu de laitage &
d'orge , leur donnent à vivre. Ils ne payent aucun
tribut , font hbres , & contens. (Z). /.)
SIOUTH ou SIUTH , {Géogr. mod. ) ville d'Afri-
que , dans la haute-Ev;ypte , au pié d'une montagne,
& à demi-lieue du Nil , qu'on pafie dans cet endroit
fur un pont de pierre , le feul qui foit fur ce fleuve-
Cette ville efl une des plus grandes & des plus peu-
plées de l'Egypte. Il y a plulieurs mofquées , &i mi-
narets. Le cafcicf y réfide , & Ton y tiibrique les
toiles les mieux façonnées de toute l'Egypte. Long.
4^. ï8. latit. 26.6i.{D. J.)
SIPA1UUM,<. m.. ( Théâtre des Rom.) forte de
voile qui fe tiroit devant la fcene, pendant que l'oo
211
S I P
travaillolt m cliangement du théâtre , ou à changer
a décoration. ( D. ./. )
SIPff.£,{0\'ogr.anc.) ville de la Béotie. Elle
itoit vers les coniins de la Phocide , lelon Ptolomce ,
/. JIL c. vi. Thucydide , /. If^. P-So^. la met fur le
bord de la mer , dans le trplfe Cir/lcus. Dans la dialedle
dorique , au lieu de Siplus, on diloit T/ipa/ ou n^* ,
ik; c'ellainfi quePaufanias, /. IX. c. xxxlj. écnt'.
fi, dit-il, après être parti de Croulls par mer, &
après avoir paffé Thisbé , vous reprenez la route le
long de la cote , vous verrez lur le bord de la mer
une autre petite ville nommée Tipha. Hercule y a \n\
temple , & la fête s'y célèbre tous les ans comme
à Thisbé. Les Thiphéens , ajoutc-t-il , le vantcp.t
^'êirede tous les peuples de la Béotie , ceux qui ont
toujours le mieux entendu la marine. Ils dil'ent que
Tiphis , à qui l'on confia la conduite du navire d'Ar-
oos , étoit de Tipha, 6c ils montrent hors de la ville
un endroit où ils prétendent que ce navire aborda en
revenant de Colchos. {D. J.)
SIPKANTO , ( Géogr. mod. ) île de l'Archipel con-
nue des anciens lous le nom de Siphnus. Voye^ Si-
PHNUS.
Elle ed .\ 36 m.illes de Milo , 5c fous un très-beau
ciel; l'air , les eaux, les fruits , le gibier , la volaille ,
tout y eil excellent ; les raifms y font merveilleux ,
mais la terre qui les produit eit trop forte , & les
vins n'y font pas délicats. On y compte environ cinq
mille amcs , cinq villages, & quelques couvens. Le
principal port de l'île eil Faro , qui fans doute a re-
tenu fon nom d'un ancien phare qui fervoit à guider
les vaiiTcaux. On voit dans Goltzius une m.édaiile ,
où d'un côté cft repréfentée une tour avec un hom-
me placé au haut. De l'autre côté eft la tête de quel-
que dieu , peut-être de Neptune.
Les mœurs deshabitans de Siphanto^ ne font point
décriées comme celles de leurs ancêtres , hommes
^ femmes. Les dames même de Slphanto quand elles
font à la campagne , couvrent pour n'être pas con-
nues , leur vlfage avec des bandes de Unge qu'elles
roulent fi adroitem.cnt , qu'on ne voit que leur bou-
che , leur nez , & le blanc de leurs yeux. Certaine-
ment elles n'ont pas l'air conquérantes avec ce maf-
que , ôc reiî'emblent plutôt à des mumies ambulan-
tes : auffi font-elles plus foigneufes d'éviter les étran-
gers , que celles de Milo & de l'Argenîiere n'ont
d'emprefTement à les accueillir. Il y a un archevêque
grec dans cette petite île. Long. 42. ^8. latit. 3^.
SIPHIUS , f f. ( MâUc. ) mot latin qu'on écrit
différemment , parce qu'on en fait moins l'étymolo-
gie que la fignification. Guy Patin , dans fa cent
trente-deuxième lettre , après avoir parlé du prince
ëc de la princeffe de C... qui avoient \a /iphilis ^
dit que François I. gagna o^ltQ /iphilis ^ & quele mé-
decin le Coq en avertit Fernel pour qu'il le traitât.
SIPHNIENS , f. m. pi. ( Myihol. ) habitans de l'île
deSiphnos,unedes Cyclades. Ces peuples ayant dé-
couvert dans leur île une mine d'or , Apollon leur en
fît demander la dixme pour la Pythie , leur promet-
tant de la faire frudifier à leur profit. Les Syphniens
■firent donc bâtir un tréfor dans le temple de Delphes,
& y dépoferent la dixme que le dieu exigeoit ; mais
dans la fuite par un efprlt d'avarice , dit l'hiflorien ,
ils celferent de payer ce tribut , & ils en furent pu-
nis ; car la mer inonda leurs mines , ôc les fit dilpa-
roître. La capitale de l'île eft aujourd'hui Slphanto ,
féjour agréable , fous un beau ciel, 6c dans un air
pur. {D.J.)
SJPHNiaS LAPIS , {Hijl. nat.) nom donné par
les anciens à une pierre qui fe trouvoit dans l'île de
Siphnus dans la mer Egée ; on en formoit desvafes
parce qu'elle fetravailloit ailément & Ibutenoit très-
bien le feu. C'ellune pierre de la nature de celle
<jue nous appelions picrns oLlains,
S I P
SIPHNUS, ( Géog. anc.') île que Strabon compte
au nombre des Cyclades, Pomponius Mêla , Pline
& l'itinéraire d'Antonin écrivent Sip/mos. Ptolo-
mée,/iv. IJI. c. XV. place dans cette île une ville à la-
quelle ils femblent donner le même nom.
Cette ville s'appel'oit ApoUonia , félon Etienne le
géographe. Ptolomée marque l'île i'z/'/zwo.v prefque au
milieu des îles Cyclades , & je ne crois pas qu'aucun
aiure qu'Etienne le géographe l'ait placée dans la mer
de Crète. On l'appelloit anciennement Meropia , fé-
lon Pline ; les habitans Ibnt nommés Siphnii dans
Hérodote , liv. t-^III. c. xlvj.
Les Siphnlcns tenoient leur tréfor dans un endroit
du temple de Delphes, & voici la raifon qu'en donne
Paulanias , liv. X. c. xj. Ils avoient , dit-il , des mi-
nes d'or dans leur île; Apollon leur demanda la dixme
du produit de ces mines. Ils firent donc bâtir un tré-
for dans le temple de Delphes , & y dépoferent la
dixme que le dieu exigeoit ; mais dans la fuite par un
efi)rit d'avarice , ils cellcrent depayer ce tribut , &: ■
ils en f.u-ent punis ; car la mer inonda leurs mines ,
6c les fit difparoître.
Hérodote parle d'un autre malheur que les mines
avoient attiré à cette île. Ceux parmi les Samiens qui
avoient déclaré la guerre à Polycrate leur tyran, fe
voyant abandonnés par les Lacédémoniens , après la
levée du fiege de Samos , s'enfuirent à Sïphnos , où
ils demandèrent à emprunter dix talens. Sïphnos
éîoit alors la plus riche de toutes les îles , ôc l'on re-
gardoit comme un grand tréfor la dixième partie de
l'or & de l'argent que l'on prenoit tous les ans fur le
rapport des mines pour envoyer au temple de Del-
phes, Cependant la propoution des Samiens fut re-
jettée ; mais ils ravagèrent tout le pays , après avoir
mis en fuite tous les habitans que l'on obligea de
donner cent talens de rançon pour retirer leurs pri-
fonniers. On prétend que la Pyîhoniffe avoit prédit
ce malheur ; confultée par ceux de Sïphnos pour fa-
voir fi leurs richefles fe foutiendroient long-tems ,
elle répondit qu'ils fe donnall'entbien de garde d'une
ambalîade rouge dans le tems que leur hôtel de ville
& leur marché ferolent tous blancs.Il femble que la
prophétie s'accomplit à l'arrivée des Samiens , dont
les vaifleaux étoient peints de rouge , fuivant l'an-
cienne coutume des infulaires , chez qui le bol efî: fort
commun , & l'hôtel de la ville de Sïphnos , de même
que le marché, étoient revêtus de marbre blanc.
Théophrafle, Pline, Ifidore rapportent qu'on tail-
loit à Sïphnos avec le cifeau des pots à feu d'une cer-
taine pierre molle , lefquels pots devenoient noirs ÔC
très-durs après qu'on les avoit échaudés avec de l'huile
bouillante. Cette terre n'étoit autre chofe que de la
mine de plomb qui eil commune dans cette île ; mais
Siphnus étoit encore plus célèbre par fes mines d'or
& d'argent , dont il ne relie pas aujourd'hui la moin-
dre trace.
Les moeurs des habitans étoient fort décriées , au
point qu'on difoit en proverbe , vivre à lajiphnïenne ,
a-iipvtcL^iiv , parole de fiphnien , aupvîoz àppoK^m , pour
dire de grolTes injures à quelqu'un , ainfi que nous
l'apprennent Etienne le géographe , Hefychius &C
Suidas.
Nous n'avons que peu de médailles de Siphnus. Il
y en avoit une dans le cabinet de M. Foucault , dont
le type cil une tête de Gordien Pie , & le revers une
Pallas en cafque qui lance un javelot.
Cette île le nomme aujourd'hui Siphanto. On y
trouve pour toute antiquité quelques tombeaux de
marbre , qui fervent communément d'auge pour y;
faire boire les animaux. (Z>. /.)
SIPHON , f m. voye^ Syphon,
SIPHONANTHEMUM , f m. ( Botan. ) genre de
plante établi par le doûeur Amman. Le nom dérive
des mots grecs «'ç"' > "'^ tuyau , ÔC àvbifAov , uncficur :
s I P
voici fes carafteres. La fleur eft compofée d'un felil
pétale qui forme un tuyau âWii'é dans les bords en
plufieurs legmens. Le piftil s'élève du calice , & de-
vient un fruit à quatre baies délicatement jointes en-
femble ; il ell diviié en quatre loges , & contient
plufieurs graines rondelettes;les tiges de bplante font
vertes 6c fiUonnées ; les feuilles font placées fans or-
dre , prelfées les unes contre les autres , étroites , lon-
gues de trois pouces , 6c femblables à celles dulaule ;
elles font d'un verd foncé de chaque côté, & portées
fur des courtes queues. Des ailes des feuilles fortent
diifcrcns pédicules en manière de ceux des fleurs um-
belliferes ; chacun de ces pédicules efl: terminé par
un calice d'une feule feuille , divifée en cinq quar-
tiers ; les fleurs fortent de ce calice , qui forme un
tuyau délié , long de deux ou trois pouces , d'un
verd jaunâtre , & découpé à l'extrémité en quatre fe-
gmens ; au milieu des fleurs eft le ftile de couleur
pourpre , crochu , environné de quatre étamines
pourpres , qui ont chacune un fommet brun , trian-
gulaire. Dans les quatre cellules de lacapfule efl: con-
tenue une grofl'e femence d'un jaune verdâtre. ^ci.
fitropol. vol. y m. p. Xi 6. (Z>. /.)
S [PONTE , ( Géog. anc. ) ville d'Italie , dans la
Fouille daunienne, fur la côte de la mer Adriatique,
à l'embouchure du fleuve Garganus. Tite-Live &
Pline écrivent Sipontum ; Pomponius Mêla & l'itiné-
raire d'Antonin , Sipuntum , & les Grecs & quelques
latins qui les ont fuivis , difent 5'/>//i, Sipuntum , dit
Pomponius Mêla, ve/, tu Graii dixcre , Sipus. Ptolo-
mée & Etienne le géographe lifent|2/7rci;?. LucainJ',
/. y. V. 27 y. décrit la^luuation de cette ville dans ces
vers:
Quas recîplt Salaplna palus , & fubdlta Sipus
Mondbus ^ Aufoniam quod torquent fruglfer oram.
Dalmadco Boreœ , Calubroque obnoxius aujlro ,
Appulus hadriacus exlc Garganus in undas.
Silius Italicus fait le nom de cette ville indéclinable:
Et urram & littora Sipus.
Sipontt fut , félon Tite-Live , /. XXXI V. c. Ixv.
& /. XXXIX. c. xxiij. une colonie romaine , qui
dans la fuite fe trouvant affoiblie fut augmentée &
renouvellée. Cette ville fubfilia jufqiVau tems de
Manfrede , qui voyant que l'air y étoit mal fain, à cau-
fe des marais voilins , & qu'elle n'avoit pas un bon
port , afligna aux habitans une place où fut bâtie la
ville de Manfredonia. Le nom national eil y.i7T^v7ioç ,
félon Etienne le géographe , & Sipontinus , félon les
Latin^ ; car on lit dans Cicéron , Agrar. II. c. xxvlj.
in S'x^onùn^ Jiccitatc collocari ^ & dans Frontin , de.
CoLoniis , agtr Canujinus .... Sipontinus. Ricordanus
Malcfpina, Hiji. Florent, cap. clxviij.
Au bord de la mer , dit Léander , fur un rocher
efcarpé , au pié du mont Gargan , on découvre les
débris de l'ancienne ville de Siponte. Elle fut aufli ap-
pcUce Sipa. Strabon dit que Diomede la bâtit ; elle
étoit à 1 50 ft;ades , ou à 20 milles de Salapia. On n'y
voit aujourd'hui que des ruines d'édifices , qui font
cependant conjefturer que cette ville étoit grande &
belle. {D. J.)
SlPl'É , ( Giog. anc. ) Paufanias dit qu'à Olym-
pie , ville de l'Elide , il y avoit vers le milieu de
î'Altis , ou Bois facré , fous des platanes , un tro-
phée érigé par les Eléens vainqueurs des Lacédémo-
nicns ; qu'auprès de ce trophée onvoyoit une Itatue
dédiée par ceux de Mcnde en Thrace , & que par une
infcription gravée fur la cuiflc du thrace , on appre-
noit que ceux de Mcnde s'étant rendus maîtres de
Sipté, en confacrerent les dépouilles à Jupiter. Siptc,
ajoute Paulanias , étoit apparammcnt quelque ville
«u quelque fortcreflTe de Thrace. ( V. J. )
SIPYLE ^ ^ Géog. anc.) ^iTiôxoç, en lâûn S 'p^/urji ;
S I P 113
viïîe de l'Afie mineure , & la capitale de la Méonie ;
elle étoit bâtie au pié du mont Sipyle , félon Pline
liv. V. c. xxjx. qui dit qu'on l'appelloit auparavant
Tantalis ; mais que de fon tems ce n'étoit plus qu'un
lac ou étang , cette ville ayant été abyfmée dans la
terre. Strabon, /zV. l.pag. 58. rapporte la même cho-
fe. Il dit que SipyU , qu'il furnomme Idœa , fut ren».
vcrfée du tems de Tantale , & que les marais du voi-
flnage y formèrent de grands lacs. Il ajoute dans le
liv. XII. p. 5y^. qu'on ne doit pas regarder comme
une fable ce qui étoit rapporté touchant le renver-
fement de SipyU , puifque de fon tems la ville de
Magnéfie avoit été pareillement engloutie.
Le mont Sipyle , Sipylus , fut appelle ancienne-
ment Ceraunius. Paufanias , dans les Achaïques, liv.
IL c. xxiij. confirme l'engloutiflement de la ville d«
Sipyle , bâtie au pié de cette montagne. Il témoigne y
avoir vu le tombeau de Tantale fils de Jupiter & de
Pluton ; & c'efl même , ajoute-t-il , un tombeau très-
remarquable , ainfi que le trône de Pélops qui étoit
au haut àxi mont Sipyle, immédiatement au-deffus
de la chapelle dédiée à la mère Plafl:ène , qu'on re-
gardoit pour la mère des dieux. Enfin il dit avoir vu
des aigles blancs fur cette montagne , près d'un ma-
rais nommé le marais de Tantale.
Tournefort qui a eu la curiofité , dans le dernief
fiecle, de vifiter le mont Sipyle , nous en a donne la
defcription fuivante.
La grande plaine de Magnéfie , dit-il , efl bornée
au fud par le mont Sipylus ; & cette montagne quoi-
que fort étendue de l'efl; à l'ouefl: , paroit beaucoup "
moins élevée que le mont Olympe. Le fommet du
Sipylus refl:e au fud-eft de Magnéfie ; & le côté du
nord efl tout efcarpé. Du haut de cette montagne la
plaine paroît admirable , & l'on découvre avec plai-
îir tout le cours de la rivière. Plutarque dit que le
mont Sipylus s'appelloit la montagne de la foudre ,
parce qu'il y tonnoit plus fouvent que fur les autres
qui font aux environs. C'eft apparemment pour cela
qu'on a frappé à Magnéfie des médailles de Marc-Au-
rele , du vieux Phihppe, d'Herennia & d'Etrufcilla ,
dont [les revers repréfentent Jupiter armé de la
foudre.
La déeflTe Sipylène avoit pris fon nom de cette
montagne, ou, pour mieux dire , Cybele , la mère
des dieux, avoit été nommée Sibilene , parce qu'on la
révéroit d'une manière particulière dans le mont 5"/-
pylus; ainfi il n'eft pas furprenant qu'on voyetant de
médailles de Magnéfie , au revers defquelles cette
dcefiTe efl: repréfentée tantôt fur le frontifpice d'un
temple à quatre colonnes , tantôt dans un char. On
juroit même dans les affaires les plus importantes par
la déelfe du mont Sipylus , comme il paroît par ce
précieux marbre d'Oxford , où eit gravée la figue de
Smyrne & de Magnéfie , fur le Méandre , en faveur
du roi Séleucus Callinicus.
On ne peut être fur le Sipyle , continue Tourne-
fort, fansfe repréfenter , tantôt les grandes armées
d'Agéfilaùs & de TiflTapherne , tantôt celles de Sci-
pion & d'Antiochus , qui difputoient l'empire d'Afie
dans les vaftes campagnes qu'offre à la vue cette
montagne. Paufanias aflùre qu'Agéfilaùs battit l'ar-
mée des Perfes le long de l'Hcrmus ; & Diodore de
Sicile rapporte que ce fameux général des Lacédé-
moniens, delcendant àw mont Sipylus, alla ravager
les environs de Sardes.
Il ell vraifemblable que le montSipyle étoit autre»
fois fécond en métaux & en aimant ; il n'eft donc
pas étonnant que la ville Sipylum , fituce au pic de
cette montagne , ait été engloutie par des tremhle-
mens de terre; c'eft un malheur aflez ordinaire aux
lieux qui abondent en mines métalliques , &: ce mal-
heur compenfo trop les richefl'cs que les mines four-
niftiint aux habitans, Si la fabje, bien plus que la v^^
214
s I P
rite, n'avoit toujours flatté le goût des Grecs, le
mont SipyU auroit peut-être été plus fameux par
l'aimant , o^.\c par le rocher de Niobé , d'où lelon les
poctes, ies'caux qui coulent l'ans celle de cette mon-
îagnsr , ibnt les larmes que cette nvilheureufe mère
verfe encore après la mort , pour la perte de fes
cnlans.
Piiufanias ctoit natif ou de Sipylc , capitale de la
Néonie , ou de quclqu'autre ville voiline du mont
Sipy[c\ il vivoit à Rome fous l'empereur Hadrien,
&; fous les Antonins ; il mit au jour plus d'un ou-
vrage : car outre que Philoftrate lui attribue des orai-
fons*, Eulhthc , Etienne de Byfance , & Suidas ,
le citent ii l'occafion de quelques noms de villes ou de
peuples , & nous donnent ii entendre que non-feu-
lement il avoit voyagé en Syrie , dans la Palcftine ,
& dans toute l'Alie , "mais qu'il en avoit publié une
relation.
Quoi qu'il en foit , nous n'avons de lui que le
voyage hillorique delaGrece, ouvrage qui eftécrit
avec un détail , une exaditudc , un fond d'érudition ,
que l'on ne trouve dans aucun autre voyageur , &
qui peut , à bon titre , fervir de modèle. Nous le trou-
vons trop concis dans le ftyle , mais c'eu qu'écrivant
pour les gens de fon tems , qui étoient au fait de ce
,^u'il racontoit , il ne s'eft pas cru obligé de s'expli-
quer plus au long. Son ouvrage eft par-tout femé de
réflexions utiles pour la conduite de la vie ; s'il s'y
trouve bien des choies auxquelles nous ne prenons
point d'intérêt , c'efl: que le tems & la religion ont
mis une grande différence entre notre façon de pen-
fer, & celle des anciens.
Son voyage efl écrit avec une vérité qui ne fauroit
être fufpefte ; l'auteur y rend compte de ce qu'il a
vu dans la Grèce ; & à qui en rend il compte ? Aux
Romains , au milieu de qui il vivoit , dont 'a plupart
avoient été en Grèce aulTibien que lui , & qui au-
roient pu le démentir , s'il avoit avancé quelque
faufleté.
En fécond lieu , c'eil un voyage hiflorique ; on y
remarque tout à la fois un voyageur curieux , & un
écrivain profond , parfaitement inflruit de tout ce
qui regardoit les divers peuples dont il parle ; il en
poflTédoit la langue , c'étoit la fienne propre ; il con-
noiflbit leurs dieux , leur religion , leurs cérémonies ,
leurs lois , leurs coutumes , leurs mœurs ; il avoit
lu leurs poètes , leurs hllloricns, leurs généalogiftes ,
leurs géographes , en un mot leurs annales & leurs
monumens les plus anciens ; annales & monumens
qui étoient alors fubliftans, qu'il cite à chaque page ,
& que le tems nous a ravis. De-là , cette quantité
prodigieufe de faits , d'événemens , de particulari-
tés , qui ne fe trouvent plus que dans cet auteur , &
qui le rendent précieux à tous ceux qui aiment l'é-
tude des tems & de l'antiquité.
Enfin c'efl le voyage de l'ancienne Grèce , non de
la Grèce d'aujourd'hui , ou telle que Spon & Whe-
1er l'ont décrite , pauvre, milerable , dépeuplée,
eémiflante dans une efpece d'efclavage , &. qui n'of-
tre plus aux yeux du voyageur , que des ruines fu-
perbes , au milieu defquellcs on la cherche fans la
trouver; en un mot, l'image de la dévaluation la plus
affreufe , & l'exemple déplorable des vicllTitudes d'ici
bas, C'efl de la Grèce floriflante c[uc Paulanias nous
donne la defcription ; de la Grèce , lorfqu'elle étoit
le féjourdes mules , le domicile des fciences, le cen-
tre du bon goût , le théâtre d'une infinité de merveil-
les , & pour tout dire , le pays le plus renommé de
l'univers.
Il efl vrai que Paufanias n'embraflTe dans fa rela-
tion, qu'une partie de la Grèce , & les villes que (es
colonies occupoient dans l'Afie mineure ; mais c'efl
auiû la partie la plus intéreffante ; il la divife en dix
états , qui étoient autrefois indépenians les uns des
S I R
autres, favoir, l'Attique, laCorinthie, l'ArgolIde,"
laLaconie, laMeflenie , l'Ehde , l'ylrcadie, la Béo-
tie , & laPhocide ; c'ell pourquoi chacun de lés li-
vres donne la defcription de chacun de ces dix états
de la Grèce , à la referve du cinquième & du fixieme
livre , qui tous deux ne traitent que de l'Elide, com-
me le fécond, luifeul , comprend Corinthe & Argos,
Il décrit exaclement l'origine des peuples qu'il fe
propofe de faire connoître , il nous intlruit de leur
gouvernement , de leurs guerres , de leurs colonies ;
il parcourt leurs villes & leurs bourgades , en rap-
portant ce qui lui a paru digne de curiofité. Si dans
la difcuiïlon de quelques points d'hlfloire ou d'an-
tiquité , il embrafl'e un fentiment plutôt qu'un autre ,
il cite toujours fes garans ; & fes garans font ordi-
nairement les hifloriens & les poctes les plus an-
ciens , comme témoins des faits qu'il difcute , ou
plus proche de ceux qui en avoient été témoins.
C'efl par cette railbn que la ledure de Paulanias fait
tant de plaifir à ces favans , qui ont tous les fiecles
préfens à l'efprit, & qui ne veulent rien Ignorer de
ce qu'il efl poflible de favoir. M. Fabricius a fait eiî
leur faveur le détail des diverfes éditions & traduc-
tions de Paufanias , afin qu'ils puffeatchoifir. Nous
avons en françois celle de M. l'abbé Gedoyn , qui eft
excellente , & accompagnée de quelques cartes , &
de courtes remarques, mais bonnes, & inftruftives.
(^Le Chevalier DE JaVCOVRT.^
SIPYLENE , ( Myihol. ) furnom de Cybele , pris
de la ville de Sipylum , dans la Méonie , où cette
déeffe avoit un temple &un culte particulier. {DJ?)
SIR , ( Géoo. mod. ) grande ville , & la capitale
des lUyriens , félon Suidas. (Z). /. )
SIRACI ^ ( Géog. anc. ) peuples d'Afie , quihabi-
toient vers les monts Caucafes , & fur les bords du
Mermodas , fuivant Strabon , /. 11. p. 45)2.
SIRADIE, paUdnat de^ ( Géog. mod. ) palatinat de
la grande Pologne. Il efl borné au nord parle palati-
nat de Lencizca ; à l'orient , par le palatinat de San-
domir; au midi, par le duché de Siiéfie ; à l'occi-
dent, parle palatinat de Kalish. La rivière deWar-
ta le divife en deux parties , l'une orientale , l'autre
occidentale ; il efl gouverné par un palatin qui en
prend le nom , ainfl que fon chef-heu. ( Z). 7. )
Si RADIE , ou SiRATZ , ( Gcog. mod. ) ville de la
grande Pologne , capitale du palatinat du même nom,
dans une belle plaine , fur les bords de la Warta, à
46 lieues au nord-ouefl de Cracovie. Elle a pour fa
déîenfe un château , qui n'a pas empêché lesTartares
de la piller en 1 29o;lesBohèmes la brûlèrent en 1 29 2;
les chevaliers de l'ordre Teutonique en agirent de
même en 1 3 3 1 ; & en 1447 , elle fut défolée par ua
nouvel incendie. Long. ^6'. 18. lat. Si. ^.i..{^D. J.')
SIR JE, (Géog. anc.) village du Péloponnèfe dans
l'Arcadie, fuivant Paulanias, /. f^III. c. xxiij. C'efl:
aufli le nom d'un lieu de la Macédoine , dans la con-
ti'ée Odomantique , félon Tite-Live, /. XLV. c. iv.
(D.J.)
SIRAF , ( Géog. mod. ) c'étoit une ville maritime
du Farfiftan , fur le golphe de Perfe , éloignée d'en-
viron 60 lieues de Schiraz , capitale de la province.
Cette ville fiit long-tems fameule par fon trafic ; car
tous les vailfeaux arabes y abordoient , particulière-
ment de Baflbra , & les autres peuples indiens y ap-
portoient aulîi toutes fortes de luarchandiles de l'In-
de ; le commerce floriflbit encore à Slrafzw com-
mencement du xiv. fiecle ; mais étant paffé peu de
tems après à Bander-Congo , & de-là à Ormuz , Si-
rafïwx tellement abandonnée , que l'on auroit peine
à trouver des vefliges d'une ville autrefois fi brillan-
te. ( Z). /. )
SIR A-MANGHITS , f. m. ( HilL nat. Botan. ) ar-
bre aromatique de l'île de Madagafcar, fes feuilles ÔT
1 fon bois répandent une odeur lémblable à celle du
fantal
SIR
lantal cltnn ; l'écorce a l'odeitr du girofle, &: jeffè
tineréfiiie jaune } on la regarde comme un fpédfique
■pour les maux de cçeur , & pour fortifier le foie.
SfRATICK , f. m. ( HiJÎ. mod. ) c'ell le nom fous
lequel on délîgne le fouvcrain d'une nation de nègres
•id'Afrique, appellée Usfoulis ; contre l'ordinaire des
tois de ces climats , il gou-^erne avec la plus grande
modération-, fes lois paroiffent didées par l'amour
du bien public , & il n'ell , pour ainli dire , que l'or-
eane de fa nation ; cela n'empêche point quefon au-
torité ne foit très-rcfpeftée & très-ctcndue ; les peu-
ples fè foumcttent avec joie à des volontés qui ten-
dent à leur bonheur. Le firatick a fous lui un grand
officier, qui eft pour ainfi dire le lieutenant général
du royaume , qui commande à d'autres officiers ,
ces derniers font tenus de fournir un certain contin-
gent en cavalerie & en infanterie , fur le premier or-
dre qu'on leur donne ; ils font payés fur le prix qui
réfulte de la vente des prifonniers de guerre , & de
ceux qui refufent de fervir le roi ou la patrie ; ce
droit efl: fondé fut les lois primitives de l'état , qu'il
n'efl point permis zwjiratick de changer , quoiqu'il
ouvre. la porte à des oppreffions fans nombre. La
dignité de Jiratkk ne pafle point aux enfans , mais
îiiix frères du roi défunt , ou bien à leur défaut , au
f.ls de fa fœur ; ufage qui ell établi chez prefque tous
les nègres.
SIRBI , ( Gcog. mod. ) bourgade de la Turquie
d'Afie, dans l'Anatolie , fur une rivière de même
nom , qui , deux lieues au-deffous , fe jette dans la
Méditerranée. Sirbi étoit autrefois , félon quelques
favans , une ville épifcopale , nommée Xanthus , ou
Xanthos^ dans la notice d'Hiéroclès ; en ce cas là ,
cette ville auroit effi.iyé bien des événemens différens
jufqu'à ce jour. Vôyci Xanthus. {D.J.)
SIRBON LAC , ( Géog. anc. ) les anciens ont écrit
jfirbonis SsLfirbonis ; Ce lac , connu des hiftoriens &
des anciens géographes , étcit entre la Paleftine &
l'Egypte , fur la mer Méditerranée , affez près du
mont Cafuis. Dicdore de Sicile , /. /. c* xxx. en par-
le ainfi : ilya , dit-il, au milieu de la Cselo-Syrie &
de l'Egypte , un lac fort étroit , & dont la longueur
peut avoir deux cens flades ; oo l'appelle le lac Sir-
bon ; il eft très-profond & très-dangereux pour ceux
qui ne le connoifTent pas , parce qu'étant comme
une bande d'eau entre deux rivages fablonneux ,
les vents le tiennent prefque toujours couvert de fa-
ble , de forte qu'il ne fait qu'une même furface avec
la terre ferme , de laquelle il elt impoiTible de le dif-
tinguer à l'œil ; il y a eu des capitaines qui y ont
péri avec toute leur armée , favite de bien connoître
le pays ; le fable accumulé fur cette eau bourbeufe ,
ne cède d'abord que peuà-peu, comme pour féduire
les pad'ans, qui continuent d'avancer, julqu'à ce que
s'appercevant de leur erreur , les fecours qu'ils tâ-
chent de fe donner les uns aux autres , ne peuvent
plus les fauver* En effet, ce compofé n'étant ni fo-
lide , ni liquide , on ne fauroit nager dans une eau
épaiffie par le fable , & par le limon dont elle eft
chargée: &; l'on ne trouve nulle part un fond affez
ferme pour appuyer le pié , ou pour s'élancer en
haut ; tous les efforts qu'on peut faire ne fervent
qu'à attirer le fable qui eft fur le rivage , & qui ache-
vé d'accabler ceux qui font pris dans ce funelle
piège.
Strabon s'cfl affe/, grofTieremcnt trompé fur ce fu-
jet , ayant confondu le lac de Sïrbon , avec le lac
Alphaltite, comme il efl aifé de le voir par la def-
cription qu'il -jnfait , & par ce qu'il dit de fon ori-
gine. Gcog, L XVI. p. ijoSi AmjL lyoy. in-fol. Le
le£feur peut confulter fur le \\\z Sïrbon ^ Cellarius ,
Gcogr. anc, l. ly. c. j. {D. J.)
SIRCK , ( Gcog. mod, ) les François difcnt & écri-
vent S'nqiie ; petite viUç de Lorraine , aux confins
Tvme XKt
'>
'^u Luxembourg , fur îa rive gàùche de laMofeHé'. '^
trois lieues de Thionviile ■-. vers le couchant d'été.
Elle a été cédée à la France par le traité de VincèA"-
nes , de l'an \66i , confirmé par celui de î 7 1 8. Lonh
2J.46'. latit. ^C). 24, (Z>. y.)
SIREj f. m. (HiJI, mod.) efl' un titré d'hcnnéuï'
qu'on ne donne en France qu'au roi feul , & qui cfE
comme une marque de fouveraineté. Dans tous les
placets ; les demandes , les lettres , les difcours , qui
s'addreffent au roi , On lui donne la qualité de /ùt.
Quelques-Tins dérivent ce mot du latin Atra^^ maî-
tre ; ilfemble que ce foit l'opinion de Budée , qui,
en parlant au ïoi François premier , le nomme tou-
jours hère , maître ou /ire : d'autreS le dérivent du
grec xvpio? ,/eigneur ; telle efl l'opinion de Pafquier;
cet auteur ajoute que les anciens Francs donnoient le
même titre à Dieu , en le nomm?iût beau ^re diex ;
d'autres font venir ce mot du fyriaque , & fcutien-
ncnt qu'on le donnoit d'abord aux marchands qui né-
gocioient en Syrie. Ménage prétend qu'il vient de_/è-
riior ^ ancien, d'où efl vcnn feigneur ^ enfuite/è/>-
nor, d>cjîre.
Anciennement on fefervoit également du mot Jire'
dans le môme fens que fieur & leigneur , & on l'ap-
pliquoit aux barons , aux gentilhommes ^ & aux ci-
toyens. FoyeiS\^.VK.
Le fîre de Joinville a écrit l'hifloire de S. Louis.
Il n'y avoit que certaines familles d'une noblefTé
diflinguée , qui pouvoient prendre le nom de fire , de-
vant le nom de leur maifon , comme \Qsfres de Cou-
cy , les Jires de Beaujeu ; mais lorfque le mot à&Jlrà
fe trouve dans nos anciens auteurs , avec le nom de
baptême , il fgriiiîe très-peu de chofè. Loyfeau dit
que les barons de France , qui étoient barons des
duchés ou comtés relevant de la couronne , pour fé
diflinguer des barons inférieurs , s'appellerent /Zrej ^
eomme/re de Bourbon, &c. On donne auffi au roi
d'Analeterre le titre Aejire , foit eil lui parlant, foit
en lui écrivant. Dans le même royaume le titre de
Jir, qui vient de//'-e , efl donné à toutes les perlbn-
nes de diflinâion qui font au-deffous des barons 8c
lorfqu'on parle d'un baronnet , ou d'un fimple che-
valier , on l'appelle toujours par fort nom de baptê-
me , joint à celui de/r, comme/r Philippe Sydneyi
Lorfque le roi d'Angleterre crée un fimple chevalier^
il le nomme par fon nom de baptême , lui comman-
de de fe mettre à genoux , & après lui avoir touché
l'épaule gauche de fon épée nue , il lui dit en ancrlois ,
rife Jir ^ c'efl-à-dire , levei-vous chevalier , & il le
nomme. Miege , état nouveau de la grande Bretagne^
SIRENES , f. f. ( Myihol. ) ces monflres demi-
femmes & demi-oifeaux , doivent leur naifTance à
la fable ; ce fut , dit-elle, trois filles du fleuve Aché-
loiis , & de la mufe Calliope. On les nomma Panhé-
nopi , Leucofie , & Ligée ; & félon d'autres , Aglao-
phénie , Thelxiépie , & Pijinoé , noms qui roulent
fur la douceur de leur voix & le charme de leurs pa-
roles ; mais les grâces du chant , qui leur furent don-
nées en partage ^ les enorgueillirent jufqu'à ofer dé-
fier les déefîes du Parnaffc ; il leur en coûta leurs ai-
les qui leur furent arrachées en punition de leur té-
mérité ; elles fe retirèrent dans des îles défcrtes , &c
proche de la côte de Sicile ou de Campanie ; de-là^
elles attiroient fur leurs écueils les pafîiîgers , par
l'harmonie de leur voix , & leur donnoient enfnite la
mort. Défefpérées de n'avoir pCl furprendre dans
leurs pièges Uly fie , ou Orphée, elles fe précipitè-
rent dans la mer , & ne furent plus entendues de-
puis. On tient qu'une d'elles donna le nom de Par-
thcnope à la ville qui prit enfuitc celui de Naptcs ^ 8c
qu'une autre laiifa celui de Léucofc à une île de ces
mers là.
LesyiVcWiavoientlatête& le corps de femme juf»
qu'à la ceinture , &i. la forme d'oifuau , de la ceintvM
^ Ff
226
S I R
re en bas ; ou tout le corps d'ollcau , & la tctc de
femme ; car on les trouve reprclentées en ces deu\-
manieres , & dans les mythologues , & lur les an-
ciens monumens ; l'une tient une lyre , l'autre deux
flûtes, «S; latroilîeme un rouleau pour chanter.
Ceux qui veulent morallfcr fur cette fable des
poètes , dlfent que iQ^firhies n'ctoient autre chofe
que des courtlfanes , qui dcmeuroicnt furies bords
de la mer de Sicile , & qui par les attraits de la volup-
té, fcduifoicnt les pailans , 6c leur faifoient oublier
leur courfe ; ils ajoutent même que le nombre &; le
nom des trois frl-ncs , a été inventé fur la triple vo-
lupté des fens , la mufique, le vin , 6c l'amour; en
conféquence de cette idée , ils ont tiré l'étymologie
àc/trèncs, du mot grec cnipa. , qui fignifie une cha'un^
pour dire qu'il étoit comme impolfiblc de le tirer de
Jeurs liens, &: de fe détacher de leurs charmes invin-
cibles. Strabon aflure que \çs fi renés eurent un tem-
ple près de Surrente. ( D. J. )
SIREN[/M PROMONTORlUM , ( Gèogr. cnc. )
promontoire d'Italie , fur la côte de la Lucanie , vis-
à-vis de l'île Leucofia, que la mer en a détachée ,
félon Pline, /. //. c.lxxxvuj. {D.J.)
SIRENUSES LFS , ( Géog. anc. ) finnufœ , îles
fur la côte de la mer de Tyrrhéne , félon Ptolomée ,
/. ///. c.j. Strabon , /. f^. p. 247. nous marque plis
précifément lapofition de ces îles. Entre le promon-
toire de Minerve ; & l'île de Caprée , il n'y a , dit-il,
qu'un trajet: & quand vous avez tourné autour de ce
promontoire, vous rencontrez des îles feules & pier-
reufcs , qu'en appelle y//-c:««/c£ ^fircms ^ onjircnides.
Dans un autre endroit, /. V. p. 261. il compte 260
flades , depuis XcsWqs firemifx , jufqu'au fleuve Sila-
rus ; ilfembie néanmoins donner ici le nom de J/re-
nujk au promontoire de Minerve , qui a pu être ap-
pelle de ce nom , à caufe du voifmage de ces îles ,
comme il avoit été nommé yhhœnnun , ou promon-
toire de Minerve^ à caufe d'un temple qu'Ulyffe y
avoit bâti à l'honneur de Minerve.
Ces n-iémes îles font appellées5/>cv;///;?/7e/-'-ic, par
Pomponius Vlela, /. //. civ. & Sirenumjedts ^ par
Pline , A ///. c. v. Elles étoient au nombre de trois ;
il y en a qui en comptent davantage ; le père Coro-
nelli , IfoLirio , p. ny. en compte huit. Auprès de
l'île de Procida , qui n'ell pas éloignée de Pouzzoles ,
on voit, dit-il, huit petites îles qui font pleines de
rochers , & défertes ; elles font près l'une de l'autre :
les anciens les appeîloient Slrénufes , ou les îles de
Silènes , parce que Parthénope , Ligée , & Léuco-
fie, trois fameufes courtifanes , les avoient habitées.
Ces femmes- avoient toute la beauté , toutes les
grâces , & tous les agrémens imaginables ; leur voix
étoit belle & mélodieufe ; c'étoit auffi par tous ces
artifices, & fur-tout par leurs chants, qu'elles char-
moient ceux qui pafloient près de là. Les nauton-
nicrs quin'étoientpas afiéz fur leurs gardes, fe trou-
voient tellement épris de curiofité , qu'ils ne pou-
voient s'empêcher dedefcendre dans cette île tatale ,
où , après des plaifirs illicites , ils éprouvolent la
dernière mifere. C'ell peur cela que les poètes ont
feint qu'Ulyflé devant pafTer auprès de ces écucils,
avoit eu la iage précaution déboucher avec de la cire ,
les oreilles de (es compagnons , pour qu'ils n'enten-
diflent point la voix de cestrompeufes firènes, La fa-
ble ajoute qu'Ulyflé lui-même , le lia au mât du na-
vire , pour être infenfibleaux chants de ces dange-
reufes bacchantes.
On dit que lesanclenshabitans de ces îles, avoient
coutume d'adorer les fircnes , & de leur offrir des
facrifîces ; & même on veut que du tems d'Ariflote
il y eût encore dans cet endroit , un temple dédié
aux firènes. L'une de ces îles porte aujourd'hui le
nom de GalU ou Galle: elle efl à cinq milles de l'île
Caprée ; l'autre , qui efl un peu au-delà du cap de la
SI R
Minerve , n"a aucun nom ; & la troifleme qui efl au-
près , s'appelle San-Peno. (^D.J.)
SIRGIAN , owSERDGlAN , ( Géog. mod. ) ville
de Perfe, capitale du Kcnnan. Elle efl arrolce [)ar
plufieurs canaux , ce qui en rend le féjour gracieux.
Les tables arabiques lui donnent pour long.cfo. 20.
lat'u. fcptcnr. 29. Jo. {D. J.)
SIRIASE , f f. ( Mcdec. ')Jirlafs ; nom d'une ma-
ladie à laquelle les enfans font fiijets. Elle confifte
dans l'inflammation du cerveau , la fièvre aiguë, la
perte de l'appétit , l'excavation des yeux &: le deffé-
chemcnt du corps ; il faut détruire la fièvre , dont
tous les autres fymptomes tirent leur origine. (Z). /.)
SIRICACHE. yoyei Cresselle,
SIRINAGAR , ( Géog. mod.) ville d'Afie , dans les
états du graiîd-mogol , & capitale du petit royaume
de Sirinagar , litué dans la partie méridionale de la
province de Siba. (^D. J.)
SiRîON , ( Géog. anc, ) lieu la Gaule aquitanique.
L'itinéraire d'Antonin le marque entre Bordeaux &
Uflubium, à quinze milles de la première de ces pla-
ces , & à vingt milles de la féconde. Les uns veulent
que ce folt lUoms, lur le bord de la Garonne , 6c
d'autres Earfac , qui efl au bord de la même rivière.
SIRIS , ( Geog. anc. ) 1°. ville d Italie dans la Lu-
canie , à l'embouchure du fleuve Siris. Elle fut d'a-
bord nommée Leutemia , enfuite Policum , enfuite
Siris , oz enfin Hirad'ium , car elle ne fut plus regar-
dée que comme le port de la ville d'Héraclée , lorf-
queles Tarentins eurent fondé cette dernière ville.
Pline , liv. III. ch. xj. le trompe donc , lorfqu'il dit
qu"Héraclée fut pendant quelque tems appeIlée5'/>/.î.
Héraclée &: Sins étoient toutes deux fituées entre
les fleuves Aciris & Siris , la dernière à l'embou-
chure du fleuve de même nom , & l'autre au bord de
l^Aceris , mais à quelque diftimce de la mer.
On prétcndciî que Siris avoit été bâtie par les
Troiens ; & pour prouver cette idée , on y mon-
troit un umulacre de la Minerve de Troie. On le
montroit encore du tems de Strabon , comme une
image mlraculcvife , car elle baiffoit les yeux , de
l'horreur qu'elle éprouva lorl'que les Ioniens prirent
la ville , & qu'ils n'eurent aucun refpeft pour fon fl-
mulacre. Plufieurs habitans s'étoient fauves auprès
de la flatue de Minerve , & imploroient dans cet
afyle , qu'ils croy oient inviolable , l'humanité du
vainqueur ; mais fans aucun égard à leurs prières , on
les arracha barbarement de cet afyle. La déefle n'eut
pas le courage de contempler ce crime , & voilà
pourquoi elle avoit les yeux fixés en terre. Ce n'é-
toit pas la première fois qu'un fpeftacle affreux l'a-
voit obligé à détourner la vue ; elle fe conduifit ainfi
dans Troie quand on viola Caffandre.
Strabon , dont j'emprunte tous ces faits , les ac-
compagne d'une réflexon judicieufe , liv. VI. p. 182.
fur le grand nombre d'images delà même Minerve,
qu'on prétendoit queles Troïens avoient confacrées
depuis leur difperfion. C'efl: une imprudence, dit-ll ,
que d'ofer feindre , non-fbulcmcnt qu'autrefois un
fimulacre baiffât les yeux , mais même qu'on peut
aujourd'hui montrer un tel fimulacre. C'efl une im-
pudence encore plus grande que d'ofer parler d'un
bon nombre de tels fimulacres apportés de Troie. On
fe vante à Rome , continue-t-il , à Lavinée , à Luce-
ria , à Siris , d'avoir la Minerve des Troïens , & l'on
applique à divers lieux l'aétion des femmes troïen-
nes.
2°. Siris , fleuve d'Italie dans la Lucanie , aujour-
d'hui Sino , Senno ou Sirio. Son embouchure efl mar-
quée du golfe de Tarcnte , près la ville de Siris ^qm.
etoit le port d'Héraclée. Strabon , liv. VI. p. 26'4 ,
dit qu'elle fctrouvoit à vingt-quatre flades de cette
dernière ville , à trois cens trente de Thurium , 6c à
SIR
trois cens quarante de Tarente. Au refte , les géo-
graphes ont remarqué que Florus , liv. I. ch. xviij.
a confondu la rivière Liris avec celle à^Siris^ en
parlant du combat de Pyrrhus contre le conful Lœ-
vinus. Il dit que ce combat fe donna , apudHcraclearn
& Campania jluvium Lirim , au lieu de dire apud
Jîcraclcarn & Lucanuz faivium Sirim. i^D- /• )
SIIIITIS , ou SIRENETIS , ( Gco^^. anc. ) contrée
d'Italie , dans la Lucanie. Athénée , liv. XIF. dit
qii'elle prenoit fon nom de la ville de Siris , qui y
étoiî iituée. Voyci SiRis. {D. J.)
SiRiUS , f. m. en Afironomit , ou la canicule , efc
une étoile de la première grandeur , très-brillante ,
qui eft placée dans la gueule du grand chien . Voyt-^
Chien & Constellation.
Les Arabes la nomment afchcre , les Grecs (rn^ioi; ,
& les Latins canicula. Foye^ Canicule & Ca-
niculaire. (O)
SIRMICH , ou SIRMISCH ,.{Géog, mod. ) en latin
SirmUnfis comitatus , contrée du royaume de Hon-
grie. Elle s'étend au midi le long de la Save , qui la
Icpare de la Servie & de la Raicie. Le Danube la
borne à l'orient , le comté de Valpon au nord, &
celui de Pofega à l'occident. Les Turcs font aujour-
d'hui les maîtres de cette contrée.
La ville de Sirmich , là capitale , en latin Sirmium ,
lui a donné fon nom. Cette ville , appellée par ceux
du pays Siràno ou Schremnia , eft fituée fur la rivière
de Boiweth, proche la Save , au pié du mont Arpa-
reta , à quinze milles d'EiTek au midi. Long. j8. 6.
ladi. 46.4.
Elle a eu un évêché fous Colocza. Il s'y eft tenu
deux conciles , l'un en 3 5 i , & l'autre en 537. Cette
ville , alors confidérable , fut ruinée par les Huns
vers l'i'.n 460 , & les Turcs ne l'ont pas rétablie , en-
forte que ce n'elt plus aujourd'hui qu'une bourgade
dépeuplée ; mais elle étoit puifîanîe &c célèbre fous
les empereurs romains , comme on peut le voir en
lifant r^/m/c SiRiMUM. (Z>. /,)
SIRMIO , ( Géog. anc. ) péninfiile d'Italie , dans
la Gaule tranfpadane , au territoire de Vérone , dans
le lac Benacus , du côté du midi. Cette péninfule
charmante n'étoit pas la patrie de Catulle , qui étoit
né à Véronne , comme le difent Pline , /. XXXFI.
c. vj. 8c Eufebe , in chronic. mais il y avoit feulement
une maifon de campagne, ou une agréable retraite ;
au/îi ne l'appelle-t-il pas fa patrie , mais fon domai-
ne, & il s'en dit le maître , & non pas le nourriflbn.
Voici de quelle manière il en parle , carm. xxxij.
P eninfularum Sirmio , infularumqiu
Ocelle , quiifciimque in liquenùbiis [îagnis
Marique vajto fert utcrque Nepiunus.
Quam u libcnicr , quarnque Icetus invifo.
Et un peu plus bas il ajoute :
O quid foluiis ejl beatius curls !
Qjinm mens onus reponit , ac pengrino
Labore fejji venimus larcm. ad nofîruin ,
Dejideratoqui adqiàefcimus leclo !
Hoc ejt , quod unum efl pro laboribus tuntls.
Salve f ô venujla Sirmio , atque hero gaude.
Que ces vers font doux & agréables ! Quel aima-
ble poëte que Catulle ! (Z>. /.)
SÎKMIUM , ( Géog. anc. )'vllle de la baffc-Pan-
nonie, fur la rive gauche de la Save , dans l'endroit
où cette rivière reçoit ctlle que les anciens nonunent
Bacuntius. C'cd-^à l'a polition , félon Pline , Uv. 111.
di. XXV. iU. Ptoloméc , liv. II. ch, xvj.
C'étoit une très-grande ville , au rapport d'Héro-
dien , Uv. Vil. ch. ij. & la jnétropole de la Panno-
nic. On voit dans Gudius ,/'«!,''. /^ô". une ancienne
infcription , avec ces mots : natione Pannonius domu
fiavui Sirmio ; 6c on lit dans la notice des dignités
Tor/i(i X y.
S I R
227
de l'empire, fiavia Àugufîa Sirmium , ce qui nous
apprend que Sirmium fat redevable de quelques
bienfaits à la maifon flavienne. Peut-être les empe-
reurs de cette maifon y envoyerent-ils une colonie;
du moins M. le comte de Marlilly rapporte , dans
{o:\ danube , une infcription , qui jullifie que cette
ville étoit une colonie romaine. Dec. col. Sirmiens.
Les Huns la détruifirent vers l'an 460 , & ce n'cft
plus aujourd'hui qu'un bourg de l'Elclavonie , nom-
mé Sirmich.
Mais Sirmium , dans le teras de fon luftre , a été la
réfidence , la patrie , ou le lieu du tombeau de plu-
fieurs empereurs romains, ce qui lui valut le litre de
ville impériale.
Je remarque d'abord que c'eft à Sirmium que mou-
rut Marc-Jurele,le 17 Mars de l'an 180 de Jefiis-
Chrift , à l'âge de 59 ans , après en avoir régné ^19.
•< On fent en foi-même un plaifir fecret loriqu'on
» parle de cet empereur , dit M. de Montefquieu. On
» ne peut lire fa vie fans une efpece d'attendriffc-
» ment. Tel ell l'effet qu'elle produit , qu'on a meil-
» leure opinion de foi-même, parce qu'ona meilleure
» opinion des hommes ». Il iit le bonheur de fes fu-
jets , & l'on vit en lui l'accompliffement de cette an-
cienne maxime de Platon , que le monde feroit heu-
reux fi les philofophes étoient rois , ou fi les rois
étoient philofophes. Marc-Aurele faifoit profefTion
ouverte de philofophie , mais de la plus belle , j'en-
tends de celle des Stoïciens , dont il fuivoit la frûe
& la morale. Il nous refte de ce prince douze livres
de réflexions fur fa vie , ouvrage précieux , dont
Madame Dacier a donné une traduction de grec en-
françois , avec des remarques.
L'empereur Claude finit aufTi fes jours à Sirmium^
en 270 , à 56 ans , d'une maladie peftilentielle qui
s'étoit mife dans fon armée , après de grandes ba-
tailles contre les Goths, les Scythes & les Sarmatcs.
Les empereurs nés à Sirmium font Aurélien , Pro-
bus , Confiance IL ôc Gratien. Rappelions briève-
ment leur caradere.
Aurelianus ( Lucius Domitius ) , l'un des plus
grands guerriers de l'antiquité , étoit d'une nailïance
obfcure, & parvint à l'empire par ia valeur , après la
mort de Claude. Il aimoit le travail , le vin, la bonne-
chere, & n'aimoit pas les femmes. Il ^itob^èrver ladif-
cipline avec la dernière févérité ; & quoique d'un ca-
raftere des plus fanguinaires,(a libéralité , & le fom
qu'il prit de maintenir l'abondance , firent oublier (on
extrême cruauté. Il battit les Perles , & s'acquit la plus
haute réputation par la conquête des états delà renie
Zénobie. Il traita les Palimyréniens avec vuie ri-
gueur énorme , foumit l'Egypte à fon obéiflance , oC
triompha de Tetricus avec une pompe extraordi-
naire. Il alloit conduire en Thrace fon armée contre
les Perles , lorfqu'il fut tué par un de les généraux au
mois de Janvier 175. Il porta la guerre d'Orient ea
Occident , avec la même facilite que nos rois font
marcher leurs armées d'Alface en Flandres. On la
déitia après fa mort , & l'on éleva un temple en foa
honneur. Il fat nommé dans une médaille le reflau-
rateur de l'empire , orbis rejlitutor. C'cft un bonheur
que ce prince payen , attaché au culte du loleil, ne
fe (bit pas mis dans l'efprit de poriécuter les chrétiens,
car un homme fi fanguinaire n'en eût pas laiflc lub-
11 lier un feul.
Probus ( Marcus Aurelius ) , parvint de bonne
heure aux premières dignités militaires. Gallicn lui
donna le commandement de rillyrie. Tacite y joignit
celui de l'Orient ; & c'ert là qu'il fut nommé par les
troupes à l'empire. Il vainquit Floricn , frère de Ta-
cite , qui avoit été fon concurrent. Enluite il rem-
porta de grandes vidloires fur les Vandales , les Gau-
lois , les Sarmatcs 6c les Goth^. U fe préparoit à por-
ter la guerre jufquc dans la Perle , lorfqu'il tvit tu^
h t ij
2î8
s ï s
en iSi par un parti de foldats fédkieux , qu'il occu-
poit à lies ouvrages publics auprcs de Sirmium.
Confiance IL (Flavius Jvdius Conftantius ) , fécond
fils de Conllantin le grand, & de Faufte , naquit l'an
3 17 de Jefus-Chrilt, (S: hit dcclarc Cclar en 31.1..
Après le décès de l'on père , il lit mourir fes neveux
£: les coufins. Il eut prciquc pendant tous le cours
de Ion rei;nc qui tiit de ij ans , une gucrrcdélavau-
tageule à loutenir contre les Perfes , au milieu de la-
quelle il fe défit de plufieurs hommes iiluih-cs qui le
fervoient avec f.délité , cntr'autres de Sylvain , ca-
pitaine habile , qui commandoit dans les Gaules , &
de Gallus , qui avoit le département de l'illrle. Enfin
Julien , frère de Gallu.s , prit le titre d'empereur , 6c
cuitta les Gaules pour venger cette mort. Confiance
? ' •. » ': j, * 1..: i^..(V..,';i /;„■.^ <QP
naux qui ait acculé Juhen d'avoir lait empoifonner
Conllance. On s'apperçoit que ce pcre de l'églile
charge fans preuves la mémoire de Julien , tandis
qu'irfait de Conilance le plus grand prince qui ait
jamais été , & même un laint.
La vérité néanmoins ell que Conilance étoit un
très-petit génie, qui d'ailleurs commit des cruautés
inouïes, iffut pareifeux & inappliqué ; vain 6c avide
de louanges , fans fe foucicr de les mériter ; maître
fier & tyran de fes fujets ; efclave de fes eunuques ,
qui conferverent toujours l'afcendant qu'ils avoient
pris fur l'on entance , &: lui firent exercer en faveur
de l'hérélie un pouvoir defpotique fur l'églife , fans
qu'en puiffe dire autre choie à fa décharge , fmon
qu'il agit toujours par des imprelTions étrangères.
Les payens même ont blâmé fa tyrannie dans les
affaires de la religion. Voici ce qu'en dit Ammien.
« Par bigoterie il m.it le trouble &C la confufion dans
» le chrîllianifme , dont les dogmes font fimples _&
» précis. Il s'occupa plus à les examiner avec une in-
» quiétude fcrupuleufe , qu'il ne travailla férieufe-
» ment à rétablir la paix. Dc-là naquirent une infi-
>> nité de nouvelles divifions , qu'il eut foin de fo-
» menter &c de perpétuer par des difputes de mots.
»I1 ruina les voitures publiques, en faifant aller &
» venir des troupes d'évêques pour les conciles , où
» il vouloit dominer fur la loi ».
Graticn , fils de Valentinien \. naquit en 359 , &
n'étoit âgé que àz 16 ans Icrfqu'il parvint à l'empire.
Au lieu de rétablir l'ordre , la difcipline & les finan-
ces , il donna des édits contre tous les hérétiques, &
aliéna le cœur de les fujets. Maxime en profita pour
débaucher les légions , qui le nommèrent empereur.
Gratien obligé de fuir , fut aflaffiné à Lyon par An-
dragatius en 383 , à l'âge de 24 ans. ( Le chevalier
DE JaUCOURT. )
SIROC ou SIROCO, f. m. {Marine.) nom qu'on
donne fur la Méditerranée au vent qui eft entre l'o-
rient & le midi. C'eft le fud-efl fur l'Océan.
SIRÏ , LA , ( Gcog. mod. ) rivière de Turqueftan.
Elle a fa fource dans les montagnes qui féparent les
états de Contoufch (Khan des Calmoucks) de la
grande Boucharie , à ^4. 40. de latitude &c iiC)S.de
longitude. Après un cours d'environ cent lieues d'Al-
lemagne , elle fe dégorge dans le lac d'Arall , qui eft
fitué fur les frontières du Turqucftan , à trois jour-
nées de la mer Cafpienne. (Z>. J. )
SIRVAN, {Géogr. mod.) province de Perfe. Foye^
SCHIRVAN.
SiSACHTINlES , f. f pl. {Jntlq grecq.) c'eft-à-
dire , la dépolition des charges ; c'étoit une fête en
mémoire d'une loi que fit Solon , qni défendoit de
contraindre par violence les pauvres à payer leurs
dettes.
SiSALLE. Foyei Grive.
SISALO, ( Géogr. anc.) ville d'Efpagne : l'itiné-
S I S
raîrcd'Antoninla marque fur la route d'Emeriîa A Sar-
ragoce,en prenant par la Lufitanie. Elle ctoit entre Mi-
robriga & Carcuvium, à trei/e milles de la première
de ces places, & à vingt milles de Li féconde. Ce
porrroit être la ville Silapone de Ptolom.ée , félon la
Martiniere.
SISAPONE, (Gèog. anc.) ville del'Efpagnetarra-
gonoife : Ptoloméc , /. //. c. vj. la donne aux Ore-
tani , & la place vers les confins de la Bétlque. Au
lieu de Sijlipone , Pline , /. XXXllL c. vij. écrit Si'
Jlipo ., 6c remarque qu'il y avoit dans ce lieu des mi-
nes qui fournilloient un excellent vermillon ; mais
il met Sirapo dans la Bétique. Le P. Hardouin veut
que ce loit aujourd'hui Almaden , dans l'Andaloulie,
au-delfus de Seviilc , & je crois fort qu'il a railbn.
Voyt:^ dans le recueil de Pacad. de Sciences , le mém,
de M. de Juflieu/«/- Us mines d^ Almaden. (^D. J.)
SISAR, {Géog. anc.) fleuve de la Mauritanie-Cé-
farienfe ; Ion embouchure eft placée par Ptolomée,
/. IF. c. ij. entre les villes Chobat & Jarfath. C'eft le
fleuve [/far de Pline.
SIS ARUM, f. m. {^ijl. nat. Botan.) nom que les
botaniftes donnent au genre de plante nommé vul-
gairement & caradérifé au mot Chervi. Foye:^
Chervi.
Tournefort ne compte qu'une feule efpece de ce
genre de plante ; lavoir , \cjifarum germanorum , /.
R. H. joc). C. B. P. 153. Boerh, Ind. ait. J4.enan-
glois , t/ie common skirret.
Cette plante croît à la hauteur d'environ deux ou
trois pies. Ses tiges font épaiffes , cannelées, Se cou-
vertes de feuilles longues, ailées, compofées de qua-
tre ou cinq lobes pointus &C légèrement crénelés en
burs bords , & oppofés deux à deux. Ses fleurs font
en parafol , petites , odorantes , & à cinq pétales
blancs. Sa femence approche de celle du perfil , mais
elle eft plus grolfe. Sa racine eft femblable au navet;
longue comme la main , grofîe comme le doigt,
blanche , d'un goût doux , & bonne à m?nger. Nous
apprenons de Pline que Tibère en faifoit venir d'Al-
lemagne. On cultive lejifurum dans nos jardins où il
fleurit au mois de Juin. On en recommande la raci-
ne dans du pétillait contre les maladies de la poitrine.
(£>. /.)
SISAURANUM, ( Giog. mod. ) ville de Perfe ,
à deux journées de Dara , & à trois milles de Rab-
dion , fuivant Procope , qui dit que Juftinien , ou
plutôt Bélilaire , la prit & la rafa.
SISEK ou SISSEK , {Géog. mod.) place de la Croa-
tie , fur la droite de la Save , au confluent de cette
rivière avec la Kulpa. Longitude 34. JJ. latitude 43.
58.
SISERRE ; voyei Grive.
SISGGW ou SïSGAW, ( Gcog. mod. ) petit pays
de Suilfe , au canton de Balle. Liftel en eft le chef-
lieu.
SISIMITHRE, ROCHER de , (Gèog. anc.) Sijimi-.
thrx petra , rocher d'Alie , dans la Badriane , félon
Strabon, l. XL p. Si y. Ce rocher avoit quinze fta-
des de hauteur , c'eft-à-dire , dix-huit cens foixante
& quinze pas ; & quatre-vingt ftadesde circuit, c'eft-
à-dire , dix mille pas. Le haut du rocher formoit une
plaine de terres labourables , capable de fournir du
grain pour la nourriture de cinq cens perfonnes. Ale-
xandre s'étant rendu maître de ce lieu , y trouva la
belle Roxane , fille d'Oxyartes , & l'époula , à ce
que rapporte Plutarque. {D. J.)
SISIO ou SSIMA , ( Géog. mod.*) petit province
de la grande contrée du lud-eft de l'empire du Ja-
pon. Le pays eft fort ftérile , mais la mer voifine le
fournit abondamment d'huitres , de coquillages , &
autres choies femblables ; cette province n'a que trois
diftrifts.
SISO , {Hijl, nat. Bot.) plante du Japon , d'un pic
s I s
de liant , ^oi^t ^^ racine ell trcs-Hôreufe , litige bran-
chue, les petits rameaux terminés par un épi de
fleurs , l'es teuilles ovales , pointues , 6c difpoi'ces en
rond autour des branches. Cette plante feri à teindre
la Ibie en pourpre.
SISSACH , (Gcog. mod.) petite ville de SulfTe , au
canton de Bafle ; elle eft fituée dans une plaine, entre
les monts qu'on nomme le haut &: le bas Haweltein,
au petit pays de Sirgow , auquel elle communique
fon nom , quoique Leiflel en Toit regarde comme la
capitale. ( £>. J.)
SiSSONNE , PAS DE , terme de Danfe , pour ex-
primer un pas , qui s'exécute de la manière fui-
vante.
Ce pas renferme deux façons différentes de fauter;
favoir, i°. pher pour fauter , & retomber i)!ié ; 2*^.
étant pUé fe relever en fautant. Ainfi , fi l'on veut
faire ce pas du pié droit , ayant le corps pofé fur le
pié gauche , il faut plier deifus ; & alors la jambe
droite , qui ell en l'air , s'ouvre du même tcms à cô-
té ; mais îorfqu'on fe relevé en fuitant , elle fe croife
devant la gauche à la troifîeme pofition en tombant
fur les deux pies. On relie plié pour fe relever, en
fautant du même tems fur le pié droit.
ha pas de /ijfonm fe fait de même en arrière , ex-
cepté qu'au lieu de prendre le mouvement de der-
rière pour venir en avant , il doit fe prendre de la
jambe de devant pour la paffer derrière en tombant
fur les deux pies, & en fe relevant fur la jambe qui
a pafle derrière.
Il y en a un autre qui fe fait à-peu-près de même ,
excepté qu'on fe relevé au premier faut fur le pié de
derrière , & qu'en fautant on plie fur le pié gauche,
mais on retombe fur les deux pics. Au fécond faut
l'on fe relevé fur le pié gauche , & le pié droit relie
en l'air pour prendre un autre pas de ce pié.
On le fait aulii en tournant ; c'eft la même m.a-
niere de tomber fur les deux pies & de fe relever fur
un pié ; il n'y a que le contour que le corps fait qui
en fait le changement, parce que les jambes étant
pour fupporter le corps , elles le fuivent dans tous
ies mouvemens.
SISSOPOLI , ( Géog. mod. ) ville de la Turquie
européenne , dans la Romanie , fur une prefqu'île
formée par la mer Noire , à 40 lieues au nord-oueft
de Conltantinople. Elle a le titre d'archiépifcopale ,
ce qui ne la peuple pas davantage. Long. 43. ^4.
latit. 42. 20. ( Z>. /. )
SISTER, f. m. ÇMcfure de continence.') mefure pour
les grains , dont on fe fert à Berg-op-zoom ; foixante-
tro'is Jijiers font le laft de blé , &c vingt-huit celui d'a-
voine.
SISTERON ou CISTERON , ( Géog. mod. ) ville
de France , en Provence , avec évêché , baiUiage , &
fénéchaufîée. L'itinéraire d'Antonin la nomme Se-
niflro , qu'on a depuis changé en Segcfierlca , & par
une nouvelle corruption enSiJlarica.
Cette ville a appartenu long-tcms aux comtes de
Forcalquier , enfuite aux comtes de Provence , &
enfin aux rois de Fnmce, qui repréfentent ces der-
niers comtes.
Sifleron ell lîtué fur la Durancc, qu'on y palTe fur
lui pont , à 20 lieues d'Aix , à 1 5 d'Embrun , & à
146 de Paris. Elle efl défendue par une citadelle ,
qu'on regarde coiiime le boulevard de la Province ,
du côté des Alpes. Elle a droit , comme chef d'un
b'iilliage alTcz étendu, de députer aux états, &aux
aiiemblées des communautés. Il y a un gouverneur,
un lieutenant de roi , & lui major.
Son évêché, établi dans le vj, fiecle , efl fuffragant
d'Aix ; il vaut quinze mille livres, de rente. Son dio-
cele contient 46 paroilles en Provence, 16 en Dau-
Tp\\'mé6cz dans le comtat Venaiffin. Parmi ces pa-
IfoilTcs, celle de Forcalquier fe dit co-cathcdrale , &i.
S I S
9
riin chapitre, long, de Slfieron^ ^3-3^. latit. 44.
S2.
ALbiTzct , poeic provençal , qui floriflblt fur la fîa
du xiij. fiecle , étoit né à Sijhron. Il aimoit les belles-
lettres , étoit très-galant , & choifit pour l'objet de fa
palfion la marquile de Malefpinc , la dame la plus
accomplie de Provence de ce tems-ià. 11 fît à fa louan-
ge plulieurs pièces de poéfie , qui plurent tant à cette
dame , qu'elle lui en marqua fa reconnoifîancc par
des prcfens de chevaux , de bijoux & d'argent. Ce-»
pendant, comme elle s'apperçat que les afiidultcs
àHALbcnet faifoient tort à la réputation , elle le pria
de fe retirer. Ce poëte obéit avec douleur, & fe
rendit à Tarafcon ; mais il continua dans fa retraite
à chanter fa belle marquife. Il lui envoya entr'autres
vers un ibnneî,en forme de dialogue entr'clle &lui,
qui commence
Déportas vous ami , d'aquifl atnour per aras.
Dans une autre fiance , il dit :
Mais commofaray yen {diiyeji) mas amours caraS
My poder dcfponar d" aquzjl^ affcclion?
Car certes y eu endury en eft a paffion ,
Per vous ingratament ^ moutasdoulours amaras.
Le Monge des ihs d'Or , nous apprend c^vCAlberteù
mourut d'amour & de chagrin ù Tarafcon , & qu'en
mourant , il remit fon livre de poéfies , intitulé lou
Petrachde Venus .^ à Pierre de Valerme, fon intime
ami , pour en faire préfent à fa cruelle & tron aimée
Laure. Ce perfide ami , au lieu de rempUr les inten-
tions du mort , vendit l'ouvrage à le Fevre , poëte
d'Ufez , qui eut l'effronterie de le publier fous fon
nom ; mais la fourberie fut découverte , & le cou-
pable fubit la peine du fouet , établie anciennement
par les lois des empereurs , contre les plagiaires de
de fon ordre. {D. /.)
SISTRE, f m. {^infiq. anc) en latin7zy?r«;;2;inftru-
rnent de mufique oui étoit employé dans les cérémo-
nies religieufes des Egyptiens , & principalement
dans les fêtes qui fe célébroient lorfque le Nil com-
mençoit à croître. Cet inftrument étoit de métal , à
jour & à-pcli-près de la figure d'une de nos raquettes.
Ses branches percées de trous à égales dill:ances,rece-
vo^ient trois ou quatre petites baguettes mobiles de
même métal , qui paffoient au-travers , & qui étant
agitées, rendoient un fon aigu, plus propre à étour-
dir qu'à flatter l'oreille.
hç. Jiftre étoit ovale, fait d'une lame de métal fon-
nant, dont la partie fupérieure étoit ornée de trois
figures ; favoir de celle d'un chat à face humaine ,
placée dans le milieu ; de la tête d'Ilis du côté droit ;
& de celle de Nephtys du côté gauche. Pluficurs ver-
ges de même métal, terminées en crocheta leurs
extrémités , & paflées par des trous, dont la circon-
férence de l'inrtrument étoit percée de côté 6c d'au-
tre , en traverfoient le plus petit diamètre. L'infîru-
ment avoit dans fa partie inférieure , une poignée par
laquelle on le tenoit à la main ; & tout Ion jeu con-
niloit dans le tintement ou le fon qu'il rendoit par la
percullion des verges de métal, qui à chaque fecoui-
fe qu'on lui donnoit, letrappoient à droite & à gau-
che.
Dans nos pierres gravées , Ifis eft repréfentée te-
nant un vafe d'une main , & le Jijlre de l'autre ; mais
la bibliothèque de Ste Geneviève de Paris conferve
un de ces inlirumens tout de cuivre : c'ctoit leur ma-
tière ordinaire, ainfi qu'on l'apprend d'Apulée qui
en a donné la defcripîion. Jérôme Bofuis en a fait un
traité exprès , intitulé Ifiacus dcfiflro. En elîét les prê-
tres d'Ifis furent nommés J/Jiriaci.
L'ulage du Jîjlre dans les myfteres de cette déefTe ,
étoit comme celui de la cymbale dans ceux de Cybè-
Ic , pour faire du bruit dans les temples & dans les
I^O
s I s
procefTions; ces j^/?rt-i rcnJoient un fon à-peu- près
lemblablc à celui des calhi>;uctres. Les Hcbreux le
lervoient aulfi de cet inltrument clans leurs rcjouillan-
ces; car nous lifons au /. Rois^xviiJ. G. que quand
David revint de rarmce , après avoir tué Goliath,
les t'cmmes ibrtircnt de la ville en chantant & en
danfant avec des tambours <S£ cksjijlres. (£>. /.)
SISYMBIIIUM, {. m. (M/?, nat. Bot.) genre de
plante à fleurs en croix , compol'ée de quatre pétales.
Le pillil Ibrt du calice 6c devient dans la fuite un
fruit ou une lilique, compolee de deux hmes appli-
qiiées ùirune cloil'on qui la diviie en deux loges. Elle
renferme des l'emences ordinairement arrondies.
Ajoutez aux caraftercs de ce genre , le port des efpe-
ccs qui le compolent. Tournefort, /. R. H. Foyti
Plante.
Tournefort compte douze efpeces de ce genre de
plante; entre lefqucUes nous décrirons la plus com-
mune , fi (y' m h ri II m aqtiaticurn .,foIùs in profundas laci-
n'ui.uûvijis , fdiquà hrcviori ^ I. R. H. 226'. Nousajou-
terons un mot de Jifymbrium annuel , à feuilles d'ab-
fyntlie.
La racine du fifymbnum aquatique à feuilles laci-
nécs , eft oblongue , grolfe comme le petit doigt ;
blanche,âcre,piquante& bonne à manger. Elle pouffe
des tiges à la hauteur de trois ou quatre pies; canne-
lées ,creules Se quelquefois rougeâtres. Ses feuilles
font oblongues, pointues, découpées profondément,
dentelées en leurs bords , difpofées alternativement
le long des tiges.
Seslleurs naiffent aux fommets des rameaux , fou-
tenues par des pédicules longs & grêles , compofées
chacune de quatre pétales , jaunes , dilpofées en
croix & à fix étamines. Lorfque ces fleurs font paf-
fées , il leur fuccede de petites fihques, courtes , di-
vifées intérieurement en deux loges qui renferment
des fcmcnces menues Se prefque rondes. Cette plan-
te croît dans les foliés pleins d'eau, dans les rivières,
aux lieux marécageux; elle fleurit en été, & paffe pour
apéritive.
hc Jifymbnum à feuilles d'abfynthe, a la racine an-
nuelle. Elle pouffe des tiges à la hauteur d'environ
deux pies , divifées en plulieurs rameaux, revêtues
de feuilles nombreufes, finement découpées, blan-
châtres , d'un goût douçàtre mêlé d'une légère acri-
monie. Ses fleurs naiffent en grand nombre aufom-
met des branches , compofées chacune de quatre pé-
tales difpofées en croix, de couleur jaune-pâle. 11
leur fuccede des filiques longuettes , grêles , remplies
de femences menues , rondes & rougeâtres. Cette
plante croit fnr les vieux murs, aux lieux rudes, in-
cultes, pierreux , fablonneux; elle fleurit en été. Sa
femence efl connue des herborifles fous le nom de
thalitrou; les pauvres gens l'emploient dans quelque
liquide pour arrêter la dyffenterie & le dévoiement.
{D.J.)
SISYRINCHIUM , f. m. {Hifl. nat. Bot.) genre de
plante qui ne diffère de la flambe & du xiphion , que
par fa racine qui ell compofée de deux tubercules
pôles l'un fur l'autre , comme la racine du glaïeul &
comme celle du fafran. Voye^ Flambe & Xiphion.
Tournefort, /. R. H. Fqyc^ Plante.
Des trois efpeces de ce genre de plante que com-
pte Tournefort, nous décrirons la principale ;7{/3'-
rinchiurn niajus , flore lutcà macula notato , /. R. H.
^65. Cette plante reffcmble à l'iris bulbeux; elle
pouffe deux ou trois feuilles longues, étroites, ver-
tes 6c molles ; fa tige porte au fommet quelques fleurs
femblables à celles de l'iris , s'ouvrant l'une après
l'autre, de couleur bleue, marquées de quelques ta-
ches jaunes, & d'une odeur affez agréable. Ces fleurs
font de courte durée; il leur fuccede des fruits ob-
longs qui contiennent des femences arrondies , pc-
litÊi & rougeâtres i fa raciflc cil compofée de deux
S I T
tubercules pofés l'un fur l'autre ; elle cff bonne i\ man-
ger, d'un goût doux, de couleur noire en-dehors &
blanche en-dedans. Sij'yrinchium efl un nom formé
des deux mots grecs o-C^ç, cochon., &: p^^cç, rofîrum ^
comme qui diroit groin de cochon , parce que les co-
chons poufîcnt leur groin dans la terre pour y cher-
cher la racine de cette plante, dont ils font fort
friands. {D. J.)
SITACA ou SITACE, {Géog. anc.) ville de la Per-
fide , à 1 5 llades du Tigre , 6c au voifmage du mont
Zagrus. {d. J.)
SITALCAS , {Mytholog.) dans le temple de Del-
phes Apollon avoit plufieurs ffatues , l'une defquel-
les étoit appellée Apollon fitalcas. Elle venoit d'une
amende à laquelle les Phocéens avoient été condam-
nés par les Amphidfyons , pour avoir labouré ua
champ conlàcré au dieu. Cette ffatue étoit haute de
35 coudées. Paufanias qui fait ce récit, ne donne
point l'étymologie du mot Jitalcas. {D. J.)
SITE , f m. (^Pcint.) c'eft la fituation , TafTiette
d'un lieu. Les Italiens difent//w, dans le même fens.
Ces deux mots viennent originairement du mot latia
Juus.
Site s'entend particulièrement du payfage ; il y a "
des fites de plufieurs genres , bornés ou étendus ,
montueux, plats, aquatiques, cultivés ou incultes,
habités ou deferts.
Sites infipides , ce font des fîtes dont le choix efÎT
trivial. Claude le Lorrain n'a introduit dans fes pay-
fagcs que ài<i.^fitis infipides ; mais ce défaut eft réparé
par la grâce du colons, & par la beauté de l'exécu-
tion.
Les fîtes extraordinaires , font ceux qui frappent
l'imagination par la beauté & la nouveauté de leurs
formes. Il faut éviter les ftes communs , ou les ren-
dre agréables , piquans & frappans.
Les fîtes doivent donc être d'un beau choix , bien
liés &: bien débrouillés par leurs formes ; ils doivent
avoir quelque chofe de nouveau & de piquant. « Le:
» moyen de les diverfifier à l'infini , dit M. de Piles ,
» eff d'y faire furvenir quelqu'un de ces accidens
» qui arrivent fi communément, & qui répandent
» tant de variété dans la nature ; par exemple, l'in-
» terpofition de quelques nuages qui caufênt de l'in-
» terruption dans la lumière , en forte qu'il y ait des
» endroits éclairés fur la terre , & des ombres qui fe-
» Ion le mouvement des nuages fe fuccedent les uns:-
» aux autres, & font des effets merveilleux , & des
» changemens de clair-obfcur qui femblent produire
» autant de nowv ç.-àwii. fîtes ». L'exécution & le colo-
ris font effentiels en ce genre.
Les paylages du Poulîin font remarquables par l'a-
grément, la nouveauté, la richeffe & l'ingénieufe
diverfité des fites. Je dis Pingénieufe diverfté , car le
fiti dans un payfage , doit être varié des divers ob-
jets que la nature produit de fon bon gré , fans art &
fans culture : les rochers , les torrens , les montagnes ,
les ruiffeaux, les forêts, les ciels & les campagnes
fertiles ou rufîiques, font les chofes qui plaifent le
plus dans les payfages. (Z>. /.)
SITELLA , f. f. (^Antiq. rom.) efpece d'urne defti-
née chez les Romains , à mettre des billets ou ballo-
tes , pour les élections des magiflrats à Rome. On
donnoitdeux ballotes à ceux qui avoient droit de fuf-
frage ; l'une marquée de deux lettres F. R. pour l'ap-
probation ; & l'autre de la lettre A. pour la réjeftion :
on jettoit à fa volonté dans hftella l'une ou l'autre
de ces deux ballotes. {D. J.)
SITHNIDES, (Mytholog.) les nymphes fuhnides
étoient originaires du pays de Mégarc; l'une d'entre
elles eut ime fille dont Jupiter devint amoureux, &
de ce commerce naquit Mégarus , fondateur de Mé-
garc. Dans cette ville étoit im magnifique aqueduc,
bâti par Théagcne tyran de Mégarç. Les habitans
«I
s I T
app.elloîent l'eau de cette fontaine, f eau des nymphes
fuhmdcs. (D. J.)
SiTHCXNlE , (^Géog. anc.) Etienne le géographe
appelle aiafi une partie de laThrace. Elle tiroit fon
nom de Sithonius roi des Odomantes. Cette contrée
étoit lituée aii-deffus du golfe Toyonakus , & l'on y
comptoit trois villes ; favoir Olyntho , Metiée &
Torone. Hérodote,/^'/». f^II. c. cxxlj. dit que la con-
trée où étoient fituées les villes grecques Torona ,
Galepfon, Sermyla , Mécyberna & Olynthus , étolt
appellée de ion tems Sithonia. C'efl: fans doute des
reines des montagnes de cette contrée dont parle
Viraile dans ces vers.
Necfic frigorlbus medlls Hcbrumque lùbamus ,
Sithoniaf^//e nïves hlemisjubeunms aqucfa.
{D. /.)
SITHONIENS , LES , (Géog. anc.) Suhonii ; Héro-
dote met les Sithoniens liir les côtes de Macédoine ,
dans la Paraxie &: la Calcidiquc , entre le golfe Sin-
gitique& le golfe Toronaïque. Etienne de l5izance&
jPline en reconnoilfent d'autres à l'extrémité fepten-
trionale de la Thrace , fur les bords du Pont-Euxin ,
le long de la rivière Salmidi^jjus , entre le mont JE-
mus &: le Danube, Horace , odexviij. L 1. parle de ces
derniers, il dit d'eux :
Slthonils non levis Evius
Quùmfas atque nef as exiguo fine lïbidinum
Difcernunt avldi.
« Bacchus nous prouve fon irritation contre les
» Sithoniens ; car plongés dans la débauche, ils ne
» connoiffent entre le bien & le mal d'autre milieu
» que leur infatiable cupidité ». On fait que ces peu-
ples faifoient volontiers excès de vin dans leurs fef-
tins, & que leurs débauches fe terminoicnt ordi-
nairement par des querelles & par des meurtres.
{D. J.)
SITIA ou SITTIA , {Géog. mod.) & par d'autres
Setia & Setda ; province de l'île de Candie du côté
de l'occident, dans l'endroit que l'on appelle ijlhme.
Cette province n'a que douze milles d'étendue , &
pour chef-lieu une ville de fon nom , fituée au nord
fur le bord de la mer. Cette ville eft bien différente
entre les mains des Turcs , de ce qu'elle étoit autre-
fois lorfqu'on l'appelloit Cytceum. Son château même
a été détruit par les Vénitiens en 165 1. Long. ^^. 6.
Ut. ji. 7. {D. J.)
SîTICINE, f. m. (^Ant'tq. rom.") on nommoity?«-
cines chez les P^omains , ceux qui jouoient aux en-
terremens , de la trompette fur des airs trilles & lu-
gubres. (D. /.)
SITIFIS , {Géogr. anc.) ville de la Mauritanie cé-
farienle , & enfulte la capitale d'une des Maurita-
nies , à laquelle elle donna Ion nom. C'étoit une ville
confidérable , comme on le voit par l'itinéraire d'An-
tonin , où elle eft nommée Sitifi.
Ce fut principalement dans le moyen âge que Siù-
fis acquit de la célébrité , & qu'elle donna fon nom à
la Mauritanie fitifenfe , dont elle devint la métro-
pole. Plufieurs routes y aboutiflbient comme dans
les plus grandes villes. On compte entr'autres celles
de Carthage , de Lambaefa , de Lamasba & de The-
vefle. Sitifis cft aujourd'hui un village du royaume
d'Alger dans la province de Bugie , & qui eft connu
fous le nom de Stefe. ( /?. /. )
SITOCOME , f m. (Jniiq. greq.) magiftrat chez
les Grecs , qui avoit une infpedion générale fur les
blés , & répondoit ù-peu-près à l'édile céréal des
Romains. ( Z>. 7. )
SITONES, {. m. (^ntiq. d'Atlihies!) (r/T«m/ , c'eft
ainli qu'on nommoit les officiers chargés des provi-
fions de blé pour la confommation de la ville ; & afin
qu'elle fût toujours pourvue , le tréforicr général
S I T 13Î
avoît ordre de leur fournir tout l'argent dont ils au-
roient befoin pour cet approvifionnement. Porter
Archaol. grœc. L I. c. xv. t. I.p. Sj. (D. J.)
SITOMAGUM ou SlTOMAGUS, {Gcogr. anc.)
ville de la grande Bretagne : l'itinéraire d'Antonin la
marque fur la route de f^enta Ic-norum à Londres
entre Venta Icenorum Sc Cambraonium ^ à 32 milles
du premier de ces lieux , & à 21 milles du fécond.
C'ert aujourd'hui Thetford en Nord-Folekshire. Il
paroit que c'ell: la même que la table de Peutinger
appelle i'//zo/72^^tt//.'. (Z>. /. )
SiTONS , LES , Snoms , ( Gcogr. anc. ) Tacite ,
Gzrm. c. xliv. & xlv. nomme ainfi l'un des trois prin-
cipaux peuples qui habitoient la Scandivanie. Les
Suons , dit-il , font voifms des Suions ; & quoique
dans tout le refte ils leur foient fcmbables , il y a
pourtant cette différence que c'efl une femme qui
commande chez eux , tant ils dégénèrent , non-fc-u-
lement de la liberté , mais encore de lafervitude. Ils
habitoient au-delà du mont Sévo , qui les féparolt
des Suions. Ceux-ci s'étendoient à l'orient , & les
Sitofis étoient bornés à l'occident & au midi par l'O-
céan. ■
Les anciens n'ont point marque diflinftement en
combien de peuples fe divifoit la nation des Sitons.
Cependant comme Ptolomée place les Chadini dans
la partie occidentale de la Scandinavie , on ne peut
guère le difpenrer de les mettre au nombre des Si-,
tons. Les Bergii de Pline peuvent aulTi être compris
fous ce nom général , de même que les habitans de
rîle de Ncrigon.
Dans la luite , le nom des Sitons fut changé en
celui de Normands.^ qui leur fut commun avec les
Suions ; & on vint twiiii à les appeller Norvégiens ,
nom fous lefquels ils font encore connus aujourd'hui.
Ces peuples, dit M. d'Audifret , Anc. Gcogr. tome /.
vivoient dans un grand dérèglement avant que No-
rus , fîls d'HumbhiS , roi de Suéde, les eût fubjugués.
Il lei ramena par la douceur &c par fon adrcffe , &
leur imprima d'abord la crainte des dieux. Il leur fît
une forte de religion ; & afin de les mieux retenir
dans le devoir , il leur prefcrivit des lois , leur ap-
prenant par des inftruftions & par des exemples à
régler leur vie. La mort de ce prince fit naître plu-
fieurs petits royaumes , dont le partage caufa de
grands différens ; de forte que les Sitons lalfés des
guerres civiles abandonnèrent leur pays , & com-
mencèrent à courir Les mers fous le nom de Norvé-
giens. {D. /, )
SITOPHYLAX, i. m. (Antiq. greq.) mot grec qui
veut dire gardien du blé. \^Q fitophylax étoit le nom
d'un magiftrat chez les Athéniens , qui veilloit à ce
que chaque particulier n'eût pas plus de blé qu'il lui
en falloit pour fa provifion. Cette provifion étoit ré-
glée par la loi , & \ç.sfitophylax avoient l'œil à l'ob-
férvation de cette loi. Il y avoit o^mnzQ Jitophylax ,
dix pour la ville & cinq pour lo plrée. Voyc^^ lei'avant
commentaire de Samuel Petit fur les lois attiques , /. K,
tit.Sy. {D.J.)
SITTACENE, {Géog. anc. ) contrée d'Afie dans
l'Affyrie. Ptolomée, /. VI. c.j. la place près de la
Suziane. Strabon dit que dans la fuite on lui donna le
nom ai Apolloniatide. ( D. J. )
SITTACENI, {Géog. anc.) peuples d'Afie dans
laSarmatie afiatique. Strabon, /. //. p. 41.^. les met
au nombre des peuples qui habitoient fur le bord des
Palus-Méotides. (D.J.)
SITTARD, {Géog. mod) v'ill: d'Allemagne au
duché de Juliers , &C aux confins de celui de Lim-
bourg. Cette petite ville, fitiiée fur unruifTeau envi-
ron à une lieue de la Meufe & i\ fept lieues au midi
deRurcmonde , fut prelquc toute ruinée en 1677, &C
elle ne s'eft pas rétablie depuis. {D. J.)
SITUATION , ÉTAT , ( Gram. & Synon. )fitua-
a?! S I T
rion <lu q-.iclque chofo d'accidentel & de pafliij^er.
£iat dit Guekiuc choie d'habituel 6c de permanent.
On fc lert alTez communément du mot àtjùuation
pour les affaires , le rang ou la fortune , & de celui
■d'fVur pour la l'anté.
Le mauvais état de la fanté eft un prétexte affevi
ordinaire dans le monde , pour éviter des Juuaùons
■embarralVantcs ou désagréables.
La vicilljtude des évcnemens de la vie fait fouvent
que les plus fagesfe trouvent dans de \.n\}icsJituatlons ;
& que l'on peut être réduit dans un ttat déplorable,
après avoir long-tcms vécu dans un tw/: brillant. Gl-
raid Synonymes. CD. J.^
Situation , f. f. en Gcomètrle&en Jlgcbre , figni-
■jfie la pofitlon refpeétivc des lignes , furfaces , &c.
M. Lcibnit/. parle dans les ades de Leiplic d'une
efpcce particulière d'analyfe , qu'il appelle analyfc
Jejîtuation , fur laquelle on jx)urroit établir une forte
•de calcul.
Il eft certain que ranalyfe de Jimation eft une
chofe qui manque à l'algèbre ordinaire. Ceft le dé-
faut de cette analyfe , qui fait qu'un problème pa-
roit louvent avoir plus de folutions qu'il n'en doit
avoir dans les circonftances limitées où on le confi-
tlere. Par exemple , qu'on propofe de mener par l'an-
c|e C ,jig. 12. J/g. d'un quarré A B C D une ligne
rCG , qui foit terminée par les côtés A D 6c A B
prolongés , & qui foit égale à une li^ne donnée
L M. il eft certain que ce problème ainfi propofé
n'a que doux folutions , &: qu'on ne peut mener par
le point Cplus de deux lignes E CJ^jC? 6 -Fquifatif-
faffent à la quertion. Cependant fi on réduit ce pro-
blème en équation en prenant A G pour inconnue ,
on trouvera qu'il monte au quatrième degré. Foye^
V application dt l' Algèbre à la Géométrie de M. Guil-
née, & le neuvième /ivre defecîions coniques de M. de
l'Hôpital , d'où il s'enfuit que le problème a quatre
folutions ; ôc il en a quatre en effet, parce qu'on peut
faire paffer par le point C deux hgnes CO , CXI, ^ont
"les parties O P , (l R , terminées par les côtés AD
&i A B Ç prolongées ou non ) foient égales à la ligne
donnée L M ; ce qui différentie les lignes O P &c
Q R d'avec les lignes G f, E H ; c'eft que les extré-
mités de ces deux-ci fe trouvent fur les côtés A D
&C A B prolongés vers H & vers F, au-lieu que O P a
une de fes extrémités fur A D non-prolongé , &c l'au-
tre fin- A B prolongé vers O ; & de même Q^R a l'une
de fes extrémités liir A B non-prolongée , &: l'autre
fur A D prolongée vers Q. Le calcul algébrique ne
peut exprimer autre chofe que la condition que les
extrémités G,F,E, H, foient fur A D 6l A B pro-
longées ou non ; 6c voilà pourquoi le calcul donne
quatre folutions du problème. Il eft vrai que cette
abondance de l'algèbre qui donne ce qu'on ne lui
demande pas , clt admirable & avantageule à plu-
fieurs égards , mais auffi elle fait fouvent qu'un pro-
blème qui n'a réellement qu'une folution en prenant
fon énoncé à la rigueur , fe trouve renfermé dans
Une équation de plufieurs dimcnfions , & par-là ne
peut en quelque manière être réfolu. Il feroit à fou-
halter que l'on trouvât moyen de faire entrer la fi-
iuaticn dans le calcul des problèmes : cela les fimpli-
fîeroit extrêmement pour la plupart ; m.ais l'état &
la nature de l'analyfe algébrique ne paroiffent pas le
pcrm.ettrc. Voye^ fur cela mon traité de dynamique,
Juon.de édition, article lyG ; vqytr^aulîi farticleEQVA-
TION vers la fin.
Dans le tome VIII. des Mémoires de t académie de
Pet.Tsbourg , on trouve un mérnoin de M. Euler , qui
a pour titre , Soluiio problematis ad Geometriamfiius
peninentis , c'eft-à-dire folution d'un problème qui a
rapport à la Géométrie des ftluations. Mais on ne voit
dans ce mémoire rien qui ait rapport à l'analyfe de
Jiiuation dont nous parlons ^ il s'agit feulement de fa-
S I T
%'t)*ir par quel chemin on doit paffer pour travérfet
des ponts difpofés fur une rivière qui ferpente , 8i
les traverfer de manière qu'on ne paffe j«imais deuTi
fois fur le même. ( O)
Situation , (^Pocjie dramatique. ) (ituatibn en fait
de tragédie , dit l'abbé Nadal , eft fouvent un état in-
térelTant ôc douloureux ; c'eft une contradidHon de
mouvemens qui s'élèvent toui-à-la-fois , & qui fc ba-
lancent ; c'eit une iudécifion en nous de nos propres
fentimens , dont le fpedateur eft plus inftruit , pouf
ainfi dire , que nous-mêmes fur ce qu'il y a à con-
clure de nos mœurs > li elles font frappées comme
elles doivent l'être.
Au milieu de toutes les confédérations qui nous
divifent & qui nous déchirent , nous femblons céder
à des intérêts où nous inclinons le moins , notre ver-
tu ne nous affùre jamais plus que lorfque notre foi-
bleffe gagne de fon côté plus de terrcin : c'eft alors
que le poète qui tient dans fa main le fecret de nos
démarches , eft fixé par fes règles fur le parti qu'il
doit nous faire prendre , & tranche d'après elle fur
notre deftinée.
C'eft dans le Cid qu'il faut chercher le modèle
àcsjituations. Rodrigue eft entre fon honneur &fon
amour, Chimene eft entre le meurtrier de fon père
& fon amant ; elle eft entre des devoirs facrés &
une paffion violente ; c'eft de-là que nai/Tent des agi-
tations plus intéreffantes les unes que les autres ;
c'eft là où s'épuifent tous les fentimens du cœur hu-
main , & toutes les oppofitions que forment deux
mobiles auiTi puifl'ans que l'honneur & l'amour.
Lajituation de Cornelie entre les cendres de Pom-
pée & la préfence de Céiar , entre la haine pour ce
grand rival & l'hommage refpeclueux qu'il rend à la
vertu ; les reflentimens en elle d'une ennemie im-
placable fans que fa douleur prenne rien fur fon efti-
me pour Céfar ; tout cela forme de chaque fcene où
ils le montrent enfemble une fititation différente.
Dans de pareilles circonftances, leur filence même
feroit éloquent oC leur entrevue une poéfie fublime,
mais les prcfentcr vis-à-vis l'un de l'aurre , c'eft pouf
Cornelie avoir déjà fait les beaux vers , & ces tira-
des magnifiques qui mettent les vertus romaines dans
leur plus grand jour.
Il eft ailé de ne pas confondre les coups de théâtre
& hsjiîuations : l'un eft paffager , &, à le bien pren-
dre , n'eft point une partie eflentielle de la tragédie,
puifqu'il feroit facile d'y fuppléer ; mais lifituation
fort du fein du fujet ôi de l'enchaînement de quel-
ques incidens , & par conféquent s'y trouve beau-
coup plus liée à l'adion, {D. J.)
Situation, f. f (Architecî.) efpace de terrein
propre à y élever un bâtiment , ou pour planter ua
jardin. Il eft d'autant plus avantageux que le fonds
en eft bon , l'expofuion heureufe <k les vues belles ;
c'eft ce qu'on nomme vulgairement ajjiette. (Z). /.)
Situation du terrein , (^Jardin. ) eft la chofe
la plus effentielle pour planter un jardin. Si le choix
n'eft pas heureux , les arbres mourront en peu de
tems. Quoiqu'il y ait cependant des moyens pour
améliorer les mauvaifes terres , ils font de grande dé-
penie , fouvent même il arrive que malgré les aman-
demens , les arbres ayant atteint le fond naturel de la
terre , y périffent.
Cinq conditions font néceffaires à une bonneyZf//^-
tion ; une expofition laine , un bon terroir , l'eau , la
vue d'un beau pays , & la commodité du lieu.
Une expofition faine eft celle d'un heu qui n'eft
pas trop élevé , crainte des vents , ni trop bas , à caufe
des marécages ; il faut lademi-côteoula plaine. Dans
une terre humide , la mi-côte eft meilleure ; dans une
terre légère, la plaine eft préférable & de moindre
entretien.
Un bon terroir fignifie une terre fertile & abondante :
fans
s I u
lans cette condition il cil inutile de planter un jardin,
Voyii Terroir.
L'eau, oui cfl latroifîemc condition , eft une des
plus eirentielles : les hubitans d'un pays , s'ils paroil-
fent fains, vous font juger de la bouté de l'eau ; &
en y i'ailant cuire des légumes , vous connoîtrez ia
qualité. Sans Ton lecours les vé>gétaux périroient dans
[es crandes chaleurs ; il n'en faut pas cependant une
fi arande quantité , parce qu'elle rendroit le lieu aqua-
tique & mal-lain.
La vue d'un beau pays, quoique moins néceffaire
que les précédentes conditions , eft du goût de tout
le monde ; & la commodité du lieu ne l'eit pas moins ,
par l'utilité qu'on en peut retirer.
SÏÏZISTAN , ( Gîogr. mod. ) petite province de
Perfe , entre celle de Makeran & de Sablelîan. Ses
principaux lieux font Sit7J.Jlan. , Fardan , Chaluck,
Mafurgian & Mafnich.
SITZU, {Géog. moi!) une des cinq provinces im-
péi;iales du Japon , dans l'île de Nipon. Ceft le pays
le plus avancé vers l'oucfl , & fur un grand golfe. Les
parties méridionales font fort chaudes , mais celles
du nord font plus froides & plus abondantes en ce
qu'ils appellent gahAf ^ c'eft-à-dire , bli , rii , orge. &
fèves. On y trouve aufll du poiffon & du fel ; & à
tout prendre , c'eil un fort bon pays. Il eft divifé en
treize diftrifts.
SIVADIERE , f f. {Mcfurefeche.) mefure de grains
en ufage en Provence, & particulièrement à Mar-
feille. Les \vd\\.Jivadieres font une hémine du pays. La
fivadure de ble doit pefer un peu plus de neuf livres
poids de Marfcille , qui font fept livres un peu fortes
poids de marc. Savary. ( Z). /. )
SIVAN , f. m. {^Hift.judaïq. ) neuvième mois de
l'année civile des Hébreux , & le troifieme de l'année
ecclcfiaftique. U a trente jours , .& répond à la lune
de Mai.
C'étoitle fix de ce mois que tomboit la Pentecôte,
ou le cinquantième jour après la Pâque. Foye^ Pen-
tecôte.
Le 17 étoit fête pour la prife de Cœfarée par les
Afmonéens, qui enchafferent les payens& y établi-
rent des juifs.
Le 23 , jeûne en mémoire de la défenfe faite par
Jéroboam , fils de Nabat , à fes fujets , de porter leurs
prémices à Jérufalem.
Les juifs modernes jeûnent encore ou fêtent d'au-
tres jours , en mémoire de quelques événemens fort
fufpefts , qui ne font atteftés que par les livres de
leurs rabbins. Cahndr. des Juifs à La tête du Diclïonn.
de la Bible , par dom Calmet.
SIVAS , ( Géog. mod. ) ville ruinée de la Turquie
afiatique , dans l'Anatolie , à deux journées au midi
de Tocat, Elle étoit le chef-lieu d'un gouvernement,
& la réfidence d'un bâcha , avant que Tamerlan eût
fait rafer cette ville lorfqu'il s'en empara. Long, llii-
vant les tables arabiques ^/i-S^' Ictt-jeptintr. j o. j o.
(i)./.)
SiUM , f. m. ( U'ifl. nat. Botan.') De ce genre de
plante , dans lequel Tournefort compte huit cfpeces,
nous décrirons celle des boutiques .^jiurn afomaticum
quodfifoti ofjicinarum , /. R. H. ^08. Cette plante a
d'ordinaire la racine fimple , blanche, ligneufe , foi-
l)lement enfoncée en terre , & d'un goût de panais ,
un peu aromatique. Elle poufle une ou plufieurs ti-
ges hautes d'environ deux pies , rondes , moëlleufes,
lifles , glabres , noueufes & rameufes. Ses feuilles font
ailées comme celles du panais, rangées alternative-
ment le long de la tige , du refte iémblables à celles
du chervl , tendres, oblongues , crénelées fur leurs
bords , quelquefois découpées. Ses fleurs naiflent An-
des ombelles , aux fommets de la tige 6c des rameaux;
petites , compoiées chacune de cinq pétales , blan-
ches , taillées en cœur, & difpofces en rofc i il leur
Tome XK,
S I V
^33
fiîccede des femenccs jointes deux à deux , menues *
arrondies , cannelées fur le dos , applaties de l'autre
côté , brunes , d'un goût un peu acre & aromatique.
Cette plante vient aux lieux humides, le long des
haies & des foffés. Elle fleurit en été , & fes graines
mûriffent au commencement d'Août ; mais on ne fait
cas que de celles du Levant , parce qu'elles ont l'o-
deur du véritable amomum , & qu'elles abondent
dans ce pays-là en une huile effentielle aromatique ,
qu'en en peut tirer par la dillillation. (D. J.)
SIVRAY, ou CIVRAt, ( Géog.mcd.) vilie de
France dans le Poitou , fur la Charente , à 10 lieues
au midi de Poitiers , fur la route d'Angoulême. Elle
a. une fénéchauflee , & efl: chef-lieu d'un comté qui
eft un domaine de la couronne. Les Proteftans fai-
foient autrefois fleurir cette ville , dans laquelle ils
avoient un temclc. Long. ty.SS.latU. ^G. la. (D. /.)
SiUTO , f. m. ( Hij^. mod. rdlg. & philof. ) c'eft le
nom fous lequel on défigne au Japon unefecfe de phi-
lofophes qui font prof^fïion de ne fuivre aucune des
religions admifes dans cet empire. Ces philofophes
font confifter la perfedion & le fouverain bien dans
une vie fage & verîueufe. Ils ne reconnoifTent point
un état futur , & prétendent que les bonnes aftioni
& les crimes n'ont point hors de ce monde de récom--
penfes ou de punitions à attendre. L'homme , fcloir
eu?: étant doué de la raifon , doit vivre conformément
aux lumières qu'il a reçues , & par conféquent il cft:
oblige de vivre fagement. Les /"/./oi^^ej rejettent les
chiiiieres de la métempfycofe , & toutes les divinités
ridicules des religions du ftntos & de fiaka. Voye^ Six--
Tos & SiAKA. Ils croient que nos âmes , ifTues d'un
efprit univerfel qui anime toute la nature , après avoir
été féparées du corps , retournent dans le fein de ccî
m.cmc efprit , de même crue les fleuves après avoir
ter;niné leurs cours , rentrent dans la mer d'où ils ti-
roient leur origine. Tien , c'eft-à-dire le cïd ., eft le
nom qu'ils donnent à cet efprit , qui eft la feule divi-
nité qu'il admettent ; d'où l'on voit que les Jiiuoijles
ouï les mêmes idées fur la divinité que les lettrés chi-
nois, c'eft-à-dire , ce font de vrais théïftes ; car quoi-»
que le mot tkn fignifîe le ciel, il ne faut point croire
que ce foit au ciel matériel & vifible que ces ohilofo-
phes adreffent leurs vœux , mais à l'Etre fuprème ,
créateur du ciel 6i de la terre, ^^oye^ Tien. Cepen-»
dant on affure que quelques-uns d'entr'eux admettent
un être intellediuel & incorporel qui gouverne la na-
ture , mais qu'ils diftinguent de Ion auteur , & qu'ils
regardent comme étant lui-même une produdion de
la nature. Selon eux cet être a été engendré par ^n &C
Jo ; deux puifiances diacrentes , dont l'une elî aclive,
6c l'autre pafîive ; l'une eft le principe de la généra^-
tlon, & l'autre de la corruption. Lçsjiurcïflcs croient
le monde éternel, mais que les hommes, les animaux,
le ciel & tous les élémens ont été produits par In 6c
Jo. Ces philofophes n'ont aucun temple , ni aucune
forme de culte ; ainfi que les lettrés chinois , ils font
des cérémonies en mémoire de leurs ancêtres , lûr
les tombeaux defquels ils offrent du riz & des vian-
des ; ils allument des cierges devant leurs images , 6c
donnent des repas Ibmptueux en leur honneur. Ils
regardent le fuicide non-feulenient comme permis ,
mais même comme honorable.
Les /ni toïfhs ont, ainfi que les lettres de h Chine,
une profonde vénération pour la mémoire & les écrits
de Confucius , 6c particulièrement pour un de i'cs li-
vres intituléy?//io, c'eft à-dire voie philoj'ophicju:., d'oii
l'on voit que leur fefte a tiré fôn nom ; elle étoit au-
trefois très-nombrcufc au Japon , 6c avoir beaucou^>
de partifims pai'mi les perfonnes lavantes & éclairées,
qui s'étotcnt détrompées des fiipcrftitions&: des re-
ligions abfûrdes du pays. Mais ces philofophes curent
à ciVuyer de la part des bon/cs ou des moines , des
calomnies & 4cs perlccutions qui les obligèrent d«
G s
2.'%4 s î X
fe conformer , du-moins extérieurement, ii l'idolâtrie
du Japon. I.e plus grand crime qu'on leur imputa ,
ctoit de tavoriler le Chriftianiiine , accusation la plus
terrible dont on puillc charger quelqu'un dans l'em-
pire japonois.
SINVA ,{Mythol.) divinité des anciens Germams
que l'on croit être leur Pomone. On la repréientoit
toute nue , avec de longs cheveux qui lui delcendoicnt
par derrière julqu'au ^^^ilicu des jambes; elle tenoit
d'une main une grappe de railin , &: de l'autre une
crofle pomme. royc^Grofl^r dans Ion /»/. Urine de lu
liijace ; Schoedlus , de dits Germanorum ; & dom Ber-
nard Montfaucon , tome IL de fon antiquité expliquée
purfi'^urcs. {D. J.) r' J 1
SIX , {Arithmét. ) nombre pair compote de deux
& de quatre , ou de deux fois trois , ou de trois fols
deux , ou de cinq &: un. Deux & quatre ïont fix ; trois
&: trois font/-v ; devix & deux font quatre , & deux
foQt/x ; cinq & un font/.v. Six fe marque de cette
manière en chiifres arabes 6 , en chiffres romains VI ,
& en chiffres françois de compte & de finance , de la
forte bj. Le Gendre. {^P. J.)
Six corps des MAUCKANDS , ( Corporation. )
On appelle à Paris les/.v corps des marchands , par
honneur , &: par une efpece de diffinûion , la drape-
rie , l'cpiçerie , la mercerie , la pelleterie , la bonne-
terie , & l'orfèvrerie , pour ne les pas confondre
avec ce grand nombre de communautés des arts &c
métiers , dont les maîtres de quelques-unes ont la
qualité de marchands , mais dans un rang bien inté-
rieur polir la richeffe & l'étendue du commerce.
J)iclionn. de Comm. {D. J.^
SIXAIN, f. m. dans CArt militaire , ctoit un ancien
ordre de bataille fuivant lequel fix bataillons étant
ranoés fur une ligne , on faifoit avancer le fécond &
le cinquième pour former Tavant-garde ; le premier
& le fixieme fe retiroient pour faire l'arrlere-garde ;
& le trolfieme & le quatrième reftoient en place pour
former le corps de bataille. Chambers.
Sixain, {Poéjie.) On appelle /xaf/z une ftance
compofée de fix vers. Nous avons deux fortes de/-
xains qui ont des différences affez remarquables : les
premiers ne font autre chofe qu'un quatrain auquel
on ajoute deux vers de rime différente de celle qui a
terminé le quatrain. Ltsjixains de cette efpece ad-
mettent deux vers de rime différente, folt devant,
{oit après , comme dans l'exemple fuivant :
Seigneur , dans ton temple adorable
duel mortel ejl digne d'entrer ?
dui pourra , grand Dieu , pénétrer
Dans cejéjour impénétrable ,
Où tes faims inclinés , (Fun œil refpeclueux.
Contemplent de ton front l'éclat majejhieux >
Rouffeau.
La féconde efpece de fîxains , affez commune &
fort belle , comprend deux tercets , qui ne doivent
jamais enjamber le fens de l'un à l'autre : il y doit
donc avoir un repos après le troifieme vers. Les deux
premiers y riment toujours enfemble , & le troifieme
avec le dernier ou avec le cinquième , mais ordinai-
rement avec celui ci
I. Exemple.
Renonçons au flérile appui
Des grands qu'on implore aujourd'hui ;
Ne fondons point fur eux une efpérance folle i-
Leur pompe indigne de nos vœux
N'ejl qu'un fimulacre frivole ,
Et les folides biens ne dépendent pas d'eux.
Rouffeau.
II. Exemple.
Je difois à la mùtfombre .'
O nuit ! tu vas dans tmi ombre
S I X
M'enfevelir pour toujours.
Je redijbis à l'Aurore ,
Le Jour que tu fais éclore
Efl le dernier de mes jours,
(Z). /.) Rouffeait;
Sixain , en terme de Layettier , eft une boîte qui en
contient cinq autres les unes dans les autres , & par-
conféquent de diverfés grandeurs.
Sixain , ( Mercerie. ) ce mot fe dit parmi les mar-
chands merciers des paquets compolés de fix pièces
de rouleaux ou rubans de laine. Il n'y a guère que
les rouleaux des numéros quatre &: fix qui loient par
Jixains ; on appelle auifi un fxain de cartes , un petit
paquet contenant fix jeux de cartes. (^D. J.)
SIX CENTIEMES , ( Hifî. mod. ) terme qui chez
les anciens Saxons, qui évaluoient les hommes, fi-
gnifioit une pcrfonne de la valeur de fix cens che-
lins; dans le tems que les Saxons dominoient en An-
gleterre , tous les hommes y étoient diftribués en trois
chiffes; favoir la plus haute, la plus boffe, & la
moyenne; de forte qu'une perfonne ayant reçu quel-
que injure , on proportionnoit la réparation à la va-
leur de l'offenfé , & à fa claffe.
Ceux de la plus baffe claffe s'appelloîent deux cen-
tièmes , c'eft-à-dire, des hommes évalués à deux cens
chelins; ceux de la moyenne s'appellerent^îx centiè-
mes , ou gens évalués à fix cens chelins ; ceux de la
plus haute s'appelloient dou\t centièmes y Comm& étant
évalués à douze cens chehns.
SIXENA , ( Géog. mod. ) village d'Efpagne , dans
l'Arragon , au comté de Ribagorça , fur la rivière
d'Alcana , à cinq lieues de Balbaflro , vers le couchant.
Long. \y. 47. latit. 41. 46",
Ce village eft remarquable par fon célèbre mona-
ftere de dames de l'ordre de faint Jean de Jérufalera;
il forme un grand bâtiment dans un lieu fpacieux, &
ceint de murailles comme une citadelle. Ce fut la
reine Sancha, femme d'Alphonfe IL roi d'Arragon,
qui fonda ce monaftere en 1 188 , & qui le dota ri-
chement. Après la mort d'Alphonfe fon mari , elle
s'y retira avec fa fille Douce ; elles y prirent toutes
deux l'habit , de même que quelques autres prin-
ceffes du fang royal. Blanche , fille de Jacques IL roi
d'Arragon, a été fupérieure du même monaflere , ÔC
c'cll un beau rang.
La fiipérieure a fon palais à part , richement orné:
quand elle meurt , on fait fes obfeques pendant fept
jours ; enfuite on rompt le fceau de fes armes. Les
dames d'Arragon & de Catalogne qui entrent dans
cette maiibn , doivent être d'une race fi ancienne ÔC
fi connue , qu'il ne foit pas néceffaire d'en venir aux
preuves de nobleffe ; les autres les font à la manière
des chevaliers de l'ordre de Jérulalcm.
Quand ces dames font au chœur, elles portent un
grand manteau & un fceptre d'argent à la main ; la
iupérieure confère tous les bénéfices cures de fes
terres , & donne l'obédience à tous les prêtres. Elle
vifite fon domaine avec les dames fes affiliantes , ôd
fe trouve aux chapitres provinciaux de l'ordre en
Arragon , 011 elle a féance & voix déUbérative. Elle
porte toujours la grande croix fur l'effomac, ce qui
la difi;ingue encore des autres dames. Je ne fâche
que l'abbêffe de Remiremont qui foit le pendant de
la fupérieure du monaftere de Sixena. ( D. J. )
SIXIEME, f. m. {Arithmétique.) c'eft la partie
d'un tout divifé en fix parties égales ; en fait de
frayions ou nombre rompu , de quelque tout que ce
foit , un fixieme s'écrit de cette manière j , & trois
fixiemes , cinq fxiemes , &c, ainfi |, |, &c. unfxii-
me vaut un demi-tiers; ainfi deux fixiemes font un
tiers, trois fixiemes la moitié ou un tiers èc demi-
I tiers; quatre Jixiemes font deux tiers ; cinq fixiemes
font deux tiers &C un demi-tiers , ou la moitié & un
tiers; 6c {ixjîxiemes font trois tiers qui elt le tout;
s I X
s I z
Icfixume àe vingt fols eft trois fols quatre deniers.
Le Gendre. (D. J.)
SIXMILEWATER ,{Géog. mod.) rivière d'Irlan-
de, dans la province d'Uliler ; elle arrofe le comté
d'Antrim , où elle fe jette dans le lac de Neaiigh. La
ville de Connor eft fituée à rembouchure de cette
petite rivière.
SIXTE, f. f. en Mujiqiie., eft une des deux confon-
nances imparfaites, appellée par les Grecs hexacor-
de , parce que fon intervalle eft formé de fix fons ,
c'eft-à-dire, de cinq degrés diatoniques. Il y en a de
quatre fortes : deux confonnantes & deux diflbn-
nantes.
Les confonnantes font i°. h^fixte mineure , com-
pofée de trois tons & de deux femi-tons majeurs ,
comme de mi à ut : fon rapport eft de ^ à 8. 2°. La
^xte majeure, compofée de quatre tons & un femi-
ton majeur, comme fol, mi : fon rapport eft de
13 f
3 a 5
Les Jîxtes diflbnnantes font 1°. la Jîxte diminuée ,
compofée de deux tons & trois femi-tons majeurs ,
comme ut dièfe , la bémol ; & dont le rapport eft de
125 à I9X. i°. Lajtxte fuperflue , compofée de qua-
tre tons, un femi-ton majeur, & unfemi-ton mineur;
le rapport de cette Jixie eft de 72 à 125.
Ces deux derniers intervalles ne s'employent ja-
mais dans la mélodie , 6c la Jîxte diminuée ne s'em-
ploye point noii plus dans l'harmonie.
Il y a fept accords qui portent le nom àejîxte : le
premier s'appelle fimplement accord de Jixte. C'eft
l'accord partait dont la tierce eft portée à la bafle ;
fa place eft lur la médiante du ton, ou fur la note fen-
fibîe. Le fécond s'appelle accord de Jixte quarte; c'eft
encore l'accord parfait dont la quinte eft portée à la
baffe ; il ne fe fait guère que fur la dominante ou fur
la tonique. Le troifieme eft appelle accord de petite
Jixte ; c'eft un accord de ieptieme , dont la quinte eft
portée à la baffe. La petite Jîxte fe met ordinaire-
ment fur la féconde note du ton & fur la fixieme.
Le quatrième eft l'accord àa Jîxte & quinte ou gran-
de yTx/e , qui eft encore un accord de feptieme, mais
dont la tierce eft poitée à la baffe ; li l'accord de fep-
tieme eft dominant , alors l'accord de grande fixte
perd ce nom , & s'appelle accord defaujf'e quinte ; la
^ranàe Jixte ne fe met communément que lur la qua-
trième note du ton. Enfin , le cinquième eft l'accord
àe Jixte ajoutée, qui eft un accord fondamental com-
pofé , ainfi que celui de grande Jixte , de tierce ,
quinte, Jixte majeure , & odtave, 6c qui fe place de
môme fur la tonique , ou fur la quatrième note du
ton. On ne peut donc diftinguer ces deux accords
que par la manière de les réfoudre fur l'accord lui-
vant ; car û la quinte defcend , & que la Jixte reftc
en place, c'eft l'accord de grande Jixte, 6c la baffe
fondamentale fait une cadence parfaite. Mais fi la
quinte refte 6c que la Jixte monte, c'eft l'accord de
Jixte ajoutée , 6c la baffe fondamentale fait une ca-
dence irréguliere. Or , comme après avoir frappé
cet accord, on eft maître de le fauver de l'une de
ces deux manières ; cela tient l'auditeur en fufpens
furie vrai fondement de l'accord jufqu'à ce que la
fuite l'ait déterminé ; & c'eft cette liberté de choifir
que M. Rameau appelle double emploi. Enfin , le cin-
quième accord de Jixte , eft celui de Jixte fuperflue ;
c'eft une efpece de [ictïtc Jixte , qui ne fe pratique
jamais que fur la fixieme note d'un ton mineur, def-
cendant fur la dominante ; comme alors la Jixte de
cette fixieme note eft naturellement majeure, on la
rend quelquefois fuperflue en y ajoutant encore un
dièfe. yojei au mot AccORD. (>S' )
Sixte , ( Jeu du ) le Jixte a beaucoup de rapport
au jeu de la triomphe : le nom de Jixte lui a été donné
parce qu'on y joue fix, qu'on donne fix cartes, 6c
que la partie va en fix jeux. L'on joue les cartes à
Tome X r.
\ ce jeu comme a la triomphe. Après être convenu de
ce qu'on doit jouer, on voit à qui mêlera , & celui
qui doit faire bat & donne à couper à fa gauche &
diftribue enfliite fix cartes à chacun par deux fois
trois ; après quoi il tourne la carte du fond qui lui
revient, & dont il fait la triomphe, lorfque le jeu
n'eft compofé que de trente-fix cartes , comme il doit
être ordinairement ; 6c lorfqu'on veut qu'il y ait un
talon , on joue avec les petites cartes; en ce cas, on
tourne la carte de deffus le talon qui fait la triom-
phe ; cela dépend de la volonté des joueurs. Le jeu
eft plus beau , & il faut plus de fcience à le jouer,
lorfqu'on le joue avec trente-fix cartes. Nous allons
donner quelques règles qui achèveront de donner
une intelligence plus complète de ce jeu.
Celui qui donne mal perd un jeu qu'il démarque,'
& remôle ; lorfque le jeu fe trouve faux , le coup
oii il eft découvert faux ne vaut pas , mais les précé-
dens font bons , 6c celui-là auffi fi le coup étoit fini,
6c les cartes brouillées : qui tourne un as marque
un jetton pour lui ; l'as emporte le roi , celui-ci la
dame , la dame le valet , & ainff des autres cartes
fuivant leur ordre naturel.
Celui qui joue jettant une triomphe , ou telle au-
tre carte que ce foit , on eft obligé d'en jetter ft on
en a; finon on renonce , & l'on perd deux jeux dont
on eft démarqué , ff on les a ; ou on le fera d'abord
qu'on en aura de cette partie.
Celui qui jette d'une couleur jouée doit lever, s'il
eft poffibie , la carte la plus haute jouée ; autrement
il perd un jeu qu'on lui démarque ; celui qui fait trois
mains marque un jeu; ff deux joueurs ont fait cha- -
cun trois , c'eft celui qui les a plutôt faites qui mar-
que un jeu. Si tous les joueurs avoient fait une main
chacun , celui qui auroit fait la première marqucroit
le jeu; de même que quand le prix eft partagé par
deux rnains, celui qui a le plutôt f es deux mains mar-
que le jeu.
Celui qui fait feul fix mains gagne la partie : voilà
de quelle manière fe joue le jeu de Jixte : celui qui
eft le premier en carte a l'avantage , puilqu'il com-
mence à jouer la carte qui lui eft plus convenable.
SIZALISCA , ( Géog. mod. ) rivière de Grèce ,'
dans la Livadie, anciennement ^///?«i. Elle a fa four-
ce près des ruines de Delphes , 6c fe décharge dans
le golfe de Salona , qui eft une partie de celui de Lé-
pante. {D.J.)
SIZETTE , JEU DE LA, f. f. ce jeu eft peu com-
mun à Paris , 6c cependant c'efl un des jeux de cartes
les plus amufans ; il demande beaucoup de tranquil-
lité & d'attention.
L'on y joue fix perfonnes , ce qui lui a fait don-
ner apparemment le nom dejfiiette; l'on joue trois
contre trois placés l'un entre l'autre alternativement,
c'eft-à-dirc qu'il ne faut pas qu'il y ait deux joueurs
d'un même parti l'un contre l'autre ; le jeu de cartes
avec lequel l'on joue, eft detrentc-fix cartes, depuis
le roi , qui eft la première , jufqu'au fix.
Comme il eft avantageux d'être premier , on voit
à qui fera , à l'ordinaire ; celui qui mêle donne à
couper à fa gauche, 6c difbibue enfliite par fa droi-
te , fix cartes en deux fois , & jamais autrement ,
puis tourne la dernière carte, qui efl celle de triom-
phe ; après quoi, ceux qui ont la main , c'eft-à-dire
qui font premiers à jouer , examinent bien leur jeu,
que l'un des trois doit gouverner , quoiqu'il foit per-
mis à chacun de dire fbn fcntimcnt ; celui donc qui
«gouverne le jeu, demande à chacun ce qu'il a , 6c
c . ' . , . ... ! ' .
après qu'il eft informé de leur jeu, il fait jouer celui
qui eft à jouer, par la carte qu'il lui indique; quand
elle eft jouée,ceux du parti contraire qui n'ont encore
rien dit , fe demandent leur jeu , 6c puis celui de
ce parti qui eft à jouer , fournit de la couleur qu'on
joue, s'il en a, ou coupe s'il eft à propos, ëcs'il
V
a3^
S I z
leur demande , ann deie cacner aux aavciiairti, tx.
de ne pas expliquer les renonces que l'on peut avoir,
fans y être obligé par celui qui gouverne , qui ne
doit découvrir 'le ieu qu'à propos. L'expérience &
n'en a pas : car on n'y eft pas obligé , & ce font ceux
qui tont les trois premières levées , qui gagnent le
jeu; ceux qui les font toutes fix , gagnent le double.
L'habileté du joueur coniille A favoir le jeu que fes
adverlaires ont , ians le faire trop expliquer , & de
retenir avec foin la déclaration que chacun d'eux a
faite de fon jeu , pour s'y conformer ; cela regarde
ceux qui gouvernent les jeux , <k les autres joueurs
doivent faire attention à ne rien dire que ce qu'on
leur demande , aHn de le cacher aux adverfaires,&
de
fa
doit découvrir le jeu qu'à propos. L'exp(
l'ufage apprendront ce jeu à ceux qui le joueront ,
ils y prendront beaucoup de plaifir. Voici quelques
règles qui pourront les aider. Loriquc le jeu elt faux ,
le coup cit nul , & les précédens font bons.
S'il y a une carte tournée , l'on remele; celui qui
au-licu de tourner la carte du deffous , qui dcvoit fai-
re la iriomphc , la joint à les autres cartes , perd un
jeu , &c remêle ; celui qui donne mal , de même ;
celui qui tourne une carte de l'un de fes adverlaires,
en donnant, perd un jeu, & reméle.
Celui qui renonce perd deux jeux , ou ne joue
plus , mais on remêle comme fi le coup fe fût joué.
Celui qui ne coupe pas une couleur dont il n'a
point, &C qu'il pourroit couper , ne fait point faute ,
dans quelque cas que ce puilTe être.
D'abord que la carte elf lâchée fur le tapis, elle efl:
cenfée jouée.
Loifque deux des joueurs ont leur jeu étalé fur
la table , il finit ncceffairement que le troifieme étale
au/n le lien , pendant que le coup fe joue.
L'on ne fauroit changer de place pendant une par-
tie , ni même pendant plufieurs ; l'on ne peut point
faire couper qu'à gauche ; celui qui donneroit devant
fon tour, s'il avoit tourné, le coup feroit bon , mais
s'il n'avoir pas tourné , il feroit tems de faire mêler
celui qui le devroit de droit ; on ne peut donner les
cartes que par trois.
Celui qui a joué avant fon rang , ne peut point
reprendre fa carte, à moins qu'il n'ait pas jette de
la couleur jouée , & dont il pouvoit fournir , dans
ce cas il perd un jeu , & le coup le joue ; ceux qui
quittent la partie avant qu'elle Ibit Hnie, la perdent.
Celui des joueurs qui tourneroit une ou plufieurs
levées des advérfaircs , perdroit un jeu.
Lcrfqu'un joueur faitune faute , ceux du même par-
ti doivent la liipporter; ceux qui n'ont pas de points
à démarquer pour leurs fautes , les adverfaires les
marquent en leur faveur.
SIZE, f. f. ( Jouai/lier. ) eft un inftrument dont
on fe Icrtpcur trouver le poids des perles fines fron-
des, yojei Perles.
Il confiff e en cinq plaques ou feuilles d'ctain , d'en-
viron deux pouces de long , & un demi pouce de
large , attachées cnfemble par un bout avec un clou
rivé ; chacune de ces plaques efl percée de plufieurs
trous ronds , dedilférens diamètres ; ceux qui font à
la première plaque fervent à pefer les perles, depuis
•j grain jufqu'à 7 grains ; ceux de la féconde font faits
, pour pefer les perles depuis 8 grains , ou 2 carats ,
jufqu'à cinq carats , &c. &c ceux de la cinquième ,
pour les perles depuis 6 carats '- jufqu'à 8 '.
SIZUN , ISLE , {Géog. mod. ) petite île de Fran-
ce , fur la côte de Bretagne , au diocèfe de Quimper,
à trois lieues de la terre ferme. Elle efl à fleur d'eau,
d'un accès difficile , expofée à tout moment à être
fiibmergée, d'ailleurs prefque flérile ; & cependant
la liberté qu'on y relpire , fait qu'elle efl habitée
par des gens qui le contentent pour toute nourriture,
d'orge , de poiflbn , & de racines.
O Liberty ! thou goddcfs hiaviily br'ight !
Profufi ofblifs y and prcgnantwitkdcH'^lu t
S K. I
T'm poverty looks chcarful in thy Jight.
ThoiimalCjî thc gloomy faa of nature gay,
Givji beauty to tke /un , and pUafure to thc dayi
S K
SKAGEN , ( Gcog. mod. ) lac de Suéde , dans là
province deVcrmeland, à l'orient du lac^yaner,
dans lequel il fe décharge. ( Z>, /. )
SKAR , ou SCARA , {^Giog. mod. ) ville de Sué-
de , dans la Weftrogothie , fur la rivière de Lida , à
deux lieues au midi du lac Waner. On croit que Sca-
rin , roi des Goths, la fonda , ôi elle devint la réfi-
dence de fes fuccefleurs. Long. 3 /. jijI latlt, 58. i5é
SKARE-FIELD , ou DAARE-FIELD , ( Géog.
mod. ) montagne de la Norv/cge , aux confins de hi
Suéde. Ces montagnes ont comme les Alpes & les
Pyrénées , diveries branches qui fe répandent à l'o-*
rient & à l'oueii; elles font perpétuellement couver-
tes de neige, & ne produifent que de grands fapins
pour des planches , & des mats de navires. (Z). /.)
SKIODOW , {Gcog. mod.') montagne d'Angle-»
terre , dans la province de Cumberland, Elle paffe
pour la plus haute montagne d'Angleterre , comme
celle de Scruffcl , qui elt vis-à-vis , efl eftimée la
plus haute d'Ecoffe. (D. J.)
SKIE , ( Géog. mod. ) île de la mer d'Ecoffe , une
des Weflernes, au midi de la provirice de Rots. Oa
lui donne 42 milles de longueur, & 12 milles dans
fa plus grande largeur ; elle n'efl féparée du conti-
nent de l'Ecoife, que par un petit détroit. Ilyadans
cette île , quinze golfes &c cinq bonnes rivières , oii
l'on pêche du hareng & des faumons ; fon terroir
produit beaucoup de blé, & oa y nourrit de nom-
breux troupeaux. ( Z>. 7. )
SKINOSA , ( Géog.mod. ) île , ou écueîl de l'Ar-
chipel , à huit milles de l'île de Chéiro , & à douze
milles dé Naxio ; cet écucil qui a environ douze mil-
les de tour , & qu'on a abandonné, efl apparamment
l'île Skimefa , que Pline , /. If^, c. xi/, marque près
de Naxos & de Pholegaudros. Les Grecs ne doutent
pas que cette île n'ait pris fon nom des Léntifques ,
<^X"'^^i lentij'cus ., dont elle efl couverte, quoique cet
arbre ne foit pas plus commun dans Skinoj'a , que
dans les îles voifines. Une relie dans Skinofa que cleS
mafures d'une ville ruinée , Sf parmi lefquelles on
ne voit rien de remarquable. La férule des anciens
croît en abondance dans cette île. ( Z>. 7. )
SKIPTON , ( Gcog. mod. ) ville à marché d'An-
gleterre , dans Yorckshire , près de la rivière d'Ar,
fur le chemin d'Yorck & Londres. Elle eft environ-
née de bois ; on a trouvé dans fon voifinage une
fontaine falée & foufrée. ( Z). /. )
SKiRIA , f. f. pi. ( Jnc. grec. ) fête de Bacchus ,
qui fe célébroit tous les ans à Aba, en Arcadie. Dans
cette fête une de leurs coutumes étoit de fufliger des
femmes à l'autel du dieu , comme on fufligeoit de
jeunes enfans à l'autel de Diane Orthia, chez les
Spartiates. ^A/V/Vz vient de ma.., ombre , parce que la
flatuede Bacchus étoit portée dans une efpece de ta-
bernacle , ou de niche, qui latenoit à couvert du
folcil. (D.J.)
SivlRRHS, 1. m. terme de Chirurgie; tumeur con-
tre nature qui a effentiellement cinq carafteres qui
en font par conféquent autant de fignes paîhogno-
m.oniques. Il ell 1°. dur & renitent ; 2°. indolent;
3°. fans changement de couleur à la peau ; 4°. fans
chaleur; 5°. il fe forme peu-à-peu & par une congef-
tion lente. Cette tumeur tire fon nom du mot grec
skirrhos, qui fignifîe proprement w/z morceau de marbre.
Le skirriic cil formé par l'amas de fucs blancs lym-
phatiques endurcis , cette mauvaife difpofition de la
lymphe vient de l'ufage d'alimens groffiers ou coagu-
Ians , de la vie oifiyc ou fédentaire , des foucis con-
SLA
O ij j[\
tînueis èc chagrins violens , du froid extérieur èc de
quelques levains étrangers capables d'épailfir les hu-
meurs , tels que les virus veroliqucs , Icrophuleux ,
L'épaiffiffement particulier des humeurs recré-
inenticiellcs dans quelque vil'cere, y produit des tu-
meurs skirrheufes : la bile épailTie caui'e un skirrhe
dans le tbie ; le lait grumclé dans les mamelles ; la
femence dans les telticules ; le chjde dans les glan-
des du mefentere ; la lymphe dans les glandes con-
globces , &c. Les coups ou contufions lonr des eau-
lés externes d'engorgement lymphatique , que la ré-
forption de la lérolité qui lert de véhicule à la lym-
phe , tait endurcir 6c dégénérer en skirrhe. Le skir-
rhe peut être édémateux , phlegmoneux , ou can-
céreux. Foye[ks mots ŒdÉME , PHLEGMON &
C AN CER.
Le vrai skirrhe eu incurable , parce qu'il n'eft pas
fufceptible de réfolution. Les remèdes fondans 6c
réfolutifs, tant intérieurs, qu'extérieurs, en don-
nant de l'aéHon aux vaifléaux , les feroient fe brilér
contre la maffe skirrheule , & précipiteroient la dé-
génération en cancer*
Il y a beaucoup de tumeurs skirrheufes , dont l'hu-
rneur eft encore lujette à être détrempée & délayée,
ôc qui par conféqi'ent font réfoiubles. Pour entre-
prendre avec prudence la réfolution du skirrhe , il
faut obferver ii la confîitution du lang eft vifqueule
&gluante; ou fi elle eftfalée, acre, &muriatique.
Dans le premier cas , on employé les apéritifs &
les fondans d'abord à des dofes très-legeres , pour ne
point exciter inconlidérement des mouveinens vio-
lens dans l'humeur; tels font les préparations apéri-
tives de Mars ; les fels fondans , comme Varcanum
duplicatum ; le fel fixe de tartre. Quelques prépara-
tions mercuri elles , comme l'aquila alba , l'œthiops
minerai. Les gemmes fondantes , telle que la gom-
îne ammoniaque ; les pilules de favon , qu'on peut
rendre plus a£iives avec les cloportes 6l le diagrcde.
Extérieurement les cataplaimes émolliens & réfo-
lutifs , les fumigations avec le cinabre & le florax ,
ou avec le vinaigre jette fur des briques rougies au
feu,les emplâtres de cigué , de vigo,diabotanum, &c.
Mais fi la conftitution du lang eft acre , il faut fe
fervir avec la plus grande circonipedion des fondans,
& en adoucir l'adion en ulant de tems-en-tcms de
remèdes purement délayans , humeélans & rafrai-
chifl'ans , comme les bouillons avec le poulet ou le
Veau , & les plantes rafraichiiTantes ; les bains & de-
mi-bains , le petit-lait, les eaux minérales ferrugineu-
fes , Se le lait d'âneffe.
Si le skirrhe elf douloureux , ou qu'il ait de la cha-
leur, il faut éviter extérieurement toute compofition
emplaflique , capable d'attirer des accidens, en aug-
mentant le mouvement de l'humeur ; à moins qu'on
ne penfe qu'il devient phlegmoneux , & qu'il le dif-
pofe à fuppurer ; mais ces apparences font très-luf-'
pedes dans les parties où fe forment ordinairement
les cancers.
Le régime doit être extrêmement exaft ; il faut
éviter les alimens échaufFans , & toutes les pafTions
de l'ame. Foye^ le Traité des tumeurs , par M, AllrUC.
in
SKULA , (^Géog. mod?) montagne de Suéde , dans
l'Angermanie , près du golphe de Bothnie, entre les
rivières d'Hufa & d'Angerman ; elle elt extrêmement
haute & fi droite , qu'elle femble menacer ruine*
(Z).7.)
SKYROS , {Géog. anc") voyei ScYROSj
S L
237
Sî
ïLARODE ou SLOBODE , f. f. {Hifl. mod.) c'eft
ainfi qu'on nomme ù Mofcou , Petersbourg & dans
les autres villes de l'empire Ru/Tien , Im fauboura
defliné aux étrangers. On dit lajlahode des allemands
lajlaùode des tartares , &c. ce mot qui eu. efclavon
fignifie nnefanchife , à caufe des privilèges accordés
aux étrangers qui viendront y demeurer. En Sibérie
& aux environs de Tobolskoy ; on nomme Jlabode ^
une enceinte environnée d'une muraille de bois qui
ell prefque la feule fortification que l'on connoiffe
dans ce pays , pour fe mettre à couvert des courfes
des Tartares , non foumis à la Rufîie.
SLABRES , f f. (^Marine.') petites bûches qui vont
à la pêche du levant;
SLAGE ou SLAGLŒN , {Gêog. mod.') petite villa
d'Allemagne , dans la Poméranie , au duché de Wan-
dalie , lur le Wipper , à quelques lieues au-defïïis de
Rugenwalde. Long. 34. 16. lut. 64. 37. (Z). /.)
SLAGEL , SLAGELS , SLAGEN , ( Géogr. mod.)
bourg du Danemarck j dans llle de Selande , & lé
chef-lieu d'une préfeâure , Slagels Herrit , à laquelle
il donne Ion nom. (Z>. /.)
SLAINE , {Gêog. mod.) rivière d'Irlande ; elle a fa
fource dans le comté de Sv^icklo, 6c va fe décharger
dans la mer d'Irlande , à Wexford. 11 eft plus vraif-
femblable que le Modonus Flavius de Ptolomée eft la
Liife qui coule à Dublin , que la S laine. (Z?. /.)
SLANTZ A , ( Hifl. nat. Botan. ) petit arbufte qui
croît abondamment dans la peninfule de Kamtfchat-
ka. On dit qu'il eft de la nature du cèdre , excepté
qu'il eft beaucoup plus petit , & qu'au lieu de s'éle-
ver en l'air , il rampe à la furface de la terre. Ses cô-
nes ou fes pommes ne font que de la moitié de là
grandeur de celles du cèdre ; les habltans àw pays les
mangent j elles font fort aftringentes , & paftent
pour un grand remède contre le fcorbut : pour cet
effet , on les fait bouillir dans de l'eau, & les mate-
lots ruffes en ont éprouvé l'efficacité.
SLAVE , LA , (^Géog. mod. ) rivière de la Daîma-
tie. Elle paffe à Caftelnovo , & fe jette dans le golfe
de Venife , au-deffous de la ville de Ragufe. (Z). /.)
Slaves , les , ( Gêog. anc. ) SUvi , anciens peU"
pies de la Sarmatie , qui avec les Venedes , s'établi-
rent dans la Germanie , entre l'Elbe & la Viftule ; les
peuples de tes quartiers ne fe trouvant pas en état
de leur faire tête , à caufe qu'ils étoient épuifés pai?
les grandes migrations qui s'étoient faites.
On ne fait pas au jufte le tems où les Slaves s'em-
parèrent des terres des Germains. Jornandès & Pro-
cope font les premiers auteurs qui ayent parlé des
Slaves. On lit dans le premier auteur , que l'invafioa
des Venedes fe fit à la fin du cinquième fiecle, & l'oa
apprend par Paul Diacre qu'à la fin du fixieme fie-
cle , les Slaves avoient pénétré dans l'intérieur de la
Germanie. Du tems de Dagobert I. roi des Fran-
çois , les Slaves firent irruption dans la Thuringe &
dans la France Trans - Rhénane , où ils mirent tout
à feu & à fiing. 11 paroît qu'alors ils habitoient dans
la Luface , & dans les terres du haut & du bas-Elbe.
Nous avons les noms d'une partie des peuples qut
compofoicnt la nation des Slaves. De ce nombre font
les Antes , les Slavi Behemani ( Bohèmes), les Maha-
renfis ( le duché des Bohèmes ) & les Slaves Sorabes ,
qui hu!)itoient entre l'Elbe & la Sala , aux confins des
Thuringiens &C des Saxons. Enfin , les annales de
l'empereur Louis le Débonnaire nous apprennent ,
qu'à la dicte de Francfort , ce prince reçut les ambaf-
fadeurs & les préfens que lui envoyoicnt les Slaves
orientaux ; favoir, les Obotrites, lesSorabes, les W'il-
zes, les Béhémans, les Marrtani , les Prccdcnccentcni.
& les Avaresdela Pannonic. On met encore au nom-
bre des Slaves , les Luci/iens , les Rcdaricns , les Si-
léfiens, lesPolonois, les HavcUiens, lesPomcraniens^
les Cailùbiens , les "Wagriens , les Rugicns.
Les Antes & les Sclavons , dit Procope , Bell, got/u
l. ni. c. xiv. n'obéiftent pas à un roi : mais ils vivent
238
SLA
S L E
tlepuis long-tems fous un gouvernement populaire ,
& dc-libcrcnt publiquement de tout ce qui concerne
leurs intérêts. Ces deux peuples obfervent les mô-
mes moeurs ; ils ne reconnoiflcnt qu'un Icul Dieu qui
a crée le monde , & qui lance le tonnerre : & ils lui
facrihent des bœufs & d'autres viftimes. Bien loin de
faire dépendre la vie des hommes de la dciVmée , ils
n'avouent pas feulement qu'il y en ait ; mais lorlqu'ils
fe voient en quelque danger , foit par la violence
d'une maladie ou par le fort des armes , ils promet-
tent d'immoler une victime quand ils en feront échap-
pés , &: ils ne manquent pas d'y fatisfaire ; alors ils
croient tenir leur vie de la mort de la vidimc. Ils
rendent auflî des honneurs aux rivières , aux nym-
phes 6c à d'autres divinités , & ils leur préfcntent des
iacrihces , d'oii ils tirent des préfagcs de l'avenir. Ils
habitent dans de miférables chaumières , éloignées
les unes des autres , 6c dont ils diangent fouvent ; ils
font la guerre à pié , tenant en leurs mains de petits
boucliers , & de petits dards ; ils ne portent point de
cuiraiVes , quelques uns mêmes ne portent ni tuni-
cjue , ni manteau : mais ils fe couvrent d'un haut de
chaulTe, lorfqu 'ils marchent contre l'ennemi. Ils par-
lent tous la môme langue , & ont une taille & une
mine toute femblable. Ils font grands & robufles ; la
couleur de leur vifage n'cll pas fort blanche , ni celle
de leurs cheveux fort blonde : elle ne tire pas auffi
fur le noir , mais plutôt fur le roux. Leur manière de
vivre eft miférable comme celle des Maflagetcs , tou-
jours dans la crafle. Leur efprit tient beaucoup de la
fimplicité des Huns , aufîi-bien que du refte de leurs
mœurs ; tel eft le récit de Procope , mais il fe trompe
s'il a cru que tous les Slaves vivoient fous un gouver-
nement populaire ; car les Slaves Maharenfes , les
JSlaves Bohèmes , les Slaves Wilzes, & les Slaves Obo-
trites étoicnt fournis à des rois ou chefs.
Les Slaves ou Sclavons pafl'erent le Danube fous
l'empire de Juftinien , Se inondèrent l'Illyrie , où ils
prirent des forts , qui jufqu 'alors avaient été eflimés
imprenables. Ils fe bornèrent quelque tems à des
courffS paflageres ; mais à la fin ils établirent dans
l'Illyrie une demeure plus fiable que dans leur pro-
pre pays. Ils donnèrent cntr'autres leur nom à cette
partie de la Pannonie , qui eft entre la Save 6c la
Drave , qui hit appellée de-là , Pannonu Slavienne ,
& qu'on nomme encore préfentement Efclavonie.
{D.J.)
SLAUKAW , ( Giog. mod. ) petite ville delahaute-
Pologne , au palatinat de Cracovie , à deux milles
d'ilkufch. Il y a dans fes environs quelques mines de
plomb mêlé d'argent. (Z?. 7.)
SLÉE , f. f. ( Marine. ) forte de machine , avec la-
quelle les Hollandols tirent à terre un vaiffeau , de
quelque grandeur qu'il foit. Voici la defcription de
cette machine , tirée de l'architefture navale de M.
Witlen. C'efl une planche d'environ un pié & demi
de largeur , & dont la longueur eft égale à celle de
la quille d'un vaiffeau de moyenne grandeur. Elle
eft un peu élevée par derrière , 6c un peu creufe au
milieu ; enforte que les côtés s'élèvent en talud. Il y
a dans ces côtés des trous pour y pouvoir pafler des
chevilles , & le relie eft tout uni. Derrière eft v.w
crochet , qui reçoit une crampe avec une chaîne de
fer , qui eft attachée à une petite machine , où il y a
un certain nombre de poidics.
Pour faire ufage de cette machine ,on la met fous
la quille du vaiffeau , & on l'attache k côté par der-
rière avec des crocs ; de forte qu'elle eft droite fous
la quille. On la lie enfuite avec le vaiffeau forte-
ment , par le moyen des trous qui font dans les cô-
tés : on met un gros barreau par -derrière dans le
creux qui eft contre l'étambord , & on l'arrête par
le moyen d'une cheville qu'on met dans le trou qui
eft à ce creux , & qui paffant de-là dans celui qui eft
à l'extrémité de la planche , entretient fermement
l'étambord.
Les chofes étant en cet état , & ayant graiffé ÔC
la machine , & la forme lur laquelle elle eft appuyée ,
un homme , à l'aide des poulies 6c des cabeftans ,
amené ou tire à lui un vaifleau.
SLEGO , ( Géog. mod. ) petite ville d'Irlande ,
dans la province de Connaught , capitale du comté
de môme nom , 6c la feule place remarquable de ce
comté. Elle a le privilège de députer au parlement
d'Irlande , 6c de tenir marché. Elle eft défendue par
un château , & a un affcz bon port , mais d'un accès
difficile , à caufe d'une barre de fable qui letravcrfe.
Long. cj. 20. latit, 64. ij. (Z). /.)
SLEIDEN , ou SCHLIDEN , ( Géog. rno^.) petite
ville d'Allemagne , dans le duché de Juliers ; elle eft
un chef-lieu du comté de même nom , & a une cita-
delle pour fa défenle.
Stunnlus ( Jean ) , philologue du xvj, fiecle, na-
quit à Sleïden en 1507 , 6c mourut en 1589 , à Bi
ans. Les meilleurs de fes ouvrages font fes notes fur
la rhétorique d'Ariftote Se fur Hermogene. Le P. Ni-
ccron a fait l'article de ce favant dans fon hif-
tolre des hommes illuftres. Il ne faut pas le confondre
avec Sturmius ( Jean ) , né à Malines , ni avec Stur-
mlus ( Jean-Chrlftophle) , né dans le duché de Ncu-
bourg , tous deux mathématiciens Se connus par des
ouvrages en ce genre. (Z?. 7.)
SLESWICK , ou. SLESWICH , ( Gèog. mod. )
ville de Danemarck , capitale du duché de même
nom , fur le golphe de Slie , à 6 milles d'Allemagne
de Kiel , 1 1 de Gluckftad , i 5 de Hambourg , i 7 de
Lubeck. Elle eft grande , mais fans fortifications , &
n'ayant d'autre églile dans fon enceinte que la cathé-
drale, où l'on voit les tombeaux des anciens ducs de
Slifwick. Son évêché eft fuffragant de Lunden. Cette
ville a perdu fon état floriffant , par les malheurs de
toute efpece qu'elle a éprouvés confécutlvement ôc
qu'elle n'a pu éviter à caufe de fa fituation , qui fe
trouve fur les frontières des Danois , des Saxons 6c.
des Suédois , peuples qui fe font toujours fait la guer-
re , 6c qui tour-à-tour ont pris , pillé , brûlé cette
malheureufe ville. Long. 4^. 2. latït. 34.33. (-^- -^O
Sleswick , duché de , ( Geog. mod. ) pays de Da-
nemarck , qui eft proprement le Jutland méridional.
Ce pays a le nord-Jutland pour bornes au Septen-
trion,la mer Baltique à l'orient, le Holftein au midi,
& l'Océan au couchant. Sa longueur eft de quinze
milles germaniques , 6c fa largeur à-peu-près de dix.
Il eft arrofé d'un grand nombre de rivières , qui
n'offrent dans fa partie occidentale que prairies 6c
pâturages ; fa partie orientale confifte en de grandes
plaines , qui abondent en toutes fortes de grains.
Ce duché eft une ancienne dépendance du royau-
me de Danemarck. Il eft partagé en plufleurs baillia-
ges tous fort peuplés , 6c dans Icfquels on compte
quantité de vdlages , quelques fortereffes , & qua-
torze villes ou bourgs. Slejwick en eft la capitale. La
noblcffe de cette province eft divifée en ^quatre cer-
cles,dont le premier eft celui d'Haderileben: les trois
autres font ceux de Tondern , de Flensbourg 6c de
Gottorp.
C'eft dans un village de ce dernier cercle , qu'eft
né Kunckel(^]fAn^^ célèbre chlmifte duxvij. fiecle,
mort en Suéde en 1702. Il fe rendit fameux par hs
nouvelles inventions , 6c particulièrement par celle
duphofphore d'urine, dont quelques-uns néanmoins
lui ont difputé la découverte. Les principaux ouvra-
ges qu'il a publiés font, 1°. fur l'art défaire le verre;
1°. ohfervanones difalihus fixis , & voUtUibus , aura
& argento poiabili ; nec non de colore metallorum mi-
neralium f 6cc. Lond. 1678, in-8°. Ce dernier ou-
vrage avoit d'abord paru en allemand à Hambourg
en 1676; 3°. plufieurs obfervatjons chimiques du
s M A
même auteur ont été répandues dans les mémoires des
€urieux de la nature. CD. /.)
SLEW-BLOEMI , ( Géog. mod. ) montagnes d'Ir-
lande , dans la province de Leiniter , au Quéens-
County. Elles donnent la lource à trois rivières , le
Barrow , la Shure & la Nure. (Z?, /.)
SLEW-GALEN , ( Gcog. mod. ) montagnes d'Ir-
lande , dans la province d'Ulfler , au comté de Ty-
rone. Ce comté ei\ divifé en deux grandes parties par
des montagnes qui le traverf'ent dans fa longueur.
Ces montagnes ont quelques mines de fer , & don-
nent la fource à diverfes petites rivières , qui coulent
vers le lac de Neaugh. (Z>. /.)
SOLDADIA, ow^SOLDAIA , ( Géog. mod. ) ville
fur la côte de la Tartarie-Crimée , entre la ville de
Caffa & le cap Jukermen. Cette petite ville efl prife
pour l'ancienne Lagyra. (^D.J.^
SLOANE ,(. ï. (^ Hijl. nat. Botan. ") jloana , genre
de plante dont la fleur eit ou monopétale en forme
de cloche profondément découpée , ou fans pétales
& compofée de plufieurs étamines , au milieu def-
queiles s 'élevé un piftil, qui devient dans la fuite un
fruit rond , membraneux & hériflé de pointes. Ce
fruit s'ouvre en quatre parties , & contient des fe-
mences oblongues , renfermées dans une lo^e char-
Fil . ^-^ ^
nue. Plumier , nova plant, amer. gcn. Foye^^ Plante.
SLOBODA , ( Géog. mod. ) ville de l'empire Ruf-
fien , dans la province de Wiarka , fur la rive droite
delà Wiarka , au-defTous de Orlo. (Z>. /. )
SLONIM, ( Géog. mod. ) petite ville du duché de
Lithuanie , au palatinat de Novogrodeck , capitale
d'un diiiriâ: de même nom , fur la rive gauche de la
Sezara. Long. ^^, lo. latit.Si. ^o. ( D. J. )
SLOOTEN , ( Géog. mod. ) petite ville des Pro-
vinces-Unies , dans la Frife , capitale du Weftergoo,
fur le lac nommé Slooter-meer , à une lieue du Zui-
derzée , & à trois de Sneek. Cette ville efl marchan-
de , bien peuplée ; elle a pour fa défenfe un fofTé
rempli d'eau , des remparts & cinq baftions. Son ter-
roir eft fertile en froment & en pâturages. Long.
2:^^.7. hùt. 62.3. {D.J.)
SLUCZK , ( Géog. mod. ) ville de Pologne , dans
le grand duché de Lithuanie , au palatinat de Novo-
grodeck, capitale du duché de même nom ,fur la ri-
vière de S/ucik. Elle eft toute bâtie en bois , à l'ex-
ception de quelques édifices publics & du palais du-
cal. Long. 43. J<y. lacit. 5y. 37. (^D.J.)
SLYE , ou SLIE , ou SLEY , ( Géog. mod. ) rivière
de Danemarck , dans le Jutland méridional. C'efl
proprement un golphe de la mer Baltique , qui entre
dans les terres , & qui eft beaucoup plus long que
large. Il a cinq milles de longueur , depuis fon em-
bouchure jufqu'à Gcttorp. On y pêche tovite forte
de poifTons ; mais l'embouchure eli fermée par du
fable , de la vafe & des pierres , enlbrte qu'il n'y a
pas affez de fonds pour l'entrée des grands vailléaux.
iD.J.)
S M
SMALAND , ( Géog. mod. ) ou Gothie méridio-
nale, province de Suéde , dans la partie méridionale
de la Gothie. Elle eft bornée au nord par l'Oftrogo-
thie , au midi par la Schone & par le Bleczing , au
levant par la mer Baltique , & au couchant par la
Weftrogothie. On lui donne environ quarante lieues
du levant au couchant , 6c vin^t-cinq à trente du
midi au nord, le long de la côte. Elle eft partagée en
plufieurs territoires , ou en continent & en îles. Cal-
mar eft fa capitale. {D.J.)
SMALKALDEN , ( Géog. mod. ) les François
écrivent SmaUalde , ville d'Allemagne , dans le cer-
cle de la haute Saxe, au comté de Henncbcrg , &:
comprifc dans le cercle de Franconie , à un mille de
la "Werra , à fix au fud-ouefl d'Erford. C'cft la plus
S M Ë
^39
confidérable de la principauté deKenneberg & elle
appartient aujourd'hui au prince de Heffe-CafTel
Cette ville eft renommée dans l'hiftoire par les con-
fédérations que les princes proteftans y firent eà
^530 > ^i 537 & I 540 » pour la défenfe do. leur reli^
gion; d'où la guerre qu'entreprirent contr'eux Char-.
les-Qumt & fon frère Ferdinand , fut appellée la
guerre fmalcallque , dont l'on fait l'événement. Long,
28. 47. lat'u. 61. C).
Cdlarius ( Chnftophle) , l'un des plus favàns hom-"
mes de (on pays , naquit à Smalk.ilden en 1638 , &
mourut à Hall en Saxe en 1707 à G'i ans. Il a donné
un grand nombre d'ouvrages , & a procuré la réim-
preftion de plufieurs auteurs anciens ; mais entre fes
ouvrages , aucun ne lui a fait plus d'honneur que fa
géographie ancienne & moderne , dont on a fait plu-
fieurs éditions. On trouvera le catalogue de fes œu-
vres , avec des remarques , dans le P. Nicéron , tom-,
F.p.zy;^.&Jmv.{D.J.)
SMALTE , ( Qiimie & Méiall. ) nom que l'on
donne aflez fouvent au verre coloré en bleu par le
cobalt. Foyei ^'^''^- Saffre.
SMARAGDO -PRASE , f. f. ( Gram. Mift. nat:
Lytholog. ) forte de pierre précieufe , qui tient le mi-
lieu entre l'émeraude & la prime d'émeraude. Elle
eft verte ; elle a un peu plus de jaune que l'émerau-
de ; elle eft prefque opaque , rarement tranfparente.
On la. regarde ou comme une faufile émeraude , ou
comme une efpece de pierre néphrétique.
^ SMARAGDUS , mon s , {Géog. anc.) montagne
d'Egypte , fituée , félon Ptolomée , /. IF. c. v. fur la
côte du Golfe arabique; c'eft peut-être dans cettô
montagne qu'étoient les mines d'émeraudes dontHé-
liodore parle fi fouvent. ( Z>, /. )
SMARTA , {Hifi. mod.) nom d'une feue de prê-
tres ou bramines de l'Indoftan , qui prétendent que
les dieux Viflnou & Ijfuren ou Ruddiren , ne font
qu'une même divinité, adorée fous des emblèmes &
des figures différentes. Il y a peu de gens du peuple
qui adoptent cette fefte , vu que fes principes pa-
roifi"ent fort au-defiTus de la capacité du vukaire.
SMECTIS , f m. {^Hifl. nat.) nom donné par quel-
ques naturaliftes à la lard ou (leatite. Foye^ Lard
pierre de.
Wallerius dans fa minéralogie paonne ce nom à une
efpece de marne, qu'il nomme marga fullonum fa-
ponaaa lamellofa , ou terre à foulon favonneufe &
feuilletée.
SMECTYMNUUS, f. m. {HiJÎ. d'Angl.) eft un ter-
me qui a été célèbre du tems des guerres civiles &
durant l'interrègne. Il étoit formé des lettres ini-
tiales des noms de cinq célèbres miniftres pres-
bytériens de ce tems-Ià , qui font Etienne Mari
shal , Edmond Calamy, Thomas Yong , Matthieu
Mewcomen , & Guillaume Spurftow , qui écrivi-
rent enfemble un livre contre l'épifcopat , en l'année
1641 , d'où leur eft venu à eux & à leurs adhérens
le nom de fmcclymnuens.
SMEGMA, f. m. {hlédec. anc.) ce mot fe trouve
fi fouvent dans les auteurs grecs , qu'il ell bon de
l'expliquer une fois. Il vient de a-juilxav , nettoyer en
frottant. C'étoit une efpece de compofition d'ufa^e
en fanté & en maladie. On s'en fcrvoit particuliè-
rement pour frotter la peau , pour en ôter les déman-
geaifons , pour ouvrir les pores , pour fouiager des
douleurs de la goutte , ou pour les prévenir.
La bafe de cette compolition étoit ou des chofes
adoucifi'antes, ou des poudres détcrfives, comme de
la farine de fèves , des femcnccs de melon , de la
corne de cerf, de l'antimoine , des os de fcche , des
coquillages , du foufre , & des fcis de différentes
fortes. On prenoit aulfi quelquefois de la llaphifai-
gre , de l'ellébore, de la centaurée , du poivre , du
nard , du cardamome ; on prenoit encore des ^om-
a40
S M I
îîics & des rcfinfs , comme du maftic , de l'encens ,
&c. On brùloit quelques-unes de ces matières avant
que de les pulv criier , 6c ou en tbrmoit , par le mé-
lange de quelques lues , des mafles qu'on Icchoit , &
qu'on mcttolt derechef en poudre , lorlqu'on vou-
loit en faire ulage.
Ces poudres\'emploient ou feules , ou incorpo-
rées avec du miel , du vin , de Ihuile , de la crème
d'orge , &i Von en faifoit une compofition de la con-
fiitance d'un cataplalme, dont on s'oignoit le corps
en tout ou en partie. L'on y ajoutoit quelquefois du
favon , ik l'on en formoit des efpeces de favonettes;
ainfi l^/'m^'/u tiroit fis différentes vertus de la di-
verfué des drogues qui le compoloienl. (D.J.)
SMElOWltSCH , f. m. {ffijl. nat. McJ.) c'eft le
nom qu'on donne à une maladie qui fe fait quelque-
fois lentir en Rulfie Ôi. en Sibérie. Ceux qui en font
attaqués fcntent une douleur très-vive , accompa-
gi?ée de chaleur à un doigt , & il s'y forme un abiccs
qui devient très-difiicile à guérir. Voici le remède
que les Tartares y appliquent. On prend ime once
de graille de porc ; une livre de refine de fapin , de
verd de-gris Se de vitriol de cuivre deux gros; une
demi-once d'alun , & deux fcrupvdes de mercure fu-
blimé ; on met ce mélange fur le doigt , quand même
l'ablcès ne feroit point encore formé , vu que cela
contribue à le mûrir. On prétend que ce remède
guérit en peu de jours, f^oyc^ Gmelin , voyage de Si-
bérie. Ce mal reffemble beaucoup à celui que nous
connoiflbns fous le nom de mul d'avanture.
SMENl/S , (Géog. anc.) fleuve du Péloponnèfe ,
dans la Laconie. Ce fleuve a fon embouchure , dit
Paufanias , /. ///. c xxiv. à la gauche d'un promon-
toire fort élevé , fur lequel il y a un temple de Dia-
ne , furnommé Dictyneu , en l'honneur de laquelle il
fe célèbre un jour de fête tous les ans. Je ne connois
point de fleuve , pourfult Paufanias , dont les eaux
foient plus douces , ni meilleures à boire. Il a la four-
ce dans la montagne de Taïgete , & paffe à cinq iîa-
des de la ville. C'eft le fleuve Sménéos de Diodore
de Sicile. (Z). y.)
SMIHEL, {Giog. mod.) petit ville de la Turquie
européenne, dans le Budziac, ou la Beflférabie , fur la
bouche la plus feptentrionale du Danube, environ à
quatre milles au-deffus de Kilia-Nova ,qui cilvraif-
femblablement Tomes.
SMILAX , f m. ( Botun. ) entre les fix efpeces de
fmilax établies par Tournefort , nous décrirons la
première , qu'il appelle/wi/<z.v<7//7er^, fruclu rubînu^
I. R. H. p. 6J4. on la nomme en françois Uferon épi-
neux. Elle poufle plufieurs tiges longues , dures ,
cannelées , farmenteufes , rameufes , pliantes , gar-
nies d'épines & de mains ou vrilles, par le moyen
dei'quelles elles s'attachent & s'^entortillent autour
des arbriffeaux voifins. Ses feuilles naiflTent feules par
intervalles, amples , femblables à celles du tamnus ,
mais plus épaiffcs , firmes , nerveufes , armées d'é-
pines , tant fur les bords que fur le dos , marquetées
affcz fouvent de taches blanches.
Ses fleurs naifl'ent par grappes aux fommités des
rameaux , petites , blanches , odorantes, compofées
chacune de fix pétales , difpofées en étoile , avec au-
tant d'étamines à fommet oblong. Quand ces fleurs
font pafl'ées , il leur fuccede des fruits ronds comme
des raifms , mollets Se rouges dans leur maturité, qui
contiennent deux ou trois femences rondes , liffes ,
douces au toucher , d'une couleur rouge brune en-
dehors , blanches en-dedans , d'un goût fade Si. dés-
agréable. Sa racine eft ferpentante , grofle com-
me le doigt , noueufe , fibreufe , blanchâtre & vi-
vace.
Cette plante croît aux lieux incultes , le long des
haies, au bord des chemins , & fur les montagnes ,
en Provence , en Languedoc, &: autres pays chauds^
S M O
on la cultive aufli dans les jardins ; elle fleurit at»
prlntems , Sc i^n tiuit mûrit en Juillet. Ses ruines
s'emploient en médecine pour delfécher Se exciter la
fueur. {D. J.)
SMILLE, i. t. urmi de Maçonnerie , c'cfl: un mar-
teau qui lert à piquer le m.oéllon ou le grais ; on ap-
pelle moellon J'mUlé ou efniilU , quand il eft piqué
avec la fmiue.
SMINTHE , (Géog. anc.) Smintha, ville de l'Afie
mineure , dans la Troade , lelon Etienne le géograà'
phe, Euftathe , Se Q, Calaber. Elle donnoit fon nom
à une montagne voifine , appellée Sminthium nemus.
Cette ville , qui eft nommée Sminthium par Strabon,
/. X. p. 4 73 . étoit voifine d'Hamaxitia , & fe trou-
voit déierte du tems de ce géographe , qui nous ap-
prend qu'il y avoit divers lieux appelles Smintlu ;
iavoir , deux près d'Hamaxite , hors du temple d'A-
pollon fminthien , d'autres dans le territoire de La-,
riiTe , dans Hic de Rhodes , & en plufieurs autres en-
droits. Sinintha fut une ville fur la côte de l'Hellef-
pont. Elle devoit fa fondation à une colonie de Cre-
tois , Se elle avoit un temple où Apollon rendoitdes
oracles. Homère parle de Sminthe dans le premier li-.
vre de Tiliade :
Tu'iS'oio îtpi ui'cttrJîi^f
{D.J.)
SMINTHîENokSMINTHIÉ, adj. (^Mythologie.)
eft une épithete qu'on donne à Apollon, qui vient
du grec <:y.iyboi , qui fignitîe un rat.
On donne deux origines à ce nom : on dit d'abord
qu'il y avoit dans la ville de Chrife en Mifie un prê-
tre d'Apollon , appelle Crijîs , contre lequel ce dieu
étant irrité par la négligence avec laquelle il rem-
plifibit fon miniltere , envoya une grande quantité
de rats pour ravager les terres. Mais Crifis ayant ap-
paiié ce dieu , Apollon vint lui-même à fon fecours,
Se détrulfit tous les rats à coups de flèches : en mé-
moire de cet événement Crifis bâtit un temple à fon
libérateur, fous le nom d'Apollon fmintliien , Se ce
temple devint célèbre par un oracle.
Clément Alexandrin raconte à ce fujet une autre
hiftoire dans fon exhortation aux Grecs. Les Cretois ,
dit-il , ayant defli'ein d'établir \\\\ç colonie , conJlilte-
rent l'oracle d'Apollon , pour favoir en quel lieu ils
fe fixeroient. La réponfe fut , qu'ils dévoient choifir
l'endroit où les enfans de la terre s'oppoferoient à leur
paflâge. Quand ils furent arrivés dansTHellelphont,
les rats rongèrent pendant la nuit toutes les cordes
de leurs arcs ; ce qu'ils prirent pour un accomplifte-
ment de l'oracle , Se bâtirent dans ce lieu une ville
qu'ils appellerent Smynthe , un temple à Apollon
J'mintheus , obtinrent pour facrés tous les rats des en-
virons de ce temple.
SMOLEMSKO, {Géog. mod.^) ville de l'empire
rufiien, capitale du duché de même nom, fur la riv«
droite de Nieper , fur les confins de la Mofcovie , à
78 lieues au i'ud-oueft de Mofcou. Elle eft grande
Se fortifiée d'un bon château , qu'on voit fiir une
montagne. Son évêché eft futïragant de Gnefne.
Cette ville a été fouvent le théâtre de la guerre. Elle
appartenoit d'abord aux grands ducs de Rufiie , fut
enfuite conquife par le grand duc de Lithuanie, ail
commencement du xv. fiecle , Se reprife , cent ans
après , par les anciens maîtres, Sigil'mond III. roi de
Pologne, s'en empara en 161 1. Le czar Alexis, père
de Pierre le grand , la recouvra en 1654. Les Polo-
nois lui cédèrent toutes leurs prétentions fur cette
place, en 1687 , Se depuis lors , elle a toujours fait
partie de l'empire de Rulfie. Long. 60. ;^S. latit. 64.
5:. (V.J.)
SmolenskO , duché de , ( Géog. mod. ) duché de
l'empire de RuiTie, borné au nord par la principauté
de
s M Y
de Biéla j au midi par une partie de la Scverie , au
levant par le duché de Molcou , 6c au couchant par
les palatinats de Mfcillaw & de Witepsk. Le duché de
Smolcnsko fait une partie de l'ancienne Sarmatie eu-
ropéane ; il compoioit avec le duché de Molcovie la
Riilfie blanche proprement dite. Sa capitale porte le
même nom de Smolcnsko. (Z>. J.)
SMYRNE, (Gcog. anc. & Médailles.) ville célè-
bre de rionie, à 150 flades au midi du fleuve Her-
mus, au fond d'un grand golfe, avec un port fpa-
cieux qui fubfille encore le même. Elle fut fondée
1 114 ans avant J.C. 168 ans après la prife de Troie.
Strabon l'a décrite avec foin, telle qu'elle étoit de
■fon tems : voici comme il en parle.
Lorfque les Lydiens eurent détruit Smyrne , la
campagne d'alentour n'étoit peuplée que de villa-
ges pendant quatre cens ans ou environ. Antigonus
la rebâtit , & Lyfimachus après lui ; c'eft aujourd'hui
une des plus belles villes d'Afie. Une partie efl: bâtie
fur la montagne ; mais la plus grande partie efl dans
une plaine, fur le port, vis-à-vis du temple de la
mère des dieux & du gymnafe ou de l'école. Les
rues font les plus belles du monde, coupées en an-
gles droits , & pavées de pierre. Il y a de grands
portiques carrés au plus haut & au plus bas de la
ville, avec une bibliothèque & un homérion qui efl
un portique carré avec un temple où efl la flaîue
d'Homère: car ceux de Smyrm font fort jaloux de
ce qu'Homère a pris naiffance parmi eux , & ils ont
un médaillon de cuivre qu'ils appellent homérion de
fon nom. La rivière de Melès coule le long des mu-
railles. Entre les autres commodités de la ville, il y
a un port qui fe ferme quand on veut.
On voit par ce pafTage de Strabon , que les Ly-
diens avoient détruit une ville encore plus ancienne
C[ue celle qu'il décrit; & c'eft de celle dont parle
Hérodote , lorfqu'il affure que Gigès roi de Lydie
déclara la guerre aux Smyrnéens , & qu'Halyates
fon petit- fils s'en empara. Elle fut enfuite maltraitée
par les Ioniens, fiirprife par ceux de Colophon,
enfin rendue à les propres citoyens, mais démem-
brée de l'Éolide fous l'empire des Romains.
La Smyrne de Strabon étoit vraifi'emblablement
fur ime montagne au fud de la nouvelle & au cou-
chant de la haute fortereffe ; car on y voit plufieurs
monceaux de pierre , outre un grand bâtiment dé-
moli. Ce bâtiment peut avoir été le temple de Cy-
bele, la grand'mere des dieux. Pour ce qui eft de
l'homcrion , on pourroit croire qu'on l'a appelle le
temple de /a/2K5,peut-être à caufe de quelque reffem-
blance avec celui de Rome , car il n'eft pas fort éloi-
gné de la rivière que l'on fuppofe avoir été celle de
Melès. C'eft un petit portique ou bâtiment carré de
pierre, d'environ trois braffes de long & de large,
avec deux portes oppolées l'une à l'autre, l'une au
nord & l'autre au fud , avec une grande niche en-
dedans contre la muraille orientale, où pouvoit être
l'efHgie d'Homère , quoiqu'il y en ait qui aflitrent
que c'étoit un temple de Janus.
On ne peut guère conjefturer où étoit le gymna-
Jium, non-plus que les beaux portiques qui ornoient
cette place. Le port qu'on ouvroit & que l'on fer-
moit quand on vouloit , pouvoit être cette petite
place carrée fous la citadelle, qui fert à préfent de
havre aux galères & aux autres petits vaifTeaux.
Mais le théâire 6c le cirque ne font pas des moin-
dres reftes des antiquités de cette ville , quoique Stra-
bon n'en parle point , apparemment parce qu'ils
n'exiftoient pas encore de fon tems.
Le théâtre étoit fur le penchant d'une montagne ,
au nord de la citadelle , 6c bâti de marbre blanc. On
l'a détruit dans le fiecle paflé pour faire un Ican nou-
veau, & un ba/.ar qui eft voûté de pierres de taille,
Tome XK
S M Y
241
& long de quatre cens pas. On a trouvé dans le?
fondemens un pot de médailles qui font toutes de
l'empereur Gallien , de fa famille , & des tyrans qui
régnoient en même tems que lui; ce qui feroit con-
je£hirer que cet empereur avoit fait bâtir ce fupcrlje
édifice , ou que du-moins il avoit été bâti de fon
tems. Il y en a pourtant qui afTurent qu'il rut bâti du
tems de l'empereur Claude. Ils fe fondent f.ir ce
qu'on a trouvé dans la fcene de ce théâtre une
bafe de ftatue qui n'avoit que le mot de Claudius.
Ce n'eft pas -là néanmoins une preuve fufiifante,
parce qu'il eft affez ordinaire de trouver dans les
fondemens des anciens bâtimens les médailles des
fondateurs ou des empereurs contemporains.
Le cirque étoit creufé profondément dans la mon-«
tagne qui eft au couchant de la citadelle. Il eft fi biea
détruit, qu'il n'en refte, pour ainfi dire,que le mouler
on en a emporté tous les marbres, mais le creux a
retenu fon ancienne figure. C'efl une efpece de
vallée de 465 pies de long, fur i io de largeur, dont
le haut eft terminé en demi-cercle & le bas eft ou-
vert en quarré. Cet endroit préfentement eft fort
agréable par ia peloufe, car les eaux n'y croupifTent
point. Il ne faut pas juger de la véritable grandeur
du cirque ou du ftade , par les mefùres que nous
avons rapportées ; on fait que ces fortes de lieux
n'avoient ordinairement que 115 pas de long, 6c
qu'on les appelloit diaules, quand ils avoient le dou-
ble d'étendue comme celui-ci. On découvre de cette
colline toute la campagne de Smyrne qui eft parfai-
tement belle , & dont les vins étoient eftimés dit
tems de Strabon & d'Athénée.
On voit dans ce même endroit quantité d'anciens:
fondemens, m,ais on ne fait point ce que c'étoit. Les:
infcriptions qu'on y trouve , & qui concernent tou-
tes la ville de Smyrne , font en aflez grand nombre ;
quoique la plupart ne foitnt que des fragmens où
on lit le nom des empereurs Tibère , Claude & Né-
ron. Strabon donne à plufieurs princes le titre de
rejî aura leurs de Smyrne ; & le fragment d'une de ces
infcriptions attribue la même gloire à l'empereur
Adrien en ces termes : aytokpatopi, AAPiANni.
OArMnim laTHPi kai ktihthi ; c'eft-à-dire:
» A l'empereur Adrien , olympien , fauveur , &:
» fondateur.
Spon a tranfc;rit une grande infcription tirée duL
même lieu; c'eft une lettre des empereurs Severe,
Antonin & Caracalla à ceux de Smyrne ; en voici la
traduftion : » Les très-divins empereurs Severe Se
» Antonin , à ceux de Smyrne. Si ClcUidius Rufinus
» votre citoyen , lequel à caufe de fon application
» aux études &: à l'art d'orateur, eft difpenfé des
» charges pubUques félon les divines conftitutions
» établies par nos ancêtres , eft néanmoins obli-
» gé par une néceffité indifpenfable , & à votre
» réquifition , d'accepter l'emploi de gouverneur ,
» faites en forte qu'il ne foit pas troublé par d'autres
» occupations, comme il eft jufte ; car ce feroit une
» chofe indigne de lui que l'aftedion qu'il vous por-
» te , lui devînt onéreufe ; puifque c'efl vous-mêmes
» qui avez demandé cette grâce pour lui. Bien vous
» foit. Les députés ont été Auréhus , Antonius 6c
» iElius Spératus.
On a donné dans les mémoires de Littérature,
tome IV. pag. 66. une infcription greque envoyée
de Smyrne , avec des remarques par ÎVl. K.ufler. Cette
infcription traduite en françois , porte :
Hermogcne fils de Charimede, qui a écrit de la
Médecine, efl mort âgé de ibixante & dix-fept
ans , & ayant laifVé autant de traites.
De Médecine , fbixante-dou/e.
De livres hilloriques , favoir , de la ville de
Smyrne y deux,
H h
44^
s M Y
es
De la fageflc d'Homère un , de fa patrie un.
De l'origine des villes d'Aiie deux , de ces villes
de l'Europe quatre, de celles des îles un.
De laini'îLire de l'AIic par Itades un, & de cell
de l'Europe un.
l^Qi llratagèmcs deux.
Ij.i catalogue dc'S Ioniens, &: la ùicceiTion des
magiitracs de Smymc i'elon l'ordre des teins.
Si tous ces ouvrages ne s'étoicnt pas perdus , nous
aurions pins de connoiillince que nous n'avons de la
ville de Smyrnc , car cet Hcrmogcne médecin en
étoit lans doute natit.
Nous obferverons en paflfant, que cette infcription
en Ion honneiu" écrit Z,uJf : h? par un z, &: Z',turva /'<<»■, au
lieu de fxvpaiuv. Il ne faut pas s'itnagincr que ce foit
une faute du graveur; au contraire le nom Aç:Smyrne
s'écrivoit anciennement auifi bien par un Z que par
un -, quoique plus fouventpar un ï: Lucien nous ap-
prend cela dans fon traité qui a pour ùtreJt/ge/neniJcs
voyelles. Dans ce traité , la lettre 2 par une profo-
popée , dit que fouffrant afTez patiemment le tort
que les autres lettres lui faifoient,elle ne s'étoit ja-
mais plaint de la lettre Z qui lui avoit ôté les mots
de Sinaragde & de Smyrne. Outre cela , il y a des
médailles anciennes où au lieu de z/j.vpvcL;'uv, il fe
trouve Z[A<j^vai(iv par un Z; M, de Boze en avoit
deux dans fon cabinet. On trouve Zmyrmzorum au
lieu àe Srnyrnaorum , dans une ancienne infcription
latine citée par Gruter.
Les marbres d'Oxford nous offrent auflilkles inf-
criptions curieufes de Smyrne j mais les médailles
frappées dans cette ville, la font mieux connoître.
Plufieurs de ces médailles nous apprennent qu'elle
avoit un Prytanee, car elles font mention de fes
Prytanes.
La place du château de Smyrne moderne étoit oc-
cupée dans le tems de la belle Grèce par une cita-
delle fous la protection de Jupiteréthcrée,ou qui pré-
fidoit aux lieux élevés. Paufanias afllire que le fom-
met delà montagne de 5//.j''^2 appelle Coryphe, avoit
donné le nom de coryphécn à Jupiter qui y avoit un
temple. Il y a un beau mcdaiilon où ce dieuéthérée
eft repréfenté affis , auffi-bien que fur une médaille
de Velpafien , où le même dieu afiis tient de la main
droite une viftoire , & une hafte de la main gauche.
M. de Boze a pubUé dans les mémoires de Litté-
rature tom. X^ll. in-i^. des réflexions favantes fur
une médaille antique frappée par les habitans de la
ville de Smyrm en l'honneur de Sablnia Tranquillina,
femme de Gordien Pie. On voit d'un côté fur cette
médaille le bufte d'une princeffe, repréfentée fous la
figure & avec les attributs de Gérés, tenant d'une
main des épis, & de l'autre une corne d'abondance:
on lit autour de ce portrait, CMYPNAiaN. npaTiiN,
ACIAC.
Au revers eft une femme de-bout, le pié droit ap-
puyé contre une proue de vaiffeau , la tête couron-
née de tours , & les cheveux noués &: foutenus par
derrière avec une efpece de ruban : fon habillement
relevé & plifl'c à la manière de nos anciennes cottes-
d'armes, finit de mêm.e au-defTus du genou: elle
tient de la main droite une paterc, & de la gauclie
cette forte de bouclier contourné, qui étoit particu-
lier aux amazones & qu'on nommoit pelto. On re-
marque au-delious un bout de draperie ou une ef-
pece de petite ferviette , qui aidoit fans doute à te-
nir le bouclier plus ferme , & qui pouvoir encore
fervir à d'autres ufages.
A ces diftérens fymboles , il eft aifé de reconnoître
l'amazoïic à qui les habitans de Smyrne rapportoient
le nom, l'origine & la fondation de leur ville. La cou-
ronne de tours auroit peut-être fuiH pour l'indiquer;
mais ils^om été bien aiies d'exprimer encore par la
S M Y
patere que les cérémonies religieufes , les fa'crifîces
iur-tout qu'on avoit coutume de faire en zt% ibrtes
d'occafions, n'avoient pas été oubliés; & qviant à la
proue de vailfeau qui elt l'attribut ordinaire des villes
maritimes , on fait que Smyrne a toujours paflé pour
un des m.eilleurs ports de l'Archipel.
Autour de ce type ingénieux règne une infcrip-
tion dont la plùp;;rt des mots font abrégés ; elle doit
être lue ainfi , eu/ CrpaTH^où Map^^uu AYPHArou TEP*
Tior ACIAPXOT ; &: les deux légendes réunies di-
lent que la médaille ou monnoie dont il s'agit a été
frappée par les Smyrnéens qui font les premiers de
l'Afie, fous la préture de Marcus Aurélius Tertitis,
Afiaroue.
1
Quand les villes de la Grèce & de l'Afie mineure
paucrent fous la domination des Pv.omains, elles fu-
rent , ce femble , encore plus jaloufes qu'auparavant
des titres d'honneur dont elles jouiffbient, & plus
attentives à lé maintenir dans les droits qu'elles
croyoient avoir infenfiblement acquis les unes fur
les autres. Les hllcoriens ont négligé ce détail , mais
les monumens antiques nous en ont confervé des
preuves fenlib'es : telle eft entr'autres celle qui fe
tire du titre de première ville de V AJîe que Smyrne fe
donne fur la médaille dont on vient de parler : il y
en a plufieurs autres qui la confirment. Les Smyr-
néens , dit Tacite , fe vantoient d'être les premiers
de tous les peuples d'Afie , qui avoient drefte dans
leur ville un temple à Rome dans le même tems qu'il
y avoit de puiftans rois en Afie , qui ne connoiflToient
pas encore la valeur des Romains.
Trois villes célèbres, Pergame , Ephefe & Smyrm^
fe difputerent vivement cette primatie de l'Afie fous
l'empire des deux premiers Antonins. Jufque-là elles
avoient vécu dans une parfaite intelligence : il y
avoit même entr'elles une aflbciation particulière,
qui mettoit en commun pour les habitans de chacune
le droit de bourgeoifie, î'ufage des temples , le culte
des divinités, les facrifices, les fêtes & les jeux ; &
cette affociation marquée fur la plupart de leurs mé-
dailles y eft exprimée en ces termes : EvEriiiN i-MYr-
KAION iiEPrAMHNr^N OMONOIA. Une malheureufe
idée de préféance les divifa bientôt. Pergame aban-
donna la première fes prétentions pour le bien de
la paix , mais rien ne put détacher Smyrne du titre
de première de C AJie , car immédiatement après la
mort de Marc-Aurele elle fit frapper , en l'honneur
de Commode , une médaille où on lit , comme fur les
précédentes : -iMY^NAmN aprzTiiN. asias:.
L'ambition ou la diligence des Smyrnéens ne por-
ta pas grand préjudice aux habitans d'Ephefe , qui ,
félon toutes les apparences favorifés par Septime Sé-
vère , frappèrent deux médailles en fon honneur ,
l'une avec la légende ordinaire , EvKJ^ii'iN nPiiTi^M
A2ÎA2.; l'autre avec cette infcription détournée, Zl Y2
EîE2io^-niaïo2-i2iAy ^ « le premier Jupiter des
» Ephéfiens eft le premier de l'Afie »».
Smyrne voulant enrichir fur les exprclTions d'E-
phefe , fit frapper en l'honneur de Caracalla un mé-
daillon , où elle ajouta au mot riPfiTH a^iai ceux de.
KAAAEl itAi. MEi t©Ei , pour marquer qu'elle étoit
la première & la plus confidérable ville de l'Afie par
fa grandeur & par la beauté : cependant ces termes
affeûés , loin de lui donner un nouvel avantage , fu-
rent regardés comme une reftridiion favorable aux
Ephéfiens, qui ne trouvèrent rien de plus précis pour
alTùrer leur vidloire que l'infcription qu'ils mirent au
revers d'une médaille de Macrin , E^ESiiiNMONiW.
riPi:iTi.sN.A2,iA:5 , « des Ephéfiens qui font les feuls
» premiers de l'Afie >».
En même tems q\\q Smyrne difputoit de rang avee
Ej>hefe, fes médailles nous apprennent qu'elle étoit
lice de confédération avec plufieurs autres villes ,
s M Y
comme avec Thyatire , Apollinarii. Se Hîérapolîs, |
L'aflbciation avec cette dernière ville femble môme
avoir été folemnilce par quelques jeux , car on a des
médailles où cette confédération , ê/uttcia. , eft repré-
sentée par deux urnes remplies de branches de pal-
mier.
Il y a des médailles de Smymc oui nous appren-
nent d'autres particularités. Telles Ibnt les médailles
qu'elle a frappées des empereurs Tite &: Domitien ,
avec une figure chargée fur le revers qui porte un
rameau dans fa main droite , une corne d'abondance
dans la gauche ; l'eau qui en tombe repréfente la ri-
vière d'Hennus. On y lit les moti fuivans : 2MYP-
NAiflN EPMOii Eni iiiNioYS , c'eft-à-dire « Hermus
» des habitans de Sn:yrm dans l'Ionie » : on en peut
recueillir que ceux de Smyrne. tiroient tribut de la
rivière d'Hermus , & qu'elle étoii annexée à l'Ionie.
Mais pour dire quelque chofe de plus à la gloire
de Sinymn , elle fut faite néocore fous Tibère avec
beaucoup de diftinfîion ; & les plus fameufes villes
d'Afie ayant demandé la permiiiion à cet empereur
de lui dédier un temple , Smyrne fut préférée. Elle
devint néocore des Céfars , au-lieu qu'Ephefe ne
rétoit encore que de Diane ; & dans ce tems-là les
empereurs étoient bien plus craints , & par confé-
quent plus honorés que les déeffes. Smyrne fut dé-
clarée néocore pour la iéconde fois fous Adrien,
comme le marc|uent les marbres d'OxforJ; enfin elle
eut encore le même honneur lorfqu'elle prit le titre
de première ville d" JJîc fous Caracalla , titre qu'elle
conferva fous Julia Mcefii , fous Alexandre Sévère,
fous Julia Memmœa , fous Gordien Pie , fous Otacil-
la , fous Gallien 6c i'ous Salonine.
Spon cite une médaille de cette ville qui préfente
le frontifpice d'un temple , une divinité debout en-
tre des colonnes , & cette légende autour , >:myP-
NAli^N... r... NEi-KOPi.N. c'eft-à-du-e, le fénat de
Smyrne trois fois néocore. Il femble que cetlc médaille
fuppofe une divinité proLedrice du {'h\-jLi^ lequel ils
appelloienty^zi/2/ , comme il paroît par le titre d'une
infcription de cette ville qui dit : « A la bonne for-
M tune , à l'illuflre métropolitaine , néocore pour la
» troificme fois de l'empereur , conformément au
» jugement du faint fénat de Smyrne ».
Au défaut des médailles , Fhiftoire nous inftruit
des diverles révolutions de cette ville. Dès que les
Romains en furent les maîtres , ils la regardèrent
comme étant la plus belle porte d'Aile , 6c eii traitèrent
toujours les citoyens fort humainen ent ; ceux-ci,
pour n'être pas expofés aux armes des Romains , les
ont beaucoup ménagés & leur ont été fidèles. Ils fe
mirent fous leur protection pendant la guerre d'An-
tiochus ; il n'y a que Crafliis proconful romain qui
fut malheureux auprès de cette ville. Non-feulement
il fut battu par Ariltonicus , mais pris & mis à mort :
fa tête fut prélentée à Ion ennemi , & fon corps en-
féveU à Smyrne. Porpenna vengea bientôt les Ro-
mains , & fit Captif Ariflonicus. Dans les guerres de
Céfar &: de Pompée , Smyrne fe déclara pour ce der-
nier , 6c lui fournit des vaiffeaux. Après la mort de
Céfar, Smyrne , qui penchoit du côté dos conjurés ,
refula l'entrée à Dolabella ; & reçut le conful Tre-
bonius l'im des principaux auteurs de la mort du
diélateur : mais Dolabella l'amufa fi à-propos , qu'é-
tant entré la nuit dans la ville, il s'en laifit , & le fit
martyriier pendant deux jours. Dolabella cependant
ne put pas conferver la place , CafTius & Brutus s'y
affemblerent pour y prendre leurs mcfures.
On oublia toiit le pafîe quand Augufte fut paifible
pofTefTeur de 1 empire. Tibère honora Smyrne de fa
isienveillance , & régla les droits d'afyle de la ville.
M. Aurcle la fit rebâtir après un grand tremblement de
Tome XF,
S M Y
245
terre. Les empereurs grecs quil'ont pofTédée aprèsles
Romains la perdirent fous Alexis Comnène ; les Mu-
fulmans en chafl'erent les Latins & les chevaliers de
Rhodes à diverfes reprifes. EnfinMahometLen f:t dé-
molir les murailles. Depuis ce tems-là , les Turcs
font refiés paifibles pofiefieurs de Smyrne^ où ils ont
bâti pour fa défenfé une efpece de château à gauche
en entrant dans le port des galères , qui efll ancien
port de la ville. Des fept églilcs de l'apocalypfe c'eft
la feule qui fùbfifle avec honneur ; Sardes fi renom-
mée par les guerres des Perfes & des Grecs ; Per-
game , capitale d'un beau royaume ; Ephefe qui fe
glorifioit avec raifon d'être la métropole de l'Afie
mineure ; ces trois célèbres villes ne font plus , ou
font de petites bourgades bâties de boue & de vieux
marbre ; Thyatire , Philadelphie , Laodicée ne font
connues que par quelques refîes d'infcriptions où
leur nom fe trouve ; mais la bonté du port de Smyr-
ne y fi néceffalrc pour le commerce, l'a confervée
riche & brillante , & l'a fait rebâtir plufieurs fois
après avoir été renverfée par des tremblemens de
terre. Foye^ donc Sm yrnE , ( Géog. mod. )
C'efI à cette ville que fut injuflement exilé & que
mourut Publius RutiliusRufus , après avoir été con-
ful l'an 648. Cicéron ,Tite-Live, Velleïus Patcrcu-
lus , Salufte , Tacite & Séneque ont fait l'éloge de
fon courage & de fon intégrité. On rapporte qu'un
de fes amis voyant qu'il s'oppofoit à une chofé in-
jufl:e qu'il venoit de propofer dans le fénat, lui dit :
♦< Qu'ai-je affaire de votre amitié, fi vous contre-
» carrez mes projets? Et moi , lui répondit Ruti-
» lius , qu'ai-je affaire de la vôtre , fi elle a pour but
» de me fouflraire à l'équité » ?
Bion , charmant poète bucolique , furnommé le
fmyrnéen , t^ij-upouoi; ^ du lieu de fa naifTance, a vécu
en même tems que Ptolémée Philadelphe , dont le
règne s'efl étendu depuis la quatrième année de la
cxxiij. olympiade jufqu'à la féconde année de la
cxxxiij. Il paflTaune partie de fa vie en Sicile, & m.ou-
rut empoifonné , au rapport de Mofchus fon difci-
ple & fon admirateur. Leurs ouvrages ont éié im-
primés cnfemble plufieurs fois , & entr'autres à Cam-
bridge en 1652 ëc ï66i , //2-8*. mais la plus agréable
édition etl celle de Paris en 1686 , accompagnée de
la vie de Bion , d'une traduflion en vers françois, 6c
d'excellentes remarques par M. de Longepierre ;
cette édition efl devenue rare , & mériteroit fort
d'être réimprimée.
Les auteurs qui donnent Smyrne pour la patrie
de Mimnerme , autre aimable poëte-muficien , ont
afîurément bien raifon. iMimnerme chante le combat
des Smyrnéens contre Gigès roi de Lydie , ce font
les hauts faits de fes compatriotes qu'il célèbre avec
affedion. Il étoit antérieur à Hipponax, & vivoit du
tems de Solon. Il tut l'inventeur du vers pentamètre,
s'il en faut croire le poète Herméfianax , cité par
Athénée. Il fe diflingua fur-tout par la beauté de fes
élégies, dont il ne nous refle que quelques fiaumens.
Il penfbit &. écrivoit avec beaucoup de naturel, d'a-
mcnité & de tendrefle. Son fiyle étoit abondant, aif"é
& fleuri. J'ai remarqué à fa gloire en parlant de l'élé-
gie , qu'Horace le met au-deflùs de Callimaque ; il
avoit plus de grâce , plus d'abondance & plus de
poéfie.
Il fit un poëme en vers clégiaques , cité par Stra--
bon , fous le titre de Nanno fa niait refle ; & ce poème
devoit être un des plus agréables de l'antiquité , s'il
efi vrai qu'en matière d'amour fes vers fiirpalloient
la poéfie d'Homère ; c'efl du-moins le jugement qu'en
porloit Properce , car il dit , /. /. cUo. ix. Pins in amo-
re valet Mimnermi ver/us Homero. Horace n'en parle
pas autrement ; il cite Mimnerme , i$c non p::s Ho-
Hhi;
s M Y
244
tnere , pour l'art de peindre la Icduifiinte païïîon de
l'amour : li , comme Miiimerme l'a chanté , dir-il ,
r.'.mour &: les jeux t'ont tout l'agrcmcnt de la vie ,
•pallons nos jours dans l'amour &C dans les jeux.
Si , Mimnermus uti anfet^Jlne amorejocifqnc
NU eji jucundiim , vivdi in aniorc jocijque.
Epijl.VLl.l.verf.SS.
Nous connoiflbns les vers de Mimnerme qu'Ho-
race avoit en vue ; Stobée, tit. 63./?. 243. nous les
a conl'ervcs dans Tes extraits. Il taut en donner ici
la belle verlion latine de Grotius, & la tradudion
libre de cette jolie pièce en vers François par un de
nos poètes.
Vitit quid efl , quid dulce^ nijijuveï aiirta Cypris?
Tune pcTcam , Vcnoii cuin viihi cura périt.
Flos celer ictatisjcxu domitus utriqiu ,
Leclus , amatonun niuncra , tcclus amor.
Oinnid dif^ugiunt mox ciim vcnit atra j'cneclus ,
Qiiccjucit & puUhros turpibus ejjc pares.
Torpidajbtlicitx Lzcerant prœcordia curiz:
Liimina nec Jolis , nec juvat aima dies^
I/ivifiim pueris , inhonoratumque pucllis.
Tarn dédit ^ heu , jlnio trijliafata Dtus.
Qui ferait fans V amour h plaifa & la vie?
Puijfe-t-elle ni' être ravie ,
Quand Je perdrai le goût du niyfere amoureux ,
JD es faveurs ^ des lieux Juits pour les amans lieu~
reux.
Cueillons la fleur de l'âge , elle ejl bientôt paffée :
Le Jexe n y fait rien ; la vieil lefe glacée
Vient avec la laideur confondre la beauté.
JJ homme alors efl en proie aux foins , à la trifleffe;
Haï des Jaunes gens , des belles maltraité ,
Du foleil à regret iljouffre la clarté^
Voilà le fort de la vieillefj'e.
Le plus grand de tous les poètes du monde efl: né ,
du- moins à ce que je crois , fur les bords du Mélès,
qui baignoit les murs de Smyme ; & comme on ne
connoilioit pas Ion père ; il porta le nom de ce ruif-
leau , & fut appelle Méléfîgene. Une belle avantu-
riere , nommée Crithéide , chaffée de la ville de Cu-
mes , par la honte de fe voir enceinte , fe trouvant
fans logement , y vint faire fes couches. Son enfant
perdit la vue dans la fuite , & tut nommé Homère ,
c'efl-à-dire Vaveugle.
Jamais fille d'efprit, & furtout fille d'efprit qui de-
vient fage , après avoir eu des foiblelTes , n'a man-
qué de mari : Crithéide l'épreuva ; car , félon l'au-
teur de la vie d'Homère , attribuée à Hérodote , Phé-
nius , qui enfcigna la grammaire & la mufique à
J/wyrwé, n'époula Crithéide qu'après le malheur de
cette fille , & la nailfunce d'Homère. 11 conçut
d'elle fi bonne opinion , la voyant dans fon voifi-
nage uniquement occupée du foin de gagner fa vie à
filer des laines , qu'il la prit chez lui , pour l'em-
ployer à filer celles dont fcs écoliers avoient coutu-
me de payer fes leçons. Charmé des bonnes mœurs,
de l'intelligence , & peut-être de la figure de cette
fille , il en fit fa femme , adopta fon enfant , & donna
tous fes foins à ion éducation. Aulfi Phémius eft
fort célèbre dans l'OdylTée ; il y ell parlé de lui
€n trois endroits, /. /. v. 1S4. l. XVII. v. 263. /.
XXII. V. 33/. & il y pafla pour un chantre inlpiré
des dieux. C'efl lui qui par le chant de fes poélies
mifes en mufique , & accompagnées des fons de fa
lyre , égayé ces feilins , oii les pourfuivans de Pé-
nélope emploient les journées entières.
Non-feulement les Smyrnéens,glorieux de la naif-
fancc d'Homère , montroient à tout le monde la
£rote ou leur compatriote compofoit fcs powmes ;
S M Y
après fa mort ils lui firent drefler une flatue &r un
temple ; & pour comble d'honneur , ils frappèrent
des médailles en Ion nom. Amaftris & Nicée, alliés
de Smyme , en firent de même , l'une à la tête de
Marc-Aurele , & l'autre à celle de Commode,
Paufanias appelle le Mélès un beau fleuve ; il eft de-
venu bien chétif depuis le temps de cet illuftre écri-
vain ; c'eft aujourd hui un petit ruificau , qui peut à
peine faire moudre deux moulins ; mais il n'en efl:
pas moins le plus noble ruifléau du monde dans la ré-
|)ublique de lettres. Aulîi n'a-t-il pas été oublié fur
les médailles , d'autant mieux que c'étoit à fa fource
qu'Homère ébauchoit dans une caverne les poéfies
qui dévoient un jour l'immortalifer. Le Mélès eflre-
préfenté lur une médaille de Sabine , fous la figure
d'un vieillard appuyé de la main gauche fur une ur-
ne , tenant de la droite une corne d'abondance. Il eft
^ufîî repréfenté fur une médaille de Néron , avec la
fimple légende de la ville , de même que fur celles
de Titus &L de Domitien.
A un mille ou environ , au-delà du Mélès , fur le
chemin de Magnefie à gauche , au milieu d'un champ,
on montre encore les ruines d'un bâtiment que l'on
appelle le temple de Janus ., & que M. Spon foupçon-
nojt être celui d'Homère; mais depuis le départ de
ce voyageur, on l'a détruit , & tout ce quartier eft
rempli de beaux marbres antiques. A quelques pas de
là, coule une fource admirable , qui fait moudre con-
tinuellement fept meules dans le même moulin.
Quel dommage , dit Tournefort , que la mère d'Ho-
mère ne vînt pas accoucher auprès d'une fi belle fon-
taine ? On y voit les débris d'un grand édifice de
marbre , nommé les bains de Diane : ces débris lont
'encore magnifiques , mais il n'y a point d'inkrip-
tion.
Autrefois les poètes de la Grèce avoient l'honneur
de vivre familièrement avec les rois. Eurypide fut
recherché par Archélaiis ; & même avant Eurypide,
Anacréon avoit vécu avec Polycrate , tyran de Sa-
mos ; Efchyle & Simonide avoient été bien reçus de
Hiéron , tyran de Syracufe. Philoxene eut, en fon
tems l'acceuil du jeune Denys ; & Antagoras de
Rhodes, auffi-bien qu'Aratus de Soli , fe font vus
honorés de la familiarité d'Antigonus roi de Macé-
doine ; mais avant eux , Homère ne rechercha les
bonnes grâces d'aucun prince ; il foutint fa pauvreté
avec courage, voyagea beaucoup pour s'inflruire,
préférant une grande réputation & une gloire foli-
de , qui s'eft accrue de fiecle en fiecle , à tous les fri-
voles avantages que l'on peut tirer de l'amitié des
grands.
Jamais poéfies n'ont pafle par tant de mains que
celles d'Homère. Jofephe , /. /. (contre Appian),
afllireque la tradition les a conferveés dès les premiers
tems qu'elles parurent , & qu'on les apprenoit par
cœur fans les écrire. Lycurgue les ayant trouvées ea
lonie, chez les defcendans de Cléophyle , les ap-
porta dans le Péloponnèfe. On en récitoit dans toute
la Grèce des morceaux , comme l'on chante aujour-
d'hui des hymnes , ou des pièces détachées des plus
beaux opéra. Platon , Paufanias , Plutarque , Dio-
genc Lacrce , Cicéron & Strabon, nous apprennent
que Solon , Piliftrate , & Hipparque fon fils, formè-
rent les premiers l'arrangement de toutes ces pièces,
& en firent deux corps bien fuivis , l'un fous le nom
de l'Iliade, & l'autre fous celui del'OdyJfée; cepen-
dant la multiplicité des copies corrompit avec le tems
la beauté de ces deux poèmes , foit par des leçons vi-
cieufes, foit par un grand nombre de vers , les uns
obmis , les autres ajoutés.
Alexandre , admirateur des poèmes d'Homère ,
chargea Ariftote, Anaxarque,&CalUfthene, du foin
de les examiner , & félon Strabon , ce conquérant
même fe fit un plaifir d'y ti'ftvaillci- avec eux. Cette
s M Y
S M Y
245
édition fi fameufe des ouvrages d'Homère , s*appeî!a
l'édition de Ui Ci'-ljctic , vv fz tcu N«p9Mi£ciC ««Acwt/c ^
parce qu'Alexandre , dit Pline , /. f^Il. c. ix. la fer-
roitdans une caiîotte qu'il tenoit fous fon oreiller
avec Ton poignard. Il fit mettre enfuite ces deux ou-
vrages dans un périt coffre à parfums , garni d'or, de
perles Sj de pierreries , qui le trouva parmi les bi-
joux de Darius. Malgré la réputation de cette belle
édition , il paroît qu'elle a péri comme plufieurs au-
tres. Srrabon & Eiiftathe font mes garants ; ils aflli"
rent que dans l'édition dont il s'agit, on avoit placé
deux vers entre le 855 & le 856 du //. liv. de 1 Ilia-
de : or ces deux vers ne fe liient aujourd'hui dans
aucun de nos imprimés.
Enfin , les fautes fe multiplièrent naturellement
dans le grand nombre des autres copies de ces deux
poëmes , enforte que Zénodote d'Ephefe , précep-
teur de Ptolemée , Aratus , Aritlophane de Bylan-
ce , Arilbrque de Samothrace , &: plufieurs autres
beaux eiprits , travaillèrent à les corriger , & à ren-
dre à Homère iQs premières beautés.
II ne faut pas nous étonner des ioins que prirent
tant de beaux génies pour la gloire d'Homère. On n'a
rien vu chez les Grecs de fi accompli que ies ouvra-
ges. C'eft le feul poëte , dit Paterculus , qui mérite
ce nom ; & ce qu'il y a d'admirable en cet homme
divin, c'efi: qu'il ne s'eft trouvé perfonne avant lui
qui ait pu l'imiter , 6c qu'après fa mort , il n'a pu trou-
ver d'imitateurs. Les favans conviennent encore au-
jourd'hui qu'il efi: fupérieur à tout ce qu'il y a de poè-
tes, en ce qui regarde la richeffe des inventions , le
choix des penfées, & le fublime des images. Aucun
poëte n'a jamais été plus fouvent ni plus univerfel-
lement parodié que lui.
C'eft par cette raifon que fept villes de la Grèce
fe Ibnt difpuîé l'avantage d'avoir donné la naifi^mce
à ce génie du premier ordre , qui a jugé à-propos de
ne laiffer dans fcs écrits aucune trace de Ion origi-
ne, & de cacher foigneufement le nom de fa pa-
trie.
Les habitans de Chio prétendent encore montrer
la maifon où il cil né, & où il a fait la plupart de fes
ouvrages. Il efi: repréfenté fur une des médailles de
cette île aflîs fur ime chaife , tenant un rouleau , où
il y a quelques lignes d'écriture. Le revers repré-
fenté le fphynx , qui efi le fymbole de Chio. Les
Smyrnéens ont en leur faveur des médailles du mê-
me type , & dont la feule légende efi difl:érente.
Les habitans d'Ios montroient , du tems de Pau-
fanias , la fépulture d'Homère dans leur île. Ceux de
Cypre le réclamolent, en conféquence d'un oracle
de l'ancien poëte Euclus , qui étoit conçu en ces ter-
mes : « Alors dans Cypre , dans l'île fortunée de Sa-
» lamine, on verra naître le plus grand des poëtes ;
via divine Thémifio fera celle qui lui donnera le
» jour. Favori des mufes , &: cherchant à s'infiruire,
»» il quittera fon pays natal , & s'expofera aux dan-
» gers de la mer, pour aller vifiter la Grèce. Enfuite
M il aura l'honneur de chanter le premier les combats
>» & les diverfes avantures des plus fameux héros.
» Son nom fera immortel , & jamais le tems n'efia-
» cera fa gloire »>. C'efi continue Paufanias , tout ce
que je peux dire d'Homère , fans ofer prendre aucun
parti , ni fur le tems où il a vécu , ni iur fa patrie.
Cependant l'époque de fa naiflance nous cù. con-
nue ; elle efi fixée par les marbres d'^rondel îi l'an
éyô de l'ère attique , fous Diognete , roi d'Athènes,
961 ans avant J. C. Quant à fa patrie, Smyrnc6c
Chio font les deux lieux qui ont prétendu à cet hon-
neur avec plus de raifon que tous les autres , & puif-
qu'il fe faut décider par les feules conjedures , j'cm-
brafl'e conftamment celle qui donne la prétiren-
ce à Smyrm. J'ai pour moi l'ancienne vie d'Ho-
niere par le prétendu Hérodote , le plus grand nom-
bre de médailles , Mofchus , Strabon & autres an-
ciens.
Mais comme je fuis de bonne foi , le lefteur pourra
fe décider en confultant Vofilus , Kufier, Tane^ui ^
le Fevre , madame Dacier, Cuper, Schott , Fabri-
cius , & même Léon Allazzi , quoiqu'il ait décidé
cette grande queftion en faveur de Chio fa pa-
trie.
Je félicite les curieux qui pofl"edent la première
édition d'Homère , faite à Florence, en 1478 ; mais
les éditions d'Angleterre font ii belles , qu'elles peu-
vent tenir lieu de l'original. ( Le Chcvalkr de Jau~
COURT.)
Smyrne, ( Géog. mod. ) Smyrm moderne efi une
ville de la Turquie afiatique, dans l'Anatolie , fur
l'Archipel , au fond d'un grand golfe , avec un por£
fpacleux & de bon mouillage , à environ 75 lieues
de Conftantinople- Cette ville efi la plus belle porte
de l'Afie , & l'une des plus grandes & des plus riches
du Levant , parce que la bonté de fon port la rend
précieufe pour le commerce. Son négoce confifie en
foie , toile de coton , camelots de poil de chèvre,
maroquins , & tapis. Elle efi habitée par des grecs ,
des turcs , des juifs , des anglois , des françois , des
hoUandois , qui y ont des comptoirs & des églifes.
Les turcs y tiennent un cadi pour y adminiftrer la
jufiice. Son féjour y a le défagrément de la pefte ,
qui y règne fréquemment , & des tremblemens de
terre auxquels elle ^^ expofée. Long, félon Cafilni,
44^. 5i<. 16". lat. 38^.28'. y\
C'efi la patrie de Calahn (Quintus),nom donné à
un poëte anonyme , dont le poème grec intitulé Ls
parallpomims d'Homère ^{\xX. trouvé en Calabre par
le cardinal Beflarion. C'efi ce qui lui fit donner le
nom de Calaber, Volfius conjedhire que ce poëte vi-
voit fous l'empereur Anaftafe, vers 49 1 . La meilleure
édition de Quintus Calaber efi celle de Rhodomanu«.
{D. J.)
Smyrne, terre de {Hïft. nat.) c'efi une terre fort
chargée de fel alkali ou de natron,qui fe trouve dans
le voifinage de la ville de Smyrne ; les habitans du
pays s'en fervent pour faire du favon. On rencontre
cette terre ou plutôt ce fel dans deux endroits, près
d'un village appelle Duracléa ; il efi répandu à la fur-
face de la terre , dans une plaine unie. Ce fel quand
on le ramafiTe efi fort blanc. On en fait ordinairement
fa provifion pendant l'été, avant le lever du foleil,ôi
dans la faifon où il ne tombe point de rolée. Ce ièl
fort de terre en certains endroits, de l'épaiflèur d'en-
viron deux pouces ; mais on dit que la chaleur du
foleil, lorfqu'il q^ levé , le fait enfuite diminuer &C
rentrer , pour ainfi dire , en terre. Le terrein où ce
fel fe trouve efi bas & humide en hiver ; il n'y croît
que fort peu d'herbe. Quand on a enlevé ce fel dans
un endroit , il femble qu'il s'y reproduife de nou-
veau.
M. Smyth , anglois , a fait des expériences fiir ce
fel , par lefquelles il a trouvé qu'il ne diiférolt en
rien du fel de fonde , ou des alkalis fixes ordi-
naires; il n'a point trouvé que cette terre contînt
de l'alkali volatil.
Voici la manière dont on prépare du favon avec
cette terre ; on en mêle trois parties avec une partie
de chaux vive , & l'on verfe de l'eau bouillante fin-
ie mélange ; on le remue avec un bâton , il s'élève k
la furface une matière brune , épaifie , que Ton met
à part ; on s'en lèrt , aufil-bicn que de la dlfiblution
claire , pour faire du favon ; mais cette matière eil
beaucoup plus cauftique que la liqueur claire. En-
fuite on a de grandes chaudières de cuivre , dans lef-
quelles on met de l'huile ; on allume defibus un grand
feu ; on fait un peu bouillir rhuile , (S: l'on y met
peu-;\-peu la matière épaifiè qui lurn.igeoit A la difio-
lution ; après quoi on y met la liqueur même , ou la
Î46
s N E
/
difloliitlon ; quelquefois on n'y met qu'une de ces
{"ubtlanccs. On continue il y cnniotrre juîqu'il ce que
l'huile ait acquis la conllilance de lavon , ce qui n'ar-
rive quelquefois qu'au bout de pkirieurs jours ; on
entretient pendant tout ce tenis un t'cu très-violent.
La partie la plus chargée de Tel de la liqueur fe com-
bine avec l'huile , &: la partie la plus t'oible tombe
au fond de la chaudière , & fort par un robinet def-
riné à cet ulagc. On la garde pour la verfer fur un
nouveau mélange de cliaux & de terre. Lorfque le
favon cil bien formé , on le puife avec des cuillères,
6c on le fait fccher fur une aire pavée de briques, ou
enduite de glaifc. foyc^ [QsTranfaciionsphiloJophiqucs,
//^ 2ÎO, ^
SMï'RNIC/M , f. m. (Botan.) genre de plante
ainfi nommée par les Bauhins , Ray , Tournefort ,
Eoerhaave, & autres botanilles ; nous la connoilfons
en françois fous le nom de mauron. f-'oye^ Mace-
RON.
Les anciens Grecs ont décrit clairement deux dif-
férentes plantes fous le nom de finymium ; lavoir le
maceron ordinaire , & le percil de Cilicie. La pre-
mière de ces plantes aime les terres riches & humi-
des, & la féconde ne fe plait que fur les montagnes
picrreufes, & dans les lieux les plus llériles 6c les plus
iecs. {D. J.)
S N
SNEECK , SNEK , ou SNITZ , ( Giog. mod. ) an-
cienne ville des Pays-Bas , dans la Frife , au Weftor-
goo, à trois lieues de Zuyderzée , de Levarde &
de Trancker , dans un terrein marécageux. Elle efl
bien bâtie , défendue par de bonsrem.parts , peuplée
& marchande. Il y a des écoles latines pour l'inftruc-
tion de la jcuneire. Long. aj. 10. latïi. .5j. G.
//(YT^er ( Joachim ) , favant jurifconfulte , connu
par pluficurs ouvrages de droit , écrits en latins, na-
quit à Sneeck en i 5 13 , & mourut à Macirid en 1 573 ,
auprès de Philippe II. roi d'Eipagne , qui l'avoit
nommé fon conleiller d'état au conieil de Maiines.
Baart ( Pierre ) , illuftre poète flamand , & com-
patriote oe Hopper , s'eft extrêmement diftingué par
les ouvrages en vers. On fait cas de fon poëme hé-
roïque , intitulé le Triton de Frife , dans lequel il dé-
crit la prife d'Olinde , ville du Bréfil , dans la capi-
tainerie de Fernambouc ; mais les gens de goiit efti-
mcnt encore plus le pocme de cet auteur,inritulé les
Géorgiijues de Frife. On vante la douceur & l'harmo-
nie des vers , la beauté & la variété des images.
{D.J.)
SNEIUNE , ( Géog. mod.) ville de Perfe , entre
Ninive & Hifpahan, & à trois journées d'Amadam ,
avec un gouverneur qui y réfide. (Z). /. )
SNORING, ( Géog. mod.) bourg du comté de
Nort'olck ; mais bourg illuftre par la naifiance de
Pearfon (Jean) , un des plus lavans prélats d'Angle-
terre dans le xvij.fiecle. Il s'avança de grade en grade
pr,r fon mérite , & devint enfin liiccefnvement , de
îimple chapelain , évêque de Bangor , de Cheller &
de Londrts. Il mourut en 1686 , âgé de 74 ans.
C'étoit , dit M. Burnet,le plus grand théologien
de fon fiecle atout égard, homme d'un favoir émi-
nent , d'un raifonnement profond, d'un ei'prit droit.
A l'étude de l'hiftoire eccléfiaftique , qu'il pofledoit
f)arfriiîement , il joignit une grande connoiliance des
angues 6i des antiquités payennes. Judicieux & gra-
ve prédicateur , il le propola plus d'inflruire que de
toucher. Sa vie fut exemplaire , & la douceur étoit
charmante. Avec tant démérite & de fi belles quali-
tés, ii nous a lailfé un exemple de la foibleiiede l'ef-
prit humain ; car plufieurs années avant fa mort, il
perdit tellement la mémoire j qu'il étoit véritable-
ment en enfance.
S N E
Son explication dufymhoh des apôtres , eft un des
meilleurs ouvrages que l'églife anglicane ait produit;
il le publiai! Londres en 1659. itfut traduit en latin
fur la cinquième édition , 6c imprimé à Francfort en
i6t;i /«-4". Ce même ouvrage a été traduit en fla-
mand , &c ne l'a point été en françois.
Dans l'explication du premier article du fymbole ,
le favant évêque fe déclare contre l'idée innée de
Dieu. « Quoiqu'il y ait eu des perfonnes,dit-il,qui fe
» font imagine que l'idée de Dieu étoit innée &C na-
>> turelle à famé humaine , enforte qu'elle naît avec
» l'homme , je liiis perfuadé néanmoins qu'il n'y a
» point de connoiffance innée de quelque chofe que
» ce foit; mais je crois que l'ame reçoit les premières
» idées des conféquences raifonnées. Si donc, dans
» fon origine , l'ame eft comme une table rafe , fur
» laquelle il n'y a aucun caraftere gravé , & fi toutes
» nos connoiffances viennent par la voie des fens ,
» par l'indruélion & par le raifonnement , nous ne
» devons pas attribuer l'idée de Dieu à aucun prin-
» cipe né avec nous ».
Les œuvres poflhumes de l'évêque de Chefter
font écrites en latin, &ont paru à Londres en 1688,
i/-2-4". par les foins de Dodwel. Ces oeuvres poflhu-
mes font trcs-curieufes ; elles renferment une differ-
tation fur la vie de Saint Paul , cinq leçons fur lei
ades des apôtres , & deux diflertations fur la fuccef-
fion des évêques de Rome.
Dans les leçons fur les aftes des apôtres , le doc-
teur Péarfon remarque qu'il efl fort difficile de fixer
le tems précis de la nuilfar.ce , de la mort & de l'af-
cenlion du Sauveur. Nous fàvons en général qu'il
naquit fous le règne d'Hérode ; mais il n'y a aucune
circonftance qui nous marque au jufle en quelle an-
née. Les Juifs ont par malice confondu l'ordre des
tems , &C les pères ne fe font pas donné beaucoup de
peine pour l'éclaircir. Ils étoient feulement prévenus
de la faufle opinion , que Jefus-Chrifl n'avoit prêché
qu'une année. L'auteur reconnoît néanmoins , que
c'efl-là un point de pure curiofité , qui ne donne pas
la moindre atteinte à la vérité de l'hifloire eccléfiaf-
tique ; & il pofe pour fondement de fa chronologie,
que Jefus-Chrill fut crucifié la dix-neuvieme année
de l'empire de Tibère. ,
Dans la première difTertation fur la fuite des évê-
ques de Rome , le favant Péarfon obferve que nous
n'avons que deux catalogues des pontifes romains ;
l'un nous efl: venu des Grecs , & l'autre des Latins.
Les favans les fuivoient indifféremment; mais l'au-
teur prétend qu'ils fe font égarés , &C que ces cata-
logues font des guides trompeurs, qui conduifent a
l'erreur. Pour commencer par celui d'Eufebe , qui
etl le plus ancien , il foutient qu'il ne peut pas être
fort exad)-, par cette raifon, que dans les dyptiques
dont il l'a tiré , le tems de la mort des évêques n'ell
point défigné. Les évêques de Rome , fur-tout dans
le premier fiecle , ne faifoient pas une affez grande
figure pour attirer les regards. Ainfi l'on ne trouve
rien de fur que depuis le pape Fabien , qui , dans le
milieu du troifieme fiecle , commit fept notaires pour
recueillir fidèlement les noms des martyrs &i. les
circonflances de leur martyre.
M. Péarfon remarque aufTi plufieurs fautes qui
ont échappé à Eufebe dans le catalogue qu'il nous a
laiffé des évêques de Rome. Il reprend , entr'autrcs ,
une faute qui regarde le pontificat de Xille , qu'Eu-
febc fait durer huit ans dans fa chronique,& onze ans
dans fon hifloire. Mais outre la contradittion , ni l'un
ni l'autre ne font véritables; car il a dû laiffer une
place au pape Etienne , dont le pontificat feroit en-
glouti par le trop long règne de Xiile. Le catalogue
latin n'a pas plus de certitude. Quoiqu'on l'ait fait
pafler fous le nom du pape Damafe , qui vivoit clans
le quatrième fiecle , l'auteur en efl inconnu, Se il
s O A
portolt autrefois le titre de gefla poruificalia. Ificlore
Mercator l'a liiivi pour forger fes decrétales , qu'il a
voulu auifi attribuer au pape Damafe , afin de leur
donner plus de poids. Cependant le ftyle en efl trop
barbare , & l'ignorance des cérémonies de l'églife
paroi!: trop groiiierement pour être du pape Damafe.
En un mot , malgré l'air d'antiquité que l'auteur s'eil
efforcé d'y donner , c'eft un ouvrage forgé dans le
fixieme fiecle , qui a été continué par Anallafe le bi-
bliothécairç.
L'évêque de Chefter a auffi donné les ouvrages de
>Sa;nî Cyprien , avec les annaUs Cypnanici , Oxonics
i6f?2. , i/z-fol. I! a eu grande part , avec fon frère Ri-
chard , profeÛeur en droit au collège de Gresham ,
aux criiici facii , imprimés à Londres en 1660 &
166 1 , en 9 volumes in-fol. Enfin on lui attribue une
belle édition grecque du vieux & du nouveau Tef-
tament : vêtus Tejlanuntum ^rœcum , cum prœfutione
( Joanis Péarfon ) accedit novum Tcfldituntum grœ-
aini , Cantabrigiae 1665 , in-iz, 3 vol, ( La chevalier
DE J AU COURT. )
SNOWDON-HfLLS , ( Ghg. moi. ) montagnes
d'Angleterre , au pays de Galles, dans le comté de
Caernarvon. C'eft une chaîne de montagnes , qui
font les plus élevées du comté de Galles , & d'ail-
leurs tellement entrecoupées de lacs & de marais ,
que les chemins en deviennent fort rudes & fort dif-
ficiles à tracer. La neige couvre leur fommet toute
l'année, & c'eft de-la qu'elles ont tiré leur nom ;
cependant cela n'empêche point qu'on n'y trouve
dans le bas d'excellens pâturages. Du milieu de ces
montagnes , on en voit une s'élever fi prodigicufe-
ment , qu'elle furpafîe de beaucoup toutes les au-
tres , & cache fon front dans les nues. Elle eft fituée
prelque au cœur de la province , & on lui donne par
excellence le nom de Snowdon. M. Cafyel d'Oxford,
qui l'a mefurée par la Trigonométrie , la juge haute
de 3488 pies de Paris ; mais cette mefure peut n'être
pas exafte , à caufe des réfractions de l'air , qu'il eft
impofTible d'exprimer avec précifion. Voye'{^ ce que
nous en avons dit au mot Montagne. {D.J.^
SNYATIN , ( Géog. mod. ) ville de la petite Po-
logne , capitale de la Pokucie , fur la gauche du
Pruth , à quatre lieues au levant de Colomey. Elle
eft afTea marchande , car les Valaques y portent du
miel , de la cire j & y amènent quantité de bœufs &
de bons chevaux. (£>./.)
S O
SOAMUS , ( Gèog. anc, ) fleuve de l'Inde , qui ,
félon Arrien , prend fa fource aux montagnes de Ca-
pifla , & fe rend dans l'Indus , fans recevoir les eaux
d'aucune rivière. ( Z>. /. )
SOANA , SUANA , SUANE , SOANE , ( Giog.
mo-d. ) petite ville d'Italie , dans la Tofcane au Sien-
nols , fur une montagne , proche de la rivière de
Fiore , à feize lieues au midi de Sienne , dont fon
évêché , érigé dès le fepticme fiecle, eft futlVjagant;
mais le mauvais air qu'on refpire dans cette ville l'a
rendue prefque deferte. Long. 25». i^.latlt. 42. 44.
Grégoire VU. connu fous le nom A' Hildzbrand ,
moine de Cluni , fils d'un charpentier , naquit -àSoa-
na ; il fut élevé à la tiare pontificale en 1073 , ^
mourut en 1085 àSalerne , comme je l'ai dit dans
l'article de cette ville.
Il eut la hardiefle d'excommunier , de dcpofer
l'empereur Henri IV. & déclara fes fujets libres du
ferment de fidélité. Entreprenant, audacieux, mê-
lant fouvent l'artifice à l'ardeur de fon zcle poiu- les
prétentions de l'Eglife , fucceffcur d'Alexandre II.
dont il gouvernoit le pontificat , il laifîa , apr.is fo.n
décès , une mémoire chère ati clergé romain , mais
odicule à tout boa citoyen qui conlidércra les efî'ets
S O B
U1
de fon ambition intlexible. L'Eglife , dont il fut le
vengeur & la viftime , l'a mis au nombre des faims
comme faifoient les peuples de l'antiquité en'déifiant
leurs héros.
Mais tous les portraits , ou flatteurs , ou odieux ^
que tant d'écrivains ont fait de lui , fs retrouvent
dans le tableau d'un peintre de Naples , qui peignit
ce pontife tenant une houlette dans une main & uri
fouet dans l'autre , foulant ies fceptres à fes pies, &
ayant à côté de lui les filets & les poifTons de faint
Pierre.
Benoît XîIL ayant donné une bulle pour intro-
duire dans le bréviaire romain ( qu'on dit aiTez ordi-
nairement en France ) la fête &C l'oiîàce de Grégoire
VII. quelques évêques éclairés & le parlement s'y
oppoferent vigoureufement , & la nation- leur en
fut bon gré. Voltaire , efii fur l' lu flaire géniraU,
{D.J.) J 6
SoANA , ( Geog. anc. ) fleuve de la Sarmatie af^a-
tlque , dont le nom moderne eft Tcrchin. C'eft auflî
le nom d'un fleuve de Tîle de Taprobane. Enfin ;
c'eft une ville d'Italie dans la Tofcane , qui a coîi-
fervé fon nom. (Z?. /. ) -
SOANDA , o«SOANDUS,( Géog. anc.) ville de
la petite Cappadoce , fuivant Strabon. Antonln là
marque fur la route de Tavia. (D. J.)
SOANES , (Geog. anc. ) peuples d'Afie, dans la
Colchide. Strabon , liv. IL p. 4c) c). dit qu'ils étoient
du nombre de ceux qui formoient l'afTemblée géné-
rale de Diofcurias. Les Soanes de Strabon font les
Suani de Pline & de Ptolomée. Ils ne le cédoient
point aux Phthéirophages leurs voifinspour l'ordure
& pour la crafTe , mais ils étoient bien plus puifl'ans.
iD.J.)
SOASTUS , ( G^Gg. anc. ) fleuve de l'Inde , qui fe
jette dans le Cophès , félon Arrien. C'eft peut-être
le Sodinus de Pline , /. Fl.c.xxiiJ. {D.J.)
SOATPvIS , ( Géog. anc. ) ville de la bafle Moefie j
fur le Pont-Euxin. L'itinéraire d'Anîonin la marque
entre Marcianopolis & Anchiale , à 26 milles de la
première , & à 24 de la féconde. (Z), J.)
SOAVE , ( Mujïq. italien. ) terme italien employé
quelquefois dans la mufique, & qui fignifie d'une
manière agréable , douce , gracieufe , &c. {D.J.)
SOBANNUS , ( Géog. anc ) fleuve de l'Inde au-
delà du Gange. Ptolomée , //V. ^//. ch. ij. met fon
embouchure entre Pagraza & Pithonobaftc ; c'eft
préfcntement, félon Caftalde, leSian. {D.J.)
SOBARMAH, ou SOBORMAH , ( Géog. mod. )
nom perf'an , d'une grande île de la mer de la Chine ,
autour de laquelle il y en a plufieurs autres qui font
inhabitées. La mer y eft profonde & très-orageufe.
C'eft l'i peut-être l'île de Sumatra , du moins ce qu'en
dit le shérif Al-édrifil s'y rapporte. {D. J. )
SOBERNHEIM , ( Géog. mod. ) petite ville d'Alle-
magne , dans le palatinat du Rhein , fur la rive gau-
che de la Nahe , au-deffous de Marteinftcin. {D. J )
SOBIESLOW, ( Géog. mod.) petue ville de Bo-
hême, dans le cercle, &C A l'oiient de Bechln. (D.J.)
SOBORMA ULLOSIENÎA , {Hlf. mod. Jurlfpr.)
c'elt ainfi que l'on nomme en P^ulFie le corps de lois ,
ou le code d'après lequel on juge dans les tribunaux
tous les procès & conteftations qui s'élcvent entre
les fujcts de l'emoire.
SOBRARVE \ ou SOBRARBE , ( Géog. mod. )
contrée d'Efpagne , au royaume d'Aragon, avec titre
de principauté. Elle a les Pyrénées au nord , &: le
comté de Ribagorça à l'orient. Elle contient plufieurs
vallées. Se une petite place qu'on nomme ^mfa.OcH
dans ce pays que le Clnca prend fa fource. {D. J. )
SOBRE , adj. ( Gr.imrn. ) qui ulc de tout avec mo-
dération. L'homme yô/'re eft fiiin & vit fans maladie
&: long-tcms. Rien n'cft plus coaumm qu'un vit.'il
avare , parce que l'avai ice ttùjobre. Comment fe fait-
14^
S O B
il qu'un des vices les plus vils ibit rccompenfc de la
iantc &c de la lon>;ue vie ? Hcureulenient fa longue
vie n'oit qu'un long travail & un long tourment.
SOBRIETE, 1". t". (^Morj/e.) tcirpcrament dans le
boire ^c le manger , ou pour mieux dire dans la re-
cherche des plaifirs de la table.
L-Ajbhitti en lait de nourriture , a d'un côté pour
oppolo la gourmandile, &; de l'autre une trop grande
macération. La fobricù dans le boire , a pour con-
traire l'ivrognerie.
Je crois cjuc la fobrihc eft une vertu très-recom-
mandable ; ce n'elt pas Epidkte & Seneque qui m'en
ont le mieux convaincu par leurs Icntences outrées ;
c'ell un homme du monde , dont le lufFrage ne doit
être lulpcd à perlbnne. C'cll Horace , qui dans la
pratique s'étoit quelquefois laiflé léduire par la doc-
trine d'Arillipe , mais qui goiitoit réellement la mo-
rale fobre d'Epicure.
Comme ami de Mécène , il n'ofoit pas louer direc-
tement lafobriété à la cour d'Augufle; mais il en fait
l'éloge dans fes écrits d'une manière plus fine & plus
perfuafive , que s'il eût traité fon lujet en moralille.
Il dit que hjobriéi: fuffit A l'appétit , que par conié-
quent elle cloit iufîire à la bonne chère , & qu'enfin
elle procure de grands avantages à l'ef prit & au corps.
Ces propontions font d'une vérité lenfible ; mais le
poète n'a garde de les débiter lui-même. Il les met
dans la bouche d'un homme de province , plein de
bon lens , qui fans fortir de fon caractère , 6c fans
dogmatilcr , débite fes réflexions judicieufes , avec
naïveté qui les fait aimer. Je prie le ledeur de l'é-
couter, c'efl dans la fatyre ij. L II.
Qua virius , & quanta , boni , fit vivere parvo :
(^Ncc meus hicjcrmo ijl ,fcd qu^m prcca^'ït Ofdius
Ruflicus , ab normis fapïais , crajjàque Mincrvd ^
Dijcite^ non intcr lances , menjajqui nitentes ,
Q!:um flupet inj'unis actes fulgoribus , & quuin
Acclinis Juljîs anïmus vuliora recufat :
Verum hic impranji mecum difquinte. Cur hoc ?
Dicam Ji potero. Maie verum examinât omnis
Corruptus judex.
« Mes arms, la fobriéié n'eft point une petite vertu.
i> Ce n'eft pas moiqui le dis, c'eliOfcllus , c'eft un
» campagnard fans étude , à qui un bon fens naturel
» tient lieu de toute philofophie & de toute litté-
» rature. Venez apprendre de lui cette importante
» maxime : mais ne comptez pas de l'apprendre dans
» ces repas fomptueux , oii la table efl embarraffée
» par le grand nombre de fervices , oii les yeux
» l'ont épiisde l'éclat d'une folle magnificence , &
» où l'el'prit difpofé à recevoir de fauiTes impref-
» fions , ne laifîe aucun accès à la vérité. C'eft à
»> jeun qu'il faut examiner cette matière. Et pour
» quoi à jeun ? En voici la raifbn , ou je fuis bien
» trompé : c'eft qu'un juge corrompu n'eft pas en
« état de bien juger d'une affaire ».
Dans la fatyre vij , l. JJ , v. ioJ>. Horace ne peut
encore s'empêcher de louer indiredement les avan-
tages de hjobriétc. Il feint qu'un de fes ef claves pro-
fitant de la liberté que lui donnoit la fête des Satur-
nales lui déclare cette vérité, en lui reprochant fon
intempérance. « Croyez vous , lui dit-il , être bien-
» heureux & moins puni que moi , quand vous
» cherchez avec tant d'emprcfîément ces tables fer-
» vies délicatement & à grands frais ? Ce qui arrive
» de-là , c'eft que ces fréquens excès de bouche
» vous rcmpliffent l'eltomac de fucs acres & indi-
»♦ geftes ; c'eft que vos jambes chancelantes refufent
»> de foiitenir un corps ruiné de débauches ».
Qui , lu impunitior illa
Quce parvo fumi nequeuni obfonia captas ?
hcnipc inaniarcjcunt epulx, fine fine peiita ^
Illufnue pedes viiiofum firrc rccujant
Corpus,
S O B
Il eft donc vrai que la fobriérJ tend à conferver la
fanté , & que l'art d'apprêter les mets pour irriter
l'appétit des hommes au-delà des vrais befoins efl
un art deflrudieur. Dans le tems oii Rome comptoit ;
fes viftoires par fes combats , on ne donnoit point '
tin talent de gages à un cuifinier ; le lait & les légu-
mes apprêtés fimplement , faifoicnî la nourriture des
conful's , & les dieux habitoient dans des temples de
bois. Mais lorfique les richcffcs des R-omnins devin-
rent imnienfcs , l'ennemi les attaqua, & confondit
par fa valeur ces fybarites orgueilleux.
Je fais qu'il eft impoffiblc de fixer des règles fur '
cette partie de la tempérance , parce que la même
chofe peut être bonne à Pun oc excès pour un autre;
mais il y a peu de gens qui ne fâchent par expérience
quelle forte & quelle quantité de nourriture con-
vient à leur tempérament. Si mes lecteurs étoient
mes malades , &c que j'eufle à leur prcfcrire des rè-
gles de J'obricré proportionnées à l'état de chacun , je
leur dirois de faire leurs repas les plus fimples qu'il
feroit poffible , & d'éviter les ragoûts propres à leur
donner un faux appétit , ou le ranimer lorfqu'il eft
prefque éteint. Pour ce qui regarde la boifîbn , je
ferois afTez de l'avis du chevalier Temple. « Le pre-
» mier verre de vin , dit-il , eft pour moi , le fécond
» pour mes amis , le troifieme pour la joie , & le
» quatrième pour mes ennemis ♦». Mais parce qu'un
homme qui vit dans le monde ne fauroit obferver ces
Ibrtes de règles à la rigueur, 6c qu'il ne fait pas tou-
jours mal de les tranlgrefî'er quelquefois , je lui con-
fèillerois alors de tems en tems des jours d'abftinence
pour rétablir fon corps , le délivrer de la pléthore
des humeurs , 6l procurer par l'exercice de l'élalti-
cité aux reflbrts affoiblis de fa machine. ( Le chevalier
DE J AU COURT. )
SObRiQUilT, f. m. (^Littérature.') forte de fur-
nom , ou d'épithete burlelque, qu'on donne le plus
fouvent à quelqu'un pour le tourner en ridicule.
Ce ridicule ne naît pas feulement d'un choix afFefté
d'expreliions triviales propres à rendre ces épithetes
plus fignifîcatives ou plus piquantes ; mais de l'appli-
cation qui s'en fait fouvent à des noms de perfonnes
confidérables d'ailleurs, & qui produit un contrafte
fingulier d'idées férieufes & plaifantes ; nobles &
viles , bifarrement oppofées , telles que peuvent l'ê-
tre dans un même fujet celles d'une haute naiffance ,
a\ec des inclinations baffes ; de la majefté royale, avec
des difformités de corps , réputés honteufes par le
vulgaire ; d'une dignité refpeftable, avec des mœurs
corrompues , ou d'un titre faftueux , avec la pareffe
& la pufillanimité.
Ainfi lorfqu'avec les noms propres d'un fouverain
pontife, d'un empereur illuftre , d'un grand roi, d'un
prince magnifique, d'un général fameux, on trou-
vera joints les furnoms de Groin-de-porc , de Barbe-
roujfe , de Pié-tortu , d^ Eveille-chien, de Pain-en-bou-
che , cette union excitera prefque toujours des idées
d'un ridicule plus ou moins grand.
Quant à l'origine de ces furnoms , il eft inutile de
la rechercher ailleurs que dans la mahgnité de ceux
qui les donnent, & dans les défauts réels ou appa-
rensde ceux à qui on les impofe relie éclate fur-tout,
A l'égard des perionnes dont la profpérité ou les ri-
chefîés excitent l'envie, ou dont l'autorité quelque
légitime qu'elle foit , paroît infuportable ; elle ne
relpecle ni la tiare ni la pourpre , c'eft une reffource
qui ne manque jamais à un peuple opprimé ; & ces
marjques de fa vengeance font d'autant plus à crain-
dre , que non-feulement il eft impcfliblc d'en décou-
vrir l'auteur , mais que ni l'autorité , ni la force , ni
le laps de tems , ne font capables de les effacer. On
peut lé rappeller à l'occafion de ce caraétere indélé-
bile, ( s'il elt permis d'uler ici de ce terme) , les ef-
forts inutiles que fît lui archiduc, appelle Frédéric,
pour
s Ù È
pom faire oublier le furnom de Bourfé viùdt dont il k
trouvoit offenlc : le peuple dans un. pays où il ctoit
relesjué le lui avoit donné dans le rems d'une dil'grace
<jui l'avoit réduit à une extrême diiétte. Lorl'qu'une
fortune meilleure l'eut rétabli dans /es états , il eut
beau pour marquer Ion opulence, taire dorer julqu'à
la couverture de ion palais,- le liu-nom lui reita tou-
jours; il faut aiuTi convenir que s'il ciiî fait du bien
au peuple, au lieu de dorer fon palais, {onfobnqua
■eût été changé en furnom plein de gloire.
Il arriva quelque chofe de femblable à Charles de
'Siçil^J , {xirnO\i\v\i fans -tette ^fobriquet qui ne lui avoit
été donné , que parce qu'elfeûivement il fut long-
tems fans états ; il ne le perdit point , lors même que
Robert fon père lui eut cédé là. Caiabre,
Il eii: aifé de coinprendre par ce qu'on vient d'ob-
ierver de l'origine & de la nature à^sjbbriqucts , quelles
font leslbtu'ces communes d'où on les tire. Toutes les
rn^pcrfeftïoiis du corps , tous les défauts de l'efpritdes
liommes , leius mœurs , leurs paiTions , leurs mau-
vailés habitudes , leurs vices , leurs actions de quel-
<jue nature qu'elles foienî, tout y contribue.
A l'égard de la forme , elle ne confifLe pas feule-
ment dans l'ufage de limples cpithetes, on les relevé
fouvcnt par des expreflions figurées , dont quelques-
unes ne font quelquefois que des jeux de mots ,
comme dans celui de biberius msro , pour Tibcrius
•Ncro, à caufe de fa paiiion pour le vin ; 6c dans celui
de cacoer^ite , appliqué à Ptolomée Vlî. roi d'Ê-
gyptc , pour le qualifier de mauvais prince , par imi-
tation à^évurgctc , qui défigne un prince bienfaifônt;
tel eil encore ç.Q\\.\\à'lpimane^ donpé à Antiochus IV.
<quiîiu lieu ^ipiphane, ou roi iiluilre dont il uftirpoit
le titre , ne fignifie qu'un furieux.
Xy-àWXx^sjobnciuits font ironiques & tournés en con-
trevériîés , comme celui de poïtù Lauréat , que les
Anglûis donnent aux mauvais poètes.
il y en a fouvent dont la malignité confulc dans
l'emprunt du nom de quelque animal ou de quelques
perlonnes célèbres , notées dans l'hilloire par leurs
figures ou leurs vices, dont on fait une comparailbn
avec la pcrfonne qu'on veut charger; les Syriens ti-
rèrent de la reffembiance du nez crochu d'A.ntiochus
Vlli. au bec d'un griffon , le fobriqua de grypus qui
liii efl reflé ; & Ton connoît afîez dans l'hifloire an-
cienne , les princes & les perfonnes célèbres à qui on
a donné ceux de bouc^ ceux de cochon , d'àm , de
veau , de taureau & d'ours , comme on donne aujour-
d'hui ceux de Silène, d'Efope , de Sardanapale , & de
Mcfialinc , aux perfonnes qui leur reffemblent par la
figure , ou par les moeurs.
Mais de toutes les expreiTions figurées , celle qui
forme les plus mgcmzwx fabriquas , (fi l'on veut
convenir qu'il y ait quelque fel dans cette forte de
production de i'efprit ) c'eil l'alluiion fondée fur luie
connnoilî'ance de faits fingulicrs , dont l'idée prête
une forte d'agrément au ridicule.
Ces différentes formes peuvent fe réduire à quatre ,
qui font autant de genres de furnoms burlel'ques ;
ceux dont la note eft indifférente, ceux qui n'en im-
priment qu'une légère , ceux qui font injurieux, &
ceux c|ui font honorables.
Pour donner lieu à ceux du premier genre , il n'a
fallu qu'un attachement ;\ quelque mode fingulicre de
coéifure bu d'habillement, quelque coutume particu-
lière , quelque adion peu importante : ainfi Ils fobri-
gucts de Pogonatc ou Barbe longue ^ donnés à Conf-
tantin V. empereur de Conflaniniople ; de crépu , à
Boleflas , roi de Pologne ; de gyïfcgondu , à Geolfroi
l. comte d'Anjou; de courtc-muntcl, à Henri 11, roi
d'Angleterre ; de iGJigus-épée, à Guillaume ^ duc de
Normandie; & àt hache ^ à Baudoin VU. comte de
Flandres , l'ont jamais pu bleffer la réputation de ces
princes.
Tome XV;
14^
Les Romains 'appeiIoientj/%«a;m, te -génfe de fur-
noms , c,: l'atlion de le donner fignificarc.
Ceux du fécond genre ont pour objet quelque lé-
gère unpcrfcdion du corps ou de i'efprit , certains
evénenicns, &: certaines adions qui , quoiqu'ino-»
centes , ont une efpece de ridicule. C'eft ce q^e Ci-
ccron a entendu par turpicula ^fubcurpia , & quaf de-
fnrmia. Si Socrate , par exemple , fe montroit peu fen-
fîble au furnom de camard ^ beaucoup s'en trouve'-
roient offenfés : celui de cracheur n'étoit point hono-
rable à Vladiflas , roi de Bohème , &c.
Ceux du troifieme genre , font beaucoup plus pi-
quans , en ce qu'ils ont pour objet les diiformités du
corps les plus confidérables , ou les plus grandes dif-
graces de la fortune , & dont la honte efl fouvenl.
plus difficile à fupporter, que la douleur qui les ac-
compagne.
Ceux du quatrième genre , n'ont pour objet que
ce qu'il y a de plus rare dans les qualités du corps ,.
de plus noble dans celles de I'efprit & du cœur , de
plus admirable dans les mœurs , & de plus grand
dans les actions. Le propre de ces furnoms cil: d'être
caractérifés d'une manière plaifante , & qui , quoi-
qu'elle tienne de la raillerie , ne lailTe jamais qu'une
idée honorable.
Ainfi les furnoms de bras-de-fer , & de cotu-de-fer ^'
impofés l'un à Baudouin I. comte de Flandres , ôc
l autre à Edmond II, roi d'Angleterre , font de vrais
éloges de la force du corps dont ces princes étolent
doues;tel efl auffi celui de temporlfeur^-^xdo^t toujours
cno quant, fait pour Fabius l'apologie de fa politique
militaire , comme celui de /^/25-/?c7-;r marque à l'é-
gard de Richard duc de Normandie, & de Jean duc
de Bourgogne, leur intrépidité.
Il y a des caraderes accidentels qui en établiffent
encore des genres particuliers. Les uns peuvent con-
venir à plulieurs perfonnes , comme les furnoms de
borgne ^(ï^i. bojju^Aft boiteux^ de mauvais: d'autres
ne font guère appUqués qu'à une feule , comme le
furnom de Copron.yme impofé à Conlbntin IV. Se
celui de CaracaUa au quatrième des Antonins.
Les fabriquées ou furnoms qui fe donnent récipro-
quement les habitans d'une petite ville , d'un bourg
ou d'un hameau , ne confident ordinairement qu'en
quelques épithetes fi triviales <X fi groifieres, qu'il
n'y auroit point d'honneur à en rapporter des exem-
ples.
Il n'en efl pas de même de ceux qui naifîent dans
l'enceinte des camps ; ils font marqués à un coin de
vivacité & de liberté particulières aux militaires.
Il y en a enfin d'héréditaires , & qui n'ayant été
d'abord attribués qu'à une feule perfonne , ont en-
fuite paffé à fes defcendans , &: lui ont tenu lieu de
nom propre. Tels font la plupart des furnoms des
Romains illufîres, du tems de la république, que
les auteurs de l'hifloire romaine qui ont écrit en grec ,
ont cru leur être tellement propres, qu'ils ne leur
ont ôté que là terminaifon latine , comme Denis
d'riahcarnalîe l'a fait de ceux de PKijsoç & de KcpaTcç;
car il ne faut pas s'imaginer , comme l'ont cru quel-
ques antiquaires, que les magiflrats fur les médailles
deiquels on lit les (mnoms A' ^nobarbus , de Nafo ,
de Cruffîpcs , de Scaurus , de Bibulus , foient les hom-
mes Àqs familles Domitia , Axfia ^ Furia^ Amilia ^
CaLpunda , qui avoient la barbe rouffc , le ne^ long ,
des pies contrefaits , de gros talons , & qui étoiont
adonnés au vin. Il y a au contr;iire dans cette ré-
publique , certaines familles qui n'ont tiré leur nom
que d'un de ces fortes Acfobriqucrs^ que lé premier
cje la iamille a porté , comme la Claudia qui a tiré le
lien d'un boiteux. La même choie ell arrivée en no-
tre pays , auHi bien que dans beaucoup d'autres.
Ce[)cndant ces furnoms tels qu'ils ont été , font
devenus d'un grand avantage dans la chronologie &a
I i
IJO
s O B
S
O C
dans l'hiftoire. Il faut convenir que fi quelque chofc
elt capable de diminuer la confulion que peut cauier
dans l'eipritune imdtitude d'objets lembiables, tels
que ce n<.>mbre prodigieux de rois 6: de louveraiiis ,
qui dans les monarchies anciennes 6c modernes , le
luccedent les uns aux autres lous les mêmes noms;
c'clU'attention avix lurnoms par lerquels ils y font
dillincués. Cesfurnoms nous aident beaucoup à re-
connoîtrc Us princes , au tcms defquels les évcne-
mens doivent fe rapporter , & a y fixer des époques
certaines. , ,
L'ul'age en eft ncceffaire , pour donner aux généa-
logies des familles qui ont pofledé les grands empires
^: ics moindres états, cette clarté qui leurellelkn-
tielle.
C eft parle défaut de furnoms , que la généalogie
des rharaons, dont jofephe &: Plulcbe ont dit que
les noms étoient plutôt de dignité que de tamille ,
eil fi obfcure. Combien au contraire la précaution
de les avoir ajoutés aux furnoms tirés de l'ordre nu-
méral , fauve-t-elle de méprifes d<. d'erreurs dans
l'hiftoire desAlexandres de Macédoine, des Ptolo-
mées d'Egypte , des Antiochus de Syrie , desMithri-
dates du Pont , des Nicomedes de Bithynie, des An-
tonins & des Conltantins de l'empire , des Louis &
des Charles de France , 6-c. Si les épithetes de ri-
ches , de grands , de confervateurs , &c. dont les
peuples honorèrent autrefois quelques-uns des prin-
ces de ces familles , laifient dans la mémoire une
iniprelfion plus forte que celles qui font tirées de l'or-
dre progreffit de premier, fécond , trolfieme & des
nombre fuivans , les lurnoms burlefques de nc^ de.
griffon , de ventru , Aa joueur de fiuu ^ à'cffi'niné,. de
martel^ de fainéant , de balafre, n'y en font - ils pas
une dont les traces ne font pas moins profondes ?
Horace faifant la comparaifon du lérieux & du plai-
fant,ne feint point dedonner la préférence à ce dernier.
Difcit enira citius , meminitque lihentius ilhid
QjLod quis dctidct , quant quod probat & vencratur.
Combien y a-t-il même de familles illuftres dans
les anciennes monarchies, & dans celle du moyen
âge, dont les branches ne font diftinguées que par
\çs fabriquas des chefs qui y ont fait des fouches dif-
férentes ! On le voit dans les familles romaines , la
Dom'ma dont les deux branches ont chacune pour
auteur un homme à furnom burlefque, l'un Calvï-
nus , & l'autre Ahenobarbus ; &C dans la Corne/la^ de
laquelle étoient les Scipions , où le premier qui a
été connu par le lurnom de Nafîca , a donné fon
nom à une branche qui ne doit pas être confondue
avec celle de l'Africain.
Une autre partie efl'enticlle de Thiftoire, eft la re-
préfcntation des cara(Seres des ditFérens perionna-
ges qu'elle introduit fur la fcene ; c'eft ce que font
les furnoms par des exprefnons qui font comme des
portraits en racourci des hommes les plus célèbres ;
mais il faut avouer que par rapport à la reffemblance
qu.i doit faire le mérite de ces portraits , que les fiir-
noms plaifans l'emportent de beaucoup fur ceux du
genre férieux.
Les premiers trompent rarement , parce qu'ils
expriment prefque toujours les carafteres dans le
vrai ; ce font des témoignages irréprochables , des
décifions prononcées par la voix du peuple , des traits
de crayon libres tirés d'après le naturel , des coups
de pinceau hardis qui ne font pas feulement des por-
traits de l'extérieur des hommes, mais qui nous re-
préflntent encore ce qu'il y a en eux de plus caché.
Ainfi l'obfcuritéde l'origine de Michel V. empe-
reur de Conftantinople , dont les parens calfatoient
des vaifi'eaux , nous eft rappellée par fon furnom de
Calaphatis ; la baffe naifTance du pape Benoit XII,
fils d'an boulanger françois , par celui de Jacques du
Four ^ qui lui fut donné étant cardinal, & "oppio-
bre de l'ancienne profeflion de Valere Miximien de-
ven\! empereur , par celui A'Armcntayïus.
L'événement heureux pour le fils d'Othon,duc de
Saxe, qui fut élevé à l'empire , & qui lorlqu'il s'y aî-
tcndcitle moins, en apprit la nouvelle au milieu d'une
partie de chaffe , eft lignalé par le fiirnom de VOiJé-
kur qui le dilhngue de tous les Htnns.
L'cmpreflément de l'empereur Léon pour détruire
le culte des images , eft bien marqué dans le terme
Ci t conocli lie .
La iiiauvaife fortune qu'effuya Frédéric L duc de
Saxe , par la captivité dans laquelle fon père le tint ,
eft devenue mémorable par le furnom de Mordu qui
lui eft rcflé.
La mort ignominieufe du dernier des Antonins ,
dont les foldaîs jetterent le cadavre dans le Tibre ,
après l'avoir traîné par les rues de Rome, ne s'ou-
bliera jam.ais à la vue des épithetes de Tracîltius &C
de Tibc'inus^ dont Aurelius Viélor dit qu'il fut chargé.
Ainfi rien n'eft à néoliger dans l'étude de l'hiftoi-
re ; les termes les plus bas , les plus groffiers ou les
plus injurieux , & qui femblent n'avoir jamais été
que le partage d'une vile popvdace , ne font pas pour
cela indignes de l'attention des favans.
M. Spauheim , dans fon ouvrage fur l'ufage des
médailles antiques , tome II. s' eft un peu étendu
fur l'origine des f)briqucts des Romains , en les confi-
derant par le rapport qu'ont aux médailles confulai-
res, ceux des principales familles de la république
romaine. M. de la Fvoque dans fon traité de l'origine
des noms , auroit du traiter ce fujet par rapport à
rhiftcire moderne. M.leVayeren a dit quelque chofe
dans fes ouvrages, /^ojeç fur -tout les mémoires de
l'aiad. des Infcrip. & Belles-lettres. ( Le chevalier DE
JaV COURT.')
SOC, f. m. (^Antiq. roti.^foccus ; forte de chaufTu-
re en ufage chez les Grecs & les Romains ; eniuite
elle devint en particulier celle de ceux qui mon-
toient fur le théâtre, pour y reprélénter les perfon-
nagcs comiques. Elle étoit oppolée au cothurne , au-
tre chaufiure ou brodequin , refcrvé pour les perfon-
nages héroïques. {D. /.)
Soc , terme de Laboureur y c'eft un fer large & poin-
tu , qui eft au bout du fcep de la charrue, (k. qui fert à
fouiller dans la terre.
Le /oc eft la partie efîentielle de toutes les char-
rues ; il eft prefque toujours formé par un fer plat &
acéré. Ce fer étant introduit à deux ou trois pouces
fous la terre, doit l'ouvrir; mais il y a desyo«qui cou-
pent la terre en-deffous, pendant que les autres neia
divifent que comme pourroit faire un coin. Il eft clair
que ceux-ci ont à vaincre la réfillance des racines,
& qu'ils paîtriffent & corroient les terres fortes &
humides : ces raifons ont déterminé les gens éclairés
à donner la préférence aux /;« coupans. (Z>. /.)
SOCCOLAN, f. m. (Ordre monaf.) on appelle
foccolans les religieux de l'ordre de S. François, d'u-
ne réforme particulière établie par S. Paulet de Fc-*
ligny en 1368. Lui-même ayant vu que les payfans
qui vivoient dans les montagnes de fon hermitage,
portoient des focques ou fandales de bois, il en or-
donna l'ufage aux religieux de fa réforme , qui furent
appelles par cette raifon foccolanti. f^oye^^ de plu^
grands détails dans le P. Héliot , /. FIL c. ix.ÇD. 7.)
SOCHACZOW, (Géog. mod.) prononcez ^oc^i-
chouf; petite ville de Pologne dans le duché de Mo-
zavie, près d'une petite rivière , à 4 lieues de Eloi-
gné. C'eft au-delà de cette ville qui eft toute bâtie
en bois , que commencent ces belles plaines qui s'é-
tendent jufqu'à la Viftule , par une efpace de 8 gran-
des lieues. (Z>. y.)
SOCIABILITÉ , {Droit nat. & Mjra/.) bienve^
lance envers les autres hommes.
soc
l,â focial'îllu eu. cette dirpofition qui nous porte k
faire aux hommes tout le bien qui peut dépendre de
nous, à concilier noire bonheur avec celui des au-
tres, & ù lUbordonner toujours notre avantage par-
ticulier, à l'avantage commun & général.
Plus nous nous étudierons nous-mêmes, plus nous
ferons convaincus que cette J'ociahUui elt conforme
à la volonté de Dieu ; car outre la néceffité de ce
principe, nous le trouvons gravé dans notre cœur.
Si d'un côté le Créateur y a mis l'arnour de nous-mê-
mes , de l'autre la même main y a imprimé un Senti-
ment de bienveillance pour nos lemblables; ces deux
penchans , quoique dilfinds l'un de l'autre , n'ont
rien d'oppolc , & Dieu les a gravés dans nos âmes
pour agir de concert. Aufii les cœurs généreux
trouvent-ils la fatistadion la plus pure à faire du bien
aux autres hommes, parce qu'ils ne font en cela que
fuivre un penchant naturel.
Du principe de la Joclabilité découlent toutes les
lois de la foeiété.
I °. Cette union que Dieu a établie entre les hom-
mes exige d'eux que dans tout ce qui a quelque rap-
port à la fociété , le bien commun loit la règle fuprè-
nie de leur conduite; & qu'attentifs aux conléiis de
la prudence , ils ne chercaent jamais leur avantage
particulier au préjudice de l'avantage public.
i**, L'efprit de fociabilité doit être univerfel. La
fociété humaine embraflc tous les hommes avec lef-
quels on peut avoir quelque commerce, puifqu'elle
elt fondée fur les relations qu'ils ont tous enfemble ,
en conféquence de leur nature & de leur état. P^oye^-
en les preuves dans PufTendorf & Cumberland.
3°. La railon nous dit que des créatures du même
rang , de la même eipece , nées avec les mêmes facul-
tés , pour vivre enlemble & pour participer aux mê-
mes avantages , ont en général un droit égal & com-
mun. Nous fommes donc obligés de nous regarder
comme naturellement égaux, & de nous traiter com-
me tels ; ce feroit démentir la nature que de ne pas
reconnoître ce principe d'équité (que les Jurifcon-
fultes nomment aquubiluatis juris^ , comme un des
premiers fondemens de la fociété. C'elt là-deflus
iju'eil fondée la loi du réciproque; de même. que
cette règle fi fimple, mais d'un ulage univerfel, que
nous devons être à l'égard des autres hommes dans
les mêmes difpofitions où nous defirons qu'ils foient
à notre égard , & nous conduire avec eux de la mê-
me manière que nous voulons qu'ils fe conduifent
avec nous dans des circonftances pareilles.
4°. La yoa<z^i///i; étant d'une obligation réciproque
entre les hommes, ceux qui par leur malice ou leur
jnjuflice rompent ce lien , ne fauroient fe plaindre
raifonnablemcnt fi ceux qu'ils offenfent ne les trai-
tent plus comme amis , ou même s'ils en viennent
contr'eux à des voies de fait.
Mais fi l'on eil en droit de fufpendre à l'égard d'un
ennemi les aûes de la bienveillance , il n'elt jamais
permis d'en étouifer le principe. Comme il n'y a que
la nécefliié qui nous autorife à recourir à la force
contre im injulle aggreffeur, c'eft'auffi cette même
néceffité qui doit être la règle & la mefure du mal que
nous pouvons lui faire ; & nous devons toujours être
difpofés à rentrer en amitié avec lui , dès qu'il nous
aura rendu juftice, ^ que nous n'aurons plus rien A
craindre de fa part.
En un mot , rien n'eft plus convenable à l'humani-
té que la bénéficcnce & la générofité. Il n'y a rien de
plus vrai, d'.t Cicéron lïv. I. des Offices^ ch. vij. que
ce beau mot de Platon , que nous ne fommes pas nés
pour nous , mais peur les autres Iwnimes & pour la pa-
trie. Les Stoïciens loutenoient que pour entrer dans
les deflcinsde la nature, il falloit contribuer chacun
du fien a l'uviliîé commune , 6£ employer non feule-
ment ion induihie, mais les biens à ferrer de plus en
2 orne X K,
SOC
251
plus les nœuds de la fociété humaine. (Z). /)
SOCIABLE, AIMABLE, {Langue franc.) ceâ
deux mots îae font plus fynonymes dans notre lan^'
gue.
L'homme yoa'dWe a les qualités propres au bien de
la fociété ; je veux dire la doi'ceur du caraôere
l'humanité, lafranchife fans rudefle , la complaifan-
ce fans flatterie, & Ilir-tout le cœur porté à la bien-
faifance ; en un mot, l'homme Jbciabk eft le vrai ci»
toyen. Fo)C{ Sociabilité. <
L'homme aimable , dit M. Duclos , du moins celui
à qui l'on donne aujourd'hui ce titre , ell fort indiffé-
rent fur le bien public, ardent à plaire à toutes les fo*
ciétés où fon goût & le hafard le jettent, & prêt à en
facrifîer chaque particulier. Il n'aime perfonne, n'eft
aimé de qui eue ce foit , plait à tous ; & fouvent eft
méprifé & recherché par les mêmes gens.
Les liaifons particuHeres de XhommQfociable font
des liens qui l'attachent de plus en plus à l'état; cel-
les de l'homme aimable ne font que de nouvelles dif-
fipations , qui retrandient d'autant les devoirs eflén-
tiels. L'homme /ocidfce infpire le defir de vivre avec
lui ; rhomme aimable en éloigne ou doit en éloigner,
tout honnête citoyen. (Z), 7.)
SOCIAL, adj. (Gramm.) mot nouvellement intro-
duit dans la langue , pour défigner les qualités qui
rendent un homme utile dans la fociété , propre ati
commerce des hommes : des vertus faciales .
Social, (Comm.) ce qui appartient à une focié-,
té, ou qui elf fait en fon nom. On dit qu'un billet
ou autres aftes , font fignés du nom/ôcw/, lorfqu'ua
ou deux affociés les ont fignés du nom de la fociété.
Dans ces écritures on met tous les noms des affociés,
ou l'on y ajoute le nom de compagnie , N'. N. & com-
pagnie. Foyei Nom social, Société & Compa-
gnie.
Sociale, guerre , {Hifl, rom.) on appella gnem
Jociali ou des alliés , celle des peuples du Latium ou
du pays Latin, contre les Romains. Cette guerre fut
entreprife par les alliés, l'an de Rome 663 , pour ob-
tenir le droit de bourgeoifie que la république leur
rcfufoit.
Les peuples du Latium fupportoient les charc^es
de la république , 6c cependant n'étoient point ad-
mis aux dignités, & n'avoient pas même le droit de
fufFrage. Il eft vrai que dans les tems difnciles , pour
les attacher plus étroitement à la république , on s'é-
toit quelquefois relâché là-deffus , par exemple , dans
la féconde guerre punique ; mais quand le péril fut
paffé , les Romains firent regarder ces conceffions
comme des grâces paffageres , & qui ne fondoient
point de droits.
Cependant les peuples alliés repréfentoient tou-
jours qu'il étoit jufte qu'ils enflent part aux honneurs
d'un état, dont ils avoient étendu l'empire parleur
vaillance. Ces peuples donc outrés d'être exclus du
droit de bourgeoifie , réfolurent d'en obtenir l'effet
les armes à la main ; ils s'affocierent enfemble, réu-
nirent leur reffentiment commun, lignèrent une li-
gue, & fe donnèrent réciproquement des otages.
Il y eut entre eux & la république des combats f'an-
glans, des batailles & des prifes de villes. La fortu-
ne pafla plus d'une fois dans l'un & l'autre parti. En-
fin le fénat s'appercevant que la république ne rem-
portoit pas même de viftoires qui ne lui fuflent fu-
neftcs, & qu'en faifant périr des alliés, elle perdoit
autant de ioldats qui compofbient auparavant fcs
armées, ce corps fi fage leur accorda infenfiblement
le droit de bourgeoifie romaine. Mais fuivant fa po-
litique ordinaire, il rcduifit ce droit profqueà rien,
par la forme qu'il donna au traité ; de forte que ce
droit de bourgeoifie , qui avolt coûté tant de fang aiLx
alliés, ne devint prefque i\ leur égard, qu'un Vain
titre, fans fondions 6i fans autorité. (/^. /•)
152
soc
SOCIÉTÉ , {. f. ( Morale. )\es hommes font faits
pour vivre en yoaVft:; fi l'intention de Dieu eût ctc
que chaque homme vécut feul, &: féparé des autres,
il auroit tienne à chacun d'eux des qualités propres
&c ùitHlantes pour ce genre de vie folitaire ; s'il n'a
pas fuivi cette route , c'eit apparemment parce qu'il
a voulu que les liens du fani; ik: de lanaiiiance com-
mençallcnt à former entre les hommes cette union
plus étendue qu'il vouloit établir entr'eux ; la plu-
part des facukés de l'homme , fes inclinations natu-
relles , fa toiblelle , fes befoins, font autant de preu-
ves certaines de cette intention du Créateur. Telle
cft en effet la nature & la conllitution de l'homme ,
que hors de \à fociété , il ne fauroit ni conferver la
vie , ni développer & perfedlionner les facultés 6i
fes talens , ni fe procurer un vrai 6c loUde bonheur.
Que deviendroit, je vous prie, un entant , fi une
nain bienfaifante & fecourable ne pourvoyoit à fes
befoins ? Il faut qu'il périife fi perlonne ne prend
foin de lui ; & cet état de foiblelfe 6l d'indigence,
demande même des fecours long-tems continués ;
fuivez-le dans fa jeunefie , voîis n'y trouverez que
grolïïereté , qu'ignorance , qu'idées confales ; vous
ne verrez en lui , s'il ell abandonné à lui même ,
qu'un animal fauvage , & peut-être féroce ; igno-
rant toutes les commodités de la vie , plongé dans
l'oifivetc, en proie à l'ennui & aux foucis dévo-
rans. Parvient-on à la vieillefle , c'eft un retour d'in-
firmités , qui nous rendent prefque aulli dépendans
des autres , que nous l'étions dans l'entance imbécil-
le ; cette dépendance fe fait encore plus fentir dans
les accidens & dans les maladies ; c'elt ce que dépei-
gnoit fort bien Séneque , Senec. dcbencf. L. IV. c. xv'nj.
« D'où dépend noire lûreté , fi ce n'ell des fervices
» mutuels? il n'y a que ce commerce de bienfaits
» qui rende la vie commode , & qui nous mette en
» état de nous défendre contre les infultes & les
» évafions imprévues ; quel feroit le fort du genre
» humain , fi chacun vivoitàpart? autant d'hom-
>> mes , autant de proies & de vidimes pour les au-
» très animaux , unfang fort ailé à répandre , en un
» mot la foiblelTe même. En effet , les autres ani-
» maux ont des forces fuffifantes pour fe défendre ;
» tous ceux qui doivent être vagabonds , & à qui
« leur férocité ne permet pas de vivre en troupes ,
« naiffent pour ainfi dire armés, au lieu que l'hom-
» me efcde toute part environné de foiblelfe, n'ayant
» pour armes ni dents ni griffes; mais les forces qui
» lui manquent quand il fe trouve feul , il les trouve
» en s'uniffant avec fes femblablts ; la raifon , pour
» le dédommager , lui a donné deux chofes qui lui
>» rendent fa lupériorité fur les animaux , je veux
>> dire la raifon & la fociabilité , par où celui qui
» feul ne pouvoit réfifler à pcrfonne, devient le tout ;
»> \dL fociété lui donne l'empire fur les autres animaux ;
» \di fociété {zit que non content de l'élément où il eit
» né, il étend fon domaine jufque fur la mer ; c'eft
» la même union qui lui fournit des remèdes dans fes
» malatlies , des fecours dans fa vieilleffe , du fou-
» lagement à fes douleurs & à fes chagrins ; c'eft el-
» le qui le met , pour ainfi dire , en état de braver la
» fortune. Otez la foclabihté , vous détruirez l'u-
»» nion du genre humain , d'où dépend la conferva-
» tion & tout le bonheur de la vie. »
LayôaeVt; étant flnéceffaire à l'homme, Dieu lui a
aufti donné une conftitution,des facultés , des talens
qui le rendent très-propre à cet état ; telle eft , par
exemple , la faculté de la parole, qui nous donne le
moyen de communiquer nos penlées avec tant de fa-
cilité & de promptitude , & qui hors de la. fociété ne
feroit d'aucun ufage. On peut dire la même chofc du
penchant à l'imitation, 6c de ce merveilleux mécha-
nilme cjui fait que les pallions &C toutes les impref-
iions de l'ame , fe communiquent li aiiémcnt d'un
SOC
cerveau à l'autre ; il fuffit qu'un homme paroifle ëm«,'
pour nous émouvoir & nous attendrir pour lui : Ao-
rnojhrn, humani a me niliil. alicnum puto. Si quelqu'un
vous aborde avec la joie peintefur le viliige, il exci-
te en nous un lentiment de joie ; les larmes d'un in-
connu nous touchent , avant même que nous en fâ-
chions la caule , 6c les cris d'un homme qui ne tient
à nous que par l'humanité , nous font courir à fon fe-
cours', par un mouvement machinal qui précède tou-
te délibération. Ce n'eft pas tout , nous voyons que
la nature a voulu partager & diftribuer différemment
les talens entre les hommes , en donnant aux uns une
aptitude de bien faire certaines chofes , qui font com-
me impoffibles à d'autres ; tandis que ceux-ci , à leur
tour, ont une induftrie qu'elle a refufée aux pre-
miers; ainfi, files befoins naturels des hommes les
font dépendre les uns des autres , la diverfité des
takns qui les rend propres à s'aider mutuellement ,
les lie éc les unit. Ce lont là autant d'indices bien
manifeftes de la deftination de l'homme pour la fo-
ciété.
Mais fi nous confultons notre penchant, nous fen-
tirons auifi que notre cœur te porte naturellement à
fouhaiter la compagnie de nos lemblables , & à crain-
dre une folitude entière comme un état d'abandon &
d'ennui. Que li l'on rechercne d'où nous vient cette
inclination liante &fbciable,on trouvera qu'elle nous
a été donnée tres-à-propos par l'auteur de notre être,
parce que c'eft dans la fociété que l'homme trouve
le remède à la plupart de fes befoins , & l'occalion
d'exercer la plupart de fes facultés; c'eft là, fur-
tout , qu'il peut éprouver & manifefter ces ienti-
mens , auxquels la nature a attaché tant de douceur,
la bienveillance, l'amitié, lacompaifion, lagénéro-
fité : cartel eft le charme de ces affections fociables,
que de-là nailfent nos plaifirs les plus purs. Rien en
effet de li fatisfaifant ni de li flatteur, que de penfer
que l'on mérite l'eftime & l'amitié d'autrui ; la f cien-
ce acquiert un nouveau prix , quand elle peut fe pro- '
duire au dehors ; & jamais la joie n'eft plus vive que
lorfqu'on peut la faire éclater aux yeux des autres ,
ou la répandre dans le fein d'un ami ; elle redouble
en fe communiquant, parce qu'à notre propre latis-
fadion fe joint l'agréable idée que nous en caufbns
auffi aux autres , 6c que par-là nous les attachons
davantage à nous ; le chagrin au contraire diminue
& s'adoucit , en le partageant avec quelqu'un , com-
me un fardeau s'allège quand une perfonne ofticieufe
nous aide à le porter. Ainfi , tout nous invite à l'état
de fociété ; le beloin nous en fait une néceflité , le
penchant nous en tait un plailir , & les difpofitions
que nous y apportons naturellement, nous montrent
que c'eft en effet l'intention de notre créateur. Si le
chriftianifme canonile des folitaires , il ne leur en
fait pas moins une luprème loi de la charité & de la
juftice , & par-là il leur fuppofe un rapport eflcmtiel
avec le prochain ; mais fans nous arrêter à l'état où
les hommes peuvent être élevés, par des lumières
furnaturelles , conlidérons-les ici entant qu'ils font
conduits par la raifon humaine.
Toute l'économie de la fociété humaine eft ap-
puyée fur ce principe général &: limple : je veux éire
heureux ; mais je vis avec des hommes qui , comme moi ^
veulent être heureux écralement chacun de leur côté :
cherchons le moyen de procurer notre bonheur , en procu-
rant le leur , ou du moins fans y jamais nuire. Nous
trouvons ce principe gravé dans notre cœur ; fid'im
côté , le Créateur a mis l'amour de nous-mêmes ,
de l'autre , la même main y a imprimé un lentiment
de bienveillance pour nos lemblables ; ces deux pen-
chans, quoique diftinfts l'un de l'autre , n'ont pour-
tant rien d'oppofé : 6c Dieu qui les a mis en nous ,
les a deftinés à agir de concert, pour s'entraider , 6c
nullement pour le détniirei aufti les coeurs bien laits
soc
& généreux trouvent-ils la fatisfadion la plus pure ^
à taire du bien aux autres hommes, parce qu'ils ne
font en cela que luivre une pente que la nature leur
a donnée. Les moralilles ont donné à ce germe de
bienveillance qui le développe dans les hommes , le
nom as fociablUii. Du principe de lafociabilité, dé-
coulent , comme de leur Iburce , toutes les lois de
Xzjocicté^ &c tous nos devoirs envers les autres hom-
mes , tant généraux que particuliers. Tel eil le fon-
dement de toute la fagelie humaine , la fource de
toutes les vertus purement naturelles , & le princi-
pe général de toute la morale & de toute la J'ocuté
civile.
i**. Le bien commun doit être la règle fuprème
de notre conduite , & nous ne devons jamais cher-
cher notre avantage particulier, au préjudice de l'a-
vantage public; ceÛ. ce qu'exige de. nous l'union
que Dieu a établie entre les hommes-
2°. L'elprit de iociabilité doit être univerfel ; la
foc'Uti humaine embraflé tous les hommes avec le!-
quels on peut avoir commerce , puifqu'elle eft fon-
dée fur les relations qu'ils ont tous enfemble , en con-
féquence de leur nature & de leur état. Voyc^^ Hu-
manité. Un prince d'Allemagne , duc de Wirtem-
bcrg , fembloit en être perfuadé , lorfqu'un de fes
fujets le remerciant de l'avoir protégé contre fes per-
fécuteurs : mon enfant , lui dit le prince , je l'aurois
dû faire à l'égard d'un turc ; comment y aurois-je
manqué à l'égard d'un de mes fujets ?
3°. L'égalité de nature entre les hommes, eft un
principe que nous ne devons jamais perdre de vue.
Dans {-àfociété. c'eft un principe étabU par la philolb-
phie & par la religion ; quelqu'inégalité que femble
mettre entr'eux la différence des conditions , elle n'a
été introduite que pour les faire mieux arriver , fé-
lon leur état préfent , tous à leur fin commune , qui
cil d'être heureux autant que le comporte cette vie
mortel e ; encore cette différence qui paroît bien
mince à des yeux philofophiques , ell-elle d'une cour-
te durée ; il n'y a qu'un pas de la vie à la mort , & la
mort met au même terme ce qui eft de plus élevé &
de plus brillant , avec ce qui elt de plus bas & de plus
obfcur parmi les hommes. Il ne le trouve ainli, dans
les diverfes conditions , guère plus d'inégalité que
dans les divers perlonnages d'une même coméd.e : la
fin de la pièce remet les comédiens au niveau de leur
condition commune, fans que le court intervalle qu'a
duré leur perfonnage , ait perfuadé ou pu per fuader
à aucun d'eux, qu'il étoit réellement au-delTus ou
au-deffous des autres. Rien n'eft plus beau dans les
grands , que ce fouvenir de leur égalité avec les au-
tres hommes , par rapport à leur nature. Un trait du
roi de Suéde , Charles XIL peut donner à ce liijet
une idée plus haute de fes fentimens , que la plus
brillante de fes expéditions. Un domeflique de l'am-
baifadeur de France, attendant unminiilre de la cour
de Suéde , fut interrogé fur ce qu'il attendoit , par
une perfonne à- lui inconnue , & vêtue comme un
fimple foldat ; il tint peu de compte de fatisfaire à
la curiofité de cet inconnu ; un moment après , des
feigneurs de la cour abordant la perfonne fimpiement
vêtue, la traitèrent de votre majcfté, c'étoit effecti-
vement le roi ; le domeftique au délefpoir , & le
croyant perdu, fe jette à fes pies , & demande par-
don de fon inconfidération d'avoir pris famajelté,
difoit-il , pour un homme. Vous ne vous eus point mé-
pris , lui dit le roi avec humanité , rien ne rejjemble
plus à un homme quun roi. Tous les hommes , en fup-
pofant ce principe de l'égalité qui cil entre eux , doi-
vent y conformer leur conduite , pour le prêter mu-
.tuellement les fêcours dont ils font capables; ceux
qui font les plus puifTans , les plus riches , les plus
accréditis , doivent être dilpolcs à employer leur
puiliance, leurs riçheflês^ & leur autorité, ta faveur
SOC
2 5 î
de ceux quî en manquent , & cela à proportion du
befoin qui eft dans les uns, & du pouvoir d'y fubve-
nir qui eft dans les autres.
4°. La fociabilité étant d'une obligation récipro-
que entre les hommes , ceux qui par leur malice,
ou leur injuftice , rompent le lien de la fociâé , ne
fauroicnt fe plaindre raifonnablement , fi ceux qu'ils
offenlent , ne les traitent plus comme amis, ou mê-
me s'ils en viennent contre eux à des voies de fait ;
maisfi l'on eft endroit de fufpendre à l'égard d'un en-
nemi, les aftes de la bienveillance, il n'eft jamais
permis d'en étouffer le principe: comme il n'y a que"
la néceffité qui nous autorife à recourir à la force
contre un injufte aggreffeur ; c'eft auffi cette même
néceffité qui doit être la règle & la mefure du mal
que nous pouvons lui faire , & nous devons toujours
être difpofés à rentrer en amitié avec lui , dès qu'il
nous aura rendu juftice, & que nous n'aurons plus
rien à craindre de fa part. Il faut donc bien diftin-
guerla jufte défenfe de foi-même, de la vengeance;
la première ne fait que fufpendre , par néceffité 6c
pour un tems , l'exercice de la bienveillance , & n'a
riend'oppofê à lafociabilité; mais l'autre , étouf-
fant le principe même de la bienveillance , met à fa
place un^fentiment de haine & d'animofité, vicieux
en lui-même , contraire au bien public , & que la loi
naturelle condamne formellement.
Ces règles générales font fertiles en conféquences ;
il ne faut faire aucun tort à autrui , ni en parole , ni
en aûion , & l'on doit réparer tout dommage : car la
fociété ne fauroit fubfifter fi l'on fe permet des in-
juftices.
11 faut être fmcere dans fes difcours , & tenir fes
engagemens ; car quelle confiance les hommes pour-
roient-ils prendre les uns aux autres ; & quelle fure-
té y auroit-il dans le commerce , s'il étoit permis de
tromper & de violer la foi donnée !
Il faut rendre à chacun non-feulement le bien qui
lui appartient , mais encore le degré d'eftime ôi
d'honneur qui lui eft dû , félon fon état & fon rang:
parce que la fubordination eft le lien de h fociété , 8c
que fans cela il n'y auroit aucun ordre dans les famil-
les , ni dans le gouvernement civil.
Mais fi le bien public demande que les inférieurs
obéiffent, le même bien public veut que les fupérieurs
confervent les droits de ceux qui leur font fournis,
& ne les gouvernent que pour les rendre plus heu-
reux. Tout fupérieur ne l'eft point pour lui- même
mais uniquement pour les autres ; non pour fa pro-
pre fatistaftion & pour fa grandeur particulière, mais
pour le bonheur & le repos des autres. Dans l'ordre
de la nature , eft-il plus homme qu'eux ? a t-il une
ame ou une intelligence fupérieure } & quand il l'au-
roit, a-t-il plus qu'eux d'envie ou de befoin de vivre
fatisfait & content ? A regarder les chofes par cet en-
droit , ne feroit-il pas bizarre que tous fuffent pour
un , & que plutôt un ne fut pas pour tous ? d'où
pourroit-il tirer ce droit ? de fa qualité d'homme >
elle lui eft commune avec les autres : du cjoût de les
dominer ? les autres certainement ne lui céderont
pas en ce point : de la poffefTion même où il fe trou-
ve de l'autorité .> qu'il voye de qui il la tient, dans
quelle vue on la luilaiffe , laquelle condition; tous
devant contribuer au bien de h fociété , il y doit bien
plus effentiellement fervir , n'étant fupérieur qu'à
titre onéreux , & pour travailler au bonheur com-
mun, à proportion de l'élévation que fa qualité lui
donne au-deffus des autres. Quelqu'un difoit devant
le roi de Syrie, Antigone, que les princes étoicntlcs
maîtres , & que tout leur étoit permis : oui , reprit-il ,
parmi les barbares ; à notre égard ^ ajouta-t-il , nous
fotnmcs maîtres des chofes pré fit ites^ par U raifon & V hu-
manité ; mais rien ne nous ejl permis , que ce qui eji con-^
forme à lajujiice & au devoir^
î54
SOC
Tel eft le contrat formel ou tacite pa(té entre tons
les hommes , les uns font au-dcÛus, les autres au-
delîbus pour la ciitVcrence des conditions ; pour ren-
dre leur ficiété auffi heurcufe qu'elle le puiffe être ;
il tous croient rois , tous voudroient commander , &
nul n'obciroit; li tous étoient fujcts, tous devroient
obéir , & aucun ne le voudroit taire plus qu'un au-
tre; ce qui rempliroit X^jociitêàQ confufion , de trou-
ble , de difTenfion ; au lieu de l'ordre & de l'arrange-
ment qui en fait le fccours , la tranquillité , & la dou-
ceur. Lefupéricur elidonc redevable aux inférieurs,
comme ceux-ci lui font redevables ; l'un doit procu-
rer le bonheur commun par voie d'autorité , & les
autres par voie de foumiffion ; l'autorité n'eft légiti-
me , qu'autant qu'elle contribue à la fin pour laquelle
a été indituée l'autorité même ; l'uiage arbitraire
qu'on enferoit, feroit la dcllrudlion de l'humanité
& de la focUté.
Nous devons travailler tous pour le bonheur de la
fociîti h nous rendre maîtres de nous-mêmes ; le bon-
heur de la J'ocuci. fe réduit à ne point nous fatisfaire
aux dépens de la fatisfaftion des autres : or les incli-
nations , les defirs , ck les goiits des hommes , fe trou-
vent continuellement oppofés les uns aux autres. Si
nous comptons de vouloir fuivre les nôtres en tout,
outre qu'il nous fera impolTible d'y réiiffir , il ert en-
core plus impolTible que par-là nous ne méconten-
tions les autres, 6l que tôt ou tard le contre-coup
fit retombe fur nous ; ne pouvant les faire tous paffer
à nos goûts particuliers , il faut néceflairement nous
monter au goût qui règne le plus univcrlellement,
qui eft la raifon. C'eil donc celui qu'il nous faut fui-
Vre en tout ; 6c comme nos inclinations & nos paf-
fions s'y trouvent fouvent contraires , il faut par né-
ceflîté les contrarier. C eil à quoi nous devons tra-
vailler fans cefle , pour nous en faire une falutaire
& douce habitude. Elle elt la bafe de toute vertu,
& m.ême le premier principe de tout favoir vivre ,
félon le mot d'un homme d'eiprit de notre tems , qui
faifoit confifter la fcience du monde à /avoir fe con-
traindre funs contraindre perfonrie. Bien qu'il fe trouve
des inclinations naturelles , incomparablement plus
conformes que d'autres , à la régie commune de la
raifon ; cependant il n'eft perfonne qui n'ait à faire
effort de ce côté-là, & à gagner fur foi ; ne fut-ce
que par une forte de liaifon, qu'ont avec certains dé-
fauts les plus heureux tempéramens.
Enfin , les hommes fe prennent par le cœur t<. par
les bienfaits, & rien n'eft plus convenable à l'huma-
manité, ni plus utile à l^Jhcicté , que la compafïïon ,
la douceur , la bénéficence , la générofité. Ce qui
fait dire à Cicéron , « que comme il n'y a rien de
» plus vrai que ce beau niot de Platon , que nous ne
» fommes pas nés feulement pour nous-mêmes, mais
» auffi pour notre patrie & pour nos amis ; & que
» comme difent les Stoïciens , fi les produ£lions de
» la terre font pour les hommes , les hommes eux-
>» mêmes font nés les uns pour les autres , c'eft-à-
» dire, pour s'entre-aidcr &: fe faire du bien mutucl-
» lemenî ; nous devons tous entrer dans les defleins
» de la nature, & fuivre notre deftination en con-
» tribuant chacun du fien pour l'utilité commune par
» vm comerce réciproque & perpétuel de lervices &
» de bons offices , n'étant pas moins empreflés à don-
» ner qu'à recevoir, & employant non-feulement
» nos foins & notre induftrie, mais nos biens mê-
» mes à ferrer de plus en plus les nœuds de layo-
» ciité humaine ». Puis donc que tous les fentimens
de juftice & de bonté font les feuls & vrais liens qui
attachent les hommes les uns aux autres, & qui peu-
vent rendre la/ociété ftable, tranquille, ôc floriifante,
il faut regarder ces vertus comme autant de devoirs
que Dieu nous impofe , par la raifon que tout ce qui
eft- néceftaire à fon but , & par cela même conforme
k la volonté.
SOC
Quelque plaufiblcs que puiffent être les maximes
de la morale , & quelque utilité qu'elles puifTcnt
avoir pour la douceur de la fociété humaine, elles
n'auront rien de fixe & qui nous attache inébranla-
blement fans la religion. Quoique la feule raifon
nous rende palpables en général les principes des
mœurs qui contribuent à la douceur & à la paix que'
nous devons goûter & faire goûter aux autres dans
lafociéu; il eli vrai pourtant qu'elle ne fuffit pas eti
certaines occafions , pour nous convaincre que no-
tre avantage eft toujours joint ayec celui de h fociété:
il fliut quelquefois (& cela eft néceftaire pour le
bonheur de Infocié-é^ nous priver d'un bien prélent,
ou même elTuyer un mal certain , pour ménager un
bien à venir, & prévenir un mal quoiqu'incertain.
Or , comment faire goûter à un efprit qui n'eft ca^ia-
ble que des chofes fenfuelles ou aducllement fenfi-
bles , le parti de quitter un bien préfént 8: déter-
miné , pour un bien à venir & indéterminé ; un
bien qui dans le moment même le touche vive-
ment du côté de la cupidité , pour un bien qui
ne le touche que foiblement du côté de fa raifon :
fcra-t-il arrêté par les reproches de la confcience ,
quand la religion ne les fufcite pas ? par la crainte de
la punition , quand la force & l'autorité l'en mettent
à couvert ? par le fentimcnt de la honte &c de la con-
fufion , quand il fait dérober ion crime à la connoif-
fance d'autrui ? par les règles de l'humanité, quand!
il eft déterminé à traiter les autres fans ménagement,
pour fe fatisfa're lui-même? par les principes delà
prudence, quand la fantaifie ou l'humeur lui tien-
nent lieu de tous les motifs? par le jugement des per-
fonnes jud'^cieufes & fenfées, quand la préfomption
lui fait préférer fon jugement à celui du refte des
hommes ? Il eft peu d'clprits d'un caraclere fi outré ,
mais il peut s'en trouver : il s'en trouve quelquefois,
& il doit même s'en trouver un grand nombre, fi l'on
foule aux pies les principes de la religion naturelle.
En effet , que les principes & les traités de mo-
rale foient mille fois plus fenfés encore & plus dé-
monftratifs qu'ils ne font, qui eft-ce qui obligera des
efprits libertins de s'y rendre , fi le refte du genre
humain en adopte les maximes ? en feront-ils moins'
difpofés à les rejetter malgré le genre humain , & à
les Ibumetîre au tribunal de leurs bifarreries & dé
leur orgueil ? Il paroît donc que fans la religion il
n'eft point de frein affez ferme qu'on pullTe donner
ni aux faillies de l'imagination , ni à la préfomption
de l'eiprit , ni à la fource des pafïions , ni à la cor-
ruption du cœur, ni aux artifices de l'hypocrifie.
D un côté vérité, juftice, fageffe, puifTance d'un
Dieu vengeur des crimes , & rémunérateur des ac-
tions juftes, font des idées qui tiennent fi naturelte-
m.cnt & fi néceffairement les unes aux autres , que
les unes ne peuvent fubfifter , là où les autres font dé-
truites. Ceci prouve évidemment combien eft nc-
ceffaire l'union de la religion & delà morale, pour
aifcrmir le bonheur de iz fociété.
Mais , i'^. pour mettre cette vérité dans toute fon
évidence, il faut obl'erver que les vices des particu-
liers quels qu'ils foient, nuifentau bonheur de \z fo-
ciété ; on nous accorde déjà, que certains vices, tels
que la calomnie, Tinjuftice , la violence, nuifcntà
la fociété. Je vais plus loin , & je foutiens que les
vices mêmes qu'on regarde ordinairement comme
ne faifant tort qu'à celui qui en eft atteint , font per-
nicieux à h fociété. On entend dire affez communé-
ment , par exemple , qu'un homme qui s'enivre ne
fait tort qu'à lui-même; mais pour peu qu'on y fiuTe
d'attention , on s'appercevra que rien n'eft moins
juile que cette penlée. Il ne faut qu'écouter pour
cela les perfonnes obligées de vivre dans une même
fiimille avec un homme fujet à l'excès du vin. Ce que
nous fouhaitons le plus dans ceux avec qui nous vi-
soc
vons , c'eft de trouver en eux de la raifon ; elle ne
leur manque jamais à notre égard, que nous n'ayons
droit de nous en plaindre. Quelque oppofcs que
puiiient être les autres vices à la railbn, ils en lailient
du - moins certaine lueur , certain ui'age , certaine
règle ; TivrelTe ôte toute lueur de la raifon ; elle
éteint abiblument cette particule , cet'e étincelle
àc la diviniré qui nous dirtingue des bêtes : elle
détruit par-là toute la fatisfa6îion& la douceur, que
chacun doit mettre & recevoir dans laJbciétéhmnvÀ-
ne. On a beau comparer la privation de la raifon par
l'ivreffeavec la privation de la raifon par le fommeil,
la comparaifon ne fera jamais férieufe; l'une eft prel-
fante par le befoin de réparer les efprits qui s'épui-
fent fans celfe, & qui fervent à l'exercice même de
la railcn ; au lieu que l'autre fupprime tout-d'un-
coup cet exercice , & à la longue en détruit , pour
ainli dire , les refïbrts. Auffi l'auteur de la nature , en
nous affujettiflant au fommeil , en a-t-il ôté les in-
convcniens , & la rnonftrueufe indécence quife trou-
ve dans l'ivreffe. Bien que celui-ci femble quelque-
fois avoir un air de gaieté , le plaifir qu'elle peut don-
ner eft toujours un plaifir de fou qui n'ôte point
l'horreur fecrette que nous concevons contre tout
ce qui détruit la raifon , laquelle feule contribue à
rendre conflamment heureux ceux avec qui nous
vivons.
Le vice de rincontinence qui paroît moins oppofé
au bonheur de lîifociété, l'eii peuî-être encore da-
vantage. On conviendra d'abord que quand elle bleffe
les droits du mariage , elle fait au cœur de l'outragé
la plaie la plus profonde : les lois romaines qui fer-
Vent comme de principes aux autres lois , {lippofcnt
qu'en ce moment il n'ell pas en état de fe polféder;
de manière qu'elles femblent excuier en lui letranf-
port par lequel il ôteroit la vie à l'auteur de fon ou-
trage. Ainfi le meurtre , C|ui eft le plus oppofé de l'hu-
manité , femble par-là être mis en parallèle avec l'a-
dultère. Les plus tragiques événemons de l'hifloire ,
&:lesfigures les plus pathétiques qvfait inventé la fa-
ble , ne nous montrent rien de plus affreux que les
efi'ets de l'incontinence dans le crime de l'adultère ;
ce vice n'a guère de moins funefles effets , quand il
fe rencontre entre des perfonnes libres ; la jaloufie
y produit fréquemment les mêmes fureurs. Un hom-
me d'ailleurs livré à cette pafîîon , n'efl plus à lui-
même ; il tombe dans une forte d'humeur morne &
brute qui le dégoûte de fes devoirs ; l'amitié , la cha-
rité , la parenté , la république, n'ont point de voix
qui le falfe entendre , quand leurs droits fe trouvent
en compromiis avec les attraits de la volupté. Ceux
qui en font atteints, & qui fe flatteur de n'avoir jamais
oublié ce qu'ils dévoient à leur état , jugent de leur
conduite par ce qu'ils en connoiffent ; mais toute
paffion nous aveugle ; & de toutes les paffions , il
n'en efl point qui aveugle davantage. C'efl le carac-
tère le plus marqué que la vérité & la fable attribuent
(le concert à l'amour ; ce feroit une eipece de mira-
cle , qu'un homme fujet aux delcrdres de l'inconti-
nence, qui donnât à fa famille , à fes amis , à fes ci-
toyens , la fatisfadion & la douceur que dcmande-
roicnt les droits du fàng, de la patrie, &: de l'amitié ;
enfin , la nonchalance , le dégoût , la molleffe , font
les moindres & les plus ordinaires incouvénicns de
ce vice. Le favoir vivre qui efl la plus douce & la
plus familière des vertus de la vie civile, ne fe trouve
comununément dans la pratique que par Vufage de Je
contraindre Jans contraindre les autres. Combien faut-
il davantage fe contraindre &: gagner fur foi, pour
remplir les devoirs les plus importans qu'exigent la
droiture , l'équité, la charité , qui font la bafe &: le
fondement de loutc fcciéié? Or , de quelle contrainte
ell capable un homme amolli &: cftcminé } Ce n'efl
pas que malgré ce vice, il ne refîe encore de bonnes
SOC
55
qualités ; mais il eu certain que par-là elles font ex~
traordinalrement aflbibiies ; il efl donc confiant que
{■àj'ociété fé reflént toujours de la maligne influence
des detordres qui paroifTent d'abord ne lui donner
aucune atteinte. Or , puifque la religion efl un frein
nécefîaire pour les arrêter , il s'enfuit évidemment
qu'elle doit s'unir à la morale, pour affurcr le bon-
heur de hjbciété.
2°. Il efl certain que les devoirs qui nous règlent
par rapport à nous-mêmes, n'aident pas peu à nous
régler aufîi par rapport aux autres hommes. If efl en-
core certain que ces deux fortes de devoirs fe renfor-
cent beaucoup de notre exaftitude à remplir nos de-
voirs envers Dieu. La crainte de Dieu jointe à un
parfait dévouement pour fa volonté, efl un motif
tres-efîicace pour engager les hommes à s'acquitter
de ce qui les concerne direftement eux-mêmes , & à
faire pour lafociété tout ce qu'ordonne la loi natu-
relle. Otez une fois la religion , vous ébranlez tout
l'édifice des vertus morales ; il ne repofe fur rien.
Concluons que les trois principes de nos devoirs font
trois diiférens refforts qui donnent au fyflème de l'hu-
manité le mouvement & l'aftion , & qu'ils agiffent
tous à-la-fois pour l'exécution des vues du Créa-
teur.
3". Lr fociété ^ toute armée qu'elle efl des lois , n*a
de force que pour empêcher les hommes de violer
ouvertement la juflice , tandis que les attentats com-
mis en fecret , 6i. qui ne font pas moins préjudicia-
bles au bien public ou comm.un , échappent à fa ri-
gueur. Depuis même l'invention des fociétès , les voies
ouvertes f e trouvant prohibées , l'homme ell devenu
beaucoup plus habile dans la pratique des voies fe-
crettes , puifque c'efl la feule reffource qui lui refle
pour fatisfaire fes defirs immodérés ; defirs qui ne
fubfiflent pas moins dans l'état de fociété que dans
celui de nature, h^ fociété fournit elle-même une ef-
pece d'encouragement à ces manoeuvres obfcures &
criminelles , dont la loi ne faurolt prendre connoif-
fance, en ce que fes foins pour la fùretê commune ,
le but de fon établiffemcnt , endorment les gens de
bien en même tems qu'ils aiguifentl'induflrie des fcé-
lérats. Ses propres précautions ont tourné contre elle-
même ; elles ont fubtiUfé les vices , rafiné l'art du
crime : & delà vient que l'on voit afTez fouvent chez
les nations policées des forfaits dont on ne trouve
point d'exemple chez les fauvages. Les Grecs avec
toute leur politefTe , avec toute leur érudition , &
avec toute leur jurifprudence , n'acquirent jamais la
probité que la nature toute feule faifbit reluire parmi
les Scythes.
' Ce n'efl pas tout : les lois civiles ne fauroient em-
pêcher qu'on ne donne quelquefois ati droit & à la
juflice des atteintes ouvertes & publiques ; elles
ne le fauroient lorfqu'une prohibition trop lévere
donne lieu de craindre quelque irrégularité plus gran-
de , ce qui arrive dans les cas où l'irrégularité efl l'ef-
fet de l'intempérance des pafTions naturelles. L'on
convient généralement qu'il n'y a point d'état grand
& fiorifîant où l'on puiffe punir l'incontinence de la
manière que le mériteroient les funefles influences de
ce vice à l'égard de Va fociété. Reflreindrc ce vice avec
trop de févérité , ce feroit donner lieu à des défor-
drcs encore plus grands.
Ce ne font pas là les feulsfolblcsde la loi : en appro-
fondiffant les devoirs réciproques qui naiffent de l'é-
galité des citoyens, on trouve que ces devoirs font
de deux fortes ; les uns que Ton appelle devoirs d'o-
bligation parfaite ^ parce que la loi civile peut aiiément
& doit néceffairement en prefcrire l'étroite oblerva-
tion ; les autres que l'on appelle devoirs d'obligation
imparfaite , non que les principes de morale n'en
exigent en eux mêmes la pratique avec rigidité , mais
parce que la loi ne peut que trop difficilement en
W)6
SOC
s
oc
\
prendre connolfliince , &: que Ton fuppofe qu^Us n'af-
îcftent point fi immédiatement le bien être de b J'o-
clhc. De cette dernière el'pecc font les devoirs de la
teconnoifTance , de rhofpitalitc , de la charité , &c.
devoirs fur lefquels les lois en général gardent nn
profond filcnce , 6c dont la violation néanmoins cd
aufll fatale , quoiqu'à la vérité moins prompte dans
fcs effets qiie celle des devoirs d'obligation parfaite.
Séneque , dont les fentimens en cette occafion font
ceux de l'antiqu.ité , ne fait point difficulté de dire
eue rien n^Jî plus cnpahlc d: rompre Li concorde du genre
ftiwialn que ringratitude.
La fociété elle-même a produit un nouveau genre
•de devoirs qui Ji'exiftoient point d^ins l'état de na-
ture ; &: quoiqu'enticrement de fa création , elle a
manqué de pouvoir pour les faire obferver : telle ell
par exemple , cette vertu furannée & prefque de
mode , que l'on appelle Vamour de la patrie. Enfin la
/ôf/tVî a non-feulement produit de nouveaux devoirs,
fans en pouvoir prelcrire une obfervation étroite &
rigide ; mais elle a encore le défaut d'avoir augmenté
& enflammé ces defirs défordonnés qu'elle devoit fer-
vir à éteindre &à corriger ;femblablcs à ces remèdes
C[ui dans le tem.s qu'ils travaillent à la guérifon d'une
maladie , en augmentent le degré de malignité. Dans
l'état de nature, on avoit peu de chofes à fouhaiter ,
peu de dcf rs à combattre ; mais depuis l'établiflement
àesfociécés , nos befoins ont augmenté à mefure que
les rits de la vie fe font multipliés &C perfeâionnés ;
l'accroiffcmcnt do nos bcioins a été fuivi de celui de
nos delLrs , & graduellement de celui de nos efforts,
pour furmoriter l'obllacle des lois : c'eft cet accroif-
iement de nouveaux arts, de nouveaux befoins , de
ïiouveaux défirs , qui a infenfiblement amorti l'efprit
d'hofpitalité & de générofité, & qui lui a fubititué
celui de cupidité , de vénalité &c d'avarice.
La nature des devoirs , dont l'obfervation eft né-
teffaire pour conlerver l'harmonie de h fociété civi-
le ; les tentations fortes & ti-équentes, & les moyens
obfcurs & fecrets qu'on a de les violer ; le toible ob-
ftacle que l'infliûion des peines ordonnées par les lois
oppofe à l'infraftion de plufieurs de ces devoirs , le
manque d'encouragement à les obferver , provenant
de l'impoffibilité où efl: h fociété de diflribuerde jufles
récompenfes : tous ces défauts , toutes ces imperfec-
tions inféparables de la nature de la fociété même ,
démontrent la néceffité d'y ajouter la force de quel-
que autre pouvoir coadtif, capable d'avoir affez d'in-
fluence fur l'efprit des hommes pour maintenir la/ô-
ciété^ & l'em.pêcher de retomber dans la confufion &
1-e d-éfordre. Puifque la crainte du mal & l'efpérance
du bien , qui font les deux grands refforts de la na-
ture pour déterminer les hommes , fuffifent à peine
pour faire obferver les lois .• puifque Xz fociété civile
ne peut employer l'un qu'imparfaitement , & n'eft
point en état de faire aucun ufage de l'autre ; puiiique
enfin la religion feule peut réunir ces deux refforts &
leur donner de l'aftivité , qu'elle feule peut infliger
des peines & toujours certaines &; toujours |uftes ;
que l'infraéfion foit ou publique ou fecrette , & que
les devoirs enfraints foient d'une obligation parfaite
ou imparfaite; puifqu'elle feule peut apprécier le mé-
rite de l'obéiffance , pénétrer les motifs de nos ac-
tions , & offrir à la vertu des récompenfes que layè-
ciéte civile ne fauroit donner, il s'enfuit évidemment
qiie l'autorité de la religion eft de néceffité abfolue ,
non-feulement pour procurer à la fociété mille dou-
ceurs 6c mille agrémcns , mais encore pour affurer
l'obfervation des devoirs , & maintenir le gouver-
nement civil. Foyei /■''^''^^^^'^ de la Probité , &c celui
des Athées.
La religion avant été démontrée néccffaire au fou-
tren de \?i fociété civile , on n'a pas bcibin de démon-
trer qu'on doit fc feryir de fon iecours dç la manière
la plus avantageufc à \a.Jociété , puifque l'expérience
de tous Icsfieclcs & de tous les pays nous apprend
que leur force réunie fuffit à peine pour réfréner les
dcfordrcs , & empêcher les hommes de tomber dans
un état de violence & de confufion. La politique &
la religion, l'état & VEg\i(e , Va Jôcicré civile fie la fo-
ciété rcligieufe , lorfqu'on fait les unir & les lier en-
fembîc, s'embeUilVent & fe fortifient réciproquement,
mais on ne peut faire cette union qu'on n'ait premiè-
rement approfondi leur nature.
Pour s'affurer de leur nature , le vrai moyen efr
de découvrir ln: de C\xei- quelle cif leur fin ou leur but.
Les ultramontains ont voulu affcrvir l'état à l'Eolife;
& les Eralfiens, gens fatlieux qui s'élevèrent en An-
gleterre du tems de la prétendue reformation , alnfi
appelles du nom de Thomas Erafîe leur chef, ont
voulu afîervir l'Eglife à l'état. Pour cet effet , ils
anéantiffoient toute difciplinc cccléliaffiquc, & dé-
pcuilloient l'Eglife detous fes droits, foutenant qu'elle
ne pouvoit ni excommunier ni abfoudre , ni faire des
décrets. C'efl pour n'avoir point étudié la nature dé
ces deux différentes /oc/Vw , que les uns&: les autres
font tombés à ce fujet dans les erreurs les plus étran-
ges & les plus funertes.
Les hommes en infiituant la. fociété civile , ont re-
noncé à leur liberté naturelle , & fe font fournis à
l'empire du fouverain civil : or ce ne pouvoit pas être
dans la vue àt fe procurer les biens dont ils auroient
pu jouir fans cela ; c'étoit donc dans la vue de quel-
que bien fixe & précis, qu'ils ne pouvoient fe pro-
mettre que de Tétabliffemcnt de la fource civile ; &
ce ne peut être que pour fe procurer cet objet qu'ils
ont armé le fouverain de la force de tous les mem-
bres qui compofcnt \d fociété ^ afin d'affurer l'exécu-
tion des décrets que l'état rêndroiî dans cette vue. Or
ce bien fixe & précis qu'ils ont eu en vue en s'afTo-
ciant , n'a pu être que celui de fe garantir réciproque-
ment des injures qu'ils auroient pu recevoir des au-
tres hommes , & de fe mettre en état d'oppofer à leur
violence une force plus grande , & qui fut capable de
punir leur attentat. C'eft ce que promet auffi la nature
du pouvoir dont Id fociété ciw'ûe efl revêtue pour faire
obferver fes lois ; pouvoir qui ne confifle que dans la
force & les châtimens , & dont elle ne fauroit faire
un ufage légitime que conformément au but pour le-
quel elle a été établie. Elle en abufe lorfqu'elle en-
treprend de l'appliquer à une autre fin ; & cela efi: fi
manifeffc & fi cxaftement vrai , qu'alors même fon
pouvoir devient inefficace ; fa force, fipuiffante pour
les intérêts civils ou corporels, ne pouvant rien fur les
chofes intelled uelles &C fpirituelles. C'efl fur ces prin-
cipes incontefrables que M. Locke a démontré la juf-
tice de la tolérance , &c l'injuffice de la perfécution
en matière de religion.
Nous difons donc avec ce grand phllofophe , que
le falut des âmes n'cff ni la caui'e ni le but de l'inffitu-
tion des Jociétés civiles. Ce principe établi , il s'enfuit
que la dodrine & la morale, qui font les moyens de
gagner le falut, & qui conflitucnt ce que les hommes
en général entendent par le mot de religion , ne font
point du diftri£f du magiffrat. Il eft évident que la
doftrine n'en ell point , parce que le pouvoir du ma-
giflrat ne peut rien fur les opinions : par rajjport à la
morale , la difcution de ce point exige une diflinc-
tion. L'inflitution &i la réformation des mœurs inté-
rcffent le corps & l'ame , l'économie civile 6c rcli-
gieufe : en tant qu'elles intércffent la religion, le ma-
glffrat civil en efl exclus ; mais en tant qu'elles inté-
rcffent l'état , le magiilrat doit y veiller lorfque le cas
le requiert , y faire intervenir la force de l'autorité.
Que l'on jette les yeux fur tous les codes & les digef-
tes, <\ chaque adfion criminelle cff défigné fon châ-
timent ; non en tant qu'elle oft vice ou qu'elle s'é-
loigne des règles éternelles du jufle ou de l'injuffe ;
non
soc
non en tnnt qu'elle eft péché , ou qu'elle s*éloîgne
des relies pvelcritcs par la révélation exti'aordinaire
<le la volonté divine , mais en tant qu'elle eft crime ,
c'eft-à-dire à proportion de la malignité de Ion in-
fluence , relativement au bien de la focUtc civile. Si
l'on en demande la railbn , c'ell que h/ocUté a pour
but , non le bien des particuliers , mais le bien public,
qui exige que les lois déploient toute leur Icvérité
contre les crimes auxquels les hommes font les plus
enclins , 6c qui attaquent de plus piès les fondemens
de la fociécé.
Différentes raifons & diverfes circonflances ont
contribué à taire croire que les loins du magiibat
s'étendoient naturellement à la religion , en tant qu'-
elle concerne le lalut des ame-s. Il a lui-même encou-
ragé cette illufion flatteufe , comme propre à augmen-
ter fon pouvoir & la vénération des peuples povu- la
perfonne. Le mélange confus des intérêts civils &
religieux , lui a fourni les moyens de pouvoir le taire
avec affez de facilité.
Dans l'enfance de hfociété civile , les pères de fa-
mille qui remplilloient toujours les fondions du l'a-
cerdoce , étant parvenus ou appelles à l'admlniilra-
tion des afî'aires publiques , portèrent les fondions
de leur premier état dans la magiftrature , Se exécu-
tèrent en perfonne ces doubles tondions. Ce qui n'é-
toit qu'accidentel dans fon origine , a été regardé
dans la fuite comme cfl'entiel. La plupart des anciens
législateurs ayant trouvé qu'il étoit nécefîaire pour
exécuter leurs projets, de prétendre à quelque inlpi-
ration &C à l'alfifiance extraordinaire des dieux , il
leur étoit naturel de mêler &c de confondre les ob-
jets civils & religieux , & les crimes contre l'état ,
avec les crimes contre les dieux ious l'aufpice del-
quels l'état avoit été établi & lé confervoit. D'ailleurs
dans le paganifme outre la religion des particuliers ,
il y avoit un culte & des cérémonies publiques inl-
tituées & obfervées par l'état & pour l'état , comme
état. La religion intervenoit dans les affaires du gou-
vernement ; on n'entreprenoit , on n'exécutoit rien
fans l'avis de l'oracle. Dans la fuite, lorfque les em-
pereurs romains fe convertirent à la religion chré-
tienne, & qu'ils placèrent la croix fur le diadème ,
le zèle dont tout nouveau profélyte efl ordinaire-
ment épris , leur fit introduire dans les inftitutions
civiles des lois contre le péché. Ils firent patTer dans
l'adminiflration politique les exemples & les précep-
tes de l'Ecriture, ce qui contribua beaucoup à confon-
dre la diftindion qui fe trouve entre la fociété civile
& la fociété religieufe. On ne doit cependant pas re-
jetter ce faux jugement fur la religion chrétienne ,
car la diftindion de ces deux fodétés y eft fi expreffe
& fi formelle , qu'il n'eft pas aifé de s'y méprendre.
L'origine de cette erreur eft plus ancienne , & on
doit l'attribuer à la nature de la refigion juive , où ces
à.t\\\fociétés étoient en quelque manière incorporées
eniemble.
L'établifTement de la police civile parmi les Juifs
étant l'inftitution immédiate de Dieu même , le plan
en fiit regardé comme le modèle du gouvernement le
plus partait &c le plus digne d'être imité par des magi-
Urats chrétiens. Mais l'on ne fit pas réflexion que cette
jurifdidion à laquelle les crimes & les péchés étoient
aflujettis, étoit uneconféquence néceflaire d'un gou-
vernement théocratique , oii Dieu préfidoit d'une
manière particulière , & qui étoit d'une forme &
d'une efpcce abfolument différentes de celles de tous
les gouvernemens d'inftitution humaine. C'eft à la
même caufc qu'il faut attribuer les erreurs des Pro-
teftans liir la réformation des états , la tête de leurs
premiers chefs fe trouvant remplie des idées de l'éco-
nomie judaïque. On ne doit pas être étonné que dans
les pays où le gouvernement reçut une nouvelle for-
Tomc XK
SOC as7
me en milme tems que les peuples adoptèrent Une iç.'-
ligion nouvelle , on ait affedé une imitation ridicule
du gouvernement des Juifs , & qu'en conléquence le
magiftrat ait témoigné plus de zèle pour réprimer leâ
péchés , que pour réprimer les crimes. Lesminiftreâ
prétendus réformés , hommes impérieux^ en voulant
modeler les états fur leurs vues théologiques , prou-'
verent , de l'aveu même des proteftans lenfés , qu'ils
étoient aufîl mauvais politiques que mauvais théolo-^
giens. Aces caules de la confufion des matières civi-*
les & religieules , on en peut encore ajouter plufieurs
autres. Il n'y a jamais eu de fociété civile ancienne
ou moderne , où il n'y ait eu une religion favorite
établie & protégée par les lois , établifl'ement qui eft
fondé fur l'aUiance libre & volontaire quife fait en-
tre la puiffance cccléfiaftique pour l'avantage réci-»
proque de l'un &; de l'autre. Or en conléquence de
cette alliance , les deux fociécés fe prêtent en certai-*
nés occafions une grande partie de leur pouvoir , & il
arrive même quelquefois qu'elles en abufent récipro-
quement. Les hommes jugeant par les faits , fans re^
monter à leur caulé 6c à leur origine , ont cru que la
fociété civile avoit par fon cffence un pouvoir qu'-^
elle n a que par emprunt. On doit encore obfervef
que quelquefois la malignité du crime eft égale à
celle du péché , & que dans ce cas les hommes ont
peu confidéré fi le magiftrat puniffoitl'adion commet
crime ou comme péché; tel eft, par exemple , le
cas du parjure & de la profanation du nom de Dieu
que les lois civiles de tous les états puniiTcntavecfé-
vérité. L'idée complexe de crime 6c celle de péché-
étant d'ailleurs d'une nature abftraite , 6c compofée
d'idées fimples , communes à l'une & à l'autre elles
n'ont pas été également dlftinguées par tout le mon-
de ; fouvent elles ont été confondues , comme n'é-
tant qu'une feule & même idée ; ce qui fans doute
n'a pas peu contribué à fomenter l'erreur de ceux qui
confondent les droits refpedifs des fociétés civiles 6z
religieules. Cet examen lùffit pour faire voir que
c'eft le but véritable de la fociété civile , & quelles
font les caufes des erreurs où l'on eft tombé à ce
fujet.
Le but final de layôc/eVereligleufe eft de procurer à
chacun la faveur de Dieu , faveur qu'on ne peut ac-
quérir que par la droiture de l'elprit & du cœur en
forte que le but intermédiaire de la religion a pour
objet la perfedion de nos facultés fpirituelles. La/o-
cieté religieufe a aufll un but diflind 6l indépendant
de celui de hjbciété civile, il s'enfuit néceilairement
qu'elle en eft indépendante , & que par conféqucnt
elle eftfouveraine en fon efpece. Car la dépendance
d'une fociété à l'égard de l'autre , ne peut procéder
que de deux principes , & d'une caulé naturelle , ou
d'une caufe civile. Une dépendance fondée fur la
loi de nature doit provenir de l'eflience ou de la vé-
nération de la chofe. Il ne fauroit y en avoir dans le
cas dont il s'agit par efl'ence ; car cette efpece de dé-
pendance fuppoléroit nécelfairemcnt entre ces deux:
fociétés une union ou un mélange naturel qui n'a lieu
qu'autant que deux fociétés lont liées par leur rela-
tion avec un objet commun. Or leur objet loin d'ê-
tre commun eft abfolument différent l'un de l'autre ^
la dernière fin do l'une étant le foin de l'amc , & celle
de l'autre le foin du corps 6c de fes intérêts ; l'une ne
pouvant agir que par des voies intérieures , 6c l'au-
tre au contraire aue par des voies extérieures. Pour
qu'il y eût une dépendance entre cçsfociéics ,en ver-
tu de leur génération , il faudroit que l'une dût fou
exiftenceM'autre, comme les corporations, les com-
munautés 6c lestribunauxla doivent aux villes ou aux
états qui les ont créés. Ces différentes fociétés , au-
tant par la conformité de leurs fins 6c de leurs moyens,
que par leurs Chartres , ou leurs lettres de crcatiou
258
soc
ou d'ércaion trahlffent elles-mêmes , & mamfeilent
leur origine & leur dépendance. Mais \z foclcté reli-
gicule noyant point un but ni des moyens conformes
a ceux de Tctat , donne par-là des preuves intérieu-
res de fon indépendance ; & elle les conHrme par des
preuves extérieures , en tailant voir qu'elle n'ell pas
de la création de l'état, puirqu'ellcexilloit déjà avant
la fondation des jhcuiés civiles. Par rapport à une dé-
pendance fondée far une caufe civile , elle ne peut
avoir lieu. Comme Xçsfocuûs rcligieules & civiles
différent entièrement & dans leurs buts , & dans leurs
moyens , Tadminillration de l'une agit dans une fphe-
re fi éloignée de l'autre , qu'elles ne peuvent jamais le
trouver oppofées l'une à l'autre ; en forte que la né-
cclîité d'état qui exigeoit que les lois de la nation
miffent l'une dans la dépendance de l'autre , ne fau-
roit avoir lieu, fi l'office du magiftrat civil s'étendoit
au foin des âmes , l'églife ne feroit alors entre fes
mains qu'un inilrument pour parvenir à cette fin.
Hobbes& fes fedateurs ont fortement foutenu cette
thcfe. Si d'un autre côté l'office des/^aV^ireligieufes
s'étendoit aux foins du corps & de fes intérêts , l'état
courroit grand rifque de tomber dans la fervitude de
l'églife. Car lesyôciî'fw religieufes ayant certainement
le dillrid le plus noble , qui efl le foin des âmes ,
ayant ou prétendant avoir une origine divine , tan-
dis que la forme des états n'eft que d'iniUtution hu-
maine ; fi elles ajoutoient à leurs droits légitimes le
foin du corps & de fes intérêts , elles réclameroient
alors , comme de droit , une fupériorité fur l'état
dans le cas de compétence ; & l'on doit fuppofer qu'-
elles ne manqueroicnt pas de pouvoir pour mainte-
nir leur droit : car c'efl une conféquence nécefiaire ,
quetoutc/oc/tf'/e dont le foin s'étend aux intérêts cor-
porels , doit être revêtue d'un pouvoir coaftif. Ces
maximes n'ont eu que trop de vogue pendant un
tems. Les viltramontains habiles dans le choix des cir-
conftances,ont tâché defe prévaloir des troubles in-
térieurs des états , pour les établir & élever la chaire
apoftolique au - delius du trône des potentats de la
terre , ils en ont exigé , & quelquefois reçu homma-
ge , & ils ont tâché de le rendre univerfel. Mais ils
ont trouvé une barrière infurmontable dans la noble
& digne réfiftance de l'Eglife gallicane , également
fidèle à fon Dieu & à fon roi.
Nous pofons donc comme maxime fondamentale ,
& comme une conféquence évidente de ce principe,
que hfociété religieufe n'a aucun pouvoir coactif (em-
blable à celui qui eft entre les mains de hfociété civi-
le. Des objets qui différent entièrement de leur na-
ture , ne peuvent s'acquérir par un feul & même
moyen. Les mêmes relations produifant les mêmes
effets , des effets différens ne peuvent provenir des
mêmes relations. Ainfi la force & la contrainte n'a-
giffant que fur l'extérieur, ne peuvent auffi produire
que des biens extérieurs , objets des inftitutions ci-
viles ; &c ne fauroient produire des biens intérieurs ,
objets des inftitutions religieufes. Tout le pouvoir
coactif, qui eft naturel à une/ôaeWreligieufe, fe ter-
mine au droit d'excommunication , & ce droit eft uti-
le & néceiTaire , pour qu'il y ait un culte uniforme ;
ce qui ne peut fe faire qu'en chaffant du corps tous
ceux qui refufcnt de fe conformer au culte public : il
eft donc convenable & utile que lafocUté religieufe
jouiffede ce droit d'expulfion. Toutes fortes defociété
quels qu'en foienî les moyens &C la fin , doivent né-
ceffairement comme fociéié avoir ce droit , droit in-
féparable de leur effcnce ; fans cela elles fe diffou-
droient d'elles - mêmes , &C retomberoient dans le
néant, précifément de même que le corps naturel , fi
la nature , dont les fociétés imitent la conduite en ce
point , n'avoitpas la force d'évacuer les humeurs vi-
cieufes & malignes ; maii ce pouvoir utile & nécef-
SOC
faire eft tout celui & le feul dont la /èc/VVe religieufe
ait befoin ; car par l'exercice de ce pouvoir , la con-
formilé du culte eft confervée , fon effence & fa fin
font affurécs , & le bien-être de la /oaV/e n'exige rien
au-delà. Un pouvoir plus grand dans xmtfociété re-
ligieufe feroit déplacé & injufte.
Société, ( Jurifprud. ) fignifie en général une
union de pluficurs perlonnes pour quelque objet qui
les raffemble. La plus ancienne de toutes les fociétés
eft celle du mariage , qui eft d'inftltution divine.
Chaque famille forme une yoatrW naturelle dont là
père eft le chef.
Plufieurs familles i-éunies dans une même ville ,
bourg ou village , forment une fociété plus ou moins
confidérable , félon le nombre de ceux qui la com-
pofent , lefqucls font liés entre eux par leurs befolns
mutuels & par les rapports qu'ils ont les uns aux au-
tres ; cette union eft ce qu'on appelleyôaV/'e civile on
politique ; & dans ce fens tous les hommes d'un mê-
me pays, d'une même nation & même du monde en-
tier , compofentuneyoatWuniverfelle.
Outre ces fociétés générales , il fe forme encore
dans un même état , dans une même ville , ou autre
lieu, diverfes yÀciVre'i particulières ; les unes relati-
ves à la religion , qu'on appelle communautés & cori'
grégations , ordres religieux ; les autres relatives aux
affaires temporelles , telles que les communautés
d'habltans , les corps de ville ; d'autres relatives à
l'adminiftration de la juftice, telles que les compa-
gnies établies pour rendre la juftice ; d'autres relati-
ves aux arts & aux fciencesjtellesqueles univerfités,
les collèges , les académies , & autres fociétés litt»-
raires;d'autres encore relativement à des titres d'hon-
neur , telles que les ordres royaux & militaires ; en-
fin d'autres qui ont rapport aux finances , ou au com-
merce , ou à d'autres entreprifes.
hesjociétés qui fe contradlent entre marchands , ou
entre particuliers , font une convention entre deux
ou plufieurs perfonnes , par laquelle ils mettent- en
commun entre eux tous leurs biens ou une partie , ou
quelque commerce , ouvrage , ou autre affaire, pour
en partager les profits , & en fupporter la perte en
commun, chacun félon leur fonds , ou ce qui eft ré-
glé par le traité de fociété.
Quand la part de chacun dans les profits & pertes
n'eft pas réglée par la convention , elle doit être
égale.
Les portions peuvent être réglées d'une manière
inégale , foit eu égard à l'inégalité des fonds , ou à
ce que l'un met plus de travail & d'induftrie que
l'autre.
On peut auflî convenir qu'un affocié aura plus
grande part dans les profits qu'il n'en fupportera dans
la perte , & même qu'un affocié ne fupportera rien
de la perte, pourvu néanmoins que la perte foit pré-
levée avant qu'on règle fa part des profits, autre-
ment \d fociété (eroït léonine.
Aucune fociété ne peut être contrariée que poti»
un objet honnête & licite , & elle ne doit rien conte-
nir de contraire à l'équité & à la bonne foi , qui doit
être l'ame de toutes les fociétés ; du refte , elles font
fufceptibles de toutes les claufes & conditions li-
cites.
Pour former une fociété fil faut le confentement de
tous les affociés.
On peut avoir quelque chofe en comm.un , comme
des cohéritiers , des colégataires , fans être pour cela
affociés.
L'héritier d'un affocié n'eft même pas affocié, parce
qu'il n'a pas été choifi pour tel ; on peut cependant
fiipuler , que le droit de l'affocié décédé paffera à
fon héritier.
Si l'ui) des affociés s'affode une autre perfonne ,
soc
ce tiers ne devient point affocic des autres , îl n'efr
confidéré que comme l'affocic particulier de celui
qui l'a adjoint avec lui , 6c c'ell ce que l'on appelle
vul2;airement'fro///'w.
Une focihé fe peut contrafter par écrit ou même
fans écrit , par un confentement tacite.
Entre marchands les fociités doivent être rédigées
par écrit , & il doit en être dépofé un extrait au gref-
fe de la jiirifdiftion confulaire.
Les fociétés peuvent être générales de tous biens,
ou relatives feulement à un certain objet, auquel cas
elles fe bornent à cet objet , & aux profits qui en
proviennent , & n'embraffent point ce qui vient
d'ailleurs.
On ne doit prendre fur les biens de la fociké que
les dépenfes licites , & dettes contraftées pour le
compte de Iz fociété ; chaque aflocié doit payer feul
fes dettes particulières , foit fur fa part , ou autre-
ment.
Si Izfoclété étoit de tous biens , chaque affocié ne
peut difpofer que de fa portion , & ne doit prendre
îlir le fonds commun que Ion entretien & celui de fa
famille.
On peut cependant convenir dans nne fociété gé-
nérale que les dots des filles fe prendront fur le fonds
commun à mefure que les filles feront en âge d'être
pourvues.
Les aiTociés doivent demeurer unis & fe garder fi-
délité. Chacun d'eux eft obligé d'apporter tous fes
foins pour l'intérêt commun , 6c ell refponlable aux
autres de ce qui arrive par Ion dol , ou par fa faute
grofllere.
Mais ils ne font jamais tenus des cas fortuits . à-
molns que leur faute n'y ait donné lieu.
Un affocié ne peut rien faire contre le gré des au-
tres , ni les engager fans leur fait , à-moins qu'il n'ait
été chargé d'eux.
Il n'eft pas permis à un affocié de retirer fon fonds
avant la fin de la/ociécé.
Mais la focicté peut fe diffoudre ayant la fin , du
confentement de tous les affociés.
Chaque affocié peut même renoncer à Xz focicté ,
pourvu que ce foit fans fraude , 6c que fa renoncia-
tion ne foit pas faite àcontre-tems.
La. focicté finit auffi lorfque l'objet pour lequel elle
avoit été contraftée eft rempli , ou qu'il ne peut plus
avoir lieu.
La mort naturelle ou civile d'im affocié fait pareil-
lement finir \a focicté a fon égard.
ha. fociété étant finie, l'on prélevé les dettes , cha-
cun fe rembourfe de fes avances , & l'on partage en-
fuite les profits s'il y en a.
L'héritier de l'affocié a part aux profits qui étolent
déjà acquis , & porte auffi fa part des dettes qui
étolent conîraûées ; il prend les chofes en l'état qu'-
elles étolent au moment du décès. Foyci au digcfle
6c au code le titre profocio , l'ordonnance du commer-
ce, lit. 4. Savary , & les mots Associés , Com-
mandite, Commerce, Marchands. (^)
Société anonyme eft celle qui fe contrade fans
paroître fous aucun nom. Ceux qui t'ont ces fociétés
travaillent chacun de leur coté fous leurs noms par-
ticuliers , pour fe rendre enfuite railbn l'un à l'autre
des profits & pertes qu'ils ont fait dans leurs négo-
ciations, f^oyei Savary.
Société civile s'entend du corps politique que
les hommes d'une même nation , d'un même état ,
d'une même ville ou autre lieu , forment enfemblc,
& des liens politiques qui les attaffient les ims aux
autres; c'eft le commerce civil du monde, les liai-
fons que les hommes ont enfemble, comme fujets
d'un même prince , comme concitoyens d'une mê-
me ville , 6c comme fujets aux mêmes lois , & parti-
Tor;!eXr.
SOC
2Ç9
cipant aux droits & privilèges qui font coriinuins à
tous ceux qui compofent cette '.uème foci. té. Voye?
Cité, Citoyen , État, Nation, Peuple.
Société en nom collectif eft celle où le com-
merce & toutes les affaires communes fe font , fous
le nom de chacun des affociés, qui font tous dénom-
més dans les ades comme négocians en compaonie,
ou feulement iousle nom d'iui ou deux d'entre eux,
avec cette addition & compagnie^ qui annonce oue
ceux qui font dénommés négocians en compagnie »
6c qu'ils ont encore quelques autres affociés qui ne
font pas dénommés.
Société en commande eft confondue par quel-
ques-uns avec la fociété en commandite. Il femble
néanmoins qu'il y ait quelque différence , & que le
terme de fociété en commande convienne plus partie
culierement à cette elpece àe fociété qui fe contrafte
entre celui qui donne des beltiaux à cheptel , & le
preneur de ces beftlaux , fous la condition d'avoir
certaine part aux profits provenans des beftiaux.
Foyei Bestiaux , Cheptel, Commande & Socié-
té en commandite.
Société en commandite , eff celle qui fe fait
entre deux perfonnes, dont lune ne fait que mettre
fon argent dans layàc/V/e, fans faire aucune fonftion
d'affoclé ; & l'autre donne quelquefois fon argent ,
mais toujours fon induftrie pour faire fous fon nom
le commerce des marchandifes dont ils font conve*
mis enfemble. ^oje^ Savary.
Société léonine eft celle où l'un des affociés
tire pour lui feul tout le profit , ou du moins la plus
grande partie, tandis que les autres ne font partiel-»
pans que des pertes. Le furnom de Uonims donné à
ces fortes de J'ociétés , paroît avoir été tiré de la table
du lion , où cet animal fous divers prétextes , retient
partout la part de fes affociés , ôc garde tout pour
lui.
Société par participation eft la même chofe
que \a fociété anonyme. Elle eft alnfi appellée, parce
que celui qui promet de payer une partie du prix de
la chofe que l'on acheté en commun , ne le fait qu'à
la charge de participer au profit, royei Société
anonyme.
Société tacite eft celle qui fe contraôe.fang
écrit, & même fans convention expreffe, entre deux
ouplufieurs perfonnes, par la demeure commune,
mélange de biens, vie, bourle &C dépenfe commu-
ne, & autrement que par le mariage, l^oyei le traité
de le Brun , inféré à la fin de Ion tr. de lu communauté.
Société d'Edimbourg, eft le nom d'une aca-
démie de médecine , établie dans cette capitale de
l'Ecoffe. Elle a publié des mémoires eftimés , dont
plufieurs volumes font traduits en françois.
Société royale de Londres, {Hiji. des acad.
mod.^ académie de favans , établie à Londres pour
la culture des arts 6c des fciences. Voici ce qu'en dit
M. de Voltaire.
Quelques philofophcs anglois, fous la fombre ad-
mlnîfhation de Cromwel, s'affcmblerent pour cher-
cher en paix des vérités, taudis que le taiwiifme-
opprlmolt toute vérité. Charles H. rappelle hir le
trône de Ls ancêtres par Tinconl'iance de la nation ,
donna des lettres pa'entes en 1660, A cette acadé-
mie naiffante ; mais c'eft tout ce que le gouvernement
donna. La /ocut^ royale , ou pU.tôt la focieté lihrc dt
Londres , travailla pour l'honneur de travailler.
Ses travaux commencèrent à adoucir les mœurs,
en éclairant les cfpr-ts. Les Belles-lettres ron .qiiirent,
6cic perfetHonnerent de jour en j )ur. On n'avou guè-
re connu du tems ue Crumw. l, d'autre luterature
que celle d'adapter des paffages de l'ancien 6c tki
nouveau Teftament aux dlU'cnfions publiques. On
Kkij
■26(5
SOC
s'appliqua fous Charles II. <\ connoîtrc la nature , Se
à Cuivre la route que le chancelier Bacon avoit mon-
trée. La l'cience clés mathématiques hu portée bien-
tôt à un point que les Archimedes n'avoient pu mê-
me deviner. Un grand homme, un homme étonnant,
<lécouvrlt les lois primitives de la conllitution géné-
rale de l'univers ; & tandis que toutes les autres na-
tions ic rcpaiflbient de fables , les Anglois trouvèrent
les plus fublinies vérités. Les progrès furent rapides
& immenlcs en 30 années: c'ell-là un mérite , une
çloire qui ne pafTeront jamais. Le fruit du génie & de
l'étude refte ; & les effets de l'ambition & clespafTions
s'anéantiffent avec letems qui les ont produits.
Enfin refprit de la nation angloiie acquit, fous le
règne de Charles II. une réputation immortelle , quoi-
que le gouvernement n'en eût point. C'efl du fein de
cette nation favante.cjue font lorties les découvertes
fur la lumière , fur le principe de la gravitation , fur
l'abberration des étoiles fixes, fur la géométrie tranf-
cendantc , 6c cent autres inventions qui pourroient ;\
cet égard, faire appeller le xvij. lieclc, \e Jîecle d^s
Anglois, aufTi-bien que celui de Louis XIK
M. Colbert, jaloux de cette nouvelle gloire des
Anglois , voulut que les François la partagcaffent ; &
à la prière de quelque favans , il fit agréer au roil'é-
tabliflement d'une académie des Sciences, Elle fut
libre iufques en 1699, comme celle d'Angleterre;
mais ell^ n'a pas conlervé ce précieux avantage.
Au rcfle , le dofteur Sprat , évêque de Rochefler,
a donné l'hiftoirc détaillée de \a.fociéié royale de Lon-
dres ; & com.me cette hifloire ell traduite en françois,
'tout le monde peut la confulter. (/?, J.)
Société royale des Sciences, c'eft fous ce
nom que Louis XIV. fonda en 1706, une académie
à Montpellier. Les motifs qui l'engagèrent à cet cta-
bliflément , furent la célébrité de cette ville , fa fitua-
tion, la température & la férénité de l'air, qui met-
tent en état de faire plus facilement qu'en aucun au-
tre endroit, des obfervations & des recherches utiles
& curieufes ; le nombre des favans qui y accou-
roient de toutes parts , ou qui s'y formulent dans les
différentes fciences , Si. fur-tout dans une des parties
la plus importante de la Phyfique, Le roi pour exci-
ter davantage l'émulation des membres qu'il y nom-
ma, voulut que \a.focicté royale des Sciences Acm^ur^X.
toujours fous fa protcâion,de la même manière que
l'académie royale des Sciences ; qu'elle entretînt
avec cette académie l'union la plus intime, comme
ne faifant enfemble qu'un feul & môme corps ; que
ces deux académies s'envoyeroient réciproquement
un exemplaire de tout ce qu'elles feroient imprimer
en leur nom ; qu'elles fe chargeroient aufTi mutuel-
lement d'examiner les matières importantes ; que
leurs membres euffent féance dans les alTemblées de
l'une & de l'autre ; que la Jbciété royale des Sciences
enverra toutes les années une des pièces qui y feront
lues dans les alî'emblées , pour être imprimées dans
le recueil des mémoires de l'académie royale des
Sciences, &c. Voyez les lettres-patenies & Jlatuts don-
nés au mois de Février lyoC.
Cette Jbciété n'a rien oublié pour répondre dans
tous les tems aux vues Se aux bontés de S. M. toutes
les fciences y ont été cultivées avec beaucoup de
zèle & de fucces; & quoique la Médecine loit la
fcience favorite de cette ville qui a été fon berceau
& fon premier afyle en France , & quoiqu'on s'y
applique avec un foin particulier aux objets qui y
font relatifs, il ne laiflé pas d'y avoir des perfonnes
très-diflinguées dans les autres parties de la Phyfique
& les Mathématiques. On pourroit en voir la preu-
ve dans plulieurs articles de ce Didionnaire,
SOCINIENS , f. m. pi. ( Nifi. ecdéf. ) Foye^ UNI-
TAIRES.
SOC
SOCLE , f. m. {Archit.') corps ciuarré plus bas que
fa largeur , qui fe met- fous les bai^s des piédeflaux,
des ftatues, des vafes , &c. Ce mot vient du latinyôc-
a/5,fandale , à caufe que-ce corps fert â élever le plé
des bâtimens , comne fur des patins ou fandales. Les
Italiens appellent le iock foccolo , c|ui veut dire pa-
tin. (D. J.)
SOCO , f. m. (^Ornith.) oifeau du Bréfil du genre
des hérons , mais remarquable en particulier par la
longueur de fon col ; il elt plus petit que le héron
ordinaire , a le bec droit , pointu , la queue courte,
la tête & le col bruns , avec des taches noires ; fcs
aîles ont un mélange blanc dans leur moucheture.
Marggrave , hiJI. Brafl. {D. J.)
SOCONlJSCO,{Géog. rnod.) province de l'Améri-
que fcptcntrionale dans la nouvelle Efpagne, Elle efl
bornée au nord par la province de Chiapa, au midi par
lamer du fud, au levant par la province de Guatimala,
&:au couchant par la province de Guaxaca. DeLaét
lui donne environ 3 ■) lieues de long , & prefque au-
tant de large. On n'y trouve d'autres places que So-
conufco , qui n'eft habitée que par un petit nombre
d'efpagnols. {D. J.)
SOCOTERA ou SOCOTORA, ((?c'o^, mod.) île
fituée entre l'Arabie-heureufe & l'Afrique , au midi
du cap Fartac , & au nord du cap Gardafui , environ
à ^o lieues de ces deux continens. On donne à cette
île une quarantaine de lieues de tour ; elle a un roi
particulier , qui relevé d'un chérif d'Arabie. Son pro-
duit confifte en bétail , en riz & en fruits ; on en tire
aufTi des dattes , de l'encens & de l'alocs ; fa capitale
fe nomme Tamara , Tamarin ou Tamarette, Latit, /j.
{D.J.)
SOCOTH-BENOTH , {^Critique facrée. ) idole des
Babyloniens , dont il efl fait mention au IV. liv. des
rois , chap. xvij. j o. Elle fut apportée dans la Pa-»
lefline par les Babyloniens transférés en Samarie.
Ce moîyoco/Z!-/'f'«o/'/i fignifie le tabernacle des filles i
Se la plupart des meilleurs critiques ont adopté l'opi-
nion de Selden , que c'efl le nom du temple dédié à
la Vénus de Babylone , oii les filles s'affembloient
pour fe prollituer en l'honneur de cette dceffe ; nous
apprenons ces particularités d'Hérodote,
Il y a , dit cet ancien hiflorien , chez les Babylo-
niens , comm.e dans l'île de Chypre , une coutume
honteufe , c'efl que toutes leurs femmes font obli-
gées une fois dans leur vie de venir au temple de
Vénus , Se d'y accorder leurs fi'veurs à quelqu'un
des étrangers qui s'y rendent de leur côte pour en
jouir. Il arrivé feulement que les femmes qui ne veu-
lent pas fe proflituer , fe tiennent près du temple de
la déefîe dans leurs propres chars fous des lieux voû-
tes , avec leurs domefliciues près d'elles ; mais la plu-
part, magnifiquement parées & couronnées de fleurs,
fe repofent ou fe promènent dans le palais de Vénus,
attendant avec impatience que quelque étranger leur
adreffe f es vœux.
Ces étrangers fe trouvent en foule dans différen-
tes allées du temple , diflinguées chacune par des
cordeaux ; ils voy ent à leur gré l'afTemblée de toutes
les Babyloniennes , 6c chacun peut prendre celle qui
lui plaît davantage. Alors il lui donne une ou plu-
fieurs pièces d'argent , en difant , «< j'invoque pour
» toi la déeflé Mylitta » , c'efl le nom de Vénus chei
les AfTyriens. Il n'efl ni permis à la femme de dé-
daigner l'argent qui lui efl offert, quelque petite que
fbit la fbmme, parce qu'elle efl; defllnée à un ulage
facré , ni de refufcr l'étranger qui dans ce moment
lui donne la maîft , Si. l'emmené hors du fanftuaire
de la déeffe ; après avoir couché avec lui , elle a fait
tout ce qu'il falloit pour fe rendre Vénus favorable.
Si elle revient chez elle , où elle garde enfuite reli-
gieufément les règles de la chafteté.
X
soc
Les femmes qui font belles ne demeurent pas long-
tems dans le temple de Vénus , mais celles qui ne
font pas favorifces des grâces de la nature y font
quelquefois un féjour de quelques années , avant que
d'avoir eu le bonheur de fatisfaire à la loi de la déefle ;
car elles n'ofent retourner chez elle qu'avec la gloire
de ce triomphe.
Strabon confirme en deux mots le récit d'Héro-
dote. C'efl la coutume , dit-il , des Babyloniennes
de chercher à devenir la conquête de quelque étran-
ger. Dans ce dcflein , elles accourent en foule ex-
trêmement parées dans le temple de Vénus ; l'étran-
ger jette de l'argent à celle qui lui plaît , l'emmené
hors du temple & couche avec elle ; mais l'argent
qu'il lui donne eil: confacré à la déeffe.
Il femble que Baruch faffe allufion à cette pratique
infâme, dans le chap. vj. verf. 42. 6- 4j. de fes pro-
phétie : « Les femmes entourées de cordeaux font
» affifes ou brûlant des noyaux d'olives ; & lorfque
» quelqu'une d'elles accueillies par quelque étran-
» ger va dormir avec lui , elle reproche à fa voiiine
,» qu'elle n'a pas eu la même faveur , & que fo:i cor-
» deau n'a pas été rompu ». (/>./.)
SOCQUEURS, {^Fontaines Jalanus.) ouvriers em-
ployés dans les falines de Franche-Comté ; ainfi ap-
pelle de leur fonûion h/occage. Voyez l'ariicle Sa-
line.
SOCRATIQUE, philosophie, ou Histoire de
LA PHILOSOPHIE DE SOCRAÏE , {Hiji. delà t luiof.)
le fyftème du monde & les phénomènes de la nature
avoient été , jufqu'à Socrate , l'objet de la méditation
des philofophes. Ils avoient négligé l'étudg de la mo-
rale. Ils croyoient que les principes nous en étoient
intimemffnt connus , & qu'il étoit inutile d'entrete-
nir de la dillindion du bien & du mal , celui dont la
confcience étoit muette.
Toute leur fageflé fe réduifoit à quelques fenten-
ces que l'expérience journahere leur avoit diftées ,
& qu'ils débitoient dans l'occafion. Le feul Arché-
laiis avoit entamé dans fon école la queilion des
mœurs , mais là méthode étoit fans folidité , & ies
leçons furent fans fuccès. Socrate fon difciple , né
avec une grande anxe , un grand jugement , un eiprit
porté aux chofes importantes , & d'une utilité géné-
rale & première , vit qu'il falloit travailler par
rendre les hommes bons , avant que de commencer
à les rendre favans ; que tandis qu'on avoit les yeux-
attachés aux aftres , on ignoroit ce qui fe paflbit à
fes pies ; qu'à force d'habiter le ciel , on étoit devenu
étranger dans la propre maifon ; que l'entendement
ieperfe£tionnoit peut-être,mais qu'on abandonnoit à
elle-même la volonté ; que le tems fe perdoit en
Spéculations frivoles ; que l'homme vieillifloit , lans
s'être interrogé fur le vrai bonheur de la vie, & il
ramena lur la terre la philofophie égarée dans les ré-
gions du foleil. Il parla de l'ame , des paffions , des
vices , des vertus , de la beauté & de la laideur mo-
rales , de la fociété , 6c des autres objets qui ont une
liaifyn immédiate avec nos adions & notre félicité.
Il montra une extrême liberté dans fa façon de pen-
fer. Il n'y tut aucune forte d'intérêt ou de terreur^
qui retînt la vérité dans fa bouche. Il n'écouta que
l'expérience , la réflexion , & la loi de l'honnête ; &
il mérita , parmi ceux qui l'avoient précédé , le titre
ÙQ philofophe pur excellence, titre que ceux qui lui
fuccéderent ne lui ravirent point. Il tira nos ancêtres
de l'ombre & de la poufTiere, &: il en fit des citoyens,
des hommes d'état. Ce projet ne pouvoit s'exécuter
fans péril , parmi des brigands intéreflés i\ perpétuer
le vice , l'ignorance & les préjugés. Socrate le la-
voit ; mais qui cft-ce qui étoit capable d'intimider
celui qui avoit placé les elpérances au-delà de ce mon-
de , ôc pour qui la vie n'étoit qu'un lieu incommode
SOC
a6i
qui le retcnoit dans une prifon , loin de fa véritablç
patrie ?
Xéaophon & Platon , fes difciples , (qs amis , les
témoins & les imitateurs de fa vertu , ont écrit fon
hiftoire ; Xénophon avec cette fimplicité & cette
candeur qui lui étoient propres , Platon avec plus de
falle & un attachement moins fcrupulcux à la vérité.
Un jour que Socrate entendoit réciter un des dialo-
gues de celui-ci ; c'étoit , je crois , celui qu'il a inti-
tulé /■; lyjis : o dieux , s'écria l'homme de bien , les
beaux mcnfonges que le jeune homme a dit de moi !
Ariiloxene , Démétrius de Phalere, Panetius , Ca-
lifthene, & d'autres s'étoient aulli occupés des ac-
tions , des difcours , des mœurs , du caracrcre, & de
la vie de ce philofophe , mais leurs ouvrages ne nous
font pas parvenus.
L'athénien Socrate naquit dans le village d'Alopé,
dans la foixante & dix-feptieme olympiade , la qua-
trième année , & le fixieme de thargelion , jour qui
fut dans la fuite marqué plus d'une fois par d'heureux
événemens, mais qu'aucun ne rendit plus mémora-
ble que fa naifîance. Sophronilque fon père , étoit
flatuaire , & Phinarete fa mère , étoit fage-femme,
Sophronifque qui s'opperçut bien-tôt que les dieux
ne lui avoient pas donné un enfant ordinaire , alla
les confulter fur fon éducation. L'oracle lui répon-
dit , laiffe-le faire , & iacrifie à Jupiter & aux mufes.
Le bon homme oubUa le confeil de l'oracle , & mit
le cifeau à la main de fon fils. Socrate , après la mort
de fon père ,fut obUgé de renoncer à fon goût, &
d'exercer par Indigence une profeffion à laquelle
il ne fe fentoit point appelle ; mais entraîné à la mé-
ditation , le cifeau lui tomboit fouvent des mains ,
& il paflbit les journées appuyé fur le marbre.
Criton , homme opulent & philofophe , touché
de fes talens , de fa candeur & de fa mifere , le prit
en amitié , lui fournit les chofes néceffaires à la vie,
lui donna des maîtres, & lui confia l'éducation de fes
enfans.
Socrate entendit Anaxagoras , étudia fous Arché-
laiis , qui le chérit , apprit la mufique de Damon , fe
forma à l'art oratoire auprès du fophifle Prodicus , à
la poéfie lur les confeils d'Evenus , à la géométrie
avec Théodore , & fe perfe-Sionna par le commerce
de Diotime 6l d'AfpafiCjdeux femmes dont le mérite
s'ell fait diflinguer chez la nation du monde ancien
la plus polie , dans fon fiecle le plus célèbre & le
plus éclairé , & au miUeu des hommes du premier
génie. Il ne voyagea point.
Il ne crut point que fa profeffion de philofophe le
difpenfât des devoirs périlleux du citoyen. Il quitta
fes amis , fa lolitude , fes livres , pour prendre les ar-
mes , & il fervit pendant trois ans dans la guerre
cruelle d'Athènes & de Lacédémone ; il afîifla au fie-
ge de Potidée à côté d'Alcibiade, où perfonne, au
jugement de celui-ci , ne fe montra ni plus patient
dans la fatigue , la foif & la faim , ni plus ferein. Il
marchoit les pies uuds fur la glace ; il fe précipita au
milieu des ennemis, & couvrit la retraite d'Alcibiade,
qui avoit été blelTé , & qui feroit mort dans la mêlée.
11 ne le contenta pas de fauvcr la vie àfon ami ; après
l'adlion, il lui fit adjuger le prix de bravoure, qui lui
avoit été décerné. Il lui arriva plufieurs fois dans cette
campagne de pafler deux jours entiers de fuite immo-
bile à Ion polie , & abforbé dans la méditation. Les
Athéniens furent malheureux au liège de Delium :
Xénophon renvcrlé de fon cheval y auroit |)erdu
la vie , fi Socrate , qui combattoit à pié , ne l'eût pris
fur fes épaules , & ne l'eût porté hors de l'atteinte de
l'ennemi. Il marcha fous ce fardeau non comme un
homme qui fuit , mais comme un homme qui compte
fes pas & qui mefure le tcrrcin. Il avoit le \ iiage
tourné à l'ennemi , 6l on lui remarquoit tant d'intré-
.6î
SOC
plditc , qu'on n'ofa ni Tattaquer ni le liilvre. Averti
par Ion dcmon , ou le proùcntlment iccret de (a pru-
dence , il délivra dans une autre circonftance Alci-
biadc & Loches d'un danger dont les fuites devinrent
funeltes à pluficurs. Il neie comporta pas avec moins
d'honneur au fiege d'Aniphipolis. '
La corruption avoit gagné toutes les parties de
l'adminiftration des aiîaircs publiques; les Athéniens
gémilloient lous la tyrannie ; Socrate ne voyoit à en-
trer dans la magiftrature que des périls à courir , fans
aucun bien à faire : niiiis il fallut facrifier fa répu-
gnance au vœu de fa tribu , & paroîtrc au fcnat. Il
étoit alors d'un âge affez avancé ; il porta dans ce
nouvel état fa juftice & fa fermeté accoutumées. Les
tyrans ne lui en impofcrcnt point ; il ne ceffa de leur
reprocher leurs vexations & leurs crimes ; il brava
leur puilfance : tadoit-il foufcrire au jugement de
quelque innocent qu'ils avoient condamné , il difoit
je m fuis pus écrire.
Il ne fut pas moins admirable dans fa vie privée ;
jamais homme ne fut né plus fobre ni plus charte :
ni les chaleurs de l'été , ni les froids rigoureux de
l'hiver , ne fufpendirent fes exercices. Il n'agiffoit
point fans avoir invoqué le ciel. Il ne nuifit pas mê-
me à fes ennemis. On le trouva toujours prêt à fer-
vir. Il ne s'en tenoit pas au bien , il fe propofoit le
mieux en tout. Perfonne n'eut le jugement des cir-
conftances 6c des chofcs plus sur & plus fain. Il n'y
avoit rien dans fa conduite dont il ne pût & ne fe
complut à rendre raifon. Il avoit l'œil ouvert fur fes
amis ; il les reprenoit parce qu'ils lai étoient chers ;
il les encourageoit à la vertu par fon exemple , par
les difcours ; & il fut pendant toute fa vie le modèle
d'un homme très-accompli & très-heureux. Si l'em-
ploi de fes momens nous étoit plus connu , peut-
être nous démontreroit-il mieux qu'aucun raifonne-
mcnt , que pour notre bonheur dans ce monde , nous
n'avons rien de mieux à foire que de pratiquer la
vertu ;thefe Importante qui comprend toute la mo-
rale , & qui n'a point encore été prouvée.
Pour réparer les ravages que la pefte avoit faits ,
les Athéniens permirent aux citoyens de prendre
deux femmes ; il en joignit une féconde par commi-
fération pour fa mifere , à celle qu'il s'étoit aupara-
vant choifie par inclination. L'une étoit fille d'Arifti-
de, & s'appelloit Mirtus, & l'autre étoit née d'un
citoyen obfcur , & s'appelloit Xantippe. Les humeurs
capricieufes de celle-ci donnèrent un long exercice
il la philoi'ophie de fon époux. Quand je la pris , di-
foit Socrate à Antifthene, je connus qu'il n'y auroit
perfonne avec qui je ne pufle vivre fi je pouvois la
fupporter ; je voulois avoir dans ma maii'on quelqu'un
qui me rappcllAt fans ceffe l'indulgence que je dois à
tous les hommes , & que j'en attens pour moi. Et à
Lamprocle fon fils : Vous vous plaignez de votre mè-
re ! & elle vous a conçu , porté dans fon fein , alaité ,
foigné, nourri, inftruit, élevé ? A combien de périls
ne l'avez-vous pas expofée ? combien de chagrins ,
de foucis , de foins , de travail, de peines ne lui avez-
vouspas coûté ? . . . 11 eft vrai, elle a fait & fouffert &
plus peut-être encore que vous ne dites ; mais elle eft
il dure , fi féroce . . . Lequel des deux , mon fils , vous
paroît le plus difficile à ilipporter , ou de la férocité
d'une bête , ou de la férocité d'une mère ? . . . Celle
d'une mère .... D'une mère ! la vôtre vous a-t-elle
frappé, mordu, déchiré? en avez-vous rien éprouvé
de ce que les bêtes féroces font affez communément
aux hommes ? . . . Non ; mais elje tient des propos
qu'on ne digéreroit de perfonne , y allât-il de la vie...
J'en conviens ; mais êtes-vous en refte avec elle ? &
y a-t-il quelqu'un au monde qui vous eût pardonné
les mauvais difcours que vous avez tenus , les adions
mauvaifes , ridicules ou folles que vous avez commi-
SOC ,
fes , & tout ce qu'il a fallu qu'elle endurât de vous la
nuit , le jour , à chaque inftant depuis cjue vous êtes
né , jufqu'à l'âge que vous avez? Qui eft-ce qui vous
eût foigné dans vos infirmités comme elle ? Qui ell ce
qui eût tremblé pour vos jours comme elle ? Ilarrive
à votre mère de parler mal ; mais elle ne met elle-
même aucune valeur a ce qu'elle dit : dans fa colère
même vous avez fon cœur: elle vous fouhaitele bien.
Mon fils , l'injuftice ell de votre côté. Croyez-vous
qu'elle ne fût pas défolée du moindre accident qui
vous arriveroit ?... Je le crois . . . Qu'elle ne fe rédui- |
sît pas à la mifere pour vous en tirer ?... Je le crois...
Qu'elle ne s'arrachât pas le pain de la bouche pour
vous le donner?... Je le crois . . . Qu'elle nefacrifif.t
pas fa vie pour la vôtre ?.. Je le crois . . . Que c'eft
pour vous & non pour elle qu'elle s'adreiTelans cefîe
aux dieux?... Que c'eft pour moi .. .Et vousla trou-
vez dure , féroce , & vous vous en plaignez. Ah,
mon fils, ce n'eft pas votre mère qui eft mauvaife,
c'eil vous ! je vous le répète , l'injuftice eft de votre
côté . . . Quel homme ! quel citoyen ! quel magiftrat !
quel époux ! quel pcre ! Moins Xantippe méritoit»
cet apologue , plus il faut admirer Socrate. Ah, So-
crate , je te reflemble peu ; mais du-moins tu me fais
pleurer d'admiration & de joie !
Socrate ne fe croyoit point fur la terre pour lui
feul & pour les fiens ; il vouloir être utile à tous , s'il
le pouvoit, mais fur-tout aux jeunes gens , en qui il
efpéroit trouver moins d'obftacles au bien. Il leur -
ôtoit leurs préjugés. Il leur faifbit aimer la vérité. Il
leur infpiroit le goût de la vertu. Il fréquentoit les
lieux de loiirs amufemens. Il alloit les chercher. Oa
le voyoit fans cefTe au milieu d'eux , dans les rues,
dans les places publiques , dans les jardins , aux
bains , aux gymnafes , à la promenade. Il parloit de-
vant tout le monde ; s'approchoit & l'écoutoit qui ,
vouloit. il falfoit un ufage étonnant de l'ironie & de
l'indudion ; de l'ironie , qui dévoiloit fans effort le ri-
dicule des opinions ; de l'indudion , qui de queftions
éloignées en queftions éloignées, vous conduifoit
imperceptiblement à l'aveu de la chofe même qu'on
nioit. Ajoutez à cela le charme d'une élocutionpiire,
fimple , facile , enjouée ; la finefîe des idées , les grâ-
ces , la légèreté & la délicatefle particulière à fa na-
tion , une modeftiefurprenante, l'attention fcrupu-
leufe à ne point ofFenfer , à ne point avilir, à ne point
humilier , à ne point contrifter. On fe faifoit honneur
à tout moment de fon efprit. « J'imite ma mère , di-
» foit-il , elle n'étoit pas féconde ; mais elle avoit
» l'art de foulager les femmes fécondes , & d'ame-
♦> ner à la lumière le fruit qu'elles renfermoient dans
» leurs l'eins ».
Les fophiftes n'eurent point un fléau plus redouta-
ble. Ses jeunes auditeurs fe firent infeniiblemcnt à fa
méthode , & bien-tôt ils exercèrent le talent de l'iro-
nie 6c de l'indudtion d'une manière très - incommode
pour les faux orateurs , les mauvais poètes ,les pré-
tendus philofophes , les grands injuftes & orgueil-
leux. Il n'y eut aucune forte de folie épargnée , ni
celles des prêtres , ni celles des artiftes , ni celles des
magiftrats. La chaleur d'une jeunefle enthoufiafte &
folâtre fufcita des haines de tous côtés à cehii qui
l'inftruifoit. Ces haines s'accrurent 6c fe multipliè-
rent. Socrate les méprifa ; peu inquiet d'être hai ,
joué , calomnié, pourvu qu'il fût innocent. Cepen-
dant il en devint la viâime. Sa philofophie n'étoit
pas une affaire d'oftentation & de parade , mais de
courage 6c de pratique. Apollon diloitde lui : « So-
» phocle eft fiige , Euripide eft plus fage que Sopha-
» de ; mais Socrate eft le plus lage de tous les hom-
» mes w. Les fophiftes fe vantoient de favoirtout;
Socrate , de ne iavoir qu'une chofe , c'eft qu'il nefa-
voitrien. Il fe ménageoitainfi l'avantage de les inter-
soc
Toccr , de les embarniflcr & de les confondre de la
manière la plus sure &C la plus honteufe pour eux.
D'ailleurs cet homme d'une prudence Se d'une expé-
rience conlommée ,qui av'oit tant écoute , tant lu ,
tant médité, s'étoit aifément apperçu que la vérité
eu comme un fîl qui part d'une extrémité des ténè-
bres & le perd de l'autre dans les ténèbres ; & que
dans toute queftion , la lumière s'accroît par degrés
jiifqu\\ un certain terme placé fur la longueur du fil
délié , au-delà duquel elle s'atToiblit peu-à-peu & s'é-
teint. Le philoibphe efl celui qui lait s'arrêter jufle ;
le fophifle imprudent marche toujours , & s'égare
lui-même & les autres : toute fa dialedique fe relbut
en incertitudes. C'ell: une leçon que Socrate donnoit
fans cefl'e aux fophifles de Ion tems , & dont ils ne
profiteront point. Ils s'éloignoient de lui mécontens
(ans favoir pourquoi. Ils n'avoient qu'à revenir fur la
quellion qu'ils avoient agitée avec lui , & ils fe fe-
roient apperçus qu'ils s'étoient laifTés entraîner au-
delà du point indivifible & lumineux , terme de notre
foible raifbn.
On l'accufa d'impiété ; & il faut avouer que fa re-
ligion n'étoit pas celle de fon pays, il méprifa les
Jicux &C les fuperftitions de la Grèce. Il eut enpi-
:ié leu.rs myfteres. Il s'étoit élevé par la feule force
le fon génie à la connoiffance de l'unité de la divini-
:é , & il eut le courage de révéler cette dangereufe
l^érité à fes difciples.
Après avoir placé fon bonheur préfent Se à venir
3ans la pratique de la vertu , 6c la pratique de la ver-
:u dans l'obfervation des lois naturelles & politiques,
■icn ne fut capable de l'en écarter. Les événemens
es plus ficheux , loin d'étonner fon courage , n'alté-
•erent pas même fa iérénite. Il arracha au fuplice les
iix juges que les tyrans avoient condamnés. Il ne
/oulut point le lauver de la prifon. Il apprit en fou-
■iant l'arrêt de fa mort. Sa vie eil pleine de ces
:raits.
Il méprifa les injures. Le mépris Se le pardon de
*injure qui Ibnt des vertus du chrétien, font la ven-
jeance au philofoph^. 11 garda la tempérance la plus
■igoureufe , rapportant l'ufage des choies que la na-
ure nous a deliinées à la confervation & non à la
volupté. Il difoit que moins l'homme a de beioins,
jlus fa condition eft voifine de celle des dieux ; il
-'toit pauvre , & jamais fa femme ne put le détermi-
ler à recevoir les préfens d'Alcibiade 6c des hom-
nes puilTans dont il étoit honoré. Il regardoit la juf-
:ice comme la première des vertus. Sa bicnfaifance ,
'emblable à celle de l'Etre fuprème , étoit fans excep-
:ion. Il déteftoit la flatterie. Il aimoit la beauté dans
!es hommes & dans les femmes, mais il n'en fut point
l'efclave : c'étoit un goût innocent 6c honnête , qu'A-
riftophane même , ce vil infirument de fes ennemis ,
n'ofa pas lui reprocher. Que penferons-nous de la
Facilité & de la complaifance avec laquelle quelques
Kommes parmi les anciens & parmi les modernes
ont reçu 6c répété contre la pureté de (es mœurs }
une calomnie que nous rougirions de nommer ; c'ell
qu'eux-mêmes étoicnt envieux ou corrompus. Se-
rons-nous étonnés qu'il y ait eu de ces âmes infer-
nales? Peut-être , fi nous ignorions ce qu'un intérêt
violent & fecret infpire , voyei ce que nous dirons
de fon démon à VanicU ThÉosoPHE.
. Socrate ne tint point école , éc n'écrivit point.
Nous oe lavons de la dodrine que ce que fes difci^
pics nous en ont tranfmis. C'eft dans ces fources que
nous avons puifé.
Scntimens de Socrate fur Li divinUé. Il difoit :
Si Dieu a dérobé fa nature à notre entendement ,
il a manifefté fon exiflcnce , fa lagelfe, fa puilfance
& fa bonté dans fes ouvrages.
II eft l'auttur du monde , 6c le monde efl la corn-
SOC iSj
plexion de tout ce qu'il y a de bon & de beau.
Si nous fentions toute l'harmonie qui règne dans
l'univers , nous ne pourrions jamais regarder le ha-
fard comme la caufe de tant d'effets enchaînés par-
tout , fclon les lois de la fageffe la plus flirprenante,
& pour la plus grande milité poffible. Si \me intelli-
gence fuprème n'a pas concouru à la difpofition , à
la propagation & à la confervation générale des êtres,
6c n'y veille pas fans cefTe, comment arrive-t-11 qu'au-
cun défordre ne s'introduit dans une machine aufîî
cornpofée , auffi vafle ?
Dieu préfide à tout : il voit tout en un infiant ; no-
tre penfée qui s*élance d'un vol inflantané de la terré
aux cieux ; notre œil qui n'a qu'à s'ouvrir pour ap-
percevoir les corps placés à la plus grande diflance ,
ne font que de foibles images de la célérité de fon
entendement.
D'un feul afte il efl préfent à tout.
Les lois ne font point des hommes , mais de Dieu,
C'efl lui proprement qui en condamne les infrac-
leurs , par la voix des juges qui ne font que fes or-
ganes.
Sent'imens de Socrate fur Us efprits. Ce philofophé
rempliffoit l'intervalle de l'homme à Dieu d'intelli-
gences moyennes qu'il regardoit comme les génies
tutélaires des nations : il permettoit qu'on les ho-
norât : il les regardoit comme les auteurs de la divi-
nation.
Sentimens de Socrate fur rame. Il la croyoit préexif^
tante au corps, & douée de la connoiffance des idées
éternelles. Cette connoiffance qui s'alToupifîbit en
elle par fon union avec le corps , fe réveillolt avec le
tems , & l'ufage de la raifon & des fens» Apprendre j
c'étoit fe reffouvenir; mourir, c'étoit retourner à fort
premier état de félicité pour les bons , de châtiment
pour les méchans.
Principes de la Philofophie morale de Socrate. \l
difoit :
Il n'y a qu'un bien , c'efl la fcience ; qu'un mal ,
c'efl l'ignorance.
Les richeffes & l'orgueil de la naiffanee font les
fources principales des maux.
La fageffe efl la fanté de l'ame.
Celui qui connoît le bien & qui fait le mal efl urt
infenfé.
Rien n'efl plus utile &plus doux que la pratique de
la vertu.
L'homme fage ne croira point favoir ac qu'il
ignore.
La juflice & le bonheur font une même chofc.
Celui qui diftingua le premier l'utile du jufte , fut
un homme déteflable.
La fageffe efl la beauté de l'ame , le vice en eft la
laideur.
La beauté du corps annonce la beauté de l'ame.
Il en eft d'une belle vie comme d'un beau tableau ^
il faut que toutes les parties en fbient belles.
La vie heureufe & tranquille eft pour celui qui
peut s'examiner fans honte ; rien ne le trouble , par*
ce qu'il ne fe reproche aucun crime.
Que l'homme s'étudie lui-même , & qu'il fe con-«
noiffe.
Celui qui fe connoît échappera à bien des maux ,
qui atte'ndcnt celui qui s'ignore ; il concevra d'a-
bord qu'il ne fait rien , & il cherchera à s'inflruire.
Avoir bien commencé , ce n'cll pas n'avoir rien
fait ; mais c'eft avoir fait peu de choie.
Il n'y a qu'une fagefle, la vertu efl une.
La meilleure manière d'honorer les dieux, c'o«
de faire ce qu'ils ordonnent.
Il faut demander aux dieux en général ce qui nous
efl bon ; fpécifîer quelque choCe dans fa prière, c'eft
prétendre à une connoilfance qui leur eft relervée.
Il faut ado/er les djeij.v de fon pays , 5c relier foa
264
soc
offrande fur (es iacuUcs ; les cUeux regardent pUis ù
la pureté de nos cœurs , qu'à la rkhelVe de nos lacii-
Hces.
Les lois font du ciel ; ce qui eft félon la loi , elt julte
fur la terre , iSc légitimé dan^ le ciel.
Ce qui prouve l'origine célelle des lois , telles
que d'adorer les dieux , d'honorer fes parens , d'ai-
mer fon bienfaiteur , c'ellqucle châtiment ell né-
cefùiiremcnt attache à leur infraftion ; cette liaifon
néceffaire delà loi , avec la peine de l'infradion, ne
peut être de Ihomme.
Il faut avoir pour un père trop févere , la même
obciffance qu'on a pour une loi trop dure.
L'atroclte de l'ingratitude eft proportionnée à
ViniDortance du bientait ; nous devons ù nos parens
ic plus important des biens.
L'enfant ingrat n'obtiendra ni la faveur du ciel , ni
l'eilime des hommes ; quel retour attendrai-je , moi ,
étrano,er , de celui qui manque aux perlonnes à qui il
doit ie plus?
Celui qui vend aux autres fa fageffe pour de l'ar-
cent , fe proftitue comme celui qui vend fa beauté.
Les richeifes font entre les mains de l'homme,
fans la raiion , comme ious lui un cheval fougueux ,
lans frein.
Les richeffcs de l'avare reffemblent à la lumière du
foleil , qui ne recrée perlbnne après fon coucher.
3'appelle avare celui qui amalfe des richefles par
des moyens vils, & qui ne veut point d'indigens pour
amis.
La richefle du prodigue ne fert qu'aux adulateurs
&aux prollitués.
Il n'y a point de fonds qui rende autant qu'un ami
fincere & vertueux.
Il n'y a point d'amitié vraie , entre un méchant &C
un méchant , ni entre un méchant 6c un bon.
On obtiendra l'amitié d'un homme , en cultivant
en foi les qualités qu'il eftime en lui.
Il n'y a point de vertus qui ne puifle fe perfeûion-
ïier&C s'accroître , par la reflexion & l'habitude.
Ce n'eft ni la richelfe , ni la naiflance , ni les di-
gnités , ni les titres, qui font la bonté de l'homme ;
elle eft dans fes mains.
L'incendie s'accroit par le vent, & l'amour par
le commerce.
L'arrogance confifte à tout dire , & à ne vouloir
4'len entendre.
Il faut fe familiarifer avec la peine , afin de la re-
cevoir quand elle viendra , comme fi on l'avoit at-
tendue.
Ilnefaut point redouter la mort, c'ell un affou-
pifrcment ou un voyage.
S'il ne relie rien de nous après la mort, c'eft pîu-
■ tôt encore un avantage , qu'un inconvénient.
Il vaut mieux miourir honorablement , que vivre
deshonoré.
Il faut fe foullraire ;\ l'incontinence , par la fuite.
Plus on ell fobre , plus on approche de la condition
des dieux , qui n'ont befoin de rien.
Il ne faut pas négliger la fanté du corps , celle de
l'ame en dépend trop.
La tranquillité efl le plus grand des biens.
Rien de trop : c'ell l'éloge d'un jeune homme.
Les hommes vivent pour manger , les bons man-
gent pour vivre.
Etre fage dans la haute profpérité , c'eft favoir
marcher lur la glace.
Le moyen le plus fur d'être confideré , c'eft de ne
pas affefter de le montrer aiilîl bon que l'on eft.
Si vous êtes un homme de bien , on aura autant
de confiance en votre parole , qu'au ferment.
Tournez le dos au calomniateur & au médifant ,
c'eft quelque perverfité qui le fait acir ou parler.
Principes de Socrate , fur la pruamu doinejlique.
Jldifoit-. ■
SOC
Celui qui faura gouverner fa malfon , tirera parti
de tout , même de les ennemis.
Méfiez-vous de l'indolence , de laparefle, de la
négligence ; évitez le luxe ; regardez l'agriculture
comme lareflource la plus importante.
li ell des occupations lordides auxquelles il faut
fe refufer , elles avlliirent l'ame.
Il ne faut pas laitier ignorer à fa femme ce qu'il lui
importe de favoir , pour votre bonheur & pour le
lien.
Tout doit être commun entre les époux.
L'homme veillera aux choies du dehors , la fem-
me à celles du dedans.
Ce n'eft pas lans raifon que la nature a attaché
plus fortement les mères aux enfans , que les pères.
Principes de la prudence poiuiqiu de Socr-ite. Les
vrais fouverains , ce ne font point ceux qui ont le
fceptre en main , foit qu'ils le tiennent ou de la naif-
fance , ou du halard, ou de la violence , ou du coa-
fentement des peuples; mais ceux qui lavent com-
mander.
Le monarque eft celui qvù comniande à ceux qui
fe font loumis librement à Ion obéiftance ; le tyran,
celui qui contraint d'obéir : l'un fait exécuter la loi,
l'autre , fa volonté.
Le bon citoyen contribuera autant qu'il eft en lui ,
à rendre la repubhque HorifTante pendant la paix , &l
viftorieufe pendant la guerre ; il invitera le peuple
à la concorde , s'il fe louleve ; député chez un en-
nemi , il tentera toutes les voies honnêtes de conci-
liation.
La loi n'a point été faite pour les bons.
La ville la mieux gardée , eft celle qui renferme le
plus d'honnêtes gens : la mieux policée , celle où les
magiftrats agiflent de concert : celle qu'il faut pré-
férer à toutes, où la vertu a des récompenles aliu-
rées.
Habitez celle où vous n'obéirez qu'aux lois.
Ce feroit ici le lieu de parler des acculations qu'on
intenta contre lui, de fon apologie , & de fa mort ;
mais ces chofes font écrites en tant d'endroits. Qui
eft-ce qui ignore qu'il fut le martyr de l'unité de
Dieu ?
Après la mort de Socrate , fes difciples fe jetterent
fur fa robe & la déchirèrent. Je veux dire qu'ils fe
livrèrent à différentes parties de la philofophie , &
qu'ils fondèrent une multitude de lecles diverles ,
oppofées les unes aux autres , qu'il faut regarder
comme autant de familles divifees , quoiqu'elles
avouafTent toutes la même louche.
Les uns s'étoient approchés de Socrate , pour fe
difpoler par la connoiflance de la vérité , l'étude des
mœurs , l'amour de la vertu , à remplir dignement
les premiers emplois de la république auxquels ils
étoient deftinés : tel fut Xénophon.
D'autres, parmi lefquels on peut nommer Criton ,
lui avoient confié l'éducation de leurs enfans.
Il y en eut qui ne vinrent l'entendre que dans le def-
fein defe rendre meilleurs; c'eft ce qui arriva à Dio-
dore , à Euthydème , à Euthere , à Ariftarque.
Critias & Alcibiade lui furent attachés d'amitié. Il
enfeigna l'art oratoire à Lyfias. Il forma les poètes
Evénus & Euripide. On croit même qu'il concourut
avec ce dernier dans la compofition des tragédies qui
portent fon nom.
Son difciple Ariftippe fonda la fefte cyrénaïque ,
Phédon l'eliaque , Euclidela mégarique , Platon l'a-
cadémique , Anthiflène la cynique.
Xénophon , Efchine, Criton , Simon & Cebès, fe
contentèrent de l'honneur de l'avoir eu pour maître.
Xénophon naquit dans la quatre vingt-deuxième
olympiade. Socrate l'ayant rencontré dans une rue ,
comme il pafloit,mis fon bâton en travers , l'arrêta,
6i. lui demanda où fe vendoient les chofes nécefîaires
àU
soc
à la vîe. La beauté de Xénophon l'avoît frappé. Ce
jeune homme fît à fa quellion une réponfe férieufe ,
jelon fon caractère. Socrare l'interrogeant une fé-
conde fois, lui demanda s'il ne fauroit point où les
hommes apprenoient à devenir bons. Xénophon dé-
clarant fon embarras par ion fdenco &: fon maintien,
Socrate lui dit : fuivez mol, & vous le faurez. Ce fut
ainfi que Xénophon devint fon dilciple. Ce n'efl pas
ici le lieu d'écrire l'hifloire de Xénophon. Nous avons
de lui la cyropédie , ime apologie de Socrate , quatre
livres des dits & des faits mémorables de ce philofo-
phe , un banquet , un livre de l'économie , un dialo-
gue fur la tyrannie , l'éloge d'Agéillas & la compa-
raifon des républiques d'Athènes & de Lacédémone,
ouvrages écrits avec une grande douceur de ftyle ,
de la vérité , de la gravité & de la fimpiicité.
La manière dont Efchine s'offrit à Socrate eft d'une
naïveté charmante. II étoit pauvre : je n'ai rien , dit-
il au philofophe dont il venoit prendre les leçons ,
qui foit digne de vous être offert ; & c'eff-là ce qui
me fait fcniir ma pauvreté. Je n'ai que moi : voyez fi
vous me voulez. Quels que foient les prélens que les
vous autres aient faits , ils ont retenu par-devers eux
plus qu'ils ne vous ont donné. Quant au miit;n , vous
ne l'aurez pas plutôt accepté qu'il ne me rederaplus
rien. Vous m'offrez beaucoup , lui répondit Socrate,
à moins que vous ne vous eflimiez peu. Mais venez,
je vous accepte. Je tâcherai que vous vous eftimiez
davantage, & de vous rendre à vous-même meilleur
que je ne vous aurai reçu. Socrate n'eut point d'au-
diteur plus affidu ni de difciple plus zélé. Son fort le
conduifit à la cour de Denis le tyran , qui en fît d'a-
bord peu de cas. Son indigence fut une tache qui le
fuivit par-tout. Il écrivit quelques dialogues à la ma-
nière de Socrate. Cet ouvrage arrêta les yeux fur lui,
Platon ôcAriflippe rougirent du mépris qu'ils avoient
alfefté pour cet homme. Ils le recommandèrent à
Denis , qui le traita mieux. Il revint dans Athènes ,
ovt il trouva deux écoles floriffantes établies. Platon
enleignoit dans l'une , Ariflippe dans l'autre. Il n'ofa
pas fe montrer publiquement au milieu de ces deux
philofophes. n s'en tint à donner des leçons particu-
lières. Lorfqu'il ié fut affuré du pain, par cette ref-
fource , il fe livra au barreau, où il eut du fuccès,
Ménedeme lui reprochoit de s'être approprié des
dialogues que Socrate avoit écrits , & que Xantippe
lui avoit confiés. Ce reproche fait beaucoup d'hon-
neur à Efchine. Il avoit bien fmgulierement faifi le
caraftere de fon itiaître , puilque Ménedeme & Arif-
tippe s'y trompoient. On remarque en effet , dans
les dialogues qui nous relient d'Elchine,la fimpiicité,
l'exprcffion , les maximes , les comparaifons 6l toute
la morale de Socrate.
Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons dit de
Criton , finon qu'il ne quitta point Socrate pendant
le tems de fa prifon ; qu'il veilla à ce que les chofes
nécelfaircs ne lui manquaffent pas ; que Socrate of-
fenfé de l'abus qu'on faiibit de la facilité de fon ca-
radlere pour le tourmenter , lui conleilla de cher-
cher quelque homme turbulent , méchant , violent ,
qui fît tête à fes ennemis , & que ce confeil lui
réuffit.
Simon étoit un corroyeur dont Socrate fréquen-
toit quelquefois la maiibn. Là , comme par -tout
ailleurs , il parloit des vices , des vertus , du bon ,
dubeau , du décent , de l'honnête , & le corroyeur
l'écoutoit ; &i le foir , lorfqu'il avoit quitté fon ou-
vrage , il jcttoit fur le papier les principales chofes
qu'il avoit entendues. Periclès fît cas de cet homme ,
il chercha à fe l'attacher par les promcffes les ])[as
flatteufcs ; mais Simon lui répondit qu'il ne vcndoit
point fa liberté.
Cebcs écrivit trois dialogues , dont il ne nous refte
que le dernier , connu fous le nom du taHeau. C'cft
Tomi XF.
S O D
1(3^
un petit roman fur les goûts , les penchans , les pré^
jugés , les moeurs des hommes , compofé d'après une
peinture qu'on voyoit dans le temple de Saturne. On
y fuppofe les principes fui vans.
Les âmes ont préexifté aux corps. Un fortheureujr
ou malheureux les attend.
Elles ont un démon qui les infpire , dont la voix
fe fait entendre à elles , & qui les avertit de ce qu'el-
les ont à faire & à éviter.
Elles apportent avec elles un penchant inné à
l'impoflure , à l'erreur, à l'ignorance & au vice.
Ce penchant n'a pas la même force en toutes.
Il promet à tous les hommes le bonheur; mais il
les trompe & les perd. Il y a une condition vraie , &:
une condition faulfe.
La poéfie , l'art oratoire , la mufique , la dialefti*
que , l'arithmétique , la géométrie & l'aiVoloaie .
font de l'érudition faufle, °
La connoiffance des devoirs & la pratique des
vertus , font la feule érudition vraie.
C'eft par l'éru dition vraie que nous échappons dans
ce monde à la peine , & que nous nous préparons la
félicité dans l'autre vie.
Cette félicité n'arrivera qu'à ceux qui auront bien
vécu , ou qui auront expié leurs fautes.
C'eil: de ce féjour de délices qu'ils contempleront
la folie & la mifere des hommes. Mais ce fpeûacle
ne troublera point leur jouiiiance. Ils ne peuvent
plus fouffrir.
Les méchans , au fortlr de cette vie , trouveront
le déf efpoir. Ils en feront faifis , & ils erreront ;
jouets continuels des pafTions auxquelles ils fe feront
livrés.
Ce n'eft point la richeffe, mais l'érudition vraie
qui rend l'homme heureux.
Il ne faut ni fe fîer à la fortune , ni trop eftimer its
préféns.
Celui qui croit favoir ce qu'il ignore , efl dans une
erreur qui l'empêche de s'intlruire.
On met encore du nombre des difciples de So-
crate , Timon le Mifantrope. Cet homm.e crut qu'il
fuyoit la fociété de fes fémblables , parce qu'ils
étoicnt méchans ; il fe trompoit , c'eft que lui-
même n'étoit pas bon. Je n'en veux pas d'aiure
preuve , que la joie cruelle que lui cauferent les ap-
plaudiffemcns que les Athéniens prodiguoient à Alci-
biade ; & la raitbn qu'il en donna, le preffentiment
du mal que ce jeune homme leur feroit un jour. Je
ne hais pas les hommes, difoit-il, mais les bêtes fé-
roces qui portent ce nom ; &: qu'étois-tu toi-même ,
entre ces bêtre féroces , finon la plus intraitable ce
toutes ? Quel jugement porter de celui qui fe làuve
d'une ville , où Socrate vivoit , & où ily avoit une
foule de gens de bien ; finon qu'il étoit plus frappé ce
la laideur du vice , que touché des charmes de la
vertu.> Ce caradere cfl mauvais. Quel fpedacle plus
grand & plus doux que celui d'un homme jufle ,
grand, vertueux, au-deffus de toutes les terreurs &
de toutes les féduftions ! Les dieux s'inclinent du
haut de leur demeure bienheureuf'e , pour le voir
marcher fur la terre ; & le trifte & mélancolique
Timon détourne fes regards farouches , lui tourne
le dos, & va , le cœur rempli d'orgueil , d'envie
& de fîel , s'enfoncer dans une forêt.
SOCZOVA , ( Gios,. mod. ) ville de la Turquie
européenne , dans la partie occidentale de la Mol-
davie , fur la Moldawa , entre Jaffy & Ne-wmack.
Lon^. 44. 4S. Luit. 47, IX. ( Z>. /. )
SODA , f. m. ( Giam. 6* MccJec. ) c'efl ainfi que
quelques auteurs appellent un fentiment de chaleur
ik d'erofion à la gorge , caulé par des vapeurs .Icres
qui s'élèvent de l'eflomac , ts: qui font produites par
la fermentation des matières excrémenteufes. Les
bilieux & les mélancohques font fiijcts anfoJj.
Ll
266
S O D
SODER-HAMPT ou SOEDER-HAMN .{Gcos.
mod. ) c'eft-à-dlre Port du fud ; nouvelle petite vil e
de Suéde dans l'HcUing.e, lur la côte du -olte de
Bothnie adez près, &: au nord de rembouchure du
Lintna. On y tait des armes A feu. Les bourgeois les
vendent aux habitans de la Bothnie, & ceux-ci aux
Lapons qui viennent en acheter. Ils tirent aulîi de
cette ville de la poudre , des baies Ce du plomb en
malle. (D.J.) .^ . . ^r> r ,
SODER-TELGE ou SODER-TALGE, oufimpu-
mcm TELGE AGcog. mod.) ville de Suéde, dans la
Sudermanic , h l'embouchure d'un des canaux par ou
le lac Maler communique avec la mer Baltique , &:
à quatre milles au lud-ouell de Stockholm. Longn.
■iy. 12. lat. Sç). 21. {D.J.) .
SODOxME , ( Géog. anc. &facrîe. ) v.Ue capitale
de la Pentapole ; elle fut conluméc , dit l'Ecniure ,
par le feu du ciel , avec trois autres villes voilincs,
Gomorre , Zeboim & Adama , qui toutes ctoicnt
plongées dans le crime. Les prophètes parlent lou-
vent de la ruine de Sodome &; de Gomorre , 6^ par-
tout ils marquent que ce feront des lieux délerts ,
«rides , inhabites , couverts d'épines ; en un mot ,
une terre de fel , où Ton ne pourra planter, m le-
mcr •.Jiccnasjpinamm , & accrrifulis , & dcjerium uj-
qne in œiirnum. Dcut. xxlx. 22. Sophon. 2.ix. Amol.
IV. II.
Strabon , liv. XK parle auffi des ruines de Sodo-
me & de fon circuit de 60 lladeS , qu'on voyoït au
bord de la mer Morte ; cependant l'on ne peut ré-
voquer en doute , que la ville n'ait été rétablie dans
la fuite , foit au même endroit oii elle étoit autrefois,
fur le bord méridional de la mer Morte , foit vis-à-
vis de ce lieu-là. Les notices font mention cxprcfle
de Sodorm , ville épilcopale , fituée entre Thamar &
Engaddi. Etianne le géographe met aufli Engaddi
près de Sodome. On trouve dans les mêmes notices
un Severe , évêque de Sodome , parmi ceux de l'Ara-
bie , qui foufcrivirent au premier concile de Nicée.
(D.J.)
SODOMIE , f. f. ( Gram. & Jurlfprud. ) eft le cri-
me de ceux qui commettent des impuretés contrai-
res même à l'ordre de la nature ; ce crime a pris Ion
nom de la ville de Sodome , qui périt par le feu du
ciel à caufe de ce défordre abominable qui y étoit
familier.
La juftlce divine a prononcé la peine de mort con-
tre ceux qui fe fouillent de crime , morte monatur ;
Lévitique , ch. xx. , ,
La même peine eft prononcée par l'anthentique ,
ut non luxurientur.
La loi cum vir au code Je adidt. veut que ceux qui
font convaincus de ce crime foient bridés vifs.
Cette peine a été adoptée dans notre jurifpruden-
ce : il y en a eu encore un exemple en exécution
d'un arrêt du 5 Juin 1750 , contre deux particuliers
qui furent brûlés vifs en place de Grève.
Les femmes , les mineurs , font punis comme les
autres coupables.
Cependant quelques auteurs, tels que Menochius,
prétendent que pour les mineurs, on doit adoucir la
peine , fur-tout fi le mineur eft au-dcffous de l'âge de
puberté.
Les cccléfiafliques , les religieux , devant l'exem-
ple de la chafteté , dont ils ont fait un vœu particu-
lier , doivent être jugés avec la plus grande lévérité,
lorfqu'ils fe trouvent coupables de ce crime; le moin-
dre foupçon luffit pour les faire deftituer de toute
fon£lion oujeniploi qui ait rapport à l'éducation de la
jeunefle. Foye^ du Perray.
On comprend fous le terme defodomie, cette ef-
pece de luxure que les Canoniflcs appellent mollities^
&c les Latins maflupratio , qui efl le crime que l'on
commet fur foi-même ; cc'lui-ci lorfqu'il eft décou-
S O E
vert ( ce qui cft fort rare au for extérieur ) ert
puni ues galères ou du bannifiement , félon que le
Icandak- a été plus ou moins grand.
On punit aulfide la même peine ceux qui appren-
nent à la jeunefte à commettre de telles impuretés ;
ils {ubill'ent de plus l'expofition au carcan avec un
écriteau portant ces mots , corrupteur de la jeunejfe.
Fojei les novelUs yy. 6- 1^1. du Perray , des moyens
can. ch. vi'ij. Menochius , de arbltr. caf. 3 2 j). n. 6. M.
de Vouglans , en les Injlit. au Droit criminel , page
Jio, {A)
SODORE , (Géog. rnod.) autrefois ville d'Ecofle,
aujourd'hui village dans la petite île d'îona , une des
V/cefternes. L'évêquc de Cerfes, fufïi'agant de l'ar-
chevêque de Glafcow, réfide encore dans un village.
{D.J.)
SOE , ILE , ou SOA , {Géogr. mod. ) c'eft une des
plus petites îles Hébrides de l'occident d'Ecofle, &
voiline de celle de Kildan ; elle abonde en pâtura-
ges & en oifcaux de mer , qui viennent y pondre
leurs œufs. {D. J.)
SOEN , SOUN ou TSSONN , f. m. (Marine.) nom
qu'on donne à la Chine , aux principaux & aux plus
ordinaires vaifl'eaux marchands ou de guerre. Ces
bâtimens font larges en arrière , & diminuent infen-
fiblement de largeur jufqu'à la proue. Ils n'ont point
de quilles , &c font plats par-deflTous ; ils ont une pré-
ceinte leule de chaque côté , deux mâts fans hunes ,
avec deux gros cordages,qui font comime deux étais;
l'un à l'avant , l'autre à l'arriére. Leurs voiles font
d'écorces de rofeaux , fi bien entrelacées enfemble
avec des feuilles de bambouc , que le moindre vent
ne fauroit pafl^er à-travers ; elles font attachées à une
épavre vers le haut du mât, qui les traverfe pour les
foutenir , 6i on les hifle par le moyen d'une poulie
qui eft attachée au haut de chaque mât. Au lieu d'é-
coutes & de bras , il y a divers petits cordages qui
lont amarrés à un plus gros , &c qui en font l'office.
Il y a dans le fond de cale plufieurs chambres qui
n'ont point de communication ; des citernes pour
conferver l'eau ; des galeries des deux côtés ; un pont
fixe courant devant-arrière , & un pié au-defîiis, un
pont volant de planches , qui s'ôte & fe remet , 6C
lur lequel on fe promené. La chambre du capitaine
s'élève à la hauteur d'un homme , au-deft\is du pont
volant ; & le château commence un peu plus bas que
le pont fixe , & s'élève bien li^aut au-defliis des deux
ponts. Le delilis de ce château eft une efpece de de-
mi-pont , oii les premiers officiers fe tiennent , & au-
tour duquel font fufpendus leurs boucliers & leurs
rondaches ; les piques font rangées autour du vaif-
feau 6c paroiflent en-dehors.
Sur le grand mât s'élève une girouette ou pyrami-
de , fur laquelle on attache des pièces d'étoffes , fri-
fées & peintes de figures grotcfques ; & au-deflbus
pend une queue , dont les poils ou fils fervent à taire
connoitre d'où vient le vent. Le bâton de pavillon
eft à-peu-près comme le mât. Il y a une poulie vers
le haut pour hifl'er & amener les pavillons qui /ont
fufpendus "de travers à ce mâtereau ; la gaule d'enfei-
gne eft placée dans l'endroit où nous plaçons le mât
d'artimon.
Le gouvernail fe démonte aifcment , & on le re-
tire à bord quand on veut ; enfin , les ancres font de
bois ; elles n'onr ni jare , ni pattes , mais feulement
en-bas deux longs morceaux de bois pointus, & mal-
gré cela , elles enfoncent &c tiennent auffi-bien que
les ancres de fer. Les plus grands founs de charge
portent quatorze cens tonneaux : mais le port de
ceux qu'on équipe en guerre , n'eft que de deux cens
tonneaux. Ils ont vingt à trente légères pièces de ca-
nons , qui tournent fur un pivot ; leur équipage eft
très-confidérable , car un J'oun de dix canons porte
deux cens hommes.
s O F
SOEST , {Géog. mod.') ville d'Allemagne, dans la
Wdîphalic , au ccinté de la Marck , à quatre lieues
au fiid-ouelt de Lippftad. Elle paffe pour une des
plus orandcs & des plus riches de la Weliphalie; elle
a été impériaL' , & appartient préfentement au roi
de Pruffe. Ses habitans font en partie calviniftes , en
partie catholiques ; le pays de (qs environs efl très-
fertile. Long. 2i. 48. lat. 61. 42.
j4jfelman , théologien modéré , naquit à Soejl. Il
a mis au jour un traité de ferendis hcercticis , non au-
ferendis. Ce titre tient un peu du jeu de mots , mais
l'ouvrage part d'un elprit tolérant & raifonnable.
Gropper (Jean) controvcrfifte du feizieme fiecle ,
naquit à Soejî en 1 501 , & mourut à Rome en i 5 58,
ayant refufé trois ans auparavant le chapeau de car-
dinal. Son principal ouvrage eft intitulé , Injî'uuiio
fidei cathoUcœ. Il avoit une idée fi folle de la pureté ,
qu'ayant trouvé une fervante qui failoit fon lit , il la
chafla , & fit jetter le lit par la fenêtre ; j'imagine
que cette fervante étoit huguenotte. {D. J.)
SŒUR , f . f. ( Gram. & Jurifprud. ) eft une per-
fonne du fexe féminin qui efl ililie de mêmes père &
mère , ou de même père ou de môme mère qu'une
autre perfonne , mâle ou femelle dont on parle ; car
la qualité defœur peut être relative à deaxfœurs, ou
à [inefœur èc un frère.
La/œur germaine efl celle qui efl ifTue de même
père & mère que fon frère ou fa fœur. On appelle
Jàur confanguine , celle qui eil ifîue de même père
{t\i\tmcm; fœur utérine efl celle qui efl née de même
mère, mais non pas de même père. Voyei Frère.
Sœur , (^Criciq.facrée.) ce mot dans le flyle des
Hébreux , outre l'acception qui lui efl commune à
toutes les langues , a celle de fignifîer une proche
parente , foit coufme-germaine ou nièce. Dans l'E-
vangile de S. Matth. xiij 66. Iesy2s««de Jefus-Chrifl,
font fes confines : ce mot fe dit au figuré de la ref-
femblance des inclinations des peuples & des villes,
ainfi le prophète appelle Jérufalem , fœur de Sodotne
& de Samarie , parce qu'elle a imité leur idolâtrie ,
Ezéchiel , xvj. 46. il s'emploie pour un term.e de
carefîe; vous avez bleffé mon cœur, ma tendreyâwr,
dit l'époux à l'cpoufé, dans le Cantiq. iv. c). Jefus-
Chrifl tient pour (es plus proches parens , pour mè-
re , fccurs & frères , tous ceux qui fuivront les pré-
ceptes ; c'cfl fa bonté qui forme ces nœuds figura-
tifs. (Z>. /.)
SOFA , f. m., (^terme di relation. ) efpece d'eflrade
qui efl d'ufage en Oiient, & qui efi élevée d'un
demi-pié au-delTus du niveau de la chambre d'hon-
neur , oii l'on reçoit les perfonnes les plus remar-
quables. Chez les Turcs, tout le plancher efl couvert
d'un tapis de pié, & du côté des fenêtres , ils élèvent
une eflrade , qu'ils appellent fofa. Il y a fur cette
eflrade de petits matelas, de deux à trois pies de lar-
ge , couverts d'un petit tapis précieux. Les Turcs
s'afTeyent iur ce tapis comme les Tailleurs qui travail-
lent en France , les jambes croifées ; ôc ils s'appuient
contre la muraille fur de grands carreaux de velours ,
de fatin , & d'autre étoffe convenable à la failon.
Pour prendre leur repas, on étend fur le tapis de
l'eflrade un cuir qui fert de nappe; on met iur ce
cuir une table de bois faite comme un plateau rond,
& on la couvre de plats. Diiloir. (Z). /. )
SOl^ALA ou ZOFALA , (Gcogr. mod.) royaume
d'Afrique , dans la C.afrerie , fur la côte de la mer
d'Ethiopie , vers le Zanquebar. M. Danville renfer-
me ce royaume entre les états de Monomotapa au
nord , la mer de Mofambique à l'orient , le royaume
de Sabia au midi , &; celui de Manica au couchant.
La rivière de Tandanculo coule au nord de ce pays,
&: une autre rivière qu'on nomme Sofala , le tra-
verfc d'orient en occident. Le roi de Sofilu Cç nom-
Torne X r.
S O F
2(j7
me qnltcve. Ses fujets font nègres pour la plupart.
Ils ne fe couvrent que depuis la ceinture jufqu'aux
genoux , d'une pagne de coton ; quelques-uns par-
lent arabe , & lent mahométans ; les autres ne pro-
feffent aucime religion. Le pays ne manque pas d'é-
léphans , de lions 6c d'animaux fauvages ; mais vers
l'embouchure du Cuama , c'efl un pays fertile &
aîTez peuplé. Il fe trouve même de riches mines d'or
à quelque diflance de la capitale du royaume, qui
porte le même nom de Sofala , & que plufieurs fa-
vans prennent pour l'ophir de Salomon. Cette caoi-
tale^eft fituée fiir le bord de la mer, un peu au nord
de l'embouchure de la rivière Sofala. Les Portuo;ais
s'emparèrent de cette ville vers i 508 , Ôc y bâtix-cnt
une forterefie qui leur efl d'une grande imporïance ,
pour leur alfurer le commerce qu'ils font avec les
Cafres. Laùc. mérid. de cette forterefîe ,. 20. îo
{D.J.) ' J •
SOFFE , ou plutôt SOFIAH ou SOPHIE ,{Géogr.
mod. ) ville de la Turquie européenne , capitale de
la iiulgarie, que les Turcs appellent i'././/z rdajeti ,
le pays de Sofah , à caufe de la capitale. Elle efl fituée
fur la rivière de Bojana , dans une vafle plaine , à 96
lieues de Conflantinople. Elle efl fans murailles , au
pic du mxont Hsmus , & d'ailleurs auffi mal- bâtie
que les autres villes de Turquie. L'air qu'on y refpire ,
efl fi mauvais, que fans la réfidence du beglierbey ,
elle ne fe maintiendroit pas telle qu'elle eïi aujour-
d'hui. Les Juifs y ont quelques fyaagogues , & y
font du commerce , parce que c'efl un grand paf-
fage pour aller de Conflantinople en Hongrie.
L'on croit que Soffe efl l'ancienne Sardica , rebâ-
tie par Juflinien. Les Bulgares venus des pays fep-
tentrionaux , ayant occupé la Moefie , fatiguèrent
long-tems les empereurs grecs de ce côté-là , où la
Moefie confinoit à la Thrace ; enfin ayant été fubju-
gués par les Grecs, la plupart fe firent chrétiens , &
la ville de Sardique ou Sophie , devint un archevê-
ché , lequel a été difputé entre les papes & les pa-
triarches de Conflantinople , jufqu'à ce que le turc
ait décidé leur querelle. Long. 41. z8. Utit. 42 70
{D.J.)
SOFI , f. m. {Science itymolog.) ce mot fi^nifie
proprement en arabe , un homme vêtu de laine ; car
Jbf ou fuf, van dire de la laine. C'efl pourquoi on
donne ce titre chez les Mahométans, à celui oui vit
retiré du monde , & qui par une efpece de proteliion
religieufeefl grcffiere ment habillé. Aindff déli"ne
un religieux mahométan , qui porte auffi le nom de
dervis en turc & en perfan , & que les Arabes ap-
pellent/}zAir. Shah-lfmacl, roi de Perfé, eft le pre-
mier qui prit de fes ancêtres le furnom de /bf; 6c
de-là vient que plufieurs de nos hifloriirns & de nos
voyageurs , donnent aux rois de Perfe le nom de
fof ou de grand- fohi. ( D.J. )
SOFITE ou SOFi ITE , f. m. ( Menuif) nom géné-
ral qu'on donne à tout plafond ou lambris de me-
nuiferie , qu'oii nomme à Cantique , fermé par des
poutres croifées ou des corniches volantes , dont les
compartimens , par rcnfoncemens quarrés , font
ornés de rofes par compartimens , enrichis de Iculp-
ture , de peinture ck de dorure , comme on en voit
aux bafiliques & au palais d'Italie. Dans l'ordre do-
rique , on orne i'Gsfo/îtcs avec des gouttes au nombre
de dix-huit , faites en forme de clochettes dilpolées
en trois rangs , & mifes au droit des gouttes , qui
font au bas des triglyphcs.
On appelle aulli /(>//« , le defTous du plancher. Ce
mot vient de VhaïicnfoftOf c\in iij^mt'ic foupcntc ^
g.:leras , plancher de grenier.
Sofite de corniche , rond. C'efl un fofiie conrovu'né en
rond d'arc, dont les naiflances font pofees Iur far-
chitrave, conmic au temple de Mars , A la place des
prêtres , à Rome. DavUer. {D.J.)
L 1 ij
a68
S O î
s
I
■SOFROY , ( Géogr. mod. ) petite ville d' Afrique ,
au royaume de Fez , à cu^q lieues de Fez , au pié
■d'une branche du grand Atlas , qui le nomme aulii
Sofroy. Le chérit en eft le maître. Long.i;^.Sy. laut.
SOFT AS, i". m. {fl'P- "'od.) parmi les Turcs,
•ce Ibnt certains religieux ou dervis qui Ibnt bcnch-
ciers rentes , 6c comme chanoines. Leur tondhon clt
de venir i\ la rin de chaque namas ou prière du jour ,
dire une forte d'office des morts auprès du tombeau
des fultans qui ont laiffé des fonds pour leur en-
tretien. ^ 1 I •
S0C;D \.K,{Géog. mod.) nom que porte la plaine ,
au milieu de laquelle Samarcande , capitale de la
Tranfoxane , eit fituée. C'cll donc la Sogdiane des
anciens. Cette plaine , difent les Orientaux , eft un
des quatre paradis , ou lieux délicieux du monde.
Elle eft de tous côtés environnée de jardins couverts
d'excellens fruits , de terres labourables , de pâtura-
ges toujours verds , de fources &L de ruilleaxix.
{D.J.) sr ^
SOGDIANA-PETRA, {Géogr. ^«c.) fortereffe
dont parle Arrien dans fes expéditions d'Alexandre.
Ceft la même que Strabon nomme Sijimithrœ-Pcira ,
quoique ce dernier la mette dans la Badriane , au
lieu de la placer dans la Sogdiane. f^oyci Sijimnlirœ-
Petra. Gcog. anc. {D. J.) , „ * /-
SOGDIANE, ( Géog. anc ) contrée d Afie , entre
les fleuves Jaxartes & Oxus. Ptolomee ,l.yi. c. xij.
ia borne du côté de l'occident par les monts Juxis ,
& à l'orient par le pays des peuples Haaz. Il convient
avec Strabon , touchant les deux fleuves qui bor-
noient cette contrée ; car on lit dans Strabon , /. XL
que les Sogdiens étoient féparés des Bactriens par le
fleuve Ox\is , &. des Nomades par le Jaxartes, Il
ne parle point des autres bornes. Il paroît que dans la
fuite , ia Sogdiane fut plus étendue du côté de l'oc-
cident que du tems de Ftolcmce;car divers auteurs
la pouflent jufqu'à la mer Calpienne. Au lieu de Sog~
diuna , Denis le Periegete dit Sugdius , ou Sogdius.
Le nom des peuples varie pareillement, la plupart
des auteurs les appellent Sogdiam ; Ôc Strabon &
Ammien Marcellin dilent So^d'u. Ptolomée place
dans la Sogd.an^ un grand nombre de peuples qui ne
font point connus des autres géographes. ( D. J. )
SOGNO, [Gc^g- mod.) petite province d'Atrique,
dans l'Ethiopie occidentale, au royaume de Congo.
Elle efl bornée au nord par le Zaïre , au midi par
l'Ambrifi , au levant par le Pemgo 6l Sundi, & au
couchant par la mer. C'elî une province où il ne
croît que des palmiers ; mais l'on y recueille fur les
bords de la mer beaucoup de fel , dont il fe fait un
grand déhh. Latii. mérid. 6. {D. J.)
SOIE , f f. {Gram. & Hift. nat.) eft un fîl mol , fin ,
délicat, & léger, qui eft l'ouvrage d'un infefte ap-
pelle bomblx ou vtr à foie.
Les anciens ne connoiflbient guère les ufages de
la foie , ni la manière de la travailler : ils la regar-
doient comme l'ouvrage d'une forte d'araignée ou
efcan'Ot , qui la tiroit de fes entrailles , & l'entor-
tilloit^autour des petites branches des arbres. Ils ap-
pelluient cet Inlede fsr de Sens , nom d'un peuple
de Scithie qui le confervoient : c'efi: de-là que Va foie
même efl appcUée y^m-«/ra. Mais [efer a bien peu de
refTemblance avec notre bomhix ou ver à foie ; le
premier vit cinq années; mais le dernier meurt tous
les ans, après s'être enveloppé dans une coque ou
boule jaunâtre , qui , compofée de petits fils atta-
chés en rond , fait ce que nous appelions la foie.
Ceft dans Tîle de Cos que l'art de façonner [zfoie
a été inventée d'abord , & on en donne l'honneur à
Pamphlle hlle de Platis. Cette découverte ne fut pas
iong-tems inconnue aux Romains. On leur apportoit
Ufoit de Sérica qui gtoit le lieu où on trouvoit les
vers qui la produlfent. Mais Ils étoient fi éloignée
de tirer avantage de cette découverte , cu'on ne
put pas venir à bout de leur faire croire qu'un fil fi
beau étoit l'ouvrage d'un ver, & qu'ils formoient
là-dcflus mille conjedfures chimériques.
Cet entêtement fut caufe que la foie fut une mar-
chandife bien rare chez eux pendant pluficurs fiecles.
On l'achetoit même au poids de l'or; de forte que
Vopilque rapporte que l'empereur Aurélien refufa -
à l'impératrice ion époufe une robe àc foie qu'elle '
lui demandoit avec beaucoup d'inftance , par la rai-
fon qu'elle couteroit trop. Dans la fuite, deux moi^
nés ar^rivant des Indes à Conftantlnople en 5 ^ ^ , ap- '
portèrent avec eux une grande quantité de vers à
Joie , avec les influftions néceflaires pour faire éclore
les œufs, élever & nourrir les vers, pour en tirer la
foie , la filer 6l la travailler : après quoi on établit
pour cela des manufadures à Athènes, àThebes 6c
à Corinthe.
Environ l'an 1 130 Roger roi de Sicile établit une
manufadure de foie à Palerme & une autre en Ca-
labre , qui furent dirigées par des ouvriers qui fai-
foienr partie du butin qu'il avoit remporté d'Athè-
nes, Corinthe , 6'f. dont ce prince avoit fait la con-
quête dans Ion expédition de la Terre-fainte. Infen-
fiblement , ajoute Mézeray , le refte de l'Italie & de
l'Elpagne apprit des Siciliens & des Calabrois la
manière de gouverner les vers k foie &c de travailler
la foie ; & à la longue , les François par droit de voi-
linage , commencèrent à les imiter un peu avant le
rcgne de François premier.
Les grands avantages qui revenoient de ces nou-
velles manufadlures donnèrent envie à Jacques I. roi
d'Angleterre de les introduire dans fon royaume :
il recommanda plufieurs fois du haut de fon trône ,
6c engagea fes iujets, dans des termes bien prefTans,
à planter des mûriers , &c. pour la nourriture des
vers kfoie : mais malheureufement cela ne réuflît
pas. Cependant il paroît par beaucoup d'expériences
qu'on trouve dans les Tranfaclions philofophiques Sc
ailleurs, que le ver kfoie profite & travaille aufîl-
bien à tous égards dans l'Angleterre , qu'en tout au-
tre endroit de l'Europe.
Le ver kfoie eft un infede qui n'efl pas plus admi-
rable par la matière précieufe qu'il fournit pour dif-
férentes étoffes , que par toutes les formes par lef-
quelles il paffe avant 6i après s'être enfermé dans la
rich:: coque qu'il fe fa'.t lui même. D'un petit œuf à-
peu-près gros comme la tête d'une épingle qui efl
Ion premier état, il devient un petit ver d'une cou-
leur blanchâtre 6c firant fur le jaune. Dans cet
état il fe nourrit de feuilles de mûrier , jufqu'à ce
que venant en maturité , il s'enferme lui-même dans
une coque ou enveloppe de foie de la groffeur èc de
la figure d'un œuf de pigeon ; &C fe change en chryfali-
de. Il refle dans cet état fans aucun figne de vie ou d©
mouvement, jufqu'à ce qu'enfin il fort de cet état
pour devenir un papillon ; & fe fait lui-même enfuite
un pafTage à-travers fon tombeau de foie. Après quoi
ceffant réellement de vivre, il fe prépare àfbi-meme
une autre vie par les petits œufs ou la femence qu'il
pond, 6c que la chaleur du printems aide à éclore.
/^oyei Insecte.
AufTitôt que le ver à foie a acquis la groffeur &
la force néceifaires pour faire fa coque , il fait fa
toile; car c'eff ainfi qu'on nomme ce tilfu léger qui eft
le commenc2ment 6c le fondement de cet ouvrage
admirable : c'efl à quoi il emploie le premier jour.
Le fécond jour il forme le commencement de fa co-
que , 6c s'enferme dedans avec (a foie. Le troifieme
jour il eft tout-à-fiilt caché , &c il emploie les jours
fuivans à épaiiTir & fortirier fa coque : il travaille tou-
jouKS avec le même bout, qui jamais ne fe caffe par
fa faute , & qui eft fi fin 6c fi long , que ceux qui l'ont
SOI
examiné avec attention ,affi.irent que fans exagérer,
la foie que chaque coque contient fuffiroit pour for-
mer la longueur de 6 milles d'Angleterre.
Au bout de dix jours , la coque ell dans fa perfec-
tion : il finit pour lors la détacher des feuilles de mû-
rier où le verl'avoitattachée.Mais ce point demande
beaucoup d'attention ; car il y a des vers qui font
plus parefleux les uns que les autres : & il eil dan-
gereux d'attendre qu'ils fe faflent eux-mêmes un paf-
fage , ce qui arrive autour du quinzième jour de la
lune.
On conferve les premières coques , les plus fines
& les plus fortes , pour en avoir des œufs : on dévide
les autres avec foin : ou fi on veut les garder toutes ,
ou bien s'il y en a trop pour pouvoir les dévider
toutes à-la-fois, il faut les mettre quelque tems dans
un four dont la chaleur foit modérée , ou bien les
expofer plufieurs jours de fuite à la plus grande ar-
deur du foleil , afin de faire mourir l'infedte qui fans
cette précaution ne manqueroit pas de fe faire paf-
fage pour fortir & faire ufage des nouvelles ailes
qu'il a acquifes dans la coque.
Ordinairement on ne dévide que les plus belles
coques. On met à part celles qui font doubles, ou foi-
bles, ou trop grolTieres: ce n'eft pas qu'elles foient
mauvaifes ; mais parce que n'étant pas propres pour
être dévidées , on les relerve pour être niées en éche-
veau.
Il y a des coques de plufieurs couleurs ; les plus
ordinaires font jaunes , orangées , ifabelle > ou cou-
leur de chair. Il y en a auffi quelques-unes qui font
verd de mer, d'autres couleur de îoufre, & d'autres
blanches : mais il n'eft pas nécefl'aire de féparer les
couleurs & les nuances pour les dévider à part; car
toutes ces couleurs ie perdent dans les autres prépa-
rations néceffaires à la yèie.
Les différentes préparations que \^foie efTule avant
que tl'être propre à être employée dans les manu-
faûures d'étoffes de foie, font de la filer , la dévider,
la pafîer au moulin, la blanchir & la teindre.
Nous donnerons à la fuite de cet article la manière
de la filer , dévider , paffer au moulin , après avoir
parlé des différentes fortes de foie. Quant à la manière
de la blanchir & de la teindre , nous renverrons à
V article TEINTURE.
On donne à h foie différens noms, fuivant les dif-
férens états dans lefquels elle efl :
Soie crue, eft celle qu'on tire de la coque fans feu
èl fans coûion : telle eft toute , ou du moins la plus
grande partie de celle qu'on fait venir du Levant en
Angleterre.
Dans les manufactures de foie en France , la plus
grande partie de cette foie crue paffe pour être un
peu meilleure qu'une efpece de fin fleuret : cepen-
dant elle fait un fil luifant , & fert pour les manufac-
tures d'étoffes de moyen prix. Mais les foies crues
du Levant, d'où nous tirons la plus grande partie
des nôtres, font extrêmement belles 6c fines. Cette
différence vient de ce qu'en France on jette les meil-
leures coques dans l'eau bouillante pour les filer &
les dévider , & on ne fait de foie crue qu'avec le re-
but; au lieu qu'au Levant on ne fait ce que c'eff que
de filer & dévider h foie au feu ; mais on envoie
toutes les foies en balle ou paquet, telles qu'elles
ont été tirées de deffus les coques, de forte qu'on
ne les diflingue que par leurs qualités defne, moyenne
& grofe.
Soie bouillie , eft celle qu'on a fait bouillir dans
l'eau , afin de pouvoir la filer &c la dévider plus faci-
lement. C'eft la plus fine de toutes les fortes de foies
qu'on travaille en France , & on ne s'en fcrt guère
que pour les étoffes les plus riches, comme velours,
lafletas , damas , brocards , &c.
f-l y a aufli une autre efpece (Jic foie bouillie qu'on
S O I 169
prépare à aller au moulin en la falfant bouillir;, &
qui ne peut pas recevoir cette préparation fans avoir
auparavant paffé par l'eau chaude.
Il eif défendu par les lois de France de mêler de la
foie crue avec h foie bouillie, parce que cela ôreroit
la teinture , & que la foie crue gâte & coupe la foie
bouillie-
La /oie torfe & retorfe, cû celle qui ihdépendam-
ment du filage & du devidage , a de plus pafle par le
moulin & a été torfe.
Elle reçoit cette préparation par degré, félon
qu'on la paffe plus ou moins fouvent fur le moulin.
Cependant, à proprement parler , les foies torfes font
celles dont les fils font tors en gros & retors enfulte
différentes fois.
Soie plate, eft celle qui n'eff point torfe , mais qui
efl préparée & teinte pour faire de la tapifferie ou
autres ouvrages à l'aiguille.
Soie d'Orient ou des Indes orientales : celle qu'on
appelle proprement ainfi, n'eft pas l'ouvrage des
vers à /o/V; mais elle vient d'une plante qui la produit
dans des coffes femblables à celles que porte l'arbre
du coton. La matière qui eft renfermée dans ces
coffes , eft extrêmement blanche , fine & paffable-
ment luifante : elle fe file aifément , & on en fait une
efpece de /o/c qui entre dans la compofition de plu-
fieurs étoffes des Indes & de la Chine.
Soie de France. Ce n'eft que dans les provinces leS
plus méridionales de la France qu'on cultive la foie^
qu'on plante des mûriers, & qu'on nourrit des vers
à foie. Les principales font le Languedoc , le Dau-
phiné, la Provence, Avignon, la Savoie & Lyon.
Cette dernière ville fournit à la vérité bien peu de
foie de fon propre crû : mais c'eft un entrepôt confi-
dérable, où les marchands de Paris & des autres
villes vont s'en fournir : du -moins ils font obligés
de les faire paffer par Lyon, quand même ils les ti-
reroient d'ailleurs , foit par terre ou par mer.
On compte qu'il en entre dans Lyon, année com-
mune, 6000 balles , à cent foixante livres par balle :
def quelles 6000 balles il y en a 1400 qui Viennent
du Levant, 1600 de Sicile , 1 500 d'Itahe, 300 d'Ef-
pagne,& iioo du Languedoc , de Provence & de
Dauphiné.
Dans le tems que les manufactures de Lyon étoient
dans un état florilfant , on y comptoit 1 8000 métiers
employés aux étoffes de foie; mais elles font telle-
ment tombées, que même en 1698,11 y en avolt
à peine 4000. Il n'y a pas moins de diminution dans
celles de Tours: ony voyoit anciennement 700 mou-
lins pour dévider & préparer les foies , 8000 métiers
occupés pour fabriquer les étotfes , 6c 40000 per-
fonnes employées à préparer & travailler les foies.
Tout ce nombre eft réduit à préfent à 70 moulins ,
izoo métiers , & 4000 ouvriers.
Soies de Sicile. Le commerce des foies de Sicile efl
fort confidérable : ce font les Florentins , les Génois
&C les Luquois qui le font : ils en tirent une grande
quantité tous les ans de ce royaume , & principa-
lement de Mellme , dont une partie fert à entretenir
leurs propres manufactures ; & ils vendent le reftô
avec profit à leurs voifins les François , &c. Les Ira-
liens , &c f urtout les Génois , ont cet avantage fur les
autres peuples , que comme ils ont de grands éta-
blilfemens dans cette île, ils font regardés comme les
naturels du pays , & ne [xiyent point de droits pour
les traniporter.
Lr foie qu'on fait en Sicile eft en partie crue, &
le relte eft filé 6l mouliné ; pour cette dernière clpe-
ce,cellequl vient de Sainte-Lucie &: de Mc/fine eft la
plus eftimce. Les foies crues qui ne font point tra-
vaillées s'achettent toujours argent comptant; les
autres fe vendent quelquefois en échange d'autres
miychandifes.
l'JO
s O I
Soies d'halle. Les foies qu'on tire d'Italie, font en
partie travaillées , & en partie crues lans être tra-
vaillées. Milan, Parme, Luques 6c Modcne n'en
fourniflent que de la dernière clpece : Cicnes beau-
coup de la première; Boulogne fournit des deux
fortes.
Les foies (TEjpjgne font toutes crues ; & on les
file 6c on les mouline , &c. en Angleterre, à propor-
tion des ouvrages auxquels on les deftine.
Les foies di Turquie lont toutes crues : nous trou-
vons dans le commerce des Joies du Levant un avan-
tage qui manque dans celles de Sicile ; c'ell que les
dernières ne peuvent venir que dans une (aifon par-
ticulière de l'année ; au lieu que les premières peu-
vent être amenées en toutes faifons. On les tire
d'AIep , de Tripoli , de Sayde , de l'île de Chypre ,
de Candie , &c. Mais la principale ville de commerce,
particulièrement pour les foies de Perfe, eft Smyrne.
Les foies y arrivent en caravanes , depuis le mois de
Janvier jufqu'à celui de Septembre : les caravanes
de Janvier lont chargées des plus fines Joies ; celles
de Février &C de Mars les apportent toutes indiffé-
remment ; &: celles des autres mois ne fe chargent
que des plus grollieres.
Elles viennent toutes des différentes provinces de
Perfe , principalement de celles de Quilan & Schi-
revan , & de la ville de Schamachia , qui font lituées
près des bords de la mer Calpienne : un auteur hol-
landois prétend que ces trois places ne fournjiTent pas
moins de 30000 balles de J'oie par an. Ardeuil ou Ar-
debil , autre ville de Perle qui n'cft pas éloignée des
pays oii on fait la Joie , eîi le lieu où on la depofe ,
ëi. d'où les caravannes prennent le chemin de Smyr-
ne, d'AIep & de Conflantinople : & cette ville &
celle de Schamachie ont toujours été regardées com-
me le centre du commerce de h J'oie, quoiqu'on ait
tâché plufieurs fois de l'éloigner de Smirne 6l de la
Méditerrannée , en faveur de l'Archangel & de la
mer Blanche , en les tranfportant à-travers la Mofco-
vie par le Volga & la Doiiine , qui font deux fleu-
ves qui traverfent les principales provinces de ce
vafte empire.
Ce. nouveau cours des foies de Perfe en Europe fut
d'abord propofé par Paul Centurlen, génois, au
czar Bafile , fous le. pontificat de Léon X. Les Fran-
çois eurent le même dcfiein en 1626. Le duc d'Holf-
teJn envoya en 1633 des ambaffadeurs à la cour de
Perfe précifément dans le même deflein; & en 1668,
le czar Alexis Michel fît lui-même cette entrepri-
fe; mais il en fut détourné par la révolte des Cofa-
ques & par la prife d'Aftracan.
En 1668, le commerce des foies de Perfe fut un
peu détourné de Smyrne à caui'e d'un tremblement
de terre qui boideverfa toute la ville ; & fans doute
cette tranflation de commerce fe feroit faite, fans les
puiii'ans moyens que les Turcs mirent en œuvre pour
l'empêcher. Quoi qu'il en foit, Smyrne eft toujours
demeurée dans Ion ancienne pofftliicn ; &c les diffé-
rentes nations de l'Europe continuent toujours d'y
envoyer leurs flottes , & d'en tranfporter les foies :
& les chofes refleronî fans doute dans cet état , à
moins que les conquêtes que le dernier czar a faites
le long de la mer Cafpienne , ne mettent les fuccef-
feurs en état d'exécuter ce grand projet que lui-mê-
me a eu certainement en vue.
Soies de La Ch'ine & du Japon. Différentes provin-
ces de la Chine font fi abondantes en meuriers , &
d'un climat lî favorable aux vers àyo/e , qu'on nefau-
roit concevoir combien elles produifeat de foie ; la
feule province de Tchekiam pourroit fuffire à en
fournir toute la Chine , & même une grande partie
de l'Europe. Les J'oies de cette province font les plus
eftimées, quoique celles de Nanquin ik. de Canton
ibient excellentes.
S O I
Le traûc des foies eft le principal commerce de là
Chine , & celui qui occupe le plus de monde. Mais
les marchands européens qui y trafiquent , furtout
en /flù-i travaillées, doivent bien prendre garde au
tilage, «S-c. parce que ces foies font fujettes à avoir
beaucoup de déchet , comme la compagnie francoife
des Indes orientales l'a éprouvé depuis peu à fe's dé-
pens.
Le Japon ne fourniroit pas moins de foie que la
Chine , fi les Japonois , qui font un peuple barbare
6l foupçonneux , n'avoient interdit tout commerce
avec les étrangers , furtout avec les Européens , ex-
cepté la Hollande, qui y eft reçue dans des termes
impies que Tavcrnier rapporte , mais que nous ne
pouvons pas croire. Auffi les Hollandois fe font effor-
cés de fc difculper par la plume de plufieurs écrivains
fameux.
Les foies des états du grand-mogol viennent tou-
tes de Kafem-Bazar , ville fituée dans le milieu des
terres , d'où elles font tranfportées par un canal de
quinze lieues dans le Gange , d'où tllcs font encore
tranfportées à quinze autres lieues plus avant jufqu'à
l'embouchure de la fameufe rivière de l'Indoftan. La
foie de Kafem-Bazar eft jaunâtre, comme font auffi
celles de Perfe & de Sicile ; il n'y en a point, du
moins que nous connoilfions , qui foit naturellement
blanche , fi on en excepte celle de Paleftine. Quoi
qu'il en foit , les Indiens la blanchiffent avec une
leliive faite des cendres d'un arbre qu'on appelle le
Jiguier d'Adam. Mais comme cet arbre eft fort rare ,
les Européens font forcés de prendre la plus grande
partie de lewxs J'oies dans leur couleur naturelle qui
eft jaune.
On prétend que Kafem-Bazar feule produit tous
les ans izooo balles de J'o'ie du poids de 100 livres
chaque balle. Les Hollandois en achètent la plus gran-
de partie ; mais ils ne l'apportent point en Europe,
non plus que celles du Japon ; mais ils la donnent en
échange d'autres riches marchandifes , comme par-
ticulièrement des lingots d'argent , ùc.
Tirage de foie. Première opération de cette matière
'importante. Pour tirer Iz fo'u on s'eft attaché à la mé-
thode des Piémontois , par la réputation qu'ils fe font
acquis de faire mieux que les autres nations ; on a
même jugé à propos de donner une idée des diffé-
rentes qualités des cocons qui font produits par le
ver , avant que de détailler les parties dont le che-
valet eft compofé.
Lorfque les cocons font tirés des bruyères où on
fait monter les vers , il faut féparer les bons d'ave«
les mauvais, c'eft-à-dire ceux qu'on appelle c/z/^aw,
& en Piémont chochetti , qui font tachés , ou dont
le ver etl inort ou fondu. {^Article j . du règlement de
P ièmont pour la filature des cocons , du S Avril lyzf).
On doit encore féparer dans les bons les cocons tins
d'avec ceux qui font doubles, c'eft-à-dire les cocons
formés par deux vers enfémble , parce que les der-
niers ne peuvent produire qu'uneyÀietrès-groffîere;
enfin dans les cocons fins , on doit encore féparer
les cocons fatinés ou veloutés de ceux qui ne le font
pas. Ces différentes qualités de cocons doivent être
tirées féparément ; il eft à obferver que les cocons
fatinés ou veloutés demandent un degré de chaleur
plus tempéré à l'eau de la baffine , que ceux qui font
fins ; les différentes opérations démontrent la nécef-
fité de tirer les cocons féparément , parce que ce
mélange de cocons fe trouvant réuni , ne peut que
caufer une imperfeftion dans la matière qui en eft
tirée.
Lorfque les cocons font triés ou féparés , il faut
avoir foin de les pafî'er au four lorfqu'il eft un peu
chaud , ouïes expofer à la chaleur vive du foleilafin
de faire mourir le ver qui y eft renfermé , fans quoi
au bout de ib ou zo jours, le ver changé en papillon
SOI
perceroit le cocon , qui par-là fe trouveroit hors d'é-
tat de fournir la foie au tirage , attendu que le trou
auroit coupé tous les brins qui le compofent. Les co-
cons qui ne l'ont pas partes au tour fervent à îournir
Its papillons qui font la graine dont fe tire lever. Les
cocons ronds produifent des papillons mâles , &
ceux qui font pointus des papillons femelles. Cela
fait , on a deux machines , l'une ell un fourneau avec
fa chaudière , l'autre ell un dévidoir. L'ouvrier elt
alîls près du fourneau , jette dans la chaudière pleine
d'eau qui elt fur le feu , qu'il a déjà fait chaulfer '6c
même bouillir , l'entretenant enfuite à un certain de-
gré que l'expérience feule peut déterminer, une poi-
gnée ou deux de cocons qui ont été bien nettoyés de
la fubftance groffiere qui les environnoit ; eniuitc il
remue le tout fort vite avec des brins de bouleau liés
enfemble , & coupés comme une broffe. Quand la
chaleur & l'agitation ont démêlé les bouts dtjoie des
cocons , ils prennent aux brins du bouleau , &C l'ou-
vrier les fort dehors en tortillant à la fois 9 , 10 , 12.,
1 ç , 1 6 bouts éefoie ; il en forme un fil qu'il porte fur
le dévidoir qu'on a repréfenté dans nos Planches.
La fig. A reprélénte la fille qui tire h J'oie ^ 6i. quî
conduit les opérations du tirage. La Jig. B celle qui
tourne l'hafple ou le dévidoir lur lequel lé forment les
écheveaux. La _^^. C repréfenté les quatre pies qui
foutiennent le chaffis ou quarré long de 4 pics envi-
ron fur environ deux pies & demi dans le haut , &
z pies du côté de la tireufe de foie. La fig. E repré-
fenté les quatre piliers, quelesPiémontois nomment
famine., dont deux foutiennent l'hafple ou dévidoir ,
& les deux autres l'épée ou va-&-vient. Les piliers
qui foutiennent l'hafple doivent être éloignés de ceux
qui foutiennent le va-&-vient de 2 pies liprandi ,
ou 3 8 pouces de notre mefure ( mefure de Piémont ,
qui contient ix onces, qui font 18 pouces de notre
mefure ) , afin que la diftance de l'halple à la bafllne
puifle conduire le fil plus fec & mieux conditionné
uir l'hafple. ( Art. 6. du règlement de Piémont , du 8
Avril iy24. ) La fig. F repréfenté l'hafple ou dévi-
doir fur lequel la Joie eft formée en écheveau. La
fig. G repréfenté la manivelle du dévidoir. La fig. H
l'arbre du dévidoir, au bout duquel & en-dedans du
pilier eft un pignon de bois /, compofé de 21 dents ,
qui engrené à une roue taillée comme une roue de
champ , appellée campana en langage piémontois ,
marquée K , attachée à une pièce de bois arrondie ,
marquée L , au bout de laquelle eil une autre roue de
champ , marquée M , de 22 dents , qui engrené à un
autre pignon , marqué A'", compolé de 3 5 dents , fur
lequel eft un excentrique, marqué O , qui entre par
une pointe recoudée en équerre dans un trou qui eft
à l'extrémité du va-&-vient , marqué /-* , qui de l'aiv-
tre côté entre dans une coulifïé , où il a la liberté
d'aller & venir fur une même ligne. La fig. Q repré-
fenté deux fils de fer recourbés en anneaux ouverts ,
que l'on appelle ^r/^i-, dans lefqucls Idjbie eft paflée
d'une part & de l'autre à une lame de fer percée ,
marquée R , & adhérente à la balline ou chaudière,
marquée S , dans l'eau de laquelle font les cocons ,
qui eft pofée fur un fourneau marqué T.
La figure marquée F, repréfenté les fils compofés
de plufieurs brins de cocons croifés ( art. 4. du règle-
ment de Piémont^ , dans la partie marquée K, entre
la lame & les griffes, pour former l'écheveau marqué
Z. La fig. a repréfenté un petit balai avec lequel on
fouette les cocons h , lorlqu'ils commencent à être
chauds , afin de trouver le brin de chaque cocon ;
ce qu'on appelle en termes de l'art , faire la battue.
La fig. 2. repréfenté le plan de la première ; la fig.
_3. la partie du chevalet ik. de rhal[)le en face , 6Î la
fig. 4. le devant du même chevalet en face ; h fig. i.
repréfenté le pignon de 3 5 dents , auquel cil joint
l'excentrique marqué 0;la//^'. i. repréfeiUc une man-
pe pleine de cocons,
S O I
271
Ces tours ou chevalets dont on fe fert en France
ne font point compofés comme ceux de Piémont
quant au mouvement; ceux de France n'ont ni roue*
ni pignons pour conduire le va-&-vient , maisfe-ale-
ment une corde fans fin , laquelle pafllint dans une ca-
vité de l'arbre de l'hafple dans l'endroit où eft le pi-
gnon / , vient embralfer une poulie cavée placée
dans la partie où fe trouve placé le pignon TV, fur
laquelle eft pofé l'excentrique O , & au moyen du
mouvement que la tourneufe donne à l'hafple , l'ex-
tenfion de la corde le donne au va-&- vient.
Uart. là. du règlement de Piémont défend abfolu-
ment l'ufage des chevalets à corde , proihendo onni-
naniente r uj'o di cavaletti à corda , fous peine d'amen-
de ; il faut en expliquer la raifon , de même que celle
qui veut qu'on croife les fils comme ils paroilfent par
\afig. Y.
Chaque fil de la foie tirée eft compofé de plufieurs
brins de cocons ; les fils les plus fins font compofés de
4 & 5 cocons ; les plus gros de 25 & 30. Cette façon
de les croifer fert à les unir tellement enfemble , que
tous ces brins réunis ne compofent qu'un fil, qui par
cette opération acquiert toute la confiftance nécef-
faire pour l'emploi auquel il eft deftiné ; elle l'arron-
dit &: le déterge de façon, qu'aucun bouchon ou ba-
vure ne peut pafî'er à l'écheveau , qualité néceflaire
pour former un parfait organfm ; on croife les fils les
plus fins 1 8 à 20 fois au moins ( art. 4. du règlement ds
Piémont ) , & on augmente les croifemens à propor-
tion de leurs grofîeurs.
Outre ces croifemens de fils fur eux-mêmes , il eft
encore une façon de les faire croifer féparémcnt lorf-
qu'ils viennent fur l'hafple pour former des éche-
veaux , & c'eft ici le point fondamental de la perfec-
tion que les Piémontois fe font acquife,& qui eft tel-
lement connue de toute l'Europe, qu'il n'eft point de
fabriquant dans cette partie du monde, qui ne folt
obligé de convenir que les organfins ( ce font les foies
qui lervent à faire les chaînes ou toiles des étoffes de
Joie') , compofés avec la foie du tirage du Piémont,
font les plus beaux & les meilleurs de ceux qui fe font
dans cette partie du monde. Ces croifemens doivent
former une efpece de zig-zag fur le dévidoir , telle-
ment irrégulier qu'un brin ne puifle pas fe trouver
fur un autre brin , attendu que la foie qui vient de la
baffine ou chaudière , qui n'eft qu'une gomme ducti-
le , n'étant pas feche , fe colleroit fur un autre fil ft
elle le joignoit dans fa longueur , ce qu'on appelle en
terme de l'art , bout-baifé ; il eft donc d'une confé-
quence extraordinaire d'éviter ces baifemens de fil ,
afin de faciliter le dévidage de la foie., & empêcher les
cafîemens de fils , qui ne peuvent être racconmiodés
que par des nœuds , qui dans les étoffes fines , comme
les taffetas unis , ne peuvent paffer dans les peignes
fins où là foie eft pafîée ; de façon que s'il étoit pof-
fible de trouver une chaîne ou toile qui n'en eût au-
cun , on fcroit sûr de faire une étoffe parfaite.
La méthode des Piémontois pare aux inconvé-
nlens qu'on vient de démontrer , qui confiftent dans
la difficulté du devidage de la foie lorfqu'on veut
la préparer pour organfin ou pour trame ; elle empê-
che encore la caufe du vitrage , défaut le plus com-
mun & le plus rebelle de tous ceux qu'on éprouve
dans la filature. On en diftingue douze plus ou moins
nuifiblcs. Le vitrage eft un arrangement vicieux des
fils furledevidoir,caufépar le mouvement Ju va-&-
vient , dont la variation répétée trop fouvent les fait
trouver dans la mcmc place , &: les attache ou fait
baifer , de façon que le devidage en ail toujours dif-
ficultucux , & le déchet ou diminution de by^itrès-
conlidérable. Un habile homme pcnlé avoir trouve la
façon de corriger ce défaut (ga{ctie d'Avignon ,
du 2S Janvier ly-^c) ), en fe forvant dos chevalets , à
la manière de ceux d« France i mais comme il n'eft
272 SOI
pas bien démontre , & qu'il exige encore le con-
cours d'une habile tourneuie , on ne penfe pas devoir
s'arrcter i\ ce principe. , , , r
Le mouvement des tours ou chevalets dont on le
fert en France , étant compolé du leul jeu , comme
on l'a obiervc, il n'elt pas poiTible qu'une (eule corde
qui donne le mouvement au va-ik-\ lent , puitle pro-
du'-rc le même edet que produiront des roues lembla-
bles à celles dont eft compofé le chevalet ou to-arde
Piémont ; un mouvement qui le tait par des roues à
dents i"cra toujours plus julte 6c plus égal que celui à
conîes & à poulies : le premier peut le melurer ,di-
viler &: dlllribuer à telle proportion que l'on veut ;
on peut en déterminer & lixer les gradations par le
nombre des dents dont il cil compolé , 6l l'on eft en
ctat à chaque inftant de compter ces gradations ju(-
qu'à la plus petite réduftion ; ce que l'on ne lauroit
faire dans le lecond mouvement, la corde ni les pou-
lies n'étant pas ibfceptibles de cette ponduation géo-
métrique qui leroit réquile pour en melurer &: diitm-
guerlesprogre'îions : d'ailleurs un mouvement com-
polé ell bien plus muhlphé &i. varié qu'un mouvement
iimple , cela eft clair.
Enfin il n'eft pas de doute que pour former fur
l'halple ou dévidoir les croifemens en zlg-zag qui
empêchent qu'aucun fil de h foie ne le couche fur
l'autre , il faut un mouvement extrêmement multi-
plié & varié , & qui renferme en lui-même une irré-
gularité repréfentative aulii-bien que produdlive de
ces zic-za^s, ce qui ne fe rencontre ni ne peut le
rencontrer' que dans le rouage de la machine de Pié-
mont.
Le pignon de l'halple de cette machine a zx dents
qui s'engrènent à une roue , non pas de ix dents
auffi , ce neferoit-là qu'un mouvement fimple, mais
de X) dents ; cette irrégularité , dans le nombre des
dents , en engendre iiéccflairement une dans le mou-
vement qui n'ell appelle un jeu {an. i5. du ngkmcnt
de Piémont , 8 Avril 1^24. ) , chez les Piémontois ,
qu'à caufe de cette irrégularité même. La roue du
va-&-vient de 3 5 dents reçoit le mouvement d'une
roue de XI dents, féconde irrégularité qui forme un
fécond jeu , cette double irrégularité de mouvement
s'entretenantexaftemcntpar la correlpondance d'en-
tre le va-&-vient ôi l'haiple qui lui donne le branle,
form.e un mouvement intégral dont l'effet elt d'imi-
ter & de fuivre , dans la décompclition du cocon , la
même m.éthode que le vcr-k-foie a employée à le
compofer ; car c'efl: un point de fait cciiitant entre
les naturaliftes 6c les artiftes , que ia foie du cocon y
eft filée en zig-zags pareils àceux que le tour du Pié-
mont fait former fur fon hafple , 6l que par confé-
quent l'opération de ce tour eft une imitation de la
nature dont l'induftrie du ver inftruit par elle eft le
prototype.
Ces deux mouvemens difpofés , comme il vient
d'être démontré , font melurés de façon qu'aupara-
vant qu'ils puiffent recommencer au même point d'où
ils font partis , l'halple doit faire 875 tours. Or il
n'cft pas pofTible que pendant l'intervalle de cette
quantité de tours que lèvent de l'halple fait fécher, il
puilîe arriver que le fil qui prend la même place qu'il
a occupée en commençant les 87 5 tours,le colle avec
celui qui l'a précédé parce qu'il doit être extrême-
ment Icc.
On pourrolt donner le règlement du Piémont en
entier concernant le tirage des foies , traduit de l'i-
talien tres-exaélement , avec des notes fur la nécef-
fité d'oblerver tous les articles qu'il contient.
Obfervntions fur L'art de tirer la foie de dej/us le co-
con , où. Von démontre rimponance de cet an , & que la
machine dont fe fervent tes Piémontois pour le tirage, ejl
la feule qui y convienne. Il n'eft point d'art , dont les
prérogatives & la perfection ne dépendent de cer-
SOI
taines opérations élémentaires & primitives qui In-
fluent fur toutes les opérations fuhiéquentcs , aulii
nécciiairement que la caufe influe fur fon effet.
Tel eft entr'autres , l'art de manœuvrer & fabri-
quer lu foie , dont l'opération élémentaire & primi-
tive eft le tirage , ou la façon de la tirer de delFus le
cocon qvii la produit. Celte opération a un rapport
Il cliénticl à celles qui concernent la manœuvre 6c
la fabrication de lajoie , & des étoffes dans la com-
polition defquelles h foie entre, que c'cft de fon plus
ou moins de pertedion , que dépend le plus ou le
moins de facilité & de fuccès dans la préparation de
la foie , & dans la fabrication defditcs étoffes : c'cft
ime vérité jullifiée par l'expérience de toutes les
manufadures en Joie , 6c parla réputation que les
Piémontois fe font acquile dans toute l'Europe ,
pour ce qui concerne le tirage des/o/t:>, dans lequel
ils excellent &l l'emportent fur les autres nations.
En effet , cette réputation eft telle , qu'il n'eft point
de fabriquant qui ne loit obligé de convenir qu'il
eft impoliible de faire une étoile parfaite , fur-tout
dans l'uni , fans le fecours des organcins , ce font les
Joies dont on forme la chaîne des étoffes , compofcs
avec là foie du tirage de Piémont , tout autre tirage
lui étant de beaucoup inférieur.
De-là , il eft ailé de conclure qu'en France ni ail-
leurs , on n'atteindra jamais à la perfection de ce
tirage , qu'en imitant la pratique des Piémontois; pra-
tique d'autant plus lûre , qu'elle eft une imitation de
la nature , & que les nouvelles machines que l'on
a voulu introduire en France, ne lont elles-mêmes
qu'une imitation , mais imparfaite de celle de Pié-
mont ; c'eft ce que l'on va développer : le détail eft
indiiP/enfable.
Les cocons dont on veut tirer la foie étant triés,
afin de ne tirer qu'une même cfpece de foie de plu-
fieurs cocons à la fois ; on les pâlie au four pour faire
mourir le ver C|ui y eft renfermé. Cela fait , on les
jette dans une chaudière qu'on appelle entérine de
l'art , bcijjine , pleine d'eau chaude , dont la chaleur
eil entretenue dans un certain degré par un fourneau
fur lequel on la met. Une ouvrière en démêle les
premiers brins ou fils , en les fouettant dans cette
eau avec un petit balai ; les brins ou fils démêlés ,
elle les divife en deux portions égales , qu'elle croife
l'une fur fautre quinze ou dix-huit fois pour \ts Joies
les plus fines , 6c à plus grand nombre de fois à pro-
portion de leurs grofleurs.
Ces croifemens qui fe font entre une lame de fer
fixe ôc adhérente à la bafline, d'une part; & deux
fils de fer recourbés 6c attachés aune lame de bois,
dont on parlera dans un moment, d'autre part , font
d'une nécelTité abfolue pour unir inféparablnment les
fils de chacun de ces deux brins croilés , en les dévi-
dant fur le tour dont on parlera aufîi ci-après , afin
de leur donner la confiftance & la force néceffaires
pour être mis en œuvre.
Première utilité de ces croifemens; ils contribuent
encore à rendre les /w^i nettes, parce qu'ils les dé-
tergent ôc ils les arrondiffent également , de la même
façon que pourroit faire une filière , enforte qu'il ne
peut palfer aucun bouchon entre les croifemens de
cette efpece ; on appelle bouchcns les inégalités bc
groftéurs qui fe rencontrent dans les fils. Seconde
milité de ces croifemens.
On attache chacun de ces brins à un tour ou dé-
vidoir que l'on nomme haj'ple^ fur lequel une autre
ouvrière en dévide jufqu'à une certaine quantité ,
dont l'on forme des écheveaux ; mais comme les éche-
veaux doivent être encore dévides pour préparer la
Joie fur le moulin ; il s'agit lors du premier devidage,
de parer auxinconvéniens qui peuvent fe rencontrer
dans le fécond. Ces inconveniens font , la difficulté
dans ce fécond devidage , le caiïement des fils , & le
déchet
s O I
déchet par conféquent que ce caflement occafionne;
ce qui rend ce fécond devidage d'autant moins fruc-
tueux qu'il eil plus défedueux , en ce que ces foies
d'un côté demeurent pliis long-tems à être dévidées,
& que d'un autre côté étant caiTées , elles ne peu-
vent être nouées fi proprement que ce nœud ne les
rende inégales dans leur groffeur ; & cette défeduo-
fité originelle non-feulement fe continue dans la pré-
paration de \difoic 6c dans l'a formation de l'organ-
fm , mais encore elle fe perpétue jufque dans la fa-
brication de l'étoffe , fans pouvoir être corrigée par
aucune induftrie ; parce que ces nœuds ne pouvant
palTer par les dents des peignes , la/o/e fe caffe une
féconde fois .: il faut donc la renouer une féconde
fois au-delà des dents du peigne , ce qui fait nécef-
fairement une imperfedion qui s'apperçoit , moins à
la vérité dans une étoffe brochée, que dans une étof-
fe unie ; mais qui n'en eft pas moins un vice & un
défaut , foit que les premiers nœuds puifTent pafTer
ou non par les dents du peigne ; la chofe eft fenfx-
ble.
Tous ces inconvénlens partent d'une même caufe
qui efl que h foie , lors du premier devidage , n'a pas
été croifée fur le tour ou hafple ; car outre les pre-
miers croifemens dont on vient de parler , il en taut
encore d'autres qui fe forment fur cet hafple , à me-
fure que la foie s'y dévide. Ce font ces nouveaux
crcifemens qui rendent aifé le fécond devidage , &
empêchent le caflement des fils , & par conféquent
leur déchet ; & c'eft ici où fe réduit toute la difîiculte
du tirage ^ & le point efTentiel & délicat de cette
main-d'œuvre fondamentale. La nécefTné de l'expli-
quer le plus clairement qu'il fera poffible , fait paf-
fer par-deifus la crainte d'être prohxe.
Ldi foie que produit le cocon , n'efl dans fon prin-
cipe qu'une efpece de gomme dudile à l'infini ; &
comme en la tirant de deffus le cocon, elle efl encore
en bave , pour ainfi dire , il efl néceffaire qu'en for-
tant de deffus la chaudière pour aller fur le dévidoir,
elle faffe des mouvemens fi exactement irréguHers ,
que les brins ne puifTent jamais fe joindre ; parce que
dès qu'ils fe font une fois touches 6c baifés , ils fe
collent enfemble & ne peuvent plus fe féparer ; ce
qui fait qu'il efl impoffible de dévider enfuite cette
Joie mife en écheveaux fans qu'elle ne le cafle ; dé-
faut , on ne fauroit trop le répéter , d'autant plus el-
fentiel , qu'il influe fur les opérations pour la prépa-
rer , mouliner , mettre en organfui , 6c enfuite en
étoffes;
Ces mouvemens font produits par celui d'une lame
de bois qui efl placée horifontalement au-deffus de
la bafTme , à environ deux pies ^ de l'hafple : à cette
lame font attachés deux fils de fer recourbés en an-
neaux ouverts , que l'on appelle griffes, dans lefquels
On pafTe les deux brins déjà croifés , ainfi qu'on l'a
expUqué ci-devant.
C'ell-là cette lame que les Artifles appellent ya-&-
vienc , nom qui en renferme une idée auffi claire que
fuccinte , puifqu'efî'cdivement elle ne fait qu'aller
& venir , & cela fur fa longueur, 6c toujours fur une
même ligne ; 6c ce font ces allées & venues conti-
nuelles qui font que la foie fe croife fur l'hafpfe en
forme de zigzag , fans qu'un brin fe couche , ni
par conféquent fe colle fur l'autre : elles doivent
donc être ces allées 6c ces venues extrêmement juf-
tes & régulières , pour former par proportion aux
tours que fait l'hafple , un mouvement égal de cor-
rofpondance d'où naiffent fucccffivement ces zig-
:^ag ; cela n'efl pas douteux.
Or la machine de Piémont feule opère cette mer-
veille ; c'efl ce qu'il s'agit de démontrer : mais avant
de pafTer outre , il efl bon d'obférvcr que les inven-
teurs de ces nouvelles machines en France , ne pré-
tendent pas qu'elles prcralcnt à celle de Piémont :
Tom Xy,
S O I
27Î
c'efl déjn un grand point , mais feulement "qu'elles l'é-
galent ; c'efi encore quelque chofe : car en fuppd-
fant le fait , c'en efl affez pour profcrire leur ufage
parce qu'elles coûtent plus cher que la machine de
Piémont ; mais il faut prouver que ces nouvelles ma-
chines n'approchent point de la perfeûion de celle
de Piémont , & par conféquent qu'elles ne l'ét-alent
pas. "^
La machine ou tour de Piémont que l'on appelle
chevalet, efl un chafîis compofé de quatre pihers de
bois qui , joints enfemble par des traverfes , forment
un quarré long de 3 pies 4 pouces ou environ, fur,
environ 2 pies - de largeur. Dans, le haut de ce
chafïïs , & entre les deux piliers efl placé l'hafple oti
dévidoir , cornpofé de quatre aîles , dont le diamètre
efl de deux pies ou environ , y compris le diamètre
de fon arbre ou axe ; dans le bas & au côté oppofé
auffi entre les deux piliers , efl la lame de bois ou le
va-&-vient.
A l'un des bouts de l'arbre qui pafTe dans le pilier
du côté droit, efl attachée la manivelle de la tour-
neufe , & à l'autre bout efl un pignon horifontal de
vingt-deux dents.
_ Celui des deux piliers entre lefquels efl le va-é
vient, efl attaché d'un bout par un excentrique ; l'au-
tre bout du va-&-vient efl pafîe dans une coulifle ;
l'intervalle qui efl entre les deux roues ci-defTus, efl
rempli par une pièce de bois arrondie, à chacune'des
extrémités de laquelle efl une roue de champ , dont
l'une qui a vingt-cinq dents s'applique & s'engrainfî
fur le pignon de l'hafpl- ; & l'autre qui n'en a que
vingt-deux fur la roue du va-&-vient.
La tourneufe met le rouage en mouvement, çri
tournant avec la main la manivelle du dévidoir à l'ar-
bre duquel efl attaché le pignon , qui efl le principe
des deux mouvemens corrélatifs de l'hafple 6c du va-
&-vient.
Ces deux mouvemens font mefurés , de façon
qu'auparavant qu'ils puifTent recommencer au même
point d'où ils font partis , l'hafple doit faire 875
tours.
Le fameux règlement de Piémont, àonné ad hoc
au mois d'Avril 17x4, exige indifpenfabiement dans
la flrudure des tours à filer ou dévider la foie ce
nombre de roues & de dents.
Li cavaleti , porte l'article i '^.provifi de loro guio'
chi necejjari perle devute guerociature per ogni guiocho :
avère il pagnone di demi 2.5 , campana groffa di 26
flello dellafpa c campana piccola di demi z2 caduna -
e mantenerfi tali ordigni , fempre in iflato di buonfcr-
viiio : c'efl-à-dire , « les chevalets feront pourvus
M de leurs jeux néceffaires pour opérer les croife-
» mens fufdits , chaque jeu aura , fayoir , le pignon "
» 25 dents, la grolTe roue 25 , l'étoile de l'hafple 6c
» la petite roue 22 chacune ; & il faudra maintenir
» toujours cet ordre , il fera d'un bon fervice >*.
Cette loi efl le fruit des recherches & des décou-
vertes des plus habiles manufaduriers & artifles de
Piémont. Il en réfulte deux chofés ; la première , qui
n'efl point conteflée, quelayè/e quife porte fur l'haf-
ple doit continuellement fe croifer ; 6c la féconde i
que ces croifemens continuels ne peuvent être opé-
rés par un mouvement fimple , mais bien par un
mouvement double 6c compofé de deux jeux , tels
qu'ils font prcfcrits par cette ordonnance.
L'on fent déjà au premier coupd'œil que ce roua-
ge établit d'un côté l'identité continue de chaque
mouvement du hafple 6c du va-&-viem en foi-même,
une dent ne pouvant pafTer devant l'autre , is: d'un
autre côté la corrcfpondance & la réciprocité entre
ces deux mouvemens. On va les particularilcr & en
expliquer les propriétés , cA faifant la comparailbn
des nouvelles machines avec celle de Piémont.
Les machines nouvellement inventées, l'une par'
M m'
^74
S O I
le lleiir V * * * l'nutre par le fieur R * * * ù-
bnqiu:nt en b:is , & la troifieme p:ir le iîjur k
.M * * * ini'peilenrclesmanutadhircsde Languedoc ,
telles qu'elles l'ont décrites dans le proccs - verbcd
d'épreuves qui en ont été Faites au moisd'Avnl 1745
diins l'orangerie de M. le Nain intendant de Langue-
doc , en la prél'ence & en celle de plulicurs artilles.
Ces machines , dilbns-::ous , imitent bien en quel-
que façon celle de Piémont, comme on l'a déjà ob-
fervé ;'en efl'et, leur i1ru6^iire cft la mêine , & l'on
y tait aufli de même les premiers croilemens dont
on a parlé ci-devant , cjui le font entre la baffine &:
la lame de ter, Vhajpli ou dévidoir & le v^- &- vient
{"ont auffi , à quelque choie près , les mêmes que ceux
de la machine de PiéiTiont ; mais au-lieu d'un mou-
vement de rouage , elles n'ont qu'un mouvement à
corde & poulies ; 6l au-lieu d'un mouvement com-
poio , elles n'en ont qu'un fimple : & c'elt préciié-
mcnt cette dittércnce de m.ouvemenî , l'un compolé
& h. roues , &c l'autre limple & à corde & poulies .
qui fait que le premier efl conftammcnt uniforme en
foi-même , & dans la correlpondance & réciprocité
de Vhify'c au va-&-vlcnt , Hz que le deuxième eu
aulîi inégal en foi que dans cette correfpondi^nce de
VlufpU au Vii-&-v:eru ; & de-ià naît la perfeérion du
tirage qui fe fait par le mouvement à roues , & l'im-
perlcclion de celui qui ne s'opère qu'avec un mou-
vement à corde & poulies.
On en trouve la preuve écrite d?.ns le procès-
verbal mêm.e du mois d'Août i74<) , ci-deiuis énon-
cé. Les fleurs le'M * * ' & R * * * qui l'ont
dreflé conjointement , y rcconnciflent en termes
formels que rinc^4alité & la cef.atlon de la tendon
de la corde dans les tems fecs caufent l'inégalité 6c
la ceffation du mouvement du vu-&-vunt. Voilà
donc un déf.:ut radical dan? ce mouvement accorde,
de l'aveu même de fes aiiteurs , oui ne fe rencon-
tre , ni ne peut fe rencontrer dans un mouvement à
rouage.
Il "eil bien vrai qu'on prétend , fe'on ce procès-
verbal , qu'il eft rem.édic à ce défaut , du-moins dans
le tour du fieur V * * * par un contrepoids qui
tient la corde tendue. Mais l'M'efiicacité de ce re-
mède n'eit que conjeclurale , on veut dire qu'elle
n'ell pas bien établie. En effet ce contrepoids ne fau-
roit empêcher que les poulies ne fe liment peu à-peu
dans leurs rainures par le frottement continuel de
la corde , & que la corde auffi ne s'amincifle , tant
par ce frottement que par ce'ui qu'elle fouftre iur
elle-même , étant croifée ; dès-lors le diamètre de
CCS poulies étant diminué & cette corde am.incie ,
glilTant plus ou moins légèrement , il en réluLe né-
celfairen^entune inégalité de mouvement.
x°. Pourquoi recourir au remède , quand on peut
éviter le ma! dans fa (ource ? Qui détruit la caule ,
détruit l'effet. Le mouvement tft fixé invariablement
par le rouage dans la machine de Piémont ; il faut
donc fe fervir de rouage lans recourir à des voies qui
le rendent inégal , 6c qui elles-mêmes ont beloin
d'un correâif , dont , encore \m coup , l'elfet ell dou-
teux tout-au-moins , s'il n'cfl pas démontré tout-à-
fait impuifi'ant.
LeslieursleM ***&:P^*** confeflent en-
core dans ce même procès-verbal, que le plus grand
défaut de la conltruclion d'r.n tour elt d'occalionncr
le caflement des fils , & ils ont raifon : or il eft conl-
tant que lors des épreuves les fils le font plus fou-
vent caftes fur le tour du ficur V * * * que iiir les
autres ; voilà donc conféquemment aux principes
& de leur aveu même une des trois nouvelles ma-
chines qt i ne fauroit entrer en concurrence avec les
autres , 6c à plus forte raifon avec celle de Piémont :
Ji vinco vinceiitem te , deben vincere te.
On a établi ci-devant que les fils o^ui fe couchoicnt
S O I
fur Vhafple lors du tirage ou premier dcvidatre fe
coUoient enfemble , ce qui en occafionnoit la rup.
ture lors du fécond devidage , 6c conféqueir.mont
le déchet, indépendamment de ce que ce tecond dé-
vidage en étoit plus long & plus dilHcultueux : le
tour du fieur R * * * en fournit la preuve. « Pro-
» portion gardée , dit le procès- verbal en qucftion
» en parlant du fécond deviciage , il a été mis plus
» d'un tiers fur le quart au devidage de l'écheveau
» filé fur le tour du fieur R * * * qu'à celui de
» tous les autres ; la diiérence eft plus coafidérable
» fur le déchetfetk le nombre des fils rompus , cela efl
» bien clair ; ce qui fuit ne l'ell pas moins'; mais in-
» dépcndamment de ces remarques qui peuvent être
» ditFcrentes de celles auxquelles donnera lieu le
» devidage du moulin , nous avons remarqué qu'il
» y a eu plus de tems à dévider l'écheveau du tour
» du fieur R * * * eue ceux des autrei : on n'en
>» peut guère attribuer la caufe , continue ce procès-
» verbal , qu'en ce que les fils en cîoient collés plus
» durs aux endroits (lui avoient porté fur les aîles
» dcshalples, 6i qu'us léîoient encore un peu dans
» leur longueur ».
Cesjudicicufes remarques épargnent le commen-
taire , on ne peut rien y ajouter , elles établirent
dérnonftrativement ces trois points : i"^. que les fils
del'écheveautircfurle tour du fieur R * * * fo iont
couchés dans les longueurs , 6c par conféquent col-
lés ; i"*. que ce collage en a occalionné la rupture 6c
le déchet lors du lecond devidage , indépendam-
ment des inconvéniens qui en réIuUeront lors du de-
vidage du m.oulin ; 3". que ce fécond devidage a
étc plus long tk plus clifhcukueux : trois défauts ef-
fentiels dans les principes mêmes des fieurs le
M * * * 6i de R * * * car dans le cours des épreu-
ves qu'ils ont faites lors de leur procès-verbal, ils ont
reconnu , diient-ils , « que la bonne conftrucHon du
» tour devoir avoir principalement pour objet de
» contr.buer à la perfeûion de la /oit; , d'empêcher
» que \dfoic ne foit difficile à dévider, & ne fbuffre
» trop de déchet dans cette opération, fi-c». Le tour
du fieur R * * * a fauffé fa vocation , p\iifqu'ils
ont reconnu que h foin en étoit difiicile à dévider,
foutfroit plus de déchet , 6c par coniéquent étoit
moins parfaite.
Mais ces défauts , nous difcnt les mêmes fieurs le
M * * * & R * * * ne font que de petits défauts
(quelle contradiftion!) auxquels il fera aifé de remé-
dier ! 6c comment cela ? c'eft ce qu'ils ne favent ni
l'un ni l'autre , ou tout-au-moins c'eft fur quoi ils
n'or.tpas jugé à-propos de s'expliquer. La ieule 6c
véritable voie de remédier à ces défauts , eft de re-
conftruire un tour d'une nouvelle ftruélure': mais,
non , vous répondront-ils. Il faut bien fe ga'-der de
changer cette ingénjeufe ftrudhire. Eh , pourquoi
cela ? C'eft pour lui cox-iferver le grand avantage qu'il
a fur les autres tours , qui eft d'aller plus vite qu'eux.
Quelle erreur ! Cette vîteffe , en la fuppoliint , eft
elle-même un défaut qu'il faut corriger , bien- loin
d'être une qualité avnntageufe à lui conferver, puif-
qu'elle empêche que hijoie qui pafte de la baffinc fur
l'halple n ait le tenis de fécher , comme elle fait fur
le tour de Piémont, dont le règlement de 1714 n'a
prefcrit une certaine diftance entre les piliers , qu'a-
fin que les fils puiffent aller de la bafilne fur l'hafple
plus fecs,& mieux conditionnés. Li cavaleti devrano
avère le famine in dlflanfa. dï due pcdi li prandi ; Vunx
djlC altra acchiochï dulC afpla al ferro vi pa contan^a
talc che lifdi pojjano andar fovra rafpLi p'm aj'au-
titc miglio conditionati , porte cette ordonnance , arti-
cle 6". « les chevalets devront avoir les piliers en dif-
» tance de 2 pies liprandi ( melure de Piémont de
» 19 pouces unpié de roi), c'eft-à-dire , 3 pies 2 pou-
» ces pié de roi l'un de l'autre , afin que de l'hafple
SOÎ
» au fer il y ait «ne telle diftance , que les fils . ; . . '.
» puiffent aller iur l'hal'ple plus fecs 6c mieux condi-.
tt tiennes >t.
y Voilà donc encore une des trois nouvelles machi-
nes, civii ne mérite pas plus de préférence fur le tour
de Piémont que celle du fieur V * * *.
Voyons li celle du fieur le M * * * aura un meil-
leur lort.
Cette machine , à proprement parler , n'eft point
de l'invention du fieur le M * * * , mais un tour
qui eft en ufage dans le Languedoc , c'efr-à-dire, dont
le mouvement eft à corde 6c à poulies , & qui cès-
lors porte la réprobation fur fon front. Le fieur le
IVI * * * y a feulement fait ajouter ( c'elt lui qui
pa'le) « une petite pièce de bois d'un pouce & demi
^ d'épaifîeur , clouée fur une des pièces latérales du
» chaffis , au milieu de la ligne que décrit la corde
» qui embralfe la poulie du va-&-vient à l'arbre de
» l'hafple. Sur le fommet de cette pièce eft une pou-
y> lie élevée de 4 à 5 pouces au-defîlis de la corde ,
M & fur cette poulie paffe une petite corde, à un bout
>* de laquelle eft attachée une autre petite poulie
» mobile, fur laquelle roule la corde du va-&-vunt ;
» 6c -A l'autre bout pend un poids pefant 1 2 onces ,
» qui tendant la corde à laquelle il efl attaché, tend
» aufïi la corde du va-ù-vitnt , & en l'élevant en
» même tems qu'il l*approche du centre de la ligne
» qu'elle décrit , la fait entrer avec moins de frotte-
» ment dans la rainure horifontale de la poulie du
>> va'&-yïint , & l'ortir de celle verticale de l'arbre
» de l'hafple avec n,o;ns de frottement ; moyennant
» quoi, fans rien déranger au tour de Languedoc ,
» il feroit remédié , à ce que vous allure le môme
» fieur le M * * * , aux inconvcniens de l'inégalité
» & cefTation du mouvement de leur va-&~vitnt ,
yt comm.e dans le tour du fieur V * * * >».
Mais en bonne foi cette addition & prétendue cor-
rection aux tours de Languedoc pourra t-elle jamais
«détruire leur imperfedtion originelle , 6c ne fe trou-
vent - ils pas réfutés d'avance par tout ce que l'on
a dit ci-defîus ?
Tout mouvement à corde & à poulies efl impuif-
fant pour produire cette confiante 6c invariable ir-
régularité des mouvemens , tant du va-&-vitnt 6c de
i'/iaff/e , chacun en foi , que de leur correfpondance
également uniforme dans Ion irrégularité. Cela pré-
fuppofé comme incontefîable , ce mouvement dou-
ble & compofé de deux jeux efl une merveille qui
ne peut s'opérer que par le myflérieux rouage des
tours de Piémont. Les fleurs le M * * * , V * * *,
R * * * , & tous les auteurs des mouvemens
à corde & poulies , ou mouvemens fnnples, ne tom-
beront-ils pas dans une perpétuelle pétition de prin-
cipes, lorfqu'ils s'obfiineront à prétendre d'imprimer
par quelque addition & par quelque corredtif que
ce foit à un mouvement fimple , encore fans le dé-
ranger , la propriété 6c l'cfHcacité du mouvement
compofé d'un double j eu ? La propofition feule heurte
les premiers principes du méchanifmc ; aulTi fe trou-
ve-t-elle profcrite par le règlement de Piémont qu'on
a déjà cité , qui défend l'ulage des tours i\ corde, 6c
inflige même la peine de 25 liv. d'amende pour cha-
qiie tour contre les fabriquans qui s'en lerviront.
Sottopcna^ porte l'article 6. alll pradonï d'clLt fi!a-
turc di L 2.5. pcr cadun cavalUto dijferammente dlf-
pofo ; 6c article l^. proihtndo omninamente Vufo dï
cavaUii à corda ; défenfe de iê fervir des chevalets à
corde , tels que celui d'aujourd'hui du fieur Vaucan-
fon : il tutto Jotto la pcna fiijditta ; fous peine aux
maîtres de filature de 25 liv. par chaque chevalet
diflcremment conflruit ; défendant abfolun^cnt l'u-
lage des chevalets à corde , de quelque façon qu'ils
puiffent être conflruiîs , quelque corrcdif qu'on y
ajoute , 6c fous quelque prétexte cjue ce foit , car
Tome xy.
■-_>
O I
a?f
I c efl là l'idée que renferme cet omninamente , le tout
I fous la peine fufdite. D'où il faut conclure que l'irii
ventiondufieur leM * * * n'empêche pas que fon
tour ne foit rangé dans la même claffe que ceux des
fleurs V***&R***.
Les auteurs & les partifans des tours à corde,
a'objederont peut-être pas que la prohibition de ces
tours , portée par uns ordonnance de Piémont , né
fait pas loi en France ? L'objeftion feroit rifible 6c
indécente : on ne la rapporte pas ici comme une au-
torité légale; c'cff: au roi feul , fouverain légiflateur
de fon royaume , à lui en imprimer le caradfere, fi
fa majeflé le juge à propos , comme il y a lieu de
l'efpérer ; mais on la propofe feulem.ent comme une
autorité de principe pour l'efpece particulière. Les
fciences & les arts font fondés fur des principes qui
font loi pour ceux qui les cultivent : il y a autant de
flanger que de témérité à s'en écarter; on n'en veut
d'autre exemple que les auteurs de nouvelks ma-
chines.
Qu'ils ne tirent pas non plus avant.ige de la grati-
fication qu'ils ont obtenue du confeil , & qu'ils ne la
propofent pas comme un préjugé en leur faveur ;
cette gratirication efl bien plus la récompenfe de
leurs recherches que celle de leurs découvertes , &
elle fait bien moins l'éloge de leurs talens que celui
des bontés du magiftrat qui la leur a obtenue, & delà
libéralité du confeil qui la leur a accordée.
Perfonne n'ignore l*attention du miniflere à exci*
citer 6c à entretenir , par des promeffes & par des
gratifications , cette noble émulation fi néceffaire
pour porter les fciences & les arts à lear perfeft ion ;
& tout le monde fait avec quel zèle M. le Nain a
toujours fécondé les vues du miniflere fur ce point.
Ce magiftrat , bien convaincu que les tours des
fleurs V***,R***&leM*** n'a-
voient point corrigé le défaut du vitrage , c'efl le
nom que Ton donne au collement des fils de \^foii
fur l'hafple, chargea en 1748 un particulier d'Avi-
gnon (a) , à qui il connoifToit des talens, de cher-
cher le remède à ce défaut ; & quoiqu'il ne l'ait pas
trouvé , n'ayant fait que tripler la rainure de la rou^
lette de l'hafple des tours ordinaires , encore exige-
t-il le concours d'une habile tourneufe ; cependant
il a éprouvé de la part de M. le Nain la mcrne libéra^
lité dont les fieurs R***,leM***& autres
précurfeurs s'étoient reiTcntis , & cela parce que du
moins il a travaillé tout autant & peut - être plus
qu'eux, quoiqu aufTi infruftueufement , & qu'il efl
jufle de récompenfer des talens qu'on a mis en œu-
vre , quel qu'en foit le fuccès , toute peine méritant
falaire.
Si un fujet de Piémont, qui fe ferviroit de cc5
nouveaux tours , bien loin d'être récompenfe , efl
puni d'une amende de 25 livres par chaque tour,
jotto pina di JJ. z6. pzr caduno cavalcto , les inven-
teurs de ces tours n'y feroicnt pas fortune afîuré-
ment.
L'artifte Comtadin auroit bien plus de raifon de
s'arroger , fur le fondement de cette récompenfe, le
mérite de Ion travail & la préférence fur fes concur-
rens , puilqu'au moins il peut leur oppofer cet argu-
ment. ... Si vous aviez trouvé le remède au vitrage ,
M. le Nain ne m'auroit pas chargé de le chercher : or
il m'en a chargé , donc , &c.
Au rcfte , il faut difcuter le fait par lui-même , &
non par des préjugés épifodiques. Les nouvelles ma-
chines empêchent-elles le vitrage des foies ? La né-
gative efl démontrée par les principes 6c par l'expc-
rience. Refte à favoir 11 la machine de Piémont a cette
prérogative. L'aflirmative eft aifce à prouver, d'a-
près les obfervations ci-deffus.
D'abord elle a pour elle les principes généraux Sc
(j) Gazette d'Avij;no;i du 18 Jaiivicr i--40.
M m ij
i-jG
s o I
S'O I
particuliers. En gcncral tout mouvement qui fe fait
par le moyen des roues ù dents , eli plus jufle 6c
plus égal que celui à corde &: îi poulies : le premier
peut {c mefurer , diviler 6i diftribuer à telle propor-
tion que Ton veut; on en peut déterminer 6c fixer
tlon , ce que Ion ne lauroit taire dans le lecond mou-
vement,la corde ni les poulies n'étant pas fulceptibles
•tle cette ponOuation géométrique qui leroit rcquiie
pour en meliirer & diiiinguer les progrelfions ; la
choie eil aufii claire qu'inconteftable,
i^. Un mouvement compol'é eit bien plus multi-
plié &; varie qu'un mouvement fmiple : cela s'entend
de loimême : or le mouvement à rouage ell un mou-
vement compoié ; par conféquent , &c.
3". ; ans la thele particulière, on comprend que
pour former lurThalple ou dévidoir ces eroiiemens
■en zigzags, qui empêchent qu'aucun til de Is. foie
■ne fe couche l'un fur l'autre , il faut un mouvement
extrêmement muhipllc & varié , &qui rentcrme en
lui même une irrégularité repréfentative aulu-bicn
que productive de ces zigzags; ce qui ne fe ren-
contre, ni même ne peut le rencontrer que dans le
rouage en queftion.
Le pignon de l'hafple a vingt-deux dents qui s'en-
grènent à une roue, non de vingt-deux dents aufii ,
ce ne feroit-là qu'un même mouvement limple , mais
de vingt-cinq dents. Cette irrégularité dans le nom-
bre des dents, en engendre néceffairement une dans
le mouvement, qui n'eft appelle unjdu par l'ordon-
nance de 1714 , qu'à cauie de cette irrégularité mê-
me. La roue du va-Ôi-vient de vingt-cinq dents ,
reçoit le mouvement d'une roue de vingt-deux dents ,
deuxième irrégularité qui forme un fécond jeu: cette
double irrégularité de mouvemens s'entretenant
exaftement par la correfpondance d'entre le va-&-
vient & rhafpli qui lui donne le branle , forme un
mouvement intégral , dont l'effet elt d'imiter & de
fuivre la décompofuion du cocon , la même méthode
que le ver -a foie, a employée à le compoler ; car c'eft
un point de fait conltant entre les naturalilles & les
artiltes, que \à j'oie du cocon y ell filée en zigzags
pareils à ceux que tour de Piémont fait former
îlir fon hafple , & que par conféquent l'opération de
ce tour ell une imitation de la nature , dont l'indul-
trie du ver , inftruit par elle , ell le prototype.
C'eft-là cette merveille dont la découverte a coûté
tant de veilles , de foins ôc de recherches aux Pié-
montois (^b^. Elle n'a point frappé les iieurs le
M***&R * * *, parce qu'ils ne la fuppofoient
pas dans un tour qu'ils n'avoient pas envie de préco-
nifer à l'exclufion des leurs. D'ailleurs ils la connoif-
ibient fi peu ( car on ell bien éloigné de les taxer de
cette partialité plus opiniâtre qu'aveugle que l'a-
mour-propre infpire aux ouvriers pour leurs produc-
tions ) , qu'ils n'y entendoient pas même myftere ,
& n'en foupçonnoient point dans ce nombre & dans
cet arrangement curieux de roues & de dents. « Le
»> quatrième tour , dilent-ils dans leur proces-verbal,
» ell celui que le feu fieur Baron a fait faire fur le
» modèle de ceux de Piémont ; fon chafTis eft de la
» même longueur. . . . V hafple donne le mouvement
» au va &-\ient par le moyen d'un arbre horifon-
» tal , dont un bout engraine par des dents à l'arbre
» de V hafple , 6l l'autre à un plateau dentelé auquel
» eil attaché le va-&-vient ».
Cette laconique dcfcription,ce filence fur le nom-
bre ÔL l'arrangement des roues & des dents du tour
de Piémont de la part des gens qui ont pompeule -
(i) Or. a tnit en Piémont plus de roues que n'en contien-
droient iix tombereaux , auparavant de faite ccue décou-
verte.
tnent étalé dès inutilités (c) dans les autres tours"
provient tout au moins de ce qu'ils ne connoiflbient
guère ce qu'ils examinoient,ou qu'ils n'examinoient
point allez ce qu'ils ne connoiftbient pas ; cela efl ii
vrai , qu'ils le lont même imaginés que ce rouage
embarrailoit l'opération du tirage (^). Quelle in-
conféquence !
D'ailleurs une réflexion qui fe préiente ici d'elle-
même , c'eft qu'il n'ell pas bien certain que la ma-
chine du fieur B * * * ffit un modelé parfait de celle
de Piémont. Ce doute ell d'autant plus railbnnable,
que le témoignage même des fieurs M * * * ôc
R * * * , de la façon dont ils en parlent, fert plutôt à
le confirmer qu'à l'éclairclr , & encore moins à le
réibudre.
L'autorité de la chofe jugée (e) ne milite pas moins
que les principes en faveur du tour de Piémont : en-
fin il a pour lui l'expérience de toute l'Europe. Muni
de tant de titres , peut-on lui refufer une préférence
auifi jullement acquile ; préférence d'ailleurs dont il
a été déjà jugé digne par l'épreuve qui en a été faite
en 1748 , en prélence de Meilleurs les intendans du
commerce , chez M. le Tourneur, l'un d'eux?
La perfection de ce tour n'a point échappé aux
lumières de M. Rouillé , fecrétaire d'état , fous les
yeux duquel il a paru. « J'ai vu (/) , dit ce favant
» miniilre , le tour du fieur Othon , qui eft celui du
» Piémont : j'ai vu fon dévidoir , & j'ai été con-
» tent de l'un & de l'autre ». Cette approbation eft
un garant aifuré de celle qu'on a lieu d'attendre de
tous les connoiiTeurs devant qui l'on renouvellera
l'épreuve du tour de Piémont , il le conieil le juge à
propos.
L'importance du tirage ou filage de la /o/e démon-
trée par lui-même & reconnue par l'unanimité des
fabriquans de l'Europe , rien de plus interelTant pour
le bien du commerce du royaume en général , & en
particulier des manufadures des étoffes de foie qui
en font la branche la plus conlldérabie , que d'affurer
. la méthode de ce même tirage , par une décilion qui
prononce irrévocablement iur la préférence que la
machine de Piémont mérite iiir fes concurrentes. Et
comme cette décilion doit porter fur ces deux objets,
i^. la llrudure des tours , x°. leur utilité; fuppofé
que le confeil ne trouvât pas , quant à-préfent , ces
objets ou l'un des deux fuffiiàmment éclaircis , par
les raiibns expliquées dans ce mémoire , en ce cas
rien de plus limple que d'en faire faire la vérifica-
tion en prélence de noiTeigneurs les commiffaires du
confeil , par les députés de l'académie royale des
Sciences , conjointement avec ceux du commerce ,
6l des manufaduriers , artilles & connoiffeurs.
Cette précaution , qui eft conforme à la fagefle &
aux maximes du conieil , difîlpera jufqu'au doute le
plus léger , 6i. acquerra infailliblement à la machine
de Piémont une plénitude d'évidence , à laquelle fes
adveriaires , s'il lui en relloit encore alors , ne pour-
ront rélifter.
Autres obfervations fur le tirage des foies. Quoique
l'explication de la méthode dont les Piémontois fe
fervent pour tirer leurs yè/w, paroiiîe fuffifante pour
parvenir à cette perfeftion qui leur eft commune, il
feroit néanmoins nécefiaire d'établir un ordre , qui ,
fans exciter les murmures que caulent ordinairement
les nouveautés , piit rendre le pubUc certain de la
folidité du grand objet qu'on fe propofe.
L'ordre qu'on fe propofe d'établir , pourroit être
(c) Voyez la defcription de l'hafple du tour du fieur
[^ ^c * )(c^ )es numérations des dents de deux roues du même
tour , une corde finement placée , &c.
{d) Voyez le procès-verbal.
(<;) Règlement de Piémont de 1714.
(/) Lettre du ij Août 174^ à M. deFourqueux, procu-
reur général de la cbamDre des comptes.
s O I
vne efpece de rcgiement , qui put concerner toutes
les perionnes qui s'appliquent à faire des foies , prin-
cipalement celles dont la mauvail'c foi peut donner
lieu à de grandes dcfeftuofités dans celles qu'elles
font tirer; il ne peut fe trouver que des perfonnes
femblables à qui cette nouveauté donne de la répu-
gnance ; il eft nécefliiire d'expliquer quels font les
abus qui peuvent fe commettre en pareil cas.
C'eit un uiage confiant en France , en Piémont,
en Italie , & depuis peu dans le royaume de Naples ,
<\\iQ chaque particulier qui fait faire des foies , a la
liberté de les faire tirer à fa fantaifie , c'ell-à-dire, a
tant de cocons , plus ou moins. Cette liberté ne doit
point être ôtée ù ceux qui en jouiffent, crainte de
clécourager les perfonnes qui s'appliquent à faire des
nouvelles plantations de meuriers. Mais elle entraine
après foi un grand inconvénient, en ce que , excep-
té néanmoins en Piémont, la. foie tirée à 17 cocons
eft bien fouvent vendue dans les foires ou marchés
fur le même pié &. au même prix que celle qui efl ti-
rée à 1 3 ou à 1 2 ; celle tirée à 1 2 , comme fi elle étoit
tirée à 10 ouà 9 , ainfi des autres. C'eft au moyen de
cette fraude qui échappe aux lumières des plus fa-
meux connoillcurs, par la finefle de hxfoic tirée , que
tous les organfins de l'Europe , autres que ceux de
Piémont , ne font jamais portés à cette perfeftion fi
néceflaire pour celle des étoffes, fi l'on en excepte
néanmoins certaines fabriques , qui ayant des fonds
affez confidérables pour acheter dans le tems de la
récolte la quantité de cocons dont elles peuvent faire
l'emploi pendant le courant de Tannée , lont en état
de fournir une quantité proportionnée d'organfni
égal & bien fuivi auquel on donne coniiramément
le nom ^organfin de ti/Jge.
Indépendamment de la fraude qui peut être mife en
pratique dans le tirage dtsjbies , concernant la quan-
tité de brins fuppofée , la croifade fi nécelfaire pour
l'union des brins qui compofentle fil , & fi utile pour
parvenir à faire un belorganfm,ne peut-elle pas être
négligée .'' Tout le monde lait que plus il y a de croi-
fure, plus la y^ie acquiert de perfection ; m.ais aulîi
elle le tire bien plus doucement ; d'où on doit con-
clure que l'avidité du gain , & l'expédition du tirage
pour vendre promptement h foie tirée ou grèze , peut
occafionner la négligence d'un article aum eiîei.liel
dans le règlement de Piémont, de l'importance du-
quel dépend toute la perfeâion de h foie.
Il eft peu de Fabriquans de foie en France qui
foient en état de fe fournir tout-d'un-coup de la quan-
tité de cocons qu'ils peuvent faire tirer , & dont ils
font préparer la foie pour être employée dans leurs
n"janufaéhires , & les faire travailler pendant le cou-
rant d'une année, s'ils ne font de ceux à qui le con-
feil a fait des fonds , ou accordé des privilèges pour
en trouver plus facilement ; il fautdonc avoir recours
à cette multitude de particuliers qui font tirer eux-
mêmes ; & c'ell précifément cette quantité de /oie de
différens tirages qui altère les organfins qui en pro-
viennent : ce qui n'arriverolt pas , fi on obfervoit à
cet égard la même règle qui ell pratiquée en Pié-
mont.
Il eft néceflaire d'obferver encore qu'il efl peu de
fabriquans d'étoffes qui achètent les foies oeuvrées
comptant ; le terme du payement eil toujours au
moins d'une année : il efl porté quelquefois à plus de
1 5 mois , & cela par rapport au tems long pour la
préparation de la matière 6l la fabrication de l'étoffe;
de forte qu'un marchand de foie , qui au commence-
ment de la récolte vendra layy/<; achetée dans le com-
mencement de la précédente , c[u'il n'aura pas pu tai-
re préparer plutôt , pour continuer l'on travail, qu'il
ne peut ni ne doit faire difcontinuer , afin d'entrete-
nir fes ouvriers pour ne pas les perdre , fera obligé
d'attendre plus de deux années, avant que de pQu-
S o ï
277
voir fe procurer le rembcurfement des avances uu'il'
aura été obligé de faire en achetant les cocons dé di-
vers particuliers quine peuvent vendre que comptant.
Il n'en efl pas de même des particuliers qui font ti-
rer les Joies qu'ils cueillent : ceux-là ne l'ont pas obli-
gés de vendre leurs cocons conipt;mt , attendu leur
bien être , & le bénéfice qui fe trouve fur h foie qu'ils
font tirer, 6c fur les fraudes que quelques-uns peu-
vent mettre en pratique , ainfi qu'elles ont été citées.
Ils vendent la yô/e qu'ils font, à ceux qui la prépa.-ent
pour la vendre aux fabiiquans d'étoffe. Ces fabri-
quans de foie n'en achètent qu'au fur & à mefiire
qu'ils en trouvent le débouché : ce qui fait que toutes
ces parties différentes achetées de difierens particu-
liers , réunies pour compofer un même balot , ne
peuvent faire qu'une marchandife ou matière très-
défeetueufe.
Pour prévenir un abus auffi pernicieux, il feroit
nécefïaire de faire un règlement femblable à celui de
Piémont, qui , entr'autres articles, en eût un qui af-
fujettît chaque particulier de faire une déclaration au
châtelain ou procureur fifcal du bourg ou village où
il feroit fa réfidence , de la quantité de cocons qu'il
a cueillis : à combien de brins il vouaroit les faire ti-
rer : les croifer en conformité de la quantité , à peine
de , &c. dans le cas où il feroit une fauffe déclaration :
charger ceux qui la recevroient, de faire des vifites
exaétes, en leur attribuant une partie des amendes
encourues , ou autre indemnité pour les exciter à
veiller : prépofer une perlbnne pour faire des vifites
générales outre lesparticuUeres: 6c enfin ne rien né-
gliger de ce qui pourroit contribuer à faire des foies
parfaites.
l'outes les précautions qu'on pourroit prendre
pour parvenir à la perfedion du tirage des fies , de-
viendront inutiles, des qu'on négligera celles qui
conduiîent à la perfection de l'organfin, qui ne fau-
roit être parfait , ni même bon , fi celui qui le pré-
pare , n'elt pas certain de la quantité de fils ou brins
qui compof ent les fils. On ne fauroit être inflruit de
cette qualité qu'en mettant en pratique les moyens
énoncés ci-deffus.
Au moyen de cette précaution aufîi néceffaire
qu'utile, le particulier qui croiroit avoir été trompé
dans l'achat des joies grezes , n'auroit befoln que de
recourir à celui qui auroir reçu la déclaration de (on
vendeur , pour en être parfaitement mflruit ; d'ail-
leurs l'obhgation impofée de la faire , tiendroit en
quelque façon tous les fraudeurs en règle; 6c ceux
qui ne s'y trouveroientpas, feroient obligés defubir
la peine qui leur feroit impofée à cet égard; conJé-
quemment les prévaricateurs feroient retenus par la
crainte du châtiment ou par celle des exemple^, &C
ne feroient plus de fauffes déclarations.
Comme cet article efl le plus délicat de ceux qui
pourroient être iniérés dans le règlement prétendu ,
aufîi bien que celui de la croifade , il ell néannioins
évident qu'il ne feroit à charge qu'aux perfonnes de
mauvaife foi. Des femblables articles font obfervés
dans le règlement de Piémont concernant les filatu-
res, ou à-peu-près de même. A l'égard des autres,
tels que ceux qui concerneroient l'égalité du dévi-
doir , tant pour les tirages de foie que "pour les mou-
hns à la préparer , le falaire des tireufes & des ou-
vriers qui travaillent aux moulins , les railbns qu'on
donneroit de la nécellité de leurs exécutions, &C
l'examen qui en feroit fait , fùfîiroient pour les aug-
menter ou diminuer, félon que le cas l'exigeroit.
Dès que les mouliniers qui préparent U foie nyi
fortir du tirage , feroient sûrs de la qualité de celles
qu'ils empioyeroient, il efl certain qu'ils s'applique-
roient à mieux travailler ; aucune raifon ne pour-
roit les dilculper des reproches qu'on leroit en droit
de leur f»urc fur les détàuts qui fe trouveroient dons
s O I
17 f5
leurs ouvrages ; les organlms dont l'cf^alité eu li re-
cherchée, ik qui ne le trouve que dans les tabrlques
auxqMcUL<s le tirage des joies eil atfedé , le trouve-
roicnt pour lors également beaux par-tout. Le prix
exceHit'de ces mêmes organlins appelles communé-
ment orgtin/ins du tira'jse^ qui ordinairement elt de 3
à 4 1. par livre plus cher que les autres, feroit ceiTer,
en diminuant , celui des étotîes , qui ne lauroient
cire parfaites l'ans le lecours de ces mêmes organlins,
conlequemment la diminution de la matière néccl-
lairc i\ la perfeifUon de l'etofFe le trouvant dans l'é-
toffe même , pounolt donner lieu à une conlomma-
tion & k l'établitrement de la fabrique de celles qui
ne liniroient lubliller en France, que parce que la
matière dont elles font compofées , cÛ inhoimcnt
moins parfaite, & plus chère que celle dont les étran-
gers le fervent.
Du mouUnagc des foies. Lemoulinage ou filage des
y?*/^^ étant la préparation au moyen de laquelle on peut
employer ou travailler \71J0ie , foit pour les étotîes ,
bas , &c. il eft nécelfaire , pour faciliter aux curieux
l'intelligence de cette préparation , de leur faire re-
marquer que toutes \çs foies en général qui lont tirées
fimplementdu cocon , font appellces foie gr^ie.
Cette/o/«grèze reçoit eniuire ditFérentes prépara-
tions, on en fait du poil , de la trame , & de l'or-
ganfm.
Le poil eft compofé d'un feul brin de foie grèze,
tordu foiblement fur hii-même ; cette préparation
eft néceffaire pour donner plus de conliftance à cette
qualité Aefoie, 6c afin qu'elle ne bourre pas en tein-
ture ; le poil eft défendu dans toutes les étoffes de
foie , & n'cft employé que dans la bonneterie,
La trame eft compofée de deux brins de/o/e grèze,
tordus légèrement comme le poil. Il y en a quel-
qu'une à trois brins, mais elle n'eft pas commune.
On donne encore le nom de trame à une certaine
quantité de brins ùefuie grèze, tordus enfemble fur
une machine difpofée pour cette opération , appel-
lée oval/e ; mais comme cette qualité de foie n'eft
propre que pour les bonnetiers , on ne la détaillera
qu'après avoir donné l'explication de la manière
dont on fabrique l'organfm.
L'organfin eft compofé de deux brins de foie grèze,
il y en a de trois & de quatre , mais les plus ordinai-
res font de deux brins. La préparation de cette qua-
lité de foie , eft bien différente de celle des autres ;
l'organlin ayant befoin d'une force extraordinaire ,
pour qu'il puiffe réfifter à l'extenfion & aux fatigues
du travail de l'étoffe dont il compofé la chaine,ou
toile, dans laquelle la trame elt paffée.
Il faut donc pour la compolition de l'organfin ,
que chaque brin de foie grèze dont il eft compofé ,
foit tordu léparément fur lui même, d'une force ex-
traordinaire , avec l'aide du moulin difpolé pour
cette opération. Ce tors , auquel on donne le nom
de premier apprêt^ & qui fe fait à droit , eft fi con-
fidérable , que félon la fupputation la plus exade ,
trois pouces de longueur du brin , préparé comme il
faut , auront reçu plus de 800 tours. Le règlement
de 1737. àonné ad hoc , ordonne , ^rr. /Oi?. de don-
ner au moins aux organfms , au filage , ou premier
apprêt , foixante points deffous , & quinze deffus ;
c'eft à-dire que le pignon qui conduit celui de la bo-
bine fur laquelle \vijoie le roule, à mefure qu'elle fe
travaille, n'ayant que quinze dents , & la bobine
un pignon de foixante , il faut que le pignon conduc-
teur faffe quatre tours pour en faire faire un à la bo-
bine, qui par conféquent tournant très-doucement,
donne le tems au brin deyo^e grèze de recevoir le
tors ou apprêt qui lui eft néceffaire ; de façon que ff
le pignon de quinze dents en avoit trente , & celui
de la bobine loixante à l'ordinaire , le brin n'auroit
pas tant de torb ou apprêt , parce qu'elle ramalièroit
S O I
la /À/V plus vite , le n'.culin ne donnant que le tors
ordinaire, lequel n'augmente ni ne diminue qu'au pro-
rata du mouvement lent ou piompr qu'on donne à la
bobine.
Chaque brin étant préparé de la façon qu'on vient
de le dumontrer , il eft queftion de donner à l'organ-
fin le retors , ou fécond apprêt , pour le finir ;
il taut , pour parvenir à cette Itconde opération, dou-
bler , ou joindre enfemble deux brins de la/wV pré-
parée comme il a été dit ci-deffus , & lorlqu'on a le
nombre de bobines néctflaires, on les remet fur le
moulin , pour leur donner le tors néceffaire, c'eft ce
qu'on appelle charger le moulin ; avec cette différen-
ce , que le iecond tors n'emporte que la dixième par-
tie du premier ^ puilque l'article du règlement qu'on
a déjà cité, ordonne que les organfins gros feront
retordus tant lur tant , ou point fur point : ce qui
fait un quart de différence pour le mouvement , &
que dans cette féconde opération , au-lieu d'une bo-
bine pour ramafler le fil, dent la circonférence eft or-
dinairement de fix pouces leulement , ici c'eft un
dévidoir , auquol les artiftes ont donné le nom Hhaf-
pk , tiré de l'allemand, afpUn^Aont la circonférence
eftde quinze pouces environ ; ce qui faifant ramaffer
ou dévider Id J'oie plus vite, ne donne qu'un tors très-
léger dans cette féconde préparation. ( Art. 10. du
règlement de Piémont , concernant le mouUnagc des
foies , du 8 Avril 1724. )
11 taut oblerver que les bobines pour le fécond ap-
prêt, tournent à gauche , parce que fi on les faifoit
tourner comme dans le premier , la foie tordue une
féconde fois dans le même fens , ayant reçu un tort
confidérable , fe frilèroit d'une telle façon , qu'il fc-^
roit impoffible de l'employer ; de forte que les deux
brins tordus & préparés comme il vient d'être dé-
montré, ces deux brins paroiffant n'en compofer
qu'un , forment le fil d'organfin.
Les organfins à trois ou quatre brins , reçoivent la
même préparation que ceux à deux brins , pour le
premier & fécond apprêt ; avec cette différence ,
que pour faire un organfin à trois brins , il faut dou-^
bler ou joindre enlemble trois brins, fur une même
bobine ; pour un organfin à quatre brins , on en joint
quatre , enluite chargeant le moulin , on leur donne
le fécond apprêt , comme aux premiers.
11 refte ;\ oblerver que quoique le moulin ne tourne
que d'un même côté, qui eft à gauche , néanmoins
un feul moulin peut faire toutes ces qualités àe foies.,
qui viennent d'être décrites , quoique les bobines
foient de nécelfité de tourner à droit & à gauche , la
difpofition des moulins étant de façon que les parties
qui frottent contre les fuleaux qui foutiennent les
bobines , ont leur mouvement en dedans pour le
premier apprêt , & en dehors pour le fécond ; c'eft
une des phrs grandes perfedions des moulins , à la*
quelle les Piémontois ont donné beaucoup de hiftre*
Un expliquera ces différens mouvemens , en détail-
lant toutes les parties du moulin.
La foie ovalée reçoit une préparation femblable à-
peu-pres , à celle de la trame , avec cette différence,
qu'au lieu de deux ou trois brins de foie grèze feule-
ment, qui compolent cette dernière qualité, la pre-
mière eft compofée de huit , douze , & quelquefois
feize brins ; mais comme cette qualité de foie n'eft
propre qu'aux bonnetiers , attendu qu'une étoffe ne
doit recevoir dans la confeétion , qu'une certaine
quantité de brins de trame , quantité proportionnée
au deffein , ou à fa réduft ion , ou à la groffeur de
l'organfin , dont la chaîne eft compofée; on ne pour-
roitpas faire une étoffe parfaite , fi on y employoit
une qualité de foie dont les brins ne pourroient pas
être diminués ou augmentés , comme il arriveroit
avec la foie ovalée.
L'art. 1. du règlement du mois de Février 1672^
I
s O !
qui permet aux maîtres bonnetiers de la vlîle âc Pa-
ris , de faire des bas au moins à quatre brins de tra-
me , pour l'afiîle qui forme la maille , ayant donné
lieu à des abus coniidérabies , en;/;ë que les fabri-
quans , pour faire des bas légers , âvoient trouvé le
moyen d'employer des trames très-fines , ce qui
rendoit les bas défectueux , il fut ordonné , par ar-
rêt du confeil , du 30 Mars 1700. art. 4. qutles foies
préparées pour les ouvrages de bonneterie , ne pour-
roient être employées en moins de huit brins ; ces
lîuit brins pouvoicnt être de trame ou de poil indif-
féremment , mais néanmoins de foie travaillée au
moulin ; mais comme les Jbia di cette elpece fai-
foient revenir le bas plus cher qu'il n'efl aujourd'hui,
attendu les frais du devidage & du doublage , les
fabriquans de bas de Nîmes îk de Lyon , inventèrent
L'ovale , qui ell en ufage dans tcu: le royaume , ex-
cepté à Paris, afin que la modicité du prix de cette
marchandife , qui n'eft pas moins de 25 à 30 fols cha-
que paire, donnât lieu à une plus grande confom-
mation.
Pour rendre plus intelligible la différence de la
foie ovalée , d'avec la trame ou le poil , quant aux
frais, il cil bon d'obferver que , fuivant l'ancienne
méthode pratiquée dans les provinces , lorfque la
trame ou le poil étoient teints , il falloit les faire dé-
vider , ce qui couîoiî des frais affez confidérables ;
le déviJage étant fait , il falloit enfuite doubler , ou
joindre enfemble la quantité de fils dévidés , qui dé-
voient compofer ralîife;îoutes ces opérations faifoieut
revenir cette matière plus chère ; le doublage , en
unifiant les fils, qui ne pouvoient être au-deflbus de
huit brins , leur donnoit une elpcce de tors , pour
l'employer plus facilement, il falloit encore que les
^/e5 trame, ou poil , eufî'ent été travaillées au mou-
lin , ainfi qu'il a été démontré dans l'article du mou-
linage, ce qui augmentoit les frais de la préparation ;
aujourd'hui l'ovale épargne le m.oulinage , le devi-
dage en entier , &le doublage en partie, parce que
l'ovale étant une imitation du doublage , une ouvriè-
re , ou ouvrier feul , en faifant autant que feize ,
félon l'ancienne méthode , le payement qui fe fait
pour une icmblable préparation , ell équivalent à la
proportion du travail.
On a dit que h foie ovaiée ctclt un affemblage de
huit, douze , même juKni'à feize brins de foie grèze ,
fuivant la qiK-ilité de l&j'oie , ou le poids qu'on veut
donner au bas ; cette foie , ou ces brins font préparés
comme la traîne , c'eft-à-dire tordus légèrement en-
semble lur eux-mcir.es , & doivent compoler la moi-
tié de l'aflile , qui par fa grofleur eft dévidée fi aiic-
ment , que les frais n'en font pas comptés , & c'efi:
la feule préparation dont elle a befoin ; dans cette
opération le trouvent renfermées le moulinage , le
devidage , & la partie du doublage , bien différent
■de l'ancien.
Lorfque la foie cft ovalée , on la donne au teintu-
rier pour lui donner la cou leur defirée , &: lorfqu'el-
le cfi: teinte , comme on vient de dire qu'elle ne
compoioi'L que la moitié de l'afiife , on joint enfem-
ble les deux fils de foie ovales , & les repaffant fur
l'ovale, comme le premier , ces deux fils paroifiant
n'en compofer qu'un , forment Talfife emiere , pro-
pre à la fabrication du bas.
Outre la propriété de l'ovale à concourir à la di-
minufjon des frais pour préparer layè/V, elle en a en-
core une pour le mélange des bas ; par exemple li on
veut tiiire un bas mélangé gris de maure , &: gris clair,
on fait teindre lui fil de chacune de ces deux cou-
leurs , on les double eu joint enfemble , 6c les re-
paffant fur l'ovale, le tors que cette machine donne
à CCS deux fils , quoique léger , efl fi jufle que le mé-
lange le trouve parfait dans la fabrication du bas ; de-
là vient q_ue dans le ir.élan^e des bas de Nîmes ,
SOI 279
Lyon , &c. on ne voit point des barres brunes ni
des barres claires , mais un mélange fi régulier, qu'il
n'cft pas poffible de faire mieux.
Outre cette perfedion de l'ovale , îl en eft encore
une dans cette m.ême machine , qui n'efl pas moins
eifentielle que la précédente. Le fabriquant qui fait
ovaler fa Joie , fait jufqu'à un pouce la longueur de
fon écheveau , & la quantité qui lui efl néceflaire
pour la quahîé ou longueur du bas qu'il fe propofe
défaire , de façon que, comme il arrive très-fouvent
que le teinturier charge la/oie de drogues , pour ren-
dre le poids de lafoie , en conformité des reglemens
6c de i'ufage , retenant de fon côté une partie des
échev.eaux,il arrive que la longueur déterminée &
juile de l'ovale , met le fabriquant de bas à l'abri de
cette £-aude , parce que étant ovalée teinte , elle doit
avoir la même longueur que lorfqu'eile ne l'étoit pas,
& que quand même le poids fe trouveroiî dans la
partie rendue par le teinturier, fi la longueur n'y
étoit pas de même, la fraude feroit trop vifible.
Pour rendre fenfible la façon dont on peut mefuref
la longueur du fil ovale, il n'efl befoin que d'exami-
ner Thafple , ou dévidoir, fur lequel fe forment les
écheveaux ; au bout de l'axe, ou arbre du dévidoir,
efl un pignon de qu3tre dents , qui Cx-grene à une
roue de vingt-quatre , de façon que tous les fix tours
du dévidoir , la roue en fait un ; au centre de cette
même roue efl attaché un autre pignon de quatre
dents , qui engrené à une féconde roue de quarante ;
tous les dix tours de la première roue , cette féconde
en fait un ; combinez le mouvement de l'hafple , avec
celui de la première & féconde roue , il arrivera que
toutes les fois que cette dernière fait un tour, le de-
vi.ioir en fait foixante; la chofe efl claire ; au centre
de cette féconde roue , efl un axe de quatre à cinq
pouces de longueur , & de trois ou quatre lignes de
diamètre , fur lequel fe roule une corde fine , au
bout de laquelle efl attaché un poids de trois ou qua*
tre onces , afin de la tenir tendue ; lorfqu'on veut
favoir combien de tours le dévidoir a fait, il n'efl be-
foin que de coinpter les tours de la corde , fur l'axe
de la féconde roue , 6c multiplier ces mêmes tours
par foixante , le produit donnera jufle la quantité
ûcs, tours du dévidoir j par exemple , dix tours de la
petite corde , multipliés par foixante , donneront
fix cens tours du dévidoir , &c.
Toutes ces perfeélions établies de l'ovale , n'em-
pêchent pas qu'il n'y ait une imperfeftion bien mar-
quée dans le bas fabriqué avec les fecours de cette
machine , pulfque le règlement concernant la manu-
facture de cette marchandii'e , en défend I'ufage à Pa-
ris, oii il n'eil permis de fabriquer des bas qu'à tra-
me diflincle ; c'efl le terme des fabriquans de Paris»
Il s'agit d'établir la différence qui fe trouve dans le
bas fabriqué avec de la foie ovalée, d'avec celui qui
l'cfl à trame diflinéle.
La façon dont on a démontré la préparation de la
foie ovalée , efl bien différente de celle de la trame
ou du poil. Dans cette première, tous les brins de
/o/Vgreze font préparés enlémble : & dans la fécon-
de , ils font préparés ou deux enfemble , comm.e la
trame , ou unfeul, comme le poil. Or il réfuice de
toutes ces préparations différentes , qu'il n'efl per-
fonne qui ne convienne que <^ brins de trame prépa-
rés féparement, auront plus de confiflance & plus
d:.' pcrfeciion que 1 6 brins , de la même manière pré-
parcs tous enfemble ; conlcquemmcnt qu'un bas fa-
briqué à trame diflindc, acquerra plus de brilLuit &
plus de qualité qu'un autre fabriqué avec de la trame
ovalée. Il efl encore à remarcjuerquc h un bas fabri-
qué avec de la foie ovalée , lé trouve au lortir de
1 apprêt avoir un nœud à l'endroit , il faut néceflaire-
ment le couper pour ôter cette difformité ; or on
foutient qu'il n'cft pas poffible de couper un n^vud
iiSo
S O I
de h foie ovalce , qu'on ne coupe l'afTife du bas , ou
au-moins la moitié , conféquemment que la maille
nV'chappe totalement , ce qui ne {iUiroit arriver dans
un bas tabriquc à trame dillinde , où un nœud de la
joie coupée , ne compolant que la huitième partie de
l'affile , les leptieme & huitième reftantes auront
toujours alfez de force pour Ibutenir la maille.
Enfin l'invention de l'ovale n'a été établie &c to-
lérée en France, que pour faciliter le commerce avec
retrancher. Les Anglois nous ont indiqué cette ma-
chine , nous aurions la mauvaife grâce de leur lailfer
faire impunément ce commerce , tandis que nous
pouvions les imiter : on n'empêche pas à Paris d'o-
valer des trames &C des organfins ; mais dans ce cas,
l'ovale n'étant qu'une double préparation , qui au-
gmente la perfeftion de cette marchandife ; la con-
Ibmmation qui fe tait dans la ville étant plus que luf-
fifante pour occuper tous les maîtres bonnetiers qui
y font établis; il n'eft pas furprcnant fi les bas y font
plus chers qu'en aucune ville du royaume, & fi leur
prix excelTif empêche la confommation qui pourroit
en être faite chez l'étranger. Ce qui n'empêche pas
néanmoins que les connoiffeurs n'accordent la pré-
férence à qui elle eft due , quant ù la qualité , puil-
qu'on a vu des fraudeurs marquer impunément des
bas fabriqués à Lyon avec un faux plomb de Paris ,
ce qui a occafionné le règlement du lo Juillet 1743 ,
qui concerne la bonneterie.
Explication du moulin à filer la foie. La planche
marquée A repréfente un moulin à trois vargues ; on
appelle vargues chaque rangée de bobines &L fu-
feaux ; il. y a des moulins en Piémont à 4 & 6 var-
gues, mais les plus ordinaires font à 4 ; favoir, trois
vargues pour le premier apprêt, & un pour le fécond,
attendu que ce dernier fait autant d'ouvrage (^ue les
deux , même les trois autres , ainfi qu'il a été expli-
qué dans la defcription du moulinage des foies. Il
fera encore à-propos d'obferver que le vargue du
bas du moulin qui donne le fécond apprêt aux organ-
fins ou le retordement , peut aufli faire des trames.
La partie rembrunie de l'intérieur du moulin eft un
âflemblage de pièces de bois de la largeur d'un pou-
ce & plus , montée en forme de chaffis , de figure
ronde, comme la figure du moulin , laquelle tour-
nant fur un pivot par le fecours d'un homme , de
l'eau ou d'un cheval , donne le mouvement à toute
la machine. Il n'a pas été poffible de décrire cette
partie intérieure , parce qu'elle auroit fait difparoî-
tre les principales, qui compofent toute la machine
entière.
La lettre J repréfente le bâtiment du moulin ; 5,
la partie intérieure qui tourne ; C, des pièces de bols
appliquées fur la partie tournante , en forme de vis
fans fin , appellées/eT^^J , pofées diagonalement fur
cette même partie , lefquelles paflant deffous les
branches des étoiles marquées D , les font tourner
régulièrement, de façon que lorfqu'une ferpe a élevé
en tournant une branche de l'étoile ; celle qui lui
fuccedeparfapofition , prend celle de deffous, &
fucceffivement elles fe reprennent les unes & les au-
tres ; E , pièce de bois faite en forme de croix , at-
tachée folidement à la partie tournante , mobile dans
la croifée , garnie de peau , dont le frottement contre
les fufcaux leur donne le mouvement en dedans, &
à droit dans les deux vargues fupérieiirs , & à gau-
che dans le vargue inférieur , ainii qu'il eft démon-
tré par la figure ; F, roue qui donne le mouvement
au va-&-vient , ou efpece de cercle fur lequel font
pofés des fils de fer courbés , en forme d'anneau , fer-
vans de guide au fil qui fe roide fur les bobines mar-
quées C, te qui les fait porter d'une extrémité inté-
rieure à l'autre , & les fait croifer par Cette variation,
régulière & néceffaire pour faciliter le dévidage de
Xà'jeu filée , quand il eft queftion de la doubler pour
S O I
lui donner le fécond apprêt ; /f , le petit cercle de
bois;/, les fils de fer recourbés; L , fupport des
étoiles ; A/, étoile ou pignon , qui donne le mouve-
ment aux bobines G , dans les deux vargues fiipç-
rieurs , & aux dévidoirs iVdu vargue inférieur; O
bobines pour filer \dfoie , qui tournent à droite ; P ,
bobines pour donner le retordement ou fécond ap-
prêt , qui îounrtnt à gauche ; Q , coronaire ou cou-
ronne à laquelle eft attaché un fil de fer R , qui faci-
lite le de vidage de h foie qui eft fur les bobines ; «S,
les fufeaux ; T, petits verres dans lefquels entre là
pointe des fufeaux, appelles par les Piémontois car-
cagnolcs ; /^, pivot de la plante du moulin; A^, ar-
bre du moulin , qui avec l'arbre X du dévidage , né
doit compoier qu'une feule pièce. Lorique les mou-
lins tournent à l'eau , ou avec des grandes roues gar-
nies de deux hommes , & qu'il fe trouve pluficurs
plantes de moulin qui doivent tourner par un feul
mouvement, la partie X du moulin eft environnée
d'une roue à cheville marquée Y, laquelle, par le
moyen de la lanterne aa , attachée à l'arbre delà
grande roue à l'eau ou à hommes , donne le mouve-
ment au moulin. Et lorfqu'il fe trouve plufieurs plan-
tes , la communication du mouvement fe fait de l'une
à l'autre plante , de la même façon qu'il eft marqué
dans celle-ci.
La planche marquée B repréfente le devidage des
foies fur les bobines , pour les mettre fur le moulin.
Ces de vidages doivent être de 400 tavelles ou dévi-
doirs pour les moulins à 3 ou 4 vargues , & à -pro-
portion fuivant la quantité de plantes de moulin , ce
qui n'empêche pas qu'on ne falfe dévider à des ou-
vrières avec la main pour fuppléer au défaut du de-
vidage. La foie dévidée avec les tavelles eft la môme
qui iort de defllis le tour à tirer la foie , appellée
communémentyè/e gre^e.
Il eft inutile de donner la dénomination des roueis
à chevilles &i à dents , de même que des lanternes ,
qui font les mêmes , le mouvement étant très-bien
indiqué , il ne s'agit que de faire remarquer les prin-
cipales opérations de ce devidage ; A ^ roue qui don-
ne le mouvement à toute la machine ; B , roue à
couronne , laquelle, par un excentrique qui lui eft
attaché , conduit le va-&-vient marqué C , où font
placés les guides qui font varier le fil fur les bobines
D , afin de faciliter le devidage de la foie ; E , roues
de bois dans le canon defquelles eft paffé quarrémeirf
une tringle de fer de longueur , pour qu'elles tour-*
nent toutes enfemble , 6c par leur frottement à la
noix F, dans laquelle eft pafte immobilement une
broche de fer qui entre dans la bobine D , elles font
tourner les bobines qui appuient par la noix de la
broche fur les roues E très-légerement , ou par leur
propre poids, de façon que quoiqu'un fil de l'éche-
veau qui eft lur les tavelles retienne , les roues ne
cefi'ent point de tourner, fans néanmoins cafter le fil;
G , tavelles ou forme de dévidoir ; H , petits poids
attaché à un cercle de la noix de la tavelle pour la
fixer ; K , banque ou partie qui foutient tout le de-
vidage; L , petites roulettes qui foutiennent la lame
du Vd-6i. vient.
Il eft à obferver que les moulins feuls , comme
celui dont nous donnons la defcription , tournent au
moyen d'un homme , qui eft deflbus dans la partie
intérieure de la machine; & lorfqu'il fe trouve qua-
tre ou cinq plantes de fuite , li on fait tourner par
le fecours des hommes , on les met dans une grande
roue qui communique par fon arbre à celui du mou-
lin , à la grande roue duquel engrené un autre arbre
pofé horilbntalement, qui communique à une autre
plante , & fucceirivement par la môme continuation,
îorfque l'eau fait tourner lefdits moulins. On a vu
jidqu'à 18 plantes de fuite , qui ne rece voient leur
mouvement
s O I
mouvement que d'une feule roue à l'eau, qui pro-
duit Je même eifet que celle à homme.
Explication de l'ovale. A bâtiment de l'ovale. B
affiette de l'ovale. 6 manivelle pour donner le mou-
vement. D grande roue fur laquelle eftpaHee la cour-
roie qui embraffe les fufeaux pour les faire tourner.
E la courroie. F poulies en foi^me de bobines pour
foutenir la courroie & la faire joindre aux fufeaux.
G petite affiette qui foutient les fiches qui tiennent
les fufeaux. i/les fufeaux. /verres dans lefquels en-
tre la pointe des fufeaux pour tourner fur eux-mê-
mes. À les bobines. £ le coronaire fur lequel eft pafle le
fil de fer qui conduit les brins, & qui d'un côté facilite
le de vidage de la bobine. M les fils de foie. N chaffis en
forme d'ovale pour conduire les fils fur le dévidoir.
O anneaux dans lefquels les fils font paffcs. P dévi-
doir fur lequel fe forment les écheveaux. Q pignon
qui fait tourner une roue R , à laquelle eft attaché
un excentrique qui fait mouvoir la branche S du
chaffis, pour faire varier les fils qui forment les éche-
veaux , afin d'en faciliter le devidage. 7" roulette fur
laquelle eu. pofée un côté de la branche S pour en
rendre le mouvement plus doux, f^ roue à chevilles
qui donne le mouvement à la roue JT, à l'arbre de
laquelle eft attaché un pignon Y, qui engrené avec
le pignon Z , attaché auffi à l'arbre du dévidoir, ce
qui compole le mouvement de toute la machine. A
l'arbre de la roue à chevilles -ST, & en-dehors du
montant / , eft attaché im pignon 2 , qui ne peut pas
être vu , qui engrené à la roue J ; à cette même
roue eft un autre pignon qui ne paroît pas , lequel
engrené dans la roue 4, à l'arbre de laquelle efi: un
autre pignon qui engrené à la roue i , ce qui com-
pole le mouvement qui indique le nombre des tours
du dévidoir. A la roue i , eft une cheville 6", laquelle
prenant la queue du marteau 7, pour le faire frapper
fur la cloche 8 , avertit qu'elle a fait un tour, confé-
quemment que le dévidoir en a lait un nombre pro-
portionné, & à la quantité de dents dont fontcom-
pofées les roues de ce mouvement, & à la quantité
de celles des pignons. A l'arbre de la roue i , & hors
de la machine , eft un petit effieu long de 4 à 5 pou-
ces , fur lequel fe roule une corde mince, à laquelle
eft fufpendu un petit poids qui indique les tours de
cette roue , par conféquent ceux du dévidoir , en
comptant les tours de la corde fur cet eflieu. Quel-
ques perfonnes fe fervent de cette façon de compter,
d'autres ne s'en fervent pas, & marquent les coups
de la cloche ; cela eft arbitraire.
E xtrait du règlement publié à Turin , par ordre de S.
M. le roi de Sardaigne , concernant le tirage & le fi-
lage des foies, le 8 Avril lyi-^.
Règles pour la filature des cocons. ARTICLE I. Qui-
conque voudra tenir des filatures de quelque qualité
à&fioie que ce puifie être , perlonne n'étant excepté,
fera tenu chaque année , avant que de commencer
le tirage , d'en faire la déclaration ; lavoir , celles
qui le feront dans les fauxbourgs de la ville de Tu-
rin & fon territoire , à l'office &: entre les mains du
lecrétaire du confulat , qui iera obligé d'en tenir un
regitre à part ; & celles qui fe feront dans les autres
villes , terres & lieux indépendans , à l'office du ju-
ge de l'ordinaire ; & chacun fera en telle occafion
fa foumiffion entre les mains des fecrétaires refpec-
tifs du confulat ou de l'ordinaire, d'obferver ou faire
obferver les régies ou articles ci-delVous écrits , lous
la peine de perdre ies foies filées ou leur valeur, mê-
me à défaut d'avoir fait ladite déclaration ou fou-
miffion.
L'ordinaire qui aura reçu lefdites déclarations ,
fera tenu de les remettre à l'ofiice du conlulat de
Turin dans la quinzaine , à compter du jour qu'elles
auront été faites , à peine de payer de f.s propres dc-
Tome JCr.
SOI
281
nlers les vacations du commiftaire que le magiftrat
feroit obligé d'envoyer fur les lieux pour les retirer.
Le fecrétaire du confulat de la ville de Turin fera
obligé de tenir un regiftre à part defdites déclarations.
Les iufdltcs déclarations feront faites par les pré-
pofés ou maîtres auxdites filatures , & non par les
propriétaires d'icelles , qui feront néanmoins tenus
de répondre civilement pour leurs prépofés.
Obfervation fur les articles de ce règlement. L'obli-
gation impofée fur le premier article de ce règlement
à tous ceux qui voudront entreprendre de tenir des
filatures de foie, ou faire tirer des quantités confidéra-
bles de cocons, pour les faire filer enfuite fur leurs
moulins, afin de faire des organfins fuivis & égaux, ne
concerne pas feulement de fimples particuliers ou né-
gocians ; elle concerne encore les perfonnes les plus
diftinguées de l'état , foit par leur naiflance , foit
par leurs emplois , qui ont tous des filatures con-
îidérables , comme faifant la plus grande partie
de leurs richeftes ; c'eft pour cela que les feuls
prépofés aux filatures font aflujettis à faire les dé-
clarations inférées dans le premier article , qui n'ex-
clud pas néanmoins les propriétaires de la peine im-
pofée aux contrevenans,puiiqu'ils font tenus d'en ré-
pondre civilement en cas de contravention. Elle fert
encore à faire reflbuvenir les mêmes prépofés de la
néceffité où ils doivent être de fe conformer à tous
les articles-du même règlement , pour parvenir à la
perfedion fi néceflaire du tirage & du filage des foies;
&C à donner connoiflance aux juges du confulat , ti-
rés en partie de la noblelTe , des Ue'ux où font les fi-
latures , afin que les commis qu'ils ont foin d'y en-
voyer de tems-en-tems , puiflent plus facilement
faire leurs vifites , pour enfuite en fournir leur rap-
port par les procès-verbaux qu'ils font obligés de
dreirer,quoiqu'il ne s'y trouve pas de contraventions.
Le nom dtfilaturc eft donné aux lieux où le tirage
du cocon eft fuivi du moulinage de la/o/V, tant en
premier qu'en fécond apprêt ; de façon qu'au fortir
de la filature , elle foit préparée en organfin parfait,
& prête à être mife en teinture.
II. Toutes les filatures excédant trois fourneaux,
devront être conduites pendant le cours de leur tra-
vail par une perfonne capable d'en répondre audit
confulat , ou ordinaire du lieu oii réfidera le maître
de la filature , afin qu'il foit plus exaft à obferver les
articles fuivans du prcfent règlement , à peine de 25
écus d'or.
Obfervation. Ce fécond article fait voir que dès
qu'un tirage eft un peu confidérable, i! doit être con-
duit par une perfonne capable de répondre au con-
fulat de l'exafte obfervance du règlement. Il y a des
tirages de 20 à 30 fourneaux.
III. Pour filer lefdites foies , il faudra fèparer les
bons cocons d'avec les chiques , falouppcs & doup-
pions ; il faut enlever la bourre , & les filer féparé-
ment les uns des autres , en mettant dans la chau-
dière un nombre de cocons proportionné à la qualité
des foies qu'on doit filer ; 6»: la fileule Iera bien arten-
tlve à ce que les foies fe trouvent bien égales : le tout
i\ peine de 25 écus d'or contre le maître de la filature
ou fon prépoié qui s'y trouveront prélens , ou don-
neront leur conlentement à un femblablemé an2;e, &
10 livres contre la fileule pourchaquecont.avetition.
Ohfervation. Ce qui eft ordonné par cet article fe
pratique en plufieurs endroits de la France.
IV. Toutes lefdites yo/« ne pourront être filées
qu'à deux fils feulement , de manière qu'elles ne puif-
lent formor lur l'halple ou dévidoir que deux cche-
vaux , ayant loin tic faire croilcr Vsjotes fines &: fu-
perfines au-moins quin/e fois, ÔJ les autres qualités
un plus grand nombie de fois , i^ 'i-proportion de la
qualité de chacune ix' de fa grolfeur , lelquels croife-
m cns ne feront point taits quand le dévidoir tourne
Nn
2'8l
s O î
s o I
cIccUirant que toutes les fois que les cleux fils vie
tîront à le ioindre , cle manière que le Hl aille doul
icn-
j ^ que le hl aille double
(ut un leul cchevau , il fV.udra faire tourner l'halple
en arrière , juiquà ce qu'on ait trouvé le commence-
ment du doublage. Un iW feniblable doit demeurer
entre les dcuxécheveaux , pour former un lien qui
fervira à les attacher ; avec défenfe de le lervir d\ui-.
tre matière : le tovu fous les peines fufdites , outre la
perte de la Joie.
Ohftrvatlon. Ce quatrième article n'eft de confé-
qucncc qu'îi l'égard des croifcmens àcsjous. Il fe pra-
tique par-tout du plus au moins.
V. Toutes \cs foies préparées de cette façon , de-
vront être levées , bien purgées , nettes & égales,
félon leur qualité refpedive.
VI. Les chevalets fur lefquels feront filées les fuf-
dites foies , devront avoir les piliers éloignes de deux
pics tiprandi , z8 pouces les deux , l'un de l'autre ,
afin que du tour à la lame il fe trouve un tel éloif^ne-
ment , que les fils croilés comme il a été dit ci-de-
vant, puiflenî aller fur le tour plus fecs &i mieux
conditionnés : fous peine contre les maîtres des fila-
tures de %•) livres pour chaque chevalet qui feradif-
pofé différemment.
Oblïrv.uion. Ce fixieme article , qui ordonne que
les piliers qui fupportent le va-&-vi£nL ieront éloi-
gnés de deux pies liprandi de ceux qui foutiennent le
tour, détruit totalement l'ufage des machines nouvel-
lement inventées pour titer la/o/V : il faut le prouver.
La raifon de cet éloignement n'a d'autre objet que
celui de donner lieu à la fou de fe trouver fur le tour
ou hafple plus feche& mieux conditionnée. Or félon
le iyftème des auteurs des nouvelles machines , ils
prétendent tirer la/oze avec plus de célérité ; ce qui
ne lui donneroit pas le tems de venir fur le tour auiTi
feche &: auifi conditionnée que l'article l'exige ,mais
plus humide & plus baveufe, & le détaiiroit totale-
ment , fi la méthode étoit bonne : au lieu que fi l'ar-
ticle ell bon , il faut néceiTairemcnt que les nouvelles
machines foient détruites-; puifque plusla/oiij fe trou-
vera feche fur le tour , plus elle fera ailée à dévider,
ce qui eft précifément l'objet qu'on doit fe propofer.
Fide le mémoire envoyé à M. le Tourneur le i 5 Jan-
vier 1747; à M. de Montaran le i x Janvier idem.
Deux pies liprandi compofent 28 pouces pié de roi.
VII. Les tours fur lefquels fe fileront les fuiditcs
foies , ne pourront avoir plus de 48 onces de circon-
férence, ni moins de quarante ; obfervant néanmoins
eue tous les tours d'une filature foient d'une mefure
égale , fous les peines fufdites.
Obfervation. Les 48 onces de circonférence ordon-
nées par le feptieme article , qui font autant que 76
pouces, pié de roi , ne font pas d'une grande conlé-
quence pour le plus ou le moins ; mais il efl: d'une
conféquence extraordinaire que dans une filature tous
les tours foient égaux : il feroit même néceflaire que
tous les tours du royaume ne fuffent pas plus grands
les uns que les autres.
Yill. Les écheveaux ne feront point levés de defliis
le tour qu'ils ne foient bien fecs ; & pour cet effet
chaque chevalet fera pourvu de deux tours ; & ceux
qui feront doubles, de quatre , fous la peine fuldite.
Ohfcrvaiion. Ce qui eft contenu dans ce huitième
article., fe pratique prefque par-tout.
IX. Chaque flotte ou écheveau àe foie de la pre-
mière & féconde qualité , ne pourra être que de
trois à quatre onces pour le plus haut poids ; celle de
la troifiemeôiqviatrieme qualités pourra être depuis
iix onces jufqu'à huit , fous la peine fufdite.
Obfervation. A l'égard du poiJs des écheveaux men-
tionnés dans ce neuvième article, comme il fe fait
peu de foie de la première & féconde qualités, il n'cft
pas pratiqué.
X. /^près que chacune defdites flottes aura été le-
vée , elle iVrapllée à deux tours feulement , fans être
liée avec du fiil , cottée ou morefquée , faifant paflef
feulement une tête dans l'autre , de façon qu'on puilîe
reconnoître facilement fi elle aura été travaillée fans
fraude , 6c en conformité du préfcnt règlement; fous
la peine dite ci-dcHus.
Obfervation. Cette façon de tirer la foie de dclTus
le tour , contenue dans ce dixième article , n'efl fun-
plemcnt que pour examiner ia qualité.
XI. L'eau dcsbaliines fera changée au-moins trois
fois par jour , ayant foin de bien purger les cocons
de la morefque, afin de rendre la /o/V bien nette &
égale , &; fans aucune bave. Il faudra lever au-moins
une livre de morefque fur chaque rub de cocons, eu
égard à la qualité des fufdits cocons , fous ])cinc de
10 livres contre la filcaie , chaque fois qu'elle fera
trouvée en contravention.
Obfervation. Le changement d'eau dans les bafiines
efl très-utile pour donner à Xiifoic cette propreté qui
lui eil nécefiau-e. A l'égard de la bourre ou morefque
qui enveloppe le cocon , comme elle eft très-grofuere
en comparaifon de celle qui fe forme , il efl néceflaire
d'en lever au-moins une livre fur chac;ue rub , qui
vaut autant que z^ livres de notre poids.
XI(. Tout maître de filature fera tenu , à chaque
demande qui lui en fera faite par l'ordinaire du lieu, ou
par les commis du confulat de Turin , de donner un
état de la foie , des douppions , de la chique & de la
morelque , le tout dillinctement & féparément, fous
peine de 25 écus d'or.
Objeivation. La peine de 15 écus d'or attachée à
cet article , n'efl; précifément que pour favoir la quan-
tité & qualité des foies de chaque particulier , afin
qu'elles ne puifîent pas être vendues fans payer les
droits confidérables , qui ne fe perçoivent que fur la
foie œuvrée , trame ou organfin , c'eft-à-dire prête à
être mife en teinture ; ce qui fait qu'il efl défendu fous
des peines très-rigourcufes de fortir aucune/o/e gré-
zée du Piémont , ou qui ne foit travaillée.
Xin. Le falaire des fileufcs fera réglé à journées ^
& non à raifon de tant la livre de la/o/e qu'elles file-
ront ; ck en cas de contravention , le maître de la fila-
ture encourra la perte de toute la yo/e déjà filée , &
la fileufe celle de 20 livres , outre la perte de fon fa-
laire.
Obfervation. C'eft un ufage établi en beaucoup
d'endroits de France & d'Italie, de ne payer les fi-
leules de foie qu'à railbn de tant chaque livre , ce qui
tait qu'elles négligent la qualité pour s'attacher à la
quantité , & par conféquent laiflent pafTer toutes les
ordures occafionnées par les mauvais croifemens, qui
ne font négligés que pour avancer l'ouvrage , & ga-
gner plus par conféquent ; au lieu que dès que la fi-
leufe efl payée à journée , on a foin de la veiller , &
elle a foin de faire mieux.
XIV. Chaque fourneau devra avoir un conduit de
telle hauteur , qu'il empêche la fumée d'aller fur le
tour, à peine de 25 livres contre le maître.
Obfervation. Comme la fumée noircit \afoieS{ la
rend moins brillante , il efl néceflaire de donner au
conduit du fourneau une hauteur qui puifl'e parer à
cet inconvénient , très- préjudiciable à la vente.
XV. Les baffines ou chaudières devront être ova-
les , minces & profondes d'un quart de ras , envi-
ronnées d'une couverture de planches ,& les cheva-
lets pourvus de leur jeu néceffaire pour faire les croi-
femens de la foie jufle. Chaque jeu aura un pignon de
35 dents; la grande roue 25 ; l'étoile du tour & la
petite roue 22 chacune. Il faudra maintenir un ordre
femblable pour bien faire , défendant totalement l'u-
fage des chevalets de corde : le tout fous la peine
fufdite.
Sept tours de l'hafple donnent cinq tours au va-
&-vient.
Sept tours de celui de Rouviere , n'en donnent
qu'un.
s O î
ô î
ï^iiît tours de celui de Maiurjer , n'en donnent
qu'un.
Ohfefvaùon. La profondeur des baffines fixée par
l'article i 5 à un quart de ras , qui vaut cinq pouces
■& demi , pie de roi , eft lenfibie ; le mouvement du
chevalet n'eft pas de même , & il ne peut bien être
démontre qu'en examinant le travail , attendu Tinc-
galité du nombre de dents qui compoient les quatre
roues qui donnent le mouvement au va&-vient. Il
cl!: à oblcrver feulement que i'ufagc des cordes pour
les chevalets eil totalememt dtrendu , ce qui achevé
de détruire tous les chevalets qui en font pourvus.
Videlt mémoire envoyé à M. de Montaran le 1 2 Jan-
vier 1747 ; à M. le Tourneur le 1 5 dudit mois.
XVi. Chaque fourneau où fera filée \^.fo'u de pre-
mière & féconde fortes > fera pourvu d'un tourneur
ou d'une tourncufe habile, ou qui ait pratiqué , aux-
quels il fera défendu de tourner le dévidoir avec le
fié , à peii'.c de 5 livres.
Ohfervation. Ce feizleme article n'efl pas d'une
grande conféqucnce , parce qu'il n'eft pas difficile de
tourner comme il faut l'hafple ou dévidoir. Il démon-
tre feulement combien les Piémontois font fçrupu-
ieux pour parvenir à la perfeûion du tirage des Joies.
XVII. il ne fera point permis , à peine de ïo liv.
~si\x fileules , ni à qui que ce foit , de nettoyer h foie
fur l'hafple & hors de l'hafple , avec des aiguilles ,
poinçons ou autres , ce qui eil appelle vulgairement
aiguilUr la j'oie.
Obfervation. Rien de plus dangereux que de net-
toyer h. foie avec des poinçons ou aiguilles , qui la
coupent & la bourrent.
XVIIL Sous femblable peine il eft défendu de lif-
fer les flottes fur le tour ou autrement , avec de l'eau ,
iTiCme pure , ou autre forte d'eau ; elles doivent être
facttoyees feulement avec les mains , fans fe fervir
d'aucun autre ingrédient.
Objhrvction. L'eau pure donnant un brillant à la
.fhie , qui ne la ïqvA pas meilleure, & les autres ingré-
diens la chargeant , l'article 1 8 a pourvu aux autres
inconvéniens qui peuvent réfulîer de ces opérations
diâcrentes.
XiX. Toutes les faits qui , encore qu'elles fufîent
hors des filatures, fe trouveront en quelque îems que
ce foit , & à qui qu'elles puiffent appartenir , défec-
tueuies , n'étant pas filées ou travaillées conformé-
ment à leurs qualités , n'ayant pas obfervé la forme
&: les règles préférâtes ci-deiilis , tomberont irrérnif-
fjblement en contravention ; & outre les peines fuf-
dites feront, fur la reconnoifiance fommaire.préala'
bleraent faite de leurs défauts, brûlées publiquement,
fauf le recours du propriétaire comme ii avifera rai-
fonnableir.ent ; avec obligation au mrîrre fdeur ou
mouhnier de dénoncer les foies défeftueufes qui fe
rencontreront , & de qui il les aura reçues , fous
peine de 2^ ccus d'or contre le maître qui contre-
viendra au préfent rcglem.cut.
XX. A f égard des foies ordinaires d'itssfrgotines,
après que la réparation en fera faite d'avec les bonnes,
il faudra en faifant la battue tirer la morelque par le
haut de la baffine jufqu'à trois fois , à la hauteur d'un
demi ras au-nioins , aiin que h\ f>ie relie bien purgée
& nette ; ious peine par les contrevenans de payer
50 écus pour chaque livre de fie.
Obfervation. L'iirticle 20 ne concerne que les pe-
tites parties de foie faites par des particuliers , qui
3bnt appcUéesy^/fl^oW/ai, parce qu'elles ne font pas
deftinées pour des filages fuivis , par conféquent
très-incgales ; & quoique ccuxqui les tout tirer loieiu
alTujettis aux mêmes reglemers , néanmoins les diffé-
rentes qualités raficmblccs pour compofer un feul
ballot, forment toujours wn^: foie défetlucufe , at-
tendu qti'elle e(l tirée de pluficurs perlonnes dont le
tirage n'cfl pas luivi. C'eii. ce qui lé jaratique en Fran-
Tonie XK^
t^
ce , ou il y a peu d'organfm de tirage. On peut voir
là-deï]u5 le petit mémoire envoyé le 6 Juillet 1747. -à
M. de Montaran ; & à M. le Tourneur le 23 Mars
XÂî. Et pour plus grande obfervance de tout ce
que deiTus , le confulat & l'ordinaire des lieux feront
obligés relpcîlivement, dans les occafions ou tem$
des filatures , de vifiter & faire vifite^ , par des per-
fonnes eApérimcntées , les lieux où fe fileront lefditcs
foies , afin de prendre les informations des contraven-
tions qui pourront fe trouver, pour procéder & con*
damner les contrevenans aux peines ci-dcfîùs pref-
crites : défendant aux ordinaires ou autres auxquels
feroient commifes femblables vifites, d'exiger aucune
çhofe pour leurs vacations, finon en fin de caufe , &C
fur le pié qu'elles feront taxées par le confulat.
OLfcrvation. On peut comparer les vifites ordon'^
nées par rarti(4e 21 , à celles que font les Infpeiieurs
dans les manufaclures ; elles font très-fréquentes , ô£
produifcnt tous les effets qu'on peut defircr pour 1^
peifeclion des tirages.
Moulinlers au Fi leurs de foie ., règles q-aîls doiPenjl
obfervcr. Art. PREMIER. Quiconque voudra travail-
ler du métier de moulinier ou fileur de foie, ne pour-
ra , à peine de 50 écus d'or , ouvrir ni tenir bouti-
que dans les états de S. M. en-deçà les monts, ni feur
lement exercer cet art en qualité de maître, qu'il
n'ait en premier exercé comme garçon de boutique ^
en qualité d'apprentif, l'cfpace de fix années; & fuc-»
ccuivement travaillé trois autres années en qualité dé
compagnon , & s'il n'efl jugé capable par les fyndics
de l'univerfité dudit art , & admis pour tel par lé
confulat; poiu- laquelle approbation & admilfion j,
perfonnc excepté , il payera à l'univerfité fufdite zc»
iivres , pour être employée à fon ufage ; feront feu»
lement cxemts d'un tel payement, les fils des fufdit»
maîtres ; & aucun maître dans ledit art ne pourra
prendre , à peine de 50 livres , un apprentif pour uii
moindre tems que celui de trois années , lefquelles
expirées , & ayant ainfi travaillé fans aucime nota*
ble interruption, il lui fera expédié par le maître un
certificat de bon fervice, avec lequel il puiffe conti-
nuer les autres trois années d'apprentiffage , 61 les
trois autres en qualité de compagnon , avec qui boa
lui fcmblera , pourvu que ce foit dans les états dé
S. iM.
II. Chacun de ceux qui voudra travailler en qua*
lité de compagnon , fera tenu en premier lieu dé
faire foi de fon bon fervice, pardcvant les fuldit»
fyndics , qui après l'avoir reconnu , en feront foi ad
pié dudit a6fe ; défendant expredément à qui que ce
foit de prendre aucun compagnon, fans avoir véririé
fi l'afte fufdit efl en bonne forme , à peine de 5<i
livres.
III. A l'égard des ouvriers étrangers , ils ne pour-
ront avoir boutique , s'ils n'ont premièrement tra-
vaille dans les états de S. M. en qualité de C()nv>a-
gnons pendant trois années , en juftifiant qvi'ils lonÉ
catholiques, à peine de 50 écus d'or. Le confulat
pourra cependant abréger ledit tems , félon la capa-
cité qui ijéfultera defdits ouvriers , faifant cependant
fubir ck approuver un examen par les m>ûtres où ils
auront travaillé précédemment ; &L dans le cas où il
fe trouvera preuve de leur capacité , ils feront tenus
de pay.:r au bénéfice de Tuniverfité les 20 livres
flifdites.
IV. Les compagnons ne pourront prendre congé
des maîtres , ni ceux-ci le leur donner , s'ils ne fp
font avertis qifui/.e jours auparavant ; lequel x.cm^
expiré, auquel ils le feront réciproquement obliges ,
excepté néanmoins qu'il ne fe trouvât quelqae cas
ou motif légitime de fufiilant , .\ peine de dix livres ,»
applicables un tiiers au iUc^un autre tiers au urolit «li»
ÎS II ij
184
s O I
ladite univcrfitc , ôc l'aiure à celui de riiôpital de la
chanté.
V. Les fyndics dudit art feront obliges , toutes les
fois qu'ils en feront chargés par le confulat, ou par
i'ordinalrc de leur département où le trouveront
établies des univcrlitcs iemblables , d'aller en vifite
dans les mailbns & bâtimens des fileurs , pour re-
connoître fi les foies feront travaillées en conformité
des aniclcs du règlement ci-deffous cités , & les
maîtres Hleurs &C maîtres defdits fileurs feront obli-
gés d'ouvrir les maifons , boutiques , bâtimens 6c au-
tres lieux où il poiirra fe trouver des foies , fous
peine A quiconque y contreviendra , de 50 livres
applicables comme cl-defliis.
VI. Le maître ne pourra prendre aucun compa-
gnon ou ouvrier qui aura déjà travaillé dudit art chez
un autre maître , fi premièrement il ne fait pas foi du
certificat de bon Icrvice du maître précédent en due
forme , fous peine au fufdit maître de 25 livres ap-
plicables comme ci-defTus , laquelle peine aura éga-
lement lieu contre le maître qui auroit refiifé fans au-
cune caufc un certificat femblablc.
VII. Tout maître fileur lera tenu de rendre au
propriétatre de la foie^ la même qui fera travaillée ,
contormément à la facture , & fous la dédudion du
déchet , qui fera payé comptant fur le prix dont les
parties feront convenues, avec la faculté avant de
la rendre ou de la recevoir , de la faire conditionner
félon les règles expliquées ci-defibus , & il fera éta-
bli un lieu pour ladite condition , en quel cas de
vente que ce loit , tant pour hi foie greze que pour
celle qui fera œuvrée.
VIII. Il fera pour cet effet delliné un lieu public ,
commodément difpolé , fous la garde d'une perfonne
refponfable , prépofée par le confulat , laquelle ,
auffi-tôt que h foie fera pefée en préfence des parties
&c la note prile , l'expofera à la condition , félon
l'inftruûion qui lui fera donnée par le même confu-
lat pendant vingt-quatre heures, & fans feu , dans
les mois de Mai , Juin , Juillet oc Août ; & dans les
autres huit mois , pend-uit quarante-huit heures , avec
un feu modéré & continuel fous la cheminée,moyen-
nant lalaire compétent que le confulat taxera , & qui
fera payé par celui qui requerra la condition fuf-
dite , fuivant laquelle , s'il efl; reconnu que h foie ait
produit plus d'un & demi pour cent de diminution ,
la condition fera réitérée aux frais du vendeur , ou
du maître fileur , jufqu'à ce que îa diminution dans
la condition réitérée n'excède pas un & demi pour
cent , avec déclaration que dans le cas où il s'éleve-
roit quelque contcllation entre les parties , pour fait
des foies qui auroient été conditionnées dans un au-
tre endroit hors celui-là , du confentement des par-
ties , il n'y aura aucun lieu pour le recours fur la dif-
férence du poids qui pourroit fe trouyer.
IX. Et pour éviter toutes les fraudes qui pour-
roient ie commettre, il efi: cxpreflement défendu aux-
dits maîtres nleursô^ autres marchands, de faire met-
tre k's foies pures avec celles de douppion, chiques ,
baves & fleuret , ni aucune de ces qualités avec l'au-
tre , chaque forte devant être travaillée féparément ,
fous peine de cent livres payables par le contreve-
nant, laquelle fomme fera également payée par le
maître fileur qui travaillera ou tiendra les foies ex-
pofées en quelques places où 11 y auroit des fenêtres,
ou autres ouvertures relatives &près des écuries ou
du fumier , ou qui en quelque autre façon donne-
ront aux foi::s des m.oyens pour en augmenter le
poids , outre la peine majeure , laquelle fera arbitrée
par le confulat, fuivant l'exigence des cas.
X. Tous les moulins de vingt hafples inclufive-
ment & au-deflTous , devront avoir les fcrpcs divifées
en douze parties 6c pas davantage. L'étoile des tra-
claes , ou hafples , ou dévidoirs , fera de 60 dents
S O I
dans toutes les plantes , & les petits demi-cercifs ou
roues des plantes , depuis 24 trachcs inclurivcmcnt
jufqu'à celles de 20, devront être pour le moins de 8
bobines ; fi c'efi de 18, de 9 bobines; 6c û c'efi de 1 6
6c au-dcllbus, de 10 , avec une défenfe Ipoclale de le
fervir detrachesde neuf dents. Les fulcaux feront
maintenus bien droits , & les verres changés , 6c les
coronaires bien difi^olées , afin qu'on puifié faire la
perle bien lerrée , 6c les hafples qui fervent au mou-
lin à tordre les organfins , feront tous de neuf onces
de tour à jufie melnre , 6c ceux pour les trames fem-
blablement de neuf onces & demie, afin que toutes
les fois qu'on lèvera la /ô/e de delîiis les lufdits haf-
ples , elle fe trouve toute d'une mefure égale. Les
propriétaires des filatures qui n'auront pas les mou-
lins conformes audit règlement , feront tenus de les
rendre juftes dans l'efpace de deux mois; le tout à
peine de 50 ccus d'or ; laquelle peine fubiront en-
core les maîtres qui travailleront dans des moulins
qui ne feront pas conformes ou réduits à la règle
lufdite.
XI. Tous les organfins, tant fuperfins que de la
féconde 6c troifieme fortes, feront cappiés toutes les
huit heures ; & à l'égard des trames , lefquelles ne
pourront être à moins de deux fils , toutes les quatre
heures de travail , fous peine de 5 livres payables
par les compagnons.
XII. Les matteaux des organfins devront être à
l'avenir d'un tel poids , qu'il n'en entre pas moins de
huit ou dix par chaque livre , & plies de façon qu'ils
ne foient pas trop lerrés , fous peine de réitérer la
condition dans l'occafion de la vente , 6c de refi:itu-
tion de la part du maître fileur , qui fera condamné à
10 livres pour chaque contravention,
XIII. Il relie défendu à tout maître fileur de con-
traindre leurs compagnons ou apprentlfs , foit mâle
ou temelle , à acheter d'eux ou prendre à-compte de
leurs falaires relpeâifs aucune forte d'alimens , foit
boire , foit manger , excepté qu'ils n'en foient d'ac-
cord , fous peine de 25 livres chaque fois qu'ils y
contreviendront.
XIV. Tous les appartemens ou moulins deftinés
au filage des foies , tant à l'eau qu'à la main, devront
être pourvus d'un chef maître , examiné par les fyn-
dics de l'univerfité de l'art & admis par le confulat,
lequel devra avoir l'entière veille fur le travail , afia
que \çs foies {e trouvent travaillées lelon les articles
du prélent règlement , avec défenfes auxdits maîtres
d'occuper à aucun autre ouvrage continuel , aftuel
6c particulier, les perfonnes employées audit filage,
fauf à avoir foin & veiller fur le travail & ouvrage»
des autres perfonnes employées dans le même filage,
à peine de la privation d'exercice de maître fileur ,
outre celle de dix écus d'or.
XV. Tous les maîtres fileurs du diftrift de ce con-
fulat , feront tenus de fe rendre à l'univerfité de Tu-
rin , pour reconnoître les fyndics d'icelle , à l'excep-
tion des maîtres fileurs de Raconis , où l'établifTement
d'une imiverfité de maîtres fileurs a été permis, avec
la totale dépendance néanmoins du confulat fufdit ,
6c l'obligation d'obferver le préfent règlement, ne
voulant pas S. M. qu'aucune perfonne , foit par privl-
\c<.]e , immunité ou exemption quelconque , puilTe
fe dllpenfer de l'obfervation d'icelui , ni qu'aucunf
des furdits maîtres pulfi"e être admis à un tel exer-
cice, qu'au préalable Une polfede pour le montant
de cinquante doubles , ou qu'il donne une caution
fuffifinte de pareille fomme devant le conlulat.
Quand la foie eft: moulinée , il s'agit après cela de
l'employer.
De la fabrication des étoffes en foie. Ce travail a
plufieurs opérations préliminaires , dont nous don-
nerons quelques-unes ici , renvoyant pour leï autres
à dilfcrens articlçs de cet Ouvrage.
s O î
Opérations préliminains. Première , il faut avoir
\iSloiiSX.c\niQS. Voyei Canlckdc /a FABRICATION ufi
iwjfcs ^ 6- Teinture.
Deuxième, il tant ourdir les chaînes, ce que nous
liions expliquer.
Troilieme, il taut avoir le defl'ein de l'ctoffe qu'on
^eut fabriquer, Voy&^ L'anicU Velours a jardin.
'■^oyei aulfi Partick DESSEIN.
Quatrième , il faut monter le métier d'après le
lellein. Voyi\^ ci CanlcU VELOURS , la manière de
nonter un métier , avec fa dekription.
Cinquième , le métier monté , il faut lire le def-
ein, ce que nous allons expliquer.
Sixième , il faut fabriquer. Voyci à L'article Ve-
,0URS un exemple de fabrication d'une étoffe très-
lifficile , &; aux différens articks de cet Ouvrage
)0ur les autres étoffes.
■Cela fait, nous terminerons cet article par diffé-
entes obfervations ufitées fur quelques goiits parti-
:uliers d'étoffes.
Di Courdï^'aç^i dis chairiis. Ourdir^ c'eft diUribuer
a quantité de fils qui doivent compofer la chaîne fur
'ourdiffoir.
On prend les 40 fils qui compofent la cantre, &
près les avoir fait paffer chucun dans une boucle de
erre , attachée au-defilis de chaque crochet fur le-
]uel la joii eft dévidée; on noue tous les fils enfem-
)l<;,eniuite on les met fur une première clu-ville po-
"ée fur une traverfe au haut de l'ourdiffoir, après
luoi on les enverge par l'infcrtion des doigts. Voyz{_
IN VERGER. On les met bien envergcs,uirdeux au-
ras chevilles à quelque dilîance de la première. On
)affe rnfuite tous les fils enfemble fous une trinde
le fer bien polie , la moitié de ces mêmes nls crant
éparée par une autre tringle également polie , les
Icux tringles de fer étant attachées au plot de l'our-
iiffoir, qui au moyen d'une mortaile quarrée , &
le la grandeur d'un des quatre montans qui font ar-
êtes en-haut 6c en-bas des deux croilées , dont celle
l'en-bas ayant une crapaudine de cuivre dans le mi-
ieu , dans laquelle enire le tourillon de l'arbre de
'ourdiffoir, lui fournit la liberté de tourner, a la li-
)erté de monter & de dcfcendre ; dans la croilée d'en-
laut eil paffée une broche de fer iur laquelle s'en-
oule ou fe déroule une corde de boyau paffée dans
irte poulie du plot , & arrêiée à un tourniquet pofé
)erpendiculairement à la poulie de ce plot.
Quand l'ouvrière meti'ourdifioir en mouvement,
a corde qui fe déroule lalffe defcendre le plot à me-
ure. Ce plot conduit tous les fils qu'il tient arrêtés
;ntre deux poulies , de nicme que par la tringle fupé-
ieure , fur l'ourdiffoir en terme de ligne fpirale , juf-
]u'à ce que le nombre de tours qui indique la quan-
ité d'aunes qu'on veut ourdir loit complet. A)ant
e nombre de tours defirc , on prend la demi - portée
ivec la main droite, &; la pahant Iur ime cheville ,
3n la fait paffer deflcus une Içconde & la ramenant
jar le defîus, on lapaffe enlulte deffous la première,
le façon que cette manière de paffer alternativement
a demi - portée ou la braffce deffus ou delfous les
ieux cheville* , forme une cl'pcce d'envergure pour
;es portées léulement, ce qui donne la lacilité de les
compter. Quand cette opération elt achevée, on fait
tourner l'ourdiffoir dans un autre fens,de façon que
la corde du pîot s'cnrovde à n-iefure , & le fait monter
[ufqu'à l'endroit cii l'on a commencé; pour lors on
cnverge de nouveau fil par fil , & on met les fils en-
vergés fur les chevilles où ont été pôles les premiers,
& faifant palier la braffée hir la première, on enver-
ge de nouveau & on delccnd comme la première
lois, &: on remonte de même , en continuant jufqu'à
ce que la quantité de portées cjui doivent compofer
!a cliaînefoient ourdies.
La pièce étant ourdie , on paffe des envergures eu
S O I
285
bas & en haut ; celles d'en-bas fervent à féparer les
portées pour les mettre dans un râteau, quand on
plie la pièce Iur l'enfuple de derrière; l'envergure
d'en-haut fert à prendre les fils de fuite, & de la mê-
me façon qu'ils ont été ourdis pour tordre la pièce,
ou pour la remettre. Les envergures paffées & arrê-
tées, on tire les chevilles d'en-bas, on levé la pièce
en chaînette , & pour lors on lui donne le nom de
chaîne. Foye:^ CHAÎNE.
De la kclure du dejjeïn. Lire le deffein , c'eff incor-
porer le deffein dans les cordes du métier. Pour lire
un deffein dans la règle, on enverge le femple , ob-
fervanî de commencer l'envergure par la corde qui
tire la dernière arcade & la dernière maille de corps.
Quand le femple eft envergé , on paffe deux baguet-
tes un peu fortes dans les 2 envergures, & on les at-
tache terme fur un chaffis fait avec des marches , qui
eff tourné de côté , afin que la place ordinaire du
femple foit libre , pour avoir la hberté de faire les
lacs pendant qu'on lira le deffein.
On range enfuite les dixaines dans les coches de
l'efcalette , par huit cordes. Fbyq Escalt.tte. Oa
place le deiiein fur les dixaines de l'efcalette, dont
les grands carreaux du papier , au nombre de 50 ,
contiennent chacun huit lignes perpendiculaires,
qui font autant de cordes. Si le deffein contient fix
couleurs , l'étoffe fera de fix lacs. Pour commencer à
lire, la lifeufe choifit autant d'embarbes qu'elle ran-
ge dans fes doigts , qu'il y a de lacs ou de couleurs ;
chaque embarbe eff deftinée pour la même couleur
pend-inî tout le lifage du deffein , & on doit toujours
commencer par la même, fuivre & finir également.
Le papier réglé ayant autant de lignes tranfverfa-
les ou horifontales, qu'il y en a de perpendiculaires,
la lifeufe fuit la première ligne , & chaque couleur
quife trouve fur cette ligne, eff prife par l'embarbe
qui lui eff delHnée ; c'eff-à-dlre que fi une couleur
occupe fur la ligne tranlverfale 7,8, 10 cordes per-
pendiculaires, la lifeufe doit retenir autant de cordes
du femple, obfervant de bien prendre fur 1 s mêmes
dixaines , & les mêmes cordes pendant la traverlée
du lifage. Quand elle a fini une ligne , elle en recom-
mence une autre de même ; &: quand elle eft arrivée
à la iiw du premier carreau qui porte 10, 1 1 ou 11
lignes traniverlales , elle noue enlemble toutes les
embarbes auxquelles elle donne le nom. àz dix aine y
ùL en recommence une autre jufque à ce que le def-
lein foit fini.
Il faut obferver que quoiqu'il y ait plufieurs lacs
fur une même ligne , tous les lacs enfemble ne com-
pofent qu'un coup ; de fiîçon que fi le deffein con-
tient iix lacs chaque ligne, & que le carreau ait iz
lignes tranfverfales , il le trouve 72 lacs , qui néan-
moins ne compofent que 1 2 coups.
Dzs ckjjïins répétés. Tous les deffeins qui fe tra-
vaillent aujourd'hui , foit dans l'étoffe riche , foit dans
celle qui n'eff brochée que/à/e, ne portent que 40
à 50 dixaines ; ce qui les rend très-courts dans la ré-
duclion de l'étoffe ; les fabriquans néanmoins , ont
trouvé le moyen de faire paroitrele deffein plus long
en faifant lire le deffein deux fois , &: faifant porter
à droite ce qui eft à gauche , ou à gauche ce qui eft
à droite ; la taçon de faire le defi'ein pour des étoffes
de ce genre, de même que pour le lire , eft différente
dos aiures ; dans ces dernières , il faut que le defîina-
teur s'attache leulemcnt à faire en forte que fon def-
lein finiile comme il a commencé , pour qu'il foit
luivi pendant le cours de l'étoffe ; au lieu que dans
la Uiiuvclle ,ilfaut que le dciicin pour le lire foit rcn-
ve.-ié après qu'il a été lu i\ l'ordinaire , pour que la fi-
gure qui étoit d'un côté foit portée de l'autre ; or,
comme en renverfant le deffoin il avriv croit que les
fleurs , tiges , &L autres figures qui compolont l'ctoffe,
lu^ipolc c'u'elles euffent été lues en montant , ne
i8(î
S O î
pourroicnt ctrc lues qu'en dcfcendant , & que dans
l'ctofFe la moitié du deneininontcroit infailliblement,
& que l'autre moitié dolccnclroît ; il huit pour parer
è. cet inconvénient ,q\ie le delîeiu qui ordinairement
fe lit en commençant du bas en haut , lorfqu'on le lit
iu>c foconde fois , loit lu du haut en bas , c'cit-à-dire
en remontant ; de façon que par ce moyen le pre-
mier lac qui efl lu à la ieconde rei>rife , fe trouve prc-
cifément le même qui a été lulorfqu'on a commencé
à lire à la première; Se [)ar ce moyen le deifein luit,
comme il arriveroit fi on ne le lifoit qu'une fois ; avec
la différence que tout ce qui étoit d'un côté , fe trou-
ve de l'autre pendant toute la fabrication de l'étoffe.
Il cft nécelfaire encore que le delRnateur taffe ren-
contrer les fleurs, feuilles & tiges de fon deffein;
de façon qu'en le renverfant de droite à gauche pour
le tirer, toutes les parties fe trouvent parfaitement
fur les mêmes cordes ou dixaincs qui doivent fefuc-
ccdcr tant dans la fin du premier lifagc , que dans le
comniencen-.ent du fécond. Cette façon cft très-fm-
ç-.uliere , & des mieux imaginées de la f ibriquc , pour
tlilpenfer le delîinatcur de ne faire qu'un deflein au
lieu de deux.
Le fieur Maugls dans fa nouvelle méchanique a
trouvé le moyen , en lifant le deffein une fois ieule-
inent , de faire l'étoffe comme fi le deffein étoit lu
■deux fois, &: de faire porter la figure de droite à
gauche, f^'oyc:^ la diffcrinion contenant les avantages
<le fa machine, imprimée à Lyon en 1758. Il feroit
très-difficile de penfer qu'un deffein lu une fois feu-
lement , pût paroître deux fois en étoffe de différente
iaçon ; cependant le fait eit confiant.
Pour parvenir à cette opération , on attache deux
Temples au rame , dont l'un par la première corde
à gauche , prend la première également du rame ,
iufqu'à celle qui finit par 400, dont la pareille du
femble qui fait la 400* , y efl attachée , ayant conti-
nué nombre par nombre de corde depuis la premiè-
re des 400 du femple , jufqu'à la dernière. Le fécond
femple au contraire a la première corde attachée à
la 400* du rame, & la 400^ du femple à la première
du rame ; de façon que ces deux femples étant atta-
chés d'une façon totalement oppofée , il s'enfuit
qu'un àss femples porte la figure dans l'étoffe d'une
façon oppofée à l'autre, en fuppofant que le deffein
fût lu fur chacun des deux femples féparés; mais
comme le deffein n'eu lu qu'une fois fur un femple ,
ce même femple fur lequel le deffein efl lu, ell ac-
croché aux deux femples dont eff queflion ; & pour
fabriquer l'étoffe , on bande le femple qui doit faire
faire la figure d'un côté ,& quand il eft fini on bande
l'autre femple & en lâche le premier ; ce qui fait que
la figure efl exécutée dans un autre fens ; c'eft-là le
fccrct. Le fcul femple qui efl lu efl attaché horifon-
talement à côté le métier & bien tendu , ayant laga-
vaffmlere attachée de même au-deffus ; de façon que
la tireufe prenant le lac, s'il efl pefant elle l'attache
à une petite bafcule , qui en faifant lever les cordes
que le lac retient, celles-ci font venir les cordes d'un
des deux femples attachés d'une façon oppofée. Ici-
quelles cordes entrent dans uq râteau, lequel bail-
fant au moyen d'une autre bafcule qui le tire par le
bas , &c au moyen encore de perles arrêtées & fixes
lur chaque corde du femple , pour empêcher que le
râteau ne gliffe; les perles retenant les cordes aux-
quelles elles font fixées , tirent la corde de rame qui
fait lever la/ois , & fournit le moyen à l'ouvrier de
brocher le lac ou paffer la navette , ii le cas l'exige ,
pour la fabrication de l'étoffe.
Exemple [untn dcjj'ein en petit. Affemblez les deux
parties -<^ 5, de façon qu'elles forment la lettre C G,
c'efl le deffein entier , ou ce qu'il doit faire en étoffe ;
lifez la partie ^ feulement, elle formera en étoffe ce
^ue les deux parties démontrent.
S O I
Il faut poiir cette opération commencer à Hre eii
niontant du côté de la lettre a , jufqu'à la fin de la
feuille a , la lettre demi C. Cette feuille étant lue , il
taut la renverfer ik la lire une féconde fois ; de façon
que la lettre ^^ foit renverféc auffi , & fe trouve en-
haut ; pour lors on lit une féconde fois le defftin en
remontant , & on finit de même par la lettre demi
C. Il eff vifible que la feuille renverfée porte à droite
ce qui étoit à gauche ; &c que fi on la lifoit à Tordi-^
naire en commençant du bas en haut , les fieurs au
lieu de monter au fécond lifage defcendroient ; mais
comme on fait lire du haut en bas, la figure doit tou"
jours fiuvre l'ordre de la première feuille, attendu,
que le premier lac qui fe tire , le trouve également le
premier de la première feuille , & que le dernier fe
trouve de même le dernier ; avec cette différence >
que la pofition de la feuille au fécond lifage, fe trouve
totalement oppofée à celle de la première , & que
par une conféquence infaillible ,1a figure doit fetrouv.
ver de même dans l'étoffe.
Suivant cette démonilration , dans la pratique or-
dinaire, un deffein qui contient une feuille de 40 oïl
50 dixaines étant lu deux fois , paroît auffi long en
étoîîe , que s'il en contenoit deux ; & fuivant la mé-
chanique du lieur Maugls , il n'elt befoin que de les
lire une fois , pour qu'il produife le même effet.
Si ces deux petites feuilles ne font pas fuiHlante*
pour cette démonflratiou, on en fera faire deux plus
grandes qui contiendront un deffein en plufieurs lacs
brochés ; & au lieu de cinq à fix dixaines comme
celles-ci , on les fera de i 5 à zo chacunes ; mais il
faut un avertiffement prompt , s'il efl poilible : ie fi-,
lence fur cet objet prouvera qu'on efl fatisfait.
Un deffinateur qui efl obligé de fournir chaque an-
née 50 delTeins dans une fabrique, contenant 100
feuilles, n'a befoin que d'en peindre 50 pour rem-»
pUr Ion objet; ce qui fait qu'il s'applique infiniment
mieux à perfeâ:ionner fon ouvrage , foit dans la com-
polition , foit dans le goût : on nomme ces deffeins »
dejfeins à repétition.
Des cordelines. On donne le nom ^armure a la
façon de paffer les cordelines ; mais ce mot eft im-
propre; car l'armure ne concerne précifément que
la manière de faire lever & baiffer les liffes , fuivant
le genre d'étoffe que l'on fabrique ; au lieu que la
beauté de la cordeline qui forme la llfiere , ne fetire
que de la façon de la paffer dans les hfies, Auffi l'on
va donner cette façon de la paffer, qui doit être la
même dans tous les gros-de-tours & taffetas , ainfi
que dans tous les fatiiis , loit à huit liffes , foit à cinq»
Pour faire une belle lifiere dans un taffetas ou
gros-de-tours , il faut paffer une cordeline fur la pre-
mière liffe & une fur la féconde ; ainli des autres ,
s'il y en a fix ou huit. Si l'étoffe exlgeoit qu'il y eût
un îiferé paffé (bus une liffe levée feulement , pour
lors on pafferoit chaque cordeline fur deux liffes ;
favoir une iur la première oL la trollienre , &une fur
la féconde & la quatrième, ainfi des autres; parce
que fans cette précaution , il aj-riveroit que les cor-
delines n'étant panées que fur la première & la fé-
conde , quand on feroit obligé de iaire lever la troi-
fieme & la quatrième feules , & qu'elles n'auroient
point de cordelines dans leurs mailles , il n'en leve-
roit aucune pour palier la navette de Iiferé ; confé-
quemment la trame ne feroit point arrêtée.
A l'égard des latins à huit liffes , s'ils font fabri*
qués avec deux navettes, loit latins pleins ou unis,
foit latins façonnés , il faut que la première cordeli-
ne prife du drap foit paffée fur la deuxième , troifie-
me , fixieme , & leptieme liffe ; la féconde , fur la
première , quatrième , cinquième, 6l huitième liffe ^
ainfi des autres ; de façon que la fixieme ou huitiè-
me cordeline foit la première hors du drap du côté
droit, ou des deux navettes, quaml on commence
I
l[-e coùrfe ou à travailler. A Tcgard du côté gauche ,
il faut commencer dans un fens contraire-, c'efl-à-
tiire , que la première du côté du drap loit paiTée fur
la première , quatrième , cinquième , & huitième ; la
ffconde , fur la deuxième , troifieme , fixierae , & lep-
tieme , & ainfi des autres. Au moyen de cette façon
de pafl'er la cordeline,il arrive que les deux premiers
coups de navette fe trouvent précifément fous les
mômes cordelines levées ; les deux féconds fous cel-
les qui avoient demeuré baiffées ; ainfi des autres
jufqu'à la fin du courfe; quoique à chaque coup de
navette il levé une lifTe différente , fuivant l'armure
ordinaire d'une prife & deux lailTées.
Cette façon de pafTer les cordelines renferme deux
objets également elTentiels pour la perfeftion de la
lifiere. Le premier efl que les deux coups de navette
fe trouvent régulièrement de chaque côté entre les
trois ou quatre mêmes cordelines autant defTus que
deffous , & prodiiifent un effet bien différent que fi
elles croifoient à chaque coup; parce que pour lors,
le fatin ne croifant pas comme la lifiere , & la trame
y entrant dedans avec plus de facilité , la lifiere avan-
ceroit plus que l'étoffe par rapport à la croifure con-
tinuelle ; ce qui larendroitdéfeftueufe, & ferolt que
l'étoffe étant déroulée, la lifiere feroit ce qu'on ap-
pelle en fabrique le ventre de veau; tandis que l'étoffe
paroitroit également tendue ; ce qui arrive néan-
moins très-fouvent &: fait paroître l'étoffe défeftueu-
fe , principalement quand il s'agit de coudre lifiere
contre lifiere quand elle efl coupée pour eu faire des
robes ou autres ornemens.
Le fécond objet , que l'on peut dire hardiment être
ignoré de la centième partie des fabriquans efl , que
cette façon de paffer les cordelines , fait que dans
celles qui lèvent du côté où on paffe la navette , celle
de la rive, ou la plus éloignée du drap , ne peut man-
quer de lever , & fucceffivement les autres ime prife
& une laiflee , afin que la trame fe trouve retenue
par celle qui levé , & que la Ufiere foit plate à fon
extrémité ; ce qui s'appelle en terme de fabrique ,
faire U ruban ; ce qui n'arriveroit pas fi la féconde le-
voit; parce que pour lors , le coup de navette précé-
dent faifant que la trame fe feroit trouvée deflbus la
cordeline de la rive qui auroit levé , cette cordeline
fe trouvant baiffée quand il faudroit repaffer les deux
coups , l'ouvrier en étendant fa trame pour la cou-
cher , les cordeHnes qui ne lèvent pas étant très-lâ-
ches, attendu que celles qui lèvent fupporîenî tout
le poids defliné à leur extenfion ; il arrive que la tra-
me tire la cordeline qui n'efl pas tendue , & la fait
ranger fous la féconde qui l'eft beaucoup , attendu la
levée , & forme une lifiere quarrée au lieu de former
le ruban , ou d'être plate comme elle doit être.
Cette précaution quoique très-importante efl tel-
lement ignorée des fabriquans de Lyon , que pref que
toutes les étoffes pèchent par la lifiere , & que ceux
qui ne connoiffent pas la fabrique , attribuent ce dé-
faut à la qualité de la matière dont la cordeline efl
compofée , quoiqu'il n'y en ait pas d'autre que celui
que l'on vient de citer.
Il efl donc d'une nécefîité indifpenf;iblede paffer
les cordelines d'une façon , foit aux taffetas ou gros-
de-tours , foit aux fatins , que celle qui efl à la rive
de l'étoffe foit toujours difpofée à être levée du côté
où l'ouvrier lance la navette , parce que pour lors
il fe trouvera qu'elle aura baiflé au coup précédent :
cette obfervation concerne toutes les étoffes de la fa-
brique en général.
Dans une étoffe telle qu'une luftrine liferéc , la
façon de paffer 1.: cordeline ell différente pour qu'elle
foitparfaite, parce que pour lors la première navette
paffe régulièrement deux fois , quand celle du liferé
n'en paffe qu'ime ; ce qui fait qu'au retour de la pre-
mière la cordeline doit croifer povu- arrêter la- trame ,
ce qui n'arrive pas dans ct'lle que l'on vient de citer j
18'?
de façoh que dans cêlle-ci les deux coups de trariiè
& celui du liferé doivent fe trouver fous un même
pas pour que la lifiere ne faffe pas le ventre de
veau.
Les cordelines dans celle-ci doivent donc être paf-
fées , favoir du côté droit la première & la plus pro-
che du drap fur la 3 , 4 , 7& 8^ liffe ; la féconde fur
la première , 1 , 5 & 6= , ainfi des autres, foit qu'il
y en ait fix ou huit ; de façon que celle de la rive fe
trouve toujours paffée fur les mêmes liffes de la fé-
conde ; par conléquent elle levé du côté où la na-
vette efl lancée. Les cordelines du côté gauche doi-
vent être paffées en fens contraire , c'efl-à-dire , la
première plus près du drap fur la première , 2 , 5 &
6^ , la féconde fur la 3 , 4 , 7 & 8^ ; ce qui fait qu'au
moyen de l'armure du fatin , celle de la rive , au fe-^
cond coup de navette , fe trouve régulièrement fur
la troifieme liffe , qui efl celle qui doit lever à ce
même coup , fuivant l'armure du métier.
Cordelines pour les damas. Il n'efl pas poffible de paf-
fer la cordeline dans le damas , ni dans tous les fa-
tins à cinq liffes ; de façon que celle de la rive levé
régulièrement du côté que la navette efl lancée , at-
tendu le nombre impair des liffes , qui fait que quand
le courfe des cinq liffes efl fini , la navette fe trouve
à gauche dans le premier , & à droite dans le fé-
cond ; il y a cependant une façon de les paffer , pour
eue la lifiere foit belle, différente des autres genres
d'étoffe : la première cordeline du côté du drap doit
être paffée fur la première liffe du côté du corps , la
quatrième & la cinquième ; la féconde doit être paf-
fée fur la deuxième & la troifieme ; la troifieme fur
la quatrième & lacinquiem.e ; la quatrième fur la pre-
mière , la féconde & la troifieme ; la cinquième fur
la troifieme , quatrième & la cinquième ; la fixieme
fur la première & la féconde , en commençant à la
droite. La lifiere du côté gauche doit être paffée de
même que celle du côté droit. Il y a encore une autre
façon de paffer la cordeline ; favoir , la première dit
côté du drap fur la première & la féconde; la fécon-
de fur la quatrième & la cinquième ; la troifieme fut
la féconde & la troifieme ; la quatrième fur la pre-
mière & la cinquième ; la cinquième ftir la troifieme
& la quatrième; la fixieme fur la première & la fé-
conde , où il faut obferver que la liffe du miheu , ou
la troifieme par laquelle finit le fécond courfe , ou
le dixième coup, ne doit jamais faire lever les mêmes
cordelines qui font fur la première liffe , parce que
pour lors le courfe finiffant par celle du milieu , les
mêmes cordelines leveroient ^ & la trame ne feroit
point liée.
De la différence dés damas de Lyon & de Gènes. La
façon dont les Italiens , principalement les Génois ,
fabriquent le damas , efl tellement différente de celle
dont on fe fert en France , foit par la qualité & quan-
tité de foie dont leurs chaînes font compofées , foit par
la manière dont ils font travaillés , qu'il n'efl pasbe-
foin d'être fabriquant pour convenir que fi leurs étof-
fes font préférées aux nôtres , leurs principes font
auffi plus excellens ; c'efl ce qu'il efl néceffaire
d'expliquer.
On vient de dire que la qualité & quantité de la
foie dont les chaînes des damas qui fe fabnquent
chez l'étranger font compofées , différent de la quan-
tité & qualité de celle qui efl employée dans les
damas qwi fe fabriquent en France , il faut le dé-
montrer.
Le règlement du i Oflobre 1737, quoique rempli
de vétilles fur le fait de la fabrication des étoffes , ne
fait aucune mention des damas meubles ; il ordonne
feulement , art. CS. que les damas ne pourront être
faits i\ moins de 90 portées de chaîne. Celui du 19
Juin 1744, ordonne , titre vH/. art. 4. que lesdam;;s
réputés pour meubles ne pourront être faits ;Wnoins
de 90 portées de chaîne , chaque portée de 83 filsi
a88
S O I
Cette fixation qui ne concerne précifcment que la
quantité de J'oie pour ce genre d'ctolfe, dcmontiv al-
lez que les fabricatcurs des deux régleincns qu'on
vient de citer , n'ctoient pas des plus intclligcns ,
puilquc d'un côte , la quantité de /oie qu'ils admet-
tent cil inluffilante , Oc de l'autre , qu'ils ne font au-
cune mention de la qualité , qui efl aulli effcntielle
que la quantité mcine.
Uurt. I. du règlement du 8 Avril 1714 , pour la
manutadure de Tiuin , tiré du règlement de celle de
Gènes , veut que les damas (oient faits avec une chaî-
ne de 96 portées de 80 fils chacune , & avec un pei-
gne de Z4 portécs,poin- qu'il fe trouve 8 fils par cha-
que dent de ce peigne , & qu'il ne foit employé à
l'ourdifiagc des damas que des organfins du poids de
6 octaves ( 6 odlaves font 1 8 deniers poids de marc) ,
chaque raz ( un raz fait demi-aune de France) , au-
nioins , étant teints , ce qui vaut autant pour le poids
qu'une once & demie chaque aune de la chaîne pour
ceux qui s'ourdifTent en France.
Les Piémontoisont eu foin de fixer le nombre des
portées par rapport à la quantité de foie dans leurs
damas , de môme que les poids par rapport à la qua-
lité , & n'ont pas oublié de faire ordonner que les
peignes pour la fabrication de ce genre d'étoffe fuf-
î'ent compofés d'un nombre de portées proportion-
né à la quantité de la foie , & ne contlnU'ent que 8
fils chaque dent.
La fixation du poids feroit inutile fi le nombre des
portées n'étoit pas défigné , parce qu'on pourroit
mettre moins de portées & un organfin plus gros , s'il
n'étoit quellion que de la qualité , afin que le même
poids ic trouvât toujours à la chaîne, en conformité
du règlement ; ce qui contribueroit à une défe£luo-
fité d'autant phis grande , qu'il n'efi: perfonne qui ne
fâche que ce n'efi: pas le fil le plus gros & le plus pe-
fant qui fait la plus belle toile , mais bien le plus fin &
le plus léger , la quantité néceflalre fuppofée com-
plette.
Les Génois mettent 100 portées aux moindres da-
mas meubles de leurs fabriques , & un peigne de z^
portées pour faire également le nombre complet de 8
fils chaque dent ; ce qui doit immanquablement faire
une étoffe plus parfaite que fi elle ne contenoitque
90 portées , comme il eu ordonné par les réglemens
de 1737 & 1744 , concernant les manufaftures de
Lyon.
La quantité des portées prefcrite pour les damas
de Turin ik de Gènes, étant fupèrieure à celle qui
eft prefcrite pour ceux qu'on fait en France, il ell
évident que leurs étoffes doivent furpaflér ces der-
nières ; cen'eft pas encore affez pour leur perfedion,
ces étrangers veulent aufiî que le poids de leur chaîne
foit fixé , crainte qu'un organfin trop fin n'altérât la
qualité de l'étoffe ne garniffant pas affez ; ce que tous
nos fabricateurs de réglemens n'ont pas fu imaginer ,
quoiqu'ils fefoient attachés à des minuties infiniment
au-delfous de ce que demande le damas pour qu'il
foit parfait.
Si im organfin extraordinairement fin peut rendre
le damas défeclueux, quoique le nombre des portées
foit complet , un organfin extraordinairement gros
ne le rendra pas parfait ; il faut une matière propor-
tionnée à l'étoffe pour laquelle elle eft defiinée ; de
façon que fi un organfin trop fin fait paroltre l'étoffe
affamée ou peu garnie , celui qui cfi: trop gros fera
paroître un fatin rude & fec , au-lieu d'ctre doux 6c
velouté , comme il taut qu'il foit pour que l'étoffe foit
en qualité.
Les Génois fabriquent encore des damas pour meu-
bles , qui font les plus parfaits qu'on puifié faire en
ce genre ; ils font compofés de i zo portées , 6c faits
avec un peigne de trente portées , pour avoir , à l'or-
difliure , 8 fils par dent. Ces damas ne font diftin-
S O I
gués des ordinaires de 100 portées que par la lifiere
ou cordon qu'ils appellent c/'wo^ , laquelle efi faite
en gros-de-tours , non en taffetas , c'eft-à-dire que les
deux coups de la navette , dont la trame fert à former
l'étoffe, qui font paffés à chaque lac , paffent pour le
cordon fous un même pas , & forment un parfait gros-
de-tours & une belle lllicre ; ce qui fert à les diilin-
guer des damas ordinaires.
Cette façon de faire la lifiere ou cordon du damas
en gros-de-tours , auffi-bicn que la cordeline , eft fi
ingènieulc , qu'on oie foutcnir que de cinq ou fix
mille maîtres fabriquans qui font à Lyon , il n'en eft
pas peut-être dix qui fur le champ foient en état de
démontrer de quelle façon peut être faite une chofe
auffi finguliere , pas même encore en leur donnant le
tems de l'étudier. Ce font cependant des payfans très-
groffiers qui font de telles étoffes , auffi-bien que les
velours.
A l'égard de la façon dont les damas font travail
lésa Gènes , elle efl: différente de celle de France.
Toutes les chaînes des étoffes façonnées qui fefont
ou fabriquent à Lyon , ne reçoivent l'extenfion forte
qu'elles doivent avoir pendant le cours de leur fabri-
cation , qu'au moyen d'une groffe corde , laquelle
étant arrêtée par un bout au pié du métier , fait en-
fuite trois ou quatre tours au-tour du rouleau furie-
quel la chaîne eff pHée , & ayant fon autre bout paffé
dans un valet , ou elpece de balcule de la longueur
d'un pié &C 7 plus ou moins , dont une partie taillée en
demi-rond enveloppe ce même rouleau fur lequel il
ell polé horifontalement , on accroche à Ion extré-
mité un poids d'ime grofleur proportionnée , & fé-
lon qu'exige la longueur de la bafcuie qui tientle rou-
leau arrêté ; de façon que pour tenir la chaîne ten-
due il faut tourner le rouleau oppoiélur lequell'étoffe
le roule à mefure qu'on la travaiiie , 6c au moyen
d'une roue ou roulette de fer , taillée comme une
roue à rochet d'une pendule , dans les dents delà-
quelle accroche un fer courbé pour entrer dans cha-
cune de la roulette , & la retenir ; à mefure qu'on
tourne le rouleau de devant , auquel eft attaché &
placé quarrément la roulette en quellion , on fait dé-
vider le rouleau de derrière , &c la chaîne fe trouve
toujours tendue.
Cette façon de tenir tendue la chaîne des étoffes
façonnées eft très-commode , principalement pour
les riches , qui demandent une extenfion continuelle
de la chaîne, par rapport à cette quantité de petites
navettes ou efpolins , qui ne pourroient pas fe foute-
nir lur l'étoffe fi la pièce étoit lâche ; mais elle eft lu-
jette à un inconvénient auquel on ne fauroit parer ,
en ce que les grandes fecouflcs que la tire occafion-
ne pendant le travailde l'étoffe , jointes .iuv coups de
battant, & à la liberté que le bafcuie dumie au rou-
leau de derrière de dévider , font toujours lâcher un
peu plus , un peu moins la chaîne , laquelle par con-
féquent perdant une partie de fon extenfion , la fait
perdre également à l'étoffe fabriquée. De-là vient le
défaut ordinaire des damas de Lyon de paroître froif-
fés dans des certains endroits fi-tôt qu'ils font hors du
rouleau , ce qui s'appelle gripper , dans le langage de
la fabrique de Lyon , défaut qui ne fe trouve point
dans les damas de Gènes , ou autres d'Italie , parce
qu'ils font travaillés différemment.
Les Génois n'ont ni corde , ni bafcuie , ni roulette
de fer attachée k l'enfuple ou rouleau de devant, pour
tenir tendues les chaînes de leurs étoffes ; ils ié fer-
vent feulement de deux chevilles de bois , dont la pre-
mière de deux pies de longueur environ , étant paf-
fée dans un trou de deux pouces en quarré , fait au
rouleau de devant , qui pour cet effet eft percé en
croix en deux endroits de part en part , eft attachée
par le bout à une corde qui tient au pic du métier de
devant.
L'enfuple
SOI
L'enfuplc ou rouleau de derrière eft perce auflî à
un des bouts , comiiie celui de devant ; <>i lorfqu'il eft
queflion de donner i'extcnfion à la chaîne , on paflc
dans une des quatre entrées que forment les deux
trous de part en part , une cheville de bois de la lon-
gueur de trois pics & demi au moins , à l'aide de la-
quelle on donne l'extenlîon ncceffaire pour la fabri-
cation, en attachant la cheville par le bouta une cor-
de placée perpendiculairement à l'eflai.e du métier,
au-deffus de l'endroit oit ce même bout fe trouve.
Cette façon de tenir la chaîne tendue n'eft fufcep-
tible d'aucun inconvénient ; au contraire , par le
moyen de la cheville de derrière , on ne lui donne
que l'extenfion qu'elle demande ; ce qui n'arrive pas
avec la bafcule qui, félon l'humide ou le fec , laifle
courir le rouleau ou enfuple de derrière plus ou
moins , fuivant les grandes ou petites fecoufles que
la chaîne reçoit par la tire , toujours pefante dans le
damas , & cauîe l'inégalité qui fe trouve dans les
étoffes façonnées de cette efpece ; elle empêche le
froiflement ou grippure qui fe trouve dans les damas
de Lyon , parce qu'elle retient toujours la chaîne
dans cette même égalité d'extenfion qui lui eilnécef-
faire pour la perfe£Hon de l'étofFe ; les fecouffes qu'-
elle reçoit ne la faifant ni lâcher , ni tirer plus qu'il
ne faut , elle fait même que l'étoffs reçoit une efpece
d'apprêt pendant la fabrication , qui ne fe voit que
dans les damas de Gènes, ou autres fabriqués de la
même manière.
Quoiqu'on n'ait p^îs fait mention de la quantité
de brins dont l'organfin, pourfaire le damas, eu com-
pofé, on penfe bien que ceux qui font faits avec un
organfin à trois brins , doivent être plus beaux que
ceux faits avec un organfin qui n'en contient que
deux , par conléquent on ne dira rien de plus fur
cet article.
La façon dont on vient de démontrer la différence
qui fe trouve dans la fabrication des damas d'Italie ,
& dans celle des damas qui font fabriqués en France,
de même que celle qui fe trouve dans la quantité &
qualité des foies dont les uns & les autres font com-
pofés eil fi lenfible , qu'il n'efl perfonne qui ne con-
vienne que dès que les fabriquans de France vou-
dront fe conformer à la maxime des Italiens , ils fe-
ront des étoffes auffi parfaites que celles qui font
travaillées par les montagnards de Gènes.
Tout ce que les fabriquans de France pourrolent
oppofer à ce cjui vient d'être dit en ce qui concerne
le damas , & ce qui a été dit précédemment concer-
nant le velours , ell qu'étant obligés de tirer du Pié-
mont les organfms propres à faire les chaînes de fem-
blables étoffes pour qu'elles foient parfaites, les droits
de fortie, les frais de tranfport , les droits d'entrée
dans le royaume, laprovifion descomniiffionairesqui
vendent pour le compte des négocians piémontois ,
leur faifant revenir layèic infinimentplus chère qu'aux
Génois & autres italiens , il s'enfuit que l'étofte fa-
briquée leur rcvlendroit également à un prix qui les
mettroit hors d'état d'en faire le commerce.
Ol-ijervaùon concernant ce dernier article qui demande
un examen trh-JcrupuUux.
Un ballot d'organfm de cent trente-fix
livres poids de Piémont , qui font cent
huit livres poids de Lyon , paye pour la
fortie du jjays 105 îiv. argent de Pié-
mont, qui font cent vingt-fix livres argent
de France , ci 1 26 1.
Pour voiturer de Turin à Lyon ,..10
Pour la douane à l'entrée du royau-
P O I
i%9
me
Le commifnonnalre de Lyon qui vend
pour le compte dw marchand piémontois,
exige ordinairement quatre pour cent de
provlfion pour demeurer du croire, ce
Tome Xy.
70
qui fait qu'en fuppofant le prix de layô/e
à vingt-cinq livres la livre , la provision
monte à cent livres fur un ballot , cl . . 100 I.
Les ballots d'organfm qvie l'on tire du
Piémont , ne pafTent point par la condi-
tion publique (^), attendu que cette pré-
caution efl: contre l'intérêt du proprié-
taire , ce qui fait qu'il n'en eif; pas un
qui ne faffe une diminution de 3 , 4, 5,6
livres , même jufqu'à 7 ; on la réduit ici à
trois livres & demie , tant pour les uns
que pour les autres , ce qui fait quatre-
vingt-fept livres dix fols 5 ci . . . 87 1. lof»
Total, 393 1. lof»
Le ballot d'organfin teint ne rend au plus que foi-
xante-quinze livres , ce qui fait que la/o/e teinte re-
vient à 5 Iiv. 5 f plus chère aux François qu'aux Ita-
liens , attendu qu'ils font obligés de payer les droits
du quart de la foie , qui s'en va en fumée dans les
opérations de la teinture , & que les droits qui fe per-
çoivent en France n'équivalent pas fur les étoffes
étrangères aux frais que les fabriquans françois font
obligés de fupporter , ce qui fait que l'étranger peut
donner fa marcliandife à meilleur prix que le fabri-
quant françois.
Si les fabriquans françois achetolent eux-mêmes en
Piémont les/oiii qu' Is emploient, ils gagnerolent &
les frais de commifîlon &les diminutions qui fe trou-
vent fur les ballots ; en les faifant conditionner, la
loi étant telle que le négociant piémontois ne fauroit
le refufer; & que dans l'article qui efl contenu dans
cette loi , il efl précifément fllpulé que dans le cas
où l'acheteur & le vendeur feroient co;ivenus que
hifoic ne pafferolt pas à la condition publique, dans
le cas de conteflatlon pour rhumidlré ou autre dé-
fe£luofité , le confulat de Turin n'en prcndroit au-
cune connoiffance , ce qui n'elt pas de même quand
la foie y a paffé.
Il faudroit des fonds trop confidérablcs pour ache-
ter comptant \zs foies qu'ils emploient , vendre leurs
marchandlfes pour terme , payer les façons, &c. les
foies fe vendant ordinairement à Lyon pour dix-huit
mois de terme , d'ailleurs les marchands de loie de
Lyon font obligés de faire des groifes avcsnces à ceux
du Pléinont dans letems du tirage des foies , tant pour
l'achat des cocons dans les campagnes qui ne fe fait
que comptant , que pour le payement des femmes
qui tirent la foie , & autres frais. Les Anglols & Hol-
dois fournlffent des fonds quelquefois deux années
d'avance , parce qu'Us en tirent plus que nous , at-
tendu qu'ils n'en cueillent point.
Des étoffes riches en S 00. Les étoffes qui fe font
depuis peu en 800, font affez fingulieres pour qu'el-
les méritent de tenir place dans les mémoires de la
fabrique d'étoffes de foie , or & argent.
Les étoffes en 800 ordinaires n'ont point de répé-
tition , parce que fi elles en avoient , lllluidroit né-
ceflalrcment 800 cordes de rame , 8oo arcades &
800 cordes de femplc , ce qui donneroit 1 600 mall-
( rt ) La condition publique eft une chambre établie i Tu-
rin , pour y mettre les o.ff lorfque l'acheteur en convient
avec le vendeur. Cette chambre contient quatre cheminées,
dans Iclquellcs on bit un flu modéré pendant toute l'année ,
excepté clans les mois de Mai , Juin , Juillet ic Août. Dans
cette chambre , on fépare la /«.■■ p.ir matrcaux , qui contien-
nent quatre à cinq échcveaux chacun : on les paile dans des
tiix-lles , Icfquelles font rulpcndues dans le milieu : & le bal-
lot ay.int éti p^lé avant que U'y ôrre porté , on laiHe la joie
vingt-quarie heures ; après quoi on la repele : li le ballot a
ihaur.ué i\c deux livres & demie , il etf reporte une iec^nde
fois, & enfin li il K\ troiliemc la liiniinution le tromv encore
de même , pour lors il elf conliiqué. Comme pcr.onne n'eft
forcé de porter la jotc à la condition publique, les proprié-
taires de celtes qui font envoyées à Lyon n'ont gartlc de làirc
palier les leurs par ur.e épreuve de cette ibrte
O o
^9^
S O I
les. Or comme on a dcmontrc dans tous les mémoires,
que la rcdudionordinaii-c de l'ctortc riche eft de Soo
mailles de corps, il s'enluit Cjue tous 1rs 800 qui le
lonttaits julqu'à ce jour, iontians répétition & mon-
tés eu 800 cordes de rame & autant de icmple , &
une demi -arcade feulement , ce qui lupprime la ré-
pétition.
Suivant la nouvelle méthode , on fait une étoffe
tn 800 , c'eft-;\-dirc fans répétition dans fa large\ir
avec 400 cordes feulement 6c 400 arcades. Il paroît
furprenant qu'avec 400 arcades il n'y ait pas de ré-
pétition , attendu qu'il n'clî pas difficile de taire une
étoffe qui dans fa largeur n'aura point de répétition,
en attachant une demi -arcade à chaque corde de
rame & ne laiflant que 400 mailles de corps , mais
il paroît impoflible de la faire avec une arcade en-
tière qui levé 800 mailles.
Pour faire une étoffe dans ce goCit , il faut faire
deux defleins de même hauteur pour 400 cordes de
femple , foit 8 en 10 , foit 8 en 1 1 , foit 8 en 1 2 , fui-
vant que le fabriquant defire <^ue l'étofte foit réduite,
la lifeufe met les deux defleins l'un fur l'autre ; &
quand elle a lu un lac ou toutes les couleurs diffé-
rentes qui font fur la ligne horifontaie du premier
dclfein , elle en lit une autre liir le fécond , & con-
tinue de même jufqu'à la fin des deux deffeins en
entier. Il faut bien faire attention que fous la déno-
mination d'un lac en fait de lifage de deflein , on
comprend toutes les dorures &Cjous qui le brochent
d'r.n ou deux coups de navettes aux deux autres ,
fuivant la difpofition de l'étoffe , mais ordinairement
il n'y en a qu'un , attendu que la trame ne doit faire
aucune figure dans ce genre d'étoffe , mais feule-
ment le corps de cette même étoffe , de façon que
quoiqu'il le trouve 5,6,7, même 8 lacs & plus à
brocher dans l'intervalle d'un coup de navette à l'au-
tre , tous ces lacs enfemble néanmoins n'en compo-
fent qu'un , fuivant le liffage. On voit aduellement
à Lyon des étoffes qui ont jufqu'à i z, même 1 3 lacs
brochés & un pafTé , ce qui fait 14 lacs ; mais elles
font rares , attendu les frais de la main-d'œuvre ,
& qu'il n'eft pas poffible d'en faire plus d'un demi-
quart par jour. Tous ces lacs brochés cependant &
le lac palTé n'en compofent qu'un fuivant le lif-
fage.
Le deffein lu & le métier monté , l'ouvrier fait ti-
rer les premiers lacs qui doivent être brochés, & ne
pafTe ou ne broche fur l'étoffe qu'un côté des lacs
qui ont été tirés & qui fe rapportent au premier def-
lein lu ; il fait tirer eniuite les lacs du fécond deflein,
& les broche dans la place qu'il a laifTé vuide , ou
Gu'il n'a pas broché dans l'étoffe , de façon qu'il ne
broche qu'une répétition de chaque delîéin , foit à
droite , loit à gauche ; de cette manière , ilfe trouve
qu'encore que le métier ne foit monté que de 400
cordes à l'ordinaire , les deux delTcins lus , comme
il a été démontré , contenant 400 cordes chacun ,
forment un 800 parfait.
Suivant cette façon de travailler , il fe trouve
qu'une étoffe de 6 lacs brochés chaque delTein en
contient 1 1 , ce qui augmente confidérablement les
frais de main-d'œuvre ; on a cependant trouvé le
moyen de parer à cet inconvénient , mais il n'ell pas
aifé. Comme il n'y a encore que trois ou quatre mé-
tiers dans Lyon montés dans ce genre , il ne s'ell
trouvé qu'une lifeule qui ait pu mettre en ufage la
méthode qui commence à fe mettre en pratique pour
diminuer la quantité de lacs brochés. 11 faut , pour
cette opération , que la lifeufe obferve le vuide ou
le fond qui fe trouve dans chacun des deux defTeins,
& qu'elle ait foin de porter les parties qui fe trouvent
garnies dans le premier deflein dans le lac delà partie
Miide du fécond , ôc de mjmc celles qui fe trouvent
garnies dani le fécond dcfléin dans la_^ partie vuide
S O I
dt» {^remief ; ce qui fait qu'au-lieu ne iz lacâ bro- .1
chvs , il arrive qu'il ne s'en trmive quelquefois que
6 , 7 i\ 8 , plus ou moins ; il faut en même tems que
l'ouvrier ait un grand foin de ne pas brocher à droite
ce qu'il a broché à gauche fur le drap ou ctofFe ce
qui n'eU pas ailé ou iacile pour l'ou\ rier , ôc encore
plus mal-aifé pour la lifeufe, qui efl: obligée de choi-
lir les lacs , pour ainu dire , des yeux ; infenfible- i
ment les lifcufcs &i les ouvriers s'accoutum.eront à
tr;iv;.'illcr dans ce goût , parce qu'il n'efl: rien dont
les fabriquans ne viennent à bout lorlqa'ils veulent
s'appliquer férieufement.
Quoique cette façon de lire le deflein foit détail-
lée autant qu'elle peut l'être , de même que celle de
travailler l'éiofFc , elle ne paroît pas aifée à compren-
dre , fi on ne counoît pas à fond , pour alnfl dire , le
métier; ainfi l'on poiuToit objcdfer que, fansfe don-
ner tant de peine , il ne leroit pas difïïcile de monter
un métier ôc faire une étotre l;ms répétition , en fai-
fant lire un deflein de 400 cordes à l'ordinaire, &
au-licu de 800 mailles de corps n'en mettre que
400.
L'on répondra à cette objedion qu'il efl: trcs-aifé de
faire une étoffe ians répétition fur un 400 ordinaire;
mais on obier vera en même tems que fl le corps ne
contenoit que 400 mailles , la réduw ion feroit fi grof-
fiere,qu'au-licu de 4 ;\ 5 bouts dont un gros-de-tours
ou latin efl: compofé pour la trame qui fait le corps
de l'étoffe , il en faudroit plus de dix ; en voici la
raifon.
Le papier réglé fur lequel le defllnateur peint fon
deflein , porte la largeur jufte de l'étoffe. Ce deflein
étant répété deux fois dans cette mêm.e étoffe , doit
fe trouver réduit à la moitié jufle dans la hauteur,
comme il efl forcé de l'être dans la largeur. Pour par-
venir i\ cette réduftion , il faut que la trame qui en
fait le corps foit proportionnée pour qu'elle foit par-
faite , attendu que fi on trame trop gros , les fleurs ,
feuilles ou fruits qui doivent être ronds , feront lar-
ges ; de même que fî on trame trop fin , les fleurs fe-
ront écrafées, &C perdront de leur beauté; c'efl pour
cela qu'un defTein fur un papier de 8 en 10 exige
d'être tramé plus gros que celui qui eft fur un 8 en
1 1 ; de même que celui qui efl fur un 8 en 1 1 , doit
être également tramé plus gros que celui qui eft fur
un 8 en 1 1 , attendu que la dixaine étant parfaitement
quarrée, plus elle contient de coups dans fa hiiuteur,
plus il faut qu'ils foient fins pour qu'ils puiiTent y
entrer. Ce fait pofé pour principe , il s'enfuit que
400 mailles de corps dans la largeur ordinaire , Gnp
ne garniront que par la quantité de 8 mailles chaque
dixaine, ne réduiront pas autant que 800 mailles qui
en donneront 1 6, attendu la répétition. Parla même
raifon , pulfque 12 coups doivent former le quarré
dans un deffein de 8 en 12 fur 16 mailles, il en fau-
droit 24 fur 400 mailles dans la largeur ; ce qui écra^
feroit la fleur , laquelle , pour être dans fa rondeur,
exigeroit une fois plus de trame chaque coup aue
l'étoffe ordinaire , ii quoi il faut ajouter que la dé- m
coupure dans le deflein qui ordinairement eft de I
4 fils doubles , fe trouvant pour-lors de 8 , ajouteroit
une imperfedion par fa grofliereté , à laquelle il fe-
roit impolîible de parer , puifque dans un latin de
90 portées qui compofent 7200 fils , la maille de
corps contenant 9 fils , pour lors elle en contien-
droit 18. On peut voir dans le traité disfatins rcJuhs
toutes les proportions géométriques qui doivent être
obfervées pour former une réduftion jufle daas
toutes les étoffes, proportionnément à la quantité
de mailles de corps contenues dans les largeurs or-
dinaires , puifque chaque maille doit avoir fa corde.
Par exemple,
Un fabriquant de Lyon vient de monter un métier
qui commencera à travailler dans la kniaine ; ce m^^
SOI
ïier contient 3200 mailles de corps fans répcfir'on,
conféquemmcnt 3200 cordes de rame, & autant de
femple. Comme la largeur de 3 zoo cordes de fcmple
porteroit huit fois autant de largeur qu'un 400 or-
tiinaire, on a adoffc deuxcafîins de 1600 cordes cha-
cun , lesquelles cordes font faites d'un fil de lin très-
fin , & ne porteront pas plus large qu'un 800 ou un
Tniile à l'ordinaire: ce qui facilitera le travail qu'une
trop grande largeur auroit totalement rendu impolTi-
blc. L'étoffe qui doit être fabriquée, ne fera point à
répétition, attendu qu'elle cil deltinée pour habit
d'homme à bordure, qui' ne fauroit être répétée,
cette bordure n'étant que d'un côté , de même que
ia patte de la poche & la foupatte qui ne fauroient
le trouver àmis le milieu de l'étofte , par conféquent
être répétées. Ce rcétier aura deux corps de 1600
waillcs chacun ; chaque maille ne devroit avoir qu'un
£1 double ; ma's couîme le double corps exige deux
chaînes, ou une chaîne & un poil; chaque maille de
rorps contiendra deux fils doubles: ce qui fera la ré-
duction tant dans la chaîne que dans le poil.
Suivant cette difpofiîion , une fleur qui dans un
400 ordinaire de huit dixaines de largeur efl réduite
à 4 dixaines , fera réduite dans celle-ci à deux : ce
qui eit un/objet conildérable , puifqu'elle doit être
dans fa hauteur d'une pareille réduûion ; mais pour
parer à un inconvénient aufîl difficile, on prend un
pc'.ni convenable , qui eCc qu'au lieu de peindre le
deilcin dans fa hauteur fur un papier de 8 en 10 , en
î I ou en 12., on tourne le papier de côté , & on
peint le deffein fur le papier en hauteur de 10 , de
II, de 1 2 en 8 : ce qui fait qu'au lieu de 1 2 coups
ide navette que contient la dixaine fur une largeur de
8 cordes , il n'en faut que 8 fur une largeur de 10,
1 1 ou 12; pour lors on peut donner à la trame un
peu plus do groffeur , pour que l'étoffe ait fa qualité :
-ce qui n'ernpêche pas que la découpure ne foit exac-
tement fine , dès qu'elle ne contient que deux fils par
mailles de corps : & ce qui fait toute la beauté de la
rédudion.
■ Pour ne rien laifTer à defirer fur les réponfes aux
lobjeftions qui pourroient être faites fur la réduftion,
on pourroit avancer que dans un 400 qui ne ieroit
pas répété , le deiTinateur n'auroit qu'à faire les
fleurs , feuilles & fruits plus longs en hauteur , & que
pour lors l'ouvrier étant obligé de mettre en rondeur
tous les Tu jets dont le deffein feroit compofé , il ne
Icroit pas obligé de tramer avec tant de brins. A quoi
on répond i '^. qu'il ne feroit pas poffible qu'un deifi-
nateur travaillât régulièrement , s'il étoit oblige de
défigurer fon deffein; 2°. la découpure étant groffe
par la maille de corps , lorfqu'elle lé trouveroit pla-
cée perpendiculairement, feroit beaucoup plus fine,
lorfqu'ci'e le feroit horiibntalement , parce qu'elle
feroit beaucoup plusferrée par la fîneife de la trame;
3". il e(k d'une ncceiîité indifpenfable que le defîein
foit peint avec une correâion exafte , puifque pour
parvenir à ce point , les deffinatevn-s qui veulent faire
du beau , font obliges de faire des efquifles autant
parfaites qu'il leur efl poffible , fur des papiers qui
portent ju (le la moitié de l'étoffe, pour celles qui font
répétées , de façon que l'efquifTe doit être femblabie
il l'étoffe , tant en hauteur qu'en largeur , & quand
elle efl faite , on la divlfe en plufieurs quarrés égaux
pour la peindre de même fur le papier réglé ; on ap-
pelle mettre en carte l'efquifle qui efl divilée égale-
ment en même nombre de quarrés: ce qui fait qu'en
fuppofant l'efquife parfaite , il n'efl pas polïible que
le deffein foit autrement. Par exemple , une efquilfe
qui reprcfcntc l'étoffe fabriquée, doit porter juile la
moitié de la feuille du papier réglé, puiique la feuille
porte jufle la largeur de l'étofte dont le deffein efl ré-
pété. La feuille du papier réglé contient 50 dixaines
de largeur & 40 de hauteur ; on la divife en dix par-
To/nc Xf\
Ô
V91
ties pour îa îçrgeur de cinq dixaines chacune. & eft
huit parties pour la hauteur: ce qui fait également
cinq di::aines pour la hauteur, conféquemment des
quarrés parfaits. On divife Tefquifîe de même , après
quoi on peint le deïTein ; & en fuivant cette métho-
de, il cil phyiiquement impofTible de le tromper.
Modèle iVun dcjjein à répétition. Faites lire le deffein
JÏ yl ,en commençant par le même endroit jufqu'erx
O O , la partie ou le côté ^ J étant en-bas ; la feuille
étanti'tte , renverfez-la , & mettez A A en haut; li-
fez une féconde fois , & commencez de même par
A A , en montant la feuille à mefure que l'on lira
pour finir en O O. Cette façon de lire vous donnera
l'étoffe , comme fi vous aviez lu à l'ordinaire la feuille
BB -X la fuite de la feuille A A : ce qui fait que la moi-
tié du deffein fufîit pour les étoffes à deffeins répétés
& épargne la moitié du travail au deffinateur.
Avec la rrtachine du fieur Maugis il n'efl befoinque
de lire une fois la demi-feuille pour femblabie opé-
ration.
Fonds d'or ou d'argent. Tous les fonds d'or ou d'ar-
gent riches, qui fe fabriquent aujourd'hui à Lyon,
loit pour habits, d'hommes ,foit pour veftes , fe font
à double corps , ou à la broche; il n'y a plus que les
fonds d'or pour ornement d'églifes qui fe faffent à
l'ordinaire , c'efl-à-dirc comme ils ont été démontrés
précédemment , avec des fonds de couleur : tous les
riches en or ont des chaînes , poils , &c. en couleuif
d'or ou aurore ; & ceux en argent, en blanc.
Toutes les chaînes des fonds or contiennent 40
portées doubles, qui conipofent 3200 fils doubles >
& 10 portées de poil, qui font 800 fils doubles ou
funples ; doubles, fi l'organfin efl fin; & fimple, s'il
efl gros : on ajoute un fécond poil de 40 portées fim-
ples , lorfque l'on veut une dorure relevée qui imite
la broderie. Tous les métiers généralement quelcon-
ques , font montés en gros de tours , c'efl-à-dire fur
4 lifies de levée pour la chaîne & le rabat , & autant
pour le rabat du poil; & deux feulement pour le le-
ver.
Tous les métiers & doubles corps ont 100 cordes
pour la chaîne, & 200 cordes pour le poil ; chaque
corde, tant de la chaîne que du poil, contient deux
arcades pour faire lever les 800 mailles de chaque
corps , ce qui fait que les fleurs ou ornemens font
répétés quatre fois dans l'étoffe ; on ne fauroit en ré-
péter moins dans les 400 ordinaires.
Comme la lame , foit or ou argent , efl ce qu'il y a
de plus brillant dans l'étoffe riche, c'efl aulfi cette
partie de dorure qui efl fémée le plus abondamment
dans toutes les étoffes ; on la paffe prefque dans tou-
tes à-travers avec la navette; on la broche dans quel-
ques-unes , mais rarement.
Ce coup de navette en lame doit faire deux figures
très- différentes, quoique d'un feul jet ; la première j
un grand brillant oii la lame n'cfl point liée; la fé-
conde , un très-beau fonds moiré, fuivant le goût du
deffinateur.
Pour l'intelligence de cette opération nous don-
nerons le nom de petit corps , à celui dans lequel les
fils de poil font partes feulement , &c le nom de s;rjrid
corps à celui dans lequel la chaîne efl palfée de mê-
me.
Les dcflTeins pour ce genre d'étoffe doivent être
lus fur les deux corps, pour le broché ovi autre coup
de navette s'il s'en trouxe, telles que les rebordu-
rcs, &c. à l'exception du lac de la navette de lame,
lequel doit être peint en deux couleurs. Tune poui*
faire la moire, & l'autre pour faire le brillant.
De quelque façon que foient peintes les deux cou-
leurs , pour faire avec la navette un fonds moiré Si.
un fonds brillant , néanmoins pour concevoir plu*
alfcment cette opération , nous fuppoicrons le t'jwî
Oo ij
29^
s O I
moire en marron pour la coulcvir peinte fur le daC-
fein, &i. le brillant en rouge.
Ces deux couleurs doivent être lues enfemblç , &
ne contenir qu'un leul lac ; lavoir le rouge lur les
deux corps , 6c le marron lur le grand corps ieule-
ment.
Pour travailler l'étofie on pnfle le coup de fonds
en Joie aurore ou blanc , fuivant les dorures ; on bro-
che enluite les efpolins, i'o'n foie , Ibit dorure diftc-
rente de la lame , 6c au dernier coup la navette de
lame , crainte que li on la pallbit au premier coup ,
après la navette deyô/<;la lame n'étant point arrê-
tée , le broche de tous les efpolins ne la fît écarter
ou rompre. Sitôt que la lame eft paffée , on fait le-
ver les liiles du poil feulement, fous le fil defquelles
on palîe, fans aucun lac tiré , un coup de navette,
auquel on donne le nom de coup perdu, &c cela pour
arrêter le poil qui , fans ce coup, traîneroit fous la
pièce dans les parties moirées.
Il eÛ donc aifc de comprendre que dès que l'on
tire le lac de lame , tout ce qui eft lu fus les deux
corps le tire , à l'exception du marron , qui n'étant lu
que fur le grand corps, la partie qui ne le tire pas de-
meure en tonds, & fait le liage de la moire ; cela eft
clair , puifque c'eft la partie du poil qui n'eft lue que
fur un corps.
Les habits pour homme & les veftes très-riches
ne contenant que de très-petites fleurs , il s'en fait à
quatre chemins qui font quatre répétitions ; il s'en
fait enfuite à cinq chemins , à lix , à fept & à huit , &
point au-defTus. Mais comme le fabriquant doit cher-
cher la facilité du travail dans fes opérations , & qu'il
fautnéceffairement que les 8oo mailles de chaque
corps travaillent, un métier à quatre chemins ou ré-
pétitions , doit contenir zoo cordes pour chaque
corps , ce qui fait deux arcades chaque corde de ra-
me , & 400 cordes à l'ordinaire.
Un métier à cinq répétitions ou chemins, fe mon-
te avec 160 cordes, qui font 320 pour les deux
corps, & deux arcades èk. demie à chaque corde de
rame.
Trois arcades à chaque corde de rame, un métier
à fix chemins ,133 cordes , 266 pour les deux corps.
3 arcades 7 à chaque corde de rame, un métier à 7
chemins, 114 cordes, 228 pour les deux corps.
4 arcades à chaque corde de rame , un métier à 8
chemins , 100 cordes , 200 pour les deux corps.
Le deflein pour 4 chennns ou répétitions , doit
contenir 25 dixaines, ci 25 dix.
à 5 chem, 20 dix. ci 20 dix.
à 6 chem. 16 dix. 5 cordes , ci 16 dix. 5 cord.
à 7 chem. 14 dix. 2 cordes , ci 14 dix. 5 cord.
à 8 chem. 12 dix. 4 cordes , ci 12 dix. 4 cord.
Comme l'extenlion des chaînes qui font néceflai-
res pour la fabrication des étoft'es riches, fatigue
beaucoup plus les cordages que les plombs qui lont
attachés aux mailles du corps. Les fabriquans qui ont
'un peu d'intelligence, prennent deux cordes pour
une lorfqu'ils font lire les dcifeins, dans le nombre
de celles qui font deftinées pour le grand corps, dont
chaque maillon doit foutenir quatre fils doubles de la
chaîne , Ik quatre fils fimplcs pour le relevé, ce qui
compofe douze tîls bien tendus ; & s'il y a huit répé-
titions , chaque corde doit faire lever 96 fils , ce qui
les fatigue beaucoup , tant celles du femple que cel-
les du rame : conféquemment c'eft une attention qui
même n'eft pas connue de tous nos fabriquans de
Lyon dont la plupart ne font , pour ainfi dire , que
des automates qui ne favent travailler que machina-
lement ; au-heu que dans le petit corps, un métier
monté à huit répétitions, ne levé pas plus de huit fils
fimples ou doubles, & encore d'un poil qui n'eft pas
tendu cxtraordinairemcnt pour que la dorure ou la-
me liée paroiffe mieux dans l'étolii.
S O I
On ne croit pas devoir obmettre que tous les
gros de tours riches étant compofés de 40 portées
doubles, qui font 3100 fils, les poils pour lier la do-
rure de 10 portées qui font 800 fils, ilfe trouve par
ce moyen ciuatre fils doubles , chaque maille de
corps & un M de poil fimple ou double, conféquem-
ment quatre fils doubles, à chaque dent de peignequi
contient 800 dents , 6c un fil de poil ; ce qui fait que
dans les doubles corps, ce liage ierré, & les filslx
près les uns des autres, font la moire en queftion,
le liage du poil dans les autres étoffes brochées n'é-
tant que du quart du poil qui eft paiTé fous quatre
liffes de rabat , c'eft-à-dire toutes les quatre dents du
peigne , un fil.
L'on ajoutera encore qu'il faut autant d'arcades au
petit corps qu'il en faut au grand , pour que le tout
puifTe fe faire jufte ; & cela à proportion des répé-
titions.
Le beau relevé fe fait aujourd'hui avec un deuxei-
me poil de quarante portées fimples ; ce qui fait qua-
tre fils féparcs chaque maillon & chaque dent du
peigne,
La dorure pour relever eft ordinairement or ou
argent lifTe, broché à deux bouts; il faut que le def-
fein 6c le métier foient difpofés pour cette opéra-
tion.
Quant au defTein , la dorure qui doit être relevée,"
doit être peinte d'une feule couleur , félon l'idée du
delTinateur; la partie qui doit être relevée , doit être
peinte d'une couleur oppofée à cette première , 6c
par-deflus;en oblervant que dans toutes les parties
qui contiennent les extrémités des fujets, il y ait
au-moins deux côtés au-delà de celles qui doivent
être relevées , c'eft-à-dire que fi la dorure qui doit
être relevée eft peinte en jaune ; la partie qui doit
faire le relevé en bleu , peinte fur la partie jaune ,
tous les contours , refentes , &c. doivent être rebor-
dés de deux cordes de jaune , tant en-dehors qu'en-,
dedans.
Pour brocher le relevé , on tire le lac peint en
blanc , & on fait rabattre tout le poil des 40 por-
tées fimples , qui ordinairement n'eft paflé que dans,
le corps , & fous deux ou quatre liiTes de rabat ; après
quoi on pafTe l'efpolin qui contient une petite canette
de 4 ou 6 gros bouts de/oie , après quoi on laifTe aller
la marche , & on fait tirer un fécond lac qui eft le
même , à l'exception des deux cordes de plus dans
toute fa circonférence , 6c on broche l'efpolin de do»
rure.
Les deux cordes de plus , peintes dans les circon-
férences & découpures des fleurs relevées , font fi
nécefl'aires , que fi elles manquoient , on ne tireroit
que la même partie fous laquelle auroit pafTé la foie
pour relever ; il arriveroit alors que la yè/e paflee
étant étendue aufTi-bien que la dorure , refferreroient
les rives ou extrémités des fleurs de telle façon qu'il
fe feroit des ouvertures dans l'étoffe , qui feroient
très-défe£lueufès , & porteroient coup à la vente ;
ce qui eft arrivé dès le commencement que le relevé
a été mis en pratique.
Etoffes à lu broche. Le fonds d'or ou d'argent à la
broche ne différent en aucune façon pour l'appa-
rence de ceux qui font à double corps, mais la fabri-
cation en eft très-différente ; outre que l'on peut fabri-
quer un fonds or à la broche , comme une autre étof-
fe , avec 400 cordes & deux répétitions feulement ;
au-lieu qu'en double corps il faudroit 800 cordes ,
favoir 400 pour le poil &C 400 pour la chaîne.
L'invention de la broche, dès le commencement,
ne fut mifecn pratique que pour rendre le liage de la.
corde plus fin , & pour le faire grand ou petit , fui-
vant que la beauté de l'étoffe l'exigeoit ; pour lors oa
faif'oit tirer les cordes du liage telles qu'elles étoient
peintes par le deftinateur , & en même tcms on fai-
s O I
iblt rabattre a\xc la marche une lilTe qui fiùfoit balf-
ler un fil double de chaque maille du corps qui étoit
tirce , après quoi on paffoit la broche ; & failant tirer
enfuiie le lac qui devoit être broché , &C joignant la
broche au peigne , ilarrivoit que le lac tiré en levant
la broche , enlevoiten même tems les trois quarts de
chaque maille de corps qui étoient demeurées def-
fus , &: ne laiflbient pour lier que le quatrième Hl
que la lifle de rabat avoit fait trouver fous la broche
lorfqu'on l'avoit pafféc quand le lac avoit été tiré.
La broche fait aujourd'hui le même effet que le
double corps ; il y a encore cette différence qu'avec
la broche on peut faire un fonds moiré avec le quart
de la chaîne , en faiiant baifî'er une liffe du rabat ; pour
lors il ne faut point de coup perdu , comme au dou-
ble corps ; ou-bien avec le poil en faiiant bailler les
quatre lifTes de liage ; pour lors il faut le coup perdu
comme au double corps; ainfitout revient au mê-
me.
Les métiers pour la broche font montés à l'ordi-
naire , comme tous les gros-de-tours en 40 portées
doubles de chaîne , & de dix de poil ; on les monte
aufïï en relevé , en ajoutant un fécond poil de 40
portées fimples , comme il a été dit ci-devant. Les
parties qui doivent faire fonds m.oire & fonds brillant
par la lame , doivent être peintes fur le deffein, com-
me celles des doubles corps.
Au lieu d'un feul lac qui fufHt pour le double corps,
afin de faire le moëre & le brillant, ici il en faut deux.
En fuppofant la partie du brillant fans liage peinte en
rouge , & celle de la moire en marron , on tire la
partie peinte en rouge, fous laquelle on pafîe la bro-
che nuement , fans bouger ni faire mouvoir aucune
lifîe , & lorfque la broche efl pafîee , on prend le fé-
cond lac peint en marron , que l'on tire avec celui
cjui eft peint en rouge ; pour lors faifanî baiffer tout
ie poil de dix portées, ou une des quatre liffes qui
contient le quart de la chaîne , on pafîe la navette de
lame , ou on broche l'efpolin de la même qualité de
dorure.
Il efttrès-aifé de comprendre,que le premier lac tiré
fe trouvant (ou h/oie qu'il levé) toute fur la broche,
quand le fécond cft tiré enfuite ,Ia broche étant près
du peigne, les fils que la lille de rabat fait baiffer étant
fur la broche, ne peuvent pas fe trouver defTous étant
arrêtés par cette même broche , & qu'il n'y a que
ceux du fécond lac , lefquels fe trouvant defTous, &
n'étant gênés en aucune façon , forment la figure de
la moire , en baiffant aufTi bas que le refte de la chai;
ne qui ne fe tire pas ; oc le vuide qui fe trouve dans
la partie oîi les fils ne peuvent pas baiffer, forment
le brillant de la lame. Il eu. vrai cjue pour cette opé-
ration il faut deux tcms ; favoir , celui de paf-
fer la broche , & celui de paffcr la navette , au lieu
qu'au double corps , il n'en faut qu'un , qui eff celui
de palfer la navette feulement. Mais en revanche fur
le métier de la broche , on peut , comme on l'a déjà
dit, faire l'étoffe à l'ordinaire à deux répétitions non-
feulement, mais encore toutes fortes de grof détours
à la broche ou non , fans rien changer au métier , ce
qui ne fauroit fe faire avec les doubles corps.
L'on a trouvé depuis peu une invention affez jolie
pour faciliter le travail des étoffes à la broche , qui
i'ouventfont difficiles à travailler, lorfque la moire
fe fait par le moyen du quart de la chaîne , il ne fera
pas difficile de le comprendre ; par exemple , lorfque
l'étoffe a plus de brillant que de moire , &c que Ton
fait baifî'er le quart de la ch.iîne , il arrive que les fils
de cette chaîne, qui efl extrêmement tendue , le de-
viennent encore davantage , lorfque la partie de /oie
qui doit faire la moëre efl levée , le quart de cette
même partie étant forcé de baifî'er, tait une triple cx-
tenfion ; favoir, celle de la chaîne ordinaire , celle
de la tire , & celle du rabat, lequel pelant fur lu bro-
S O I
•2
93
chc , la force de baiffer, & fait que la navette de la-
me ne peut fe pafTer que difncilement dans ces mo-
mens, qui , fuivant les deffeins , ne font pas de du-
rée. Au moyen de cette mécisanique, la broche paffe
derrière le peigne dans quatre lames d'un fer bien poli
pafî'é dans la chaîne , comme des mailles de liffes ,
& lorfqu'on veut paffer la navette , on fait lever la
petite méchanique , comme une llfîe qui foutientla
broche , & la navette fe paffe plus aifément. L'auteur
du préfent mémoire a donné dans le panneau , com-
me les autres ; il a fait faire la petite méchanique, Se
s'en cû fervi pendant quelques jours ; tout ce qu'elles
déplus beau efl de lancer la broche auffipromptement
que lanavette,&: de la retirer de môme quand la lame
efl paflée. Après avoir bien ex^imméfionne po.urroit
pas trouver un moyen plus alié pour cette opération,
il n'a pas pu s'empêcher de rire de fa fimplîcité , &
de celle de tous les fabriquans qui travaillent ces
genres d'étoffes ; il a raifonné & penfc , que pulfque
tous les fabriquans en double corps font la moere
avec le poil qui efl paffé au petit corps , on pouvoit
bien la faire de même avec le poil , quoique le mé-
tier fût monté autrement ; de façon qu'au lieu de
faire balfïer le quart de la chaîne au coup de lame, il a
fait baiffer les 4 liffes de poil , ce qui revient au mê-
me , puifqu'ilfe trouve un fil par dent de peigne,
quand tout le poilbaiffe,comme au quart de la chaîne.
On pourroit dire que la quantité de fîls de poil qui
baiffcnt , étant égale à celle des fîls de la chaîne y.
Tcxtenflon des fîls de poil doit produire le même ef-
fet que celle des fils de la chaîne ; à quoi on répon-
dra , que tous les poils en général deflinés à lier la
dorure dans les étoffes de la fabrique , ne font point
tendus & arrêtés comme les chaînes , attendu qu'ils
enterreroient la dorure ; d'ailleurs les poids qui les
tiennent tendus montent au fur 6c à mefure qu'ils
s'emploient ( précaution nécefiaire pour conferver
l'égalité de l'extenfion ) , au lieu que les chaînes font
arrêtées avec des valets ou efpeces de balcuLs char-
gés de poids confidérables , qui empêch:-nt à l'enfu-
ple de jouer pendant le cours de la fabrlcaclon , ce
qui n'efl pas de même au poil qui monte & defcend,
c'efl-à-dire le poids, tandis que l'on travaille l'étoffe,
de façon que l'on voit dérouler le poil , lorlqu'on le
fait rabattre pour paffer le coup de lame , 6c ainfî
monter le poids & deicendre , fuivant les eiforts de
la tire & du rabat , & par ce moyen conferver tou-
jours l'égalité de fon extenfion, ce qui ell d'une con-
féquence infinie pour toutes les étoffes de la fabrique,
dans lefquelles les poils font deflinés à former des lia-
ges dans la dorure. Au moyen de cette façon de tra-
vailler , en faifant baiffer le poil au lieu de la chaîne,
l'on paffe la navette de lame auffi aifément que dans
une étoffe unie.
Suiie des ctofis à la broche. Il fe fabrique à Lyon des
étoffes riches , auxquelles les ouvriers ont donné le
nom d'étoffes à la broche , qui dans le commerce
n'ont d'autres dénomination que celle de fond d'or
ou d'argent riches. V^oicl ce que c'efl.
Toutes les étoiles riches de la fabrique , dont la
dorure cil lice par les liffes, fbit par un poil , l'oit par
la chaîne , ont un liage luivl que forme des ligues
diagonales , lefquelles partant à droite & à gauche ,
félon la façon de commencer ou d'armer le liage ,ea
commciiçant par la première du côté du bâtant, &C
hniffant par la quatrième du côté des lllîcs , ou en
commençant par cette dernière, 6»: finlffant parla pre-
mière du côté du battant. Cette façon d'armer le liage
en général, 6c pourvu que la liffe ne Iblt pas con-
trariée, efl la même, ou produit le même effet,
(^u^re cette façon de lier la dorure dans les étotles
riches , elles ont encore une dorure plus grolie , qui
imite la broderie , appellée vulgairement dorure fur
lU^c , parce que pour lors on no baiffc point de liffe
2Ç4
s O I
pour lier cette dorure , qui n'eft arrêtée que par la
corde ; c'ell-à-dire , que dans les parties de dorure
€]ul font tirées, & qui ont une certaine largeur; le
dilfinateur a loin de hiliier des cordes à ion choix,
IcfcjUcUes n'étanr pas tirées , & fe trouvant à dillance
les unes des autres , arrêtent la dorure , & lui don-
nent plus de relief , parce qu'elles portent plus d'é-
loif.ncment que le (il ordinaire quiia lie. La diflance
ordinaire des cordes qui ne font point tirées , afin
d'arrêter la dorure, ell de 13 à 14 cordes; au lieu
que dans les liages ordinaires , elle ne pafle pas
pour les plus larges ,5^6 cordes. Outre le brillant
que le liage par la corde donne à la dorure , le deffi-
nateurquile marque au defl.ein , a encore la liberté
dj diftribuer ce liage À fon choix , tantôt à droite ,
tantôt cl gauche , daiïs une partie de dorure en rond ,
quarrée ou ovale, comme il lui plaît , dans une
feuille de dorure , à former les côtés , ce qui ne fe peut
avec la liffe ordinaire. Cette façon de tirer la dorure
étant peinte fur le deffein, il n'elî pas de doute que
le deffmateur ne la diltribue d'une taçon à faire bril-
ler davanta;^e l'ctciîe , & qu'il ne la repréfente com-
me une b/oderie parfaiitc.
Maigre la beaiité que l'étoffe acquérera par cette
façon arbitraire de lier la dorure , il s'y trouveroit
un di^faut , auquel on a voulu remédier. Trente an-
nées ou environ fe font paflees , fans qu'on ait pu y
parvenir. La corde de la tnaille qui lioit cette dorure ,
kiL qui tenoient ordinairement dans les tonds gros-
de-tours , huit fils fimples , ou quatre fils doubles ,
qui compofent la dent du peigne , étoit trop groile ,
en comparaifon des autres liages qui ne font que d'un
fil fnnple , ou deux fils dans le taffetas ou gros-de-
îours, parce que ce genre d'étoffe efl ourdi de même ,
& qu'il n'eft pas polTible de féparer le fil qui a été
doublé par l'ourdifiagc. Il falloir donc trouver le
moyen de diminuer la groffeur de ce liage , fans dé-
ranger néanmoins la variation qui lui efl: donnée ,
pour qu'il foit parfait ; fk; voici comment en eft venu à
bout un des plus habiles fabriquans de Lyon,
On a dit ci-devant , que le delïïnateur peignoit
fon liage par la corde , pour lui donner l'agrément
qu'il defiroit; la lifeufe lailToit en fond cette corde
peinte, afin que n'étant pas tirée , elle formât une
découpure , qui arrêtoit ou lioit la dorure. On a
fuivi le môme ordre , quant à la façon de peindre le
deffein ; mais au lieu de laiffer en fond la corde def-
tinée à lier la dorure , il a fallu au contraire en faire
un lac particulier , & la faire lire comme les autres
couleurs.
Lorfqu'il eft queftion de fabriquer l'étoffe , on fait
tirer le lac qui contient les différentes cordes defti-
nées à lier la dorure ; ce lac étant tiré , l'ouvrier au
moyen d'une marche particulière , polée exprès ,
fait baiffer une des quatre liffes du rabat de la chaîne ,
laquelle faifant baiffer de même un des quatre fils
doubles de la maille , 11 paffe une petite baguette de
fer ronde & bien polie dans la féparation des fils ,
que chaque maille tirée a fait lever , de façon qu'il
fe trouve un fil double de chaque maille deffous la
baguette de fer. Cette opération faite , il pouffe la
baguette de fer du côté du peigne , & immédiate-
ment après , il fait tirer le lac de la dorure qui doit
être liée par la corde , en laiffant aller le lac des cor-
des même , fous lefquelles la baguette a été paffée.
Ce lac étant tiré , les cordes qui doivent lier reftent
en fond comme A l'ordinaire ; mais la baguette qui
eft couverte des trois quarts des fils de chaque mail-
le , étant levée par les autres parties de foii , fous
îefcjuelles la dorure doit être paffée ; elle levé par
conféquent les trois quarts des fils de chaque maîile
dont elle eft couverte , & ne laiffe dans le fond que
ie feul fil double qui a été baiffé , lorfqu'on a tiré le
lac du liage qui fert feul à lier la dorure , au lieu des
SOI
quatre qui la lioient précédemment, après quoi l'oïi-
vrierjatire pour paffer les autres dorures & les cou-
leurs dont l'étoffe eil; compolée.
Cette baguette cft un peu plus groffe que celle qui
forme dans le velours cizelé, celui qui n'eft pas cou-
pé , & qui vulgairement c)l nommé velours frifi ; elle
a la même longueur & paffe tranfverfalcment fur l'é-
toffe.
Cette façon de lier la dorure , eft fans contredit
une des plus belles inventions qui ait été ti-ouvée
dans la fabrique , eu égard à l'état aftuel où elle fe
trouve.
Quelques fabriquans pour fe diftinguer ont voulu
faire des étoffes liées de même , fans fe fcrvir de la
baguette de fer , qui a fait donner à l'étoffe le nom
d'ttoffe à la broche , parce que dans le patois de
Lyon , on appelle ordinairement broche , une petite
baguette de bois, de fer ou de laiton ; ils y ont réuffi,
en faifant ourdir un poil de 10 portées , compofant
800 fils ; mais pour faire cette opération , il falloit
800 mailles de plus , pour contenir les 800 fils de
poil, conféquemment 400 cordes de rame, & 400 à
chaque femple de plus , ce qui , avec le fil de laô
d'augmentation , faiioit un objet de trois à quatre
cens livres de dépenfe pour l'ouvrier, indépendam-
ment de l'embarras de cette quantité de cordages ,
qui retarde toujours la fabrication : au lieu que dans
l'étoffe à la broche , il n'y a rien à changer au métier,
m au travail , fi ce n'eft le tems de la paffer , qui n'eft
rien pour ainfi dire , ce qui a fait donner la préfé-
rence à la première invention.
Etoffes riches qui ne peuvent Je faire que tendrait dif-
fus. La Ruffie &: quelques provinces du Nord , tirent
de la fabrique de Lyon, des gros -de -tours fans
nuances , qui font très-riches.
Les étrangers veulent des étoffes pour l'hiver ,"
qui aient beaucoup d'apparence , & qui ne foient
pas chères , de façon qu'elles ne font brochées qu'a-
vec de la lame d'or ou d'argent , qui eft l'efpece de
dorure qui a le plus de brillant , ce qui convient
parfaitement à l'un & à l'autre fexe qui ne s'habille ^
pour ainfi dire, que la nuit , les jours y étant trop
courts en hiver ; il eft vrai qu'on y envoyé auffi des
marchandifes très-riches , dans le goiit ordinaire ;
mais comme la lumière favorife plus que les autres
celles qui font faites feulement avec de la lame ,
celles-ci ont la préférence.
La ralfon qui fait que les étoffes fabriquées avec
de la lame feulement, exigent que l'endroit foit def-
iiis , ne pouvant être faites auffi belles & à aufii bon
prix , fuivant la méthode ordinaire, demandent une
explication détaillée ; il faut la donner.
Les découpures qui font néceffalres pour donner
aux fleurs , feuilles & tiges , l'agrément qui leur con-
vient , pour qu'elles foient parfaites, refteroient en
fond de la couleur de la chaîne , dès qu'il n'y auroit
qu'un lac broché & appauvriroient l'étoffe , ce qui
eft le langage ordinaire , parce que les découpures
étant ou plus grandes ou plus petites , fuivant que
les feuilles ou les fleurs l'exigent pour leur perfec-
tion , diminueroicnt leur brillant , attendu l'oppo-
fitlon qui le trouveroit entre la foie qui paroîtroit
terne , en comparaifon de la lame , & cette même
lame dont l'éclat ferolt dlm.inué ; il eft vrai que l'on
pourroit faire lire un fécond lac qui ne contiendroit
que ces découpures, & le brocher en frifé de la mê-
me dorure de la lame , c'eft-à-dire or, fi la lame
étoit or , & argent , fi la lame étoit de même ; pour
lors la découpure étant brochée & couverte par un
frifé , la fleur , la feuille ou la tige feroient également
riches , & l'étoffe ne fcroit point appauvrie. Il n'eft
pas poffible de trouver une nutre méthode pour une
étoffe, dont l'endroit eft deffous. Dans ce cas, un
lac de plus augmenteroit la façon de l'ouvrage , & le.
SOI
"rifé la maticrc , par conlcquent le prix de l'étofTe.
Les fabriquans de la ville de Lyon, ingénieux ri
aire des étoifcs , dont le bon marche leur procure
a préférence, &: fatistalîcnt les peribnnes qui veu-
ent briller i peu de frais , ont trouvé le moyen de
aire l'étofTe auifi belle , avec un lac leul , & fans y
jouter de friié , en baiiiant l'endroit dcffits.
Ils font pour cet tfîet defîiner le defiein à l'ordi-
laire , & ne font peindre que la corde qui fait le
ontour des fleurs, feuilles, fruits & tiges , de mê-
iie que les découpures grandes & petites, qui fe
rouvent dans tous ces fujets , c'eft le terme; ils font
ire les parties peintes qui (ont d'une (eul couleur ,
e vuide qui ié trouve entre ces parties peintes ,
orme le dcfTein , pour lors la bordure des fleurs ,
éuilles , fruits & tiges , de même que les dé( oupu-
es étant tirées pour brocher la lame , l'ouvrier fait
>aiffer trois iifles du rab.it du gros-de-tours , au
noyen d'une marche pofée exprès pour cette opéra-
ion , les trois liffcs rabattant les trois quarts de la
:haîne; le quart qui demeure levé , ayant du vuide
»ar la féparaticn des trois quarts qui baiffent, forme
m liage ferré , fous lequel la lame étant pafféc , elle
kit un efpece de fii(é , qui paroît fi peu différent de
a lame ordinaire , qu'il n'eft perlonne qui ne s'y
néprenne;& comme la lame n'eft liée que parla
orde , le liage ne fe trouvant que d'un feul fil , au
ieu de quatre , il produit le même effet que dans
es étofîes à la broche. Obiervez que le liage efl
bfolument peint & lié avec les découpures & les
:ordes qui forment le contour des fleurs , feuilles ,
iruiîs & tiges , dont le deflein eil compoié.
Cette invention , à la broche près , n'cfl pas une
les moindres de la fabrique , on peut dire même
[u'elle a eu des admirateurs.
Il fe fabrique des étoffes , auxquelles on a donné
e nom de péruviennes, qui font faites au bouton > qui
"ont légères , jolies &c à bon marché.
Elles font compolées d'une chaîne de 50 à 60 por-
ées , ourdie en deux couleurs différentes ; chaque
:ouleair de la chaîne a un corps particulier ; les deux
:orps donnent heu à deux lacs difïcrens , lefquels
e tirent fuccefîivement l'un après l'autre ; on pafTe
m coup de la même navette fous chacun des deux
acs tirés, la couleur de la trame qui tft dans la na-
v^ette eff différente de celle des deux chaînes , de fa-
;on que l*étoffe montre trois couleurs différentes ,
;e qui compofe une étoffe aulTi belle que le delfein
)eut y contribuer , & qui ne revient pas chère.
Cette étoffe n'a point de liffcs pour le coup de
■onds , les fils qui le forment font paffés dans les
Tiailles ; on a foin de faire lire le fonds avec la figure ,
Je façon qu'au moyen de la tire , l'un & l'autre fe
:'ait enfemble.
En fuppofant la chaîne d'une étoffe fëinblabîe de
5o portées , elle contient 4800 fils. Chaque fil doit
avoir fa maille de corps , afin que le fonds puiffe fe
faire tel qu'il efl dans un taffetas ; fa voir \\n pris &
un laiffé : il faudroit donc par conféquent 4800
mailles de corps & autant d'aiguilles de plomb pour
faire baiffer la n-aille quand on iaifle aller le lac tiré:
or dans cette étoffe 120 ou 1 60 aiguilles fuffifent pour
cette opération , & voici de quelle façon on s'y
prend.
Comme les deffeins de la péruvienne font petits ,
ceux qui portent 30 lacs d'hauteur ont 60 liffcs, fa-
voir 30 pour chaque couleur de la chaîne , plus ou
moins à proportion de la hauteur du deflein ; lesliffes
ibnt faites de façon qu'il s'en trouve toujours une
plus haute que baflé de deux pouces au moins quoi-
que les mailles fbient de hauteur égale. Cette pié-
caution elt néceffaire , afin que 60 ou 80 lilfes ne
portent que la moitié de la dilfaiicc nue les Idics ont
ordinairement entr'ciles ; chaque liiie ne porte que
S O î
m
oeux aiguilles , de façon qu'an moven de cette façon
"de monter ce métier , au heti de 4800 aiguilles 1 20
ou lôofufîiiént pour faire l'étoffe. Il faut obferver
encore que ces liffes font faites de façon qu'il y a
une diflânce de trente mailles chaque lific de l'une à
l'autre fi le métier eff de 60 , & de 40 s'il efl de 80
afin que chaque maille puiife fe trouver ri^guliere-
ment à la place du fil dans laquelle il doit être placé ,
pour qu'il ne fbit point contrarié ; ces fortes de liffes
font appellées ^ijéi âjour , par rapport à réioi<'ne-
ment des mailles. Les iifferons iiir lefquels font mon-
tées les lilfes de cette façon , n'ont pas olus d'une
ligne d'épaiffeur , ce qui fait que 6o liffes ne portent
guère plus de trente Ugnes ou trois pouces , par la
façon dont on vient de démontrer que les l.iffcs
étoient faites & attachées lorfqu'elles font ferrées -
mais comme dans le travail elles ont befoin d'una
certaine diflance pour qu'elles puifïénî avoir du jeu
la dilf ance ordinaire eft toujours de fix pouces çn-i
viron.On évite par cette façon de monter le métier
f emba.-ras de deux corps , fans lefquels on ne fauroit
faire une étofle , quand elle eft façonnée, outre les
quatre premières liifes qu'on ne fauroit s'éparaner
pour en faire le fonds.
Pour que le deflein paroiffe plus long , ou ait plus
de hauteur dans une étoffe de cette efpece , le delîi-
nateur a ibin de le compofer de manière au'il foit
répété, c'elt-à-dire , qu'on puiffe revenir fur fes pas
en tirant le bouton, ce qui s'appelle dejffimr a re-
tour. En conféquenco au lieu de paroître de ^o coups
de hauteur dans l'étoffe de 60 liffes , il paroît ert
avoir 60 , & à proportion dan^ les autres.
Des fonds or guiÛochés. Pour 1 intelligence de cette
façon de faire des fonds or dont la dorure put par
le liage former une efpece de guilloché , il faut exa-
miner ce qui a été écrit fur les étoffes riches à la
broche. Foyc?^^ ce qui prUede. La façon de tra^
vailler les étoiles en le fervant de !a broché , alon-
geoit un peu le travail , il étoit néceffaire de trou^
ver un moyen qui parât à cet inconvénient & qui
produisît le même effet ; pour y parvenir, on ajoura
plulîeurs liffcs de liage & une quantité de marches
équivalente à ces hffes , dont chacune doit avoir la
marche ; dans cette quantité de marches, on en choi-
fiffoit deux pour former un liage droit fur la lame
brochée , les autres liffes étoient dilpoiécs de façon
qu'elles failoient une certaine figure dans les dorures
qu'elles lioient, néanmoins cette figure étoit toujours
la môme dans le cours du delfein , il étoit donc né-
ceffaire de trouver un moyen de diftribuer'une façon
de Uer la dorure , qui fût différente dans toutes les
parties que l'on vouloit qui fuffont liées différem-
ment , ce qui n'auroit pas pu fe faire qu'en mettant
autant de liffes , & conléquemment autant de mar-
ches que les différences du guilloché en auroient exi-
gé , ce qui , fur un deffein de dix dixaines , huit en
douze , auroit exigé cent vingt liffes Sautant de mar^
ches de hage.
La méthode qui a été mife en ufage pour parvenir
à faire des fonds or ou autres étoffes riches , dont le
liage formât des guillochés différens dans les étoffes,
a été celle de monter des métiers à deux corps ; fa-
voir , un corps pour le ]K)il , & Un pour la fi^-^urc : les
premiers métiers ont été montés; liivoir, 200 cor-
des pour la figure , & 200 pour le poil , afin de ne
point déranger Tordre des 400 cordes , nombre ordi^
naire de la plus grande quantité des métiers. Chaque
corde de rame étoit attachée ù deux arcades , ou deu.v:
arcades étoient attachées à chaque corde de rame ^,
pour faire tirer quatre mailles de corps, ce qui fait
800 mailles à l'ordinaire pour former la rédudioii
qui eft en ufagc dans la fabrique ; le fécond corps
étoit attaché de même à 400 arcades , dont deuV
étoient attachées à chacune des 200 autres corJçfl
i()6
S O I
àc rame , ce qui faitoit encore 800 mailles dans lef-
■quclles étoient paflcs 800 iils de poil pour lier la do-
rure , detaçon que l'ourdiiTage du poil étant de 10
portées à 80 fils chacune , le noir.bre de 800 fils le
trouvoit complet &C égal à celui de la chaîne quant
aux mailles de corps, le nombre des fils de la chaîne
étant pour ces genres d'étoffes de 40 portées doubles
qui composent 3 200 fils doubles qui valent autant
que 6400 fimples , &c par conlcquent 4 fils doubles
chaque maille de corps, ce qui t'ait tous les 4 fils
doubles un fils de liage, l'ufage étant de paffer le lia-
ge de façon , que dans toutes les étoffes façonnées ,
il fe rencontre tous les 6 , 8 , 10 & 1 1 fils un de lia-
ge , pour que la dorure ne ioit pas trop couverte. Si
le liage étôit plus ferré ou que le nombre de fils fut
plus grand, attendu que la largeur de l'étoffe efl la
même , ils fe raprocheroicnt davantage.
L'ouvrier en paffant les fils de poil & ceux de la
chaîne dans les îiffes après les avoir paffé dans cha-
que corps féparément , doit avoir un grand foin de
palVer les fils de poil dan.s ks Iiffes , de façon que la
première maille ou boucle de la liffe réponde parfai-
tement à la première maille du corps , la féconde ;\
la fécond- , la troiûeme à la troifieme , la quatrième
à la quatrième , pour les 4 Iiffes dans l;;fquelles on
le paffe ordinairement. Cette précaution efl d'une
néceffité indifpcnfable, attendu que i\ elle n'étoit pas
d'accord, les Iiffes difpofées pour lever à chaque coup
de navette qui fait le corps de l'étofTc , une partie du
poil ; fi ce poil n'étoit pas d'accord avec les iiffes , il
feroit lever quelques-uns des fils qui doivent lier la
dorure, ce qui formeroit une coritrariété qui readroit
l'étoffe défeducufe , ainfi qu'il a été dit piufieurs fois
dans les articles où il a été queftion du liage de toutes
les dorures en général , la maxime étant que le fil
qui doit lier la dorure où h foie ne doit point lever
dans les coups de navettes qui précèdent les lacs que
l'on doit brocher, attendu que les lacs brochés & les
coups de navettes ne forme:jt qu'un même coup dans
le travail de l'étoffe ou vme même ligne horifontale
fur le deffein.
On pourroit ob'ieder que le poil pour lier étant
paffé dans un corps particulier , le travail de l'étoffe
le faifant lever & baiffer, les hffes deflinées à lui don-
ner ce mouvement devroient êirc inutiles. A quoi
on répond, que fi un poil de fil fe trouvoit, fuivant
la figure que le deffinateur donneroit à fon ouvrage,
2,3,4,5 dixaines & plus fans travailler , ce fil de
poil paroîtroit à l'envers de l'étoffe dans une pareille
étendue , ce qui feroit qu'outre qu'il kleheroit plus
que ceux qui travailleroient, cet envers feroit ridi-
cule & rendroit l'endroit de l'étoffe dans lequel il
feroit employé très-déf'edueux, attendu qu'il ne lie-
roit pas comme celui qui tireroit davantage ; c'efl:
précilément pour parer à cet inconvénient, que l'ou-
vrier , outre que ce poil eft paffé dans le corps , efl
encore obligé de le paffer dans deux ou quatre Iiffes ,
n'importe qu'une liffe, s'il n'eft paffé que fur deux, ou
que deux, s'il efl paffé lur quatre, puiffent lever en
croifant , & draper avec la chaîne , la hflé ou les
deux levant alternativement aux coups de navette
qui font paffés pour faire le corps de l'étofre , en ob-
fervant toujours , comme il a été dit , de ne pas faire
lever celui qui doit lier , ce qu'il efl ailé de prévoir
en accordant l'armure avec la façon dont le poil efl
paffé dans le corps.
Toutes ces étoffes riches font montées ordinaire-
ment en gros détours , attendu qu'il ne paroît point
de fond , ce qui fait que la chame pour les or eft tou-
jours de couleur amorc , & blanche pour les fonds
argent , ce qui a donné lieu de parler de 40 portées
doubles pour l'ourdiffage , qui valent (k compofent
80 portées à fils fimplcs , fur quoi il faut obi jrver ,
que fi on ourdiffoit 80 portées à fils fimples, la quan- I
P O 1
tltc de crolfés que les fils donnerolent , empéche-
roient à l'étoffe de ie ferrer , puifcue dans 80 por-
tées fimples qui compoient 6400 , il fe trouve roit
32.0Q croifures , au lieu que dans 3 loo fils doubles
il ne s'en trouve que 1600. On fait à Lyon des gros-
de-tours ourdis à 60 portées firnp'.es ; mais comip.e
dans ce nombre de 60 portées , qui compofent 4800
fils féparés ; il fe trouve 1400 croifures , ces étoffes
ne peuvent recevoir qu'une trame très-fine par rap-
port à ces mêmes croifures , elles ne forment qu'un
iimple taffetas très-mince ; celte obfervation ciï de
conféquence.
Piufieurs fabriquans font aujourd'hui teindre leurs
chaînes &c\ curs poils en blanc pour les étoffes riches,
dont les plus grands fujets (terme de fabricjue) où
les principales parties lont en argent , & lorfqu'ils
veulent fur la même chaîne faire des or , ils la jau-
nlffcnt avec du rocou , ce qui vaut à-peu-près autant
que fi elle étoit teinte en aurore , pulfque le fond de
l'étoffe quant ;\ la chaîne , ne paroît pas.
Les premières étoffes qui ont été faites dans ce goût
étant montées , comme il a été dit , fur 200 cordes ,
le deffein ne pouvo'.t être que très-petit, attendu que
le delfinateur dans la hauteur du dcfiein éloit obligé
de fe conformer à la largeur ; aujourd hui on les
monte fur des 400 , ce qui fait qu'il faut des cafiîns
de 800 , & les femples de môme , ce qui néanmoins
ne fait que 800 mailles de corps pour la chaîne , &
pareille quantité pour le poil , chaque corde de rame
n'ayant qu'une arcade au lieu de deux , tant pour la
chaîne , que pour le poil ; de façon que le deffmateur
peut s'étendre autant qu'il le juge à-propos.
Le métier difpolé de la manière qu'on vient de le
décrire , le defîinateur peint le liage de la façon qu'il
defire qu'il foit fait, en donnant à chaque partie de
dorure le guillochage qui lui convient, ce qui ne
pourroit pas fe faire avec la broche , parce qu'à cha-
que partie de dorure , il faudroit la paffer , ce qui ,
dans une étoffe de quatre lacs de dorure donneroit
quatre partages de broche, qui vaudroient autant que,
quatre lacs de plus , & avec les lacs de nuance aug-
menteroiî confidérablemcnt la main-d'œuvre.
Pour lire les deffeins difpofés pour ce genre d'é-
toffe , on commence ordinairement par les 200 ou
403 cordes du poil , la lifeufe prenant toutes celles
qui ne font pas marquées lur le deficin , &c laifiant.
celles qui le font à chaque lac qu'elle prend avec
fon embarbe ; lorfque la lifcufc a lu la partie du poil ;
elle fait couler fon deffein fur l'efcalette de 50 dixai-
nes pour les 400 , & de 25 pour les loo; après quoi
elle lit une féconde fois les mêmes lacs en prenant
les cordes qui doivent lier la dorure , ou ccllt-s qu'el-
le a laiffé comme les autres , de façon que ie même
lac lié deux fois n'en forme cependant qu'un, & lorf-
qu'on le tire pour travailler l'étoffe , la corde que
la lifeufe a laiffée en lifant la partie du poil demeure
en bas & forme le liage , tel qu'il a été peint par le
defîinateur.
Si l'invention des étoffes à la broche a paru belle ,
celle-ci ne l'ell pas moins : avec la broche, on pour-
roit la paffer une ou deux fols ; mais quand il faut la
pafler fouvent dans un lac , le travail eff trop alongé,
au lieu que dans celle-ci le travail fe fait à l'ordinai-
re , 6c l'on n'a pas befoin de marches de liage ; il efl
vrai que la dépenfe du métier efl plus confidérable ,
mais une fois faite il y en a pour long-tems.
Les fonds or les plus riches ont été faits dans tous
les tems fur des métiers montés en 6oo cordes con-
féquemment 600 arcades & 1200 mailles de corps,
ce qui faifoit une grande réduèlion , quoique le pa-
pier ne fût que de 10 en 10. Depuis les inventions
du guillochage , on a monté des 600 à 600 mailles,
ce qui lend^le diminuer la rédudion; mais en revan-
che , on fait le deffein de 8 en 14, ce qui faifant dans
la
s O I
la hauteur quatre coups de plus chaque dîxaine , for-
me une rcduinon équivalente; la découpure efl plus
large qu'aux 400 ordinaires ; le guillochage de ces
étoffes fe fait par un plus grand nombre de liiTes de
3oil , attendu que fi on vouloit le faire avec un dou-
3le corps , il faudroit des rames 6c des lemples de
1200 cordes de largeur; l'on ne défefpere pas ce-
Dcndant que dans la iuite l'on n'en vienne à bout.
Il fe monte aûucUement à Lyon un métier qui
:onticndra 1600 cordes de rame, &C par conféquent
autant à chaque femple , il contiendra 3 100 mailles
le corps ; on en donnera la defcription quand il fera
îchevé. Il faut obferver que l'étoffe n'aura que la
largeur ordinaire , on doit penfcr quelle fera la ré-
iudion ; on craint qu'elle ne foit trop forte pour la
lorure qui ne pourra pas fe ferrer, excepté qu'on ne
trame extraordinairement fin , ce qui pourroit occa-
[ionner une qualité trop mince dans l'étoffe.
Pour l'iafelligence de l'armure du poil des étoffes
3 double corps , l'on obfervera que dans toutes les
étoffes montées fur des métiers à 400 cordes; le caf-
(in efl compofé de 8 rangs de 50 poulies chacun,
pour contenir un pareil nombre de cordes ; on com-
mence à palfer les cordes de bas en haut , ou de haut
în bas , n'importe , dans une poulie de chacun des
3 rangs , favoir , une corde chaque poulie ; & on
continue de fuite , en reprenant toujours par le mê-
me rang où l'on a commencé , jufqu'à la fin. Les
blanches dans lefquelles font paffées les arcades, ont
égalcmenL 8 trous chaque rang , pour qu'elles puii-
fent fe rapporter à ceux du caflin. Le poil , qui le
plus ordinairement efl paffé fur quatre liifes , doit fe
rapporter de même aux huit mailles de corps atta-
chées aux huits arcades , qui pafTent dans les huit
trous de la planche, de façon que les huit premières
mailles ou boucles des quatre liffes doivent faire le
rang complet des huit mailles de corps , ce qui fait
deux mailles ou boucles fur chacune des quatre lif-
fes. Le fil du fécond rang des mailles du corps doit
également correlpondre à la boucle de la première
liile , & continuer de même tous les fils de poil juf-
qu'à la fin , de forte que le dernier fil de poil fe puiffe
trouver fur la dernière des quatre liffes , & le pre-
mier fur la première. Cette précifion efl tellement
nécefî'aire,que fi paj; hazard on fe îrompoit d'un fil, il
faudroit dépaffer le tout, attendu la contrariété qui fe
trouveroit dans le fil du liage qui leveroit au coup de
navette , dans le tems où if faudroit que la ïiSe le fît
baiflér ; par la même raifon le deffmateur doit avoir
un grand foin que le point que forme fon liage, foit
placé de façon qu'il puifîé correfpondre & à l'armure
du métier , &r à celle du remettage , ou paffage du
fil dans les lifies, ce qui n'efl pas difficile, lorfque le
deffmateur entend un peu la fabrique ; d'ailleurs , la
ligne du deffein , c'efl-à-dire , celle qui efl tirée ho-
rilontalement, doit fe conduire pour cette opération
qui efl immanquable , 6c qui ne le gène point quant
au goût qu'il veut donner à fon liage guilloché.
L'ouvrier de fon côté doit avoir une s;rande atten-
tion, quand il arme fon métier, de ne faire lever
que la féconde & la quatrième liffe pour paffer fon
coup de navette , fi le point du liage fe trouve placé
fur la première ligne du deffein , lequel point doit
correfpondre à la première maille du corps , conlé-
quemment à la première boucle de la liffe;de forte que
tous ces fils étant deflinés pour le liage , ne doivent
point lever au coup de navette qui fert à former le
corps de l'étoffe, & à draper le poil, ainfi des autres.
Enfin le hage à double corps efl fi joli , que dans
un même lac broché , toute la dorure , foit or liffe,
foit or frifé, foit la lame or, peut être broché ou
pafTc fans que le même liage foit égal fur aucune
des parties , dont le lac efl compofé , il en efl de mê-
me de l'argent , ce qui produit une variété fi furpre-
Tome XF.
S O I
297
nante , que l'étoffe paroît être compofée d'autant de
dorures difîérentes , qu'il fe trouve de différens lia-
ges , ce qui produit des effets fi difficiles à connoître
qu'il n'efl pas poffible que les fabriques étrangères
puiffent pénétrer la caufe de ces mêmes variétés qui
fe trouvent dans les étoffes riches des fabriques de
Lyon.
Suite des étoffes dont la dorure ejl guUlochie. Il vient
de paroîire des étoffes dont la dorure efl guillo-
chée , fans qu'elle foit travaillée à la broche , ou que
le métier foit monté avec un double corps , c'efl-à-
dire, feulement un échantillon, dont l'auteur du mé-
m©ire a conduit le deffein & le montage du métier
qui efl un gros-de-tour de 40 portées à fil doublé & de
quatre fils doubles chaque maille de corps , fur un
400 cordes à l'ordinaire ; il efl vrai qu'il n'y a qu'u-
ne dorure qui puiffe être guillochée ; mais aufîi cette
difpofition de métier efl excellente pour tous les fonds
or , dont une navette de lame efl paffée à-travers
& dans lefquels les autres dorures qui font brochées
ne font pas d'une grande confidération pour que le
fabriquant les affujettiffe au guillochage.
Pour fabriquer une étoffe dans ce genre,Ie defîîna-
teur fait fon deifein , & peint fon liage d'une corde
comme il fe pratique , en lui donnant la forme du
guilloché qu'il lui plaît , laquelle efl ordinairement
fur la partie principale de la dorure. Le métier étant
monté , on pafle le coup de fond avec la navette de
yôi£,foit qu'elle faffe liferéou non. Elle faitliferé fi le
deffinateur a peint un lac particulier en petites
découpures pour figurer dans le fond , ce liféré
doit être toujours de la même couleur de la chaîne ;
ou fi elle efl différente, il ne faut pas qu'elle la coupe
trop.
L'on penfe bien qu'au coup de fond fi c'efl un li-
féré , on ne fait point baiffer de liffe de rabat , parce
que pour lors , le rabat faifant baiffer la moitié de la
tire , ou du lac tiré , ce lac ne formeroit qu'un gros-
de-tours ordinaire.
Le fécond coup de navette que l'ouvrier paffe efl
celui de la lame ; pour lors on tire le lac qui doit
faire le guilloché , qui efl formé par les cordes que
le deffmateur a peintes dans les grands ou petits fu-
jets quicompofent ce lac. Ces cordes refient en bas
lorfque le lac efl tiré;& fuivant l'ancienne méthode,
elles formeroient un hage de 4 fils doubles , dont
chaque maille de corps efl remplie , ce qui mange-
roit ou cacheroit une partie de la dorure. Pour pa-
rer à cet inconvénient , l'ouvrier fait lever trois lif-
fes du gros-de-tours, qui par ce moyen , levant trois
fils doubles de chaque maille de corps qui doit lier
ladorure,ne laiffent qu'un fildoublefculement pour la
lier ; ce qui lui donne tout l'éclat dont elle efl fufcep-
tible de l'invention.
Comme les parties qui ne font pas tirées ne con-
tiennent que le quart de la chaîne , qui n'efl pas fuffi-
fant pour cacher ou enterrer totalement la lame , ces
parties forment une efpece de gaze en dorure de la
même lame ; mais on peut y femer quelques petites
fleurs liées par la corde même de la dorure , un peu
plus groffe qu'à l'ordinaire , fi on broche de larocnt
fur un fond lamé or , ou or fur un latné argent , afin
que la dorure qui forme la gaze dans le fond, netranf-
pire pas au-travers de celle qui efl brochée, mais pour
lors la dorure brochée ne fauroit être liée par un liage
guilloché.
Mais , dira-t-on , ne pourroit-on pas faire fur une
dorure différente brochée , la même opération , qui
fe fait fur le lac fous lequel la lame efl paflee ? La
chofe n'efl pas poffible , en voici la railbn. Les trois
liffes qui lèvent pour ne laiflor qu'un fil des qu.itre
contenus dans la maille du corps , élèvent la foie
qu'elles contiennent auffi haut que le lac tiré, confé-
qucmment elles empêchent de choifir la partie de
s O I
298
dorure diffcrente fous laquelle doit pafTer rerpollii
qui contient cette mcme dorure , on ne penle pas
même qu'il loit jamais poHible de furmonter cet obl-
tack» , ce qui Icroit cepcnù;;nt d'une grande confc-
qucncc , ù on pouvoit le vaincre , mais julqu'à pré-
lent , il n'y a que la broche ou les doubles corps qui
puificnt produire cette portedion.
Il ne s'clt fabriqué h Lyon qu'environ 11 aunes
jufciii';\ce jour , de l'ctoife faite dans ce genre; on
penff bien que dès que cette invention fera connue,
il s'en fera d'autres; mais il n'y en a encore qu'un
métier de monté ; cette taçon de guillocher la do-
rure a été fuivie bien-tôt d'une autre , qui n'efl pas
moins belle. On a dit que les parties qui n'ctoient
pas tirées au coup de lame , ne contenoient que le
quart de la chaîne , attendu que les trois lilfes de
fonf^ que l'ouvrier faifoit lever , levolent également
les trois autres quarts de cette mC-me chaîne , ce qui
fl^ifoit que le fond formoit par ce même quart reliant
Il ne eipece de gaze. Or , comme cette figure de gaze
a déjà été connue dans les tifTiis en lame qui fe font
faits l'endroit deffus , pour la fabrication defquels on
ne fait que lire le fond , & que quand il eft tiré on
faitb.iifîcr trois lifles du rabat , les parties cjui ne font
pas tirées faifant la figure, la partie tirée ne contenant
que le quart de la chaîne , la dorure qui fe trouvoit
deiïous faifant, parla dorure qu'elle contenoit, une
efpece de gaze, la partie qui n'étoitpas tirée , & qui
failolt la figure , lioit la dorure avec les quatre lifles
de poil , ainfi qu'il fe pratique , c'efi-à-dire , que
cette dorure qui n'auroit pas pu être liée , s'il n'y
avoit pas eu un poil, l'étoit au moyen d'une des qua-
tre lifles de liage que l'ouvrier faifoit lever fuccelfi-
vement à chaque coup de lame qu'il paflToit. On a
donc voulu que ce coup dont la partie forme la gaze fît
une figure différente , & voici ce qui a été imaginé
pour taire que cette gaze imitât parfaitement le toi-
le , qui ordinairement dans toutes les étoffies doit en-
vironner la figure de la lame , puifqu'il fait le fond de
l'étoffe.
On monte le métier à l'ordinaire en gros-de-tours,
&;on y ajoute un poil de lo portées, ce qui fait deux
fils chaque maille de corps indépendamment des 4
fils doubles de la chaîne. On fait lever la moitié du
poil au coup de fond ; & au coup de lame guilloché,
on fait balfler tout le poil ; de fliçon que ces deux fils
de poil qui font pafl~és dans chaque maille du corps ,
forment un fécond liage , lequel avec le fil double de
la lifl.e , qui feule refle baiflTée fur ce coup , fait un
frifé aviflî parfait , que s'il étolt préparé fur le rouet
à filer Tor ou l'argent.
ILparoît que ce n'efl^ pas aflez de dire que la lame
paffée , & qui fe trouve liée par deux fils de poil &C
un de chiiîne , paroît être un frifé parfait ; 11 faut d(m-
ner une explication qui établifl^e la certitude d'un fait
aufli finguller. Il ell peu de perfonnes qui ne fâchent
oue le frifé or ou argent qui s'emploie dans les étof-
fes de fabrique , n'efl autre chofe qu'une efpece de
cordonnet tout foie , qui fe prépare & fe fait fur le
rouet à filer , lorfque ce cordonnet efl: achevé on le
remet fur le rouet où on le fait couvrir par la lame
comme les autres filés , après quoi on l'emploie,
l'ayant levé , dans l'étoffe.
Ce frifé or ou argent n'a jamais autant de brillant
que le filé uni ordinaire , attendu la quantité de J'oie
dont il ell compofé , & le grain dont il eff formé , ce
qui fait que la lame ne fauroit être couchée deifus
aufl uniment que fur un filé ; cette quantité de/ô/>,
la politlon de la lame fur le grain , tantôt à droite,
tantôt k gauche, forme cette variation qui en dimi-
nue l'éclat. Or, dans l'étoffe guillochée, dont le fond
forme la gaze , & oii le quart de la chaîne lie la lame,
la diflance qui fe trouve d'un fil ù l'autre fur la mê-
me lifTe , qui eu de trois fils doubles ou fimplcs , efl
trop grande pour que cette lame ne donne pas -Àui
de brillant qu'il n'en faut; pour qu'elle imite un frifé,
les djux fils de poil qui fe trouvent ajoutés par cette
nouvelle invention , lefquels font féparés par deux
îils doubles ou quatre fils Amples , forment une fé-
conde couverture qui cache \me partie de la lame,
le fil de chaîne qui lie la lame étant extrêmement ten-
du , pour que l'étoffe folt fabriquée comme il faut j
la reflcrre de façon qu'elle forme une efpece de
_grain ou cordonnet qui n'ôteroit pas le brillant , fi
les deux fils de poil qui font h côté, dont l'un eft fé-
paré par un fil de chaîne & l'autre qui le joint, & qui
ordinairement ne font tendus qu'autant qu'il le faut
pour tenir la dorure en raifon , ne formolent par leur
oppofition vls-oi-vis ou à côté celui qui eff cxtraor-
dinalrement tendu, ce grain qui compofe le véritable
frifé.
La chr.îne de rétoff"e efl: compofée de 40 portées
doubles , cpfi valent autant pour la quantité que 80
portées fimples. Le poil contient lo portées fimples,
ce qui fait tous les deux fils doubles un fil de poil,
coniéquemment deux fils de poil chaque maille de
corps,puifqu'elle contient quatre fils doubles de chaî-
ne ; on comprend aifémcnt que fi le poil étoit defti-
né à lier les dorures ordinaires , qui n'ont pas aiuant
d: brillant que la lame , le liage feroit trop ferré , &C
enterreroit la dorure (c'eft le terme), il n'y a donc
qu'une étoffe de cette efpece qui puiffe foutenlr un
poil a\Uant garni , la chaîne , dans toutes les étoffes,
doit être extraordinalrement tendue pour qu'elle folt
fabriquée comme il faut. Le poil ne doit pas être de
môme dans l'étoffe riche ; c'eft précifémcnt ce con-
trafte d'extenfion qui donne la forme au frifé appa-
rent de l'étoffe dont il s'agit , de laquelle il n'y a en-
core , au moment que l'on écrit cet ouvrage , qu'un
aune de faite , laquelle a été examinée par des com-
miflîonnaires connolifcurs qui en ont ordonné fur-le-
champ , attendu la différence du prix , qui efl: de plus
de 15 liv. l'aune en or, & 10 liv. en argent, s'il.
falloit brocher un frifé quelque fin qu'il pût être.
II y a un obfervation très-importante à faire fur
l'armure du métier concernant ce genre d'étoffe. On
a dit que l'on f lifoit baiffer tout le poil au coup de la
navette de lame , de façon qu'il s'en trouvoit un des
deux qui font pafles dans la maille du corps , qui
jolgnoit le quatrième fil de chaîne qui forme le guilr
loche , & l'autre en étoit féparé par un fil de chaî-
ne d'une part, & deux de l'autre ; or comme des
deux fils de poil qui lient avec celui de chaîne , il y en
a un qui a levé au coup de fond , & qui baifle en-
fuite au coup de lame ; il faut que l'ouvrier ait une
grande attention à ne pas faire lever au coup de fond
le fil qui joint celui de la chaîne,mals bien celui qulea
efl féparé par deux fils, attendu que la contrariété qui
fe trouverolt dans ce fil qui joindroitceUal de la chaî-
ne qui lie , lui donnant ime pareille extenfion ayant
levé & balfié au coup de fond, ou dans un même
coup , ferolt un grain très-inégal , ce qui rendroit l'é-
toffe moins parf lite. On a dit affez fouvent qu'il taut
faire attention dans l'armure de toutes les étoffes en
général , que le fil qui doit lier la dorure , tel qu'il
foit , de chaîne ou de poil ,ne doit jamais lever aux
coups de navette qui forment le fond , afin d'éviter
cette contrariété , qui efl d'une très-grande confé-
quence dans toutes les étoffes en général, & qui n»
peut paflér que dans celle-ci attendu l'effet qu'il pro-
duit.
Quoique cette armure parolffe difficile, l'ouvrier en
viendra alfément à-bout en laiflant la liffe de chaîne
qui doit lier lorfqu'il fait lever les trois autres, celle
dont le fil joint celui de poil qui n'a pas levé au coup
de fond ; la chofe eft fimple , mais nos ouvriers la plu-
part ne font que des machines , môme ccujc qui veu-
lent fe donner pour les plus habiles,
s O î
2Jr quelques étapes omifes dans U cours de cet oUvrnge ,
teUes que les bata\'ia y les brocatelles^ Us fiorenùnes
à fonnettes.
Les batavia. On fabrique à Lyon une étoffe à la-
quelle on a donné le nom de bat.ivia. Cette étoffe ne
repréfente ni le fatin ni le gros-de-tours; elle imite
la ferge , & dans l'armure elle fe fait comme le raz-
de-Saint-Maur.
Ce qui la fait difllnguer de cette dernière étoffe,
c'efl que fa figure & fon travail font différens.
Le raz de Saint Maur eft noir ordinairement, & le
batavia efl de couleur différente ; il efl: uni, & le bata-
via eft à carreaux.
Pour former le carreau du batavia ; toutes les cinq ,
fix, fept & huit portées d'oufdiifage, on ourdit dix
ou douze fils blancs qui féparent la couleur de la
chaîne , & forment une efpece de bande.
SI la diltance d'une bande à l'autre efl de trois pou-
ces plus ou moins , il faut dans la fabrication tous les
3 pouces plus ou moins, paffer une navette dont la tra-
me fbit blanche , aufîi c'efl ce qui forme le carreau.
Si la bande ourdie efl de dix fils blancs , on pafle
dix coups de navette avec la trame blanche ; fi elle
êf} de douze , on en pafTe douze , &i. c'efl ce qui
forme le carreau.
La trame ordinaire doit être de la couleur de la
chaîne : il s'en fait d'une couleur différente auxquelles
on donne le nom de batavia changeant : mais il faut
toujours les mêmes coups pour for.mer le carreau ,
foit que les fils foient blancs ou d'une autre couleur.
Il n'Importe pas , 11 en efl de môme pour l'ourdifîage
par rapport aux bandes.
On fait des batavia brochés à petits bouquets dé-
tachés, chaque bouquet étant placé au milieu de
chaque carreau.
Là largeur du batavia efl de deux tiers, ou de cinq
huit , ad libitum.
La quantité de portées efl de quarante jufqu'à
foixante , en y comprenant les fils blancs ou de cou-
leur qui forment les bandes.
Lès batavia unis font montés avec quatre liffes
dont les fils font pafTcs à col tors ; celles qui font bro-
chées, font paffées dans quatre liffes pour lever, &
ctiatre de rabat pour donner aux fils la liberté de
lever lorfqu'on tire les lacs.
Nota. On a obmis dans V article des M O i R E S ,
d'obferver qu'il s'en fait à 40 portées triples , ce qui
vaut autant que 1 20 portées fimples. Cette façon de
les monf-T efl pour éviter la quantité de liffes , parce
que ces dernières ne contiennent pas plus de mailles
que fi elles étoient montées à 40 portées fimples ou
40 portées doubles , l'ourdifîage étant de trois fils
par boucle , ce qui ne fait qu'un fil quoiqu'il y en ait
trois ; conféquemment trois fils chaque maille ou
boucle de la liffe qui ne font comptés que pour un.
Brocatelles. La brocatelle efl une étoffe tramée de
fil , deflinée pour tapifferle. Elle efl: compofée de
<)b fils de chaîne, 10 portées de poil & \\n 20 de
peigne, ce qui fait 6 fils chaque dent. Elle efl mon-
tée ordinairement fur cinq liffes pour la chaîne , &
trois poiJ|r lé poil. Les liffes de poil qui ordinaire-
ment efl de la même couleur de la chaîne , font at-
tachées de façon que le poil efl toujours levé d'une
hauteur propre à paffer la navette, & ne forment
qu'un rabat. L'enfuple de poil efl élevée par derrière
au-deffus de celui de la chaîne de manière que l'ou-
verture fe trouve faite fans le fecours de la marche.
Cette façon de monter le métier efl difpofée ainfi ,
afin que chaque marche n'ait qu'une eflrlviere , fa-
volr une i\ chacune des cinq marches pour la chaîne
afin de la faire lever , & une îl chacune des trois liffes
de poil pour la faire baificr.
Cette façon de monter le métier fait qu'au lieu de
Tome XFi '
S O I
299
trois îifTes â coullffe pour le poil ôii fix liffes ordi-
naires, favolr trois pour le lever, & trois pour le
baiffer , il n'en faut que trois ordinaires ; & au lieu
de trois eflrivieres à chaque marche de ce poil, fa-
volr deux pour le faire lever, & une pour le faire
baifler : il n'en eft befoin que d'une pour le tout , k
façon de tenir levé l'enfuple de poil tenant lieu de
lifle pour lever le même poil.
Cette étoffe ne fauroitêtré travaillée que des deuji
plés , fans quoi il faudroit 30 marches au lieu de 8,
favolr I 5 pour le coup de fond , & i 5 pour le coup
de tire , afin que la révolution complette du cours
caufce par la difproportion du nombre de liiTes dé
chaîne & de poil f e trouvât complette ; au lieu quç
dans la façon de monter le métier, ainfi qu'il a été
dit ci-devant , il n'en faut que huit.
Pour travailler cette étoffe , l'ouvrier paffe uni
coup de fond & vm coup de tire. La navette delli-
née pour le coup de fond eft garnie d'une trame de
fil toujours de la couleur de la chaîne, &: cellj du
coup de tire eft garnie de foie de la couleur dont oii
veut le fond.
Lorfque l'ouvrier commence à travaillef , il foule
du pié droit la première marche des liffes de fatm j
& du pié gauche celle du poil , & paffe en plein la
navette du fil ; c'eft le premier coup de navette*
Pour le fécond coup , il laiffe aller la marche du
pié droit, tient toujours le gauche far la lifle dé
poil baiffée , & pafle la navette àefoie deffous le lac
qui &£t tiré , qui ordinairement efl: le fond ; la foie
paiîée ^ arrêtée par la liffe qui eft baiffée j forme la
le fond de l'étoffe , de façon que ce qui n'eft pas
tiré ejifait la figure qui eft formée par un fatin d'au-
tant plus beau , qu'étant tramé de fil , il enfle davan-
tage ; & étant à cinq Uflés , il a plus de brillant.
Le fécond coup, l'ouvrier prend la deuxième mar-
che de fatin & la féconde de poil. Le troifieme
coup , la troifieme de fatin & la troifieme de poil.
Le quatrième coup , la quatrième de fatin , & re-
prend la première de poil. Le cinquième coup , la
cinquième de fatin ^ la deuxième de poil. Le fixie-
me , il reprend la première de fatin & la troifieme
de poil ; & ainfi des autres.
Florentines à fonnettes. La florentine eft une étoffa
Àefoie qui fe travaille au bouton, pour que l'ouvrief
aille plus vite. Il n'eft perfonne qui ne fâche que de
toutes les étoffes façonnées, il n'en eft point qui fe
fabrique plus promptement que celle dont les cor-
dages qui font lever i^foie , fe tirent avec le bouton.
On a expliqué dans les di^'énns articles de cet ouvrage^
la façon de lire les defi^eins à la réditftion pour les
étoffes qui fe travaillent avec le bouton, telles que
les droguets ou autres de femblable efpece : cette
façon de lire le deffein épargne une quantité de fili
afîéz confidérable , mais celle de la fonnette , non-
feulement épargne plus de fils ou cordes de tirage
que la première , mais encore elle foulage grande-
ment la tireufe par fa fingularité.
Les deffeins de florentine font à grandes tiges &
à grandes fleurs : les uns en un lac , 6l les plus beaux
en deux; ils portent ordinairement 40 à 50 dixai-
nes, ce qui fait 400 boutons pour les premiers , 6c
500 pour les féconds en un lac ou une navette feule.
Ceux qui font en deux lacs ou à deux navettes por-
tent le double. Il eft des deffeins de cette efpece qui
portent jufqu'à 14 ou 1 500 boutons, fuivant la lon-
gueur du deffein. Ces étoffes font prefque toutes
montées en 400 cordes de lémplc & de rame. Cha-
que corde de rame fait lever trois mailles de corps j
ce qui fait 1200 mailles 6c trois répétitions, ce qui
vaut autant pour la rédudlion ordinaire que les etot-
(qs très-riches qui font montées en 600 cordes à 1 or-
dinaire , avec une arcade chaque corde ; au-licu que
dans celui-ci chaque corde tire une arcade ^ domie;
Pp ij
300 SOI
Dans l'étoffe riche , les deffeins font Air àei papiers 1
de lo en lo; &; dans celle-ci , ils font fur des 8 en
10, parce c{ii'elle eil toute J'oie, Ik. que dans l'autre
la donire cmpêcheroit de ferrer l'ctotTe.
Lorfqu'il elt qucftion de lire le deflein , l'on exa-
inlne d.ins les tiges les feuilles & les fleurs, dont la
quantité de cordes qui doivent être prifes peut aller
à une certaine hauteur, fans ciu'il y ait (lu change-
ment , comme par exemple , à une dixaine ou deux
de hauteur qui feront tirées fans difcontinuer ; on
en fait un lac qui ell placé à la droite de la tireufe,
& on continue de lire les petites parties jufqu^'à la
hauteur où la difpofition du deflein oblige de chan-
eer ce premier lac pour en lire un fccond ; & ainfi
de^ autres jufqu'à la tin du deflein. Quand l'étoiTe efl
prête à être travaillée , la tireufe tire ce premier lac ,
& arrête le bouton tiré entre deux chevilles placées
à fa droite ; dans lefquelles chevilles qui n'ont de
diflance de Tune à l'autre qu'autant qu'il en faut pour
y placer la corde qui ell arrêtée par le boiuon qui
ert au-deflbus, ce lac fe trouvant tiré pendant le
tems que les autres lacs qui font légers fe tirent , &
que TétolTe le fabrique jufqu'à la dixaine ou ligne
tranfveriale du deflein, oii il faut changer ce premier
lac qui ordinairement efl le plus pefant ; lorfque le
moment du changement arrive , le dernier lac tire
une fonnette qui'avertit du changement : pour lors
la tireufe fort le lac arrêté entre les deux chevilles,
6c en place un autre pour continuer fon travail.
Comme ces gros lacs font placés en une feule li-
gne à la droite des autres boutons , il faut que les
chevilles foient placées de façon que chaque bouton
foit perpendiculaire aux deux chevilles dans lef-
quelles il doit être arrêté ; fans quoi la tire feroit
gênée : c'eft ix)ur cela que la planche des chevilles
qui efl de quatre pouces de largeur, doit être d'une
longueur égale au rang des boutons qui contiennent
le gros lac , cette planche efl: arrêtée folidement à
une pièce de bois de la hauteur de l'étai du mé-
fier, oii elle forme une efpece de croix, & à une
diflance du bouton égale à la longueur déterminée
qu'il doit avoir pour tenir la fou levée à la hauteur
néceflaire pour que la navette puifle paflTer.
Il efl alfé de comprendre que cette façon de lire
le defljein foulage beaucoup la tireufe, puifque dans
un deflein de 50 dixaines, loin de tirer le gros lac
500 fois, elle ne le tire au plus que 50, même 25
ou 30, fuivant la hauteur des cordes arrêtées; &
encore tire-t-elle ce lac feul pour le mettre entre les
deux chevilles ,1e furplus qui n'eft pas arrêté , étant
les plus petites parties à tirer qui ne fauroient la
fatiguer.
Il y a encore une obfervation très-importante à
faire fur cette façon de difpofer le métier.
C'eft une règle, que chaque lac ou bouton doit
contenir autant de cordes de tirage qu'il y a de cordes
de rame à tirer. Ces cordes qui font d'un très-beau
fil retordu coûtent 4 liv. 10 f. jufqu'à 100 f. la livre.
Or, fi le gros lac contient 100 ou 200 cordes plus
ou moins ; le bouton en doit tirer autant pour une
fois feulement ; s'il eft poufl*é jufqu'à une dixaine
feulement, on épargne lur 100 cordes du lac 900
cordes de moins chaque dixaine , & fur 200 cordes
1800 , de trois quarts & plus de longueur chacune ;
ce qui,o\itre cette épargne qui eft confidérable ,
décace par cette diminution de cordes le travail qui
feroit beaucoup plus gène, li le métier contenoit ce
millier nombreux de cordages qui eft diminué par
ce retranchement induflrieux.
Les florentines lont montées à 8 lifles pour le fa-
tin & autant pour le rabat, ce qui fait 16 lifles éga-
les en tout. Les chaînes font depuis 60 jufqu'à 75
portées ; les lifles de iatin lont armées à l'ordinaire ,
iavoir,une prifc ÔC dçu,\ lailîécs i celles de rabat
S O ï
baiflent de fuite ; de façon que ce qui fait figure de
florentine à l'endroit de l'étofi'c , fait fatin à l'envers;
&c ce qui fait latin à l'endroit , fait florentine à celui
qui liij efl oppofé.
On ne fe lert point de carrettc ordinaire pour faire
lever les hfles de la florentine ; & au moyen de celle
qui eft en ufage , on épargne une cftriviere chaque
marche où il en faut une pour lever la liflTe de fatin,
& une pour faire bailTer la liflc de rabat. Une eftri-
vicre leule fait tout le mouvement , au moyen d'une
carretefort élevée dont les alerons font fixés hori-
lontaiement , auxquels on attache d'un côté la lifle
qui doit baiiTer , & de l'autre celle qui doit lever ;
de façon qu'une feule cflrlvicre attachée à la liflé de
rabat faifant baifler la lifle d'un côté de même que
l'aleron, lorfque l'ouvrier foule la marche, le fait
lever du côté oppofé ; &c par confécjuent la liflTe qui
lui eft attachée. Par exemple.
Au premier aleron d'un côté eft attachée la pre-
mière lifle de fatin du côté du corps ; & de l'autre la
première liflTe de rabat du côté du battant. Au deu-
xième, la quatrième de fatin & la tioifieme de ra-
bat. Au troifleme ,1a feptieme liflc de fatin & latroi-
fieme de rabat. Au quatrième, la deuxième lifle de
fatin & la quatrième de rabat. Au cinquième , la cin-
quième de fatin & la cinquième de rabat. Au fixie-.
me , la huitième de fatin & la flxieme de rabat. Au
feptieme , la troifieme lifle de fatin & la feptieme de
rabat. Au huitième enfin, la fixieme lifle de fatin &
la huitième de rabat.
L'ufage eft de commencer par la deuxième lifle
de fatin & celles de rabat comme elles font mar-
quées , en fuivant le fatin à l'ordinaire , pour éviter
la contrariété quife trouveroit entre la huitième lifle
de rabat & la première de fatin.
Il eft bon d'obferver encore que les carrettes dans
les florentines ne font pas placées au-travers des efta-
fes comme dans les autres métiers. On les attache
au plancher & en long, c'eft- à-dire , parallèlement
aux deux eftafes ; enforte qu'en fuivant l'ancienne
méthode, il faudroit à la carrette trente alerons , tan-
dis qu'il ne lui en faut ici que huit ; il faudroit huit
carquerons , au lieu qu'ici il n'y a point ; il faudroit
feize eftrivieres pour les huit marches , tandis qu'on
n'en employé que huit.
Machines inventées pour faciliter la fabrication des
étoffes. La quantité de machines qui ont été inven-
tées pour faciUter la fabrication de l'étoffe eft confi-
dérable , attendu le peu d'utilité qui en réfulte. Il en
eft cependant quelques-unes auxquelles on ne fau-
roit refufer un jufte applaudiffement.
Telle eft , par exemple , celle qui fut inventée en
l'année 1717 par Jean-Baptifte Garon , fabriquant
de Lyon , ou plutôt par le fleur Jurines, maître paf-
fementier. Cette machine , qui tient lieu d'une fé-
conde tireufe , de laquelle on ne pouvoit pas abfo-
lument fe pafl'er pour la fabrication des étoffes ri-
ches , ou celles dont la tire eft extraordinairement
pefante , ne coûte aujourd'hui que 7 livres 10 fols ,
au lieu de 45 livres que fon auteur la vendoit , fui-
vant le privilège qui lui fut accordé de la vendre feul
pendant l'efpace de dix années , par arrêt clu confeil
du mois de Mai 1718. Il eft vrai qu'eUe revenoit à
fon auteur à 20 , 22 livres , le furplus de fon prix lui
tenoit lieu de récompenfe. Cette machine très-utile
a tellement été multipliée , qu'onnecroiroit pas trop
hafarder en foutenant qu'il y en a aéluellement plus
de dix mille à Lyon.
Après cette machine , a paru fur les rangs celle de
Falcon , imaginée en 1738. Elle lui a été attribuée,
quoique Bafile Bouchon en fut le premier inventeur.
Cette machine , aufll inutile qu'elle a coûté de l'ar-
gent , n'eft mife en pratique que par un feul fabri-
quant , duquel Falcon a acheté les iuffrages pour la
s O I
faire valoir ; elle coûte A la commiuiauto , à la vMîe
ou à l'état environ quatre-vingt mille livres jufqu'à
ce jour , en y comprenant une penfion viagère de
s 500 livres , dont la moitié efl reverfible après fa
ïnort,fur la tête de fa femme. Cette penfion a été ac-
cordée en 1748. Loin de foulager la tireufe , cctfe
machine la fatigue extraordinairement , en ce qu'elle
eft obligée de travailler des pies & des mains , au
lieu que Aiivant l'ancienne méthode, elle travaille
des mains feulement. Tous les maîtres ouvriers qui
ont voulu s'en fervir , en ont été tellement i'ktisfaits,
ique , excepté le feul qui a vendu chèrement fon fut-
frage à Falcon , ils ont fourni une déclaration , cer-
tifiée des maîtres gardes des ouvriers pour lors en
exercice , qui contient en fubftance que s'ils avoient
continué de s'en fervir , elle les auroit tous ruinés ;
cette déclaration eft du mois de Janvier 1754, en-
fuite des ordres adreflés à M. le prévôt, des mar-
chands de la ville de Lyon , par M. de Gournay ,
iintendant du commerce , par fa lettre du mois de
Décembre précédent, pour conftaîer fon utilité , en
confcqnencc d'une nouvelle demande de Falcon au
conleil d'une fomme de 20 mille livres de gratifica-
tion , & d'une augmentation de mille livres de psn-
fien pour la rendre parfaite , comme fi dans l'efpa^e
de feize années Falcon n'eût pas encore eu le tems
de donner à fa machine toute la perfcftion dont elle
devoifêtre revêtue , eu égard aux fommes qu'il en
avoit reçues.
On fera fans doute furpris que le confcil ait or-
donné le payement de fommes auffi ccniidérables ,
& une penfion de même pour une machine aufîi inu-
tile ; la chofe n'eft pas difficile à concevoir , parce
qu'en cela , comme en beaucoup d'autres chofes , le
confcil eft fouvent trompé. Quand il s'agit de ftatuer
fur la récompenfe d'une machine , le miniilere en-
voyé la requête de l'inventeur au prévôt des mar-
chands de Lyon , pour avoir fon avis fur l'invention
propofée ; le prévôt des marchands communique la
lettre du miniftre on fon prépofé aux maîtres & gar-
des de la communauté , qui bien fouvent compofent
avec l'inventeur ; le traité étant conclu , les maîtres
& gardes donnent leur avis par écrit au prévôt des
marchands , qui en conféquence envoyé le fien au
miniftre , fur lequel la gratification eft ordonnée.
Falcon a reçu environ 50 mille livres depuis 1748
jufqu'en 17^4, fuivantfes quittances: on penfe bien
que toutes ces fommes ne font pas entrées chez lui.
La machine de Falcon ne peut fervir ni aux étoffes
brochées , riches ou autres, ni aux étoffes courantes
au bouton ; dans les premières , pour un defTein de
cent douzaines feulement en dix lacs brochés com-
me elles fe font aujourd'hui , où il faut douze mille
lacs , il fàmdroit douze mille bandes de carton de deux
pouces & demi de large , les lacs qui ordinairement
font de fil dans les métiers ordinaires , étant de car-
ton dans celle-ci. Il faudroit en outre au moins trois
mois pour monter ce métier , au lieu de quinze jours
qui fufïifcnt , même moins fuivant l'ancienne mé-
thode ; le carton revient aufïi cher que le fil de lac ,
qui dans une étoffe brochée durera dix à douze an-
nées , & dans celle-ci il ne peut fervir abfolument
qu'à un deffein. Quand le fil de lac eft ufé, il fert en-
core à tramer des toiles groffieres deftinécs à faire
des nappes , des efTuie-mains &t des draps pour cou-
cher les tireufés & les compagnons du maître. Veut-
on avoir toutes les machines nécefïaircs pour lire le
deffein & faire les lacs , 3000 livres ne ferolent pas
fufiifantes pour en faire les frais , fans y comprendre
le tems perdu pour monter le métier. Veut-on aug-
menter ou diminuer les cordages , 'il faut les machi-
nes différentes ; par conlequcnt les mêmes frais pour
chaque métier. Veut on faire des étoffes courantes,
OU au bouton avec la mCmc machine , on fouticnt
S o I
30Î
hardiment qu'outre les frais différons & proportion-
nés à la quantité de cordages énoncés ci-defîus un
bon ouvrier ne fera pas le quart de la journée.' Eu
un mot , fi la machine & toutes les autres qui y con-
courent eft difpofée pour un métier de quatre cens
cordes à l'ordinaire , on ne fauroit en diminuer ni en
augmenter une feulement , qu'il ne faille faire les
frais néceflaires & énoncés ci-deffus pour la mettre
en état de travailler. Cette machine déclarée inutile
& ruineufe par les principaux membres de la com-
munauté , a cependant été préconifée par un très-
grand machinifte l'un des rédafteurs du règlement du
19 Juin 1744 , puifqu'elle fait un article de ce règle-
ment , qui permet un cinquième métier aux fabri-*
quans qui voudront le monter fuivant la niéchani-
que de takon , ce qui n'a pu faire faire fortune k
cette méchanique , puifqu'elle a été profcrite par
ceux qui feuls font en état de connoître fon utilité*
On eft bien éloigné de p enfer que Falcon ait acheté
les fuffrages , & du machinifte , & des rédafteurs
du règlement ; on les a cru trop délicats pour un
commerce f emblable.
Le confeil eft aujourd'hui plus circonfpeft à l'é-
gard des gratifications ; l'intendant a ordre de pul-
vérifer tous les méchanifmes nouveaux en fait de fa-
brique pour s'afîlirer de leur utilité ; c'eft lui qui a
foin de faire payer & de donner les ordonnances à
ce fujet au lieu & place du prévôt des marchands
qui en étoit chargé ci-devant.
On a inventé encore d'autres machines pour tra-
vailler fans tireufe ; mais elles ne font bonnes que
pour des deffeins de trois ou quatre dixalnes; elles
font montées avec un cylindre , dont la circonfé-
rence fe rapporte à la quantité de dixaines dont le
defiem eft compofé , chaque ligne du deffein tant
tranfverfale que perpendiculaire contenant plus d'un
demi-pouce , ce qui fait que pour un deffein de cin-
quante dixaines de large pour quatre cens cordes à
l'ordinaire , il faudroit un cylindre de vingt - cinq
pouces & plus de longueur , & pour cinquante di-
xames de hauteur en huit, en dix feulement , cent
vingt-cinq pouces de circonférence , ce qui neVeroit
pas moins de quarante-deux pouces ou trois pies &C
demi de diamètre , & encore faudroit-il que l'étoffe
n'eût qu'un lac feulement : ajoutez à toutes ces in-
ventions qu'il n'eft pas poffible qu'un ouvrier puiffe
faire feul un ouvrage , ordinairement pénible pour
deux perfonnes5& aller aufîi vite. La tireufe d'ailleurs
étant utile pendant le cours de la fabrication à beau-
coup d'autres occupations toutes relatives à l'expé-
dition de l'ouvrage , telles que celles de remonder ,
r'habiller les fils , changer ceux qui font écorchés ,
&c. tandis que l'ouvrier eft occupé à autre chofe.
D'où il faut conclure que toutes les méchaniques ,
dont le nombre eft affez grand , ne font imaginées
que pour attrappcr par leurs auteurs quelques fom-
mes d'argent , ce qui les re.nd pareffeux & débauchés
tout cnfemble; il eft vrai que l'ordre établi depuis
quelque tems a produit un changement différent. On
ne difconvient pas que les ouvriers qui fe dlftinguent
dans les inventions d'étoffes ne méritent récom*
penfe , toutefois en rendant l'étoffe publique de mê-
me que l'invention ; mais à l'égard des méchaniques
pour kl fabrication de l'étoffe , fi on n'avoit accordé
que le privilège aux inventeurs tels que le fieur Ga-
ron , on auroit épargné des fommes confiJcrables ;
parce que fi la méchanique eft boime , tous les ou-
vriers s'en ferviront ; fi elle ne l'eft pas , elle ne mé-
rite aucune gratification, Lorfque le privilège de dix
années accordées à Garon fut expiré, on compta deux
mille machines dans la fabrique, lefquellespouvoient
lui avoir procuré environ i^ooo livres de bénéfice ,
ce qui devoit être fuffilant i)Our Ion iudcnuiité.
AloJiU d'un mâU'f d'itoff: ftl-riiiiant Jhil undumd^
30?-
S O I
à fleurs. Le bâtis de ce métier eil de deux pics de lon-
gueur ( non compris les alongc3,ux) , lur huit pouces
de laru,eur ; ia hauteur ell de quatorze pouces, non
compris ieshaufl'es &c le calhn ; toute fa hauteur elt
de trente-lept pouces ; les alongeaux font de la lon-
gueur de 12 pouces |.
Cette machine ell pofée fur un plédeftal de 4 pies
1 pouces de longueur , fur 2 pics 3 pouces 7 de lar-
geur , &: 3 pies 2 pouces de hauteur. La plus grande
partie des mouveiyens fe tait à couvert ; quelques-
uns font en dedans du picdeltal.
Avant d'entrer dans la dcfcription de ces mouve-
mens , il elt A-propos de taire fentir les difficultés
qui fe font trouvées dans l'exécution de ce petit mo-
dèle , & qui n'auroient pas lieu dans un grand mé-
tier.
Dans un grand métier , l'enfuple de devant eft
diihmte de celle de derrière d'environ 1 2 pies , par
conféquent Va Joie qui a beaucoup d'étendue , a auiïi
beaucoup de rcfl'ort & prête avec facilité ; dans un
court cfpace , tel qu'ell celui du petit métier , où \a
foie n'a que 2 pies 4 pouces d'étendue , elle n'a pref-
que aucun reffort , & cafTe plutôt que de prêter ; le
peu de diflance qui fe trouve du drap aux lifles & des
lifles aux maillons , forme encore une très-grande
difficulté pour le jeu de la foie ; la liffie ne fauroit fe
lever qu'avec beaucoup d'elfort, n'ayant du côté du
drap que 2 pouces \ de diltance^ & du côte des mail-
■ Ions que 4 pouces. La tire , dont une partie de la
foie eit rabattue par les lifTes de rabat , & cela feule-
ment à 4 pouces de dirtance , fe trouve extrêmement
gênée , Se ne peut lever qu'avec peine. Il ell ailé de
juger , par toutes ces difficultés, combien il a été
mal-aife de trouver des moyens qui empêchafîent la
foie de fe calîer ; 6i pour que l'ouverture fe trouvât
affcz nette pour le partage de la navette , la chaîne
ell de 15 portées de 80 fils ( elle eft divifée fur
cinq enfuples ) , ce qui revient à 100 portées dans
une largeur de damas ordinaire.
L'étoile a trois pouces de largeur entre les lifieres ;
le peign'.' a 171 dents & 7 fils par dent , ce qui fe-
roit 1140 dents dans une peigne en largeur ordi-
naire ; les lifles font au nombre de 10 , 5 pour lever
& 5 pour rabattre ; le grand corps eft de 96 mail-
lons, 12 & 13 fils par maillon alternativement; le
mouvement qui met en action toute la machine eft
placé au-deffus de la pièce fur le derrière du métier
entre les deux alongeaux.
La grande roue fixée à l'e/Tieu du premier mobile
eft de 7 pouces y de diamètre & de 60 dents ; cette
roue fait tourner un axe de 10 pouces de longueur
par le moyen d'une autre roue où elle s'engrène ,
dont le diamètre eft de 2 pouces - & de 20 dents ,
elle eft fixée à l'extrémité de l'axe qui eft fur la droi-
te ; cet axe eft placé tout auprès de la barre d'en bas
du métier ; & lur le même parallèle , à l'on autre ex-
trémité , elt fixée une roue à cheville d'un pouce 8
lignes de diamètre , & de 5 chevilles diftantes les
imes'des autres d'un pouce ; cette roue fait tourner
le tambour qui forme le deflfein , y ayant pour cet
effet 50 dents à chevilles fur l'extrémité de la cir-
conférence îi droite où la roue à 5 chevilles s'en-
■graine. Ce tauibour a 25 pouces de circonférence &
5 pouces de largeur ; il a 48 divifions égales d'une
ligne chacune ; il eft placé fur la droite du métier ,
vis-i\-vis le cafTm , au même endroit qu'occupe le
tireur à un métier ordinaire. En dedans du mérier ,
6 vis-à-vis Cf tambour , eft un clavier compofé de
48 leviers d'une ligne d'éj^aifleur , chacun répondant
aux 48 divifions du tambour ; tous les becs de ces
leviers forment entr'eux une ligne droite parallèle à
l'axe du tambour , mais un peu plus élevée ; la cir-
conférence de ce tambour eft encore divifée en 50
parties égales d'un dcmi-poucc chacune , ce qui for-
S O I
me des lignes qui coupent à angle droit les autres
48 divifions ; c'elt fur ces lignes que font arrangées
l fuivant la dlfpolition du deffein ) les pointes qui
font baiflèr les leviers lorfque le tambour vient à
tourner.
A 3 ou 4 lignes de diftance du bec des leviers ,
font attachées des cordes de laiton , qui montent
perpendiculairement jufqu'aux poulies du calfin ; ce
caffin eft double ; chaque chaffis contient 48 pou-
lies ; CCS poulies ont deux diamètres , le petit de fix
lignes îk. le grand d'un pouce & demi.
Les cordes attachées par le bas aux leviers , le font
par le h.aut avec des alonges de foie au petit diame*
tre des poulies de la première chaflTe fur lefquelles
elles roulent ; de fécondes cordes font attachées 6c
roulent fur le grand diamètre ; de-là elles vont ga-
gner horifontaleraent & parallèlement le petit dia*
meîre des poulies de la féconde chafle. Enfin de
troiliemes cordes font attachées au grand diamètre ,
d'où elles tombent perpendiculairement jufqu'aux
fourches oii elles font attachées ; chaque fourche
fait lever deux maillons, y ayant deux répétitions
au deiTein ; comme les divifions de la circonférence
du tambour ne font éloignées que d'un demi-pouce,
les pointes qui y font fixées ne font baiffer les leviers
également que {i'uu demi-pouce ; mais par le moyen
de différens diamètres des poulies , la corde qui ré-
pond aux maillons -levé de 4 pouces 7.
L'on a dit ci-deffiis, que la roue qui fait tourner
le tambour , n'a que cinq chevilles , diftantes d'un
pouce les unes des autres , tandis que celles du tam-
bour ne le font que d'un demi ; ce qui fait que cha-
que dent de la roue , après avoir fait tourner le tam-
bour d'un demi-pouce , fort de fon engrenage , Si
décrit un autre demi-pouce, fans toucher aux chevil-
les du tambour , qui refte im.mobile le même efpace
detems qu'il vient de mettre à marcher , & qui par
conféquent tient les leviers baiffés , & la tire en l'air
par le moyen d'un rochet qui le fixe , & l'empêch*
de retourner jufqu'à ce que la cheville fuivante de la
roue , vienne reprendre une autre cheville du tam-
bour; par ce moyen le lac ne change que tous les
deux coups ; la même chofe fe pratique dans tous les
damas , la navette paflit; deux fois fous le même lac ,
mais non pas fous le même pas ; les lifles changent
auffi fouvent que la navette palTe de fois.
Sur le même axe mentionné ci-delTus, il y a en-
core une autre roue fixée , dont le diamètre eft de
2 pouces 'i , & de vingt dents ; cette roue s'engre-
ne dans un pignon de dix dents , & fait tourner un
fécond axe ; cet axe a 25 pouces de longueur , il eft
placé fur la même ligne & même parallèle du pre-
mier , il s'étend depuis le pilier de devant , jufques
& palTé celui de derrière; il met en mouvement tout
le refte de la machine , par le moyen de différentes
roues qui y font fixées , & cjui communiquent à tou-
tes les parties du métier. La première roue, qui eft
fixée fur cet axe , eft une roue de champ de 3 pou-
ces de diamètre , & de foixante dents ; elle s'en-
grène dans un pignon de douze dents ; ce pignon eft
fixé fur un troifieme axe de 6 pouces 10 lignes de
longueur; il forme un angle droit avec le fécond , &
paffe fous la pièce tout auprès desliffcs, & va com-
muniquer au côté gauche du métier ; à fon extrémi-
té eft fixée une platine de 2 pouces { de diamètre ;
cette platine mené , par le moyen d'une vis fixée à
I pouce de diftance du centre , un va-&:-vient de
5 pouces j de longueur ; ce va-&- vient fe meut ho-
rifontalement , & en fait aller un autre de 6 pouces
de longueur , placé perpendiculairement ; une de
fes extrémités eft arrêtée A la barre du métier , au-
deflx)us du battant, à 2 pouces { de diftance de la bar-
re , il eft attaché par une vis à l'extrémité de l'autre
va-ôc-vieût i il fe meut donc par le haut circulaire-
s Ô ï
hient & par vibration égale entre Tenfiiple de devant
& les lifîes , & décrit une courbe ; lorsqu'il va du cô-
te des liffes , il poufle le battant par la barre de def-
ibus, au coté de laquelle elï une cheville qui s'ac-
Croche dans l'entaille d'un valet; ce valet qui a une
baCcule , tient par ce moyen le battant arrêté , jus-
qu'à ce que le va'-&-vient , en s'en retournant , pren-
ne par deffous le bout de la bafcule , & la faflé lever ;
le battant qui fe trouve pour lors dégagé & libre ,
vient frapper l'ouvrage ; la chalîe & le coup lui elt
donné par le moyen d'un reffort à boudin , qui eil
roulé dans Un barrillet ; ce barriilet efl: placé dans
un fiipport , fur la barre du métier ; un des bouts du
reffort tient à un des pivots de la traverfe du battant ,
DÙ font affujeîties les épces; ce reffort fe bande à vo-
lonté , ( fuivant le plus ou le moins de carte que l'on
veut donner à l'étoffe ), par le moyen d'une vis-fans-
fin , qui fait tourner une roue affujettie au barrillet.
A côté de la roue de champ , & fur le même axe , eft
fixée une efpece de petit tambour , qui fait mouvoir
un clavier compofé de cinq leviers ; ce clavier efl
placé en dedans du métier, & vis-à-vis le tambour ;
à cinq ou lix lignes de diflance du bec des leviers ,
font attachées des cordes qui montent perpendiculai-
rement & parallèlement jufqu'à d'autres leviers, qui
font placés au haut du métier , où elles font auffi atta-
chées ; à l'autre extrémité de ces leviers , font at-
tachée d'autres cordes , qui répondent aux cinq
iiffes qui doivent lever ; au bas de ces liffes font en-
core d'autres cordes qui paffent & roulent fous des
poulies qui font placées dans le piédefîal , & vont
repondre aux liffes de rabats, qui par ce moyen baif-
fent lorfque les autres lèvent. A cinq pouces de dil-
tance du petit tambour , & furie même axe , efl fixée
une roue de deux pouces de diamètre , 6c de trente
dents ; cette roue s'engrène dans un pignon de dou-
ze dents i à côté de ce pignon , & fur le même pivot,
efl fixée une platine de deux pouces trois lignes de
diamètre , cette platine mené , par le moyen d'une
vis fixée à un pouce de dillanCe du centre , un va-&:-
vient de trois pouces de longueur, 6c lui fait par con-
féquent parcourir une ligne de deux pouces. Au-
deffous du quartier d'ouvrage , & dans le milieu de
la largeur du métier , efl placée une flèche de quatre
pouces & demi de longueur, & large de dix lignes
par le bas ; elle fe meut fur un pivot fixé à la bar-'
re du métier; à fept lignes de diflance au-deffus de
ce pivot, elle a une cheville fixée, dans laquelle en-
tre avec aifance une pièce d'acier percée à cet effet
par un bout ; cette pièce a un pouce & demi de
longueur , & environ deux lignes d'épaiffeur ; elle
peut fe plier dans le milieu , parle moyen d'une char-
niere ; elle répond par le bas à un fort reffort , qui
tire perpendiculairement & fur la même diredion
du pivot ; lorfque la flèche efl parfaitement droite ,
le reffort ne tirant pas plus d'un côté que d'un autre ,
ellereffeen cet état ;inais pour peu qu'elle foit poiU-
fée fur la droite ou fur la gauche , elle part avec ra-
pidité du côté oppofc ; fon mouvement lui eil don-
Tié par le moyen d'un va-&-vicnt , dont on vient de
parler ci-deffus , qui a pour cet effet h l'extrémité op-
pofée à celle qui efl arrêtée à la platine , une ouver-
ture en traverfe, de la longueur de quinze lignes ,
dans laquelle entre une vis, qui e(l fixée îi. la flèche;
cette ouverture efl faite afin que la flèche , lorfqu'el-
le eflmife en mouvement, puiffe partir fans être ar-
rêtée par la vis , qui a fa liberté de gliner aifément
dedans ; elle fe meut par fon extrémité circulaire-
ment , entre deux petites pièces d'acier , qui font fi-
xées à une tringle , contre leiquclles elle heurte, ce
qui fait faire alternativement à la tringle un mouve-
ment précipité de droite à gauche, ôc de gauche à
droite , n'étant arrêtée fur les extrémités qu'A des
fupports à pivots très-mobiles , qui répondent k deux
S O I
303
marteaux ; les têtes de ces marteaux font infére'es
dans deux couliffes , qui font placées contre les lif*
(es, une de chaque côté du métier; c'efl dans ces
couliffes que l'on met la navette qui eft chaffée par
le moyen de ces marteaux : chaque fois qu'elle paf-
fe , il y a un crochet qui prend la foie , &c qui la cou-»
che le long du drap; le crochet a 3 pouces ~ de lon-
gueur ; fon mouvement efl circulaire , ayant fon ex-
trémité oppofée arrêtée à un pivot place au-deffous
des couliffes. A cette même extrémité il y a un re-
tour d'un pouce de longueur ^ qui forme un angle
aigu. Au deffus de la couhffe efl Im va-&-vient, qui
gliffe le long d'une petite tringle , auquel ell fixée
une queue qui tombe dans l'angle , & qui par ce
moyen , tire &c repouffe le crochet. Ce va-&-vient
fe meut par le moyen de différens retours &c cordes
qui en gliffant fur des poulies , aboutiffent au mou-'
vement que mené le battant. Au bout du môme axe
efl fixé un pignon de huit dents ; ce pignon s'engre-
ne dans une roue de deux pouces huit lignes de dia-
mètre, &de quarante-huit dents ; le pivot de cette
roue paffe au-travers du pilier du métier ; à fon autre
extrémité eft un pignon defix dents , qui s'engrène
dans une roue de deux pouces quatre lignes de dia^
mètre , 6c de quarante-huit dents ; cette roue efl fi-
xée à un efîieu , qui paffe au-travers de l'enfuple oii
fe roule l'ouvrage ; fur le côté de cette enfuple , efl
fixé un rochet dont le cliquet efl arrêté à la roue ,
ce qui donne la facilité de dérouler l'ouvrage , n'y
ayant pour cela qu'à détourner une vis qui foit lever
le cliquet. C'eft par le moyen de ce roùage,que l'ou-
vrage fe roule à melure qu'il fe fait.
Soie des araignées , M. Bon , premier préfident de
la chambre des comptes de Montpellier , & affocié
honoraire de la focicté royale des Sciences de la mê-
me ville , lut en 1709, à l'ouverture de cette aca-
démie ) un mémoire fur l'emploi que l'on pouvolt
faire des fils dont les araignées enveloppent leurs
œufs. Ces fils font plus forts que ceux dont elles font
leurs toiles ; ils ne font pas fortement tendus fur les
œufs , de forte que la coque qu'ils forment eft affez
femblable aux cocons des vers-à-foie , qui ont été
préparés & ramollis entre les doigts. M. Bon avoit
fait ramaffer douze ou treize coques des araignées les
plus communes dans le Languedoc , qui ont les jam-
bes courtes , & qui fe trouvent dans des lieux habi-
tés. Après les avoir battues pour en ôter la pouiîiere^
on les lava dans de l'eau tiède , & on les laiffa trem-
per dans une eau de favon mêlée de falpêtre & d'un
peu de gomme arabique ; enfuite on fit bouillir le tout
à petit feu pendant deux ou trois heures ; après cet-
te forte de culffon , on les lava de nouveau , on les
fît lécher , & on les ramollit un peu entre les doigts.
Enfin on les carda avec des cardes beaucoup plus fi-
nes que celles dont on fe fert pour la foie ; par ce
procédé on tira des coques d'araignées une foie d'u-
ne couleur grilé affcz linguliere , que l'on fila aifé-
ment , & dont le fil fut plus fin& plu; fort que celui
de [dfoie ordinaire : ce fil prend toutes fortes de cou-
leurs, & on peut en faire des étoffes. On préten-
doit que les araignées fourniroient plus d<iJo'e que les
vcrs-à foie , parce qu'elles font plus fécondes ; une
fc'ule pond cinq ou fix cens œufs , au-lieu qu'un pa-
pillon de ver-à-foie n'en fait qu'une centa ne ; de
fept ou huit cens araignées , il nen meurt prefque
aucune dans une année ; au contraire, de cent petits
vers-à-fbie , il n'y en a pas quarante qui parvi.Minent
à faire leur coque, quelque i)récaution que l'on pren-
ne pour les conférver : tandis que les œufs des arai-
iinées écloicnt fans aucun loin, dans les mois d'Août
& de Septembre , quinze ou leize jours après qu ils
ont été pondus. Les araignées dont ils font tortis ,
meurent quelque tcms après , & les jeunes retient
dans leur coque fans manger , pendant dis à onic
304
S O I
mois ; lorfqu'elles en fortent , on les met dans des
cornets de papier , 6c dans des pots que l'on couvre
d'un papier percé de trous d'épingles , pour leur don-
ner de l'air : on les nourrit avec des mouches.
Les coques des araignées rendent plus de foie à
proportion de leur légèreté , que les coques de vers-
à-(oie ; treize onces de coques d'araignées rendent
près de quatre onces de /à/f nette , dont il ne faut
que trois onces pour taire une paire de bas des plus
grands , tandis que les bas de /oie ordinaires , pefent
lept ou neut" onces. M. Bon Ht voir à la focicté des
Sciences de Montpellier , une paire de bas faits de
foii d'araignée , qui ne pei'oient que deux onces &
un quart, & des mitaines qui ne pcfoient qu'envi-
ron trois quarts d'once ; ces bas & ces mitaines
ctoient auni forts, & prefque auffi beaux que ceux
qui font faits avec de Xzfoic ordinaire; ils étoient
d'une couleur grife , approchante du gris de fouris ,
qui étoit la couleur naturelle de cette foie ; mais
fon luftre & fon éclat^ avoient fans doute été aug-
mentés par l'eau de favqn mêlée de falpetre, & d'un
peu de gomme arabique.
M. Bon ayant envoyé des ouvrages de /o/e d'arai-
gnées à l'académie royale des Sciences de Paris , la
compagnie chargea deux académiciens d'examiner
la/o/e des araignées , pour favoir de quelle utilité elle
pourroit être au public. M. deReaumur fut nommé
pour cet examen, & l'année fuivante 1710, il rendit
compte de fon travail. M. Bon ayant fait voir que les
araignées filoient dans certain tems de l'année , une
fou dont on pouvoit faire difFérens ouvrages, M. de
Reaumur fe propofa de rechercher les moyens de
nourrir & d'élever les araignées , & enfuite de fa-
voir fi leur/oie pourroit être à aufli bon marché que
celle des vers-à foie; & au cas qu'elle fût plus chère,
fi on pourroit être dédommagé de quelque façon. On
fait que les araignée fe nourriffent de mouches ; mais
toutes les mouches du royaume fuffiroient à peine ,
pour nourrir les araignées qui feroient néceffaires
pour fournir de la/o/e aux manufactures , & d'ailleurs
comment fliire pour prendre chaque jour ces mou-
ches ? il falloit donc chercher une autre forte de nour-
riture; les araignées mangent des cloportes, des mil-
lepiés , des chenilles, des papillons ; ces infeûes n'é-
toient guère plus aifés à trouver que des mouches ;
M. de Reaumur s'avifa de leur donner des vers de
terre coupés par morceaux , elles les mangèrent , &
en vécurent jufqu'au tems de faire leur coque : il efl
facile de ramaffer autant de vers de terre qu'on en
veut ; ces infeftes font extrêmement abondans dans
les champs; il faut les chercher pendant la nuit à la
lumière d'une chandelle ; on en trouve en quantité
dans tous les tems , excepté après les longues féche-
rcfles. On pourroit auili nourrir les araignées avec
les plumes des jeunes oifeaux; elles mangent la fubf-
tance molle qui eft à l'extrémité de leur tuyau; on
coupe cette extrémité par morceaux longs d une li-
gne , ou d'une ligne &; demie ; les jeunes araignées
lemblent préférer cette nourriture à toute autre ; les
rotifleurs fourniroient beaucoup de plumes ; on pour-
roit auffi en arracher de tems-en-tems aux poules &
aux pigeons vivans , fans leur faire de mal. On trou-
veroit auffi d'autres moyens pour nourrir les arai-
gnées , & déjà les vers & les plumes font des nourri-
tures plus affurées pour elles que les feuilles de meu-
rierspour les vers-à-foie : on n'a pas à craindre la
gelée , & on en trouve dans tous les tems 6c dans tous
les pays.
Il feroit donc aifé de nourrir un grand nombre
d'araignées , mais on auroit bien de la peine de les
élever , ou plutôt de les loger : fi on les met plufieiirs
enfemble dans la même boî'e au lortir de leurs co-
ques , d'abord elles paroifient vivre en lociété ; elles
ira.xaillentpkifieurs enfemble à faire une même toile
SOI
dans les premiers iours , on en voit aufîî plufieurs qui
mangent enlemble fur le même morceau de plume ;
mais bientôt elles s'attaquent les unes les autres &
les plus grofles mangent les plus petites : en peu de
tems de deux ou trois cens qui étoient dans la môme
boîte , il n'en reftoit plus qu'une ou deux. C'ell appa-
remment parce que les araignées fe mangent les unes
les autres , qu'il y en a fi peu , en comparaifon du
grand nombre d'œufs qu'elles pondent; car les fre-
lons, les lézards, &c. ne pourroient pas en détruire un
fi grand nombre. Il faudroit donc, pour avoir de la
Jcic , nourrir des araignées dans des lieux féparés , où
chacune auroit la cale ; alors il faudroit bien du tems
pour donner à manger à chacune en particulier. Les
vers-'d-Jbic ne demandent pas cette précaution ; d'ail-
leurs ils font allez féconds puiiqu'ils fournilfent au-
jourd'hui ime fi grande quantité da f>ie en Europe;
on pourroit encore les multiplier davantage , fi on le
vouloit. Refte à favoir fi h Joie des araignées eft plus
abondante , meilleure , ou plus belle que celle des
vers.
Toutes les efpeces d'araignées ne donnent pas une
/(j^e propre à être employée; ainfi pour dlllinguer
celles dont h foie efl: bonne , il efl: nécefùiire d'avoir
une idée générale des principales fortes d'araignées.
M. Bon les divile en deux dalles ; favoir , les arai-
gnées à jambes longues , 6c les araignées à jambes
courtes , & il dit que ce font les dernières qui four-
nifllent la bonne fie. On a objefté deux choies contre
cette diviflon : il y a des araignées qui ont les jam-
bes de longueur moyenne , c'efl-là l'inconvénient
des divifions méthodiques, on y rencontre toujours
un terme moyen qui efl équivoque ; mais ce n'efl pas
là le plus grand inconvénient de la divifion de M.
Bon: on pourroit au-moins le parer en grande par-
tie ; pour cela il fuffiroit de prendre une efpece d'a-
raignée bien connue pour objet de comparalfon. Le
plus grand défaut eil que cette divifion n'efl pas
exaâ:e , parce que différentes efpeces d'araignées va-
gabondes , & les groflTes araignées brunes qui habi-
tent des trous de vieux murs , n'ont point de Joie quoi-
qu'elles ayent les jambes plus courtes que la plupart
de celles qui en donnent.
M. de Reaumur donne un autre moyen polir re-
connoître parmi les araignées du royaume celles qui
peuvent fournir de la foie : il les divife d'abord en
deux genres principaux ; le premier comprend celles
qui courent au loin pour chercher leur proie fans
tendre de toiles. M. Homberg a donné à toutes les ef-
peces de ce genre d'araignées le nom de vagabondes;
elles ne filent guère que lorfqu'elles font la coque de
leurs œufs ; quelques-unes forment cette coque en
demi-fphere , & la laifl'ent collée à des pierres , ou
cachée dans la terre ; d'autres font leur coque ronde
comme une boule , & elles la portent toujours collée
à leurs mamelons. Le tifîu de toutes ces coques efl
très-ferré, & communément de couleur blanche ou
grife : on n'en peut tirer qu'une très-petite quantité
de foie , qui n'efl pas d'une afTez bonne qualité pour
être employée. Le fécond genre de la divifion de M.
de Reaumur renferme toutes les araignées qui ten-
dent des toiles , &: il efl fbus-divilé en qu;Htre efpeces
principales. La première comprend toutes les arai-
gnées qui font des toiles dont le tifTu efl aflez ferré,
6c qui les étendent parallèlement à l'horifon , au-
tant qu'elles peuvent fe foutenir ; telles font les arai-
gnées domefliques , qui font leurs toiles dans les
maifbns, & quelques efpeces d'araignées des champs,
dont les toiles font pofées comme celles des araignées
domefliques. Dans cette première efpece les œufs
font renfermés dans une toile affez femblable à celles
qu'elles tendent pour arrêter les mouches ; ainfi elle
ne peut pas être employée. Les araignées qui habi-
tent des trous dans les vie.ux murs ioni de la féconde
efpece
soi
eTpece ; le bord du trou eft tnpifTé d'une toîle qui fe
prolonge dans rintcrieur , enferme de tuyau; les
fîls dont les œufs font enveloppes ne font pas d'une
meilleure qualité que ceux de la toile, La troifieme
«Ipece comprend les araignées dont les filets ne font
pas tiffus comme une toile , mais feulement compo-
fés de diftorens fils tirés en tout fens. Cette efpece
pourro'it être fous-divlfée en un grand nombre d'au-
îres ; les unes font leur coque en portion de fphere
dont les bords font collés fur une feuille ; ces coques
font très-blanches , & d'un tiflii ferré ; les araignées
les couvent conftamment , & fe lalffent emporter
avec la feuille fans abandonner la coque ; d'autres
renferment leurs œufs dans deux ou trois petites
boules rougcâtres ; elles fufpendcnt ces boules à des
fils , & les cachent avec un petit paquet de feuilles fe-
ches qu'elles fufpendent auifi à des fils au-devant de
la boule, & à quelque diftance ; d'autres enfin font
leur coque en forme de poire , & les fufpendent
comme une poire le feroit par la queue. Toutes ces
coques font compofées d'une fois trop foible pour
être travaillée, excepté celles qui font en poire; leur
fok pourroit être employée , mais il y en afi peu qu'-
elle ne peut être d'aucune utilité. La quatrième ef-
pece eil celle que M. Homberg donne fous le nom
à^ araignée des jardins ^ où elle eft fort commune,
comme dans les bois & dans les buiffons ; elle renfer-
me beaucoup d'autres efpeces différentes par leur
groffeur , leur figure 6l leur couleur. Les œufs de ces
araignées font arrangés dans les coques de façon qu'-
elles ont à-peu-près la figure d'une fphere applatie.
Les œufs de quelques-unes de ces araignées font col-
lés les uns aux autres dans la coque. La foie des co-
ques de toutes ces araignées eft d'affez bonne qualité
pour être employée ; il y a cependant quelques ef-
peces dontla/o/e feroit trop foible pour foutenir des
métiers un peu rudes. Les premiers fils qui envelop-
pent les œufs font plus tendus & plus ferrés que ceux
du deff.is qui font lâches comme les fils extérieurs
des coques des vers-à-yôie.
La foie des vers eft toujours aurore ou blanche,
on trouveroit plus de variété dans les couleurs de la
foie des araignées ; il y a du jaune , du blanc , du gris,
du bleu célefte & du beau brun caffé. Les araignées
dont h/oie eft de cette dernière couleur font rares ;
on trouve leurs coques dans des champs de genêt; la
foie en eft très-forte & très-belle : les œufs font en-
veloppés à\\nefoie brune qui eft recouverte par une
autre foie grife dont le tiflù eft plus ferré que celui
de la foie brune.
Les araignées qui font nées au printems font leurs
coques aux mois d'Août & de Septembre ; celles qui
ont paffé l'hiver les font dès le mois de Mai. Les fils
qui compofent les coques ne différent de ceux des
toiles que parce qu'ils font plus forts. Un fil d'arai-
gnée n'efl' plus fort qu'un autre , que parce qu'il eft
compofé d'une plus grande quantité de petits fils au
fortir des mamelons. Chaque mamelon eft parfemé
tle plufieurs petites filières , dont fort la liqueur qui
forme les fils. Si on applique le doigt fur un marne-
Ion pendant qu'on preffe le ventre de l'araignée , il s'y
attache plufieurs fils , que l'oû alonge en le retirant :
on en a compté plus de fept ou huit fur le même ma-
melon. Lorfque l'araignée fe dlipofe i\ filer , fi elle
applique tous lés mamelons à-la-tois , & fi elle colle
chaque niamelonen entier , le fil qui enréfultcra fera
compofé d'un nombre de fils bien plus grand qu'il ne
feroit, fi elle n'appliquolt qu'un fcul mamelon, ou
feulement une partie de ce ujamelon. Les araignées
qui filent la bonne foie ont fix nvimelons , dont il y en
a quatre qui font fort fcnfibles; les deux autres font 11
petits qu'on ne peut les diftinguer qu'avec une loupe.
Un fil tiré des toiles ne peut porter que deux
grains fans fe rompre ; les fils des coques peuvent
Tome X r.
foutenir chacun le poids d'environ trente-fix grains ;
mais un feul fil de coque de ver-h-foie porte jufqu*à.
deux gros & demi , c'eft-à-dire qu'il eft quatre fois
plus fort que le fil d'araignée : il eft auffi à-pcii-prcs
quatre fois plus gros. Ainfi en réuniffant cinq fils d'a-
raignée en un feul, ce fil compofé pourrolt être aufiî
fort qu'un fii de yer-k-foie fans être plus gros ; mais il
ne feroit jamais aufîi luftré , parce que les fils réu-
nis laifferoient des vuides cntr'eux qui ne donne-
roient point de reflets. Les ouvrages que l'on a faits
de fils d'araignée n'ont pas eu autant de luftre que les
ouvrages de Joie ordinaire , parce que les fils de la foie
des araignées font fi crêpés , qu'au lieu de la devl'-
der on eft toujours obligé de la carder & de la filei*
enfuite.
Lorfqu'on emploie cette foie elle paroît rendre da^
vantage que la jb/e ordinaire à poids égal ; il eft aifé
de trouver la caufe de cette différence. Un fil de foie
tel que les plus fins de ceux dont onfe fert pour cou-
dre , eft compofé d'environ 200 fils fimples tels qu'ort
les tire de la coque. Pour qu'un fil fait de foie d'arai-
gnée foit aufll fort que ce fil à coudre ; il faut qu'il
ibit compofé de 36000 fils fimples pareils à ceux des
toiles ; car en fuppofant qu'il n'y ait que deux mame-
lons qui fourniffent chacun un fil fimple pour com-
pofer un fil propre à faire la toile des araignées , ce
fil , quoique compofé de deux fils fimples , eft cepen-
dant dix-huit fois plus foible que le fil de la coque ,
comme on l'a déjà vu par l'expérience rapportée plus
haut : ainfi il faudra au-moins trente-fix fils fimples ,
tels qu'ils fortent des mamelons, pour faire un fil de
coque ; de plus le fil de coque étant quatre fois plus
foible qu'un fil de foie ordinaire , il faudra réunir 90
fils de coque , c'eft-à-dire , félon notre fuppofition ,
180 fils fimples pour faire un fil de foie d'araignée
auffi fort qu'un fil de coque de foie ordinaire : par
conféquent s'il faut 2,00 de ces fils de foie ordinaire
pour faire un fil à coudre , il faudra 36000 fils fim-
ples d'araignées pour faire un fil auifi fort que le fiJ à
coudre. Il eft impofîlble de réunir cette prodigieufe
quantité de fils de façon qu'ils ne laifTent entre eux
plus de vuide qu'il n'y en a dans le fil de foie ordinai-
re : c'eft pourquoi les ouvrages de foie d'araignée
doivent être beaucoup plus épais que ceux de foià
ordinaire pour qu'ils puiffent avoir autant de for-
ce : ainfi la foie des araignées ne rend pas plus pour
la force que la foie ordinaire quoiqu'elle rende plus
pour le volume.
Les coques des vers-k-foie les plus fortes pefent4
grains & les pKiS foibles plus de trois grains , de forte
qu'il faut au-moins 2304 vers pour faire une livre de
Jiyie de feize onces. Les coques d'araignées les plus
groffes pefent environ un grain ; ainfi il faut quatre
groftes araignées pour donner autant de foie qu'une
ieul ver. De plus il y a un grand déchet dans les con-
ques des araignées , elles font remplies des coques
des œufs & autres ordures ; ce déchet eft de plus des
deux tiers du poids. M. Bon avoue que de treize on-»
ces de foie d'araignée fale , il n'en retira que quatre
onces de foie nette : ainfi douze araignées ne donne-
ront pas plus de foie qu'un feul vei*. D'ailleurs s'il y
a des araignées mâles 6c des araignées femelles , 6c
fi on fuppofe que le nombre des mâles égale celui
des femelles , comme il n'y aura que les femelles qitll
puiffent donner des coques , il faudra vingt araignées
tant mâles que femelles pour donner autant de foie
qu'un feul ver , & par conféquent 55196 araignées
ne produiront qu'une livre de foie , encore faudra-
tll qu'elles foient des plus groffes de ce pa\ s ; caf
douze araignées qui ne feroient que d'une groffeur mé-
diocre, par exemple, de celles que l'on trouve dans
les jardins , donneront beaucoup moins dej(>ie ; lien
faudrolt 663552 ])Our en avoir une livre : enim , il
faudrolt nourrir féparément toutes cesar.^ignces, S^
Qq
3o5
S O î
donner à chacune un cipacc afTer. grand pcnir qu'elle
y put tendre fa toile. Tous ces inconvcnicns rartem-
dIcs rendront lay^ic: des araignées beaucoup plus chc-
re que celle des vers. Au reltc, onpourroit peut-ctre
les prévenir. Si on avoit des araignées beaucoup plus
grolFcsque les nôtres , elles donnerolent plus de foie y
on en trouvcroit dans les pays étrangers , liir- tout en
Amérique , & il y a lieu d'efpérer de les élever ici
aulïï facilement que les vers-h-Joie qui y ont été ap-
portés de fort loin. Quoi qu'il en foit , c'étoit beau-
coup de découvrir que la /oie des araignées fut d'af-
fez bonne qualité pour ctre employée dans les ma-
nufadures. M. Bon l'a prouvé clairement en mon-
trant au public des ouvrages faits avec cette (o'ie.Mé-
moires de l'académie royaU des Sciences , année lyio ,
examen de la foie des araignées par M. de Réàumur ,
page ^8^. .
Soie , {Chimie , Pkarm. Mat. méd.) la nature chi-
inique de ïajoie ei\ fpécialement expofée à ^article
Substance animale, f^oye^ cet article.
Quelques pharmacologilles ont compté layô/t; crue
donnée en fubilancc, & lans avoir éprouvé le feu chi-
mique parmi les cordiaux : & ils ont eflimé cette
vertu par celle du fel volatil qu'on en retire par la
violence du feu, C'ell la môme erreur que celle qui
a érigé la corne de cerf & la vipère en fudorifiques ,
voyei Vipère & l'article pRINCIl'E ( Chimie.y,[d.foie
n'cil point cordiale , h J'oie n'a point de vertu médi-
camenteufe.
On a emploie en Pharmacie, l'alkali volatil & l'hui-
le empyreumatique àe J'oie. Le premier principe en-
tre , par exemple , dans les gouttes d'Angleterre cé-
phaliques ou gouttes de Goddard. A. la bonne-heure,
car ce produit de l'analyfe animale a des vertus mé-
dicamenteufcs trcs-récUes & trcs-cnergiques : mais
il faut qu'on fe fouvienne que l'alkali volatil Aq J'oie
n'a abfolument que les propriétés médicinales con-
nues des alkalis volatils animaux.
La cendre de J'oie ell comptée parmi les remèdes
mondihcatifs; c'cil un pauvre remède 6l qui eft auiîl
fort peu ufité. (/•)
Soie, ( CoiiteLier. ) c'eft la queue d'une lame de
couteau de table ; \à J'oie eit féparée de la lame par la
moitié.
Soie , en temie de Vergetier ; c'eft le poil dont les
fangliers ou les porcs font couverts. On tire beau-
coup de foie de fanglier de Mofcovie , d'Allemagne ,
de Lorraine , de Danemarck , &c.
SOlEPvIE , f. f. ( Com, ) nom fous lequel on ren-
ferme tout ce qui appartient au commerce en foie.
SOIF , f. f. {t'hyfiolog.') c'eft l'appétit des fluides ;
il ne faut point croire que ce qui ell la fource de la
foij'{o'it auifi la fource de la faim ; fouvcnt cette der-
nière fcnfation n'efl pas accompagnée de IzJ'oif, &
fouvent on l'éprouve dans le tems qu'on a le moins
d'appétit. Elle a fon fiége non-feulement dans l'efto-
mac , mais dans l'éfophage , dans le pharynx & dans
toute la bouche.
Son origine n'eft pas facile à développer; mais en
général il paroît que la /èi/" provient d'une certaine
chaleur qui s'excite dans l'eflomac par différentes
caufes ; les principales font les alimens chauds , les
vins fpiritueux , les liqueurs fortes , les affaifonne-
mens aromatiques , le violent exercice , la chaleur
de la faifon , le crachement exceïïîf des gens pitui-
teux, phthifiques , melancholiqucs , &c.
Si donc 1°. le gofier n'elT: pas humefté , la. foif fe
fait fcntir , parce que les vaiiTeaux étant fecs fe rétré-
cirent, & augmentent par-là le mouvement du fang;
c'eft à caufe de cette léchereffc , que les phthifiques
ont la paume de la main fort chaude après le repas.
2°. S'il y a des matières gluantes dans l'eftomac ,
la foif peut furvcnir , parce que ces matières qui ont
<le la vifcofité, font un effet de la chaleur, 6c quel-
/
S O I
qvicfoîs elles fuppofent un fang privé de fa lymphei
quand le fang n'a pas d'humeur aqueufe , il eft épais ,
& alors il ne peut pas palier librement par les vaif-
feaux capillaires, il gonfle donc les artères qui doi-
vent en conféquence battre plus fréquemment & plus
fortement, ce qui ne fauroit arriver que la chaleur ne
s'augmente.
3*^. Les fels, les matières acres, ou les corps qui
contiennent beaucoup de feu doivent caufer h foif ^
car toutes ces lubftances mettent en mouvement les
parties folides , & y excitent par conféquent de la
chaleur.
4". Dans les fièvres, h foif (c fait fentir avec vio-
lence, la raifon n'ell jjas difiicile à trouver; les fiè-
vres ne font caufées que par im excès de mouve-
ment , les artères étant bouchées fe gonflent , il faut
donc qu'elles battent plus fortement 6c plus fréquem-
ment, & que par-lii il furvienne plus de chaleur.
5°. Dans l'hydropifie , l'on fent une/o//violente,
cela vient de ce que la partie aqueufe du fang refle
dans l'abdomen ; il n'y aura donc qu'un fang épais
dans les autres parties , cette épaiflfeur caufera nécef-
fairement de la chaleur ; d'ailleurs l'abdomen étant
rempli d'eau , les vaiffeaux fanguins font fort com-
primés , le fang coule donc en plus grande quantité
vers les parties fupérieures ; de-là il fuit que le mou-
vement & la chaleur y font plus confidérables , &
qu'il arrive fouvent des hémorrhagies aux hydropi-
ques.
6". On voit par ce détail que c'efl un mauvais fî-
gne , comme dit Hippocrate , que de n'avoir pas foif
dans les maladies tort aiguës ; cela marque que les
organes deviennent infenfibles , & que la mort n'efl
pas éloignée. L'origine de ce dégoût pour les flui- .
des , vient du refferrement des vaiffeaux laftés ; il
faudroit alors employer quelque Uquide très-humec-
tant , auquel le malade fe porteroit plus volonîiei"s.
La caufe finale de la foif ^ efl de nous avertir des
vices du fang , de fa diverfe acrimonie , de fon épaif-
fiffement , de fon inflammation ; du defféchement du
pharynx , de l'éfophage & du ventricule , defféche-
ment qui arrive toutes les fois que les glandes cef-
fent de filtrer un fuc doux & muqueux.
Entre les quadrupèdes qui peuvent le plus fuppor-
ter la foif , on n'en connoît point qui jouiffent de cet
avantage comme le chameau; car même dans les pays
brùlans , ils fupportent la foif des femaines entières.
Cet animal a dans le fécond de fes quatre ventricu-
les plufieurs cavités faites comme des facs , qui félon
quelques phyficiens pourroient être les réfervoirs
où Pline dit que les chameaux gardent fort long-tems
l'eau qu'ils boivent en quantité quand ils en trouvent
dans les déferts.
Ce qu'il y a de plus certain, c'efl que l'homme n'a
pas le même bonheur , & que quand il ne peut fatls-
faire à ce befoin preffant , cet état efl fuivi au bout
de quelques jours de l'inflammation du ventricule ,
de la fièvre , du refl'errement de la gorge , & de la
mort. C'efl un tourment inexprimable , par lequel
on recherche dans le fecours de l'eau ou de toute au-
tre liquide , le remède au mal qu'on endure; on don-
neroit alors un royaume pour un verre d'eau , com-
me fît Lyfimaque.
Il n'y a , dit l'amiral Anfon , dans fon voyage de
la mer du Sud , que ceux qui ont fouffert long-tems
la foif , & qui peuvent fe rappeller l'effet que les feu-
les idées de fources & de ruiffeaux ont produit alors
en eux , qui foient en état de juger de l'émotion avec
laquelle nous regardâmes une grande cafcade d'une
eau tranfparente , qui tomboit d'un rocher haut de
près de cent pies dans la mer , à une petite dlflance
de notre vaifleau. Ceux de nos malades qui n'étoient
point à l'extrémité , quoiqu'alités depuis long-tems ,
fe fcrvirent du peu de force qui leur refloit , & fc
s O I
traînèrent fur le tillac pour jouir d'un fpeftacle fi ra-
vivant. (D. J.)
Soif , (^Lojig. franc. ^ ce mot au figuré dcfigne une
grande paflion , un delir vif , inquiet , & ardent de
quelque choie ; il s'emploie dans le ftyle noble , la
foifde l'or , hfoifdes honneurs , lafoi/de la gloire.
L'Evangile dit, que ceux qui ontyô//de la jultice font
bienheureux; c'efl une belle idée. La poéiie s'eil en-
richie de ce mot.
Cette {oiï de régner que rien ne peut éteindre
Rac. Iphig. aft. 4. fc. 4,
JPerfides , contente:^ votre {oiï fanguinaire.
Iphig. au. 5 . fc. 4.
Vous brûle:^ d'une (oiï qu'on ne peut étancher,
Defpreaux.
ID.L)
SO IG N lES , {Gcog. mod:) petite ville des Pays-
Bas, dans !e Haynaut , au comté de Mons , fur la ri-
vière de Senne, à quatre lieues au nord-oueit de Bin-
che, & à fept au fud-oueft de Bruxelles , près d'une
forêt de même nom qui a fept lieues de circuit.
Cette ville eft nommée Sonegice dans les anciens
titres , & c'eft de Sonegia qu'on a fait Soignies. Elle
^ un chapitre féculier , un couvent de Capucins , un
de Sœurs-grifes , &L les PP. de l'Oratoire y ont une
mailon depuis 1629. Long. 21. ^S.lat. 60. ^1. (^D.J.^
SOIN , {. m. ( Gramm.) attention qu'on apporte à
quelque chofe. Ayez foin de ces effets. Je confie la
conduite de ma maifon à vos foins. Cet ouvrage efl
travaille zvecfoin , ou foigné. J'ai l'efprit embarraflé
de milleyo/>zj ou foucis. Combien de J'oins inutiles ne
lui ai-je pas rendus ? J'en fuis avec elle aux petitsyôi/z^.
On dit Joigner pour avoir ou prendre /oi/z ; Joigncux ,
de celui qui a foin.
SOIR, {. m. (Gram.^ intervalle de la joxirnée qui
comprend la fin du jour & le commencement de la
niiit. En hiver , les foirées font longues.
Soir, ÇMédeàne.') ce tems de la journée mérite
tine certaine attention de la part des Médecins, foit
par rapport aux changemens qui arrivent alors dans
les maladies , foit à caufe des remèdes qu'il convient
^e prefcrire ou d'éviter. Les redoublemens de la
plupart des fièvres fe font lefoir; c'efl vers le tems
du coucher du foleil que les malades commencent à
devenir plus inquiets; le malaife augmente ; ks dou-
leurs font plus fenfibles ; fouvent ils entrent alors dans
l'agonie; quelques-uns ayant pendant le jour retenu
im dernier fouïîle de vie , prêt à échapper , font morts
■dans rinflant que le foleil a cefTé d'éclairer l'horifon.
Ces effets dépendroient-ils d'une adion particulière ,
ou de l'influence de cetaflre lumineux? Animeroit-il
parfapréfencela machine? augmenteroit-ille refTort
& le jeu des organes? vivifieroit-il en un mot, égale-
ment les hommes , les animaux & les plantes ? 6c en
difparoiflant, donneroit-il lieu à cette cfpece d'afFalf-
fement qui produit le fbmmeil varié des êtres orga-
nifés & vivans , qui prive la plupart des plantes de
leur éclat, qui les flétrit, & qui fait cefTer l'exei-cice
des fens & des mouvemens dans prefque tous les ani-
maux? /^c>ye{ Influence des astres. Ou bien pour-
roit-on attribuer ces effets à la façon de vivre la plus
généralement iUivie par les hommes, à la fatigue du
jour, à l'état de veille qui doit néceflairement lafîér
les organes, aux ahmens qu'on prend, &c} Si ces
caufes influent, elles ne font pas du moins générales,
& l'on obferve que dans les fièvres lentes, les quoti-
diencs , les redoublemens ne viennent pas moins le
foir , quoique le malade ait dormi tout le jour , & ob-
ferve une diète rigoureufé. Cependant on ne doit pas
tout à fait exclure leur adion , qui fe rend fcnfible
chez ces perfofincs qui font du jour la nuit, ôc de la
nuit le jour ; pour. qui Wfoir efi matin, ôc Iç matin
Tome Xr,
S O I
307
tR foir; leur machine fe plie infenfiblementà ce per-
vertiffemenî de l'ordre naturel. Le phyfique&le mo-
ral font chez elles affervis à-peu-près aux mêmes lois^
ou au même défaut de lois. Les maladies qui vien-
nent en foule les affaillir fous ces lambris dorés , fem-
blent s'y conformer, elles ne relfemblent jamais
avec la même uniformité aux mouvemens du foleil,
dont l'ufage efl fouvent peu connu dans ces apparte-
mens retirés , fermés à la clarté du jour, & unique-
ment éclairés par la brillante & fîateufe lueur des
flambeaux multipliés. Les redoublemens s'y font plus
fouvent fentir le matin que le foir^ èc dans l'admini-
flration des remèdes le médecin efl fouvent obligé
de fe fervir de leur melure pour diflinguer les tems
de la journée.
Lori'que la nécefïïté n'efl pas prefTante , lorfqu'il
efl libre au médecin de choifir un tems de la journée
pour faire prendre quelque remède , fur-tout des
purgatifs, il les prefcrit ordinairement le matin. Voje^
ce mot. Le malade alors plus tranquille , fortifié par
le fbmmeil de la nuit , en lupporte mieux l'effet , & en
éprouve plus de foulagement ; on évite de donner
ces remèdes le foir ., à caufe de la révolution que
nous avons dit arriver alors afTez communément
dans la maladie , qui s'oppoferoit au fuccès entier
du médicament. D'ailleurs l'agitation que procure le
remède, l'excrétion qu'il doit occafionner, empê-
cheroit le fommeil de la nuit. Les fecours qui fem-
blent plus appropriés \tfoir, font les faignées à caufe
du redoublement ou de l'agitation plus grande qui fe
fait alors, les véficatoires 6c les cordiaux pour pré-
venir ou difîiper un affaiffement que l'abfence du
jour & le fommeil pourroient augmenter. Dans
d'autres cas les caïmans, les narcotiques indiqués
pour préparer une nuit plus tranquille , pour pro-
curer un fommeil qui rétablifle les forces , pour di-
minuer une excrétion trop abondante qui s'y oppo-
feroit, & enfin pour réparer les mauvais effets qu'un
purgatif ou un émétique , donné dans la journée,
manque rarement d'occafio.nner. Pour remettre la
machine dans l'équilibre & ralfiette naturelle, dont
ces remèdes l'avoient tirée, Sydenham étoit fort dans
l'ufage de donner un parégorique lefoir du jour qu'il
avoit purgé fes malades ; beaucoup de praticiens
ont fuivi cette méthode , dont ils fe font bien trou«
Vés. (/73)
SOISSONS, {Gcog. mod.) ville de France , capi-
tale du Soiffonnois , fur la rivière d'Aifne qu'on y
paffe fur un pont de pierre. Elle efl affez grande , peu-
plée 6c iituée dans un vallon agréable 6c fertile , à i z
lieues d'Amiens & à 22 de Paris. Quoique fes dehors
foient charmans , fes rues font généralement étroi-
tes , & fes mailbns mal bâties. 11 y a dans^ cette ville
un intendant, bureau des finances, preiidial , élec-
tion , maréchauffée , jurifdidion des ju£;es confuls &
maîtrife des eaux & forêts. Les PP. de l'oratoire oc-
cupent le collège. On voit quelques abbayes d'hom-
mes dans cette ville, entre autres celle de S.Jean qui
efl chef d'ordre & l'unique. L'abbaye de filles, ordre
de S. Benoit, appellée Vabbaye di Notre-Dame , eft
très-riche. On remarque dans fon églife deux tom-
beaux de marbre affez antiques, qui ont chacun cinq
à lix pies de longueur, & trois de hauteur. L'un de
ces tombeaux paroît être celui de quelque chrétien
riche 6c illuflre ; & l'autre efl cehii de quoique hom-
me de guerre.
L'évêché de Soijfons efl très-ancien ; fon évêque
efl le premier fuffragant de Rheims, & a droit de fa-
crernos rois au défaut de l'archevêque, ce qui a été
pratiqué au f acre de S. Louis , 6c à celui de Louis Xl\ .
Il ell vrai que la cérémonie de ce facrc ne fe tait dans
l'c^life métropolitaine de Rheims, par révcque de
Soij[/ons,c[uc ibus l'autorité &C avec la jjeriiiiilion du
chapitre. Le revenu de révêchc de Soi(,'onsd\ de 1
5
3o8
S O I
à loooo livres. Son dloccfc compte près de 400 pa-
r'oilVes,& 23 abbayes tant d'hommes que de filles.
Le chapitre de l'cglile cathédrale eil nombreux , &
les cnnonicats font un peu meilleurs depuis la fup-
prclïïon qu'on a fait de onze prébendes. Long. 20. 3c).
■ Soldons , en latin Augnfta Sncffioniim , a pris , com-
me on voit , fon nom des peuples Snclfioncs. Elle s'ap-
pelloit auparavant Moviodunum , &: elle étoit célèbre
du tems de Jules-Céfar, qui remarque que Divitia-
cus fon roi , avoit été un prince illuftre & puifTant.
Ce fut Augufte qui abolit le nom de Noviodunum
qu'avoit cette ville , pour hii donner le fien.
Dans nos tcms modernes Louis XIV. a érigé à
Soijfons une académie de bcauv eiJM-its , par des let-
tres patentes enregiltrées au parlement, le 27 Juin
1675. ^" effet, elle a produit de tems en tems des
gens de lettres de mérite.
//er/co/zr/ (Julien de), né dans cette ville, occa-
fionna l'ctabliflement de l'académie de Soijfons. Son
petit Hls , Louis d'HcricGurt , s'eft diftingué dans le
barreau de Paris , & a mis au jour un livre fort eftimé ,
fur le droit eccléfiafliquc françois.
Les Théologiens favcnt aifez que Pafchafe Rat-
bert, abbédcCorbie, dans le neuvième fiecle, étoit
dcSoiJ/ons. Il fe rendit illuftre par un grand nombre
d'ouvrages que le P. Sirmond a recueillis , ik publiés
pour la première fois à Paris, en 1618 , en un volu-
me in-folio. Le Traite de Pafchafe du corps & du fung
de Notre Seigneur J. C. excita dans fon tems, & a cau-
fc depuis , de grandes conteflations qu'il cil inutile de
reveiller.
Rnbbe (Jacques) , connu par fes ouvrages de géo-
graphie , naquit à Soi/Jons en 1 643 , & y ell mort en
1721 . Il a fait deux differtations qui n'ont pas été im-
primées. Dans la première, il prétend que le Bibrax
oppidum Rlumorum ^ dont parle Céfar, ell la ville de
Laon. L'autre differtation traite du lieu où fe donna
en ^93 , la fameufe bataille de True (ou Trauffi),
dans le Suefionois , fous Cloîaire.îl. M. Robbe croit
que ce lieu appelle en latin Trucciti , dans les gejîa
Francorum , c. xxxvj. efl Prêle fur l'Ailhe , village au
nord de Braine.
Sujfannau (Hubert), poëte & humanifte, naquit
à Soijf-^ns^ en I 5 1 4 , publia quelques traités de gram-
maire , & des poéfies latines qui furent alfez bien re-
çues.
Voilà pour les gens de lettres. Ajoutons un mot
d'un homme célèbre dans l'hifloire de France , & qui
mourut à SoiJJons en 16 1 1 , à l'âge de 57 ans, je veux
parler de Charles de Lorraine , duc de Mayenne , frère
de Henri duc de Guife. Il fut long-tems jaloux de la
réputation de ce frère, dont il avoit toutes les gran-
des qualités à l'aftivité près. Nourri comme le duc
dé Guife dans les allarmes, il fuccéda à fa gloire ainfi
qu'à fes deffeins. L'un donnoit beaucoup au hafard ,
& l'autre à la prudence ; l'un étoit trop hardi , l'au-
tre trop mefuré ; le premier promettoit tout & tenoit
peu, celui-ci promettoit rarement & ne manquoit
guère à fa parole. Dès que le fceptre de la ligue eût
paffé dans les mains , il fçut long-tems par une fage
politique , réunir fous fes lois les diverfes faftions
des efprits ; & s'il n'eut pas trouvé dans fa propre fa-
mille des rivaux qui lui difputoient la couronne de
France , on ne doute guère qu'il n'eût réulfi à la met-
tre fur fa tête. ( Le chevalier de J AU COUR T. )
'' SoiSSONS , {Acadim. de ) fociété littéraire établie
à Soijfons, fous la proteftion du cardinal d'Eftrées ,
par lettres patentes du roi en 1 674.
Avant qu'elle eût reçu cette forme munie de l'au-
torité royale , & des l'an 1 650 , les premiers qui ont
compofé cette compagnie , s'all'embloient régulière-
ment une fois la femaine, conféroient eniemble de
leurs études, le communiquant leurs lumières, &
S O K
corrigeant cnfemble leurs compofitions : encoxiragcs
à CCS exercices par les liaiions qu'ils avoient avec
plufieurs membres de l'académie Françoife, qui leur
donnèrent la penfée de former une académie, en
forte qu'on peut la regarder comme fille de l'acadé-
mie Françoife avec laquelle elle conferve des liaifons
très-étroites.
L'académie de Soi[fons a prefque les mêmes ftatuts
& les mêmes ufages que l'académie Françoife. Le
nombre de fes membres eft fixé à 20 , & elle doit tou-
jours prendre un protedeur du corps de l'académie
Françoife, à laquelle elle envoie tous les ans pour tri-
but, une pièce de fa compofition. La perfedionde la
langue françoife, l'Eloquence, les Belles-lettres ôc
l'Hidoire , font les objets de fes études ; & pour mar-
quer encore davantage fes rapports avec la priemiere
de nos académies , elle a pris pour devife un aiglon
qui s'élève vers le foleilà la fuite d'un aigle, avec ces
mots : maternis aufibus audax . Si quelque membre de
l'académie Françoife fe trouve à SoiJjons, les acadé-
miciens de cette dernière ville le prient de préfider à
leurs alTemblés ; & de fon côté l'académie Françoife
admet dans les fiennes les académiciens de SoiJJons,
leur permet d'y prendre féance, & demande leur
avis fur les matières qu'on y agite.
En 1734 M. de Laubrieres, alors évêque de Soif-
fons, fonda un prix annuel , qui doit être dillribuéà
celui qui remplira le mieux, au jugement de l'acadé-
mie , un fujet qu'elle propofe fur quelque fujet d'hi-
ftoire ou de littérature. Ce prix ell une médaille d'or
de trois cens livres.
SOISSONNOIS, LE , (Géog. mod) pays de France
qui faifoiî autrefois partie de la province de Picardie,
éc qui ell à-préfent uni au gouvernement militaire de
l'île de France. Il ell borné au nord par le Laonois ,'
au midi par la Brie , au levant par la Champagne , 6c
au couchant par le Valois. Il comprend une partie de
terrein qu'occupoient anciennement les Sueffiones. Il
a depuis fuivi le forttle Soiffons fa capitale. C'ell un
pays fertile en grains , en prairies & en bois. La ri-
vière d' Aîné le traverfe. {D. J.)
SOIXANTE , {Jrithmèt. ) nombre pair compofé
de fix dixaines , ou de dix fois fix , ou de cinq fois
douze , ou de douze fois cinq, ou de quinze fois qua-
tre , ou de quatre fols quinze , ou de vingt fois trois,
ou de trais fois vingt , ou de deux fois trente, ou de
trente fois deux ; ainfi que fix foit multiplié par dix,
ou que dix le foit par lix, ou que cinq par douze ,
ou douze par cinq , ou quinze par quatre , ou quatre
par quinze , ou vingt par trois , ou trois par vingt,
ou trente par deux , ou deux par trente : cela ne pro-
dmro'it ]ama\s qnefoixante. Le nombre defoixante
muhiplié par lui-même , produit 3600. En chiffre
commun ou arabe ,foixante s'écrit 60 ; en chiffre ro-
main de cette manière LX ; &C en chiffre françois de
compte & de finance , Ix. On ditfoixanie & un ,/o/-
xante-dçux ,foixance trois, &C ainfi de luite julqu'à
quatre-vingt. Irfon. (^ D. J.^
SOIXANTER , V. a. {Jeu de piquet.) compter foi-
xante points , faire un foixante , un pic ; ce qui fe dit
de celui qui a la main lorfqu'il compte jufqu'à trente
points de fuite en jouant les cartes , avant que le
joueur qui eft dernier ait fait aucune levée ni rien
compté. Acad. des jeux. (^D. J.)
SOIXANTIEME , f. m. ( Arithmét.) en matière de
fracHons ou nombres rompus , un foixantieme s'écrit
ainfi j^. On dit auffi \in foixante-unieme , un foixante
ij> deuxième , un foixante & troifieme , &c. & ces diffé-
rentes fraftlons fe marquent de même que celle ci-
deffus ; avec cette différence néanmoins que l'on met
un I , un 2 , un 3 au lieu du zéro qui fuit le 6 : ce qui
fe pratique de cette manière -^r » tt » ^5 <^f' On dit
encore ^^ , ^ , ^ , &c. Irfon. {D. J.)
SOK ou SOC J 1. m. (Comm.) mcfure des longueurs
SOL
^ont on ie Tert dans le royaume de Slam. C'eft la
demi-coudée. Deux keubs tbnt \m fok ; douze nions
font le keub , & chaque nion contient huit grains de
riz non battu, c'eft-à-dire neuf de nos lignes. Au-def-
fus du fok. font le kene , le voua , le fen , le jod & le
rôé nuns , qui contient deux mille vouas ou tonis.
f^oycT Ken , Voua , &c. Dictionnaire de Commerce &
de Trévoux.
SOKIO , f. m. ( Hift. nat. Botan. ) C'eft un très-
grand arbre du Japon , dont les feuilles font fort lon-
gues , & ont plufieurs lobes. Ses branches font lon-
gues & minces. Kœmpfer eft porte à croire que c'efl:
l'arbre de la cafle.
SOL , f. m. ( Jlrchitecl. ) Ce terme , dérivé du latin
^olurn , rez. de-chauffée , fignifie dans la coutume de
Paris, ^r/. 1 8 y ^là propriété du fonds d' un héritage. Ainfi
il eft dit dans cette coutume, que qui a le/o/ a le def-
fous & le deffus , s'il n'y a titre contraire. Ceux qui
bâtlflentfur le fonds d'autruipour en jouir un certain
nombre d'années , n'ont que le deffus. DaviUr.
{D.J.)
SOL OU Sou, f. m. (^Monnoie.^ Ce mot fignifie
tantôt une monnoie réelle & courante, & tantôt une
monnoie imaginaire & de compte. Le foL monnoie
courante , eft une petite efpece faite de billons , c'eft-
à-dire de cuivre , tenant un peu d'argent , mais plus
ou moins , fuivant les lieux & les tems. Le fol de
France a d'abord été fabriqué fur le pic de douze
deniers tournois: il fut appelle dou^ain^ nom qu'il
conferve encore , quoiqu'il n'en ait pas la valeur.
Il y a eu autrefois en France fous la première race
de nos rois , des fols , des demi-fols , & des tiers de
fols d'or , ainfi que dçs fols d'argent à la taille de Z4
à la livre.
Il y a en Hollande deux monnoies, l'une d'argent,
l'autre de billons , auxquelles on donne le nom defol;
celle d'argent s'appelleyô/ de gros , & VâuirQ fol com-
mun^ dit en hollandois (luyver : le fol de gros vaut
12 gros ou un fchilling d'Angleterre.
Le fol françois, monnoie de compte, appelléyà/
tournois , eft compofé de quatre liards qui valent 1 2
deniers tournois. Les 10 fols tournois font une livre
tournois. L'autre yb/ de compte , que l'on appelle yô/
parifis , eft d'un quart en fus plus fort que le/o/ tour-
nois , tk. vaut I 5 deniers.
Le yô/ d'Angleterre fe nomme fol fcrling ; c'eft la
vingtième partie d'une livre fterling, & le fol fterling
vaut douze deniers fterlings , ou douze penings , c'eft-
à-dlre vingt-quatre yè/s tournois de France. (Z?. /.)
SoL d'or , ( Monnoie. ) monnoie d'or. On s'eft
fervi en France pendant la première race de nos
Tois , de fols , de demi-fols , de tiers 6' de Cols d'or fin.
Ces monnoies étoient en ufage chez les Romains
dèsConftantin ; & vraiftemblablement les Francs qui
s'emparèrent de la Gaule , imitèrent les Romains dans
la fabrication de leurs monnoies. La conformité qu'il
y a pour le poids entre nos fols, nos demi fols , & les
tiers de fols , & ceux des empereurs romains qui ont
régné depuis le déclin de l'empire , ne permet guère
d'en douter. Lewx fol &c le nôtre pefoient également
chacun 85 grains j de grain , les demi-fols 6i. les tiers
de fols à proportion. Cela fe juftifie par quantité de
monnoies qui nous reftent des uns & des autres.
11 paroît par plufieurs paflages de la loi falique ,
que \efol d^or des Francs valoit 40 deniers ( mais ces
derniers étoient d'argent fin , & pefoient environ 21
grains ) ; le demi-fol en valoit 20 , & le tiers de fol 1 3
& -j de deniers. Ce fol d'or vaudroit aujourd'hui de
notre monnoie courante 1 5 livres environ , le demi-
fol & le tiers de fol à-proportion. Ces trois efpeces
d'or avoient ordinairement fur un de leurs côtés la
tête ou le bufte de quelqu'un de nos rois , & de l'au-
tre une croix , avec le nom du lieu où la pièce avoit
-été fabriquée. '
SOL
30
Sous la féconde race , on fe fervit aufTi de fols d'or i
mais il s'en trouve fi peu , qu'il n'eft pas poiTîble dû
pouvoir déterminer quel étoit leur véritable poidsw
M. le Blanc n'a vu qu'un feul de ces fols d'or, qvi'il
croit être de Louis le débonnaire , & qui étoit beau-
coup plus fort que les fols d'or de la première race ^
car il pefoit 132 grains ; ils valoient toujours 40 de-^
niers d'argent, mais ils étoient plus pefans que ceux
dont il eft parlé dans la loi falique.
Pendant le commencement de la troifieme race ,
on fe fervoit encore en France de fols d'or fin ; mais
comme il n'en refte aucun, on n'en connoît ni le
poids ni la valeur. Sous le règne de Philippe I. il y
avoit des francs d'or qu'on nommoit ziifCi florins d'or*
lefquels étoient peut-être la même choie que le fol
d'or, qui avoit encore cours en ce tcms-là. Après
tout , que le fol d'or & le franc d'or ne foient qu'une
même monnoie , ou que c'en foient deux différentes,
on en ignore le poids & la valeur ; parce que per-'
fonne n'en a encore vu aucune efpece d'or du com-
mencement de la troifieme race. ( Z), /. )
SoL,{Mufl(]ue.) l'une des fix fyilabes inventées
par l'Aretin , pour prononcer & folfier les notes de
la gamme. Le Jbl naturel répond à la lettre G. A^oyc^
Gamme. {S)
Sol , terme deBlafon. Il fe dit quelquefois du champ
de l'écu qui porte les pièces honorables & les meu-
bles. (£>. /.)
SULAGE , f. m. ( Gramm. & Econom. rufliq. ) fol
terrein. Ces fruits font d'un mauvaisyô/^zg'i; , d'un fol ^
aride , d'un terroir ingrat. Sciage fe dit peu.
SOLAIRE , adj. ( ^Aflron. ) fe dit de ce qui a rap-
port au foleil. Voyz\ Soleil.
Syûèmefolaire , eft l'ordre & la difpofition des dif-'
iérens corps céleftes qui font leurs révolutions au-
tour du foleil comme centre de leur mouvement :
ces corps céleftes font les planètes du premier & du
fécond ordre , &: les comètes ; quant au plan du fy-=
ûème folaire. f^oye:^S^srkME.
L'année folaire eft compofée de 365 jours 5 heu-
res 49 minutes , par op;)ofition à l'année lunaire , qitî
n'eft que de 3 ^4 jours. Foye^ Année.
Vannée fol aire eft tropique ou planétaire.
L'année folaire tropique eft l'efpace de tems dans
lequel le foleil revient au même point des équinoxes
ou des folftices ; cet efpace eft toujours égal à 365
jours 5 heures , & environ 49 minutes.
L'année folaire planétaire eft l'efpace de tems pen-»
dant lequel le foleil revient à quelque étoile fixe ,
particulière: ce qui arrive environ au bout de 36*
jours 8 heures & 9 minutes. Voyei An. Chambers: (£)
Solaire , f f eft le nom que donne M. Rouauef
à la courbe que décrivent les rayons de lumière en
traverfant l'atmofphere. A^oye^ Crépuscule , RÉ^
fraction.
M. Taylor a donné dans fon livre metkodus incre^
mentorum direcîa 6" inverfa , la manière de trouvef
cette courbe; M. Bcuguer, dans fa dilfertation fuf
la manière d'obferver en mer la hauteur des aftres ,
qui remporta le prix de l'académie en 1 729 , a donné
aufll l'équation de cette courbe par une méthodâ
particulière plus claire que celle de M. Taylor ^ &
il montre dans cette difiTertation l'ufage qu'on en peUï
iàire pour connoitre la hauteur des aftres. ( Û )
Solaire , en Anatomie, nom du mufcl-e extenféuir
du pié ; il prend fes attaches à la partie pollcrieurâ
&: fupérieure du tibia & du péroné , à la mcmbrand
interofteufe , & fe termine par un tendon plat en s'u*
niflant à ceux du plantaire & des jumeaux à la partia
poftérieure & fupérieure du calcaneum.
Solaire , terme de Chirurgie , bandage pour la fai-"
gnée de l'artère temporale. J^oyei Artériotomie,
article où l'on a donné la manicre de faire «e ban-»
dage. ( r)
3IO SOL
SOLAK. , f. m. tirmc de relation , foldat à pié de la
garde du grand-lelgneur : les J'oluks ont un bonoet
parcilA ct'lui des tehornadgis , &: portent chacun un
arc à la mani ; leur velle'dc dcflous cil rctroullce
jufqu'à la ceinture, avec des manches pendantes;
la chemiic qu'ils ont par-deflus les calçons , ell bro-
dée lur coutures. Du Loir.
SOLAMIRE , r. t". en urmt de BoipLier , c'eft cette
toile de crin , de loie , ou de toute autre choie à clai-
re vole dont on garnit les tamis , & à-travers la-
quelle doit palier ce qu'on veut lafler. J^oyei Tamis.
SOLANDRE , i. t. ( An hippiatr. ) maladie de
cheval; c'ell une elpecc d'ulcère ou crevalle qui
vient au pli du jarret : la peau le trouve Ibuvent fen-
due ik; rongée par lacreté des humeurs qui en décou-
lent. {D.J.)
SOLANE LA,( Géog. mod. ) petite rivière deFran-
cc, dans le Limoulin ; elle Te joint à la Correze,
lous les murs de Tulles.
SOLANOIDE , r. i.folanoUes , ( Jiijl. nat. Bot. )
genre déplante à fleur enrôlé compolee de quelques
téuilles ; le pillil devient une coque allez ronde , qui
renferme un noyau couvert d'une peau charnue qui
lui donne l'apparence d'une baie. Tournefort , Mcm.
de Cacad. royale des Sciences. f^oye{ PLANTE.
La Jblanoide fe nomme autrement dulcamere bâ-
tarde ; fa fleur cil: en rofe , à cinq pétales ; fon piftil
dégénère dans la fuite en un fruit rondelet , conte-
nant une lémcncc dure , couverte d'une pulpe min-
ce , qui donne au fruit la reffemblance d'une baie.
Cette plante eft nommée par Tournefort, (olanoïdes
americana^ circea foliis canefcentibus. I, R. H,
Miller dit que les folanoïdes font originaires des
contrées les plus chaudes de l'Amérique , d'où l'on
a apporté en Europe leurs femences ; elles font au-
jourd'hui affez communes dans les jardins des cu-
rieux. Leurs fruits broyés donnent une couleur rouge
allez belle , mais qui fe fanne promptement , en forte
qu'on en fait peu de cas. ( D.^. )
SOLANTO, {^Géog. mod.') en latin SolusowSo-
lantum , bourg , autrefois ville de Sicile , dans le Val
de Mazara, entre Palerme ôcTermini, à l'orient fep-
tentrional de Monte-Alfano. M. de Lille appelle ce
bourg le fort de Solanto. (Z). /. )
SOL.4NUM , f. m. {Botan.') Tournefort compte
trente-quatre eipeces dejolanum, entre lefquelles il
y en a une principalement d'ulage en Médecine , &
une autre en aliment; mais l'efpece defo/anum-nom-
mé belladonna majoribusjolùs & jloribus , par Tour-
nefort 1. R. H. 77, ell un véritable poifon.
Le folanum d'ufage en Médecine ell nommé foU-
nurn nigrum, vulgare , /. R. H. 149 , en anglois che
commun night-shade , & en françois , morellc. Foyc:;^
MORELLE.
L'efpece de folanum dont la racine eft d'ufage en
aliment, ell \c folanum tuberofum ejculentum^ I. R. H,
149 , en françois batate ., patate , pomme de terre , topi-
nambour. Foyei Pomme de terre & Topinam-
bour.
La belladonna de Tournefort, de Bocrhaave, de
Clufuis, de Dillenlus & autres botanilles, ell \e fola-
num leihaU de Ray , hiji. 1. ^iyc) ; folanum melanocera-
fus^C. B. P. 166, folanum rnaniacum, J. B. 3.611.
folanum fomniferum , Phyt. Brit. i i 5 ., folanum furio-
fum lur idc pur pur eo flore calathoide^ mclanoceraf us. Pliik..
Almag. 1.352.
C'ell le plus grand de tous les folanum ; il a plu-
fieurs racines épallles, longues, éparfes, fortes, d'où
partent de grandes tiges angulaires qui s'élèvent à la
hauteur de l'homme 6c plus, environnées de feuilles
<l'un verd fale, de la figure de celles de la morellc
ordinaire , mais beaucoup plus larges ; fes fleurs font
difperlées parmi les feuilles ; elles croilTent léparé-
jnent fur de longs pédicules i elles ibnt larges , pro-
SOL
fondes , en cloche , divlfées en fix fegmens â leurs
extrémités, d'un brun foncé , verdâtrcsà l'extérieur,
& purpurines au-dedans. Elles font place à des baies
larges , luilantcs , rondes , noires , comme des cerifes,
placées fur un calice brunâtre , & pleines d'une pul-
pe purpurine, fucculente , d'un goût fade &: douçâ-
tre; cette pulpe ell parfemée de petites graines plates.
Ce font les fruits de cette plante qui produifent
des convulfions , des battemens de cœur terribles ,
l'aliénation de l'cfprit, & la mort. Les mémoires de
l'académie royale,les Tranladlons phllolophiques,&:
d'autres ouvrages , n'ont cité que trop d'exemples
des qualités funelles de cette plante. Ray rapporte,
d'après Hochlletter , qu'un frère mendiant à Rome
ayant bu d'une infufion de belladonne , perdit les
fens, & qu'il les recouvra en buvant un verre de vi-
naigre. Il ell très-vrailTemblable que le meilleur re-
mède contre ce poifon, ainfl que contre lejiramo-
nium , feroit les acides végétaux précédés d'une bolf-
fon copieufe d'eau & de miel émétifés. Les peintres
en miniature font macérer le fruit du folanum mela-
nocirafus , & en préparent un alTez beau verd. {D. 7.)
SOLARIUM , f. m. ( Littéral. ) c'ell une efplanade,
ou un lieu élevé à-découvert au foleil , où l'on fe
promenoit , comme on l'apprend d'Ifidore & duglof-
faire de Cyrille.
Solarium efl aufll un cadran au foIeil.Vitruve a dé-
crit plufieurs fortes de cadrans au foleil , liv. IX. de
fon architedure. Ç D. J.)
SOLBAM , ( Maréchal. ) fe dit d'un cheval dont la
foie ell foulée.
SOLBATURE , f. f. terme de Maréchal, foulure 8C
meurtriflîire de la chair qui ell fous la foie , & qui
ell froilTée & foulée par la foie , c'ell-à-dire la pe-
tite femelle de corne du pié du cheval , quand cet
animal a marché long - tems pié nud , & quand la
foie ell trop deflechée. (2?. /. )
SOLBAZAR , ( Géog. mod. ) bourgade de la Tur-
quie en Afie , dans l'Anatolie , à une petite dillance
de Madré. C'ell , félon Léunclavius , l'ancienne Lfa^
lona , ville de l'Afie mineure , près du Méandre.
{D.J.)
SOLDANELLE , f. î.foldantlla , ( Hifl. nat. Bot. )
genre de plante à fleur monopétale en forme de clo-
che , & ordinairement frangée. Le pillil fort du ca-
lice , il ell attaché comme un clou à la partie infé-
rieure de la fleur , 6d il devient dans la fuite un fruit
cylindrique , qui s'ouvre par la pointe , ôi qui ren-
ferme plufieurs femences attachées à un placenta,
Tournefort , inf.. rei herb. Voye^^ Plante.
Selon Linnsus , le caUce de la fleur ell droit , du-
rable &divifé en cinq fegmens aigus ; la fleur efl: mo-
nopétale , en cloche , qui s'élargit jufque dans les
bords où règne une dentelure ; les étamines font cinq
filets plats ; leurs boflTettes font fimples ; le germe
du piftil eft arrondi ; le llile eft menu , de la longueur
de la fleur , & fubfille après elle ; le ftigma efl ob-
tus ; le fruit eft une capfule oblongue , cyhndrique,
contenant une feule loge ; les graines font très-nonv
breufes , extrêmement petites & pointues.
La principale efpece dç. foldanelle eft nommée par
Tournefort , convolvulus maritimus nojlras , rotundi-
foins , /. R. H. <?j. Sa racine eft fibreufe & menue.
Elle poulTe plufieurs tiges grêles , pliantes , farmen-
teufes , rougeâtres , rampantes fur terre. Ses feuilles
font fphéroides , liftes , luifantes , femblables à cellçs
de la petite chélidoine, mais plus épaiflTes, remplies
d'un lue laiteux , & portées fur de longs pédicules.
Ses fleurs font des cloches à bords renverfés comme
celles des autres eipeces de liferon , affez grandes ,
& de couleur purpurine. Il leur fuccede des fruits
prefque ronds , membraneux , qui renferment des
femences anguleules 6i. noires pour l'ordinaire. Cettç
SOL
plante croît fréquemment fur les rivages fablonneux
de la mer, &: fiturit en été.^ {D. /.)
SoLKANELLE, ( Mut. mcdic. ) chou marin. Cette
plante ell comptée parmi les purgatifs hydragogues,
c'ert-ù-dire violcns. On remj;loic quelquefois dans
l'hydropifie , la paialyfie & les maladies invétérées
de la neau. On donne Ion lue dépure à la dofe de
demi-once ; fon extrait à celle d'un gros ; la plante
féchce èz. réduite en poudre à la dole d'un gros juf-
qu'à deux dans de l'eau ou dans du bouillon. A«j'<;^
PURGATII'.
Les feuilles fcches de foldanclU entrent dans la
poudre hvdragogue de la Pharmacopée de Paris.
SOLDAT, f, m. (^Art militaire.') eft un homme de
guerre , qui s'en^^age de fervir un prince ou un état
moyennant une certaine paye.
Ce mot cft formé de l'italien foldato , & celui-ci
du latin foUda , ou folidata , ou jolidus , folde ou
paye; cependant Paiquier aime mieux le dériver du
vieil mot •^piwXoxs foUt doycr , un foldier ; ècNicode
le fait venir dcfoldunus.
Le fbldat eil celui qui reçoit la paye ; le vaffiil efl
celui qui eft obligé de fervir à les propres dépens ;
le volontaire eil; celui qui fert à fcs dépens , mais de
bonne volonté. A^o/c{ Vassal, &c.
DuCange remarque que les anciens fo/djcs ne dé-
voient poiiit avoir moins de cinq pies &Z demi de
haut , éi. qu'on appelloit cette meliire incomma ou
incoma. Chambcrs.
On doit, félon Vegece, s'attacher fur toute chofe
à connoîrre par les yeux , par l'enfemble des tnùts
du vifage, & par la conformation des membres, ceux
qui peuvent faire les meilleurs /o/J./w. Il y a, dit cet
auteur, des indices certains oL avoués par les gens
d'expérience pour juger des qualités guerrières dans
les hommes , comme pour connoître la bonté des
chevaux & des chiens de chalfe. Le nouveau /à/^/^/
doit avoir les yeux vifs , la tête élevée , la poitrine
large , les épaules fournies , la main forte , les bras
longs , le ventre petit , la taille dégagée, la jambe &
le pié moins charnus que nerveux. Ces qualités peu-
vent difpenfer d'infifter fur la hauteur de la taille ,
parce qu'il eil plus néceilaire que les foldats folent
roburtes que grands. Nouv. trad. de Vegece. On pré-
fère les foldais levés dans la campagne à ceux des
villes , parce qu'ils font plus propres à foutenir les
travaux &; les fitig\ies militaires. ( Q )
Soldats de marine, (^Marine.) ce font àesfol-
dats qu'on emploie fur mer , & qui travaillent à la
manœuvre des écoutes &des couets.
Soldats gXrdiens , (^Manne.) foldats qu'on en-
tretient fur les ports. Il y en a trois cent dans le
port de Toulon ; & pareil nombre dans les ports de
Breft & de Rochefort ; & cinquante au Havre-de-
Crace ; outre 300 qu'on entretient à la demi-folde
dans chacun de ces trois premiers ports.
SOLDE , f. f {Art militaire!) c'elt la paye que l'on
donne à chaque homme de guerre. Chez les Grecs ,
les loldats faifoient d'abord la cuerre à leurs dépens ;
ce qui étoit très-naturel , puilque c'étoient les ci-
toyens mêmes qui s'unifloient pour défendre leurs
biens , leur famille & leur vie. Périclès fut le pre-
mier qui établit une paye aux foldats athéniens.
Chez les Romains , le lervice militaire fe faifoit gra-
tuitement dans les premiers tems de la république.
Ce ne fut que plus de 440 ans après la fondation de
Rome que le fénat , à l'occafion du fiege deVéïes
qui fut fort long , ordonna , ians en être requis, que
la république payeroit aux foldats une Ibmme réglée
pour le ff rvice qu'ils rcn Jroient. Pour fournir à cette
paye , on impoia un tribut fur les citoyens à propor-
ti^m de leur revenu. Quoique le foldat ne lervît or-
dinairement que la moitié de l'année, il étoit payé
SOL
311
de Tannée entière. Cette paye ne fut d^abord accor*
dit. qu'aux tantallîns , mais les cavaliers l'obtinrent
aulii trois ans après. Lors de l'établifTement des com-
pagnies d'ordonnances par Charles VIL en 1445, la
Jhldc de chaque gendarme , pour lui '6c pour toute fa
lance fournie, vc>/«;ç Lance , étoit de trente f-ancs
par mois. Les bourgeois des villes <k. les habitans dô
la campagne payoient cette folde , & 1 impofition or-»
donnée à ce iujet fut appellée la tml'e des gendarmes^
Le P. Daniel prétend que c'eft là le commencement
des tailLs ordinaires. Cette /b'de , dit cet auteur, pa«
roîtra bien petite eu égard à l'équipage 6c à la fu te
du gendarme , & elle le feroit fans doute de notrô
tems ; mais alors une telle fomme étoit confidwr ible,
à caufe du prix des vivres ; car nous voyons par les
ordonnances de Louis XI. & même de François L
qu'un mouton à la campagne ne c )Ufoit que 5 fols ,
pourvu qu'on rendît la peau 6c la graiffe qui fer-
voit à faire du liiit. Q^tte folde fut depuis augmentée
par la raifon contraire. Hifl. de la mi:i:.ef.inç.
A l'égard de la. folde ou de la paye que les troupes
ont à préfent , voye[ le c^de militaire de M. Briquet ,
ou les élémens de fart militaire par M. d'Héricourt.
Pendant la guerre , la paye des troupes fe fait de
de dix jours en dix jours , & de cinq en cinq pendant
la paix , & toujours d'avance ; c'ell ce qu'on appelle
le prâ. Fojei PrÊT. (Q )
Solde de coiMpte, (Commerce^ fomme qui fait
la différence du débit & du crédit lorfque le compte
eil: arrêté & vérifié. Dicl. de comm. & de Trév, Voye:^
Compte.
SOLDER UN COMPTE, (Commence. ) c'ell le cal-
cu.ler , le régler , l'arrêter , en faire la balance. Voye:^^
Balance &- Compte.
SOLDIN , {Géog. mod.) petite ville d'Allemagne»
dans la nouvelle Marche de Brandebourg. Il y a une
collégiale, compofée de douze chanoines. Z,o/z^. j 2.
SS.Utit. 33. {D. J.)
SOLDURIER, (^/?. des Gaules.) on appelloit
folduriirs dans les Gaules certains braves qui s'atta-
choient à un prince ou à un feigneur , pour av'oir part
à la bonne ou à fa mauvaile fortune ; lorfque le fei-
gneur périiToit dans im combat , ils mouroient avec
lui, ou fe tuoient. après fa défaite. Ao/e{ Célar ,
l. m. de la guerre des Gaules. {D J.)
SOLE , f. (.Jolea , lingu/jca , {flifi. nat. hhthiol^
poiffon de mer , dont la figure a quelque rapport à
celle d'un langue de boeuf; il eil phis long , plus plat
6c moins large que la plie; la face inférieure du corps
a une couleur blanche , 6c la face lupé; ieure efl noire ;
les mâchoires font courbes , 6c n'ont point de dents.
Il y a fur chacune des faces du corps un trait droit
qui s'étend depuis la tète julqu'à la cjueue ; les yeux
font placés fur la f^ce iupérieure de la tête ; les na-
geoires des ouïes ont la même couleur que la partie
du corps où elles fe trouvent ; celle du dos 6c celle
du ventre font blanches en - deilbus 6c noires en-
delfus ; la première s étend fur toute la longueur du
dos ; l'autre ne commence qu'au-delfous de l'anus,
6c fe prolonge auffi julqu'à la queue dont la nageoire
n'ell pas fourchue. La lole craint le froid, 6c lé cache
au fond de la mer pendant l'hiver. Sa chair elt dure,
vifqueufe , très-nourrilfante 6c de bon goût , lur-tout
lorfqu'elle a été gardée quelque tems , c'ell pour
cette raifon que les foies font meilleures à Paris que
fur les côtes où on les pêche. Rondelet , hifl. nat.
d(S poi(jons , part. l. liv. XL chap. x. Voye^ POIS-
SON.
11 feroit fingulier que la nature eût réfervé à de3
inftftes le foin de faire éclore des œufs de poiflbns.
C'ell pourtant un fentiment que M. Dellandes a ado-
pté par rapport aux œufs de foie , comme il paroît
par V/ii/l. de facad. des Scienc.ann. lyii II a penfé
que les foies ctoicnt produites par une efpece de
3 Î2
SOL
petite ccrcviffe de mer qu'on nomme duvnttc ou
crevette. M. Dcllandcs en fit pccherune grande quiji-
tltc , & les mit dans une baille pleine d'eau de mer;
au bout de douze à trci/.e joiu-s il vit huit ou dix pe-
tites foies. U répéta l'expérience plufieurs fols , tou-
jours avec le même luccès; il mit enfuite des Joks
Ua.'is ims baille ; & quoiqu'elles frayaffent , il n'y
j)arut point de petites foies.
Il a de plus trouvé, que quand on a nouvellement
péché des chevrettes , on leur voit entre les pies
pUilicurs petites vefTies, inégales en grofîeur & en
nombre , tbrtement collées h leur eftomac par une
liqueur gluante. Ayant examiné ces velîies avec un
mîcrolcope,il y a vu une efpccc d'embryon qui avoit
l'air d'une fyle ; d'oii il conclud que les œufs de
fo/e , pour éclore , doivent s'attacher à des che-
vrettes.
M. Lyonnet n'a pas voulu dlfputer cette conclu-
fion ; mais il lui femble avec raifon que M. Def-
landcs auroit pu rendre fon expérience plus fure , û
au-Ueu de la grande quantité de chevretes qu'il a
mifcs dans fa baille, & parmi lefquelles il fe feroit
alfément pu mêler quelques petites foies , fans qu'il
s'en fût apperçu, il fe fut comenté de prendre quel-
ques chcva'ettes chargées des vefTies dont il parle ;
6c qu'après avoir compté ces vefTies, il eût mis cha-
que' chevrette à part dans un peu d'eau; fi pour lors
en trouvant après quelques jours une petite foie
dans l'eau , il eût aufTi trouvé une velTie de moins
à la chevrette placée dans le même vafe , ç'auroit été
une preuve que la foie feroit née d'une veflie atta-
chée h la chevrette; mais encore n'auroiî-ce pas
pas été une preuve que les œuts de foie ont beloin
de fes infedes, 6c qu'ils ne pourroient éclore fans
cela.
Si les œufs de celles qui avoient frayé dans la
baille font demeurés ftériles , & que les autres aient
produit des poiilbns, la railbn de cette différence
peut bien avoir été, ou que les mâles n'ont pas fer-
r.illfé le frai des premières , & qu'ils auront rendu
fertile celui dont les œufs fe font attachés aux che-
vrettes ; ou bien que ces œufs ayant befoin d'agita-
tion pour éclore , les premiers n'ont pas eu dans la
baille l'agitation nécellàire qu'ils auroient reçue dans
la mer, tandis que les chevrettes par leur mouve-
ment auront procuré une agitation îiiffifante aux au-
tres. Toutes ces réflexions prouvent qu'on ne fau-
roit être trop réfervé à étabUr des faits fur des expé-
riences douteufes , & qu'on croit démonflratives.
{D.J.)
Sole, f. f. (^Marlne.^ c'eft le fond des bâtimens qui
n'ont pas de quille , tels que la gribane , le bac , &c.
Soles , (^Âlarine.) pièces du fond d'un affût de
bord.
Sole, f. f. {Arch'uecî.^ «c'eft une groffe pièce de
bois d'équarrl{iage,.qui avec une autre pièce qu'on
appelle \z fourchette , fait la bafe d'une machine à éle-
ver des fardeaux qu'on nomme un engin. C'eft fur
le milieu de la foie que pofe le poinçon , & fes bras.
Les fonmttcs^ autre machine pour battre des pieux,
ont pareillement leur j'oie , de deffus laquelle s'élè-
vent les montans à coullffe & leurs bras. Les foies
font encore les deux pièces de bois pofées en croix
fur un maffif de pierre ou de maçonnerie , fur le mi-
lieu defqu elles eft appuyé & arbouté l'arbre ou
poinçon qui porte la cage d'un mouhn à vent, &
îûr lequel il tourne. En général , toutes les pièces
de bois qui pofent h terre pour foutenir quelque
conflruclion , machine ou bâtiment , & fur leiquelles
on les élevé, s'appellent des foies. CD. 7.)
Soles, f f. pi. {Mjçonn.) ce Ibnt les jettées du
plâtre au panier, que les maçons font avec la truelle
pour former les enduits. (Z?. /.)
> SoLEjf. f. (^/^ffrie.) c'ell une certaine étendue de
SOL
champ fur laquelle on fem.e fuccefîîvement par an»
nées , des blés , puis des menus grains , & qu'on lalffe
en jachère la trolfieme année. On dlvife ordinaire-
ment une terre en trois foies. CD. J. )
Soles, f. f. pi. (Cluirpent.) On appelle ainfi toutes
les pièces de bois npfées de plat , qui fervent à faire
les empattemcns des mp.chines, comme des grues,
engins , &c. On les nomme racinaux , quand au-lieu
d'ccrc plates , elles font prefque quarrées. Daviler.
(Z>./.)
SoLE,f, f. ÇComr/i.) place publique ou étape oil
l'on étale les marchandliès, 6c où on les met comme
en dépôt pour être vendues. Les marchands de vin
en gros font tenus de mettre dans les foies de l'hôtel
de ville leurs vins , pour en payer le gros. Dicïionn.
de commerce. ( Z?l /. )
Sole , (^Maréchal.) On appelle alnfi le delTous du
pié du cheval. C'eft une efpece de corne beaucoup)
plus tendre que l'autre qui l'environne , & qui à
caufe de fa dureté , eft appellée proprement la corne^
Un fer qui porte fur la foie, peut fouler un cheval,
le faire boiter , & lui meurtrir la chair qui la fépare
du petit pié.
Cheval deffolé eft celui à qui on a ôté la foie fans
tousher à la corne du fabot. On ôte la foie pour plu-
fieurs accidens , ck; en moins d'un mois , elle peut être
entièrement rétablie.
Sole, (Fénerie.') Ce mot en terme de chaffe, fignifîe
le milieu du deffous du pié des grandes bêtes. (Z?, 7.)
Sole ou Soulle , jeu de la , {^fiifl. mod. ) Le Jeu
de h foie ou de \à foulle étoit en ufage autrefois
dans le Berry, le Bourbonnols ,1a Picardie , & peut-
être ailleurs. Ce mot vient, félon M. du Cange, de
folea , une femelle de foulier, parce que c'étoit avec
la plante du pié que l'on poulibit l'inftrument. On
jouoit à h foie dès le xiv. fiecle en plufieurs endroits
du royaume. En certains pays, ce jeu s'appellolt la
foule, en d'autres, la chéole. On voit ce jeu défigné
dans les ordonnances de nos rois & dans les flatufs
fynodaux. L'inftrument du jeu, s'il étoit gros, s'ap-
^eWoit foule, 6cfoulette, s'il étoit petit , en baffe Bre-
tagne s'appellolt mellat en langue vulgaire du xv. fie-
cle , qui eft le tems auquel Raoul évêque de Tré-
guler le défendit. Son ftatuteft de l'an 1440, & on le
trouve au tom. It^. du tlufuuius anecdotorum des PP.
Martenne & Durant. L'ordonnance de Charles VI.
qui parle de ce jeu auquel les payfans du Véxin s'exer-
çoient devant la porte de l'abbaye de Notre-Dame
de Mortevert, le jour de carême -prenant, eft de
l'an 1387. Une autre autre ordonnance du roi Char-
les V. qui eft de l'an i 369, met ce jeu dans le rang
de ceux qui font défendus, comme ne fervant nulle-
ment à dreffer la jeuneffe pour la guerre. Layo/e,
félon M. Ducange , étoit un ballon enflé de vent,
ou une boule de bois, & peut-être l'un &; l'autre.
Dans un décret ou ftatut du châtelet de Paris de
l'an 1493 , il en eft encore parlé fous le nom du jeu
de la foule. On. affure que les peuples de quelques vil-
lages de l'archlprêtré d'Hérifcon en Bourbonnols ,
croyolent autrefois honorer Saint Jeant l'évangelifte
ou Saint-Urfin, en courant la l'oie ; c'eft-à-dlre, que
cet exercice fe falfoit dans l'une de ces paroiffes
le 27 de Décembre , & dans une autre , le 29 du
môme mois. Voye:;^ M. Ducange & fes continuateurs
dans le gloffarium média: & infimes latinitatis , aux mots
ludi , cheoUre , mellat , &c. Le même M. Ducange,
dans fa viij. d'iffertat'ion fur Joinville , & le mercun
de Mars '7j3, où l'on trouve plufieurs réflexions
de M. Lebeuf, chanoine & foufchantre d'Auxerre,
fur le même fujet. Supplément de Moréry.
SOLEA , ( Ant'iq. rom. ) riche chauffure d'or &
de (oie , avec une feule femelle de cuir. ( D.J.^
SOLÉCISME , f. m. ( Gram. ) quelques grammai-
riens
SOL
SOL
Srièns ont prétendu que ce mot , qui fe dit en grec
ffoXoïKis-f^K , ert formé de ces mots , iwa Xoyov
akiiriJ.oç ^ fani fcrmonis indigna corruptio , corruption
d'un langage lain. Mais cette origine , quoiqu'ingé-
nieufe & probable en foi , cft démentie par l'hif-
toire,
« Ce mot efl formé de '^-ô'KotKci , qui fignifîe les ha-
» titans di. la ville appellce 5"eAo/ , comme A-^poïKci ,
» les habitans de la campagne ». [ La terminaifon oikci
vient de ««c?, domus; d'où cIkuu, hubitn ].« De ''^cXcmct
» on a fait nhoty-t Çnv , imiter les hahicans de la vil'e
>y appelle - sAo/ , comme de A^paKs; , âyponuXuv , imi-
» cer les gens de la campagne ». Foyes;^ ImitATIF.
« Il y avoit deux villes de ce nom , l'une en Cili-
» cie , fur les bords du Cydnus , l'autre dans file de
» Chypre. Ces deux villes ,fuivantun grand nombre
M d'auteurs , avoicnt été fondées par Solon, La ville
» qu'il avoit bâtie dans cette province , quitta dans
» la fuite le nom de fon fondateur , pour prendre
» celui de Pompée , qui l'avoit rétablie. A l'égard de
» celle de l'ile de Chypre , Pîutarque nous a con-
» fervé l'hifloire de fa fondation. Solon étant paffé
» auprès d'un roi de Chypre , acquit bientôt tant
» d'autorité fur fon efprit , qu'il lui perfuada d'aban
» donner la ville où il faifoit fon féjour : l'affiette en
M étoit à la vérité fort avantageufe ; mais le terrein
» qui l'environnoit étoit ingrat & difficile. Le roi
» fuivit les avis de Solon , Se bâtit dans une belle
» plaine une nouvelle ville , auiîi forte que la pre-
» mrere , dont elle n'étoit pas éloignée , mais beau-
» coup plus grande & plus commode pour la fubfif-
» tance des habitans On accourut en foule de toutes
» parts pour la peupler; & il y vint fur-tout un grand
» nombre d'Athéniens , qui s'étant mêlés avec les an-
» clens habitans , perdirent dans leur commerce la
» politeffe de leur langage , & parlèrent bientôt com-
» me desbarbares : de-là le nom a-oXoty-oi , qui eftleur
» nom , fut fubilitué au mot ^«'pCstpo/ , & a-oXo/y-t'^uv , à
» CupCctpi"(uv , qu'on employoit auparavant pour défi-
» gner ceux qui parloient un mauvais langage ». Mém.
de tacad. royale des Infor. & Belles-lettr, tom. V. Hijf,
pag. 3.10.
Lq nom de folécifme , dans fon origine, fut donc
employé dans un fens général , pour défigner toute
efpece de faute contre l'ufage de la langue ; & il étoit
d'abord fynonyme de barbarifme.
Mais le langage des fciences & des arts , guidé
par le môme eiprit que celui de la fociété générale ,
nefouffrc pas plus les mots purement fynonymes :
ou il n'en conferve qu'un , ou il les différencie par
des idées dillindives ajoutées à l'idée commune
qui les rapproche. De-là la différence que les Gram-
mairiens ontmife entre les deux mots ^folecifme &
barbarifme, &c que M. du Marfais a expofée avec net-
teté au mot Barbarisme.
Théophrafte & Chryfippe avolent fait chacun un
ouvrage intitulé riep/ (joXotnK^fjnw ;ce qui prouve l'er-
reur d'Aulu-Gelle , /. F. c. xx. qui prétend que les
écrivains grecs qui ont parlé purement le langage
attique , n'ont jamais employé ce mot , & qu'il ne l'a
vu dans aucun auteur de réputation. ( B, E. R. M. )
SOLEIL i". m. en ^(Ironoiiiie , eft le grand affre
qui éclaire le monde , & qui par fa préfence coniti-
tue le jour. Foye^ Jour.
On met ordinairement Icfoleil au nombre des pla-
nètes ; mais on devroit plutôt le mettre au nombre
des étoiles fixes. Foye^ Étoile , Planète.
Suivant l'hypothèfe de Copernic , qui eft à-pré-
fent généralement reçue , & qui même efl appuyée
par des démonllrations , le Jolcil e(l le centre du fy(-
tcme des planètes &C des comètes ; autour duquel
toutes les planètes &c les comètes , ik entr'autres
cotre terre , font Igurs rcvvluûoHi^ Çjfl (Jç$ jfçnib dJifc-
Tome XF,
3T5
réns i fuivant leurs différentes dillances du foieif,
Foyei Particle Planete.
La grande diffance de-la terre au foUil eft l'uni-
que caufe qui nous empêche d'en appercevoir la
fphéricité , ce qui n'efl: pas fort étonnant , puifquê
nous ne voyons pas même celle de la lune , qui eu
beaucoup moins éloignée de nous : au lieu d'apper-
ccvoir leur furface fphérique , nous jugeons au con-
traire l'un & l'autre planes ou comme des difques ^
au milieu defquels nous nous imaginons un point qui,
quoique réellement dans leur fuperficie , n'en eft pas
moins regardé comme le centre de l'aftre , n'étant
que celui de la furtace ou du difque apparent.
Quoique lefoleil foit déchargé de ce mouvement
prodigieux que les anciens s'imaginoient qu'il faifoit
tous les jours autour de la terre , il n'eft point ce-
pendant parfaitement en repos.
Il paroît évidemment , par les apparences de (es
taches , qu'il a un mouvement de rotation autour de
(on axe , femblable à celui de la terre qui mefure le
jour naturel , mais feulement plus lent. On appercoit
quelques-unes de ces taches au bord du difque du
foieil , & quelques jours après on les voit fur le bord
oppolé ; d'où après un délai de quatorze jours, elles
rtparoilTent à la place où on les avoit vues d'abord,
& recommencent leurs cours ; elles iiniffent ainli
tout leur circuit en 27 jours de tems : d'où on con-
clut que ce tems eft celui de la rotation du foieil fur
fon axe. Ces taches fe meuvent d'occident en orient;
on en infère que le mouvement du. foieil fefait d'oc-
cident en orient. Pour ce qui regarde les diffircntes
apparences des taches ànjbleil, leur caufe , &c. voyer
Taches.
Outre ce mouvement dn foieil autour de fon axe^
cet axe en a encore d'autres , mais moins fenfibies ,
luivant M. Nev/ton. Car , félon ce phiiofophe , les
planètes pefent vers lefoleil & Is foieil vers les pla-
nètes ; de forte quefi lefoleil , qui eft confidérable-
ment plus gros que toutes les planètes priles enfem-
ble , attire les planètes à lui , les planètes doivent
auffi attirer lefoleil & le déranger du lieu qu'il oc-
cupe ; il eft vrai que ce dérangement n'eft pas fort
confidérable , mais il l'eft affez pour produire quel-
ques inégalités dans le mouvement des planètes. Car
comme dans toutes obfervations aftronorniques on
fuppofe le yè/ti/ immobile & fixe au foyer des orbites
des planètes , il eft évident que les dérangemens que
l'adion des planètes caufent du foieil , étant rappor-
tés à ces mêmes planètes, doivent empêcher qu'elles
n'obfervent conftamment 6c exactement la même loi
dans leurs mouvemens apparens autour de cet axe.
A l'égard du mouvement annuel que le yo/ci/ pa-
roît avoir autour de la terre , les Aftronomes font
voir facilement que c'eft le mouvement annuel de la
terre qui occafionne cette apparence.
Un obfervateur qui feroit dans le /i>leil , verroit la
terre fe mouvoir d'occident en orient , par la même
raifon que nous voyons le foieil fe mouvoir d'orient
en occident ; & tous les phénomènes qui réfultent
de ce mouvement annuel dans quelque corps que ce
puiiTe être, paroitront les mêmes de l'un comme de
l'autre.
Soit par exemple S , ( Plan. d\ifron. fg. 3jj. ) re-
préfeniant leyô/tvV, ABCD l'orbite de la terre , qui
en fait le tour en allant d'occident en orient dans
l'efpacc d'un an. Un obfervateur placé en S voyant la
terre en A .^ la rapportera au point T qui eft dj is la
fphere des étoiles : quand elle arrivera en B , l'ob-
fervatcur la verra comme fi elle étoit au point «5 :
quand elle fera en C, il la verra au point rû; , &c. juf-
qu'à ce qu'après avoir fait tout fon circuit, elle re-
paroîtra en y. Ainli il luiiemblcra que la terre aura
décrit récliptique , & p^lfé liiççcliiN cmennt de figna
en ligne,
lu
3M
SOL
Siippofons maintenant que l'obrervateitr pafle du
foUil lut la terre au point 6% la dillance des étoiles
fixes eft 11 grande , que celle du fok'd n'eft qu'un
point par rapport à elles ; par conl'équent l'obierva-
teur , qui eil .Vprclent iur ia terre , verra la même
face des cieux , les mêmes étoiles , &c. qu'aupara-
vant ; avec cette feule dilFcrence qu'au lieu qu'aupa-
ravant il s'imaginoit que la terre ctoit dans les cieux
& XqJoU'iUw centre, il s'nuai^incra maintenant que
lijolàl ert dans les cieux U la terre au centre.
Donc la terre étant en C , l'obrcrvateur verra le
foLit en y ; &i- cet obl'ervatcur étant emporté avec
la terre , & partageant ion mouvement annuel ,
n'appcrcevra point Ion propre mouvement ou celui
de la terre ; mais obiervant le fo/al lorique la terre
iéra en /?,le/tf/i.771ui lémblera être en G : de plus
quand la terre avancera en A , [cfolàl paroîtra avoir
parcouru lesiignes 53 , Q. , & «aN & tandis que la
terre décrit ie^demi-cercle ABC, Xq fol eil paroîtra
avoir parcouru lin- la l'urtace concave des cieux les
fix fignes £; , ni , H , > , ï^ , )( i de manière qu'un
habitant de la terre verra lefolcil parcourir le même
cercle dans les cieux &L dans le même efpace de
tems , qu'un obfervateur qui l'eroit dans le fo/cil ,
verroit parcourir la terre.
C'ell dc-là que vient le mouvement apparent du
Jolcil , par lequel il lemble avancer infenliblement
vers les étoiles du côté de l'orient ; de forte que fi
une étoile qui eft proche l'écliptique ié levé dans un
tems avec \q Jolcil, quelques jours après hfneil fera
plus avancé à l'orient de cette étoile , & l'étoile fe
lèvera & fe couchera avant lui.
Pour ce qui regarde les phénomènes qui réfultcnt
du mouvement apparent du Joàil , ou du mouve-
ment réel de la terre , par rapport à la diverfité des
jours & des nuits , des faifons , &c. Foyei Terre &
Parallélisme.
Nature , propriétés , figure , &C. dufoleil. 1°. De ce
qu'on trouve que les taches àw Jolcil relient quelque-
fois trois jours plus long -tems derrière le Jbleil ,
qu'elles n'en employcnt à parcourir fon hémijphere
vifible , quelques auteurs ont conclu qu'elles ne font
point adhérentes à la furface Aujoleil , mais qu'elles
en font à quelque diiiance.
Mais cette opinion ne paroît point fondée ; car il
femble au contraire que les taches fuivent une loi
aflez réouUere dans leurs oppofitions.il y a certaines
taches d'd Jolcil à qui l'on a vu faire deux ou trois ré-
volutions de fuite, & qui font revenues conftamment
au mêm.e lieu au bout des 17 jours qui fe font écou-
lés à chaque période. Or toutes ces taches ont em-
ployé exaftement 1 3 jours & demi à paffer du bord
occidental du foleil à ibn bord oriental. Donc puif-
qu'elles ont employé à chaque fois la moitié du tems
périodique à parcourir le difque apparent dufoleil ,
leur orbite doit convenir précifément avec la fur-
face extérieure du corps lumineux , c'eft - à- dire ,
qu'elles nagent , pour ainfi dire , fur le J()lcil. S'il y a
queloues taches qui aient paru ne pas fuivre exaâe-
ment cette loi , il faut croire que l'obfervation n'en
a pas été bien faite , &: qu'on a peut-être pris d'au-
tres taches pour les mêmes , ou que par quelque rai-
fon que nous ne fau rions favoir , la révolution de
ces taches dans la partie postérieure du foleil avoit
été retardée.
i°. De ce que ces taches paroifTent & difparoif-
fent fouvent , même au milieu du difque du. Joleil, &
éprouvent difFérens changcmens par rapport à leur
mafTc , ou à leur figure , ou à leur denfiic , il s'enfuit
que fouvent il s'en clcvede nouveau autour dufoleil,
& qu'aufli il y en a qui s'évanouifTent.
3°. Puifque les taches fe difîblvent fouvent & dif-
paroifTcnt même au milieu du difque du Jo.'cil , la ma-
tière des taches , c'eft-à-dire , les exhalaifons folaires
SOL
retournent donc au foleil : d'oii il fuit qu'il doit fe faire
différentes altérations dans la matière de cet aflre, &c,
40. Puifqu'en tout état le /«/<;// paroît comme un
difque circulaire , la figure , quant aux fens , doit
être iphérique ; cependant nous ferons voir bientôt
qu'elle eft réellement iphéroïde.
Outre les macules ou taches obfcures , plufieurs
auteurs parlent des facules , ou taches , qui font plus
brillantes que le refle du difque du foleil. Celles-ci
font en général plus larges , 6i. bien différentes des
macules en figure , durée , &c.
Kirker , Scheiner , &c. fuppofent que ces facules
font des éruptions de flammes ; c'eft pourquoi ils re«
préfentent la face dnjhleil comme couverte de vol-
cans , &c. . . . Mais Huygens prenant de meilleurs té-
lelcopes, n'a jamais rien pu trouver de femblable ,
quoiqu'il ait remarqué quelquefois , même dans les
macules , des endroits plus briilans que le refle.
5°. La fubllance du J'olcU eu. une matière ignée;
voici comment on le prouve. Le Joleil éclaire, & fes
rayons rafl'einblés par des miroirs concaves , ou des
verres convexes, brûlent , confument & fondent les
corps les plus foUdes , ou même les convertiffent en
cendres ou en verre.
6". Puifque les taches dufoleil font formées par les
exhalaifons du/o/ei/, il paroît que le Joleil n eu. pas
un feu pur ; mais que ce feu eft mêlé de particules hé-
térogènes.
7". La figure du foleil eft un fphéroïde plus élevé
fous fon équateur que fous (es pôles. En effet, leyô-
A'//a un mouvement autour de fon axe, & par con-
féquent la matière folaire doit faire des efforts pour
s'éloigner des centres des cercles dans lefquels Hle
fe meut , avec d'autant plus de force que les circon-
férences font plus grandes. Or l'équateur efl le plus
grand cercle, & les autres qui font vers les pôles,
vont toujours en diminuant. Donc la matière folaire
tend à s'éloigner du centre de l'équateur avec plus
de force , que des centres des cercles parallèles. Par
conféquent elle s'éloignera du centre , plus fous
l'équateur que fous aucun des cercles parallèles; 8c
ainli le diamètre dufoleil qui paffe par l'équateur, fera
plus grand que celui qui paffe par les pôles, c'efl-à-
direque la figure dufoleil n'efl pas parfaitement fphé-
rique , mais fphéroïde.
Il efl vrai que la différence des axes du foleil doit
être fort petite, comme M. de Maupertuis l'a fait
voir dans fon Difcnurs fur la figure des afir'es , &C cela,
parce que la force centrifuge des parties du foleil eft
beaucoup moins grande que leur pefanteur vers le
Joleil. C'efl pour cette raifon que nous rfapperce-
vons point d'inégalités fenfibles entre les deux dia-
mètres du Joleil.
Parallaxe du foleil. Voye^ PARALLAXE,
A l'égard de la diftance du Joleil, comme fa déter-.
mination dépend de celle de la parallaxe , & qu'on
ne peut trouver la parallaxe du Joleil fans faire des
calculs longs &: dlfliciles; auffilesAdronomesne font
point d'accord fur la diitance du Joleil.
La moyenne diilance dufoleil à la terre efl fuivant
quelques-uns , de 7490 diamètres de la terre ; félon
d'autres loooo; félon d'autres 12000, & fuivant
d'autres 15000. Mais fuivant la parallaxedeM.de
la Hire , qui efl 6"; la moyenne diflance du foleil
fera 1 7 1 88 diamètres de la terre , & fuivant celle de
Caffini 14 182. ^(yf{ Distance.
Le diamètre apparent dufoleil n'eft pas toujours le
même. Lorfqu'il eft le plus grand, Ptolomée lellime
de 33' , 20" ; Tycho 3 2' ; Kepler 3 1' , 4" ; Riccloly
32', 8"; Caffini 32', 20"; delà Hire 32', 43". Son
d'.ainetre apparent moyen, cflfiiivant Ptolomée 32',
i3";fiiivantTycho 31'; fuivant Riccioly 31 ',40";
f avant Caffini 3 i' , 40; fiiivant de la Hire 32', 10";
& fuivant Kepler 30', 30". Son plus petit diamètre
I
I
I
SOL
apparent , eft fiilvant Ptolomée de 3 i' , 20'' ; fiilvanf
Tycho 30'; fiiivant Kepler 30'; iuivant Riccioly
3 i' ; lliivant CafTini 31', S" ; 6c Iuivant de la Hire
SoLEii , (^Crit.facr.) cet aftre lumineux , objet^
de l'ancien culte de la plupart des peuples de l'orient,
a donné lieu dans l'Ecriture , tantôt à des comparai-
ions , tantôt à des i'açons de parler figurées. Ainfi,
iorlque les prophètes veulent marquer la durée d'une
choie brillante & glorieulc' , ils la comparent à l'éclat
& à la durée ànJo/cU. Son trône elt lemblable anfo-
Ic'd, dit David,// 88. ^8. Le bonheur préient ,
c'eftle foLcil qui s'élevè ; au contraire, quand Jéré-
mie déclare ch. xv. ci. que lefoieil ne luit plus poiur
Jérulalem , c'eft-à-dire , que fon bonheur efl paffé.
Les ardeurs àwfolàl m'ont ternie, s'écrie l'époule,
dans le cantique , j. i. c'eft-à-dire, jeluisdans l'af-
fliâion , dans la douleur. De même, lorfqu'Ifaïe veut
peindre un délaftre , une calamité , il dit feulement
Que \tjoleU ell obfcurci , obtcnebratus ejlfol, ch. xiij.
y'oi.' &c. Ce petit nombre d'exemples iiiffitpouren
rappeller d'autres femblables à la mém.oire du lec-
teur. (Z). 7.)
Soleil, (^Mythol. îconohg.^ cet aflre a été le
premier objet de l'idolaîrie. L'idée d'un être pure-
ment ipirituel , s'étant effacée dans l'eiprit des hom-
mes, ils portèrent leurs vœux à ce qu'ils trouvèrent
dans la nature de plus approchant de l'idée qu'ils
avoient de Dieu : la beauté àwjoleil, le vif éclat de fa
lumière , la rapidité de fa courfe , fa régularité à éclai-
rer fil cceflivement toute la terre, & à porter par- tout
la lumière & la fécondité ; tous ces caraderes effen-
tiels à la divinité , trompèrent aifément les hommes
groffiers ; c'éîoit le Bel , ou Baal des Chaldéens ; le
Moloch des Chananéens ; le Béelphcgor des Moabi-
tes ; l'Adonis des Phéniciens & des Arabes ; le Satur-
ne des Carthaginois ; l'Ofirisdes Egyptiens ; le Mi-
thras des Perles; le Dionyfius des Indiens ; & l'A-
pollon ou Phœbus des Grecs àc des Romains. Il
y a même des favans qui ont prétendu que tous les
dieux du paganifme fe réduifoient aw foUil , & tou-
tes les déeflés à la lune : ces deux afîres furent les
premières divinités des Egyptiens.
On fait , par les marbres d'Arondel , que les Grecs
adoroient lefo/eil , puifqu'ils juroient par cet ailre ,
une entière fidélité à leurs engagemens. Ménandre
déclare qu'il faut adorer le Jhkil comme le premier
des dieux , parce que ce n'efl que par fa bienfaifance
qu'on peut contempler les autres divinités. LesRho-
diens , dit-on , lui avoient confacré leur magnifique
colofle. Il étoit adoré par lesSyracufains &c les Troé-
zéniens , fous le nom de Jupiter libérateur. Les Co-
rinthiens , félon Paufanias , lui dédièrent plulieurs
autels. Sa fête fe folemniibit à Rome, fous le nom
de Soli inviclo , & l'on célébroit des jeux publics en
fon honneur , à la fin de chaque année.
Sileshabitansdc Hiéropolis défendirent qu'on lui
drefsât des ftatues , c'étoiî parce qu'il étoit affez vifi-
ble ; & c'efi: peut-être la raifon pour laquelle ce mê-
me dieu n'étoit repréfenté à Emefe , que fous la fi-
gure d'une montagne ; enfin , félon Jules-Céfar, les
anciens Germains adoroient aufTi lefoieil , & lui fa-
crifioient des chevaux , pour marquer par la légèreté
de cet animal , la rapidité du cours de cet aflre.
Les anciens poctes, & particulièrement Homère,
ont communément diftingué Apollon du. Soleil , ôt
les ont çeconnu pour deux divinités différentes ; en
effet , il avoit fes facrifices à part , & fon origine
n'étoit pas la même ; il pafibit pour fils d'Hypérion ,
&: Apollon l'étoit de Jupiter. Les marbres , les mé-
dailles , & tous les anciens monumcns les diftinguent
ordinairement , quoique les phyficiens aient pris
Apollon pour le J'oleil , comme ils ont pris Jupiter
pour l'air , Neptune pour la mer , Diane pour lalu-
Tomc Xr.
SOL
31Î
ne, & Ce'rès pour les fruits de la terre.
On repréfentoit ordinairement le J'oleil en jeune
homme, qui a la tête rayonnante ; quelquefois il
tient dans fa main une coine d'abondance , fymbole
de la fécondité dont le foUil efl: l'auteur ; affez fou-
vent il eft fur fon char tiré par quatre chevaux , Icf-
quels vont tantôt de front , & tantôt comme féparés
en deux couples. (Z>. 7.)
SoLEiL , ( Infcr. Médail. ) Plufteurs écrivains &
poètes grecs, donnent au /o/«V le mr^à^ Jligmur,
S'iinrcruç , à la mode des Orientaux , qui l'ont appel-
lé bid-famen j ou bal-J'ckamain, c'eû-kàice ^Jèignmr
du ciel.
Ammien Marcellin, /. J¥'F//. cite une infcripîion
greque d'un obélifque , portant ces mots en grec ;
Jol dius magnus , defpotes cœli : Gruter , /. XXKlJI.
c. iv. en indique une latine , avec ces mots : domino
foli.
Quant aux médailles , on à celles d'Aurélien ^
ayant pour infcription : fol dorriinus imperii romani.
On connoit aufîideux médailles d'Héliogabale; l'une
repréfenté un yô/e/7 couronné de rayons, avec cette
légende : fanclo deo foli , au foleil dieu faint ; fur la
féconde on lit : inviciofoU , à l'invincible foUil II ne
faut pas s'en étonner , car ce prince fe glorifia tou-
jours d'avoir été prêtre du foUil , dans la Syrie , &
par reconnoiffance , il lui confacra un fuperbe tem-
ple à Rom.e.
Mais pour dire quelque chofe de plus fmgulier , il
fe trouve des médailles de Conflantin , frappées à
l'honneur du foleil; c'étoit vraifemblablement avant
qu'il eût renoncé au culte des faux dieux. Dans ces
médailles , le foleil eft repréfenté comme le guide &
le protefteur de cet empereur , avec l'infcription/o-
//' invicîo, on foli invicto comiti : une de ces médailles
offre à la vue la tête toute radleufe àw foleil ; l'autre
repréfenté ce dieu debout , avec fa couronne rayon-
nante , un globe dans la main gauche , & mettant de
la droite une couronne fin- la tête de Confîantin , qui
tient le labarum : l'une & l'autre médailles portent
au revers le nom & la tête de Conflantin. (Z>. /.)
Soleil , {Poéjlc anc &mod.') comment Pindare,
Homère , Virgile , Ovide , &c. n'auroient-ils pas
célébré dans leurs écrits le père & le modérateur des
faifons , l'œil ôi le maître du monde , les délices des
humains , la lumière de la vie : car ce font là au-
tant de furnoms que les Grecs & les P».omains don-
noient zw foleil. Cependant j'aime encore mieux les
tableaux que nos poètes modernes & autres , ont
faits de cet aflre du jour, que lesdefcriptions de l'an-
tiquité; je les trouve plus nobles, plus rempliçs d'i-
mages , & plus philofophiques .
On ne peut s'empêcher de louer ces beaux Vers dé
Milton:
Oh fon .' pf ihis great worWs , bnth eye and foui !
Oh thou ! that with furpaffmg ghry crownd ,
Look'Jlfrom tliyfole dominion , like the god
Ofthis great worlds , at whofefight ail the flan
Hide their diminislid heads.
Soleil afin du jour ^
Toi quifembUs le dieu des deux qui t'environnent^
Devant qui leur éclat difparoit & s'enfuit ,
Qiù fait pâlir le front des aflres de la nuit , &c.
On connoit encore davantage les vers fuivansde
M. de Voltaire.
Dans le centre éclatant de Ces orbes immcnfcs ,
Qui n'ont pu nous cacher leur marche & leurs difances.
Luit cet aflre du jour par Dieu même allumé ,
Qui tourne autour de foi fur fon axe enflammé ;
De lui partent J'uns fin des torrens de lumière ;•
Il donne enfe montrant^ la vie à la matière ,
Et dij'penje les jours , les J'aijons , &■ let ans ,
Rrij
3i5
SOL
A diS rnondci d'vers , amour de lui jlot tans.
Ces ajires ti[f"iryis à la loi qui les prejje ,
S^attirent dans leur cowfe , & s" Ivitcut fans cc^e
Etfcn'iin! l'un à fautrc & de ngle & d\ippui ,
Se prêtent les clartés qu'ils reçoivent de lui.
Henriade, ch. vij.
Enfin M. Thotppfon peint avec tant de mainilh-
cence tous les biens que le J'oled répand liir la natu-
re , qw: ce morceau même dans une traduction fran-
çoitc , ne peut que plai-e aux gens aiTe/. heureule-
mcnt nos pour goûter les i)elles choies , indépen-
damment de l'harmonie.
Fuillant roi du jour, dit le poëte anglois , djhkil,
ame des mondes qui nous environnent, miroir fi-
dèle 6c transparent de ton créateur , piiiffe ma tbihle
voix apprendre à te chanter ! ta force lecrette & at-
traî^ive, enchaine , gouverne , &: règle tout le tour-
billon , depuis les limites éloignées de Saturne , dont
la révolution remplit une durée de trente ans , jul-
qu'à Mercure , dont le difque perdu dans Téclat de
tes rayons , peut à peine être apperçu par Tœil phi-
lolophique.
Créateur de toutes les planètes , puifque fans ton
regard vivifiant , leurs orbes immenles ieroicnt des
snallcs informes &i fans mouvement ; efprit de vie ,
combien de formes d'êtres t'accompagnent , depuis
l'amc que tu délies , jufqu'à la race la plus vile , coni-
polée de millions d'êtres mélangés , & produits de
tes rayons ?
Père des falfons , le monde végétal reconnut ton
empire ! li pompe précède &c fuit ton trône , &C dé-
core majeftueufement au milieu de ton valle domai-
ne annuel ta brillante route céléptique; éclat triom-
phant qui réjouit la nature ! en cet inftant, une mul-
titude d'êtres en attente, implorent ta bonté, ou
pleins de reconnoiifance , chantent une hymne com-
mune en ton honneur; tandis qu'au-tour de ton char
brillant , les faifons mènent à leur fuite, dans une
harmonie fixe & changeante , les heures aux doigts
de rofe , les zéphirs fe jouant nonchalamment ; les
pluies favorables , &laroféè paflagere; toute cette
cour verfe & prodigue odeurs, herbes , feurs , &
fruits, ]ufqu'à ce que tout s'allumant faccelîivement
par tonfouffle , tu décores le-jardln de l'univers.
Ton pouvoir ne fe borne pas à la f.irface de la ter-
re , ornée de collines , de vallons , & de bois épais ,
G'ii forment ta riarte chevelure ; mais dardant pro-
fondément tes feux jufqucs dans fes entrailles , tu
ret'nes encore fur les minéraux ! ici brillent les vei-
nées du marbre éclatant; plus loin le tirent les outils
précieux du labourage ; là , les armes étincelantes de
la guerre ; ailleurs , les plus nobles ouvrages , qui
font dans la paix , le bonheur du genre huniam , 6l
les commodités de la vie , &: fur-tout ces mécaux pré-
cieux qui facilitent le commerce des nations.
Le ftérile rocher , lui-même , imprégné de tes re-
gards , conçoit dans Ion fein obfcur ,'la pierre pié-
cieiife & tranfparente ; le vif diamant s'abreuve de
tes plus purs rayons, lumière raflemblée , compac-
te , dont l'éclat ofc enfuito le dlfputer aux yeux de
la beauté dont elle parc le fein : de toi , le rubis re-
çoit fa couleur foncée : de toi , le folidefaphir prend
l'azur qui le décore : par toi , l'améthifte fe revêt
d'ondes pourprées, letopa/e bride du feu de tes re-
i^ards ; la robe du printems , agitée par le vent du
lud, n'égale pas la verte émeraude dont tu nous ca-
ches l'origine ; mais tous tes rayons combinés &C
épais , jouent à-tiavers l'opale blanche, 6c plufieurs
s'échappantde fa furface, forment une lumierevacil-
lante de couleurs répétées , que le moindre mouve-
ment fait jaillir à \\v\\ du fpc^tateur,
La création inanimée lemble recevoir par ton in-
fluence , le fcntimcnt ÔC la vie : par toi , le ruifleau
SOL
tranfparcnt joue avec éclat fur la prairie ; la fougucu-
fe cataracte qui répand l'horreur fur Icflcùve bouil-
lonn.îut , s'adoucit ;\ ton retour; le dclcrtmêmc,
ex: l'es routes mélancholiques , femblent s'égayer ;
les ruines informes réfléchlifcnî ton éclat, &L l'abyf-
rne lalé, apperçu du fommet de quelque promon-
touc , s'agite, 6c renvoie une lumiore flottante dans
toute la valle étendue de rhorifon. Mais tout ce que
mon efprit tranfporté pourroit peindre , l'éclat mê-
me de la.nature entière , détaillée ou réunie, n'eft
rieu en comparaiibn de ta propre beauté; fource
féconde de la luaùere , de la vie , des grâces , & de
la joie d'ici bas , (ans ton émanation divine , tout
icrolt enfoveli dans la plus trifte obfcuriîc. (/?./, )
Soleil ^ckeviiiix du , (^Mythol.') les p.^i:tcs donnent
quatre chevaux au loleil, qu'ils ncmmenî Pyroiis^
Eoùs , jEtiion 6c Phlégrn , noms grecs , dont l'éty-
mologie explique les attributs. Le premier marque
le lever du loleil , iorlqvie fes rayons font encore rou-
geâtres. Le iecond déligne le tems oh fes rayons for-
tis de i'atmoiphere iont plus clairs, vers les neufheu-
res du matin. Le troihime tigure le midi , oii la lu-
mière du loleil ti\ dvins toute fa force. Le quatrième
repréiente le coucher , où le foleil femble s'appro-
cher de )a terre. Fulgence donne aux chevaux du fo-
leil des noms di(férens£;jf/z/£«5, le rouge ; Aclion^
le lumineux ; Lampas , le reiplendiffant ; Philogéus ,
qui aime la terre. L-j premier dans cet auteur, fe
prend du lever du foleil ; le fécond de la clarté du
yo/ji/, lorlque n'ayant plus un atmofphere épais à
percer , il répand une lumière plus pure ; le troifie-
me peint le midi , tems où il a toute fa fplendour ; le!
quatrième déligne Ion coucher, où il femble tendre _
vers la terre. On voit affez que les noms de Fulgenc^^-'
reviennent à ceux des poètes , il n'avoit aucun be-
soin de les changer. (Z>. J.)
Soleil, couclf:rdu^ (^Mjthol.) la fable qui regarde
le Soleil comme un dieu , donne une idée bien diffé-
rente de fon coucher , que ne fait l'AHronomie ;
Cowley va vous l'apprendre aulfi jolimenî qu'O-
vide.
It is thz tline whtn witty po'èts tell
"• That Phœbns into Tiietis bofom fell ,
She hlu.u'1'dat frfi^ and t/ien put ont the lighc
Afui drew ihe iriodcjl curtains oftiu ni^kt.
(D. 7.)
Soleil , (^Marine.") il y a fur cet aftre quelques fa-^
çons de parler , dont voici l'explication.
Le foleil a baifle : cela fignifie que le fo/eil a pafTé
le méridien , ou qu'il a comiuencé à décliner.
Le foleil a paffé le vent : cela fignifie que le foleil
a paffé au-delà du vent. Exemple : le vent étant au
fud , fi le fol- il eil au fud-fud-oueff , il a paffé le vent:
&C on dit que le vent a paffé \e foleil , lorfque le con-
traire a lieu. Ainfi le vent s'étant levé vers l'cft , il
eff plutôt au fud que \e foleil, & le vent a paffé le
foleil.
Lç foleil chaffe le vent : façon de parler dont on fe
fert , lorfque le vent court de l'oueff à Tcft devant le II
Joleil. ■
Le foleil chaffe avec le vent: on entend par cette ex-
prelnon , que le vent foulîle de l'endroit où fe trouve
Icfoleil.
Le foleil monte encore : c'eft-à-dlre.quc \c foleil n'efl
pas encore arrivé au méridien, lorfque le pilote prend
hauteur.
Le foleil ne fuit rien : on entend par-là que le foleil
eft au méridien , & qu'on ne s'apperçolt pas en pre-
nant hauteur , qu'il ait commencé A décliner.
Soleil brillant, (Artlfcier.) cet artifice, qui
eft un des plus appnrrns pour l'exécution d'un fpec-
tacle, imite fi bien \ç foleil par le brillant de fa lu-
mière, qu'il caufc ordinairuincnt des exclamations de
s
T
S
KJ i^
^ 7 i*iB
5 W
flirprife parmi les rpe£}ateurs,rai moment qu'il vient à
paroître.
Sa conftrudion n'eft autre chofe qu'une grande
quantité Je jets ou de faiees à aii^rcrtes , rangées en
forme de rayons autour d'un centre.
Lacomporition de la matière combuftible peut ôtre
la même que celle des aigrettes, ou i'i on la veut pins
lîmple , il luffiî de mettre fur trois parties de poudre
une de limaille de fer ou d'acier neuve, c'eft-à-dire,
qui nefoit pas rouillée, & paffée par un tamis mé-
diocrement (in. On s'eft piqué dans quelques artifi-
ces à Paris de faire des folcils d'un diamètre extraor-
dinaire , auxq'jels on donne le nom de gloire ; car on
lit dans la defcriprion de celui qui fut tait en 1739 ,
fur le pont-neuf, à l'occafion du mariage de mada-
me Première de France , qu'il y en a'<^oit un iiir l'en-
tablement du temple de l'Hymen , qui avoit 60 pies
de diamètre.
Suppofé qu'on veuille faire \\v\ foleil de grandeur
au-deluis de la moyenne , on prend des fiifées à ai-
grettes d'environ 20 lignes de diamètre , & de < 5 à
2.0 pouces de long , qui jettent leur feu à iz Ôi i 5
pics de hauteur ; bifianî un pié de vuide dans le mi-
lieu , il en réiulte un/oîal de 25 à 30 pies de diamè-
tre. Si l'exaltation des flammes augmente à-pru-près
en raifon des quarrés des furfaces des mêmes matiè-
res combufliblcs , il eft vifible que pour faire un Jb-
kïl du diamètre de (:)0 pics , il a falu des fufées à ai-
grettes au-moins de 4 pouces de diamètre , pour
qu'elles aient pu jetter leur feu à 28 ou 30 pies de
tliftances , qui font la moitié de ce diamètre , y com-
pris l'efpace vuide du milieu qu'occupent les lon-
gueurs des cartouches des fufées,
Puifque les fufées peuvent fi fort varier de gran-
deur , & que la durée de cet artifice dépend de leur
longueur , ou de la répétition des rangs de ces fu-
fées , il eft clair que les moyens de le former peu-
vent au:Oii beaucoup varier. Sur quoi il faut obferver
qu'on ne peut fe difpenfer de laiiier au milieu àxxfo-
hil un efpace vuide d'une grandeur proportionnée à
la grofleur des fufées , & au nombre qu'on y en veut
mettre , à caufe qu'elles doivent être rangées eh
rayon , & que l'efpace compris par ces rayons dimi-
nue toujours à meliire qu'il approche du centre.
J<? m'explique par un exemple. Suppofons qu'on
fe ferve de fufées de 10 lignes de groffeur ; il eft
évident que fi l'on mcitoit leurs têtes au centre , il
n'y en auroit que deux qui puiffent y être appliquées
immédiatement ; trois coniuiehceront à lailier un
efpace triangulaire ; quatre , un quarré ; cinq , un
pentagone , &c. de 20 lignes de côte , de fqrte qu'u-
ne douzaine de ces fuiées , qui fe toucheroient par
leur tête , laiflcroicnt nécefîalrcmcnt un vuide de 7
pouces de diamètre. D'où il fuit que le vuide du mi-
lieu eft déterminé par le nombre des fufées qu'on
veut employer à taire Icfolc'U , & que réciproque-
ment le diamètre du vuide détermine le nombre des
fufées , parce qu'elles doivent toutes fe toucher.
Ainfî , fuppofant qu'on veuille y employer trois dou-
zaines de fufées qui donnent une circonférence de
5 pies, le diamètre du vuide fera d'environ 19 pou-»
ces.
On volt par cette obfervation, que pour attacher
les fuiées , il faut leur préparer pour ailiete un an-
neau de la largeur que donne la longueur des fufées,
&: d'une ouverture fixée par leur grofî'eur & par leur
nombre. Cet anneau peut être fait d'im ademblnge
de planches ; mais il eii plus folidc de le ia're de deux
Cîvcles de fer concentriques , liés par 4 ou 6 cntre-
toifes , obfervant d'y ajouter des queues percées ,
pourqu'onpuiffe le clouer foiidement fur des pièces
de bois placées exprès furie théâtre des artifices oii
il doit être expofé.
Cette çarcafle de l'artifice étant faite , il ne s'agit
plus que d'y appliquer ces fufées avec du petit fil-de-
fer recuit pour être plus flexible , en les dirigeant
toutes du centre à la circonférence, & les attachant
aux deux bouts fur les cercles de fer préparés pour
les y arranger, la gorge tournée en-dehors ; on y fa^t
enluite paffer une étoupille bien attachée fur chacu-
ne , & enfermée dans des cartouches , s'il faut évi-
ter le feu des artifices qu'on doit faire jouer avant le
foleil.
Comme la durée de cet artifice ne feroit pas con-
fidérable , s'il n'y avoit qu'un rang de fufées , on la
prolonge par un fécond rang , qui prend Ïqv, après que
le premier eft confumc ; on peut même , fi l'on veut,
y en ajouter un troifieme , pour tripler cette du-
rée.
La manière de difpofer ce fécond rang, èft à-pcii-*
près la même que la première , obfervant feulement
qu'aîin qu'elles ne prennent pas feu avant le tems,
leurs gorges doivent être couvertes &; un peu éloi-
gnées des premières, foit en les reculant, comme
lorfqu'elies font icparécs par des rouelles de bois ,
ou en les rapprochant du centre , fi elles font fur un.
même plan ; comme fur le double anneau de fer dont
on a parlé.
Tout l'art de la ccmrai'.nication des feux ne ccn-
fîftec[u'à lier à la tête qui n'eftpas étranglée, un porte-
feu fait d'un cartouche vuide , dans lequel on fait
pnfter une étonpille , ou qu'on remplit d'une conico-
fition un peu vive fans être foulée.
Ce porte-feu doit être collé dans l'intervalle ces
deux cartouches rebouché par les deux bouts , pour
recevoir & donner le feu par des ouvertures fuites à
fes côtés , fitué au b.out d'en-bas , l'autre à celui d'en-
haut , ainfi que l'on voit dans nos Pi. if Arùf. où la
première fufée qui a fa gorge comme on l'a placée, fa
tête non étranglée , mais feulement formée ou bou-
chée par un papier collé , le long d'une partie de
cette fufée eft collée contre le cartouche qui reçoit
le feu par une ouverture de laquelle fort une étou-
pille qui paflie par ce trou dans le porte - feu , ôc
qui en fort par le trou du haut , pour entrer dans
la gorge de la féconde fufée du fécond rang.
Il eft vifible que s'il y avoit trois rangs , on devroit
obferver la même difpofition du fécond à l'égard du
foifieme pour y porter le feu ; mais cet arraijgement
fur un même plan ne convient point , parce qu'il
laiue trop d'intervalle d'une gorge de feu à l'autre ;
il vaut mieux que le feu foit continu ou fans une in-
terruption fenfible ; c'eft pourquoi il eft plus à-pro-
pos que les rangs foient placés les uns devant les au-
tres , & féparés par des cloifons de bois ou de car-
ton.
Lorfqu'oh met plufieurs rangs de fufées , on peut,
pour varier le fpeftacle , teindre les feux de chaque
rang de couleurs inégales, dont la lumière du foUil
eft fufceptiblc en apparence , par l'interpofition des
vapeurs de la terre ou des nuées , comme du clair
brillant , du rongcâtre , du pâle & du verdâtre , au
moyen de la limaille de fer, de cuivre , du char-
bon de chêne pilé , de la poudre de buis , &c.
Comme il ne convient pas que le centre du foleil i
qui eft l'efpace compris entre les têtes des fufées &
cehii qu'occupent les longueurs des corps de f'ufées
doubles ou rayons oppofés, foitobfci'.r, on y colle
un papier huilé qu'on peint de la figure d'un vi-
iage d'Apollon attribué au /(j/aV, ou de quelques
rayons de feu qu'on éclaire par derrière par le
moyen des larnpions ou lances i\ feu un peu éloi-
gnées , crainte d'cmhrafter ce papier. Pour plus de
fureté on peut y mettre de la corne ou du verre peint
de couleur d'aurore ou jaune, avec des couleurs
tranfparentes, qui n'aient pas afle/. de corps pour
le rendre trop opaque , comme la gomme gutte.
3i8
SOL
LoiTque rintervalle de ce centre eft d'un diamètre
plus grand que de 20 à 30 pouces, on peut mettre
au ctntrc à\.\ foUU une girandole, ou roue deteu,
qui y t'ormc un tourbillon, pendant que le refte du
Jolcil jette les rayons au-dehors , obiervant que les
feux de l'un &i de l'autre artirice Ibient exadement
de la même couleur.
Il cil V iliMe qu'on peut étendre la furface du feu du
foUil , en tailant pluiieurs rangs de fufées attachées
fur des cercles de fer concentriques , & plus grands
les uns que les autres ; c'ell par ce moyen qu'on a
fait à P.uis de ces y^/cJ/Vj , qu'on dit avoir eu 60 pics
de diamètre.
SoUil cCcju tournant fur fon centre. Il ne s'agit que
de couvrir le plat des tuiées de la girandole pour l'eau
de feux brillans arrangés du centre à la circonféren-
ce , pour former la figure d'un /o/c/Vqui tournera fur
fon centre par le mouvement de circulation c; ulc par
les fulées poicGs en jante, dont le feu croile par-dcf-
fous celle qui forment le joUil^cQ qui produit un très-
bel effet lur l'eau.
Soleil, terme de Blafon , en armoirie on peint le
foUil d'ordinaire avec douze rayons , dont les uns
font droits , & les autres en ondes ; & Ion émail efl
d'or. Quand il eft de couleur, & repréienté lans au-
cuns traits du vifage , on l'appelle proprement ombre
duJoUil. ( Z?. J.)
Soleil , f m. (Jfift. nat. Bot.^corona Jolis ., genre
de plante à fleur radiée, dont le dilquc ell compolé de
plufieurs fleurons , & la couronne de demi-fleurons:
ces fleurons & ces demi-fleurons font portés par des
embryons, & féparéslesuns des autres par de petites
feuilles pliées en gouttière. Dans la luite ces em-
bryons deviennent des femences garnies de deux
feuilles. Tounicfovt, injl. rei /nrù. /^oye^ pLANTE.
Soleil de mer , on a donné ce nom à différentes
efpeces d'étoiles de mer qui différent des étoiles pro-
prement dites , en ce que les rayons ne partent pas du
centre ; le milieu du corps àcsjoleils t'a arrondi , &
les rayons fbrtent de ce cercle. Rondelet , hijî. des
[oophit^s , cil. xvj. Voyei Étoile de mer.
SOLEME , ( Grogr. mod. ) petite ville de France ,
dans le Maine , lur la Sarte , à une lieue de Sablé. Les
bcnéditlins y ont un ancien monaftere l'emarqua-
bie par fon églife. Longitude ly. 12. latitude 47. io.
{D. J.)
SOLEMNEL , adj. ( Gram. & Théolog.) chofe qui
fe fait avec beaucoup d'appareil &; de cérémonie.
Ainfi nous dilbns (ètesjblemnellùs , offices folemnels ,
pracefrionsyc»/c;w/z£//'£5.
Les fêtes Jblemnelles dans l'Eglife romaine font
celles qu'on célèbre avec plus de pompe & de céré-
monies que les autres , à caufe de la grandeur des
myfteres ou de la dignité des f'aints en mémoire def-
quels elles font inftituées. Ainfi Pâques , la Pente-
côte , Noël font des iciQS folemnelles. La fête du pa-
tron de chaque paroifle eft pour cette paroiflé une
fête foleninelle.
Dans quelques diocèfes , par exemple dans celui
de Paris , on diftingue les grandes fêtes en annuels ,
folemneh majeurs 6cJ'oUmncls mineurs ,folemne majus
& folemne minus. La préfentation de Jefus - Chrift
au temple , rAfcenfion, la fête du S, Sacrement font
^es ]o\.ns folcmncls majeurs , la plupart des fêtes de la
Vierge font à(tsfolcrnnels mineurs ; c'efl ce qu'on ap-
pelle dans d'autres diocèfes annuel 6c Jemi-annuel.
Foyci Annuel,
Solemnel , {Jurifprud^ fc dit de ce qui eft revêtu
des formes les plus authentiques.
Un aà.Q foUmntl eft celui qui eft pafl^e devant un
officier public avec le nombre de témoins requis.
Quelquefois , pour rendre un ade encore plusyô-
Umnel , on y fait intervenir certaines perfonnes dont
la confidératicn donne plus de foi 6c de poids à
l'adc.
SOL
On entend quelquefois parteftament/o/^OT/rc/toui
teftament reçu par un officier public , à la ditférence
du teftament olographe qui eft écrit de main-privée.
yoycihcTM, Formalités, Forme, Testament.
SOLEMNITE', f f {Gram. ) la pompe, la magni-
ficence , cérémonie qui accompagne quelqu'aition
remarquable dans un jour ùiiiingué par quelques cir-
conftances. On dit WfoLemniti d'une fête ; la folemnitè
d'un mariage ; une Qi\Xxé& fokmnelle ; hfolemniié du
lermcnt.
SOLEN , {. m. {Conchyliolog.') & par Pline unguis;
c'elt la même coquille que l'on appelle plus commu-
nément en trançois cout:au , manche de couteau , &
dans le pays d'Aunis coutelier. C'eft fous ce dernier
nom de coutelier qu'on a confidéré dans l'Encyclopé-
die le coquillage ; nous parlerons ici de la feule co-
quille.
C'efl: une coquille bivalve dont le corps eft long,
ouvert par les deux extrémités , quelquefois droit
6i quelquefois arqué.
La clafle àasfolens dont le corps eft droit, cor.a
prend les elpeces fuivantes : i". [c Jolen ou manche
de couteau blanc ; x^. la couleur de rof'c , venant de
l'Amérique ; 3". le bariolé ; 4°. le fo/en , nomm.e
Vonix ; ^". le brun ; 6°. le mâle, e'el^-à-dire le plus
grand ; y'"*, la femelle, c'eft-à-dire le plus petit; 8'^ le
Jol.n reilémblant à l'ongle par fa couleur ; 9**. leyà-
Ln imitant le doigt par la longueur ; io'\ lefolen ref-
femblant à une flute ; 1 1". lefolcn fait comme un ro-
feau ; ï 1°. [e folen très-long , très-étroit , de couleuf
brune , avec un mulçlenoir vers la charnière.
On ne connoît que deux efpeces defolens ou man-
ches de couteaux faits en arc ; favoir \q folen courbé
en forme de labre hongrois , & Iq folen qui fe trouve
dans le fable.
Rumphius décrit un manche de couteau d'une feule
pièce , qu'il appelle Jolen arenarius : c'eft un long
tuyau à plufieurs reprifés ou nœuds.
Lq folen d'Orient , couleur de rofe , eft fort rare.
Klein , dans fon traité de tubulis m.irinis avec figu-
res , a donné le nom ào. folen à différens tuyaux de bjj
mer , dont il a formé quelques genres diftingués par I
des caraéleres qui leur font propres ; fon fyfteme eft W
très-méthodique 6l heureuiement exécuté. (Z?. /.)
SoLEN , {Chirurgie.') efpece de boîte ronde , oblon-
gue & creufe , dans laquelle on place un membre
fraéhiré , une jambe , une cuiffe, pour y être main-
tenue après la rédu£lion dans fa fituation naturelle.
M. Petit le chirurgien a perfeélionné cette machine
avec beaucoup de fagacité. (Z>. /, )
SOLENUS , {Géog. anc.) fleuve de l'Inde, en-deçà
du Gange. Son embouchure eft, félon Ftolomée,
/. Vil. c. j. dans le golfe Colchique , entre Colchi-
Emporium &i. Calugicum-Fromontorium. (Z>. /.)
SOLETAR, f m. {Gram.) forte de terre-glaife ,
dont on fe fert en Angleterre pour dégraifli'er les lai-
nes ; on l'appelle -Aintifm^clere.
SOLETUM , {Géog. anc.) ville d'Italie dans la Ca-
lahre, au-deft'us d'Otrante. Elle étoit déferte dutems
de Pline , /. ///. c. ij. Elle a été repeuplée depuis.
C'eft la même ville que Salentia , dont les habitans
font appelles Salentini , & qui donnoit fon nom au
promontoire Solentinum : c'eft préfentement Sole-
to , félon Léandre , & Solito , félon le P. Hardouin,
{D.J.)
SOLEURE, {Géog. mod.) en latin Salodurum., So-
lodurum , & en allemand Solothum ,• ville de Suilfe ,
capitale du canton de même nom , fur la rivière
d'Aare, à 11 lieues au midi de Bâlc, à 10 au nord-efl
de Berne dans leSalgœu, c'eft-à-dire dans le pays des
anciens Saliens.
Cette ville eft remarquable par fon antiquité , par
i^s édifices , par fa force , & par fa grandeur pourie
SOL
paj^. On y a trouvé des médailles , des InrcriptiOns,
& d'autres monumens qui juiliht'nt qu'elle étoit déjà
connue des Romains. Elle fut ruinée par les Huns ,
les Goths , les Vandales , qui ravagèrent la Suifle
tour-à-tour. L'églife collégiale de S. Urfe pafle pour
avoir été fondée par Eerthrade , mère de Charle-
magne. Les jéfuites ont dans cette ville une belle
mailbn , & les cordeliers un très-beau couvent , donr
ils louent une partie aux ambaffadeurs de France.
Soleure devint une ville impériale fous les empe-
reurs d'Allemagne , & les ducs de Suabe en furent
enfuite gouverneurs. Dans le quatorzième fiecle, fes
habitans s'allièrent avec Berne ; dans le fiecle fui-
vant , ils fe joignirent aux cantons contre le duc de
Bourgogne ; & après la guerre de 1481 , ils furent
reçus au nombre des cantons. Son gouvernement
civil eft à-peu-près le môme qu'à Berne & àFribourg,
le pays étant divifé en bailliages, qui n'ont à la véri-
té dans leurs jurifdiftions que des villages , excepté
Olten, qui ell une petite ville.
Quant au gouvernement fpirituel , il eft arrivé
qu'en 1532 le parti caiholique-romain prit le deffus,
& depuis lors Sohun & fon canton font demeurés
attachés à la religion romaine. Lojig'u. x6. 6. latit.
47' '4-
Schilling ( Diebold ) , né à Soleurz , a laifle une
hifloire écrite en allemand de la guerre des Suiffes
contre Charles le Téméraire ^ duc de Bourgogne. Cet
ouvrage eft d'autant plus précieux que l'auteur s'étoit
trouvé lui-même à prefque toutes les batailles &
adions de guerre qu'il décrit. Le manufcrit a été gar-
dé jufqu'à ce jour au greffe de Berne , & imprimé
pour la première fois dans cette ville en 1743 ,//2-/cj/.
{D.J.)
Soleure , canton de ^ { Géog. mod. ) canton de la
Suiffe , & l'onzième en ordre. Il ^îi borné au nord par
le canton de Bâle , au midi & au levant par le canton
de Berne , au couchant par ce même canton & en
partie par les terres de l'évêque de Bâle. Il s'étend
le long de l'Aare , en partie dans la plaine & en par-
tie dans le mont .Tura. Il efl affez grand , mais fort
étroit ; du refte , c'efl: un pays palfablement fertile
en grains , en pâturages & en bois. Tout ce canton
efl: attaché à la religion catholique-romaine. On l'a
partagé en douze bailliages , & les badlifs ne font
pas obligés d'aller réfider dans ceux qu'on nomme
bailliages intérieurs. {D. /. )
SOLFARA, LA , {Géog. mod. ) la Soif ara des mo-
dernes , entre Naples & Pouzzoles , efl le Forum-
Vulcani des anciens , ou cette colline d'Italie que
Pline appelle Leucogcei colles , à caufe de la blancheur
du terroir. Il y avoit au même endroit des fources
d'eaux qu'il nomme , /. XXXI. c.j. Leucogœi Fontes^
6i dont on vantoit les vertus pour la guérifon des
plaies. (D.J.)
SOLFATARA , f. f. ( Hi/l nat. ) c'efl ainfi qu'on
nomme en italien un endroit du royaume de Naples ,
dans le voifmage de Pouzzole, qui paroît brûler per-
pétuellement , & où l'on trouve un grand nombre
d'ouvertures qui donnent pafTage à des vapeurs ful-
fureufes & à de la fumée que le feu fouterrein fait
fortir du fein de la terre qui efl au-deflbus. Les pier-
res qui font autour de ces orifices ou ouvertures ibnt
dans un mouvement perpétuel, & lorfqu'on y jette
quelques corps légers , ils iont repoufles à dix ou
douze pies de hauteur ; & l'on voit dans certains en-
droits le fable bouillonner comme de l'eau qui feroit
iur le feu. Les pierres qui le tirent de cet eljiace de
terrein font très-chaudes, friables, blanches &com-
me calcinées ; pour peu qu'on y creufe , on trouve
des cendres. On en tire aufli une très-grande quan-
tité de vitriol bleu & d'alun ; la chaleur du tcrroin
épargne les frais du bois pour i'évaporation de ces
ièls , on ne fait que laver dans de l'eau les pierres
SOL
3Ï9
qui en font chargées , on met cette diffolutlon dans
des chaudières de plomb que l'on place fur les ouver-
tures de ce terrein , dont la chaleur eft affez grande
pour faire bouillir la diflolution , après quoi l'eau
chargée de ces fels fe met dans des cuves de bois
où ils fe cryflallifent ; le débit de ce vitriol & de cet
alun fait un revenu afl'ez confidérable.
Tout le terrein de la Solfatara eft creux , & réfonne
fous les pies. Ayant été comme miné parles feux fou-
terreins , il feroit dangereux d'y paffer à cheval ,
parce qu'on feroit en danger d'y enfoncer. Quelques
perfonnes croient que les feux qui font fous la Sol-
fatara communiquent par-dcflTous terre avec le mont
Véfuve , qui en eft à quatre lieues ; & l'on prétend
que lorfque ce volcan eft tranquille , la fumée eft
plus forte dans USolfatara^^ au contraire que lorf-
que le volcan vomit des flammes & éprouve de for-
tes éruptions , ce terrein efl moins agité.
Cet endroit étoit déjà connu des anciens , qui l'ap-
pelloient Forum Vulcani ; il a été décrit en vers par
Pétrone. Les modernes l'appellent Solfatara ou Sol-
forata , foufriere ; on croit que ce font les refles
d'une montagne qui a été détruite par les embrafe-
mens fouterreins , & qui a été changée en une
plaine.
SOLFIER , V. n. en Mujîque , c'efl prononcer les
fyllabes de la gamme ut , re , mi , &c. & entonner en
même tems les fons qui leur conviennent ; & c'eft
ua exercice par lequel on fait commencer ceux qui
apprennent la mufique , afin que l'idée de ces diffé-
rentes fyllabes s'uniffant dans leur efprit à celle des
intervalles qui s'y rapportent , ces fyllabes leur ai-
dent à fe rappeller ces intervalles.
Ilya diverfes manières àçfolfier. Plufleurs nations
ont gardé Tancienne méthode des flx fyllabes .de
l'Arétin. D'autres en ont encore retranche , comme
les Anglois , qui folfîent fur ces quatre fyllabes feu-
lement, mi, fa ^ fol., la. Les François au contraire
ont ajouté la lyUabe/, pour renfermer fous des noms
différens tous les fept fons de l'oftave.
Les inconvéniens de la méthode de l'Arétin font
confidcrables ; car faute d'avoir rendu complette la
gamme de l'oûave , les fyllabes de cette gamme ne
iignifient ni des touches fixes du clavier , ni des de-
grés du ton , ni même des intervalles exaftement
déterminés : la ,fa peut former un intervalle de tierce
majeure en defcendant , ou de tierce mineure en
montant , ou d'un femi-ton encore en montant. Voye^
Gamme, MuANCES. C'eft encore pis parla méthode
des Anglois : ils trouvent à chaque inflant diftérens
intervalles qu'ils ne peuvent exprimer que par les
mêmes fyllabes , & toutes les quartes portent tou-
jours les mêmes noms , qui devroient être réfervés
aux feules oftaves.
La manière de folficr établie en France par l'addi-
tion du y? efl infiniment fupérieure à tout cela ; car
la gamme fe trouvant complette , les muances de-
viennent inutiles , & l'analogie des oftaves eft par-
faitement obfervée : mais les Muficiens ont encore
gâté cette méthode jjar la bifarre imagination de
rendre les noms des notes toujours fixes & détermi-
nés fiir les touches du clavier , & non pas fur les de-
grés du ton ; ce qui charge inutilement la mémoire
de tous les dièfes ou bémols de la clé ; ce qui ôte
au nom des notes le rapport néceflàire avec les in-
tervalles qui leur font propres , & ce qui efface en-
fin , autant qu'il eft en eux , toutes les traces de la
modulation.
Ut ou ré ne font point ou ne doivent point être
telle ou telle touche du clavier , mais tel ou tel degré
du ton ; quant aux touches fixes , c'eft par des lettres
de l'alphabet qu'elles doivent s'exprimer ; la touche
que vous appeliez ut , je l'appelle C ; celle que vous
appellezv* , je l'appelle D. Ce ne font pas des fîi^nes
3îO
SOL
SOL
que j'inA-'ente , ce font des fignes tout établis , & par j
Iclquels je détermine très-nettement la fondamentale
d'un ton : mais ce ton une fois fixé, dites-moi, je
vous prie, à votre tour, comment vous en appeliez
Li tonique que j'appelle /« , 6c la féconde note que
j'appelle «', & la médiante que j'appelle mi, &c. car
c'clt U le point cflcntiel. Qu'on y réfléchiile bien , &
Ton trouvera que rien n'eil moins naturel que ce que
les Muficiens françois appellentyô/Aer ^m nacurcl.Cettc
prétendue nature n'eft du-molns connue chez nul au-
tre peuple, (s)
SOLI, ou SOLOS , en Cilicie, ( GiO^^. anc.) cette
ville qui prit enfuite le nom de FoinpaopoUs , étoit
fituée fur la côte , entre les embouchures du Lamus
ëz du Cydrius ; Pomponius Mêla , /. /. c. xlij. l'ap-
pelle Soloi , &: dit qu'elle appartenoit aux Pvhodiens ;
fes habitans font appelles 5"o/«:///tJ,par Diogene Lacrce.
So!i étoit la patrie de Chrylippe , philolophe grec
de la fede des Stoïciens , difciple de Cleanthe , fuc-
. ceffeur de Zenon. Il a dit de la vertu, que l'aftion
de la nature la faifoit naître par une efpece de con-
comitance , &: que cette même aclion produifoit par
contre coup la iource des vices. C'ell un beau prin-
cipe fur l'exiftence du bien & du mal moral; Chry-
fippe mourut âgé dey} ans dans la 143 olympiade.
Aratus poëte grec étoit aulTi de Sohs en Cihcie ,
& vivoit dans la 1 16 olympiade , 276 ans avant J. C.
Il a compofé deux poèmes grecs qui tiennent entiè-
rement à l'Allronomie , \ts phénomcms & les progno-
pques , ^lOTi^Mo.. Cicéron avoit fait du premier une
îraduftion en vers latins, dont il nous relie une gran-
de partie. Grotius nous a donné une belle édition
des phénomènes d'Aratus en grec & en latin , Lugd.
Batav. iGoo. 1/1-4°.
Crantor autre poëte grec, & philofophe de mé-
dite, naquit pareillement à Solos en Cihcie. Il quitta
fon pays natal où il étoit admiré , pour fe rendre à
Athènes, &; y devenir difciple de Xénocrate avec
Polemon. Ce dernierayantfuccédé à Xénocrate dans
l'académie vers la tin de la 116 olympiade, eut la
gloire de voir au nombre de fes écoliers , le même
Crantor qui avoit été autrefois fon condifciple. Il
palfa pour l'un des piliers de la iefte platonique ; &
li vous voulez connoîtrc quel cas on en faifoit, vous
n'avez qu'à lire ces deux vers d'Horace , epiji, 2. L I.
y. J. qui dit :
Q^iii quïdfit pulchnim^ quidjnjîuniy quid utile ^quid-
non ,
Pknius ac melius Chryjippo & Crantore dicic.
Ce philofophe fit un livre de la confolation qui s'eft
perdu, & qu'on eftimoit beaucoup. On admire prin-
cipalement fon traïié'du deuil, ditDiogène de Laërce;
c'étoit là, fans doute, le titre de l'ouvrage de notre fi-
licien. Nous apprenons de Plutarque , que ce philo-
fophe mit ce livre au jour pour confoler Hippoclès,
qui avoit perdu fes enfans ; Cicéron tira beaucoup
<le choies de ce traité quand il compoia un îembla-
ble livre. Crantor mourut d'hydropifie dans un âge
fort avancé, & laifTa à fon ami Arccfilas tout fon
bien , qui montoit à douze talens , environ cinquante-
trois mille livres de notre monnoie.
Enfin , Cléarque difciple d'Arillote , & célèbre
péripatéticien , étoit de Solos en Cilicie, De plu-
fiewrs ouvrages qu'il compofa, il ne relie qu'un frag-
ment de fon traité lur lefommeil. C'ell de Ion arc d'ai-
mer ^qw^Alhénée a pris ce qu'il dit, /. JilIJ. des hon-
neurs que Gygés roi de Lydie , fit à une courtifane
dont il étoit amoureux. ( Le chevalier de Jau-
COURT.)
SOLI , ou Solon , ou Soler , en Cypre , ÇGéog. anc.)
ville de l'île de Cypre , lur la cote fcptentrionale ;
Strabon qui en fait deux athéniens , A pâmas &c Pha-
lerus , les fondateurs , la place auprès de la ville
d'Arfinoé. Elle avoit auparavant le nom à' Epia;
quoiqu'à proprement parler, Epéa fiitune autre ville
bâtie par Dcmophoon, fils de Théfée, près de la
rivière de Clarius dans un quartier raboteux & in-
fertile.
Philocyprus qu'Hipparque appelle Cypranor , en
étoit le roi , lorfque Solon y arriva. Ce iage philofo-
phe , la voyant li mal lituée , confeilla au roi de tranf-
porter fa cour en une fort belle plaine qui étoit au-
defibus , d'y bâtir une plus grande &; plus belle ville,
& d'en accompagner la llrudure de plus de jultefle
& d'ornement.
Le projet de Solon fut exécuté avec beaucoup
d'cxaétitudc ; 6c dès qu'on fut en état d'en jetter les
fondemens , après avoir tait les préparatifs nccelïai-
res , il fe chargea du foin de la peupler. Sa prCfence
y attira beaucoup de monde; de lorte qu'elle ne fut
pas plutôt bâtie , qu'on la vit prefque remplie d'ha-
bitans. Philocyprus de ton côté ne manqua pas de
reconnoiflance. Il voulut qu'on appellât la ville So-
lon , SoU , ou Solos , pour confervcr dans Ion pays
la mémoire de ce grand homme & de fes bienfaits.
Ce prince lailTa un fils , appelle Arlflocyprus , qui lui
fuccéda à la couronne, bien qu'il ne vécut pas long-
tems après lui ; car il fut tué dans un combat contre
les Perles , du tems du roi Darius.
La ville de SoU fut auffi affiégée par les Perfes ,'
trois cens fix ans avant la naillance du Sauveur du
monde , & tint plus long-tems qu'aucune ville de
Cypre : mais elle fut enfin prife au cinquième mois,
après qu'on en eût fappé les murailles par les fonde-
mens.
Cette ville avoit un port , un temple de Vénus &C
d'Ifis, & une rivière nommée apparemment Clarius;
Minerve y étoit aulTi adorée , & fes prêtres fe nom-
moient hypeccaujbii. Outre les rois que j'ai nommés.
Athénée fiiit mention d'Eunoflus, c|ue Solon célébra
plus qu'aucun autre dans fes vers.
Cette ville n'eft à préfent qu'un village appelle
SoUa , fitué au côté leptentrional de l'île , entre les
caps de Cormachlti & d'Alexandrette , à fept lieues
de BafFo. Strabon place au-deifus de Sali l'ancienne
ville de Liménia , &: au-deflbus le cap de Croirt-
myon , ou de Cormachiti. {^Le Chevalier DE Jau-
COVRT. )
SOLICINIUM, {Géog.anc.) lieu d'Allemagne,
dont parle Ammien Marcellin,/. XXyiI.c.x.Ùeû^
lelon Herold, vSo/wi; félon Laïms ,Breuen ; & fclon
Cluvier, Sult^.
SOLICOQiJE,royq Squtlle.
SOLIDAIRE , ( Juiifprud. ) fe dit de ce qui em-
porte une obligation de payer la totalité d'une dette
commune à pluiieurs pcrlônnes ; l'obligation eliyô-
lidaire, quand chacun des obligés peut être contraint
pour le tout. Il en ell de môme d'un cautionnement
folidaire , c'ell-à-dire , lorlque l'on a llipulé que cha-
cune des cautions fera tenue pour le tout. I^oye^ ci-
api es Solidité. (^)
SOLIDAIREMENT , adv. ( Gram. & Jurifprud. )
fignlfie le droit que l'on a de contraindre chacun de
piulieursco-obllgés à acquitter feul pour le tout une
dette commune , fauf fon recours contre fes co-obli-
gés pour leur part 6c portion. Foye^^ ci-après Soli-
dité. ( y^)
SOLIDARITÉ , f. f. ( Commerce. ) c'eft la qualité
d'une obligation où pluiieurs débiteurs s'engagent à
payer une fomme qu'ils empruntent ou qu'ils doi-
vent ; en forte que la dette totale foit exigible con-
tre chacun d'eux , fans que celui au pront duquel
l'obligation efl faite , foit Obligé de difcuter les an-
tres , 6c l'un plutôt que l'autre. Dictionnaire du Com-
merce. ( z>. 7. )
SOLIDE , 1. m. en Géoméirie ,e(ï une portion d'é-
tendue qui a les Ucqïs diuienlions, c'çfl-à-dire , lon-
gueur ,
SOL
tueur , largeur , & profondeur. Foye^ Dimension.
Ainii, comme tous les corps ont les trois dimen-
fions , folidi &C corps font fouvent employés com-
me fynonymcs. f^oyc^ CoRPS.
{JnJblUi elt terminé ou compris par un ou plu-
ficurs plans ou fiirfaces , comme une furtlice eft ter-
minée par une ou plufîcurs lignes, f^ojei Surface
& Ligne.
Les folides réguliers font ceux qui font terminés
par des furfaces réi^uiieres oc égales.
Sous cette claile lont compris le tétrahedre, l'he-
xahedre ou cube, l'oclahedrc , le dodécahedre , &c
l'icofahedre; Foyei ces mots , & RÉGULIER , &c.
LesfoliJcs irréguliers font tous ceux auxquels on
ne peut pas appliquer la définition àes foliées régu-
liers. Tels font le cylindre , le cône, le prifme, la
pyramide, le paraléllépipede , &c. Foye^ Cylin-
dre , CÔNE , &c.
La cubature d'un folide eft la mefure de l'efpace
qui eft renfermé par cQjoUdi. Foye^ Cubature &
Solidité.
Un angleyè/iV/e efl compofé de trois angles plans,
ou davantage ,qui fe rencontrent en un point. Foye^
Angle; ou autrement, un -angle foUdc comme B ^
(^Planche g^om. fig. 30. ) efl: l'inclinailon de plus de
deux lignes , A B , B C , B F , qui fe rencontrent au
même point B , & qui font dans des plans diiTé-
rens.
Ainfi les angles folides , pour être égaux , doivent
être contenus fous un nombre égal de plans égaux,
de plans difpofés de la mcpae manière.
La fomme de tous les angles plans qui compofent
un -Angle foUdi , eft toujours moindre que 360'*. au-
trement ils conilitueroient le plan d'un cercle, &
non pas vin foluie. Foye{ Angle.
Figures folidcs fanblabUs , voye7 SEMBLABLE.
BajiionfoUde , voye[ BASTION.
LieufoLidc , voyci LiEU.
Les nombres foUdes , font ceux qui naifîeni de la
multiplication d'un nombre plan par un autre nom-
bre quelconque.
Ainfi 1 8 eiï im nombre foUde , formé du nombre
plan 6 , multiplié par 3 , ou de 9 multiplié par 2.
^oyq Nombre. Chambers. (F )
Solide hyperbolique aigu , efl; un foUde for-
mé par la révolution de l'arc A M^fig. zo.fccî. con.
d'une hyperbole équilatere autour de fon afymp-
tote. Par cette révolution , il fe forme une cfpece de
tufeau infiniment long, & cependant Tonicelli qui
lui a donné ce nom , a démontré évidemment ciu'il
ell égal à un folide ou corps fini. (O)
Solide, adj. (A/g.) problème Jolide efl: un pro-
blème où l'équation monte au troifieme degré ; on
VapY>clle problème folide , parce que l'inconnue y efl:
élevée à la troifieme puiffance , laquelle repréiente
un produit de trois dimenfions. /^oye^ Dimensions.
Solide, adj. en Phyjîqiu fe dit d'un corps dont
les petites parties fontunics enfemble, de forte qu'une
force d'un certain degré ne les divife & ne les lépare
pas les unes des autres, Foyc^ Solidité.
On nomme ces corpsfolides , par oppofition à flui-
des. Foyei Fluide, Fluidité, &c.
Cependant on peut dire dans un autre fens , que
tous les corps (ont J'oUdes , en entendant la iblidité
de l'impénétrabilité. Les corps folides ou impénétra-
bles qui iont l'objet de la Phyfique , font diflingués
parla des corps fimplcment étendus, ou confitlérés
avec leurs dimenfions , 6c qui font l'objet de la Géo-
métrie. Foyei Corps.
Solide , en Anaiomie^ fignifie les parties du corps
continues ik contenantes , ainfi appellées par oppo-
fition aux fluides &; aux parties contenues du corps.
Voyei Corps , Partie 6- Fluide,
Tome Xr.
SOL
311
Lèsfo/ides font les os, les cartilages , les lîga*
mens , les membranes, les fibres , les mufcles ,'les
tendons , les artères , les veines , les nerfs , les glan-
des , les vaifl^baux lymphatiques , les veines ladées^
&c. Foyei Os , CARTILAGE , &c.
Nonobitant le grand nombre & l'apparence des
parues je Udes du corps ; nous trouvoos par le fecours
du microfcope, des injedions, des veficatoires, dei
atrophies , &c. que les parties /o/Z^/^j font exceflive^
ment petites & peu confidérables , en comparailbiî
des fluides. Au contraire , on peut prefque démon-
trer par la confidération du progrès & de la généra--
tion des vaifleaux, & parla réfolution des plus grands
vailfeaux dans les plus petits qui les conflituent, que
toute la mafle des Jhlides dans le corps , efl compo^
fée des fibres, d'un tiflTu cellulaire & d'une fubflance
gélatineufe qui en font les élémens communs. Foyer
Fibres , Tissu cellulaire & Gélatineux.
En effet , toute la mafle des fo/ides aufll- bien que
des fluides , fi on en excepte feulement un petit "er-
me ou animalcule, procède d'un fluide bien fiibtTle ,
qui ne diffère point du fuc des nerfs , comme l'a fait
voir Malpighi dans fon traité de ovo incubato. Foyer
(EuF.
Le blanc de l'œuf ne nourrit jamais , jufqu'à ce
que l'incubation ait détruit fon épaiffeur naturelle ,
6c qu'il ait paffé par un grand nombre de degrés de
fluidité avant de devenir affez lubtil pour entrer dans
les petites véficules du germe. Les /o/ides d'abord
mous & plus tendres , procèdent de cette humeur
lubtile &c paifent par une infinité de degrés intermé-
diaires avant que d'arriver à leur plus grande folidi-
té. /^oyê( GÉNÉRATION.
Par conféquent tous les folides dans nos corps ( à
moins qu'on ne foit aiTez minutieux pour en excep-
ter le premier germe ) ne différent des fluides dont
ils ont été formés , que par leur repos , leur cohé-^
fion & leur figure ; & une particule fluide deviendra
propre à former une partie d\mfolide , fi-tôt qu'il y
aura une force fufiifante pour opérer fon union avec
les autres parties folides. Foye^ Nutrition & Ac-
croissement.
Solide, f. m. (Arckitecl.) nom commun & à la
confiflance d'un terrein fur lequel on fonde , & au
maflit de maçonnerie de grofl^e épaiffeur , fans vuide
au-dedans.
On nomme encore folide , toute colonne ou obé-
lifque fait d'une feule pierre. Et on appelle angle fo*
lide , une encoignure dite vulgairement carne. Davi-
1er. {D. /.)
SOLIDITÉ , f. £ en Géométrie, efl la quantité d'ef-
pace contenue fous un corps lolide. Foye^ Cuba-
ture.
On a la folidiié d'un cube , d'un prifme , d'un ci-
lyndre ou d'un parallélépipède , en multipliant lai
bafe par la hauteur. Foye^ Cube, Prisme , Cylin-
dre , &c.
Lafolidité d'une pyramide ou d'un cône, fe déter-
mine en multipliant ou la bafe entière par la troifie-
me partie de la hauteur , ou la hauteur entière par
la troifieme partie de la bafe. F'oye^ Pyramide 6^
Cône.
Trouver la folidité de tout corps irréguHcr. Met-
tez le corps dans un vafe paaaUclépipède , & vcrfez-
y de l'eau ou du fable jufqu'en B , PI. Gêom.fig. j 2.
alors ôtez-en le corps , & obfervez à quelle hauteur
l'eau ou le lable efl placé , quand le corps efl ôté ,
comme AC. Otcz A C de A B , le relie fera BC ;
ainfi le corps irrégulier efl réduit à un parallclcpipè-
de , dont la bafe efl FCGE 6c la hauteur B C pour
trouver la joUdité de ce piu-allclepipèdc. Foyc^^ Pa-
rallélépipède.
Suppofcz , par exemple, AB=S 6c AC='j : alors-
BC fera=3 : de plus, fuppofez DB=:i 1 , .fl£ = 4 ,
Ss
312 SOL
alors UJoIiJiû du corps iiTCgulicr fera 144. {E)
SoLiLMTÉ , 1". t". {Phyjicj.) idée qui nous vient par
l'attouchement , & qui cft caulce par la rclillance
que nous éprouvons ou que nous remarquons dans
un corps jiilqu'à ce qu'il ait quitté le lieu qu'il oc-
cupe, lorlqu'un autre corps y entre actuellement.
f^oici l'ariiclc ijue M. Formy a bun voulu nous com-
muniquer fur Ci Jujec.
De toutes les idées que nous recevons par fenfa-
tion , il n'y en a point que nous recevions plus con-
Ikmcnt que celle de hijb/iJité. Soit que nous l'oyons
en mouvement ou en repos , dans quelque fituation
que nous nous mettions, nous Tentons toujours quel-
que choie qui nous ibutient,& qui nous empêche
d'aller plus bas ; & nous éprouvons tous les jours,
en maniant des corps , que tandis qu'ils font entre
nos mains , ils empochent par une force invincible
l'approche des parties de nos mains qui les prefl'cnt.
Or ,' ce qui empêche ainli l'approche de deux corps ,
lorlqu'ils fe meuvent l'un vers l'autre , c'eft ce que
l'on appelle Joli Jiré^&C que l'on peut nommer aufll
impénctrabiiuc. C'ell de toutes les idées celle qui
paroit la plus effentiellement & la plus étroitement
unie au corps, en forte qu'on ne peut la trouver ou
imaginer ailleurs que dans la matière.
Par -tout où nous imaginons quelque efpace oc-
cupé par une fubllance folide, nous concevons que
cette fubftance occupe de telle forte cet efpace ,
qu'elle en exclut toute autre fubflance foUde , &
qu'elle empêchera à-jama:s deux autres corps qui
fe meuvent en ligne droite l'un vers l'autre , de
venir à fe toucher, fi elle ne s'éloigne d'entr'eux
par une ligne qui ne foit point parallèle à celle fur
laquelle ils fe meuvent aftuellement.
Cette rcfiftance qui empêche que d'autres corps
n'occupent- l'efpace dont un corps efl aâuellement
■ en polîeiTion , eft fi grande , qu'il n'y a point de
force , quelque puifîante qu'elle foit , qui la fur-
monte. Que tous les corps du monde prelTent de
tous côtés une goutte d'eau , ils ne pourront ja-
mais vaincre la reliftance qu'elle fera, quelque molle
qu'elle foit, jufqu'à s'approcher l'un de l'autre , fi
auparavant ce petit corps n'eft ôté de leur chemin.
Les partifans de l'clpace pur en concluent que la
folid'ué diffère de cet efpace qui n'a ni rélillance
ni mouvement. Sans contredit, la. JhluUié n'efl pas
un attribut de l'efpace pur, puifque celui-ci n'efl:
qu'une limple abllradion , prife de la conlidération
de l'efpace réel , qui n'eft lui-même réel qu'en vertu
des corps qui l'occupent. C'ell aux corps que con-
vient l'impénétrabilité, la yô/ii/iW, & diverfes autres
propriétés; & les corps étant annihilés, il ne reflie
abfolument rien, que la polTibilité d'en produire
d'autres dont l'exillance renouvelleroit l'efpace dé-
truit avec les précédens. C'eil donc une difl:inc-
tion chimérique, félon M. Formey auteur de cet ar-
ticle , que celle que l'on met entre l'étendue des corps
&C l'étendue de l'efpace , en dilant que la première eft
une union , ou continuité de parties folides divifl-
bles , & capables de mouvement, & l'autre une con-
tinuité de parties non folides , indivilibles , 6c immo-
biles.
hzfolidiiè d'un corps n'emporte autre chofe , fi ce
n'efl que ce corps remplit l'efpace qu'il occupe, de
telle forte qu'il exclut abfolument tout autre corps ,
au lieu que la dureté confifte dans une forte union de
certaines parties de matière qui compofent des maf-
fes d'une grofleur fenfible, de iorte que toute la maf-
fe ne change pas ailément de figure. En effet le dur
& le mou font des noms que nous devons aux chofes
feulement par rapport à la conftitution particulière
de notre corps. Ainli noiiî> donnons généralement le
nom de dur à tout ce que nous ne pouvons fans peine
changer de figure en le preflant avec quelque partie
SOL i
de notre corps ; & au contraire nous appelions mate '
ce qui change la fituation de ces parties , lorfque
nous venons à le toucher , fans faire aucun effort
confidérable & pénible. Mais la ditHculté qu'il y a
à faire changer de fituation aux différentes parties '
fenfibles d'un corps , ou à changer la figure de tout
le corps ; cette difficulté , dis-je , ne donne pas plus
de foiiditc aux parties les plus dures de la matière
qu'aux plus molles ; & un diamant n'eft pas plus
folide que l'eau : car quoique deux plaques de mar-
bre foient plus aitément jointes l'une à l'autre , lorf-
qu'il n'y a que de l'eau ou de l'air entre deux , que
s'il y avoit un diamant : ce n'efl pas à caufe que les
parties du diamant font plus folides que celles de
l'eau ou qu'elles réfiftent davantage, mais parce que
les parties pouvant être plus aifément féparées les
unes des autres , elles font écartées plus facilement
par un mouvement oblique ,& laifl^'ent aux deux pie-
ces de marbre le moyen de s'approcher l'une de
l'autre ; mais fi les parties de l'eau pouvoient n'être
point chaffées de leur place par ce mouvement obli-
que , elles empêcheroient éternellement l'approche
de ces deux pièces de marbre tout-aufTi-bien que
le diamant; & il feroit auffi impofUble de furmonter
leur réfiflance par quelque force que ce fut, que de
vaincre la réfiflance des parties du diamant.
Car que les parties de matière les plus molles &
les plus flexibles qu'il y ait au monde , foient entre
deux corps quels qu'ils foient , fi on ne les chaflTe »
point de-là , & qu'elles refient toujours entre deux , |P
elles rélifleront auflî invinciblement à l'approche de
ces corps , que le corps le plus dur que l'on puiflTe
trouver ou imaginer. On n'a qu'à bien remplir d'eau
ou d'air un corps fbuple &c mou , pour fentir bien-
tôt de la réfiflance en le preffant : & quiconque s'i-
magine qu'il n'y a que les corps durs qui puifl^ent
l'empêcher d'approcher fes mains l'une de l'autre,
peut fe convaincre du contraire par le moyen d'un
ballon rempli d'air. L'expérience faite à Florence
avec un globe d'or concave , qu'on remplit d'eau &
qu'on referma exaftement , fait voir la foUd'ué de
l'eau, toute liquide qu'elle foit. Car ce globe ainfi
rempli, étant mis fous une prefTe qu'on ferra à tout»
force , autant que les vis purent le permettre , l'eait
fe fît chemin à elle-même à-travers les pores de ce
métal fi compad. Comme ces particules ne trou-
voient point de place dans le creux du globe pour
fe refferrer davantage, elles s'échappèrent au-dehors
où elles s'exhalèrent en forme de rofée , & tombè-
rent ainfi goutte à goutte avant qu'on pût faire céder
les côtés du globe à l'effort de la machine qui les
prefToit avec tant de violence.
La JolidUé efl une propriété non-feulement com-
mune , mais même effentielle à tous les corps. Cela
eft vrai, foit qu'on confidere les corps dans leur tout,
foit qu'on n'ait égard qu'à leurs parties les plus Am-
ples. C'efl aufll le figne le moins équivoque de leur
exiflance. Des illufions d'optique en impofent quel-
quefois à nos yeux ; nous fommes tentés de prendre
des fantômes pour des réalités; mais en- touchant,
nous nous afTurons du vrai par la perfuafion intime
où nous fommes que tout ce qui efl corps efl folide,
capable par conféquent de réfiflance , & qu'on ne
peut placer le doigt ou autre chofe dans un lieu
qui efl occupé par une matière quelconque, fans
employer une force capable de la pouffer ailleurs.
Toute réfiflance annonce donc une folid'ué réelle
plus ou moins grande. C'efl une vérité tellement
avouée , qvi'elle n'a befoin d'autre preuve que de
l'habitude où l'on eft de confondre les deux idées ;
quoiqu'à parler exaftemcnt, l'une repréfente la caufe
6c l'autre l'effet. Mais il y a tel cas oii l'une & l'autre
( [ajolidité & la réfiftancce) échappent à nos fens ou
à noire attention.
SOL
Certains corps nous touchent fans cefTe , nous
toacheni partout cgalement; l'habitude nous a ren-
du leur contadl li familier , que nous avons beîbia
d'y réfléchir pour reconnoître l'imprellioa c{u'ils
font fur nous. Quand on agit dans un air calme , il
efî: peu de perlonncs qui penfent qu'elles ont conti-
nui-ilernent à vaincre la refiflance d'un corps dont la
folidhé s'oppofe à leurs mouvemens. Si l'on lortoit
de J'atmolphere pour y rentrer, on fentiroit fans ré-
fl :xion l'attouchement de l'air , comme on ient celui
de l'eau quand on s'y plonge. Ce qui fait encore que
la folui'm des fluides échappe à notre attention, c'ei!:
que leur partie indépendante des unes & des autres
& d'une petitefl'c quiiurpafl'e beaucoup la délicatelfe
de nos fens , cedeiir aux moindres de nos efloiîs, Uir-
tout quand elles font en petite quantité ; & nous ne
penfons pas que nous agiiTons quand nous agiiTons
très-peu. Cefl en vertu de ce préjugé qui nous fait
regarder comme vuide tout ce qui n'eil plein que
d'air; que nous croyons qu'une liqueur n'a qu'à fe
préfenter de quelque façon que ce loit à l'ouverture
d'un vafe pour y trouver accès; mais nous devrions
faire attention que toutes ces capacités font na-
turellement remplies d'air , coinme elles feroient
pleines d'eau , fi elles avoient été fabriquées au fond
d'un étang, & qu'elles n'en fuflent jam.ais forties.
Nous devrions penfer de plus que l'air ayant de
la folidui dans ic% parties , on ne doit pas prétendre
loger avec lui un autre corps dans le même lieu , &
qu'aijifi pour mettre de l'eau, du vin, &c. dans une
bouteille, il faut que l'air puifîe paffer entre le col
& l'entonnoir , pour faire place a la liqueur ; mais
quand ce col elf tellement étroit qu'il ne peut pas
donner en même îems un paflage libre à deux ma-
tières qui coulent en fens contraire , c'eft-à-dire à
la liqueur qu'on veut faire entrer, & à l'air qui doit
fortlr , il faut que cela fe faffe fuccelfivement. C'eft
pourquoi, quand on veut introduire de l'efprit de
lavande dans une cafTolette , dont le canal elt fort
étroit , on commence par la chauffer; & quandl'ac-
tiondu feu a fait fordr une bonne partie de l'air qu'-
elle contenoit, on plonge le col dans la liqueur qui
va prendre fa place.
Nous avons dit que Xzfolidïtl fe confond avec l'im-
pénétrabilité ; ce terme a befoin d'être expliqué , pour
prévenir des objeÛioois tirées de certaines expérien-
ces , -par lefqutlles il paroit que pUilieurs matières
mêlées eniemble confondent leurs grandeurs , & le
pénètrent mutuellement. Une éponge , par exemple ,
reçoit intérieurement une quantité d'eau qui femble
perdre fon propre volume , puifque celui fous lequel
elle fe trouve renfermée après cette efpece de péné-
tration , n'en eft point ienfibiement augmenté. Un
vaifTeau plein de cendre ou de fable , admet encore
une grande quantité de liqueur; & parties égales d'ef-
prit-de-vin & d'eau mêlées dans le même vafe , y
tiennent moins de place qu'elles n'en occupoient
avant le mélange : la matière eft-elle donc pénétra-
ble ? ou fi elle ne l'efl pas , dans quel fens faut-il en-
tendre fbn impénétrabilité ? C'eft qu'il faut foigneu-
fement diflinguer la grandeur apparente des corps
de Xtwxjoiiditi réelle. Les parties Imiples ou premiers
clémens , s'il y en a , font ablblument impénétra-
bles : celles même d'un ordre inférieur qui commen-
cent à être compofées , ne font encore vraill'embla-
blement jamais pénétrées par aucune matière ; en un
mot , il y a dans tous les corps , quels qu'ils puifl'ent
être , une certaine quantité de parties qui occupent
feules les places qu'elles ont, & qui en excluent né-
cefl'airement tout autre corps. Mais ces parties Ibli-
des & impénétrables , qui font proprement la vraie
matière de ceseorps , ne font pas tellement jointes
eniemble , qu'elles ne laifTent entr'ellcs des cfpaces
Tonii XF.
SOL
313
qui font vuîdes , ou qui font pleins d'une autre ma-
tière qui n'a aucune liaifon avec le refte , & qui cède
fa place à tout ce qui fe préfente pour l'en exclure ;
en admettant ces petits interff ices,dont l'exiilence efl
facile à prouver, on conçoit très-facilement que l'im-
pénétrabilité des corps doit s'entendre feulement des
parties folides qui fe trouvent liées enfenible dans le
même tout , & non pas du compofé qui en réfulte.
Voyii les /efo/« dePhyfiqiu zxpèrïmentak de M. l'abbé
Noîlet , tonii I. pag. CS &Juiv. Cet anicU eji di Af»
FoilMEY.
Solidité, {Jurifprudence.) efl l'obligation danâ
laquelle efl chacun des co-obligés d'acquitter intc-
gralement l'engagement qu'ils ont contradé.
Dans quelques provinces on dît folidarite, expref-
fion qui paroît plus jufîe & moins équivoque que Le
terme àa folidhé.
Ce n'eft pas que le payement puifTe être exigé au-
tant de fois qu'il y a de co-obligés foUdairement ;
l'effet de hfolidiiJeû feulement que l'on peut s'adref-
fer à celui des co-obhgés que l'on juge à propos, &
exiger de lui le payement de la dette en entier , fans
qu'il puifi'e en être quitte en payant fa part perfon-
fonnelle , fauf fon recours contre (es co-obligés pouC
répéter de chacun d'eux leur part & portion qu'il a
payée en leur acquit.
La folidhé vi lieu ou en vertu de la loi , ou en vertu
de la convemion.
Il y a certains cas dans lefquels la loi veut que tous
les obliges puiffent être contraints (blidairement com-
me en matière civile , lorfqu'il y a fraude, & en ma-
tière criminelle , pour les dommages & intérêts, &C
autres condamnations pécuniaires prononcées con-
tre les accufés.
Les conventions ne produifent point dcfoUdité, à
moins qu'elle n'y foit exprimée fuivant la novelle 99
de Jufhnien. f^oye-i le titre di ducbus rus fipulandi 6*
promittendi ; au digefte, au code& aux inifitutes , &C
la novelle 99 ; le traité de la fubrogat. de Renufîbn ;
& les OTorj Caution, Co-OBLiGÉs, Créanciers ,
DÉBITEURS , Discussion, Division , Fideijus-
siON , Obligation, Payement , Quittance.
Solidité , en Jirchiteclurc , efl un terme qui s'ap»
plique à la confiflance du terrein fur lequel la fonda-
tion d'un bâtiment efl pofée , & à un maffif de ma-
çonnerie d'une épaiffeur confidérable , fans aucune
cavité dedans. La folidité des pyrainides d'Egypte efl
inconcevable. Foye:^ Pyramide & Corps.
Solidité , Solide, (^Synonym.') Le mot de/ô//-
dité a plus de rapport à la durée : cehii defolide en a
davantage à l'utilité. On donne de la fotidité h fes ou-
vrages, & l'on cherche \efolide dans fes defTeins.
Il y a dans quelques auteurs & dans quelques bâ-
tlmens plus de grâce que de folidité. Les biens & la
fanté joints à l'art d'en jouir, font lefolidc de la vie :
les honneurs n'en font que l'ornement. Synon. franc,
SOLIGNAC, ( Géogr. mod. ) petite ville ou plutôt
bourg de France dans le Velay , fur la gauche de la
Loire, & à deux lieues au midi de Puy , capitale du
Velay. Long. 21. 23. laiit. 4S. 26". (£>. 7.)
SOLILOQUE, f m. (^Littérat.) efl un raifonnc-
ment &C un dilcours que quelqu'un fe fait à lui-même.
Foyc{ Monologue.
Paplas dit qucfoliloque efl proprement un difcours
en forme de réponfe à une quellion qu'un homme
s'efl faite A lui-même.
Les foUloijues font devenus bien commims fur le
théâtre moderne : il n'y a rien cependant do li con-
traire à l'art &: à la nature, que d'introduire fur la
fcene un afteur qui fe fait de longs difcours pour
S s ij
524 SOL
communiquer fes penfées , &c. . . à ceirx qui Tenten-
^ent.
Lorrque ces fortes de clccoi'.vertes font néccfiaires,
■ile pocte dcvrolt avoir foin do donner à les acteurs
-des confidens à qui ils puiTont , quand il le ta ut, dé-
;C0Uvrlr Icurs.pcnfces les plus fecrettes : parce moyen
'les fpedlatcurs en ferolcnt inftruits d'une manière
bien plus naturelle : encore ell-cc une reîlburc-c dont
un poète exaft devrolt éviter d'avoir befoin.,
L'iifage & l'abus ùesj'olilocjues elt bien détaille par
le duc de Buckingham dans le palîage fuivant : « Les
tifoliloqucs doivent être rares , extrêmement courts ,
» & même ne doivent être employés que dans la paf-
w fton. Nos amans parlant à eux-mêmes , faute d'au-
V très , prennent les murailles pour coniidcns. Cette
» faute ne ferolt pas encore réparée , quand même
» ils fe confieroient à leurs amis pour nous le dire ».
Nous n'employons en France que le terme de rno-
-no{o"ue , pour exprimer les difcours ou les fcenes dans
lefquclles un afteur s'entretient avec lui-même , le
mot de (blj/o(]uc ét^nt particulièrement confacré à la
théologie myitique 6c afte£tlve. Ainfi nous difons les
Joliloqucs de faint Augullin , ce font des méditations
pieules.
SOLÎNS, (. m. pi ( Architcct.) ce font les bouts
des entrevoux des folives fcellées avec du plâtre fur
les poutres , iiibUeres ou murs. Ce font auiH les en-
duits de plâtre pour retenir les premières tuiles d'un
pignon. ( Z?. /. )
SOLH AiRE , f. m. {Morale.) cë.m qui vit feul ,
féparé du commerce & de la foclété des autres hom-
mes , qu'il croit dangereufe.
Je fuis bien éloigné de vouloir jctter le moindre
ridicule fur les religieux , les Jolitaires, les chartreux ;
je fais trop que la vie retirée eft plus innocente que
celle du grand monde : mais outre que dans les pre-
miers fiecles de l'Eglife la perfécution faifoit plus de
fugitifs que de vraisfo/uains , il me femble que dans
nos fiecles tranquilles une vertu vraiment robufte eft
celle qui marche d'un par. ferme à-travers les obfla-
cles, & non pas celle qui fe fauve en fuyant. De quel
mérite cft cette fagefle d'une complexion foible qui
ne peut foutenlr le grand air, ni vivre parmi les
hommes fans contradter la contagion de leurs vices ,
& qui craint de quitter une folitude olfive pour échap-
per à la corruption ? L'honneur & la probité font-ils
d'une étoîTc fi légère qu'on ne puiffe y toucher fans
l'entamer? Que ferolt un lapidaire s'il ne pouvoit
enlever une tache d'une émeraude, fans retrancher
la plus grande partie de fa grofleur & de fon prix ?
il y laiucroit la Tache. Ainfi faut-il, en veillant Ala pu-
reté de l'ame, ne point altérer ou diminuer la vérita-
ble grandeur , qui fe montre dans les traverfes &
l'agitation du commerce du monde. Vn/olitaire eft
à l'égard du refte des hommes comme im être inani-
mé ; fes prières & fa vie contemplative , que per-
sonne ne voit, ne font d'aucune influence pour la fo-
clété , qui a plus befoin d'exemples de vertu fous fes
yeux que dans les forêts. (D. /.)
Solitaire, ( ffijl. monac. ) nom de rellglcufe du
monaftere de Faiza , fondé par le cardinal Barberin,
6c approuvé par un bref de Clément X. l'an 1676.
Les religleufes de ce couvent, s'adonnent entière-
ment à la vïc foUulre ; elles gardent un filsnce con-
tinuel, ne portent point de linge, vont toujours nuds
pics fans fandale , &ont pour habit une robe de bure
ceinte d'une grolTc corde. Le cardinal Barberln inftl-
tueur de ce monallere , ne m.ena point une vie lem-
blable à celle de fes religleufes ; c'étoit un homme
du monde , fin, intrigant, toujours occupé du ma-
nège pohtlque des intérêts de diverfes puifianccs.
< D. J. )
Solitaire ver j {Hijl.nat, des Infccl.) voilà le
SOL :
plus loftg de tous les animaux , s'il eft vrai qu'on en
ait vu qui avoient 80 aunes de Hollande. Quelques
phyficicns prétendent qu'il le forme ordinairement
dans le fœtu.s , qu'il vieillit avec nous , 6z. ne fe trou- !
ve jamais que feul dans les corps où il habite. Que
penfcr de ce fyilcme fi ces faits étoi nt véritables,
comme Hippocrate & fes fediateurs le foutiennent^
que croire de l'origine de pareils animaux ?
Hors des corps animés on n'en a jamais trouvé dé
femblables , auxquelles on puific préfumer que ceux-
ci devroient leur naiiTance ; & s'il y en avoit eu de
petits ou de grands , leur figure applaîle & la grande
multitude de leurs articulations n'aurolent pas man-
qué, ce femble , de les faire connoîire. Il faudroit
donc admettre que ces vers ne font produits que par
ceux qui fe trouvent dans nos corps ; & fi cela eft ,
comment peuvent-ils en être produits , à-moins qu'on
ne fuppofc que chacun de ces vers ne fe fuiîife à lui-
même pour produire fon femblable , vu qu'il fè
trouve toujours feul ?
Mais cette fuppofition ne levé pas toutes les diffi-
cultés qu'on peut faire fur l'origine de ce ver fingu-
lier. On pourra toujours demander pourquoi il ne
fe trouve jamais que feul , & quel chemin prennent
fes œufs ou fes petits pour entrer dans le corps d'un
autre homme. Avec de nouvelles fuppofitions , il né
ferolt pas difFiclle de répondre à ces difficultés.
La première difficulté dilparoîtroit en fuppofant
que ce ver eft du nombre de ceux qui fe mangent les
uns les autres ; le plus fort ayant dévoré ceux qui
font nés avec lui dans un même endroit , doit enfirl
refter tout feul. Pour ce qui eft de l'autre difficulté ,
on n'a qu'à fuppofer que l'œuf ou le fœtus de ce ve^
eft extrêmement petit ; que l'animal le dépofe dans
notre chyle ; ce qu'il peut faire alfément fi riffiie de
fon ovaire eft près de fa tête , comme l'eft. celle des
limaces. Du chyle il entrera dans lamafîe dufang de
l'homme ou de la femme , oh. ce ver habite. Si c'efl
dans une femme , la communication que fon fang a
avec le fœtus qu'elle porte, y donnera par fa circu-
lation entrée à l'œuf ou au fœtus du ver , qui y croî-
tra aufli-tôt qu'il le fera arrêté à l'endroit qui lui con-
vient. Qy.e 11 l'œuf ou le fœtus du ver fe trouvé
dans la jnafte du fang d'un homme , la circulation de
ce fang fera pafTer cet œuf ou ce fœtus dans les vaif-
feaux où ce fang fe filtre , afin d'être préparé à uni
ufage néceffaire pour la conlêrvatlon de notre efpe-
ce. Et de-là on conçoit alfément comment il peut fé
trouver mêlé dans les parties qui entrent dans la
compofitlon du fœtus humain.
C'eft alnfi qu'avec des fuppofitions on peut rendre
raiï'on de tout , même de l'exiftence des chofes qui
n'ont jamais été , comme l'ont fait les phyficiensdes
derniers fiecles , qui nous ont expliqué de quelle ma-
nière la corruption engendrolt des infeftes. C'eft les
imiter que de bâtir par rapport au virjolicaire fur des
faits , qui pour avoir été aifez généralement reçus,
n'en font pas pour cela plus véritables* M. Valifnleri
a renverlé d'un feul coup ce fyftème ridicule , en
établllfant par fes obfervations & fes recherches, que
le l'oUtdirc n'eft qu'une chaîne de vers qu'on nomme
cucurbitaires , qui fe tiennent tous accrochés les uns
aux autres , & forment ainfi tous enfemble la figurcj
d'un feul animal. Les râlions qu'il en allègue font fi
vraiffemblables , & ont paru 11 fortes aux phyficiens
éclairés , qu'il eft aujourd'hui fort difficile de n'être
pas de cet avis. {D.J.)
Solitaire , fi m. ( Jeu. ) nom d'un jeu qu'on a in-^
venté depuis une cinquantaine d'années, auquel un
homme peut jouer Icul. C'eft une tablette percée de
37 trous , dilpofés de manière que le premier rang en
a trois , le fécond cinq , les trois fuivans chacun lept,
le fwiçme cijiq , ik. le deroier trois. Tous ces trou»
1
:5
O l
«*
•1
2
iDntcliaéimufte cheville, à !a rcfcrve d'un quî relie
Vuide. Ce jeu con fille à prendre toutes ces chevil-
les les unes après les autres , en forte qu'il n'en relie
plus aucune. Elles fe prennent comme on prend les
dames au jeu de dames , en fautant par deffus , & fe
mettant à la place vuide qui ell de l'autre côté de
celle qu'on prend & qu'on enlevé. Ce jeu n'a pas
^rand attrait qunnd on en ignore la marche , & n'en
a point quand on la fait. (.£>. /.)
SOLiTAîRE , ( Jeu de cartes.^ c'eft une cfpece de
'quadrille , ainfi appelle parce que l'on elt obligé de
jouer feul fans appeller. S'il arrive que les. quatre
^joueurs n'ayent pas afl'ez beau jeu pour jouer fans
'prendre , Ou inême pour appcîler un médiateur ,
'en eu obligé de paffer , ne pouvant contraindre
Ypadille à jouer, comme au quadrille ordinaire ; on
îaiiTe alors lèsdeûx/îchcsdu pouîan furie jeu, & l'on
'continue à^QW faire inettre le môme nombre par ce-
lui quiniêle jufqn'à ce que l'un des quatre joueurs
puilîe taire jouer fans prendre -, Ou avec un média-
'Xeur. A l'égard des bêtes, elles augmentent de vingt-
iîuit jettons de phis que tout ce qui fe trouve fur le
-jeu ; & lut les poulans doubles de cinquante - fix
.jettons.
Solitaire , U médiateur folhaire à trois , ( Jtu de
"cartes.^ Ce jeu ne fé joue à trois que faute d'un qua-
trième , & n'en efl pas moins amufant. On l'appelle
ffc/it.z'rc'pixrce qu'on joue toujours feul.
ïl faut ôter dix cartes du jeu ordinaire , c'eft-à-
xlire neuf carreaux &le fix de cœur, & laiffer le roi
ide carreau ; par ce moyen on peut jouer dans les
'quatre couleurs quoiqu'il y en ait une prefque fup-
:priméc. Par exemple , un joueur ayant les deux as
inoirs avec des rois pourra jouer en carreau , il aura
par conféqu.ent tous les matadors qui lui feront payés
■comme au médiateur a quatre : de même celtii qui a
^e quoi der/ai^der un médiateur , peut demander le
toi de cari-eau , puifqire l'on lelailte dans le jeu , ce
'<jui le rend ai^di divertifTant qu'à quatre'. Cejeufe
marque comme a\i médiateur, c'cù-à-dire que celui
"iqui fait met deux fiches devant lui , & l'on ne joue
point en appellent , l'on ne renvoie point aulîi à
ipadille. Si Ton n'a pas dans fon jeu de quoi jouer un
médiateur, ou fans prenare j il faut paiTer. Alors
celui qui mêle doit mettre encore deux fiches devant
lui , ce qui fe continue jufqu'à ce qu'un des joueurs
faffe jouer. A l'égard des bêtes , elles augmcntenttou-
jours de vingt-huit les unes fur les autres comme au
médiateur ordinaire à quatre. La feule différence
qu'il y ait c'eil: que la bête faite par remife doit aug-
menter d'autant de jetons qu'il fc trouvera de paffe
fur le jeu ; au-lieu que celle qui efl faite par codille
inefera pas de plus de jettons qu'au médiateur ordi-
iiaire à quatre. Comme à ce jeu l'on joue un coup de
moins à chaque tour il efl convenable déjouer douze
tours ail-lieu de dix , pour que la reprife (bit finie ;
pour ce qui regarde le refle , on fuit à ce jeu les lois
du médiateur à quatre.
Autre manière de jouer U médiateur foUtaïre à trois.
L'on ôte pour jouer h ce jeu les quatre trois qui n'y
font pas d'un grand ufage, ce qui le réduit au nom-
bre de trente-fix cartes au~lieu de quarante. Celui
C|ui mêle donne à chacun des joueurs douze cartes ,
trois à trois ou quatre à quatre , & non autrement,
ce qui emploie les trente-fix cartes du jeu. Celui qui
fait jouer en telle couleur que ce foit efl obligé de
faire fept levées pour gagner. L'on peut aufîi deman-
der un médiateur lorfqu'on n'a que de qiioi faire lix le-
'Vées'dans fon jeu,fmon ilfaut paner, enfuivant pour
lereile les règles du médiateur ordinaire à quatre.
SOLITAÙRILIES , {Antiq. rom.) nomd'uh facrl-
fice folcmnel qu'on failbit chez les Romains , d'un
verrat , d'un bélier & d'un taureau. Foye^-tvi les dé-
tails au ffiOrSuOVE-TAURILIES, \D. /, )
_ SOLITUDE , f. f. {kdigion.) lieu 'M^nZ^i inim-
bité. La religion chrétienne t) 'ordonne pas de fe re-
tirer ab loin ment de la fociété pour fervir Dieii dans
rhorreur d'une /o/ir.'.'iu-, parce que le chrétien peVit
k< faire une y(^////.'^j intérieure au milieu de la multi-
tude , & parce que lefos-Chrifl a dit : que votre lu-
mière luife devant les hommes , afin qu'ils voyenî vo$
bonnes œuvres, & qu'ils glonfient votre père qui efl
aux cieux. L'âpreté des règles s'applanit par rkccoù-
tumance, & Tim^agination de ceux qui croient par
dévotion devoir s'y fcumettre , efl plus atrabilaire j
plus maladive , qu'elle n'efl ralfonnable & éclairée,
C'cfl une folie dé vouloir tirer gloire de fa cachette.
Mais il q{x à propos de fe livrer quelquefois à la fo-
litude , & cette retraite a de grands avantages ; elle
calme l'efprit, elle affure l'innocence, elle appaife les
pafïïons tumultueufes que le défordre du rnonde a
fait naître : c'eil l'infirmerie des âmes, di/ôit un hom-
me d'efprit. {D. J.)
Solitude , état de , (Droit naturel!. ) état oppofé
à celui de la fociété. Cet état efl cehii où l'on con-
çoit que fe trouveroit l'homme s'il vivoit abfolu-
ment feul abandonné à lui-même , & deflitué de
tout commerce avec fes femblables. Un tel homme
feroit fans doute bien miférable , & fe trouveroit
fans ccfîé expofé par fa foibleflé & fon ignorance à
périr de faim , de Iroid , ou par les dents de quelque
bête féroce. L'état de fociété pourvoit à fes befoins ,
& lui procure la sûreté , la nourriture & les douceurs
de la vie. Il efl vrai que je fuppofe l'état de paix & non
pas l'état de guerre , qui efl un état deflrufteur , bar-
bare , & direftement contraire au bonheur de la fo-
ciété. (/>./.) '
SOLIVE, f. f. (Charpen'..') pièce debois,debna
ou de fciage , qui fert à f(Jrmer les planchers ; il y ea
a de plufieurs groffeurs, félon la longueur de leur
portée. Les moindres yc>//Vt?5 font de 5 à 7 pouces da
gros; pour les travées, depuis 9 jufqu'à 1 5 pies. Les
folives de 15 pies ont 6 pouces fur 8 ; celles de 11 pies
ont 8 pouces fur 10; celles de 24 pies 9 pouces fur
"^ i I ; & celles de 27 pies 10 pouces fur 11: ces pro-
portions font générales dans toutes les /olives. Dans
"lesyô/ivcï ordinaires & celles d'enchevêtures, elles ne
font pas touc-;\-fait les mêmes, comme on le verra
dans la table fuivante,
Taùle des dimenjions des folives , eu égard à leur loft"
folives d'enchevêtures. folives ordinaires»
gucur.
longueur.
6 pies.
9
12
18
21
24
îrgeur.
5 pouces.
6
6
8
9
10
II
hauteur.
7 pouces,
7
8
9
10
il
12
largeur.
4 pouces
4
l
6
7
8
haut.
5 poui'
6
7
7
8
8
9
Les yô^'vM d'une grande portée doivent être liées
enfemble avec des liernes entaillées , &: pofées en tra-
vers par-defïïis, ou avec des étréfillons entre chacu-
ne. Selon la coutume de Paris, article 2 oiT, il n'y a
que les folives d'enchevêîure qu'on peut mettre dans
\\\\ mur mitoyen , & dans un mur même non mi-
toyen; mais elles doivent porter fur des fablieres*
On les pofe de champ ^ & à diflances égales A leur
h'iuteur : ce qui donne beaucoup de grâce A leur in-
tervalle. Le mot dcfolive vient du mot foluin^ plan-
cher.
Solive de brin yfoUve qui efl de toute la longueur
d'un arbre équarri.
Solive ds fciage^ fôfivc qui eft débitée dans un groî
arbre , fuivant fa longueur.
316
SOL
Solhc pnjf.mti , jolivi de bois de brin qui fait la
largeur d'un phinchcr (bus poutre. Celte folivc le po^c
lut les murs de refond, plutôt que fur les murs de fa-
ce , parce que ceux-ci en diminuent la lolidité , &
qu'elle s'y pourrit; & lorfqu'on cÛ oblige d'y poler
<los Jb/iycs ue cette cfpece , on la fait porter lur une
iabliere ibutcnue par des corbeaux.
So/ive d'cnchc\c:;ure , ce font les deux plus fortes/o-
lives (.V\m plancher , qui fervent à porter le chevetre ,
& qui font ordinairement de brin On donne aulTi ce
nom aux pluscourtcsyô/iv£5 qui font affemblces dans
le chcvctre. DuviUr. (Z>. ./.)
SOLIVEAU,!, m. (Charpem.') moyenne pièce de
bois d'environ 5 à 6 pouces de gros, plus courte
qu'une /c'/iv; ordinaire. (/?. X)
SOLKAMSKAIA, (Gco<;. wod.) petite ville de
l'empire rufllenjdans la province de Ferucie,lur ia
rivière d'Ufolska, qui un peu au-dcfibus fe joint au
Kama. {D. J.)
SOLLES , f. f. pi. {Hydranl.) font des pièces de
bois un peu épaifies,poléesde plat, qui fervent aux
empattemcns des machines ; on les nomme racincaux
quand elles Ibnt prcfaue quarrccs. (/v)
SOLLICITATION, f. f. terme relatif à tous les
moyens qu'on emploie pour obtenir un avantage
ou'il dénend d'un autre de nous accorder , ou de nous
reiuler.
Les foUîàtadons dans une affaire injufîe , font une
injure à celui à qui elles font adreffées ; on le prend
ou pour un fot , ou pour r.n fripon.
SOLLICITER , V. adL & n. (Gram,) c'efl prendre
toutes les voies nécefiaircs pour réuflir dans une af-
faire, dont le fuccès nous importe. On foUi:ite fans
. pudciîr ; onfoUlctc également une chofc jufto ou in
juftc; onfolliciu par foi-même & par les autres : on
ne rougit d'aucune forte de féduâion ; on fal/icitek
commettre une mauvaife afîion ; on foUiciu au plai-
iir; on fclluitc à l'évacuation.
SOLLICITEUR , f. m. (Gram. & Junfp^ de proàs^
ou joUicitii'r fimpîemrnt , efl celui qui donne fes
foins à la pourfuite d'une caufe , infiance ou procès
qui concerne un tiers.
On entend quelquefois par le terme de folliclta-
tlon, les infîances qui font faites auprès des juges en
leurs mailbns , pour obtenir d'eux ce que l'on de-
mande. Ces fortes de démarches & d'importunités
ibnt défendues avec raifonpar les ordonnances, fur-
îout lorfque l'on emploie de mauvaifes voies pour
capter les luffrages des juges.
Il n'efl pas cependant défendu de rendre à fes juges
l'honneur qui leur efl du , de les aller faluer chez eux,
& de leur demander l'audience ou l'expédition d'une
affaire de rapport; de leur donner les inflrudions &
cclairciffcmcns dont ils peuvent avoir befoin.
Lçs Jbilicitcursàe procès, c'efl-à-dirc ceux qui font
profefiion de fuivre des procès pour autrui , font re-
gardés d'un œil peu favorable , non pas qu'il y ait
rien de prohibé dans cette geflion , mais parce que
fouvent ils abufèntde leurs connoifTances & de leurs
talens pour vexer les parties ; & quelquefois pour
4icquérir eux-mêmes des droits litigieux. A'oye^
Droits litigieux.
Solliciteur di s restes, cnnommolt autrefois
ainli celui qui croit chargé de pourfuivre les compta-
bles pour les débets de leurs comptes : on l'appel-
le préientement contrôleur des rejUs. A^oyc^ Chambre
DES Comptes, & U mot Contrôleur général
CES restes. (^)
SOLLICITUDE, f. f. {Gramm>) foin pénible &
continu. Les hommes viventdans wnt JoHicitudc con-
tinuclle ; il y a des états pleins àe JoUicitudcs j on dit
fur-tout la follicitude pafforalc.
SOLLINGEN , {Géog. mod^ petite ville d'Alle-
jna^nc dans 1* cercle de Weftphalie , au duché de
SOL
Bcrg, fur la rlvlcre de Wiper. Long. 24. ic). latîtudi
CLaudthtrgc , l'un des premiers fedateurs de Def-
cartcs en Allemagne , naquit à Sollingzn en 1 612 , iJc
mourut en 1665. Ses œuvres ont été recueillies Se
imprimées à Amllerdam en 1691 , en deux volumes
/«-4'*. On en faifoit un grand cas avant qu'une meil-
leure philofophie eut été connue. (Z). /.)
SOLMiSSUS, {Géog. ar2c.) montagne de l'Afie
mineure dans l'Ionie. Strabon , /. XIK pag. 639.
la place au voifmage de la ville d'Edefle , au-deffus du
bois facré nommé Orrygia. 11 ajoute que pendant les
couches de Latone, les Curetas le tinrent fur cette
montagne , & que par le bruit de leurs armes ils
épouvantèrent Junon, qui par jaloufie chercholt à
miire à Latone. (Z). 7.)
SOLMS , comté df, , ( Gcog. mod. ) comté d'Al-
lemagne dans la Wétcravie. Il confine avec le haut
landgraviat de Mcffe , la principauté de DiUenbourg,
& la fcigneurie de BciUlein. La maifon de Solms , qui
poffede ce comté & pluficurs autres feigneuries , elt
une branche de la mailon de Nafîau. (Z>. /.)
SOLO , f. m. {Mufiijuc.') ce mot italien s'efl fran-
cifé dans la Mufique , & s'a])plique à une pièce ou à
un morceau de Mufique qui le chante à voix feule ,
ou qui fe joue fvir un feul inftrument, avec un feul
accompagnement de baffe ou de clavecin. Rien n'eft
fi beau qu'un yo/o de Tartini; mais pour l'entendre ,^
il faut d'autres oreilles que celles de Midas. (i')
SOLOCHO , ILES LES , {Géog. mod.) îles fur la
côte de Barbarie , au nombre de trois , appellées an-
ciennement Gœa , Po/itia &L Myjinos. Elles font dans
le golfe de Sidra, & environnées de fameux écueils
que les anciens nommoient la grande Syrte , &: qu'on
appelle aujourd'hui les Sèches de Barbarie. {D. 7.)
SOLOGNE, {Géog. mod.) en htm Seca/on ia on
Scgalo'iia ; pays de France compris dans le gouver-
nement de rOrléanois , qui ell au midi de la Loire.
On lui donne communément 25 lieues de longueur,
fur 1 2 de largeur. La Sologne ell arrofée de plufieurs
petites rivières , du Loiret, du Couffon, du Beuvron
& de la Sauldre. C'eltun pays diverfifîé par des bois^
des rivières, des prairies, & des terres labourables
qui produifent de fort bon feigle ; il s'y trouve aulîi
beaucoup de gibier, &: le vin qu'on en retire , donne
de la bonne cau-de-vie ; l'air qu'on y refpire n'eft
pas trop fain , & les eaux qu'on y boit font pefantes ;
en échange les laines de ce pays font eftimées , & fe
manufa£lurent en draps & en ierges. Romorentin efl
la capitale de la Sologne, f^oyei Romorentin.
SOLOKAMSKO , ( Géog. mod. ) ville de l'empire
ruffien , fur la rivière d'Ufolsko. Elle a été bâtie par
les Ruffes , & elle eu renommée par fes chevaux &
par fes falines. Seshabitans font en partie rufîes&en
partie tartares. (/?. /.)
SOLON , {Géog. anc.) ville des Allobroges , dont
parle Tite-Live. Elle eft nommée Solonium par Dion
CafTuis. {D. J.)
SOLONATES , ( Géog. anc ) peuples d'Italie ;
Pline, l. m. ch. XV. les met dans la huitième région*,
& le p. Hardouin croit que leur ville efl: aujourd'hui
Citta dil Sole. On trouve dans Gruter une infcrip-
tion ancienne, avec ces mots: Curatori Solonatium,
{D.J.)
SOLONIUS AGER , ( Geog. anc. ) champ ou
campagne d'Italie , dans le Latium. Tite-Live , liv.
Vlll. ch. xij. dit que les Antiates y avoient fait des
incurfions; ce qui donna occafion aux Romains de
prendre les armes contr'cux. Il efl aufïi parlé de ce
champ dans Cicéron. Divinat. liv. I. &C II. &C ad
Attit. l. II. épit. lij. & dans Plutarque , in Mario.
Ce champ Sobnius ., dit Cluvier, étoit entre les
fburces du Numicius 6c du Juturna , & entre les vil-
les Sabdlum ik, Pairica , où Ibnt aujourd'hui les lieuJî
SOL
S. Abrocolo , Torre ruaggiori , Carqueto. On ignore ,
ajoute Clavier , l'origine de ce mot Solonius ; on
doit néanmoins conjedturer que c'eft un dérivé , puif-
qiie la mailon de campage de C. Marius, & celle de
Cicéron , font aulfi appellées Filla Solonium. (Z>. /.)
SOLOON , omis , ( Géog. anc. ) fleuve de l'Afie
mineure , dans la Bithynie : Plutarque en parle dans
la vie de Thélée. Un certain Menecrates , dit-il , a
écrit dans une histoire qu'il a faite de la ville de Ni-
cée en Bithynie, que Thélée emmenant avec lui An-
tiope, iéjourna quelque-tems dans ce lieu-là ; parmi
ceux qui l'accompagnoient , il y avoit trois jeunes
athéniens qui étoient frères , Ennée , Thoas & So-
loon; le dernier étant devenu amoureux d'Antiope,
découvrit fon fecret à un de lés frères , qui alla fans
différer parler de fa pafTion à cette reine ; elle rejetta
fort loin ies proportions , & du refte , elle prit la
chofe avec beaucoup de douceur & de fageffe , car
elle ne fit aucun éclat, & n'en découvrit rien à Thé-
fée ; Soloon au defefpoir fe jetta dans un fleuve où
iJ fe noya ; Thélée averti de cette avanture , en fut
très-faché ; & la douleiu" qu'il en eut , le fit reflbuve-
nir d'un oracle que la prêa"efl"e d'Apollon lui avoit
rendu autrefois à Delphes, par lequel elle lui ordon-
noit que , quand il fe trouveroit en terre étrangère,
il bâtît une ville dans le lieu où il feroit le plus trifte,
& qu'il en donnât le gouvernement à quelques-uns
de ceux qu'il auroit à la fuite ; Théfée bâtit donc ii\
une ville, qu'il nomma Pythiopolis , donna au fleuve
qui coule tout auprès , le nom de Soloon , en mémoire
du jeune homme qui s'y étoit noyé , & laifla dans
la place fes deux frères pour gouverneurs. {D. J. )
SOLOR , ( Géog, mod. ) île de la mer des Indes ,
au midi de celles des Célebes- Les Hollandois l'en-
levèrent aux Portugais en 1 6 1 3 . Ils en tirent du bois
de Santal , & des vivres pour les Moluques. Cette
ile a un roi particulier. Elle efi: fituée à l'occident &
à deux lieues de celle de Timor. Long. /40. lat'u. mé-
ridionale S.
SOLORIUS MONS , ( Géog. anc. ) montagne
d'Efpagne. Piine , /. ///. c.j. la compte au nombre de 1
celles qui féparoient l'Efpagne tarragonnoife de la
Bétique , & de la Lufitanie. Ifidore , Hv. XIF. orig,
c. viïj. qui en fait la plus haute montagne de l'Efpa-
gne, l'appelle Soluùus mons. C'eft aujourd'hui, fé-
lon le père Hardouin , Sum de Los Fcnicntcs. ( D. /.)
SOLOS , f. m. {Gymnaj}.) trcXcç , efpece de palet
avec lequel les anciens s'exerçoient ; il ne différoit
du difque que par fa figure fphérique. Potjer , archœoL
grœc. tom. Lp. 44;^.
SOLSONA , {Géog. mod.) ville d'Efpagne , dans la
Catalogne , à deux lieues au nord de Cardona , près
duCardonero, fur une hauteur. E'ie a un évêché
iiiffragant de Tarragone, fondé par Philippe IL avec
4000 ducats de revenus. Les uns veulent que cette
ville folt l'ancienne Cereflus, & d'autres l'ancienne
Caléa. Long. 1^. 14. lat'u. 41. Sz. {D.J.)
SOLSTICE , f. m. en Jfironomie , efi: le tems où le
folcil efl dans un ^cs points folftitiaux, c'eft-à-dire,
où il ell à la plus grande diflance de l'équatcur , qui
ell d'environ 23 degrés 7 ; on l'appelle ainfi quu^ à
foie fiante i parce que le foleil quand il eft proche du
fol/hce , paroît durant quelques jours avoir à-peu-
pres la même haïueur méridienne ; & que les jours
avant &: après \ii foljUce , l'ont fcnliblement de la mê-
me grandeur , comme fi le folcil relloit ÇJlaret) dans
le même parallèle à l'équateur. Cela vient de ce que
la portion de l'écliptique que le foleil décrit alors
pendant quelques jours , eft prefque parallèle h l'é-
quateur. C'eft de quoi on le convaincra facilement
«n jettant les yeux iur un globe.
Il y a deuxfolflices chaque année , \cfolJlicc d'été
& Icjbl/fice d'hiver.
Le joljiice d'été arrive quanti le foleil cft dans le
SOL
327
tropique du cancer,ce qui tombe au 2.1 Juin, auquel
tems les jours font les plus longs de l'année.
Lejol/lice d'hiver arrive quand le foleil entre dans
le premier degré du capricorne , ce qui arrive vers
le 21 de Décembre , quand il commence à revenir
vers nous , & que les jours font les plus courts.
Ceci doit être entendu feulement pour notre hé-
mifphere feptentrional , car pour l'hémifphere méri-
dional , l'entrée du foleil dans le capricorne fait le
fol/lice d'été , & fon entrée dans le cancer fait iefol-
fice d'hiver.
Les points à^sfolftices font les points de l'éclipti-
que vers lefquels le foleil monte ou defcend en s'é-
loignant de l'équateur, mais au-delà defquels il ne va
point. fVye^ÉCLlPTiQUE.
Le premier point qui eft dans le commencement
du premier degré du cancer eft appelle le point d'été,
& l'autre qui eft dans le commencement du premier
point du capricorne , le point d'hiver. Les points des
folficcs font diamétralement oppofés l'un à l'autre.
Colure des JblJIices, eft celui qui pafTe par les points
des JolJIices. f^oye^CoLURE.
Les points des fol/lices rétrogradent ainfi que les
point des équinoxes. Car les points des foljli ces font
toujours à 90 degrés des points des équateurs. Foyei
Précession. (O)
SOLTA , ( Géogr. mod. ) île du golphe de Venife,
fur la côte de la Dalmatie , entre la ville de Tran &
l'île de Lézina , près de Spalatro. Cette île étoit nom-
mée par les anciens , Olynta , Soloentia & Bolentia.
Elle appartient à préfent aux Vénitiens , & on lui
donne trente milles de tour , mais elle eft prefque de-
ferte à caufe de fa flérilité. {D. 7.)
SOLTAN ou AL-SOLTAN, ( Hifl. des Arabes.^
première dignité chez les Arabes. Les hifloriens
orientaux nous apprennent que Mahmud Gazni, fils
de Sabektekin , fut le premier à qui Khalef , fils d'Ah-
med , gouverneur du Ségiftan , donna ce titre. Ce
fut alors qu'on le fubftitua au titre d'émir^ qui juf-
ques-là avoit été conftamment en ufage.
Le mot defolian eft commun à la langue chaldaï-
que , fyriaque & arabe , & fignifie roi , pririce , fei-
gneur , empereur. Les princes des Dynafties , qui ont
procédé celle des Gaznévides , comme des Thahé-
riens , des Sotfariens , des Samanides , des Deyla-
mites , ne portoient que le titre d'émir; mais les Gaz-
névides , les Khowarafmiens , les Selgiucidcs , & les
princes mahométans qui font venus depuis , ont gé-
néralement porté le titre defoltan owfuUan. Aujour-
d'hui encore c'eft celui que prennent plufieurs prin-
ces mahométans d'Afie & d'Afrique ; aufïï bien que le
grand-fcigneur. Foye^ Sultan. (Z?. /.)
SOLTHOLM , ( Géog. mod. ) petite île de Da-
ncmarck , au milieu du Sund , à la hauteur des villes
de Coppenhague , & de Malmoé.
^OLT^EDEL, {Géog. mod.) c'efl-à-dire la val-
lée du Soleil ; petite ville d'Allemagne, dans la vieille
marche de Brandebourg , fur la rivière d'Ietze. On
prétend que Charlemagne fit bâtir cette ville des rui-
nes d'un ancien lieu qu'on appelloit HcliopoUs , &
qu'il fit abattre la ftatue du Soleil qu'on y adoroit.
Long. 29. 22. latit. S;^. G. {D. J.)
SOLVABILITÉ , f. f. {Gram. & Jurifprud.) eft la
puifTance où quelqu'un efl de payer & acquitter ce
qu'il doit , c'eft-à-dire , lorfqu'il a allez de biens pour
le taire. ^<7yc{ Solvable & Insolvabilité. (^)
SOLVABLE , adj. {Jurifprud.) à folvendo , cil
celui qui eft en état de payer , qui a de quoi répon-
dre d'une dette. Un gardlenyô/iv;/'/; eft celui qui a
de quoi répondre des meubles laides à fa garde. Ce
terme efl oppofé à celui d'injblvuble. Foye^ SOLVA-
BILITÉ. {A)
SOLUBLE , adj. (Gram.) qui peut fe refoudre.
328
SOL
La queftion que vous me propofez efi: dlfHcile ; mais
je la crois Jblul'ii.
SoLt'BLE, aclj. (^Gram.) qui peut fc difiouclrc.
Cette lubllaiicc erty^''''^'''''^ «-l'ins l'eau ; cette autre ne
l'eft que dans l'efprit-de-vin.
SOLFENSE OPPlDUxM , {Gcog. anc, ) ville du
Noriquc , Pline , /. ///. c xxlv. la furnomme FLa-
viutn , ce qui t'ait voir qu'elle étolt colonie romaine.
Gruter rapporte une ancienne infcription trouvée à
Hermanlhid , & fur laquelle on lit ces mots ^PL Sol-
ya. On croit que c'ell à préfent Solfedt dans la Ca-
rinthie. J'ai vu , dit Ortclius , Thcj\ entre S. Weit &
Clagenfurt , deux petites villes de la Carinthie , fi-
tuées dans l'étendue de l'ancien Norique , une cam-
pagne f'pacieule , couverte de ruines , & où l'on
trouve d'anciens tragmens de marbre , des médailles
& d'avitres monumcns d'antiqidté. Les habitans du
pays appellent ce lieu Solvddt , comme qui diroit U
champ de fol. Ce pourroit être la ville Solva , dont
fait mention la notice des dignités de l'empire.
Edouard Brown , dans l'on voyage de Fienne ^p. ly^.
cil de ce l'entiment.
Les Romains y envoyèrent autrefois une colonie
fous le nom de colonla Solvenjîs. On croit que Sol-
venfi-oppidnm ell aujourd'hui Splfeld ou Solveld ^
bourgade de la baffe Carinthie , entre S. Wcit &:
Clagenfurt. (Z>. /. )
SOLUS , (G(og. anc.) ville de Sicile , félon Pline ,
l.III.c.viiJ. Lcshabitans de ce lieu font appelles 5c;/«/2-
tini parCiceron, & la ville fe nomme cncove So/unco
onSoliinto. Solus eft encore le nom d'un promontoire
de la Lybie , fur la côte de la mer Atlantique , félon
les périples d'Hannon & de Scylax. Il y avoit ?.u fom-
met de ce promontoire tout couvert d'arbres un
temple dédié à la Vengeance & à Neptune. (Z>. /.)
SOLUTION, f. f. en Mathématique , eflla réponfe
à une quellion , ou la réfolutlon de quelque problè-
me propofé, FqyeiRÉsoLVTiON , Problème , 6-c.
Solution , f f. en Fhyjîque , efl: la rédudion d'un
corps lolide & ferme à un état fluide , par le moyen
de quelque menflrue. Voye^ Menstrue.
On confond quelquefois la. Jblution avec ce que
nous appelions autrement dijjolution ; cependant ce
n'ell pas la même chofe , du -moins à tous égards.
Foyei Dissolution.
Solution de continuité fe dit de l'état d'un corps
dont les parties ne font phis continues , & font fé-
parées les unes des autres ; par exemple , fi on fait
un trou au milieu d'une table , on dit alors qu'il y a
foluiion de continuité dans les parties de cette table.
Solution de continuité eft un terme dont fe
fervent les Chirurgiens , pour exprimer un dérange-
ment qui arrive dans les parties du corps , par lequel
leur cohéfion naturelle ell détruite , comme par une
blelTure ou autre caul'c. Foye?^ Continuité.
La folution de continuité ell une divifion , défunion
ou féparation des parties continues , c'efl-à-dire des
parties folidcs du corps. On lui donne un nom par-
ticulier , luivant la nature de la partie , la différence
de la caufe ou la manière de l'application , comme
plaie , rupture , fradure , piquure , ouverture , con-
tufion , ulcete , corrolion , diîacération , exfoliation,
carie , &c. Foyei Blessure , Rupture , Frac-
ture, &c. {Y)
Solution , {Chimie.') Vàfolution des corps en gé-
néral ell ou radicale ou lupcrficiclle. Nous difons
qu'elle ell radicale lorlque la compolition du corps
dill'ous efl: entièrement détruite , &c qu'il eft par con-
fcquent décompolé dans les élémens , 6c en parties
totalement dillunilaires. Nous dllons au contraire
qu'elle ell luperficielle, lorlque les molécules qui
compofent ce corps font funplement féparées,& que
ce corps ell conféquemmcnt divilé en parties fmii-
laires îk trcs-Hncs.
SOL
Nous avons difrerentes obfervations à faire fur la
folution , les corps ;\ diflbudre , les mcnllrues ou les
dilTolvans , & les dilTérens moyens dont on fe fert
pour les diffolutions ; tous les corps folides , les a<^-
grégats , les mixtes , les compolés & les décompo-
lés, quelques liquides & demi-liquides , par exem-
ple , les huiles, les baumes liquides naturels, &c.
l'ont des corps que l'on difTout. On divife les menf-
trues en général , en aqueux , falins acides , falins al-
kalis fixes &: volatils , inflammables , fpiritueux 6c
huileux , & en mixtes , par exemple , en aqueux-in-
flammables , acides-inflammables , falés-inflamma-
bles & falés- aqueux. Quelques-uns joignent à ces
menllrues généraux un menllrue univerlel ; cepen-
dant on doit le mettre , comme j'en ai averti ci-de-
vant , au nombre des êtres imaginaires.
Les mcnllrues aqueux , tels que font l'eau fimpîe
de fontaine & de rivière , l'eau de pluie & la rofée ,
les eaux pures diftillées , & différens phlegmes, dif-
folvent les fels fur-tout , les mucila'ges , les gelées
& les concrétions 2;ommeules. Les menllrues falins
acides , par exemple , l'huile & l'efprit de vitriol ,
l'efprit de fel , de nitre , de vinaigre , de fucre , de
màel , le vinaigre fimple & diflillé , &c. font propres
à dilToudre les corps terreux , pierreux , métalliques
& demi-métalliques ; les falins alkalis au contraire ,
comme le fel de tartre , les cendres gravelées , le ni-
tre fixé , l'alkahefl de Glaubert , l'huile de tartre par
défaillance, l'efprit aqueux defelammoniac, é-c. peu-
vent diflbudre les corps fulphureux , huileux, onc-
tueux, gras, &c. & enfin les inflammables fpiritueux,
comme l'elprit-de-vin le mieux reftifié, & les autres
efprits de cette nature brifent les foufres minéraux ,
néanmoins un peu contraints par les alkalis falins , de
même que les concrets bitumineux , camphrés & ré-
fineux , les huiles éthérées , &c. & chargent leurs
pores des molécules divilées de ces corps. Pour ce
qui efl: des mixtes & des menllrues compofés , tels
que le vin,refprit-de-vin alkalifé,la liqueur aqueufe
& vineufe de la terre foliée de tartre , l'efprit vineux
de fel ammoniac , 6'c, il efl facile de connoître & de
déterminer la faculté qu'ils ont de difl'oudre par celle
de leurs fimples menflrues , & par la raifon fingu-
liere de leur mixtion & de leur compofition.
Les moyens dont on fe fert avantja dilfolution ,
ou pendant qu'elle fe fait , fe réduifent à la tritura-
tion , à la commixtion , à la diflTedion , à la flilion,
la digcflion , la coftion , la dillillation , la cohoba-
tion , &c.
On doit rapporter l'extraûlon à Iz. folution , com-
me en étant une efpece la plus ufitée. En effet on en
fait ufage toutes les fois qu'il ell queflion de difl'ou-
dre telle ou telle lubflance adive dans les corps com-
polés , & de la féparer des autres parties. On pré-
pare par le moyen de Iz. folution & de l'extradlioii
non-feulement différentes teintures , les effences ,
les élixirs , les baumes liquides , les infufions , les
extraits , les mucilages & les gelées ; mais fort fou-
vent on fait paffer ces corps par la diffolution pour
les faire cnluite paffer par des précipitations, des cal-
cinations , OC d'autres opérations. Boerhaave, Chimie.
Solution , (Jurifprud.) fignifîe quelquefois/;^_y^-
ment , quelquefois il le prend pour décifwn , comme
quand on dit \di folution d'une quellion ; quelquefois
enfin il fignifîe ceffation de quelque choie , comme
dans les procès-verbaux des chirurgiens , lori'qu'ea
parlant d'une plaie ils difent qu'il y ^folution de con-
tinuité , pour exprimer que les chairs font ouvertes
&: féparées. (^)
SOLWAY , (Gcoor. mod.) en latin Ituna: , Mflua-
rium , golfe de la grande Bretagne , fur la côte occi-
dentale de l'Ecoflé , vers les confins de l'Angleterre.
Ce golfe efl fort couvert de bancs de fable, ôcfert
de
s O M
de réparation entre la grande Bretagne & l'EcofTe.
Sur la pointe de terre qui elt à riffue du golfe , on
voit une petite place nommée Bulnejfe ; ce n'eft au-
jourd'hui qu'un village ; autrefois c'étoit une ville
qve les Romains appelloient Blatum-Bulgium ^^^wx.-
êtredu mot gaulois bulch^ qui fignifîeyè/j^ri///o/7, parce
qu'alors ce lieu étoit la tête d'une muraille que les Ro-
mains élevèrent le long du rivage , julquc près de
Carliile ; lorfcjue la mer efl baffe , on en voit encore
quelques ruines. Il y avoir auffi dans cet endroit un
port que la nier a inlenfiblement comblé par le fable
qu'elle y a jette. ( Z>. /. )
SOLYMES, LES ,5'o/v?72/ , {Géog. anc) peuples
de l'Afie mineure dans la Lycie , félon Hérodote, qui
veut que lesMiliens ayent été autrefois appelles So-
lymi ; mais Strabon place les Solymcs dans la Pifi-
die. De fon tems on voyoit encore près de Termeffe
dans la vallée de Bellérophon qui avoit dompté les
Solymes.y le tombeau de fon fils Ifandre, tué dans le
combat. Pline , /. K c. xxx. dit qu'Eratoflhene comp-
toir les Solymes au nombre des peuples de l'Afie qui
fe trouvoient éteints. Il y avoit une colline de l'Afie
mineure dans la Pifidie , au-dcffus du promontoire
Termefïïen , qui portoit le nom de Soly me , Solymus
collis. Héfychius nomme auffi Solymi des peuples de
la Scythie. {D. J.)
SOMACHE , voyei Saumache & Saumatre.
SOMASCO , ( Géog. mod. ) petite ville ou plutôt
bourg d'Italie , fur les frontières du Milanez & du
Bergamafque , au diocèfe de Milan. Ce bourg a don-
né l'origine & le nom à la congrégation des clercs
réguliers qu'on ?i^^t\\Q fomafques. Cette congréga-
tion commença en 1 528 , & fes clercs furent mis en
1568 au nombre des clercs religieux (bus la règle de
S. Auguftin. Ils fleuriffent en Italie. {D. J.)
SOMASQUE , f. m. {Gram. & Hijl. eccUf. ) reli-
gieux de la congrégation de S. Mayeul ; ils lont fous
la règle de S. Auguitin. Ik ont été appellés/c)/n^y^««
du lieu de leur chef-d'ordre Somaque, ville fituée en-
tre Milan & Bergame.
SOMBRE , ad). (Gram.') qui n'eft pas affez éclairé
de la lum.iere du jour, & où l'on a peine à difcerner
les objets. On dit un Y\e\\ fombrc , un tems fombre ;
& au figuré, une hwmQwr J'ombre , un homme fombre,
un air Jbmbre.
SOMBRER sous voiles, {Marine.) onfe fertde
cette expreffion , lorfqu'un vaiffeau étant fous voiles,
efl: renverfé par quelque grand coup de vent , qui le
fait périr & couler bas.
SOMBRERAS, île de , ( Géog. mod.) île d'Afri-
que , au nombre de trois , fur la côte de Guinée, au
fud de la baie de Ste Anne ; elles produifent du vin,
de l'huile , du coton , du bois rouge pour la teinture,
& des cannes de fucre. {D. J.)
SOMBRERO , ÎLE DE, {Géog.rnod.) petite île
qu'on range au nombre des Vierges à l'orient de S.
Jean de Portorico. Cette île , quoique fous la domi-
nation des Efpagnols , n'eft fréquentée que par des
pêcheurs ; elle eft ronde , plate far fes bords , & re-
levée dans fon milieu par une montagne ronde ; la
reffemblance qu'elle a avec un chapeau dont les
bords font rabattus lui a fait donner le nom de Sorn-
tréro, qui en efpagnol fignifie chapeau.
SOMBRIÉRO , LE MONT , ( Géog. mod.) monta-
gne d'Afrique dans la baffe Ethiopie , au pays de Ben-
guela , & au couchant de là baie de ce nom. Elle eft
plate , & nommée par cette raifon Klap-mats par les
Hollandois , parce qu'à la voir de loin , elle imite en
figure un bonnet de prêtre ;\ trois angles. (Z), /. )
SOME , f. f. ( Marine chinoife. ) vaiffeau dont les
Chinois fe fervent pour naviguer fur mer , & qu'ils
nomment tchouen. Les Portugais ont appelle ces for-
tes de vaiffeaux foma , fans qu'on fâche la raifon de
cette dénomination.
Tome Xr.
S O M
319
Les fomes ( car nous avons francifé le mot portu-
gais ) , ne peuvent point fe comparer à nos vaiffeaMX
européens , ni pour l'art de leur conftrudion , ni
pour leur grandeur, puifqu'ils nej portent guère au-
delà de deux cens cinquante tonneaux , 6c s'il eiî
Vx-ai que la connolffance de la navigation foit fort
ancienne chez les Chinois, il eft certain qu'ils ne l'ont
pas plus perfeftlonnée que leurs autres fciences.
Leurs tchouen ou fomes ne font à proprement par-
ler que des barques plattes à deux mâts : ils n'ont
guère que 80 à 90 pies de longueur ; la proue cou-
pée & fans éperon , eft relevée en haut de deux ef-
peces d'ailerons en forme de corne , qui font une fi-
gure affez bizarre ; la poupe eft ouverte en-dehors ,
parle milieu, afin que le gouvernail y foità couvert
des coups de mer ; ce gouvernail qui eft large de 5
à 6 pies, peut s'élever &s'abaiffer parle moyen d'un
cable qui le foutient fur la poupe.
Ces vaiffeaux n'ont ni artimon, ni beaupré, ni
mâts de hune ; toute leur mâture confifte dans le
grand mât & le mât de mifaine , auxquels ils ajou»
tent quelquefois un fort petit mât de perroquet, qui
n'eft pas d'un grand fecours ; le grand mût eft placé
affez près du mât de mifaine, qui eft fort fur l'avant ;
la proportion de l'une à l'autre , eft communément
comme 2 à 3. & celle du grand mât au vaiffeau , ne
va jamais au-deffous , étant ordinairement plus des
deux tiers de toute la longueur du vaiffeau.
Leurs voiles font faites de natte de bambou ou d'u-
ne efpece de cannes communes à la Chine , lefquel-
les fe divifent par feuilles en forme de tablettes , ar-
rêtée dans chaque jointure , par des perches qui font
auffi de bambou ; en-haut & en-bas font deux pie-
ces de bois : celle d'ea-haut fcrt de vergue : celle d'en-
bas , faite en forme de planche, & large d'unpié
& davantage , fur cinq à fix pouces d'épaifléur, re-
tient la voile lorfqu'on veut la hiffer, ou qu'on veut
la ramaffer.
Ces fortes de bâtimens ne font nullement bons
voiliers , ils tiennent cependant mieux le vent que
les nôtres , ce qui vient de la roldeur de leurs voiles ,
qwi ne cèdent point au vent ; mais auffi comme la
conftrudion n'en eft pas avantageufe, ils perdent à
la dérive l'avantage qu'ils ont lur nous en ce point.
Ils ne calfatent point \e\xrs fomes Se autres vaiffeaux
avec du goudron comme on fait en Europe ; leur
calfas eft fait d'une efpece de gomme particulière , &
il eft fi bon qu'un feul puits ou deux , à fonds de ca-
le du vaiffeau , fuftit pour le tenir fec. Jufqu'lci ils
n'ont eu aucune connolffance de la pompe.
Leurs ancres ne font point de fer comme les nô-
tres ; elles font d'un bois dur & pefant , qu'ih appel-
lent pour cela tie mou , c'eft-à-dire bois de fer. Ils pré-
tendent mal-à-propos que ces ancres valent beau-
coup mieux que celles de fer , parce que , difent-ils ,
celles-ci font fujettes à fe fauffer , ce qui n'arrive pas
à celles de bois qu'ils emploient : cependant , pour
l'ordinaire , elles font armées de fer aux deux extré-
mités.
Les Chinois n'ont fur leur bord ni pilote , ni maî-
tre de manœuvre ; ce font les feuls timonnlers qui
conduifent lu fome , & qui commandent la manœu-
vre. Il faut avouer néanmoins qu'ils font affez bons
pilotes côtiers .mais mauvais pilotes en haute mer;
ils mettent le cap lur le rumb qu'ils croient de\ oir
faire , & fans s'embarraffer des élans du vaiffeau , ils
courent ainfi comme ils le jugent à propos, f^oyei de
plus s;rands détails dans Vhiftoin de la Chine, du père
duHalde. {D.J.)
SOMEN , ( Géogr. mod. ) lac de Stiede , dans la
Gothie. Il fe décharge dans le fleuve Motala , à l'oc-
cident de Lindkoplng. CD. J.)
SOMERTON , (Géog. mod. ) c'eft-à-dire ville
d'été, Sommcr's-iown ; ce n'eft cependant qu'un bourg
Tt
330
S O M
à marché d'Ano;lcterre , dans le Sommerfet-sliiie , ;\
la droite de rivell , h quelques milles au-defTus de
l'endroit oii cette petite rivière le jette dans le Par .-et ,
&C qu'on nomme Ivel-rnouth ; mais Sommerton étoit
anciennement une ville importante , qui a donne
fon nom ù la province ; aufli les rois de Weftlex y
avoient établi leur relidence. Il n'eftà prélcnt con-
lidérable que par la grande foire des bœufs qui s'y
tient , depuis le dimanche des rameaux , jufqu'au
premier de Juin. {D. J.)
S(3MMA , ( Giogr. mod. ) bourgade d'Italie, au
rovaume de Naples , dans la terre de Labour, au
fommet du mont Véfuve, qiû en prend le nom de
monu-dï- Somma , quoique certains auteurs veuillent
que le nom de Somma-^xX été donné au mont Véfuve,
à caufe de l'excellence des fruits & des vins qu'il
produit , ou à caufe de fa hauteur. ( Z>. /. )
SOMMAGE , f m. (^JurifpruJ.')' xcrmQ qui fe
trouve dans quelques coutumes , 6l qui fignifie le
fervice de cheval àfomme, qui efl dû au leigneur
foncier, f'oj'f^ l'ancienne coutume de Normandie,
ch. xxxiv. Ferrier , /. K ch. ij. la coutume de Lor-
raine , lit. 8. art. i. ( y^ )
SOMMAIL, f. m. ( Marine.) c'efl une baffe, f^'oyei
Basse.
SOMMAIRE , f. m. ( Lutcrat. ) abrégé qui con-
tient en peu de mots la fumme ou fubltance d'un cha-
pitre , d'un traité, d'un ouvrage , <S'c. Foy^:;; Abrégé.
Le fommairc qu'on met à la tête d'un livre , d'un
chapitre , d'une loi , &c. eft utile au le£leur , pour
lui donner une idée générale , & lui faciliter l'intel-
ligence de ce dont il s'agit. Les fommaircs font fur-
tout néceffaires dans les hiftoires , pour préfenter
fous un coup d'oeil abrégé, & indiquer les principaux
événemens. f^oye-^ Argument.
Il y a cette diifércnce entre un fommaire & une ré-
capitulation , que celle-ci eft à la fuite,ou à la fin des
matières , & que le fommaire doit les précéder.
Sommaire, (^Jurifprud.') fe dit de ce qui eft bref,
& dont l'expédition eft prompte.
Les imneres fommaires font celles dont l'objet eft
léger , & dont l'inftruûion eft Jommaire , c'eft-à-
dire , funple &: prompte. Foye^ Matières som-
maires. ( ^ )
Sommaire, imprimer en ^ (^ Imprimerie. )'impr\-
mer çn fommaire eft lorfqu'un titre un peu long , eft
difpofé de façon que la première ligne avance de
deux ou trois lettres , tandis que les fuivantes font en
retraite , & ont chacune un quadratin au commen-
cement. Ce mot fe dit par oppofition à cul-de-lampe ,
dont les lignes vont en diminuant de part & d'autre.
(^D.J.)
SOMMATION , f. f. {Gram. & Jurifprud. ) eft un
acte par lequel on interpelle quelqu'un de dire ou
-faire quelque chofe.
Les huiftiers font Ats fommations de payer , de re-
mettre des pièces, &c.
Les procureurs font Aesfommations de donner co-
pie de pièces , de fournir de détènfes , de Satisfaire
à un règlement, de venir plaider, &c.
Sommation respectueuse eft un afte fait par
deux notaires , ou par un notaire en préfence de deux
témoins , par lequel , au nom d'un enfant , ils re-
quièrent fes père & mère , ou l'un d'eux , de con-
fentir au mariage de cet entant.
On appelle ces fortes éefommations , refpeclueufes ^
parce qu'elles doivent être taites avec décence , &
fans appareil de juftice; c'eft pourquoi l'on y em-
ploie le miniftere des notaires, & non celui des huif-
iicrs.
(Z^s fommaiions ne peuvent être faites qu'en ver-
tu d'une permiftion du juge , laquelle s'accorde fur
requête , l'objet de c^fommatiorzs de la part de l'en-
fant , eft de fe mettre à couvert de l'exhérédation
S 0 M
que fes père & mère pourroient prononcer contre
lui , s'ill'cmarioit fans leur confentement.
Mais pour c\\\e ctsfommaciorjs produisent cet effet,
il faut que l'enfant foit en âge de les faire , & qu'il
ait trente ans , ft c'eft un garçon , ou vingt-cinq ans,
fi c'crt une fille.
L'entant qui confent de courir les rifques de l'ex-
hérédation , peut fe marier à 15 ans , fans requérir
le consentement de fes père &C mère. fq)'e{ l'arrêt
de règlement , du 27 Juillet 1692, au Journal des au-
diences. ( ^)
Sommation, en guerre , fommer une place , c'eft
envoyer un tambour , ou un trompette ordonner au
gouverneur de fe rendre ; finon lui protefter qu'on
donnera l'affaut , & qu'on mettra tout à feu & à
fang.
SOMME , SOMMEIL , ( Gram. & Synonym. ) il
y a quelquefois de la différence entre ces deux mots.
Somme fignifie toujours le dormir , ou Pefpace du
tems qu'on dort. Sommeil le prend quelquefois pour
l'envie de dormir : on eft preffé du/ow/z/tr/Y en été,
après le repas ; on dort d'un profond fomme après
une grande fatigue.
Cefl-là que le prélat muni d'un déjeuner ,
Dormant d'un léger fomme , attendait le dîner.
Boileau.
Sommeil a beaucoup plus d'ufage & d'étendue que
fomme. On dit poétiquement de la mort , que c'eft
\in fommeil de fer, parce que le /èwTOfi/ eft l'image
de la mort. Ce mot fignifie au figuré , ^indolence 6c
Vinfcnfibilité ; l'oubh de la religion & de la vertu , eft:
un fommeil funefte. ( D. J. )
Somme la , ( Géog. mod. ) en latin vulgaire So-
mona; rivière de France en Picardie , qu'elle tra-
verfe prefque toute d'orient en occident , où elle
prend fa fource , au lieu nommé Fonfomme , & après
avoir arrofé plufieurs villes , elle va fe jetter dans la
Manche , entre le Crotoi & S. Valéry. {D. 7.)
Somme, f. f. en Mathématique ^ figaine la quantité
qui réfulte de l'addition de deux ou plufieurs gran-
deurs, nombres , ou quantités jointes enfemble. Foy.
Addition.
On l'appelle quelquefois total , & en algèbre on
l'exprime quelquefois par la lettre f, qui fignifie
fomme.
La fomme d'une équation eft l'affemblage de tous
les termes d'une équation ; lorfque le nombre abfo-
lu , ou terme tout connu, étant tranfporté d'un cô-
té à l'autre avec un figne contraire , le tout devient
égal à zéro ; en forte que zéro eft un des membres de
l'équation , comme dans cet exemple, .r' -\- -^ x —
3=0. Delcartes appelle jc - 4- 5 jc — 3 , la fomme de
■ l'équation propofée , & c'eft fous cette forme que
l'on confidere ordinairement les équations. Foy^[
Equation. ( O)
Somme , f. f. ( Comm. d argent. ) ce mot fe dit d'u-
ne certaine quantité , par exemple de livres, fols,
& deniers , que l'on reçoit, & dont on fait paye-
ment; iur les livres & dans les comptes des mar-
chands , les fommes fe tirent en lignes , fur la mar-
ge à droite , en chiffre commun , en arabe ; on ap-
pelleyôwwe; totale , celle qui provient de l'addition
de plufieurs petites yo/''i/«e5. Irfon. (Z?. /.)
Somme , f. f. ( Cloutefie.) ce terme , dans le né-
goce de la clouterie , exprime en un feul mot , une
certaine quantité de milliers de clous ; toute la bro-
quette , îi la referve de la groffe broquette eftampée,
ou à têt e emboutie, & toutesles autres fortes de clous,
qui font du nombre de ceux qu'on appelle clous lé-
gers, même quantité de clous , dit cbus-au-poids y
lé vendent à la fomme quand on les vend en gros;
Xà fomme eft de douze milliers de compte ; les bro-
s O M
miettes eflaiYipces , de tous les grands clous , fe ven-
dent au compte. Savari. (Z>. 7.)
Somme haute , ( Comm. marïtbn:. ) eu matière
de commerce de mer , on appelle /o/?//;:^ haute, la
dépcnCe qui ne concerne ni le corps du navire , ni
les vi£^uailles , ni les loyers des hommes ; mais ce
qui s'emploie au nom de tous les iiitérelîcs , pour
l'avantage du deffein qu'on a entrepris. Les mar-
chands en fournilîent ordinairement les deux tiers ,
& l'autre tiers i"e paye par le maître du navire. Dici.
du comm. (Z>. /.)
SoM?/îE , (Aïd/<r<.7z(?/.) fardeau qu'on met fur un
cheval , &: qui cH auiîl pefant qu'il peut le porter.
Cheval de foni'ne elt celui qui efi deftiné à porter la
fomme.
Somme de verre , ( Verrtrh ) wno. fomme Ac ve"--
Ti , cil un pannier de verre propre aux vitriers , qui
renferme vingt-quatre plats , ou pièces de verreron-
àes , d'environ deux pies de diamètre , qui font la
charge du crocheteur ; on peut tirer d'une /o-nwe de
verre , 90 ou 95 pies quarrés de vitrage. (^D. J.^
S O M M É , adj. terme de Blaj'on , ce mot fe dit de
cette ramure du cerf dont on charge les ccus, où l'on
met quelquefois des corps fans nombre, & où quel-
quefois on les compte. On dit anffi fommé de tout ce
qui eft au fommet de quelque choie , comme une pe-
tite tour au fommet d'une grolfe ; ce qu'on appelle
autrement donjonné. N. porte de fable à une tour d'or
fonimèe de trois flammes de gueules, o\\ fomméc d'une
étoile , d'une hache , &c. cependant on dit plus com-
inunément //^'■/«o/z^t/. Ménejlrler. (^D.J.')
SOMMÉES , f. f. pi. terme de Fauconnerie , fe dit
des pennes du faucon qui ont entièrement pris leur
croît ; on dit les pennes de cet oifeau font toutesy^/zz-
miiS.
SOMMEIL , f. m. {Phyfiolog.) état d'inaftion ou
de détenfion des organes des fens extérieurs , & des
mouveinens volontaires ; cet état eft néceffaire à
l'homme pour foutenir , réparer, & remonter fa ma-
chine. -
Du Dl:n qui nous créa la clémence infinie.
Pour adoucir les maux de cette courte vie ,
A pla:é parmi nous deux êf'rcs bienfuifans ,
De la terre à jamais aimables habitans ,
Soutiens dans les travaux , trîfors dans L'indigence ,
ISnn efl le doux lommeil , & l'autre eji refpèrance ,
Vun quand r homme accable fait dejonfoible corps
Les organes vaincus , fans force &fans reûhrts ,
Vient par un calme heureux fccowir la nature ,
Et lui porter V oubli des peines quelle endure.
Htnriade, chant 7^
Tels font les effets falutaires Awfomm.iil! Mais .la
caufe qui le fait naître & difparoîtreau bout d'un cer-
tain nombre d'heures , ell fi difficile à trouver, qu'il
faut s'en tenir à de f mples coujedures , entre lef-
cuelles voici peut-être les plus vrailfemblables.
Pour que notre corps puilfe fe mouvoir avec faci-
lité , il faut qu'il y ait du fuc nerveux qui puifîe être
envoyé dans les nerfs , & gu'Uri'y ait pas d'obftacle
qui l'arrête dans fon cours. Si ces deux conditions
viennent à manquer , on le trouve dans Tinaétion.
Quand nous agiflbns, le fuc nerveux fe diliipe peu-
à-peu ; enforte qu'après de longs travaux , il ne fe
trouve plus d'efprits en allez grande quantité pour
mouvoir notre corps : mais afin que les liqueurs cou-
lent dans nos organes avec facilité , les libres de nos
vailTeaux doivent avoir une certaine tenlîon ; fi elles
rl'étoient pas tendues , elles ne fauroicnt poulfcr les
fluides: or par le travail les -fibres perdent leur ten-
lîon , parce que le fuc qui les rempliffoit , 6i. qui les
tendolt en les remplilfant, s'évapore continuellement;
ces fibres n'étant plus tendues, tombent les unes fur
les- autres , & dc-lA , il fuit que celles du cerveau qui
Tomt Xy,
?vi 3 3 r
font \t^ plus molles doivent plus f ;ciîetrient s'afl^iif^
■ fer. Quand la maffe du cerveau fera ainfi affalffée ,
le fuc nerveux ne paffera plus dans les nerfs comme
auparavant; enforte qu'alors fucccdera la langueur
qui nous obligera de nous repofer ; c eft ce qu'on
peut prouver , par {afommeil qui arrive quand on lie
une des carotides , ou quand on a perdu une quan-
tiré extraordinaire de iang , ou quand les fies qui
rempllffent les vaiffeaux ont été épuifés dans les ma-
ladies.
Les nerfs éprouvent encore une autre compref-
fion , quand nous veillons long-tems ; la tranlpira-
tion enlevé continuellement la partie la plus fluide du
fang , ce qu'il y a de plus grofïier refte dans les vaif-
feaux. De plus, par le travail, & même par l'aûion.
feule du cœur , le fang s'accumule dans les extrémi-
tés à^s artères qui fe trouvent au cerveau ; ces ar-
tères doivent donc s'engorger , & leur engorgement
doit comprimer l'origine des nerfs ; cette comoref-
lion produit nécefi'airementun engourdiflement dans
tout le corps , puifqu'il eft un obilacle au cours du
lue nerveux. On voit l'etTet de cette comprelïîon dans
les plénitudes de fang , dans Tufage immodéré des
efprits fermentes , qui par leur raréfadion caufent
une grande prefTion dans le cerveau, & par confé-
qucnt jettent dans lefommeil; mais on a vu un effet
bien plus feniible de cette comprefTion ; une femme
dont le crâne ctoit ouvert , s'endormoit dès qu'on
lui prcfîbiî le cerveau , & tomboit , pour ainli dire ,
en apoplexie par une comprelfion plus forte : nous
pouvons donc penler que la compreiiion eft une df;3
caufes du fom'ncil.
Lorfque nous avons été fatigués par le travail , ou
que nous avons veillé long-tems , le fuc nerveux fe
trouve diiripé, les vaiffeaux gonflés dans la tête, com-
priment l'origine des nerfs , mais en certains cas, le
cerveau ayant perdu fa tenfion , s'affaiffe & forme la
compreiiion ; or tout cela doit produire dans les nerf»
le même eliet qu'une ligature, le léntiment doit donc
s'émouvoir ,• les mouvemens volontaires doivent de-
venir difficiles & celTer entièrement. Comme le col
n'ell foutenu que par les mufcles extcnfeurs , & qu'il
faut une aftion pour le tenir droit , la tête doit fe
pancher par fon poids , parce que ces mufcles n'a-
gifil-nt plus ; les yeux doivent le fermer , car pour
qu'ils foient ouverts , il faut que le mufcle qui levé
la paupière foit raccourci ; durant \q fommeil , il ne
reçoit pas affez de fuc nerveux pour cela , ainfi il fe
lâche èl abandonne la paupière iupérieure à elle-mê^
me ; enfin tous les membres font lâches , puifque les
mufcles qui les meuvent ne reçoivent plus com.me
auparavant, la liqueur qui les anime; de tout cela,
il luit auffi que les affediions de l'efprit qui dépen-
dent de l'adivité des fens doivent celfer lorfque nous
dormons.
Tandis que l'adlion cefTe dans les mufcles qui font
fujets à la volonté , le mouvement devient plus fen-
iible dans le cœur & dans les organes de la refpira-
tion ; les mufcles étant lâches dans les extrémités ,
ils ne i^ouffent plus le fang, leurs fîbret. alfaiflces n'ai»
dent ni les artei-es , ni les veines ; il arrive donc que
le cœur trouve plus de réf ftance : or comme le cœur
ne fauroit trouver de la réfiftance que fon adUon ne
devienne plus grande , ces obilacles qui fe trouvent
dans les extrémités font que la circulation eft plus
forte dans les vifccres , car le fang ne pouvant pas
continuer fa route vers les extrémités, le jette en
plus grande quantité dans les vailfeaux latéraux ;
c'eft-àdirc dans les vailfeaux qui fe répandent dans
l'abdomen.
Ce fyfième donne au moins la caufe de plufieurs
pliénomenes très-curieux, 1°. la tranlpiration aug-
mente dans lefommeil , &c les autres lecrétions dimi-
nuent. Outre tme lu cl),alcur du lit en raréfiant la peau
i t IJ
332
S O M
peut ouvrir les tuyaux fecrctoires , il faut obferver
que le lang qui le jette en plus grande quantité dans
les vilccres de l'abdomen, gonfle les artères; ce gon-
flement comprime les tuyaux lecrctoircs, qui alors
ne peuvent plus recevoir la liqueur qu'ils ont accou-
tumé de filtrer ; mais les tuyaux lecrétoires de la peau
ne Ibnt pas comprimes de même , parce qu'ils n'ap-
puient extérieurement que contre l'air; d'ailleurs, ils
ne font pour la plupart que les extrémités des artè-
res ou des pores ; ainfi rien ne ûmroit empêcher que
les liqueurs ne continuent leur chemin par ces ou-
vertures. Ajoutez que la chaleur elt plus grande quand
nous dormons , & que nous fommes bien couverts :
or cette chaleur produit la raréfaftion , 6c la raréfac-
tion eil luivie d'une tranfpiration plus abondante.
1°. Les parties fe nourriflént mieux durant \cfom-
mcH , car d'abord il fe dlflipe moins de fubltance
grofliere , puifque les mufcles Ibnt dans i'inaftion , &
de plus , ce repos qui règne dans le corps , fait que
les parties qui nourriflent pouvent fe mieux appli-
quer aux parties folides , car elles ne trouvent pas
crobflacles dans le mouvement que les mufcles quand
ils agiffent , impriment à ces parties que doit répa-
rer le flic nourricier. Tandis que les obilacles dimi-
nuent la farce qui fait l'application du fuc nourricier
aux parties folides augmente , car c'eft l'adion du
cœur; & par cette aftion plus forte du cœur, le chyle
fe change en lymphe & en fang plus facilement : en-
fin les véficules qui renfermoient la graiife , & qui
étoient vuidées par l'aftion des mufcles, fe remplif-
fent peu-à-peu de nouvelle huile , & c'efl même le
principal effet àwfommdl: tout en un mot fe répare
à caufe de ce mouvement doux 6c uniforme que nous
éprouvons en dormant ; au contraire , tout fe détruit
Si fe vuide dans notre corps , par les veilles.
3°. Durant lejbmmeil^ le fuc nerveux fe filtre peu-
iVpeu & coule dans fes réfervoirs ; & enfin après fept
à huit heures de repos ; il s'en trouve une affez gran-
de quantité pour remonter notre machine.
4°. Ce qui fe perd par la tranfpiration qui arrive
durant lefommeil, c'eft flirtout la partie aqueufe des
alimens & de notre fang ; le mouvement modéré qui
règne alors dans notre corps , ne peut détacher que
peu de parties huileufes & groffieres , au-contralre ,
il attache davantage ces fortes de parties , comme
nous l'avons dit ; mais dans le tcms que nous veil-
lons , l'action des mufcles fait évaporer les matières
])lus épaiffes qui font dans le tilTu des parties folides.
Dc-hi il fuit que quand nous dormons , nous n'avons
pas befoin de manger, comme quand nous veillons;
cela paroîtra encore plus clairement , fi l'on fait ré-
flexion que le fuc nerveux delliné aux mufcles ne fe
perd pas , puifqu'il n'y cft pas envoyé , & que tout
fe remplit &c fe répare. On peut donc être long-tems
fans prendre des alimens , pourvu qu'on dorme ; 6c
fi l'on veille 6c que l'on agiiTe , il faudra fouvent man-
ger. On peut ajouter à tout cela , que le fentiment
étant ém.oufîë durant le fo/nmeil , les fibres de l'eflo-
mac ne font donc pas fi fénfibles aux imprefîions de
la faim.
5°. Les fibres du cerveau desenfans font fort mol-
les , elles s'afïaifferont donc , ou elles fe gonfle-
ront plutôt que celles des vieillards dans lefquels
elles lé dcfféchent : de-là vient que les enfans dor-
ment plus que les aduhes 6c les vieillards ; peut-être
que le repos du fœtus dans le fein de la mère vient
delà même fource ; il y a cependant une autre caulé
dans le fœtus , c'efl que les objets ne font impreffion
ni fur fes yeux, ni fur fes oreilles; or, dès que les
fens font tranquilles ou fans aflion , on eft difpofé au
fomme'U ; enfin le fang eft partagé entre le placenta
& le fœtus ; il y a donc moins de mouvement , &
par conféquent plus de repos : ajoutez encore que
les fibres molles des enfans n'ont pas aflez de force
S O M
pour divlfer les matières épaiffes qui font dans les
vaiiTeaux ; il doit donc fe former plus aifcment
une plénitude dans leur cerveau , 6c la compref-
fion caufée par cette plénitude , produira le Jhin-
meil.
6''. Si l'on dort trop long-tems , la tranfpiration
s'arrête , on a la tête pelante , on efl fans force ; la
railon en efl peut-être de ce que la partie aqueufe
qui fe difFipe prefque feule durant \efommell , prive
le fang de véhicule , 6c que les parties groffieres
doivent former des engorgemens partout : la tranf-
piration doit donc cefîér en m.<;me tems. Pour ce qui
regarde la tête , les vaifieaux fe gonflent toujours
quand on dort, 6c enfin par un lonojommeillc gonfle-
ment devient fi grand , que les vaifîeaux capillaires
font comprimés avec les veines par les grolfes artè-
res , le fang ne pourra donc pas revenir avec la mê-
me facilité , & ce fera une nécefîité qu'on ait la tête
pefante ; mais cette comprefiion qui empêche le fang
de revenir , arrête encore le fuc nerveux à l'origine
des nerfs , ainli ce fuc ne pourra pas couler dans les
extrémités , & on fe trouvera fans force , faute du
fuc néceffaire pour mouvoir les mufcles ; enfin les
battemens des vaifieaux cauferont par leurs fecouf-
fcs des impreffions déiagréables qui reveilleront en
furfaut, & qui nous empêcheront de dormir tran-
quillement,
7°. Pour la graille , il efl évident qu'elle doit fe
ram.afl!er en plus grande quantité dans ceux qui dor-
ment trop long-tems : car comme il ne fe fait pas de
diffipation de la fubflance groffiere par la tranfpira-
tion , c'efl une néceffité que les véficides huileufes
fe rempliffent davantage.
8°. Quand on s'éveille,on baille, on étend les bras,on
efl plus agile,on a plus de vivacité d'efprit; comme le
fuc nerveux n'a pas coulé daus les mufcles durant le
fommeil, toutes leurs fibres font languifTantes , il faut
donc les contrarier tous pour ouvrir le pafTage au flic
nerveux qui s'eft filtré dans le cerveau , ou pour l'ap-
peller dans ces parties. De plus , le mouvement du
fang étoit languiffant dans les mufcles , il faut hâter
fon cours ; or cela fe fait par la contrafrion où ils
entrent quand on étend les membres : le bâillement
vient de la même caul'e , comme on le peut voir à
l'article de ce mot : ce fuc nerveux qui entre dans les
mufcles , 6c qui s'eft ramaflé en grande quantité , fait
qu'on efl plus agile. Quant à la vivacité d'efprit , l'E-
tre fuprême a voulu qu'elle dépendit du mouvement
des liqueurs dans le cerveau : or ce mouvement efl
beaucoup plus ailé quand il s'efl ramaffé une grande
quantité de fuc nerveux , & que les fibres ne font plus
engourdies , ou qu'elles ont repris leur tennon , &
c'efl ce qui arrive durant \q J'ommeU.
La conjeélure tirée de la conipreffion du cerveau,
que nous venons de préférer aux autres , pour expli-
quer les phénomènes que préfente le fommdl ^ fem-
ble être confirmée par l'adlion des caufes qui nous af-
foupilTent.
i". Les alimens pris avec excès , & furtout les
viandes folides &: tenaces prifes en grande quantité,
nous font dormir ; cela vient de ce que les. alimens
peu aifés à fe divifer , fohnent une liqueur épaiffe,
qui ne peut pas ailement paflTer par les extrémités ar-
térielles du cerveau ; par-là elles occafionnent un
engorgement qui caufe une compreiHon.
D'ailleurs ces matières , comme elles font tenaces,
arrêtent la tranfpiration, ainfi que Sanftorius l'a re-
marqué; de-là il fuit qu'il y aura dans le cerveau une
plénitude , & par conféquent une compreffion : en
général , les vaifTeaux font plus remplis quand on a
mangé , & la plénitude efl plus grande quand les ar-
tères fe vuidentplus difficilement; or cette difficulté
efl plus grande quand les alimens font tenaces; enfin,
quand le ventricule efl plein de ces alimens , il fe
s O M
vuîJe avec peine , il fe bouribuffle , & ce bourfoiif-
iîeinent comprimant les vaiÛeaux du bas-ventre , le
fang eft déterniiné vers la tête.
1°. Les liqueurs fermentées endorment, parce qu'el-
les contiennent des principes qui ie rarement beau-
coup; ces principes en occupant beaucoup d'efpace,
dilatent les artères du cerveau , & les compriment
par conicqucnt.
3". Les remèdes qui appaifent la douleur, nous
procurent un doux Jbmmeil ; mais nous ne parlons
ici que d'une douleur continuelle & longue ; il faut
regarder cette douleur comme un long travail qui
agite le corps & le cerveau , & qui produit une in-
fomnie ; dès que la caule de cette infomnie vient à
ceflcr , on eft iaifi diifommeU , comme après une in-
fomnie ordinaire , & après un travail fatiguant ; l'a-
me par les lois qui l'uniffenî avec le corps , ne fauroit
fentir la doideur , qu'elle ne caufe de l'agitation dans
le cerveau; mais quand la douleur cefle, les fibres
du cerveau étant relâchées , n'empêchent plus par
leur agitation, que la compre/non ne produife le
Commâl ; d'ailleurs , quand on fouffre , les artères du
cerveau font plus pleines, & quand la douleur ceffe,
cette plénitude produit la compreiîion dont nous ve-
nons de parler; on voit par-là que des remèdes con-
traires pourront faire dormir : quand le lait aigri a
caufé des convulfions & des coliques aux enfans , les
abforbans ie chargent de racide,& produifentleyo^-
meil ; dans les grandes maladies dont la chaleur eu.
le principe , les remèdes rafraîchiilans feront des
(bmniferes.
4°. La grande chaleur jette dans l'aiToupiffement ;
la raréfaftion qu'elle caufe dans les liqueurs, l'éva-
poration des parties les plus fluides du fang , le relâ-
chement qu'elle produit dans les fibres , doivent né-
ceflairement produire lefommeil : le froid peut oc-
cafionner la même chofe , parce qu'en arrêtant la
tranlpiration , il caufe une plénitude qui comprime
le cerveau.
5**. La tranquilité de l'efprit procure le fommeil,car
le cerveau n'ell pas alors agité par l'ame ; ainfi aban-
donné , pour ainfi dire , à lui-même , il peut s'affaif-
fer, puilqu'il ne réfifte pas à la comprelfion ; c'efi:
furtout en calmant l'efprit que le murmure des ruif-
feaux nous aflbupit : ce bruit fourd & uniforme at-
tire notre attention fans nous agiter , & par-là éloi-
gne de notre efprit les penfées qui pourroient nous
troubler ; on doit dire la même chofe des fons des
inflrumens qiii produifent cet effet.
6.°. Tout ce qui peut empêcher le fang de fe ren-
dre au cerveau , doit néceiTairement affoupir ; car
alors les fibres deviennent flafques , & s'afïaifTent ;
de-là vient que les grandes évacuations font fuivies
du fommeil.
7". Tous les accidens qui peuvent caufer une com-
preffion dans le cerveau, doivent endormir; aufîi les
obfervations nous apprennent-elles que lesabfcès,les
liqueurs extravafées , les contufions , les enfonce-
mens du crâne, produifent un affoupiffement.
8". Pour ce qui eft des affoupiffemens qui tirent
leur origine des mouvemens fympathiques , ils peu-
vent venir de la plénitude, ou des compreffions que
cauient ces mouvemens dans le cerveau.
9°. Enfin , il faut convenir qu'il y a des efpeces
àa fommeil dont on ne peut rendre raifon.
De même que tout ce qui comprime le cerveau &
s'oppofe au paflage du fuc nerveux dans les nerfs ,
amené le fommeil; tout ce qui produira un effet con-
traire nous tiendra dans une fituation oppofée àl'af-
foupiflement ; les pafHons , la douleur , les matières
itères & volatiles nous mettent toujours dans un état
oùles fibres fe trouvent agitées.Pour les matières acres
& volatiles, on voit aifément qu'elles peuvent pro-
duire cette agitation j mais quant aux maladies de
S O
333
l'efprit , l'Etre qui tient l'ame & le corps dans une
dépendance mutuelle , peut feul nous apprendre la
manière dont le cerveau fe trouble quand l'ame efl
agitée : quoi qu'il en foit , l'effet des pafiions efl tou-
jours un mouvement dans le cerveau ; ce mouvement
fait couler le lue nerveux , & empêche que le cer-
veau ne foit comprimé par les vaiffeaux , on ne s'af-
faiiFe de lui-même. Boerhaave , Haller ^ de Sénac.
(Z?. /.)
Sommeil, {Mythol^ Homère & Héfiodefont le
Sommeil fils de l'Erebe & de la Nuit , & frère de la
Mort , dont il eft la plus parfaite image.
Junon voulant endormir Jupiter, pour l'empêcher
de voir ce qui fe pafToit dans le camp des Grecs &:
des Troïens , va trouver le Sommeil à Lemnos , fon
féjour ordinaire , & le prie d'afToupir les yeux trop
clairvoyans de fon mari , en lui promettanr de beaux
préfens , & l'appellant le roi des dieux & des hom-
mes. Le Sommeil s'en défendit par la crainte de la co-
lère de Jupiter : « Je me fouviens , lui dit-il , Iliade^
» /. XIV. d'une femblable prière que vous me fîtes
» au fujet d'Hercule : je m'infinuai auprès de Jupi-
» ter , je fis couler mes douceurs les plus puiffantes
» dans les yeux & dans fon efprit , & vous profitâtes
» de ce moment pour perfécuter ce héros. Jupiter
» s'étant éveillé , entra dans une fi grande fureur,
» qu'il me chercha pour me punir; j'étois perdu fans
» reiTource ; il m'auroit jette dans les abîmes les plus
» profonds de la mer, fi la Nuit, qui dompte les dieux
» comme les hommes, ne m'eût fauve. Jemejettai
» entre fes bras fecourables , & Jupiter, quelque ir-
» rite qu'il fût , s'ajjpaifa ; car il n'ofoit forcer cet
» afyle : & vous venez m'expofer au même pé-
» ril ». Cependant Junon le gagna en lui promettant
en mariage la plus jeune des grâces.
Ovide établit le domicile du Sommeil au pays des
Simmériens , que les anciens croyoient être plongés
dans les plus épaiffes ténèbres. Là eft une vafte ca-
verne , dit-il , Métam. l. IL où les rayons du foleil
ne pénètrent jamais : toujours environné de nuages
fombres & obfcurs , à peine y jouit-on de cette
foible lumière , qui laiffe douter s'il eft jour ou
nuit ; jamais les coqs n'y annoncèrent le retour
de l'aurore ; jamais les chiens ni les oies qui veillent
à la garde des maifons , ne troublèrent par leurs cris
importuns le tranquille repos qui y règne ; nul ani-
mal ni féroce , ni xlomefîique , ne s'y fit jamais en-
tendre. Le vent n'y agita jamais ni les feuilles ,
ni les branches. On n'y entend rien ni querel-
les , ni murmures ; c'eft le féjour de la douce
tranquillité. Le feul bruit qu'on y entend , eft celui
du fleuve d'oubli , qui coulant fur de petits cailloux,
fait un doux murmure qui invite au repos. A l'en-
trée de ce palais naiflént des pavots , & une infinité
d'autres plantes , dont la nuit ramaflé foigneufement
les fucs affoupiflans , pour les répandre mr la terre.
De crainte que la porte ne falTe du bruit en s'ouvrant
ou en fe fermant, l'antre demeure toujours ouvert,
& on n'y voit aucune garde. Au milieu de ce palais
eft un lit d'ébene couvert d'un rideau noir : c'eft-là
que répofe fur la plume & fur le duvet le tranquille
dieu du fommeil. . . .
Iris envoyée par Junon , s'étant approchée de ce
lit , le Sommeil frappé de l'éclat de fes habits , ouvre
les yeux appefantis, fait un effort pour fe relever,
& retombe auffi-tôt. Enfin , après avoir laifté Ibuvent
tomber fon menton fur Ion eftomac , il fait un der-
nier effort , & s'appuyant fur le coude demande à
Iris quel étoit le fujet de fbn arrivée. . . Toute cette
peinture enchante par la douceur du ftyle & des ima-
ges ; nos meilleurs poètes ont fait leurs efforts pour
l'imiter; Garth en Angleterre en a beaucoup appro-
ché , témoin les vers luivans.
334
S O M
Upon a cottch of down in tlufc ahcda
Stipinc withfolJcd arrns he tltouglu/ejs noJs :
Jridu/^ing drcam's his God/iead lull lo eajè ,
ïï'u/t niumiun offojt r'tlls and whif}>''r!ngtrces.
Thcpoppy yttnd cack numming plant dijp.:njc
Tkcir drowfy vinue and dnll indolina.
A careUfs JDcUy ! . . .
On reprcfcMitoit ce tllcu comme un enfant enfcvel'i
dans un y-'^oionà Jommcil, qui a la tctc appuyée lur
des pavots. Tlbule lui donne des ailes : un autre
poète lui fait cmbrafTer la tête d'un lion qui eft cou-
ché. Les Lacédémoniens , au rapport de Faufamas ,
joignoient enlemble dans leurs temples la repréfcn-
tatlon du Sommeil & celle de la Mort. Lorfqu'on in-
voquoit le Sommeil pour les morts , il s'agilToit alors
àufommeil éternel , (jui étoit la mort. (Z?. /.)
SOMMELIER , 1. m. (6-V^w.) officier de grande
maifon , qui a le foin des vins & des liqueurs. Il y a
lui pareil furveillantdans les maifons rcl;<^ieufes.
SOMMELLERIE , f f. {ArchiucL) Xicut^xx rez-dc-
chaufl'éc d'une grande maifon , & près de l'office, oii
l'on garde le vin de la cave, & qui a ordinairement
communication avec la cave par une dcicente parti-
culière. {D. J.)
SOMMER, V. au. ( Arithmétique. ) c'efl ajouter,
joindre plufieurs fommes ou nombres , pour con-
noitre à combien ils peuvent monter enfemble ; il y
a plus de fureté ixfommcr avec !a plume , qu'avec le
jeton. Irfon. ^oyc^So?/IME. (Z>. /)
SoiNiMER , f. m. mcfure dont on le fcrt en Efpagne.
'Lejbmmcr {ait quatre quarteaux ; il favit huit Jommtrs
pour l'arobe , & deux cens quaranteTom^^ri pour la
botte. Foye^ Arobe & Botte. Id. ibid.
SOMMER EN, ( Gcog. mcd,') bourg des Pays-bas,
clans la mairie de Bcis-lc-duc, au quartier de Pelland.
Quoique la guerre y ait caulé de grands ravages, on
compte encore dans ce bourg environ huit cens mai-
Ions de payfans , outre celles des boutiquiers, des
artifans , &d'autresparticuliers. Ily a un tribunaldc
fept cchevins , & une églife proteftante. {D. /.)
SOMMERSET-SHIRE, ( Gcog. mod.) province
maritime d'Angleterre au couchant , dans le diocefe
de Bath& deWells, avec titre de duché. Elle eft bor-
née au nord par le duché de Gloceiler, au nord-oueft
par la baie de la Savcrne , à l'orient par le comté de
\Vilt, au fud-efl par le comté de Dorfet , &: au fud-
oueft par Devonshire.
Elle a 55 milles de long, 40 de large, & 204 de
circuit. On y compte 41 quartiers, 35 villes ou
bourgs à m.archés, & 385 égliles paroiffiales. EUeefi:
abondamment arrofée de rivières qui la rendent fer-
tile en grains ik en fruits , 6l riche en prairies , en
pâturages & en troupeaux.
On y trouve plufieurs mines d'excellens charbons
de terre, & des fontaines médicinales qui font re-
nommées ; Bridol eft la capitale de cette province.
Le plomb qui fe tire des montagnes de Mendip, efl
un des meilleurs du royaume, &. il s'en fait un grand
commerce.
Les anciens habitans de ce pays portoient le nom
de Belges , & poflédoient outre cette province , cel-
les de \V ight & de Southampton. Plufieurs Seigneurs
y ont leurs terres, &: de belles mailons de campa-
gne ; mais ce qui fait fur-tout la gloire de cette belle
province, ce font les illuûrcs gens de lettres qu'elle
a produits : il faut nommer ici les principaux.
Bcckïngton (Thomas), cil le premier dans cette
province qui fe foit diitingué dans les lettres. Il fit
îes études ù Oxford , dans le collège neuf dont il
ëtoit membre en 1408 , 6c dont il lut dans la luite le
i>ienfaiteur. Il devint évoque de Bath & Wells, &
favorifa fi généreufement les fcienccs, qu'il en a été
regardé comme le plus grand protc6lciir dans fon fie-
S O M
cle. Il publia un ouvrage latin : de jure regttm an^lo'
riim ad legnum Francïit. On dlfputoit alors fort vi-
vement lur cette matière, & Bcckïngton tâcha de
prouver dans fon livre , la nullité dé la loi falique,&:
le droit héréditaire des rois d'Angleterre à la couron-
ne de France. Il mourut en 1464.
Bond ( Jean ) , fe montra un critique utile pour la
jeunefle , par fes notes fur Perfe & fur Horace , qui
font toujours fort eftimées à caufede leur brièveté;
on y remarque pourtant des obmiffions confidéra-
bles , particulièrement touchant les points hiftori-
ques &: philologiques , qui lont abfolument nécelTa:-
res pour l'intelligence des auteurs. Bon mourut rec-
teur de l'école publique de Taunton en i6i2,âgcde
6i ans.
Bcnnet ( Chriftophle) , né en 1614, s'attacha à la
Médecine , (k. le rendit fameux dans la pratique &
par fes écrits. Son ouvrage intitulé : tlieatri tabido-
iwn vejlibidum, &c. Londres 1654 in-S°. eil un ou-
vrage admirable. L'auteur mourut en 1655 , âgé de
41 ans, de la maladie même lur laquelle il a fait un
chet-d'œuvre.
Charlton ( Gautier ) , autre médecin célèbre , na-
quit en 1 6 19 ; après avoir long-tems pratiqué à Lon-
dres , fe retira en 1 69 1 dans l'Île de Jerfey où il mou-
rut fort âgé. Iba publié un grand nombre d'ouvrages.
Les principaux iont : 1°. (Sconomia anima/is , Lon-
dres 1658 , Amllerdam i65c),Leyde 1678, la Haye
1681 i/z-iï. x'^ . Exercitationes pliyfico-anatomiccs.,di
(Economiâ animait , Londres 1659 in-8°. réimprimées
depuis plufieurs fois au-del;\ la mer: 3°. les Femmes
éphéjiennes & Jimmériennes , ou deux exemples remar-
quables de la puiffiînce de l'amour, & de la force de
l'efprit, Londres 1653 in-8^. ^'^. Exercitationes pa"
thologicce , Londres i66oi/2-4°. 5°. Onomaflicon loi-
con , &c. Londres 1668 6i. 1671 in-^^, Oxon 1677
in-fol. 6". Defcorbtito liber fi ngularis , CuX accefjit epi-
phonema in medicajlros , London 1671 in-8°, Leyde
1672 in- 12, 7°. Leçons anatomiijues fur le mouvement
dufang , & la (iriiclure du cxur, Londres 1683 in-^°.
8°. înqiiifiiio de caiifis catameniorum ^ & iiteri rhuma-
/i/wo, London 1685 in-S". c)'' . La vie de MarcelluSy
traduite de Piutarque en anglois , Londres 1684 in-8'^.
1 0°. Difcours fur Us défauts du vin , & fur les manières
dy remédier , London 1668, 1675 & l6cf^in■S'^.
Ajoutons fon livre 'intitulé., Chorea g igantum , on
la plus fameufe antiquité de la Grande Bretagne ,
vulgairement appellée vS/o/ze-Z^/V^n'e^qui le trouve dans
la plaine de Salisbury , rendue aux Danois ; Londres <
1663 , en neuf feuilles /'/z 4**. .
Inigo ( Jones ) , infpedeur-général des bâtimens de
JacGues I. de la reine Anne , du prince Henri , & de
Chrétien IV. roi de Danemarck, & enfuite du roi
Charles I. compoia en 1610 , par ordre de Jacques I.
un ouvrage, oii il prétend que Stonehinge font les
reftes d'un temple bâti par les Romains , pendant leur
féjour dans la Grande Bretagne, & dédié à Cœius
dont les anciens dérivoient l'origine de toutes cho-
fes. Ayant hifle cet ouvrage imparfait , lorfqu'il
mourut en 1 6 5 1 , il tomba entre les mains de M. Jean
Webb de Burleigh dans le comté de Sommerfct^ qui
y mit la dernière main & le publia fous ce titre : La
plus notable antiquité de lu Grande Bretagne , vulgaire-
ment appellée Stone-hinge, dans la plaine de Saliskury,
rétablie; Lond. 1 6 5 5 , en quinze feuilles in-fol.
Charlton , peu content de ce livre , l'envoya à
Olaiis Wormius, fameux antiquaire danois. Ce fa-
vant lui écrivit plufieurs lettres fur cette matière, &
ce font ces lettres, avec les ouvrages de quelques
autres écrivains danois, qui ont iervi de forfds à
Charlton pour compofer fon traité fur ce iujct. Cet
ouvrage, dit M. W'ood, quoique peu favorablement
reçu de plufieurs perionnes lorfqu'il parut, n'a pas
lailfé d'être fort cftimc de noi plus célèbres antiquai-
s O M
res , & fur-tout du chevalier Guillaume Dugdale ,
qui croyoit que le dodeur Charlton avoit rencontré
juile dans l'a Cliorea gigantum. Cependant M. "Webb
entreprit la défenfe du traité d'Inigo Jones , par
un livre intitulé: Difcnfc de Stone-hinge rctabli ^
où l'on examine les ordres & les règles de l'architec-
ture des Romains, &c. Lond. 1665 i^-f*^^-
Baker (JÏ\iOTSvàs^ , né en 1625 , & mort en 1690,
î mis au jour à Londres 1 684 in-^'^ . en latin & en an-
»lois , un ouvrage intitulé la Clè de la Géométrie, dont
an trouve un extrait dans les Tranf. phiL. du 20 Murs
Godwin (Thomas), enfeigna avec réputation à
Abingdon , & mourut en 1643 ^55 '^"^* ^'^ ^ *^^ ^^"^^
>lufieurs ouvrages en latin, remplis d'émdltion; les
i?UiS eflimés lont : i*^. Romane hijioria: anthologia^
Oxford i6i3i'z-4°. 1613 ,& Londres 1658: z°.Sy-
noplls antiquitatian hebraicarum , libri trcs , Oxford
j6l6 in-^^. 3''. Mo/es & yluion^ ou les [/Jages civils
& eccléfajiiques des Hébreux , Londres 1615 in-^°. la
feptieme édition eft aulïï de Londres en 1655 z/z-4''.
Cet ouvrage a été 'traduit en latin , & publié à
Utrecht en 1690 in-^°. avec des remarques de Jean-
Flenri Reyzius : on y a ajouté deux differtations de
Witfius; l'une fur la théocratie des Ifraélites , &c i'au-
ire fur ks R.échabites.
Cudwortk (Rodolphe), naquit en 16 17, & culti-
vz de bonne heure toutes les parties de la Théolo-
gie , des Belles-lettres & de la Philofophie. En j 647
l prononça un fermon en préfence de la chambre des
rom.munes, dans lequel il la foUicite de contribuera
"aire fleurir l'érudition, « Je ne parle pas feulement,
♦ dit-il, de celle qui elt propre pour la chaire , vous
»> y veillez fuffixamment; mais je parle du V érudition
>> qui efi: d'un ufage moins ordinaire, prife dans fes
» différentes branches, iefqucllcs toutes réunies,
» ne laiffent pas d'être utiles à la religion & à la fo-
» ciété. C'eft une chofe digne de vous , meffieurs ,
►> en qualité de perfonnes publiques , d'encourager le
<* favoir , qui ne peut que réfléchir fur vos perfon-
» nés , 6c vous couvrir d'honneur & de gloire ».
En 1654 il fut nommé principal du collège de
Chrift à Cambridge, pofte dans lequel il pafîa le rede
de fes jours , & mourut en 1688, âgé de 7 1 ans.
Cudworth réunifîbit de grandes connoifTances ; il
êtoit très-verfé dans la Théologie , dans les languts
lavantes & dans les antiquités. Il prouva par fes ou-
vrages qu'il n'étoit pas moins philofophe iubtil , que
profond métaphylicien. Il fit choix de la philofophie
tréchanique & corpufculaire ; & dans la métaphyfi-
que, il adopta les idées & les opinions de Platon.
Il publia en 1678 fon fyllème intelleduel de l'uni-
vers, i«-/o/. Il combat dans cet ouvrage l'Athéifme
( qui eft la nécefïïté de Démocrite) , dont il réfute les
raifons & la philofophie. Thomas Wife a publié en
1706 , un abrégé fort eflimé de ce bel ouvrage , en
deux volumes i/2-4°. & cet abrégé étoit nécelfairc ,
parce que le livre du dodeur CudworthelUiU fi vafîe
recueil de raifons & d'érudition , que le fil du dif-
cours eft perpétuellement interrompu par des cita-
lions grecques 6c latines. M. le Clerc avoit cepen-
dant déliré que quelque favant entreprît de traduire
en latin le grand ouvrage de Cudvorth; ce projet a
été finalement exécuté en 1733, par le dofteur Mof-
heim , & fa traduftion a paru à lene en 2 vol. in-fol.
avec des notes & des diflertations.
Cudworth a laiffé plufieurs ouvrages manufcrits,
entr'autres i**. un Traité du bien & du mal moral ^
contenant près de mille pages : i°, un Traté o^\x\ n'cff
pas moins confidérableyi^r la liberté & fur la nécejfité:
3". un Commentaire fur la prophétie de Daniel touciiunt
les feptante fcmaines , en 2 vohmies in-fol. 4°. un
Traité fur P éternité & Cimni-itabilïté du jufie & de /':>;-
jufii- ce traité a été publié cti anglois à Londres en
S O M
335
173 I i/?-^°. avec une préface du dodeur Chandler ,
évêque de Durham : 5°. un Traité de r immortalité dt
rame, en un vol. in-S"^. 6°. un Traité de l'érudition
des Hébreux , &c.
Il laifîa une fille nommée Damaris , qui fut inti-
mement liée avec M. Locke , dont il elt tems de par-
ler.
En effet , la province de Sommerfet doit fur-tout fe
vanter d'avoir produit ce grand homme. Il naquit à
Whrington, à 7 ou 8 milles de Briftol, en 1632.
Après avoir commencé à étudier férieufement , il
s'attacha à la Médecine ; & quoiqu'il ne l'ait jamais
pratiquée , il l'entendoit à- fond au jugement de Sy«^
denham. Le lord Ashley , depuis comte de Shaftes-
bury, qui reconnoiifoit devoir la vie à un des con-
feils de Locke, difoit cependant que fa fcience mé-
dicinale étoit la moindre partie de fes talens. Il avoit
pour lui la plus grande eftime, le combla de bien-
faits, & le mit en haifon avec le duc de Buckingham,
le lord Halifax, & autres feigneurs de fes amis, pleins
d'elprit &: de favoir , & qui tous étoient charmés de
la converfation de Lock.
\}rv jour trois ou quatre de ces feigneurs s'étant
donné rendez-vous chez le lord Ashiey , pour s'en-
tretenir enfemble, s'aviferent en caufant de deman-
der des cartes. Locke les regarda jouer pendant quel-
que tems , & fe mit à écrire fur fes tablettes avec
beaucoup d'attention. Un de ces feigneurs y ayant
pris garde, lui demanda ce qu'il écrivoit. « Mylord ^
» dit-il , je tache de profiter de mon mieux dans vo-
» tre compagnie; car ayant attendu avec impatien-
» ce , l'honneur d'être préfent à une afiemblée des
>» plus fpiritueis hommes du royaume , & ayant eu
» finalement cet avantage, j'ai cru que je ne pou-
» vois mieux faire que d'écrire votre converfation ;
» & je viens de mettre en flibftance le précis de ce
» qui s'eft dit ici depuis une heure ou deux ». Il ne
fut pas befoin que M. Locke lût beaucoup de ce dia^
logue , ces illulîres feigneurs enfentirent le ridicule;
& après s'être amufés pendant quelques momens à
le retoucher, & à l'augmenter avec efprit, ils quit-
tèrent le jeu, & entamèrent une converfation fé-
rieufe, & y employèrent le refte du jour.
Locke éprouva la fortune & les revers du comte
Shaftesbury , qui lui avoit donné une commifîion de
cinq cent livres fterhng , qu'on fupprima. Après la
mort du roi Charles II. M. Penn employa fon crédit
auprès du roi Jacques II. pour obtenir le pardon de
M. Locke; & la chofe eût réuffi fi M. Locke n'avoit
répondu , qu'i/ n avoit que faire de pardon , puifqu'il
n avoit commis aucun crime.
En 1695 il fut nommé commifTaire du commerce
& des colonies , emploi qui vaut mille livres fler-
ling de rente ; mais ii le réfigna quelques années
après, à caufe de Pair de Londres qui croit contraire
à fa fanté ; & quoique le roi même voulût lui confer-*
ver ce pofle fans réfidence, M. Locke fe retira dans
la province d'Eiîex, chez le chevalier Marsham loa
ami , avec lequel il pafîa les quinze dernières années
de fa vie, &: mourut en 1704 âgé de 73 ans.
Il fit lui-même fon épitaphc, dont voici le précis:
Hic Jitus eft Jounnes LocXcQ. .Si qualis fuzrit rogas ^
mediocritate fud contentum fe vixiffe refponda. Litte-
ris th ufque tantum profecit , ut veritati uni fe litarct;
morutn exemplur Jî quxras , in Evangelio habcs. yhio-
riun utinàm nufquam ; mortalitatis certc (^quod profit^
hîc , 6" ubique.
Il avoit une grande connoiiTance du monde ,
& des afF.ires. Prudent fans être fin, il gagnoit
l'eftime des hommes par fa probité , &: «?toit tou-
jours ii cou\Trt d'un faux ami , ou d'un lâche flat-
teur. Son expériencf & {^^ mœurs honnêtes, le tai*
foieiit rclpcdcr de les inférieurs , lui attirolent Tel-
time de fes égaux, Pamiiié ^ la confiance des grands.
336
S O M
S O M
Quoiqu'il aimât fur-tout les vcritcs utiles , Sç qu'il
fût blen-ail'e de s'en entretenir , il le prctoit aulfi
tl.ms l'occ.îùon aux douceurs d'une converiation li-
bre & enjouée. Il favoit pluiicurs jolis contes , &C
les rcndoit encore plus a^roahles, par lamanierefine
6c ailcc dont il lesracontoit. Il avoit acquis beaucoup
de lumières dans les arts , & dilbit que la connoil-
lance des arts contcnoit plus de véritable philolo-
phie , que toiues les belles &; lavantes hypothèles ,
qui n'ayant aucun rapport à la nature des choies, ne
lervent qu'ù taire perdre du tems à les inventer , oii
à les comi)rendre. Comme il avoit toujours l'utilité
en vue dans les recherches , il n'ellimoit les occupa-
tions des hommes qu'ii proportion du bien qu'elles
font capables de produire , c'cft pourquoi , il failbit
peu de cas des purs grammairiens, 6c moins encore
des dilputeurs de profeiFion.
Ses ouvrages rendent l'on nom immortel. Ils font
trop connus , pour que j'en donne la lifte ; c'eft aftez
de dire, qu'ds ont été recueillis &C imprimés à Lon-
dres en 1 7 T 4 , en 3 voi. in-fol. & que depuis ce tems-
là , on en a fait dans la même ville huit ou dix éditions.
Il a leul plus approfondi la nature & l'étendue de
rentendement humain , qu'aucun mortel n'avoit fait
avant lui. Depuis Platon jufqu'à nos jours, perfonne
dans un li long intervalle de fiecles , n'a dévoilé les
opérations de' notre ame , comme ce grand homme
les développe dans fon livre , où l'on ne trouve que
des vérités. Perfonne n'a tracé une méthode de rai-
ilnner j^his claire <k. plus belle ; & perfonne n'a mieux
réulil que lui à rappeller la phllofophie de la barba-
rie , à l'ufage du monde & des perlbnnes polies qui
pouvoient avec railbn la méprifer , telle qu'elle étoit
auj)aravant.
Je joins à ma lifte des hommes illuftres de la pro-
vince de Sommcrfct yWn courtifan célèbre , que la for-
tune , par uh exemple des plus rares , daigna conf-
tamment favoriier jufqu'à la fin de l'es jours; je veux
parler du lord Pawlet , marcp.fis de Winchefter ,
grand tréforler ^'Angleterre, mort dans ce pofte en
1 57Z , âgé de 97 ans. Il lallTa une poftérité plus nom-
breufe que celle d'Abraham, quine comptolt que
foixante & dix defcendans , au lieu que le lord Paw-
let en vit jufqu'à cent trois. Pendant le cours d'une
fi longue carrière , palfée fous des règnes 11 oppofés ,
tels que ceux d'Henri VIIÎ. d'Edouard VI. de Marie
& d'Elifabelh , il poiTéda tovijours leur faveur &
leurs bonnes grâces. Il échappa à tous les dangers ,
& s'endormit tranquillement avec fes pères , com-
blé d'années, d'honneurs , & dericheft'es. On rap-
porte qu'ayant été interroge , cominent il avoit fait
pour fe maintenir parmi tant de troubles & de révo-
lutions dans l'état & dans l'églife , il répondit , en
rafle peu du bien public. (le Chevalier de Jav-
cou P. T. )
SOMMET, f. m. {Géom.) c'eft en général le
point le plus élevé d'un corps ou d'une figure, com-
me d'un triangle , d'une pyramide, &c. Le fommet
d'un angle eft le point où viennent le réunir les deux
lignes qui forment cet angle. On dit que deux angles
font oppofés au fommet , quand l'un eft formé par le
prolongement de cotés de l'autre. Le fommet d'une
figure eft le fommet Se l'angle oppofé à la bafe. Tel
ell le point M ( F/éinc. géom. fig. iQ. ) oppofé à la
bafe K L. Foyei Base.
Sommet d'aune courue ,e{i proprement l'extrémité
de l'axe «l'une courbe qui a deux parties égales &
femblables également & femblablemcnt fituées par
rapport à fon axe. Ainfi , {fg. 2Û\ fecl. con. ) A eft
le fommet de la courbe M A M.
Sommet en gênerai eft le point où une courbe eft
coupée par fon axe ou l'on diamètre. Ainfi une cour-
be a au.tant defommcts fur le même axe ou le même
diamètre , qu'il y a de points où elle eft coupée par
cet axe ou ce diamètre. ( <^ )
Sommet, ( Bonui. ) les jbmmets terminent l'ex-
trémité lupérieure des étamines , & font autant de
caplules chargées d'une poulïlere très-fine qu'elles
répandent , lorfque la maturité lestait cntrc-ouvrlr.
Cette poulïiere étant vue par le microlcope , paroît
compolée de petits grains d'une figure uniforme dans
chaque el'pece de plante. ( Z>. J.)
Sommet, (^Conchyl.^ en latm apex, cacumen^
vertex ; c'eft la pointe ou l'extrémité du haut d'une
coquille.
Sommet de la tête , en Anatomle, eft la partie
la plus haute & moyenne de la tête. Foyei Tête,
Sommet , ( Arckit. ) c'eft la pointe de tout corps,
comme d'un triangle , d'une pyramide , d'un fron-
ton , d'un pignon , &c.
SOMMIER , f. m. ( Coupe des pierres. ) par analo-
gie au fommet ; c'eft la première pierre d'une plate-
bande , laquelle porte à plein au fommet du pié droit,
où elle forme le premier lit en joint , & l'appui de la
butée des claveaux pour les tenir lufpendus fur le
vuidcde la baie, d'où ils ne peuvent s'échapper qu'en
écartant les /Àww/tTi ou couffinets. La coupe ou in-
clinailbn de leur lit enjoint fur l'horifon, ell ordinai-
rement de 60 degrés ; parce qu'on a coutume de la
tirer du fommet d'un triangle équilatéral.
Sommier, {^Finance. ) gros regiftre où le com-
mis des aydes, les receveurs des tailles, & autres
commis des bureaux des fermes du roi , écrivent les
Ibmmes à quoi montent les droits qu'ils reçoivent
journellement. Quelques marchands, négocians, &
banquiers , donnent aufîl le nom defommierSy à ce-
lui de leurs regiftres , qu'on appelle le grand livre,
DïcTionnain du Commerce. {D. J, )
Sommier, (^Commerce. ) fe dit des bêtes defom-
mc dont les voituriers & melTagers fe fervent pour
le tranljjort des marchandifes. Le m.elTager de Lyon
z dix Jommiers^ c'eft-à-dire, dix chevaux de charge.
Diilionnaire de Commerce.
SOMiMiER , ( Commerce de bois. ) pièce de bois or-
dinairement de brin qui tient le milieu pour la grof-
feur , entre la poutre & la l'olive. Trévoux. (Z). /. )
Sommiers, ( Brajf. ) ce font les pièces de bois
fur lelquelles lont placées les cuves , les bacs, & les
tringles de la touraille.
Sommier, (^ Cojpetier-Malletier.') autrement dit
coffre de charge, grand coffre fait pour être porté à la
guerre ou en voyage fur des mulets ou des chevaux,
Trévoux. ( Z>. /. )
Sommier , ( Pièce d'une preffe ^Imprimerie. ) eft
un morceau de bois à-peu-près quarré , de deux pies
de long, fur deux pies de diamètre, & dont chacune
des extrémités fe termine par deux tenons : il y a à
une prefle deux fortes defommiers , favoir celui d'en-
haut & celui d'cn-bas.
Lefomruier d'en-haut ( voye^ les Planches & lesfig.
d'Imprimerie) , eft celui oii eft enchâflTé l'écrou de la
vis de la prelTe ; & fur celui d'en-bas , eft pofé le
berceau dans lequel roule , va & vient tout le train
de !a preft'e : ils font pofés l'un & l'autre entre les
deux jumelles , & maintenus au moyen de leurs
douilles tenons qui entrent dans les doubles mortai-
fes faites au-dedans des jumelles, -^oye^ aufji les ex-
plications des Planches,
SOMMIEI^ de clavecin , ( Lutherie. ) eft la pièce de
bois dans laquelle entrent les fiches ciui fervent à ten-
dre les cordes decetinftrument. C'eft une forte pièce
de hêtre ou autre à-peu-près de même qualité, af-
lemblée dans les côtés du clavecin par des tenons en
queue d'hironde.Surle /«//.'w/f/- font collés deux che-
valets / , 2 , FF; le premier porte les cordes de la
petite
S)etite o<^ave> lefqiïclles vont s'attacîier aux fiches
f!ii rang a 3 » qui tloivcnt paiTer entre les cordes cK;
l'aninbn, quiiont les deux grandes cordes à riiniflbn
duclavefiîn. Ces deuxrangs de cordes qui paiient lur
le f^rand chevalet E F, vont s'attacher aux chevilles
des deux ran2;s 4 i , (y/- Chacun de ces rangs a au-
tant de chevilles qu'il y a de touches au clavier; les
S Ô M 5îf
chevilles font rangées fur deux ligîies près ï'iiiîe de
l'autre en cette forte : celles du rai:g inférieur font
celles du rang antérieur du claveifin , & répondent
aux touches diatoniques, & celles du rang fu'jérieur
ou poliérieur du cîaveffin, répondent aux touches
cromatiques ou aux feintes en cette manière.
Ran^fnpcrîcur. q q
Rang infîr'unr.y<^ O O
^ h ^ ^ b ur remifafolîafi m
o 000
0000000
■qiuunemc octave.
troijicmc ociavc.
Sommier de pofuif^ reprefenté Planche d'Orgue^
■fig. 12. ne diffère de celui du grand orgue qu'en ce
que la laie E F eft en-defùis , & que les foupapes n
s'ouvrent en pou/iant par le petit hâLono/2 qui tra-
x^erfeune bourfette. f^oyei Boursette. Ce petit bâ-
ton eft poulTc en en-haut par la bafcuU du pofïnf, voyez
à ce mat ; le derrière de la laie eft afiemblé par une
languette dans une rainure faite à la table diifom-
77!ier du côté de la queue des foupapes , qui font de
"nie que celles du fo/nmier de grand orgue , vov^^
.^ ,:.iyA'ER' de grand orgue ; le dellus E F àt la laie cft
aiîemblé d'un côté à rainure & îansiuette avec le
derrière de la laie , & par-devant à tenons & mor-
taifcs avec trois morceaux de bois aiTemblés de mô-
me avec le chams. Ces morceaux de bois, le chaf-
!fis diijbrrrmier &CÏC deffus de la laie qui forment deux
icadres, font entaillés en drageoir à mi-bois, pour re-
cevoir deux de vans de îaie^^ : à la partie oppoiee
au-deiTus £ F ds la laie , ^ en-deffous diifommicr
cft une planche r$ collée ^ clouée fur les barres
du chalTis. C'eft par des trous faits à cette planche
ique paftent les petits bâtons o n qui lèvent les fou-
papes ; ces trous font fermés par des bourfettes qui
laifTent mouvoir les petits bâtons, Se retiennent l'air
ou le vent renfermé dans la laie. Voye^ Boursette.
Le côté S de cette planche porte fur la moitié des
morceaux tr , décrits au rnot Sommier grand orgue ,
fur l'autre moitié defquels la peau de mouton , cjui
ferme le deffous des gravures , eft aufti collée. Les
jeux que l'on met dans le pofitif font les mêmes
que ceux du grand orgue , avec cette différence,
qu'ils font de plus rnenue taille s'ils fonnent l'unif-
fcn des premiers , ou des deffus s'ils font plus courts.
Voyei Jeux.
■ Sommier de grand orgue , & en général îout/0,7;-
]mhr d'orgue eft la partie de l'orgue fur laquelle les
tuyaux font rangés , & qui leur diftribue le vent,
Unfommkr eft compolé de plufteurs parties. Pour
frire unfomrnier , il faut prendre du bois d'Hollande ,
ou de Vauge (le plus fec eft le meilleur), le refendre
&c le corroyer, c'eft- à-dire le blanchir avec le rabot.
On le laiffc cnfuite trois femaines ou un mois dans
(quelque endroit; comme , par exemple, un grenier
expofé aux variétés de la température de l'air, pour
lui laiffer faire fon effet.
Après que le bois eft parvenu à fon état de repos,
on le dreffe bien de tous côtés , & on en fait un
chaiTis , AB^ C D ^ fg. 2. Orgue , dont les côtés
AC^ B D ^ s'appellent la largeur ou \z profondeur du
chaffh , & les côtés J B ^C D la longueur du même
chiijp.s ; ces derniers côtés font entaillés i\ leur partie
intérieure, comme //i^; les entailles aufTi-bien parles
denticules/t qui les fcparent fuivent le diapafon.AV><;^
Diapason. Après que les deux longs côtés du chaf-
lis , qui eft alfemblé à queue d'hironde , ou à tenons
ik raortaifes , font entaillés , on fait des barres G //,
FE , auffi longues que la largeur du chafTis , & d'un
équarriftagc égal à celui de l'entaille qu'elles doi-
vent remplir exadlcment pour faire tenir ces byrres
dans leurs entailles; on les colle & on lès cloue
avec des clous d'épingles; les barres & ks intervalles
qu'elles laiffcnt cntr'èllcs , qui s'appellent ^ruvurci ,
Tome XKk
oBave.
doivent fuivre le diapafon ; les entailles j comme dn
a dit, ont la môme largeur que les barres qui doivent
les remplir exadement , & les denticules la niômie
largeur que les gravures auxquelles elles cQfr.efpon-
dent. -r,. - ' \
Après que le chaftis & les barres font affemblés j
on drefié le defîViS &le deffous, & on applique fur le
deffus une table a B c d ,fig. j. Orgue. Cette table eft
auift faite de bois d'FloUandc , que l'on colle et
l'on cloue fur le chaffis & les barres. Lorfque la ta-
ble eft collée & léchée, on retourne \q fommier ^
enforte que les gravures foient en-defliis , 6c Ton
verfe dedans un plein chaudron de colle , .pour en-^
duire & fermer tous les joints & pores des bois ; on
réitère jufqu'à trois fois la môme opération , obfer?
vant que pour le premier enduit la colle foit très~
claire , pour le fécond un peu plus forte , & pour le
troifieme affez épaiffe.
Lorfque les enduits de colle-forte font féchés , 6n
ajuile des morceaux de bois x x , fig. 2. épais feule^
ment d'une ligne & demie ou deux entre les barres
H G , E F , du fommier : ces morceaux de bois qui
font à l'affleurement des barres , doivent être éloi-
gnées de la barre de devant du chafîis d'une diftance
JIx , Fx , B X , moins grande de quatre lignes que
les foupapes n'ont de longueur.
Après qiie ces morceaux de bois font collés, on
colle des bandes de vélin ( voye^ Vélin) fur la paiv
tie du chaffis AB xx y fig. 2. Orgue. Ces bandes dé
vélin couvrent la barre antérieure A B ^ les parties
H X , Fxj B X , des traverfes H G , FE , & les épail-
XcmQVïs X x qui bornent le plan des foupapes. Lorf-
que les bandes de vélin font collées & léchées , on
colle de la peau de mouton fur toute l'étendue
X X D C ; ce qui achevé avec le parchemin des fou-
papes de couvrir tout le deffous du fommier. Pour
faire étendre la peau & rechauffer la colle , on fe fert
d'un linge trempé dans de l'eau bouillante , que l'on
exprime avant de l'appliquer fur la peau ; ce qui
donne le moyen de la pouvoir étendre à Ion gré ^
voyei la. fig. 4. N L M K.
Pour faire les foupapes , on prend du bois d'Hol-
lande très-fec , on le dreffe & on lé dégauchit de
tous côtés ; les foupapes doivent avoir de longueur
quatre lignes de plus que l'ouvertuve k x,fig. 2; ÔC
auffi quatre hgnes de plus de largeur que la gravure
fur laquelle elle doit être appliquée ; on abat enfuité
lesfaceslatérale,';en taludouen glacis, enforte que les
deuxlonguesfaceslatéralesi?C',74V 8. & fon oppo-
féc ne foient éloignées que d'une ligne ou luie ligne
o£ demie du trait de Icie « o de la fou pape ; on donné
à la face E^D une inclinaifon fèmblable , & à fon
oppofé qui efl la queue, celle de quarante-cinq ^;en-
f uile on met des anneaux de fil-de-fcr iur la partie dé
devant. Ces anneaux doivent être placés i\ l'extré-
mité antérieure o du trait de fcie oa , voyaz f, fig. $i
&:la foupape eft achevée; on colle entiiite deffous uri
morceau de peau de mouton A , fig. S. par le côte
glal)rc , enforte que le côté du duvet foit tourné aii-
dehors ; ce morceau de peau doit erre d'un pouce oit
un «Se denfi plus long que la foupape , & excéder dé
celte c|uaiuité du coté de la queue ; ces morceaux
V V
3?'
S O M
de peau que l'on colle iur les pièces x x de \zfig. 2.
fervent de charnière aux loupapes , fur la queue ou
face portérieure dofquellcs on colle un morceau de
la même peau , qui couvre cette tace &: la charnière
C B ,fg. S. Ce morceau empêche que la loupapc ne
fe décolle de la peau qui couvre toute la face inté-
rieure. Avant d'appliquer les foupapes fur les places
<jui leur conviennent , on perce 6c découpe avec un
couteau le vélin qui forme les gravures en ces en-
droits, ainfi qu'on peut voir aux ouvertures aaaa&
de la 1i§. 4. Après que les foupapes font ainfi collées,
comme on peut voir c\\ h b b ^ on met à chacun de
leur côté une pointe de laiton ou de Hl-de-fer ccc
vers la partie antérieure : ces pointes fervent à guider
la foupape dans fcs mouvemens , cnforte qu'elle re-
tombe toujours fur l'ouverture a de la gravure.
Lorfque les loupapes font faites & montées fur
lefommier, on fait la boîte FE , ^g. 4. 6'. y. g. 10.
appelléc /u'/e , qui les enferme, laquelle n'a que trois
côtés : le côté F , Jîg. 6\ ^ _9 . eft une planche de bois
de chaîne de trois ou quatre pouces de large, ôcaulfi
lontj; que Xcfonnnur. Cette barre eft appliquée & col-
lée Yur les pièces x , fur une partie defqiielles les
peaux des foupapes font aufli collées. Le côté F, op-
pofé à cette barre , s'appelle devant de laie : il eft com-
pofé de deux planches entaillées à mi-bois dans tout
leur circuit. Cette entaille du drageoir eft faite avec
«n guillaume , aulTi-bien que celui du chaffis qui re-
çoit ces deux devants de laie , voye^ \zfig €. qui eft
le profil , & les/«'. y.& 10. les devants de la laie font
revêtus de peau collée par fon côté glabre fur toute
la furface qui regarde l'intérieur de la laie pour la
fermer cxaftement ; chaque pièce du devant a deux
anneaux G G ^fig. 7. 10. 14. qui fervent à la pouvoir
retirer , quand on veut rétablir quelque foupape.
Les devans de la laie font retenus dans leur cadre
par des tourniq'aets de fer pp ,fig. y. le deflbus de la
laie , qui eft le côté oppofé aux foupapes, eft aftem-
blé à rainure & languettes , avec le fond E de la laie,
&: à tenons & à mortaifes , avec les trois morceaux
de bois E FE , qui forment avec Xtfommier les deux
cadres entaillés en drageoir dans tout leur pourtour,
qui reçoivent les deux devants de laie. A la partie
intérieure du deftbus de la laie eft collée une barre
de bois m , fig. 6. aufti longue que l'intérieur de la
laie : cette barre eft traverfée par des traits de fcie
m m^fig. y. parallèles & direélement placés vis-à-vis
ceux des foupapes qui doivent les regarder ; ces
traits de fcie , tant ceux des foupapes que de la barre
de bois m , qu'on appelle guide , fervent à loger un
reftbrt/o' t ,fig. 6. & cf. Ces reflbrts qui font de lai-
ton le plusélaftique que l'on puiffe trouver, ont la
forme d'un U d'Hollande majufcule : les deux extré-
mités de CCS reflbrts font le crochet vers la partie
extérieure ; ces crochets entrent dans des trous ft
Î)ercés , l'un dans le trait de fcie de la foupape , &
'autre vis-à-vis dans le trait de fcie du guide. Ces
reflbrts auxquels le guide fert de point d'appui fer-
vent à renvoyer la loupape vers \tfommier , & à l'y
tenir appliquée ; entre le guide ot & le devant de la
laie , il doit y avoir des trous de; ces trous fervent
à pafler les bourfcîtes d e , qui communiquent aux
foupapes par le moyen des S , ej\ qui tiennent par
une de leurs extrémités aux anneaux/des foupapes,
& par l'autre aux anneaux fupérieurs e des bourfet-
tes. yoyei BouRSF.TTE. Les foupapes font tirées par
les touches du clavier par le moyen des targettes qui
vont des bourfettes à l'abrégé , & de celles qui vont
de l'abrégé aux touches du clavier, f^oye^^ Abrégé.
Un des bouts de la laie eft bouché , & l'autre bout
aime ouverture quarrée E D ,fig. 14. entaillé en
drageoir , comme les cadres qui reçoivent les de-
vants de laie : cette ouverture ferî à recevoir le
porte-vent qui vient des foufflets. f^oyf^SovicfkiTS
^ P0flTE-V£NT £)£ fiOIS,
S O M
Le deflTus de la table du fommier eft garni d'autant
de tringles H H , Jig. y. 6c une de plus qu'il doit y
avoir de jeux fur iejb/nmier. Ces tringles qui font de
feuillet font collées 6c clouées fur la table , & doi-
vent crolfer les gravures ; on les appelle régi (Ires dor-
mais , à caufe des regiftres qui font placés entr'cux.
^oye^ Registres DORMANs. Les regiftres , ainfi
nommés de regere, rego, gouverner, parce qu'en effet
ils gotivernent le vent qui anime l'orgue, font des
règles M N , Jig. 10. & 1 1. de bois de feuillet très-
fec : ces règles doivent occuper toute la largeur que
laiflTent entr'eux les regiftres dormans , entre deux
defquels elles doivent couler facilement ; on coll«
fous le regiftre de la peau de mouton par le côté
glabre : le duvet doit être tourné du côté de la table
dufommier , fur laquelle le regiftre doit pofer. Les
fadeurs de Flandre ordinairement ne mettent point
de peau fous les regiftres , mais ils dreflent fi bien la
table d\i fommier 6c le regiftre , que l'air ne fauroit
trouver entre deux aucun paffage ; cependant la mé-
thode de les garnir de peau eft préférable , car pour
peu que le bois travaille ou gauchifle, le vents'inr
troduit d'une gravure dans une autre , ce qui pA-
duit un cornement infupportable.
Après que les regiftres font placés fur le fommier
entre les tringles BIf, appelles regijhes dormans y
on les égaille à la hauteur de ces tringles , & on
met des épaulemens : les épaulemens A^O , MO font
des morceaux de bois auffi larges que le regiftre que
l'on colle fur fes extrémités , qui doivent excéder la
longueur dufommier d'un demi-pié de chaque côté:
les épaulemens doivent laiffer entr'eux une longueur
0 0 y jig. II. égale à toute la longueur A B d\i fom-
mier , & à la moitié de la dlftance qui fe trouve en-
tre le milieu d'une gravure & le milieu de celle qui
eft à côté. Par-deflTus les regiftres & leurs guides , les
regiftres dormans , on met une table ab c d , fig. ^,
& 10. de bois d'Hollande ou de Vauge, qu'on ap-
pelle chape ; les chapes qui font épaiflTes au-moins
d'un pouce , fervent à recevoir les tuyaux par leurs
pies qui entrent dans des cavités hémlfphérlques.
Foyei PiÉ de tuyau d'orgue. Pour trouver fur la cha-
pe, qui doit être arrêtée fur \e fommier par les qua-
tre coins avec des chevilles , les places des tuyaux ,
il faut tracer des lignes ux,fg. 10. ces lignes doi-
vent répondre fur le milieu des gravures & des lignes
1 y^ cjui doivent répondre fur le milieu des regiftres.
Pour tracer les premières , il faut, avant d'avoir col-
lé la table du fommier fur les barres , avoir tracé fur
les longs côtés du chaflls les points ft , qui répon-
dent à la gravure , divifer enfuite l'efpace// en deux
parties égales au point r , mener avec l'équerre des
menulfiers la ligne droite r u perpendiculaire au
plan de la chape , faire la même opération à l'autre
extrémité x , 6c k toutes les gravures , tirer enfuite
les lignes ux ^ ux^ qui répondront fur le milieu del
gravures. Pour tracer les autres lignes :[ y , il faut
prolonger fur les côtés de la chape les têtes des re-
giftres dormans , & divifer l'efpace qu'elles lalfleront
entr'elles en deux parties égales , mener par les points
de divifion les lignes ly, ly , qui répondront di-
redement fur le milieu des regiftres : les interférions
des lignes m a:, ^ j, font les endroits ou il finit percef
avec un vllbrequln les trous , lefquels fe rencontre-
ront perpendiculairement fur les gravures dans lef-
quelles ils doivent déboucher : la chape , le regiflre
6c la table du fommier doivent tous trois être per-
cés. Il faut obferver qu'un des épaulemens doit por-
ter contre la table dufommier, l'autre épaulement
qui eft celui oii la bafcule du mouvement prend,
foye^ Mouvement, doit en être éloigné de l'autre
côté de la moitié de l'intervalle nu ou xx, que nous
avons dit être l'excès de la longueur 0 o du regiftre,
fg. II. fur celle de l». t«i^l« dufommier. Après avon
s O ]V;
bercé les trous , on les agrandit , &: on les brûle avec
des fers chauds pour les approprier ; les trous des
baiîes qui doivent avoir Une certaine grandeur , fe
font quarrcs par-deflbus les chapes , & on les équar-
riî julqu'à la moitié de l'épaiiTeur de la chape ; dans
l'autre moitié de la chape , on les arrondit pour rece-
voir le pié des tuyaux. Ceux des regiftres & de la
table lont qwarrés dans toute l'épaifleur de ces pie-
ces ; on fait ces trous des baffes avec un cifeau de
nienuifier , c'eft même à caufe qu'on les fait avec un
cifeau qu'ils font quarrés ; leur figure au refte eft
affez indifférente ; on les fait avec un cifeau , à caufe
de l'inconvénient qu'il y auroit de les brûler avec un
fer chaud affez gros pour les creufer , la chaleur con~
fidérable d'un gros morceau de fer étant capable de
Paire éclater le bois. Un regiffre eft ouvert lorfque
l'es trous répondent vis-à-vis ceux de la table dnfom-
mkr & ceux de la chape , ce qui établit la commu-
nication de ces derniers à la gravure. Foye^ D D ^
fîg. 12. Orgue. Il eft fermé lorfque le regiftre eft en-
foncé , enioite que les intervalles de fes trous abcdef,
ig. II. répondent entre les trous correfpondans de
a table & de la chape. J^oye:^ e c ^fig. /2 ; ce qui em-
jêche la communication du vent de la gravure aux
:rous de la chape. Quant à l'arrangement des jeux ,
l faut favoir qu'un jeu eft pofé fur un feul regiftre ,
félon la largeur à\i fommur : le premier jeu que l'on
3ole eft lur le devant du fonwiier , qui eft le côté de
a laie marqué î ,Jîg. 5». on met la montre de 16
DÎés enfuite furie regiftre marqué II , le bourdon de
16 ou 8 pies bouché fonnant le 16. Pour entendre
:e que c'eft qu'un 1 6 pies , un 8 pies bouché fonnant
e 16 , voyei l'article Jeux , & leurs articles particu-
iers , enfuite le grand cornet, & félon l'ordre de la
:able fuivante.
Arrangement des jeux fur lefômmier.
Noms cLls j^ux.
u
-o
o
'ê
11
Oh
O
I.
II.
ni.
IV.
V.
Vî.
VII.
VïtI.
IX.
X.
XI.
XII.
XIII.
XIV.
X V.
XVI.
IXVII.
Montre de 16 pies.
(Bourdon 1 6 ou 8 pies bouché.
îGrand cornet.
(Bourdon de 8 ou 4 pies bouché.
Huit pies ouverts ou huit pies en refo-
nance.
jPreftanté
Flûte.
Double tiercé;
Nazard.
Doublette.
Quarte de nazard;
Tierce.
Double trompette;
Trompette.
Cromorne.
Clairon.
Voix humaine.
Pour éviter la confufion parmi tant de jeux, on
fait Icfommitr du grand orgue en deux parties , & on
place les baffes aux côtés extérieurs de chaque partie
vers les bafcules des mouvemens , enforte que les
plus grands tuyaux font vers les côtés de l'orgue , &
les petits au-defliis dans le milieu oii l'on fait un poot
ftir lequel on pofe les fommUrs de cornet & de la
trompette du récit, & quelquefois jiufti les chapes
fie h fourniture Se de la cimbalà, lo^f^ti'on ne les met
pas fur Xcfommier. Foye^Cartide de ces jeux.
Pour faire tenir tous ces jeux çiebout fur les cha-
pes des yà;?2/nieri dans les trous dcfquels ils ne font
que pofer , on met des faux fommiers abcd^fgi^^
qui font des planches de feuillet d'Hollande que l'on
perce avec les tarières pointues des charrons d'au-
TomcJCF
S O M 339
tant de trous c e qu'il y en a à la chape du fa'mmier ■;
ces trous qui doivent être affez grands pour que le
tuyau HK puifle y entrer , doivent avoir leur cen-
tre perpendiculairement au-deflus de celui des trous
de la chape , vis-à-vis defquels ils fe rencontrent,
t'our trouver la place du centre de ces trous on tra-
ce fur le (dux fommier les mêmes lignes u x {j' qu'on
a tracées fur la chape ; &c aux interférions de ces
lignes on perce des trous avec un vilebrequin que
l'on accroît avec un autre dont la mèche eft plus
greffe, & avec les tarières pointues, jufqu'à ce que
les tuyaux puiffent y entrer ; après on place le faux
foinmicr fur \tfommier à environ un demi-pié de dif^
tance ; on le fait tenir par quatre piliers fixés aux qua-
tre coins avec des vis ; on place enfuite les pié.<i
des tuyaux dans les trous du (aux fommier , & on les
fait entrer dans les trous des chapes , comme les
tuyaux K H. On doit remarquer que la bouche des
tuyaux doit toujours être en-deffus àwïawx fommier i,
& que par conféquent il faut que les pies des tuyaux
foient quelques pouces plus longs que la diftancede
\àc\và^^ç. A B CD ZMÏ-àwxfammierabcd.
Il fuit de cette conftrudion qu'après que la laie eft
remplie du vent des foufïlets , ft l'organifte abaiffe
une touche du clavier ( qui par le moyen de fa tar-
gette fera tourner un rouleau de l'abrégé lequel par
le moyen d'une autre tîirgette tirera une foupape , &
la fera ouvrir ) , que l'air condenfé contenu dans la
laie entrera dans la gravure dont la foupape eft ou-
verte , &: paffera de-là par le trou de la table & du
regiftre qui fera ouvert dans le trou correfpondant
de la chappe , d'oii il entrera dans le tuyau par le
trou de fon pié: ce qui le fera parler. Voyei l'expli-
cation de la manière dont le vent fait parler les
tuyaux , à \ article Bourdon de seize & au mot
Jeux.
hç fommier du pofitif diffère peu de celui du grand
orgue ; toute la différence eft que la laie E F , fig.
iz , eft en-deflus du côté de la table , & que les fou-
papes s'ouvrent en foulant en-deffous par le moyen
des petits bâtons 0 n , qui portent fur le haut des baf-
cules du pofitif. Voye:^^ BASCULE DU POSITIF & PO-
SITIF.
Sommier , ( Maréchal ) on appelle ainfi un che,-
val de fomme.
Sommier , terme de Parcheminier , c'eft urie peau
de veau , qui couvre la herfe , ou métier des parche-
miniers , & qui foutient la peau qu'on travaille, dans
le tems qu'on la rature.
Contre -fommier , eft une peau de parchemin ea
coffe, qu'on pofe entre le fommier &c la peau qu'on
rature , afin que le fer trouve plus de facilité à mor-
dre, ^oyef Parchemin.
Sommier^ terme de Tonnelier , c'eft ainfi qu'on
nomme les cerceaux doubles , qui fe placent aux
deux extrémités d'une futaille ^ & immédiatement
fur le jable , afin de lui donner plus de force.
SOMMIERE , f. f. ( Manuf de lainage. ) forte d'é-
toffe toute de laine, tant en chaîne qu'en trame croi-
fée , chaude , 6c mollette , qui n'eft autre chofe qu'u-
ne efpece de ferge un peu lâche , tirée à poil , tan-
tôt d'un feul côté , & tantôt des deux côtés , dont
I on fefert à faire des doublures pour l'hiver. (Z>. /.)
SOMMIERES , {Géog. mod.) en latin vulgaire Su-
merium ; petite ville de France, dans le Languedoc,
fur la Vidourle , à deux lieues de Nîmes. Les cal-
viniftes en avoient fait une forte place ; c'eft encore
aujourd'hui un gouvernement particulier dans le
Languedoc. Long, 21. 4j. laiit. 4^,65. (^D.J.^
SOMMISTE , f m. ( Chancel. rom. ) c'eft le prin-
cipal miniftre de la chambre romaine , pour l'expé-
dition des bulles; il en fait faire les minutes, les fait
recevoir , & plomber, (Z?. /.)
SOMMITÉ i f. f. ( Gram. ) extrémité fupérieure
y V i)
340 S O
d'un objet. Il fe dit particulièrement de la pointe des
plantes , f^oyei Sommet, 6c du haut des collines. La
Jhmmiti àc cette colline.
SOMMONA-KODOM, (.m.(Hip. mod.fupcff-
■ùtion. ) c'elt un peribnnage tameux , qui eft l'objet
de la vénération , & môme du culte des Siamois ,
deshabitans de Laos , & du Pégu. Suivant les tala-
poins, ou prêtres liùmois, le nom propre de cet hom-
me eft Kodom , 6cjor/imonaûon'\hckfolieainou\c
reH^icux des bois , parce que ce légillateur, devenu
l'idole des Siamois, étolt un farmune ou-fammun?^ de
la côte de Malabar ou de Coromandel , qui leur ap-
porta la religion qu'ils fuivent aujourd'hui , &: qui
ert préchée par les talapoins l'es dilciples. On croit
quv.' cet homme , ou ce dieu , eft le môme que Pouti-
fat ou Budda , nom qu'on lui donne en différentes
parties de l'Inde : on prélumc aulU que c'ell: lui qui eft
adoré par une l"c£ie de Chinois qui l'appellent Sha-
ka , ou Shi kia. Quoi qu'il en loit de ces opinions ,
les prêtres fiamois tbnt une hiftoirc non moins mer-
velllcu(e que ridicule, de leur légillateur ; ils dil'ent
qu'il ell né d'une ileur , lortie du nombril d'un en-
fant qui tnordoit le gros doigt de Ion pié , & qui lui-
même n'étoit que la feuille d'un arbre nageant à la
furface des eaux. Malgré cela , les Siamois ne laif-
fent pas de donner à Sommona kodorn , un père qui
étolt roi de Tanka , ou de Ceylan, 6c une mère ap-
pellée Maku ou Muryu , ou fuivant d'autres, Man-ya.
Ce nom a attiré l'attention des milfionnaires chré-
tiens qui ont été à Siam ; il a fait croire aux Siamois
que Jeûis-Chrift étolt un frère de Sommona-kodom ,
qu'ils appellent le méchant Tluvitat , qui, félon ces
aveugles idolâtres, eil tourmenté en enfer, par un
fupplice qui a du rapport avec celui de la croix.
Sommona-kodom mourut , fuivant les annales de
Siam , 544 ans avant l'ère chrétienne; les talapoins ,
dont le but principal ell de tirer de l'argent du peu-
ple , qu'ils fédulfent , affurent que non-content d'a-
voir donné tout fon bien aux pauvres , n'ayant plus
rien , il s'arracha les yeux , & tua fa femme &: fes
enfans , pour les donner à manger aux talapoins.
Ces charités fi inouïes dégagèrent le faint homme
detous les liens delà vie : alors il fe livra au jeûne,
à la prière , & aux autres exercices qui mènent à la
perfcftion ; il ne tarda point à recevoir la recom-
penfede fes bonnes œuvres ; il obtint une force de
corps extraordinaire , le don de faire des miracles ,
la faculté de fe rendre auffi grand & aufîl petit qu'il
vouloit , celle de dlfparoître ou de s'anéantir , &
d'en fubftltuer un autre à fa place ; il favoit tout , con-
noilToit le pafTé & l'avenir ; il fe tranfportoit avec une
promptitude merveilleufe, d'un lieu dans un autre ,
pour y prêcher fes dogmes. Suivant les mêmes tra-
ditions, ce prétendu prophète eut deux difciples ,
qui p.irtagent avec lui la vénération & le culte des
Siamois ; l'un deux pria un jour fon maître d'éteindre
le feu de l'enfer , mais il ne voulut en rien faire , di-
fant que les hommes deviendroient trop méchans ,
fi on leur ôtoit la crainte de ce châtiment. Malgré fa
fainteté , Sommona-kodom eut un jour le malheur de
tuer un homme; en punition de ce crime , il mourut
d'une colique, qui lui vint pour avoir mangé delà
viande de porc ; avant de mourir , il ordonna qu'on
lui érigeât des temples & des autels, après quoi il alla
\o\\\x ùw ninupan , c'ell-à-dire , de l'état d'anéantlf-
fement dans lequel la théologie fiamoife fait confifter
la félicité fuprème ; là, il ne peut faire ni bien ni
mal ; cela n'empêche point qu'on ne lui adrclTc des
vœux. Les Siamois attendent la venue d'un fécond
Sommona-kodom , prédit par le premier ; ils le nom-
ment Pra-naronc ; il fera fi charitable , qu'il donne-
ra fos deux fils à manger aux talapoins ; action qui
mettra le comble à ies vertus, f^oje^ la Loubcre ,
hijï. & defcript. de Siam,
S O M
SOMNAMBULE, 6- SOMNAMBULISME, f.thk
( Médecine.) ce nom formé de deux mots latins, /ô«.
/;«î, fomined, 6zami<u/o, je me promené, fignifie litté-
ralement i'adion de {^promener pendant le jommcïl ;
mais on a étendu plus loin la fignification de ce mot
dans l'ulage ordinaire , & l'on a donné le nom gé-
nérique àQjo/nnumbulifmc , à une cfpece de maladie
cl'aifetHon, ou incommodité fmguliere , qui confif-
tc en ce que les perfonnes qui enlont atteintes , plon-
gées dans un prorbnd/(;72wi7V,fe promènent, parlent,
écrivent , 6l font ditfeventcs aillons , comme fi elles
étoientbien éveillées, quelquefois même avec plus
d'intelligence & d'exactitude; c'ell cette faculté &
cette habitude d'agir endormi comme éveillé , qui
ell le caractère diliinâir' du fojnnambuUfme ; les va-
riétés nalflent de la divcrfité d'aélions , & font en
conléquencc aaili nndtipliées que les aft ions dont les
hommes lont capables , 6i. les moyens qu'ils peuvent
prendre pour les faire ; elles n'ont d'autres bornes
que celles du poliible , &. encore ce qui paroit im-
poifible à l'homme éveillé , ne l'eli point Guci^ue-
tois ^oWï {QjoinnarnbuU ; Ion imagination échauffée
dirige feule 6c facilite fes mouvemens.
On voit louvent des fomnambuUs qui racontent
en dormant tout ce qui leur eit arrivé pendant la
journée ; quelques-uns répondent aux queftlons qu'-
on leur fait ^ & tiennent des difcours très-fuivis ; il
y a des gens qui ont la malhonnêteté de profiter de
l'état où ils fe trouvent , pour leur arracher, malgré
eux, des fecrets qu'il leur importe extrêmement de
cacher ; d'autres fe lèvent , compofent , écrivent
ou fe promènent, courent les rues, les maifons; il y
en a qui nagent &: qui font des adions très-périlleu-
{qs par elles-mêmes , comme de marcher fur le bord
d'un toit l'ans peur , & pi;i--là fans danger ; ils ne rif-
quent que de s'éveiller , & ficela leur arrive , ou par
hafard , ou par le fecours funefte de quelque per-
fonne imprudente , ils manquent rarement de lé tuer.
Quclc^ues/omnambules ont les yeux ouverts , mais il
ne paroît pas qu'ils s'en fervent ; la plûpa'rt n'ont en
fe réveillant aucune idée de ce qu'ils ont fait étant
endormis , mais ils fe rappellent d'un fommeil à l'au^
tre , les aillons des nuits précédentes ; il femble
qu'ils aient deux mémoires , l'une pour la veille, &C
l'autre pour le fommeil. Lorfqu'on luit quelque terres
un fomnambuUi on volt que leur fommeil, fi fem-
blable à la veille , offre un tiflli farprenant de fm-
gularités : il ne manque pas d'obfervations étonnan-
tes dans ce genre ; mais combien peu fontfaites exac-
tement, ôi racontées avec fidélité ? ces hilloires font
prefque toujours exagérées par celui qui en a été le
témoin ; on veut s'accommoder au goût du public,
qui aime le merveilleux , & qui le croit facilement;
& à mefure qu'elles pafTent de main en main , elles
fe chargent encore de nouvelles circonftanccs, le
vrai fe trouve obfcurci parles fables auxquelles il efl
mêlé , & devient incroyable ; il impotte donc de
choifir des faits bien confiâtes , par la vue & le té-
moignage d'un obfervateur éclairé. LaifTiint donc à
part tous les contes imaginaires , ou peu prouvés ,
qu'on fait liir \qs fomnambuUs^ je vais rapporter quel-
ques traits linguliers , qui pourront fervir à faire
connoître la nature de cette affedlon , dont la vérité
ne fauroit être fufpede ; je les tiens d'un prélat illuf-
tre ( M. l'archevêque de Bordeaux), auffi diftln-
gué par lés vertus , que par la variété & la jufleffede
fes connoiffances ; fon nom feul fait une autorité ref-
pedable , qu'on ne fauroit reculer.
Il m'a raconté qu'étant au férainalre, il avoit con-
nu un jeune eccléfialtique fomnambuh : curieux de
connoître la nature de cette maladie , il alloit tous les
loirs dans fa chambre , dès qu'il étoit endormi ; il vit
entre autres chofes , que ceteccléllafllque fe levoît,
prcnoit du papier , compofoit , & écrivoit dos fer-
s O M
mons ; îorfqu'il avoit fini une page, il la reîi{oît tout-
haut d'un bout à l'autre (il l'on peut appeller relire,
cette aftion foite fans le iecours des yeux ) ; û quel-
que choie alors lui déplaiibiî , il le retranchoit , &
écrivoit par-defliis , les correftions , avec beaucoup
de juftefle. J'ai vu le commencement d'un des fer-
mons qu'il avoit écrit en dormant , il m'a paru afîez
bien fait, & correâement écrit : mais il y avoit une
correûion qui étoit furprcnante ; ayant mis dans un
endroit cedlvin enfant , il crut en lu rdifant ^ devoir
fubftituer le mot adorable à divin-^ pour cela il effaça
ce dernier mot , & plaça exadement le premier par-
delfiis ; après cela il vit que le ce , bien placé devant
divin , ne pouvoit aller avec adorable , il ajouta donc
fort adroitement un t à côté des lettres précédentes ,
de façon qu'on lifoit ctt adorable cnfunt. La même
perfonne , témoin occulaire de ces faits , pour s'af-
îiirer fi \ç fomnambuU ne faifoit alors aucun ufage de
fes yeux , mit un carton fous fon menton , de façon
à lui dérober la vue du papier qui étoit far la table;
mais il continua à écrire fans s'en appercevoir ; vou-
lant enfulte connoître à quoi il jugeoit de la préfen-
ce des objets qui étoient fous fes yeux , il lui ota le
papier fur lequel il écrivoit, & enfubiHtua plufieurs
autres à différentes reprifes , mais il s'en apperçut
toujours , parce qu'ils étoient d'une inégale gran-
deur : car quand on trouva un papier parfaitement
femblable , il le prit pour le fien , & écrivit les cor-
reftions aux endroits correfpondansàcelui qu'on lui
avoit ôté ; c'eft par ce flratagème ingénieux , qu'on
eft venu à bout de ramaffer quelques-uns de fes écrits
no3:urne5. M. l'archevêque de Bordeaux a eu la bon-
té de me les communiquer ; ce que j'ai vu de plus
étonnant, c'efl delà mufique faite affez exaûement ;
une canne lui fervoit de règle , il traçoit , avec elle ,
à diilance égale, les cinq lignes néceffaires , mettoit
à leur place, la clé, les bémols ^ les diéfis , enfuite
marquoit les notes qu'il faifoit d'abord toutes blan-
ches , & quand il avoit fini , il rendoit noires celles
qui dévoient l'être. Les paroles étoient écrites au-
delTous. Il lui arriva une fois de les écrire en trop
gros carpfteres , de façon qu'elles n'étoient pas pla-
cées diredement fous leur note correfpondante ; il
ne tarda pas à s'appercevoir de fon erreur , & pour
la reparer , il effaça ce qu'il venoit de faire , en paf-
fant la main par-deffus , & refit plus bas cette ligne
de mufique , avec toute laprécifion poffible.
Autre fingularité dans un autre genre, qui n'efl
pas moins remarquable ; il s'imagina , une nuit au
milieu de l'hiver , fe promener au bord d'une riviè-
re , & d'y voir tomber un enfant qui fe noyoit ; la
rigueur du froid ne l'empêcha point de l'aller fecou-
rir, il fe jetta tout de fuite fur fon lit , dans lapoltu-
re d'un homme qui nage , il en imita tous les mouve-
mens, & après s'être fatigué quelque tems à cet exer-
cice , il fent au coin de Ion lit un paquet de la cou-
verture , croit que c'efl l'enfant, le prend avec une
main , & fe fert de l'autre pour revenir en nageant ^
au bord de la prétendue rivière ; il y pofe fon paquet,
& fort en friflbnnant & claquant des dents , comme
fi en effet il fortoit d'une rivière glacée ; il dit aux
affiilans qu'il gèle & va mourir de froid , que tout
fon fang eft glacé ; il demande un verre d'eau-de-vie
pourfe rechauffer , n'en ayant pas , on lui donne de
l'eau qui fe trouvolt dans la chambre , il en goûte ,
reconnoit la tromperie, ôc demande encore plus vi-
vement dcTeau-de-vie, cxpofantla grandeur du pé-
ril qu'il couroit ; on lui apporte un verre de liqueur,
ille prend avec plaifir, '6l dit en refléntir beaucoup
de foulagement ; cependant il ne s'éveille point , fe
couche, & continue de dormir plus tranquillement.
Cemême fornnambule a. (ourni un très grand nombre
de traits forts finguliers; ceux que je viens de rap-
porter , peuvent fufîire au but que nous nous fom-
S O M
^41
mes propofé. J'ajouterai feulement que ïorfqu'oA
vouloit lui faire changer de matière , lui faire quitter
desfujets trilles & déiagréables , on n'avoit qu'à lui.
paffer une plume fur les lèvres , dans l'inflant il tom-
boit fur des queltions tout-à-fait différentes.
Quoiqu'il Ibit très-facile de reconnoître le fom-
nambulifrne par les faits incomeflables que nous avons
détaillés, il n'eft pas alfé d'en découvrir la caufe &
le méchanifme; l'étymologie de cette maladie eltun
écueil funefle à tous ces faifeurs d'hypothèfes , à
tous ces deml-favans qui ne croient rien que ce qu'ils
peuvent expliquer , & qui ne fauroient imaginer que
la nature ait des myfteres impénétrables à leur faga-
cité , d'autant plus à plaindre que leur vue courte &
mal affurée , ne peut s'étendre jufqu'aux bornes très-
voifines de leur horifon ; on peut leur demander :
i*'. Comment il fe peut faire qu'un hommeenfe-
veli dans un profond fommeil , entende , marche ,
écrive , voie, jouiffe en un mot de l'exercice de fes
fens , & exécute avec jufleffe , divers mouvemens :
pour faciliter la folution de ce problème, nous ajou-
terons que le Çomnambule ne voit alors que les objets
dont il a befoin , que ceux qui font préfens à fon ima-
gination. Celui dont il a été queflion, Iorfqu'il com-
pofbitfes fermons , voyoit fort bien fon papier , fon
encre , fa plume , favoit diffinguer fi elle marquoit
ou non ; il ne prenoit jamais le poudrier pour l'en-
crier , & du refte il ne fe douîoitpas même qu'il eiit
quelqu'un dans fa chambre , ne voyoit & n'enten-
doit perfonne , à moins qu'il ne les interrogeât; il
lui arrivoit quelquefois de demander des dragées à
ceux qu'il croyoit à côté de lui, &: il les trouvolt fort
bonnes quand on lui en donnoit ; & fi dans un autre
tems on lui en eût mis dans la bouche , fans que fon.
imagination fût montée de ce côté-là , il n'y trou-
volt aucun goût , & les rejettoit.
2°. Comment l'on peut éprouver des fenfations
fans que les fens y ayent part ; voir , par exemple ,
fans le fecours des yeux : \e fomn.imbule àont nous
avons fait l'hiftoire , parolflblt évidemment voir les
objets qui avoient rapporta fon idée , Iorfqu'il tra-
çoit des notes de mufique ; il favoit exaftement cel-
les qui dévoient être blanches ou noires , & fans ja-
mais fe méprendre il noirciffoit les unes & confervoit
les autres ; & Iorfqu'il étoit obligé de revenir au haut
de la page , fi les lignes du bas n'étoient pas feçhes ,
il faifoit un détour pour ne pas les eflacer en paf-
fant la main deffus ; Il elles étoient affez feches, il né-
gllgeoit cette précaution inutile. Il etl bien vrai que
fi on lui fubilituolt un papier tout-à-fait fembla])le , il
le prenoit pour le fien ; mais pour juger de la reffem-
blance,il n'avoit pas befoin de paffer la main tout-au-
tour. Peut-être ne voyoit-il que le papier, fans dlf-
tinguer les carafteres. Il y a lieu de préfumer que les
autres fens dont il fe fervoit n'étoient pas plus dif-
pos que les yeux , &que quelqu'autrecaufe iûppléoit
leur inaftion ; oaauroit pu s'en affurer en lui bou-
chant les oreilles , en le piquant , en lui donnant du
tabac , &c.
3°. Comment il arrivoit qu'en dormant il fe rappel-
loit le fouvenirdece qui hii étoit arrivé étant éveillé,
qu'il fïit aufîî ce qu'il avoit fait pendant les autres fom-
meils , & qu'il n'en confervât aucun fouvenlr en s'é-
veillant : il témoignolt quelquefois pendant le fom-
meil fa furprife de ce qu'on l'accufbit d'être fomnani-
bule , de travailler , d'écrire , de parler pendant la
nuit ; il ne concevoit pas comment on pouvoit lui faire
de pareils reproches , à lui qui dormoit profonde-
ment toute la nuit , &c qu'on avol«^ beaucoup de pei-
ne à réveiller ; cette double mémoire efl un phéno-
mène bien metveillcux.
4". Comment il cft pofTiblc que fans l'aflion d'au-
cune caufe extérieure on Ibit affcfté aufli gravement
que fi on eût été expofé à ks ImprcfTions : notre/j'n-
341
S O M
nambulc , fans être forti de fbn lit, éprouva tous les
l'ymptomes qu'occalionne l'eau glacâe , prccilément
parce qu'il a cru avoir ctc ploni;c clans cette eau
quelque tems. Nous pourrions demander encore l'ex-
plication d'un grand nombre d'autres phénomènes
que Icsfomnamùules nousfournilïïnt , mais nous n'en
retirerions pas plus de lumières. Il faut convenir de
bonne toi qu'il y a bien des choies dont on ne lait pas
la railon , &c qu'on chercheroit inutilement. La na-
ture a les mylleres , gardons-nous de vouloir les
pénétrer , liir-tout lorVqu'il ne doit réluher aucune
utilité de ces recherches , à-moins de ne vouloir s'ex-
poler gratuitement k débiter des erreurs & des abfur-
dites.
Je vais plus loin : non-feulement on ne fauroit ex-
pliquer les faits que nous avons rapportés ; mais ces
phénomènes en rendent d'autres qu'on croy oit avoir
compris inexplicables , & jettent du doute & de
l'oblcurité fur des queftions quipaflent pour décidées ;
par exemple :
On croit communément que le fommeil confiflc
dans un relâchement général qui fufpend l'ufage des
fens & tous les mouvemens volontaires ; cependant
le fomnambuU ne fe fert-il pas de quelques fens , ne
meut il pas différentes parties du corps avec motif &
connolfîance de caufe? 6l le fommeil n'eft cependant
pas moins profond.
1°. S'il ne fe fert pas de fes fens pour obtenir les
fenfations , comme il ert inconteftable que cela arri-
ve quelquefois , on peut donc conclure avec raifon
que les objets même corporels peuvent , fans pafTer
par les fens , parvenir à l'entendement. VoilA donc
une exception du fameux axiome , nihil ejl in intd-
Icclu quod prias nonfuerit infenfu. Il ne faut pas con-
fondre ce qui fe pafle ici avec ce qui arrive en fcnge.
Un homme qui rêve , de même que celui qui eft dans
le délire , voit comme préfens des objets qui ne le
font pas ; il y a un vice d'apperception , & quelque-
fois de raifonnement ; mais ici les objets font préfens
à l'imagination , comme s'ils étoient tranfmis parles
fens , ce font les mêmes que le fomnambuk verrolt
s'il r'ouvroit les yeux & en reprenoit l'ufage. Ils font
exiftans devant lui de la même manière qu'il fe les
repréfente ; l'apperception qu'il en auroit par l'entre-
mife des fens ne feroit pas différente.
3^. Les plus grandes preuves que le philofophe
donne de l'exiftence des corps font fondées fur les
imprefîions qu'ils font fur nous ; ces preuves perdent
néceffairement beaucoup de leur force , fi nous ref-
fentons les mêmes effets fans que ces corps agiffent
réellement ; c'eft précifément le cas du fomnambule ,
qui gelé & friffonne fans avoir été expofé à l'aftlon
de l'eau glacée , & fimplemcnt pour fe l'être vive-
ment imaginé : il paroît par-là que les imprelTions
idéales font quelquefois autant d'effet fur le corps
que celles qui font réelles , & qu'il n'y a aucun figne
affurc pour les diftinguer.
4". Sans nous arrêter plus long tems fur ces confi-
dérations, qui pourroient être plus étendues & gé-
néralifées , tirons une dernière conféquence peu flat-
teufe pour l'efprit humain , mais malheureufemcnt
très-conforme à la vérité ; favoir , que la découverte
de nouveaux phénomènes ne-fait fouvcnt qu'obfcur-
cir ou détruire nos connoiffances , renverfer nos fyf-
tèmes , & jetter des doutes fur des chofes qui nous
paroiffoient évidentes : peut-être viendra-t-on àbcut
d'oter tout air de paradoxe à cette affertion ; que c'tft
le comble de la Icience que de /avoir avec Socrate
qu'on m fait rien.
Pour ce qui regarde la Médecine , il nous fuffit
d'être fondés à croire que tous ces phénomènes dé-
notent dans le fomnambule une grande vivacité d'i-
nKTglnation , ou , ce qui eft le même , une tenfion ex-
ceflive des fibres du cerveau , & une extrême fenû-
S O M
bllité. Les caufes qui difpofent à cette maladie foftt
peu connues i les médecins ne fe font jamais occupés
à les rechercher; ils fe lont contentés d'écouter com-
me le peuple , les hilloires mervelUeufes qu'on fait
fur cette matière. En examinant les perfonnes qui y
font les plus fujettes , on voit que ce font celles qui
s'appliquent beaucoup à l'étude , qui y paffent les
nuits , ou qui s'échauffent la tête par d'autres occu-
pations.
La fanté des fomnambuUs he paroît du tout point
altérée , leurs fondions s'exécutent avec la même
aifance , & leur état ne mériteroit pas le nom de ma-
ladie , s'il n'étoit à craindre qu'il n'empirât , que la
tenfion des fibres du cerveau n'augmentât & ne dé-
générât enfin en relâchement. La manie paroît de-
voir être le terme du fomnambuUfmc .^ peut-être n'en
eft-elle que le premier degré ôc n'en diffère pas effen-
tiellement.
Il paroît donc important de diffiper cette maladie
avant cju'elle lé foit enracinée par le tems, & qu'elle
fbit devenue plus forte & plus opiniâtre ; mais les
moyens d'y parvenir ne font pas connus , ils ne pa-
roiffent pas même faciles à trouver ; c'eft dans la mé-
decine rationnelle qu'il faut les chercher : les obfer-
vations pratiques manquent tout-à-fait ; l'analogie
nous porte à croire que ceux qui font propres à la
manie pourroient réulfir dans le fomnambulifnt.
yoyci Manie. C'eft encore une très-foible reffour-
ce ; car perfonne n'ignore combien peu les remèdes
les plus variés ont de prife fur cette terrible maladie.
En tirant les indications des caufes éloignées du fom-
namhuUjme^ &C de l'état du cerveau & des nerfs , il
paroît que la méthode de traitement la plus sûre doit
être de difTiper ces malades ^ de les faire voyager ,
de les diftraire des occupations trop féricufes , de leur
en préfenter qui foient agréables, & qui n'attachent
pas trop : on pourrolt féconder ces effets par les bains
froids,remedesexcellens 6c trop rarement employés,
pour calmer la mobilité du fyfteme nerveux. Quant
aux fomnambuks qui fe lèvent , & qui courent de
côté & d'autre ^ & qui rifquent par-là de tomber dans
des précipices , de fe jetter par !a fenêtre , comme il
arriva à un qui imaginant avoir dans fa chambre Def-
cartes , Ariftote & quelques autres philofophes , crut
tout-à-coup les voir fortir par la fenêtre , & fe dif-
pofolt à les accompagner , s'il n'avoit été retenu : il
faut les attacher dans leur lit , fermer exaftement les
portes , griller les fenêtres , & s'ils fe lèvent , les
éveiller à coups de fouet. Ce remède réufïït à bien des
perfonnes. Un jomnambuU fut aufïi guéri par un re-
mède que je me garderai bien de conlciller, ce fut en
fe jettant d'uae fenêtre fort élevée : 11 fe rompit le
bras , & depuis ne reffentit aucune atteinte de cette
maladie, (w)
SOMNIALES DU, { Mytholog.) c'étoient les
dieux qui préfidoient au fommeil , & qui rendoient
leurs oracles par les fongcs. Les favans n'ignorent
pas qu'il y avoit des dieux particuliers qui préfidoient
aux fonges , & qu'il y avoit des minillres prépofés
pour leur culte. M. Spon rapporte une inîcription
qu'il avoit copiée à Florence dans le palais deStrozzi,
où il eft parlé du culte d'Hercule , comme d'un dieu
quipréfidoit aux fonges. Cette infcription porte : cul-
tores HercuLis fomnialïs-yOXi trouve diverfes ftatuesdu
même dieu avec ces mots, deo fomniali.
Il eft peut-être difficile de déterminer par quelle
raifon les anciens croyoient qu'Hercule préfidoit aux
fongesril n'en eft pas moins certain qu'ils le croyoient,
& qu'on envoyoit les malades dormir dans fés tem-
ples , pour y avoir en fonge quelque agréable pré-
iage du rétabllffement de leur fanté. (Z>. /.)
SOMNIFERES, adj.(A/^f. mcd.) épithcte que
l'on donne aux remèdes qui procurent le fommeil;
tels font la çinogloflé , lajufquiame, la belladone,
s O M
cnites les efpeces de pavot. Cependant il y a des ali-
nens qui provoquent le iommeil ; tels font le lait ,
es alimens glutineux , le fuc ou le jus exprimé des
dandes des jeunes animaux , les liqueurs fermentées ,
k. enfin tous les efprits ardens : de-là vient que l'i-
Telle eft une efpece de fommeil.
SOMO, o« SKIMMl , ou FANNA , f. m. ( ffijî.
icu.Botan. ) qui lignifie \^ jlcur par excellence ; c'efl
m arbre l'auvage du Japon , il a des feuilles de lau-
ier, & des fleurs comme celles de la narcilTe. Son
îcorce eft aromatique. Il eft de la grandeur d'un de
los cerifiers , d'un bois roux , dur & fragile. Ses feuil-
es font difpofées en rond, autour de petites bran-
:hes , & fes fleurs font fituées à leur bout, Les bon-
;es de la Chine & du Japon mettent devant les idoles
\l furies tombeaux des feuilles de cet arbre en bou-
quets.
SOMPAYE , f. f. ( Monn. étrang.) c'eft la plus pe-
Ite monnoie d'argent qui fe fabrique à Siam. Elle
k^aut quatre à cinq fols monnoie de France, à pren-
ïre l'once d'argent fur le pie de fix livres.
SOMPI , f. m. ( Poids!) petit poids dont les habi-
:ant de Madagafcar fe fervent pour pefer l'or & l'ar-
jent. Lefompi ne pefe qu'une dragme ou gros , poids
le Paris ; c'eft néanmoins le plus fort de tous ceux
lont ces infulaires ont l'ufage , ne fâchant ce que
:'eû que l'once , le marc , ou la livre , & n'ayant
■len qui leur en tienne lieu , ou qui y réponde.Tout,
lors l'or & l'argeut , fe négocie par échange & par ef-
tîmation. Les diminutions du fompi font le vari ou
iemi-gros : le facare ou icrupule , le nanqui ou de-
ni-fcrupule-, & le nanque qui vaut fix grains. Le grain
;hez eux n'a point de nom. Savary. \D. 7.)
SOMPTUAIRES, lois, {Jurifpmd.) ce font des
lois faites pour reftraindre le luxe dans les habits , les
équipages , la table, &c. F'oyei Loi.
La plupart des nations ont eu dans différens tems
leurs lois fompiuaires : & il y en a qui font encore en
vigueur , comme chez les Vénitiens , les François ;
&c. Mais on remarque qu'il n'y a point de lois plus
mal obfervéesque les lois fompiuaires..
Les lois fompiuaires de Zaleucus, cet ancien légif-
lateur des Locriens , font fameufes. Elles ordon-
noient qu'une femme ne fe feroit point accompa-
gner dans les rues de plus d'un domeftique , à-moins
qu'elle ne fiât ivre ; qu'elle ne pourroit point fortir de
la ville pendant la nuit , à-moins que ce ne fïit pour
commettre la fornication ; qu'elle ne porteroit point
«For , ni de broderie fur fes habits , à-moins qu'elle
ne fe proposât d'être courtifane pubhque: que les
hommes ne porteroient point de franges ni de galons,
excepté quand ils iroient dans de mauvais heux ,
&c.
Les Anglois ont eu aufîi leurs lois fompiuaires ,
mais elles ont toutes été révoquées par le fîatut pre-
mier de Jacques L ou font tombées en défuétude.
Sous le règne de Charles IV. Cambden dit qu'on
avoit porté fi loin le luxe dans les chauflTures , qu'on
fut obligé de défendre aux hommes de porter des
fouliers de plus de fix pouces de largeur du côté des
doigts ; les autres habillemens étaient fi courts , qu'il
fut ordonné par le ftatut 25 d'Edouard IV. que tou-
tes perfonnes d'une condition inférieure à celle des
lords , porteroient des robes ou habits de telle lon-
gueur qu'elles pufl"ent , quand la perfonne eft de-
bout , lui couvrir les feffes.
Chez les Romains il y avoit quantité de lois fomp-
iuaires. La loi Orchid limitolt le nombre des convi-
ves dans les fêtes , fans limiter la dépenfe. La loi
Fannia ^ qui fut faite 32 ans après , ordonnoit que
dans une fête ordinaire on ne pourroit pas dépenfer
plus de 10 ai , & plus de 100 as dans les fêtes folem-
nelles , comme les faturnales , &c. & Gellius nous
apprend que 10 as étoient le prix d'im mouton , &
>i^o,celui d'un boeuf.
SON
343
La loi Dldia qui fut faite 18 ans après , ordonna
que les premières \.o\s fompiuaires (croient exécutées
non-feulement à Rome, mais même par toute l'Ita-
lie ; & qu'en cas de tranfgreflîon , non-feulement le
maître de la fête , mais auffi les convives feroient fu-
jets à l'amende. Foye[ Canicle Loi.
SOMPTUOSITÉ ,iA.(^ Gramm. ) magnificence
qu'on fe procure par de grandes dépenfes. Il n'eft
queftion chez les anciens que de lafompiuofiié de Lu-
cullus.
SOMTOU , ou SOMTOC , f. m. {Hift. mod.) c'eft
ainfi que les Chinois nomment les vice-rois des pro-
vinces. C'eft ime des plus éminentes dignités de
l'empire. Ils ont deux provinces fous leurs ordres ,
qui ont outre cela des gouverneurs nommés fu-y en.
SON , CAP DE , ( Géog. mod. ) cap dans la Médi-
terranée , fur la côte de l'île de Corfe , environ cinq
milles àl'oueft de l'entrée du ^ort àç S an- Bonifacio ;
c'eft une longue pointe avancée en mer vers le fud-
oueft. {D. J.)
Son , f m. ( Phyf ) eft une perception de l'ame
qui lui eft communiquée par le fecours de l'oreille :
ou bien c'eft un mouvement de vibration dans l'air ,
qui eft porté jufqu'à l'organe de l'ouie. Foye^ OuiE.
Pour éclaircir la caufe àvxfon , nous obferverons ,
1°. que pour produire \&fon , il faut néceffairement
du mouvement dans le corps fonore.
1°. Que ce mouvement exifte d'abord dans les
parties déliées & infenfibles des corps fonores , &
qu'il y eft excité par leur choc & leur collifion mu-
tuelle , ce qui produit ce tremblement qui eft fl facile
à remarquer dans les corps qui rendent \xnfon clair,
comme les cloches , les cordes des inftrumens de
mufique, &c.
3°. Que ce mouvement fe communique à l'air , ou
produit un mouvement femblable dans l'air ou dans
autant de fes parties qu'il y en a de capables de le
recevoir & de le perpétuer ; d'autant plus que le
mouvement des corps qui font à quelque diftance ,
ne peut point afFeâer nos fens fans la médiation d'au-
tres corps qui reçoivent ces mouvemens du corps
fonore , & les communiquent immédiatement à l'or-
gane.
Enfin que ce mouvement doit être communiqué
aux parties qui font les inftrumens propres & im-
médiats de l'ouie.
De plus, ce mouvement d'un corps fonore qui eft
la caufe immédiate ànfon^ doit être attribué à deux
caufes différentes ; ou au choc de ce corps & d'un
autre corps dur , comme dans les tambours , les
cloches , les cordes d'inftrumens , ou bien au batte-
ment & au frottement du corps fonore & de l'air
l'un contre l'autre immédiatement , comme dans les
inftrumens à vent , les flûtes, les trompettes , &c.
Mais dans l'un 6c dans l'autre cas , le mouvement
qui eft la fuite de cette aâion mutuelle , & la caufe
immédiate du mouvement fonore , que l'air porte
jufqu'à l'oreille, eft un mouvement prefque inienfi-
ble , qui fe fait remarquer dans les parties déliées
& infenfibles du corps par un tremblement & des
ondulations.
Pour expHquer ce méchanifme, on fuppofe que
tous les corps fenfibles font compofés d'un nombre
de parties petites & infenfibles , ou corpufculcs parfai-
tement durs & incapables d'être comprimés. Foye:^
Corpuscule.
Ces parties en compofent d'autres un peu plus £;ran-
des, mais encore infenfibles ; & celles-ci diiîerent
entre elles, félon les différentes figures &; l'union des
parties qui les compofent. Celle-ci conftituent en-
core d'autres mafl'es plus grandes & beaucoup plus
diftinguées des premières : &C des différentes combl-
naifons de ces dernières , font compofés ces corps
grolfiers qui font viiibles & palpables , &-c.
3 44
SON
Les premières & les plus petites ^îarties , comme
nous l'avons obl'ervc , font abfolument dures ; les au-
tres lont compre(ribles&; unies de telle forte , qu'é-
tant comprimées par une impuliion extérieure , elles
ont une force élaiHque ou rcltiiutive , au moyen de
de laquelle elles fe rétabliflont d'elles-mêmes dans
leur premier état, f^oj^i Élasticité.
Lors donc qu'un corps en choque un autre, les
petites particules par leur force élaliique fe meuvent
avec une grande vîrcfle , avec une forte de tremble-
ment &c d'ondulations, comme on l'obfcrvc facile-
ment dans les cordes des inftrumens de mufique, &
c'eft ce mouvement fonore qui efl porté jufqu'à l'o-
reille; mais il faut obferver que c'eft le mouvement
xnfeniible de ces particules , qu'on fuppofe être la
caufe immédiate dnfon; ôc même parmi celles-là,
il n'y a que celles qui font proches de la furface , qui
communiquent avec l'air ; le mouvement du tout ou
des parties plus grandes , n'y fervant qu'autant qu'il
le communique aux autres.
Pour fairo l'application de cette théorie, frappez
\ine cloche avec quelque corps dur , vous apperce-
vrez aifément un trémouffement fenfible fur la fur-
face qui fe répand de lui-même fur le tout , & qui cû
d'autant plus fenfible , oue le choc efl plus fort. Si
on y touche dans quclqu'autre endroit , le tremble-
jnent & le fon ceffe auili-tôt ; ce tremblement vient
fans doute du mouvement des particules infenfiblcs
qui changent de fuuation , & qui font en û grande
«quantité 6i.fi ierrées les unes contre les autres, que
nous ne pouvons pas appercevoir leurs mouvemens
féparémenr & dlftindement, mais feulement un ef-
pece de tremblemeiU ou d'ondulation.
Le corps fonore ayant fait fon impreiTion fur l'air
contigu, cette imprelfion çiï continuée de particule
€n particule , fui vant les lois de la pneumatique, ^ojei
Onde 6- Ondulation.
Les foas varient à-proportion des moyens qui
concourent à leur production; les différences prin-
cipales réfultentde la figure & de la nature du corps
fonore; de la force, du choc, de la vîteffe , ô-c. des
vibrations qui fe luivent ; de l'état & conftitution du
milieu ; de la difpofition , diuance , 6'c, de l'organe ;
des obftacles qui fe rencontrent entre l'organe, le
corps fonore & les corps adjacens. Les dirîércnces
les plus remarquables des f ans ^ naiifentdes différens
degrés & combinalfons des conditions dont nous ve-
nons de parler; on les diflingue en fort & foible, en
^rave &: aigu, long & court.
La vîteffe du fou ne diffère pas beaucoup , foit
qu'il aille Hiivant ou contre la direftion du vent. A la
vérité le vent tranfporte une certaine quantité d'air
d'un lieu à un autre, & le fon ell accéléré tandis que
fes vagues fe meuvent dans cette partie d'air , lorf-
<jue leur diredion eff la même que celle du vent.
Mais comme le fon fe meut avec beaucoup plus de
vîteffe que le vent , l'accélération qu'il en reçoit eft
peu confidérable. En effet, la vîteffe du ventle plus
violent que nous connoiffions, eft à la vîteffe dnfon
comme i eft à 3 3 : & tout l'effet que nous apperce-
vons que le vent peut produire , eft d'augmenter ou
de diminuer la longueur des ondulations; de forte
qu'au moyen du vent, le fon puiffe être entendu d'une
plus grande diftance qu'il ne le fcroit autrement.
Que l'air foit le milieu ordinaire du fon , c'eft ce
qui réiulte de plufieurs expériences qui ont été fai-
tes , foit dans un air condenfé , foit dans l'air raréfié.
Dans un récipient qui n'eft point vuide d'air, une
petite fonnette fe fait entendre à quelque diftance;
3T)ais quand on en a pompé l'air , à-pcine l'entend-on
tout auprès : fi l'air eft condenfé, kjbn fera plus fort
à-proportion de la condcnfation ou de la quantité
d'air-|)rcffé. Nous en avons plufieurs exemples dans
hs expériences de M. Hauksbée.
SON
Mais l'air n^eft pas feul capable des impreffîonç dit'
fon , l'eau l'eft aufti , comme on le remarque en ion-
nantune fonnette dans l'eau; on en diftingue pleine-
ment le fon : à la vérité il n'eft pas fi fort & plus ba§
d'une quarte , au jugement des bons muficiens. Mer-
fcne dit qu'un fon produit dans l'eau paroît de mê-
me, que s'il étoit produit dans l'air & entendu dans
l'eau. M. l'abbé Nollet a fait fur Icsfons entendus dans
l'eau , plufieurs expériences curieufes. Mém. académ»
Le célèbre M. Newton a donné à la fin du fécond lU
vre di fis Principes , une théorie très-ingénieufe ÔC
très-favante des vibrations de l'air, & par confé*
qucntde la vîteffe dw fon. Sa théorie eft trop com-
pliquée & trop géométrique pour être rendue ici ;
nous nous contenterons de dire qu'il trouve la vî*
tcffe du fon par fon calcul, à-peu-prcs la même que
l'expérience la donne. Cet endroit des Principes de
M. Newton, eft peut-être le plus diff.cile & le pîuï
obfcur de tout l'ouvrage. M. Jean Bcrnoully le fi!s>
dans fon Difcours fur la propagation di la lumicn , qui
a remporté le prix de l'académie des Sciences ea
1736 , dit qu'il n'oferoit fe fiater d'entendre cet en-
droit des Principes. Auffi nous donne-t-il dans la mê*
me pièce, une méthode plus facile & plus aiféeàfiri-
vre que celle de M. Newton , & par le moyen de la*
quelle il arrive à la même formule qu'a donnée ce
grand géomètre.
Un auteur qui a écrit depuis fur cette matière j
prétend qu'on peut faire contre la théorie de MM.
Newton Ù. BernouUy , une obje£lion confidérable ;
favoir , que ces deux auteurs fuppofent que le fon fe
tranfmet par des fibres longitudinales vibrantes , qui
fe forment fuccelfivement , & qui font toujours éga-
les entr'elles ; or cette hyppothèfe n'eft point dé-
montrée, & ne paroît point même appuyée fur des
preuves folides. Le même auteur prétend que dans
cette hyppothcié , M. BernouUy auroit dû trouver la
vîtefte dyxfon , double de ce qu'il l'a trouvée , & de
ce qu'elle eft réellement. M, Euler dans fa Di[fe'ta^
talion fur kféu , qui a partagé le prix de l'académie en
1738, a donné auffi une formule pour la vîteffe du
fon y elle eft différente de celle de M. Newton , & l'au-
teur n'indique point le chemin qui l'y a conduit.
Voici en général de quelle manière fe font les ex*
périences pour melurer la vîteffe dnfon. On fait par
la mefure aduellc , la diftance d'un lieu A , à un au-
tre B. Un fpedhiteur placé en B , voit la lumière d'un
canon qu'on tire au lieu A , & comme le mouvement
de la lumière eft prefque inftantané à de fi petites
diftances, le fpeftateur B compte combien il s'écou-
le de fécondes depuis le moment où il voit la lumière
du canon, jufqu'à ce qu'il en entende le bruit. Divi-
fiint enfuite l'efpace qui eft entre les lieux A &cB^
par le nombre de lécondes trouvé , il a le nombre de
toifes que leyo«parcourt enune féconde.
Le /on{e tranlmet en ligne droite; mais il fe tranf-
met auffi en tout iens , 6c fuivant toutes fortes de
dircdions à la fois , quoiqu'avec moins de vîteffe.
Cela vient de ce que le fon fe tranfmet par un fluide,
& que les preftions dans un fluide , fe propagent en
tout fens ; la lumière au contraire, ne fe propage ja-
mais qu'en ligne droite : c'eft ce qui donne lieu de
croire qu'elle n'eft point caufée par la preffion d'un
fluide. Sur la réflexion dnjbn , voye^ Écho & Cabi-
net SECRET. (O)
La vîteffe un fon eft différente, fuivant les diffé-
rcns auteurs qui la déterminent. Il parcourt l'efpace
de 968 pies en une minute fuivant M.Ifaac Newton:
1300 fuivant M. Robert: iioo fuivant M.Boyle:
1338 fuivant le dodeur Walker: 1474 fuivant Mer-
fenne : 1 142 fuivant M. Flamfteed 6c le do£lcur Hal-
ley : 1 148 luivant l'académie de Florence, & 1 172
piés fuivant les anciennes expériences de l'académie
de«
SON
des Sciences de Paris. M. Derham prétend que la
caufe de cette variété vient en partie de ce qu'il n'y
avoit pas une diflance {"uffifante, entre le corps lono-
re &c le lieu de l'oblervation , de en partie de ce que
l'on n'avoit pas eu égard aux vents.
M. Derham propofe quelques-unes des plus con-
fidérables queltions relatives aux lois du fon , & ré-
pond à chacun avec exaâitude , par les expériences
qu'il a faites lui-inême fur cette matière.
Son, en Miijîquc; quand l'agitation communiquée à
.'air par un corps violemment frappé parvient jufqu'à
lotre oreille , elle y produit une fenfation qu'on ap-
3elle hrtiit. Mais il y a une efpcce de bruit permanent
k appréciable qu'on appelleyô/z.
La nature au fon eft l'objet des recherches du phy-
îcien; le muficien l'examine feulement par {ts mo-
lifîcaîions, & c'eft félon cette dernière idée que
lous Tenvifageons dans cet article.
Il y a trois chofes à confiderer dans le fon : i , le
legré d'élévation entre le grave & l'aigu : 2 , celui de
véhémence entre le fort & le foibie : 3 , & la qualité
lu timbre qu* eil encore fufceptible de comparailon
lu fourd à l'éclatant , ou de l'aigu au doux.
Je fuppofe d'abord que le véhicule à\.\fon n'ell: au-
re choie que l'air même. Premièrement , parce que
'air efl le feul corps intermédiaire de rexiilence du-
[uel on foit parfaitement ailliré, entre le corps fo-
lore & l'organe auditif, qu'il ne faut pas multiplier
L'S êtres fans nécefTité , & que l'air fuffit pour expli-
|uer la-formation àwfoifi & de plus , parce que l'ex-
'érience nous apprend qu'un corps fonore ne rer.d
las de/o« dans un lieu exatlement privé d'air. Si l'on
'^eut abfolument imaginer un autre fluide , on peut
ifément lui appliquer tout ce que nous avons à dire
ie l'air dans cet article.
La permanence àwfon ne peut naître que de la du-
•ée de l'agitation de l'air. Tant eue cette agitation
Inre , l air vient fans cefle frapper l'organe cle l'ouïe,
le prolonge ainfi la perception du/o/z ; mais il n'y a
)oint de manière plus fimple de concevoir cette du-
"ée , qu'en fuppofant dans l'air des vibrations qui fe
liccédent , & qui renouvellent ainfi à chaque inilant
a fenfation àwfon. De plus, cette agitation de l'air,
le quelque efpece qu'elle foit, ne peut être produire
}ue par une émotion femblable dans les parties du
:orps fonore. Or c'efl: un fait certain que les parties
3u corps fonore éprouvent de telles vibrations. Si
'on touche le corps d'un violoncelle dans le tems
iju'on en tire àwfon , on le fcnt frémir fous la main,
fc l'on voit bien fenfiblement durer les vibrations de
a corde jufqu'à ce que \q fon s'éteigne. Il en eft de
même d'une cloche qu'on fait fonner en la frappant
du bâtant ; on la fent , on la voit même frémir , &
l'on voit fautiller les grains (ie fable qu'on jette fur fa
furfacc. Si la corde fe détend ou que la cloche fe
fende , plus de frémiffement , plus de fon. Si donc
cette cloche ni cette corde ne peuvent communiquer
à l'air que les mouvemens qu'elles éprouvent elles-
mêmes , on ne fauroit douter que le/o/z étant pro-
duit par les vibrations du corps fonore, il ne foit pro-
pagé par des vibrations femblables , que le même
inltrument communique à l'air. Tout cela fuppofé ,
examinons ce qui conflitue le rapport à^sjons du
grave à l'aigu.
Théon de Smyrne témoigne que Lafus , de même
Que le pythagoricien Hypale de Métapont , pour cal-
culer au jufte les rapports des confonances , s'étoient
lervi de deux vafes iemblables & rcfonnans à l'unif-
fon; que laiflant vuide l'un des deux, & rempllflant
l'autre jufqu'au quart , la perculTion de l'un &L de
autre avoit fait entendre la confonance de la quar-
te ; que rempliflluit enfuite le fécond jufqu'au tiers ,
jufqu'à la moitié , la perçulTion des deux avoit pro-
Toim XV*
SON
34Î
duit la confonance de la quinze > puis celle de î'oftavè ,
Pythagore , au rapport de Nicomaque & de Cen-
forin,s'yétoitpris d'une autre manière pour calculer
les mêmes rapports. Il fufpendit, difcnt-ils, diiférens
poids aux mêmes cordes , & détermina les rapports
àtsfons fur ceux qu'il trouva entre les poids tendans;
mais les calculs de Pythagore font trop juftes pouf
avoir été faits de cette manière , puifque chacun fait
aujourd'hui fur les expériences de Vincent Galilée,
que \Qsfons font entr'eux , non comme les poids tcn-
dans,maisen raifon fous-double de ces mêmes poids.
Enfin on inventa le monocorde , appelle par les
anciens canon harmoniius , parce qu'il donnoit la ré-
gie de toutes les divifions harmoniques. Il faut en ex-
pliquer le principe. .
Deux cordes de même métal , de grofTeur égale,
& également tendues , forment un unilfon parfait , lî.
elles font auffi égales en lonçrueur : fi les longueurs
font inégales , la plus courte donnera un fon plus
aigu. Il efl certain auffi qu'elle fer;î plus de vibrations
i dans un tems donné ; d'où l'on conclud que la difte-
rence Aqs fons du grave à l'aigu , ne procède que de
celle du nombre des vibrations laites dans un même
efpace de tems , par les cordes ou inflrumens fonores
qui les font entendre ; & comme, il eil impoffible
d'efrimer d'une autre manière les rapports de ces me-
mes Jons , on les exprime par ceux des vibrations qui
les produifent. ' *•
On fait encore , par des expériences non m.oins
certaines , que les vibrations des cordes , toutes cho-
fes d'ailleurs égales , font toujours réciproques aux
longueurs. Ainfi , une corde double d'une autre , ne
fera dans le même tems que la moitié du nombre de
vibrations de celle-ci, & le rapport des fons qu'elles
rendront s'appelle octave. Si les cordes font comme
2 & 3, les vibrations feront comme 3 & 2,&lerapport
àQsJbns s'appellera ^«i«^c , oLc. Foje^ au mot Inter-
valles.
On voit par-là, qu'il efl: aifé avec des chevalets
mobiles , de former fur une feule corde des divifions
qui donnent des fons dans tous les rapports poîTibles
entre eux , & avec la corde entière ; c'efl le monocor-
de , dont je viens de parler, f^oycifon article.
On peut rendre des fons graves ou aigus par d'au-
tres moyens. Deux cordes de longueur égales nefor-
m.ent pas toujours l'uniifon ; car lî l'une eit plus grofle
ou moins tendue que l'autre , elle fera moins de vi-
brations en tems égaux, & conféquemment le/c/z en
fera plus grave. Voyei Cordes.
C'efl fur ces deux régies combinées que font fon-
dés , la conflruftion des inflrumens à corde tels que
le clavcfTin, & le jeu des violons & bafl!"es , qui, par
un perpétuel & différent accourciffcment des cordes
fous les doigts , produit cette prodigieufe diverfité de
fons qu'on admire dans ces inflrumens. Il faut raifon-
ncr de même pour les inflrumens à vent. Les plus
longs forment des fons plus graves fl le vent efl égal.
Les trous , comme dans les flûtes 6c haubois , fervent
à les raccourcir pour faire des fons plus aigus. En
donnant plus de vent on les fut odfavier , & [es fons
deviennent plus aigus encore. Vojei les mots Orgue,
Flûte, Octavîer , 6'c.
Si l'on racle une des plus groflTes cordes d'une viole
ou d'un violoncelle : ce qui fe doit faire plutôt avec
douceur qu'avec force , & un peu plus près du che-
valet qu'à l'ordinaire ; en prêtant une attention fui'H-
fante , une oreille exercée entendra diftindcment,
outre \cfon de la corde entière , au-moins celui de
fon oûave , de l'odave de fa quinte , & la double
odave de îa tierce : on verra même trénur , &: on
entendra réfonner toutes les cordes montées à l'unil-
fan de ces fons-Ui. Ces fans acecflbires accompagnent
toujours un fon principal quelconque : mais quiind
ce fon efl aigu , ils y font moins fenfibles. Onappellc
346
SON
ces fons \ts harmoniques du fort principal \ c'efl.par eux
que M. Rameau prétend que x.o\\x.Jon ert appréciable,
6l c'ell en eux qu'il a cherché le principe phylique
de toute rharmonie. ^(;>i:{ Harmonie.
Une (Jiliicuité qui rclteroit à expliquer eft de fa-
voir comment deux ou plufieurs J'ons peuvent être
entendus à la fois. Lorsqu'on entend , par exemple,
les AQWxfons de la quinte , dont l'un tait deux vibra-
tions , pendant que l'autre en fait trois ; on ne con-
çoit pas comment la même malTe d'air peut fournir
dans un même tems ces différens nombres de vibra-
tions, &C bien moins encore , quand il le trouve plus
de àc^w forts enlémblg. Mengoli 6c les autres le ti-
rent d'artaire par des comparaifons. Il en ef]:,dilent-
ils , comme de deux pierres qu'on jette à-ia-fois dans
l'eau à quelque diftancc , ÔC dont les dift'érens cercles"
qu'elles produifent , fc croifent fans fe détruire. M. de
Mairan donne une explication plus philofophiquc.
L'air, félon lui , eil diviic en particules de diveribs
grandeurs, dont chacune eft capable d'un ton parti-
culier , <k. n'elt fufceptible d'aucun autre. De forte
qif à chaque J'on qui fe forme , les particules qui y
font analogues s'ébi-anlent feules , elles & leurs har-
moniques , tandis que toutes les autres relient tran-
quilles juicpi'à ce' qu'elles foicnt émues à leur tour par
\qs J'ons qui leur correfpondent. Ce lyftème paroit
trcs-ingénlcux ; mais l'imagination a quelque peine
à fe prêter à l'infinité de pa-rtlcules d'aic différentes
en grandeur & en mobilitc,qui devroient être répan-
dues dans chaque point de l'efpace , pour être tou-
jours prêtes au beloin à rendre en tout lieu l'infinité
de tous les fons poffiblcs. Quand elles font une fois
arri\ ces au tympan de l'oreille , on conçoit encore
moins comment , en les frappant plufieurs enfem.ble,
elles peuvent y produire un ébranlement capable
d'envoyer au cerveau la fenfation de chacune d'elles
en particulier. Il femble qu'on éloigne la difficulté
plutôt qu'on ne la furmonte. Mengoli prétendoiî al-
ler au-devant de cette dernière objedion , en difant
que les mafles d'air , chargées , pour alnlidlre, de
différens J'ons , ne frappent le tympan que fuccefiîve-
ment , alternativement, &l chacune à fon tour; ians
trop fonger à quoi ctperdant il occuperoit celles
qui font obligées d'attendre que les premières aient
achevé leur office.
La force dujou dépend de celle des vibrations du
corps fonore; plus ces vibrations lont grandes, plus
\Qfon cil vigoureux & s'entend de loin.
Quand la corde eft aflez tendue & qu'on ne force
pas trop la voix ou l'inftrument , les vibrations rel-
ient toujours Ifochrones , & par conféquent le ton
demeure le même , foit qu'on renfle ou qu'on adou-
clfl'e \Qj'on : mais en raclant trop fort la corde , en
fouffiantou en criant trop on peut fciire perdre aux
vibrations l'iibchronifme néceffalre pour l'identité
du ton ; & c'eft peut-être la ralfon pourquoi, dans
la mulique françoife , où c'eft un grand mérite de
bien crier; on clt plus fujct.à chanter faux que dans
l'italienne , où la voix fe modère plus fagement.
La vitefîc ànfon ^ qui fembleroit devoir dépendre
de fa force , n'en dépend point. Cette viteffe eft tou-
jours égale èc confiante , ii elle n'eft pi-écipiîée ou
retardée par ces altérations de l'air : c'eft-à-dire que
le J'on, fort ou foible , fera toujours la même quan-
tité de chemin , & qu'il parcourra toujours dans deux
fécondes le double de l'efpace qu'il aura parcouru
dans une. Au rapport de Halley & de Flamftead ,
Ic/o/z parcourt en Angleterre 1070 pies de France
en une féconde. Le père Merfene & Galfendi ont
aflùré que le vent , favorable ou contraire , n'accc-
léroit ni ne retardoit IvJ'on ; depuis les expériences
que Dcrhamëc l'académie des fciences ont faites fur
ce iùjet , cela paffe pour une erreur. .
Sans ralentir la marche , le J'on s'affciJjlit en s'éten-
SON
dant , & cet afFolbliffement , fi la propagation eft li-
bre, qu'elle ne foit gênée par aucun ojftacle , ni dé-
rangée par le vent , fuit ordinairement la raifon des
quarrés des diftanccs.
Quant i\ la différence qui fe trouve encore entre
les J'ons par la qualité du timbre , il eft évident
qu'elle ne tient ni au degré de giv.V'té , ni même à
celui de force. Un hautbois aura beau fc mettre exa-
dlement à l'uniflon d'une flûte, il aiu-a beau radoucir
le fon au même degré , lej'on de la flûte aura tou-
jours je ne fai quoi de doux &L de moelleux ,
celui du hautbois je ne fa: quoi 'le ftc 6c d'aigre, oui
empêchera qu'on ne puille jamais les confondre.
Que dirons-nous des diffcrens timbras des voix de
même force & de même portée } ch;,cuji eft juge de
la variété prodigieufe qui s'y trouve. Cependant,
perfonne que je lâche n'a encore exaniiné cette par-
tie, qui peut être , aufii-biîa que les autres , fe trou-
vera avoir fcs dlfticultés : car la qualité de timbre ns
peut dépendre , ni du nombre de vibrations qui font
le degré du grave à l'aigu , ni de la grandenr ou delà
force de ces mêmes vibrations qui fait le degré du
fort au foible. Il faudra donc trouver dlins les corps
fonores une troilieme modiiication différente de ces
deux, pour expliquer cette dernière propriété; ce qui
ne me paroit pas une choie trop ailée ; il faut recou-
rir aux principes d'acoujliquc de M. Diderot, u Ton
veut approfondir ceive matière.
Les trois qualités principales dont je viens de par-
ler , entrent toutes , quolqu'en différentes* propor-
tions , dans l'objet de la mulique , qui eft: en général
le fon modifié.
En effet , le compofiteur ne conftdere pas feule-
ment fi les fons qu'il emploie doivent être haïus ou
bas , graves ou aigus , mais s'ils doivent être forfs ou
foibhs , aigres ou doux ; & il les dlftribuc à différens-
inftrumens , en récits ou en chœurs , aux extrémités
ou dans le médium des voix, avec des doux ou des-
forts , félon les convenances de tout cela. Mais il elt
Certain que c'eft uniquement dans la comparaifon
desjl-ns de l'aigu au grave que confifte touî'e la fcien-
ce harmonique. De forte que , comme le nombre
des fons eir iiifini , on pourroit dire en ce fens que
cette même icicnce eft infinie daniion objet.
On ne conçoit point de bornes néceflaires à l'étendue
des fons du grave H l'aigu ; & quelque petit que pinftè
êtrei'intervaUe qui eft entre deuxyo«5,on le concevra
toujours dlvifible par untioiiieme/fjn. Mais la nature
& l'art ont également concGia"u à limiter cette infi-
nité prétendue par rapport à la pratique de la mufi-
que. D'abord , il eft certain qu'on trouve bientôt
dans les inftrumens les bornes desyô/î5,tant au grave
qu'à l'aigu ; alongez ou racourciiTe/. à un certain point
une corde fonore , elle ne rendra plus de J'on: on ne
peut pas non plus augmenter ou diminuer à difcré-
tion la capacité d'une flûte ni fa longueur ; il y a des
limites au-delà delquelles elle ne rélonne plus. L'inf-
piration a aufti fes lois ; trop foible , la flûte ne rend
point de fon ; trop forte à un certain point , elle ne
fait plus , de même que la corde trop courte , qu'un
cri perçant qu'il n'eft paspoffible d'apprécier. Enfin,
c'eft une chofe inconteftable par l'expérience , que
tous les fons fenfibles font renfermés dans des limi-
tes au-delà defquelles, ou trop graves ou trop aigus,
ils ne fo* plus apperçus , ou deviennent inapprécia-
bles. M. Euler a même , en quelque façon , fixé ces
limites ; & , félon fes expériences & fon calcul rap-
portés par M. Diderot , tous les fons fenfibles font
1 K »*
compris entre les nombres ■^o6z-j'^p-;c elt-a-ciu-e que,
félon ce favant auteur , le fon le plus grave apprécia-
ble à notre oreille, fait trente vibrationspar féconde,
& le plus aigu 7552 vibrations dans le même tems;
.intervalle qui renferme près de huit octaves.
D'un autre côté , on voit par la génération har-
SON
monîque Ae^fons, que parmi tous lesyô/7ipoi1îbîesîI
n'y en a qu'un très - petit nombre qui puiffent être
admis dans un bon fy fïème de nuilique ; car tous ceux
qui ne forment pas des conlonances avec les^w/^î fon-
damentaux, ou qui ne naiflcnt pas médiatement ou
immédiatement des différences de ces confonances ,
doivent être profcrits du fyilème ; voilà pourquoi
quelque parfait que puiffe être aujourd'hui notre fy{-
tème de mufique , il eft pourtant borné à i 2. /o«5 feu-
lement dans l'étendue d'une oûave , defquels douze
toutes les autres oftaves ne contiennent que des ré-
pliques. Que fi l'on veut compter toutes ces répli-
ques pouf autant Atfons différens , en les multipliant
par le nombre d'oftaves auquel eft bornée l'étendue
des fons fenfibles ,■ on trouvera 96 en tout pour le
plus grand nombre defons praticables dans notre mu-
fique fur un même Jon fondamental.
On ne pourroit pas évaluer avec la même précifion
le nombre as fins praticables dans l'ancienne mufi-
que : car les Grecs formoient , pour ainfi dire , autant
de fyflème de mufique qu'ils avoient de manières
différentes d'accorderleurs tétracordes. Il paroît par
la lefture de leurs traités de mufique, que le nombre
de ces manières étoit grand, & peut-être indétermi-
né. Or chaque accord particulier changeoit les fins
de la moitié du fyflème , c'efl-à-dire , des deux cor-
des mobiles de chaque tétracorde. Ainfi l'on voit
bien ce qu'ils avoient de fins dans une feule manière
d'accord, c'efl-à-dire , feize feulement; mais on ne
peut pas calculer au jufle combien ce nombre devoit
fe multiplier dans tous les changemens de mode , &
dans toutes les modifications de chaque genre , qui in-
troduifbient de nouveaux fins.
Par rapport à leurs tétracordes , les Grecs dlflin-
guoient les fins en deux clafi'es générales ; favoir , les
fins fiables & permancns , dont l'accord ne chan-
geoit jamais , & qui étolent au nombre de huit ; &
lesyc»/2^ mobiles, dont l'accordchangeoit avec le genre
& avec l'efpece du genre : ceux-ci étolent aulîi au
nombre de huit , & même de neuf & de dix , parce
qu'il y en avoit qui fe confondoient quelquefois avec
quelques-uns des précédens , & quelquefois s'en fé-
paroient ; ces fins mobiles étolent les deux moyens
de chacun des cinq tétracordes. Les huits Jons im-
muables étolent les deux extrêmes de chaque tétra-
corde , & la corde proflambanomene. Foye:^ tous ces
mots.
Ils divifoient de-rechef lesyorai fiables en deux ef-
peces , dont l'une s'appelloit Joni apieni , & conte-
noit trois fins ; favoir , la proflambanomene , la nete
fynnéménon , & la nete hyperboleon. L'autre efpe-
ce s'appelloit Jbni baripieni , & contenoit cinq (ons^
l'hypate hypaton , l'hypate mefon , la mefe , la pa-
ramefe , & la nite drezeugnumenon. Foye[ ces mots.
hesfins mobiles fe fubdivifbient pareillement en
fini mefipieni , qui étolent cinq en nombre ; favoir ,
le fécond & montant de chaque tétracorde , & en
cinq autres fins appellésyô;z/ oxipieni , qui étolent le
troifieme en montant de chaque tétracorde. Foyei
TÉTRiïcoRDE, Système, Genre, &c.
A l'égard des douze fins du fyflème moderne, l'ac-
cord n'en change jamais , & ils font tous immobiles.
Broffard prétend qu'ils font tous mobiles , fondé fur
ce qu'ils peuvent être altérés par dièfe ou par bémol;
mais autre chofe efl de fubftituer un fin à un autre,
& autre chofe d'en changer l'accord. (>S)
Sons harmoniques, ou Sons flutés, font
une qualité fmguliere de fons qu'on tire de certains
inflrumens à corde , tels que le violon & le violon-
celle , par un mouvement particulier de l'archet , &
en appuyant très-peu le doigt fur certaines divifions
de la corde. Ces fins font fort dlft'ércns , pour le de-
gré & pour le timbre, de ce qu'ils ieroiont fl l'on
appuyoït tout-H-fait le doigt. Ainfi ils donneront la
Tome XF,
SON
347
quinte quand ils devroient donner la tierce , !a tierce
quand ils devroient donner la quarte , &c. & pour le
timbre , ils font beaucoup plus doux que ceux qu'on
tire à plein de la même corde , en la falfant porter
fur la touche ; c'eft pourquoi on les a appelles fins
fiâtes. Il faut pour en bien juger, avoir entendu M.
Mondonville tirer fur fon violon, ou le fieur Ber-
taud fur fon violoncelle , une fuite de ces beauxyè«5.
En gliffant même le doigt légèrement de l'aigu au
grave , depuis le milieu d'une corde qu'oil touche en
même tems de l'archet , on entend diflinôement une
fucceffion de ces mômes fins du grave à l'aigu , qui
étonne fort ceux qui n'en connoifîent pas la théorie»
Le principe fur lequel efl fondée la règle des fins
harmoniques , efl qu'une corde étant divilée en deu?£
parties commenlllrables entre elles , & par confé-
quent avec la corde entière , li l'obflacle qu'on met-
tra au point de diviflon , n'empêche qu'imparfaite-
ment la communication des vibrations d'une partie
à l'autre ; toutes les fois qu'on fera fonner la corde
dans cet état , elle rendra non \efin de la corde en»
tiere , mais ce]ui de la plus petite partie fi elle mefure
l'autre , ou fi'elle ne la mekire pas , \efin de la plus
grande aliquote commune à ces deux parties. Qu'on
divife donc une corde 6 en deux parties 4 & 2, le
fin harmonique réfonnera parla longueur de la petite
partie 2 qui efl aliquote de la grande partie 4 ; mais
fl la corde 5 efl divifée félon i & 3 , comme la pe-
tite partie ne mefure pas la grande , \efin harmonique.
ne rélonnera que félon la moitié i de la petite par-
tie ; laquelle moitié efl la plus grande commune me-
fure des deux parties 3 & 2 , & de toute la cor-
de 5.
Au moyen de cette loi qui a été trouvée fur les ex-
périences faites par M. Sauveur à l'académie des
Sciences , & avant lui par Wallis, tout le merveilleux
dilparoît : avec un calcul tres-fimple , on affigne pour
chaque degré le fin harmonique qui lui répond : ÔC
quant au doigt glilfé le long de la corde , on n'y voit
plus qu'une fuite de fons haimoniqucs^ qui fe fucce-
dent rapidement dans l'ordre qu'ils doivent avoir fé-
lon celui des divifions fur lefquelles onpafTe fuccefïi-
vement le doiot.
Voici une table de ces fons qui peut en faciliter la
recherche à ceux qui défirent de les pratiquer. Cette
table indique les fins querendroient les divifions de
rinllrument touchées à plein , & les fins flùtés qu'on
peut tirer de ces mêmes divifions touchées harmo-
niquement.
Table des fons harmoniques. La corde entière à vui-
de , donne l'uniffon.
La tierce mineure , donne la dix-neuvieme ou la
double oftave de la quinte.
La tierce majeure , donne la dix-feptieme ou la
double odlave de la tierce majeure.
La quarte, donne la double oftave.
La quinte , donne la douzième , ou l'oftave de la
même quinte.
La fixte mineure , donne la triple o£lave.
La fixte majeure , donne la dix-feptieme majeure,
ou la double o£lavc de la tierce.
L'odave, donne l'oftave.
Après la première o£lave , c'efl à-dire , depuis le
milieu de la corde jufque vers le chevalet, où l'on
retrouve les mêmes fins harmoniques répétés dans le
même ordre furies mêmes divifions i , c'ell-à-dire,
la dix-neuvieme fur la dixième mineure ; la dix-
feptieme fiir la dixième majeure, &c.
Nous n'avons fait dans cette table aucune mention
des fins harmoniques relatifs A la féconde & à la fep-
tieme ; premièrement , parce que les divifions qui
les donnent, n'ayant entre elles que des aliquotes
fort petites , les fins en deviendroient trop aigus pour
être agréables à l'oreille , ÔCtrop difficiles à tirer par
X-\ ij
348
SON
un coup d'archet convenable : &c clc plus , parce qu'il
taudroit entrer dans des loudivilions trop étendues,
qui ne peuvent s'admettre dans la pratique : car le
Jbn harmonique du ton majeur leroit la vingt-troilie-
me , ou la troiùeme odlavc de la féconde , & l'har-
monique du ton mineur leroit la vingt-quatriemc ou
la troilitme o£lave de la tierce majeure. xMais quelle
cil l'oreille allez fine & la nialn aile/, juftc , pour pou-
voir dillinguer tk; toucher à t'a volonté un ton majeur
ou un ton mineur ? ( >i )
Son , ( Commerce. ) on fait que c'cft la peau des
grains moulus féparée de la farine par le moyen du
blutoir , du las , ou du tamis. Les Amidonniers fe fer-
vent àwfon de froment pour faire leur amidon , qui
n'ell autre chofe que la fécule qui reÛc au fond des
tonneaux où ils ont mis Wfon tremper avec de l'eau.
Les Teinturiers mettent \q fon au nombre des dro-
gues non colorantes , parce que de lui-même il ne
peut donner aucune couleur ; c'efl: avec \Qjon qu'ils
font les eaux sûres , dont ils fe fervent dans la prépa-
ration de leurs teintures. {D. J.)
Son , ( Littérature. ) les anciens fe frottoicnt de
J'on dans leurs cérémonies lullrales ; ils en uioient
aulîi dans leurs cérémonies magiques , principale-
ment quand ils vouloient infpirer de l'amour. Nous
lifons dans le prophète Baruch , c vj. verf. 42. que
les femmes de Chald^e afiifes dans les rues y brù-
loicnt diijon à ce deffein. Il eft vrai qu'il y a dans la
vuli^ate Jitccendcrites ojj'a oiivarum , brillant d es noy aux
d otive. L'auteur de la vulgate liloit probablement
ici , Ta/ TViicTaç , expreiTion qui en effet fignifie {^Athén.
l. II. ) nayaux d'olive brûlés ; mais il eft certain qu'il
y a dans le texte t» Tr/Tcpot , mot qui fignifie du J'ori.
Théocrite dans fa Pharmaceutrie , nous fournit en-
core un exemple de cet ufage ; l'enchantereffe Simé-
the , après avoir effayé de plufieurs charmes pour
enflammer le cœur de fon amant ; je vais mainte-
nant briller du fon , J'iJcrw mTopa ; & elle ajoute
vers la fin de l'Idylle , qu'elle a appris ce fecret d'un
aflyrien. (D.J.)
SONATE , f. f. en Miijtque , eft une pièce de mu-
fique purement Inftrumentale , compoiée de quatre
ou cinq morceaux de carafteres différens. hajbnate
eft à-peu-près par rapport aux inftrumens , ce qu'eft
la cantate par rapport aux voix.
La. fonate eft faite ordinairement pour un feul in-
ftrument qui récite accompagné d'une bafte continue ;
& dans une telle compofuion , on s'attache à tout
ce qu'il y a de plus favorable pour faire briller l'in-
ftrument pour lequel on travaille ; foit par la beauté
des chants, foit par le choix des fons qui convien-
nent le mieux à cette efpece d'inftrument , foit par
la hardiefle de l'exécution. Il y a aufli desfonates en
trio ; mais quand elles partent ce nombre de parties ,
elles prennent le nom de concerto. Voyez ce mot.
Il y a plufieurs différentes fortes de fanâtes ; les
Italiens les réduifent à deux clpeces principales ;
l'une qu'ils appellent /ô/Mf^ da caméra ., fonate de
chambre ,' laquelle eft ordinairement compofée
de divers morceaux faits pour la danfe ; tels à-peu-
près que ces recueils qu'on appelle en France des
fuites ; l'autre efpece eu a^\^i:\\àe fonate da c/iie:^a ,
fonatesd^ii^ïiiiiy dans la compolition delquelles il doit
entrer plus de gravité, 6c des chants plus convena-
bles à la dignité du lieu. De quelque efpece que foient
Itsfonates , elles commencent communément par un
adagio , & après avoir |)affé par deux ou trois mou-
veniens différens , finiflent par un allegro.
Aujourd'hui que les inftrumens font la partie la
plus cifentiellc de la mufique , les fonutcs font extrê-
mement à lajnode , de même que toutes les eipeces
de fyinphonies ; le chant des voix n'en eft guère que
l'acceffoire. Nous ionimes redeval)les de ce mauvais
goût à ceux qui voulant introduire le tour de la mu-
SON
fjque italienne dans une langue qui ne faurolt le
comporter , nous ont obligé de chercher à faire avec
les inftrumens ce qu'il nous étoit impoflible de faire
avec nos voix. J'oie prédire qu'une mode fi peu na-
turelle ne durera pas ; la Mufique eft un art d'imita-
tion ; mais cette imitation eft d'une autre nature que
celle de la Poéfie &L de la Peinture ; & pour la fentir
il faut la préfence ou du-moins l'image de l'objet
imité ; c'eft par les paroles que cet objet nous eft
préfente ; & c'eft par les fons touchans de la voix
humaine, jointe aux paroles, que ce même objet
porte jufque dans les cœurs le fentiment qu'il doit
y produire. Qui ne fent combien la mufique inftru-
montale eft éloignée de cette ame & de cette éner-
gie? Toutes les folies du violon de Mondonville
m'attendriront-elles jamais comme deux fons de la
voix de M"^ le Maure ? Pour favoir ce que veulent
dire tous ces fatras àefonatcs dont nous fommes ac-
cablés , il faudroit faire comme ce peintre groftier
qui étoit obligé d'écrire au-deffous de fes figures ,
C'efl un homme , c'f/Z un arbre , ceft un bœuf. Je n'ou-
blierai jamais le mot du célèbre M. de Fontenelle ,
qui fe trouvant à un concert, excédé de cette fym-
phonle éternelle , s'écria tout haut dans un tranfport
d'impatience , fonate , que me veux-tu .<* ( 5 )
SONCHUS , f. m. ( Botan. ) on nomme commu-
nément en françois ce genre de plante laiteron , & en
anglois the fow-thijlle. Tournefort en diftingue douze
eipeces, & le genre a été caraûérifé au mot Laite-
ron. (D.J.)
SONCINO , ( Géog. moi. ) petite ville d'Italie,
dans le Crémonois , fur la droite de TOglio , à fept
lieues au fud-oueft de Crémone. Long. 27. 20. latit^
45.^3. {D.J.)
S O N D , ( Géographie. ) eft un nom qu'on donne
par diftinftion au fameux détroit par où la mer Ger-
manique communique à la mer Baltique.
Il eft fitué entre l'île de Zélande & la côte de Slho*
nen ; il a environ 16 lieues de long & 5 de large ,
excepté auprès du fort de Cronimberg , où il n'en a
qu'une ; de forte que les vaifleaux ne peuvent pafler
que fous le canon de ce fort.
Cela a donné lieu aux Danois de mettre un impôt
fur tous les vaifleaux , & on prétend que c'eft un des
plus beaux revenus de la couronne de Danemarck:
& depuis , ils empêchent les pilotes de paflTer par le
petit ou le grand Belt , qui font deux autres paffages,
de la mer Baltique, quoiqu'un peu moins commodes
que le Sond.
Toutes les Nations qui trafiquent dans cette» par-
tie du nord , font fujettes à ce droit ; cependant les
Suédois en étoient exempts par le traité de 1644 :
mais ce privilège leur a été ôîé par le traité de 1720,
qui les a remis au niveau de leurs voifins.
Par le traité de Spire,fait entre les Danois & Char-
les-Quint ; le droit de paffage fut fixé à deux nobles
à la rofe pour un vaiflTeau de deux cens tonneaux ;
cependant en 1640 cet impôt fut augmenté jufqu'à
500 rixdales.
La connivence de Jacques I , roi d'Angleterre ,
qui époufa une princeflTe de Danemarck, & les guer-
res que les Hollandois ont été contraints de faire
pour leur liberté , ont donné lieu à une exa£lion fi.
confidérable ; depuis bien des années ce droit a été
remis fur un pié plus modéré.
Cromuel avoit réfolu d'enlever ce paiTage aux
Danois , & il y auroit réulfi fans doute , s'il n'étoit
pas mort , auparavant que la flotte qu'il y envoya
pour cet effet fut arrivée.
L'origine eft le progrès de cet impôt ( qui d'une
petite contribution volontaire que les Marchands
pay oient pour entretenir des fanaux dans certains
endroits de la côte, & dont le roi de Danemarck n'é-
toit que le tréforier 6c le dépofitaire , devint à la Ion-
SON
gue un pefant fardeau pour le commerce, aufTi-bîen
qu'une cfpece de reconnoifTance fervile de fa fouvc-
raineté ùir ces mers ) eil rapportée dans Vlûjloirc de
Dancmarck , ch. nj. p. "• ^'/èy.
SONDARI , f. m. {Botan. exot.) nom qu'on donne
chez les iMalabares , à l'arbrifTcau de leur pays que
les Botaniiîes appellent frutex indiens , baccifa , jio-
rihis umbdlatii ^ fruclu utra-cocco. (D.J.^
SONDBACH, {Gcog. mod.) communément S and-
bith , gros bourg à marche d'Angleterre , dans Ches-
hire , fur une hauteur. {D. /.)
SONDE , DÉTROIT DE LA , {Gêog. mod.) détroit
célèbre de la mer des Indes , entre les îles de Suma-
tra & de Java , fous les 5 & 6 degrés de latitude mé-
ridionale. {D.J.)
Sonde , îles de la , ( Géog. mod. ) îles de la mer
des Indes , fituées autour de l'équateur , & au cou-
chant (ies Mohiques. Elles s'étendent depuis le S
di:g. de latit. fept. jufqu'au 8 de Ut. mérid. & depuis
le 1^8. dcg. de Long, jufqu'au 168. Les pi-incipales de
ces îles font Sumatra , java 6c Bornéo ; leurs peuples
tiennent beaucoup du naturel , de la façon de vivi-e,
& du langage de ceux de la terré-ferme de Malaca ,
ce qui fait conjecturer qu'elles ont été peuplées par
les Malayes. Les Hollandois font le principal com-
merce de ces îles. (Z>. /.)
Sonde , f f. (^Machine kydraul.') la fonde dont on
fe fert pour fonder un terrein dans l'eau , efl tantôt
une perche de bois qu'on divile en pies , au bout de
laquelle on fcelle un poids de plomb convenable fi
ie courant de l'eau le demande ; tantôt c'eil un bou-
.et de canon attaché au bout d'une corde, divilée pa-
reillement par pies ; par ce moyen on levé le profil
de la rivière.
Vonr fonder au-defTous de l'eau le gravier ou le fa-
ble qu'on y trouve , & examiner où commence le
terrein folide , on emploie une autre ^efpecede/ô/zi^c.
Cette fonde eu de fer, elle a en tête pour couron-
nement un gros anneaux , au-travers duquel on paf-
fe le bras d'une tarière pour la tourner. Elle a au-
dcffus une tête pour pouvoir la battre & la faire en-
trer jufqu'à un fond de confiflance qu'on a trouvé
au-deffous du gravier ; & en la tournant à plufieurs
feprifes , elle emporte dans les barbelures quelques
échantillons du terrein de confiflance qu'elle a ren-
:onîré , par où l'on juge de la nature de ce terrein.
Il y a àes fondes -pour la conllruftion des ponts,
qui font encore faites d'une autre manière.
Elles ont une petite poche au bout en forme de
:oqui!le de limaçon , laquelle ne prend pas du fable
en la tournant d'une certaine façon , mais prend du
terrein au-deffous du fable oii on la pouffe , en la
tournant d'un autre fcns : ces fortes de /oWm pour
être plus fïires , doivent être toutes d'une pièce.
Quand le gravier efl trop gros , & qu'il s'y ren-
contre de gros cailloux , que les fondes ordinaires ne
peuvent écarter , pour lors on fe fert d'un gros pieu
de chêne arrondi , de 5 ou 6 pouces de diamètre , fui-
vant la profondeur du terrein & la rapidité de l'eau ;
on arme ce pieu d'une lardoire au bout pour pou-
voir écarter les cailloux , & d'une frète ou chape-
ron à la tête pour pouvoir rcfifter aux coups de la
mafîiie avec laquelle on enfonce la fonde. (Z>. 7.)
Sonde de terre, infirument très -vanté pour
pénétrer profondcnient dans les entrailles de la ter-
re, connoîlre la nature des lits qui la compofent, &
trouver des eaux. Le détail des opérations faites pour
forer la fontaine du fort de Saint-François, commen-
cées le 8 Mai, &c achevées le a Août 1751 , nous
informeront & du méchanifine de cette fonde , de
fon ufage & de fon utilité.
L'emplacement de la fontaine étant déterminé, on
fit une excavation de i z pies de diamètre par le haut
réduite à 8 pies par le bas , & de 4 pies de profon-
■SON 349
deur. On s'apperçut que la nature du terrein annoft-
çoit un fable bouillant qui devient très-liquide aufîl-
tôt qu'il ell: découvert. Il fe rencontre ordinairement
dans toute la Flandres à 5 , 6 ou 7 plés de profon-
deur. On fit promptement au centre de ce déblai une
ouverture de 18 pouces en quarré , & d'environ 2
pies de profondeur ; on y fit entrer le premier cof-
fre. Ces coffres font formés par un affemblage de qua*
tre planches de bois d'orme de 16 à 18 pouces de
largeur , ( Foy. lesfg. ) de 2 à 3 pouces d'épaiffeur ,
& de 8 , 9 ou 10 pouces de longueur au plus. Ces
quatre planches doivent lailfer entr'elles un vuide de
1 2 pouces en quarré , & être pofées de façon que la
largeur de l'une recouvre alternativement l'épaiffeur
de l'autre. F^ar cet arrangement , l'effort que la
terre , le fable , & les cailloux font en-dedans du cof-
fre , & qui tend à les écarter , trouve une réfiflancê
qu'il ne peut furmonter qu'en faifant plier tous les
clous qui les affemblent ; on fe contente dans le pays
de clouer deux planches larges fur deux étroites.
On a vu fouvent réfulter de grands inconvéniens
de cette méthode ; celle qu'on a fuivie doit paroître
préférable ; on arrange d'abord trois planches , com*
me il a été dit ci-defllis. Puis on les cloue l'une fui*
l'autre de 8 en 8 pouces avec des clous barbés de 6
pouces de longueur ; on pofe enfuite à la moitié de
leur longueur , & en-dedans un quarré de fer de 1 2
à 14 lignes de largeur , fur 4 lignes d'épaiffeur ; on
en place deux autres à i pié ou environ des extré-
mités ; on les fait perdre dans l'épaiffeur des plan-
ches ; on fait trois rainures daiis l'épaiffeur de la qua-
trième , pour recevoir ces quarrés, & on la cloue
fur les trois autres. Enfuite on pofe trois quar-
rés de fer en -dehors : celui du milieu eft de deux
pièces qu'on rejoint par des charnières & des clavet-
tes , on en met un fécond à l'une des extrémités , &c
le troifieme à 6 pouces de l'autre. Ces 6 pouces font
deffinés à porter le f'abot qui doit être de quatre ple^
ces bien trempées par leur tranchant , & bien recui-
tes ; il faut avoir attention que le talon de ce fabot
porte précifement contre le milieu de l'épaifîeur des
planches : le coffre eft préparé en-dedans de fon au-
tre extrémité en forme d'emboîtement pour recevoir
celui qui le fuivra, qui doit être travaillé , ainfi que
les autres qu'on emploie avec les mêmes fujettions
que le premier , à cela près qu'au lieu du fabot, ils
font diminués quarrémcnt fur 6 pouces de longueur
pour entrer dans l'emboîtement de ceux fur liefquels
ils font pofés. On ne peut apporter trop de foins à
la conftruction de ces coffres; on ne doit pas s'en,
rapporter aux ouvriers , il faut que quelqu'un d'in-
telligent examine fi les planches font de môme lar-
geur , de même épaiffeur ; fi ces épaiffeurs font d'é-
qucrre fur les largeurs ; fi elles ne font ni ventelées ^
ni roulées , ou fi elles n'ont point quelqu'autre dé-
faut ; enfin, fi leur affemblage forme un vuide quar-
ré. Après ces précautions, le coffre étant achevé, on
trace fur deux de fes côtés des lignes de milieu ,
dont on fera connoître l'utilité. Il n'çfl pas pofTi-
ble dans un mémoire de l'efpece de celui-ci de fui-
vre le travail , fans expliquer la façon & l'ufage des
inftrumens qu'on met en œuvre ; on prie le leftcur
de trouver bon qu'on continue comme on a corn--
mencé.
On a laifTé le premier coffre enfoncé de 2 pies :
on lui met ce qu'on appelle communément un bon-
net , ( vojei lesfg. ) c'efl une pièce de bois travail-
lée de façon qu'elle porte furie haut du coffre 6c
fur le bas de l'emboîtement ; il faut que la partie qui
recouvre le haut du coffre foit d'équcrre fur celle
qui entre dedans , & que tous fes points portent , s'il
eft poffible , fur tous.ccux de rafllniblage. Ce bon-
net doit excéder le coffre d'un pié & demi à 2 pies ^
pour porter le choc de la hie ou du mouton qu'on
3 50
SON
■fait enfuite agîr h petits coups , a<în cle donner îi deux
xharpcnticrb , qui dans le cas prclent cîoient appli-
C[ucs avec des plombs aux lignes de milieu dont
on a parle , la facilité de redrelîer le coffre 6c de
le taire descendre , ùiivant une direction perpendi-
culaire. Il delcondit de trois pies , après quoi il re-
fila d'entrer ; on mit la grande tarière en oeuvre ,
on rerira 4 pies d'un fable bouillant de la même ef-
pece que le premier qu'on avoit découvert ; le fond
devint tort dur ; on le lervit d'une petite tarière ;
on ia lit entrer de z pies &C demi ; on retira du labte
couleur d'ardoiie qui étoit tort l'erré en l'ortant du
cotîVe ; mais qui s'ouvroit 6c le reduiloit en eau aul-
fi-tôt qu'il étoit ^'l l'air.
Les tarières dont on vient de parler , font des ef-
pcces de lanternes de tolc forte ; la grande a envi-
ron 8 pouces de diamètre , & ia petite 4 pouces :
elles font couvertes par le haut , afin que l'eau qui
ell dans les coffres , ^ qui paroît aulfitôt que le fable
bouillant , ne falfe pas retomber par fon poids , lorf-
qu'on les retire, ce dont elles font chargées : après les
avoir fait palier dans une manivelle , on les monte
ilir des barreaux de feize lignes de groffeur , au
moyen d'une cfpece de charnière traverfée par deux
boulons quarrés portant une tête à une de leurs
extrémités &: une vis à l'autre fur laquelle on mon-
te des écroux qu'il faut ferrer avec prudence ,
pour ne pas forcer la vis que la filière a déjà tour-
mentée : les deux écroux ne doivent pas être pla-
cés du même côté de la charnière, afin de doi.ner
la facilité"à deux hommes de les monter & démonter
cnlemble; ils ont pour cela chacun un tourne-vis qui
doit avoir alTez de force d'un côté pour chaffer les
boulons dans les trous des charnières , lorlqu'ils font
réfiftance ; l'autre eu diminué fur fa longueur , &
fert à faire rencontrer les trous des charnières, en le
paflant dedans. On defcend enfuite l'inftrument; le
barreau coule au-travers de la manivelle qui ell ap-
puyée fur le coffre , 6c lorfqu'il ert: au fond , on re-
levé cette manivelle à une hauteur convenable pour
la tourner aifément ; on y affure le barreau avec un
coin qu'on chaffe fortement dans fa mortaife dans la-
quelle ce barreau ne doit préfenter que trois à qua-
tre lignes , & avoir une entaille particuhere pour le
relie de fa groffexir. 11 porte à fon extrémité un étrier
qui tient au crochet du cable de l'engin ; ce, crochet
doit tourner très-librement dans fa chape , afin de ne
pas faire tordre le cable ; on couvre le coffre de deux
planches épaiffes qui s'y emboîtent fortement , &
qui laiffent entr'elles une ouverture ronde pour y paf-
fer le barreau , & le contraindre par-là à le mainte-
nir dans une direftion conilante.
Après la petite tarière , on le fervit de la grande ,
& on perfedionna ce que la première avoit com-
mencé , on retira du fable de la même efpece que
le précédent; on remit le bonnet lur le coffre , &c
on le fit defcendre de 18 pouces en dix volées de
hie ; on le vuida , on prclenta un fécond coffre ; on
lui mit le bonnet &C on laiffa defcendre légèrement
la hie, pour l'affurer dans fon enboitemcnt ; on lui
en donna enfuite deux volées de trente coups cha-
cune ; après quoi on joignit les deux coffres par
huit molles bandes qui font des pièces de fer plat
d'environ iC/ig. de largeur , de 3 à 4 lig. d'épailfeur
& de 1 pies & demi à 3 pies de longueur. On en
cloue deux fur chaque côté des coffres près des an-
gles , moitié de leur longueur fur l'un 6c moitié fur
l'autre ; il ne faut point arrêter ces molles-bandes ,
qu'on ne foit fur que les quarrés qui fe trouvent à la
rencontre des coffres font bien affermis , & que les
planches ne peuvent plus prendre de rebroulîement
îous le coup de la hie , fans quoi le moindre affaif-
iement ftroit fauter toutes les têtes des clous qui
tiennent les molles- bandes; c'ell ce qu'on a cher-
SON
ché ^ prévenir , en faifant donner foixante coups de
hie avant de les clouer.
On battit vigourcufemcnt le fécond coffre : les
Charpentiers ayant toujours leurs plombs à la main
il dtlccndit de 2 pies en vingt volées de vingt coups
chacune. On employa un troifieme coffre, & on éta-
blit un échafaudage pour fe mettre à hauteur de pou-
voir manœuvrer ailement dedans ; on y delcendit la
petite tarière , 6c on la porta jufqu'à 3 pies au-def-
Ibus du labot du premier coffre , on la retira ; on
mit la grande en œuvre , on fit agir la hie ; & enfin
on recommença alternativement ces manœuvres juf-
qu'à vingt- un pies de profondeur , où les inltru-
mens ne trouvèrent plus de prife ; on y conduifit
les coffres, qui comme eux , refuferent 'd'aller plus
bas ; on employa une langue de ferpent , on la fit
entrer d'un pié , 6c on reconnut qu'elle étoit dans
un banc de cailloux ; l'eau monta confidérablement
dans les coffres , 6c s'y mit de niv au ave'c celle d'un
puits qui en étoit à 5 toifes ; on eut la curiofité d'exa-
miner le rapport de la hauteur des eaux du folié du
fort avec celles-ci , on les trouva de niveau : julque-
là , on n'étoit si^ir de rien , le halard pouvant y avoir
part ; deux jours après , on baiflà celles du foflé de
2 pies ; celles du puits & des coffres baifferent , ÔC
tout le remit de niveau ; on peut conclure avec bien
de la vraiffemblance que l'eau du puits dont la gar-
nifon failoit ufage, étoit la même que celle des fof-
fés : cette eau étoit extrêmement crue, dure, pe-
fante; parce que paffant au-travers de gros cailloux
qui laiffent beaucoup d'efpace entr'eux , elle ne pou-
voit acquérir d'autres qualités, qualités qui occalion-
'noient beaucoup de maladies.
Après avoir reconnu avec la langue de ferpent la
nature du fonds , on employa un inllrument qu'on
nomme dans le pays une tuli/^ , qui ne fit aucun
effet; on en fit faire un nouveau dont on tira un
très-bon parti. 11 porte par le bas une langue de
ferpent fuivie d'une efpece devis fans fin àbnt
les filets font très-forts 6c bien trempés; cette vis
eft furmontée d'un alfemblage de barreaux forgés
triangulairement , efpacés l'un de l'autre , 6c pôles
obliquement; en forte qu'extérieurement ils préfen-
tent un de leurs angles ; le tout forme un cône ren-
verfé dont la bafe a huit pouces de diamètre ; les par-
ties qui la compolent font foudées fur un barreau
de feize lignes de groffeur qui porte lui-même la lan-
gue de ferpent parle bas. On le mit en œuvre; après
quelques tours de manivelle, on fentit qu'il brifoit
les cailloux ; mais ils lui réfifterent bientôt au point
d'arrêter fix hommes. Il faut prendre garde en pa-
reil cas que les ouvriers ne s'opiniâtrent point à
furmonter l'obllacle , ils romproient les charnières
ou les barreaux. 11 ne provient que de la pofition de
quelques gros cailloux qui fe préfentent en même
tems à l'inllrument par leur point de plus grande
réfiftance : il faut dans cette occafion faire bander
le cable , relever les barreaux de cinq à fix pouces
par un mouvement très-lent , & faire faire en même
tems trois ou quatre tours à la manivelle en fens
contraire ; on la tourne enfuite à l'ordinaire , en fai-
fant lâcher le cable infenfiblemcnt;les cailloux pren-
nent entr'eux un arrangement différent , & on par-
vient à les briler. Cette manœuvre paroît aifée ; elle
eft cependant affez difficile à faire exécuter avec pré-
cifion : on continua à tourner la manivelle, on ne
trouva plus la même difficulté; mais l'inftrument n'a-
vança que très-lentement; on parvint cependant à
le faire entrer de toute fa longueur, on le retira en
faifant détourner la manivelle pour le dégager &
lui donner plus de facilité à remonter , on trouva
l'efpace que les petits barreaux forment entr'eux,
rempli de morceaux de cailloux, qui faifoient juger
que dans leur entier ils dévoient avoir quatre, cinq
SON
l fix pouces de groiTeur. On chafla le coffre : il entra
e ilx oouces en vingt voilées de trente coups ; on
;delcendlt rinftrument , & on le mena à un pic plus
ds qu'il n'avoit été ; on le retira rempli comme la
remiere fois ; on battit le coffre , il defcendit de
Liatre pouces'; l'outil n'ayant que huit pouces de
tametre par le haut , ne lui trayoit qu'une partie de
>n chemin que le fabot tachoit d'achever; on lentit
u'à mefure qu'on def cendoit , les cailloux ctoient
lus l'errés les uns contre les autres ; on fit un fécond
iffrument fur le modèle à-peu-près du premier.
)n l'employa , & on le fit defcendre aufli bas
u'il flit poffible ; on le. retira rapportant avec
li des morceaux de cailloux proportionnés à fa ca-
îcité; on retourna au grand instrument , on le cou-
)nna d'un cylindre de tôle de douze pouces de hau-
;ur & d'un diamètre un peu moindre que le fien.
)n travailla jufqu'à ce qu'on crût que le haut
e ce cyhndre étoit recouvert par les graviers de
X à huit pouces, on le retira plein de cailloux en-
ers , de morceaux &c de beaucoup de petits éclats.
>n continua les mêmes manœuvres pendant treize
)ur$ , & on perça enfin ce banc qui avoit onze pies
'épaiffeur. On eut grande attention à bien vuider
! coffre avant d'entamer le terrain au-deffous qu'-
n avoit reconnu avec la langue de lerpent être du
ibie bouillant. On fit ici une faute fur la parole des
eus du pays qui affuroient que ce fable fe foute-
oit fort bien ; malgré le peu de difpofition qu'on
voit à les croire , on fe laifla féduire , quoique d'un
.itre côté il y eût grande apparence que le fable
ont on avoit vu l'échantillon , étoit du véritable
ibîe bouillant, il parut très-ferme dans le commen-
ement ; on fe fervit alternativement de la grande
l de la petite tarière, on defcendit à huit pies au-
effous des coffres; on les battit, ils entrèrent aifez
ifément de près de deux pies ; & comme ils com-
tiençoient à refufer, on ne les preffa pas. On em.-
loya la petite tarière qui s'arrêta au pié des cof-
:es , quoiqu'avant elle la grande tarière fût déf-
endue beaucoup plus bas; on fentit des cailloux , &
n jugea que le cheir.in qu'on avoit fait jufques-là
toit rempli ; le fable des côtés extérieurs du coffre
'étoit détaché, & avoit coulé , les cailloux qui
toient immédiatement au-defîiis l'avoient fuivi, &
voient comblé l'ouverture que les tarières avoient
dite. On fe mit en devoir de les retirer ; mais il en
etomboit à mefure qu'on en tiroit; on ne pouvoit
lasles brifer, comme on avoit fait auparavant; parce
[ue , lorfqu'ils étoient preffés par les inftrumens , ils
e logeoient dans le fable & le déroboicnt à leurs
fforts; enfin, on en diminua le nombre, &ils ceffe-
ent de retomber. Lorfqu'on eut fait defcendre le cof-
re de quatre pies , apparemment que le labot ayant
etrouvé un peu de ferme, leur avoit fermé le paCa-
je, les mouvemens du coffre en avoient cependant
;ncore fait defcendre, Oa mit tous les inftrumens en
Kuvre; la grande tarriere falfoit un allez bon effet ;
slle les cnveloppoit dans le fable dont elle fe char-
jeolt; on ne put cependant pas fi bien send'ifaire,
qu'on n'en trouvât encore à plus de cent ])iés de
)rofondeur. 11 étoit aifé d'éviter ces inconvénicns ;
il falloi;, lorfque le coffre fut arrivé fur le fable,
e frapper avec vigueur, le faire defcendre de deux
)iés ou deux pies & demi; rerircr dtux plés de fa-
3le du dedans; recommencer à le frapper de même;
le vuider &: continuer. Il eft vrai eue rouvratzc eff
long, parce que les coffres .n'entrent pas aifcment;
mais on travaille en iùreîc^ oi on n'a pas le defai^ré-
ment d'être pcrfécuté par les caillou.\ , & de voir
dans un moment combler Pouvraf'.e de quati;e jours.
La première couche qu'on reacontia , étr't u'iin
fable bouillant gris , tirSnt îur le verd , cie i i pics
d 'épaiffeur : la l'cconde , d'uu iable bouillant ijùs àidi-
SON
351
do''e , dans lequel l'on étoit entré de 8 pies , lorf»
que les coffres refuferent abfolument de defce'ndre ■
on les battit toute une journée fans qu'i's fiffent le
moindre mouvement : on travailla pendant trois jours
.avec la petite & la grande tarière , on effaya de les
faire defcendre , mais ce fut inutilement : on alla en
avant avec les inff rumens ; on fe trouva en cinq jours
à 10 pies au-deflbus du labot des coffres : ces 10 pies
furent tout-à-coup remplis , & le fable rem.onta de
9 pies dans les coffres. Si malheureufement les inf •
trumens avoient été à fond pendant ce mouvement
ilauroit été très- difficile de les retirer. On fut obli-
gé en pareil cas , à Aire , il y a quarante ans , d'a-
bandonner 80 pies de barreaux: on reprit les ta*
rieres, & on fut près de huit jours à fe remettre au
point oii on étoit : onjugeapar la longueur de ce tra-
vail , que le fable couloit le long des coffres , & qu'il
remplaçoit celui qu'on tiroit : on fonda avec la lan-
gue de ferpent , qui. rencontra la terre glaife à 3 pies
au-deflbus des 10 pies où on en étoit, par conléquent
à I 3 pies des coffres ; ce fut une bonne découverte ,
on reprit courage , & on fit avancer la grande tar-
riere , qu'on rétiroit fouventpar précaution ; on fen-
tit dans un moment, qu'elle pefoit plus qu'à l'ordi-
naire , on la remonta tros-promptement , non fans
difficulté , parce qu'elle étoit déjà recouverte du fa-
ble qui avoit fait un mouvement & qui s'étoit repor-
té jufques dans les coffres : on fe trouva fort heu-
reux dans cette circonffance , de leur avoir donné
Il pouces de creux; ils n'en ont ordinairement que
8 dans le pays , parce qu'on n'y trouve communé-
ment que 12 à 13 pies de ce fable bouilhant, & il y
en avoit 3 3 ici : on avoit bien réfléchi fur la ûçon de
remédier aux inconvéniens , mais on ne vouloir la
mettre en ufage qu'à la dernière extrémité : Comme
on vit cependant qu'on perdoir beaucoup de tems,
& qu'il étoit inutile de porter la curioffté plus loin
fur la nature de ce terrein , on tâcha de retirer le
fable jufqu'à 3 pies près de la terre-glaife , & on in-
troduifft fur le champ de nouveaux coffres dans les
premiersjils avoient 8 pouces & ^ de vuide, un pouce
&C -^ d'épaiffeur , & 18 pies de long. Cette grande
dimenfion n'eft ici d'aucune conléquence : ces cof-
fres n'ayant que peu d'effort à Ibutenlr ; ils étoient
d'ailleurs maintenus dans les grands, qu'ils pafferent
de 3 pies fans violence oc à la main : on leur mit un
bonnet , on les battit , ils deicendirent juiqu'au point
oii on avoit porté les iniirumens , 6c ils refuierent:
ces coffres n'ont point d'emboîtement , on les joint
llmpicment par des molles-bandes : on defcend le
premier , en paffant , à 1 8 pouces de fon extrémité ,
un boulon de fer, au miheu duquel on porte le cro-
chet du cable ; on le préfente dans le grand coffre ,
& on l'y laiffe couler juiqu'à ce que le boulon porte
fur fes côtés : on dégage le crochet , on en prend un
lecond par Ion boulon, on le préfente fur celui-ci : on
le joint , comme il a été dit , par des molles-bandes ,
on les fouleve enlemble pour dégager le premier
boulon , & on les laiffe defcendre juiqu'au fécond ,
ainfi de fuite.
Les tarières ramenèrent bien le fable qui étoit juf-
que fur la glaife , mais elles ne purent l'entamer ,
parce qu'elle fe colloit à leurs mèches, qui dans le
moment ne mordoicnt plus. On fit un nouvel inffru-
mcnt , qu'on conaoitra mieux par Ja figure que
par l'explication qu'on pourroit en donner : on
l'employa , mais comme on fentit que le fable
rccommençoit à couler , on le retira : on def-
cendit la grande tarière, on trouva que non-leule-
îTicnt A avoit comblé ce que le premier inllrument
avoit frtir, mais qu'il cioit remonte de «j pics dans les
y.'Vo.ts coffres: on loupçonna que tous ces mouve-
r.vens occalionnoient un affaiffement, qui devoit fe
coiuuuuiiquer julquaux terres qui entouroicnfi» le
3n
SON
haut des coffres : on leva les madriers qui couvroicnt
le tond du premier déblai, ils n'cloicnt plus (butcnus
que par leurs extrémités : on trouva etieftivement
le tcrrein baiflc de cinq pics le long des cottres, for-
mant un cône rcnverfé de ^ pies de diamètre. Jul--
que-là on ne s'en étoit pas apperçu , parce que dès
le commencement de l'ouvrage , le haut du déblai
avoir été couvert, pour la facilité dos manoeuvres ;
on connut enfin toute la fluidité du fable bouillant ,
on rép:-ira avec la grande tarière, lemal qu'il avoit
fait, & onchafla^les coffres julqu'à un j^ié & demi
dans la glailé. On fuppute qu'on avoit été obligé de
retirer plus de 90 pies cubes de fable , au-delà du
volume dont les coffres occupoient la place : on re-
prit le nouvel inftrument , & on ne fût pas trompé
dans l'efpérancc où l'on étoit , qu'on ne rencontre-
roit plus les difficultés que Ton avoit eu àlurmon-
ter : on perça un lit de 10 pies , d'une terre-glaife
couleur d'ardoilc , mêlée d'un peu de fable' ; on en-
tra enfiiitc dans une terre feche , dure , &: plus clai-
re en couleur que la précédente ; on la prend dans le
pays pour du tuf, ce n'eft cependant qu'une glai-
lé ; celle-ci avoit 14 pies d'épaifîcur : on étoit ar-
rêté de tems-en-tems par de gros cailloux, mais en-
fin l'inflrument les forçoit à le ranger de côté dans
les terres , & lorfqu'il les avoit paflé , s'ils retom-
boient , ils étoient obligés de remonter avec lui ,
parce qu'il remplilfoit exadement , au moyen de la
terre dont il fe chargeoit , le tuyau , pour ainfi dire,
qu'il avoit fait : on retira de cette façon , de près de
b'apicsde profondeur, des cailloux quipefoient juf-
qii'à cinq livres : ils n'étoient pas tous noirs en de-
dans , comme les premiers. On entra enfuite dans
un lit de 18 pies de glalfe noire , mêlée d'un peu de
fable d'une odeur défagréable: on en fit lécher quel-
ques petites parties , on les brûla , elles rendirent une
flamme violette , & une très-forte odeur de foufre :
onpaffa de-là dans un lit de 1 1 plés d'épaiffeur, d'u-
ne terre fort graffe , mêlée de beaucoup de veines &
de petits morceaux d'une efpete de craie blanche,
qui tenoit de la nature de la marne à laquelle on
croyoit toucher ; mais on trouva encore un lit de
12 pies, d'une glaife bleue fort graffe, fans aucune
des marques qu'avoit la précédente : à 10 pies de là
on fentit dans une glaife noire de la réfiflance fous
l'inflrument , 6c quelque chofe qui s'écrafoit : on le
retira , & on en trouva le bout plein d'une terre
blanche , & de petits graviers qui ordinairement ne
font pas des marques équivoques : on fonda avec la
langue de fe>rpent, & on connut qu'on avoit rencon-
tré la véritable marne.
Comme on ne fera plus d'ufage des gros barreaux
dont on s'cfl fervi jufqu'à préfent , on s'arrêtera un
moment pour expliquer la façon de les defcendre &
de les remonter, lorfqu'il y en a , comme ici , une
quantité d'employée. Tous ces barreaux doivent
être percés à 2 ou 3 pies de leurs extrémités ; fi on
ne veut les remonter & les defcendre qu'un à un ,
la manœuvre efl facile , mais elle eft longue ; pour
les defcendre & les remonter deux à deux , en les
fuppofant premièrement tous defcendus , il faut les
enlever au moyen du treuil , jufqu'au trou qui eu.
au-deffus de la première charnière , dans lequel on
fait paffer un boulon de fer qui porte un étrier : ce
boulon s'appuie fur lamanivelle qui eftpofée fur le
coffre : on dégage , en fecouant le cable, le crochet
<le rétrier qui ti\ à l'c^xtrémité du barreau , on re-
prend celui-ci, onleve tout jufqu'au trou quiefl au-
deffous de la féconde charnière , on y paffe un bou-
lon avec fbn étrier , 6c on démonte les deux barreaux
enfemble. On fait à pcu-pres la même manœuvre
pour les defcendre : on defcend le premier feul , &;
on le remonte de même , pour avoir la facilité de
netibyer les inflrumens cju'il porte , on l'arrête au
S O
trou qui efl au-defi'ous de fon extrémité fupérieure :
on pafl'e le crochet du cable dans un étrier qu'on
place au trou qui eft au-deflV.s de la charnière qui
joint deux autres barreaux , on les enlevé , & on les
monte fur ce premier : on lève les trois barreaux en-
femble , pour avoirja facilité de dégager Pétrier oui
porte fur la manivelle, on les laifl'e couler jufqu'à
C(*liîi qui eft au-delfus ; alors un homme , monté fur
une petite échelle , en paffe un nouveau dans le trou
qui efl au-defi"ous de l'extrémité des barreaux : il y
met le crochet du cable : on dégage celui qui eft fur
la manivelle fur laquelle on fait defcendre celui-ci :
on prend deux autres barreaux, comme il a été dit
on les monte avec les vis & les 'écrous fur la partie
qui fort du cofîrc , & on continue.- Si les barreaux
font plus longs que le poinçon de l'engin , on les
fait pafier dans un cercle de fer qui eft à l'extrémité
de l'étourncau ; on peut de cette façon les defcendre
& les remonter 3 à 3 , on gagne par-là beaucoup de
tems. Si les deux barreaux enfemble , avec la partie
de celui qui fort du coffre , font plus courts que le
poinçon , on les accroche par leur extrémité , on les
delcen J & on les remonte aiiémcnt i à 1. Il faut avoir
grand foin , chaque fois cju'on démonte les barreaux,
de faire paffer un petit ballet avec de l'eau , dans les
trous des charnières, de laver les vis & les écrous ,
parce qu'il s'y introduit du labié qui en ruine bien-
tôt les filets.
On s'efî arrêté à la marne ; il fut queftion de
mettre les buifes en œuvre ; ces buifes font des
pièces de bois de chêne de 6 ou 7 pouces d'équar-
riffage , percées d'un bout à l'autre fur 3 pouces de
diamètre : on ne leur donne que 9 à 10 pies de lon-
gueur, afin d'éviter de les percer à la rencontre,
comme parlent les ouvriers , c'eft-à-dire , percer la
moitié de la longueur par un bout, & l'aller rencon-
trer par l'autre : ce qui ne manque pas de former un
angle qui , quoique tort obtus , ne laiffe pas que d'oc-
cafionner à l'eau un frottement qu'il elf à propos d'é-
viter le plus.qu'il eft poffible : ces buifes étant per^
cées , on en abat les angles , 8: pour les éprouver,
on ferme exactement une de leurs extrémités , on les
emplit d'eau par l'autre , jufqu'aux trois quarts , on ià
preffc fortement avec un rcfouloir , on examine de
près fi l'eau ne pénètre pas en dehors , on les retour-
ne , & on fait la même manœuvre pour le quart qui
n'a pas été éprouvé ; on eft fur par cette précaution ,
autant qu'on peut l'être , qu'elles font fans défaut:
après ces précautions , on fait entrer , à un pié de
l'extrémité de la première qu'on doit defcendre ,
deux fortes vis en bois , qui ne pénètrent qu'à
trois quarts de pouce , on y accroche un grand
étrier qui tient au cable , on l'enlevé , & on le
laiffe defcendre 'jufqu'à ce que ces vis portent fur
deux "taffeaux qui s'appuient fur les coffres , & dont
l'épaiffeur ne doit point empêcher qu'on ne dégage
l'étrier : on prend une féconde buife, qni efl garnie
de fes vis , on la préfente fur la première, cUepor-
te un emboîtement &un cercle de fer dans fon épaif-
feur , dont elle rerient la moitié delà largeur, & l'au-
tre moitié entre , au moyen de quelques coups de
maillet , dans celle de la première buife : on a garni
les jointures en dedans , avec de la filafîe goudron-
née , on les garnit de même en dehors , fur ^ à 6 pou-
ces de hauteur , on les couvre d'une lame de plomb, 1
clouée de très-près , on y attache des molles-ban-
des , on levé tout , pour démonter les premières vis I
& les laifler defcendre jûlqu'aux fécondes : quoi-
que ces vis ne pénètrent point dans l'intérieur des
buifes , il faut avoir la précaution de boucher les
trous qu'elles ont faits , avec un bouchon de liège
goudronné , qu'on y fait entrer avec force. La pre-
mière buife doit être délardée , "& garnie d'un fabot
de
SON
de fer: on en aiiifia , l'une fur l'autre , de la façon
qu'il a été dit , jui'qu'à ce qu'on fentît que le labot
portoit fur la marne , dans laquelle on les fit descen-
dre de 1 pics h petits coups de hic , afin de ne pas
déranger les molles-bandes ni les jointures. On rac-
courcit les builes à la hauteur des coffres , & on y
introduifit une petite tarière , montée fur des bar-
reaux d'un pouce de grolTeur ; elle deicendit juf-
que fur la marne qui étoit entrée dans les buiies :
on lentit qu'elle rencontroit de la réfillance , on
la retira avec quelque peu de gravier blanc &tranf-
parent , on f c iervit d'un petit inftrumcnt , qui lui
ôta toute difîicultc : on la redefcendit , on la ht
entrer d'un pié : on la retira pleine de gravier, &
d'une marne graffe , blanche, & collante: on vui-
da la buife , & on alla avec le même inflrument
jufqu'à deux pics au-defTous du fabot , on ientit
du ferme qu'il ne put entamer , on reprit le petit
inlliLiment , qui entra fort aifément : les barreaux
dont on fe fervit , n'avoient qu'un pouce de groffeur :
on ne pouvoit pas , de peur de les affoiblir , y faire
des trous pourypaflier des étriers, comme à ceux qui
avoient i6 lignes : au-lieu de cela , on les arrêtoit
avec le coin dans la manivelle , foit en les defcen-
dant, foit en les remontant : cette manivelle portoit
fur deuxtafïeaux qui tenoient au coffre , & qui i'élc-
voient affez haut pour que le coin qu'on y frappoit ,
ne touchât point aux buifes : on faifoit fortir ce coin,
lorfqu'on vouloit mettre les barreaux en liberté , foit
pour les dcfcendre ouïes remonter: on les prenoit
d'ailleurs à telle hauteur ou'on vouloit , avec un inf-
trument qui ctoit attaché au cable de l'engin que les
ouvriers nomment le diable.
On retira le petit inllrument qui avoit percé un ht
ie gravier de 5 à 6 pouces ; on redefcenuit la petite
Eariere , qui revint toujours remphe de marne, juf-
qu'à 5 pies de profondeur , où il fe trouva un autre
lit de gravier. Le petit inflrument lui fraya de nou-
veau Ion chemin , & on continua ù la faire entrer.
Elle dcfcendit de 4 pies : on fînit la journée. Un ou-
i^rier couvrit la buife avec le bonnet. Le lendemain,
à la pointe du jour , il alla le lever ; il fortit un bouil-
lon d'eau qui étonna. Elle parut fe mettre de niveau
îvec l'orifice de la buife ; elle confervoit cependant
.m mouvement qu'on ne put appercevoir qu'en met-
:anî un petit morceau de papier furlafuperficie. On
iefcendit la petite tarière qui flit arrêtée à 20 pies
près de la profondeur où l'on avoit été auparavant.
Jn reprit le petit inifrument qui perçaune efpecede
:ampon de plus d'un pié d'épaiffeur de terre , de bois ,
3e doux &c de tout ce que l'eau du fond avoit eu la
X)rce de chafîer. Jufque-là on en fut d'autant plus
lurpris , que la petite tarière & le petit inflrument
n'avoient rien ramené de pareil. Peut-être ces ma-
tières s'étoient-elles rangées de côté , & que l'eau
qui commcnçoit à s'élever les avoit forcées à remon-
ter avec elle , & n'avoit cependant pas eu la force
de les conduire plus haut. Il-ne faut pas s'étonner fi
l'inflrument tient quelquefois très-fortement dans les
buifes : il forme avec la marne qui s'y colle extérieu-
rement , 6c celle dont il fe charge par-deffus en re-
montant , une efpece de pifton. On fe fert , pour le
(oulager , d'un tourne - à - gauche , avec lequel on
tourne &: détourne les barreaux ; la marne qui l'en-
duit extérieurement fe délaie : l'eau de deffous fe
communique à celle de defius , & la difficulté cefTe.
L'obflacle étant levé , l'eau commença à couler
avec aflcz de force ; on continua à fc fervir alternati-
vement de la tarière & du petit inflrument julqu'A
2.5 pies de profondeur. On rencontra encore dans
cette marche des lits de gravier , & on s'appcrçut
que l'eau augmentoit fonfibL-ment à mefure qu'on
lés perçoit. ()n mefura la quantité qu'il en fortoitpar
le haut des buifes qu'on trouva être d'un pouce & ),
Tome XF.
S o
35.1
ou 20 pintes de Paris par minute. On voulut mal-à-
propos en tirer un plus gros volume ; on redefcendit
le petit inflrument : on ne lui eut pas fait faire quatre
tours , que \&s barreaux fe rompirent à 74 pics de
profondeur, & en abandonnèrent 81 pies dans le
fond. La conflernation des anciens ferviteursdu roi
& des ouvriers fut dans ce moment très-grande ; on
chercha à les raffurer : on lit faire un inflrument ex-
trèmeuient Ample : on le defcendit avec les 74 pies
de barreaux qu'on avoit retirés : on le joignit à ceux
qui étoient dans le fond ; il les faifit avec tant de for-
ce , & rinftrument qui étoit engagé dans la marne
tenoit n fort , que deux hommes apphqués au treuil
de l'engin en rompirent le cable fans qu'il quittât pri-
fe : on envoya chercher une chèvre à l'arfinal ; dès
le premier coup de levier l'eau devint blanche : on ju-
gea que l'inflrument avoit fait un mouvcxment dans
le fond ; au deuxième coup de levier , les barreaux
montèrent de 4 pouces ; & au troifleme tout fut dé-
gagé. On reprit le cable de l'engin , & on retira les
barreaux caffés au grand contentement des fpefta-
teurs. On ne jugea pas à propos de s'expofer une
féconde fois à un accident de cette nature, d'autant
moins que la quantité d'eau dont on étoit sûr fufîi-
foit pour le fort S. François. Elle efl augmentée , &
donne aujourd'hui premier Décembre 35 pintes par
minute mefure de Paris,
Sonde de mer ^ ou Plomb de sonde , {Marine.')
c'efliuie corde chargée à\m gros plomb, autour du-
quel il y a un creux rempli de fuif, que l'on fait def-
cendre dans la mer , tam pour reconnoître la cou-
leur & Id qualité du fond, qui i'attache au fuif, que
pour favoir la profondeur du parage où l'on elt. Ce
dernier article ell fuiceptible de beaucoup de diffi-
cultés quand cette profondeur efl confldérable.
On dit être à \a. fonde, lorfqu'on efl en un lieu où
l'on peut trouver le fond de la mer avec la fonde ; al-
ler à la fonde , lorfqu'on navige dans des mers ou fur
des côtes dangereufes & inconnues , ce qui oblige
d'y aller {5 fonde à la main ; venir jufqu'à la Jbnde ,
quand on quitte le rivage de la mer , 6c qu'on vient
jufqu'à un endroit où l'on trouve fond avec Va fonde;
&C enfin on dit que les fondes foat marquées , 6c cela
veut dire que les brafles ou pies d'eau font marqués
iiiï les cartes , près des côtes.
Sonde , ( terme de Mineur.') le mineur fe fert d'une
fonde à tarière pour agrandir le trou , lorfqu'il veut
crever les galeries par quelque bombe , ou gargouge
chargée; c'ell ce qu'il exécute en enfonçant la lom-
be dans les trous, &: en maçonnant enfuite l'ouverture
de même qu'aux fourneaux. (Z>, J.)
Sonde , efl un infrument de Chirurgie dont on
fe fert pour examiner 6c fonder l'état des bleffures ,
ulcères & autres cavités.
Il y a àe^ fondes de différentes figures fuivant leurs
dilTérens ufagcs. La fonde pour les plaies 6c les ul-
cères, efl une verge de fer , d'acier ou d'argent très-
polie, longue tout au plus de cinq pouces de demi,
moufle & boutonnée parles extrémités, afin qu'elle
ne blefîe pas les parties dans lefquelles on l'introduit.
La plus menue s'appelle flilet, Jlilus. Elle efl de la
groffeur d'une aiguille à tricoter ; une de fes extré-
mités fe termine en poire ou en ohve , l'autre efl un
peu moufle. Sa matière efl ordinairement d'argent.
On a coutume de la faire recuire pour la plier facile-
ment , & lui donner ime figure convenable aux li-
nuofltés ou détours des plaies 6c des ulcères. Foye^^
fig. S. PI. I. Les autres fondes font plus ou moins
grofles , fuivant le befoin. Quelques-unes font per-
cées par un bout , comme les aiguilles , pour pafTer
les fêtons : quelques flilets le font aulli, L'ulage des
fondes ell pour faire connoitre la profondeur , l'éten-
due , le trajet des plaies & des ulcères , leur pénétra-
.154
SON
tion iufqu'auîc os , Us parties qui ont été pffcnfées ,
les linuofitcs des fiflules , les clapiers qui s'y ren-
contrent , les tradures qu'il peut y avoir , les corps
étrangers qui y font engagés, la carie des os , &c.
D;\ns les plaies d'armes à feu, h for? de doit être
terminée par un bouton olivaire , gros comme l'cv-
trémité du petit doigt , afin de ne point fiiivre ou faire
de faulfes routes dans les déchiremcns qui accompa-
gnent CCS fortes de plaies.
lly^dcsjonc/cs cannelées, c'cfl:-à-dirc creufées
en gouttière dans toute leva- longueur , arrondies du
côté oppofé. La cannelure doit être trcs-unic, & un
peu plus large dans fon commencement. La pointe
doit être fermée, de façon que l'extrémité d'un bif-
touri ne puifle pas pafler l'obftacle qu'oppofe l'arcte
qui c(l à l'extrémité de \:\ fonde. Le manche cfî une
eipccc de trcilo ou de cœur applati , ou une pièce
plate fendue, pour faire une fourchette propre « main-
tenir le filet de la langue quand on le veut couper aux
enfans. Les fondis cannelées Icrvent de conduftcur
auxinllrumenstranchans pour aggrandir les plaies &
les ulcères finueux ou fiiluleux. t^oye^ la figure 4 &
6. PL II. La figure 4, /ert de tire-halle.
La fonde aîléc ou gardienne des inteftins dans les
hernies avec étranglement , eft très-commode pour
fervir à la dilatation de l'anneau de l'oblique externe,
ou du ligament de Tarcade crurale , qui produifent
cet étranglement. C'efl um fonde cannelée comme
la précédente , que M. Petit a faite couder aux deux
tiers de fa longueur ; fous le coude eft fondée une pla-
que en forme de cœur , large d'un pouce , longue de
deux. Les deux côtés de cette plaque repréientcnt
les aîlesde la Jonde. Quand on a introduit cet inftru-
ment qui fert de condufteur au biftouri , la plaque
dont la pointe doit être enfoncée jui'que dansl' ou -
verture , couvre les inteftins & les garantit du tran-
chant du biftouri. f^ojei la figure 14. PI. III.
Les fondes pour la veiue font particulièrement ap-
J>€lléts algalies , vq)'i;{ AlgALIE.
"L-A fonde pour l'opération de la taille , voyei Ca-
THF.TER.
La fonde de poitrine eil la même dont on fe fert
pour fonder la velîie des femmes , voyc^ Algalie.
L'uiage de celte fonde à la poitrine , efl d'évacuer le
fang 6c les autres matières liquides épanchées dans
cette cavité, d'y faire des injedions , (S'c. Voyez la
fi g. i.Pl.X.
Il y a encore une efpcce de fonde o^m fert à décou-
vrir la carie des dents: elle cil crochue , faire d'a-
cier , longue d'environ trois pouces &L demi j fon
milieu cjui eft ordinairenient "taillé à pans fert diq man-
che ; fes deux extrémités font ronJps', & vont en di-
minuant fe terminer en une pointe un peu moufle ;
chacune d'elles efl légèrement recourbée à contre
fe'ns. C'efl avec l'une de ces pointes qu'on examine
la carie & fa profondeur. Foye? lafimre 7. Planche
XXI^. {Y)
Sonde , (Comm. ) inflrument qui fert à fonder &.
à connoître la qualité ou la connoiffancc de quelque
chofe.
Les commis des barrages des villes ôii l'on paye
quelques droits , & ceux des bureaux dVntrées &
forties du royaume ont difFérentesy?;/7r/c:y pour recon-
noîtrefi dans les marchandifes (^ui pafléntàleurs bu-
reaux , & dont on leur paye les droits , il n'y en au-
roit pas quelqu'autrc plus précieufe , ou de contre-
bande.
Les fondes des commis pour les entrées du vin font
en forme d'une longue broche de fer , emmanchée
dans du bois, qu'ils fourrent dans les chariots char-
gés de paille ou de foin , éc autres chofts fembh'-
biCS , dans lefquelles on pourroit cacher un tonneau
ou baril.
Les duiTQS fondes font h proportion femblabics ,
SON
mais convenables à la qualité des matières qu'on veut
fonder. Dici. de Corini. & de 7 révoux.
Sonde , f. f. (tcr,?,e de Cluilrcutier.^ ils nommcntde
l:i f"(<rte une longue aiguille d'argent , dont ils fe fer-
vent pour fonder les jambons , langues de bœufs &
autres viandes crues ou cuites , cju^ii leur efi permis
de vendre & débiter. (Z). 7.)
Sonde, f f. Çtcrme (fjEventaî/lifc.^ c'efl une lon-
gue aiguille de laiton qui leur fert à ouvrir les pa-
piers , pour y placer les flèches de la monture d'un
éventail. ( D.J.)
SONDER , v. ad. ( Gramm.) c'cfl fe fervir de la
fonde. Foyci les ar.'icles SoNDE.
SONDUIO, (Géog. mod.) en aWeïmnà Sonders ^
gros bourg de la Valteline, fur la rive droite de TAd-
da, au pié du mont Mafegrio , &c le chef lieu d'un
gouvernement auquel il donne fon nom. C'étoit au-
trefois une ville fermée de murailles , avec un châ-
teau , mais les murs &: le château furent abbatus en
1335. (D.J.)
SONGE , (. m. (Méiapk. &Phyfiol.) lefonge efl un
état bifarre en apparence, où l'ame a des idées fans
y avoir de connoifiance réfléchie , éprouve des fen-
fations l'ans que les objets externes paroiffent faire
aucune imprcffion fur elle ; im.agine des objets , fe
tranfporte dans des lieux , s'entretient avec des per-
fonnes qu'elle n'a jamais vues , & n'exerce aucun
empire fur tous ces fantômes qui paroiffent ou dif-
paroifîent , l'auedent d'une manière agréable ou in-
commode , fans qu'elle influe en quoi que ce foit.
Pour expliquer la nature desfonges , il faut avant
toutes chofes tirer de l'expérience un certain nom-
bre de principes diflinds ; c'efl là l'unique fil d'A-
riane qui pulffe nous guider dans ce labyrinthe : de
touteslespartiesqui compofent notre machine, il n'y
a que les nerfs qui foient le fiege du fcntiment , tant
qu'ils confervent leur tenfion, & cet e?:trait précieux,
cette liqueur fubtile qui fe forme dans le laboratoire
du cerveau, coule fans interruption depuis l'origine
des iierfs jufqii'à leur extrémité. Il ne fauroit fe faire
aucune imprefïïon d'une certaine force fur notre
corps , dont la furface efl tapifîée de nerfs , que cette
imprefiion ne pafl'e avec une rapidité inconcevable
de l'extrémité extérieure à l'extrémité intérieure ,,
& ne pvoduife aufïi-tôt l'idée d'une fenfation. J'ai dit
qu'il fdîoit une impreffion d'une certaine force, car
il y à en effet une infinité de matières fubtiles & dé-
liées répandues autour de nous, qui ne nous affeftent
j)oint ; parce que pénétrant librement les pores de
nos parties nerveuiés , elles ne les ébranlent point ,
l'air lui-même n'efl apperçu que quand il efl agité
par le vent. Tel étant l'état de notre corps , il n'efl
pas dlfHcile de comprendre comment pendant la
veille nous, avons l'idée des corps lumineux, fbno-
res , fapides , odoriférans & taétiles : les émanations,
de ces corps ou leursparties mêmeheurtantnos nerfs,,
les ébranlent à la furface de ces corps ; & comme
lorfqii'on pince une corde tendue dans quelqu'cn-
droit que ce foit , toute la corde trémoufTe , de même
lé nerf efl ébranlé d'un bout à l'autre , & l'ébranle-
ment de l'extrémité intérieur eil fidcllcment fiiivi
& accompagné, tant cela fe fait promptejment, de la
fenfation qui y répond. Mais iorfque fermant aux
objets fenfibles toutes les avenues de notre ame»
nous nous plongeons entre les bras du fommeil,d'oii
naifîcnt ces nouvelles décorations qui, s'offrent à
nous , & quelquefois avec une vivacité qui met nos
pafïïons dans un état peu différent de celui de la
veille ? Comment puis-je voir & entendre , 6c en gé-
néral fcntir, fans faire ufage des organes du fc?nti-
ment , démêlant foigneufement diverfes chofes qu'on
a coutume de confondre ? Comment les organes da
fentiment font-ils la caufc des fenfaiions } efl-ce en
qualité de principe immédiat? cfl-ce par l'œil ou
i*
SON
par l'oreille que l'on volt & entend immédiatement?
Point du tout , l'œil & l'oreille lont afFedés ; mais
lame n'eft avertie que quand l'impreffion parvient
à i'cxtrcmité intérieure du nerf optique ou du nerf
auditif; 6i. û quelque obflacle arrête en chemin cette
imprclTion , de manière qu'il ne fe faffe aucun ébran-
lement dans le cerveau , l'impreffion efl perdue pour
l'amc. Ainfi , & c'efl ce qu'il faut bien remarquer
comme un des principes fondamentaux de l'explica-
tion des fonges , ilfuffit que l'extréinité intérieure foit
ébranlée pour que l'ame ait des repréfentations. On
connoît de plus aifément que cette extrémité inté-
rieure efl la plus facile à ébranler , parce que les ra-
milications dans lefquelles elle fe termine font d'une
îxtrème ténuité , & qu'elles font place à la fource
même de ce fluide fpiritueux , qui les arrofe & les
jénetre , y court,y lerpente , & doit avoir une toute
lutre aftivité , que lorfqu'il a fait le long chemin qui
le conduit à la furface du corps ; c'efl de-là que naif-
!ent tous les a£ïes d'imagination pendant la veille ,
k perfonne n'ignore que dans les perfonnes d'un
:ertain tempérament , dans celles qui font livrées à
le telles méditations , ou qui font agitées par de
violentes partions , les ades d'imagination font équi-
/■alens aux fenfations &C empêchent même leur effet,
quoiqu'elles nous affedent d'une manière affez vive.
Ce font là les fonges des hommes éveillés, qui ont une
parfaite analogie avec ceux des hommes endormis ,
îtant les uns & les autres dépendans de cette fuite
i'ébranlemens intérieurs qui ie pafTent à l'extrémité
îes nerfs qui aboutiflent dans le cerveau. Toute la
liffcrence qu'il y a , c'elî: que pendant la veille nous
»ouvons arrêter cette fuite , en rompre l'enchaînure,
;n changer la direftion , & lui faire fuccéder l'état
les fenlations , au-lieu que les Jonges iont indépen-
iars de notre volonté , & que nous ne pouvons ni
continuer les illufions agréables , ni mettre en fuite
.es fantômes hideux. L'imagination de la veille eft
me république policée , oii la voix du magillrat re-
net tout en ordre ; l'imagination des fonges eu la
nime république dans l'état d'anarchie , encore les
lafïïons font-elles de fréquens attentats contre l'auto-
ité du légiflateur pendant le tems même oii fes droits
bnten vigueur. Il y a une loi d'imagination que l'ex-
>érience démontre d'une manière incontelfable, c'eil
[ue l'imagination lie les objets de la même manière
[ue les fens nous les repréfentent , & qu'ayant caufe
. les rappeller , elle fe fait conformément à cette
iailon ; cela eft f» commun , qu'il feroit fuperflu de
'y attendre. Nous voyons aujourd'hui pour la pre-
niere fois un étranger à un fpedacle dans une telle
)lace , à côté de telles perfonnes : fi ce foir votre
magination rappelle l'idée de cet étranger , foit
l'elle - même , ou parce que nous lui demandons
:ompte , elle fera en même tems les frais de re-
kréfenter en même tems le lieu du fpeftacle , la place
jue l'étranger occupoit , les perfonnes que nous
ivons remarquées autour de lui ; & s'il nous arrive
le les voir ailleurs , au bout d'un an , de dix ans ou
lavantage , fuivant la force de notre mémoire ,' en
e voyant, toute cette efcorte , fi j'ofe ainfi dire ,
e joint à fon idée. Telle étant donc la ma-
liere dont toutes les idées fe tiennent dans notre
;erveau , il n'eft pas furprenant qu'il fe forme tant
le combinaifons bifarres ; mais il eft effentiel d'y
aire attention , car cela nous explique la bifarrerie ,
'extravagante apparence des fonges , & ce ne font
tas feulement deux objets qui le lient ainfi , c'en
ont dix , c'en font mille , c'eft l'immenfe alTemblage
le toutes nos idées , dont il n'y en a aucune qui n'ait
:té reçue avec quelqu'autre , celle-ci avec une troi-
ieme , & ainfi de fuite. En parlant d'une idée quel-
:oûque ,' vous pouvez arriver fucceffivemcnt à tou-
es les autres par des routes qui ne f^nt point tra-
Torne XF,
SON B5f
cées aiihafard, comme elles le pàroirfent , mais qui
(ont déterminées par la manière & les circonftances
de l'entrée de cette idée dans notre ame ; notre cer-
Veau eft , fi vous le voulez , un bois coupé de mille
allées , vous vous trouverez dans une telle ailée
c'eft-à-dire vous êtes occupé d'une telle fenfation ;
fi vou^ vous y livrez , comme on le fait , ou volon-
tairement pendant la veille , ou néceffairement dans
les fonges de cette allée, vous entrerez dans une fé-
conde , dans une troifieme , fuivant qu'elles iont per-
cées , & votre route quelqu'irréguliere qu'elle pa-
roiffe dépend de la place d'où vous êtes parti & de
l'arrangement du bois, de forte qu'à toute autre placé
ou dans un bois différemment percé vous aurez fait
un autre chemin , c'eft-à-dire un autre f>nge. Ces
principes fuppofés, employons-les à la lolution dil
problème des fonges. Les fonges nous occupent pen-
dant le fommeil; & lorfqu'il s'en préfente quelqu'un
à nous , nous fortons de l'efpece de léthargie com-
plette oïl nous avoicnt jettes ces fommeils profonds ,
pour appercevoir une fuite d'idées plus ou moins
claires , félon que lefonge eft plus ou moins vif, fé-
lon le langage ordinaire ; nous ne fongeons que lorf-
que ces idées parviennent à notre connoiffance , &
font impreffion fur notre mémoire , & nous pouvons
dire , nous avons eu tel fonge , ou du-moins que nous
avons fongé en général ; mais , à proprement parler,
nous fongeons toujours, c'eft-à-dire que dès que le
fommeil s'eft emparé de la machine , l'ame a fans in-
terruption une fuite de repréfentations & de percep-
tions ; mais elles font quelquefois û confufes, fi foi-
bles , qu'il n'en refte pas la moindre trace , 6c c'eft
ce qu'on appelle ie profond fommeil , qu'on auroittort
de regarder comme une privation totale de tout*
perception , une inadion co.mplette de l'ame.
Depuis que l'ame a été créée & jointe à un corps,
ou même à un corpufcule organifé, elle n'a ceffé de
faire les fondions eflentielles à une ame , c'eft-à-diré
d'avoir une fuite non-interrompue d'idées qui lui re-
préfentent l'univers , mais d'une façon convenable à
l'état de fes organes ; auffi tout le tems qui a précé-
dé à notre développement ici-bas , c'eft-à-dire notre
naiffance , peut être regardé comme un fonge conti-
nuel qui ne nous a laift^é aucun fouvenir de notre
préexiftence , à caufe de l'extrême foibleffe dont uq
germe , un fœtus font fufceptibles. S'il y a donc des
vuides apparens, & , fi j'ofe dire , des efpeces de la-
cunes dans la fuite de nos idées , il n'y a pourtant
aucune interruption. Certains nombres de mots font
vifibles & lifibles , tandis que d'autres font efïii-
cés & indéchiffrables ; cela étant , fonger ne fera
autre chofe que s'appercevoir de (es fonges , & il eft
uniquement queftion d'indiquer des caufes qui for-
tifient les empreintes des idées ^ & les rende d'une
clarté qui mette l'ame en état de juger de leur exif-
tence , de leur liaifon , & d'en conferver même le
fouvenir. Or ce font des caufes purement phyfiqucs
& machinales ; c'eft l'état du corps qui décide feul
de la perception des fonges ; les circonftances ordi-
naires qui les accompagnent concourent toutes à
nous en convaincre. Quelles font ces perfonnes qui
dorment d'un profond fommeil, & qui n'ont point ou
prefque point fonge } Ce font les perfonnes d'une
conflitution vigoureuf'e , qui jouiffent aduellcmcnt
d'une bonne fanté , ou celles qu'un travail confidé-
rablea comme accablées. Deux raifbns oppofées pro-
voquent le fommeil complet &C de'ftitué de fondes :
dans ces deux cas , l'abondance des efprits animaux
fait une forte de tumulte dans le cerveau , qui em-
pêche que l'ordre néceftaire pour lier les circonftan-
ces d\mfofige ne fe forme ; la difette d'efprits Uni-
maux fait que ces extrémités intérieures des nerfs ,
dont l'ébranlement produit des ades d'imagination ,
ne font pas remuées , ou du-moins pas affez pour qu«
Yy ij
35^
SON
nous enfoyons avertis; que faut-il donc pour ctre
ibngeur? Un état ni foible, ni vigoureux ; une médio-
crité de vigueur rend l'ébranlement des filets ner-
veux plus facile ; la médiocrité d'efprits animaux
fait que leur cours ell plus régulier , qu'ils peuvent
fournir une fuite d'imprcifions plus faciles à dlflin-
Gucr. Une circonflance qui prouve manillemewt que
cette médiocrité que j'ai luppofée cit la dii'pofition
rcquife pour \tsfongcs , c'eft l'heure à laquelle ils font
puis fréqucns ; cette heure ell le matin. Mais, direz-
vous, c'cll le tcms oii nous fommes le plus frais, le
plus vigoureux , & où la'tranfpiration des efprits ani-
maux étant faite , ils font les plus abondans ; cette
obfervation , loin de nuire à mon hypothefe , s'y
ajullc parfaitement. Quand les peribnnes d'une conl-
litution mitoyenne, (car il n'y a guère que celles-là
qui revent) fe mettent au lit , elles font à-pcu-près
épuifées , 6l les premières heures du fommeil font
celles de la réparai ion ,/aquelle ne va jamais jufqu'à
l'abondance : s'arrêtant donc à la médiocrité , dès
que cette médiocrité exille , c'eft-à-dire vers le ma-
tin , \ttslon!;cs naiifent cnfuite, & durent en augmen-
tent toujours de clarté jufqu'au réveil. Au relie , je
raifonne fur les chofes comme elles arrivent ordi-
nairement , & je ne nie pas qu'on ne puiffe avoir un
J'onge vif à l'entrée ou au milieu de la nuit , fans en
avoir le matin ; mais ces cas particuliers dépendent
toujours de certnins états particuliers qui ne tbnt au-
cune exception aux règles générales que je pofe ; je
conviens encore que d'autres caufes peuvent con-
courir à l'origine Aqs fondes ^ &: qu'outre cet état
de médiocrité que nous iuppofons exifter vers le
matin , toute la machine du corps a encore au même
tems d'autres principes d'adlion très propres à aider
les fonges ; j'en remarque deux principaux , un inté-
rieur & un extérieur. Le premier, ou le principe in-
térieur , c'eft que les nerfs & les mulcles , après
avoir été relâchés à l'entrée du fommeil, commen-
cent à s'étendre & à fe gonfler par le retour des flui-
des fpiritueux que le repos de la nuit a réparés, toute
la machine reprend des diipofitions à l'ébranlement;
mais les caufes externes n'étant pas encore affez for-
tes pour vaincre les barrière? qui le trouvent aux
portes des fens , il né fe fait que les mouvemens in-
ternes propres à exciter des aiftcs d'imagination ,
c'tfl-A-dire àcs for2gcs. L'autre principe , ou le prin-
cipe extérieur qui difpofe à s'éveiller à demi, & par
conféquent à fonger , c'eft l'irritation des chairs qui,
au bout de quelques heures qu'on aura été couché
fur le dos , fur It côté , ou dans toute autre attitude,
commence à fe faire fentir. j'avoue donc l'exiftence
des chofes capricieufes que je viens d'indiquer , mais
je regi.rde toujours cette difpofition moyenne entre
l'abbadancc &. la difette d'elprits , comme la ca'>'e
principale des fonges ; Si. pour mettre le comble à la
démonllration , voyez des exemples qui viennent à-
propos. Une perlonne en foiblefié ne trouve , quand
elle revient à elle-même , aucune trace de l'on étal
ptéccdtnt ; c'eil. le profond fommeil de difette. Un
honune yvre-mort ronfle plulicurs heures, & le ré-
veille fans avoir eu -diiLun J'onge ; c'clr le profond
fommeil d'abondance ; donc on ne longe que dans
l'état qui tient le milieu. Voyons à-prélcnt naître un
fonge , &i aliiflons en quelque forte à la naifiance.
Je me couche , je m'endors p:otondément , toutes
les fenfations font éteintes , tpus les organes lont
comme inaccelTibles ; ce n'el> pas lu le tems àcsfon-
g:s, , il faut que quelques heures s'écoulent , afin que
la machine ait pris les principes d'ébranlement 6l
d'adion cf le nous avons indiqués ci-defîus ; le tems
étant venu , fongc-t-on auiîi-tût , & ne faut-il point
de caufe plus immédiate pour la produclion du jonge^
que cette difpolition générale du corps } Il femble
(d'abord qu'on ne piiilie ici répondre lans témérité ,
SON
& que le fil de l'expérience nou's abandonne; car,
dirn-t-on , pviifque perfonne ne fauroit feulement re-
marquer quand & comment il s'endort , comment
potirroit-on laiiir ce qui prélide à l'origine d\mJori>'c
qui commence pendant notre fommeil?
Au fccours de l'cxpértence , joignons-y celui du
raifonncment: voici donc comment nous raifonnons.
Un acie quelconque d'imagination eft toujours lié
avec une fenfation qui le précède , &: lans laquelle il
n'exifteroit pas; car pourquoi un tel aéte fe lerolt-il
développé plutôt qu'un autre , s'il n'avoit pas été dé-
terminé par une fenfation? Je tombe dans un do\ice
rêverie , c'ell le point-dc-vue d'une riante campa-
gne , c'ell: le gazouillement des oifeaux, c'elHe mur-
mure des fontaines qui ont produit cet état , qui ne
l'auroit pas alTurément été par des objets effrayans,
ou par des cris tumultueux ; on convient fans peine
de ce que j'avance par rapport à la veille , mais on
ne s'en apperçoit pas auiîi dillinélement à l'égard des
fonges , quoique la choie ne loit ni moins certaine,
ni moins nécelTaire ; car fi les fonges ne font pas des
chaînes d'adles d'imagination , & que les ch.âncs doi-
vent , pour ainfi dire , être toutes accrochées à un
point fixe d'où elles 'dépendent , c'efl-à-dire à un«
fenlation , j'en conclus que tout fonge commence par
une fenlation & le continue par une fuite d'aélcs
d'imagination , toutes les imprefiions lenfihles qui
étoient fans effet à l'entrée de la nuit deviennent effi-
caces , finon pour réveiller , au-moins pour ébranler,
& le premier ébranlement qui a une force détermi-
née eu le principe d\mfonge. Le fonge a toujours
fon analogie avec la nature de cet ébranlement ; ell-
ce , par exemple , un rayon de lumière qui s'infinuant
entre nos paupières a affeûé l'œil , notre fonge fui-
vant fera relatif à des objets vifibles, lumineux? eft-
ce un fon qui a ftappé nos oreilles ? Si c'eft un Ton
doux , mélodieux, une férénade placée fous nos fe-
nêtres , nous rêverons en conformité, & les charmes
de l'harmonie auront part à noire fongc ; ell-cc au
contraire un fon perçant 6l lugubre ? les voleurs , le
carnage , & d'autres fcènes tragiques s'offriront à
nous ; ainfi la nature de la fenfation , mère du fonge,
en déterminera l'elpece ; & quoique cette lenlatioa
fûit d'une foiblefie qui ne permette pointa l'ame de
l'appercevoir comme dans la veille , Ion efficacité
phylique n'en clt pas moins réelle ; tel ébranlement
•extérieur répond à tel ébranlement intérieur, non à
un autre , & cet ébranlement intérieur une fois don-
né , détermine la fuite de tous les autres.
Ce n'eft pas , au relie , que tout cela ne foit modi-
fié par l'état actuel de l'ame , par l'es idées familiè-
res, par (es actions, les imprelîions les plus récentes
qu'elle a reçues étant les plus aifées à ferenouveller:
de-là vient la conformité fréquente que les fngcs ont
avec ce qui s'eft paffé le jour précédent , mais toutes
i es modifications n'empêchent pas que le fonge na
parte toujours d'une fenlation , & que l'efpece de
cette fenlation ne détermine celle du fonge.
Par fenfation je n'entends pas les feules imprcffions
qui'viennent des objets du dehors ; il fe pafle outre
cela mille choies dans notre propre corps, qui font
aufîî dans la clafle des fenfations, & qui par consé-
quent produisant le même eflet. Je me fuis couché
ayec la fiiim & la foif , le fommeil a été plus fort , il
eft vrai , mais les inquiétudes de la faini & de la foif
luttent contre lui ; 6c fi elles ne le détruifent pas »
elles produifent du moins des fonges ^ où il fera quef-
tion d'alimens folides & liquides , & où nous croi-
rons fatisfaire à des befolnsqui renaîtront à notre ré-
veil; une limple particule d'air qui fe promènera dins
notre corps produira diverfes fortes d'ébranlemens
qui lerviront de principes &I de modification à nos
fonges: combien.de fois ime fluxion, une colique, ou
telle autre atfçdion inconîmoJe ne naiffent-elles pas
s O N
endant notre fommeil, jurqu'à ce que*leur force le
ilîipe enfin ? Leui^ naillance & leur progros i'ont
relquc toujours accomo^ngnés d'états de l'ame ou de
wi,'« qui y répondent.
Le degré de clarté auquel parviennent les aftes d'i^
agination , qui conÛituent ies/onges , nous en pro-
ire la eonnoiflance ; il y a un degré déterminé au-
iiel ils commencent à être perceptibles , comme
ans les objets de la vue & de Touïe , il y a un terme
vc d'où nous commençons avoir & à entendre ; ce
coré exiftant une fois , nous commençons à fonger,
cfl-a-dire à appercevoir no^ fonges ; &: à mefure que
s nouveaux degrés de clarté furviennent , \cs Jonges
)nt plus marqués ; & comme ces degrés peuvent
aufler & baifTer plufieurs fois pendant le cours d'un
icmcfonge , de-là viennent ces inégalités , ces ef-
eces d'obfcurité qui éclipfcnt prefque une partie
'un fonge y tandis que les autres confervent leur net-
;té ; ces nuances varient à l'infini. Les fingcs peu- j
ent être détruits de ceux manières, ou lorfque nous
întrons dans l'état du profond fommeil , ou par no-
'e réveil : le réveil c'eft le retour des fenfations ;
es que les fenfations claires & perceptibles renaif- .
;nt , \qs fanges font obligés de preixlre la fuite : ainfi
)ute notre vie ell partagée entre deux états effen-
ellement différens l'un de l'autre , dont l'un efr la
érité &; la réalité , tandis que l'autre n'eil que men-
)nge & illufion ; cependant fi la durée des fon-
îs égaloit celle de Va nuit, & qu'ils fuffent toujours
'une clarté fenfible , on pourroit être en doute la-
uelle de ces deux fenfations eftlaplus effentielle à
otre bonheur , & mettre en qiieftion qui feroit le
lus heureux , ou le fuitan plongé tous le jour dans
;s délices de ion ferrail , ôc tourmenté la nuit par des
èves affreux , ou le plus raiférabie de ]es elclaves
ui, accablé de travail & de coups pendant la jour-
ée , pafTeroit des nuits raviffantes en fongcs. A la
igueur, le beau titre de réel ne convient guère mieux
ux plaifirs dont tant de gens s'occupent pendant
inrs veilles , qu'à ceux que les fanges peuvent pro-
urer.
Cependant l'état de la veille fe diftingue dé celui du
bmmeil ,. parce que dans le premier, rien n'arrive
ans caufe ou raifon fufiilante.
Les événemens lont liés entre eux d'une manière
laturelle & intelligible , au lieu que dans les fongcs ,
out eft découfu, fans ordre, fans vérité : pendant la
eille urt homme ne fe trouvera pas tout-d'un-coup
.ans une chambre , s'il n'eft venu par quelqu'un des
ihemins qui y conduifent : .je ne ferai pas tranfporté
le Londres à Paris , fi je ite fais le voyage ; des per-
onnes abfentes ou môme mortes ne s'oftriront point
1 l'improvifte à ma vue ; tandis que tout cela, & mè-
ne des chofe« étranges , contraires à toutes les lois
le l'ordre &c de la naturc,fe produifent dans Ies/0/2-
',es : c'eft donc là le cntcrium que nous avons pour
iiftinguer ces deux états ; & de la certitude m^ême
ie ce critérium vient im do.tible. eiTd:)arras , où l'on
emble quelquefois fe trouver d"un côté pendant la
l'eille, s'il fe préfehte à nous quelque clîoi'e d'ex-
traordinaire , & qui , au premier coup d'œil , foit
inconcevable ; on (c dem.ando à foi-même , eft-ce que
je rêve ? On fe tâte , pour s'aHurer qu'on çÇi bien
éveillé ; de l'autre , quand un for/ge cft bien net , bien
lié , & qu'il n'a raffemi)lé que des chofes bien poiïl--
blés , de la nature de celles qu'on éprouve étant bien
éveillé : on tft quelquefois en fulpens, quand lefonge
eft fini, fur la réalité ; on aviroit du penchant à croire
que les chofiîs fe font efFcflivement paflccs ainfi ; c'eft
le fort de notre ame, tant qu'elle eft emlxirraffée des
organes du corps , de ne puiivoir pas démêler exac-
tement la fuite de fes opérations : mais comme le dé-
veloppement de nos organes pous a tait paîfcr. d'un
forigc perpétuel &; (ouveraiftçinent conlUs , à un état
SON
357
miparti de fanges Se de vérités , il faut efperer eue
notre mort nous élèvera à un état où la fuite de nos
idées continuellement claire & perceptible ne fera
plus entrecoupée d'aucun ibmmeil,ni même d'aucun
fange : ces réflexions font tirées d'un ejfai fur les fan-
g:s , par M. Formey.
Songe vénérien , {Médcc.') maladie que Cœlius
Aurelianus appelle en grec àvnpoyoï'cç. Hippocrate dit
aufîioVê/ppaVr/!, avoir des fanges vénériens.Qe n'eft point
une maladie , dit Cœlius Aurelianus , ni le fymptome
d'une maladie , mais l'eftet des impreffions de l'ima-
gination , qui agiffent durant le fommeil. Cet état
vient ou de beaucoup de tempérament , de l'ufage
des plaifirs de l'amour , ou au contraire d'une conti-
tincnce outrée. Il demande différens traitemens fcîoa
fés caufes. Chez les uns il faut détourner l'imagina-
tion des plaifir de l'amour , & la fixer fur d'autres
objets. L-^-s anciens faifoient coucher les perfonnes
fujcttes à l'oneirogonie dans un: lit dur, lui prefcri-
voicnt des remèdes rafraîchiiTans , des alimcns in-
craflàns , des boilTons froides 6l aftringentes , le balii
froid , & lui àppliquoient fur la région des lombes
des éponges trempées dans de l'oxicrat. Quelques-
uns ordonnolent au malade de fe coucher avec la
velîle pleine, afin qu'étant de tems-en-tems éveillé,
il perdît les imprefûons des plallirs de l'amour qui
agirTent dans le fommeil ; mais cette méthode feroit
plus nuiffble qu'utile , parce qu'une trop longue ré-
tention d'urine peut devenir la caufe d'une maladie,
pire que celle qu'il s'agit de guérir. {D. /.)
Songe , {Critique fucrée^ il eft parlé dans l'Ecri-
ture de yo«^« naturels & furnaturels ; mais Ivioiie
défend également de confulter ceux qui fe méloient
d'expliquer les fongis naturels , Lévit. xix. 2 6^. & les
furnaturels, Dciittr. xiij. t. C'étoit à Dieu &^ux:
prophètes que dévoient s'adrefter ceux qui faifoient
desyo/2^« pour en recevoir l'mterprétation. Le grand
prêtre revêtu de l'éphod , avoit aufTi ce beau privi-
lège.
On lit plufîcurs exemples àe fanges furnaturels dans
l'Ecriture ; le commencemçnt de l'évangile de iaint
Matthieu en fournit feiU deux cxemplesrl'ange du Sei-
gneur qui apparut à Joieph eafonge , 6c l'avis donné
aux mages en fange , de ne pas retourner vers Hé-
rode.
Les Orientaux faifoient beaucoup d'attention aux
fanges ; & ils avoient des philofophes qui fe van-
toient de les expliquer ; c'étoit un art nommé des
Grecs oncirocritique. Ces philofophes d'Orient ne
prétendoient point deviner la fignihcation des fan-
ges par quelque infpiratian , comme on le voit dans
l'hifioire de Daniel. Nabuchodonofor preiTant les
miages des Çhaldéens de lui dire lefangj qu'il avoir
eu , & qu'il fclgnoit avoir oublié , ils lui répondirent
q.u'il n'y a que les dieux qui le lavent , i'i qu'aucun
homûie ne pourroit le dire ; parce que les dieux ne fe
commuqjqùent pas aux hommes , Daniel, //. '/. Les
mages ne prétendoient d.onc point être inlpircs.Leur
fcience n'étoit qu'un art- qu'ils étudioicnt , &.parle-
quel ilsfe perfùadoient pouvoir e\plic|uer le<.f)ng:s.
Mais Daniel expliqua le fange de Nai;uchpdonol'or
par inipiration ; ce qui ht dire au prince , que l'eiprit
des faints dieux étoit en lui.
Il ne faut pourtant pas déguifer au fujct du fange
de Nabuch'ôdonofor, qu'il y a une contradi<^lon ap-
parente dans le ch. iv. v. y. & S. & le ch. //. v. 5. ^
/2. du livre qui porte le nom de D miel. On rapporte
au ch. iv. l'édit de Nabuchodonofor, par lequel il dé-
fend de blafphémer le Dieu des juifs. Il y t'iir le ré-
cit de ce qui s'étoit pailo à l'occafion d\.\ fong: qu'il
avoit eu. Il déclare qu'ayant récité ce f«ngi aux phi-
lofophes ou mages do Chaldéo , aucun d'eux n'avoit
pu le lui expliquer , ik que l'ayant enfuite récilw à
358
SON
Daniel , ce prophète lui en avoit tlonné l'explica-
tion.
Le fait eft rapporté bien dlffcremment dans le fé-
cond chapitre. Ici Nabuchodonofor ne voulut jamais
déclarer aux mages Icjongc qu'il avoit eu. Il préten-
dit'qu'ils le devinaiîent, parce qu'il ne pouvoit s'al-
■liirer fans cela que leur explication tîu vraie. Ils eu-
rent beau protcftcr que leur fcience ne s'ctendoit pas
fi loin ; il ordonna qu'on les fît mourir comme des
impo'.lcurs. Daniel vint cniiiite , à qui le roi ne dit
point \cfonge en qucftion ; au contraire il lui parla en
ces termes: me pourrie^-vous dJc/arer /e fonge que p ai
<«, & fon interprétation? Dan. ij. zG. Li\-deflus Da-
niel lui fait le récit àufongc Se l'explique.
Un favant critique moderne trouve la contradic-
tion de ces deux récits fi palpable , &C leur concilia-
tion fi difficile, qu'il penfe qu'on doit couper le nœud,
6c reconnoîtrc que les fix premiers chapitres de Da-
niel ne l'ont pas de lui ; que ce font des additions fai-
par des juifs poftcriéurs à fon ouvrage , & que ce
n'ell qu'au chapitre Icpt que commence le livre de
ce prophète. ( D. J.)
Songes, (^Myihol.) enfans du fommcil, félon les
poètes, hcs/ongcs , dit Ovide, qaiimitent toutes for-
tes de figures , & qui font en aufii grand nom-
bre que les épis dans les plaines , les feuilles
dans les forêts, & les grains de fable fur le rivage
de la mer, demeurent nonchalamment étendus au-
tour du lit de leur fouveraln , & en défendent les ap-
proches. Entre cette multitude infinie de/onges , 11
y en a trois principaux qui n'habitent que les palais
des rois & des grands, Morphée , Phobetor ikPhan-
tafè.
Pénélope ayant raconte un fonge qu'elle avoit eu
par lequel le prochain retour d'Uiyie &; la mort defes
pourfuivans lui étoient promis , ajoute ces paroles :
<« J'^ai oui dire , que les fonges font difficiles àenten-
» dre , qu'on a de la peine à percer leur obfcurité ,
» & que l'événement ne répond pas toujours à ce
» qu'ils femblolent promettre , car on dit qu'il y a
M deux portes pour les fonges , l'une eft de corne &
» l'autre d'ivoire ; ceux qui viennent par la porte
» d'ivoire , ce font les fonges trompeurs qui font en-
»>• tendre des chofes qui n'arrivent jamais ; mais les
» fonges qui ne trompent point, & qui font vérita-
» blés, viennent par la porte de corne. Hélas , je
» n'ofe me flatter que le mien foit venu par cette der-
» niere porte »!
Horace &: Virgile ont copié tour-à-tour cette idée
d'Homcre, & leurs commentateurs morallftes ont ex-
pliqué la porte de corne tranfparente, par l'air, & la
porte d'ivoire, opaque, par la terre. Selon eux , les
fonges qui viennent de la terre , ou les vapeurs ter-
refires , font les fonges faux ; & ceux qui viennent de
i'alr ou du ciel , font les fonges vrais.
Lucien nous a donné une defcription toute poéti-
que d'une île des fonges dont le Sommeil eft le roi , &
ia Nuit la divinité. Il y avoit des dieux qui rendoient
leurs oracles en fonges , comme Hercule , Amphla-
raïis , Sérapis , Faunus. Les magiflrats de Sparte
<ouchoient dans le temple de Pafiphaë , pour être
infiruits enjonges , de ce qui concernoit le bien pu-
blic. Enfin on cherchoit ù deviner l'avenir par les
fonges , & cet art s'appclloit onéirocritique. Voyez ce
mot. (^D.J.)
SoNG*E, (Poéfie.^ fia ion que l'on a employée dans
tous les genres de poéfie , épique, lyrique, élégla-
cue , dramatique : dans quelques-uns, c'cft une def-
cription d'un fonge que le poète feint qu'il a , ou qu'il
a eu ; dans le genre dramatique , cette fidlon fe fait
en deux manières ; quelquefois parolt fur la fcene un
aûeur qui feint un profond fommell, pendant lequel
il lui vient un fonge qui l'agite , & qui le porte à par-
ler tout haut ; d'autres fois l'auteur raconte le fange
SON
qu'il a eu penfdant fon fommell. Alnfi dans la Maria*
ne de Trlllan, Hérode ouvre la fcene , en s'éveJllant
brulquement , & dans la lulte il rappor{e ce Jongt
qu'il a fait. Mais la plus belle defcription d'unfon'ye
qu'on ait donnée fur le théâtre, eft celle de Racine
dans Athalle; épargnons au ledeui la peine d'aller la
chercher. Ceft Athalle qui parle ylv^e v. acîe II.
Un fonge ( mt devrois-je inquiéter cP un fonge ?\
Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge»
Je C évite partout , partout il me pou rf ait.
Cétoit pendant C horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jé^abel devant moi s'efi montrée ,
Comme au jour de J'a mort pompeuf ment parée.
Ses malheurs rHav oient point abattu fa fierté.
Même elle avoit encore cet éclat emprunté ^
Dont elle eut foin de peindre & d'orner fon vifage^
Pour réparer des ans C irréparable outrage.
Tremble , m^a-t-ellc dit , fille digne de moi.
Le cruel Dieu des juifs C smporte auffl fur toi.
Je te plains de tomber dans fies mains redoutables ^
Ma fille.,.. En achevant ces mots épouvantables ,
Son ombre vers mon lit a paru Je baifier.
Et moi ,je lui tendais mes mains pour Pembraffer^
Mais je n ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os & de chair meurtris , & traînés dans lafange^
Des lambeaux pleins de jang , & des membres
afireux ,
Que des chiens dévoransfedifputoient entr^eux,&CC.
{D. J.)
Songes , fête des, (Hifi.mod.') les fauvages de l'A-
mérique feptentrionale appellent /^/<i des J'onges ou
du renverfementde cervelle , une efpece de bacchanale
qui fe célèbre parmi eux vers la fin de l'hiver , &;
qui dure ordinairement i 5 jours. Pendant cetems, il
eft permis à chacun de faire toutes les folies que la
fantalfie lui fuggere. Chaque fauvage barbouillé ou
déguifé de la manière la plus blfarre , court de caba-
nes en cabanes , renverfe & brife tout fans que per-
sonne puifTe s'y oppofer ; il demande au premier
qu'il rencontre l'explication de fon dernier rêve , ôi
ceux qui devinent jufte , font obligés de donner la
chofe a laquelle on a rêvé. La fête finie , on rend
tout ce qu'on a reçu , & l'on fe met à réparer les de-
fordres qu'une joie licentieufe a caufés. Comme l'i-
vrefle eft fouvent de la partie, il arrive quelquefois
des tumultes & des cataftrophes funeftes dans ces
fortes d'orgies , où la ralfon n'eft jamais écoutée.
SONGER , V. a£l. {Métaphyf. ) fonger, c'eft avoir
des idées dans l'efprit, pendant que les lens extérieurs
font fermés , enforte qu'ils ne reçoivent point l'im-
preftion des objets extérieurs avec cette vivacité qui
leur eft ordinaire; c'eft, dis-je, avoir des idées , fans
qu'elles noiis foient fuggérées par aucun objet de
dehors , ou par aucune occafion connue, & fans être
cholfies ni déterminées en aucune manière par l'en-
tendement ; quant à ce que nous nommons extafe , je
lalfte juger à d'autres fi ce n'eft point fonger les yeux
ouverts.
L'efprif s'attache quelquefois à confidérer certains
objets avec une li grande application , qu'il en exa-
mine les faces de tous côtés , en remarque les rap-
ports & les circonftances , & en obferve chaque
partie avec une telle contention qu'il écarte toute
autre penfée, &C ne prend aucune connolflance des
imprclfions ordinaires qui fe font alors fur les fens ,
&c qui dans d'autres tems lui auroient communiqué
des perceptions extrêmement fenfibles. Dans certai-
nes occafions , l'homme obferve la fuite des idées qui
fe fuccedent dans fon entendement, fans s'attacher
particulièrement à aucune ; & dans d'autres rencon-
tres, il les laifle pafler, fans prcfque jetter la vue
defl"us , comme autant de vaines ombres qui ne font
aucune impreflion fur lui.
s O N
î)ans rétat où l'âme le trouve aîiénce des feiK ,
'eft-à-dire, dans le foniir.e:! , elle conierve fouvent ,
ae manière de penl'er Ibible & lans lialfon que ,
ous nomn\or>sfor2ger ; & enfin un profond fornUîcil j
nme entièrement la Icene , & met fin à toutes for- i
;s d'cipparences. VoilA des rcdcxions fupcricures ■;
.ir ce mode de penfer , elles font de Locke. (Z>. /.)
SONGO , f. m. ( ////?. nar. ) oifeau qui fe trouve
n Afrique , & furtout dans les roj'aumes de Congo |
k. d'Abylïïnie. Il ell très friand de miel fauvage qu'il !
ait découvrir aux voyageurs par le cri qu'il fait, l
orfqu'ilcn a rencontré. Cette raifon eft caufe qu'on •
le leur fait point de mal , & Ton rilqueroit de leur i
léplaire , ii on les tuoit.
Son GO ou Son HO, ( Gcog. mod. ) province d'Afri- ;
iiH? , dans la balfe Ethiopie , au royaume de Congo,
k dépendante de ce roi. Elle ell: fitiice le long du
leuve Zaïre, oc s'étend julqu'au bord méridional de
a rivière de Lelunde. Ce pays abonde en éléphans ,
;n fmges , en chats de mer Ù. en palmiers. Les habi-
;ans font payens. (D. /.)
SONCSON , ( Gcoo. mod. ) île de l'Océan crien-
al, la douzième des îles Mariannes , à vingt liaues
l'Agrigan , & à cinq de Mang ou Tunas. On lui don-
le fix lieues de tour. Il y a dans cette île un volcan.
Laùt. jiptentrionali 20. /3. (^D.J.^
SONNA, f. f. ( Hiji. mod. ) c'ell le nom. que les
Mahométans donnent à un recueil de traditions con-
;eriantlcs f.vits & les paroles remarquables de Maho
net leur prophète. Quoique ce recueil foit rempli de
•cveries les plus ablurdes &: les plus dtftituccs de
/raiiTemblance , ils l'ont en très-grande vénération ,
îk c'eil: après le koran ou l'alkoran , le livre qui a le
alus d'autorité chez les feftateurs de la relioion ma-
bométane. Lz.j'r>nna eu , pour amii dire .^ \\n fupplc-
ment à cet ouvrage ; elle contlein , outre les tradi-
tions dont on a parlé , les rcgkmens & lesdécifions
des premiers califes ou liiccelkiirs de iMahomet : ce
cui conftitue un corps de Théoloaie dont il n'ell
point permis de s'écarter. L'attachement des Mabo-
rnctans pour cet ouvra^,e leur a fait donner. le. ii®.m
de Sonnites ou Tiadhionites. Quelques-uns des faits
merveilleux qui y font rapportés, ioiit mêmeaîteices
& confirmés par l'alcofan , & deviennent par-là des
articles de tii)'u Tels font :lts miracles de Mahomet,
fon voyage au ciel, & d'autres évenemens m.erveil-
leux dont 1-c prophète fait atteller la vérité par la
,voix de )JfïÇM.r\\èmc.^^e^-S&rrnites regardent, l'alco-
ran com.me coéternel à I>ieu,..lls ont encore des opi-
nions relatives à la politique. par lefqucllcs ils difte-
rent dse ceux. qu'ils appellent Slmus ovLicelair-sJi^hil-
yiîatiqiuSi. CCS derniers ■reg3j.'4<?J)t. je.ç. çàlifes-.cu lue-
jçeueurs -de Mahomet qui ont précède Ali,. gendre
..de ce pi-ophcte , coiBim.e des,:Ui'iirpatcurs; ils pré-
tendent -que c'e'il à lAli que l.'àutarité pontificale .'&
'fouveraine étolt dévolue de droit .après la mort de
'Mahomet. ^L,es Perfans ibnt shutcs , & les Tikts ,
^aJnfi que les Arabes , (onxfonnitcs : ces deux iedlcs
s'anathématifcnt réciproquement, &. a*it J\m,e pOur
l'autre toute la haine dont les opinions relif^icufe^
peuvent rendre les hommes luicepribles. Les Sonni-
_tes afilirent qu'au jour du jngeirtèm darnier leurs ad-
veiiairc.s feront montés ;fur les épaules. des Juifs qui
les conduiront au grand trot en enfer. Les Soiinitcs
,1e diyifent en quatre iedles principales qui font tou-
.tes. regardées ;Com.me orthodoxes partons les Muful-
.man.s qui tïç fout point shut^s. A'oyeç Shdti-.s.
SONNA IJLL'E , 1. f. (^Grumm. ) cloche de cuivre
ibattuminceiffu'on pend au cou dos mulets.
Sonnaille, f. m. {^ALiréchal.yon iappelle ainfi
un cheval <|ui porte une clochette penditc au cou , &
_<jui marche devant les autres.
. - SONNANT , &(}>]. (G raiiun.) qui rend du fan. Un
ycvsfonnant; une tùiefonrianu-. Au figuré , une pro-
ipoikion mal J'orznanu. Ce c|ui J'onrn mal ii rorçiUc
S O N
3 59
d'un théologien fcho!aftique,/ô'?7:e quelquefois très-
bien ;\ l'oreille de la raifon.
SONNEBERG , ou SUANEBERG , {G^og. mod.)
petite ville d'Allemagne , dans la nouvelle Marche
du Brandebourg , iur la rive gauche de la Warte.
SONNEE OU KCt , ( Gén^. mnd. ) petire contrée
d'AllemaLnc dans le Tirol , & de la dépendaiK»; de
la niâifon d'Autriche, avec titre de comr.é.
SONNER , V. n. {^Gramm.') rendre du fon. J'en-
tends/f'/z/z^Tune cloche, du Qor.SonncT;^ , n-ienckriersi
il fe dit alors de tout inlfrum>:nt. Cette périodeyo/:.'?^
bien à l'oreiîle ; cette propofuionyo/zTO mal. il fait
fonncr\î\Qx\ haut une petite chofe. t^. Us artichsSoN.
. Sonner le quart , ( Marine.) c'eft fohncr vxxié
cloche en branle afin d'avertir la partie de l'équipage
qui eft couchée , 'de le lever pour venir faire le
quart.
Sonner pour la POMpr,, {Marine.) tr.{\. donner
un coup de cloche pour avertir les gens du quart dé
ponspor.
Sonner un', monnme , (^Monnoic.) c'cfl l'éprouver
par le fon. Les trois manières d'éprouver les mon-
nûies dans le commerce , font de ies/onncr^ de les
toucher , c'efr-à-d ire d'en faire l'épreuve par la pierre-
c!e touche, & de les cifaillcr. Il n'y a guère que cette
dernière qui foit sûre. On dit que les Indiens con-
noilTcnt le titre de l'or & de l'argent en les m.anïant,
ou en les mettant entre les dents ; mais en ce cas-là
on les îromr'croit fouvent. ÇD.J.)
SONNERIE, f. f ( Gramm. ) l'aiTemblage ou le
bruit de plufieurs cloches. On dit , h-fonnirie de cette
paroifîè eil: trcs-confidérable & très belle, il y a dans
les éslifes îa grande & la-pcîite fonnerie qui ont cha-'
cune leur taxe.
Sonnerie , {_Horlog.) nom que les horlo'^ers don-
nent .à iapanie d'u.ne horloge qui ïci-i à taire fonner
les hfurcs , la demie ou îé^s quarts.
- On ne lait point dans quel tcms on a inventé les
fonnzrlcs ; ce qu'il y a de sûr , ce^l qu'elles ont été
employées dans les-plus anciennes horloges à roues:
on pourroit même croire qu'elles furent imaginée^
avant. Car fi l'on fait attention à ce qui à été raj^porte
dans r.a.^//c/e Horloge , au fujetdecellie qui fut en-
voyée à Charlemagne , on verra qu'eHe Jtvoit une
efpécc de fonnerie , puilqii'il y avoit des boules d'ai-
rain , qui à chaque heure frappoient régulièrement
fur un petit tambour de même métal ,■ un nombre dé
coups égal à l'heure marquée par'rhei'ioge. -^
Comme toutes les fonnenes font eon'lruites fi-penî
prèslurles mêmes principes , nous allons expliquer
celle d'une pendule à relTort à quinze jours -, d'-au^
tant plus que cette fonnerie efl de^ plus ufitées , 'Sc
qwc lorfcfu'on en aura une fois bien compris l'effc-t ^
il fera facile d'entendre celui de toutes les autres. •^'''
Sonnerie d'une pendule à rcffortfohrta'nt C heure 6- -^
dimic. Q , PyO^ ■M-;N i L , vo)tih'sfg. & hVPl,
di l'Horlogerie , reprélente le rouage d'une /o/zni'ritf
vue de face. Q efl le barillet denté-à fa circonfércn-i
ce. Le nombre defes dents eft 84. Il engrené dans le
pignon /'de la féconde roue , de 14; celle-ci a yi , ëc
engrené dans le pignon de latroifîèitte roue', ou rond
de chevilles qui elt de8 ^ cette roue^ 10 chevilles (Se
60 dents ; elle mene^le' pignon de la' roue d'étoquiau-^'
qui elt de 6 , &: celle-ci la roue A'','q(fi û'aufTiuni^to-
quiau ; enfin cette dernière engrené dans le pignort
du volant L.Le nombre de ces derniers pignons eflor'
dmairement de 6, maiseelui de leui" roue cil aflW.in-
déterminé; il doit cîfe cependant tel que les dcnti
de fcs roues ne foient.pas trop menues , & que lé
volant ait unevîtefle convenable pour pouvoirralcn^
•tir celle du rouage. 'Quant a la féconde roue , à la rovre
j de chevilles •& tVcdle d'étoqurau , leur nombre ell
' déterminé. Il faut qiie éelle-ci fafïe imtoifr piir cou^
;dcmartcavi-; qu'c la rcifc.de c-he^41'les faflet) te n.-s
pour un de la féconde roue , celle-ci portant le cha-
360
SON
peron. Ainfi on volt que la féconde roue ayant 71
tfcnts , le pignon de la rovic de chevilles eft de S ;&C
que cette dcrnlcre roue étant de 60 , le pignon de la
roue d'ctoquiau cil de 6.
Ou volt dans une autre/i,^ le profil de cette fonne-
rie.pf<^i\ la détente, qui elt mieux exprimée ailleurs;
la partie /'entre dans les entailles du chaperon , dont
nous parlerons plus bas , <S: la partie y lert à arrêter
hxjbnnerii en s oppol'ant au mouvement delà chevil-
le m de la roue d'étoqulau.
La partie E , qu'on ne peut voir diftlnftement
dans le profil , eil exprimée dans une figure fuiv.oix
l'on voit cette pendule du côté du cadran quieftôté.
Cette partie s'appuie lur le détentlllon D ^ c ^ h ^ qui
a une partie H reprél'cntée plus bas , & qui ell inar-
quée h dans le profil. Il lert par la partie c />, à faire
détendre \i\ fonncric , & par l'autre // à faire que cette
Jonncric parte à l'heure préclfe. Le marteau A Y ci\
mobile vers les deux extrémités ; il a une efpece de
palette en Kqui s'avance vers la cage , & qui eft me-
née par les chevilles de la roue o o pour le faire Ibn-
ncr. On va voir comment toutes ces parties aglffent;
1°, pour faire fonnerla pendule, ÔC 1". pour qu'elle
le falTe d'une manière précile.
Siippolantque le reUbrtquleft dans le barillet ten-
de à le faire tourner de (^ en iV , il eil clair que fi le
roua^^e étolt libre , il tourneroit ; & que la roue O
tournant de o en /?, fes chevilles leveroient le mar-
teau , & le fcroient frapper fur le timbre. Mais fup-
poiant que l'étoquiau w au profil vienne frapper fur la
partie p de la détente, le rouage ne pourra plus tour-
ner. Or fi l'on dégage cet étoqulau en écartant la dé-
tente , il ell- clair que le rouage devenant libre , la
pendule fonnera : voici donc comment cela s'exécu-
te. Le détentlllon par fa branche, s'avance devant
la roue des minutes B. Cette roue a deux chevil-
les oppofées l'une à l'autre , & fituées de façon que
lorfque l'aigiiille des minutes eft fur 25 ou 5 5 minu-
tes , elles commencent à le lever. Imaginant donc
cette ai'-'ullle dans l'une ou l'autre de ces portions, il
clt clair que levant le détentlllon , celui-ci lèvera en
même tems la partie E de la détente , & par confé-
qucnt dégagera la partie/' de la cheville ///, au profil ,
6c ou'ainfi le rouage étant libre , la pendule Ibnne-
roit : mais dans le même inftant la partie /;. du déten-
tlllon arrêtant la cheville k fixée fur la roue n , le
rouage eft encore arrêté de nouveau ; alnfi la pendule
ne peut fonner , que lorfqu'en conséquence du mou-
vement de la roue des minutes , le détentlllon n'é-
tant plus foutenu parla cheville de cette roue, il tom-
be , 6i dégage la cheville h : alors le rouage peut
tourner , 6l la pendule fonner.
Maintenant voici comment elle eft déterminée à
fonner un nombre de coups toujours égal à l'heure
marquée par les aiguilles.
Nous avons dit phis haut que la détente aune par-
tie Fa\i\ entre dans les entailles du chaperon , dont
on voit le plan dans une autre/g. Ce chaperon entre
quarrémcnt fur l'arbre de la féconde roue prolongé
au-delà de la platine de derrière. Son diamètre eil
tel que la partie /au profil de la détente repofant fur
fa circonférence, fon autre partie/; eft trop éloignée
de l'étoquiau de la roue m pour qu'il puifTe le ren-
contrer ; les entailles au contraire font affez profon-
des pour que la partie/y repofiuit , la partie/' ren-
contre l'étoquiau de la roue m ; de façon que dans ce
dernier cas , la,pendule ne peut fonner qu'un coup ,
parce que , comme nous l'avons dit , la roue d'éto-
qulau faifant un tour par coup de marteau ; lorfqu'on
dégaoe pendant un Inftant fa cheville de la partie/; ,
i\ cette roue peut achever fon tour , la pendule fon-
nera , mais un coup feulement. Il eft facile de con-
clurre de tout ceci , que tant que la détente repofe
lyr la circonférence du chaperon , la pendule fonnera j
SON
mais que lorfqu'elle repofe dans les entailles , elle
ne pourra fonner qu'un coup , & feulement lorfoue
la partie p de la détente aura été dégagée de la che-
ville de la roue d'étoqulau.
La roue o o ayant dix chevilles , un de fes tours
équivaut à 10 coups de marteau. De plus cette roue
comme nous l'avons dit , faiiant neuf tours pour mi
de la féconde roue , il s'cnlult que lés chevilles lè-
veront le marteau 90 fois pour un tour de cctt^roue,
& par conléquent pour un du chaperon , pulfqu'll
eft porté fur fon axe. Donc 11 l'on i'uppole que la dé-
tente porte toujours fur la circonférence du chape-
ron,la pendule dans undefestoursfonnera 90 coups,
j)endant chacun dclquels le chaperon fera la t;^, par-
tie de fon tour. Mais fi l'on y tait attention , on verra
que 90 eft égal à i 2 , plus à la fomme des nombres
1,2,3,4, &c. jufqu'à I linclufivement. On pourra
donc partager la circontércncc du chaperon en 12
parties ; comme on le volt dans une des /"^. qui con-
tiendront chacune -^-qz-^ •> ^^' jufqu'à ^ inclufive-
ment , & de plus lalficr entre chacune de ces par-
tics un intervalle égal encore à yj , & tant que la
détente repoferafur ces parties , comme 10, 1 1 , 12,
&c. la pendule fonnera 10,1 1,1 2 coups. Or 90 efl en-
core égal au nombre de coups qu'une pendule doit
fonner dans i 2 heures, pulfque ce nombre eft compo-
fé de 12 demies , & de la fomme 78 des heures 1,2,
3,4, jufqu'à 12 inclufivement. Donc le chaperon
faiiant un tour en 12 heures, il fera fonner à la pen-
dule le nombre des coups requis. Alnfifuppofanî que
la détente repofe dans une des entailles , comme 10
par exemple , èz. que l'aiguille des minutes folt fur le
midi , la fonncr'u , comme nous l'avons expliqué ,
partira , & la pendule fonnera 1 1 coups ou 1 1 heu-
res ; après quoi la détente repofcra au fond de l'en-
taille II ; &: à la demie, \i\ Jonncric partant encore ,
elle ne fonnera qu'un coup , com.me nous l'avons
déjà dit. Imaginant encore que la détente réponde à
la partie 3 du chaperon, que l'aiguille des heures foit
fur 4 heures, celle des minutes fur midi, la pendule
fonnera 4 heures ; & fi elle continue de marcher à li
demie , elle fonnera un coup, &: à 5 heures elle en
fonnera 5 , ainfi de fuite.
Nous avons dit que le chaperon eft divlfé en la
parties ; mais la partie deftinée pour une heure , au-
lieu d'être comme les autres , eft confondue dans la
fente qui eft entre i & 1 2; parce que comme Une faut
qu'un coup pour une heure , elle eft dans le cas d'une
demie. Les entailles du chaperon, voyeila fig. font
un peu plus grandes qu'~ de fa circonférence , parce
qu'elles doivent contenir en outre la partie F de la
détente ; mais cela revient au même , celle-ci portant
fur la circonférence du chaperon pendant un plus
long-tems , qui répond à Ion épaifî'eur. Pour que
l'heure fbnne plus facilement , le côté de l'entaille ,
duf'ens duquel le chaperon tourne , comme /^, voyc[
lesfig. eft limé en blfeau , afin d'élever la détente plus
facilement ; & que dès que le premier coup de l'heure
a frappé la détente pofant fur la circonférence du
chaperon, la pendule continue le refte des coups
requis.
On conçoit facilement que ces efîets A\\nç fonnt'
rie peuvent s'exécuter par des moyens très - variés;
mais ceux que nous venons de décrire , étant des plus
ftmples , les horlogers n'en emploient point d'autres:
de façon qu'on peut être sur que dans toute fonacrie
il y a toujours une force motrice pour faire frapperlc
marteau, un chaperon ou un équivalent pour en dé-
terminer les coups , & deux détentes dont l'effet eft
à-peu-près le même que celui dont nous venons de
parler, &i qui fervent à déterminer l'inftant précis où
la j)endule doit fonner. Le volant & le pignon fer-
vent à ralentir la vîteffe du rouage, pour que l'in-
tervalle entre les coups de marteau foit diftinû.
i-;^^-' .^ C'efl
SON
([ par cette raifon que dans toutes fortes de /on-
liS Se dans les répétitions, le rouage doit être tou-
rs compoié d'un certain nombre de roues , afin
: le volant puiffe avoir une vîteffe fuffifante pour
duire cet effet.
}uant au calcul des nombres d'une fonmrie , la
orie en eft très-facile. Les feules conditions font
que la roue des chevilles faffe un nombre détours
rapport au chaperon, tel que , lorfque la pendu-
<\i l'horloge fonne l'heure & la demie avec un nom-
de chevilles quelconque , elle faflc donner 90
ips de marteau par tour de chaperon, & que lorf-
êlle ne fonne que les heures , elle n'en faflc don-
que 78 ; ce qui eft clair par ce que nous avons
plus haut: 2°. il faut que la roue d'étoquiau faflTe
tour par coup de marteau. Lorfque cette roue a
IX efpeces de demi-anneaux ou cerceaux adaptés
fon plan , elle n'en fait qu'un demi. Enfin le cha-
pon devant faire deux tours par jour , il faut tou-
:rs que le nombre de fes tours foit double de celui
! jours que va la pendule ou l'horloge fans être re-
intée ; & par-là le nombre de fes tours par rapport
eux du barillet ou de la grande roue de fonmrie ,
it encore déterminés. Nous allons rendre cela fen-
le par un exemple. On a vu qiàe le barillet de cette
merie a 84 dents , & qu'il engrené dans le pignon
14 de la féconde roue ; par conléquent le chape-
n , qui ell porté fur l'arbre de cette roue , fera 6
irs pour un du barillet: mais comme cette pendule
18 jours , le chaperon doit faire 36 tours dans cet
ervaHe de tems ; par conféquenr le barillet 6 , puif
'undesfiens en vaut 6 du chaperon. On voit donc
mment les tours du chaperon déterminent ceux du
rillet ou de la grande roue. ^oy«{ Horloge ,P£N-
JLE A RESSORT , CaLCUL, NoMBRE , &c.
Lzfonnerie que nous venons d'expliquer, efl celle
le l'on emploie en général dans les pendules ; mais
imme on vient de voir que toutes lesfonneries font
>nlT:ruites à-peu-près de même, celle des montres
jonnerie font dans le même cas , & n'en différent
le par le volume ; & comme elles font aujourd'hui
refque hors d'ufage , il efl inutile de s'y étendre ,
autant plus que quiconque aura bien compris la
lécanique de la. jonnerie. des pendules , c(îhcevra fa-
;lement celle des montres.
SONNET , ( Poéjie. ) petit poëme de quatorze
ers , qui demande tant de qualités , qu'à peine , en-
e mille , on peut en trouver deux ou trois qu'on
uiffe louer. Defpréaux dit que le dieu des vers
Lui-même en mcfura le nombre & la cadince.
Défendit qiiunversfoibUy pût jamais entrer ^
Ni qu'un mot déjà mis oj'ât s'y remontrer,
(''oilà pour la forme naturelle du fonnet.
11 y a outre cela la forme artificielle , qui confifle
lans l'arrangement & la qualité des rimes ; le même
Defpréaux l'a exprimée heureufement : Apollon
Voulut qi^en deux quatrains de mefure pareille ,
La rime avec deux J'ons frappât huit fois C oreille;
Etquenfuitefîx vers artijlement rangés
Fujjent en deux tercets par le jens partagés.
Le tercet commence par deux rimes femblables, &
l'arrangement des quatre derniers vers efl arbitraire.
Ce poëme efl d'une très-grande beauté. On y veut
une chaîne d'idées nobles , exprimées fans affefta-
tion , fans contrainte , & des rimes amenées de
bonne grâce.
Boileau ne compofa que àçu}cfonnets dans le cours
de fa vie. L'un commence :
Parmi les doux tranfports d'une amitié fidèle , &c.
Il le fît très-icune , & ne le défavouoit que' par le
fcrupule trop délicat d'une certaine tendiefTe qui y
Tome XK,
S o
361
efl marquée, & qui ne convenoit pas, difoit-il, à un
oncle pour fa nièce. Son awirQ J'en net mérite d'être
ici tranfcrit à la place de celui de Desbarreaux , que
tout le monde fait par cœur à caufe de fa beauté.
Nourri dès le berceau près de la jeune Orante ,
Et non moins par le cœur que pur lefang lié ^
Ajés jeux innocens enjant ajfocié ,
Je goâtois les douceurs d'une amitié charmante,
Qjiand un faux Efculape à cervelle ignorante ,
A la fin d'un long mal vainement pallié ,
Rompant de fes beaux jours le fil trop délié ^
Pour jamais me ravit mon aimable parente,
O qu'un fi rude coup me fit verfer de pleurs !
Bientôt ma plume en main jîgnalant mes douleurs ^
Je demandai raijbn d'un acte Ji perfide.
Oui , j'en fis dès quinze ans ma plainte à l'univers ;
Et l'ardeur de venger ce barbare homicide ,
Fut le premier démon qui m'inj'pira des vers.
Notre poète fatyrique n'a rien écrit de plus gracieux :
A fes jeux innocens enfant affocié : Rompant de Ces
beaux jours le fil trop délié: Fut le premier démon qui
minfpira des vers. Boileau a bien prouvé par ce mor-
ceau qu'on peut parler en poéfie de l'amitié enfanti-
ne auffi bien que de l'amour , & que tout s'annoblit
dans le langage des dieux, (-£>./.)
Sonnet en blanc ^ (^Poéjie,) on appelle \\n fonnet
en blanc , celui où il n'y a que les rimes , d: dont les
vers font à remplir. Voyei Bouts-RimÉs. (Z?. 7. )
SONI^ETTE, f. f. {Gram.) petite cloche dont
on fe fert dans les temples , pour avertir le peuple
qu'on levé Dieu-; dans les maifbns pour appeller les
valets ; dans les rues pour faire allumer les lanternes
ou balayer , &c.
Sonnette , ( Hydraul. ) efl une machine foute-
nue de deux arc-boutans & d'un rancher , compo-
fée de deux montans ou couliffes à plomb , avec des
poulies pour monter le mouton par un cordage que
l'on tire ; on le laiffe eniuite tomber fur la tête des
pieux pour les enfoncer, ( /^ )
SONNETTIER , f. m. ( Corps de jurande. ) ou-
vrier qui efl réuni au corps des Fondeurs, & qui fait
des grelots & de petites fonnettes pour les mulets.
i,D.J.)
SONNEUR , f. m. ( Langue franc. ) celui qui fon-
ne les cloches pour avertir le peuple de ce quife doit,
faire ou de ce qui fe pafTe ; on a appelle autrefois
fonneurs ^ ceux qui fervoient la mefîé. Le feizieme
canon du concile de Cologne tenu en 13 10, or-
donne que X^sjonneurs feront lettrés , pour pouvoir
répondre au prêtre , & qu'ils ferviront en fiirplis ;
mais il n'y avoit pas hefoin d'être lettré pour pouvoir
répondre au prêtre , & moins encore pour fervir en
furplis. Ainfi je crois que par être lettré dans ce tems-
là , on entendoit Javoir lire. ( Z>. 7. )
Sonneur, (^Architecl. ) ouvrier qui tire les corda-
ges des fonnettes ; il y en a ordinairement feize pour
chaque fonnette , dont on fe fert pour enfoncer des
pieux dans la terre. (£>./.)
SONNOIS LE , ( Géog. mod. ) petit pays de Fran-
ce , dans la province du Maine ; il a douze lieues de
longueur , depuis Balon jufqu'à Seez, & autant de
largeur, depuis Alençon jufqu'au Perche. Mamers
efl fon chef-lieu. ( Z>. /. )
SONOBA , ( Géog. anc. ) ville de l'Efpagne Bé-
tique ; Strabon , /. IIL p. 743. efl le feul des anciens
qui parle de cette ville. {D. J.^
SO-NO-KI , f m. ( Hifi. nat. Botan. ) efjjece de
vigne duJapon, qui croît dans les bois, de la hauteur
d'un pié. Ses feuilles reflemblent à celles du petit
buis; fes fleurs fontà quatre pétales, garnies d'unca-
I lice , ÔC de couleur pourpre ; fon fruit efl rouge , de
36i
S O P
la orofleur du poivre, d'un goût doux & tade, con-
tenant trois pépins un peu amers.
SONORE , adj. ( Gmm. ) qui rend beaucoup de
fon; on dillingue les corps cnbruyans, iburds &
Jonorcs.
SONQUAS LESy{Gcog.mo^.) peuples vagabonds
d'Afrique , vers la partie méridionale : c'eii une Ibrte
de cafres qui habitent les montagnes , où ils vivent
de racines & de chaiîe ; ce ibnt des voleurs de pro-
telîion , qui enlèvent tout le bétail qu'ils peuvent at-
traper. Leurs cabanes ibnt de branches de bois, en-
trelacées &C couvertes de jonc ; ils ne le donnent pas
la peine de les détaire , quand ils vont chercher de
nouveaux pâturages. Il leur eft plus commode d'en
bâtir de nouvelles dans les lieux où ils le rendent ;
parce qu'au cas qu'il leur prenne fantaifie de retour-
ner dans leurs premiers gîtes , ils trouvent leurs ca-
banes toutes prêtes. Les habits d'hommes font de
peaux de bufles ou d'ânes fauvagcs coufues enfem-
ble ; les femmes portent un parafol de plumes d'au-
truche autour de la tête. {D. /. )
SONRIER GRAND, ( Dign. d'abbaye.^ nom qu'on
donne dans l'abbaye de Remiremont au receveur
général 6i admmiltrateur des droits feii;;neuriaux. Le
grand prévôt , le chancelier, & le grand /o/zw/-, doi-
vent chacun deux écusfols , le premier jour de l'an
à la doyenne de l'abbaye de Remiremont ; il y a
aulfi une des chanoineflés de cette abbaye qui a le
lirre de fonrierc. {D. /. )
SONSOROL lies , ( Géogr. mod. ) petites îles de
l'Océan indien , comprifes au nombre de celles de
Palos. Le P. Duberon jéfuite , en découvrit deux en
1710. Il rapporte dans les lettres édifiantes, ;. //.
p. yy. que les habitans font bien-faits & robuftes ;
ils vont tout nuds , & ont les chevenx crépus. (Z). /.)
SONTIATES , ( Giog. anc. ) ancien peuple d'A-
quitaine. Ff)y£{SOTIATES.
SONZÉS , f. m. ( Hlft. nat. ) efpece de choux ou
de légume de l'île de Madagafcar ; {qs feuilles font
rondes & d'une grandeur extraordinaire ; elles ont
le goût des choux ; mais la racine a celui des culs
d'artichaux.
SOOR , ou SOORA , ou SOER , ( Géog.mod. )
petite ville de Danemark, dans l'île de Sélande ,
entre Magel & Ringftadt , prés d'un lac qui abonde
en poiflbn. C'étoit autrefois une riche abbaye , qui
eft à préfent un célèbre collège. Long.zcj.zy. ladt.
66.28.{D.J.)
SOPHENE , ( Gèog. anc. ) contrée de la grande
Arménie ; Strabon, /. XL p. ia/. la met au nord
de la Méfopotamie & de la Commagene , entre les
monts Majius & Antilaurus. Selon Ptolomée , /. V.
c. xiij. la Sophcnc s'étendoit à l'orient de l'Euphrate,
entre la Bafiliffene au nord , l'Aclifene à l'orient, &
l'Anzitenc au midi. Procope , cidif. l. III. c. ïij. en
décrivant les diverfes fortifications que l'empereur
Juflinien fit bâtir dans cette contrée , la nomme So-
phanenc ; elle efl: appellée Tiophanefe &C Tiophanc ,
dans les authentiques : mais de même que dans le
code, on entend par ces deux mots deux contrées
différentes. (Z?. /. )
SOPHl , ou SOFI , f. m. ( Hljî. mod. ) c'efî un titre
ou une qualité qu'on donne au roi de Perfe, qui
£gnlfie prudent ,Jage , ou philofophe.
Quelques-uns prétendent que ce titre doit fon ori-
gine à un jeune berger de ce nom, qui parvint à la
couronne de Perfe en 1370. D'autres le font venir
àesfophoi, fages, anciennement appelles magl. Vof-
fius donne à ce mot une autre étymologie ; il ob-
ferve qut^Jbpfii , en arabe fignifîe laine : 6c il ajoute
que les Turcs l'appliquoient par dérifion aux rois de
Pcrfe , même depuis le tems d'Ifmaél ; parce que fui-
vant leur religion, ils ne doivent fe couvrir la tête
que d'un morceau d'ctofïe de laine ordinairement
S O P
rouge : c'efl de-là qu'on appelle aufïï les Pcrfes ke*-
:^elbi!Jchs , c'ell-à-dire tctes rouges. Mais Bochart alTure
c\ue J'ophi dans le langage perfan d'oii il efl tiré, fi-
gnllie une peiionne qui fuit fa religion dans toute fa
pureté , & qui préfère le fervice de Dieu à toute
autre chof e ; & il le fait venir d'un ordre religieux
qui porte ce nom. ^oye^ Sophis.
Las fophls font gloire de leur illuflre extraôion ,
& ce n'cll pas fans raifon , puifque cette famille ne
le cède à aucune autre dans tout l'orient : ils font
dcfcendus en droite ligne de HoufTein , fécond fils
d'Ali, coufin de Mahomet , & de Fathime , fille *de
Mahomet ; mais on prétend qu'elle a été éteinte dans
la dernière révolution de Perfe. Il n'y a point de
prince dans le monde dont l'autorité foit plus abfo-'
lue que celle des Jophis de Perle ; leur pouvoir n'eft
jamais borné par aucune loi , même par celles qu'il
pourroit établir; car il les fufpend , les change, &
les cafTe , comme il le juge à propos.
SOPHIA , f. f. (Z///?. nat. Botan.') nom donné par
Dodonée , Lobel, Gérard, & quelques autres an-
ciens botaniftes à l'efpece de fif'ymbrium annuelle à
feuilles d'abfynthe,y{yj'"^""'" annuum, abfynihïi mi*
noris folio , de Tournefort. yoyei^ Sisymbrium.
SOPHIANA , ( Gcogr. mod. ) ville de Perfe , dans T]
l'Adir-Beitzan , à huit journées au nord-oueft de Tau-
ris , dans un vallon marécageux , couvert de quan-
tité d'arbres qui empêchent prefque de voir cette
ville avant qu'on foit dedans. Quelques-uns la pren-
nent pour l'ancienne Sophie de Médie. (Z>. /,)
SOPHIE , Sainte , {Arckheci.) c'étoit ancienne-
ment l'cglife patriarchale de Conllantinople , bâtie
par Conllantin , qui la nomma Sophie , parce qu'il la
dédia à la Sageftc éternelle. Un tremblement de terre
ayant endommagé , & en partie ruiné ce fuperbe
temple , Juflinien le rebâtit. Evagrius , liv. IK. ch,
XXX. & Procope fe font attachés à le décrire.
Il faut defcendre de quelque côté qu'on entre. Son
portique a fept entrées. Il y en a cinq de face qui
iont ordinairement fermées ; la largeur de ce porti-
que efl de 3 2 pies , & de-là on entre dans fainte So-
phie par neuf grandes ouvertures ; celle du miheu a
18 pies d^aut , & les portes font de cuivre rouge.
Quatre pilaflres larges de 47 pies , foutiennent le dô-
me qui en a 86 de diamètre , & qui cependant eft
tellement écrafé , qu'il n'a de hauteur que la conca-
vité d'un demi-globe parfait.
Les galeries qui régnent tout-au-tour ont 53 pies
de large , & font appuyées de foixante-quatre colon-,
ncs. Celles de l'intérieur font de marbre ferpentln
& de porphyre , hautes de 1 8 pies ; & les colonnes
de deflbus font de marbre blanc , pareil à celui dont
les murailles font revêtues. Dans les galeries , il y a
cinquante-deux colonnes de même ordre , 6c de ma-
tière femblable à celles qui font au bas. Au-defTous
des portes du temple , il y a quatre petites colonnes
de jafpe. Parmi les marbres dont font pavées les ga-
leries , on voit une pierre femblable au porphyre ,
que les Turcs ont en grande vénération.
Mais comme ils font ennemis des Arts , ils ont dé-
truit ou lailTé périr la plus grande partie de cet an-
cien temple & lés décorations. Autrefois toutes les
voûtes du temple étoient peintes en mofaïque , elles
font aujourd'hui barbouillées de blanc. Lorfque Ste.
i'o/^/zie appartenoit aux chrétiens orientaux, les fem-
mes fe plaçoient dans les galeries, dont l'entrée étoit
interdite aux hommes. Il y avoit aufTi un autel qui
ne liiblifle plus ; mais on trouve à la place la niche
oii l'on met l'alcoran. Cette niche efl tournée vers
le Zébla , c'efl-à-dire à l'orient , qui efl le point du
ciel vers lequel les Mahométans doivent fe tourner
dans leurs prières. Le pavé de cette mofquée efl de
marbre , couvert de riches tapis de Turquie. On a
s O P
ratiquc dans im coin de mur, une tribune deAmce
3ur le arand-feigneur , qui s'y rend par un cfcalier
LTobé. H y a devant le portail des réduits de marbre
1 façon d'oratoires, couverts d'un petit dôme , qui
rvent de Icpulture aux jeunes princes ottomans.
Au-delà du portique qui eft devant cette mofquce,
: dans lequel les femmes mahométannes viennent
.lelqucfols faire leurs prières , il y a planeurs por-
s , dont une feule rcfte ouverte pour rentrée. On
voit en-dehors quatre minarets ou petites tours à
Aifieurs étages , avec des balcons en faillie : les muo-
ms y montent quatre à cinq fois le jour à certaines
îures, pour appeller les turcs au naama , c'efl-à-
te à l'oraifon, car les Mahométans ne fe fervent
jint de cloches. Ceux qui voudront de plus grands
étails, les trouveront dans du Loir. (Z>. /.)
SOPHIS ou SOPHÉES , f. m. (//i/?. wod.) efpece
ordre de religieux mahométans en Perfe , qui ré-
Dnd à celui qu'on appelle dervis ^ chezles Turcs &
s Arabes; Ik. fakirs, chezles Indiens. ^(ye{ Der-
is & Fakiks.
Quelques-uns prétendent qu'on les nomme fophis,
caufe d'une efpece d'étoife qu'ils portent qu'on ap-^
ûle fouf, parce qu'elle le fabrique dans la ville de
ouf, en Syrie ; d'autres , parce qu'ils ne portent
:ir humilité à leur turban , qu'une étoffe de laine
a'on 4iomme en arabe , Jopài ; d'autres enfin veu-
nt que ce foit du mot arabe fophie , qui lignifie ycwr
• fïmpU, parce qu'ils profelfent la pure religion de
[ahomet , qui efl félon eux celle de la fede d'Aly.
Le plus éminent de CQS foph'is eft toujours décoré
Li titre de fchàk , c'ell-à-dire révérend. Scheik fophi
ni jetta les premiers fondemcns de la grandeur de
1 maifon royale de Perfe , éteinte par les dernières
évolutions , fut le fondateur ou plutôt le reftaura-
;ur de cet ordre. îlmael qui conquit la Perfe , étoit
lï-mème fophi , & fe faifoit gloire de l'être. Il choi-
t tous (es gardes parmi les membres de cet ordre ,
c voulut que tous les grands leigneurs de fa cour
\{^eï\tfophis. Le roi de Perfe & les leigneurs conti-
nent à y entrer , quoiqu'il foit à préfent tombé dans
n grand mépris ; car les fopliis du commun font em-
loyés ordinairement en qualités "d'huifîiers ou de
omeftiques de la cour , & même d'exécuteurs de
i juliice ; & les derniers rois de Perfe ne vouloient
as leur permettre de porter l'épée en leur préfence.
^e mépris dans lequel font les fophis, a été caufe que
;s rois de Perfe ont quitté ce titre pour prendre ce-
.n àefckc'k , qui fignifie roi ou emperç-ur. Mais M. de
i Croix s'ell trompé, en prétendant qu'ils n'avoient
imais porté le nom de fophi.
SOPHISME , f. m. (Logique.) lefophifme efî le fin-
;e du lyllogifme. Pour être féduifant & captieux, il
aut néccflairement qu'il en affedle la figure & la mi-
le. On peut dire de lui en général, que ce qu'il a
le vicieux confifle dans une contravention à quel-
[u'uîie des règles générales ou particulières de quel-
[u"une des quatre figures , d'oLi réfultent toutes les
ortvs des fyllogifmes.
La logique du Port-Royal les réduit à fept ou
luit , ne s'arrêtant pas à remarquer ceux qui font
rop greffiers pour iurprcndre les perfonnes un peu
ittenàves.
Le premier, confifle à prouver autre chofe que ce
jui efl en queilion. Cefop/iifmc ei\ appelle par Arif-
otc i'^nouiiio cUiichi , c'efl-à-du"e l'ignorance de ce
^u'on doit prouver contre fon adverfaire ; c'eft un
/ico très-ordinaire dans les contellations des hom-
ncs. On dilputcavi'C chaleur, & fbuventon ncs'er-
cnd pr-s l'un l'autre. La paffion ou la mauvaife fci
'ait qu'on attribue à fon iidverfaire ce qui efl éloi-
gné de fon fentiment , poin- le combattre avec plus
i'avanfage , ou qu'on lui impute les conféquences
Toiiii XK.
S O P
3<Jî
qu'on s'imagine pouvoir tirer de fa doflrine , quoi^
qu'il les déiavoue & qu"il les nie.
Le fécond fuppofe pour vrai ce qui efl en quef«-
tion ; c'eft ce qu'Ariftote appelle pétition de princi^
pc. On peut rapporter à cefophifme tous les raifon-
nemens où l'on prouve une chofe inconnue, par une
qui eft autant ou plus inconnue , ou une chofe incer»
taine,parHne autre qui efl: autant ou plus incertaine.
La troifieme prend pour caufe ce qui n'efl point
caufe. Ce fophiltm s'appelle non caufa pro caufd il
efl très-ordinaire parmi les hommes , & on y tombe
en plufieurs manières : c'effainfi que les Philofcphes
ont attribué mille effets à la crainte du vuide, qu'on
a prouvé démonflrativement en ce tems & par des
expériences ingénieufes , n'avoir pour caufe que la
pefanteur de l'air. On tombe dans le même fo^
phifme. , quand on fe fert de caufes éloignées &^ qui
ne prouvent rien , pour prouver des chofes ou afTez
claires d'elles-mêmes , ou faufles, ou du-moins dou-
teufes. L'autre caufe qui fait tomber les hommes
dans ce fopkifme , efl la fotte vanité qui nous fait
avoir honte de reconnoître notre ignorance ; car
c'eft de-là qu'il arrive que nous aimons mieux nous
forger des caufes imaginaires des chofes dont on
nous demande raifon , que d'avouer que nous n'en
favons pas la caufe ; & la manière dont nous nous
échappons de cette confefîion de notre ignorance efl
affez plaifante. Quand nous voyons un e^et dont la
caufe efl inconnue , nous nous imaginons l'avoir dé»
couverte , lorfque nous avons joint à cet effet un
mot général de vertu ou de faculté , qui ne formée dans
notre efprit aucune autre idée , finon eue cet effet a
quelque caufe ; ce que nous favions bien , avant d'a-
voir trouvé ce mot. Ceux qui ne font point profef-
fion de fcience , & à qui l'ignorance n'efl pas hon-^
teufe , avouent franchement qu'ils connoifTent ces
elTets , mais qu'ils n'en favent pas la caufe ; au lieu
que les iavans qui rougiroient d'en dire autant , s''eTi
tirent d'une autre manière, & prétendent qu'ils ont
découvert la vraie caule de ces effets, qui efl, par
exemple , qu'il y a dans les artères une vertu'pulfi-
fique , dans l'aimant une vertu magnétique , dans le
fené une vertu purgative , & dans le pavot une ver^
tu foporifique. Voilà qui ell fort commodément ré-
folu ; & il n'y a point de Chinois qui n'eût pu avec
autant de facilité , fe tirer de l'admiration où on étoit
des horloges en ce pays-là , lorfqu'on leur en ap-
porta d'Europe ; car il n'auroit eu qu'à dire, cu'il
connoifîbit parfaitement la raiibn de ce que les au-
tres trouvoient fi merveilleux , ^ que ce n'étoit au-^
tre chofe , fmon qu'il y avoit dans cette machine une
vertu indicatrice qui marquoit les heures liir le ca-
dran , & une vertu fonorifîque qui les ùÀi'oh fon-
ner : il fe feroit rendu par-là aufîl lavant dans la con-
noifîànce des horloges, que le font ces Philofophes
dans la connoilîance du battement des artères &;
des propriétés de l'aimant , du fené &: du pavot.
Il y a encore d'autres mots qui fervent à rendre
les hommes favans à peu de frais, comme de fymois-
thie , d'antipathie, de qualités occultes. Ce qui h s
rend ridiculement favans , c'efl qu'ils s'imaginent
l'être e'.Teftivement , pour avoir trouvé un mot au-
quel ils attachent une certaine qualité imaginaire ,
que ni eux ni perfonne n'a jamais conçue.
Le quatrième confifle dans un dénombrement im-
parfait. C'efl le défaut le plus ordinaire des perlbn-
nes habiles que de faire des dénombremens impai-
faits , & de ne conlldérer pas affez toutes les maniè-
res dont une chofe peut être ou peut arriver; d'oii
ils concluent témérairement, ou qu'elle n'ell j)as ,
parce qu'elle n'ell pas d'unecertaine manière, quoi-
qu'elle puifie être d'une autre: ou qu'elle efl de telle
& telle façon, qu. i ni'elle puiife être encore d'une
autre manière qu'ils n'ont pas conhJcr^e.
Zz i;
364
s O P
s
G
■p
1-
Le.cinqviicme fait juger d'une chofe par ce qui ne
liil convient que par accident. Cxfophlfinc cÛ appelle
fatlaciu acci^cnds. Il conlifte à tirer une concl'.ilion
abfolue , limple & fans rcfiriftion de ce qui n'eft
vrai q'.ie par accident: c'eiî ce que font tant de gens
qui déclament contre l'antimoine , parce qu'étant
mal appliqué , il produit de mauvais effets; & d'au-
tres qui ;;uribuent à l'éloquence tous les mauvais
eiTots'qu'elle produit, quand on en abufe ; ou ;\ la
Médecine les fautes de quelques ignorans.
On tombe auflifouvent dans ce mauvais raiîbnne-
ment , quand on prend les fimples occafions pour les
véritables caufes ; comme qui acculeroit la religion
chrétie.'ine d'avoir été la caule du malTacre d'une in-
finité de perlonnes , qui ont mieux aimé fouffrir la
mort que de renoncer Jefus-Chrift ; au lieu que ce
n'elt ni à la religion chrétienne , ni à la conilance
des martyrs qu'on doit attribuer ces meurtres , mais
à la feule iniurtice& à la feule cruauté des payens.
On voit aufn un exemple confidérable de ce./à-
phifhic dans le railonnement ridicule des Epicuriens,
lui conclucient que les dieux dévoient avoir une
orme humaine , parce que dans toutes les chofes hu-
maines , i( n'y avoit que l'homme qui tùt doué de la
l
m
railbn. « Les dieux , difoient-ils, font très heureux:
» nul ne peut être heureux fans la vertu : il n'y a
» point de vertu fans la ralfon , & la rai!on ne fe
» trouve nulle part ailleurs qu'en ce qui a la forme
» humaine : il faut donc avouer que les dieux font en
« forme humaine. » Voilà qui n'eft pas bien conclu.
En vérité ce que M. de i^ontenelle a dit des anciens,
favoir qu'ils ne font pasfujets, fur quelque matière
que ce fciî, à raiibnner dans la dernière perfeûlon,
n'eft: point exagéré. « Souvent, dit cet auteur ingé-
» nieux, de foibles convenances, de petites fimili-
» tudes , des jeux d'e! prit peufolides, des difcours
» vagues & confus paifent chez eux pour des preu-
» ves ; suffi rien ne leur coûte à prouver ; mais ce
» qu'un ancien démontroit en fe jouant , donneroit
» à l'heure qu'il" eft , bien de la peine à un pauvre
» moderne ; car de quelle rigueur n'eft-on pas fur
w les raifonnemens? On veut qu'ils foient intelllgi-
M, blés , on veut qu ils foient juftes , on veut qu'ils
» concluent. On aura la malignité de démêler la
» moindre équivoque ou d'idées ou de mots ; on au-
» ra la dureté de condamner la chofe du monde la
w plus ingénieufc, fi elle ne va pas au fait. Avant M.
>/ Defcartes on raifonnolt plus commodément ; les
» fiecles palTés font bien heureux de n'avoir pas eu
» cet hornme-là. »
Le fixieme pafTe du fens dlvifé au fens compofé,
ou du fcas compofé au fens divifé ; l'un de ces J'yphif-
ines s'appelle y^z//i2t/a canpoftionis , & l'autre yl///af/<z
divif.onis. J. C. dit dans l'Evangile , en parlant de {es
miracles : Us avtugles volent^ Its boueux marchent droit ^
lesfourds entendent. Il eft évident que cela ne peut
être vrai , qu'en prenant ces chofes féparémcnt ,
c'eft-à-dire dans le fens divilé. Car les aveugles ne
voyoient pas demeurant aveuglçs , & les fourds n'en-
tendoient pas demeurant fourds. C'eft aufti dans le
même fens qu'il eft dit dans les Ecritures , que Dieu
jupijie les impies ; car cela ne veut pas dire qu'il tient
pour juftes ceux qui font encore impies, mais bien
qu'il rend juftes , par fa grâce , ceux qui étoient im-
pies.
Il y a au contraire, des propofitions qui ne font
vraies qu'en un fens oppofé à celui-là, qui eft le fens
divilé. Comme quand S. Paul dit : que kr. mcdifans ,
Us fornicatturs , Les avares n entriront point dans le
royaume des deux , car cela ne veut pas dire que rtul
de ceux qui auront eu ces vices ne feront fauves ,
ma';s feulement que ceux qui y demeureront attachés
ne le feront pas.
Le feptieme pafTe de ce qui eft vrai à quelque
éo;nrd , à ce qui eft vrai ftrnplemcnt -, c'eft ce qii'on ap-
pelle d.'.r.s l'école, à dïào fccimdum quid ., ad diciuni
Ji;:i;'li:itîr. En voici des exemples. Les Epicuriens
prouvoient encore que les dieux dévoient avoir la
forme humaine , parce qu'il n'y en a point de plus
belle que cell'C-là, & que tout ce qui eft beau doit
être en dieu. C'étoit fort mal raubnner; car la forme
humaine n'eft point abfolumcnt une beauté , mais
feulement au regard des corps; & ainfi n'étant une
pertedion qu'à quelque égard & non limplement, il
ne s'enfuit point cju'elie doive être en dieu, parce que
toutes les perfetHons font en dieu.
Nous voyons aulïi dans Cicéron , au ///. /ivre ^£
la nature des dieux , un argument ridicule de Cotta
contre l'exiftence de Dieu , qui a le même défaut.
« Comment, dit-il, pouvons-nous concevoir Dieu,
» ne lui pouvant attribuer aucune vertu? Car , di-
» rons-nous qu'il a de la prudence , mais la prudcn-
» ce confiftant dans le choix des biens &C des maux,
» quel bcfoin peut avoir Dieu de ce choix, n'étant
» capable d'aucun mal ? Dirons-nous qu'il a de l'in-
» telligence & de la raifon , mais la raifon & l'intelli-
» gencc nous fervent à nous, à découvrir ce qui nous
» eft inconnu par ce qui nous eft connu ; or il ne
» peut y avoir rien d'inconnu à Dieu? La juftice ne
» peut aufîi être en Dieu , puifqu'elle ne regarde que
» la Ibcicié des hommes; ni la tempérance,. parce
» qu'il n'a point de voluptés à modérer ; ni la force,
» parce qu'il n'eft fufceptible ni de douleur ni de
» travail , & qu'il n'eft' expofé à aucun péril. Com-
» ment donc pourrolt être Dieu, ce qui n'aurcit ni
» inrelli eence ni vertu »? Ce qu'il y a de merveilleux
dans ce beau raifonnement , c'eft que Cotta ne con-
clud qu'il n'y a point de vertu en Dieu , que parce^
quel'imperfeclion qui fe trouve danslaverîuhumainei
n'eft pas en Dieu. De forte que ce lui efl une preuve
que Dieu n'a point d'intelligence , parce que rien ne
lui eft caché; c'eft-à-dire qu'il ne voit rien , parce
qu'il volt tout, qu'il ne peut rien , parce qu'il peut
tout ; qu'il ne jouit d'aucun bien , parce qu'il poffede
tous les biens.
Le huitième enf^n , fe réduit à abufer de l'ambigui-
té des mots ; ce qui fe peut faire en dlverfes m.anie-
res. On peut rapporter à cette efpece de Jhphijmc,
tous les fyllogifmes qui font vicieux, parce qu'il s'y
trouve quatre termes, foit parce que le moyen terme
y eft pns deux fols particulièrement, ou parce qu'il
eft fufceptible de divers fens dans les deux prémifles;
ou ennn parce que les termes de la conclufion ne
font pas pris de la même manière dans les prémifTts
que dans la conclufion. Car nous ne reftralgnons pas le
n'iOtd\wdvguité,a\ix feuls mots qui font grofiicrc-
ment équivoques, ce qui ne trompe prefque jamais;
mais nous comprenons par-là tout ce qui peut taire
changer du fens à un mot , par une altératon imper-
ceptible d'idées, parce que dlverfes chofes étant fi-
gnlfiées par le même fon , on les prend pour la
même chofe.
Ainfi cjua.nd vous entendrez leyc)//zi/7«efuivant:
Les apotrcs étoient dou^e ,
Judas était apôtre ;
Donc Judas étoit dou:^e.
le fophlfte aura beau dire que l'argument eft en
forme; pour le confondre, lans nulle difcuffion ni
embarras , démêlez fimplcmcment l'équivoque du
mot les apôtres. Ce mot les apôtres ftgnifie dans le fyl-
logifme en queftion, les apôtres en tant que pris tous
cnfcmble&faifant le nombre de douze. Or dans cet-
te ftgnifîcation, comment dire dans la mineure, or
Judas êtoir. apôtre ? Judas étoit-11 apôtre en tant que
les apôtres font pris tous enfeinble au nombre de
douze ?
Citons encore pour exemple ce fopfvfm: burlef-
que.
s O P
Le tmiTt^'r fidS fuit bolr£ beaucoup ;
Or boire bi^ncQup fait pajjcr la foi f:
Donc le man^^ir fuie fait poffer la foi f.
Ct fo phi fine ^oxiQ un mafque de fylîogifme ; mais
{ ll-ra bientôt clémafquc par wnz limple attention :
:'efl que le moyen terme , qui paroit le même Vlans
a prep-iiere & clans la fccondc proporuion , change
mpcrceptibicrncnt à la faveur d'un petit mot qui cil:
le plus dans l'une, & qui eft de moins dans l'autre.
Jr un petit mot ne fait pas ici une petite différence.
Jne diphtongue altérée caufa autrefois de furieux
avages dans l'Eglife ; & une particule changée , n'en
ait pas de moindres dans la Logique pour conferver
lU moyen terme , le même fcns dcjiis les deux prono-
itions. Il falloit énoncer dans la mineure, or faire
KÙre beaucoup fui: pafj'er la foif. Au lieu de cela , on
iipprime ici dans la mineure, le verbe yI//Ve devant
e mot boire ^ ce qui change le lens , ^\ù.(c^ic fciire boire
]C boire ^ ne font pas la même chofe.
On pourroit appeller fimplement \q fophifme , une
quivoque ; 6c pour en découvrir le vice ou le nœud,
[ ne faudroit que découvrir l'équivoque.
SOPHISTE , f. m . {Gram. & Hift. anc. ecclèf^ qui fait
les Ib^jhifmes, c'ell-à-dirc qui fe fert d'argum.ens fub-
ils , dans le deîTein de tromper ceux qu'on veut
•erfuaderou convaincre, ^oje^^ Sophisme & Gym-
;OSOPHiSTK. Ce mot ell formé du grec «)?:?, fage ,
iU plutôt de c-ùÇ/rTiK , ii!2po[l€ur^ trompeur.
Le tcvmç fophijie , qui maintenant eftun reproche,
toit autrefois un titre honorable , & emportoit avec
o: une idée bien innocente. S. Auguftin obferve qu'il
ignilîoit un rhéteur ou pmfejfeur d'éloquence, comme
toient Lucien , Athsnée, Libanius, &c.
Suidas, & après lui Olar. Celfuis , dans une difTer-
aiion expreiïe fur les fophipes grecs, nous déclare
me ce mot s'appliquoit inditi'éremment à tous ceux
|ui excelloient dans quelque art ou fcience , foit
hcolcgiens , jurifconfaltes , phyficieiis, poètes , ora-
curs ou rauficiens. Mais il femble que c'eft donner à
:e mot un fens trop étendu. Il eil polTible qu'un rhé-
eur ait fait des vers , &c. mais que ce foit en vertu
le fon talent poétique qu'on l'ait nonxmé fophijlc ,
:'eil ce que nous ne voyons point de raifon de croi-
e. Quoi qu'il en foit, Solon eftle premier qui paroît
voir porté ce nom, qui lui fut donné par îfocrate;
mluite on le donna affcz rarement, m.ais feulement
iux philofophes & aux orateurs.
Le titre de fophife fut en grande réputation chez
es Latins dans le douzième fieclc ,, & diins le tems de
>. Bernard. Mais il commença à s'intrcfduire chez les
^Trecs dès le tems de Platon , par le moyen de Prota-
;oras & de Gorgias, qui en firent un métier infâme
:ïï vendant l'éloquence pour de l'argent. C'ell de-là
\\.\& Séneque appelle les fophilks , des charlatans &
les empyriques.
Cicéron dit que le titre Aq [ophifcic donnoit à ceux
::|ui profeflbient la Philofophie avec trop d'ofrcnta-
:ion , dans la vue d'en faire un commerce , en cou-
rant de place en place pour vendre en détail leur
fcjjnce tro.'îîpeuié. \]nfophif:e étoitdonc alors com-
me iVpréfent , un rhéteur ou logicien qui fait fonoc-
cup?.îion de décevoir & erhbarraffer le peuple par
des diuindtions frivoles, de vains raifonncmens &
des difcours captieux.
Rien n'a plus contribué à accroître le nombre
des /«;'''//?«, que les difpuies des écoles de philofo-
phie. On y cnfeigne i\ embarraffcr & obfcurcir la
venté par des termes barbares (k. inintelligibles, tels
que antiprédicamens, grands & petits logicaux, quid-
dités , &c.
On donna le titre de fophifle îi Rabanus Maurus ,
pour hii faire honneur. Jean Hinton , moderne auteur
Icholalliquc anglois, a fait les eflbrts pour fc procu-
rer le titre magnifique defophife.
V
36
SOPHISTIQUER, v. aft. {Gram. & Com.) fignifié
mélanger , altérer des drogues & des marchandifes ,
en y en mêlant d'autres de diiiérente ou de moindre
qualité. Il fe dit particulièrement des remèdes & dti
drogues qu'on foupçonne n'être pas toujours fans mé-
lange, Dicl.de Com.
SOPHiSTIQUERîE, f f {Co^:) mélange de dro-
gues de mavaile quaUré que l'on veut faire pafTer
avec des bonnes. Id. ibid. pa^. 16^.
SOPHONIE , LIVRE DK , ( Critiq.facr.) le livre
facré de fophonie , ne contient que trois chapitres.
Son flyle eil aii'ez femblable à celui de Jérém.ie , dont
il femble n'être que l'abréviateur. C'eil le neuvième
des douze petits prophètes ; mais nous ne favons rien
de fil vie , que ce qu'il nous apprend lui-même de fa
naiffance , ck. j. v. 1. lavoir , qu'il étoit fils de Chufi ,
de la tribu de Simcon. Il vivoit du tems de Jofias ,
qui commença fon règne l'an du monde 3363 , & il
y a beaucoup d'apparence qu'il prophétifoit avant
que ce prince religieux eût réformé les defordres de
fes fujets. Sophonias peint vivement leur idolâtrie,
menace Jérulalem de toute la colère du Seigneur, &
finit néanmoins par des promeffes confolanîes fur le
retour de la captivité, ( D. ./. )
SOPHOZA , f. f. ( WJl. nat. Botan. ) nom donné
par Linnaïus , au genre de plante appelle par Dillé-
nius, dans ion Hor t. eltheth. p. ni. ervi Jpecies ; en
voici les caraûeres : le calice de la fleur ell en forme
de cloche , compoié- d'une feule feuille , divifée en
cinq fegmens obtus à l'extrémité : la fleur cfliégumii-
neute à cinq pétales , dont le fupérieur efl droit &
oblong , devenant plus large au fomm.et , & fe cour-
bant dans les bords : les aîles font au nombre de deux,
aufïi longues que la fleur fupérieure des fleu.'-s : les éta-
mines font dix filets diitintfs , pointus , & de la mô-
me longueur que la fîeur , m.ais cachés : les honnê-
tes des ctamines font petites , le geimc du piitil ell
oblong & cylindrique : le fligma eù. obtus , le fruit
cil: une gouffe très-longue & très-déliée , contenant
une feule loge marquée de tubérofités, où font con-
tenues des graines arrondies, & nombreufes. Linn.
oen.pl.p.iyy. {D.J.)
SOPHIIONÎSTES , f, m. ( Ant.grecq. ) aw?po'r;r«' ;
on nommoit ainfi chez les Athéniens , dix magiftrats
chargés de veiller aux bonnes moeurs de la jcunefle ,
& l'endroit où l'on enfermoit les jeunes gens indo-
ciles, pour les corriger , s'appclloita-c.)9pct'/ç-«'p.'0f.Pot-
ter, Arclmol. gra:c. 1. 1. ck. .xxy. 1. 1. p. S4. & Z^o.
{D.J.)
SOPORANT, SOPORIFIQUE , ou SOPORIFE-
PvE , ( Médecine) eflune médecine qui a la vertu de
procurer le fommcil. f^oyei S O MM E I L. Tel elt l'o-
pium , le laudanum , &c. roye^ Opiv'M , Lauda^
NUM, &c.
Ce mot vient du V^xûnfopor , fommeil. Les Grecs
au lieu de ce mot , fe Icrvent du mot hypnotic. f'^oy.
HyI'NOTIC.
Soporifiques, m?Az^}ÇS foporifques ., endorman-
tes , alibupifî'antes , font le coma ou catai)hora , la
léthargie , & le carus, leibuelles femblcnt diiîercr
les unes des autres par le plus & le moins, plutôt
que par leur efî'ence. Elles s'accordent en ce qu'el-
les font toutes accompagnées de Ilupeur. Ajy^{
Coma, Carus, Léthargie, &c.
SOPIAN.^/, ( Gâ'-. anc. ) ville de la baffe Pan-
nonie, marquée dans l'itinéraire d'Antonin , fur la
route de Sirmium à Carnuntum. Le nom moderne
cfl Zéeblack , lélon Simlcr , & Soppan , félon La-
'/iiis. (D. J.)
SOPITHES, RÉGION DES, {Gcog.anc.) Sopi-
this ngio , la région des Sojnthcs , Sopitlùs refto , cfl
une contrée de l'Inde , Strabon , /. Xy. p. 609 , qui
l'appelle auilî Cj/Ac^, dit que quelques-uns la placent
entre les fleuves Hydalpcs &i Acéfmes ; Diodorc d<4
:;66
S O R
Sicile dilVingue la terre des Cathéens , du royaume
des Sophius.
Quoi qu'il en ibit , Srrabon remarque qu'on ra-
con'toit des cbofes mervcilleufes de la beauté de ce
pays, & des qualités de les chevaux , & defes chiens.
Oncficrite , dit-il , rapporte que parmi ces peuples ,
on choiîiflbitiepUis bel homme pour le mettre liir L"
trône , 6c que deux mois après qu'un enfant étolt né,
on examinoitpubliqucmcnt s'il ctoit bien conforme ,
& s'il étoit digne de vivre, ou non. C'étoiîauiîiune
coutume particulière aux Cathéens , que les marla-
jjes dépendiifent du choix de l'amant & de la maî-
trefle', lans que le confentement des parens fut re-
quis. Dans ce même pays, il y avoit une race de
chiens admirables; Alexandre en reçut des Sopithes,
cent cinquante en prêtent. Ces fortes de chiens ne
lâchoitent jamais prife. Quinte-Curce, /. IX. c. i.
raconte quelques autres particularités de ce peuple
fmgulier. (/?./.)
SOPOLO , ( Gcog. inod. ) ville à demi ruinée
des états du Turc , dans l'Albanie , au canton ap-
pelle le Ciinina, à environ douze lieues de Butrin-
to , vers le nord , & à quelque diftance de la bou-
che du golfe de Venife. Les uns la prennent pour
l'ancienne Hicaionpedum ^ d'autres pour Olpa ., 6z
d'autres pour Cc'/?ri<z. {D.J.)
SOPRON, {Géog. mod.') comté de la baffe Hon-
grie. Il ert borné au nord par les terres de l'Autri-
che ; à l'orient , par les comtés de Mofom 6c de Ja-
varin ; au midi , par celui de Sarwar ; au couchant ,
par l'Autriche.
Le comté prend (on nom de fa capitale ,• qu'on ap-
pelle Edenbourg ; elle eft fituée fur une petite riviè-
re , à l'occident du lac de Ferto. Longitude jô". j/.
la/itudc 4y.S5. {D.J.)
SOR, eftlamcme chofe qnefaurage. F'oyeiSxv-
RAGE.
SoR , (Gcog. mod!) nom de deux petites rivières de
France ; l'une eft dans le Languedoc , au Lauragais ;
ellepaffe à Sorèze, U fe jette dans l'Agout ; fautre
dans l'Alface , a fa fource au mont de Volge , & fe
perd dans le Rhin , à Offcntorft. {D. J.)
SORA (Géog.anc.) nom comm.un à plufieurs
villes. I**. C'eft une ville de l'Afie mineure dans la
Paohlaponie. 2°. Ville de l'Arabie déferte , aux con-
fins delà Méfopotamie. 3°. Viile de l'Inde en deçà
du Gange félon Ptolomée , L Hl. chap.j. fes in-
terprètes croient que c'eftàpréfentBifnagar. 4°. Vil-
le de laPhénicie. 5". Ville d'Italie , dans la Cam-
panie , félon Strabon , & dans leLatium , félon Pto-
lomée. Tite-Live en fait une colonie romaine. Elle
fut faccagée par l'empereur Frédéric II. fous le pon-
tificat de Grégoire IX, On ne fait par qui elle a été
rétablie , mais c'eft aduellement un évêché qui re-
levé du faint fiege.
C'eft dans l'ancienne Sora , ville de la Campynie ,
que nacuitQuintus-Valérius-Soranus. 11 rlorilfoiî au
cinquième fiecle de Rome , & paflbit pour le plus
favant homme qui eCit paru entre les auteurs latins ,
intcratiflimum tf>gatoruin omnium., dit Cicéron , /. ///.
de. Oratore. Il obferva dans fes ouvrages une métho-
de que Pline a pris foin d'imiter ; c'eft qu'il y joignit
des fommaires qui failoicnt que chaque lecteur pou-
voir choifir ce qui lui convenoit , lans avoir la pei-
ne de lire le tour. Deux vers qui nous reftent de
Soranus , lemblent témoigner qu'il penfoit que Dieu
eft la caufe immanente de toutes choies; opinion qui
ne diftcre point du fpinofifme. Voici ces deux vers.
.Jupiter omnipotens , rerumquc , dcûmque rex ,
Prooenitor , gcnitnxqut dcûrn ^ dcusunus , & omnis.
Sora , ( Géog. mod. ) petite vdle d'Italie, dans la
terre de Labour , auroyaumedeNaples , près de la
S O
rivière de Carlgliano , à vingt lieues au fud-eft de
Rome. Elle a titre de duché , & un évêque qui ne
relevé que du faint ftcgc. Elle a été bâtie fur les
ruines de l'ancienne Sora , qui fut faccagée &; brû-
lée par l'empereur Frédéric II. fous le pontificat de
Grégoire IX. Long. ^1. i5. Int. 4/. ^G.
Baronius (Céfar) , favant cardinal , naquit \\ So-
ra , en 1538, & mourut à Pv.ome , bibliothécaire du
Vatican, en 1605 , à 68 ans.
Il a donné les annales eccléfiaftlques en latin , ou-
vrage qui contient en i 2 tomes in fol. Thiftoireecclé-
fiaftique , depuis Jefus-Chrift, jufqu'à l'an 1 198. Ba-
ronius entreprit cet ouvrage à l'âge de 30 ans , pour
réfuter les centuriateurs de Magdebourg. C'étoltune
grande entreprife, & au-deffus des forces de l'auteur,
d'autant plus que fon manque deconnoifî'ance de la
langue greque, devoir le détourner de ce travail. En
s'y dévpuant , 11 auroit dû le contenter de rapporter
les faits de l'hiftoire eccléfiaftique , fans entrer dans
des controverfes départi, &: dans les intérêts de la
cour de Rome ; enfin fon ftyle n'eft ni pur , ni le
moins du monde agréable.
Le favant P. Pagi , de l'ordre de S. François , a fait
une critique des annales de Baronius en ^vol. in-foi.
dont le premier parut en 1697 , & les trois derniers
en- 1705. D'autres favans , Cafaubon , le cardinal
Norris , Richard de Montaigu , Blondel , & M. de
Tillemont , ont pviblié leurs remarques critiques fur
les annales de Baronius. Un libraire de Lucques en
a donné une nouvelle édition , avec les corredions
de ces favans au bas des pages. Le meilleur, fans dou-
te , feroit de compofer une nouvelle hiltoire de l'E-
glife , cxaéle , complette , & exempte des défauts &
des milliers de fautes qui fe trouvent dans celle du
cardinal napolitain.
Peu s'en fallut qu'il ne fuccédât à Clément VIII.
mais le cardinal de Véronne s'expliqua fi fortement
pour lui donner l'exclufion , qu'il lit changer les fuf-
fragcs : Monfeigneur illufti-iffime , dit-il au cardinal
Spinelli, qui foutenoitBaronius, « ce fujet n'eftpoint
» propre à foutenir le fardeau du pontificat ; il n'eft
» ni théologien , ni canonifte , ni verfé dans les
» fciences ; c'eft un écrivain piquant , & rapfodifte :
» tant s'en faut qu'il fût bon à gouverner l'eglife uni-
» verfelle , que je doute fort qu'il fçût gouverner
» une eglifc particulière». Enfin l'Efpagnc lui don-
na l'exclulion pour la papauté , à caufe de fon livre
de la Monarchie de Sicile , & la douleur qu'il en eut
abrégea le cours de fa vie. (Z>. /.)
Sora , f. m. ( Hijl. nat. Bot. exot. ) nom donné
par le peuple de Guinée , à une efpece de buiffon
dont les feuilles font de la grandeur & de la figure de
celles du fénc ; les habitans du pays les font bouillir
dans Teau , & en prennent la collature , contre tou-
tes fortes de douleurs d'entrailles. Tranjdcî. pkilof,
n. 2^5/. {D.J.)
SORABES LES , ( Géog. anc ) Sorabi , peuples
de la Germanie, compris au nombre des Vénèdes ,
&: tnfuite comptés parmi les Slaves. Dans le moyen
âge , ils habitoient fur le bord de la Sala , & s'eten-
doient jufqu'à l'Elbe. Il eft fbuvent parlé des S ara-
bes , dans les annales de Charlemagne ; on y voit
l'année 782, que ce prince apprit que les Sorabes-
flavcs , qui habitoient entre TElbe & la Sala , avoient
fait des courfesfur les terres des Thuringiens &:des
Saxons , qui étoient leurs voifins. Sous l'année 806,
il eft dit que l'empereur envoya ion fils Charles à la
tétc d'une armée , dans la terre des Slaves , appelles
Sorabes , qui habitoient fur le bord de l'Elbe ; & ■
Eginhart , dans la vie de Charlemagne , dit que la ri-
vière Sala féparoit les Thuringiens d'avec les Sora-
bes.
SOR ACTES , ( Géog. anc. ) montagne d'Italie,
dans TEtrurie , aux confins des Fraliiques, 6c dans
s O R
e voîfmasîe du Tibre. Servius fait entendre qu'elle
l'étoit pas éloignée de la voie flaminienne. Horace
larle de cette montagne , au premier livre de les
des. OdcIX.
Vides ut altâjict tlîve candldunï
Sorafte.
Au plé de cette montagne , il y avoit (itr une émi-
ence , une ville , ou du moins une forterelTe de
:iême nom ; &: c'eft ce que Virgile entend par ce vers
,e fon Enéide , /. /'//. v. Cg$.
Hi Soraftis habcnt arces , fiaviniaqué arva.
La montagne de Soracle étoit confacrée à Apollon.
iid. L V. y86.
Sancîi cuflos Soraflis Apollo.
Silius Italiens , llv. VIII. v-, 451 j. dit la même
hofe.
i^uifacrum Phxbo Sora.Q:e fréquentant.
Au bas du mont Soracîc , fur les bords du Tibre ,
'élevoit un temple confacré à la déeffe Féronie ; ce
emple , & le culte de la déeffe , avoient été de tout
ems communs aux Sabins & aux latins ; les uns y
lloient offrir leurs voeux : les autres y étoient atti-
és par la foire célèbre qui s'y tenoit. Quelques Ro-
nains sV étant rendus , furent infultés par les Sa-
lins , qui les dépouillèrent de leur argent , & lesre-
inrent en captivité ; ce qui fit naître une guerre en-
re les deux peuples, dans la quatre-vingt douzième
innée de Rome»
Le nom moderne , félon Léander , efl monte di
?. S'Uvefiro , & par corruption , monte S. Trefto. Cet-
:e montagne a été ainfi appeiiée à caufe du pape Sil-
/•eflre , qui s'y retira duranc la perfécution exercée
:ontre les chrétiens ; au fommct de cette montagne ^
jui efl: d'un accès très-difîicile , efl un bourg de mè-
ne nom , & tout proche il y a un monaflere qu'on
lit avoir été bâti en l'honneur de S. Silveflre , par
Carloman, frère de Pépin , & chef des François ,
ivant qu'il fe fût retiré au monaflere du mont Cafîln.
[1 y en a qui difent que le temple & le petit bois con-
facré à Apollon , étoient dans l'endroit où l'on voit
îujourdhui lemonaftere.
Le montSoracle étoit à vingt-fix milles de Rome ,
?ntre le Tibre &: la voie Flaminienne ; c'eff-là que
les Hirpes , c'eft-à-dlre certaines familles du pays ,
marchoient impunément fur des charbons ardens ,
après s'être frottés d'un certain onguent la plante des
pies , au rapport de Varron & de Pline. (O. /.)
SORADÉEN, VERS, {Poifie anc.) on nommoit
vers j'oradcens du tems de Qiiinfilien , des vers licen-
cieux, faits pour gâter le cœur & l'efprit. On les ap-
pelloit ainfi , du nom de leur auteur Sorades , poëte
d'Alexandrie , qui s'étoit diffingué en ce genre. Ses
vers foradéens étoient compofés ou d'iambes , ou de
trochées , ou de daftyles , ou d'anapefles. (Z>. 7.)
SORAIRE , adj. {Soine.) il fe dit de deux fîls en-
vergés qui fe trouvent enfemble fur la même verge
ou cannes , parce que l'intermédiaire qui les féparoit
s'cfl caffé.
SORAME , LA , ( Géog. mod. ) rivière de l'Amé-
rique , dans la Terre-ferme , à douze lieues de celle
<le Surinam. Les Indiens qui habitent fur {qs bords,
font caraïbes. (^D. /.)
SORANUS , {^Mythobg.^ furnom que les Sabins
donnoient au dieu de la mort. Le mot Sora en leur
langue fignifîoit cercueil.
SORATOF ou SARATOF , ( Géog. moderne. )
ville de l'empire Rufîien,dans le royaume d'Aflracan,
fur un bras du Volga, au penchant d'une montagne,
avec un fauxbourg qui s'étend le long de la rivière.
Les maifons de cette ville , & même la plupart des
S O R
églifes , font de bois. Longitude Gy. lé. ïatlt. 6z. ii-;
SORAW , ( Géog. mod. ) ville d'Allemagne , dans
la haute Saxe, fur les confins de la Siléfie ^ capitale
du marquifat de Luface,près du Bober, à z lieues ait
nord-efl de Sagan , & à 7 fud de Croffen. Long. 32-,
ii. latit. 6t. 2,7^
Neander (Michel), un des jslus célèbres littéra-
teurs allemands du xvj. fiecle,naquità5orav^cn 1525^
& mourut à Isfeldl'an 1595, âgé de 70 ans. Entre fes
principaux ouvrages qu'il a publiésjje nomme i", les
erotemata linguœgracce^Bafîlœa i^^3&i565 in-€^. L.a
préface qu'il a mife à la tète de la féconde édition, efl
une differtation fur les bibliothèques anciennes, oîii{
parle des livres qui font perdus,& fur les bibliothèque*
defbn tems les mieux fournies en manufcritsgrecs.2'^i
Linguœ hebreœerotemata.,BaJil: 1 5 5 6,in-8'^. & plufieurs
autres fois. La préface de cet ouvrage traite , com-
me la précédente, de la langue hébraïque en général^
des ouvrages & des favans les plus célèbres dans les
langues orientales. 3°. Opus aureum & jcholafùcum^
Lipfice. 1575, in-8'^. Ce recueil contient le poëme de
Coiuthus de Lycoplis fur l'enlèvement d'Hélène, ce-
lui de Thryphiodore d'Egypte, fur la ruine de Troie^
& trois livres de Quintus Calaber , ou Cointe le Ca-
labrois,fur le même fujet. 4°. Chronicon & hijîoria.
Ecclejice , Lipjice iSc)0 ,in-8°. 5°. Orbis terrce partiurn
Jimplex eniimeratio. Lipjîœ 1682. , iSSC , i68() &
iSc^y ^in-8°. Cet ouvrage affez curieux dans le tems
OLi il parut , ne l'efi plus pour nous.
Fabricius , MorhotF, Baillet , & finalement le P.
Niceron , ont beaucoup parlé de ce littérateur. Il ne
faut pas le confondre , comme ont fait quelques bi«
bliothécaires ^ avec le A''^^w</er (Michel) , phyficieri
& médecin, né à Souchimeflal , en i 5 29 ,& mort en
1^81. Ce dernier a donné entr'autres ouvrages une
fynopjîs mcnfurarum & ponderum., à Bafle, 1556, in-^?-.
SORBET , f. m. (Confit. & boiffon de'S Turcs.") celui
que les Turcs boivent ordinairement n°efl qu'une in-
fufion deraifms fecs, dans laquelle ils jettent une poi-
gnée de neige : cette boiffon ne Vaut pas la tifane
de l'hôtel-Dieu de Paris.
Tournefort raconte dans fes voyages ,' qu'étant
dans l'île de Creîe fur le mont Ida , il s'avifa de faire
du forbet pour rétablir fes forces épuifées des fatigues
qu'il avoit effuyées en grimpant cette montagne.
« Nous remplîmes , dit-il , nos taffcs d'une belle nei-
» ge eryftallifée à gros grains , & la dipofâmes par
» couche avec du fucre, fur lequel on verfoit enfuitô
» d'excellent vin , tout cela fefondoit promptement
y* en fecouant les taffes w. Ce forbet efl fans contre-
dit meilleur que celui des turcs ordinaires ; car ceux
qui font riches & rafinés font hnr forbet avec du fuc
de limon & de citrons confis au fucre , qu'on délaie
dans de l'eau glacée; ^\n(l\e forbet des turcs riches
efl: une compofition feche faite de citron, de fucre,
d'ambre , &c. Ils appellent auffi du même nom le:
breuvage que l'on fait de cette compofition battue
avec de l'eau; mais les pauvres gens ne boivent guère
de cette efpece de /o/'/'e/, (^D.J.)
SORBIER , f m. (////?. nat. Bot.) forbus , genre dé
plante qui diffère de ceux du poirier & de l'alifier
par la difpofition des feuilles ; elles naiffent par pai-
res dans le forbier comme celles du frêne. Tourne-,
fort , in/i. rei herb. Voye{ Plante.
Sorbier, voye^CoRNiER.
On diflingue communément deu:t efpeces de ce
genre de plante , \e forbier cultivé , & le forbier fiui-
vage. Le forbier on cornler cultivé ordinaire , efl Id
l'orbu^ fativa i I. R. H. (jjj , en anglois, t/ie comrnori
l'ervice-tree ; il a la racine longue , dure , grofle , li-
gncufe. Elle produit un arbre grand & branchu, dont
le tronc eft droit , couvert d'une écorce rude , ou un
peu raboteufe , pâle ; fou bois efl fort dur , compailj
rougeâtre.
368
S O R
Ses feuilles font oblongues , rangées pluficurs en-
fenible fur une cote comme celles du frcne , dente-
Iccs en leurs bords , velues , molles , verdâtres en-
dellus , blanchâtres cn-delïous, d'un goût acerbe 6i.
Ityptique.
Ses tlcurs font petites , blanches , jointes plufieurs
enteinble en tonne de grappes , portées lur de longs
pédicules , qui fortent d'entre les feuilles ; chacune
d'elles cil compofée de cinq feuilles diipolées en rofe.
Apres que ces fleurs font tombées, le calice devient
un fruit de la forme & de la grolfeur d'une petite
poire , dur , charnu , de couleur verdâtre , ou pâle
d'un côté , 6c rougeâtre de l'autre, rempli d'une chair
jaunâtre , d'un goiit trés-acerbe; ce fruit s'appelle en
latinyô/'^H/7;,en françois yèr^e oucorne.ll ne mûrit point
ordiniiirement fur l'arbre; on le cueille en automne,
& on le met lur de la paille , où il devient mou ,doux,
bon , &: allez agréable à manger ; il renferme dans
un follicule membraneux , quelques femenccs ou pé-
pins applatis. .
Cet arbre vient naturellement dans certaines con-
trées ; il aime les montagnes froides , 6c un terrein
pierreux ; on le cultive aulîi dans les vergers & les
vignobles, quoiqu'il croilfe très-lentement; il fleurit
en Avril 6c Mai , & fon fruit n'eft mûr qu'en Novem-
bre.
hçforticr ou cofnier (z\.\vs^Q,forbusfylvcJîrls^ C.
B. P. 41S. Raii, hiji. 1 437 , foibus aucuparia , I. R. H,
6j 4 , en anglois , tkc wild-J'urvicc , elî un arbre de
grandeur médiocre; fon tronc eft droit, branchu ,
couvert d'une écorce brune, rougeâtre, fous laquelle
il s'en trouve une autre qui ell jaune , d'une odeur
puante , & d'un goût amer. Ses feuilles font plus
pointues que celles ànforbicr cultivé, fermes , lif-
les, fans poil , & varient beaucoup fiiivant les lieux.
Ses fleurs fgnt petites , blanches , odorantes , at-
tachées plufieurs enlemble , en manière d'ombelle ;
il leur fucccde des fruits femblables aux baies de l'o-
liv'ier , d'un jaune mêlé de vermillon, d'un goût acer-
be & déiagréable , mais dont les merles & les grives
font fort friands , d'où vient que les oifeleurs s'en fer-
vent comme d'appât pour prendre ces oifeaux au fi-
let ou autrement. ( Z). /. )
Sorbier ou Cornier , (^D'ute & Mat. méd. ) le
fruit de cet arbre elf du nombre de ceux dont les
hommes le nourriffent, & qui poffedent en même
tems des vertus véritablement médicamenteufes. La
forbc ou corne a, comme aliment & comme remède,
la plus partaite analogie avec la cornouille & avec
la nèfle. ^oy£^ Cornouille , Nèfle, &ce qui eft
dit de l'ufage deS cornes à l'^mWe Cormier,/!///,
nat. ( ^ )
SORBONNE , f f. (HiJl. mod.) collège de théolo-
^e , fameux dans l'univerfité de Paris , & qui tire
Ion nom de Robert de Sorbon fon fondateur. Celui-
ci, qui étoit confefieur 6c aumônier du roi S. Louis ,
ayant formé, 1156, le deflein d'établir un collège
en faveur de 16 pauvres étudians en théologie , 4 de
chaque nation de l'univerfité , le roi donna à ce col-
lège pUilicurs maifons qui étoient de fon domaine
dans la rue Coupe-gueule , vis-à-vis le palais des
Thermes, & au moyen de quelques échanges de ren-
tes , Robert de Sorbon fit bâtir dans cet emplacemnt
ce collège pour 16 écoliers 6c un provifeur , c'efl-
à-dire , un principal ou liipérieur. On les appelloit
les pauvres dz Sorbonnc. , & leur maifon la pauvre. Sor-
bonne , pauper Sorbonna. Mais par la fuite elle s'en-
richit , 6c de collège defliné à loger des étudians, elle
devint une fociété particulière dans la faculté de
théologie de Paris , & une retraite pour un certain
nombre de dodfeurs 6c de bacheliers de cette mai-
fon. Cependant elle s'étoit toujours maintenue dans
ion ancienne finiplicité , jufqu'au tems que le cardi-
S O R
nal de Richelieu la fît rebâtir avec une magnificence,
qui leule leroit capable d'immortaliler fon nom : ce
qu'on y admire le plus c'efl: l'égliie dans laquelle tfl:
le maufolée de ce cardinal. Trois grands corps de lo-
gis comprennent , outre la bibliothèque , la lalle des
aft es , la ialle à manger , les cuilines , t^c. trente-fix
appartemens pour les dodfeurs 6c bacheliers de la
maifon , 6l ces appartemens font donnés à l'ancien-
neté. Pour être admis dans cette maifon , des qu'on
a été reçu bachelier en théologie , il faut profefler
un cours de philolbphie dans quelque collège de l'u-
niverfité , cependant on poflule, ou, comme on dit,
on fupplle pour être aggrégé à la maifon & fociété ,
6c l'on fouticnt un a£te que l'on appelle /^o^ern'/7c,
du nom du fondateur , ce que les bacheliers font or-
dinairement avant que d'entrer en licence. De ceux
qui lont de la maifon , on en diflingue de deux lor-
tes ; les uns font de Xàjocïai , 6c ont droit de demeu-
rer en Sorbonne , & de donner leur fuffrage dans les
affemblées delà maifon, les autres font de V ho fp'u alité ^
c'efl:-à-dire , aggrégés à la maifon fans être de la fo-
ciété. On les appelle ordinairement docteurs licenciés
ou bacheliers de la maifon 6c fociété de Sorbonne.
Mais leur véritable titre, 6c celui qu'ils prennent dans
les aftes de la faculté,eli do£leurslicentiés 6c bache-
liers de la faculté de théologie de Paris, de la maifon
6c fociété de Sorbonne ; ce qu'on exprime en latin par
doclor , licentiatus , ou baccalaiireus theologus facrcefa-
cuhatis P arijienjîs , focius Sorbonicus. On donne aullî
communément aux autres doéteurs de la faculté
le titre de docteur de Sorbonne ; & bien des gens
en prennent occafion de penler que la maifon de Sor-
bonne a quelque fupériorité dans la faculté de théolo-
gie de Paris. Cette maifon refpeâ:able par les hom-
mes célèbres qu'elle a produits , par les favans qui la
compofent , & par ceux qu'elle forme encore tous
les jours, n'efl après tout qu'une fociété particulière,
comme plulieurs autres, ôcfurtout celle de Navarre,
qui compofent le corps de la faculté de théologie
avec une autorité & des fon£f ions parfaitement égales
dans les affemblées , & les autres a£lcs de faculté. Il
eff vrai encore que les aflémblées foit ordinaires, foit
extraordinaires de la faculté fe tiennent dans la gran-
de falle de Sorbonne; mais èet ufage ne tire point à
conféqucnce , parce qu'elle s'afTembloit autrefois aux
mathurins, & qu'elle pevit encore s'afTembler dans
telle maifon de ion corps qu'elle juge à-propos.
Il y a proche de la Sorbonne des écoles extérieu-
rieurs, où fix profelTeurs , dont quatre font entrete-
nus par le roi , 6c deux ont été fondés par des parti-
culiers , font des leçons réglées de théologie. Ces
chaires font toujours remplies par des fujets de la
maifon àa Sorbonne, laquelle nomme auffià plufieurs
autres places , comme à celle de grand-maître du col-
lège Mazarin , dont les chaires de philofophie , ainfî
que celles du collège du Pleffis , font toujours don-
nées à des membres de la maifon & fociété de Sor-
bonne. Le premier fupérieur de la maifon fe nomme
provifeur ; 6c dans l'intérieur , l'autorité , c'efl-à-dire,
le maintien des réglemcns 6c du bon ordre, appar-
tient au chef des dodeurs , qu'on nomme fenieur de
Sorbonne, 6c au chef des bacheliers en licence, qu'on
appelle prieur de Sorbonne. f^oye^ Prieur & Se-
NIEUR.
Pour ce qui concerne la bibliothèque de cette mai-
fon. FoyeilQmot BIBLIOTHEQUE.
SORCELLERIE , f f {Magie.') opération magi-
que , honteufe ou ridicule, attribuée flupidement par
la fuperflition , à l'invocation 6c au pouvoir des dé-
mons.
On n'entendit jamais parler de fortilegcs & de ma-
léfices que dans les pays 6c les tems d'ignorance.
C'efl pour cela que la forcellerie régnoit fi fort parmi
nous dans le xiij. & xiv. fiecles. Les enfansde Philip-
pe
s O R
S O R
e îe Bel , dit M. de Voltaire , firent alors entre eux
ne afîbciation par écrit, ôc le promirent un Ibcours
iiituel contre ceux qui voudroient les faire périr par
: iecours de XàfondUrie. On brûla par arrêt du par-
;nient une lorciere qui avoit fabriqué avec le diable
Il avle en faveur de Robert d'Artois. La maladie de
harles VI. fut attribué à un fortilege , ôc on fit venir
1 magicien pour le guérir.
On vit à Londres la ducheffe de Glocefter accu-
e d'avoir attenté à la vie d'Henri VL par des for-
leges. Une malheurcufe devinerefl'e., & un prêtre
nbécille ou (célerat qui le difoit forcier , furent brù-
s vifs pour cette prétendue conlpiration. La du-
icflé fut heureufe de n'être condamnée qu'à faire
le amende honorable en chemife, &. à une prifon
npétuelle. L'efprit de lumière & de philofophie ,
.li a établi depuis l'on empire dans cette île florilîan-
' , en étoit alors bien éloioné.
La démence des fortileges fit des nouveaux pro-
■ès en France fous Catherine de Médicis ; c'éroit un
;s fruits de fa patrie tranfplantés dans ce royaume,
n a cette fameule médaille où cette reine eft repré-
ntée toute nue entre les conitellations ^Aries &
auras ^ le nom d'Ebullé Afmodée fur l'a tête, ayant
î dard dans une main , un cœur dans l'autre , &
tns l'exergue le nom d'Oxiel. On fit fubir la qucf-
on à Côme Ruggleri florentin, acculé d'avou- at-
nté par des fortileges à la vie de Charles IX. En
Do6 quantité de forciers furent condamnés dans le
•fiort du parlem.ent de Bordeaux. Le fameux curé
autréài brûlé à Aix en i6i i , avoit avoué qu'il étoit
ircier , & les juges l'avoient cru.
Enfin ce ne tut qu'à la raifon naiflante vers la fin
.1 dernier fiecle , qu'on dut la déclaration de Louis
.IV. qui défendit en id-jx , à tous les tribunaux de
m royaume d'admettre les fimples acculations de
>rcdUric ; 6l fi depuis il y a eu de tems-en-tems quel-
ues acculations de maléfices , les juges n'ont con-
anméles acculés que comme des prophanateurs,ou
Liand il eft arrivé que ces gens-là avoient employé
poifun.
On demandoit à la Peyrere, auteur des préadaml-
;s , mais qui d'ailleurs a compolé une bonne hiltoire
e GroenlanJe , pourquoi l'on parloit tant de for-
iers dans le nord qu'on fupplicioit ; c'ell , diloit-il ,
ai'ce que le bien de tous ces prétendus forciers que
un fait mour.r , eft en partie conlifqué au profit des
iges.
Pcrfonne n'ignore l'hiftoire de l'efclave affranchi
e l'ancienne Rome , qu'on acculoit d'être forcier ,
C qui par cette raiion fut appelle en juftice poiu* y
trc condamné parle peuple romain. La fertilité d'un
etit champ que fon maître lui avoit laifTé , & qu'il
ultivoit avec foin , avoit attiré fur lui l'envie de les
oifins. Sûr de fon innocence , fims être allarmé de
î citation de l'édile Curule qui l'avoit ajourné à
alTemblée du peuple , il s'y prelénta accompagné de
a fille ; c'étoit ime groffe payfanne bien nourrie &
>icn vctue , bene curatam & vcllUam : il conduifit à
'aflc mblée les bœufs gros & gras , une charrue bien
;quipée 5<: bien entretenue ,.& tous lés inftrumens
le labour en foit bon érat. Alors fe tournant vers lés
uges : Romains , dit-il, voilà mes lortileges, vcne-
ïciamea , quintes , hacfunt. Les fufFrages ne furent
)oint partagés ; il fut abfous d'une commune voix ,
k fut N engé de les ennemis par les éloges qu'il reçut.
' SORCIERS & SORCIERES , ( Kifl. anc. & mod.)
icmmes &: femmes qu'on prétend s'être livrés au
démon, & avoir fait un paéfe avec lui pour opérer
par fon fecours des prodiges & des maléfices.
Les payens ont reconnu qu'il y avoit des magi-
:lens ou enchanteurs nialfaifans ,qui par leur com-
merce avec les mauvais génies ne le propoloicat que
TorncXK
569
de nuire aux hommes, & les Grecs îes appelloient
^ot/Ay^ci.lIidonnoicnt à l'enchanteur le nom d'i-a«/-
cTa , au devin celui de ywamç. Par «papu^Htys ils défi-
gnoient celui qui fe lérvoit de poilons, & par >oaç,
celui qui trompoit les yeux par des preftiges. Les
Latins leur ont aufîî donné différens noms, comme
ceux d'empoifonneurs , vinenarii 6c venefui ^ parce
qu'en effet ils favoient préparer les poifons , & en
faifoient ufage : Thefialiens & Chaldéens, TluJ^ali
& Ckaldai , du nom des pays d'où fortolent ces ma-
giciens :généthliaques& mathématiciens , genethliaci
& rnaihematiii^ parce qu'ils tiroient des horofcopes ,
&em.ployoient le calculpour prédire l'avenirrdevins,
augures, arulpices, &c. arioli, augures^ amj'pkes , &c»
des differcns genres de divination auxquels ils s'a-
donnoient. Ils appelloient les magiciennes lamies ,
lumiœ^ du nom d'une nymphe cruelle & forcenée ,
qu'on feignoit dévorer tous les enfans.-yào'^F, terme
qui dans l'origine fignifioit une perfonne prévoyante,
mais qui devint enluite odieux, & affecté aux femmes
qui faifoient profefTion de prédire l'avenir : flriges ,
qui veut dire proprement des olfeaux nofturnes &£
de mauvais augure , nom qu'on appliquoit par méta-
phore aux magiciennes , qui , difoit-on, ne faifoient
leurs enchantemens que pendant la mût. On les
trouve encore appellées dans les auteurs de la bonne
latinité veracriceSy veraculcc^Jiniulatriccs^ficlrlces. Dans
les loix des Lombards elles font nommées mafcce , à
caufe de leur figure hideufe & femblable à des niaf-
ques , dit Delrio. Enfin on trouve dans Hlncmar , &c
depuis fréquemment dans les auteurs qui ont traité
de la magie, les mots fortiarii &C Joruarix ^ que nous
avons rendus par ceux de forciers & deforcieres.
Les anciens ne paroillent pas avoir révoqué en
doute l'exiftence des foràurs , m regarde leurs malé-
fices comme de fimples preltiges. Si l'on ne conlul-
toit que les poètes , on admettroit fans examen cetre
multitude d'enchantcmens opérés par les Circés , les
Médées , & autres femblables prodiges par lefquels
ils ont prétendu répandre du merveilleux dans leurs
ouvrages. Mais il paroit difficile de recufcr le témoi-
gnage de plufieurs hiftoriens d'ailleurs véridiques,
de Tacite , de Suétone , d'Ammien MarceUin ,
qu'on n'accufera pas d'avoir adopté aveuglément, &
faute de bon fens , ce qu'ils racontent des opérations
magiques. D'ailleurs pourquoi tant de lois féveres
de la part du lénat & des empereurs contre les ma-'
giciens , fi ce n'eullent été que des impofteurs & des
charlatans propres tout au^lus à duper la multitude,
mais incapables de caufer aucun mal réel &C phy fiqueï
Si des fauflés religions nous paflbns à la véritable,
nous trouverons qu'elle étaWit folidement l'exitlen-
ce des forciers ou magiciens , foit par des fiiits incon-
teftables , foit par les règles de conduite qu'elle
prefcrit à lés feéfateurs. Les magiciens de Pharaom
opérèrent des prodiges qu'on n'attribuera jamais aux
feules forces de la nature , & qui n'étoient pas non
plus l'effet de la divinité , puifqu'ils avoient pour
but d'en combattre les miracles. Je n'ignore pas que
ces prodiges font réduits par quelques modernes au
rang des preftiges ; mais outre que ce n'eft pas le
fentlment le plus fuivi, conçoit-on bien clairement
qu'il foit du reiîoft de la nature de fafciner les yeux
de tout un peuple, de le tromper longtems par de
fim-ples apparences, de lui faire croire que des fpec-
très d'air ou de fumée l'ont des animaux & des repti-
les qui fe meuvent? Si ce n'eulVent été que des tiuirs
de charlatan, qui eût empêché Moïfe fi inÛruit do la
fcience des Egyptiens , d'en découx'rir l'artifice X
Pharaon, à la cour, à Ion peuple, &C en les détrom-
pant ainfi, de confirmer fes propres miracles ? Pour-»
quoi cût-ll été obligé de recourir à de plus grande*
merveilles que celles qu'il avoit opérées )ulquc-là,
& que les magiciens ne purent enfin im'tcr ? PrelU-f
370
S O R*
gcs pour preftiges , la produaion des moucherons
phantalliques ne leur eut pas du coûter davantage
que celle des fcrpens ou de orenouilles imaginaires.
Dans le livre de Job, iatan demande ;\ Dieu que ce
lalnt homme Toit frappé dans tous ies biens, &: Dieu
les hii livre , en lui détendant feulement d'attenter à
fa vie ; les troupeaux font enlevés , fes enfans cnie-
velis fous les ruines d'une maii'on ; lui-même enfin (e
trouve couvert d'ulcères depuis la plante des piés
jufqu'au fommct de la tête. L'hiftoire de l'évocation
de l'ombre de Samuel foite par la pythonilfe , 6c
rapportée au xxviij. chap. dufccond livre des Rois , ce
que l'Ecriture dit ailleurs des faux prophètes d'Achab
& de l'oracle , de Bcelzebuth à Accaron : tous ces
traits réunis prouvent qu'il y avoit des magiciens &
des Jhrcicrs , c'eft - à - dire des hommes qui avoient
commerce avec les démons.
On n'infère pas moins clairement la même vérité
des ordres réitérés que Dieu donne contre les ma-
giciens &Z contre ceux qui les confultent : Vous ferez
mourir, dit-il, ceux qui font des maiéfices ; malejicos
non patieris vivcrc , Exod. xxij. v. i8. Même arrêt de
mort contre ceux qui confultoient les magiciens &
les devins : anima quœ dcclinaverit ad magos 6' ariolos
& forràcatà fuaii cum illis . . . inurficiam illam de me-
iiiopopuli mei. Levitic xx. v. G. Qu'il n'y ait perfonne
parmi vous , dit-il encore à fon peuple , qui faffe des
maléfices, qui foit enchanteur , ou qui confuheceux
qui ont des pythons ou efprits , & les devins ^ ou qui
interroge les morts fur des chofes cachées : nec inve-
niatur in te maUficus , nec incantator , ncc qui pythones
conjulat y nec divinos , aut qucerat à mortuis veritatern ,
Deiiteron. xviij. v. lo : précautions & févérités qui
euffent été injuftes & ridicules contre de fimples
charlatans , & qui fuppofent néceffairemcnt un com-
merce réel entre certains hommes & les démons.
La loi nouvelle n'eft pas moins précife fur ce point
que l'ancienne ; tant d'énergumenes guéris par J. C.
& fes apôtres , Simon & Elymas tous deux magi-
ciens , la pythie dont il ell: parlé dans les ades des
apôtres , enfin tant de faits relatifs à la magie atteftés
par les pères , ou atteflés par les écrivains eccléliaf-
tiques les plus rcfpeftables , les décifions des con-
ciles , les ordonnances de nos rois, & entr'autres de
Charles VIII. en 1490, de Charles IX. en 1560, &
de Louis XIV. en i68x. Les Jurifconfuhes ôi les
Théologiens s'accordent aufTi à admettre l'exiftence
des fonicrs ; & fans citer fur ce point nos théolo-
giens , nous nous contenterons de remarquer que les
hommes les plus célèbres que l'Angleterre ait pro-
duits depuis un liecle , c'eft-à-dire , M". Barrow, Til-
lotfon , Stillingfleet , Jenkin , Prideaux , Clarke ,
Loke , Voiïius , &c. ce dernier furtout remarque que
ceux qui nefauroient fe perfuader que les efprits en-
tretiennent aucun commerce avec les hommes , ou
n'ont lulesfaintes Ecritures que fort négligemment,
ou , quoiqu'ils fe déguifent , en mépriientl'autorhé..
« Non poff'uni in animum inducere ulla e^fe in fpiritibus
»> commercia cum homine . . . fed deprelundi eos vel ad-
»> mcdùm negUgenter legijj'efacras licieras, vel utcumque
» diffimularent , Scripiurarum auloritatem parvifacere.
Vofl. epilïol. ad.
En effet dans cette matière tout dépend de ca
point décifif ; des qu'on admet les faits énoncés danp
les Ecritures , on admet aufTi d'autres faits femblables
qui arrivent de tems en tems : faits extraordinaires ,
furnaturels , mais dont le furnaturel efl accompagné
de caractères qui dénotent que Dieu n'en eft pas l'au-
teur , & qu'ils arrivent par l'intervention du démon.
Mais comme après une pareille autorité il feroitin-
fenfé de ne pas croire que quelquefois les démons
entretiennent avec les hommes de ces commerces
qu'on nomme magie; il feroit imprudent de fe livrer
k une imagination vive ÔC tout-à-la-fois foible , qui
S O R
ne voit par-tout que méléfices, que lutins , que phan-
tômes 6i ç\\\i: Jlrciers. Ajouter toi trop légèrement à
tout ce qu'on raconte en ce genre , & rejetter abfo-
lument tout ce qu'on en dit,ibnt deux extrêmes éga-
lement dangereux. Examiner & peler les faits, avant
que d'y accorder fa confiance , c'eu le milieu qu'in-
dique la raiion.
Nous ajouterons même avec le P. Malebranche ,
qu'on ne fauroit être trop en garde contre les rêve-
ries des démonographes^ qui fous prétexte de prou*
ver ce qui a rapport à leur but , adoptent & entaffcnt
fans examen tout ce qu'ils ont vu, lu , ou entendu.
« Je ne doute point , continue le même auteur,
» qu'il ne puiffe y avoir di:s forciers , des charmes ^
» des lortileges , &c. & que le démon n'exerce
» quelquefois fa malice fur les hommes , par la per-
» mif^.îon de Dieu. C'ell fiiire trop d'honneur au
» diable , que de rapporter ferieufement des hiftoi-
» res , comme des marques de fa puilTance , ainfî
» que font quel()ues nouveaux demonographes ',
» puifquc ces hifioires le rendent redoutable aux
» efprits foibles. Il faut méprifcr les démons , com-
» me on méprife les bourreaux , car c'ell devant
» Dieu feul qu'il faut trembler. * . . quand on mé*
» prife ies lois & Ion évangile.
» Il s'enluit de-là , ( &C c'efl toujours la doftrine
» du P. Malebranche ) , que les vraisjorciers font aufîi
» rares , que les fonicrs par imagination font com-
» muns. Dans les lieux où l'on brûle les forciers , on
» ne voit autre chofe , parce que dans les lieux oix
» on les condamne au feu , on croit véritablement
» qu'ils le font , & cette croyance fe fortifie par les
» difcours qu'on en tient. Que l'on ceffe de les pu-
» nir, 6c qu'on les traite comme des fous , & l'on
» verra qu'avec le tems ils ne feront plus forciers ,
>v parce que ceux qui ne le font que par imagina-
« tion , qui font certainement le plus grand nom-
» bre, deviendront comme les autres hommes.
» Il eft fans doute que les vr^is forciers méritent
» la mort , & que ceux même qui ne le font que par
» imagination , ne doivent pas être regardés comme
» innocens , puifque pour l'ordinaire , ces derniers
» ne font tels, que parce qu'ils font dans la difpofi-
» tion du cœur d'aller au fabbat , & qu'ils fe font
» frottés de quelque drogue pour venir à bout de
» leur malheureux delTein. Mais en punifTant indiffé-
n remment tous ces criminels , la perfuafion com-
» m une fe fortifie ; les forciers par imagination fe
» multiplient , & ainfi une infinité de gens fe perdent
» & fe damnent. C'eft donc avec raifon que plu-
» fieurs parlemens ne punifTant point les forciers» ;
( il faut ajouter précilement comme forciers , mais
comme empoifonneurs , & convaincus de maléfi-
ces , ou chargés d'autres crimes , par exemple , de
faire périr des befliaux par des fecrets naturels. )
« Il s'en trouve beaucoup moins dans les terres de
» leur relTort, & l'envie , la haine , & la malice des
» méchans ne peuvent fe fervir de ce prétexte pour
» accabler les innocens. » Recherch, de la vérité , liv,
///. chap. vj.
Il eft en effet étonnant qu'on trouve dans certains
démonographes une crédulité fi aveugle fur le grand
nombre des Jbrciers, après qu'eux-mêmes ont rap-
porté des faits qui devroient leur infpirer plus de
referve. Tel eft celui que rapporte en latin Delrio ,
d'apix^s Monftrelet ; mais que nous tranfcrirons dans
le vieux ftyle de cet auteur , 6c qui fervira à confir-
mer ce que dit le P. Malebranche , que l'accufation
de forcèllerie eft fouvent un prétexte pour accabler
les innocens.
« En cette année ( 14)9 ) , dit Monftrelet, en la
» la ville d'Arras ou pays d'Artois , advint un terri-
»» ble cas & pitoyable , que l'en nommoit vaudoifie,
>> ne fai pourquoi : mais l'en difoit que c'étoicnt au-
s O R
»* cuneS gens , hommes & femmes , C[m de miît fe
» franfportoient par vertu du diable, des places où
>. ils ctoient, Se l'oudaincmcnt fe trouvoient en au-
» cuns lieux arrière de gens , es bois , ou es déferts,
» ih oii ils fe trouvoient en très-grand nom.bre hom-
y> mes & femmes , & trouvoient illec un diable en
V forme d'homme , duquel ils ne vcficnt jamais le
» vlfa^e ; & ce diable leur liibit ou difoiî les com-
» mandcmens & ordonnances , & comment & par
» oucUe manière ils le dévoient avrer & fervir ,
» tni'S faifoit par chacun d'eux baifer fon derrière ,
» & puis il bailloit à chacun un peu d'argent, &: û-
» nalement leur adminiilroit vins 6c viandes en grand
» larçefîe, dont il fe repaiilbient ; & puis tout-à-
» coup chacun prenoit fa chacune , &: en ce point
V s'eftaindoit la lumière , & connoifibient l'un l'au-
» tre charnellement , &C ce fait tout foudainement
» fe retrouvoit chacun en fa place dont ils étoient
» partis premièrement. Pour cette foUe furent prins
» & emprifonnés , plufieurs notables gens de ladite
» ville d'Arras , & autres moindres gens , femmes
» folieufes & autres , & furent tellement gehinés ,
» & fi terriblement tourmentes, que les uns con-
» fefferent le cas leur être tout ainfi advenu , com-
» me dit eft ; & outre plus confefferent avoir veu
» & cooneu en leur affemblée pluiisurs gens nova-
« blés, prélats, feigneurs & autres gouverneurs de
» bailliages & de villes : voire tels , félon commune
» renommée , que les examinateurs & les juges leur
» nommoient & mettoient en bouche : fi que par
» force de peines & de tormens ils les accufoient &
» difbient que voirement ils les y avoient veus ; &
» les aucuns ainfi nommés , étoient tantôt après
M prins & emprifonnés & mis à torture , & tant &
» fi très-longuement, & par tant de fois queconfef-
» fer le leur convenoit ; & furent ceux-ci qui étoient
» des moindres gens , exécutes & brûlés inhumaine-
» ment. Aucuns autres plus riches & plus puifTans fe
» rachepterent par force d'argent , pour éviter les
» peines &; les hontes que l'on leur faifoit ;& de tels
» y eut des plus grans , qui fiirent pref chés & féduits
M par les examinateurs , qui leur donnoient à enten-
» dre , & leur promettoient s'ils confefToient le cas ,
« qu'ils ne perdroient ne corps ne biens. Tels y eût
» qui fouJiVirent en merveilleux patience & conl-
» tance , les peines & les tormens ; mais ne voulu-
» rent rien confefler à leur préjudice , trop bien
» donnèrent argent largement aux juges , & à ceux
» qui les pouvoient relever de leurs peines. Autres
M y eut qui fe abfenterent & vuiderent du pays, &
» prouvèrent leur innocence , fi qu'ils en demoure-
» rent paifibles, & ne fait ni à faire ce que plufieurs
M gens de bien cogneurent affez, que cette manière
» d'accufation , fut une chofe controuvée par aucu-
» nés mauvaifes perfonnes , pour grever & déftruire ,
» ou deshonorer , ou par ardeur de convoitife , au-
» cunes notables perfonnes , que ceux hayoient de
>» vieille haine , & que malicieufement ils feirent
» prendre mefchantes gens tous premièrement, aux-
» quels ils faifoient par force de peines & de tor-
» mens , nommer aucuns notables gens tels que
H l'en leur mettoit à la bouche , lefquelsainfi accufez
» étoient prins & tormentez , comme dit efl. Qui fût
» pour veoir au jugement de toutes gens de bien ,
» une chofe moult perverfe &C inhumaine , au grand
» deshonneur de ceux qui en furent notez, 6c au
w très -grand péril des âmes de ceux qui par tels
» moyens vouloient deshonnorer gens de bien ».
Monftrclet , j'^ vol. des chroniques , foL ^4. édit, de
Paris iSyx, in-fol.
On renouvella ces procédures dans la même ville
& avec les mêmes iniquités , au bout d'environ 30
ans ; mais le parlcmennt de Paris rendit juflice aux
Tome Xr.
S O R
371
parties , par l'abfolution des accufés , & par k con-
damnation des juges.
Malgré des exemples fi frappans j on étoit encore
fort crédule en France fur l'article des forciers dans
le f.eclc fiiivant.
En I 571 , un forcier nommé Trois-Echelks , fut-
exécuté en grève, pour avoir eu commerce aved
les mauvais démons , & accufa douze cens oerfon-
nes du même crime , dit Mézerai , qui trouve ce
nombre de doUze cens bien fort; car, ajoute-t-il , un
auteur le rapporte ainfi , « je ne fai s'il le faut croire ,
» car ceux qui fe font une fois rempli l'imaoination
» de ces creufes & noires fantaifies , croyent oue
» tout efl plein de diables & àtforciers. » L'auteur
que Mézerai ne nomme point , mais qu'il défiene
pour un démonographe, c'efiBodin. Or Bodin dans
fà démonomanie , liv. IV. chap. j. dit oue « Trois-
» Echelles fe voyant convaincu de plufieurs acles
» impofîibles à la puifîance humaine , & ne pouvant
» donner raifon apparente de ce qu'il faifoit, con-
» feffa que tout cela fe faifoit à l'aide de fatan , &:
» lupplia le roi (Charles 1%. ) lui pardonner, &
>> qu'il en défereroit une infinité. Le roi lui donna
» grâce , à charge de révéler fes compagnons &
» fes complices , ce qu'il fît , & en nomma ua
M grand nombre par nom & furnom qu'il connoiffoit ^
>» &: pour vérifier fon dire , quant à ceux qu'il avoit
» vus aux fabbats , il difoit qu'ils étoient marqués
» comme de la patte ou pifle d'un lièvre qui étoit
» infenfible, enforte que les forciers ne fentent point
» les pointures quand on les perce jufqu'aux os , au
» Heu de la marque. Il ajoute encore , que Trois
» Echelles dit au roi Charles IX. qu'il y avoit okis
» de trois cens m'ûle forciers en France », nombre
beaucoup plus prodigieux que celui qui étonnoît
Mézerai. Il y a apparence que Trois-Echelles étoit
réellement/i^rt-^r , &que la plupart de ceux qu'il ac-
cufa , ou ne l'étoienî que par imagination , ou ne l'é-
toient point du tout. Quoi qu'il en fbit , Trois-Echel-
les profita mal de la grâce que lui avoit accordée le
roi , & retomba dans fes premiers crimes, puifqu'il
fut fupplicié. Quant aux autres, continue Bodin, «la
» pourfuite & délation fut fupprimée , foit par fa-
» veur ou concufTion , ou pour couvrir la honte de
» quelques-uns qui étoient, peut-être, de la partie,
» 6c qu'on n'eût jamais penfé , foit pour le nombre
» qui fe trouva, 6c le délateur échappa » ; mais ce
ne fut pas, comme on voit , pour long-tems. Bodin ,
dit M. Bayle, de qui nous empruntons ceci , veur
faire pafTer pour un grand défordre cette conduite ,
qui au fbnds étoit fort louable, car la fupprefTioa
des procédures fondées fur la délation d'un pareil
fcélérat , fait voir qu'il y avoit encore de bons ref-
tes de juflice dans le royaume. Elles eufîént ramené
les maux qui furent commis dans Arras au quinzième
flecle; Bayle , reponfe aux qiuflions d'un provinc. chap, '
Lf^. Go^ de redit, de ly^J. in-fol.
Sous le fuccefîeur de Charles IX , on n'étoit pas
moins en garde contre rexceffive crédulité fur ce
point , comme il paroît par ce récit de Pigray , chi-
rurgien d'Henri III. 6c témoin oculaire du fait qu'il
rapporte. La cour de parlement de Paris s'étant ,
« dit-il, réfugiée à Tours en 1589 , nomma MM.
>» le Roi, Falaifeau , Renard, médecins du roi, &
» moi, pour voir&vifiter quatorze, tant hommes
» que femmes , qui étoient appellmtes de la mort ,
» pour être acculées de forcellerie : la vifitation fut
» faite par nous en la préfence de deux confeillers
» de ladite cour. Nous vîmes les rapports qui avoit
» été faits, fur lefqucls avoit été fondé leur juge-
» ment par le premier juge : je ne (ai pas la capacité
>» ni la fidélité de ceux qui avoient rapporté , mais
» nous ne trouvâmes rien de ce qu'ils difbient , en-
A a a ij
37i
S O R
» tre autres choies qu'il y avolt certaines places
» liir eux du tout inlcnribles : nous les vilitames tort
>» diligemment, IcUis rien oublier de tout ce qui y
» çl\ requis , les tail'ant dépouiller tous nuds : ils fu-
» rent piques en pluliours endroits , mais ils avoient
w le i'entiment tort ai^u. Nous les Interrogeâmes i'ur
» plulieiirs points , comme on fait les mélancoli-
» qucs ; nous n'y reconnûmes que de pauvres gens
■ » ihipides , les ims qui ne le ibucioient de mourir ,
» les autres qui le dcfiroient: notre avis fut ds leur
» bailler plutôt de l'ellébore pour les purger , qu'au-
» tre remède pour les punir. La cour les renvoya
» fuivant notre rapport ». Pigrr.y, chjrur, Uv. y il.
chap. X. p. 4-^S.
Cependant ces accufations fréquentes de forcelle-
rie , jointes i\ la créance qu'on donnoit à l'aftrologie
judiciaire & autres femblables fuperftitions fous le
règne des derniers Valois , avoient tellement enra-
ciné le préjugé , qu'il exiile un grand nombre de
wûsforckrs , que dans le fiecle luivant on trouve
encore des traces allez fortes de cette opinion. En
1 609 , Fiiefac dodeur de forbonne , fe plaignoit que
l'impunité dçs forciers en multiplioit le nombre à l'in-
fini. Il ne les compte plus par cent mille , ni par
trois cens mille, mais par millions: voici fes paro-
les. « Lepidi Plaïuus in trucuUnto ^ acl, I. fc.j.
Nam nunc Unonurn & fcorcorum plm ejlfere
Q^uam olim mujcarum & cinn calctur maxime.
Ei'tam magos , malcjicos , f^^as , hoc lemporc in orhe
Jirijîiano^ longe numéro Jupcrante omnesfornices &prof-
tibula , & ojficiojos ijlos qui komines inter Je convenus
fucere Jo/:nr, mmo negabit , niji eLUborojus cxijlat , 6*
nos qu'iJem tantam colluviem miramur & perhorrcjci-
nius. De idololai. mogic.foL yi.
La maréchale d'Ancre fut accufée de fcrtilege , &
Ton produlfit en preuve contre elle, de s'être Icrvie
d'images de cire qu'elle confervoit dans des cercueils ,
d'avoir fait venir des /ôrc/t;« prétendus religieux, dits
ambrofiens, de Nanci en Lorraine , pour l'aider dans
l'oblation d'un coq qu'elle faifoit pendant la nuit dans
l'églife des Auguftins & dans celle de S. Sulpice, &
enfin d'avoir eu chez elle trois livres de caract^eres ,
avec un autre petit caraftere & une boëte , où étoient
cinq rondeaux de velours , defquels caraderes, elle
&; ion mari ufoient pour dominer fur les volontés
des grands. <« On fe fouviendra avec étonnement ,
»> dit M. de Voltaire , dans fon effai fur le fiecle de
n Louis XIV. jufqu'à la dernière poftéritéj, que la
» maréchale d'Ancre fut brûlée en place de grève
» com m e /oAc/ere , & que le confeillerCourtin,inter-
»> rogeant cette femme infortunée, lui demanda de
» quel ibrtilegc elle s'étoit fervle pour gouverner
» l'efprit de Marie de Médicis : la maréchale luiré-
» pondit : je mefuisfervie du pouvoir quant les arms
M fortes fur les ejpritsfoibles^&c qu'enfin cette réponfe
» ne fervit qu'à précipiter l'arrêt de fa mort ».
Il en fut de môme dans l'affaire de ce fameux curé
de Loudun , Urbain Grandicr , condamné au feu
comme magicien , par une commifîion du confeil.
Ce prêtre etoit fans doute repréhenfible & pour les
mœurs & pour fes écrits ; mais l'hiftoire de Ion pro-
cès , & celle des diables de Loudun , ne prouvent en
lui aucun des traits , pour lefqucls on le déclara diic-
ment atteint & convaincu du crime de magie, malé-
fice & pofTefTion , & pour réparation defquels on le
condamna à être brûlé vif avec les pades & carade-
res magiques qu'on l'accufoit d'avoir employé.
En 1680, la Vigoureufe &c la Voifin , deux fem-
mes intriguantes qui fe donnoient pour devineref-
fes , & qui réellement étoient empoiionncuies , fu-
rent convaincues de crimes énormes & brûlées vi-
ves. Un grand nombre de perfonnes de la première
diOinction furent implic[uées dans leur affaire ; elles
S O Px.
ftommerent comme complices ou participantes de
leurs opérations nidgiques la duthelie de Bouillon,
la comteliede Soiiions 6c le duc de Luxembourg'
fans cloute, aiin de tacher d'obtenir grâce à la faveur
de protedions li puiliantes. La preTuiere brava les
juges dans ion interrogatoire , &c ne fut pas mile en
priion, maison l'obligea de s'ablenter pendant qucl-
cjuc tems. La comtefic deSoifions décrétée de prile
de corps , palla en Flandres. Pour le duc de Luxem-
bourg, acculé de commerce avec les magiciennes S{
les démons, il fut envoyé à laballille, mais élargi
bientôt après, 6c renvoyé ablous. Le vulgaire attri-
buoit à la magie ion habileté, dans l'arr de la guerre.
Si les perlonnes dont nous venons de parler euf-
fent pratique l'art des Jorciers , elles auroicnt fait une
e.vception , àce que dit le jurilconfulte Ayrault , qu'il
n'y a plus maintenant que des llupides , des paiyans
6i des ruitres qui ioienty^/-c«/i. On a raifon en effet
de s'étonner, que des hommes qu'on luppole avoir
commerce avec les démons 6c leur comiuander, ne
loient pasmieux partagés du côté des lumières de l'ef-
prit, 6c ucs biens de la fortune , & que le pouvoir
quils ont de nuire, ne s'étend jamais julqu'A leurs
actuiateurs 6c à leurs juges. Car on ne donne aucune
railon iatistailante de la celiation de ce pouvoir , des
qu'ils font entre les mains de la juftice. Delrio rap-
porte pourtant quelques exemples à^^foràires qui ont
lait du mal aux juges qui les condamnoient , 6c aux
bourreaux qui Ici exécutoient; mais ces faits font de
la nature de beaucoup d'aiures qu'il adopte, & fon
ieui témoignage n'elt pas une autorité fulfiiante pour
en perluader la certitude ou la vérité aies ledeurs.
SORCIERE, f. f. {Conchylwl. ) nom que les Bre-
tons donnent à une clpece do. jabot , qui ell: petite ô£
plate. Voye^Sk-QOT.
L'animal cpù habite ce coquillage efl très-petit,
& à fpirales applaties ; cet animal ell ombiliqué , &
tire iur la couleur cendrée , avec des taches brunes.
Sa chair ell reçue dans un fac brun foncé ; fa bouche
efl brune , {ç.s yeux font gros & noirs , {q.% cornes
lent de la même couleur & coupées dans leur largeur
par wwit ligne brune , ce qui les rend épailTes , 6c d'une
pointe fort camufe.
Trois particularités fe trouvent dans ce tcflacc ; la
première conlifle dans une petite languette charnue,
ferme , &; qui paroît lortir du fond de la poche. La
féconde efl une bafe charnue fiir laquelle il rampe.
Son opercule fait la troifieme différence ; il ell mince
&; brillant.
On fait de fort belles fleurs à l'abbaye de la Joie
(à aliènes du port de Lorient) avec du burgau &
des forcieres. (Z>. /.)
Sorcières de Tiiejfalie , (Mytholog.') la fable leur
donnoit le pouvoir d'attirer par des enchantemens
la lune fur la terre. Elles empruntoient leurs char-
mes des plantes venimeufes que leur pays fournifîoit
en abondance , depuis que Cerbère paffant par la
Theffalie lorfqu'Hercule l'emmenoit enchaîné au roi
de Micènes , avoit vomi fon venin fur toutes les her-
bes. Cette fable étoit fondée fur les plantes vénéneu-
fesou fur la beauté des femmes de Theffalie. (Z)./.)
SORDIDITE , f f. {Morale.) fubflantif énergique
dont notre langue devroit s'enrichir , & qui expri-
meroit très-bien une avarice bafle &C honteuf e : « fois
» économe , mais ne fois poinijordide , ce n'efl que
» pour te repofer le fbir , que tu dois , voyageur
» fenfé , profiter du matin de tes jours , t/ie braminc
» infpir''d »». {D. J.)
SORESSA , LAGO DELL A, {Géog. mod.') lac d'Ita-
lie, dan-, la campagne de Rome. Il s'étend dans les
marais Pomptins , entre le fleuve Sifto & la plage
romaine. Il a vers le nord un émiffoire, par lequel
il fe décharge dans le lac Crapolaccio , lequel fe perd
lui-même dans la mer. (£>. y. )
s O R
SORÉT , (CP/o"'. /720a,) petite provirtCê des îriJèS ,
dans ies états du Mogol. Elle touche vers le levant
au royaume de Giizarate , &c vers le ponant à la mer.
Elle ert peuplée , & la ville capitale s'appelle lan-
SORGHO , {Mût. méd. & d'ut. ) voyt^ MlL , gros ,
& r article FaRINE & FARINEUX.
SORGUE, ( Gio^,. mod. ) ville de France en Pro-
vence , dans le comtat Venaiffin , près du confluent
où iaSorgue , la Nelque & la Louvèfe fe jettent dans
le Rhône , à près de deux lieues d'Avignon. Long.
3.2. jo. latit. 43. 66. ( D. J.)
SoRGUE, ia , (^Géogr. mod.^ rivière de France
clans la Provence , au comtat Venaillin. Elle prend
lii iburce à la célèbre fontaine deVauclufe , à une
iieue de Gordes. Elle ie lépare en trois branches ,
<lont l'une le rend dans la Neique , la féconde fe joint
à la Louvèle , & la troifieme le jette dans le R.hône
au-deifous d'Avignon. (D. J.)
SORGUGE , 1". t. ( Ht/i. mod. ) c'eft ainfi que les
Turcs nomment une aigrette faite de plumes ,'ô^;or-
née de pierreries que l'on porte au turban. Lèful-
tan feul a le droit d'en porter trois. Les grands pa-
chas ou gouverneurs d'Egypte , de Babylone & de
Damas en portent une feule du coté gauche ; les offi-
ciers d'un moindre rang portent auiïi une aigrette,
mais elle eft toute limple.
SORI ou MONTi-SORI , ( Géog. mod. ) monta-
gnes de la Sicile dans le val Demona. Ce font les
montagnes que les anciens ont appellées Hcrm mon-
tes ou Junonïi montes. ( D. J. )
SORIA , ( Gcog, mod. ) ville d'Efpagne dans la
vieille Caftille , près de la fource du Duero , bâtie
en partie des ruines de l'ancienne Numance. Longit.
16. J 4. latit, 41. 4y. (D. J.)
SORIE-SEGOViANE, {Commerce de IrJm.) laine
d'agnelins qui vient de Ségovie , ville d'Elpagne. il
y en a de lavée & de non-lavée. Il vient auik desyo*
ries deMoline, de Caltiile, d'Aibarafin & de Navarre.
{D. J.)
SORISSAGE , f m, ( Commerce de hareng. ) façon
que l'on donne au hareng , en le fumant à un feu de
bois ou de charbon dans les lieux qu'on appelle rouf-
fables. Trévoux. {D. /. )
SORISTAi>J ou SOURIE , ( Géog. mod.) province
de la Turquie anatique fur le bord de la Méditerra-
née , entre la Caramanie , l'Arménie , le Diarbeck
& l'Arabie. Elle comprend la io^i-r/e-propre , la Phé-
nicie & la Paleftine. La capitale de la Sourie-^ïo^ro.
eft aujourd'hui Alep.
Le Sorijlan eft un pays fertile , &: qui le feroit bien
davantage s'il étoit en d'autres mains que celles des
Turcs , qui ne connoifl'ent ni le travail , ni l'agricul-
ture ; car cette région eft riche en pâturages & en
bétail \ elle eft arrofée de l'Euphrate , de l'Oronte &
autres rivières , &: elle eft fournie de bons ports de
mer. La langue des Souriens d'aujourd'hui eft Tara-
befque ou la morefque , qui eft la même ; les habi-
tans des villes marchandes fttuces fur les ports , y
parlent aufti un jargon italien , lans liaifon ni iyn-
laxe. {D. J.)
SORITE , f m. ( Logique. ) un argument des plus
captieux 6c des plus embarraffans eft celui que les
Latins nommçni fori tes , du grec/oroj, qui veut dire
\\n monceau. Cet argument eft compofé de plufieurs
propolitions , peu différentes les unes des autres , &
tellement enchaînées, qu'après avoir débuté parune
vérité fenfible & inconteftable , on paflé, comme de
proche en proche , à une conclulion évidemment
faulfe.
Pour éviter la furprife , il faut fur-tout prendre
garde que tout ce qui le dit de l'attribut fe dlfe aufti
du fujet. Qu'il n'y ait point d'anibiguité ni dans les
fermes , ni dans les propofitions, Qu'on n'infère
/ i
point de pfopolîîions négatives pà'fmî ïîe§ 'ai^ifîSàti^
ves. Que la propofition qui précède immédiatement
la conclufion ne foit point négative , à-moiiis que Ift
conclufion ne le foit aufti. Que la liaifon & la crâda=»
tion , qui doit être entre les propofitions ^ foit^jurte»
Enfin qu'il n'y ait dans le forite aucune propoutioii
particulière , fi ce n'eft peut-être la première. Telleà
l'ont en abrégé les judicieufes règles que Facclolati à
détaillées dans un difcours fur les argumens infolu*
blés ; on peut le confultcr. (Z>. /.)
SORLÏNGUES, LES , {Gcog. mod.) îles fttuées fur
la cote de la grande Bretagne , à 8 lieues à l'oueft
de la pointe la plus avancée de b. province de Cor-
nouaiile , qui eft le cap de Lands-End , où elles font
rangées en rond. On en compte plus de cent ; maià
dans ce nombre , il y en a dix plus grandes que les
autres. Elles font la plûp -n couvertes d'herbes , 8s
fournies de bons pâturages ; cependant on y voit
force rochers & écueiis, ainfi que de lapins , de orues
& d'oifeaux aquatiques. La plus grande de toutes eft
celle de Ste Marie qui a 8 milles de circuit , avec un
havre large &: commode. La reine Elifabeth y fît
conllruire un fort où l'on tient garnifon. L'iie de Sll^
ly eft' la féconde en grandeur, iii a été apparemment
autrefois plis confidcrable , pulfqu'eî'e a donné le
nom de Sillinœ. à toutes les autres.
Cambden en comparant ce que les anciens nous
ont appris de la pofttion & de l'hiftoire des îles Caf-
fitérides , avec la connoiffance exacte au'il avoit
àesSorlingues , a découvert le premier ik prouvé in^
vinciblement l'identité cachée fous ces noms diaé-
rens.
îl réfulte donc que les îles Sorlingues font les Sil-
linc: owCaJfîtcridts des anciens , nom qui leur fut don-»
né à caule de leur richefTc en mines d'étain , qui ont
été connues des Phéniciens, des Tartéfiens, des Car-
thaginois , des Romains & des Marfeillois.
Les empereurs romains avoient coutume d'y en-
voyer des perfonnes coupables de quelques crimes
pour travailler aux mines ; c'étoit une manière de
îùpplice ufttée dans ce tems-Ià , comme aujourd'hui
d'envoyer aux galères.
Les anciens habitans de ces îles portoient des ha-
bits noirs & longs , qui defceadoient jufqu'à terre.
Ils fe nourriftbient de leur bétail , & vivoient à la
manière des Nomades , n'ayant aucune dem.eure fixei
Leur commerce confiftoit à troquer du plomb , de
rétain & des peaux contre de la vaifTelle de terre ,
du fel , & quelques petits ouvrages de bronze qu'on
leur donnoit en échange : ils ne fe foucioient point
d'argent , & même ils ne s'appliquoient pas beau-
coup au travail des mines. A moitié chemin de ces
îles , au cap le plus avancé de la province de Cor-
nouaiile , la marée découvre quand elle eft bafte une
île, ou plutôt un rocher, nommé autrefois Liffta ^
aujourd'hui Lctowrow 6c tlu Gui phi y c'eft-à-dire le
goîifre. {D. J.)
SO?K.NE , f. f. terme de For^e , ce mot fignifîe les
fcorics , les écumes , les crabes qui fortent du fer en le
forgeant. Scorie eft le terme générique dont les Mé-
tallurgiftes fe fervent. Le mâchefer eft le nom que les
Serruriers & les Maréchaux donnent aux fcories de
fer ; mais dans les groffts forges , on les appelleyôr-
ncs. {D.J.)
SORNUM , ( Géog. anc. ) ville de la Dacc , félon
Ptolomée,. /. ///. c. viij. Lazius dit que le nom nu)-*
derne eft Sewrny , que d'autres écrivent Scnri': ou
Zeverin , ville de la haute Hongrie , fur le Danube,
{D.J.)
SORO, LE , {Gcog. mod.) en latm Suhur^ rivière
de Portugal dans rEftramado>n-e ; accrue de diverles
autres rivières , elle fépare l'Eftramadoure de l'Alen^
téjo , & tombe dans le Tage entre Denayente &C
Salva-Terra. {D. J.)
374
S O R
SORCCK , ( Gcog. JuoJ.) petite ville de la Tur-
quie européenne , dans la Moldavie fur le Nielk-r ou
Turla, avec un château pour détenl'e. Les Polonois
en l'ont les maîtres. {D. ./. )
SOROGA , ( Gco^r. anc.) ville (\c la haute Pan-
nonie , & une de celles qui ttolent éloignées du Da-
nube , (clou Ptolomée , /. //. c. xv. Lazlus croit que
c'eft au)Ourd1iui ^S'^i^-M^/"^. {D. J.)
SORON , ( Gdogr. ar:c. ) bois du PéloponnèCe dans
l'Arcadie , cp.tre loLadonoC le Plbphis. Quand vous
avez pafTé le Ladon , dit Paufanias , /. llL.c. xxUj.
vous prenez par les villages des Argéathes , des Ly
coates , des Scotines , 6c vous arrivez au bois de
Soron, oi\ 11 y a un chemin qui vous mené à Plbphis.
Ce bois commence toutes les autres forêts de l'Ar-
cadie , nourrit des langliers , des ours (k. des tortues,
dont on peut faire des ly.es auiH belles que celles
qui le font des tortues des Indes. Vers la nn du bois
de Soron , on voyoit les ruines d'un ancien village,
que l'on nommoit Paks. (Z>. /.)
SORORES, {Giog. /znc.) Strabon , llv. XVI.
pag. y4Ç). dit qu'on donnolt ce nom à ces quatre vil-
les , Antiocheprès deDaphnc , Selcucledansla Pié-
rie , Apamce &: Laodicée , à caufe de leur amitié &
de leur concorde. (£>./.)
SCRP , ( Giog. mod. ) fontaine de France en Pro-
vence, au diocèledeRiez, & dans le territoire de
Baudun. Cette fontaine ell li conlidérable , que dans
fa Iburce même , on la divife en dix canaux , qui font
moudre dix moulins différcns. {D. J.)
SOPvRAT , f. m. ( H'ijl nat. Boian. ) maltha ;
poilTon du genre des chiens de mer. Il a les dents
larges comme celles de la lamie, ô>: le mufeau court.
II refferable au milandre par le nombre & la pofiîion
des nageoires, parla queue & par les parties inté-
rieures; mais il n'a pas de taie devant les yeux, La
chair àwfonat eft molle & laxaîlve. Rondelet, HijL
nat. des poij/ofzs , premUrc partie , iiv. XIII. Vojci
îvIiLANDRE , Poisson.
SORRENTO , ( Geog. mod.) en latin Sunentum ;
ville d'halle , au royaume de Naples dans la terre de
labeur , à l'cxirémité du golfe de Naples , & à 4
lieues à l'oueft d'Amalfî. Long. 3 '• -^o- ^'^^- 4®- 38-
Cette ville eft décorée d'un archevêché ; mais elle
tire la principale gloire d'être la patrie du Taiîe ,
^affo Torquato.
Ace que j'ai déjà dit de ce beau génie , en parlant
du poëme épique , je vais joindre ici d'autres parti-
cularités.
L'amour de la poélie entraîna tellement le Tafle,
malgré les confeils de fon père , qu'il publia à l'âge
de 17 ans fon pocme de Renaud , // Rinuldo , qui
parut à Vénlfe en 156a, in-^^. Il avoit lu le Roland
furieux de l'Ariolle , &: s'étolt fenti piqué d'une
grande émvi'ation pour ce poète , par qui fa réputa-
tion fut fi long tems balancée , & qui lui efi: encore
préféré par un grand nombre de beaux efprits d'Ita-
lie. Comme l'Ariofte avoit adrelTé fon poëme à un
cardinal d'EH , le Taffe voulut à l'envi fe cholfir \m
patron du même nom &: de la même qualité ; en un
mot , débuter par un nom célèbre, & par les éloges
d'une malfon capable de fouîenlr fa mufe nailîante.
Mais pour adoucir le chagrin que cette réfolution
donnerolt à fon père , il tâcha de le le rendre favo-
rable par deux Itrophes qui finllTent fon poëme , dans
lesquelles , parlant à fon ouvrage , il lui ordonne
d'aller fe ibumettre à fa ccnfure , en des termes auiil
fins & aulTi délicats , que pleins de refpeft , de re-
connoliTancc & de tendrelTe. Ce poëme lui acquit
l'ertime des favans &: des académies d'Italie. Les
louanges qu'on lui adrelfa de toutes parts , l'ambition
d^être mis au-defliis de fes concurrens, 6c fon goût
invincible pour la poéfie, lui firent abandonner la
jurilprudcnce , malgré la médiocrité de fa fortime, &
S O R
tous les efforts de ce même père pour l'arracher à \m
penchant naturel , qui ne produit d'ordinaire qu'une
magnlHque fumée.
A l'âge de 27 ans il fuivit en France le cardinal
d'Ell , & fut reçu du roi Charles IX. difcnt leshifto-
nens d'Italie , avec une blenveuillance linguliere. On
n'en peut pas donner, ajoutent-ils , une preuve plus
forte que ce qui le pafi'a à l'occafion d'un homme de
lettres qui avoit été condamné à mort. C'étolt un poè-
te de quelque réputation ; il étoit tualhcureufement
tombé dans un crime énorme. Le Taffe , tant en fa-
veur des mules , que par compalïïon, réfolut d'aller
demander fa grâce au roi. Il le rendit au Louvre ;
mais il apprit en arrivant que le roi venolt d'ordon-
ner que lalentencefàt exécutée en peu de jours , &
qu'il avoit déclaré Id-defùis fa volonté. Cette décla-
ration d'un prince qui ne revenoit guère de fesrélo-
lutlons , n'étonna point le ïalTe. Il lepréfentaau roi
avec un vifage ouvert: « Sire, lui dit-il, je viens
» fupplier votre majelté , de laifîer périr par les lois
» u^^malheureux , qui a fait voir par fa chute fcan-
» daleufe , que la fragilité humaine met à bout tous
» les enfeigncmens de la philolophie ». Le roi frappé
de cette réllexionduTalié , & de cette manière de
demander grâce , lui accorda la vie du ciiminel. C'eft
dommage que les hilloriens françols n'ayent point
confirmé cette anecdote Italienne.
Le TalTe de retour à Ferrare en i 573 , donna VA-
jmnu,c[\n fut repréfentée avec un grand fuccès. Cette
pallorale ell l'original du Berger fidèle & de la Philis
de Sciros. On fut enchanté de la nouveauté dufpec-
tacle , & de ce mélange de berg?rs , de héros & de
divinités qu'on n'avoit pas vu encore enfemble fur
le théâtre. Il parut aux yeux des Ipedateurs comme
un tableau brillant, où i'imaglnation & la main d'un
grand peintre expofoient en même tems dans un beaa
payfage la grandeur héroïque , & la douceur de la
vie champêtre. L'auteur s'étolt dépeint lui-même
dans ce poëme , fous la perfonne de Tircis, & s'y
montroit dans cet état tranquille oîi i'avoit mis la
protection du duc de Ferrare , &: dans cet heureux
loilir qu'il confacrolt aux mules. On y voyoit le por-
trait du duc 6c de fa cour touché d'une manière aulîi
fine que fpirituelle : tout cela étoit rehauffé par l'o-
dieule peinture deMopfe , lous le nomduquelleTaf-
fe défigne un de les envieux. On prétend encore
qu'il y a décrit l'amour dont il brCdoit en fecret pouf
la prlncelle Léonore fœur du duc , paillon qu'il a tou-
jours cachée avec beaucoup de loin.
Quoi qu'il en foit, cette pallorale eu d'une grande
beauté. L'auteur y a Icrupuleufement obfeivé les
règles prcfcrites par Arillote fur l'unité du lieu , &
fur celle des caractères. Enfin il afu foutenir l'intérêt
de fa pièce en ménageant dans fon fujet des fitua-
tions intéreffantes. On peut cependant lui reprocher
quelquefoib de la Iccherelî'e , 6c fur-tout ce nombr»
de récits confécutifs , qui ne donnant rien à la repré-
fentation , lailîentfans occupation un des principaux
fens , par l'organe duquel les hommes font plus faci-
lement touches. Le pcre Bouhours condamne avec
raifon la Silvie du TalTe , qui en fe mirant dans une
fontaine , & en fe mettant des fleurs , leur dit qu'elle
ne les porte pas j)our le parer , mais pour leur faire
honte. CÀlte penlée n'eiî: point naturelle à une ber-
gère. Lesileurs font les ajuftemens qu'elle emprunte
de la nature , elle s'en met lori'quelle veut être plus
propre & plus parée qu'à l orùlnaire , & elle efl bien
éloignée de longer qu'elle puilTe leur faire honte.
L' Jrninte fut imprimée pour la première fois en
I 581 , avec les Ri/ms du Taife , à Venhe , par Aide
le jeune , in-8°. & dans les autres recueils des œu-
vres de l'auteur , qui parurent aulîi à Venife les an-
nées fulvanies en 1.581 & 1583. Depuis il i'enefl fait
plulieius éditions léparémem:. Ménage en donna une
v_
s O R
Paris en 165^ , in-4'^.?.vec des remarqués , iiirlef-
iieiles l'académie cLUa Crujca fît des observations
ue le tradudeur a inférées à la page 74. de fes mef-
Dlanze, imprimées à Paris en 1 678, in-^°. Il y a auffi
ne édition del'Aminte fort jolie , taiteà Amfterdam
n 1678. On en a des tradudions en plulieurs lan-
Lies , & même en latin. En 1734 & 1735 il y en a
Li deux en François ; la première de M. Pecquet , &
i féconde de M. TEfcalopier. Il a paru auiïï une tra-
uûion angloife de l'Aniinte à Londres en 1628 ,
2-4°. Jean de Xauregui en a publié une verfion ef-
agnole à Séville en 16 1 8 , in-^°. On en a donné une
aduftion hollandoife à Amilerdam en 1715, in-8°.
Le Taffe acheva en 1574, à l'âge de 30 ans , fa
èrufaUm délivrée. La première édition complette de
c beau poëme épique parut à Ferrare , l'an i 581 ,
hez Vittorio Baldini , m- 4°. Il s'eft fait quantité de
raduftions de la Jérufalem délivrée dans toutes les
inoues. Scipion Gentilis en a traduit les deux pre-
miers livres en vers latins, fous ce titre. SoUmàdos
hfi duo prioTCS , de Torquati Tafll italicis expreffi ,
''enifc 1585, in-4°. Il y en a deux traduftions elpa-
noles, l'une de Jean Scdeno, imprimée à Madrid en
'jSj,in-8°. l'autre d'Antoine Sarmento de Mendofa,
ui parut dans la même ville en 1649, '■"■■^°' Faiî"-
IX a traduit ce poëte en anglois avec beaucoup d'é-
îgance & de naturel , & tout-à-la-fois avec une
xaClitude fcrupuleufe. Chaque ligne de l'original
i\ rendue par une ligne correfpondante dans la tra-
u£tion.; c'eft dommage qu'il ait fervilement imité
italien dans fes fiances , dont la prolixe uniformité
épiait dans un long ouvrage. M. Hill en a donné une
ouvelle traduftion imprimée à Londres en 171 3.
Gabriel Fafagno en a fait une verfion en langue na-
loliîaine , imprimée à Naples en 1720, in-fol. Le poë-
iie & la Verlîon napolitaine font lur deux colonnes.
Les François fe font auHi empreffés à donner des
radudions de ce poëme ; la première 6l la plus mau-
.'aife de toutes , efl celle de Vigenere , qui parut
1 Paris en 1595,^/2-4°. & i 598, //2-^°. Les endroits
ju'il a mis en vers , déplailent encore plus que fa
)rofe. Depuis Vigenere , on a vu plufieurs autres
raduftions envers alexandrins de la Jérufalem , mais
uicune de ces traductions n'a réuffi. Enfin en 1724
v-I. Mirabaud publia une tradudion en profe de la Jé-
iifalem délivrée , & il en donna une nouvelle édi-
ion beaucoup meilleure en 1735.
On n'ignore point les jugemens qu'un grand nom-
are de favans de tous les pays ont porté de ce célè-
bre poëme , foit en fa faveur , foit à fon défavantage ,
k je ne crois pas devoir m'y arrêter ici. La critique
ie M. Defpréaux a non-feulement révolté les Italiens,
mais prefque tous les François. Il efl vrai cependant
que Defpréaux eftimoit le Taffe ,& qu'il enconnoif-
foit le mérite ; autrement comment auroit-pu dire de
cet illuftre poëte ?
// n eût point de fon livre illuflré V Italie ,
Si fon fage héros toujours en oraifon ,
N'eût fait que mettre enfin fatan à la raifon;
Et fi Renaud ., Jegarid , Tancrede & fa maitrejfe ,
ii\ufjent difonfujet égayé la trifejj't.
M. l'abbé d'Olivet, dans fon hiftoire de l'acadé-
mie françoife , affure avoir entendu tenir à M. Def-
préa\ix le difcours fuivant , peu de tems avant fa
mort, à une peH'onne qui lui demanda s'il n'avoit
point change d'avis lur le Taffe : « J'en ai fi peu chan-
» gé , dit-il , que le relifant dernièrement , je fustrès-
» fâché de ne m'être pas expliqué un peu au long
» dans quelqu'une de mes réilexions fur Longin.
»> J'aurois commencé par avouer que le Talî'e a été un
>» génie fublime, étendu, heureulement né ù la poé-
♦> fie & à la grande poéfic ; mais cnluite venant à l'u-
V fage qu'il a fiutdelestalens , j'aurois montré que
S O Ë.
M
» le bon fens n'efc pas toujours ce qui domine chez
» lui ; que dans la plupart de fes narrations , il s'at-
» tache bien moins au néceffaire , qu'à Ta^réable •
» que fes defcriptions font trop chargées d'orne-
>» mens fuperflus ; que dans la peinture des plus for-
» tespaffions, & au milieu du trouble qu'elles ve-
» noient d'exciter, fouvent il dégénère en traits d'ef-
» prit qui font tout-à-coup ceffer le pathétique ; qu'il
» eft plein d'images trop fleuries , de tours affeâés ,
» de pointes & de peniées frivoles , qui loin de pou-
» voir convenir à fa Jérufalem , pourroient à-peine
>> trouver place dans fon Amlnte. Or , conclut M.
» Defpréaux , tout cela oppofé à lafàgeffe , à la gra-
» vite , à la majeffé de Virgile , qu'eft-ce autre chofe
» que du clinquant oppofé à de l'or » } Cependant
il efl toujours certain , malgré les réflexions de Def-
préaux , que la Jérufalem du Taffe efî admirable par
la conduite , l'intérêt, la variété, les grâces &; cette
nobleffe qui relevé le fublime.
Sa tragédie de Torrifmond , il Torrifmondo , parut
à Vérone en i 5 87 , in-8°. Mais le Taffe lui-même n'é-
toit pas content de cette pièce, & fe plaignoit de fes
amis qui la lui avoient arrachée des mains, & l'a-
voient publiée avant qu'il eût pu la mettre dans la
perfedion où il la fouhaitoit. Dalibray , poëte du
dernier fiecle , en a fait unetradudion libre en vers
françois , au-devant de laquelle il a mis un difcours
où l'on trouve de bonnes réflexions fur le génie de la
tragédie , fur celui du Taffe , & fur la tragédie de Tor-
rifmond en particulier. Cette traduûion de Dali-
bray , quoique pefante&profaïque, fut jouée deux
fois , & imprimée à Paris en 1636 , //z-40.
Le Taffe laffé des critiques qu'on faifoit de fa Jéru-
falem délivrée, fe propofa de faire un nouvel ouvra-
ge , fous le titre de la Jérufalem conquife, U Jerufw
lemme conquiflata , iibri XXI f^. Ce poème parut à
Rome en I 593 , in- 4^. mais il n'a point été reçu avec
le même applaudiffement que le premier, où l'auteur
s'étoit abandonné A fon ggnle , au-lieu que dans la
Jérufalem conquife il s'eft propofé de s'accommoder
en quelque manière au goût & aux idées de fes cri-
tiques.
Toutes les œuvres de ce beau génie ont été im-
primées enfenible avec fa vie par Jean-Baptill:e Man-
fo fon ami , à Florence en 1724 , en fix vol. in-foL
Les deux premiers tomes contiennent fes poéfies : la
Jérufalem délivrée , la Jérufalem conquife , le Re-
naud , le poërne fur la création, Torrifmond, l'A-
minte : les autres poelies font divilées en trois claf-
fes. I. Poéfies galantes. 2. Poéiles héroïques. 3. Poé-
fies facrées & morales. Elles font fui vies de cjuelques
pièces imparfaites du Taffe, & de quelques-unes de
celles qui paffent fous fon nom. Les ouvrages en proli»
forment les tomes III. & IV. Ils confiftent en vingt-
cinq dialogues fur différens fujets , & environ qua-
rante difcours ou autres pièces fur diverfes matières
d'érudition, principalement fur l'art poétique , fur le
poëme épique ; tout cela eff fuivi de la défenfe de la
Jérufalem délivrée. Le tome V. efl divifé en deux
parties; dans la première fe trouvent les lettres fa-
milières & poétiques du Taffe ; dans la féconde fept
pièces de l'académie dellaCrufca, & d'autres beaux-
efprits d'Italie , concernant les difputes fur les poé-
fies de l'auteur & celles de l'Ariolle. Le VI. tome
contient dix-huit pièces , dialogues ou difcours fur
le même fujet , c'efl-à-dire pour ou contre le Taffe.
( Le chevalier DE J AU COURT. )
SORRETERIE , f. f. (Co/tzot.) lieu où l'on fait ibr-
rer les fardines.
Prefque toutes les fiirdincs de Douarncnez , dans
le reffort de l'amirauté de Quimpcr en Bretagne , f«
preffent; on ne les fidoit pas autrefois en barij , com-
me on fait à-préfent , on les Ibrroit de la même ma-
nière dont on boucane encore aujourd'hiù Us ha,-^
376
S O R
rcngs-fors en Picardie & en Normandie. Il s'en fai-
ibit un grand commerce le long des côtes d'Efpa-
giie ik. Italie : depuis qu'on s'elt mis à les ialer en
barils , ce premier commerce elt tombé de manière
qu'on ne forre plus guère de iardincs ; à-préient les
iardi'nes falces le mangent pour la plupart crues par
les Balques & les garçons des vignobles où l'on les
fait pader.
Les lieux où l'on fait ibrrctcr les fardines font éta-
blis à-peu- près delà même manière que les roufla-
bles où l'on fait fumer en Normandie les harengs-
fors. On fale à terre les fardines en tas ou en gre-
nier ; on les arrange de tête en queue , en forme de
demi-ovale ; on feme entre chaque lit du fel , com-
me on fait aux fardines que l'on prépare pour être
preflées ; on les lailVe ainfi en tas pendant deux ou
trois jours au plus. Quand on veut que cet apprêt
foit doux & moins acre , on fale les fardines avec
de vieux fel repofé d'une année , parce que le polf-
fon apprêté de fel neuf ou nouveau , ell bien moins
délicat ; après qu'il eit reflé lufKfamment au fel , on
pafTe dans de petites brochettes de bois les fardines
de la même manière que celles qu'on mtt en prefTe;
on les lave de même dans l'eau de mer , & enluite
dans l'eau douce ; après quoi on les pend dans hjor-
reurie, comme on fait les harengs ; on les laifle égout-
ter pendant 14 heures avant d'y faire !e feu, qui dure
ordinairement 7 à 8 jours fi le tems eu fec , fmon
pendant 10 jours & plus s'il eft humide.
Le feu qu'on fait pour iorreter les i'ardines , ell fait
avec du bois de chêne & des copeaux de tonnelier
ou de menuifier , que l'on recouvre enfuite de cen-
dres des landes brùlées;pour lui faire rendre plus de
fumée , on met le feu le long des pentes des bro-
chettes.
Le lieu qui fert à cette préparation eft une falle ou
efpece de cellier fans étage au-deffus, avec une che-
minée dont l'embouchure occupe toute la largeur de
la pièce , le long de laquelle iont pendues les far-
dines.
On ne commence guère à forreter à Douarnenez ,
que vers la f.n de la pêche , parce qu'alors ce font les
plus giofles fardines qui viennent à la côte,qu'elles ran-
gent toujours pour paifer l'embouchure du canal,
vers la fin de Décembre ou au plus tard vers la fin de
Janvier. Foye\la Jig. t. PL. XUI.d^ pêche.
SORT , (^Jiirifprud.') On entend par ce terme ,
le hafard produit dans les partages ; après avoir for-
mé les lots, ils fe diftribuent ou par choix ou par
convention, ou enfin on les tire an fort. Dans ce der-
nier cas, on fait autant de petits billets qu'il y a de
lots , &C l'on écrit fur l'un premier lot , &: fur l'autre
fuond lot , 6l ainll des aiures. On mêle enfuite ces
billets après les avoir plies ou roules , & on les fait
tirer l'un après l'autre, un pour chaque héritier,
fuivant l'ordre de progéniture; ^ fclon le billet qui
cchet , on écrit dans le partage que U premier lot efl
advenu à un tel ^ le fécond à un tel. voye\ LoTS 6*
Partage, (^)
Sort , (Critiq.ficr.') manière de décider les chofes
par le halard. Cetufage eft très-convenable dans plu-
fieurs occafions , fur-tout dans celles où il n'y a au-
cune raifon de préférence. Alors l'auteur des Pro-
■vcr^w a raifon de dire que le/y// termine toute dif-
pute. Son ufage étoit fréquent chez les Hébreux ,
comme cela paroît dans plufieurs endroits de l'Ecri-
ture. La terre promife fut partagée au fort. Les Lévi-
tes reçurent leur lot par le même moyen. Dans le
jour de l'expiation , on jettoit le fort lur les deux
boucs, pour favoir lequel des deux feroit immolé.
David diflribua par lejôrt les rangs aux vingt-quatre
bandes de prêtres qui dévoient fervir dans les tem-
ples. Quand il fut queftion de remplir la place de
Judas dans rapoilolitt,le/or/ tomba fur fuintMat-
S O R '
thias. Enfin la robe de Jéfus-ChriO: fut jettée rmfort.
Mais la manière de tirer lefort chez les Juifs, n'cff
pas marquée fort diilinftement dans l'Ecriture ; &
nous n'en voyons qu'une forte exprimée dans Salo-
mon. On jettoit les /or.'i (apparemment des billets)
dans le pan d'une robe, d'où, après les avoir bien '
mêlés , on les tiroit pour la décilion.
Le mot fort défigne encore dans l'Ecriture l'effet
du fort y le partage. La méchante femme doit être le
partage des pécheurs, yô/-i peccatorum ., Ecclcf. xxv.
2.G. c'elt-à-dire , que le pécheur mérite de fouffrir la
mauvaife humeur d'une méchante femme plutôt cjue
l'homme vertueux ; mais malheureufement le/ôrz ne '
le décide pas toujours ainfi. (Z). 7.)
Sorts , (Théologie payenne ^fortes. Le fort eft l'ef-
fet du hafard , & comme la décifion ou l'oracle de la
fortune ; mais les forts font les inllrumens dont on fe
fert pour favoir quelle eft cette décifion.
Les forts étoient le plus fouvent des efpece de dés, ^
fur lefquels étoient gravés quelques caradleres ou "
quelques mots dont on allolt chercher l'explication
dans des tables faites exprès. Les ufages étoient dif-
férens fur les forts. Dans quelques temples on les
jettoit loi-même ; dans d'autres on les faifoit fortir
d'une urne , d'où eft venue cette manière de parler
fi ordinaire aux Grecs , le fort ejl tombé.
Ce jeu de dés étoit toujours précédé de facrifices
& de beaucoup de cérémonies ; apparemment les
prêtres favoient manier les dés ; mais s'ils ne vou-
loient pas prendre cette peine , ils n'avoient qu'à les
lailTer aller; ils étoient toujours maîtres de l'expli-
cation.
Les Lacédémoniens allèrent un jour confulter les
forts de Dodone, far quelque guerre qu'ils entre-
prenoient; car outre les chênes parlans, & les co-
lombes & les baffins & l'oracle , il y avoît encore
d-Qs forts à Dodone. Après toutes les cérémonies fai-
tes , fur le point qu'on alloit jctter les forts avec
beaucoup de refpect & de vénération , voilà un finge
du roi des Moloftes, qui éta.nt entré dans le tem.ple,
renverfe les forts 6c l'urne. La prûtreffe effrayée dit
aux Lacédémoniens qu'ils ne dévoient pas fonger à
vaincre , mais feulement à fe fauver ; & tous les écri-
vains affurent que jamais Lacédémone ne reçut un
préfage plus funefte.
Les plus célèbres entre les forts étoient à Prénefte
& à Antium , deux petites villes d'Italie. A Prénefte
étoit la fortune, (k à Antium les fortunes. Foy. Sorts
DE pRÉNESTE.
Les fortunes d'Antlum avoient cela de remarqua-
ble , que c'étoient des ftatues qui fe remuoient d'el-
les-mêmes , félon le témoignage de Macrobe , /. /.
c. xxiij. & dont les mouvemens diftérens , ou fer-
voient de réponfe , ou marquoient fi l'on pouvoit
confulter les forts.
Un paftage de Ciceron , au liv. IL de la divination^
où il dit que l'on confultoit les forts de Prénefte par
le confentement de la fortune , peut faire croire que
cette fortune favoit aufti remuer la tête , ou donner
quelqu'autre figne de fes volontés.
Nous trouvons encore quelques ftatues qui avoient
cette même propriété. Diodore de Sicile & Quint-
Curce difent que Jupiter-Ammon étoit porté par qua-
tre-vingt prêtres dans une efpece de gondole d'or,
d'où pendoient des coupes d'argent; qu'il étoit fui\^
d'un grand nombre de femmes 6c de filles qui chan-
toicnt des hymnes en langue du pays > & que ce dieu
porté par fes prêtres , les conduiloit en leur mar-
quant par quelques mouvemens où il vouloir aller.
Le dieu d'Héliopolis de Syrie , félon Macrobe , en
faifoit autant : toute la différence étoit qu'il vouloit
être porté par les gens les plus qualifiés de la pro- j|
vincc , qui eufi"ent long-tems auparavant vécu en
continence , ^ qui fe fulfent fait rafer la tête.
Lucien,
s O R
Lucien , dans le traite de la dêejft di Syrie , dit qu'il
vu un Apollon encore plus miraculeux ; car étant
orté i\ir les épaules de les prêtres , il s'avila de les
ifler I;: , & de k promener par les airs , & cela aux
eux d'an honuue tel que Lucien , ce qui elt confi-
érablc.
Dans rOrient \qs forts étoient des flèches , & au-
lurd'hui encore les Turcs &: les Arabes s'en fervent
£ la même manière. Ezéchiel dit que Nabuchodo-
Dfor mêla fes flèches contre Ammon & jcrufalem ,
: que la flèche Ibrtit contre Jérufalem. C'étoit-ià
ne belle manière de réloudre auquel de ces deux
euples il feroit la guerre.
Dans la Grèce & dans l'Italie on tiroit fouvent les
<rts de quelque poëre célèbre, comme Homère ou
urypide ; ce qui fe prélentoit à l'ouverture du li-
re , étoit l'arrêt du ciel. L'hiftoire en fournit mille
ïemples. Foye:^ SoRTS A^Homcre.
On voit même que quelques 200 ans après la
lort de Virgile , on faifoit déjà afTez de cas de fes
ers pour les croire prophétiques, & pour les met-
e en la place des forts qui avoient été à Prénefle ;
îr Alexandre Severe encore particulier , & dans le
;ms que l'empereur Héliogabale ne lui vouloir pas
e bien , reçut pour réponfe dans le temn'c de Pré-
efte cet endroit de Virgile dont le fens elt : « Si tu
peux furmonter les deflins contraires , tu feras
Marcellus. Voye^ Sohts de Virgile.
Les forts pafîerent jufque dans le chrilîianifmc ; on
;s prit dans les livres facrés , au-lieu que les payens
■s prenoient dans leurs poètes. S. Augufliii , dans
épitre cxix. à Januarius , paroît ne delàpprouver
et ufage que fur ce qui regarde les affaires du
ecle. Grégoire de Tours nous apprend lui-même
uelie étoit fa pratique ; il pafloit plufieurs joiu-s
ans le jeûne & dans la prière ; enfuite il alloit au
)inbeau de faint Martin , où il ouvroit tel livre de
Ecriture qu'il vouloit, & il prenoit pour la réponfe
e Dieu le premier paflage qui s'offroit à fes yeux,
i ce pafTage ne faifoit ncn au fujet , il ouvroit un
utre livre de l'Ecriture.
D'autres prenoient pour fort divin la première
holè qu'ils entendoient chanter en entrant dans
eglife. Voye^ SoRTS des Saints.
Mais qui croiroit qu'Héraclius délibérant en quel
ieu il feroit pafl'er l'hy ver à fon armée , fe détermina
ar cette elpcce de fort ? Il fît purifier fon armée
endant trois jours ; enfuite il ouvrit le livre des
vangtleSf & trouva que fon quartier d'hyver lui
toit marqué dans l'Albanie. Etoit-ce là une affaire
lont on pût efpérer de trouver la décifion dans
'Ecriture ?
L'Eglifc eft enfin venue à*bout d'exterminer cette
iiperflition; mais il lui a fallu du tems. Du moment
[ue l'erreur eft en pofl'efiîon des efprits , c'cfl une
ncrveille , fi elle ne s'y maintient toujours. (Z). /,)
Sorts £Hon:irt , ( Divinat. du paganifmc. ) fortes
Hnmericœ ; eipece de divination. Elle confitloit à
)uvrir au haiard les écrits d'Homère , & à tirer à la
)remiere infcription de la page qui fe prélentoit à la
^ûe , un augure ou juonollic , de ce qui devoit ar-
■ivcr à foi - même & aux autres , ou des règles de
:onduite convenables aux circonftances dans lefquel-
cs on fe trouvoit. Les Grecs donnoient à ce genre
ie divination le nom de s-rc/^î/w/xat'TÈt^t, f,u-\u>S'oiJ.iv7iics.,
a-l'uS'cixxyTiKii,
L'antiquité paycnne femble avoir regardé ceux
\\ù avoient le talent fupéricur de la poéfie , comme
les hommes infpirés ; ils fe donnoit-nr pour tels ; ils
iffuroient qu'ils parloient le langage des dieux , &
es peuples les ont cru fur leur parole. L'iliade &
'Odyflce font remplis d'un fi grand nombre de traits
Je religion 6c de morale ; ils contiennent dans leur
kendiie une fi prodigieufe variété d'événemens ,
Totn-e Xr,
S O R
de fentcnccs & de maximes appliquables à toutes les
circonflances de la vie, qu'il n'elt pas étonnant cu.e
ceux qui par hafardou de deficin formé, jcttoient les
yeux fur ces poèmes , ayent cru y trouver quelque-
fois des prédictions ou des confeils : il aura lufH que
le fuccès ait jurtifîé de tems en tems la curiofité des
perfonnes , qui dans des fituaLion5 embarrafiante»
on eu recours à cet expédient , pour qu'on fe foit in-
fenfiblement accoutume à regarder les écrits de ce
poète, comme un oracle toujours prêt à rendre des
réponfes à qniconque voudfoit l'interroger. On ne
peut s'imaginer à quel point les hommes portent la
crédulité ,lorfqu'ils font agités par la crainte , ou par
l'efpéfance.
Ce n'étoit point-là un de ces préjugés qui ne ré-
gnent que fur le vulgaire ; de grands perlbnnages de
l'antiquité , ceux principalement qui afoiroient à
gouverner les autres, n'ont pas été exempts de cette
chimère. Mais ce ne fut point par cette idée fuper-
fîitieufc que Socrate dans fa prifon , entendant réci'
ter ces vers qu'Homère met dans la bouche d'Achil-
le ; j'arriverai le troifieme jour à la fertile Phthie,
H fA.ct.-ti y.iy Tfncnw (p3"ii)c spjdaAoc i ;:oi/ui)v ,
fe mit à dire qu'il n'avoit donc plus que trois joiu's
à vivre; il badinoiî fur l'équivoque du mot çid^tifi' ,
qui lignifie le pays de Phthie , & la corruption ou la
mort ; cependant ce badinage qu'il fit en préiènce
d'Efchine , ne fut point oublié , parce qu'il mourut
trois jours après.
Valcre - Maxime raconte que Brutus eut le trifîe
préfage du fort qui l'attendoit à la bataille de Phi-
lipp"^. Le hafard lui ayant oiîert cet endroit de l'Iiia-
de, où Patrocle fe plaint que « le cruel deflin & la
» fils de Latone lui ont ôté la vie.
A AArf fj.i /xolp, Kctt AnrCç ÏK.rctvtv viof.
L'application que cette illullre romain s'en fît à lui-
même, fut juftifiée par l'événement.
Si l'on en croit Lampride , l'empefeur Macrîn cu-
rieux d'apprendre dans le même poète , fi fon reo;ne
feroit long &c heureux, tomba fur ces vers qu'on peut
rendre ainfi. »> Vieillard, vous êtes furieufement ferré
» par de jeunes guerriers ; votre force eil anéantie ,
» & vous êtes menacé d'une trille vieillelTe :
Comme cet empereur étoit déjà avancé en âge ,
lorfqu'il parvint à la fouveraine puiffance , qu'il ne
régna que quatorze mois , & que Kéliogabl-.: n'étoit:
âgé que d'un pareil nombre d'années , lorfqu'il lui
ôta la vie avec l'empire ; on trouva dans ces paroles
une prédiftion de la mort tragique de Macrin,
Au relie , Homère ne fut pas le, feul dont les vers
euffent le privilège d'être regardes comme renfer-
mant des oracles ; les Grecs firent quelquefois le mê-
me honneur à ceux d'Eurypide ; il paroît par un en-
droit d'Hérodote, qu'on croyoit que les pocfies de
Mufée contf^noient aufll des préfagcs. Cet hifcorien
raconte qu'Onomacrite qui faifoit profeUion d'inter-
préter ou de développer ces fortes de prédi£fions ,
fut banni d'Athènes par Hipparque , fils de Pifillra-
te , pour avoir altéré les écrits de ce ])OCtc & y avoir
inféré un vers qui portoit, que les i!cs adjacentes à
celles de Lemnos , leroicnt fubmernécs.
Enfin , Virgile eut la gloire de fucréder aux poè-
tes grecs , & de partager avec eux l'art de prédire
les evénemens. Voye^ Sorts de Virgile. {D. J.)
Sorts de Préneste , ( Divinat. des Ror?i. ) les
plus célèbres de toute l'iralic ; c'ell une curiofité nù-
îbnnable de chercher à favoir en quoi conliiloit cet
oracle , & comme il le rcndoit.
Ciccron , l'iv. II. de la divination , fccî. 4;. nous
15 bb
37» S O R
apprend qucle^ archives dePrénefre portolent,qu\in
homme des plus conUdérablcs de la ville , nommé
Numcnus-Suiuiciiis , fut averti par plufieiirs foni^es
réitères &: menaçans , d'aller entr'ouvrir un roclwr
dans nii ce- 1.. in rieii; qu'il y alla , brila ce rocher , &
qu'il e ^ Ibrt.tplufieurs/or/s ; c'étoit de petits mor-
ceaux de bois de rouvre bien taillés &: bien polis ,
fur lefc-uels croient écrits Jcs prédiélions en caradk-
res antiques ; on mit ces petits morceaux de bois
dans un coffre d'olivier. Pour les confulter , on ou-
vroit cecoff.e, on falfuit inCk-r enfcmble tous ces
forts , par un entant , il en tiroit un , & c'ctoit la ré-
poni'e que l'oracle donnoit aux confultans.^ Ce coftrc
continue Cicéron, ell aujourd'hui vcligicuremcnt gar-
dé , à caufe de Jupiter en£mt , qui y eâ reprélenté
avec Junon , tous deux dans le (cin de la fortune qui
leur donne la mamelle , & toutes les bonnes mères
y ont une grande dévotion.
Phitarque prétend qvi'on tiroit plufieurs petits mor-
ceaux de bois du coiVre , & que les cara«fteres gra-
vés-fur chacun étant wi Semblés compofoient la pro-
phétie; mais outre que Ciceron dit le contraire, il
parolt clairement par un paiTage de Tite-Live ,^ que
chacun de ces fo as contenoit toute la prophétie ;
voici les propres teimcs de l'hiftorien , au commen-
cement du liv. XXR. fjhriis cxlum Jendi vijum ve-
Uama<yno hiatiiquaquc patunrit ingens lumen ef'idfijje,
forusjuafyontc atccnuatus , unamque excidijfe aà fcrip-
tam,Mars tclum funm concuùt. >» On vit à Faleres
» le ciel fe fendre & s'entrouvrir, & une grande lu-
ft mierc remplir ce grand vuide. Les^ôm diminue-
» rent & s'appetiflercnt d'eux-mêmes , & il en tom-
» ba un où etoicnî écrites cet paroles , Mars prépare
tt fis armiS,
Les prêtres fe fervirent habilement de ces/ons pour
fe procurer du profit &: du crédit. Tora rcs ejl inventa
fallaciis , aut ad qaajlum , aut ad fupcrjiidomm , dit
Ciceron,
Mais que f.gnifient ces mêmes/orw dont parle Ti
te-Live , qui diminuèrent & s'appetifTerent à\\iX'
mén-\cs , forus fuâfpoNie atunuaias ? Peut-être que
ces forts étoient doubles , je veux dire, qu'il y en
avoit de grands & de peîita , tous femblables , & que
les prêtres liaiibieni tirer les uns ou les autres , félon
qu'ils vouloient elÏTayer ou encourager les conful-
tans. Il eft certain qu'en matière de prodiges ,_ on
prenoît à bonne augure les chofes qui paroiiîbicnt
plus grandes que dé coutume ; & au contraire , on
tenoit à iiauvais préfage les chofes qui paroiflbient
plus petites qu'elles' ne font naturellement , comme
Saumaife l'a prouvé dans fes commentaires fur So-
lin. Il fuit de-là que \ts forts appetiffésj/or^^ exîe-
nuatx^ prouoftiquoient par eux-mêmes un événe-
ment fifiiflre ; mais j'aime à voir ce que les Philofo-
phcs penfoient dss fores en général , & ce que devin-
rent ceux de Prénefle en particulier; Ciceron m'en
cclaircit lui-même.
Q'eft-ce à votre avis , que les foris , difoit-il à un
ftoicicn? C'eft à-peu-prcs , comme de jouer au nom-
bre, en hauiïant & en fermant les doigts, ou de jouer
aux oflelets 2i aux de/. ; en quoi le l-iafard , & peut-
être une mauvaife fuhtilité , peuvent avoir quelque
part , mais où la fagede Se la raifon n'en ont aucune.
Les Joris font donc pleins de tromperie , & c'cft une
invention , ou de la luperflition , ou de l'avidité du
gain. La divination par les fàrcs eft déformais entiè-
rement décriée. La beauté &: l'antiquité du temple
de Prénefte a véritablement confervé le nom des
forts de Prenefîe, mais parmi le peuple uniquement;
car y a-t-il quelque magilîrat, quclqu'homme un peu
confidérable qui y ait le moindre recours.-' Par-tout
ailh urs on n'en parle j)lus, & c'eft ce qui fliifoit dire
à Carnéade , qu'il n'avoit jamais vu la fortune plus
fortunée qu'à Prénefîe.
ii
Cependant , il s'en fallut peu qu'ils ne revînîîent
en crédit du tems de Tibère. Suétone nous apprend,
que cet empereur ayant formé le projet de ruiner
tous les oracles voifins de Uome , ceux d'Antium
de Cœrès , de Tibur & de Prénefte , en fut détourné
par la majefté de ces derniers , car s'étant fait remet-
tre le coffre bien formé & bien cacl.cié , \çs foris ne
s'y trouvèrent point, mais ce cotlVe ne tut pas plutôt
reporté dans le temple de Prénefte , que lesfons s'y
trouvèrent conmie de coutume.
Il n'eft pas ditîicilc de reconnoîtrc ici l'adrefle des
prêtres , qui voulurent relever le crédit de leur an-
cien oracle ; mais 'on tems étoit pafie , perfonne ne
fe rendit fur les lieux pour y avoir recours ; & ce
qu'il y a de bien ftngulier, les forts de Virgile n'aya-mt
pour eux aucun apparat.de religion, emportèrent U
balance , & fuccéderent à ceux de Prénefte. f^ojir
Sorts ut ViiuiiLE. {D.JJ)
SORTb Dli Virgile , (^Divinat. du Paganlf,) fi^^
tes f^irgiliana: , divination qui confiftoit à ouvrir les
œuvres de Virgile, 6i. à en tirer , à l'infpeftion de ia
page que le halard orfroit, des préfages des événe-
mens tuturs-
Le tems ayant infenftblement donné de l'airtontc
aux poéfies de Virgile , les Latins s'accoutumcrene
de même à les conlulter dans les occafions où il leuE-
étoit important de connoître la volonté du ciel. L'hif-
toire des empereurs Romains , fur-tout depuis Tra-
jan , en fournit plufieurs exemples. Le premier doxK
nous ayons connoiftance eft celui d'Adrien : inquiet
de favoir quels étoient les difpofitions de Trajan e
fon égard , & s'il le défigneroit pour fon fucceffetr
à l'empire, il prit l'Enéide de Virgile, l'ouvrit au h*-
fard , & y lut ces vers du VL livre.
Quis procul ille aiilem ramis infîgnis oliva
Sacra ferens ! nofco crines incanaqiu menti
Régis Romani ; primus qui Icgibus urbem
Fnndahit , curibus parvis & paupere terra
Mijfus in imperium magnum .....
Comme on ne fe rend pas difficile fur les clioBs
qui flattent lesdeftrs , quelques légères convenanut*
qu'Adrien trouva dans ces vers avec fon caradere,
fes inclinations , le goût qu'il avoit pour la philofb-
phie & pour les cérémonies religieufes , le raftiars-
rent ; 6c fi l'on ajoute foi à Spartien , le fortifîereitt
dans l'efpérance qu'il avoit de parvenir à l'empire.
Lampride rapporte qu'Alexandre Severe qui de-
voit pour lors être très-jeune , puifqu'il n'avoit qvK
treize ans lorfqu'il fut nommé empereur , s'appdi-
quant avec ardeur à l'étude de la Philofophie & de
la Mufique ; Mammée fa mère lui confeilla de faire
plutôt fon occupation des Arts & des Sciences né-
ceftaires à ceux qui font deftinés à gouverner les
hommes , & qu'Alexandre fe conforma d'autant plut
volontiers à cet avis , qu'ayant confulté Virgile lis-
lejàrt qui lui étoit rélervé, il crut y trouver un prci-
fagc afiiiré de fon élévation à l'empire dans ces£î-
meux vers:
Excudent alii fpiraatia moHius (Zra. ,
Credo tquidtm , &C.
Tu regere imperio populos , Romane , memento-
Hœ tibi erunt artes.
Claude le Gothique voulant favoir quelle feroit la
durée de fon règne , confulta Virgile à l'ouyerturr
du livre , & lut ce vers.
Tertia dum latio regnaniem vlderit ajlas.
alors il tira la conclufton , qu'il n'avoit au plus q»?
trois ans à vivre ; l'auteur qui nous a confervé et
fait, aflure que Claude ne furvécut en effet que deur
ans à cette efpece de prédiction ; & que celles qu'il
crut de mêine avoir trouvées dans Virgile farce^qai
s O R
îevt»ît arriver à fon frère &c i\ fa poftérité , eurent
iiiffi leur accompliffemenr.
On rencontre dans les auteurs plufieurs exemples
ie cette efpece ; BuUengerus en a recueilli une par-
ie dans le traité qu'il a compofé fur ce fujet ; mais
:eux que l'on vient de rapporter fuffifent pour mon-
rerjufqu'où peut aller la fuperftition humaine. (Z>. y.)
Sorts des saints , ( Divinat. des Chrétiens. )
"ortes fanclorum , eipece de divination qui vers le
Toifieme fiecle s'efl; introduite chez les Chrétiens à
.'imitation de celles qu'on nommoit parmi les pay ens,
forces homericœ ^ fortes virgUianœ .
Elle confiftoit à ouvrir au hafard les livres facrcs,
lans l'efpérance d'y trouver quelques lumières fur le
)arti qu'ils avoient à fuivre dans telles & telles cir-
:onflances ; d'y apprendre , fi le fuccès des événe-
nens qui les intérefToient , leroit heureux ou inal-
leureux , & ce qu'ils dévoient craindre ou efpércr
du caractère, de la conduite, & du gouvernement des
perfonnes auxquelles ils étoient foumis.
L'ufage avoit établi deiix manières de confulter la
i^olonté de Dieu par cette voie : la première étoit ,
:omme on vient de le dire , d'ouvrir au hafard quel-
les livres de l'Ecriture-fainte, après avoir imploré
auparavant le fecours du ciel par des jeûnes, des
prières , & d'autres pratiques religieulés. Dans la
féconde qui étoit beaucoup plus fimple , on fe con-
tentoit de regarder comme un conleil fur ce qu'oli
avoit à faire , ou comme im préfage du bon ou du
mauvais fuccès de l'entreprife qu'on méditoit , les
premières paroles du livre de l'Ecriture , qu'on chan-
toit dans le 'moment où celui qui fe propofoit d'in-
terroger le ciel par cette manière , entroit dans une
églife. ^
Saint Aoguftin dans fon épître à Januarius , ne pa-
roît condamner cette pratique qu'au fujet des affai-
res mondaines ; cependant il aime encore mieux
qu'on en faffe ufage pour les chofes de ce fiecle, que
de confulter les démons.
S, Grégoire évêque de Tours , nous a fait connoî-
tre d'une manière aifez particulière les cérémonies
religieufes , avec lefquelles on confultoit les forts des
faints. Les exemples qu'il en donne , & le fien pro-
pre, juftifîent que cette pratique étoit fort commune
de fon tems , & qu'il ne la defapprouvoit pas.
On en jugera par ce qu'il raconte de lui-même en
ces termes : « Leud^fte comte de Tours , qui cher-
M choit à me perdre dans l'efprit de la reine Fréde-
« gonde , étant venu à Tours avec de mauvais def-
» feins contre moi ; frappé du danger qui me mena-
» çoit, je me retirai fort trifte dans mon oratoire;
» j'y pris les pfeaumes de David, pour voir fi à leur
« ouverture , je n'y trouverois rien d'où je pulTe ti-
» rer quelque confolation, & j'en eus une très-gran-
» de de ce vcrlet, que le hafard mepréfenta: lUesfit
■» marcher avec efpérance & funs crainte, pendant que la
>» mer enveloppait leurs ennemis. En effet, ajoute-t-il,
» Leudalte n'ofa rien entreprendre contre ma per-
»> fonne ; car ce comte étant parti de Tours le même
» jour, & la barque fur laquelle il étoit monté ayant
» fait naufrage , il auroit été noyé s'il n'avoit pas fu
» nager ».
Ce qu'il rapporte de Meroiiée fils de Chilpéric ,
mérite de trouver place ici , parce qu'on y voii quel-
les étoient les pratiques de religion auxquelles on
avoit recours pour fe rendre le ciel favorable , avant
que de confulter les forts des faints ^ & pour mieux
s'afTurer de la vérité de la réponf'e qu'on y cher-
clioit.
« Meroiiée , dit Grégoire de Tours , étant difgra-
»> cié de Chilpéric fon père , le réfugia dans la bauli-
» que de faint Martin ; & ne fe fiant point à une py-
» thoniffe , qui lui avoit prédit que le roi mourroit
» cette même aiinée & qu'il lui fuccédcroit , il mit
Tome Xr,
S O R
379
>> fcparcment fur le tombeau du faint , les livres des
M pfeaumes , des rois , & des évangiles ;*il veilla toutç
» la nuit auprès du tombeau, & pria faint Martin de
» lui faire connoître ce qui devoit lui arriver , & s'il
» régneroit ou non. Ce prince paffa les trois jours
» fuivans dans le jeûne , les veilles , & les prières;
» puis s'étant approché du tombeau , il ouvrit d'a-
» bord le livre des rois ; & le premier verfet portoit
» ces mots : Comme vous ave^ abandonné le Seigneur
V votre Dieu , pour courir après des dieux étrangers ,
» & que vous nave^ pas fait ce qui étoit agréable à fes
» yeux ^ il vous a livré entre les mains de vos ennemis.
» Les paffages qui s'offrirent à lui dans le livre des
» pfeaumes , & dans celui des évangiles ( paffages
» qu'il feroit inutile de rapporter) , ne lui annonçant
» de même rien que de funefle , il refta long-tems
» aux pies du tombeau fondant en larmes , & fe re-
» tira en Auftrafie , où il périt maiheureufement,
» trois ans après par le^ artifices de la reine Fréde-
» gonde, fa belle-mere ».
Dans cet exemple , on voit que c'efl Meroiiée qui
fans recourir au miniflere des clercs de faint Martin
de Tours , pofe lui-même les hvres faints , & les ou»
vre. Dans celui que l'on va citer toujours d'après le
même auteur, on fait intervenir les clercs de l'églife,
qui joignent leurs prières à celles du fuppiiant; voici
comme le même auteur expof e ce fait.
« Chramne s'étant révolté contre Clotaire L &fe
» trouvant à Dijon, les clercs de l'églife fe mirent
» en prières pour demander à Dieu, fi le jeune prin-
» ce réuffiroit dans fes deffeins , & s'il parviendroit
» un jour à la couronne. Ils confulterent , commue
» dans le fait précédent , trois différens livres de l'E-
» criture-fainte , avec cette différence, qu'à la place
» du livre des rois & des pfeaumes, ils joignirent
» ceux du prophète Ifaie, & les épîtres de faint Paul,
» au livre des Evangiles. A l'ouverture d'Haïe, ils
» lurent ces mots : J'arracherai la haie de ma vigne ^
>.» 6* elle fera expofée au pillage ; parce quau lieu de
« porter de bons raifîns , elle en a produit de mauvais.
» Les paffages des épîtres de faint Paul , & ceux de
« l'évangile quife préfentoient enfuite , ne parurent
» pas moins menaçans , & furent regardés comme
» une prédiclion de la mort tragique de ce prince
» infortuné ».
Non-feulement on employoit les forts des faints
pour fe déterminer dans les occafions ordinaires de
la vie , mais même dans les éleûions des évêques ,
lorfqu'il y avoit partage. La vie de faint Aignan fait
foi , que c'efi; de cette manière qu'il fut nommé évê-
que d'Orléans. Saint Euverte qui occupoit le fiége
de cette ville fur la fin du iv. fiecle , fe trouvant ac-
cablé de vieilleffe , & voulant le dcfigner pour fon
fucceffeur , le clergé & le peuple s'oppoferent vive-
ment à ce choix. Saint Euverte prit la parole , & leur
dit : <» Si vous voulez un évêque agréable à Dieu ,
» fâchez que vous devez mettre Aignan à ma place».
Mais pour leur faire connoître clairement que telle
étoit la volonté du Seigneur, après que ce prélat eut
indiqué , félon la coutume, un jeûne de trois jours,
il fit mettre d'un côté fur l'autel des billets ( brevia ),
& de l'autre , les pfeaumes , les épîtres de faint Paul,
& les évangiles. Ce que l'hiflorien qu'on vient de
citer , appelle ici brevia , étoient comme je fai tra-
duit, des billets fur chacun defquels on écrivoit le
nom d'un des candidats.
Saint Euverte fit enfuite amener un enfant qui
n'avoit point encore l'ufage de la parole , &: lui com-
manda de prendre au hafard un de ces billets ; l'en-
fant ayant obéi, il tira celui qui portoit le nom de
faint Aignan , & fe mit à lire à haute voix : A.gnan
eft le pontife que Dieu vous a choif. Mais faint Euver-
te, continue l'hiftorien, pour fatisfaire tout le mon-
de , voulut encore interroger les livres fain'.s , le
B b b ij
gSo
S O R
premier vcrlet qui fe prcicnta dans les pfcaumes , fut :
Hcivcux celui que vous ayc;^ choifi , il demeurera dans
votre tunplc. On trouva clans laint Paul ces mots :
Perjonrii ne peut mettre un tiutre forhlement que celui
qui a été poji ; 6'Lcnhn d.\n^ l'évangile ces paroles:
CUji fur cuti pierre que je bâtirai mon é^^liji. Ces té-
moignages parurent fi dccilifs en faveur de Aiint
Aignan , qu'ils réunirent pour lui tous les luffrages ,
6c qu'il fut placé aux acclamations de tout le peuple
lur le hége d'Orléans.
Les (/recs auffi-bicn que les Latins , confultoient
\c^ forts des f unis d.uis les conjonchires critiques;
Cedrenus rapporte , comme nous l'avons dit en par-
lant des/^jm en général, que l'empereur Héracliiis
après avoir eu de grands avantages fur Colroez roi
des Perfes, fe trouvant inccrt;iin fur le lieu où il
prendroit fes quartiers d'hiver, purifia fqn armée
pendant trois jours; ce font les termes de l'hifto-
rien; qu'enfuite il ouvrit les évangiles , & qu'il trou-
va qu'Us lui ordonnoient d'aller hiverner en Al-
banie,
Depuis le huitième fiecle, les exemples de cette
pratique deviennent un peu plus rares; cependant
il eft certain que cet ufage lubfilla jufque dans le
quatorzième ficcle,avec cette feule différence, qu'on
ne fe préparoit plus à cette confultation par des jeù-
'tJ"0
lontés.
L'églife tant grecque que latine , conferva fans
cefle quelques traces de cet ufage. La coutume
étoit encore dans le xv. & xvj. fiecle quand un évo-
que étoit élu , que dans la cérémonie de fon facre,
immédiatement après qu'on lui avoiî mis fur la tête
le livre des évangiles, on l'ouvroit au hafard, &
le premier verfet qui fe préfentoit , étoit regardé
comme un pronoûic de ce qvi'on avoit à efpérer ou
à craindre de fon caractère, de fes mœurs, de fa con-
duite , & du bonheur ou du malheur qui lui étoit ré-
fervé durant le cours de fon épifcopat ; les exemples
en font fréquens dans l'hilloire eccléfiaftique.
Si l'on en croit un de fes écrivains qui a fait la vie
des évcques de Liège , la mort funefle d'Albert évo-
que de cette ville , lui fut annoncée par ces paroles,
que l'archevêque qui le facroit trouva à l'ouverture
du livre des évangiles : // envoya un de fes gardes
avec ordre de lui apporter la tête de Jean ; & ce garde
étant entré dans la prifon , lui coupa la tête. L'hlflorien
ajoute , que ce prélat en fut fi frappé , qu'il adrefia
la parole au nouvel évêque , &: lui dit en le regar-
dant avec des yeux baignés de larmes : Mon fils ,
en vous donnant au Jèrvice de Dieu, conduife^-vous
avec crainte & avec jujtice , 6- prépare^ votre ame à la
tentation ; car vous fere^ un jour martyr. Il tut en effet
affaffuié par des émiffaires de l'empereur Henri VI.
& l'Lglile l'honore comme martyr.
On ajoutoit tant de foi à ces fortes de pronoffics;
ils formoient un préjugé fi favorable ou fi deiavan-
tagcux aux évoques, qu'on les alléguoit dans les oc-
calions les plus importantes, & même dans celles où
il étoit queilion de proQoncer fur la canonicité de
leur élection.
La même chofe fe pratlquoit à l'inffallation des
abbés, Si même à la réception des chanoines; cette
coutume fublilte encore aujourd'hui dans la cathé-
drale de Boulogne , dont le diocèfe aulfi-bien que
ceux d'Ypres 6c de SaintOmer , a été formé des dé-
bris de cette ancienne églile, après que la ville de
Térouanne eut été détruite par Charles-Quint. Tou-
te la différence qui s'y trouve préfcntement, c'eft
qu'à Houlogne, le nouveau chanoine tire les forts
dans le livre des pfeaumes , & non dans celui des
évangiles. Feu M. de Langle évêque de Boulogne ,
SÛR
peu d'années avant fa mort qui arriva en 1721, ren-
dit une ordonnance qui tendoit à abroger cet ufage ;
il craignoit avec railon qu'il n'eût quelque cho e de
fuperititieux. Il avoit d'ailleurs remarqué, qu'darri-
voit quelquetois que le verlet du pieaume que le ha-
fard offroit au nouveau chanoine, contenoit des im-
précations , des reproches , ou des traits odieux , qui
devenoient pour lui une efpece de note de ridicule,
ou même d'uifamie. Mais le chapitre qui fe prétend
exempt de la jurildidion épifcopale , n'eut point
égard à cette ordonnance; & comme fuivant la cou-
tume, on iniéroit dans les lettres de prife de poflef-
fion de chaque chanoine le verfet du pfeaume qui
lui étoit tombé à fa réception , le chapitre réfolut
feulement, qu'à l'avenir on ajouteroit à ces lettres,
qu'on ne tailoit en cela que fuivre l'ancienne coutu-
me de l'églife de Térouanne.
Quani à la féconde manière de confultcr les forts
des J'aints , elle étoit comme on l'a dit , beaucoup
plus iiniple, & également connue dans les deux égli-
fes grecque & laiine. Cette manière confilloit à re-
garder comme un bon ou un mauvais augure, ou
comme une déclaration de la volonté du ciel , les
premières paroles de la fainte Ecriture, qu'on chan-
toit à l'églife dans le moment qu'on y entroit à cette
intention : les exemples en font très-nombreux.
Saint Cyprien étoit fi perfuadé que Dieu manlfe-
floit quelquefois fes volontés par cette voie , qu'il y
avoit fouvent recours ; c'étoit pour ce pare de
l'Eglife un heureux préfage lorfqu'il trouvoit que les
premières paroles qu'il entendoit en mettant le pié
dans l'églile , avoient quelque relation avec les cho-
fes qiii i'occupoient.
Il faut cependant convenir que dans le tems où cet
ufage de coniulter les forts à venir par l'Ecriture ,
étoit le plus en vogue , & fouvent même accompa-
gné d'un grave appareil d'a£Ies de religion ; on trou-
ve différens conciles qui condamnent en particulier
les forts des faines , & en général toute divination
faite par l'infpedion des livres facrés. Le concile de
Vannes , par exemple , tenu fous Léon I. dans le v.
fiecle ; le concile d'Agde affemblé l'an 506 ; les con-
ciles d'Orléans & d'Auxerre , l'un de l'an 5 11 , 6c
l'autre de l'an 595, proicr'ivent les forts des fdints ;
&cron trouve un capitulaire de Charlemagne publié
en l'an 789, qui contient aufli la même dcienfe. Mais
les termes dans lefquels ces défenfes font conçues,
donnent lieu de croire, que la luperltition avoit
mêlé une infinité de pratiques magiques dans les forts
des fiints , & qu'il ne faut peut-être pas confondre
la manière de les confulter condamnée par ces ca-
nons , avec celle qui étoit fouvent employée dans
les premiers fiecles de l'Eglife par des perfonnes émi-
nentes en piété.
Ce qu'il y a de sûr, c'eft: que quelques théolo-
giens conviennent en général qu'on ne peut pas ex-
Qwier les forts des faims de fuperlHtion ; que c'étoi^
tenter Dieu que de l'interroger ainfi ; que les Ecri- ■*
tures ne contiennent rien dont on puiffe conclure,
c|ue Dieu ait pris là-deffus aucun engagement avec ■
les hommes , & que cette coutume bien loin d'être
autorifée par aucune loi eccléiiallique , a été abro-
gée dans les tems éclairés; cependant ces mêmes
théologiens oubhant enfuite la folidité des principes
qu'ils venoient d'établir, fe font perfuadés que dans
certaines occafions , plufieurs de ceux qui ont con-
fulté les forts des faints , y ont été portés par une fe-
creteinfpiration du ciel. (Z>. /. )
SORT A CAP , ( Géog. mod. ) cap de la Méditer-
rai>ée , fur la côte de Tripoli , en Barbarie , au fond
du golphe de Sidra. On prend ce cap pour ïHippi
promofitoriurn des anciens. (^D.J.^
SORTE, ff. ( Gram. ) nom colleftif , quiraffem-
ble fous fon acception un certain nombre de chofes
s O R
liiîinsiuéfS par quelque caradere d'un plus grand
ombre qui forme le genre. Plante eu le gt'nre;mais il
a bien des fortes de plantes. Etolîe eft le genre ;
iiûs il y a bien des Jones d'étoffes , d'animaux , de
oiflbns , de lerpens ; il y a toutes /or«j d'efprits &
e caractères. Il y a dans quelques hommes nos forte
'inllind ; il y en a qui ont nne forte de fcience. Cet
onime nous en contera de toutes les firt^s. ïl y a de
ouïes fortes de marchandile. Il n'y a forte d'atten-
tons qu'il n'ait prifes , le hafard les a toutes trora-
ées.
Sorte , f. f. ( Joaillerie. ) on fe fert de ce terme
ans le commerce des pierreries , en parlant des
mcraudes qui ne fe vendent qu'au marc ; ce qui en
larque les différentes groffeurs qui vont en dimi-
uant , depuis la première forte julqu'à la troilieme ;
m dit auffi première , féconde &c troilieme couleur.
D.J.)
SORTIE , f. f. ( Grarn. ) l'aftion de fortir, ou paf-
îge d'un lieu qu'on regardoit comme fa première
emeure dans un autre. J'en fuis à ma première for-
ie. Ce mot a quelquefois rapport au tems , à \afortie
ie l'hiver , à la fin d'une occupation , à la fonie de ce
■vre. Aux iffues d'une maifon , j'ai deux forties , &
ela m'eft fort commode , je m'échappe & je rentre
juand il me plaît & fans qu'on le fâche ; aux voies
ju'on ouvre aux eaux , à l'air , à un fluide dont le
éiour incommoderoit ; j'ai pratiqué imefortie à ces
'"dpeurs.
Sortie , ( Fonif cation. ) terme dont on fe fert
[ansVart militaire ponrcxprïmer l'aftion par laquelle
es affiégés fonent de leurs villes ou de leurs forte-
x;ffes , afin de chaffer les aiTiégeans , d'enclouer leur
:anon , d'empêcher leurs approches , & de détruire
eurs ouvrages , &c. On dit » faire une jortic , repouf-
fer unefortie , &c. On eft coupé dans une fortie ,
lorfque l'ennemi fe place entre ceux qui (ont fonis
'k. leur ville. Chambers.
Ceux qui fe tiennent toujours dans leur place fans
Paire des forties , font , dit le chevalier de la faille ,
femblables à ceux qui ne fe foucient point du feu qui
ell: dans la maifon du voifin , & qui ne fe meuvent
pour l'éteindre, que lorfqu'il a pris à la leur. En eff^t,
les affiégeans avançant toujours leurs travaux vers
la place , il eft de la dernière importance de travail-
ler de bonne heure à en arrêter le progrès ; c'eft à
quoi [es forties font excellentes lorfqu'elles font bien
difpofécs & bien. conduites ; car autrement elles
avanceroient plutôt la prife de la place qu'elles ne la
retarderoie.nt. Quelque avantagcufes que foient les
forties , on ne peut pas en faire indifféremment dans
toutes fortes de places ; il faut pour en entreprendre
que la garnifon foitnombreufe. Une garnifon foible
•& qui leroit amplement fournie de toutes les muni-
tions néceftaires pour fe défendre & pour fubfifter
long-tems dans la ville , devroit être fort circonf-
pedte dans les forties. Mais une garnifon nombreufe
&i. qui n'eft pas d'ailleurs fournie pour long-tems de
vivres &C d'autres mueitions , doit fatiguer l'ennemi
autant qu'il lui eft pofîible , par de très-fréquentes
forties : c'eft aufTi le parti que l'on doit prendre dans
une ville dont les fortifications font mauvaifes ; on
ne doit pas fe laiffer renfermer , pour être obligé de
ie rendre , pour ainfi dire, fans réliftance. Il faut fa-
tiguer l'ennemi continuellement , le tenir éloigné de
la place le plus long-tems qu'il eft poffible , & n'o-
nietre aucune chicane pour lui dilputer l'approche
du glacis & la prife du chemin couvert. C'eft ainfi
que M. le marquis d'UxcUes , depuis maréchal de
France , en ufa dans la défenfe de Mayence en
.1689. Il défendit cette ville , affez grande &C très-
mal fortifiée , pendant pins de deux mois , par le fe-
cours d'une garnifon excellente , & il fut obligé de
capituler faute de poudre 6c de munitions, éteint en-
S O R
381
core maître de fon chemin couvert, & même, pour
ainfi dire, de tous fes glacis, puifque l'ennemi n'y
avoit qu'un logement furie haut ; encore, dit M. de
Feuquicres , M. le Marquis d'Uxelles le laiffa-t-iî
faire pour avoir prétexte de capituler, & que l'en-
nemi ne pût pas foupçonner qu'il fe rendoit faute de
poudre. A Keifervert en 1702,1a place.fort mauvaife
par elle-même , ne ftit encore défendue que par de
nombreufesybrn^5 , qui firent payer fa prife chère à
l'ennemi. Dans des cas femblables , on ne doit point
fe négliger pour les forties ; pour qu'elles réufTiffent ,
il faut qu'elles foient faites avec art & intelligen-
ce ; c'eft , dit M. le maréchal de Vauban , dans ces
fortes d'aélions que la vigueur , la diligence & la
bonne conduite doivent paroître dans tout leur éclat
6c dans toute leur étendue.
Lorl'quc l'ennemi eft encore loin de la place , les
forties font très-périlleui.s , parce que l'ennemi peut
avec fa cavalerie , leur couper la retraite dans la
ville ; mais lorfqu'il a établi îa féconde parallèle &
qu'il pouffe les boyaux de la tranchée en avant pour
parvenir à la troilieme au pié du glacis , c'eft alors
qu'on peut fortir fur lui ; on le peut même , fi l'on
prend bien fes précautions , lorfqu'il travaille à fa
féconde parallèle , & qu'elle n'eft point encore ache-
vée entièrement ; mais où elles doivent être les plus
fréquentes, c'eft lorfque l'affiégeant eft parvenu à la
troifieme parallèle & qu'il veut s'établir fur le glacis.
On ne craint plus alors d'être coupé , & on peut le
furprendre d'autant plus aifément , qu'on peut tom-
ber fur lui d'abord & le culbuter fans lui donner le
tems de fe reconnoître.
Les forties peuvent être ou grandes ou petites ; les
grandes doivent être au m.oins de 5 ou 600 hommes ,
ou proportionnées à la garde de la tranchée , & les
plus petites feulement de 10, 15 , ou 20 hommes.
L'objet des grandes forties doit être de détruire &
de rafer une grande partie des travaux de raifiégeant,
afin de le mettre dans la néceffité de les recommen-
cer , d'enclouer le canon des batteries , de reprendre
quelque pofte que l'on aura abandonné , &c enfin de
nuire à l'ennemi en retardant fes travaux, pour re-
culer par-là la prife de la place.
Pour les petites forties , elles ne fe font que pour
donner de l'inquiétude aux têtes de la tranchée , pour
effrayer les travailleurs , & pour les obliger de fe re-
tirer. Comme il faut toujours quelque tems pour les
rappcUer & les remettre dans l'obligation de conti-
nuer leur travail , il y a un tems de perdu , qui re-
tarde toujours l'avancement & le progrès des tra-
vaux.
Le tems le plus propre pour les grandes y^r/Ze^,
aft deux heures avant le jour ; le foldut eft alors fati-
gué du travail de la nuit & accablé de foramcil , il
doit par cette raifon être plus ailé à furprendre & h
combattre. Lorfqu'il a fait de grandes pluies pendant
la nuit , & que le foldat ne peut faire ufage de fon
feu , c'eft encore une circonftancc bien favorable ;
il ne faut rien négliger pour le furprendre : car ce
n'eft , pour ainfi dire , que par la furprife que l'on
peut tirer quelque avantage d^une fortie.
Pour les [iemes fort! es , dont l'objet eft de donner
fsmplcment de l'inquiétude aux alïiégcans , fans pou-
voir leur faire grand mal , voici comme elles fe font.
On choifit , pour les faire , des foldats hardis Se va-
leureux , au nombre , comme nous l'avons dit , de
10, i^ ou 20 , qui doivent s'approcher doucement
de la tête des travaux des afliégeans , & fe jetter en-
fuite promptement defiits , en criant , tue , tue , &
jcttant quelques grenades ; eniiilte de quoi ils doi-
vent fe retirer bien vite dans la place ; l'alarme qu'ils
donnent ainfi eft fuffifante pour faire fuir les travail-
leurs , qui ne demandent |xis mieux que d'avoir un
prétexte fpécieux pour i'cafuir ^ i\ms , dit .M. Gou"
38i
S O R
Ion , qu'il folt poiTlhlc de les en empêcher , & de les
ralVembler toute la uuit , ce qui la tait perdre aux
alliegcans. Si , dit le même auteur , les aillcgeans
s'accoutument il ces petites forrics , & qu'ils- ne s'en
ébranlent plus , les ainégés s'en appercevant , feront
fuivre ces petites /orties d'une bonne , laquelle n'é-
tant point attendue , renverlera lans didiculté les
travailleurs & ceux qui les couvrent : après quoi
elle lé retirera fans s'opiniâtrer au combat, pour ne
pas avoir toute la tranchée fur les bras. ( Q )
Sortie , ( Ifyii'r. ) c'efl l'ouverture circulaire
ou l'orifice d'un ajutage par où l'eau s'élance en l'air
6c forme un jet d'eau, f^oyei Orifice. ( K )
Sortie , f. f. ( Commeru. ) c'elt le partage d'un lieu
à un autre. Il n'y a guère de fouverains qui n'ait éta-
bh des droits fur les marchandiles qui entrent dans
leurs états ou qui en fortent ; mais les fouverains qui
ont le moins établi de ces droits en général , font les
plus éclairés. 11 ne faut aucun de ces droits dans un
même royaume , qui ellfous la domination du même
ibuverain. Ç D. J.)
SORTILEGE , f m. ( Magie. ) ^oye^ Sorx:el-
LERIE.
Sortilège , ( Jurifp. ) on entend par ce terme
un maléfice qui fe fait par l'opération du diable.
Lejbrtilige ell compris dans ce que l'on appelle en
général magie ; mais il a particuherement pour objet
de nuire aux hommes, foit en leur perfonne , foiten
leurs belliaux , plantes & fruits de la terre.
Il n'appartient qu'aux Théologiens de traiter ime
matière fi délicate ; c'eft pourquoi nous nous con-
tenterons de parler des peines que les lois ont pro-
noncées contre ce crime.
La loi divine condamne à mort ceux qui en font
convaincus , Lcvit. xx. Dcuùron. xvuj.
Le droit canonique prononce l'excommunication
& les autres cenfures contre ceux qui ufent deyor-
ÙUge.
Les lois mêmes du paganifme les ont condamnés
comme ennemis du bien public & du repos de la fo-
ciété. La loi des xij tables y ell précife ; & fi les Ro-
mains permirent depuis l'ufage des augures , ce ne
fut que poiu- favoir le fort des armes & des batailles ;
^ncore reconnut-on le danger de cet ufage qui fayo-
rifoit les affemblées fecretes où fe formoient les conf-
pirations contre l'état & la vie des concitoyens : tel-
lement que ces affemblées furent défendues par un
édit de Tibère.
Les empereurs chrétiens fe hâtèrent d'arrêter le
cours de ces fuperftitions criminelles , ainfi qu'on le
voit au code di maUficis & mathematicis : la peine
ànforù/egc étoit tantôt d'être expofé aux bêtes , tan-
tôt celle d'être brûlé vif, ou d'être crucifié, quelque-
fois d'être mis dans un vaie plein de pointes , ou d'être
décapité ; la moindre peine étoit la déportation.
La feule peine que nous ayons retenue ell: celle
du feu vif Elle ne doit pouriant pas être ordonnée
dans tous les cas. On diflingue s'il ne s'agit que d'un
foniUgc fimple fans autre circonftances aggravantes
& qui part ordinairement d'un cerveau dérangé , ou
s'il y a eu maléfice qui ait caulé la mort à quelqu'un
ou des pertes conlidérables ; c'eil principalement
pour ces maléfices qu'on ordonne la peine du feu.
Les prétendus devins , faifeurs de prognoitics &
diléurs de bonne fortune, dont parlent les ordonnan-
ces d'Orléans 6l de Blois, doivent leulement être pu-
nis de peines corporelles & exemplaires. L'édit
d'Août 1681 ajoute cependant la peine de mort,
.lorfqu'à la fuperilition fe joint l'impiété 6c le facri-
lege.
Foyei le traité de la police de la Mare , le traité de
la magie, fi-c. imprimé en 1737, l'hiftoire critique des
pratiques fuperuitieufes par le P. le Brun , & les irif-
(ituies au droit criinind à&M, de Vouglans. ( J)
S O S
SORTILEGUE , f. m. (^Jnùq. rom.') c'étoit un em-
ploi facré que celui dejonilcgue , c'c(î-à-dire de celui
qui avoit la fondion de jetter les forts ; elle étoit
exercée par des hommes & par des femmes , au choix
du pontife. On les appelloityorn^rii & fortiarite, d'où
font venus fans doute les noms de forciers Se forcitrcs.
Mais ceux qui jettoient les forts n'avoient pas le pou-
voir de les tirer; on fe fervoit pour cela du miniftere
d'un jeune enfant. Dans les infcriptions recueillies
par Gruter , on en trouve une d'un nommé G. Stimi-
nius Heracla , qui fe qualifie de jortUcgue de Vénus
Erycine. (Z>. /.)
SOilTlNO , (^Géog.moJ.^ petite ville de Sicile
dans le val de Noto, au bord de la rivière de Sorti-
no , &c un peu au-deffus de l'endroit où cette rivière
fe jette dans le Fium-grande. ( D. J. )
SORTIR , V. n. (Grarn.^ palier d'un lieu qu'on re-
garde comme fon féjour, dans un autre. Le maître
de la mailon eÛJorti ; il a eu ordre deyàmVdu royau-
me; il eft/om d'un mauvais pas ; cet endroityôrf trop;
cette figure fort trop ; il ell forti d'exercice ; il fortit
de la place à la tête d'une petite troupe ; ne Jorte^^
point de votre fujet; la petite vérole commence à
Jbn'irà cet enfant; il e{\. forti de bonne heure; vous
forte^ de cadence, de mefure; il el\ forii de grands
hommes de Port-Royal, ô-c.
Sortir , (^Jurifp.) fignifie avoir , tenir ou produi-
re; comme quand on dit qu'un jugementyor/i/-iZ effet,
c'eft-à-dire aura fon exécution.
Dans les contrats de mariage , où Ton fait des ftl-
pulations de propres, après avoir fixé la mile en com-
mimauté , on dit que le furplus fortira nature de pro-
pres , c'ell-à-dire tiendra nature de propres, f^oyei^
Propre, (y^)
Sortir le boute-feu a la main, (^Marine,')
cela fignifie qu'un port eft affez bon pour en faire
fortir un vailfeau tout prêt à tenir la mer , ou prêt à
combattre ; tel eft, par exemple , le port de Brefl.
Sortir du fort , tzrme de Chafjc , il fe dit d'une
bête qui débûche de fon fort , ou du lieu où elle a
palfé le jour.
SORFIODUNUM, {Géog. anc.) ville de la
Grande Bretagne. L'itinéraire d'Antonin la marique
fur la route de Callcva à ViroconiuiHy en prenant par
Muridorium. Elle étoit entre Brige & Vindogladia , à
9 milles du premier de ces lieux, 6c à i z milles du fé-
cond. Quelques manufcrits lifent Sorbiodunum pour
S orviodunum \ le nom moderne eft Old-Salisbury ^
félon Cambden. En effet, la ville de Salisbury d'au-
jourd'hui a été bâtie des ruines de l'ancienne Sorbio-
dunum., qui étoit fituée un peu au-defliis lur une hau-
teur aride 6c ftérile , où il y avoit un château fort'i-
fié , dont l'enceinte avoit cinq cens pas de tour.
{D.J.)
SORY, f. m. (^Hifl. nat.) nom donné par quelques
auteurs à une pierre de couleur grife , chargée de vi-
triol.
SOS , ( Géog. mod. ) petite ville de France dans
le bas Armagnac. Elle a donné la nalffance à M. de
Silhon (Jean), confeiller d'état ordinaire, & l'un
des premiers membres de l'académie Françoile. Il
s'appliqua à l'étude de la religion Si de la politique ,
& fut employé dans des négociations importantes,
fous le miniftere du cardinal de Richelieu. 11 mourut
en 1 667 , après avoir mis au jour plufieurs livres , &
entr'axitres celui qui a pour titre , le Minifire d'état.
C'eil un bon écrivain , mais dont le ftyle eft trop dif-
fus. Il a très-bien prouvé la fauffeté de la puiflance
indirefte , que les Ultramontains s'avifent d'attribuer
au pape fur le temporel des princes. (^D. J.)
SOSIBES , les , (Géog. anc.~) peuples des environs
de la Sarmatie afiatique. Ils furent du nombre de
ceux qui confpirercnt contre l'empire romain fous
Marc Antonin le philofophe. (Z>. /.)
s O I
SOSICt/R(S. , ( GVfli,'. anc.) peuple de l'Inde, en-
?çà du Gange , & Iclon Ptolomée , /. f^il. c. j. dans
• golfe Colchique. Caftald dit que le nom moderne
\JacamcuTi. (^D. J.^
SOSIPOLIS , f. m. ( Mythol. gncq. ) dieu des
iéens. Paufanias raconte que les Arcadiens ayant
it une grande Irruption en Elide, les Eléens s'a-
mcerent contre eux pour éviter la prife de leur ca-
itale. Comme ils étoient fur le point de livrer ba-
ille, une femme fe préfenta aux chefs de l'armée,
3rtant entre fes bras un enfant à la mamelle, & leur
t , qu'elle avoit été avertie en fonge que cet enfant
)mbattroit pour eux. Les généraux éléens crurent
le l'avis n'étoit pas à négliger ; ils mirent cet enfant
la tête de l'armée, & l'expoferenr tout nud; au mo
ent du combat cet enfuît fe transforma tout-à-coup
iferpent, 6c les Arcadiens furent fi eiTrayés de ce
•odige, qu'ils fe fauvcrei^t ; les Eléens les pourfui-
irent , en firent un grand carnage , & remporteront
le vifloire fignalée.
Comme par cette avanture la ville d'Ells fut fan-
ée, les Eiéens donnèrent le nom de Sofipolis à ce
erveilleux enfant, bâtirent un temple à la gloire ,
: inftltuefert une prêtrefle particulière pour préu-'
?r à fon cuite. Le temple étoit double : la partie an-
rieure étoit conlacrée à Lucinc, qui félon l'opi-
on des Eléens, avoit fmgulierement préfidé à la
liffance de Sofipolis. Tout le monde jouiflbit d'une
itrée libre dans cette partie du temple; mais dans le
ncluaire dut dieu , perfonne n'y entroit que la prê-
effe qui même , pour exercer ion mmiftere , fe coii-
•oit la tête d'un voile blanc.
Les filles & les femmes revoient d^ns le temple de
Licine, chantoient des hymnes & brCiloient des par-
iais en l'honneur du dieu d'Elide. On repréfentoit
î dieu fous la forme d'un enfant avec un habit de
lufieurs couleurs, & femé d'étoiles, tenant d'une
lain une corne d'abondance.
On peut croire que les chefs des Eléens pour ef-
ayer leurs ennemis, & donner du courage à leurs
•oupes, s'avilerent du ftratagême d'expofer un cn-
mt à la xè.\.Q. du camp , & de fubftituer enfuite avec
dreffe , un ferpent à la place. Enfin on fit intervenir
1 religion pour foutenir une rule qui avoit fl bien
éiiflî. Voilà le premier tome de la Pucelle d'Or-
;ans.
Jupiter efl auffi quelquefois nomm.é Sofpolis^c'c^x-
-dire Jhnveur de la ville. (^D. J.^
SOSPELLO, {Géog.mod.) petite ville des états
lU roi de Sardaignc , dans le comté de Nice , entre Ni-
e &Cony. Elle fiit prife en 1697. par les François,
iui la rendirent au duc de Savoie "par la paix de
696.
Ray naud (Théophile^ , l'tm des fameux jcfuites
lu xvij. fiecle, naquit à. Vo/^^/io , pafia prcfque toute
a vie en France, & mourut à Lyon en 1663 , à 79
ins, félon M. Gallois.
Le P. Raynaud étoit extrêmement laborieux,
:omme le prouve le nombre de livres qu'il a compo-
es. Il en publia quelques-uns qui furent à fon grand
•egret, flétris par l'inquifuion ; mais il déchargea fa
:olere fur les Jacobins , par un ouvrage oii il ramafla
:me infinité de chofes tirées de leurs écrits, qui n'a-
t'oient pas été cenfurées , quoiqu'elles le méritafient.
On ne fauroit nier qu'il n'eût Tefprit fjtyrique , l'i-
magination vive &C une mémoire prodigieufe. Son
(î^yle eft obfcur , à caufe qu'il afFetle de le fervlr de
termes difficiles à entendre , & de mots tirés du
grec.
Il maltraita les Janféniftes qui ne l'ont pas épargné
à leur tour; mais les Carmes l'ont beaucoup loué, &
ils lui rendirent les honneurs funèbres dans tous les
couvcns de levtr ordre. Ce fut à caule de l'ouvrage
qu'il avoit fait fia* le fcapubire. Guy Patin étoit auili
O
38?
de fcs bons amis , & trouvoit beaucoup de doctrine
dans tous fes ouvrages ; ce n'eil pas un petit élo^^e ,
car l'édition qu'on en a faite à Lyon en 1665 , com-
prend 20 volumes in-fol. & ce qui eftforî étran-^e
le libraire ne s'y eft pas ruiné.
Au refte , le P. Raynaud a fi fouvent déo^uifé fori
nom à la tête de fes livres , que M. Baillet n'a pas eu
le bonheur de pouvoir toujours découvrir cette fu-
percherie. Hurtado moine eljjagnol, a jette bien des
railleries , non feulement lur les divers noms que pre=
noit le P. Raynaud, mais aulTi fur les titres que ce
père donnoit à fcs ouvrages. Il faut pourtant conve-
nir que fes titres étoient quelquefois ingénieux. Qui
ne voudroit lire, par exemple , un ouvrage intitulé,
les' fpirituûliiés hétéroclites , èl les anomalies de la pié-
té. C'eft le titre du quinzième & du feizieme volume
des œuvres de ce jéfuite. Voilà donc, dira-t-on , des*
hétéroclites dans la religion, auffi bien que dans la
grammaire ; y voilà des anomalies, au/Ti bien que
dans la lune: on ne peut fe diipenier d'acheter un
ouvrage qui nous apprend des chofes fi fingulieres.
SOSPITA, {Mythol.) c'eft-à-dlre/^/HtoVe; fur-
nom de Junon, parce qu'elle veilîoit à la falubrité de
l'air , dont l'intempérie caufe les maladies. Cette déef-
fe, qui eft fouvent prife pour l'air même, avoit trois
temples à Rome fous le nom à.tJunofofpita.^^L les
confuls, avant que d'entrer en charge, alloient lui
offrir un facrifice. {D. /.)
SOSSINATl^ ( Géog. anc.) peuples de l'ile de
Sardaigne. Strabon , lib. l^. pag. 2 ai. les compte au
nombre des peuples montagnards qui habitoient dans
des cavernes, éc qui bien qu'ils euffent des terres
propres à porter du blé , les négligeoicnt , aimant
mieux piller les terres des autres, tantôt dans l'île,
tantôt dans le continent oppofé, fur-tout les terres
des Pifans. {D.J.)
SOS S lus , ( Géog. anc. ) fleuve delà Sicile , Pto-
lomée , /. ///. c. iv. le marque fur la côte méridio-
nale , entre la ville Pintia & l'embouchure du fleuve
Isburus. Le nom moderne efl Calia Bellota félon Fa-
zel , & Pulici félon Léander. ( Z>. J.)
SOT, FAT, IMPERTINENT, {Gram.) ce.font là
de ces mots dans toutes les langues qu'il eft impolfi-
Ijle de définir, parce qu'ils renferment une colledion
d'idées qui varient fuivant les moeurs dans chaque
pays & dans chaque fiecle , & qu'ils s'étendent en-
core fur les tons , les geftcs & les manières.
Il me paroît en général que l'épithete de/Izï, de
foc & à^impcrtinent , prife dans un fens aggravant ,
n'indiquent pas feulement un défaut , mais porte avec
foi l'idée d'un vice de caradlcre & d'éducation. Il me
femble auffi que la féconde épithete attaque plus l'ef-
prit , & les deux autres les manières ; c'efî en vain
c[u'on fait des leçons à wnfot , la nature lui a refufé
les moyens d'en profiter. Les difcours les plus rai-
fonnables font perdus auprès d'un /</^ ; mais le tems
& l'âge lui montrent quelquefois l'extravagance de
la fatuité. Ce n'eft qu'avec beaucoup de peine qu'on
peut venir à bout de corriger un impertinent,
Lefot eft celui qui n'a pas mêine ce qu'il faut d'ef-
prit pour être un fat. Va fat eft celui qvie les fois
croient un homme d'efprit. L'impertinent eft une cf-
pece de fat enté fur la grolficreté.
IJnfot ne le tire jamais du ridicule , c'cft fon ca-
radlere. Un impertinent s'y jette têtebaiflée, fans au-
cune pudeur. Un fat donne aux autres des ridicules,
qu'il mérite encore davantage.
Le/o^ eft embarrafté do la perfonne. Le /.'// eft rem-
pli de l'amour de la Icience , avec une forte de hau-
teur pour les autres. \J impertinent pafTe à l'effron-
terie.
Lzjot , au-licu de fe borner à n'être rien , veut
être quelque chofe ; au-licu d'écouter, il veut par-
384
SOT
1er , &: poiir-lors il ne (dM & ne dit que des bctlfcs.
Vn/M parle beaucoup , ck d'un certain ton qui lui
ei\ particulier ; il ne lait rien de ce qu'il importe de
lavoir dans la vie , s'écoute & s'admire. Il ajoute à
la l'ottife la vanité & le dédain. Vimpcrtincm cil un
fat, quipcchccnmcme tems contre la politellc 6l
la bienléance. Ses propos font fans égard , fans con-
fidération & fai-s refpti>. Il confond l'honnête li-
berté avec une f unillarité excclîive ; il parle 6l agit
avec une hardiclle infolcntc , c'eft wnfat owwn j'ot
outré , fans délicatcffe. \^eJ'ot ennuie ; Ic/ar révolte ;
Yiwpcitimnt rebute , aigrit & irrite.
Addilfon & la Bruyère ont donné d'excellens
coups de crayon fur chacun de ces trois défauts.
Théophrafle lésa décrits en pafiant dans fes portraits
inoénieux des vices des Athéniens. Séneque les ca-
ra'dérife aufTi dans fes tableaux des mœurs romai-
nes ; mais il a peint merveilleufement \cfat parfait ,
dans la pcrfonne d'un des ahuabUs de Rome , qui
ayant été transporté par fes efclaves du bain dans fa
chaife à-porteurs , fe donne la peine de leur deman-
der en arrivant , s'il ell alTis , comme fi c'étoit une
chofc au-deflbus de lui de le favoir. Citons ce trait
dans la langue originale , il a bien plus de fel : Audio
qiumdam ex ifi'is ddicatis ( f. modo ddiciœ vocandœ.
j'iint vilain & conftutudinem dccifcere ) , cùm ex halneo
inur manus datus , & inj'dlà pojitus ejjet , dixijfe in-
terrocrcndo , jam fedeo? Nimis humilis 6* contcmpù ho-
minis ijfe videtur , Jdre quidfadiat. Senec. de bnvitate
vit a , cap. xij. (£>. /. )
SOTAVENTO ou SOTOVENTO, (Géog. mod.)
on appelle ainfi la partie méridionale des îles Antil-
les. Les Efpagnols leur donnent ce nom , à caufe
qu'elles font eiîeQivemcnt fous le vent , à l'égard de
celles de Barlovento. Les principales de ces îles font
la Trinité , la Marguerite , la Tortuga , la Rocca ,
Bon-Aire, Curaçao , Oruba. {D. J.)
SOTER , SOTERIA ,{Liucraturc.) c'eft-à-dire ,
confervauur , confcrvatricc : on trouve que ces noms
étoient fouvent donnés aux divinités , lorfqu'on
croyoit leur être redevable de fa confervation. On
les donnoit particulièrement à Jupiter, à Diane, à
Proferpine. Il y avoit chez les Grecs des fêtes appel-
lécs Jotéries , qui fe célébroient en aftion de grâces,
quand on étoit délivré de quelques périls. (Z>. /.)
' SOTÉRIES , f. f. plfoteria , ( Amiq. rom.) fêtes
qu'on célébroit en adion de grâces pour la délivran-
ce de quelque grand péril public. Sous le règne des
empereurs , on ne manquoit pas de faire ces fortes
de folemnités, lorfque le prince relevoit de maladie.
{D. J.)
SOTHERTON ou SUTTERTON , ( Géog. mod.)
village d'Angleterre, dans Lincoln-shire & dans la
partie feptentrionale du HoUand. Ce village mérite
d'être remarqué , parce qu'il étoit autrefois fur le
bord de la mer, 6c qu'aujourd'hui il en efl: à plus de
deux milles. Ainfi l'Océan s'eil: retiré de ce côté-là,
à mefure qu'il s'eft avancé vers un autre. (D. J.)
SOTIATES , ( Géogr. anc. ) peuples de la Gaule ,
marqués dans l'Aquitaine par Célar. M. l'abbé de
Longuerue obferve que le nom de ces peuples eft
corrompu en celui de Souciâtes dans plufieurs édi-
tions des commentaires de Céfar ; mais de quelque
manière qu'on écrive ce mot , on n'en connoît pas
mieux le peuple dont il s'agit , comme le prouve alfez
la variété des opinions de nos favans.
M. de Marca , hifl. de Béarn^ l. I. c. ix. penfc que
le peuple Soriat-'S répond au diocéfe d'Aire. M. de
Vi.lois veut cjue ce loit le quartier aux environs de
Soz qui eft de l'ancien diocefe d'Eaufe , aujourd'hui
compris dans celui d'Aux. M. Samfon , dans fes re-
marques fur la carte de l'ancienne Gaule, edinie que
les Sonates font les liabitans du diocefe de Lcdoure,
SOT
d'autant mieux que la ville eft forte d'aflîette & de
travail , comme dit Céiar ; & parce que ce pays fe
préfente le premier du côté de Touloufe , paroiiil
fcmble que CraiTlis entra dans l'Aquitaine. Enfin M.
Lancelot , hifl. de i'ucad. des Injcript. tome V, p. 201.
croit que \q$ Sociales font plutôt les habitans du pays
de Foix , parce que cette ville ell frontière de Lan-
guedoc , qu'on y entre en venant de Touloufe fans
avoir de rivière confulérable à palier j que le pays
ell montueux , & a quelques mines de cuivre , cir-
conftance que Céfar dit du pays àQsSotiates.
La conjc<flure de M. de iViaica n'tft autorifée que
fur une charte faite par quelque moine moderne fort
ignorant. L'opinion de M. de Valois n'eft fondée que
(ur la conformité du nom de 5c>j avec Sotiates^ qui
toute feule eft la plus foible raifon du monde. Les
idées de MM. Samfon & Lancelot ne font étayées
d'aucune autorité ancienne ou moderne. En un mot,
comme les anciens après Céfar n'ont fait aucune
mention des peuples Sociales ; que lui-même n'en
parle qu'en palfant & légèrement , il cil impoffi-
ble aujourd'hui de deviner la pofuion des peuples
Sotiates , ainli que de plufieurs autres nommés dans
les commentaires de ce grand capitaine , d'autant
mieux que ces peuples ont ians doute été confondus
avec d'autres peuples par Augufte, dans le tems qu'il
fit faire la nouvelle diviùon de l'Aquitaine. (ZJ. y.)
SOTIE, f. f. (^Hijl. du théat. franc.') nom donné à
des farces qu'on repréfentoit autrefois en public, &
qui étoient un tiflii de bouffonnerie pour faire rire le
peuple. Elles fuivirentde près les myfteres de la paf-
îion. L'on ne doit pas les confondre avec les fotéries,
qui étoient des pièces de vers plus anciennes faites
en l'honneur des faints. ( Z>. /. )
SOTTISE , f. f. (Gram.) c'eft l'adion ou le propos
d'un fot. A^oye^ SOT.
SOTTISIER, f. m. (Gram.') recueil de pièces or-
durieres.
SOTTOSRINS , f. m. terme de Galère , pièces de
bois qui croifent les courbiltons , & qui fervent à les
lier &L à les affermir.
SOU , ( Monnaie. ) voye^^ SOL.
Sou , f. m. {Marine?) c'eft la terre qui eft au fond
de l'eau.
Sou , {. f. (^Economie rujiique. ) c'eft l'étable aux
pourceaux.
SOVA ou SOVI , {Hift. mod.) c'eft le nom qu'on
donne en Afrique dans les royaumes de Congo ÔC
d'Angola à des efpeces de gouverneurs ou de vice-
rois , qui font fournis aux rois du pays ou aux Portu-
gais, & qui ty rannifent les habitans qui font fous leurs '
ordres de la manière la plus cruelle ; ils jugent des
procès &des différends, & ne manquent pas de ren-
dre à leur profit ceux à qui ils donnent tort.
SOUACHEM , ( Géog. mod. ) petite île du golfe
Arabique , qui fépare , pour ainfi dire , l'Egypte
de l'Ethiopie. Il y a dans cette île un bâcha turc.
(Z>. /.)
SOUADOU , ( Gtog. mod. ) nom qu'on donne à
un amas d'îles de l'Océan indien , fituees partie fous
le deuxième , partie fous le troifieme degré de iati- !■
tude méridionale , au midi des îles d'Adoumatis , & I
uu nord des îles d'Addou en général qui en font affez ■
proche. (Z>. J.)
SOUBA ou SUBA , f. m. {Hifl. mod. ) c'eft ainfi
qu'on nomme dans l'Indoftan des efpeces de vice-
rois ou de gouverneurs généraux , qui ont fous leurs
ordres des gouverneurs particuliers, que l'on nomme
nababs ; ils font nommés par le grand-mogol.
SOUBARDIERS , f. m. pi. terme de Carrier^ prin-
cipaux étais qui Ibutiennent la machine avec laquelle
on tiic des pierrieres les maffes de pierre à faire de
l'ardoile. (i). /.)
SOUBASSEMENT, f. m. {Arcliit.) large retraite
ou
sou
i e%ece de piédeflal continu , qui fert à porter un
ifice. Les architedes le nomment Jléréo bâte &c Jb-
: continu , quand il n'y a ni bafe , ni corniche.
O.J.)
Soubassement, terme de TapiJJlcr ; bande d'ctof-
, de loie , de drap , de lerge, qui ell attachée le long
chaque pan de lit.
SOUBERME , f. f. (Manne.) c'eft un torrent,
:ll-à-dire , un amas d'eaux provenues des pluies
1 de la fonte des neiges , qui groffit les rivières.
SOUBISE , ( Gcog. mod. ) petite ville de France,
ns la Saintonge , lur la Charente , à 2 lieues au nord
Brouage , & à 5 de la Rochelle. Elle a donné le
im à une branche de l'illuftre mailbn de Rohan ;
:ft une principauté de vingt mille hvres de rente,
le comprend fept greffes paroiffes , qui forment
. petit pays. Longitude 16'. J4. latitude ^5. 4j).
D.J.)
SUBRESAUT, f. m. {Manège.) faut imprévu & à
intretems que le cheval fait pour fe dérober de def-
Lis le cavalier qui le monte.
SOUBRETTE, f. f. {Gmm.) c'étoit autrefois une
mme attachée au fervice d'une autre. Il n'y a plus
J'oubrette dans nos maiibns; mais elles font reliées
théâtre , oii elles font communément , méchantes,
vardes , fans décence , fans fentiment, fans mœurs,
fans vertu ; car il n'y a rien dans la fociété qui
ffemble à ce perfonnage.
SOUBREVESTE , f. f {Habit milit.) \afoubreve(îe
it partie de l'habillement des moufquetaires. Ce
ten 1688 que le roi ordonna les Joubrevejhs , qui
nt comme des jufle au-corps fans manches. Elles
nt bleues & galonnées comme les cafaques. Elles
)t une croix devant & une derrière , qui font de
îlours blanc bordées de galon d'argent ; les fleurs-
;-lis aux angles de la croix font de même. Le de-
mt & le derrière desfoubrevejles , s'accrochent aux
)tés par des agraffes. Non-feulement les moufque-
ires , mais encore les fous-brigadiers, les brigadiers
: les maréchaux-des-logis , portent la. Jbubrevcjîe. Il
'y a que les officiers fupérieurs qui ne la portent
Dint. Le roi fournit la cafaque & la foubrevefîe , &
n rend l'une & l'autre quand on quitte la compagnie.
D.J.)
SOUCHE , f. f. {Grammaire & Jurifprudence.) pris
ans le fens littéral fignifie le tronc d'an arbre ; on
mploie ce terme dans un fens figuré en matière de
énéalogies & de propres pour défigner celui qui efl
auteur commun de plufieurs perfonnes : on le com-
are à la fauche ou tronc d'un arbre , dont ces autres
erfonnes font les branches ; on appelle donc fouche
u tige commune celui duquel font iffus d'autres per-
Dnnes.
Les immeubles qui n'ont pas encore été tranfmis
)ar fucceffion , ne forment que des acquêts quand ils
)nt {ait fouche , c'eft-à-dire , qu'ils ont paffé du père
m fils , ou d'un collatéral à un autre par voie de fuc-
:eflion : ont dit qu'ils ont fait jouche, parce que le dé-
funt efl regardé comme Id. fouche d'oii procède l'hé-
ritage qui devient propre. Foye^^ Propre & Cou-
rUME SOUCHERE.
Swccéàer -p^r fouches in fiirpes , c'efl lorfque plu-
fieurs perfonnes viennent par repréfentation d'un
défunt , & ne prennent tous enfemble que ce qu'il
auroit pris , au lieu que ceux qui fuccédent par tc-
le , prennent chacun jure fuo leur portion virile.
Foyei Représentation , Succession , Parta-
ge. {J)
Souche Je cheminée, {^rchit.) c'cfl un tuyau com-
pofé de plufieurs tuyaux de cheminée, qui paroît au-
dcffus d'un comble; il ne doit être élevé que de trois
pies plus haut que le faîte. Les tuyaux à^une fouche
de cheminée font ou adoffés au-devant les uns des au-
Ires , comme on les faiibit anciennement, ou ranges
Tome XK
SOU
385
fur une même ligne , & joints par leur épaifTeur ,
comme on le pratique quand ils font dévoyés.
Les fauches de cheminée fe font ordinairement de
plâtre pur , pigeonne à la main , & on les enduit des
deux côtés de plâtre au panier. Dans les bâtimens
confidérables, on les conflruit de pierre ou de bri-
que de quatre pouces , avec mortier fin & crampons
de fer.
Souche feinte ; fouche qu'on élevé fur un toit, pour
répondre la hauteur , à la figure , à la fituation des
autres , & leur faire fymmctrie.
Souche ronde ; tuyau de cheminée de figure cylin-
drique en manière de colonne creufe , qui fort hors
du comble , ainfi qu'il y en a au palais à Paris. Ces
fortes àc fauches ne fe partagent point par des languet-
tes pour plufieurs tuyaux; mais elles font accouplées
ou grappées , comme celles par exemple du château
de l'Efcurial , à fept lieues de Madrid , en Efpagne.
Daviler. {D. J.)
Souche, {Hydr.) eflle tuyau qui s'élève au mi-
lieu d'un baffin & d'où fort le jet; on le foude aplomb
fur la conduite & du même diamètre, & il eft termi-
né par un ajutage de cuivre foudé , & qui fe déviffe
pour nettoyer les ordures qui empêchent l'effet de
l'eau. {K)
Souche , {Comm. en détail.) les détailleurs nom-
ment ainfi la plus longue des deux pièces de bois qui
compofent ce que les marchands appellent une taille^
fur laquelle ils marquent avec des hoches les mar-
chandiles qu'ils donnent à crédit. {D. J.)
Souche, {Exploitât, des bois.) c'ell la partie de
l'arbre qui efl à fleur de terre & qui tient atix racines.
On l'appelle zvx&fepée ; mais ce dernier terme ne fe
dit guère que des arbres , du tronc defquels il fort
diverfes tiges.
SOUCHERE, {Jurifprudence.) fe dit d'une coutu-
me où, pour fuccederaux propres , Si pour être ad-
mis au retrait lignager , il faut être defcendu de celui
qui a mis l'héritage dans la famille. Foyei Coutume
SOUCHERE, & les mots COTÉ , SlGNE, PROPRE,
Retrait lignàger , Souche. {A)
SOUCHET , f. m. {Hi[l. nat. Bot.) cyperus , genre
de plante dont la fleur n'a point de pétales ; elle efl
compofée de plufieurs étamines , & elle forme une
forte de tête écailleufe. Le pillil fort des aîles des
écailles , & devient dans fuite une femence trian^^u-
laire. Ajoutez aux caraderes de ce genre que les ti-
ges font auffi triangulaires. Tournefort , inf. rei herb.
Foyei Plante.
Il y a deux efpeces defouchet en ufâge dans les bou-
tiques, le long , & le rond du levant.
hefouchet long , cypcrus longus, efl une racine lon-
gue , menue , noueufe , genouillée , tortueufe , diffi-
cile à rompre , noirâtre en-dehors , blanchâtre en-
dedans; d'un goût fuave un peu acre , aromatique ,
d'une odeur agréable qui approche de celle du nard.
Il croît en Provence & en Languedoc , & c'efl de-là
qu'on nous l'apporte. On choifit celui qui ell bien
confervé , qui n'efl pas carié , & qui efl odorant.
C'efl la racine d'une plante qui s'appelle cyperus
odoratus , radice longâ , C. B. P. Cette racine ell ob-
longue , genouillée , garnie de plufieurs nœuds arti-
culés les uns avec les autres , & de plufieurs fibres
capillaires, d'un rouge noirâtre, fucculent, &: fouvent
de petites racines en forme d'olives , comme dans la
racine de filipendule ; de cette racine fortent des teuil-
les graminées , lemblables à celles du porreau , mais
cependant plus longues & plus étroites : la tige efl
d'une coudée , droite , fans nœuds , lifle , llriée , trian-
gulaire , & pleine d'une moelle blanche ; clic porte
à ion fommet des feuilles plus petites , dilpoiées en
manière d'étoile , & placées au-deficnis des épis de
fleurs , qu'elles fiirpafient en longueur. Ces bouquets
font amples , épars , ÔC comme flottans lur le fom-,
C c C
386
SOU
met de la tige : ils font compolcs d'cpis ou de tctes
ccailleurei, garnies de fleurs ;\ éiamincs lans pétales:
desailTelles des écailles naiiknt les pillils, qui le chan-
gent cnluitc en grains triangulaires , durs , revêtus
d'une écorce noire. Cette plante croit abondamment
dans la Provence , &: diuis quelques endroits des en-
virons de Paris.
Lejoiic/iet rond du Levant, cypcrus roturJus orlcntalis,
eft une racine arrondie , de la grandeur & de la figure
d'une olive, raboteule, llriée, rouiiatreou rougeâtre,
&quolquetbisnoireen-dehors,&blanchesen-dedans,
plulîcurs racines font attachées à la même tête , & y
pendent comme par des filets. Elle a le même goût, &
la même odeur q ue la racine ànjouchct lon^. La plante
s'ai^pelle cypcrus lotundus orhntalis major. C. B. P.
Elle pouffe beaucoup de racines arrondies , canne-
lées, de la orofleur d'une olive ou environ , liées en-
fcmble par une fibre intermédiaire. Elle aies feuilles,
les fleurs , & les graines femblables à la précédente.
Elle vient en abondance dans l'Egypte le long du Nil,
dedans les marais.
On connoit encore une trolfieme efpece àQfouclut
pece pafî"e pour avoir les mêmes vertus que les précé-
dentes.
Dlofcoride & Pline ont parlé dufouchee, fans en
dlflinguer les efpeces. Leurs racines font propres à
divifer les humeurs , à exciter les règles , & à forti-
fier l'eftomac aflblbli par le relâchement des fibres.
Hippocrate en prefcrivoit l'ufage dans les ulcères de
la matrice. Les racines font moins odorantes fraî-
ches que féches ; mais elles <bnt aufli moins aûives ,
étant chargées d'une plus grande quantité de phlegmes
inutiles, l'alloppe prétend que la graine àc fouchet
long enivre comme l'yeble , lorfqu'on en mange avec
le riz , avec lequel elle fe trouve fouvent mêlée dans
les rivières d'Italie. Je ne fai fi cette remarque efl:
certaine, mais elle efl; afl^'ez vraifl'emblableicar les par-
fumeurs macèrent les racines àejhuchet dans le vlnai-
î^re , les féchent enfuite , & les pulvérifent pour en
faire des parfums. {D.J.)
SouCHfcT des Indes y (^Botan.^ Foye^ Safr-AN
des Indes. {D. /.)
SouCHET-suLTAN , ( Botan. ) efpece defouchee ,
nommé par Tourne fort , cyperus rotundus efculenius ,
augiifiifolius I. R. H. Il pouiTe des feuilles arundiua-
cées , longues , étroites , femblables à celles des au-
tres fouchets;(csù^ts font hautes d'environ deux pies,
triangulaires , portant en leurs fommcts des fleurs à
plufieurs étamines ramaflfées en tête jaunâtre , entre
des feuilles à écailles , difpofées en manière d'étoi-
le : quand ces fleurs font pafl"ées , 11 vient fous cha-
que feuillet , une graine triangulaire , ou relevée de
trois coins ; fes racines font des fibres menues, aux-
quelles Ibnt attachés des tubercules charnus , gros
comme les plus petites noifettes , ronds , ornés d'u-
ne efpece de petite couronne , comme les nèfles ,
couverts d'une écorce ridée un peu rude , jaunâtre
ou roulfe , ayant la chair blanche , ferme , d'un goût
doux. Cette plante croit aux pays chauds , en Pro-
vence , en Italie , en Sicile , &c. où fa racine efl: d'u-
fage en médecine. (/?. J.)
S O U c H E T , terme de Carriers , ils nomment
ainfi une aflTez mauvaife pierre , qui fe trouve quel-
quefois entre les bancs qui compolent une carrière ,
particulièrement fur le dernier banc ; le plus fouvent
lejbuc/iet n'eft qu'une efpece de terre & de gravois.
(Z).7.)
SOUCHETAGE, f.m. (^Eaux & forcis. ) defcente
que font les ofiiciers des eaux ôi forêts, après la cou-
pe des bois , pour viflter & compter le nombre <k la
qualité des fouches , ou. arbres abbatus. Il fe dit aufli
SOU
du compte te de la marque des bols de futaie , qu*on
a permiilion d'abattre dans une vente : cette derniè-
re vilite fe fait avant l'exploitation des bois. Trutédes
eaux & forêts. (/?. 7.)
SOUCHETEUR , f. m. ( Gram. ) expert que cha-
cun nomme de fon côté , pour alliiler au fouchetage
&: à la vifite des fouches.
SOUCHE VER , V. n. terme de Carrier^ c'eft pro-
prement couper le fouchet , c'efl-à-dirc , la pierre
ou moilon qui fe trouve dans les carrières , au-def-
fous du dernier banc de pierre. U fe dit néanmoins
plus communément de tout l'ouvrage que les gar-
çons carriers iont dans le fond de la carrière , lous
chaque banc ou lit de pierre, pour les féparer les uns
des autres : c'cfl l'ouvrage le plus diflicile & le plus
périlleux de tous , qui ne fe fait que Ibus-œuvre ,
dans une poflure très-contrainte , le carrier étant or-
dinairement couché de fon long fur de la paille , pour
pouvoirdétacher&; couper la pierre avec le marteau
en croifl'ant , qu'en terme du métier on appelle une
efle.{D.J.)
SOUCKEVEUR , f. m. terme de Carrier ^ ouvrier
qui travaille dans les carrières à ôter le fouchet.
(/?./.)
SOUCI , Caltha , f. m. ( Hifl. nat. Bot. ) genre
de plante à fleur radiée , dont le difque efl compofé
de plufieurs fleurons , & la couronne de demi-fleu*
rons ; ces fleurons , & ces demi fleurons , font por*
tés fur des embryons ,& foutenus par un calice. Les
embryons deviennent dans la fuite des capfules , le
plus fouvent courbes & bordées , qui renferment
chacune une femence ordinairement oblongue. Tour-
nefort infl. rei hcrb. Foyei Plante.
Souci , ( Mat. méd. ) fouci des jardins , &cfouci de
vigne , on fouci fauvage. On donne les mêmes vertus
aux deux efpeces de fouci ; quelques-uns préfèrent
le fauvage comme étant plus fort ; ils font apéritifs &
réfolutils , ils lèvent les obllru61:ions du foie , de la
rate, & de la matrice ; ils guériflTent la jaunifl'e , ex-
citent les règles , & fiicilitent l'accouchement ; on
prefcrit le fuc de toute la plante , depuis une once
jufqu'à quatre ; l'infufion des fleurs & des feuilles pi-
lées dans le vin blanc, depuis trois onces jufqu'à flx;
l'extrait, depuis un gros jufqu'à deux ; la conferve
des fleurs , depuis deux gros jufqu'à une once ; oa
recommande les fleurs &c les feuilles mangées cui-'
tes ou crues , & leur décoôion en boiflTon ordinai-"
re , pour guérir les écrouclles; la décodion des fleurs
de Jbuci dans du lait & de la bière , efl très-en ufage
en Angleterre, dans la petite vérole, félon J. Rai. On
fe prélérvede la pefte , au rapport du même auteur,
en mangeant des fleurs de fouci avec l'huile & le vi-"
naigre , &enferinfant la bouche le matin à }cunave<J
le vinaigre de fouci , & en avalant enfuite une ou
deux cuillerées. Extrait de la mat. med. de GeofFroî.
Souci de marais^ (^Boian. ) nom vulgaire du gen-
re de plante que Tournefort appelle /■o/'w/^^o. Foye^
POPULAGO. {D. J.)
Souci ou Soucie , Foyei Roitelet hupé.
Souci d'eau, populago ; genre de plante à fleui*
en rofe , compofée de plufieurs pétales difpofés en
rond ; le pifiil fort du milieu de cette fleur, & de-
vient dans la fuite un fruit membraneux, dans lequel
font réunies , en manière de tête , plufieurs gaineS
qui font ordinairement recourbées en en-bas , 6c qui
contiennent des femences le plus fouvent oblongues.
Tournefort , inf. rei hcrb. Foye:^ PLANTE.
Souci, f.m. (^Morale') facheufe follicitude & in-
quiétude d'efprit ; cura , difent les Latins.
L'idée des foucis qui voltigent dans les apparte*
mens des grands , curœlaqucata circkm tccta volantes^
pour parler avec Horace i cette idée , dis-je , efl
très-ingénieufe , & ne fe trouve que trop vraie. Tan-
dis qu'un particulier, qui fait réprimer le fbuleve-
I
sou
lient de Tes pafiloas, coule tloucementfes jours dans
me honnête mcdiocritc, un feigneur riche & puif-
îBt a d'ordinaire le cœur flétri par les foucis les plus
mers. Lucrèce dit:
Metas cnmque fequaccs
Nec metuuntfonitus armorum feraqiie tela,
l.csfoucis & les craintes ne refpeftent ni le bruit
des armes , ni la fureur des traits ». Il s'en faut de
eaucoup , c'cll-là que les Jouas fe plaifent ; ils s'é-
ibliiTent iiir-tout dans le cœur des puifTances & des
zlzs coitronnces , malgré l'éclat de l'or & de la pour-
ire qui les environne. ^D. J.^
Souci ^)î.n\^nETO'H^en terme de Boutonnkr^ c'ell
;ne eipece de mèche en foie plate, & non torfe,
ievidce fur une bobine ; on la noue à une certaine
iifrance , de deux nœuds près l'un de l'autre , puis de
leux autres à la même diftance, ainli tout le long ,
ufqu'à ce qu'on en ait afll-z; enftiite on coupe la foie
u milieu de la dillance des nœuds; cette difîan ce
»artagce forme de petits bouquets brillans , à pro-
lortion de la beauté de la foie ; le fouci entre dans
es graines d'épinars , & autres ajuftemens d'hom-
iies & de femmes,
SOUCIE , {. m. ( Oniithol. ) en latin troch'dus^
fpece de moineau ou paflereau ; on le nomme
hiich , à caufe que fes fourciis font compofés de
(lûmes noires , élevées fur chaque côté des temples
lU-defTus des yeux , au-milieu defquels il a une efpece
le crête de pluficurs plumes jaunes, fur le fommet
le la tête. Cet oiieau fréquente les haies & les jar-
lins , oii il fe met volontiers fur les choux pour y
ttraper des infeftes ; il a le bec un peu crochu quand
1 efl: jeune ; le deiTus de la gorge , de l'eilomac , &
lu ventre , font jaunâtres ; îa queue & fes aîles font
:endrées , mais le delfus de fon dos tire fur le brun,
^uand il efl vieux, il a le bec rond, longuet, pointu,
Sl très-noir; fes jambes font d'un brun qui tire fur
e noir, les plumes du dos font de couleur d'ocre; le
Iciiiis du ventre & de la gorge font blancs , fes yeux
ont noirs & ombrés de plumes cendrées ; ilefl fau-
i^age , & ne vit pas en cage. {D. /,)
SOUCIS , ou SOUTIS , f. m. pi. {foiriedes Indes )
:e font des mouftelines de foie rayées , de diverfes
:ouleurs , qui viennent des Indes. On les appelle
noujjelines , quoiqu'il n'y entre aucun coton dans
eur fabrique ; ce qui leur a fait donner ce nom , c'ell
tne efpece de bourre légère qui paroît fur la fuperfi-
:ie de la toile, comme fur les mouffelines ; mais ce
ont de vraies toiles de foie. Il n'y a que les Indiens
jui aient la manière de travailler ainfi ces fortes d'é-
:ofïes. Dicl.de comm. (Z>, /.)
SOUCIER , v. aft. & n. il ne fe dit guère qu'avec
e pronom perfonnel : c'eft prendre du fouci. Foye:^
>ouci. De quoi y ows foucie:(-voîi.s dans ce monde ?
fe méprife à préfent tout ce qui me plut autrefois, je
le me foucie plus de cet amas de raretés que j'avois
ichetées à grand prix.
SOUCIEUX , adj. qui prend aifément du fouci.
lia toujours un air foucieux qui afflige.
SOUDAIN , adj. ( Grammaire.^ terme relatif à la
îromptitude de l'aftion ; rien de plus foudain que le
mouvement de la lumière : on dit aufîi, une irrup-
tion yc>Ki/(z/«e , une mort foudai ne f une maladie /ôw-
daine , une révolte foudaine , &c.
SOUCOUPE , f f. terme d'Orfèvre & de Fayencier ,
ouvrage d'orfèvre, de fayencier, ou de potier d'é-
tain, qui forme la figure d'un vafe , compofé d'un
pié , & d'un deffus , qui eft une forte d'afTiette large ,
avec de petits rebords , fervant à pofer un verre ou
unetaffe, (D.J.)
SOUDAN , f m, ( I/iJi. mod. ) ou comme on le
trouve dans nos vieux auteurs Joldan , & en latin
foldanus ; étoit le nom qu'on donnoit autrefois aux
Tomt Xy.
S O
387
lieutenans généraux des califes dans leurs provinces
& dans leurs armées ; mais la puiffance des califes
étant déchue peu-à-peu par diverfes révolutions , &
fur-tout par la trop grande étendue de pays foumis à
leur domination; ces lieutenans généraux s'érigèrent
en fouverains. Saladin , général des troupes de No-
radin roi de Damas , prit ce titre , & fut le premier
foudan d'Egypte. Les. empereurs turcs détruifirent
toutes les petites dinaflies que les foudans avoient
fondées dans l'Afie mineure, comme celles deCogni,
de Caramanie , &c. 6c fournirent auiîi celle d'Egypte
en 15 16. Pour l'étymologie du mot foudan ^ voyes^
Sultan.
Soudan, o«Soldan , f. m. ( Hiji. mod. ) efl le
nom d'un officier de la cour de Rome , qu'on appelle
autrementyi/^''e de la tour de nove , ou maréchal de Ro'
me à la cour de favdles ; c'efl une efpece de prévôt
qui a la garde des prlfbns , & qui connoît de plu-
fleurs affaires criminelles , fur-tout de celles où les
courtifanes l'ont impliquées. Pendant b. vacance du
fiege, on lui confie quelquefois la garde du conclave
avec des foldats fous fes ordres. Ducange , glojfar,
latinit,
SOUDE, ou Sel de soude , ( Chimie & Mid&c )
on appelle/ow^e le fel lixiviel , ou les cendres deplu-
fieurs plantes qui contiennent du fel marin , & qui
croiffent pour la plupart fur les côtes maritimes des
pays chauds , quoique on en trouve quelques-unes
au milieu des terres , comme le kali geniculatum que
Hcnkel a cueilli en Saxe. Lesbotaniftes n'ont éclairé
jufqu'à préfent qu'imparfaitement cette partie , ÔC
nous trouvons fi peu d'ordre & de clarté dans les
noms oi les defcriptions qu'ils donnent des plantes
dont on a coutume de tirer la foude , que nous n'o-
fons en prélenter un tableau complet ; on les a pref-
que toutes confondues fous le nom de kall , tandis
que plufieurs font de différens genres. M. de Juffieu ,
mémoires de Vacadémle lyiy , nomme kall d'Efpagne
annuel couché fur terre , à feuilles courtes , & de f e-
dum , celui dont on retire principalemenr à Alicant
la foude dite de harllle. On prépare Xa foude dans plu-
fieurs autres contrées. Les marchands diflinguentces
différentesyôa^« par le nom que la plante dont on les
tire a dans chaque endroit. Ainfi ils appellent \-a. fou-
de préparée à Cherbourg , foude de varech ; ainfi ils
divifent celle d'Alicant Qn foude de barille & foude
de bourdine. C'elT: du kall geniculatum de Cafpard
Bauhin , du kall majus cochleato femlne , & Anfalfola
fativa du même auteur , qu'on retire les foudes com-
munes. Pour y parvenir , voici la méthode qu'on
fuit dans tous les pays où le travail s'exécute en
grand , en Egypte , près d'Alexandrie , à Carthage-
ne, à Alicant , à Cherbourg , & en d'autres endroits.
On cueille cette plante qui a crû fans art , ou qu'-
on a femée pour la multiplier ; on la coupe lorfqu'elle
efl dans fa plus grande force , on la fait lécher au fo-
leil comme le foin ; on la met en gerbes , après en
avoir ramaffé le fruit , fi on fouhaite ; on la brûle en-
fuite fur des grils de fer , d'où les cendres tombent
dans une foflê , ou par un procédé plus fuivi , dans
un grand creux ; on jette d'abord une botte de kali
féchée &: enflammée , qui réduit fucceflivement en
cendres toutes celles dont on la couvre peu-à-peu.
Le feu éteint naturellement , on tire du creux les
cendres qui contiennent une très-grande quantité de
fel alkali fixe marin ( voye^^ Sel ) , auquel on a don-
né les noms de foude , foude en pierre , fallcon , fali-
cote , La marie , alun cqtln , dont Pline dit que que la
découverte efl due à des marchands qui jettes par hi
tempête à l'embouchure du fleuve Bclus en Syrie ,
firent cuire leurs alimens avec le kali , dont la ren-
dre unie au fable fur lequel elle tomboit , forma du
verre par la fufion de l'un & de l'autre.
On préférera h foude des pays chauds à celle des
G c c ij
388
SOU
pays froids ; la fonde de barllle cil la plus cflimcc de
toutes.On la choilira lèche, Tonnante, d'un gris bleuâ-
tre, garnie de petits trous , n'ayant aucune odeur de
marécage ; on rcicttera celle qui a une croûte verdâ-
tre , c[ui elt noirâtre, puante, ou qui contient des
pierres. Pour être sûr de Ion choix dans l'achat de la
Joude , il faut la diflbudre dans Teau, la filtrer , com-
parer le 5)01 ds que Tcau a acquis avec celui de \a fon-
de, ou-bien faire évaporer iufqu';\ ficcité ; elle fera
d'autant meilleure , qu'elle contiendra une plus gran-
de quantité de fel alkali auquel elle doit toute fa
vertu.
Le fel de la foudc eft un vrai fel lixiviel alkalln
marin , c'eft lui qui fert de bafe au fel commun ; mais
cet alkali eflniêlé de fel deGlauber, de tartre vitrio-
lé , & d'une aflcz grande quantité de fel marin que
le feu n'a pu décompofer. Ce fel marin conllitue le
fel eflenticl du kali de la plù^xirt des plantes mariti-
mes , &<. de toutes celles qui fournillent h fonde ; ce
qu'il eft aifc de démontrer par la décoftion , l'expref-
fion , la filtration &c l'évaporationdu fuc de ces plan-
tes, f^oyei le Aipplémcnt au Flora Jàtur/iifim de
Hcnkel,to>vr Sel essentiel. Ce fel neutre eft dé-
truit par l'incinération , le feu dégage l'acide marin
de fa bafe alkaline ; cet acide fe dilfipe , &c l'alkali
refte mêlé avec la terre , & une portion des fels qui
n'o.nt pu être déccmpofés, vojei Sel lixiviel. La
putrcfciclion eft un autre moyen de décompofer le fel
marin; le kali donne e:i fe pourriifant une odeur ex-
trêmement fétide , femblable à celle des excrémens
humains , ou des parties animales putréfiées : elle eft
due à un alkali volatil qu'on peut ramafier fous forme
concrète par la diftiUation. f^ojei Henkeià l'endroit
cité. C'eft ici évidemment ime tranfmutation de l'al-
kali fixe en volatil.
M. Henkel ayant verfé les différens acides miné-
raux fur un fel grotTier qui s'ét jit précipité de la lef-
five & fur la. fonde , trouva après une forte eifervef-
cence, & après avoir lailTérepofer la dlflblution , une
poudre femblable au bleu de Piuft'e , en très-petite
quantité , voyei le fupplément au Flora fammifans
déjà cité. M. Geoffroy répéta les expériences de M.
Henkel , obtint à peu-près les mêmes produits , &
obferva que lafccule bleue qui varioit beaucoup , dé-
pendoit principalement de la quantité de charbon
contenu à^ns Va Joude. Voyc^ fon mémoire parmi ceux
de t académie , iyx5. Il attribua cette couleur bleue à
la portion ferrugineufe du charbon , développée par
le favon tartareux formé de foufre , ou de l'huile con-
centrée du même charbon unie avec le fel alkali qui
eft ici abondant.
'Lzfoudi eft d'un très-grand ufage pour blanchir le
linge dans les pays où on ne brûle que du bols flotté ,
comme à Paris , dont les cendres ne contiennent
point d'alkali fixe ; les blanchifi'eufes ne pouvant faire
ufage de ces cendres pour leurs leftives , emploient
h fonde à leur place ; elle fert auftl à dégraiiîer les
étofFcs:n a'sfa plus grande confommaticn eft dans les
fabriques de lavon noir , gris ou blanc , & dans les
verreries.^o>'e{SAvoN,VERRE, Email & Fritte.
Pour ces derniers ufages on ne devroit l'employer
que lorfqu'elle eft purifiée par la leflive de la partie
terreufe furabondante. Le fel marin qu'elle contient
lui eft néceflaire pour que le favon prenne de lacon-
fiftence.
Nous ne trouvons pas qu'on fe foit fervi de h fon-
de pure ou lelfive dans la Médecine , mais les vertus
apéritives &: fondantes des favons communs de Mar-
feille , d'Aiicant , de Venife , font connues de tout le
monde; ils les doivent prefque toutes au fel alkali de
la fonde : nous pouvons donc les attribuer à ce der-
nier. On pourroit en faire des pierres à cautères ,
moins actives que celles qu'on prépare communé-
ment avec les cendres clavclées.
SOU
Soude blanche , ( Minéralogie & Chimie. ) Le-
mery donne ce nom au natrum des anciens. Foye?
Natrum.
SouuE ,/c.z/i, f. f. {Hifl- nat. Bot.) genre déplante
à fleur en rolé compofée de plufieurs pétales difpo-
fés en rond. Le piftil fort du milieu de cette fleur &
devient dans la fuite un fruit prefque rond& mem-
braneux , qui renferme un Iruit d'une forme lingu-
liere ; car il eft contourné comme un limaçon , &
le plus fouvcnt enveloppé par les pétales de la fleur.
Tournefort , InfL rei herb. f^oyc^ PLANTE.
Soude de BARILLE , (^Commerce.) fonde d'Aii-
cant , ainfi nommée de l'herbe debarille qui fefeme, ,
le cultive , fe recueille & fe brûle aux environs de
cette ville d'Efpagne. On la tire rarement toute pure
d'Efpagne, les Eipagnols la mêlant fouvent avec la
fonde de bourdine , qui eft une autre herbe qui ref-
femble à la barille. C'eft la véritable /ôz/Ji; ^i barillc
qu'il faut employer pour la fabrication des glaces à
miroirs , la bourdine n'y étant pas propre ; elle s'en-
voie en maffe dans de grands cabats de jonc. (Z>, 7.)
SOUDÉE , ou SOULDÉE , f. f. ( Junfpmd. ) ter-
me ufité anclenneiuent pour dire la vaUur d'un fou ,
comme on peut voir dans les ftatuts donnés par S.
Louis aux Boulangers , dans lefquels font détaillés les
jours de fêtes auxquels il ne leur eft pas permis de
cuire du pain ; la contravention à ce règlement étolt
punie par une amende de fix deniers , & la confifca-
tion de deux fondées de pain pour chaque fournée ,
c'eft-à-dire autant de pain qu'il s'en donnolt alors
pour la valeur de deux fous, f^oye^ le traité de la Poli" ift
ce , tome I. liv. II. tit. S. ch. v. (^A)
SOUDER , V. a£l. (Gramm.) c'eft joindre enfem-
ble deux morceaux de métal féparés , par le moyen
d'une compofition d'une fafibliité moyenne entre l'un
&i l'autre , quelquefois par le leul moyen du feu, &c,
f-^oyei les articles fiivans.
Souder , terme d'ArquebuJîer, les Arquebufiers
fondait les tenons fous les canons de fufil en les y af-
fujetiiftant avec du fil de fer , & en faifant fondre du
cuivre avec du borax en poudre , de la même façon
que les Serruriers. Les ArquebufiersyoH^e/zfaulîlavec
de l'argent &: du cuivre mêlés enfem.ble. Ils ont aufli
plufieurs autres pièces dans leurs ouvrages qu'ils font
obhgés Ae fonder , comme les guidons , &c.
Soude;?,v. a£l.SouDURE,f f. (^Hydr^Q^Xzm^mQ'
re de joindre enfembledeux pièces de plomb , par le
moyen d'un mélange chaud de plomb 6i. d'étain,ap-
Tpellcfoudure , en fDrte que ces deux pièces ne faifent
cju'un corps.
On fonde deux tables de plomb avec de hfoudure
faite de deux tiers de plomb & d'un tiers d'étaln.
Le cuivre (q fonde avec de l'étain &du cuivre, &
quelquefois de l'argent.
L'argent i'^ fonde avec le cuivre mêlé avec de l'ar-
gent ; cette foudure s'appelle huit. (K)
Souder, c/7 terme de Bijoutier , eft l'adlon de réu-
nir dliférentes parties défunles pour n'en faire qu'un
tout par le moyen de la foudure. f'oyei Soudure.
Fonr fonder , on arrête enfemble les pièces que l'on
veut joindre , foit avec du fil de fer , foit avec des
crampons ; on met des paillons de foudure le long des
aftemblages ; on humede le tout, & on garnit de bo-
rax tous les endroits où ily a des paillons de foudure;
11 eft même prudent , lorfqu'une pièce a déjà éprou-
vé quelques loudures , de garnir légèrement de bo-
rax les endroits précédemment foudes ; cela empêche
la Ibudiu-c ancienne de fe brûler au feu. Lorfque la
pièce eft ainfi difpofée , on l'çxpofe à un feu léger
pour faire lécher le borax; on veille pendant ce tems-
là h ce que les paillons de foudure ne s'écartent pas
des places 011 on les a pofés , ce qui arrive quelque-
fois par le bouillonnement qu'excite l'humidité mê-
lée au borax. Si la pièce eft petite, on la porte tout-
sou
fu'itê Sil feu de la lampe , où d'un coup de flammé
[cré par lechakuneau de cuivre , on échauiîe la to-
xé de la pièce , &C on Va fonde du môme coup,
rique la pièce eft grofle , après l'avoir fait lé-
!r, on l'environne 6l on la couvre de charbon al-
lé; on l'échauffé alors en fouffiant à l'entour avec
foufflet cà main ; lorfque la pièce cil d'un rouge
liant , on découvre les endroits qui doivent être
distn ôtant les charbons de deffus ces places ; on
rte le tout au feu de la lampe , où d'abord on ache-
de l'échauffer tout-à-fait en l'enveloppant de toute
lamme du chalumeau ; & lorfqu'on apperçoit que
judure eft prête à fe fondre, on rétrécit fa flamme,
on la porte plus direûement fur les parties à réu-
: lorfque Ton a vu couler toutes les fou dures, alors
dégarnit la pièce promptement de tout le feu de
irbon qui l'environne ; on la laiffe refroidir , on
Iclle , &: on la met dérocher dans l'eau féconde ,
c{ Eau seconde f^ Dérocher. Il y a une ob-
vation à faire , c'efl qu'il arrive quelquefois que
crampons ou f.ls de fer i^foudcnt avec l'or par la
ilence du feu , & qu'il efl ailé d'éviter cetinconve- 1
nt en mêlant tant foit peu de fcl de verre avec le
rax»
Souder , urmt de Chaîmder ^ les Cha'metiers fou-
it piufieurs de leurs ouvrages avec de la foudure
nt les deux tiers font d'argent & l'autre tiers de
ivre ; quelquefois la loudure elt moitié l'un , moi-
l'autre , félon les ouvrages.
Souder , firs à , dont le fervent les Facieurs d'or-
'.s pour Joudcr toutes les pièces de plomb ou d'é-
n dont les tuyaux font compofes , font des fers
3C , ( ng. 28. PL orgue. ) dont la partie BA a la
•me d'un coin , dont le tranchant eft arrondi. La
rtie BC , qui eft la queue ou le manche , fert à les
uvoir tenir , au moyen des poignées DE qui font
bois , & font chacune une moitié de cylindre
nvexo-concave , c'eft-à-dire, creufe par dedans
lur recevoir le manche de fer , & convexe oar de-
rs pour s'ajuller dans la main. Voye^ Poignées.
jrlque les fers font neufs , on les lime avec une
ae douce , & on les frotte avec du fel ammoniac,
qu'on appelle les itamer , parce que fans cette pré-
ration ils ne prendroient pas la foudure qui elî fur
tuile.
Pour fe fervir de ces fers , après les avoir fait
auffer non jufqu'à ce qu'ils foient rouges , on les
)tte fur la tuile où il y a de la foudure , que la cha-
-ir du fer fait fondre , & qui s'attache au fer lorf-
l'elle eft fort dure , comme l'encre à écrire dans
le plume. On la porte en cet éiat fur la partie que
m vent fonder , où on l'apphque en pafî'ant & re-
ifl'ant le fer chaud autant de fois qu'il en eft befoin
)ur la faire prendre. Foye^^ VarticLe Soudure.
Souder .ffers à , eft un inftrument dont les Plorn-
ers fe fervent pour fonder les ouvrages de leur mé-
er. C'eft un fer de forme cylindrique, dont la queue
ilîi de fer, fort du mileu de la baie du cylindre , eft
nboîtée dans deux morceaux de bois appelles mou-
'.ttes , qui lui fervent de manche , & par le moyen
ïfquellcs l'ouvrier retire le fer du feu , & s'en fert
:ns être incommodé de la chaleur. Il y a encore des
rs â fonder qui font d'une forme triangulaire & plus
etits : ceux-là ne font propres qu'aux feuls Plom-
iers. f^oye^ les PL & fig. du Plombier.
Souder les pots d'etain., c'eft unir , parle moyen
'un fer k fonder ,1e haut & le bas d'un pot pour en
>rmer un féul corps. Pour cela, on prend une bande
e feutre de chapeau , qui forme la circonférence du
ot en dedans ; cette bande eft plus ou moins lar-
e Si longue , fuivant la grandeur & la grofteur des
ieces. On joint les deux pièces l'une fur l'autre ; on
es attache par deux gouttes avec le ter chaud : puli
m eonduitce fer fur ce qu'on appelle hfcndure ,
SOU
389
qui eft un cordon qui vient en moule à une pièce
foit du haut & du bas , & dans lequel il y a un dcoré
pour introduire juftement l'autre pièce , & qui four-
nit en même tems la matière fuffifante pour faire la
foudure , on fa^t marcher le fer en tournant la pièce
fur fes genoux ; on appuie le fer allez fort , afin
qu'elle loit bien tréfondue ; enfuite on retire foii
feutre avec un petit crochet.
Il faut avoir foin de palTer légèrement du fuif au-
tour de la foudure avant àe fonder.
Souder à la foudure légère en étain , c'eft faire
tenir une anfe , ou charnière , ou autre morceau à
une pièce cl'étain,foit de poterie ou menuiferie , fans
la jetter fur la pièce, f^oyei^ Jetter sur la pièce.
Pour cela on attache , avec une goutte d'étain ^
l'anfe ou autre morceau qu'on a jette à part fur la
pièce où on le veut unir , puis on met du charbon
allumé fur une plaque de fer échancrée j qui échauf-
fant l'anfe & la pièce où elle eft pofée, fait fondrô
la foudure légère qu'on y met adroitement , &cfoudi
la pièce proprement : après quoi on retire le feu. '
La foudure légère eft compofée de trois parties ^
une d'étaJn fin , une d'étain de glace & une de plomb»
Cette foudure fe coule par petites branches fur une
râpe à étain ; elle eft fort tendre à fondre , c'eft qui
fait qu'elle fond fur une pièce chaude , fans que la
pièce fonde.
On fonde aufll , à la foudure légère , des pièces for-
tant du moule , encore aflez chaudes pour fondre la
foudure , principalement des chandtjliers d'étain,
pour éviter de les fonder au fer : c'eft une diligence»
Foyei Souder.
Souder, en terme de Potier, c'eft l'adlion d'ap-
pliquer une partie au corps d'une pièce , comme
corne , pié , m.anche , &c. f^oye^ ces mots.
Souder , ( Rubanier. ) manière de joindre une
nouvelle pièce au bout d'une autre qui finit ; cette
manière eft uniquement affeftée au galon , & voicîi
ce que l'on entend par-là ; lorfqu'on eft borné à faire*
un auLnagejufts, comme lùppo'cde 20 ou3oaulnes,
& qu'une des pièces de chaîne vient à finir avant ce
complément,il faut donc en fubftituer une autre à fa
place ,ce quife fait ainft ; la pièce qui finit & au bout
de laquelle on a ajouté la corde à encorder pour
l'alonger étant parvenue auprès des lilîettes , une
autre de même contenance eft placée fur les poten-
ceaux ; & au moyen de l'encroix , chaque brin de;
cette pièce nouvelle eft palTé à la place de celui
auquel il doit fuccéder dans les mêmes mailles des
Hfles où pafl'oicnt ceux qui finiffent , ce brin à pafler
prend celui qu'il va remplacer par un demi -tour
qu'on lui fait faire , & pafte ainli dans la lifte , de
même tous les autres , ce qui après eft pafte de même
dans le peigne , devant lequel le tout étant , eft ar-
rêté lur i'enfouple de devant par une autre corde à
encorder ; on travaille ainft avec cette double chaî-
ne, la longueur de quatre doigts , jufqu'à ce que l'on
juge que la nouvelle pièce ne puiffe s'échapper par
derrière ; ce qui étant fait , le bout de la pièce finie ,
détaché de la corde à encorder qui le tenoit tendu
derrière les lifles , eft dépalle en le tirant pafdevant
le peigne , & pour lors la nouvelle chaîne fe trouvé
feule en état d'aller. Il faut obferver que pendant ce
travail de quatre doigts , que l'ouvrage doit être ex-
traordinairement frappé par le battant à coups re-
doublés, pour empêcher, autant qu'il eft pofilble,
l'extrême épailTcur qu'auroit cet endroit fait ainli
avec deux chaînes ; il s'agit à-préfent de couper ces
portions de chaînes inutiles, ce qui fe fait en les
coupant avec des cileaux le phis près que l'on peut ,
les tirant même de l'ouvrage avec force povu" les taire
fortir davantage; cela achevé en travaillant le galon,
ces bouts vont fe loger dans le corps de l'ouvrage &
ne paroiflent plus : cet endroit n'a d'autre diftornuié
390
SOU
que d'ctrc un peu plus épais que le rcfte. ^ |
SouDKR , en tirmc de R.ijineur , s'entend de l'ac-
tion d'éprouver li les formes Ibnt cairées ou non en
les frappant plufieurs lois avec le manche du cacheur.
royc^ Cachfur.
Souder un compta ^{Commerce.) c'eftlamcme
chofe que folder un compte. ^. Compte 6- Solder.
SOUDOIR, 1. m.{Ciriric, ) lorte d'outil ou d'ml-
trumcnt de fer , dont les Ciriers fe fervent pour fou-
-der enfemble les bras des flambeaux de poing. Il elt
long d'environ deux pies , fait en ter de pique vm peu
arrondie ; il a un manche de bois pour le tenir.
SOUDRAS , f. m. ( ffiff. wo^.) c'eft le nom fous
lequel on dcfigne dans les Indes orientales une tribu
d'Indiens idolâtres , parmi laquelle font tous les ou-
vriers , les laboureurs & les artil'ans. Dans quelques
endroits on les nomme F<;ji-. Cette tribu fcfoudivile
en plufieurs ordres ou caltes , qui fe méprilcnt
les unes les autres, fuivant les fondions auxquelles
elles fe livrent.Chaque carte a fes uiiiges particuliers;
il v en a qui fe permettent de manger les animaux;
& d'autres, de même que ceux des tribus plus dil-
îinfuécs , ne mangent rien de ce qui a eu vie.
SOUDURE ou SOUDER , (C/ùmk' , MétulUirgU,
Orfèvrerie , ans méchaniqius , &c.) c'ell une opération,
par laquelle on joint enfemble deux ou plufieurs mé-
taux , à l'aide d'un fondant métallique , que le feu
puiffe faire entrer en fufion plus facilement que les
métaux que Ton veut joindre ou coller les uns aux
autres. Le fondant dont on fe fert pour cette opéra-
tion, (q nonwùQ foudure ; elle varie. i°. en raifon des
métaux que l'on vculfouder, i°. par la manière dont
il faut l'appliquer.
En effet, les métaux ont des propriétés particu-
lières, & ils exigent pour ie mettre en fuuon des de-
grés de feu différens. Or lorfqu'on veut fonder deux
morceaux d'un même métal ou de métaux diiférens ,
il faut que chacun de ces morceaux aient un com-
mencement de fufion par les bords, c'eft-à-dire , dans
l'endroit par oii l'on veut les faire tenir enfemble ,
fans que le refte des morceaux entre en fufion ;
pour produire cet effet, on fait une compofition ,
dans laquelle on fait ordinairement entrer une por-
tion du métal que l'on yeulfoudcr^ auquel on joint
une quantité plus ou moins grande de quelqu'autre
fubftance métallique qui en facilite la fufion. En gé-
néral on peut réduire l'art de fouder aux principes
fui vans. i". Il faut que hfoudure entre plus aifément
en fufion , que le métal ou que les métaux qu'on
VQWtJouder. x". Il faut que hfoudure ait, autant que
faire fe peut , la même couleur que le métal à /ou-
der. 3". Il faut que hfoudure ait la même duftilité
& la même folidité que le métal qu'on veut fouder ,
lans quoi hfoudure ne feroit point de durée , & ne
pourroit être polie , travaillée &. cizelée. 4°. Les mé-
taux alliés, entrent plus aifément en fufion que les
métaux purs. 11 faut encore obferver que les métaux
étant différemment alliés , exigent desfoudures diffé-
rentes. On va indiquer dans cet article , celles qui
conviennent à chaque métal , & à leurs différens al-
liages ; nous allons commencer par l'or.
Si l'or que l'on voudra/oM(^<rr elt très-pur, on n'aura
qu'à prendre une partie d'or pur , par exemple, 16
grains , on y joindra j d'argent pur , par exemple ,
2 grains ; on mettra le tout dans un creufet bien net,
oii l'on fera fondre le mélange , en obfervant de le
remuer ; on y ajoutera du borax de la groffeur de
deux pois ; lorfque tout fera parfaitement fondu , on
le vuidera dans une lingotiere, on battra cet alliage
pour le réduire en une lame très-mince, on le fera
bouillir dans de l'eau, dans laquelle on aura fait
diffoudre de l'alun; après quoi, cet alliage fera
propre k fouder des morceaux d'or fin.
SOU
Si les morceaux d'or fin que l'on veut fouder
étoient très-délicats , on pourroit faire entrer dans la
fondure , unpeu plus d'argent , & en mettre le quart,
ou même la moitié de la quantité d'or qu'on y em-
ploie. Lorfque les morceaux à fouder font fort pe-
tits , on n'aura pas befoin de creufet pour fondre la
foudure^ on n'aura qu'à former un creux dans un
charbon , 6c l'on y fera tondre hfoudure ou le mé-
lange , avec un chalumeau , la flamme d'une lampe
ou d'une bougie. C'elt la méthode des metteurs en
œuvre.
Lorfque les pièces que l'on veut fouder font d'un
or déjà aUié, voici la compofition que les Orfèvres
emploient pour la foudure. On prend deux parties
d'or fin , par exemple, deux gros ; on y joint une
partie ou un gros d'argent fin , 6i. autant de cuivre,
c'ell-à-dire, un gros; on fait fondre le tout de la ma-
nière fufdite , & l'on obtient une compofition pro-
pre k fouder l'or allié, foit avec de l'argent , foit avec
du cuivre , foit avec l'un &: l'autre de ces métaux ;
on obfervera feulement de faire enforte que la com-
pofition de hfoudure ait une couleur conforme aux
pièces que l'on veut fouder. Ce qui fe fera en met-
tant dans h foudure de l'argent ou du cuivre , propor-
tionnellement à l'alliage de l'or k fouder, Ainfi c'eft
fiir la nature de l'alliage qu'il faut fe régler , & pour
la quantité d'or , 6c pour celle des deux autres mé-
taux que l'on fera entrer dans hfoudure^ c'efl-à-dire,
on prendra plus d'or, fi l'or à fouder efl pur ; & l'on
prendra plus d'argent &: de cuivre, fi l'or z fouder efl
plus allié avec l'un ou l'autre de ces métaux-, ou avec
tout les deux à la fois. Ainfi, û l'or étoit d'un très-
bas alloi , on pourroit faire hfoudure , en prenant 10
grains d'or fin , & 20 grains d'argent ou de cuivre,
que l'on fera fondre , que l'on réduira en lames , &
que l'on fera bouillir. C'efl à chaque ouvrier à con-
fulter la nature de l'or qu'il àoït fouder, & à faire fa
foudure en conféquence.
Cela pofé , tous les métaux , à l'exception du fer ,
entrent plus aifément en fufion que l'or , mais on ne
peut point s'en fervir pour cela , parce que les, fondu-
rcs n'auroient ni la couleur ni la dudilité de l'or. En
fe fervant de l'argent , de l'étain & du plomb , on
auroit une foudure blanche; en fe fervant du cuivre,
on auroit une foudure rouge. D'ailleurs l'étain rend
l'or caffant , & hfoudure ne tiendroit point , incon-
vénient qu'auroit pareillement le plomb. Le laiton ou
cuivre jaune approcheroit affez de la couleur de l'or,
& il fe fondroit plus promptem^nt que lui ; mais
comme le laiton contient du zinc , il efl plus aigre que
l'or , & il lui communiqueroit même cette mauvaife
qualité. Ainfi le parti le plus fiir , efl de prendre pour
hfoudure , une portion d'un or qui foit du même
aloi que celui qu'on veut fouder , & d'y joindre pour
la fufibilité | , ou tout au plus ~ d'argent ou de cui-
vre , ou de tous deux à la fois.
Quand hfoudure pour l'or aura été ainfi préparée;
voici les précautions qu'il faudra prendre pour/oa-
der. On commencera par donner quelques coups de
lime ou l'on paffera le grattoir l'ur les endroits par
où l'on voudra fouder les pièces , ce qui s'appelle
aviver , ce qui fe fait pour enlever de deffus l'or les
faletés & l'efpece de rouille fuperfîcielle qui s'y for-
me à caufe du cuivre avec lequel il efl allié ; on les
joindra fortement les unes aux autres en les liant
avec un fîl-de-fer ; on humedera les endroits que
l'on veut Jouder , avec de l'eau que l'on y appliquera
avec un pii^ceau; on mettra par -deffus hfoudure
que l'on aura réduite en lame mince , &c coupée en
très -petits morceaux; on les faupoudrera avec du
borax tout calciné , réduit en poudre & mêlé avec
du fiel de verre , bien pur & bien pulvérifc , de ma-
nière que la foudure & les endroits que l'on veut
faire prendre en foient parfaitement couverts. Lorf-,
s o u^
iue le tout aura été ainfi préparé, on mettra les pié-
:es dans un t'en de charbon bien allume , de manière
qu'elles en loient entourées ; on foufflera légèrement
ivec un fbufîlet ou avec la bouche , ju.lqu'à ce qu'on
/^oyeque lajôi/dureioit bien fondue , ce que l'on rc-
:onnoîtra lorfqu'elle paroîtra unie & luilante com-
ne un miroir ; alors on écartera les charbons qui
"ont par-deffus & tout-au-toiir , après quoi on prend
ivec des pinces les picces fouc^ces , 6i. on les jette
lans de l'eau pour les refroidir.
Il faut que le borax que l'on employera dans cette
opération ait été calciné , fans cela il arriveroit des
nconvcniens , vu que ce fel bouillonne dans le feu,
orfqu'il n'a point été calciné , ce qui pourroit cau-
"er du dérangement dans la pofition des lames min-
:es ou des petits morceaux defoudure. Cette calci-
lation le fera dans un creufet que l'on n'emplira de
)orax que juiqu'à moitié; lorfqu'il aura fufHfam-
nent bouillonné , on retirera le creufet que l'on laif-
era refroidir , & le borax fera facile à réduire en
me poudre blanche que l'on confervera pour l'ufa-
je. Si on donnoit un trop grand feu au creufet , le
)orax fe changeroit en verre , 6c alors on en perdroit
me portion qui refleroit attachée aux parois du
:reufet.
Lorfque les pièces d'or que Ton veut fonder font
)etites , on ne peur point les m.ettre dans un feu de
:harbon ; alors on fe fert d'une lampe garnie d'une
neche , dont avec un chalumeau on fouftie la flam-
ne fur les petites pièces que l'on veut joindre en-
"emble , & que l'on a placées dans un creux prati-
qué dans un charbon de bois & propre à recevoir
;e qu'on yeut fonder ; lorfqu'on a mis les pièces dans
;e creux , on les couvre d'un autre petit charbon ,
iprès quoi, avec le chalumeau , on foufle la flamme
le la lampe , de manière qu'elle forme un dard qui
lille donner fur les pièces à fonder , & fur-tout fur
'endroit que l'on veut faire prendre; on continue à
oufilerjufqu'à ce qu'on voye que la/ow^wrefoit^bien
'ondue , alors on ceffe de fouiîler , &: on laiffe refroi-
iir la pièce d'elle-même, ou bien on la jette dans
'eau.
Lorfque des pièces d'of paffent par le feu ,^ elles
perdent leur éclat 6l leur couleur, i'ur-tout quand
i'or eft d'un bas titre , alors il faut chercher à leur
rendre leur éclat & leur couleur ; pour cet effet on
fe fert d'une liqueur qui n'efl autre chofe que de
['eau féconde , ou bien de l'eau iim.ple , dans laquelle
on a fait difibudre de l'alun à volonté ; on fait rou-
gir les pièces d'or qui ont cté fondées, &on les éteint
dans cette diflblution d'alun , que l'on fait bouillir
pendant quelques minutes fur du feu ; au bout de ce
tems on retire les pièces , & on les frotte avec de la
pierre-ponce en poudre , après quoi, on les lave de
nouveau.
Il arrive auffi que par \afondure dans laquelle on
emploie le borax , l'or prend une couleur plus pâle ;
mais on pourra lui rendre fa couleur naturelle ,, au
moyen de la liqueur naturelle fuivante. On prend
parties égales de nitre purifié, d'alun & de fel marin;
on mêlera ces fels, & on les réduira en poudre ; on
trem.pera la pièce d'or qui aura été fondée dans de
l'eau , ou dans de la bierre , après quoi on la roulera
dans le mélange fufdit, afin qu'elle en foit entière-
ment couverte ; alors on la mettra fur des charbons
allumés , jufqu'ù ce que la poudre environnante com-
mence à bouillonner; à ce figne on retirera promp-
tcment la pièce , & on la trempera dans de l'eau ou
dans de la bierre ; on enlèvera la poudre qui y fera
refiée attachée avec une broffe , ou en la frottant
tloucement avec un morceau d'étoffe , & un peu de
pierre-ponce , après quoi on pourra lui donner quel-
ques coups de brunifloir. Par ce moyen la pièce aura
repris la couleur d'or qu'elle doit avoir, Telle eil la
manière dç fonder l'or,
Sondnre de l'argent. Pour fonder de l'argent , oft
obfervera les mêmes règles que nous avons indiquées
pourl'or ; les grands ouvrages pourront pareillement
{Qfond:r dans un feu de charbon , & les petits à la
lampe & à l'aide d'un chalumeau. Quant à la fondure
que l'on y emploie , les Orfèvres en diftinguent de
deuxefpeces; l'une s'api^ehefoudnre forte , & l'au^
trefondnre tendre.
La première s'appelîeyâr/i; , parce qu'elle efl difïï-^
cile h. fondre , & qu'elle fouffre le marteau tout com-
me les pièces mêmes qui ont été fondées. L'autre /ow-
dnre eft plus aiféc à fondre, mais plus cafTante.
Quoique l'argent varie pour l'alliage ou pour le
titre , ainfi que l'or ; quand il s'agit de \t fonder , ort
confulte plutôt la grandeur & l'épaifleur des pièces
que leur titre ; ainfi lorfque les pièces font grandes j
on emploie Xzfondnre forte , & lorfqu'elles.font pe-
tites & minces , on fe fert de la fondure tendre.
La meilleure foudnre forte fe fait en mêlant par-
ties égales de laiton ou de cuivre jaune & d'argent :
on fait fondre ces deux miétaux dans un creufet bien
net , & on remue la matière fondue avec une verge
de fer; on y joint pendant la fufion un peu de borax,
auquel on ajoute auffi quelquefois un peu de fiel de
verre. Lorfque le tout efl bien fondu , on vuide le
creufet dans une lingotiere où on laiffe la matière fe
refroidir , après quoi on la rédviit en lames très-
minces que l'on lave dans la liqueur à blanchir l'ar-
gent, que nous décrirons par la fuite. On coupe les
lames en petits morceaux ; mais il faut obferver de
faire rougir ces lames au feu , lorfqu'on les a durcies
en les frappant au marteau, ce que l'on connoît lorf-
qu'elles fe gerfent par les bords , ou lorfqu'elles com-
mencent à fe fendre.
Quelques orfèvres donnent la préférence à une
fondure faite avec quatre parties d'argent & trois par-
ties de cuivre jaune. Cette foudnre eu plus ailée à
fondre que la précédente , mais elle ne fouffre point
fi bien le marteau. Cependant on peut l'employer
avec fuccès dans les ouvrages de moyenne gran-
deur.
D'autres prennent deux parties d'argent fin &
une partie d'oripeau ou de laiton en feuilles minces,
que l'on ne met dans le creufet que lorfque l'argent
efl: entré en fufion , circonflance qui eft pourtant in-
différente. Il faut feulement obferver de ne point
laifTer cette fondure trop long-tems en fulîon , parce
qu'elle deyiendroit aigre & cafTante , & trop difficile
à fondre. Cette foudnre eft encore plus fufible que la
précédente. .
Les livres font remplis de recettes pour faire des
fondures pour l'argent ; quelques-uns difent qu'il faut
y faire entrer de l'arfenic , & même du mercure ;
mais il eft aifé de fentir que ces fubftances doivent
rendre h fondure aigre & cafBinte , & donner une
mauvaife qualité aux pièces fondées.
A l'égard de la foudnre tendre de l'argent , voici
celle que l'on regarde comme la meilleure. On prend
une partie d'argent très-fin & autant de cuivre jaune;
on les fait fondre enfemble , après quoi on met de
zinc la huitième partie de ce qu'on a mis d'argent ;
on continue encore à faire fondre le mélange , on
remue le tout , & l'on y joint un peu de borax , de
auffi-tôt après on vuide là compolition dans une lin-
gotiere.
On peut encore faire cette fondure en prenant une
partie d'argent fin , douze parties de cuivre jaune <5c
quatre parties de zinc. On commence par faire ton-
dre l'argent & le cuivre jaune , après quoi on y joint
le zinc après l'avoir chauffé ; on remue le tout , l'on
y met enfuite une partie de borax , 6c peu après on
vuide le creufet.
Quelques-uns joignent une petite portion d'érain
à l'argent & au cuivre jaune ; mais il faut obferver
391
SOU
que rétnin rend la fouJurc aigre 6»: cartantc. On peut
auHl le Icrvir de l'étain tîn , pour loudcr les petits
ouvrages en argent ; mais lorlqu'on efl dans le cas
de retondre ces ouvrages d'argent , l'étain nuit à l'ar-
gent, ôc l'on eft oblige de l'en Icparer avec loin ,
lans quoi il rendroit toute la niaflc trcs-aigrc.
Comme l'argent que l'on emploie dans la vaiflelle
ou pour d'autres ulages ell ordinairement allié avec
du cuivre, les ouvrages d'argenterie qui ont été Ibu-
dcs , deviennent noirs par ce<te opération , Reper-
dent leur éclat ; on remédie à cet inconvénient en
failant la compofition luivante , dans laquelle on fait
blanchir les pièces. On prend parties égales de tartre
crtid fis! de lel marin , que l'on réduit parfaitement
en poudre ; on met ce mélange dans un vailTeau de
terre neuf 6c vernilfé , ou bien , li l'on a un grand
nombre de pièces à blanchir, on prend un grand
chaudron de cuivre jaune. On verfe de l'eau fur le
mélange de tartre & de Ici , ce qui fera une diffolu-
tion qu'on rendra forte à volonté. On place le chau-
dron fur un feu de charbon , on fera rougir au feu
la pièce qu'on voudra blanchir , en prenant garde de
ne point la lailVer fondre ; plus la pièce lera mince,
plus il faudra y avoir attention. Lorfque la pièce
aura rougi , on la jettera dans la liqueur dont elle
doit cfrc entièrement couverte ; on la fera bouillir
doucement pendant une demi-heure ou même plus ,
en obferrant de la remuer avec une baguette ou une
cuillère de cuivre jaune, mais il faudra bien le gar-
der de ne point fe fervir pour cela d'un inflrument
de fer qui feroit des taches fur l'argent. De tems en
tems on fortira une pièce de l'eau pour voir fi elle
ell devenue blanche ; lorfqu'elle fera au point de
blancheur que l'on délire , on ôtera le chaudron de
deli'us le feu , & Ton trempera les pièces dans de l'eau
bien nette ; on les frottera avec du fable fin ou avec
une brofle , & on les remettra dans de nouvelle eau ;
on les elluyera bien proprement avec im linge , ou
bien on les fera fécher au-dclTus d'un brafier de char-
bon. S'il fe trouvoit quelque pièce qui ne fût point
parfaitement blanche , on la remettroit de nouveau
dans la même liqueur , ce que l'on ell quelquefois
obligé de réitérer plulieurs fois.
11 y a encore une autre liqueur dont Ifes Orfèvres
& les Jouailliers fe fervent pour blanchir les ouvra-
ges d'argenterie ; elle confilîe à faire bouillir les pie-
ces pendant environ un demi-quart d'heure dans une
diflblution d'alun , après quoi on les nettoie de la ma-
nière qui vient d'être décrite. Quelques-uns conleil-
lent de mettre les pièces d'argent à tremper pendant
vingt - quatre heures dans de l'eau leconde , mais
cette méthode ne blanchit point parfaitement l'ar-
gent. On réuflira encore en frottant les pièces d'ar-
genterie avec de l'eau de favon , fans avoir befoin de
les y faire bouillir. Quelques ortevres nettoient
leurs pièces , ibit avec de la pierre à plâtre réduite
en poudre , foit avec des os de fcche , foit avec de
la craie & du vinaigre , &c.
Soudure du cuivre. On emploie différentes compo-
fitions pour \zfoudurc du cuivre; les unes s'appellent
Jouduns fortes , les autres foudures tendres. Voici une
manière de faire \?ifouduri forte , qui fc pratique par
les ouvriers en cuivre. On prend leize parties de
cuivre jaune & une partie de zinc. On commence
par faire fondre le cuivre jaune dans un creufet ; &
lorfqu'il cft bien fondu, on y joint le zinc que l'on
aura préalablement fait chauffer , afin qu'il ne pé-
tille point , comme il feroit , fi on le mettoit tout-d'un-
coup dans le creufet ; on remue le mélange , & l'on
recouvre promptement lecreulet; lorlqu'on l'a laiffé
eatrcr parfaitement en fufion pendant deux minutes,
on vuide le creufet fur un ballet de bouleau placé
au-deffus d'une cuve pleine d'eau ; par ce moyen le
mélange fondu fe réduira en une grenaille , qui cil la
SOU
foudurt dcfnée ; on la lave«a& on laconferverapour
l'ulaçc. Cette foudure cil: très-bonne pour Ibuder les
groflcs pièces , elle Ibuffre très-bien le marteau ; mais
comme elle efl allez difficile à fondre , quelques-uns
préfèrent de ne prendre que huit parties de cuivre
jaune contre une partie de zinc ; cette foudure cil
très-fufible, & cependant très-malléable. Un mélam^e
de trois parties de cuivre rouge & d'une partie de
zinc fait encore une txcs-honne foudure. D'autres ne
font que fmiplement couper des lames de cuivre jaune
en petits morceaux , qu'ils appliquent fur l'endroit
qu'ils vculentyôwd'er, en y joignant du borax.
ha. foudure tcixAr^i pour le cuivre n'ell autre chofe
qu'un mélange de deux parties d'étain, & d'une par-
tie de plomb que l'on fait fondre cnfemble ; après
quoi on en torme un lingot dont on fe fert au be-
foin.
Lorfqu'on veut faire des ouvrages propres en cui-
vre , fans avoir égard à la dépenfe, on peut fe fervir
des foudures qui ont été décrites pour l'argent , &
même de celles pour l'or.
Quand on veut Jbuder des pièces de cuivre , on
commence par donner quelques coups de lime fur
les jointures ou fur les endroits que l'on veut join-
dre , ou bien on y donne quelques coups de grattoir ;
on échauffe les pièces dans un feu de charbon ; on
met enluite un peu de colophone fur les endroits
qu'on veut taire prendre , puis on y met quelques
morceaux de hjoudure tendre , compofée d'étain &
de plo-mb ; lorfque cette foudure eu fondue , on en-
levé ou l'on effuie le fuperflu de la foudure , tandis
Su'elle efl encore fluide , avec de l'étoupe ou de la
laffe.
On fe fert encore d'une autre méthode ^owr fon-
der les ouvrages en cuivre. Les ouvriers ont des ou-
tils particuliers , appelles fers à fonder , qui font de
fer ou de cuivre que l'on fait rougir , fans cependant
que la chaleur aille jufqu'à les blanchir. Quand le fer
bi fonder efl d'un rouge de cerlfe , on lui préfente un
lingot de la foudure tendre qui venant ainli à fe fon-
dre , tombe goutte à goutte fur l'endroit qu'on veut
fonder , fur lequel on a d'abord répandu un peu de
colophone ; après cela on repaffe avec le fer à fou-
der tout chaud fur l'endroit que l'on veut faire pren-
dre , par-là on égalife Xa. foudure ; on enlevé enfuite
le fuperflu avec une lime ou un grattoir.
Comme les pièces de cuivre qui ont itéfoudées
perdent leur couleur & fe noirciffent , on la leur rend
en les trempant dans une liqueur qui efl de l'urine ,
dans laquelle on a mis des cendres de bois neuf. On
fait bouillir ce mélange ; & après avoir fait rougir au
feu les ouvrages , on les éteint dans la liqueur ; ou
bien , on les éteint dans une fimple diffolution de fel
marin : cette opération s'appelle décaper.
Soudure du laiton ou cuivre jaune. On emploie aulfi
une foudure forte & une foudure tendre pour le lai-
ton ou cuivre jaune. Lajbudure forte efl la même que
pour le cuivre rouge , c'ell-à-dire de felze parties de
laiton contre une partie de zinc , que l'on fait fondre
& que l'on met en grenaille de la même manière.
Cette foudure efl encore fort bonne en ne mettant que
huit parties de laiton contre une partie de zinc. SI on
veut que lafoudure foit encore plus ailée à fondre, on
ne prend quefix partlesde laiton. On prendaulïï quel-
quefois trois parties de cuivre rouge que l'on faltfon-
dreavecunepartie dezinc: cetteyôWwr^efldure&fo-
lide. D'autres prennent deux parties de cuivre rouge
contre une partie de zinc. On peut ainfi varier les pro-
portions du zinc &i du cuivre : ce qui donne àesfou-
dnres plus ou moins jaunes , en raifon du plus ou du
moins de zinc qu'on y a fait entrer , ce qui les rend
auffi plus fufibles&plus tendres. La/ow^wre tendre du
cuivre jaune fe fait ordinairement avec fix parties de
laiton , & une partie de zinc Se une partie d'étain.
Oa
s o u
On commence d'abord par faire fondre, le cuivre
jaune ou laiton ; iorfqu'il eft fondu , on y joint 1 c-
tain , & aufli-tôt après on y met le zinc, après avoir
eu la précaution de le chauffer ; on remue le tout , &
on le met en -grenaille , on le lave 6c on le conferve
pour s'en fervir au befoin.
Dans les petits ouvrages qui ne demandent pas
beaucoup de folidité, on fe fert d'une yc/-!^.7/-(; faite
avec de l'étain &: dii plomb , pour les ouvrages en
cuivre jaune. Elle eft compoiée ordinairement de
trois parties d'étain fin , & d'une partie de plomb.
Pour appliquer cette foudure , il faut toujours don-
ner quelques coups de lime ou de grattoir aux en-
droits que l'on veut fonder , & y répandre un peu
de colophone ; après quoi on y fait tomber là fou-
dure avec le fer kfouder rougi , dont on fe iert enfuite
pour égalifer les \omtv\res Jbudées .
On peut fe fervir pour le tombac & pour les au-
tres compofitions métalliques qui ont le cuivre jaune
pour bafe , des mêmes foudures que pour le laiton ou
le cuivre jaune.
Soudure pour le fer. Tous les métaux font plus fu-
fibles que le fer ; ainfi on peut fe fervir d'eux pour
fouder ce métal. On emploie communément à cet
ufage le cuivre rouge & le cuivre jaune pour les
grands ouvrages. On peut encore fe fervir de toutes
les foudures fortes du cuivre jaune. Dans les ouvra-
ges de fer qui exigent de la propreté , on peut fou-
der avec l'or , fi les ouvrages méritent cette dé-
penfe.
Lorfqu'on veut fouder de grandes pièces de fer
avec le cuivre , on commence par limer les jointu-
res par où l'on veut joindre les pièces ; enfuite on
coupe de petites lames de cuivre que l'on applique
fur les jointures , où on les affujettit au moyen d'un
fil ; on met par-defTus un enduit de glaife ou de terre
graffe qui environne la foudure de tous côtés. Quel-
ques-uns mettent un peu de verre pilé ou de fablon
iin fur le cuivre qui doit fervir n fouder , avant que
de l'entourer de terre graffe. D'autres mêlent avec
cette terre toutes fortes de matières propres à faci-
liter la fufion ; après quoi on fait fécher doucement
la terre graffe en la préfentant de loin au feu. Alors
on place les pièces qu'on vent fouder dans la forge ,
en obfervant fur-tout que le vent du foufflet aille
donner direflement fur la partie qui doit etxe fondée, .
afin d'échauffer fortement cette partie. Lorfqu'on
s'apperçoit que les pièces font rougies jufqu'à bl^-
cheur , &: que là terre graffe s'ell vitrifiée , on les
retire du feu ; fi c'efl: du fer tendre , on les trempe
dans l'eau ; fi c'eft de l'acier , on le laiffe refroidir
de lui-même. Pour-lors on ôte la glaife vitrifiée , &
on polit avec les outils convenables l'endroit qui a
été fondé. Le procédé efl: le même , fi , au-lieu de cui-
vre rouge , h foudure a été faite avec du laiton ou
cuivre jaune , ou avec les foudures fortes qui ont été
indiquées pour le laiton.
Comme les ouvrages d'acier perdent une partie
de leur dureté toutes les fois qu'elles paffent par le
feu , on eft obligé de les tremper de nouveau après
les avoivfoudées , afin de leur rendre la dureté qu'el-
les avoient perdue. f'«jKe{ Trempe de l'acier.
La foudure des ferblantiers n'eft autre chofe qu'un
mélange de parties égales d'étain & de plomb. Pour
fouder les jointures , ils ne font que les mouiller avec
un peu d'eau , ils y répandent un peu de colophone
en poudre , ils prennent leur fer h fouder c\m eft tout
chaud , ils l'eftiiient , & par fon moyen font tomber
quelques gouttes àe foudure fur les jointures , & y re-
partent avec le fer ^fonder. Pour faire pénétrer la/ow-
dure jufqu'à ce qu'ils n'apperçoivent aucun intervalle
vuidc , ils enlèvent Icfuperflu de la colo[)hone 6c de
là foudure , en frottant avec un morceau d'étoffe de
TomeXr,
SOU
39?
laine. Cette foudure convient à tous les ouvrages qui
nt etames.
Soudure de rétain. Pour fouder l'étain , on fe fert
d'un étain mêlé de plomb à parties égales ; d'autres
mettent un peu plus d'étain que de plomb ; ils pren-
nent , par exemple , 3 ^ livres d'étain contre 2 livres
de plomb : c'eft ce que les Potiers-d'étain appellent
foudure forte. La foudure tendre eft celle dont ils fe
fervent pour les petits ouvrages. Pour la faire , on
joint du bifmutlvà l'étain & au plomb dans des pro-
portions différentes. Les uns prennent 3 onces de bif-
muth contre 2 onces de plomb, &4 onces d'étain fin;
les autres mettent 4 onces de bifmuth fur 2 onces de
plomb, & 4 onces d'étain ; d'autres font leur foudure
avec une partie de bifmuth , une partie de plomb &Z
deux parties d'étain fin ; d'autres enfin y mettent fix
parties d'étain, une partie de plomb & un quart de
bifmuth. On fond enfemble ces trois fubftances , &C
l'on en forme des linçots.
Ceux qui font des boutons d'étain t)nt uneyoK-
dure dont ils font grand myftere , ils y mettent une li-
vre de bifmuth , un quarteron de plomb , & trois
quarterons d'étain. D'autres font cetu^, foudure avec
une partie d'étain , une partie de bifmuth , & un peu
plus de la moitié de plomb. D'autres enfin prennent
lix parties de bifmuth , fix parties d'étain fin , & trois
parties de plomb.
Il y a différentes manières d'appliquer cesjoudu-
res fur les ouvrages en étain. i^.La première confifte
à former avec de la glaife une efpece de rigole, qui
fait que la foudure fondue coule dans les jointures
que l'on veut faire prendre , fans pouvoir fe répan-
dre. 2°. Il y aune féconde manière de faire la même
foudure ; quant à celle de l'appliquer, c'eft la môme
qu'on a décrite pour Iz foudure du fer-blanc. 3**.
Pour les ouvrages qui demandent de la propreté ,
on fe fert du chalumeau & de la lampe comme pour.
les foudures de l'or & de l'argeat.
Soudure du plomb. On fe lért de différentes yoa^a-
res pour le plomb ; la plus ordinaire eft faite avec
du plomb & de l'étain , auxquels on joint quelque-
fois du bifmuth. La foudure des faifeurs-d'orgues eft
compofée de quatre parties de bifmuth , feize par-
ties d'étain , & huit parties de plomb. D'autres la
font avec trois parties de bifmuth , quatorze parties
d'étain , & onze parties de plomb. Cette foudure pour
les tuyaux d'orgues doit varier à proportion des dif-
férens alliages dont on fe fert pour faire les différens
tuyaux. Tantôt on prend parties égales de plomb 6c
d'étain , tantôt deux parties de plomb contre une
partie d'étain, tantôt deux parties d'étain contre une
de plomb ; on y joint aiûfi quelquefois de l'anti-
moine.
On peut encore employer pour le plomb les
foudures -propres aux Ferblantiers & aux Potiers-
d'étain. .
Non-feulement on fonde enfemble des pièces d'un
même métal , mais encore dans l'Orfèvrerie 6l la
Bijouterie on eft fouvent obligé Ae fouder des pièces
de difterens métaux. Pour fouder l'or avec l'argent ,
l'or avec le cuivre , l'or avec le fer , on peut fe fer-
vir des mêmes foudures que pour l'or fin & l'or
allié.
Pour fouder l'argent avec le cuivre rouge , le cui-
vre jaune , le fer , on pourra lé fervir des foudures
indiquées pour l'argent.
Pour fouder le cuivre rouge avec le cuivre jaune
& avec le fer , on pourra employer les foudures in-
diquées pour le laiton ou cuivre jaune ; elles peu-
vent aum fervir à fouder le cuivre jaune avec le fer
& l'acier , cependant beaucoup d'artifans fe fervent
pour cela de la mcme Jhudure que pour l'étain.
Toutes les méthodes indiquées lians cet ;n-ticle im-
portant pour les arts & iiKtiers , font extraites d'uo
Ddd
94
SOU
:>
ouvrage allemand de M . Klein, qui a pour titre , Dcf-
criptlon dttjiUci de la loudurc des mctaux^ public à Ber-
lin en 1760, & qui ell l'ouvrage le plus complet qui
ait encore été publié fur cette matière intérefl'ante.(— )
Soc DU RE, en terme de Bi/outier^ c'eft une conipo-
fition d'or bas , d'argent 6c de cuivre fort , ail'ée ;\
fondre. 11 y a de la Jondure au tiers , au quatre , au
cinq , au fix , au fept , au huit , au neuf & au dix , qui
ell la plu!> forte qu'on employé. Four faire h Jbudure
au quatre,p;ir exemple, on prend trois parties d'or
& une d'aloi que l'on fait fondre enfemble , & que
l'on foroe de l'épnifleur d'une pièce de lix liards ; &
on la coupe par paillons plus ou moins gros. On
marque chaque morceau de foudure du numéro de
{"on titre, 6i. on renferme les paillons coupés dans
des boîtes aulîl numérotées de leurs titres, afin
d'éviter l'inconvénient d'employer unit foudure pour
ime autre. Voye^ Aloi.
SOUDUUF. , en terme de Diamantaire ^ efl: une com-
pofition d'étain &: de plomb fondus eniemble : un
tiers du premier, & deux tiers de l'autre. Monter
en Jpudure , Foye^ Mettre en foudure.
AUt'-re en soU DURE ^ en terme de Diamantaires ,
c'cli monter le diamant dans la coquille iur un mé-
lange d'étain &: de plomb, qu'on -AT^T^'Ain foudure.
Ce "mélange prend la forme d'un cône qui remplit
par fa bafe la coquille &: au fond duquel eft le dia-
mant-que l'on veut tailler.
Soudure , terme de Ferklanders. Lafoudure des fer-
blantiers cil d'étain. Ils s'en fervent pour joindre en-
iemble deux ou pluficurs pièces de fer-blanc. Ils com-
mencent par mettre fur la raie ou les pièces qu'ils
veulent fonder, <lc la poix-réfme écralée; enfuite ils
enlèvent avec le fer à fonder un petit morceau de
foudure, &i le pofent fur la poix-réline : la chaleur du
fer fait fondre lafoudure , la poix-réfme, ik. les fait
incorporer avec les pièces de fer-blanc & les alî'u-
jettit enfemble.
So\JD\jRE,termed'Horlogers.'Lçslîorlogers en em-
ploient de plufieurs efpeces. Lafoudure d'étain qui
eft la même que celle des ferblantiers , le zinch & la
foudure d'argent ou foudure au tiers : elle fe fait en
mettant les deux tiers d'argent & un tiers de cuivie.
Les mouleurs de boîtes ont des foudures de ditfé-
rens numéros , comme de Va foudure au 3 , au 4 , au 5 ,
ce qt-i fignifie que fur 3 ou 4 ou 5 parties àc foudure
il y en a une d'alliage d'un métal inférieur ; ainfi
la foudure d'or au 4 efl un mélange de 3 parties d'or
au titre avec une d'argent ou de rofette , lelon que
l'on emploie de l'or rouge ou de l'or blanc. On
emploie la foudure la plus forte liir les ouvrages
de plus haut titre.
Soudure, dont les Facteurs d'orgues fe fervent,
efl un mélange de deux parties d'étain & d'une de
plomb , que l'on fond enfemble dans une culUier de
fer , 6i que l'on coule en plufieurs bandes larges
d'un pouce , & épailles feulement de deux lignes ou
environ. On met la foudure en bandes plates , afin
que les fers à fonder avec lefquels on la prend fur la
tuile, puiflent la fondre plus aifément. Ainfi fi on
veut faire trois livres àc foudure , il faut deux livres
d'étain & une livre de plomb : elle fert à joindre,
deux ou plufieurs pièces 6i. à n'en faire qu'une.
Avant que d'employer la foudure , il faut blanchir
les rives de ce que l'on veut fonder , laifler fécher
le blanc , enfuite gratter le blanc & la furface du
tuyau avec la pointe à gratter décrite à fon article.
Cette pointe doit être bien afilée fur la pierre à l'hui-
le, afin de ne point éclater le blanc qui doit border
les deux côtés de lafoudure, & qui l'empêche de
s'étendre au-delà de ce qui ell néceùaire. Une bonne
foudure doit avoir une ligne , une ligne & demie ou
au plus deux lignes de large , lelon l'épaiiîeur & la
grandeiu' des pièces que Ton fonde, ôc être bordée
SOU
de chaque côté par une bande de blanc de 4 ou k lU
gncs de large plus ou moins. Le blanc qui fcrt à em-
pêcher lafoudure de couler &i. de s'étendre au-delà de
l'endroit où on veut qu'elle (bit, fert auffi à empê-
cher les tuyaux de fondre à l'approche du fer chaud
avec lequel on pofe 6l on fait couler la foudure dans
l'efpace que l'on a gratté de part & d'autre de la
fente qui fépare les deux pièces que l'on veut join-
dre. On doit avoir gratté en bifeau , c'efl-à-dire, en-
forte" que la pointe ait pénétré plus avant vers la
rive ou arrête , où elle doit avoir atteint toute l'é-
paiiîeur, que vers le blanc où elle ne doit qu'effleu-
rer la fuperhcie.
La gratture doit être bien unie,fans relTauts ni bof-
fcs, aHn que la foudure vienne de même ; pour cela
il faut gratter légèrement : on la graillé enfuite avec
du fuif de chandelle , & on applique la foudure avec
les fers à fonder que l'on traîne tout-du-long des en-
droits qu'il faut iouder, vwjt'^FERS A souder, qui
doivent être étamés 6l chargés de Joudure autant
qu'il ell befoin.
Loriqn\mQ Joudure efl bien faite, elle doit former
dans toute là longueur une petite convexité très-
unie & par-tout de même largeur , laquelle dépend
de l'égalité avec laquelle on a gratté le tuyau.
Soudure, (^Plomberie.) mélange fait de deux
livres de plomb avec une livre d'étain , qui fcrt à
joindre les tables de plomb ou de cuivre. On la nom-
me foudure au tiers.
Soudure en lofange ou en épi, GrolTe foudure avec
bavures en manière d'arrêté de poilTon. On la nom-
me ToW/^re plate, quand elle efl plus étroite, & qu'-
elle n'a d'autre faillie que Ion arrête. Daviler. (Z). 7.)
Soudure , (^Maçonn.) On entend par foudure^ du
plâtre ferré dont on raccorde deux enduits qui n'ont
pu être faits en même tems fur un mur ou fur un
lambris. (Z>. /.)
Soudure , (^Droit romain.') ha foudure fait dans le
droit romain un objet de quellion qui a partagé tous
les jurifconfultes ; parce que comme ils ont cru qu'on
ne pouvoit pas léparer les métaux , par exemple ,
l'or du cuivre, ou que la foudure produifoltun vrai
mélange des deux matières ioudées enfemble ; ils
ont établi, que des deux chofes jointes enfemble , la
moindre étoit acquife au maître de la plus grande.
Quelques-uns d'eux ont dillingué deux Ibrtcs de
foudure , l'une qui fe fait avec une matière de m.ême
genre que les deux corps fondés eniemble ; l'autre
qu? fe fait avec une matière de différente nature.
Ils appellent la [irem'iere ferruminatio , & l'autre /'/«/n-
batura. Suivant l'idée de ces jurifconfultes , la pre-
mière forte àe foudure confond les deux corps fondés
enlémble , de manière que le tout demeure par droit
d'accelfoire au propriétaire de la plus grofle , ou de.
la plus, confidérable partie , quand môme elle vien-
droit enfuite à être léparée de la moindre; comme li
un bras fondé à une Itatue d'or , fe détachoit. Que fi
les deux parties étoient égales , en forte que l'une
ne pût être regardée comme une accefToire de l'au-
tre ; alors , dilent-ils, aucun des deux propriétaires
ne pourroit s'approprier le tout, & chacun demeu-
rc-roit maître de fa portion.
D'un autre côté, quand deux pièces d'argent,'
par exemple , font fondées avec du plomb , ou que
l'on fonde eniemble deux pièces de différent métal ,
ce qu'on appelloit plumbatfira ; ces mêmes jurif-
confuhes vouloient qu'en ce cas, il n'y eût point
de mélange , & qu'ainfi les deux corps fondés de-
meurent chacun à leur maître , foit que l'un fe trou-
ve plus ou moins confidérable que l'autre.
Mais on ne voit aucun fondement folide do cette
dif/érence; car deux pièces d'argent foudcM?s en-
femble avec de l'argent , demeurent aufîî diftiniles
l'une de l'autre , que fi elles étoient fondées avec du
sou
plomb, ou ft une pièce de fer ctolt fondée avec uns
pièce d'argent.
Après tout , il ne t^ut pas s'étonner que les déci-
fions des jurlfcon fuites romains Ibient û peu nettes
fur cette matière. En effet, ce n'eft point par des
idées phyfiques ou métaphyfiques , ni même parla
deftination , l'ufage , ou le prix des chofes mêlées
enfemble , qu'on doit décider les quefticns fur l'ac-
ceflbire ; mais c'cft par de tout autres principes que
nous établirons ailleurs plus convenablement qu'au
chetif wf Soudure. {D. /.)
SOUDOYER , V. aa. (Gram.) c'efl payer la folde
d'un homme, d'une troupe. Nous foudoyons des ar-
mées inimenles.
SOU ETTE, vojq Chouette.
SOUFFLAGE , f m. ^Marine.') renforcement de
planches qu'on donne à Quelque vaiffeau.
Soufflage, (Marine!) c'efl: wn fou fflagc fur les
membres du vailleau & non fur les bordages.
Soufflage, yÔH/ du ^ (^ Manufacture des places. )
on appelle dans les manufactures des glaces à miroir
[efour du fonfflage , celui où fe fond & ie prépare le
verre pour taire les glaces foufîlées. Le four des gla-
ces de grand volume, fe nomvcvQ four à couler. Savary.
[D.J.)
SOUFFLE, f, m. {Gram^ il eft quelquefois fyno-
nyme à haleine & à refpiration ; c'ell l'air chaflé du
poumon. Les bons principes que les maitres s'eiFor-
cent à graver dans l'efprit des enfans , reffemblent à
des caractères tracés fur le fable , que le moindre
fouffle de l'air efface.
Souffle, fe (ï\i dans r Artillerie, de la compreffion
de l'air formée par le mouvement du boulet iorfqu'il
fort du canon. Ccfouffie cil fi violent,qu il détruit en
peu de îcms les embralures des batteries. (Q)
SOUFFLER , V. aâ. &: neut. c'eft agiter avec Vhvi-
\ç:\ï\Q ', foufli^ fur ce duvet, & vous le ferez voler
dans l'air ^ fouffler luie chandelle , c'efl l'étein-
dre ; fouflcr en chimie , c'efl s'occuper de la re-
cherche de la pierre philofophale ; faufiler un mau-
vais difcours , c'ell i'infinuer ;• on faufile aux
grands tout ce que l'on veut ^faufiler au théâtre , c'efl
fecourir la mémoire de l'acleur ; faufiler wn emploi à
quelqu'un , c'efl le lui enlever ; faufiler au jeu de da-
mes , c'efl ôter de deflus le damier la dame avec la-
quelle l'adverfaire auroit du en prendre une ou plu-
ueiu's des vôtres. Voye:^ Its articles fuiv ans.
Souffler , (^Marine.) c'efl donner un fécond bor-
dage à un vaifîeau , en le revétifî'ant de planches for-
tifiées par des nouvelles préceîntes , foit pour le ga-
rantir de l'artillerie des ennemis , ou pour lui faire
bien porter la voile , & l'empêcher de fe rouler , ou
de fe tourmenter trop à la mer. Pour comprendre la
raifon de ceci, il faut lire Varticle C0NSTR.UCTION.
Souffler l'émail, terme d" Email leur ; c'efl en
former , en le foufîlant avec un petit tube de verre,
cet émail creux qu'on appelle du jais. Foye:^ Email.
Souffler , (^Maréchal.) fe dit d'un cheval pouluf.
Laiffer fouffler fan cheval, c'efl l'arrêter pour lui laifî'er
reprendre haleine. Voyei Haleine. Souffler au poil,
fe dit de la matière qui n'a pas eu d'écoulement dans
certains maux de pié, & qui reflue & fe fait jour au
paturon ou à la couronne.
SOUFFLET , f. m. {/in mcckaniqueC) efl un inf-
trument dont le méchanif me confifte à pomper l'air
& à le pouffer contre le feu ou toute autre chofe, ])ar
le moyen d'une ame ou foupape de cuir, qui efl at-
tachée au bois de defrous,& tenue lâche & aifée , de
façon qu'elle s'en éloigne quand on levé celui de
■deflus , & revient s'y appliquer dès que par une lé-
gère preffion on rapproche les deux bois l'un de l'au-
tre ; par-là l'air ne pouvant rcfîortir par où il efl en-
tré , s'échappe néceffaircmcnî par un trou pratiqué
€xprès au bout àwfoufilet, Lçfotjfilec eft compote de
To/ne X K^
SOU 39
èeul: aïs , au bord defquels efl clouée une peau , d'û
ne douelle placée à l'une des extrémités des aïs 6t
d'une foupape attachée en-dedans à l'ouverture de
l'ais du defîbus ; il efl évident qu'en écartant les ais
l'air eft attiré en-dedans du foufflet par l'ouverture dé
l'ais de defîbus ; qu'en les rapprochant', la foupape
s'abaiffe , & que l'air eflchaffé par la douelle. Voilà
en général à quoi fe réduit toute conflruclion de
yôwj^e/, quelle qu'elle foit.
Soufflet , outil d'ArcjuebuJîer ; cefnifiiet efl com*
me celui des ferruriers , fufpendu de même , & a le
même mouvement;il fert aux Arquebufieîspour fouf-
fler & allumer le feu à la forge.
Soufflet QUARRÉ , en terme de Boifielier; c*efl urt
foufflet qui ne diffère Au foufilet ordinaire que par de
petites feuilles de bois de fourreau qu'on y colle in-
térieurement à la place des verges.
Soufflet quarré a double vent , en Boiffl-
laie ; on appelle ainfi. des foufiîets qui pompent le dou-
ble d'air des autres , par le m.oyen d'une planche
qu'on y met de plus , & d'un refibrt qui s'y ajoute*
Soufflet , outil de Ferblantier; ce faufila efl beau-
coup plus petit que les fou filets d'orgue , & efl exac-^
tement fait comme eux. Il fert aux ferblantiers à al-
lumer le feu avec lequel ils font chaufer leurs fers à
fonder, f^oye^ les PI. du Ferblantier.
Soufflet , (^Forge.) f^oye^ Varticle Grosses for-
ges , où \q. foufilit de ces ufmes efl décrit.
Soufflets de l'oroue, repréfentés Pi. d'or^ue^
fig. 23. font de grands corps qui, en fe dilatant , fe
rcmpliffent d'air , qu'ils chafîent par les porte-vents
dans la laie du fommier lorfqu'ils fe contrarient.
C'efl cet air ainfi pouffé avec viteffe , & qui efl con-
dcnfé , qu'on appelle vent , fans lequel l'orgue
efl im corps fans ame.
Les foujflets, dont un feul , quelque grand qu'on le
fafle , ne fauroit futHre, font compofés de deux tables
de bois de chêne de 6 , 7 ou 8 pies de long , fur 3 ou
4 de large, plus ou moins , félon la grandeur des fouf-
jlets & celle de l'orgue. Ces tables font faites de bois
d'Hollande de deux pouces d'épaiffeur, qu'on affem-
ble à rainures & languettes, ou avec des clés , & que
l'on dreffe bien des deux côtés & fur champ. La
table inférieure,/^. 24. efl percée de deux ou de trois
trous: le trou 0,qui a i pié de long,6 pouces delar^^e'
reçoit la partie flipérieure du gofier 0 R,fig. zj. par
lequel l'air contenu dans la capacité du foufflet paffe
dans le porte-vent. Ce trou doit être à environ
1 pouces du bout de la table , & dans le milieu de fa
largeur ; enforte que le grand côté du trou fbit pa-
rallèle au petit côté de la table , comme on voit dans
hfig. 24. L'autre trou , ou bien deux autres, fi on
a fait deux ouvertures , efl vers l'autre bout de la ta-
ble , dont il efl éloigné de 8 pouces ou environ. Ce
trou a I pié en quarré ; c'efl où on ajuflc les deux
foupapes SP, qui chacune ferment un trou. Lorfque
l'on a fait deux ouvertures à rextrémité des tables,
qui efl le côté du gofuu- ; & à la partie intérieu.re du
foufiJet,on met des barres DC; chaque barre a autant
d'épaiffeur que la moitié de toutes les éclifTes qui
trouvent place dans la largeur DD , dont les deux
barres DC éloignent les tables ; à l'autre extrémité
des tables font d'autres barres de bois parallèles aux
premières , mais collées &: clouées de l'autre coté *
enlorte que ces dernières font extérieures ; la bai'f'e
extérieure de la table de defîbus efl \ l'extrémité do
cette table ; mais les barres LL , N>I de la table de
defîùs, & qui font au nombre de deux , fbnt , la pre-
mière , i\ environ 4 pouces du bout de la table , & la
féconde AW, à 8 ou i o pouces de la première , entre
lefquelles ont met la pierre M qui comprime ïe/buf
Jlct par fbn poids , & contraint l'ais d'en fbi tir: apnis
que ces tables font faites , on fait les plis du foi.filit.
Les pièces £E qui compolcnt les plis des côtés du
Dddij
39*5
SOU
l
/^);/j^«r s'appellent cclijfes, te les pièces T,fig. 14. qui
compoCcnt les plis de la tcte ùwJoujIUi s'appellent tc-
ticTis. Toutes ces pièces , tant les cclilles que ks
têticrcs , font faites de bois d'Hollande réfendu
de l'cpaiileiir d'un quart de pouce : la largeur des
têticrcs cil d'un pouce ou 1 { pouce par pié de
la longueur du fou [lut ; eniortc <:\ne h le foupa a S
)iés de long , les tctleres doivent avoir 8 pouces de
ari;e,qui èll i pouce par pic de la longueur du y^^w-
fcc", ou 10 pouces , qui font i pouce :;■ par pié de la
ïiicnu' longueur. Les ccliffes ont par le côté de la tcte
ilnjoaffh-i la niême largeur que les tctiercs, &: par le
bas une largeur D e , /'f, égale à i'cpailfeur des bar-
res D C. Ces barres font percées de trois trous i, 2,
3 , pratiqués obliquement, cnforte qu'ils répondent à
la tète extéreure; ti au milieu des faces intérieures
des barres on palle des cordes d'un calibre convena-
ble dans ces trous , ôc on les arrête avec des chevil-
les enduites de colle , que l'on enfonce à coups de
marteau , & que l'on arrafe enfuitc aux faces inté-
rieures des barres , qui font le côté par oii les che-
villes doivent être enfoncées. On fait entrer les bouts
de corde qui fortent des trous par le coté de la tète
des barres dans les trous correîpondans de la barre
de l'autre table ; ils doivent entrer par le côté de la
tète,& fortir par la face intérieure , c'eft-à-dire, par
la face qui regarde le dedans du fouffiet, ck être
chevillés 6c collés comme par l'autre bout. Ces
cordes ainfi palTces d'une barre dans l'autre , fervent
de charnière aux barres.
Après que les éL!iflcs& les têtières font taillées , &
que les rives extérieures font arrondies , on couvre
le côté qui doit regarder l'intérieur àufouflct, auih-
bien que le côté intérieur des tables , de parchemin
Lien coUé, afin que l'air condenfé dont le JouJJet efl
rempli , ne s'échappe pas au-travers des porcs dont
les planches font fort remplies. Quelques faûeurs
pour fatisfaire à la même indication , fe contentent
d'enduire plufieurs fois de colle l'intérieur du foujjî&t^
comme on fait l'intérieur du fom.mier. ^.Sommier.
Lorfque le parchem.in ell: fec , on affemble les
ccliffes les unes avec les autres avec des bandes de
peau de mouton parées. Ces bandes qui fervent aufîi
À affcmblcr de même les têtières, font collées fur la
partie convexe du pli , en forte que les bandes de
peau des plis faillans font collées à l'extérieur duyô///-
fia, & les bandes des plis rentrans regardent l'inté-
rieur. On m.et enfuite les écliffes & les têtières en
preffe, & on les laiffe fécher. Les têtières doivent
toujours être en nombre pairement pair, c'cil-à dire
que la moitié de ce nombre doit être en nombre pair;
en forte , par exemple , qu'on ne pourroit pas faire
un foujjlit qui auroit 10 têtières ; mais on le peut fai-
re avec 8 ou 1 2 , ou tout autre nombre dont la moi-
tié cft un nombre pair. Les édifies font de chaque
côté du fonjjla en même nombre que les têtières , en
forte qu'elles font dans un foufflet en nombre double
<le ces dernières. Ainfi ïi \\n joufflct a 8 têtières , il
aura 16 écllffes, 8 de chaque côté. Le haut des édif-
ies &: les têtières doivent être coupées à onglet , un
peu moindres que 45°. en forte que les ouvertures
jiE , FB , fig. 24. aient de large du côté de £ & de
F, environ la huitième partie de la largeur JE ^ FB.
Le foufflet a 8 écliffesde chaque côté, & environ la
douzième partie des mêmes longueurs , fi le foufflet
en a douze. On affemble enfuite les écliffcs & les tê-
tières avec les tables , avec des bandes de peau pa-
rées, collées moitié fur les écliffes ou têtières & les
tables. Lorfque les bandes de peau font féchées , on
coud avec du gros fil de Bretagne, les têtières &: les
ccliffes par la peau des bandes, qui doit excéder les
angles l'aillans tux, d'environ un pouce de cha-
que côté ; on ouvre enfuite le /o//j^t.7, en forte que
le-; tables faff<;nt cnfemblc un anf^le de 30 ou 3 5 de-
SOU
grés, ou que la dlflance J yi , fg. 2j. foit de 3I pies
ou 4 pies , pour wnfonffla de 8 pies.
Avant que d'affembler les écliffes avec les tables
on les étend lur un établi le côté de dehors cn-def-
fus, & on colle fur leur extrémité étroite une plcce
de peau triangulaire ahDD , fig. 23. qui prend tou-
tes les écliffes; cette pièce de peau s'appelle rabats
voyii^ Rabat. La partie Z? de cette pièce de peau qui
excède les écliffes d'environ 4 pouces , vient s'ap-
pliquer fur les faces extérieures des barres DC où
elle eft collée; on affemble de même les écliffes de
l'autre côté du foufflet. Après que les têtières & les
écliffes lont allemblées avec les tables, & c[ue les
queues des rabats font collées fur les barres Dc.,Dc^
qui forment l'épaiffeur du foufflit , on colle une
bande de peau liir toute la face DccD , cette peau
parée dans tout fon pourtour , eff recouverte à fes
deux bouts par les rabats abD. Par-deffus cette pièce
on en met une autre plus longue & plus large, parée
de même dans tout fon contour , laquelle recouvre
par fes extrémités , les rabats & les tables par fes
longs côtés, d'environ 2 pouces. Toutes ces pièces de
peau font collées & parées par le côté du duvet , ea
forte que le côté glabre eft en dehors. Pour faire
étendre la peau & rechauffer la colle , on fe fertd'un
linge trempé dans de l'eau chaude & enfuite expri-
mé, que l'on applique far la peau; on ne fe fertdu
linge mouillé que lorfque le côté glabre de la peau
eff en-dehors; car lorfque c'cll le duvet, & qu'oa
veut le ménager comme celui de la peau dont les
foupapes ik. les devans de l'axe font doublés , on fe
fert d'un morceau de bois bien drcffé , que l'on fait
chauffer devant le feu comme un fer à repaffer le lin-
ge, & on l'applique enfuite fur la peau dont la colle
efl rechauffée par ce moyen.
Pour achever le foufflet^ qui fe trouve fini quant à
la partie inférieure cD , qni efi le côté du gofier, il
faut coller fur les vuides JE^ FB , c|ue les écliffes 6c
les têtières laiflent ent.-e elles, des pièces de peau
XVI "> '^'■'i s'appellent les premières dcmi-aifnes , les
fécondes aifies, & les troiiiemcs ronds. On commen-
ce par coller les ronds {, fur Iss angles faillans tux
des plis; on colle enfuite les deml-aifhcs x, qui font
des pièces de peau triangulaires , moitié fur une édif-
ie , & l'autre moitié fur la têtière voifme, en forte
que les efpaces JE , FB , fe trouvent fermés par ce
moyen. Après que les pièces font léchées, on colle
par-deffus les aifnes j, qui font des pièces lozanges,
ccmpofées de deux demi-aifnes, unies par leur pe-
tit côté ; en forte que li on coupoit l'aifne en deuît.
par une ligne 3 4 , qui efl la petite diagonale du lo-
zangc , on auroit deux triangles qui feroient chacun
femblablei aux demi-ailhes , mais feulement plus
grands. On colle les pièces , en forte qu'une moitié
234, couvreune des demi-ailhes déjà collées, & l'au-
tre moitié 143, la demi-aifnequi eff vis-à-vis. Pour
faire entrer ces pièces de peau dans les encoignures
des plis , on fe fert d'un couteau de bois non tran-
chant, avec lequel on range la peau dans les endroits
oii les doigts ne peuvent atteindre , &C on rechauffe la
colle avec un linge trempé dans l'eau chaude , autant
de fois qu'il eft néceffaire.
Avant de coller les aifnes & les demi-aifnes , oiî a
l'attention d'ouvrir le foufflet autant qu'il le doit être,
6c d'écarter également les plis. Pour exécuter la pre-
mière de ces deux chofes, on dreffe le Confflet debout
fur la face Z>ct\0, que l'on pofe fur une planche qui
efl par terre, en forte que les deux tables foient incli-
nées à l'horifon , l'une d'un côté, &: l'autre de l'autre
de la moitié de l'ouverture d\\ foufflet; on l'arrête dans
cet état avec des cordes ou des barres de bois. Pour
la féconde , qui cft que les plis ouvrent également,
on doit avoir collé du ruban de fil fur l'intérieur des
plis. Ces rubans ne les laiffent s'ouvrir que de h
sou
qfiàntité que l'on veut. Cela fait zwx fouffleis ffiie
l'on laifle l'ccher dans le même état où ils ont été col-
lés , c'ciî-à-dire tout ouverts , on ajufte un chaffis liir
l'ouverture SP, Ce chaffis EF ^^ , qui a environ un
pouce d'épnis , a un drageoir tait avec un guillaume
dans tout l'on circuit intérieur. Ce dragon reçoit les
foiipapes SP ; les Ibupapes font faites avec du feuil-
et d'Hollande , & font doublées de peau collée pat
le côté glabre. Cette peau qui doit excéder lafoupa-
30 d'un côté pour luifervirde queue, eftprife entre
me barre G du chalfis , &: une pièce G qui la recou-
/re. Par-deffus cette pièce G on en met une autre (5",
:jui empêche le renverfement des foupapes qui ne
meuvent ouvrir qu'autant que cette pièce le per-
r.et. Le chafïis qui eft doublé de peau collée par le
:ôté glabre, aufîl-bicn que l'endroit de la table oii il
>ofe qui eil garni de peau , en forte que les deux du-'
'^ets fe rencontrent, efl attachée fur la table en-de-
lans àwjoiifflet parles quatre vis EF 45, qui traver-
ent la table, & qui font retenues par-deifous avec
les écrous. Lorfqu'on dilate le foufflu , on fufpend
'aftion de la colonne d'air qui prcffc au-dcfîus des
bupapes SP , ce qui donne lieu à celle de la colon-
ie qui preffe par-deitous les mêmes foupapes, d'e-
:erccr tout l'eîïbrt dont elle eft capable contre elles,
liais comme les foupapes n'oppofent à cet effort
[u'une très-petite réiiflance, la colonne d'air qui
ireffe en-deflbus force cet obftacle , ouvre les fou-
•apes & s'introduit dans la capacité à\\fouffletc\\.\c\\Q
em.plit à l'initant. Auffitôt que \z fouff.it eii rempli,
;s foupapes retombent par leur propre poids , la
aufe qui les tenoit levées ceflant , qui eft le courant
'air rapide qui a rempli Xoi foujfla. hz fouff!ct étant
infi rempli , fi on comprime la table fupérieurc ,
air qu'il contient fera contraint d'en fortir par l'ou-
erture O où eft ajufté le goficr.
Le gofier repréfcnté, fig. 26. ed une portion de
uyau cdefg/i,àes m.êmes dimenfions que l'ouverture
?, dans laquelle il doit entrer jufqu'au rebord <j'i^,
<or. On fait ce rebord en diminuant la partie du go-
ier qui entre dans Xo. fouff.et. Cette partie eft coupée
ibliquement comme on voit en Ci. Sur ce talud qui
loit regarder les têtières par-dedans le foufjlct , on
ijufte un chafïis ImnOy ce chaffis qui eit doublé de
leau du côté qu'il s'applique au gofier , porte une
3upape X , qui s'ouvre de dehors en dedans du gofier.
Miette foupape ( qui comme toutes les autres ell dou-
lée de peau collée par le côté glabre, en forte que
ï duvet eft en-dehors ) , laifTe paifer l'air contenu
lans \c foufjlct lorfqu'on le comprime, & ne le laifTe
loint rentrer. La partie inférieure du gofier à un dra-
;eoir e^/, qui entre dans un autre drageoir 00 , qui
ft à la face fupérieurc du porte-vent MN^f^. 2j.
vec lequel il doit convenir. Lorfque le foufjlet eft
nis en place , on colle de la peau de mouton parée fur
ous les joints , tant ceux du gofier avec la table in-
érieure du fouffiit , que ceux du même gofier avec
e porte-vent , 6c on fait la bafcule FIK ,fig. 23. par
e moyen de laquelle on ouvre lefoufflit.
Cette bafcule eft une forte pièce de bois de chêne,
l'un demi-pié ou environ de large , fur z ou 3 pouces
l'épaifiTcur, que l'on arrondit dans les deux tiers de
a longueur; à l'extrémité F de cette bafcule , on fait
me fourchette pour recevoir la palette du crochet
?E , qui y eft retenue par une cheville qui la travcr-
é. Le crochet prend dans un anfe E, attachée à la ta-
'jle fupérieurc du foufjlet , &: la bafcule a pour point
l'appui une forte pièce de bois GG , fcellée dans les
Tiurailles. On fixe fur des chevalets cette pièce de
Dois à des entailles H ., faites en dos d'âne, qui fcr-
i^ent de point d'appui à la bafcule qui eft traverfée
;n cet endroit par une groffe cheville de for Af , au-
tour de laquelle elle peut fe mouvoir librement. A
l'extrémité K de la bafcule cfl une corde KL , qui a
SOU
397
pîufîcurs (loèuds: cette torde doit être aiîez longue
pour que le Ibuffieur puifTe par fon moyen abaiffcr
l'extrémité de la bafcule qui, dans les grznàs foufûus.
fe trouve trop élevée pour y atteindre avec la main.
On charge \ç.^foitfjlcts avec une pierre M-/?, qui pefe
environ 60 livres pour xxnfoufjht de 8 pics ; & il en
faut au moins quatre pour un grand orgue de ï6 pies.
Foye^ le mot Orgue. Le foufReur doit obferver de
ne relever qn\ni fouffla à la fois, en forte que lorf-
que l'un afpire , les autres puiffent toujours fournir au
fommier le vent nécefTaire , & de ne point lâcher fu-
bitemcnt le foufflit fur l'air qu'il contient ; car cela
donne une fecouffc aux tuyaux, dont les moins at-
tentifs s'apperçoivent,&qui eft trcs-défagréable.
Soufflet , terme dcSdlizr^ efpece de voiture^
Ou de chaifé roulante fort légère , pofée fur deux
roues ; wnfoujfla n'a de place que pour une ou deux
perfonncs ; le defîiis & le dedans font de cuir , ou de
toile cirée ; ils fe lèvent &: fe plient comme unfoufi
flzt pendant le beau tems , & s'étendent de toute
part pour garantir de la pluie. {D. /.)
Soufflet , f. m. ( Cntïq.facr.^ coup de la malti
porté au vifage : donner un foufjizt , en grec pctTr/Tê'/r ;
fi quelqu'un , dit Jef "us-Chiif 1 , vous frappe fur la joue
droite , prefentcz-lui aufïi l'autre ; »->oà. U-xi^^imisit
It^ï tw Si^icLt' , &c. Mail. F. V. 35). Il eft conftant que
Ce difcours ne doit pas être pris à la rigueur delà let*
tre , ck que cela lignifie , il vaut encore mieux que
vous foutriez un {econàfcufHct^ que de vous venger
du preniier : la preuve en eil évidente par l'exemple
de Jefus-Chrift lui-même : car un orScier du grand
prêtre lui ayant donné un foufflzt , notre Seigneur,
bien loin de préfenter l'autre joue , lui dit : ffai mal
parlé , ft'uiS le voir ; mais fi je n^ai rien dit que de bien ,
pourquoi me frapper^-voiis ? Le Seigneur fe plaint de
l'injure qu'il vient de recevoir, avec une grande nio-
dération , & prouve qu'il ne l'a pas méritée ; l'exem-
ple de Jefus-Chrift eft donc le commentaire du pré-
cepte qu'il donne à fes apôtres, car c'eftà euxfeuis
qu'il parle , & la plupart de fes préceptes ne fe rap-
portent qu'à eux & à leur minlftere. (Z>. 7.)
SOUFFLEUR, f m. (Cïraw. ) celui qui fbuffle.
Voyei^ les articles SOUFFLER , &Juiv.
Souffleur, ^-^oyei Mular.
Souffleur , f m. ( Belles-lettres. ) hommede
théâtre , qui eft ordinairement placé dans une des
couljfiés, &à portée des acleurs, pour fui\ rc fort at-
tentivement , fur le papier, ce que les aûcurs ont à
dire , & le leur fuggérer fi la mémoire vient à leur
manquer.
Souffleur , f. m. ( AlcJdmii ) chercheur de pier-
re philofbphale. Foye^ PHILOSOPHIE HERMÉTI-
QUE, Pierre philosophalé.
Souffleur, ÇMaréchal^ on appelle ainfi ^rtains
chevaux , qui fans être poulîifs , foufîlentproâigieu-
femcnt , iur-tout dans les chaleurs ; ce qui ne peut
venir que d'un défaut de conformation à l'entrée du
conduit de la rcfpiration, ou de quelque excroiftan-
ce de chair à l'entrée cxtéri.eure des niîfcaux.
SOUFFLURE, fe dit dans la fonderie , de certai-
nes concavités ou bouteilles qui lé forment Ifcns l'é-
palfTeur du métal ; quand il a été fondu trop chaud.
Il fe trouve quelquefois des fouflùrcs çn dehors d>;s
boulets, c'eft un défaut, & ils n'ont pas alors leur
poids. Foyei BoULET & CaNON. ( Ç )
SOUFFRANCE , f f ( Gramm. ) pe-.nc de corps
ou d'efprit ; la mort nous délivre de toutes nos fouf
fiances ; les amans ne parlent que de leurs /onfpam-es.
SoUFFHANCE, ( Jurifprud. ) cft une furféancc ,
on délai, que le léigncur accorde à fon valîal , pour
lui faire la foi & hommage , en confidération dcdui 1-
que cmpcchcment légitime ; le motit de ce dcLii eft
que régulièrement la foi & hommiige doit être laite
par le vafVal en perlonne.
Elle n'a pasVieu pour le payement des droits uti-
les , ni pour la preftation de l'aveu & dénombrement.
LafoufnwccciXncccÛ'à'ne ou volontaire; nécel-
faire quand l'empcchemcnt du vaflal ell tel que le fei-
gneur ne peut lui rerufer le délai ; comme en cas de
minorité, maladie, ou autre empêchement légitime;
elle efl: volontaire , lorlque le leigneur l'accorde li-
brement , &c pour faire plaifir à Ion vafllil.
L-dJoufnince , même néceffaire , n'a point lieu de
plein droit , elle doit être demandée au feigneur do-
minant, par le tuteur en perlbnne, li le vaflal efl:
mineur,ou fl le vaflal eil rnajeur,par une fondé de pro-
curation fpéciale.
Le tems pour demander la fotiffrance efl: de qua-
rante jours, depuis l'ouverture du flef ; ces quarante
jours font francs , de manière qu'on ne compte pas
celui de l'ouverture du fief, ni le quarantième jour.
Faute de demander la foujfranu dans les quarante
jours , le feigneur peut faire faifir le fief, & faire les
fruits flens , fauf le recours des mineurs contre leur
tuteur ; mais fl les mineurs n'avoient pas de tuteur ,
lafaifle n'emportcroit pas perte de fruits contre eux,
jufqu'à ce qu'ils fuflèint en âge de faire la foi.
Le tuteur, en demandant yi)«j//tf/2<:e pour fes mi
neurs , doit à peine de nullité déclarer leurs noms &
leur âge , afin que le feigneur fâche quand chacun
d'eux fera en état de faire la foi.
Si le tuteur, en demandant Xzfouffrancc , nepayoit
pas les droits , le feigneur pourroit la lui refufer , &
iaifir.
Lafoiifrancepent s'accorder en juftice, ou devant
notaire , &: même par un écrit fous feing privé :
quand il s'agit d'un fief mouvant du roi , on obtient
des lettres de/o«/fr<z/2ce en la petite chancellerie.
Il n'efl pas befoin d'obtenir nouvelle fouffrance ,
pour une portion du même fief, qui échet enfuite au
mineur.
Il efl: de maxime que fouffrance vaut foi tant qu'el-
le dure , c'efl à-dire que pendant ce délai , le feigneur
ne peut faifir , faute de foi & hommage.
Dès que \di fouffrance efl: finie, à l'égard d'un des
mineurs , il doit alleràlafoi, quand même les autres
n'auroient pas l'âge. Foye^ les commentateurs fur
r article 4:. de la coutume de Paris ; les auteurs qui
ont traité des fiefs ; & les mots Foi , Hommage ,
Aveu , Dénombrement , Droits seigneu-
JlIAUX. ( ^ )
Souffrance f. f. terme de compte , ce mot fe dit des
articles de la dépenfe d'un compte qui n'étant pas af-
fez juflifiés pour être alloués, ni afl'ez peu pour être
rayés , reftent comme en fufpens pendant un tems ,
afin que pendant ce délai , le comptable puiflTe cher-
cher ^ rapporter des quittances , ou autres pièces
pourra décharge. Les ^nioXes^in foujfrance , fe rayent
après le délai fini , s'ils ne font pas juflifiés , ou s'al-
louent s'ils le font. Dut. du Comm. ÇD.J.)
SOUFFRIR, SUPPORTER, {Sjnonym.) fonf-
frir fe dit d'une manière ablblue : on fouffre le mal
dont on ne fe venge point. ^KjP/^or/e/- regarde propre-
ment J»6 défauts perfonnels : onfiipporte la mauvaife
humeur de fes proches.
L'humilité chrétienne faityÔK^ir les mépris , fans
reflentiment. L'ufage du monde faity/i/'/'tir/er dans la
fociété , une infinité de chofes qui déplaifent. On
Jouffre avec patience , on j'apporte avec douceur.
Quand Jouffiir {\^m^t permettre , il veut après foi
un quc^ avec Te fubjon£lif; ainfi Larrey a fait une fau-
te en difant dans l'épitaphe d'Edouard VI.
Urne où fes cendres repofent^
Souffrez-nous de graver ces vers fur fon tombeau.
Il f^lloit dire , fouffre^que nous gravions. Supporter
lignifie quelquetois/'/'o/e^e/' ècj'outcnir : les financiers
iont jupportis à la cour , à caule de leur fortune ;
5 U U !
quelques efcadrons ne peuvent pas ////yor/er le choc
de toute une armée. (Z). J.) 1
SOUFRE pierre de , ( ////?. nat. ) on trouve en '
Franche-Comté des cailloux qui font d'une forme ar-
rondie irréguliere , & lorfqu'on vient à les brifer ,
on trouve que ces cailloux formoient une efpece de
croûte , qui fert d'enveloppe à du foufre natif. '
Soufre, f. m. (^Hift.nat. Minéralogie & Chimie.^
fulphur ; c'éftune fubftance folide, mais friable, d'un
jaune clair lorfqu'il efl pur , très-inflammable , & qui
en fe brûlant répand une flamme bleuâtre accompa-
gnée d'une odeur pénétrante & fuffocante. Il fe fond
très-aifément lorfque le feu ne lui efl point immé-
diatement applique, & pour lors il ne s'enflamme
point.
La nature nous préfente le foufre de deux maniè-
res : ou il efl pur & lous la forme qui lui efl propre,
ou il efl combiné avec d'autres fubflances du résine
minéral, qui par leur union avec lui le rendent mc-
connoiffable ; c'efl ainfi qu'il efl: dans les mines où il ^
efl combiné avec les métaux. "
Le/o«yÀt' pur que l'on nomme zwÇ^x foufre foffîle^
foufre natif .,o\\ foufre vierga , fe trouve abondamment
dans quelques endroits de la terre ; ce n'efl que dans
le voiflnage des volcans & des endroits fujets aux
embrafememens fouterreins que ce foufre fe rencon-
tre ; & par-tout où on le voit , on doit fuppofer qu'il
a été produit & fublimé par les feux de la terre ; ils
l'ont dégagé des fubflances avec lelquelles il étoit
combiné; ils l'ont fublimé comme auroit pCi faire
vui fourneau , & ils l'ont porté à la furface de la terre.
M. Rouelle, dans fes lavantes leçons de chimie,
enfeigne la façon dont le foufre fe forme par le feu
des volcans ; fes idées font fondées fur la nature du
foufre, qui n'eil autre chofe que de l'acide vitrioli-
que combiné avec le phlogiftique ou la matière in-
flammable. Suivant ce favant chimifle , ce font les
bitumes qui fervent d'aliment aux feux fouterreins ;
par leur embrafement ces bitumes fe décompofent,
& l'acide vitriolique , fi abondant dans le fein de la
terre , s'unit au phlogiftique des matières grafl^es qui
brûlent , & produit du Joufre ; d'oîi M. Rouelle con-
clut que le foufre pur n'efl qu'une produ£f ion fecon-
daire de la nature; puifque fans les embrafemens
fouterreins, on n'en trouveroit jamais fous la forme
qui lui efl propre ; tout celui qui efl dans la terre eft
dans un état de combinaifon , comme toutes les mi-
nes ; &c la terre renferme les parties dont il peut être
produit.
Les environs des volcans font donc toujours rem-
plis de foufre ; il eft ailé de fentir qu'il n'eft point
communément fort pur , comme on peut en juger
par fa couleur ; ainfi le parti le plus sûr , tant pour
les opérations de la Chimie qtie pour les ufages mé-
dicinaux , eft de ne fe lervir de ce foufre, qu'après
l'avoir purifié ; alors on eft certain qu'il eft parfai-
tement dégagé des matières méiaUiques & arfénica-
les , avec lelquelles les teux fouterreins peuvent l'a-
voir combiné ; on fentauffi que ce foufre eft fouvent
mélangé avec des terres , des pierres , &c. Les échan-
tillons de ce que l'on nomme foufre natif, font plus
ou moins purs , fuivant les circonflances ; celui que
l'on nomme Joufre dre Quito, Si foufre delà Guade-
loupe , eft d'un jaune clair & tranfparent ; il vient
des parties de l'Amérique qui éprouvent le plus de
ravages de la part des volcans ; on en rencontre
auffi de plus ou moins pur aux environs des monts
JEtna. , Véfuve , Hecla , &c. Certaines eaux therma-
les , telles que celles d'Aix-la-Chapelle , & de plvi-
fieurs autres endroits , dépofent une afTez grande
quantité de foufre.
Le foufre entre dans la combinaifon d'un très-grand
nombre de mines; il s'y trouve dans des proportions
diffgrçntes j ÔC fait prendre aux métaux des formes
sou
'ti cIcsccHileurs qu'ils n'auroicnt point fans cela. Foyei
es articles MiNi.RALISATlON & MiNE. Mais la miaé
3 plus OKliniiire 6l la plus abondante dnjbujre , cû.
i pyrite , d'où L'oi» cii oblige de le tirer par art ; on
omme pyr'u:s fuifurcujls , celles dont on fe (ert
our cet iifago ; cependant \tfoufrc efi: une fubftance
ui entre toujours nccelïairciiient dans la combinai-
3n de tou^e pyrite. Foye:^ l'article Pyrite.
Il y a pluiicurs méthodes pour tirer le yo////-^ des
yritcs ; (juelcjuetbis on l'obtient accidentellement
ar le grillage de certaines mines qui foni fort char-
éesdecctcc fubftance; ces mines font fur-tout les
yritcs cuivreuies , dont on ne peut obtenir le cui-
re , avant que le foufre en ait été léparé. Pour cet
ffet on forme à- l'air libre, des tas de pyrites qui ont
nviron 20 pics en quarré , & 9 pics de haut ; on
rranciC ces tas fur un Ht de buciics &L de fa-jots : on
iine \.in(t ouverture à ce tas qui ferve de vent , ou
Oinme le cendrier fert à un fourneau ; on enduit les
arois extérieurs du tas , qui forment comme des ef
eces de murs, avec de la pyrite en poudre & en
etites particul.'S que l'on mouille. Alors on met le
;u au bois , & on le laiîfe brûler doucement pen-
ant 9 ou 10 femaincs. On forme à la partie liipé-
leure des tas ou de ces mafîifs de pyrites , des trous
Il des creux , qui forment comme des bafuns dans
'fquels izj'oufn fondu par l'aûioa du feu va lé ren-
re, & d'où on le piiiie avec des cuillères de fer;
lais ce foufre ainfi recueilli n'efi: point parfaitement
ur ; il a b':;foin d'être fondu de nouveau dans des
laudieres de fér ; alors les parties pierreufes & tcr-
=ufes qui s'y trouvent mciecs tombent au fond de
i chaudière, &l\q foujre pur nage à leur furface.
'elle eil !a manière dont on tïrelc foufre au Hartz :
our s'en faire luae idée, on n'aura qu'à jetter les
eux fur celle des Planches de Minéralogie, qui re-
réfentcnt le travail àwfoufc.
La même Planche repréfente encore une autre ma-
iere d'obtenir d\i foufre^ qui fe pratique dans quel-
ques endroits d'Allemagne. Elle confilte à faire gril-
:r les pyrites ou la mine de cuivre fous un angard
ouvert d'un tc:t qui va en pente ; ce toît oblige la
LU11CC qui part du tas que l'on grille , à paffer par-
leffus une auge remplie d'eau froide ; par ce moyen
ctte fumée, qui n'tll compolée que de foufrt , fe
ondenle & toxtsj^c dans l'auge , d'oii on le retire lorf-
[u'il s'en eli fufîifamment amAïé.
En Suéde , dans les mines de Néricie , on obtient
ç foufre par la diflillation ; on a pour cela un four-
icau quia lafonriedun quarré long ; dans \ts murs
atéraux on lailTe deux rangées de dix ou douze ou-
'crturcs , jîour y placer deux rangées de retorîes de
cr irèi-graades ; on ne les remplit de pyrites que
ulqu'au tiers , parce que l'action du feu les fait gon-
Icr confidérablement ; une portion dw foufre fuinte
lu-travers du fer des rctortes ; cq foufre eft très-pur,
k on Iç débite pour de la fleur dçjoufc ; quand au
•eue du fàiifre qui fait la plus grande partie , il efl
'eçu dans des rccipiens remplis d'eau , qui ont été
l'.ïés avec des retortcs. Cette diflillation fe renou-
i'tUe toutes les vingt-quatre heures; on enlevé le
^bufre qui s'efl rendu dans les récipiens ; on ôîe des
:ortes le réfida qui y cfl: relié, & l'on y remet de
nouvelles pyrites. Le fii^fic qui a été ainfi obtenu ,
îll porté dans une chaudière de fer, enchâfifée dans
.m m.afiif de maçonnerie, fous laquelle Jon fait un
leu doux ; par-là le foufre fe fond do nouveau , & dé-
pofe les lublleunces étrangères avec lefquelles il
étoit encore mêlé. Lorlque les pyrites ont été déga-
gées dix foufre qu'elles contenoicnt , on les jette en
un tas, à l'air libre ; après qu'elles ont été expofées
aux injures de l'air, ces tas font fujets à s'enflammer
d-eux-nicmes, après quoi le/ow/rtf cm ell totalement
dégagé ; mais on a foin de prévenir ctt inconvénient ;
SOU
399
on lave ces pyrites calcinées , & l'on en tire du vi-
triol , qu'elles ne donneroient point li on les avoit
lailTé s'tmbrafer, F'oyei Vitriol.
Le /otyÇc: avant que d'avoir été purifié fe nomme
foufre hue ou foufre caballin ; après qu'il a été dé^aoé
des parties étrangères , on le prend avec des cuillè-
res de fer tandis qu'il eif encore liquide , &: on le
verle dans des moules qui lui donnent la forme de
bâtons arrondis; c'ell ce qu'on appelle foufre en
canon.
Prefque tout le foufre qui fe débite d cns le com-
merce vient des pays où il y a des volcans & des em-
brafemens de la terre , parce qu'alors la nature épar-
gne la peine &: les frais pour l'obtenir; il n'y a eue
les pays où la main d'oeuvre & le bois l'ont à très-
grand marché, tels que la Suéde & certains cantons
d'Allemagne, oii l'on puifié longer à le tirer des py-
rites , ou des m.ines de cuivre pauvres de la manière
qui a été décrite. Aux environs du mont Véfuve &:
dans d'autres endroits d'Italie 'où il fe trouve du
joufc , (^n met les terres qui font imprégnées de cette
fubf lance dans des pots de terre de la forme d'un pain
de liicre ou d'un cône fermé par la baie , & qui ont
une ouverture par le fommet ; on arrange ces pots
dans un grand fourneau deftiné à cet ufage , en ob-
fervant de les coucher horifontalement; on donne un
feu modère qui fuffife pourfaire fondre le foufe , qui
découle par l'orifice qui cft à la pointe des pots, &
qui elî reçu dans d'autres pots dans lefquels on a mis
de l'eau froide où le foufre lé fige.
Après toutes ces purifications le foufre n'ell point
encore parfaitement pur; fouvent il renferme encore
des lubliances qui pourroient en rendre l'ufage dan-
gereux; pour le dégager parfaitement on eli obligé
de le lublimer à l'aide du feu; cette fiibiimation fe
fiiit ou en grand ou en petit. En Angleterre , cette
opération le fait fur plufieurs quintaux de foufre à-la-
fois ; on lé fert pour cela d'un fourneau particulier.
On a une grande chaudière de fer qui cil prife dans
la maçonnerie , & qui peut contenir deux ou trois
quintaux de Joufre concaffé grolîîerement ; on ne
rcaîpUt cette chaudière que jufqu'aux trois quarts.
Au-deiTus de cette chaudière ell une efpece de cham-
bre quarrée , qui ell garnie intérieurement de car-
Veaux de terre ou de fayence vernilîes. A quelques
pouces au-delTus de la chaudière ell wne ouverture
ou porte par où le foufre qui le fublime entre dans la
chambre quarrée, au fond de. laquelle eft un trou '
qui ferme à couliife , par lequel on peut vcir fi la fu-
blimation le fait convenablement. Pendant l'opéra-
tion il fitut que toutes hs ouvertures loient bouchées,
afin d'empêcher l'air d'y entrer.
Le foufe lé purifie en petit parla fublimation delà
manière fuivante. On met le foufre dans une cucurbite
de terre, au-delîlis de laquelle on adapte cinq ou fix
aludels , dont le dernier le bouche avec un couver-
cle; le premier des aludels ell joint avec la cucurbite,
& on les lutte enlémble avec de late/re grailé , afin
de retenir la chaleur , & on ne laifii; ouverts que les
regillres du fourneau fur lequel la cucurbite ell pla-
cée , afin de donner de l'air. Apres quoi on donne un
feu un peu au-delîus du degré nécelîiiire pour tenir le
foufre en fufion; par ce moyen le foufe s'élève &
s'attache aux parois des aludels fous Va forme d'une
poudre d'un jaune clair , extrêmement fine: c'ell ce
qu'on appelle^c7^/i de foitfre. Alors il ell pur , & dans
un état de divifion qui le rend propre au\ ufages mé-
dicinaux , & à palfer dans réconomie animale. Il ell
bon d'obferver que les droguilles falhn'ent quelque^
lois les Heurs de foufre avec du foufe ordinaire pul-
vérifé; par ce moyen ils les alongent , &:s'épari^ncnt
les peines 6l les frais de la lublimatioii.
M. Rouelle regarde ley<;«A'i; comme un véritable
fel neutre , ou comme un acide à qui le phlogilti.^ue
400 SOU
a fait prendre une forme foliclc& concrète. En effet
ce favant chimillc remarque que ley^w/rc; fondu en
le refroidiflant fe cryllalliic h la manière dcsfels neu-
tres. La cryllallifation commence vers les parois du
vaifleau dans lequ'el le J'oi/fre a. été fondu , & à la fur-
face par où il a le contaO de l'air où le refroidilVc-
ment commence , 6c oii il fe forme une croûte ; fi
ou crevé cette croûte avant que le foufre ait eu le
tems de fe refroidir entièrement , & fi l'on vuide le •
foufrc qui elt encore en fufion au centré, on verra
que la cro'Àte fera remplie de petits cryltaux en co-
lonnes ou en llries.
Quoique Xcfoufre foit une fubftance très-inflam-
mable, il ne laific pas de brûler très-lentement. Stahl
a remarqué qu'en prenant deux gros defoufre pul-
vérifé , au milieu duquel on place un fil qui fert de
mèche , & auquel on met le feu avec^précaution , de
crainte que la flamme ne s'étende fur la furface du
foufre^ ces deux gros ne perdront dans une heure de
tems que 15 ou 16 grains de leur poids.
C'crt une vérité reconnue de tous les chimiftes,
que l'acide vitriolique & l'acide à.\i Joufrc (ont les
mêmes ; cependant l'acide fulphureux volatil dont-
nous venons de parler , n'elt point la même chofe
que l'acide vitriolique ; & le célèbre Stahl a obfervé
que l'acide fulphureux volatil , en fe dégageant du
foufn , entraîne avec lui une portion du phlogiftique;
de plus il a remarqué qu'il attiroit fortement l'humi-
dité de l'air , & que cette humidité entroit comme
partie cfTentielle dans l'acide fulphureux volatil.
Pour que le phlogiftique refle uni à cet acide , il faut
que le foufre foit brûlé lentement ; fans cela à un feu
trop violent cette portion du phlogiftique fe dégage-
roit, & l'acide que l'on obtiendroit, feroit unfimple
acide vitriolique non volatil. On trouvera vers la fin
de cet article la meilleure manière d'obtenir l'acide
fulphureux volatil , en parlant des préparations
pharmaceutiques dn fou/ri.
On fera voir dans la fuite de cet article , que le
foufre fe diffout dans toutes fortes d'huiles , & dans
l'alkali fixe. Quelques auteurs ont prétendu que l'on
pouvoit difpoier \cJoufrc à la fixité , en le mettant en
digeflion dans l'acide vitriolique , & en en faifant
l'abftraûion , & réitérant à plufieurs reprifes ces
opérations ; mais les acides n'o/it aucune aftion fur
lefoufre-^'A n'eft pas plus vrai que l'acide nitreux , ou
l'acide du fel-marin rende \e foufre tranfparent , lorf-
qu'on l'y fait bouillir pendant fix heures.
On peut produire artificiellement è.]^ foufre ; pour
cet effet on n'a qu'à prendre parties égales de tartre
vitriolé , & d'alkali fixe hier- pur , on les pulvérife
avec un peu de charbon ; on met ce mélange dans im
creufet , que l'on couvre bien exadement, & on
donne un feu très-vif; par ce moyen, le mélange en-
tre en fufion & produit un véritable foie de foufre ;
pour en fcparer le foufre , on n'aura qu'à faire dil-
foudre ce foie de foufre dans de l'eau , & y verfer
quelques gouttes d'acide , qui fera tomber \e foufre
en poudre , fous la forme & la couleur qui lui eft
propre. Ce foufc s'efl: produit dans l'opération par
la combinaifon qui fe fait de l'acide vitriolique conte--
nu dans le tartre vitriolé avec le phlogiftique du char-
bon. Le célèbre Stahl, a trouvé que dans la compo-
fition dn foufre , l'acide vitriolique faifoit environ -^
du poid total , &C mêmeunpeu plus, & que le phlo-
giftique y faifoit un peu moins que ,\.
Le foufre :xh propriété de s'unir avec \p\\s les mé-
taux &i. les demi-métaux , à l'exception de l'or , fur
lequel il n'agit que lorfqu'il eft combiné avec le fel al-
kali fixe. Comme l'acide vitriolique fe trouve abon-
damment répandu dans le règne minéral , ainftque
le phlogiftique , ii n'eft point furprenant que l'on ren-
contre ïe foufre daus un fi grand nombre de mines.
Le foufre en poudre , mêlé avec de la limaille de
SOU
fer , & hume£lc , produit une chaleur très-forte , &
le mélange finit par s'allumer. Le foufre trituré avec
du mercure , fe change en une poudre noire , con-
nue fous le nom d'^thiops minéral. Si onfûblime ce
mélange , on obtient du cinnabre. Foye^ Cinnabre.
Combiné avec le régule d'antimoine , il forme ce
qu'on appelle Varitimoine cru. Voyei RÉGULE d'an-
TiMOiNE. Le foufre com\Àné avec l'arfenic , fait la
fubftance appcUée orpin ou orpiment., voye^ cet article,
Lejbufre, comme nous l'avons déjà fait remarquer,
n'eft point foluble dans l'eau , ainfi c'eft une erreur
de croire qu'il puifl'c lui communiquer aucune qua-
lité. Quelques perfonnes ont cru , fansraifon , qu'il
étoit propne à rafraîchir l'eau.
On prépare diverfement \e foufre pour des ufages
pharmaceutiques : on trouve dans les boutiques , pre-
mièrement \esfieurs de foufre dont il a été déjà parli.
2°. \e foufre Lavé ^ &C lacréme de foufre. Ce foufre lavé
fe prépare ainfi : prenez du foufre commun entier,
deux livres ; faites-les fondre à un feu doux , dans
un vaiffeau de terre ; verfez defTus trois livres d'eau
bouillante ; faites bouillir le mélange pendant un
quart-d'heiire , laiffez-le repofer un inftant , & décan-
tez ; verfez une pareille quantité d'eau bouillante fur \
le réfidu , faites boifillir encore , & décantez ; répé-
tez cette manœuvre quatorze fois ; mettez votre fou-
fre ainfi lavé, dans un vaiffeau de terre bien couvert,
que vous tiendrez deux heures dans un four , pour
que votre foufre coule comme de l'huile ; laiffcz re-
froidir le vaifleau , caffez-le , retirez votre foufre &
le reduifez'en poudre : c'eft \e foufre lavé. Si vous pul-
vérifez ultérieurement ce foiifre fur le porphire avec
une eau diftillée aromatique , vous aurez la crème de
foufre. 3". Le lait & le rnagifîere de foufre , ne font
autre chofe que le précipité du foie de foufre , foit
fpontané , foit obtenu par l'acide du vinaigre. Ce
n'eft par conféquent , comme on voit, que dn foufre
très-divifé par la pulvérifation philofophique. On
voit encore que le foufre lavé , la crème de foufre , le
lait OU le magijîere de foufre , & lesfeurs de foufre , ne
font qu'une même chofe, favoir duyott/re entier très-
divifé, mais très-vraiffemblablcment le lait oumagif
tere de foufre plus que les auttes préparations , d'ail-
leurs très-analogues. On prépare d'ailleurs un lait de
foufre d'une efpece particulière , & qui diffère effen-
tiellement de tous ces remèdes purement fulphureux.
Celui-ci eft un précipité du même,hépar deyà^y/v; par
l'alun : il fe fait dans ce cas une double précipitation,
favoir celle du foufc ,. & celle de la terre de l'alun ; ce-
précipité eft immenfe eu égard à la quantité de réac-
tifs d'où on le retire.
L'union du foufre à différentes huiles , ibit effen •
tielles , foit par expreffion , fournit divers baumes
de foufre, oa rubis de foufre ; ils fe préparent en faifant
diffoudre des fleurs de foufre dans une huile quelcon-
que , de l'une ou de l'autre efpece ; les huiles par
expreffion en diffolvent une très-grande quantité , &
l'on peut faire commodément cette opération dans
un vaiffeau de terre , & avec le fecours d'un feu tel
qu'il n'échauffe l'huile que juf qu'au point de faire fon-
dre le foufre , ce qui arrive à un degré bien inférieur
à celui qui feroit néceffaire pour faire bouillir cette
huile ; les huiles effentielles au - contraire ne dif-
folvent que peu de foufre. Boërhaave a trouvé que
l'huile de térébenthine , v. g. n'en pouvoit diffou-
dre qu'un 7^ de fon poids. On doit traiter le foufre
avec les huiles effentielles , dans un matras à long
cou , qui ne foit rempli qu'à demi , & qu'il fautlaif-
fer ouvert, parce qu'il faut faire bouillir le mélange,
effectuer la diffolution , & qu'il faut prévenir l'ex-
plofion énorme dont eft fufceptible ce mélange , fé-
lon robfecj^ation rapportée par Hoffman , phyj'. chim.
l. JII. obf. 1.6. or cette explofion ne peut avoir ce-
penda;ît lieu , que lorfqu'on traite imprudemment
CCS
sou
ces tnatieres dans des vaiffeaux bien fermés & trop
pleins , qui venant à cclater par la fimple expanfion
vaporeule , répandent jufque dans le foyer du four-
neau, cette matière très-inflammable: car il eil à-
peu-près évident que ce n'efl qu'en s'enflammant ra-
pidement , &C par conféquent lorfqu'il efl; déjà hors
des vaiiTeaux, que le baume de fvufre dont nous
parlons , peut produire les effets rapportés dans cet-
te opération d'Hoffman. Au refte , les divers bau-
mes dejbufre font dénommés par l'efpece d'huile
qu'on emploie à leur préparation ; ainfi le dernier ,
dont nous venons de parler, eil le baume de foiifre
térêbinthinî ; il y a un baume d^foiifre anifé, il pour-
roity en avoir un amande^ ou amigdalé^ &c.
On trouve encore au nombre des remèdes ofEci-
naux , \xnJirop defoufrc , & des tablettes de foufre ; ce
^rop de foufre n'efl: autre chofe que le foie de foufre
préparé avec l'alkali , délayé dans trois ou quatre
parties d'eau, qu'on môle enfuite avecfufEfante quan-
tité dejbufre , pour en faire un firop.
Les tablettes de foufre fe préparent ainlî : prenez
fleur dejbufre y demi- once ; fucre blanc, quatre on-
ces ; cuiléz votre fucre avec de l'eau commune ( car
l'eau rofe demandée dans la pharmacopée de Paris,
d'après ia routine commune , efl très-inutile.) en con-
fiftance d'élecluaire folide ; alorsmêlez vos fleurs de
foufre , faites des tablettes félon l'art.
Tous les remèdes dont nous venons de parler,
font deflinés uniquement à l'ufage intérieur , excep-
té les baumes de foufre , qui font auiîi recomman-
dés pour l'ufage extérieur; c'efl:prefque uniquement
aux maladies chroniques de la poitrine , comme aflh-
me , phthifie , toux invétérées, que ces remèdes font
deftinés ; mais ils font fort peu ufités , & vraiflfem-
blablement ils foM abandonnés avec raifon. Boër-
haave , qui a traité affez au long de la plupart , dans
fa chimu , les condamne prefque fans reftri£tion ; il
dit qu'ils irritent , échauffent , défl^echent , qu'ils nui-
fent aux poumons, à l'efliomac, aux autres vifce-
res , qu'ils diminuent l'appétit, & augmentent la foif
& les fueurs, 6c il ajoute qu'il ne fe décide point ain-
fi légèrement , mais qu'il a examiné la chofc très-
exadement , qua non temere effundo , fed explorata lo-
qttor medïtatus.
Les baumes de foufre font d'ailleurs recomman-
dés pour l'ufage extérieur , comme de puiffans refo-
îutifs difcuffifs, déffechans, contraires à la gangrené,
& principalement comme fpécifique contre la gale ;
mais il efl: principalement fous la forme d'onguent
quand on l'emploie contre cette dernière maladie ;
on a coutume même de le mêler dans ce cas , avec
quelques autres médicamens. Voici l'onguent pour
la gale , de la pharmacopée de Paris; remède dont le
foufre fait l'ingrédient principal , la vraie bafe du re-
mède.
Prenez fain-doux lavé , fix onces ; racine de pa-
tience fauvage , cuite jufqu'à confiflence de pulpe ,
& paffée par un tamis , & fleur de foufre , de chacun
ime once & demie ; d'onguent populeum battu avec
du fuc d'aulnée , demi - once : battez le tout exaûe-
ment dans un mortier , & faites-en un onguent pour
être employé fur le champ. Quant à l'emploi de cet
onguent , voye^ Gale.
Foie de foufre : celui dont il fera ici feulement quef-
tion , efl: préparé comme nous l'avons déjà dit , avec
l'alkali fixe de nitre; cette matière fe préfente fous
la forme d'une fubftance concrète d'un rouge foncé ;
elle tombe facilement en déliquium ; elle efl très-fo-
liible dans l'efprit-de-vin , quoique les deux principes
dont elle efl compofée , ne foient folubles ni l'un ni
l'autre dans ce menftrue. Boèrhaave s'exprime peu
exadcment , lorfqu'il appelle la diffolution du foie
àe foufre , dans l'efprit-de-vin , fulphiiris diffolutio ia
akohole vint. Le foie de Jbufre diffout toutes le s fubf-
Tome XF.
SOU
4ÔÎ
tances métalliques , & même l'or , avec beaucoup
de facilité , quoique l'alkali fixe du Jbufre pris fépa-
rément > ne difl^olve point l'or. Stahl croit que c'efl:
avec ce menflrue i que Moife ouvrit & difpofa à une
prompte pulvérifation, le veau d'or, duquel il efl:
dit dans le xxxiij. c/iap. de V exode , v. 20. que Moife
le prit. . . tulitvituluin quem fccerant , & co mbu [fit igné ^
contrivitque donec in pulvercm redegit , pofea fpar/it in
fuperficiem aquarutn^ & potavit filios IfraeL Ce chinîifte
a fait un traité exprès , fous le titre de vitulus aureus
igné combufus , 6cc. dans lequel ^ au fujet de ce fait
rapporté dans l'Ecriture, ou plutôt à cette occafion,
il examine très-do6lement , mais peut-être trop lon-
guement , toutes les manières connues de divifer l'or.
Le foie de foufre efl précipité par tous les acides ; il ré-
pand pendant cette opération, une odeur déteftable,
&C fçmblable à celle des œufs pourris : les chimifles
fe fervent quelquefois de ce figne , pour reconnoî-
tre l'acide vitriolique , dans quelques fubftances ter-
reufes ou falines , dans lefquelles ils le Ibupçonnent ;
ils traitent ces fubflances avec le phlogiflique , de la
manière que nous avons rapportée plus haut, en trai-
tant de la compofition artificielle dujbufre ; ils ver-
fent enfuite fur le mélange ainfi traité , un peu d'acide
de vinaigre; s'ils produifent par -là cette mauvaife
odeur , ils en concluent la préfence d'un foie defou-
frc, &par conféquent celle dujbufn qui fuppofe né-
ceffairement le concours d'un acide vitriolique , qui
efl le principe recherché ; cette épreuve qui efl ufi-
tée, fur^tout dans les travaux fur les eaux minérales,
n'efl point démonflrative.
La théorie commune , fur la manière d'être du
principe fulphureux dans les eaux minérales foufrées,
enfeigne que ce principe y efl contenu fous la forme
de foie de foufre : cette théorie efl fauffe.
acides du foufre : l'acide que fournit le foufre con-
fumé par une flamme violente , efl du pur acide vi»
triolique. Foye^ Vitriolique acide . Le meilleur
appareil que les chimifles aient trouvé jufqu'à pré-
fent , pour retirer cet acide , c'efl de placer fur urt
feu vif de charbon , une petite écuelle pleine de fou-
fre , qui s'enflamme bientôt , & deflagre vivement ,
&: de tenir fufpendue fur cette écuelle une large clo-
che de verre , peu élevée au-defTus du fol qui porte
le yo«/r2 brûlant ; cette cloche perfedlionnée par les
chimifles modernes , porte en-dedans , & à fa partie
inférieure , c'efl-à-dire à fon ouverture , une gout-
tière qui s'ouvre en-dehors par un bec ; les vapeurs
du foufre brûlant étant condenfées dans l'intérieur
de cette cloche , coulent en petits filets prefque in-
fenfibles dans la gouttière , s'y ramaffent , & font
verfés au-dehors , par le bec , dans un vaiffeau.conve-
nable qui y efl adapté. Cette opération réufïït mieux
lorfqu'on la fait dans un air humide. Je ne fais quel
chimifte moderne a imaginé de difpofer autourdecet
appareil , un éolipyle , de manière qu'il foufïlât con-
tinuellement dans l'intérieur de la cloche une vapeur
aqueufe ; de quelque manière qu'on s'y prenne , du
moins dans le procédé connu jufqu'à prêtent , on ob-
tient très-peu d'acide vitriolique dwjbufre ; cet acide
efl connu dans l'art fous le nom d^efprit de foufre par
la cloche , fpiritus fulphiiris per campanam ; & fous
celui dViuile de foufre , fi on a concentré cet elprit
par la reûifîcation. Ces opérations s'exécutent à pei-
ne dans les laboratoires des chimifles inflruits ; du
moins dans la vue d'avoir un acide particulier , fbit
comme inftrument chimique , foit comme médica-^
ment ; & ce n'efl point afllirémcnt une fraude réelle
que de fubftituer l'cfprit de vitriol à l'efprit de foufre,
demandé encore quelquefois dans les ordonnances
des médecins.
L'efprit fulphureux volatil efl encore plus diflîclle
à retenir que l'acide dont nous venons déparier , c'efl
encore un préfent que Stahl a fait à la chimie , que
Ë e 9
401
SOU
l'acide fvilphureux ramaflc en abondance , & poffc- *
dé €\\ un volume conlklcrable dans des vaifleaux. Il
a propolc deux moyens pour le procurer cette ri-
cheilc chimique , dans une diflertatlon exprès , inti-
tldée yfpirifus vitrioli volaiiitsin copia parandi funda-
mcniiim ô- experuncntum , laquelle le trouve aufli dans
ion opulcule. L'un de ces deux moyens ell de diltil-
1er àdefiein , du vitriol, dans une cornue fêlée , ce
qui produit , comme on voit , un acide lulphureux ,
volatil , artificiel, c'eft-à-dlre , fourni par un/o////«;
artlhciel , compofé dans la cornue par l'union de l'a-
cide du vitriol auphloulftique introduit parla féhire.
Le lecond moyen conlUlc à faire brûler paifiblcment
Awfoufrc fous une efpecc de cloche de terre tronquée,
&; ouverte par fon fommet , qui porte une file verti-
cale d'aludels( voyi^ les Planches de chimie), dans
lefquelles ell apollé un aimant de cet acide : fa-
voir , des linges trempés dans une forte lefTive d'al-
kali fixe , lequel fe change par l'abforptlon de cet aci-
de , en un fel neutre d'une efpece particulière , &
dont tous les acides minéraux chaffent l'acide lulphu-
reux volatil ; li on leirive les linges chargés de ce fel
neutre, dans fuffii'ante quantité d'eau, qu'on évapore
cette lelîlve , ik qu'on dillille par l'intermède de l'a-
cide vltriolique , le fel qu'on en retire , dans un alcm-
bic muni d'un récipient convenable, toutes les join-
tures étant exaftement lutées , on obtient l'acide lul-
phureux volatil en aflez grande quantité.
La nature de cet acide eft fort peu connue : Stahl
croit qu'il eft fpécifié par lephlogiflique , qu'il con-
tient en une aflez foible proportion , difterentc de
celle qui conftltue,fulvant lui, l'acide nltreux ; mais
cette prétention n'eu point du tout prouvée.
Il eft démontré contre Hoffman & fes copifles ,
que l'acide fulphureux volatil n'eil point l'acide pro-
pre , ÔC encore moins l'efprit élaflique des eaux mi-
nérales, dans le premier mémoire fur les eaux de Sel-
ters. Mcmoïrt préf<.ntc à facadéin. roy, des Sciences.
vol. IL
L'acide fulphureux volatil a la propriété de détrui-
re 6c de décompofer les couleurs ; c'cft pour cette
raifon que l'on expofe les laines & les foies à la va-
peur du foufre afin de les blanchir ; cette vapeur s'at-
tache fi fortement à ceslortes d'étoffes , que l'on ne
peut plus leur faire prendre de couleur à-moins de les
bouillir dans de l'eau de favon , ou dans une dllTolu-
tion de felalkall fixe. Mais il faut prendre garde de
lallier ces étoffes trcp-Iong temsexpofées à la vapeur
âufoafre , parce qu'elle pourroit les endommager 6c
les rendre callantes.
Perlonne n'ignore que le foufre eflunedes fubflan-
ces qui entrent dans la compofition de la poudre à
canon & des feux d'artifice, f^oye^ Poudre.
L'acide fulphureux volatil a la propriété d'arrêter la
fermentation ; c'efl; pour cette raifon que Von foujre
les tonneaux dans lefquels on veut mettre certains
vins , cela les empêche de fermenter &c de tourner à
la grailTc.
On a déjà fait remarquer que \e foufre fe trouvolt
dans prelque toutes les mines des métaux dans des
proportions différentes ; alors il leur fait changer de
forme 6c de couleur , il noircit tous les métaux , 6c
les rend aigres ik cafians, excepté l'argent qu'il rend
fiduâiie, qu'on peut le plier & le tailler avec un
couteau : c'efl ce qu'on peut voir dans la mine d'ar-
gent nltrcufe , qui n'ell que de l'argent combiné avec
le foufre ; on peut imiter cette mine par l'art. Le fou-
fre n'agit point fur l'orni furlezincquandlls fontblen
purs ; mais il agit très-fortement fur le fer, le cuivre,
le plomb , l'étain. C'ell par ces jjropriétés que \efou-
frf joue un très-grand rôle dans les travaux de la mé-
tallurgie ; on cherche à le dégager par le grillage ; &
■dans cotte opération , lorfque Ion acide efl mis en
adion par le feu , il icrt à détruire les métaux qui
SOU
nuiroient \ ceux que l'on veut obtenir , parce qu'il
y en a auxquels il s'unit préférablement à d'autres;
c'eft alnli que dans le grillage de la mine de cuivre il
fert i\ détruire le fer qui accompigne fouvcnt cette
mine. Dans le traitement de la mine de plomb le
foufre fert aulîi à difl'oudre les autres fubftances miné-
rales qui y font jointes , 6c facilite la formation de
la matte.
Les anciens chlmiftes & les naturaliftes ont donné
très-improprement le nom ^e. foufre A plufieurs fubf-
tances qui ne font rien moins que le foufre minhal
dont nous parlons. Ils ont donné ce nom \ toutes les
fubftances huileufes 6c grafles des trois règnes de la
nature , aux bitumes , 6l à toutes les matières pro-
pres ;\ s'enflamtner.
Les alchimllles ont défigné le phlogiflique fous le
nom de foufre des métaux; ils en dlllinguent deux ef-
peces , l'une qu'ils appellent /«///'-£ volatil., 6c l'autre
foufre fixe. Cette dlllindlion étoit fondée fur ce que
certains métaux perdent très-aifémcnt leur phlogilli-
que, comme le fer &: le cuivre , & font calcines &
réduits en chaux , tandis que d'autres ne le perdent
que très-dlflicilement, comme l'or 6c l'argent. D'au-
tres ^-AV foufre volatil ont voulu défigner leyô«/re qui
fe dégage des mines par une calcination légère ; &
par foufre fixe ils ont entendu le phlogiflique des
métaux. Il eft allé de lentir combien cette dénomi-
nation eft impropre , vu que le phlogiflique eft un
principe élémentaire des métaux , qui , comme Bec-
cher l'a fait voir le preiuler, les met dans l'état métal-
lique ; au-lleu que le vrà\ foufre efl un corps grolfier,
fort éloigné de la fimpliciîé d'un principe. Cette er-
reur des anciens chimlfles a été mlfe dans tout fon
jour , & refutée par le célèbre Stahl. Ce reftaurateur
de la faine Chimie a fait voir , dans fon traité du fou-
fre 6c dans fes autres ouvrages , q\i'il falloit bannir
ces façons de parler impropres &obfcures.
Nous ne pouvons pafler ici fous filence une erreur
qui a été quelquefois accréditée par des perlonnes
très-habiles d'ailleurs ; il s'agit des prétendues/?/«/«
de foufre , que l'on nous dit être tombées en de cer-
tains cantons , où l'on nous aflîire avoir vu la terre
couverte d'une poudre jaune. M. Henckel& d'autres
favans ont apprécié ce phénomène à fa jufte valeur ,
en difant que cette poudre n'eft autre chofe que la
poufliere des étamines de quelques plantes , ou que
celle qui le trouve dans les pommes des pins , que le
vent a répandue dans l'air & que la pluie a enfulte
rabattue. Plufieursperfonnes , fondées apparemment
fur ces prétendues pluies de foufre , ont auiTi imaginé
qu'il y avoit un vrai foufre répandu dans l'air, & que
c'étolt lui qui produifoit les éclairs & le tonnerre; à
en croire la plupart des phyflciens non chimlfles,
peu s'en faut que notre atmofphere ne folt un arfenal
dans lequel on trouve des magafins de poudre-à ca-
non toute formée. En effet , ils voient dans l'air du
nitre tout formé , ils y voient du foufre , il ne leur
manquera plus quedu charbon pouravoirtout ce qu'il
faut pour leur artillerie fyflématique. S'ils emprun-
toienr les lumières de la chimie qui feule peut guider
dans les connoiffances naturelles, ils s'épargneroient
un grand nombre de conjeftures bazardées qui n'ont
d'autre fondement que des chimères que l'expérience
détruit. (— )
SOUFRIERE , f. f. (Hi/Î. nat. Minéralogie.) c'eft
ainfi qu'on nomme , dans l'île de la Guadeloupe, une
montagne fort élevée , qui a la forme d'un cône
tronqué, & qui s'élève au-deffus de toutes les autres
montagnes de cette île. Elle eft à environ trois lieues
des côtes de la mer, & occupe le mlheu de la partie
méridionale de l'île. Cette montagne a été autrefois
un volcan; & fuivant ladcfcriptlon qui en a été don-
née par dlfférens voyageurs, & en dernier Heu par
M. Peyffonel médecin , il n'y a pas lieu de douter
s ou
qu'elle ne foit cntore embrai'ée dans fbn iAtcrleur. Le
nom d^ fotcfriirî hn vieiit de la grande quantité d^
(buii-e que l'on y trouve ; il le lublim-j natureUement
p;îr la chaieur louterreine, & le trouve en li grande
aboiîJance, que cet endroit paroîtincpuifabie.
Le chemin qui conduit au Ibmmet de cette mon-
tagne c'ictrès-diiricile ;on rencontre par-tout des dé-
bris do volcans , comme des pierres calcinées , de la
îierre-poncc,des fources d'eaux chaudes , de i'alun,
6-c. Le terrein rciremble i\ du colcoîhar , ou au rélidu
de la diirilkition du vitriol, étant rouge comme de
i'ochre. Lorlqu'on cft parvenu à une certaine hau-
teur on trouve un eipace qui peut avoir environ 2.5
loifcs de diamètre ; l'on n'y voit que du {"oiifre , dçs
:endres & des terres calcinées ; le terrein de cet en-
droit cil rempli de fentes profondes , d'où il fort de la
fimiée ; l'on entend qu'il le fait un bouillonnement
îu def eus , &i il en fort du fourre qui ic lublinie &
j'attache aux narois de ces fentes & des cavités ani
i'yfontformées.On éprouve en cet endroit une odeur
:1e foufre qui ôte la rcfpiration , ■& Ton \'0!t l'acide
"ulfiireux que la ci^aleur dégage fe condcnferengout-
:cs , & ruiUeler comme de Teau claire. Le terrein efi '
peu folide , & l'on peut y enfoncer des» bâtons avec
■"acilité ; & fi l'on ne marchoit avec précaution , on
:ourroit rilque de s'y abyfmer. Cet endrou paroît
Dtre le foupirail par où les éruptions de ce volcan fe
ont faites autrefois. On dit que dans un tremblement
le terre , cette montagne fefcndit en deuv, 6c vomit
.m grand nombre de matières embrafécs, & que de-
puis ce tems on n'a plus éprouvé de tremblement de
:crre dans l'île. Cette fente a plus de mille [>ics de pro-
fondeur,^ fie plus dczopiés de largeur.Du coté du nord
ic cette fente, dans la plaine, ell un petit étang dont
.es eaux font fortement imprt'gnées d'alun. On trou-
ve av.fîi près de cette fente ime grotte très-étendue,
k qui nréfente des phénomènes trcs-di^.ncs d'être re-
r.arqucs. A l'entrée de cette caverne on éprouve
une thaicur modérée; en montant plus h;;ut par def-
fus des débris de pierres, on entre dans une leconde
ïroîte où l'on fcnt eue la chaleur augmente , & en
îiontant encore plus haut on parvient à un endroit
Cîv.i forine une troilicm.e grotte ; la chaleur y eli fi
ccnfidérable , que , fuivant le rapport de M. Peyi-
loncl, l'on peut à-p»ine y refpircr-, les fiambeaux
ont beaucoup de peine à brûler , & l'on cfc bien-tôt
rrenvoc de fueur. Au côté gauche de cet endroit la
groite fcmbie coniinue;; ; M.-Peyfionel voulant al-
ler plus avant vers ce côté , f>,.î très • furpris d'y
tiOUN'ci- de la fraîcheur , de voir que les flambeaux y
bruicient très-bien ; en defccndant encore plus , il
trouva qu'il y faifoit un froid exceiuf; revenu de cet
endroit , il repalfa par la partie chaude de la grotte où
il avoit été auparavant , tk y éprouva la même difii-
culté de refpirer &c la même chaleur que la première
fois. •
On trotive différentes efpeces. de foufre dans !a
fnijfricre de la Guadeloupi?,ily en a qui reffemble par-
faitement à des fleurs de ibutre ; d'autre ie trouve en '
mailt'S compactes, & eft d'un beau jaune d'or ;*cntin
l'on en rencontre des morceaux qui iont d'un jaune
trnnf parent con.:m'ie du fuccin,au point cv'y être trom-
pé, f'oyq .'es tr'anjacîions philojopluques , tom. XLIX,
voyez CaytïcU Solfatara. (— )
SOUFROIR, f m. ( ouvra^idc Pothr. ) c'eft une
petite étuvebicn plafonnée en ciment ^bien clofe ,
pour y blanchir la laine ou la foie par la vapeur du
îbiifreallv.mé dans une terrine. (/>./.) ,
SOUï-Y , Sectf. des , ( Rdtgion perjanc. ) fefle
ancienne chez les Frrians. On en fixe l'origine vers
l'an 200 de l'églfe. Sheic-Abmilaid , philosophe auf-
tere , en fut le fondateur ; c'eft ime fede toute my f-
tiquv" , & qui ne parle que de révélations , d'unions
ipiiituellesavec Dieu, & d'entier dctathc;nent des
SOU
A0%
chofes de la terre. Ils entendent fpiriîuellem.ent fout
l'atcoran , 6i fpiriîualifent tous les préceptes qui re-
gardent l'extérieur de la religion , excepté pour les
jeûnes qu'ils font avec la plus grande auflérité. Leur
foi& leur dodrine ont été recueillies dans un livre
qu'ils ont en vénération , & qu'ils nomment galchm-
dras , c'eft-à-dire /e pMÊÊàrc des myferes. Il elVvraif-
fembl.ible que leur th^logie myitique a pafTé d'o-
rient en occidentpar la voie de l'Afrique , 6c qu'elle
s'ell ainfi communiquée d'abord à l'Eipagne , ensuite
par l'Eipagne en Italie, en France & --illeurs. {D. /.)
SOUMAil, DESIR , f. m. {Synonym. ) l'un &C
l'autre défigiientune inquiétude qu'on éurouve pour
une chofeabfenfe, éloignée , à laquelle on attache
uneidcedeplairn-.Les7o^/i4i//i fe nourriifent d'imagi-
nation ; ils doivent être bornés. Les dcflrs viennent
des pafilons ; ils doivent être modérés. On- fe repaît
dcj'ou/uiirs.j on s'abandonne à fes dcjtrs. Les paref-
leux s'occupent à faire dQsf<'u'i.jiti chimériaues ; les
courtifans le tourmentent par des dejÇrs ambirieux.
Lei/?'.7/irt//5 me femblent plus vagues , & les dcfirs
plus ardens. Quelqu'im difoit qu'il connoifToit plus
les Jhu/iuiis que les dcjirs , diftindtion délicate, parce
que les fuohcits doivent être l'ouvrage de la raifon ,
& q\;e {(tidzjirs font prefque toujours une inquiétude
aveugle qui riaît du tempérament.
M. de Saci a dit , mes deûvs foapiren; vers,, vous ;
c'ef: mal parler : les défis ne foapirent point , ce font
eux qui font Ibupircr. (^D. J.^
SOUi , OH SOI , f m.' (Citijin.) c'eft une cfpece de
fnuce que les Japonnois préparent , & qui eft très.-
recherchée par les peuples de l'Afie , & par les Hol-
landois qui en apportent de ce pays;,c'erc une elpece
d'extrait ou de lue qui fe tire de toute forte de vian-
des , & fur^out des perdrix & du -jambon. On y
joint du fuc de champignons , beaucoup tle fcl , de
poivre , ce ging-mbre , & d'autres épiceries q«i lui
donnent un goût très-fort , & qui contribuant à em-
pêcher que cette liqueur ne fe corrompe. Elle fe c;ar*
de pendant im grand nombre d'années dans des bou-
teilles bien bouchées , & une petite quantité de cette
liqu.eur mêlée avec les fucs ordinaires , les relevé ,
&: leur donne un goûttrès-agr-éabîe. Les Chinois font
aufïï àiifouï^ mais'on regarde celui du Japon comme
fupérieur ; ce- qui vient,dit-on, de ce que les viandes
font beancoup plus fucculentes au Japon qu'à la
Chine.
SOUILLAC on SOULIAC , ( Géog. moJ. ) petite
ville de France dans le Quercy , à 3 lieues de Sarlat,
fur la Borele , près de la Dordogne , avec une ab-
baye d'hommes de l'ordre de faint Benoit, Toutes les
maifons de cette place ne font que de bois, & le bas
de la ville ne fert que d'écuries ou d'étables. Long^
iS. éy. Uth. 4.6. 4. (D. /.)
SOUILLARD , f. m. {C'urpcm.) pièce de bois af-
femblée fur des pieux , Hz que l'on pofe au-devant
des glacis , qui font entre les piles des ponts de'pier-
re. On eu met auiTi aux ponts de bois. On appelle
encore fouL'Lird un petit chatTis , que plufieurs font
fceller dans les écuries pour ccntretenir les piliers.
(z;. /.)
SOUILLii, f f . (('7/?m'i.) heux bourbeux où fe
vcaiure le fnnglier. Lq fouil ei\ fouvent une marque
qui fait reconnoitre la taille. FouiUoux.
SOUILLER , TACHER , ( Grumm. Synnn.) ces
deux mots défi?.nent la même choie, &• form.ent un
niên-.e lens ; mais tac/urne s'emploie qu'au propre ,
tcjouilier ne fe dit guère qu'au ligure ; ainfi l'on dit
tacher {qs hardcs , fouiller (à confcicnce , fe tacher de
graille , icjoiulUr de crimes. Souiller cil très-beau en
poélie.
Lorfûuc le déshonneur fouille fohiifjfîince ,
Les rois doivent douter de Uw toutc-pitijjanct :
Qui la k,i{<ude alçrs , n en fut pas hien ufr ,
E c c ^
404
SOU
sou
Et qui veut tout pouvoir , ne doit pas tout ofer.
Corneille , dans D. Samhi d'Anigon.
{D. J.)
SOUILLURE , (.t. {Gutm. Ciitlq.ficrîc.) Impuret6
eMciicurc: lelon la loi de Moilc , on cuntradoit plu-
Ceurs fortes i\c Joui/lurcs légats» les unes étoient vo-
lont.;iros, comme rattouchei*nt d'un homme raort;
d'une tcmme qu'on lavoit avoir le cours de les règles;
d'un animal impur, ôi autres choies l'ouillées ; d'au-
tres .yott/7/«r« étoient involontaires, comme d'être
attaqué de quelque maladie , telle que la lèpre, de
fe trouver lans y penfcr dans la chambre d'un hom-
me qui tomboit mort , ou de toucher par mégarde
quelque chofe d'impur. Ces diverfes impuretés cx-
cluojcin des choies faintcs , & de tout ade de reli-
gion , celui qui en étoit Touillé, ju (qu'A ce qu'il lé (ùt
purifié , ou qu'il fût guéri ; mais les choies Touillées
de leur nature, comme les charognes , ou déclarées
telles par Tinllitution de la Ici , comme certains ani-
mavix , ne pouvoient jamais devenir pures; les mai-
fons, les habits, les uftencilcs de ménage, Te puri-
fioient par des lavages , des lelîives , le ioufre ou le
feu, après quoi l'on pouvoit s'en Tcrvir. Fojci Pu-
RIIICATION. {D. J.)
Souillure , terme de Teinturier; ce mot s'emploie
dans les teintures qui Te font par des mélanges lorf-
qu'on mcle enTemhle différentes eTpeces,
SOUIRFA , T. f. {HijL nat. Bot.) plante de l'ile de
Madaaafcar', dont Li feuille efl: déchiquetée ; elle ell
(l'un goût aigrelet, & pafle pour un remède excel-
lent contre la fièvre, lorlqu'on l'apphque fur la région
du foie & du cœur.
SOULAGER , v. aft. {Gram^ diminuer fa peine,
fon travail , ou fa fatigue , foit en la partageant , foit
en l'adoucifTant. On dit, cet homme fuecombe fous
le poids dont il efl trop chargé ; il faut lejbulager.
On foulage un vaifTeau , un plancher , un malade , les
affligés. La douleur fe yô/v/'Jg'e par la plainte.
SOULE, PAYS DE , (Géog. mod.) pays de France,
au gouvernement militaire de Guyenne & de Gal-
cogne , dans les Pyrénées, &C enclavé entre le Béarn
& la baffe Navarre. Le pays de Souk efl habi:é par
les Bafques , & les Pyrénées le féparent du val de
Roncal en Navarre.
Pline fait mention de certains peuples vers les Py-
rénées , qu'il nomme Sibillates : il efl fort probable
que ces Sibillates font ceux de SoiiU , parce que nous
voyons dans Frédegaire, que le véritable nom de ce
pays étcit Subola ; corrompu depuis en Sola ; il étoit
des anciennes dépendances des Tarbellicns , & il a
tou;ciu-s été au diocéfé d'Acqs , capitale des Tar-
belliens , juiqu'au milieu duxj. ficcle, que l'cveque
d'Oleron s'empai'a de la jurifdidlion fpirituelle.
Après la prife du roi Jean, &. le traité de Brétigny,
les Anglois fè rendirent maîtres de Souie ; enfuite
fous Charles Vil. après la prife d'Acqs , & des autres
villes de Gafcogne , la Soûle , avec fa capitale Mau-
léon,fé rendit aux François. On lui a con.fervé de
grands privilèges ; c'ell un pays d'état , pauvre à la
vérité , mais tous ceux qui y ont des fiefs , ont droit
d'afTiTler à la tenue des états. La Soûle eft fituée le
long du Gave-Suzon , & comprend environ 60 pa-
roifies. (D.J.)
SouLE , /'ï , ( Géog. mod. ) en latin du moyen âge
Subola , Sulla , So/a ; petite rivière de France , dans
la Normandie , au diocete de Coutances. Elle naît
auprès de Montabor , & après un cours d'environ
fept lieues , elle le joint à la Sienne, au pont de la Ro-
que.
SOULEVER ,/e SOULEVER , ( Langue françoife. )
ce .verbe fe dit rarement au propre , excepté des fli-
jcts vis-ù-vis de leur prince; le peuple \ç foulera ;
-toutes les pro\ït\cei> Je Jontjouleyéesytn parlant d'une
<Çmôtîon "populaire générale. Les Guifos nrciMfouU'
ver pluTicurs villes contre Henri UI. mais on ne di-
roit pas que la grande-Bretagne 5'^yô///évee contre la
France en lui déclarant la guerre.
Ce i)afrage , confurgcr gens in gentcm , rcgnum înre'
gnum , elt donc mal traduit , par ; « on verra (ç^feu-
M lever peuple contre peuple , royaume contre royau-
» me ».
Soulever fe dit encore au figuré de tout ce qui ré-
volte l'humanité, ou qui caufe du fcnndale &:de l'in-
dignation fans qu'il s'agide de fouverains ni de fujets^
par exemple ; l'apologifle moderne du maffacre de
Saint Barthélemi a Joulcvé tout le munde contre lui.
{I?. J.)
SOU LIE , f. f {Marine.) c'efl le lieu où le vaifTeau
a pofé , lorfque la mer étoit baffe , & qu'il a touché
fur de la valé.
SO\JL[EK,(.m.(Chau[fure,) chnufTure de cuir,
ou de quelque étoifc qui couvre le pié depuis ce qu'-
on appelle la cheville. Le foulier efl compofé d'ime
ou de plufieurs femelles ; d'un talon de cuir ou de
bois , de l'empeigne , des quartiers, & des oreilles.
Soulier des anciens , ( Littérat.) il paroît qu'en
général chez les ancierts, la matière la plus ordinaire
des foulicrs étoit le cuir apprêté. Martial fe moquoit
d'un homme qui portoit une calotte de maroquin af-
fez profonde. Celui-là , difoit-il, vous a plaifamment
raillé , qui a parlé de votre calotte comme de lachauf-
f ure de votre tête.
Ha-Jind tibi pelle cnntegenti
Nuda tempora verticemque calvce ,
FefUve tibi , Phctbe , dixit ille ,
Qjii dixit caput ejfe calceatum.
On fe fervitaufTi «l'écorces d'arbres, ou du moini
de leurs membranes , comme par exemple de celles
de la plante appellée papyrus : calceos prœterea ex pa-
pyro textili fubligavit.
Les bergères efpagnoles , au rapport de Pline «
fourniffent la mode àtfouliers de jonc & de genêt.
On mit en œuvre pour les couvrir la laine , le lin , la
foie , & l'or. Si nous en croyons quelques auteurs,
non-feulement les fouiiers fe trouvèrent chargés de
feuilles d'or , mais il y en avoit même dont les fe-
melles étoient d'or maflif : efpece de iuie qui paroît
prefque incroyable ; fecculurn auratum , imh au-
rtum.
Plante dans fa comédie des Bacchides , fait dire à
un valet à qui fon maître demande fi un certain Théo-
time efl riche : voiis me demandez fi un homme eft
riche , lorfqu'il porte des femelles d'or à (es fouiiers:
etiatn rogas quifoccis habeat auro fiippa'èlum foLuni.
Le luxe n'en deriieura point là ; la vanité de la
parure àes fouiiers alla fi loin , que non-feulement le
defius du foulier «toit garni' de pierreries , mais tout
\e foulier même , ainfi qu'on le voit clairement parce
paiTage : gemmas non tantum crepidarum objhagulis ,
fed & totis focculis addunt.
A l'égard de la forme des fouiiers ^ elle a été diffé-
rente fuivant le génie & les mœurs des nations. Nous
ne trouvons rien dans TEcriture-fainte qui puifTe nous
donner une notion de celle des IbuUers des Hébreux,
6c les rabbins expliquent fi différemment les termes
qui concernent les fouiiers des juifs, que l'on ne fait
véritablement ù quoi s'en tenir.
Le foulier romain quant à la hauteur , ne fe termi-
noit pas comme le nôtre ; il s'élevoit jufqu'à mi-jam-
be , en prenant jufle toutes les parties. Il étoit ou-
vert par-devant depuis le cou-de-pié , & fe fermoit
avec une efpece de ruban ou de lacet. Pour être bien
chauffé , il falloit que \e foulier fût extrêmement ferré,
tenfutn calceum. Un foin particulier des gens du fie-
cle , dit S. Jérôme , ell d'avoir un foulier propre ÔC
sou
icn tendu : fî p<:^ in laxdpdlc non naut. On fait qxie
aul Emile aynnt répudié l'a femme, qui étoit en con-
dération pour fa vertu , & par- là s' étant expofé aux
.M-»roches de fes amis, fe contenta de leur répondre
1 leur montrant le pié : vous voyez , dit-il , ce/c//-
<rr, il eft bien fait & me chaufle jufte, vous ne favez
oint oà il me blcfle.
Si ce n'étoit pas une preuve fenfible de l'irrégu la-
ie de la conduite de fa femme , c'étoit au-moins
ne marque certaine que tout le pié étoit couvert du
HiliiT, La forme , au volume près , en étoit égale
our les femmes comme pour les hommes. Que votre
•é , dit Ovide , à une femme qu'il aime , ne nage
oint dans wn foidier trop large.
Ni vagus in Iqxâ pcs tibi pelle natet.
La pointe du foidier étoit recourbée ; c'efl: de-là
ue Cicéron , d^tns fon traité de la nature des dieux,
pris l'idée de la chaufTure de Junon : ealccoUs re-
andis.
Ily avoit ime forte defouliers ap'peWés perone.f que
;s fimples magifti-ats pouvoient porter, & dont ilefl
arlé dans Felius. Juvcnal nous en a donné la def-
ription dans fa quatorzième fatyre. C'étoient de
ros/ouliers faits exprès pour i-éfiller aux boues , aux
eigcs, & dont les payians fe fervoient en travail-
mt à la terre. Ce font , fans doute , les mêmes dont
Jlpien entend parler dans la loi. j. §■ ff- de offic.
rixf. virgil. caUeatum , dit-il , dchae prœfecîum vigi-
im cocrrare. Les gardes prépofés à veiller pendant la
uit aux incendies, avoicnt befoin de pareils/ô^/i^/'^,
our réfifler aux pluies, aux neiges, & autres injures
u tems.
Avant de parler de la couleur & des ornemens que
;s anciens metroient à \ç\\xs fouUers , il eflà-propcs
e faire meiition d'une autre forte àe/ouliùrs qui étoit
n ufage chez eux, & que les Romains appelloient
'■yleie , & qui revient affez à notre fandale. Elle con-
iftoit dans une fimple pièce de bois ou de cuir que
on plaçoit fous le pié , & que l'on attachoit par des
andelettes de toile ou d'étoffe , pafiées & repaffées
nr le pié, & entre les doigts du pié , & autpir de
î jambe : il nous en reite plufieurs exemples dfcs les
nciens monumens de peinture & de fculpture, que
es curieux ont confervés. C'efl par rapport à ces
lens que Virgile & Ovide ont appelle les fandales
incula. Ce dernier a dit dans fes métamorphofes.
Vincla duo pedibus dtniunt.
'x Virgile , dans le huitième. livre de l'Enéide.
Et tyrrena pedum circumdat vlncula plands.
Dn appelloit encore cette chauffure crepida & crepî-
iula , à caufe du bruit que l'on faifoit en marchant.
Cette fandale étoit plus particulièrement la chauf-
iire des femmes. Cicéron reprochant à Verres fa mol-
effe & fes manières eft'éminées, l'accufe d'avoir paru
m public , en qualité de prit cm ^ avec des fandales'
iri manteau de pourpre , & une tunique defcendant
ufquaux talons : Jledt fokatus pra'tor popidi romani ^
■.uni palUo purpureo ^ tunicaque talari. Ce n'eflpas que
es hommes ne fe ferviifent quclquctois de la fan-
iale , particulièrement lorfqu'ils alloient ù quelque
^eftin. Quant -aux/ouliers dont les foldats fe fervoient
à la guerre, on les appelloit caliga militum. Comme
cette chauffure leur étoit particulière , on les nom-
moit fouvent catigati^nu lieu de mditcs; ainfi Seneque,
Je benef. cap, xvj. en parlant de Marins , dit : ^ ca/igi-
ne ad confidatum pervenit.
U y avoit encore deux autres chaulTures en ufa-
ge , mais dont on ne fe fervoit que fur le théâtre ;
c'étoient le brodequin &C le cothurne, f^oje^ chactui de
ces mots ù leur article.
Quelques-.uft» croient c^ue ics/ouliers des homunes
SOU 405
étoient noirs, fur le fondement de ce vers d'Horace :
Nigris médium impedit crus pelUbus.
Ils le Croient encore fur ces vers de la feptieme
fiUyre de Juvenal, où parlant d'un certain Quintilien,
il dit qu'il étoit beau , bien fait de fa perfonne , vail-
lant, fage & très-noble; car le croifiant qAi'il por-
toit fur i^sfouUers de peau noire , en étoit une preuve.
Félix , & fapiens , & nobilis , & generpfus ,
Appojitam nigrce lunam fubtexit alutœ.
Le terme aluta fîgnifie une peau déliée fur laquelle
on pouvoit peindre le croilTant, ou la lune en fon
entier , comme il ell dit dans les vers de Juvenal
qu'on vient de lire , auxquels il faut ajouter cet en-
droit de Vépig'-amme a o du //. Hv. de Martial.
Non extrema fedct limatd lingida planta ,
Cœcina non lœfum cingit aluta pedem.
On rapporte plufieurs raifons de l'ufage de faire
peindre une lune ou un croiffant fur \esjauliers des
fénateurs, & des perfonnes d'une ancienne famille*
C'ciî une des queftions que Plutarque propofe fur
les ufagcs des Romains, queji. 8G. On a depuis im».
giné plufieurs autres raifons de cet ufage qu'il feroit
inutile de rapporter. On ne fait pas même fi l'on
peignoit la lune dans fon plein , ou fi ce n'étoit que
ibn croiffant , ni en quel endroit ànfoulier elle étoit
placée.
U ell encore difficile de découvrir la forme & l'u-
fage des fouUers que les Romains appelloient mullei,
Feitus veut qu'on les ait ainfi nommés, de l'ancien
mot mullare , qui figaifioit unir différentes parties
d'une étoffe ou de qu^lqu'autre matière , par une
couture fine & délicate , ce qui convient à la bro-
derie des fouhers. M. Danet prétend que iQsfoulicrs
des fils des fénateurs , avoient auffl une lune , mais
différente qui leur avoit donné le titre de muUd
calcei. Mais il paroît que ces mots deTertuUien dans
fon traité depallio , nous donnent une idée plus claii'e
ànfoulier appelle midUus : Impuro , dit-il , cruri pu-
rum aut muUeolum induit caUeum.
Lqs fouliers qui étoient fimples & fans ornement,
étoient appelles /'«ri; & ceux qui étoient ornés par
une lune , ou par quelque broderie , étoient diflin-
guis par l'épithete de mullei.
Lf^.s fouliers des femmes étoient blancs pour l'ordi-
naire. Les fouliers des fénateurs étoient de peau noi-
re, & quelquefois blanche, mais les magiflrais cu-
rules les portoient de couleur rouge.
Pendant un tems , une honnête femme chez les
Romains n'ofbit porter du rouge aux fouliers : cette
couleur étoit affedée aux courtifannes. Cette mode
ne dura guère, foit que le caprice la réglât, foit que
dans quelques fçmmes,la vertu ait étéaffezhardiepour
s'affranchir de la tyrannie d'un ufage qui contrai-
gnoit le goût. Celles qui fe piquoient le plus de
régularité , portèrent impunément des fouliers rou-
ges , long-tems même avant le règne d'Aurclien qui
leur en permit l'ufage , & l'ôta en même tems aux
hommes , calceos mulleos , rubros viris omnibus tulit ,
mulieribus reliquit. L'ordonnance de ce prince fut
d'autant plus gracieufe pour les dames, que lui &
lès-fuccefîeurs feréferverent cette couleur, à l'exem-
ple des anciens rois d'Italie, au rapport de Dion.
Elle régna dans le bas Empire , & pafla des empe-
reurs d'Occident à la perfonne des papes qui ache-
vèrent d'effacer les traces de fa première dethnation.
Les empereurs chargèrent leurs fouliers de plu-
fieurs ornemens. Us y firent broder la figure dune ai-
gle enrichie de perles & de diamans, aquilis ex U*-
pillis & marg.iritis. Il y a lieu de croire que cette
décoration paffa jufqu'aux fouliers des dames, ou
du-moins jufqu'à ceux des impératrices.
40^
SOU
s
o u
La chaleur de faint Chryloftomc contre les fou-
licrs brodés, dont l;i niodc lublilloit de ion tems,
me rappelle celle du frère Thomas contre les cucf-
fures hautes dont j'ai parlé au mot hennin. S. Chry-
fortome ne s'échauffa guère moins iiir cette nia-le-
rje , qu'il auroit tait li l'on avoit élevé des idolfes fur
les autels des chrétiens. On voit aujourd'hui des fem-
mes qui ont beaucoup de railbn & de piété, porter
desjhuliers avec ces ornemens , que ce perc de l'E-
glife ret;ardùit comme une invention du diable. Saint
Pierre ne defapprouvoit pas les ornemens de ce gen-
re, puifque les iaintes femmes qu'il cite pour exem-
. pie, en pcrtoient cUe-mémcs ; mais il veut qu'on
donne une autre attention aux ornemens qui font
le vrai mérite.
La mollefie & la galanterie varièrent la chauf-
fure; & la mode inventa une forte cIq foulUr grec
qu'on appelloit (Icyonïcn. Il étolt pKis léger & plus
délicat que les autres. « Si vous me donniez , dit Ci-
» céron , au premier livre de foraiciir , des fonlicrs
» f.c yoniens, je ne m'en fervirois certainement point ;
» c'elt une chaufiure trop elFéminée ; j'en aimerois
» peut-être la commodité, mais, à caufe de l'indé-
>#cence, je ne m'en perniettrois jamais l'ufage.
On employa le liège pour haufler IcfouUcr, 6c éle-
ver la taille , fuivant la coutume des Perfes , chez qui
la petite tailîe n'étoit pas en honneur; l'ufage de cette
chauiiure étoit commun fur la fcene & dans les re-
préfentations où l'on recherchoit de la majellé. Les
coquettes s'en fervoient dans \zs bals , les aftrices
fur le théâtre, fui-* tout dans le comique , & s'il cil
permis de rapprocher des chofes infiniment oppo-
îées, les prêtres s'en fervoient dans les facrifices.
On ôioit fes fonlicrs en fe mett^înt à table. On fait
le bon mot de Dorion, poëte muficicn. Ayant perdu
à un feftin le/o/iî&r qu'il portoit à un pié malade. « Je
» ne ferai d'autre imprécation contre le filou , dit-il ,
» fmon qu'en me dérobant mon foulier^ il ait pu troa-
» ver chaufiure convenable à fon pié.
Les efclaves ne portoient point de fonlicrs , mais
marchoient nuds pies; & on les appelloit pour cela
creiaii ou gvpf^^i-, des pics poudreux. Il y avoit même
des perfonnes libres qui alloicnt auffi nuds pies ; &
Tacite remarque que Phocion,Caton d'Utique, &
plufieurs autres marchoient quelquefois iznsjoitlkrs;
mais ces exemples font rares , & généralement par-
lant, toutes les perlbnnes qui étoient de condition
libre, m.«rchoient toujours chauffées", û cj n'étoit
dans quelque Iblemnlté extraordinaire de religion ,
ou quelque calamité publique ; car nous apprenons
de l'hilloire que ., quand on lavoit la ^rand'mere des
dieux ^ on alloit pies nuds en proccffion, & que les
dames romaines le déchauffoient dans les lacriflces
de Vefta.
TertuUien rapporte que les pontiies des payens
ordonneront fouvcnt des procelfions nuds pies dans
un tcms de fccherefle : Cum jiupet cceUnn & aret an-
nus , nudi-pedalia denuncïamur. A la mort de Jules
Céfar, plufieurs chevaliers romains ramaffeYent fes
cendres , revêtus de tuniques blanches & pies nuds ,
pour marquer tout-enfemble leur refpeft ck leur trii-
teffe. Lycurgue & la jeuneffe lacédémonienne al-
loient toujours pies nuds.
Les magiciennes clans leurs myfteres magiques ,
avoient un pié chauffé 6l l'autre nud ; c'eft Ovide &
Virgile qui le difent : Unmncxuti pedem. vinclis ,
ly. JEntid. Horace parlant de Canidie,affure qu'elle
marchoit pics nuds , pour mieux réuffir dans lés en-
•chantemens.
Si le Icfteur veut réunir à cet anich celui de
Chaussure , & parcourir en mcme tems le -traite
Me Balduinus, di calcco antiquo ^ il n'aura preique
•rien à defirer fur cette matière. {Le chevalier de
Jaucourt.)
Soulier de Notrc-Pame. {Botr.n.') en angîols, f/zi
ludie:;-jl'ppcr. Touriiefort diitingue trois efpeccs,de
ce genre de plante. L'efpece commune ,'cd/a;)/«i
vulgaris , jette une tige .d'environ un pié, garnie de
quelques feuilles larges, veineufcs , reffemblantes ;i
celles du plantain , & rangées alternativement. Elle
porté une fleur ordinairement unique, à fomnict,
compcfée de fix pétales inégaux, quatre oppofés en
croix , & deux placés au milieu. Ces derniers re-
piéientent en quelque manière nnfoulier ou faboî,
de couleur jiîune , ferrugineule ou purpurine-noi-
râtre. Le fruit qui luccede , a la figur'. d'une lanterne
à trois côtés. 11 contient des femences fembiables ;\
de la fciure de bois; cette plante croît fur les mon-
tagnes & dans les forets. (£>. /.)
SouLïER, {Marine.') pièce de bois concave, dans
laquelle on met le bout de la patte de l'ancre,, pour
empêcher qu'elle ne s'accroche fur la pointe, quand
on la laiffe tomber : on vicn fait prefque point utage
en France.
SOULIERS, {Géôg.mod.) bourg de France ea
Provence , viguerle d'Hlere3,& diocèi'e de Toulon.
Ce bourg cfl la patrie d'Antoine Aremi, poëte du
xvj. fiecle , qui fe rendit alors célèbre par lés vers
macaroniques , & en particulier par fa defcription de
la guerre de Charles-Quint dans fon pays, dont il
avoit été témoin. Il liiourut en 1544.
Ce n'ed point à Souliers enProvcnce , mais au châ-
teau de Souliers dans la province de la Marche qu'eft
né François Triflan , farnommé Vhermite, poëte reçu
à l'académie françoife en 1649, & mort dans la ml-*
1ère en 1655, âgé de 54 ans. On connoît à ce fujet
TépigrammedeM. de Montmor, maître des requêtes!
Elie , ainji qu'il efl écrit ,
De fon manteau comme de fon efprit
Rècompenfa fon [crviteur fidèle.
Trifian eût fuivi ce modèle ;
Mais Tri flan , qu\ori mit au tomheaa
Plus pauvre que neft un prophète t
En laijja7it à Q_uinaut fon efprit de poète ,
Ne put lui Liijfer un manteau.
Lewoéfies de Triftan ont été recueillies en trois
volunfps ; le premier contient tes amours; le fécond
fa lyre., & le troiileme fes vers héroïques ; mais il fe
dlfcingua fur-tout par lés pièces dram.itiques, qui
eurent beaucoup de fuccès pendant fa vie. Mais fa
tragédie de Marianne , retouchée par Ptouffeau, efl
la iéule qui foutienne encore la réputation de fon
auteur. Mondori , célèbre comédien de fon tems , fît
de fi grands & de fi continuels efforts , pour y bien
jouer le rôle d'Hérode, qu'il en mourut. Le rôle
d'Oreffe dans X Andromaque de Racine', a caulé de-
puis le même fort à Montfleury.
Triflan a fait auffi des poélîes facrées , & a mis en
vers l'office de la Vierge. Enfin il cornpbfa lui-même
fon épitaphe , que voici :
Je fis le chien-couchant auprès d'un grandfei^neur.
Je me vis toujours pauvre , & tachai de paroîtn.
Je vécus dani la peine attendant le bonheur^
Et mourus fur un coffre en att:ndanl mon maître.
C'étoit Gallon de France dont il étoit gentilhomme
ordinaire. {D. /.)
SOULONDRE, {Géog. mod.) petite rivière da
France , dans le bas-Languedoc. Elle naît à x lieues
de Lodeve ; & au-deffous de celte ville , elle coule
dans la Lergue. {D. J.) '
60UMELP0UR, (Géog.mod.) petite ville des
Indes , au royaume d; Bengale , dans les états du
grand-mogol , fur la rivière de Gouel , à 30 lieues
vers le couchant d'Oubli. Toutes fes maifons font de
terre , & couvertes de branches de cocos. Lonfu.
1OX.20. laiit. 21. jJ. {D. J.)
sou
sou
4Ô7
SOU\nSSION , {. f. ( Gram. & Junfpnid. ) eÀ uhe
iéclaration par laquelle on s'engage à faire qiicl-
n,ue choie , ou l'on confent que quelque chofe foit
:àite.
Ainll l'pn fe foumet aux rigueurs d'un tribunal ,
:omme de la confeivation de Lyon.
On fait {Qsjbumijjfions ^o\n un office , pour une
'erme , ou quelqu'autre exploitation ou entreprlfe ,
;n confisnant une fomme ou en faifant une décla-
ration que l'on s'oblige de payer, f^oye^ Consi-
gnation , Offres , Obligation , Payement.
SOUMONTSOUI , {Hljl. r.at. Botan. ) arbre de
l'île de Madagafcar , dont le bois ell violet & mar-
bré ; il fert à teindre en rouge.
SOUN , f. m. ÇMarine.) ce font à la Chine les prin-
cipaux bâtimens , tant de guerre que vaiffeaux mar-
chands. Les plus grands de charge font de 300 laftes;
ceux qu'on équipe en guerre, ne paffent pas 100.
SOUPAPE , en Hydraulique f Pneumatique , &Cc.
eftune efpece de couvercle de tuyau , qui eil: fait
de manière qu'il s'ouvre d'un côté , & que de l'autre
plus il efl preffé , plus il bouche cxademcnt l'ouver-^
ture : de lorte qu'il laiffe entrer un fluide dans le
tuyau , & l'empêche de retourner , ou bien le laiffe
fortlr Se l'empêche de rentrer,
hts Jhupapcs ibnt d'un grand ufage dans les ma-
chines pneumatiques , dans lefquelles elles font or-
dinairement faites de morceaux de veilie. Foye^
Pneumatique & Canne a vent.
Dans les machines à vent hydrauliques , comme
aux pillons des pompes, elles font ordinairement de
Cuir, /'-^oye^ Piston.
Quelquefois elles font faites de deux morceaux
de cuir ronds , renfermes entre deux plaques de
Cuivre.
Quelquefois elles font faîtes de cuivre , toujours
couvertes de cuir , & garnies d'un petit rcflort qui
donne paffage quand il eft preffé fortement , & qui
ram.ene la foupape fur l'ouverture fuôt que la force
ceffe de le prtffer. Foyc:^ Pompe , &c.
L'ufage des foupapa dans l'Hydraulique eff prin-
cipalement néceffaire pour pouvoir élever l'eau à
une hauteur confidérable par le moyen des pompes ;
en effet la force de l'air ne pouvant élever Peau qu'à
la hauteur de 3 z pies , il eft certain que fi on vouloit
tranfporter par le moyen d'une pompe fimple une
certaine quantité d'eau dans un lieu élevé , on ne
pourroit jamais la tranfporter à plus de 31 pies de
hauteur. Or les Joupupes , par leur folidité & leur
conltruftion , font deffinées à foutenir Peau qui eft
au-deffus, & par conféquent déchargent , pour ainfi
dire , l'atmolphere de la force qu'il faudroit qu'elle
employât pour les tenir en équilibre ou pour les éle-
ver , de forte que le furplus de cette force eff em-
ployé à élever une nouvelle quantité d'eau.
On a cru jufqu'à préfent qu'on ne pouvoit donner
Un trop grand diamètre à Pouverîure des Jhupapes
des pompes ; 6: on fe fondoit fur ce principe très-
Vrai , qu'une certaine quantité d'eau paffcra plus fa-
cilement par une grande ouverture. Cependant le
contraire eft fort poffible ; voici Péclairciffement du
paradoxe. Si la fonftion d\\nxi foupape ne confilioit
qu'à laiffer paffer Peau par fon ouverture , le prin-
cipe feroit vrai làns difFiculté , mais une Joupape a
deux autres fondions à remplir.
1°. Il faut qu'après avoir laiffe paffer l'eau , Se dès
qu'il n'en paffe plus , elle retombe 6i. ferme le paf-
fage par où Peau eff entrée dans le corps de pompe.
2.°. Il faut qu'étant retombée fur Ion ouverture
qu'elle ferme , elle porte toute la colonne qui y eff
entrée.
Pour le premier effet , il Ivii faut uae pefiuiteur
fpéciflquc plus grande que celle de l'eau , fans quoi
elle ne felomberoit pas malgré la réfiftance de l'eau»,
comme elle le doit faire. Pour le fécond effet , il lu?,
faut une folidité proportionnée à la colonne d'eau
qu'elle foutiendra. Les deux effets s'accordent à exi-
ger en général la même chofe.
Je fuppofe une foupape parfaite, qui s'ouvfe ou
qui s'élève , fe referme ou retombe à fouhait , qui
ait prccifcment la folidité néceffaire pour foutenir la
colonne d'eau entrée dans le corps de pompe. Je fup-
pofe enfuite que pour y faire entrer Peau encore plus
facilement qu'elle n'y entroit, on augmentât l'ouver-
ture de cette foupape , tout le refte demeurant le
môme ; qu'en arrivera-t-il ? En augmentant l'ouver-
ture , il aura fallu néceffairement augmenter le dia-
mètre de \di foupape , & par conféquent fon poids :
Peau qui n'aura que la même vîteffe , & qui n'ouvre
ou qui n'élevé les foupapes que par cette force , élè-
vera donc moins la nouvelle foupape ou la foupape
plus pefante , &C le paffage de Peau fera rétréci &t
rendu plus difficile , tout au contraire de l'intention
qu'on avoit eue. Hif. & mém, acad. iy2)9'
La nature a fait un fréquent ufage des foupapes
dans la conlh-udlion des vaiffeaux du corps humain;
elles fervent à faciliter la circulation du fang & des
autres liqueurs. ( O)
Soupapes , c'eff dans le fommier de l'orgue les
pièces qui ferment le paffage au vent qui , lorlqu'el-
lesfont ouvertes, pafî'e de la laie dans la gravure,
dont \a foupape eftabaiffée. Les/cw/'^.ci'i font tenues
fermées par les refforts/g' e yfig. C & (). /'oyc^RE^-
sop,-T. Elles ne font ouvertes que lorfqu'on les tire
en en-bas par le moyen des bourfettes , targettes de
fommier & du clavier , & des touches que Porga-
nifle abaiffe avec fes doiuts. F'qy^^ Sommier.
SOUPÇON , f. m. {Morale.) défiance fur la pro-
bité , fur la fuicérité d'une perfonne , ou fur la vérité
de quelque chofe ; c'eff une croyance defavanta-
geufe accompagnée de doute.
Les foupçons , dit ingénieufément le chancelier Ba^
con , font entre nos penfées , ce que font les chauve-
fouris parmi les oifeaux, qui ne volent que dans l'ob-
fcurité. On ne doit pas écouter les foupçorjs , ou du-
moins y ajouter foi trop facilement. Ils obicurciffent
Pefprit , éloignent les amis , & empêchent qu'on n'a-
giffe avec affCirance dans les affaires. Ils répandent
fans ceffe des nuages dans l'imagination. Tyrans de
Pamour & de la confiance , ils rendent les rois cruels,
les maris odieux , les femmes furieufes , les maîtres
injuftes, les gens de bien infociables , & diîpofent
les fages à la mélancolie & à Pirréfolution.
Ce défaut vient plutôt de Pefprit que du cœur, &
fouvent il trouve place dans des âmes courageufes.
Henri VII. roi d'Angleterre , en eft un bel exemple.
Jamais perfonne n'a été plus brave, ni plus foupçon-
neux que ce prince; cependant dans un efprit de cette
trempe , l^sfoupçons ne font point tant de mal ; ils
n'y font reçus qu'après qu'on a examiné leur pro-
babilité ; mais fur les efprits timides , ils prennent
trop d'empire.
Rien ne rend un homme plus foupçonneux que de
favoir peu. On doit donc cherchera s'inftruire contre
cette maladie, hes foupçons font nourris de fumée,
& croiffent dans les ténèbres ; mais les hommes ne
font point des anges : chacun va à fes fins particu-
lières, & chacun efl attentifs Inquiet fur ce qui le
regarde.
Le meilleur moyen de modérer fa dchance efl Je
préparer des remèdes contre les dangers dont nous
nous croyons menacés , comme s'ils dévoient indu-
bitablement arriver , oL en même tems de ne pas
trop s'abandonner h (es foupçons , parce qu'ils peu-
vent être faux & trompeurs. De cctt-j façon , il n'cfl
pas poffible qu'ils nous fervent à quelque chofe.
Ceux que nous formons nous-mêmes , ne font pas
4i8
SOU
à beaucoup prcs fi fâcheux que ceux qui nous font
infpircs par l'artihcc 6c le mauvais caradcre d'au-
tru.i ; CCS derniers nous piquent bien davantage. La
meilleure manière de nous tirer du labyrinthe des
fotipçons , c'eft de les avouer franchement à la par-
tie lufpeite : par-là on découvre plus alfément la
vérité , 6l on rend celui qui ell foupçonné plus cu"-
confped à l'avenir ; mais il ne faut pas ufer de ce re-
mède avec des amcs. baffes. Quand des gens d'un
mauvais caradcre le voient une fois foupçonnés , ils
ne font jamais tideles. Les Italiens o:\kniJojpetto li-
ccnfîafedc^ comme fi Xafoupçon congédioit & chaf-
foit la bonne foi ; mais il devroit plutôt la rappeller
6l roblit;cr à fe montrer ouvertement. Enfin il faut
que l'homme fe conduife de fon mieux, pour ne
pas donner lieu à des foupçons ; & pour le dire en
poëte ,
Jlfautpojir mériter unefollde ejîime ,
S'exempter du foupçon au£i-bien que du crime.
{D.J.)
SOUPE , f. f. ( Cuifine. ) efl une efpcce de potage
compofé de pain & de bouillon, ou jus de viande,
& autres matières, que l'on fert ordinairement au
commencement d'un repas.
Ce mot eft françois , & formé de l'italien ^uppa ou
fuppa , qui vient du hûn [apa , qui figniiie du vin ré-
duit au tiers : d'autres le dérivent du mot celtique
fauben^ qui a la même fignlfication.
En France , hxjhupe efl regardée comme une par-
tie efî'entielle d'un dîner. On en rehaufl'e quelquefois
le goîit avec des oignons ou des choux , des navets ,
des porreaux, des coulis , &c.
Soupe de lait, (Mancge.^ ce terme de manège
& de commerce de chevaux , fe dit du poil qui tire
fur le blanc. Trévoux. CD. J.^
SOUPEAU, f. m. (^AgricuL) morceau de bois qui
fcrt à tenir le foc de la charrue avec l'oreille , & qui
eil pofé en-deflbus. (Z>. /. )
SOUPENTE de machine^ (Méchaniq.) pièce de
bois qui , retenue à-plomb par le haut , eft fufpendue
pour foutenir le treuil & la roue d'une machine. Tel-
les font {Qsfouperztes d'une grue retenue par la grande
moife , pour en porter le treuil & la roue à tambour.
Dans les moulins à eau , cts Joupentes fe haufî'ent &
fe baifïent avec des coins & des crans , félon la crue
&: décrue des eaux , pour en faire tourner les roues
par le moyen de leurs alluchons. Davikr. (^D. J.^
Soupente , f. f. terme de Bourreliers , ils appellent
foupentcs de greffes courroies de plufieurs cuirs con-
fus enfcmble , qui tiennent fufpendus le corps d'un
carroffc , & qui s'alongent ou s'accourcifTent fuivant
qu'il en cflbefoin, parle moyen de fortes boucles de
cuivre relevées en boffes , que fondent les Fondeurs
en fable, & que dorent les Doreurs fur métal. (Z?. 7.)
Soupente , f . f . ( Memùferie. ) efpece d'cntrefol ,
qui fe fait de planches jointes à rainure & languettes
portées fur des chevrons ou foliveaux. On pratique
\Qsfoupentes dans les lieux élevés pour avoir plus de
logement. Davilcr. (Z>. /.)
Soupentes , ( Serrurerie , Maçonnerie. ) les Serru-
rier & les Maçons appellent de la forte les barres de
fer ou les morceaux de bois qui fervent à foutenir le
faux-manteau d'une cheminée. ( Z?. 7. )
SOUPER , en terme de Cuifine , fignifîe l'adion de
prendre le repas du loir.
Souper fe prend encore fubflantlvement pour mar-
quer le repas du foir môme , 6c louvent ce qui le
compofe.
Souper des Romains, {Ântiq. rom.') ]e foupcr
des Romains étoit non feulement leur princloal re-
pas , mi:is c'étoit fouvent un repas préparé , une af-
iembléc de toute une famille, un rendez-vous de plu-
fievirs amis. Tout y étoit coHcerté de manière à ren-
SOU
dre les chofcs plus commodes & plus agréables à
ceux qui en dévoient être ; Thevu-e, le lieu, le fervi-
ce, la durée , les accompagnemens & les fuites.
Le tems de ce repas étoit ordinairement entre la
neuvième & la dixième heure du jour , luivant leur
manière de compter, & félon la nôtre, entre trois &
quatre heures après midi ; en forte qu'il reftoit du
tems fufîifamment pour la digeflion , pour les amu-
fcmens,pour les foins domelhqucs, & même quel-
quefois pour le régal extraordinaire : les écrivains
font d'accord fur cet article.
împerat extruclos frangerenona thoros:
c'efl-à-dlre , la neuvième heure avertit defe mettre
à table. Juvenal outrant la déclamation, remarque
comme une infulte faite aux bonnes mœurs, aux lois
& à la juflice , la conduite d'un certain Marins , qui
dans l'exil qu'il avoit mérité par les concufFions,
prévenoit cette heure.
Exul ab oHavd Marins kihit , & fruitur dis
Iratis ^ at tu , viclrix provincia, ploras.
Le lieu àwfouper àtoit anciennement z/2^mo,c'efl-
à-dire dans une efpece de veflibule expofé aux yeux
de tout le monde. Ils ne rougiffoient point de man-
ger ainfi , dit Valere Maxime, //V. //. c.j. parce que
leur fobriété & leur modération n'apprehendoient
point la cenfure de leurs concitoyens : me fane ullas
epulas habehant , quas popuU oculis fubjicere eruhffce-
rent. Après cela ils y furent obligés par les lois iEmi-'
lia , Antia , Julia, Didia , Orchia , de peur qu'une plus
grande retraite ne donnât lieu à la licence : Impera-
tum ejl ut patentibus januis pranjïtaretur , & ccenaren-
tur i dit Macrobe , ne fingularitas licemiam gigneret,
ajoute Ifidore.
Quelquefois , & fur-touf dans la belle faifon , le
foupcr fe donnoit fous un platane , ou fous quelqu'au-
tre arbre touffu; mais en quelque lieu que ce fût, on
avoit foin de faire étendre en l'air une grande pièce
de draperie, qui pût mettre la table & les convives
à couvert de la poufSere & des autres malpropretés.
Outre les anciens marbres qui en font foi en-
core aujourd'hui , Horace dans la defcription du
repas que Nafidienus donna à Mecenas, n'oublie pas
ce tapis dont la chute malheureufe caufa une fi gran-
de défblation.
Interea fufpenfa graves aulaa ruinas
In patinam fecire , trahentia pulveris atri
(Quantum non aquilo campanis excitât agris.
Mais quand les Romains eurent été inftrults dans
l'architeéfure , ils voulurent mettre en oeuvre les le-
çons qu'ils en avoient reçues. Les difciples, afin d'y
mieux réufîir , dépouillèrent leurs maîtres , & bâti-
rent à leurs dépens des fallons exprès , pour rece-
voir plus commodément & plus fplendldeinent ceux
qu'ils vouloient traiter. Alors cette modeftie des pre-
miers Romains , ces réglemens mêmes tant de fois
renouvelles & multipliés pour la maintenir, furent
bientôt mis en oubli. Les cenfeurs , quoique fécondes
par les plus fages du fénat & du peuple , ne purent
arrêter le torrent ; on écoutoit fans s'émouvoir , les
harangues des uns ,& les menaces des autres.
La république étoit encore dans fa plus grande
fplendeur , lorfqu'il plut à LucuUus d'avoir plufieurs
de ces fuperbes fallons, à chacun defquels ildoonale
nom de quelque divinité , & ces noms étoient pour
fes maîtres d'hôtel , un fignal de la dépenfe qu'il vou-
loit faire à fes repas.
L'empereur Claude avoit entr 'autres un fallon ,
auquel il avoit donné le nom de Mercure. Mais tout
ce qu'on en avoit vu jufqu 'alors , fut effacé par l'éclat
de ce fallon aufîi merveilleux que magnifique de Né-
ron, ^■ç^^çX\■ôdomus aurea. Celui-ci, par le mouve-
ment circulaire de fes lambris 6c de les plat-fonds ,
imitoic
sou
sou
îmîtoit les converfions du ciel , 8z reprefentoit les
diverfes iaifons de l'année , qui changeoient à cha-
que Service & taifoient pleuvoir des fleurs & des
eflences furies convives. Comme le luxe va toujours
en augmentant, quoique la fortune diminue, Elioga-
bale enchérit encore fur Néron , autant que Néron
avoit enchéri fur Lucullus.
Les buffets étoient chargés de quantité de vafcs,
encore plus précieux par la délicateffc du travail,
que par l'or, l'argent cxi la matière rare dont ils
ctoient compofés. C'étoient la plupart des fruits de
leurs vi£lcires,& des dépouilles des provinces qu'ils
avoient conquifes , dont la plus grande partie fervoit
plutôt à former unfpedacle magnifique , qu'à aucun
iifage nécefiaire.
La table étoit chez les premiers Romains de figure
quarrée, du bois que leur fourniflbient leurs forêts,
& que leur taiiloient leurs propres ouvriers. Quand
ils eurent paflé chez les Africains & chez les Afiati-
ques , ils imitèrent d'abord ces peuples , puis ils les
furpaflerent encc genre-là comme en tout autre. lis
varièrent la figure de leurs tables ; & parce qu'ils ne
les couvroient point encore de nappes , il fallut les
faire au-moins d'une matière qui n'ofirît à leurs yeux
rien que.de luifant &c de beau. Ils y employèrent l'i-
voire , récaille de tortue, la racine du buis , de l'éra-
ble, du citronnier & tout ce que l'Afrique fécon-
de en fmgulariîés , leur fournifibit de plus curieux.
Non contens de cette recherche , ils les ornèrent de
plaques de cuivre , d'argent & d'or, & ils y enchâf-
ferent des pierres précieufes en forme de couronne.
La table des pauvres étoit à trois pies; celle des ri-
ches étoit foutenue par un feul. A chaque fervice on
nettoyoit les tables avec une éponge mouillée , & à
thaoue fois les conviés fe lavoient les mains. On
avoit encore l'ufage de fubflituer au premier fervice
une nouvelle table toute fervie,&ainfi pour tous les
autres jufqu'à la fin àwfouper.
La manière dont les Romains étoient à table n'a
pas toujours été la même ; mais elle a paru digne de
la curioflté des gens de lettres. Dans les premiers
tems , ils m.angeoient fur des bancs à l'exemple des
Lacédémoniens ; enfuite ils adoptèrent l'ufage des
petits lits de Carthage qui n'étoient pas fort tendres;
enfin ils vinrent à manger fur les lits les plus mollets,
les plus voluptueux & les plus magnifiques. Foyei
Lit de table , Antlq. rom.
Les convives fe rendoient ?i.\\foupcr à îa fortie du
brin, avec un habillement qui ne fervoit qu'à cela ,
& qu'ils appelloient/jy/z^Z/s/Fi; efpece de draperie qui
ne tenoit prefque à rien , comme il paroît dans les
marbres , & qui étoit pourtant différente du pallium
des Grecs.
On ne voit point qu'on ôtât les fouliers aux da-
mes, ni qu'on leur lavât ou parfumât les pies quand
elles venoient prendre part à la fête; mass rien n'é-
toit plus commun pour les hommes : on avoit raifon
de ne pas expofcr à la boue & à la poudre , les étof-
fes précieufes dont les lits de table étoient cou-
verts. On préfentoit de l'eau pour les mains , &;
même pour les pies , à ceux qui ne fortoient pas du
bain.
Quant aux ombres & aux parafitcs qui venoient
aux repas, ceux-ci appelles ou tolérés par le maître
de la m.aifon , & ceux-là amenés par les convives ,
voye{-en l'article au mot Ombre 6- Parasite.
Une chofe qui paroîtra même ici fort bilàrre, c'efl
que long-tems après le fiecle d'Augulîe,ce n'étoit
point encore la mode que l'on fournît des ferviettes
aux conviés ; ils en apportoient de chez eux.
Tout le monde ainli rangé , on ôtoit de deffus le
buffet où étoient les vafes plus ou moins précieux ,
on ôtoit, dis-je, des coupes qu'on plaçoit devant
chaque convive. On faifoit préfenter à chacun des
4Ô9
couronnes de fleurs ou de berrc, auxquelles on fe
plaifoit d'attribuer la propriété d'empêcher parlent
fraîcheur , l'effet des fumées du vin. Après s'être fait
frotter les cheveux d'effcnces odorantes, ils met-
toient ces couronnes fur leur tête, & les "ardoient
pendant tout le repas. On leur donnoit en même tems
une lifle de tous les férvices& de tous les mets qui
dévoient compofer le feflin.
On fervoit enfuite les viandes, norv pas toujours
chaque plalfc-parément; mais fouvent plufieurs plats
enfemble fur une table portative.
■ Leurs foupzrs é'io'xçni pour l'ordinaire à trois fervi-
ces ; mais quelquefois par \m furcroît de bonne chère
& de magnificence, on les «ugmentolt jufqu'à fept»
On comniençoit d'abord par des ccufs , c'étoit un des
mets du premier fervice; on y fervoit aufTi des fala-
des de laitues & d'olives, des huîtres du lacLucrin fi
renommé chez eux pour la bonté de ce coquillage ,
& d'autres chofes pareilles qui pouvoient exciter
I appétit.
_ Le fécond fervice étoit compofé du rôti & des
viandes les plus folides , parmi lefquelles on entre-
mêloit quelques plats de poifTon, dont ils étoient fl
grands amateurs, que fans ce mets on n'auroit pas cru
faire bonne chère.
Le troifieme fervice confifîoit en pâtifferie, &en
fruits de toute efpece ; rien n'étoit plusmagnifique.
_ On attendoit ce dernier fervice pour faire les der-^
nieres libations. Ces libations confifîoJent à répandre
îivantquc de boire, \m peu de vin de la coupe en
l'honneur'de quelque divinité, ou même de Tcr-oe-
reur , pour fe montrer bon courtifan quand la répu-
blique fut affu.jettie ; ou en celui du génie de la per-
fonne à qui on vouloit déférer cette diliinftion : c'é-
toit le tems du repas où la gaieté des conviés paroifTcit
davantaj-e.
On commcnçoit à faire courir les famés ; le maître
de la maifbn faifoit apporter une coupe plus grande
& plus riche que les autres , qu'on appelloit cupa ma-
gijira , la principale coupe , pour boire à la ronde les
lantés des perfonnes qu'on chérifToit. Quand c'étoit
celle d'une maîtrefle , fouvent par galanterie on
obligeoiî de boire autant de coups que ïbn nom avoit
de lettres. On élifoit fouvent un roi du feftin. Foyer
Roi du festin.
ïl y avoit des domefliques dont la fonflion étoit
de préfidcr à l'arrangement des plats, & qui tenoient
lieu de nos maîtres d'hôtel; d'autres pour avoir foin
de la dilîribution des vins, & d'autres pour couper
les viandes. Ils falfoient la fbn£iion de nos écuycrs
tranchans : il y en avoit même qui pendant l'été ne
faifoient que chafTer les mouches avec de grands
éventails de plumes garnis d'un manche , comme
quelques bas-reliefs antiques nous les repréfentent.
On fe la voit quelquefois les mains aufïï fouvent que
les ferviccs varioient ; fi on fervoit un poifTon ou v.x\
oileau de quelque prix 6c de quelque rareté fin-^u-
liere , on l'apportoit aux fons des riùtes & des haut-
bois ; l'ailegrefie redoubloit , ainfi que le vin de Fa-
lerne qu'on faifoit rafraîchir dans dos vafes d'or , &
le maître du feftin fe croyoit amplement rccompen-
fé par les acclamations de toute l'afîemblée.
La bonne chcre n'étoit pas le feul plaifir des Jou-
pers , la mufique en failoit fouvent partie ; on y admet'
toit des chantcufes & des joueurs d'in!f rumens ; oïl
bien les conviés eux-mêmes y fuppiéoient; on y ap-
pelloit aufli des danfeufcs j des mimes , des prmromi-
mcs, qui faifoient des fcencs muettes, 6c d'.aitrei
fortes de gens dont le métier étoit de débiter des con-
tes plaifans, pour amufcr ia compagnie; on v lifbit
fouvent des ouvrages d'eiprit : cn'in on tâchoit de
raffem.bler tout ce qui pouvoit divertir & flater les
fens.
Au commencement de la rcpubliqvie les Romain.^
Fff
4IO
SOU
sou
chantoient dans leurs «;'d5 , les louanges des grands
hommes au l'on de la flûte ; mais dans la liiite, il ne
fe donnoit point de tète à laquelle les boutions , les
joucuics d'iiillruniens & les pantomimes, ne fuflcnt
appelles. On mêloit quelquefois aux plailirs de la ta-
ble le jeu , ou quclqu'autie diveitilVemcnt plus bar-
bare ; i'eiucns les gladiateurs ianuiites. Foyc^ Sam-
MTts. .
Je viçns de dire que les pantomimes paroifloient
toujours à la fin des grands repas , & je ne dois pas
oublier pour preuve, ce qui arriva d^ns nnjoupcr
que donnoit l'empereur Auguile. On avoit beaii-
coup loue le pantomime Pylade , qui avoit reprc-
It ntc les fureurs d'Hercule fur le théâtre public. Au-
guile voulut donner ce régal à fa compagnie: il fait
venir Pylade , & lui dit de jouer la même pièce dont
il avolt reçu tant d'applaudidemcns. Pylade qui ,
dans l'excès de fa furevu- avoit tiré des flèches iur le
peuple , commençoit déjà à en faire autant fur les
conviés, &: fi on ne l'eût arrêté , il aurolt lans doute
enlanslantè la fcene ; il eft même à croire que ceux
fur qvii ces n«hes feroient tombées ,n'étoient pas les
perfonncs qu'il refpeftoit davantage.
Suétone nous a confervé trois lettres du même
empereur, où il cft parlé de plaifirs plus tranquilles.
Les deux premières font à Tibère, à qui il rend com-
pte de ce qui s'eft paflo dans de\.\xJoup.:rs. « J'ai/oa-
»» pé , dit - il , avec les mêmes perfonnes que vous fa-
» vez , excepté que nous avions de plus Vinicius &
» Sibius le père ; & en foupant , tant hier qu'aujour-
» d'hui , nous avons joué allez fagement & en bons
» Vfjillards; -fp.7/'«ç. Talis enim jacfatis ut quifquc
» cancm aut finiomm mifcrac , infingulos talosjingu-
» los dcnarios in médium conferebat , quos tolkbat uni-
» \trfos qui veneremjeccrat ». Dans la féconde lettre;
» nous nous fommes, dit-il , afTez bien réjouis pen-
» dant les fêtes de Minerve. Non - feulement nous
» avons joué pendant le fouper , mais encore nous
» avons mis tout le monde en humeur de jouer : Fo-
»> Tum aUatorium caUfecimiis^fraur mus magnis clamo-
» rihus rem ge (fit.
Dans la\roifieme lettre, il mande à fa fïUe qu'il
lui envoie 150 deniers , parce qu'il avoit donné pa-
reille fomme à chacun de fes convives pour jouer à
pair & à non , aux dez ou à tel autre jeu qu'ils vou-
droient, pendant leyoW/TJcr.
Plante , Catulle & Properce , parlent des divers
jeux de table à -peu -près dans les mêmes termes.
Mais ce que Pline écrit à Cornélien, /. VI . Ep. xxxij.
marque encore plus pofitivement la coutume de fon
tcms. Après avoir rendu compte à fon ami des affai-
res que Trajan avoit terminées à Cincelles, centum-
cellis; il ajoute , vous voyez que nos journées ont
été afTez bien remplies : mais nos occupations ne fî-
nlflbient pas moins bien. Nous avions l'honneur de
fouper to«s les jours avec l'empereur ; le repas étoit
fort frugal , eu égard à la dignité de celui qui le don-
noit. La fpirée le pafToit quelquefois à entendre des
comédies ou des farces ; quelquefois aufïï une con-
verfation enjouée nous tenoit lieu d'un plaifir qui
auroit coûté phis cher, mais qui ne nous auroit peut-
être pas touché davantage. Vides quam honefli, quam
feven dits fuerint ^ quos jucundiffimœ remijfiones feque-
bantur. Adhibebantur quotidà cance^ erat modicaji prin-
cipcm cogites. Intcrdum acroamata audiebamus , inter-
dum jucundiffimis fermonibus nox ducebatur.
Le dernier ade àesfoupers voluptueux , étoit une
nouvelle collation qui luccédoit aux jeux & aux au-
tres amufemens. Cette collation s'appelloit chez les
Romains commijfation ou commejfatio , du mot grec
>;«o,u'.ç , dit Varron , parce que les anciens Romains
qui habltoient plus volontiers la campagne que la
ville , fe régaloient à tour de rôle , & foupoient alnfi
tantôt dans un village, & tantôt dans un autre. Quel-
quefois même, quand on avolt yo«/?e trop tnodeflte-
ment dans un endroit , après quelques tours de pro-
menade , on le letrouvoit dans un autre pour cette
forte de réveillon.
Démctrius , fils du dernier Philippe , roi de Macé-
doine , avoit vaincu Perfée fon frerc dans une efpc-
ce de joute ou de tournois : Perfée ne l'avoit pas
pardonné à Démétrius. Mais celui - ci après avoir
bien J'oufé avec ceux de fa quadrille , leur dit, que
n'allons-nous faire le réveillon chez mon frère? qui»
commejjaium adfratrum imus ? ce fera peut-être un
moyen de nous réconcilier.
Suétone nous apprend, que Titus poufToit le régal
du fouper aiïci fouvent julqu'à minuit, au lieu que
Domitien fon frère demeuroit rarement ù table, après
le coucher du foleil.
Mais à quelque heure qu'on fe féparât, on fîniffoit
toujovirs \q fouper -p^r des libations aux dieux. On le
commençoit par un coup de vin grec ; Céfar qui étoit
magnifique faifoit fervir jufque dans les fefîins qu'il
donnoit au peuple , quatre fortes de vins ; l'avoir, de
Chio, de Lesbos, de Falerne, & le Mammertin. Vir-
gile parle des libations aux dieux faites à la fin du re-
pas que Didon donna à Enée.
Pof quam prima quies epulis , menfœqiie remotœ^
Craieras magnos flatuunt , & vina coronant ....
Hinc regina gravem gemmis auroque popofcit ,
Implevit que mero pateram
Tune facta filentia teclis.
Jupiter ( hofpitibus nam te dure jura loquuntur )
Dixit , & in menfâ Laticum libavit honorem :
Primaqui libato fummo tenus attigit on :
Tum bitiee dédit increpitans
Pofl alii prouves , &c.
iEneid. \. v. 717.
» Vers la fin du repas , on apporta de grandes cou-
» pes ; la reine en demanda une d'or , enrichie de
» pierreries , & répandit du vin fur la table. On fit
>» filence , & après qu'elle eut adreffé fa prière à Ju-
» piter , & qu'elle eût fini la libation facrée , elle
» trempa légèrement fes lèvres dans la coupe , la
» donna à Bitias qui avala fur le champ la liqueur
» moulTeufe , & tous les autres feigneurs l'imitèrent.
Après les efFufions facrées , on bûvoit à la profpé-
rité de fon hôte , & à celle de l'empereur. Ce dernier
coup s'appelloit poculum boni genii , & fe faifoit avec
le cri Ç\siiaLÇ ; après cela on relavoit les mains avec
une efpece de pâte faite exprès.
Enfin les conviés en prenant congé de leur hôte ,
recevoient de lui de petits préfens qui d'un mot grec
étoient appelles apephoreta du verbe (t7rc(^ipiiVf empor-
ter ; ainfi finiflbit la journée romaine.
Il ne me refle plus qu'à expliquer quelques termes
qu'on trouve fouvent dans les auteurs latins , Se
qui peuvent embarraffer ceux qui commencent à les
lire ; par exemple.
Cœna recla , défigne un fouper fplendide que les
grands de Rome donnoient à leurs amis, & aux cliens
qui leur avoient fait cortège dans leurs vifites & dans
la pourfuite des charges. Ceux qui vouloient éviter
cet embarras, leur diflribuoient des provifions de bou-
che , & cette diftribution s'appelloit fportula. Do-
mitien la retrancha , 6c rétablit le repas appelle ccenti
recla , comme Suétone nous Và^prçnd: fportulas, dit-
il , publicas fujlulit, nvocatd cœnarum re'àarum confue-
tudine.
Cœna dapfiUs , un feflin abondant en viandes , foit
que ce mot vienne de dapes , qui fignifie des viandes
exquifes , OU du grec S'a.^i'hitaL , abondance de toutes
choies.
Cœna acroamatica , du mot grec ay.puiiifj.ei.rct. , qui li-
gnifie des converfations plaifuntes 6* agréables. C'efl
sou
wnfouper où l'on dit quantité de bons mots pour Te
divertir.
II y avoit de plus cœna advinùiia , intervallata^ no-
vtindi.Uls , 6" duodcnarla , appcllce en grec (T^Jc^a&êi;?,
parce que les convies étoient au nombre de douze ,
habillés en dieux & en déeiies.
Entin , il y avoit wnfouper pontifical , que le fou-
verain prêtre donnoit le jour de Ion inauguration.
j^hacus ctoit le bufFet fur lequel on mettoit les ver-
res , le defiert , &c.
Unuirlum , étoitune table quarrée fur laquelle on
poibit les vales , les flacons , les !)aiïïns , &c.
Carùbiihim , lignifie la tabk lur laquelle on décou-
poit les viandes qvi'on fervoit enfuite aux conviés.
Antico:nj. ou siltjtatto , défignoit le premier fervice
ou les entrées. Le iecond s'appelloit caput cœnœ , &
le troilîemc ou le deffcrt , fe nomm.oit bdlaria. Au-
gufte n'avoit ordinairement que ces trois fervices ,
i.cznam ternis fer cul is prahebat^ dit Suétone.
A-l'entour de la grande table des ccnviés,il y avoit
une elpecc de marche-pié un peu élevé , fur lequel
étoient aïïls les entans d'un certain âge o^.\i foupoient
avec la comoagnie. Suétone nous dit dans la vie de
l'empereur Claude , ch. xxxij. Adhibthat omni cœnie
liber os f nos cuni pueiis , pudLïsqiu nobïlibns ^ qui more
vetcri ad filera LUorum ftdentes , vefcerentur. ( Le che-
valier DE J AU COURT.
Souper ; {Jl^f. des ufag. de France^ on foupe dans
ce fiecle à dix heures à la cour , & dans les grandes
maifons de. Paris ; dans le quinzième fiecle , & même
fous la minorité de Charles IX , c'étoit l'ufage à la
cour de France defoupcr à fix heures du foir , & de
dîner à onze du macJn. Il n'étoit que 8 heures quand
le duc d'Orléans fut alTaffiné le 23 Novembre 1407.
tk cependant à cette heure , il avoit déjà foupé avec
la reine ; c'eil qu'alors les princes, ainfi que les bour-
geois , n'aimoient point à fe déiuurer ^ pour me fer-
vir de l'expreflion du cardinal de Retz. CD. 7.)
SOUPHRIERE LA , ( Géogr. mod. ) montagne de
rAmérique fcptentrionaie , dans l'île de la Guada-
loupe. C'eft une des plus hautes montagnes de l'île ,
qui vomit prelque toujours du fouphre , des cendres
hc des pierres brûlées, quoiqu'il fafl'e un froid conti-
nuel fur fon fommet; mais le milieu & le bas de cette
montagne , font couverts d'une agréable verdure , &
arroiés d'une infinité de ruiffeaux. (£>./.)
SOUPIER , f. m. ( terme de Carrier. ) c'eil une ef-
pece de banc ou de lit de pierre, qui ne fe trouve
que dans les carrières de S. Maur , village à deux
lieues de Paris , & qui y tient lieu de ce qu'on appelle
[ejbuchet dans les autres carrières ; avec cette diffé-
rence que àxxfoupier , il fe tire d'excellens moillons ,
&: que le fouchet n'elt fouvent qu'un amas de gra-
vois & de terre , fur lef quels eft pofé le grand banc.
{D.J.)
SOUPIR, SANGLOT, GEMISSEMENT , CRI
PLAINTIF,(>Sj«o/;jy//;ci.)tous ces mots peignent les
accens de la douleur de l'ame ; en voici la différence
félon l'explication phyfiologique donnée par l'auteur
del'hifloire naturelle de l'homme.
Lorfqu'on vient à penfer tout-à-coup à quelque
chofe qu'on defire ardemment , ou qu'on regrette vi-
vement , on reffent un treffaillement ou ferrement
intérieur ; ce mouvement du diaphragme agit fur les
poumons, les élevé, & y occafionneune infpiration
vive & prompte qui forme \cfoupir ; lorfque l'ame a
réfléchi fur la caulé de fon émotion , & qu'elle ne
voit aucun moyen de remplir fon defir , ou de faire
cefTer les regrets , les foupirs fe répètent , la trifleffe
qui eft la douleur de l'ame, luccede à fes premiers
mouvemens.
Lorfque cette douleur de l'ame eft profonde & fu-
bite , elle fait couler les pleurs ; fi l'air entre dans la
poitrine par fecoufles , il fe fait plufieurs inlpirations j
Tome XV, '
SOU 4xr
réitérées par une efpece de fecoufTe involontaire ;
chaque infpiration fait un bruit plus fort que celui
àxxfoupir , c'eil ce qu'on appelfe/à/zo/ow. Les/a/z^/ow
fe fuccedent plus rapidement que les foupirs , hc le
fon de la voix fe fait entendre un peu dans Xtfamdot.
Les accens en font encore plus marqués dans le
gémijfement. C'eft une efpece de fanglot continué ,
dont le fon lentfe fait entendre dans l'infpiration , &
dans l'expiration; fon expreffion confifte dans la con-
tinuation & la durée d'un ton plaintif, formé par
des fons inarticulés : ces fons du gémijfement font plus
ou moins longs, fuivant le degré de trifleffe, d'afflic-
tion , & d'abattement qui les caufe , mais ils font
toujours répétés pluficurs fois ; le tems de l'infpira-
tion ell: celui de l'intervalle du filence, quieff entre
les gémilîemens , & ordinairement ces intervalles
font égaux pour la durée , & pour la diftance.
Le cri plaintif ç{x un gémiffement exprimé avec
force & à haute voix; quelquefois ce cri fe foutient
dans toute fon étendue fur le même ton, c'eft fur-tout
lorfqu'il eft fort élevé & très-aigu ; quelquefois aulfi
il finit par un ton plus bas ; c'eft ordinairement lorf-
que la force du cri eft modérée. (JD. 7.)
Soupir , f. m. en Mufîque , eft un caraûere qui fe
fait ainfi T, & qui marque un filence, dont le tems
doit être égal à celui d'une noire ou de la moitié
d'une blanche. Foye^ Silences, valeur des No-
tes , &c. {S)
SOUPIRAIL , f m. (^Jrchit.) ouverture en glacis
entre deux jouées rampantes , pour donner de l'air
& un peu de jour , à une cave, à un cellier , à un
aqueduc. Le glacis d'un foupirail doit ramper de
telle forte, que le foleil ne puiffe jamais y entrer.
{D.L)
SovpiRklhd^ûquéduc^ (^j4rchic. kydraul.) on ap-
pelle ainfi ime certaine ouverture en abajour , dans
un certain aqueduc couvert, ou à plomb, dans un
aqueduc fouterrein , laquelle fe fait d'elpace en efpa-
ce , pour donner échappée aux vents qui , étant ren-
fermés , empôcheroient le cours de l'eau. ( Z>. /. )
SOUPIRER, {Lang. franc.) Malherbe, Gom-
baut , Sarrazin , Defjjréaux & autres poètes , ont
employé ce mot dans une fignification aûive , pour,
{ïgni^tr produire au-dehors.
Tantôt vous foupiriez mes peines ^
Tantôt vous chantie:^ mes plaijîrs.
Malh.
Mille efprits abufés en leur fujétion
Vont ibupirer leur flàme éloquente & muette,
Gomb.
Tout dort dans la nature , & Daphnis feulement^
Privé de ce repos ,{oi.ip'ire fon tourment.
Sarrafm.
Ce n'étoit pas Jadis fur ce ton ridicule
Q^u amour dicloit les vers que foupiroit Tihule.
Defpréaux.
Soupirer dans le fens de defirer pajionnément , re-
chercher avec ardeur, fe met avec la prépofition
après &Lpour. Jejbupire après ma délivrance ; comme
la h'ichcfoupirc après le courant des eaux, ainfi mon
ame foupire après vous , ô mon Dieu. Port royal.
C'eft une chimère que de foupirtr pour des richefles
qui ne font poiat le prix de la vertu, & qu'on n'em-
porte point dans la tombe. (Z>. /.)
SOUPLE, adj. (^Grarn.) maniable , flexible, qui
cède facilement fous l'adion des doigts, & qui n'y
excite aucune fenlation de roideur &C de réliftance.
On rend les peaux /ouples en les maniant; les jeunes
branches des arbres font fouples;Ies reiîbrts minces
(ont Jbuples : on dit au figuré, un caradfere/t>/i'/'/<: ,un
efynt Jbuple , une hvimQur JbupU. Celui qui a de la
foupleffe fe plie facilement à tout ce que les circonf-
Fffij
412
sou
sou
tances exîftcnt , &: s'avancera rapidement.
Souple, {Miràhal.) un c\\ç\Àfouplc, cft ccku
qui a les mouvemcns lians &C vits.
SOUPLESSE, 1". f. (Gram.) qualité qui fait appel-
\çrJoup/e. Voyei Souple.
SOUPROSE, (^Gcos-mod.) bourg, que nos au-
teurs quallHent de ville de France , en Galcogne, au
diocèletl'Acqs, ;\ dcmi-lleue de la rivière d'Adour,
&: dans lui endroit marécageux. {D.J.)
SOUQUENILLE, 1". i. terme dt Tnillcar;efyecede
vêtement do toile que les cochers &: les palefreniers
mettent pour fe conferver leurs habits en penfant
leurs chevaux. , , , _
SOUR, {Gcog. riiod.) ville rumce de la Turquie
afiatique , dans la Syrie , fur le bord de la mer ; les
tables arabiques la placent dans le troifieme climat ,
Ibus le 68 degré 30 minutes de longitude, Jk fous le
32 degré 40 minutes de A:«rK^£ feptentrionale.
Cet^te place n'ef^ autre chofe que les ruines de la
fiimeufe Tyr ; le fultan des Mamclucs d'Egypte
l'ayant prife en 1 291 fur les Francs , la démolit
de fond en comble. La mer bat jufques dans fcs rui-
nes. Son port eft rempli d'écueils, de fable, &: de
roches. On ne trouve dans toute la campagne voi-
fine que quelques cabanes de pêcheurs maures.
(D.J.)
SOURBASSIS , f. f. (Soierie.) ce font les foies de
Perfe les plus fines , & de la meilleure qualité , de
toutes celles que l'on tire du Levant. Il y en a de
blanches & de jaunes , mais toutes ordinairement
grèges & enmataffes. L'empilage ei\ en maiîe, &
chaque balle contient cent vingt mafles.^ Le plus grand
commerce s'en fait à Smirne, où elles font apportées
de Perfe par caravannes. On en tire aufli d'Alep, &
de quelques autres échelles du Levant. Il en vient en-
core une allez grande quantité parle retour des vaif-
feaux,queles nations d'Europe envoyent dans le
golfe perfique. Diclion. de coinrn. (Z>. /.)
SOURCE, f. f. {Phyfiqru.) eflune eau qui fort de
la terre en plus ou moins grande quantité , & qui
forme les puits , les fontaines , les rivières. Foye^
Fontaine , Fleuve , &c.
Sources, {Archlt. Hydraul.) ce font plufieurs ri-
goles de plomb , de rocaille ou de marbre , qui font
bordées de moufle ou de gazon , & qui par leurs fai-
nuofités & détours , forment dans un bofquet planté
fans fymmétrie , fur un terreln en pente, une efpece
de labyrinthe d'eau, ayant quelques jetsaux endroits
oii elles fe croifcnt. Il y a de ces fortes àe/burces au
jardin de Trianon. DavlUr. (D. J.)
SOURCICLE , voyei P>.oitelet hupé.
SOURCILIERE, adj. en Anatomu .^ parties rela-
tives aux fourclis. Voye^ Sourcils.
Arcades fourcilluns du coronal ; tubérofitésy^z//--
cilleres du coronal, yojej CoRON AL.
T row fourcilier ^voye^ TrOU.
Le mwiolQ fourciinr v'icnx de la racine du nez qui
fe termine obliquement dans la peau vers le milieu
du fourcil.
Quelques-uns regardent ce mufcle feulement com-
me une portion des frontaux.
SOUR CROUTE , voye[ Sauer-kraut.
SOURD , adj. celui qui ne jouit pas de la faculté
d'entendre les bruits , les fons. f^oyzi l'article Sur-
dité.
Sourd, (Critiqtufacrée^ celui qui efi; privé de
l'ouie ; l'Evangile rapporte les guérlfons miraculeu-
fes que J. C opéra fur des Jburds , Marc vij.jy. mais
fourd eft auffi pris dans l'Ecriture métaphoriquement
pour unyôwr^lpirituel, ffiie , xxix. 1^. & pour ce-
lui qui n'etl pas prélent. Non maledicesjurdo. Ltvit.
XIX. 14. Vous ne calomnierez point celui qui eft ab-
fent. (D.J.)
Sourd, ad], en terme d'Arithmétique ^ fjgnifîe un
nombre quî ne peut être exprliné , ou bien un nom-
bre qui n'a point de mcfure commune avec l'unité.
Foyei Nombre.
C'eft ce qu'on appelle autrement nombre irracioriti
ou incommcnfurable. Voyci ÏRRATIONEL 6* INCOM-
MENSURABLE.
Quand il s'agit d'extraire la racine propofée d'un
nombre ou d'une quantité quelconque, fi cette quan*
tlté n'eft pas une pulfiance parfaite de la racine que
l'on demande , c'eft-à-dlre, fi l'on demande une ra--
cine quarréc , & que la quantité propofée ne foit pas
un vralquarré; ft c'eft une racine cube, & que la
quantité ne foit pas un vrai cube , &c. alors il eil im.^
pofTible d'affigner en nombres entiers ou en fraO.ions,
la racine exadte de ce nombre propofé. /-'oye^RACi*
NE , QUARRÉ, &c.
Quand cela arrive , les mathématiciens ont coutu-
me de marquer la racine demandée de ces nombres
ou quantités , en les faifant précéder du fignc radical
v/:ainfiv/2 fignifîe la racln« quarrée de 2 : &
3
1/16 ou V : (3) 16 fignifie la racine cubique de 16.
Ces racines font appellées proprement des racines
fourdes , à caufe qu'il eft liripofTiljle de les exprimer
en nombres exaftement , car l'on ne fauroit aiîlgner
de nombre entier ou fraftlonnalre , lequel multiplié
par lui-même produife 2 ; ou bien un nombre , le-
quel multiplié cublquement puliTe jamais produire
16.
Il y a auffi un autre moyen fort en ufage aujour-
d'hui d'exprimer les racines , fans fe fervir des fi-
gnes radicaux : on a recours aux expofans. Ainfi,
comme -r-, x\ .v', 6'c. figniflent le quarré , le cube.
& la cinquième puifîance de x ; de même aufîl x^ ,
x~,xj fignlfîent la racine quarrée , cube , &c. dO x.
La raifon en eft afTez évidente ;car puifque V^ 3C
eft un moyen proportlonel géométrique entre i 6c
X , pareillement j eft un moyen proportionel arith-
métique entre o & i ; c'eft pourquoi , comme 2 eft
l'expofant du quarré de x, ^ fera l'expofant de fa ra-
cine quarrée , &c. /^<9y£{ Exposant.
Obfervez aufîl que pour la commodité & pour
abréger , on donne fouvent aux nombres ratlonels
la forme des membres fourds. Ainfi , v/4 , V^ | ,
3
V^27 , &c. fignlfîent 2,1,3, &c.
Mais quoique ces racines /o«ri(.'5,quand elles le font
véritablement,folent inexprimables .^n nombrcs,elles
font néanmoins fufceptlblcs des opérations a'-ithméti-
ques, telles que l'addition, la fouftra6tlon,lamuIvipli-
cation , &c. Un algébrifte ne doit pas ignorer avec
quelle facilité on peut les foumettre à ces opéra-
tions.
Les quantitésyÔ7^/-^M font fimples ou compofées.
Les fimples font exprimées par un feul terme, corn*
J
me Vz.
Les compofées font formées par l'addition ou la
fouftradlon des fimples irrationels : comme V s -J-
Vs/. ^5 — X"^ i^onV^j + i/r ; cette dernière
fignifie la racine cubique de ce nombre , qui eft
le réfulîat de l'addition de 7 à la racine quarrée de 2.
Réduire les quantités rationelles à la forme de
racines fourdes quelconques propofées. Elevez la
quantité rationelle au degré marqué par l'expofant
de la puiffance de l'irrationelle ou fourde, & endiite
mettez au-devant le figne radical de la quantité/'^wr^*
propofée. Ainfi , pour réduire û = 10 à la forme de
v/ 1 5 = /> , quarrez ^ = i o ; & le faifant précéder du
figne radical , ou aura de cette manière V^aa =
V^ioo, qui eft la forme de la quantitéyo«r^j deman-
dée
sou
À
De mcmc s'il falloit donner h 3 la forme de V^i 1;
ilfaudroit élever 3 à fa quatrième piiiffance, &met-
4
tant au-devant le figne radical , on auroit V^S i ou
81 ■* , cv.i a la même forme que V^iz.
Et par ce moyen , une fmipîe ùzâïonfoun^e , dont
le figne radical n'affefte que l'un de fes termes, peut
Dire changée en un autre , do-nt le numérateur 6l le
dénominateur foient aifedés du fuine radical. Ainfi,
fe réduit
à ]/tT &
3 — revient k \/ !t<
Va T~
3Îi le figne radical afFefte le numérateur & le déno-
ininateur.
Réduire les irrationels fimpîes , qui ont des fignes
■adicaux diffcrens, & que l'on appelle irrationels hé-
:ér0£enes , à d'autres qui peuvent avoir un figne ra-
dical commun , ou qui font homogènes^ Multipliez
es expofans l'un par l'autre, & élevez mutuellement
a puilfance de l'un au degré de l'expofant de l'autre:
linfi pour réduire V an & Vbb à un figne radical
:ommun ; multipliez l'expofant 2 du radical V aa
4
>ar l'expofant 4 du radical Vbb , & élevez en me-
né tems la puiffance aa du radical Vaa au qua-
s 2
rieme degré ,& vous aurez V<i'^ = Vauipareil-
4
ement multipliant l'expofant 4 du radical Vbb
tar l'expofant i du radical Vaa , vous élèverez la
4
miffance bb du radical Vb b au fécond degré , ce
8 4 2 4
!ui donnera Vb* = Vbb; zinCi Vaa &C\/bb fe
s s
rouvent transformés en Va.'^ & Vb* qui ont un
ignc radical commun.
Pour réduire les irrationels aux plus petits termes
)Oifibles, divifez la quantité yôwr^e par quelqu'une
les puifTances des nombres naturels i , 2,3, 4 ,
yc. de même degré que l'expofant du radical , pour-
vu que cela puiffefe faire fans aucun refte, en em-
)loyant toujours la plus haute puiffance pofTibîe :
mettez enfuite la, racine de cette puilFance au-devant
lu quotient ou de l'irrationel ainfi divifé , vous au-
ez une nouvelle quantité fourde , de même valeur
]ue la première ; mais en termes plus fmiples. Ainfi
/ \Gaab ^ en divifant par 16 aa ^ & faifant précé-
1er la racine 4^ , fera réduite à celle-ci Aa V b ; Se
/12 s'abaiffera à iV}. de même Vcb^r s'abaif-
tehbVcr.
Cette réduâion eu d'un grand ufage partout où
'on peut la faire : mais fi on ne peut pas trouver ,
pour un divifeur , des quarrés , des cubes , des quar-
rés quarrés , cherchez tous les divifeurs de la puif-
fance de l'irrationelle propofée , & voyez enfuite fi
quelqu'un d'eux efl un quarré , un cube , &c. ou une
puiffance telle que le figne radical l'indique : fi l'on
en peut trouver quelqu'un , que l'on s'en ferve de la
même manière que ci-deffus , pour dégager en par-
tie du figne radical la quantité irrationelle : fi l'on
propofe , par exemple , la quantité Vz 8 8 ; parmi
("es divifeurs on trouvera 4, 9, 16, 36^ 144; par
lefquels divifant 288 , on a les quotiens 72,32, 1 8 ,
8 , & 2 ; c'eft pourquoi au lieu de Vz 8 8 , on peut
mettre 2 Vji, ou 3 V^32, ou 4 y/i 8 , ou 6 VS,
^w enfin ixV z; & l'on peut faire la même chofc en
S O U 4^3
algèbre; mais pour eonnoître le calcul entier des irra^
tionels,vo7^;j l'algèbre de Kevicy &un grand nombre
d'autres ouvrages fur le même fujet. Chamhers. (E)
Sourd , on donne cenom dans dirTérentef'pro-
vinces de France à la falamandre terreltre./^cyq Sa-
lamandre.
Sourd, couteau ^ terme de Connyeur; un couteau
fourd, eil une efpece de plane qui n'eftpas extrême-
ment tranchant , qui leur fert à préparer leurs cuirSb
Sourd , ( Joaillerie. ) les Joailliers difont qu'une
pierre elî fourde^ qu'elle a cue'quechofe de /.w^ ,
quand elle n'a pas tout le briliant & tout l'éclat que
les pierres d'une femblable efjsece doivent avoir
pour qu'elles foient parfaites. Les pailles & les glacçs,
cfui font de grands défauts dans les pierres précieu-
les , & un certain oeil fombre , obfcur & brouillé
que d'autres ont quelquefois , font proprement le
Jourd de la joaillerie. (ZP. J. )
SOURDE , COUCHE , ( Jardinage. ) Foye^ Côu*
GHE.
Sourde lime , f. f. ( terme de Serrurier. ) on anpelle
limejourdz , celle qui ne fait point de bruit. Elle ell
toute enveloppée de plomb , & le manche même , de
forte qu'il n'y a que la partie qui lime qui foit dé-
couvene. Elle fert à couper fans bruit les plus gref-
fes barres de fer , pourvu qu'on les enveloppe auiïi
de plomb , n'y laiffant rien de découvert que pour
le jeu de la lime. Le plomb , qui eft fort doux , em-
pêche le trémouffement des parties du fer qui caufe
le bruit , de m.ême' que la main , quand on la met
fur une cloche qu'on frappe. (Z?. /.)
SOUIIDELINE , i. f. ( Mufiq. infirum. ) inffru-
meni de mufique à vent ; c'efl; une efpece de mufette,
qu'on appelle aniTi fumpogne , &c qui étoit autrefois
d'ufage en Italie. Elle eft différente de nos mufettes,en
ce qu'elle a quatre chalumeaux avec pluiieurs trous
garnis de boèîes , qui fervent à les ouvrir 6c fermer ,
6i. qui s'avancent ou fe reculent par le moyen de pe-
tits refforts. On a attri!)ué l'invention de hfourdeiine
à Jean-Baptifte Riva , à dom Julio &z à Vincenze.
(Z>./.)
SOURDINE , (. f. { Fortification. ) bruit fourd
qu'on fait faire à une trompette pour qu'il s'étende
moins loin. On le fert pour cet effet d'un morceau
de bois qu'on introduit dans l'ouverture de la trom-
pette ; il ell: percé tout du long ; il fert à rétrécir l'ou-
verture de cet inflrument , ce qui en étouffe le fon.
Foyci TROiMPETTE, ( Q )
Sourdine , f. f. (^ Horlogerie . ) c'eft une pièce de
la cadrature d'une montre à répétition , voye^ SX
fig. & Planches de l Horlogerie^ difpofée de façon que
pouffant en dedans la partleJ^^, les tiges des marteaux
frappent contre les extrémités tt de cette pièce , de
forte qu'alors les marteaux ne frappant plus ni fur le
timbre ni fur la boëîe , on n'entend point fonner la
répétition , & l'on n'apprend l'heure que par le taft ,
ce qui a fliit donner à cette pièce le nom ù.z fourdine.
hes fcurdines ont été inventées principalement pour
les répétitions à timbre.
Sourdine fe dit encore d'un petit bouton fitué à la
lunette d'une montre à répétition , & qui répond à
la partie X de layôwri/«£ , de façon qu'en appuyant
fur ce bouton , c'eft la même chofe que fi l'on le fai-
foiî fur la partie X , au moyen de quoi les coups des
marteaux (ont tranimis de même au dehors ; quel-
quefois cette dernière /à^rtZ/Vit; eft fitaéeàla cuvette,
alors elle répond direûement au marteau qui vient
frapper deffus.
Sourdine ^(^Unheric.) forte de violon qui n'a
qu'une tablé , lequel fait très-peu de bruit , d'oîi hii
vient fon nom. Foye^ Violon &c \a figure de cet inf-
trument,qui eft repréCenté par fa partie poftérieure,
( l'antérieure étant femblable ù celle du violon ) pour
4M
SOU
faire voir comment le talon du manche eft articule
Tivec la barre ab qui lert de contre-table 6c d'ame.
yoje^ les fig. & les PL de Luikcric.
Une autre Jig. reprcCente cet inftrument vu par
ia partie antérieure.
On donne encore lo nom de fourdlnc à la petite
plaque d'argent qu'on applique au chevalet d'un inl-
irinncnt à corde pour en éteindre le l'on,
SOURDON , 1". m. ( Conchy/iolog. ) fur les côtes
de Poitou & d'Aunis , on nomme Jourdon un coquil-
lage doiu la coquille e(l à deux battans & fort con-
vexe ; fa longueur n'a qu'environ 14 lignes, & fa
largeur 9 ou 10 lignes ; c'eft une efpece de peigne.
yoj^l Peigne, C'(v;c/r)'<?,
La furface extérieure de cette coquille eft ornée
de cannelures a^fex larges , à côtes arrondies , qui
partent toutes du fomniet ; la plus grande partie de
x:(.s cannelures vont en ligne droite à la baie , & les
autres en fe recourbant un peu, vont fe terminer au-
dclVus de labafe ; la furface intérieure de ccite co-
quille elt prefque toute polie , c'ell-à-dire , qu'elle
ii'ol]: cannelée que dans une bande d'environ une li-
gne de largeur , qui règne tout - autour du bord de
la coquille, qui ell blanche , fur-tout intérieurement,
car extérieurement elle elt quelquefois cYun blanc
iale. Elle eft peu épaifTe , dentelée dans fes bords
comme les dents d'une fcie.
L'animal eft aufîî de couleur blanchâtre, quelque-
fois variée de rouge , de violet , de brun & de jau-
ne ; deux mufcles qui ibrtent de fon corps vers la
charnière l'attachent fortement à fes deux valves. Il
le tient dans le fable , mais peu enfoncé ; auffi les
tuyaux dont il fe fert pour attirer & jetter l'eau font-
ils très-courts , car le plus long & le plus gros , qui
eft le plus éloigné du fommet de la coquille , ne s'é-
tend guère à plus d'une ligne de ion bord. Ces tuyaux
font non-feulement découpés en frange , comme
•ceux des palourdes autour de leurs ouvertures, mais
ils ont encore quelques efpeces de poils au-deilbus
de cette même ouverture.
Quoique les fourdons s'enfoncent peu avant dans
le fable , ils en font pourtant couverts entièrement.
On connoît néann^oms les endroits où ils font lorf-
cue la mer a abandonné ce terrein pendant fon re-
ilux , par les trous qui paroiflent au-deffus d'eux, &
mieux encore par plufieurs petits jets d'eau ; car ils
pouffent l'eau, quelquefois à plus de deux pies de
haut.
Ce coquillage exécute fes mouvemens progreflîfs
par le moyen d'une plaque ou pié fait en forme de
croifîant par le bout. Cette partie molle a fort l'air
d'un pié-bot. M. de Réaumur vous expliquera le mé-
chanifme qui facilite la marche duyoi^r^o/z, dans les
vicmoïns dt racad. des Sciences , année lyio. y âge
^5S. avec Us figures. { D. J.)
SOURDRE, V. neut. fortir, jaiUir, s'écouler. Il
■fe dit des eaux, des ruiffeaux, des fontaines.
Sourdre , (Marine.^ On fe fert de ce terme
pour exprimer la fortie d'un nuage de l'horifon , en
^avançant vers le zénith.
Sourdre au vent, (^Marine.') c'eft tenir le vent,
& avancer au plus près.
SOU RE , ( Géog. mod. ) ou Rio d'i Soure , petite
ville de Portugal dans l'Eftramadure , fur une rivière
<ie même nom , à cinq lieues de Coimbre, & à fix de
Leyra. Cette ville n'a qu'une paroiffe , quatre à cinq
cens habitans , & quelques couvens de religieux.
Long. ()• ^. lat- 40. 3.
SoVREla,(^Gcog.mod.)nom d'une rivière des Pays-
Bas, & d'une rivière d'Alface. La première eft dans
le Luxembourg, & fe joint à la Moiellc entre Trêves
& Grevemiacheren. La féconde prend fa fource aux
monts de Volge , arrofe Saverne , & fe jette dans le
Mottern.
SOU
SouRE , Rio de , ( Geogr. mod.) anciennement Jn-
eus , rivière de Portugal dans l'Eftramadure. Elle fort
du mont Sierra de Ancaon , & fe perd dans le Mon-
d.go. ( D. ./. )
SOU RICIERE , en terme de Laje'der, c'eft une boëte
ou un piège oii les fouris fe prennent fans pouvoir
en fortir. 11 y en a à bafcule , de natte , & à panier.
f^oje^ chacun de ces termes.
Souricière a bascule che^ les Layetiers, eft un
petit coffre quarré fermé de tous côtés , excepté par
un bout, qui eft comme une efpece de trape qui s'é-
lève par le moyen d'une bafcule dont il eft garni , &
qui eft retenue très-foiblement par un crochet qui ré-
pond à l'appât qu'on a eu loin de luipendre dans la
fourii'ure ; cnforte que quand l'animal vient pour y
mordre , la baicule tombe &; l'enferme.
Souricière a natte, c'eft en Layeteriewn petit
coffre fur lequel eft un panier de fil de fer dont l'ou-
verture va toujours en diminuant , & fe termine par
des pointes qui empêchent l'animal de fortir.
Souricière a panier, c'eft clu?^ Us Layetiers une
fimple planche garnie d'un panier comme la. fouriciere
à natte, l^'oye^ SOURICIERE A NATTE.
SOURIQUOIS, LES , ( Géogr. mod. ) peuples de
l'Amérique feptentrionale dans la nouvelle France ,
où ils habitent l'Acadie. Ils vivent de poiffon en été,
& de venailon en hiver. Ils obéiffent à des chefs qu'ils
nomment fagamos , 6c n'ont nulle forme de religion.
{D.J.)
SOURIS ,{". f. (^ ^'fi- ^'^^' Zoologie. ) mus mlnor ;
animal quadrupède qui a environ trois pouces & de-
mi de longueur depuis le bout du mufeau jufqu'à la
queue ; qui eft longue de trois pouces un quart. La
jr>nris ne diffère du rat qu'en ce qu'elle eft plus petite,
qu'elle a la queue plus velue , & le poil plus court
ik plus doux , de couleur mêlée de jaunâtre & de
cendré noirâtre fur le deffus du corps ; le deffous &
lesquatre jambes font de couleur jaunâtre ; avec quel-
ques teintes de cendré : ces couleurs varient ; & il y
a des fouris entièrement blanches. Ces animaux pro-
duif ent dans toutes les faif bns , & plufieurs fois par
an. Les portées ordinaires font de cinq ou de fix ; en
moins de quinze jours les petits fe difperfent & vont
chercher à vivre ; aufîi la durée de leur vie eft fort
courte. Tous les oifeaux de nuit , les chats , les foui-
nes , les belettes , les rats même , leur font la guerre.
L'efpece dçsj()wis eft généralement répandue en Eu-
rope , en Afie, &c en Afrique ; on prétend que celles
qui font affuellement en grand nombre en Amérique,
y ont été apportées de l'Europe. Il paroît qu'elles
fuient les pays inhabités, & qu'elles fuivent l'homme
par l'appétit naturel qu'elles ont pour le pain, le fro-
mage , le lard , l'huile , le beurre , & les autres ali-
mensque l'homme prépare pour lui-même. HiJI. nat,
gen. & part. tom. VIL Foye^ QUADRUPEDE.
SouRîS, ( Mctt. med.) Les Pharmacologiftes ont
célébré comme m.édlcamenteu{es plufieurs parties &
préparations de \a fouris , la chair , la peau , le fang ,
la cendre, & cela fort arbitrairement, à leur ordir
naire.
La feule matière fournie par la fouris^ qui a confer-
vé juiqu'à prélent le titre & l'emploi de médicament y
c'eft fa fiente , connue principalement chez les Phar-
macologiftes fous le nom de mnfurda , & encore fous
le nom ridicule ôi'album nigrum , forgé apparem-
ment en prenant pour un nom générique celui d'd/-
hum , fpécifié par l'épithcte de grœcum dans im des
noms Icientiliques ou myftérieux que porte la fiente
de chien, vojc{ Chien, Mat. med.
La fiente defouns eft mifc au rang des purgatifs
par la plupart des auteurs de matière médicale , &-
par quelques-uns , môme par Juncker, par exemple,
au nombre des émétiques , mais véritablement des
cmétiques hors d'ufage, EttmuUer dit qu'elle lâche
sou
admirablement & doucement le ventre. C'ell dans
quelques pays un remède de bonne fcnamc pour pur-
E;er les enlans : on leur en donne depuis le poids d'un
grain juiqu'à deux en fubftance dans de la bouillie ,
>u celui de cinq ou fix grains broyés avec du lait ,
lu on paffe «nfuite à-travers d'un linge. La dofe pour
es entans un peu plus forts, efl de fept à huit grains.
>ept h huit crotins de Jburis (ont un puiffant purgatif,
nême pour les adultes, & qui eft Spécialement re-
rommandé pour ouvrir le ventre dans la palhon ilia-
^he. Ces ufages n'étant point fondés fur des obfer-
'ations journalières, peuvent être regardées comme
iifpefts ; mais on peut employer la fiente de fouris
vec moins de circonfpeftion dans les fuppofitoires
'<. les lavemens irritans, où elle paffe pour faire très-
»ien. Il eft encore vraiffemblable qu'elle eft réelle-
nent déterfive , réfolutive & defficative dans l'ufage
extérieur. ( ^ )
Souris d'Amérique , petit animal quadrupède.
I a environ trois pouces de longueur depuis le bout
lu mufeau jufqu'à la queue , qui eft longue de trois
louces huit lignes. Le mufeau eft un peu pointu; les
•reilles font grandes & larges ; le poil elt d'un bai-
ouge clair. Regn. anim.p. lyz.
Souris, f, f . (^urme dcCcé^cufe. ) les coëffeufes
>nt nommé fouris , une fauffe coëffe qu'elles mettent
ous les deux autres lorfqu'on coéffe à trois rangs ; il
l'y a que deux de ces coéffes qui foient complettes &
yent des barbes ; la troifieme n'eft qu'une fauffe
oëffe fans fond , ni barbe; c'eft celle que les linge-
es & coëffeufes appellent fouris : elle a feulement
[uelques plis fur le front comme les autres , & {es
leux bouts viennent fe perdre fur les tempes fous la
éconde coëffure, (^D. J.)
Souris , gris de fouris , ( Marcchallerie. ) poil de
:heval. C'eft une nuance de poil gris , laquelle eff
le la couleur du poil d'une /o«r«.
h^ fouris eff auiïl un cartilage qui forme le devant
les nafeaux du cheval , & qui l'aide à s'ébrouer.
^oye{ Ebrouer.
Souris , ou Sourire , f. m. ( Phyfiolog. ) c'eft un
is léger ; il fe fait lorfque dans les mouvemens de
'ame doux & tranquilles , les coins de la bouche
'éloignent un peu fans qu'elle s'ouvre , les joues fe
;onflent , & forment dans quelques perfonnes , par
me efpece de duplicature un léger enfoncement en-
te la bouche & les côtés du vifage , qse l'on appelle
zfojfette, qui produit un agrément dans les jolies
)er{onnes. hefouris eft une marque de fatisfadion in-
érieure , de bienveillance , d'applaudiffement. Il eft
.^rai que c'eft aufîi une façon d'exprimer le mépris,
l'infulte & la moquerie ; mais dans un Jburis malin on
'erre davantage les lèvres l'une contre l'autre par un
mouvement de la lèvre inférieure. Lejouris d'appro-
bation & d'intelligence eft un des plus grands char-
ines de l'objet aimé, fur-tout quand ce charme vient
d'un contentement qui a fa fource dans le cœur. En-
in, il y a des fouris d'affurance , d'admiration , de
doute. Le fouris d'Abraham , quand Dieu lui promit
un fils , n'étoit pas un fouris de doute , mais de fa-
tisfaftion, d'admiration & de reconnoiffance.(Z>. 7.)
SOURSOMMEAU ; ( terme de Bahutur. ) c'eft le
ballot qu'on met dans l'entre-bas fur les deux ballots
qui compofent la fomme. La fomme ordinaire eft
compofée de deux ballots ou de deux paniers , mais
fort (ouvent on ajoute le fourfommeau , qui elt un troi-
fieme petit panierou ballot que l'on met fur les deux
autres dans l'autre bas. ( D. J. )
SOUS , ( Géog. mod. ) nom commim à quelques
villes, i**. C'eft un des noms de la célèbre Sulës , ca-
pitale de la Sufiane. f^oye[ SusES.
2°. Sous furnommée AUifa , eft une ville de Mau-
ritanie , dans la partie la plus occidentale de l'Afri-
que, furies bords de l'Océan atlantique, au pic du
SOU
41 5
mont Atlas , fous le i5. 2,0. de longitude , & fous le
j 2. de Latitude feptentrionale , félon les tables arabi-^
ques de Naffir-Eddin & d'Ulugbeg.
^ 3°. Sous ou Souis des Arabes, eft la même ville
d'Egypte que nous appelions ordinairement Sue^ ,
voy*;^ Suez. (D.J.^
SOUSA , Province de , ou SoUSE , ( Giog. mod. )
province d'Afrique , dans la Barbarie, au royaume
de Tunis. Elle a pris fon nom de fa capitale.
SousA , ( Geog. mod. ) ville d'Afrique, au royau-
me de Tunis , capitale de la province de fon nom ,
fur un rocher , près de la mer. C'eft la réfidence du
gouverneur de la province , à 25 milles de Tunis, à
l'oppofite de l'île de Panta'arée, & phis près delà
Sicile qu'aucune autre ville d'Afrique. Elle a un bon
port , où les corfaires de Tunis fe mettent à l'ancre.
Son terroir rapporte de l'orge, des figues & des oli-
ves , & il eft fertile en pâturages. Ce fut dans le voi-
fmage de cette place , qui n'eft à-préfent qu'une
bourgade, que le prince Philibert de Savoie fut autre-
fois défait , & qu'un grand nombre de chevaliers de
Malte périrent. Long. 2.8. ^j.lat.^6. S4, {D. /.)
SOUS-AGE, f. m. ( Gram. & Jurifv. ) eft l'âge de
minorité qui eft au-deffous de la majorité , qui eft
appelle dans quelques coutumes l'âge par excellence ,
comme étant l'âge parfait requis par la loi, Voye^
Age & Agé, Majeur, Majorité , Mineur, Mi-
norité , Emancipation , Bénéf.ice d'âge. {A)
SOUS-AIDE , f. m. {Gram. & Jurifp.) eft une aide
ou preftation feigneuriale que les fous-tenans ou fu-
jets médiats , &; les arriere-vaffaux doivent au fei-
gneur duquel ils tiennent de nu à nu, c'eft-à dire im-
médiatement , pour payer par lui le droit de loyaux
& chevels-aides au chef-feigneur du fief chevel du-
quel les arriere-fiefs relèvent midiatement. Foye^
V ancienne coutume de Normandie , ch. xxxv. {A)
SOUS-AILES , f. f. pi. ( Archit. ) bas côtés ou
collatéraux d'Une ésUf e.
SOUS- ALLEE, voyei Allée.
SOUS-ARBRISSEAU, o« Arbuste , roye^ Ar-
brisseau.
SOUS-ARGOUSIN, f. m.{Marine.) terme de ga-
lère , c'eft l'aide de l'argoufm.
SOUS- A VOUÉ, f. m. {mjl.eccléf) fécond avoué
d'une églife ou d'un monaftere. Voyeikvovt.
SOUS-BACHA , ou SOUS-BACHI , f, m. ( Hifi,
mod.') le fécond après le bâcha; officier fubordonné à
celui-ci.
SOUS-BAIL , f. m. {Gram.) ceffion de fon bail à
un autre , ou fécond bail paffé d'un premier tenant à
un fécond. Foye^CarticUBxih,
SOUSBANDE, c'eft dans C Artillerie , une bande
de fer qui entre fur un affût à mortier. Foye^ Mor-
tier, {q)
SOUS-BARBE , ( Marine. ) Foyei P0RTE-BOS-
SOIR.
Sous - BARBES , ( Marine. ) ce font les plus cour-
tes étances qui foutiennent le bout de l'étrave quand
elle eft fur le chantier.
Sous-BARBE, {Manège.) on appelle ainfi la partie
du cheval qui porte la gourmette. Foyci Gour-
mette.
SOUBARBE , en terme d'Eperonnier ., eft une partie
de la bride .de figure plate , droite d'un côté &C taillce
en coude de l'autre. Elle règne tout le long du coude,
& fe termine par un petit bouton nommé rouleau.
Voyei Rouleau , & les Planches & jiguns de l'Epe-
ronnier.
SouS-BARQUE,r£r/«e de Rivière, quatrième tour de
planches f'ervant à la conftrudion d'un bateau fon-
cet ou quatrième bord.
SOUS-BASSEMENT, vfljK^- Soubassement.
Sous-bassement, f. m. {Mcnuiferie.) eft la par-
4i<J
SOU
sou
tie de lambris qui fe met devant les appuis des croi-
fces.
SOUSRERME, voyei Soubermf..
SOUS-BOUT , f. m. en terme de Cordonnier , eft ce
qu'on appelle ta/on. Il cftfalt de petits morceaux de
cuir cloués cnicmblc.
SOUBRIGADlEll, T. m. dans la Cavalerie, eftun
bas oiHcier qui commande fous le brigadier, & qui
l'aide dans l'exercice de les fondions. Foye^ Offi-
ciers. Cfumbers.
SOUS-CAMÉRIER,f. m. (^'Z?. mo.L) celui qui
cil fubordonné au camérier , & qui fuccede à ÏQS
fondions, ^oy^f CmviÉRIER.
SOUSCAPULAIRE , {Anat.)\c mufcle foufcapu-
Lilre e(l fitué dans toute la foile JoufcapuLùre , il
vient de la bafe de l'omoplate & delafoiîe/Àw/tTï/;//-
laire , & il s'infère par un tendon demi - circulaire à
la petite tubérofué qui fe remarque vers la tête de
l'humérus.
SOUS - CHAMBELLANS DE L'ÉCHIQUIER ,
( Hijl. mod. ) deux olîiciers de ce tribunal de Lon-
dres , qui fendent les tailles , &: qui en font la Icâu-
re , afin que le clerc de la peau & fes contrôleurs
puiffent voir que les entrées font jultes. Foyei^cni-
QuiRR , Taille , Pells.
C'ell eux aulïï qui font la recherche de tous les
aftcs cnregillrés à la tréforerie , & qui font cha.-gcs
de la garde du grand cadallre ou terrier d'Angleterre.
Foyel Chambellan.
SOUS-CHANTRE , f. m. {Hijl. eccUj) efl un of-
ficier de chœur qui officie à la place du chantre. Foye^
Chantre.
SOUS-CHERIF, voje^ScHERiF.
SOUS-CHEVER , v. ad. ( Carrier.) c'eft couper
la pierre en-deffous avec le marteau appelle Yejje , &
la féparer du banc qui eft inférieur.
SOUS-CHEVRON , f. m. {Archit.) pièce de bois
-d'un dôme , ou d'un comble en dôme , dans laquelle
efl: aflcmblé un bout de bois appelle clé , qui retient
deux chevrons courbes. ÇD.j.)
SOUSCLAVIER , re , adj. en Anatom. fe dit des
parties fituées fous la clavicule. A'oyc^ Clavicule.
Ce mufde fou/clavier s'attache fous la portion hu-
mérale de la clavicule, & fe termine à la première
côte.
Les zriçrQS Joufclavieres font au nombre de deux ,
l'une à droite , l'autre à gauche , elles naiflcnt de l'ar-
cade de l'aorte , échangent de nom loriqu'elles font
parvenues au - delfus du milieu de la première vraie
côte.
IS^viQrc foufclaviere droite, qui eft la plus grolTe &
I;î plus longue des deux , jette au mediallin , au thi-
inu:, , au péricarde , & aux larinx, &€. des petites ar-
tères, fous le nom de médiajlines , thy /niques ^ pericar
dines , & trachéales. Foyei MÉDIASTINE , Tu YMI-
QUE , &C.
La foufclaviere droite produit à un bon travers de
doigt de fon origine , la carotide droite , à peu de dii-
tance de la carotide , elle donne ordinairement qua-
tre rameaux , qui font l'artère mammaire interne ,
t'artere cervicale, l'artère vertébrale, &quelquefois
ântercoftale fupérieure. Foyei Artère Mammai-
HE , CERVICALE, VERTEBRALE, 6-C.
Lz foufclaviere gauche fe diilribue ii-peu-près de la
inême manière que la foufclaviere droite. ,
La vt'inejoufclaviere droite ell: fort courte, elle eft
formée par le concours des veines vertébrales , ju-
pulaire interne , jugulaire externe , ccphalique , «S:
exillaire ^oye^ Vertébrale, fi**:.
La veine fou/i:laviere gauche efl plus longue, outre
les veines vertébrales, jugulaires, &c. elle reçoit le
canal thorachique , les veines pedtoralcs, les inter-
coftales fupérieurcs. Fryci Thorachique , Ptc
TOKAL, &c.
SOUS-CLERC , f. m. ( Gmm. ) qui eft fubordort-
né au clerc, & qui travaille fous lui,
SOUSCLOISON, enAnatornic^ie dit d'une colon-
ne graifîeuie , appliquée au bord inférieur de la cloi-
fon cartilagineufe des narines. ^a>'e{NEZ.
Les mufcles de la foufcloifon font des fibres char-
nues qui partent de \a foufcloifon , & s'uniffent aux fi-
bres de l'orbiculaire des lèvres.
SOUS-COMITE , f. m. terme de Galère , nom de
celui qui fait aller le quartier de proue , qui eft entre
l'arbre de meftre , 6i. l'arbre de trinquet.
SOUSXONTRAIRE , adj. {Géom.) lorfquedeux
triangles femblables font placés de fitçon qu'ils ont
un angle commun. Foy.iFl.de Géomfg.^t\.^ au fom*
met, fans que leurs bafes l'oient parallèles : on dit
qu'ils ont une pofuion fous-contraire ; dans ce cas ,
l'angle B q^ = A ., 6l l'angle D = C. ^^V^ê^; Anti-
parallèle , au mot Parallèle.
Si le cône fcalène B F D eft tellement coupe par
le plan CA ^ que l'angle en C foit égal à l'angle en Z>,
le cône eft dit alors être coupé d'une manière fous-
contraire à la bafe B D. Charniers. {£ )
SOUS-COSTAUX , 0.7 Inter- COSTAUX îjeVe-
RHEYEN , en Anatornie, nom des m.ufcles fitués fous
les côtes. Foyei CÔTES.
Ces mufcles fe remarquent à la face interne des cô-
tes , & viennent de la 6 , 7 , 8 , ou 9^ des côtes , vis-
à-vis de leur angle , &C fe terminent à la côte fupé-
rieure fuivante, & quelquefois à la quatrième.
Ces mufcles avoientdéja été décrits parEuftache,
fuivant que l'obierve Mort^ani.
SOUSCRIPTION , ( Cram. & Jurifpr. ) eft l'ap-
pofition d'une fignature au-deffus d'un écrit; foufcri-
re une promefle ou billet , c*eft le figner. FoyeiSi-
gnature, {a)
Souscription, f. f. (fonds en Anf^leterre ) ce mot
fe dit en Angleterre de l'mtérêt que les particuliers
prennent dans un fonds public , ou dans un élablifl'e-
ment de commerce , en fignant lur un regiftre pour
combien ils veulent y prendre part. Prefque toutes
les grandes affaires le font , dans ce pays-là , par voye
de foufcription , èc c'eft une excellente méthode.
Souscription , f. f. ( Commerce.) c'eft l'engage-
ment qiie celui qui lou'.crit un bill°t,letrre-de-chan-
ge , promefie , ou obligation , prend en y ajoutant
fa fignature , d'être la caution de celui qui les a faits,
de payer pour lui les fommes qui y font contenues,
& d'acquitter toutes les clauies qui y lontfpéciiîées,
enforte que celui ou ceux au profit de Iquels leldits
billets, lettres-de-change , promeftes ck obligations,
ont autant de débiteurs tenus de l'acquit de leur det-
te, 6c de l'exécution des engagemens pris dans ces
aûes , qu'il y a de perfonnes qui y ont mis leur figna-
ture, o\x foufription ; on ne demande des foufcrlp'
lions que pour plus de fûretc; c'eft un vrai caution-
nement, ^avary. (Z>. 7.)
Souscription , dans le commerce des livres., ligni-
fie l'obligation de prendre un certain nombre d'exem-
plaires d'un livre qu'on doit imprimer , & une obli-
gation réciproque de la part du libraire , ou de l'é-
diteur , de délivrer ces exemplaires dans un certain
tems.
Les conditions ordinaires desyc>/(y'i:r/)?//<j/25 font, du
côté du libraire, de fournir les livres à lueilleur comp-
te aux foufcripteurs, qu'aux autres , à un tiers, ou
un qi'ari du prix de moins ; & de la part des foul-
c. ipteurs , de payer moitié du prix d'avance, & le
ri. i^'en recevant les exemplaires : c'eft un avantage
égnl pou'- l'un Se pour l'autre : car parce moyen , le
libraire a les fonds nécelfaires pour exécuter une en-
treprife , qui autrement feroit au-deffus defes forces;
& le foufcripteur reçoit en quelque façon l'intérêt de
fon
sou
Ion argent , par le prix modère qu'il paye dé ces
Jivfcs.
Les foufcriptions tirent leur origine d'Angleterre ^
& ce n'cfi que depuis peu qu'elles ibnt en ulage dans
d'autres pays: les pveimeres foafcrifnons ont été pro ■
pelées dans le milieu du dernier Aecle , pourTim-
prelficn de la bible polygotte de \^alton , qui cft le
premier livre qui ait été imprimé pnrfoujcrifcions.
Elles ont paffé d'Angleterre en Hollande , & com-
mencent à s'introduire en France. La colleftion des
antiquités du père Monttaucon , eil: le premier livre
qui y ait été publié par J'oujcriptions , 6c le nombre
des ioufcripteurs futli grand , qu'on en retlifa beau-
coup. La même méthode a depuis été propofée pour
l'édition de S. Chrilbllome, par les bénédictins, mais
elle n'a pas eu le même iuccés.
Tous les autres livres qui ont été -depuis imprimés
en France , Tp3.r foufcripeion , l'ont la traduction des
vies de Plutarque, par M. Dacier ; la description de
Verfailles , & l'hifcoire de la milice françoife , par le
père Daniel , &c.
En Angleterre , Xzsfoufcripdons font très-fréquen-
tes , & cette habitude les a rendues fujettes à quel-
ques abus qui commencent à lesdccréditer.
SOUS-CUTANÈ, ÉE, adj. en Ancuomki qui ell
fous la peau ; les artères , les veines , les glandes
fcus-cittanies ; les vaiffeaux [y ïï\p\xdiûc^\(i fous-cutanés.
SOUSDIACONAT , f. m. {^Hifi ecd.) or^lre ec-
cléliaftique , inférieur à celui de diaconat, & néan-
moins très-ancien dans FEglife , puifque S. Ignace ,
S. C5^prien , & le pape Corneille , en font mention.
Les foùdiacresn'étoient pas ordonnés comme les mi-
niilres lacrés , par l'inipolition des mains ; &leslcho-
lalliques ont douté que le foûdiaconat fut un facre-
m.ent. Dans l'ordination des foùdiacres , i'évêque
leur fait toucher le calice & la patène; ce rit eil: éta-
bli daiis le concile de Carîhage iv. & dans les anciens
pontificaux ; on leur donne encore la tunique & le
manipule, &:lelivre desépîtres; mais cette cérémo-
.Tiie eu plus nouvelle. Les Grecs leurs impofent les
mains. Leur ancienne foncfion étoiî de recevoir les
oblations des fidèles, pour les porter au diacre, qui
les préfenîoit au prêtre , ou les mettoit lur l'autel ;
•ils avoient droit d'entrer dans le fan£luaire , d.e tou-
cher les vafes facrés , de fervir les diacres à l'auteL
Le célibat a été annexé à l'ordre des loûdiacres , en
Occident, dès le quatrième ûecle ; en Orient, ils
n'y ont pas plus été obligés que ceux qui,étoient dans
les ordres facrés , & même dans les premiers tems;
ils pouvoient ie marier après avoir été ordonnés foù-
diacres ; mais cela leur fut défendu par le concile
in irulLo , & par la loi de Juilinien. Morin , de fa-
■cris ordinal. 6c Thomallin , dijcipL di Ûégl. Foye^
SOUS-DIACHE.
SOUS-DIACRE , f. m. ^ Hifi: ecd. ) fubdiaconus ,
■■& en grec uttcS-io-kovcç , efl un eccléfiailique revêtu du
premier degré d<;s ordres facrés ou majeurs, que l'on
apptliejous-diaconat. f^oyc^ SoUS-DIACONAT.
Le fous-diacrt , félon la diipofition du concile <le
Trente , Sejj. XXIIL nf. c. v , vy , .vij , viij , xj &
xij. doit avoir été éprouvé dans tous les ordres in-
térieurs , & avoir au-moins atteint ia vingt-deuxième
année ; il doit être alfez inilrult pour pouvoir exer-
cer fes fon£tiocs , avoir des atteftations de fon curé ,
& des maîtres lous cjui il étudie , & efpérer , moyen-
nant la grâce de Dieu , de garder la continence ; Ion
ordination doit être précédée de trois publications
faites au prône , afin de connoîîre s'il n'elt point en-
gagé par mariage , ou par vœu incompatible , ou
ctiargé de dettes , ou irrégulier de quclqu'autre ma-
nière.
Le jour de l'ordination étant venu , on appelle
ceux qui doivent être ordonnés fous-diacre. , chacun
par Ion nom & par Ion titre : un id , au ùte d'une
Tome Xn
SOU
417
ie/k Jg/fe , pour ceux qui ont des bénéfices : un td ,
au titre de fon patrimoine: frère tel., prof es d^un tel or-
dre : frcrc td à titre de pauvreté : d'abord I'évêque les
avertit de confidérer attentivement à quelle charge
ils fe foumettent. Jufquici , leur dit-il , il vous efl li-
brc de retourner à Pétatjeculier ; maisfi vous receve? cet
ordre , vous nepourre^ plus reculer , il faudra toujours
fervir Dieu , dont hfcrvice vaut mieux qu 'un royaume ,
garder la chafleté avec fon fecours , 6* demeurer engagés
à jamais au miniftere de lEglife : fonge^-y donc , tandis
quilcft encore tems , & fi vous voulei perféverer dans,
cette j'ainte réfolution , approche^ au nom de Dieu.
Enfuiîe on fait approcher ceux qui doivent être
oràonncs fous-diacres , conjointement avec ceux qu?
doivent être ordonnés diacres & prêtres , &tous en-
femble , étant proiternés à terre, on chante les lita-
nies , & l'on invoque pour eux les fuffrages de tous
les faints. Ils fe relèvent à genoux , & I'évêque inf-
truit les fous-diacres de leurs fondions ; elles font
de fervir le diacre , préparer l'eau pour le miniftere
de l'autel , laver les napes d'autel & les corporaux ;
le fous diacre doit auffi offrir au diacre le calice & la
patène pour le facrifice , & avoir foin de mette fur
l'autel autant de pains qu'il faut pour le peuple , ni
plus ni moins , de peur qu'il ne demeure dans le fanc-
Juaire quelque choie de corrompu. Ce font les fonc-
tions marquées dans le pontifical romain. Il faut être
s.\i-mo\ns fous-diacre , pour toucher les vafes facrés ,
& les linges qui touchent immédiatement la fainte
euchariliie.
L'évêque donne enfuite à celui qui doit être or-
donné Jous-diacre^ à toucher le calice vuide, avec la
patène , puis il lui met les ornemens qui convien-
nent à fon ordre , comme la dalmatique & le mani-
pule ; enfin il lui préfente le livre des épîtres, avecle
pouvoir de les lire dans l'éghfe ; ainfi le miniftere des
fous-diacres eft prefque réduit au fervice des autels >
& à affilier I'évêque ou les prêtres dans les grandes
cérémonies. Autrefois , ils étoient les fecrétaires des
évêques, qui les employ oient dans les voyages & les
négociations eccléliaftiques. Ils étoient chargés des
aumônes & de l'adminiftration du temporel; & hors
de l'églife , ils faifoicnt les mêmes fondions que les
diacres. Fleury , inflit. au droit eccléf tom. I. part l,
ch. viij. p. yS. & fuiv.
SOUS-DIVÏSER , v. aft. ( Gram. ) divifer une
féconde fois. Voyei Diviser.
SOUS-DOMINANTE , U. enmufique , eft laqua-
trieme note du ton. On V z^i^'i^éXe fous-dominante.,-çzx~
ce qu'en effet la dominante eft immédiatement au-
defllis d'elle ; ou bien parce qu'il y a le même inter-
valle en defcendant de la tonique à cette quatrième
note , qu'en montant de la tonique à la dominante.
Veyei Dominante, Mode, Tonique.
L'accord de la yow-^o/7;/«û«/e eft compolé, i**. de
tierce majeure ou mineure , félon que le mode eft
majeur ou mineur ; 2°. de quinte ; 3''. de fixte ma-
jeure : cette fixte qui eft la quinte de la dominante ,
eft cenfée la repréfenter. Voyei^ là-defllis mes élcmens
de niufique. ( C> )
SdUS-DOUIiLE, adj. (^Math.) on dit qu'une
quantité eft fous-doubk , ou en raifon jous-double
d'une autre quantité, quand la première eft contenue
deux fois dans la féconde : ainft 3 c^ fous-double de
6 , comme 6 eft double de 3. Foyc^ Raison 6- Dou-
ble. ( £)
SOUS-DOUBLÉ , adj. ( Math, deux grandeurs
font en railbn Jbus-dcublce de deux autres , quand
elles font dans le rapport ou la raifon des racines
quarrces de ces deux autres.
SOUS-DOYEN , ( Jurifprud. ) eft celui qui eft
immédiatement après le doyen d'une comp;ignie.
Foyei Doyen. {A)
SOUS-^CUYER , f. m. ( Hifl, mod. ) ofïïcicr de
4t8
S O
k malfon du roi d'Anglct<?rrc , dont la fonaiôn efi:
de prcicnter is: de tenir l'ctrier au roi lorlqu'il monte
à cheval. •
SOUS-ÉPlNEUX , adj. ( ^nai. ) nom d'un mui-
cle iitué dans la tblle fous - cpincuje de Tomoplate.
ïl remplit tout l'efpace de cette folfe , & fe termine
i\ la facette moyenne de la grolle tubérolitc de la tête
de rhumcrus.
SOUS-FAITE , ( Charpemer. ) pièce de bois au-
delTous àwfdîu , lice par des entretoiies , des lier-
res & des croix de laint André. L^ fous-fait z fert à
rendre les afiemblages plus lolides. (Z?. /.)
SOUS-FERME ," {Finance de France.) partie du
bail «général des termes. Les principes de régie ne
fauroicnt être être trop unitbrmes pour la iTireté pu-
blique &: pour la facilité du travail des fupcrieurs.
S'il convient ordinairement de permettre les/(^«5-
fermcs des parties qui veulent du détail , il femblc
que la bonne police exige que ces fous-formes s'nd-
jugent à l'enchcre au prolit du roi , & que tout ce
qui regarde une partie , appartienne à une Icule
compagnie compoféc de travailleurs.
La forme de donner les fermes au plus offrant &
dernier enchériiTeur , en éloignant tous monopoles ,
trafics , penfions, graîiiications , accommodemens
& autres abus dont le retranchement cû ordonné par
les divers réglemens faits depuis 1661 jufqu'à ce
jour , a produit en partie les augmentations prodi-
'■ieufes qui le font trouvées fur les fermes ; mais
cette méthode a auffi des inconvéniens confidcra-
bles , en ce que les fous-fermiers ont porté leurs
fous-ferims au-delà de leur jufle valeur , ce qui don-
ne lieu à deux grands defordres ; l'un que les fous-
fermiers demandent toujours des diminutions Gu"ils
obtiennent ; & l'autre , qu'ils vexent infiniment les
peuples , pour s'indemnifer de l'excès de leurs /oz^i-
forrnes. Confi dération fur les finances. {D. J.)
SOUS-FERMER , v. aft. ( Com. ) prendre ou don-
ner à ferme une partie de ce qui compofe une ferme
générale.
SOUS-FERMIER , f. m. ( Financ ) celui qui tient
une ferme ou une partie d'une ferme fous un autre.
On appelloit autrefois Amplement jom-firmUrs ,
ceux qui prenoient des fous-fermes fous les fermiers
généraux de fa majefté ; maintenant ils fe donnent le
titre ôJiniéreffés dans Us fermes du roi.
SOUS-FRÉTER , v. aft. ( Marine. ) c'efl louer à
un autre le vaiffeau qu'on a loué , ou fréter à un au-
tre le vailTeau qu'on a affrété. Il eft défendu de fnis-
fréter un vaiffeau à plus haut prix que celui qui eil
porté par le premier contrat ; mais l'affréteur peut
prendre à fon profit le fret de quelques marchan-
difes , pour achever la charge du vaiffeau qu'il a en-
tièrement afïrété.
SOUS-GARDE , f. f. terme d'Atquebufîer , c'efl un
morceau de fer long d'environ huit pouces , & large
d'un demi-pouce , qui forme par le milieu un demi-
cercle , &; qui a une oreille à chaque côté qui fer-
vent à l'affujettir au bois de fufil à la viffant. Cette
pièce fe pofe dèffous le bois de fufil , & fert pour ga-
rentir la détente , & empêcher qu'elle ne s'accroche
& qu'elle ne faffe partir le fufil dans le tems qu'on ne
s'y attend pas.
SOUS-GORGE , f. f. terme de Bourrelier , c'eff une
partie de la bride du cheval , qui confifte en une
fjande de cuir qui paffe fous la gorge , & qui efl ter-
minée par deux boucles , au moyen defquelles on
l'attache à deux petites courroies qui tiennent à la
tcticre auprès du fronteau. L'ufage de la fous-gorge
ell d'afùijettir la bride , & d'empêcher que le cheval
en fecouant la tête ne dérange la têtière & ne faffe
tomber t.o\\ic\^hnAe.yoyeiles fig.& Us PL du Bour-
SOUS'GOUVERNANTE, f. f. {Gram. ) celle
SOU
qui ftrt en i'abfence de la gouvernante. Voye-f^ târii-
cU Gouvernante.
SOUS-GOUVERNEUR , f. m. ( Gram. ) celui qui
rcpréfente le gouverneur , fait fes fondions & le fou-
lage dans fon emploi.'
SOUS-INTllCDUITE femme, (Hf.eccléf),
une (cmme fous-incroduite étoit celle qu'un eccléfial-
tique avoit chez lui pour le loin de Ion ménage , ou
pour quelque autre raifon. M. Fleury dit, dans fon
Hifl. ecclcf l. II. p. 1^0. qu'on nommoit/jwwej in-
troduitcs ou. fous-introduites , celles que les eccléfiaf-
tiques tenoient dans leurs maifons par un ufage que
l'EgUle condamnoit , & qui fut Reproché à Paul de
Samofate , parce qu'encore que Ce fût fous prétexte
de charité 6c d'amitié Ipirituelle , les conféquences
en étoient trop dangereufes , Sc.qvi'il en réfultoit
tout au moins du kandale.
Dès le teiv.s de laint Cyprien , où l'on ne faifok
encore aucun vœu folemnel de virginité ni de céli-
bat , & où l'on n'impofoit aux eccléfiafliques aucune
néceffité de s'abllenir du mariage , on lit que des
filles demeuroient librement avec des hommes d'é-
glife , couchoient avec eux dans un même lit , &foa-
tenoient néanmoins qu'elles ne donnoient par-là au-
cune atteinte à leur chaffeié , offrant pour preuve
d'être vilitées par des expertes. Saint Cyprien le re-
connoît lui même , & cenfure quelques-unes de ces
filles. Voici fes propres paroles : Q^uid nobis de iis
virginibus videatur , quœ cum in flaiu fuo ejfe , & con-
tinentiam fîmilucr tencre deceverint^ denclce funt pojlcà
in eodem UBo pariter manfffe cum mafeuUs : ex quibus
unum diaconum effe dicis : plane eajdcm , quce fe cum
vivis dormijje confejfce fînt , adfeverare fe intégras ejje j
ôcc. EpiJL IKp. y. edit. Brcm. Fell.
Le même père fe plaint ailleurs que quelques con-
feffeiirs étoient tombés dans la même faute; & les
exprelfions dont il fe fert lont bien fortes : non deejfe^
qui Dei tanpla , & pofl confeffionem fanciificata 6*
illuflratapriùs membra turpi & in f ami concubitu fuo ma^
cui'.nt^ cubiliafua cum fœminis promifcua jung:ntcs.,^c.
Une telle compagne des eccléfiafliques fut appel-
lée femme fous-introduite , ot/j'ji'j-î'JiTs; ywn , parce que
les eccléliadiques les introduifoient chez eux comme
des aides & des fœars Ipirituelles , confortio fororitz
appdlationis ; & cet ufage devint fi commun , que
divers conciles , & entr'autres celui de N;cée , fu-
rent obligés de défendre cet ufage. Mh't* iTtiTnÔTTa^
êÇtîi'cy <rj'JiKra.i(.Tov ■yuveux.a. ^X'.i^ y ■wAhi' ù /j.» apa. fxtnipaty
« ttiTéAÇiic , H ^iict!" , j) à L'.ovct "TipcTUiTra rrxtctv vzi:-^i3i1f
S leLTiiÇiivyiv. Canon l II.
Cependant les défenfes des conciles eurent fi peu
d'effet , q.ie les empereurs chrétiens , comme Hono-
rius , Théodofe & Jullinien fe virent contraints
d'employer toute l'autopté des lois pour remédier à
cet abus. Voyez cod. Theodof l. XV!. tit. 2. Ug. 44-.
cod. injl. l. J. tit. j. de epifcop. & c!er. leg. ic). novelL
VI. cap. V. Jacques Godefroy , tom. FI. p. 86'. &
fuivantes. Pour ne point entrer dans de plus grands
dotai s fur cette matière , nous renvoyons les lec-
teurs curieux aux notes d'Henri de Valois fur Eu-
febe , hifl. eccléf l. VIL c. xxx. à Hemi Dodv/ell ,
differtat. Cyprianic. 3 . à Bingham , antiq. eccUf. liv.
Fi. C. ij. 6c. finalement à M. Boéhmei; , dans (on jus
eccUf. protiflant. l. III. tit. 2.{D. J.)
SOUS-LIEUTENANT, eil un troifieme officier
dans les compagnies d'infanterie & de cavalerie >
dont les fondions font à-peu- prcs les mêmes que
celles des licutenans. On les établit ordinairement
dans la guerre &c on les caffe à la paix. Voyei
CIER.
Dans toutes les compagnies de la maifon du roi,
excepté les gardes du corps , il y a des fous-lieute-
nans. Il y en a auffi dans toutes les compagnies de
sou
jjendafmerie : ce font les féconds officiers de toutes
CCS compagnies. (Q)
SOUS-UGNER , V. aft. ( terme d'Imprimeur. ) c'efl
imprimer en italique un mot ou plufieurs qui font
fous-lU^nés dans un manufcrit , à deffein dç les faire
temarquer , ou pour quelqu'autre raifon. (^D.J.^
SOUS-LOCATAIRE , f. m. {Jurifprud. ) efl ce-
lui auquel le principal locataire d'une maifon ou au-
tre héritage a donné lui-même à loyer quelque por-
tion de ce qu'il tenoit du propriétaire.
Le fous-locaiane eft différent du ceffionnaire du
bail, en ce que le ceiTionnaire doit payer au pro-
priétaire , au lieu que \^ fous-locataire paye au prin-
cipal locataire.
L'article 162 de la coutume de Paris, permet néan-
moins au propriétaire de falfir les meubles àts fous-
locataires ; mais ceux-ci en ont main-levée en payant
le loyer de leur occupation.
En fait de fermes, on a^iptWe fous-frmier , ce qu'en
fait de bail à loyer on appelle fous-locatair^. Foyci^
Bail a loyer , Ferme, Locataire , Principal
locataire. ( -<^ )
SOUS-LUI , terme de Manège , un cheval qui efl
bien fous-lui , qui fe met bien fur les hanches , eft un
cheval qui en marchant approche les pies de derrière
de ceux de devant , & dont les hanches foutiennent
en quelque manière les épaules. ( Z?. /. )
SOUS-MULTIPLE , adjeft. en Matkém. &c. une
Cjaznùxé fous-multiple efl celle qui efl contenue dans
une autre un certain nombre de fois; & qui par con-
féquent étant répétée un certain nombre de fois , lui
devient exaftement égale.
Ainfi 3 eu un fous-rnultiple de 21 : dans ce fens ,
fous-multiple revient au même que partie aliquote.
Voyei Aliquote.
Une raifon fous-multiple efl celle qui efl entre la
t\\iznù\.é fous-mu'tiple , & la quantité qui la contient ;
ainfi la raifon de 3 à zi , tÇf. fous-multiple. Ao_xe{ Rai-
son,
Dans ct^ deux cas fous^multiple efl Poppofé de
multiple .'II, par exemple , ell multiple de 3 , & la
raifon de 2 1 à 3 , efl une raifon multiple, f^oye^ Mul-
tiple. Chamhers. (E)
SOUS-NORMALE, f. f. ( Géom.) efl la même
choie que fous-perpendiculaire, f^oyei Sous-per-
Pendiculaire.
SOUS-OCCIPITAUX , en Anatomie , nom des
nerfs fitués fous l'os occipital. Ces nerfs appelles com-
munément la dixième paire , nailTent un peu plus bas
& plus latéralement , que les nerfs grands hypoglof-
fes , à l'extrémité de la moelle alongce & vis-à-vis
la partie poflérieure de l'apophyfe condyloide de
l'os occipital. Ils communiquent avant de percer la
dure-mere avec la première paire cervicale ; api-ès
quoi ils la percent en fortant du crâne, entre la pre-
mière vertèbre du col & l'os occipital , & fe di-
ilribuent aux mufcles pollérieurs de la tête, f^oyei
TÊTE & Oreille.
SOUS-OFFICIERS de P empire , ( Hifl. rnod. ) fub-
cfficialesimperii: on a dit à l'article ÉLECTEURS quels
ëtoient les grands officiers de l'empereur & de l'em-
pire ; chacun de ces princes fait exercer fes fon-
dions par dçsjous-officiers héréditaires qui pofTed^ent
des fiefs pour cette raifon. C'efl ainfi que l'élefteur
de Saxe , qui eft grand maréchal de l'empire , lors
du couronnement de l'empereur , efl repréîenté dans
fes fondions par le comte de Pappenheim; l'élefteur
de Brandebourg qui efl grand chambellan , efl repré-
fenté par le prince de HohenzoUern ; l'élefteur de
Bohème, par le comte d'Althan ; l'éleileur de Baviè-
re , par le comte de Truches-Waldburg ; l'élefteur
Palatin , par le comte de Sinzendorf.
SOUS-ORBITAIRE , en Anatomie , nom des ar-
tères qui fe diflribuent aa-deffous de l'orbite.
T&me XK
4^9
^ SOUS-ÔRDRE , ( Jurifptud. ) efl un ordre par''
ticulier qui le fait en fécond entre les créanciers par-
ticuliers d'un créancier colloque dans l'ordre prin*
cipal , qui ont formé oppofition fur lui en fous-ordre-^
c'eft-à-dire , pour fe venger fur ce qui peut lui reve-
nir, au cas qu'il foit colloque utilement dans l'ordre».
Foyei Créancier, Décret, Opposition ô-Sous-
ORDRE, Saisie réelle. (^)
SOUS PÉNITENCIER ,(. m.{ Gram. ) aide flu
pénitencier. Voye^ ^article PÉNITENCERIE.
SOUS-PENTE , voyei Soupente.
Soùs-PENTE , ( Maréchall.') les Maréchaux appel-
lent ainfi un afTemblage de courroies djfpofées com-
me on le voit dans la Jigure , qui fervent à arrêter un
cheval dans le travail, f^oyei Travail. Les trois
principales a aa cjui fervent à fufpendre ou élever
le cheval , font garnies de deux ou trois chaînons à
chaque bout : il y a cinq courroies traverfantes qui
coulent comme on veut. Les trois plus courtes l^bl',
fervent à garnir fous le ventre ; & des deux autres
l'une c c efl fort longue , un de fes côtés va entourer
la croupe , & l'autre le poitrail ; ces côtés fe bou-
clent à deux boucles dd, qui font à la courroie qui
efl de l'autre côté.
SOUS-PERPENDICULAIRE, adj. en Géométrie;
la fous-perpendiculaire efl une portion de l'axe d'une
courbe interceptée entre l'extrémité de l'ordonnés
& le point , où la perpendiculaire à la tangente , ti-
rée de l'autre extrémité de l'ordonnée, coupe l'axa
de cette courbe. /^'oye{ Tangente.
La fous-perpendiculaire efl donc une ligne qui dé-
termine le point où l'axe d'une courbe efl coupée par
une perpendiculaire tirée fous une tangente , au point
de conta£l.
Ainfi TM, Planch.fecl. coniq.fig. ic) , touchant la
courbe en M ^ Se M R étant perpendiculaire à T M^
au point de contingence , la ligne PR comprife entre
l'ordonnée PM&c la perpendiculaire Mli, s'appelle
foufpcrpendiculaire. La foufperpendiculaire PR ell à la
demi-ordonnée PM ^ comme PMaPT , ou comme
MR à TM ; d'où on peut conclureque dans la para-
bole, la fous-perpendiculaire efl fous-double du para-
mètre, & par conféquent d'une grandeur conllante ;
car
PR -
P M^
P M'
pj. = dans la parabole ^-^-y' = en
nommant le paramètre ^^ "". „ =— •
En général, puifque la fouflangente efl ^-j~(yoy.
Soustangente ) , on aura la fbufperpendiculaire
= y - divifé par la fouflangente , c'efl-à-dire ^^
SOUS-PESER , V. a£l. ( Gram. ) prendre quelque
chofe pefant en-deffous , 6c le foulever de la maiii
pour en eflimer le poids.
SOUS-PRÉCEPTEUR , f. m. ( Gram. ) celui qui
foulage le précepteur dans fes fondions. Foyei Pré-
CEPTEUR
SOUS-PRIEUR, f. m. ( Hijî. ecdéf ) efl un offi-
cier clauflral qui aide le prieur. Voye^^ Prieur.
SOUS-PROMOTEUR, f. m. {^Gram.) qui re-
préfente le promoteur & fert fous lui. Voye:^ Pro-
moteur.
SOUS-RACHAT , f m. ( hmfprud. ) c'efl le ra-
chat au feigneur dominant par fes arrieres-valTaux ,
pendant qu'il a mis en fa main le fief de fon vafl'al ,
faute de rachat.
C'efl le profit de l'arrlere-fief que le feigneur ex-»
ploite. Foyei Rachat 6* Fief.
SOUS-REFECTORIER , f m. ( Cr^/w.) celui qui
veille aux chofes du réfedoire fous le rétcdoricr.
SOUS-RENTE , f. f. ( Gram. ) rente que l'on tire
d'une chofe que l'on tient foi-même à rente.
SOUS-RENTIER , f m. ( Gram. ) celui qui tien?
à rente d'un rentier. Foyci Rente.
G g S î)
420
sou
SOUS-SECRÉTAIRE, (. m. (Gram. ) qui tra-
vaillerons le l'ecrétaire. AVyt-^ Secrétaire.
SOUSSIGNER, V. aa.{Grum. Jnrifp. & Com.) c'cft
mettre fa rignaturc , c'cll-à-dlre écrire Ibn nom , &
quelquefois y ajouter un paraphe au plé de quelque
ade ou écrit , pour l'agréer, le faire valoir, & con-
fentir à fon exécution, l^^oyi^ Signature.
Les perfonncs qui ne favent pas écrire fe conten-
tent de mettre au lieu de fignature quelque marque
qui leur elt propre,fi c'eft fous feing-privé; mais dans
tout ade public ou jîafré par-devant notaires , il faut
faire mention que l'un des contraftans , ou même
tous deux , ont déclai-é ne favoir figner. Les conful-
tations des avocats ik celles des habiles négocians
qui donnent leur confeiA ; les réponfes des dodeurs
de Sorbonne fur les cas de confciencc, commencent
ordinairement par ces mots, U confiïl j'oujjl^nî ^ ùc.
& les promeïïes , quittances , certificats par ceux-ci
allez femblables :/e/o//^p'/;e', ow nous foujfigrus , re-
connoiiVons , certifions , tx. Dicilonn. de Commerce.
SOUS-SURPARTICULIERE, SOUS-SURPAR-
TIENTE, (Raison) voyci Raison.
SOUSTANGENTE , f. f.( GVW. ) {^foupangente
d'une courbe efl: une portion de fon axe interceptée
entre l'extrémité d'une ordonnée & l'interfection de
la tangente avec Taxe ; cette ligne détermine le point
où la tangente coupe l'axe prolongé, /^oj'ê^ Courbe
& Tangente.
Ainfi dans la courbe A M, &c. (^Planche d'anal.
fig. ;o. ) la ligne TP , comprife entre la demi-ordon-
née P Si ,&i. la tangente TA/, en efl \-a. foujlangente.
Si on mené la perpendiculaire M Q à la tangente
MT, on aura P R h P M, comme P M à PT, &
P M ii PT, comme M R à T M.
Il efl aifé de voir que la foujlangente eft à l'ordon-
née y , comme la différentielle dx de l'abfciffe el1: à
la différence dy de l'ordonnée , donc Vd foujlangente
' ''y' .
C'ell une loi que, dans toute équation qui exprime
la valeur A'nnt foujîangente , fi cette valeur elt pofi-
tive , le point d'interfeciion de l'axe & de la tangen-
te , tombe du côté de l'ordonnée où la courbe a fon
Ibmmet, ainfi que cela arrive dans la parabole.
Au contraire , fi la valeur de l'àfoufiangente eft né-
gative , le point d'interfedtion de l'axe & de la tan-
gente , tombe du côté de l'ordonnée , oppofé à celui
où la courbe a fon fommet ; ainfi que cela arrive dans
l'hyperbole rapportée à fes afymptotes.
En général , dans toutes les courbes dont l'équa-
tion ei\y=^x"' , m marquant un nombre quelcon-
que enfler ou rompu pofitifou négatif, h fous-tan-
gente cil égale à rabfclire multipliée par Texpofant /«
de la puiflance de l'ordonnée. Foyei Tangente,
Ainfi dans la parabole ordinaire dont l'équation
efl: X =yy , la fous-tangente eu égale à x multipliée,
par l'expofant 2 de j'y ; or .v efl l'abfcifTe dont la
fous-tangente cil égale au double de l'abfciffe ; &
d'ailleurs com.me cette valeur vient avec le figne -f.,
ou efl pofitlve , elle doit être prife du côté de l'or-
donnée où la parabole a fon fommet , au-delà du-
quel l'axe doit être prolongé.
De même dans une des paraboles cubiques dont
l'équation eil j = .r y , la valeur de \^ fous-tangente
eft égale aux \ de l'abfciffe.
SOUSTENDANfE,f. f. en Géométrie, eff une
ligne droite oppolée à un angle , & que l'on fuppofe
tirée entre les deux extrémités de l'arc qui mefure
cet angle. ^^7/2^ Angle & Arc.
Ce mot ell formé du latin /«^, fous, & tendo^ je
tends.
La foufendante de l'angle répond à la corde de
l'arc, ^oyei CoRDE.
Dans tout triangle rcûangle, le quarré de \zfouf-
tcndantc de l'angle droit , ell égal aux quarrés des
SOU
foufitndantes des deux autres angles, par la 47* pro*
pofition d'Euclldc. Cette mervellleulc propriété du
triangle a été découverte par Pythagore. Voyei^ Hy-
POTHÉNUSE. Chambcrs. ( E)
SOUSTERREINS dans la fon'ification , font des
efpaces qu'on pratique c|uelquefois dans l'intérieur
de l'épaifleur du rempart , pour mettre dans un fiege
les principales munitions, & une partie de la garni-
fon à l'abri du ravage des bombes. On conilruit or-
dinairement de ces foutemins dans l'épaiffeur des
baillons pleins , fur-tout lorfqu'll y a des cavaliers
fur ces baillons ; on en conftruit auffi vis-à-vis , ou le
long des courtines. Ils font voûtés , à l'épreuve de la
bombe. Il y a de ces foutcrrelns dans les tours bâillon-
nées de Landau & du Neuf-Erifach. Foyei^ Tours
Bastionxées. ((2)
SOUS-TIRER, V. aa./ow-«>er du vin, c'efl le
tranfvafer d'un tonneau dans vui autre.
SOUSTRACTION, f. f. en Arithmétique, hfouf
trucUon ell la féconde règle , ou pour mieux dire , la
féconde opération de l'arithmétique: elle confiftc à
ôter un nombre d'un autre nombre plus grand, & à
trouver cxafternent l'excès de celui-ci lur celui-là.
En un mot , hjoufracîion efl une opération par
laquelle on trouve un nombre qui, ajouté au plus pe-
tit de deux nombres homogènes , fait avec lui une
fomme égale au plus grand de ces nombres. Foye^
Arithmétique.
Voici ce qu'il faut obfcrver dans cette opération.
Pour fouilraire un plus petit nombre d'un plus
grand. 1°. Ecrivez le plus petit nombre fous le plus
grand, les unités fous les unités, les dixaines fous
les dixaines, &c. en général les quantités homogènes
les unes fous les autres , alnti que nous l'avons pref-
crlt pour Caddition. 2". Tirez une ligne fous les
deux nombres. 3^*. Soudrayez féparément les unités
des unités , les dixaines des dixaines , les cen-
taines des centaines ; & commençant à droite , &
procédant vers la gauche , écrivez chaque refle
îbus le caraftere fur lequel vous -avez opéré , & qui
vous l'a donné. 4°. Si le ckifre que vous avez àfouf-
traireefi: plus grand que celui dont il doit être fouftrait,
empruntez une unité fur le chlfrc qui fuit immédiate-
ment en allant vers la gauche , cette unité empruntée
vaudra 16 ; ajoutez cette dixaine au plus petit carac-
tère , & foufirayez le plus grand de la fomme. S'il fe
rencontrolt un {cro immédiatement devant celui qui
vous conu-alnt d'emprunter , parce qu'il efl trop pe-
tit ; l'emprunt fe fcroit fur le chlfre qui fuit immédia-
tement ce [éro , en allant vers la gauche. Mais fans
emprunter fur les nombres fuivans , ce qui caufe
quelquefois de l'embarras ; il vaut mieux ajoviter une
unité au nombre qui fuit immédiatement f^& qui
vaut toujours dix unités , par rapport au nombre qui
le précède ; & dans la colonne fuivantc Icuilraire une
unité de plus dans la quantité que l'on-louflrait; afin
de détruire par cctte.dernie;ve opératioi; l'augmenta-
tion que l'on a faite par la première.
Il n^y a point de nombre qu'on ne pulffe ôter d'un
plus grand , en obfervan't ces règles. Exemple,
foit. . . 9Hoo403(45'9.
d'où il faut foufiraire 4743865x63.
le refle fera 5056538196.
Car, commençant par le premier cara£lere qui fe
préfente à droite, & ôtant 3 de 9 , refle 6 , que j'é-
cris au-deffous de la ligne. Paffant au fécond carac-
tère , je trouve 6 que je ne peux ôte de 5 ; c'cfl
pourquoi j'emprunte fur le 4 qui fuit le plus immé-
diatement 5 , en allant vers la gauche , & qui mar-
que des centaines , une unité, ou dix dixaines. J'a-
joute ces 10 dixaines , aux 5 dixaines que j'avois ,
&; qui me produit i 5 dixaines , d'où fouflrayant 6
dixaines , il m'en refle 9 , j'écris donc 9 fous la ligne
'6l fous les dixaines, J'en fuis avix centaines , je dis i
sou
5c i qiie- ]'ai emprunté , font 3 ; 3 de 4 , refte liii ,
que j'écris lous la ligne. J'avance 6c je dis, 5 ne fe
seut ôter de 3 ; j'emprunte , non fur le zéro , mais
ur le 4 qui vient après le zéro , toujours en allant
/ers la gauche. Cet i vaut cent mille , par confé-
jucnt fi on le fuppofe à la place du zéro , il vaudra
ro dixaines de mille. J'emprunte fur ces 10 dixaines
ie mille , une unité qui vaudra 10 mille , & parcon-
équent le zéro fejrouvcra valoir 9 dixaines de mille :
3r ces dix mille ajoutés à trois mille que j'ai ,
jroduifent 13 mille; de cet 13 mille, j'ôte 5 mille ,
■efle 8 mille , que j'écris fous la ligne. Je dis enfuite
3 de 9 , refte 3 , que j'écris fous h ligne. J'arrive au
^ fur lequel j'ai emprunté une unité, & qui ne vaut
)ar coniéquent que trois; je ne dirai donc point 8 de
j. , mais 8 de 3 : on achèvera la /o«y?/'^c7^/z , en con-
inuant d'opérer, comme nous avons fait jufques-là.
Si l'on propofoit d'ôter un nombre hétérogène ,
l'un autre nombre hétérogène plus grand; on fuivroit
a même méthode , obfervant îeulement que les uni-
es que l'on emprunte , ne valent pas 10 unités;
nais autant qu'il en faut de la plus petite efpece ,
)our continuer une unité de la plus grande. Exemple.
Jiv. fols d.
45 16 6
^7 19 9
17 16 9
Je ne peut ôter 9 deniers de 6 deniers. J'emprunte
[ fol, fur les 16 fols qui précèdent les 6 deniers. Ce
o\ vaut iz deniers. Ces ii deniers joints aujf 6 de-
niers que j'ai déjà, font 18 deniers, d'où j'ôte 9
leniers , & il me refte 9 deniers , j'écris donc 9 fous
a ligne. Pareillement 19 fols ne peuvent fe fouftraire
les I 5 fols reftans. J'emj)runte donc fur les 4'^ livres
jui précèdent, une livre qui vaut 20 fols. Ces 20
bis joints aux i 5 fols que j'ai , font 3 5 fols , d'où j'ôts
[9 fols , & il me refte 16 fols que j'écris fous la ligne,
ïhfin j'ôte 17 livres, de 44 livres qui me reftent , &
'écris la différence 17 fous la ligne.
Si le nombre à fouftraire eft plus grand que celui
l'où il taut le fouftraire ; il eft évident que l'opéra-
;ion eft impoftîbie. Dans ce cas , il faut ôter le plus
petit nombre du plus grand , & écrire le refte avec
xn figne négatif Exemple, foient 8 livres à payer
ivec 3 livres; j'en paye 3 des 8 que je dois , avec
es 3 que j'ai, & 11 en refte 5 de dues; j'écris donc
ui-deflbus de la ligne — ^.
hi\-preiwe delà Jhujiraciion fe fait en, ajoutant le
nombre fouftrait avec le refte ; où l'excès du plus
ïrand nombre fur le plus petit avec le plus petit.
!>'l!s font une fomme égale au plus-'grand, Fopéra-
:ion a été bien faite. Exemple.
liv. fol. d.
5800403459 156 ;I.i,3t
4743 86 5 26 3 nomb. fouft. 2 1' 17 i^ nomb. fouft-,
«)056538i96 refte 134 14 oj refte
9800403459 156 II 3;
Soustraction £/z ^/gcbre , pour faire une fot{f~
tra&ion algébrique , quand il s'agit de monômes , on
écrit ces quantités de iùite, en changeant lîmplcmcnt
le figne de la grandeur à fouftraire ; & l'on fait en-
fuite la rédu£l^ion , fi ces quantités lont femblablcs :
ainfr pour ôter + c de /? , on écrit/» — c; puifque —
eft le figne de lafoujlraciion : &c pour ôter— ^ de a ,
on écrit ^ + ^ , ea .changeant le figne— «n 4- ; enfortc
que la grandeur a eft augmentée par cette Jouf/raC'
lion; en effet ôter des dettes , c'cft augmenter les fa-
cultés de quelqu'un :, fouftraire des moins , eft donc
aufti donner des plus.
S'il eft queftion de polinorties , on difpofera les ter-
mes de la grandeur à iouftraire, ious ceux de la gran-
deur dont on fouftrait; c'cft-rà-dire , les termes de
l'une , fous les termes femblablcs de l'autre , en chan*
SOU
421
geànt fimjîîemèht tous les fignes de la grandeur à
Iouftraire ,*en des fignes contraires , c'eft-à-dire que
l'on mettra — où il y aura -f, & le figne -f-où l'on
verra le figne— .Ainfi , pour retrancher le polinome
- 2 ac^-f 3 acx^- -f 4 awi— <^ah {A) du polinome
7 CX-" — 4 a> !}-{-•) a.''"} — a<^x -\-bd^{^B^ on difpofera .
comme on le voit ici.
7 ex' — 4 cvb ■\- 5 a'm — acx -\-bd(^B^.
— 1 ex- -Y '^ a'^b -\- 4 a)m -f- 2 aex ( ^ ).
4 ex- -\-a'b -\- a'ni-\- acx -f- bd.
Les termes du polinome A , fous les termes du po-
linome B j les termes femblabies les uns fous les au-
tres , en changeant tous les fignes du polinome A ,
en des fignes contraires. Cette préparation faite , on
réduira les termes à leur plus fimple expreftlon ;
6c cette rcduôion donnera acx--\- a''b-{:a'm-\-acx
-f bd , qui eft la différence cherchée.
Quand il n'y a point de termes femblabies , ont
écrit fimplement la quantité à fouftraire , dont on
change les fignes, à la fuite du polinome, dont on
fait \c\ Joujir action : ainfi pour ôter xx — 2 ex ~\- ce de
2(Z+ — 3^-, écrivez T.a'' — ^i,b- — xx■\-^cx— ce ; en
changeant fîmnlement les ilones de la "randeur xx —
xex-^ec, qui n a aucuns termes femblabies à ceux
de la quantité za^ — '^b-. CE ^
Soustraction, f f ( Gram. &-Jurifprud,') eft
l'aéfion d'ôter & enlever frauduleufement une chofe
du lieu où elle devroit être.
C'eft principalement pour les papiers que l'on a
détournés que l'on fe fert de ce terme ; cela s'appelle
une foujlraciion de pièces. ' .
Soujha&ion d'une minute d'un notaire , c'cft l'en-
lèvement qui eft fait de cette minute.
Soujiracîion de pièces dans une produâlon , c'eft
lorfquc l'on retire frauduleufement d'une produdion
quelque cotte ou quelque pièce d'une cotte , que l'on
a intérêt de fupprlmer, Foye^ Divertissement ,
Enlèvement , Recelé , Suppression, (yi)
SOUSTRAIT, f m. terme de rivière ^ ce font des
fagots que l'on met dans le fond des, batteaiix , pour
enipêcher que la marchandife ne folt mouillée.
SOUS-TRAITANT , terme de Finance , celui qui
traite d'une ferme adjugée à un autre , ou qui en tient
une partie du traitant en général ; il fé dit plus par-
ticulièrement dans les fermes du roi. (Z>. /. )
SOUS-TRAITÉ, fous-ferme qui fait partie d'une
plus grande. ^oye{ Sous-FER.ME. Id. ibid.
SOUS-TRAITER , prendre wxit fous-ferme , la
tenir de celui qui a la ferme générale. Voye-{_ FgRMf:
6* SouS-FERME. Id. ibid.
SOUS-TRÉSORIER d'Angleterre , ( Hifi. mod. )
officier dont 11 efr fait mention dans \aJUtut jc). d'E-
lifabeth , ckap. vij. &c que plufieurs autres ftatuts con-
fondent avec le tréforler de l'cchiquler.. Foye^ÉcHi'
QUIER.
Sa fondlon étoit d'ouvrir le tréfpr du roi à la fin de
chaque terme , de faire un état de l'argent qui ie trou;-
volt dans chaque caifté , 6i. de le voir portera la tré-
forerle du roi qui eft à la tour de Londres , pour fou-
lager d'autant le grand-tréforler dans fes Ibnftlons.
Quand la chr.rge de grand-tréforicr étoit vacante-,
le lous-iréjorier\i remplaçoit dans toutes les foudlons
concernant la recette des deniers royaux. ÂVk«:^TrÉ-
sorier.
SOUS-TRIPLE, ad). {Mathémat.) deux quantités
font en ïinion fous-tnplc , quand l'une eft contenue
dans l'autre trois fois. Foyeç Raison. Alnll 2eft/j«i-
triple de 6 , ou en nùi'on Jous-trip/e de 6 , de même
que 6 ell triple de 2 , ou en raifon triple de 1. (£)
. SOUS-TRIPLÉE , adj. { MathJrr.-:.'.) une raifon
fous-triplée eft le rapport des racines cubiques. /''o> e^
Raison.
SOUSTYL AIRE, f. f. en Gnomoniquc , elluno ligne
42Î SOU
droite , fur laquelle le ftyle ou gnomon d'un cadran
elt élevé.
Cette ligne efl la fc^^ion ou rencontre du plan du
cadran , avec le plan d'un méridien qu'on liippoie
ctrc perpendiculaire au plan du cadran. Ce méridien
cil toujours dlrtcrenî du méridien du lieu, à-moins
que le plan du cadran ne Ibit horilbntal , ou qu'il ne
loit dans la ligne qui joint le levant au couchant :
ainli la méridienne d'un cadran diffère prefque tou-
jours de \„\JoujIy luire ; car la méridienne d'un cadran
elt la ligne de ledfion du plan du cadran avec le mé-
ridien du lieu. Au relie le point où ces deux lignes
fe rencontrent , ell le centre du cadran ; car le iom-
met du llyle repréfente le centre de la terre , 6i par
conféquent un point commun aux deux méridiens ;
& le point de rencontre de \ajbujfjlaire & de la mé-
ridienne ell encore un point commun aux deux mé-
ridiens , d'où il s'enfuit qu'une ligne menée par le
fommct du ftyle & par le point de rencontre des
deux lignes dont il s'agit, feroit la ligne de feftion
ou de rencontre des deux méridiens , & qu'ainli
cette ligne repréfente l'axe de la terre , c'efl-à-dire
lui efl: parallèle. Or le point ou le plan d'un cadran
eil: coupé par une ligne tirée du fommet du ftyle pa-
rallementà l'axe de la terre, eft toujours le centre du
cadran , & le point de rencontre des lignes horaires.
Donc le point de rencontre de hfoujljlaire 6c de la
méridienne eft toujours le centre du cadran. (O)
Dans les cadrans polaires , équinoxiaux , honfon-
taux , méridiens & feptentrionaux , la Wgnefoujiy-
lairc eft la ligne méridienne , ou ligne de douze heu-
res , ou rinterfe£lion du plan fur lequel le cadran eft
tracé , avec celui du méridien du lieu , parce que le
méridien du lieu fe confond alors avec le méridien
du plan, ^oje^ MÉRIDIEN. (O)
SOUS-VENTRIERE, f f . {Maréchal.) courroie
de cuir qu'on met fous le ventre de chevaux de car-
rofle & de voiture , pour tenir leurs harnois en état.
SOUS-VICAIRE , f. m. ( ^//. cccUfmfl. ) prêtre
qui partage les fondions du vicaire, ^oye^^ Vicaire.
SOUS-YEUX , {Jardinage. ) terme ufité chez les
Vignerons, qui s'emploie auffi par les Jardiniers pour
exprimer de petits yeux ou boutons placés au-def-
fous des vrais yeux , & proche de la bafe ou empâte-
ment d'un rameau. Ces yeux inférieurs font toujours
plus petits du double que les yeux fupérieurs , fou-
vent même on a de la peine à les diftinguer ; chacun
de ces fous-yajx a une feuille qui lui fert de mère-
nourrice , de même qu'en ont les vrais yeux , mais
de moitié plus petite. Us reftent toujours nains , & ne
produifent que des bourgeons nains. Formés les pre-
miers, leurs feuilles viennent les premières , & elles
tombent de même. Chaque année à la pouffe du prin-
tems , le plus grand nombre des fous jeux avorte. La
fève qui fe porte par-tout avec véhémence dans cette
falfon , trouvant des conduits plus dilatés dans les
véritables yeux, les préfère aux fous-yeux , dont les
conduits & les paffages font trop étroits.
SOUTANE , f. f terme d'Eglifc , habit long & def-
cendant jufque fur les talons que portent les ecclé-
fiaftiques , & que portoient autrefois les gens de
juftice fous leur manteau. Le pape porte toujours la
foutanc blanche ; les évêques la portent noire quand
ils font en deuil, ou hors de leur diocèfe ; mais dans
leurs diocèfcs Se à certaines grandes cérémonies , ils
ont droit de la porter violette. Les cardinaux la por-
tent rouge. Il y a , dans \i journal du palais , un arrêt
tjui a du rapport à l'obligation de porter la foutane
(ous les peines prononcées par le concile de Trente.
Du Cange dérive le mot foutane defubtaneurn , qui
<ians la bafle latinité fignifioit la même chofc.
L'hiftoire de la chevalerie nous apprend que le
gentilhomme novice qui devoir être fait chevalier ,
pafloit la nuit précédente à prier Dieu dans une c^li-
SOU
fe ; fon habit datis ce premier jour étoit une fJàtant
brune , toute unie Se lans ornement ; le lendemain,
il communioit , & alloit au bain où il quittoit l'habit
d'écuyer. {D.J.)
SOUT ANELLE , f. f. ( ffifl. ccdcfi.rfi. ) petite fou^
tane de campagne , qui ne delcend que jufqu'au-def-
fous du genoux.
SOUTE , f f. {Gram. &Jurifprud. ) ou , comme
on écrivoit autrefois , foulte , qujfîjb'.u tio , eft ce que ,||
l'on donne pour folder un partage ou un échange.
Quand im lot fe trouve plus tort qu'un autre , on
le charge à\\x\Q faute en argent envers l'autre lot,
pour rendre les chofes égales.
De même dans un échange, quand l'héritage don-
né d'une part à titre d'éJiiUige , cil plus fort que celui
qui eft donné en contr'échange , on charge celui qui
a l'héritao'e le plus fort de payer unejoute à celui qui
a le plus foible.
Dans les partages , la foute fuit la nature du par-
tage , c'eft- à-dire que quand il n'eft point dû de droits
feigneuriaux pour l'héritage que Ton a dans fon lot ,
il n'en eft pas dû non plus pour l'hé;iiage ou portion
que l'on conferve moyennant una Joute.
Dans les échanges , au contraire la portion d'hé-
ritage pour laquelle on paye une foim , eft réputée
acquife par contrat de vente , ÔC lujette aux mêmes
droits que l'on paye en cas de vente, f^'oyei Droits
SEIGNEURIAUX , ECHANGE , PARTAGE. {J)
Soute, {Marine) c'eft le plus bas des étages de
l'arriére d'un vaiffeau , lequel confifte en un retran-
chement enduit de plâtre , fait à fond de cale , où
l'on enferme les poudres 6c le bifcuit. Cette dernière
eft placée ordinairement fous la fainte-barbe ; elle
doit être garnie de ferblanc , afin que le bifcuit fe
conferve mieux ; & la foute aux poudres eft placée
fous celle-ci : mais il n'y a point de règle à cet égard.
Foye{ Vaisseau.
SOUTENEMENS , f. m. pi. {Gram. & Jurifprud.)
font des écritures fournies au foutien d'un compte ,
l'oyant compte fournit f es débats contre le compte ,
& le rendant compte pour réponfe aux débats, four-
nit fes foutenemens. Foye^ COMPTE , DÉBATS ,
Oyant , Rendant. {A )
SOUTENIR , V. aft. ( Gram.) C'eft fupporter un
fardeau ; cette ^ouIvq foutient feule tout le bâtiment.
C'eft tenir fufpendu ; Yawfouncnt les nuages. C'efl
appuyer ; fi je ne Vawo'xsfouter.u de la main , il tom-
boit à terre. C'eft nourrir & fortifier ; ces viandes
fouiitnnent long-tems. C'eff réfifter ; il îauxfouunir
vigoureufement ce pofte. Tenir la bride haute &
ferme ; foutenii^ ce pas - là. Foye^^ les articles Jui-
vans.
Soutenir , v. aft. en Mufîque , c'eft faire exa£le-
ment durer les fons toute leur valeur , fans fe relâ-
cher vers la fin , & fans en paffer une partie dans le
filence , comme font très-fouvent les Muficiens , fur-
tout les Symphoniftes. {S)
Soutenir , {Marine^ on fe fert de ce verbe pour
exprimer l'effort d'un courant qui poufle un vaiffeau
dans un fens , tandis que le vent le poufle dans ua
autre fens ; de forte que par ces deux forces il eft
porté dans fa véritable route.
Soutenir , ( Marine. ) on foufentend le pronom
fe. C'eft demeurer dans le même parage , & ne pas
dériver , nonobftant les courans ou la marée con-
traire , fans avancer cependant , ou fans avancer beau-
coup.
Soutenir la main, (Afar£V/zd/.)o?^ soutenir upc
cheval, en termes de Manège , c'eft tenir la bride
ferme 6l haute , pour l'empêcher de tendre le col &
de s'en aller fur les épatdes.
On àx foiitenir un cheval de la jambe de dedans
ou du talon de dedans , lorfqu'il s'entable , & qu'en
miimant fur les voltes fa croupe va avaat i^ épaules.
s
On dîi chfcof ë fouunir iirt cheval j îorfquVn î'cïfl*
pcche de le travcrler & qu'on le conduit également >
le tenant toujours flijet fans que la croupe puifie
échapper , l'ans qu'il perde ni fa cadence , ni l'on ter-
rein , en lui fliifant marquer Tes tems égaux.
SOUTENU , en termes de Blajon , fe dit d'une piecîe
qui en a une autre au-deffous. D'or à trois bandes
de gueules, au chef d'or , charge d'un lion naiffant de
Table ^foutcnu d'une devilc coulue d'or , chargée de
trois trèfles de fable.
Caylar en Languedoc , d'or à trois bandes de gueu-
Jes, au chef d'or, chargé d'un lion nailTant de lable,
foutenu d'une deviié coufue d'or , chargée de trois
trciles de fable.
SOUTERAINE , la , ( Géo£, moa^.) petite ville,
«^.ifons mieux , petit bourg de France , dans le Limou-
fin , à 2 lieues de Limoges. (Z). /. )
SOUTHAxMPTOiN , {Geog. mod.) On devroit
écrire Soudi-H-mton ; ville d'Angleterre dans l'Hant-
shire & fa capitale. Elle cfl fituée fur le rivage de
la baie de fon nom, entre les deux rivières du Tell
& de l'Itching, niais plus près de la dernière, à 72
iTiillcs au fud-ouefl de Londres.
On ne doute point qu'elle n'ait été bâtie des ruines
<l'une autre ville de même nom , file un peu plus
haut, aux bords de la même rivière, dans l'endroit
où l'on voit les deux villages de Sainte-Marie , &: de
Bittcrn. Cette ancienne ville, prelque ruinée par les
Danois en 980 , fut réduite en cendres par les Fran-
çois dans le xiv. fiecle , pendant les dcmclés d'E-
douard IIu avec Philippe de Valois pour la cou-
ronne de France.
Les habitans élevèrent urie nouvelle ville dans
ime fituation plus commode, plus voiline de l'eau,
£i qui conlcrva le même nom. Avec le tems, cette
nouvelle ville le peupla, s'agrandit ,• fut fermée de
bonnes murailles, &: devint fioriiiante. Son port fut.
muni d'un château bâti de pierres de taille; 6c com-
me elle étoit la capitale du comté , elle lui donna le
nom de Soiuhampton^ vulgairement Hantibre.
Son havre eft allez bon & revêtu d'un beau quai.
Son commerce eft cependant aujourd'hui m^oins con^
fidérable qu'autrefois ; mais cette ville ne lailîe pas
<^'être encore grande & peuplée, car on y compte
cinq paroillés. Elle ell du nombre des villes qui le
gouvernent par elles-mêmes, 6c qi;i ne relèvent
point du lieutenant de la province. Ealîn elle a titre
de duché, érigé par Charles II. en faveur de faîne
des fils naturels qu'il a eus de la ducheli'e de Cle-
veland. Lcr.g. 16. 22. lat'u 5o. 4.8.
Fulkr (Nicohs) favant philologue, naquit à 5'ow^
hampîon dans le xvj. fieclc , 6c mourut en 1613.
Ses nnjulianea thcologica & Jacra lont remplis el'e-
uidition.
Anne^ comtefle de Winchdfea, dame d'efprit , &
connue par l'es vers , étoit née dans la province de
Southampion , 6<. mourut en 1 720. On a public à Lon-
dres en 171 3 in-8°. un recueil de fes poélies, où le
trouve fon pcéme fur la rate , & la tragédie intitu-
lée ArifJomcne , mais qui n'a jamais été reprélen-
tcc. {D. J.)
SOL'THAMPTON , Baie di,{Géog. mod.") ou baie
ai Hampton. Les anciens la nommoient Ciuufetnum ^
c'efl-à-dirc, le canal de Ilanton ; 6c c'ell de ce nom
que la province entière a été appellée Hant^^Jùrc.
La baie deSonthaniptoîi a près de huit milles de lon-
gueur & trois milles de largeur. Elle ell fort droite ,
^ prefque liins courbure , s'étendant du noid-oucft
au lud-eft. Ses côtes occidentak'S le terminent |>ar
une pointe , où l'on a bâti le château de Calshot,
{ur un rocher avancé, pour delendre l'entrée de
la baie. A l'occident de cette baie le pays elt cou-
vert d'une grande & vafle foret , de treiue milles de
îour ,• nouimée new-forejl ^ 6c anciennement appcl-
pellée Ji/nne,
AH
Avant \t fèghè dé Gui!lâU:iiê-îe-Coftqiierânt j £è
quartier étoit habité ; mais ce prince le changea eft
une forêt, il détruifit pour cet erlet trente-fix "aroif-
fes qili s'y trouyoient, fans épargner ni bourgs ni
villages, ni églifes, nimonalleres.il expulfa parla
force tous les habitans, folt pour fc donner le nlai-
fir de la chaire,fo;t, plus vrailfembl.-<b!ement , pouf
fe procurer, en cas de foulevement, une retraite af-
lurée dans cette vafte forêt, jufqu'à ce qu'il eut reçd
du fecours de la Normandie qui elt vis à-vis.
Au relie, le pays que cette foret occupe, & cô
qui eft aux environs, d'un côté jufqu'à la mer, & de
l'autre julfqu'au comté de Dorfet, étoit la demeure
des anciens règnes^ avant Tinvafion des Saxons. La
côte qui s'étend au midi de la forêt, eft reliée toute
ouverte julqu'au xvj. fiecle, qu'Henri VIII.. pour la
couvrir, y ûi conllruire le château deHurll, fur une
langtie de terre avancée qui approche le plus de
File de 'Whigt, & dont le trajet n'a guère au-delà
de deux milles de largeur. (D. J.)
SC)UTHS'v'ARE , {Gci'g. mod.') ou^\ùs commu-
nément Soud/ik, bourg d'Angleterre dans la pro-
vince de Surrey, uni & incorporé à la ville de Lon-
df-es par deux beaux pon;s fur la Tamife. Ce bourg
e(l fi conlidérable & fi peuplé, qu'il pourroit palfer
p )ur une grande ville, puifqu'il contient cinq grofTes
p . oilTes. C'eit de ce bourg qu'on pafle à LamLeîh où
elt le palais des archevêques de Cantorbéry, bâti-
ment antique , confirait au bord de la Tamife , vis-à-
vis Weilminllcr. Près de ce palais , ell la promenade
nommée vaux -hall. La plus belle des églifes de
Southwa'c efl celle de Sain;e-Nîaric-OvervcM: Over-
ry, qui étoit anciennement de la dépendance d'urt
prieuré fondé dans le xiij. fiecie. Le prieuré fat dé^
truit par Henri VIII. mais l'égllle fut confervée ,
&L en 1540 les bourgeois l'achetèrent du roi, pour
en faire une églife parollliale.
Sli:rlock (Guillaume) lavant théologien, naquit
à Soutliware, ou, fi vous l'ainiez mieux, à Londres,
vers Fan 1641. Il fut nommé doyen de faim Paul
en 1691 , & mourut en 1707 âgé de 67 ans. C'étoit
un écrivain clair, poli, bon logicien , & qui s'acquit
un grand nom lous le règne de Jacques II. par les
ouvrages polémiques contre les catholiques romains.
Son traité du jugement dernur a fouitert un grand
nombre d'éditions , ainfi que celui de la mon. On a
donné en François à la Haye en 172 1 in-8°. une belle
tradu£lion du traité de la providence par Sherlock.
On a aufii traduit en françois Ion traité de Vimmor- .
taiué de l'unie, & de la vie éurncUe. Axiiîilerd. 1708,
in-8°. Enfin [es fermons de Sherlock ont été traduits
& publics en fiançois à la Haye en 1723 en deux
volumes in-8^. {D. J.)
SOUVERAINS,!', m. ^\. {Droit naturel & politiq.)
Ce lont ceux à qui la volonté des peuples a conféré
le pouvoir nécefîaire pour gouverner la ibciété.
L'homme , dans Fétat de nature, ne connoît point
de Jouverain ; chaque individu eft égal à un autre ,
& jouit de la plus parfaite indépendance; il n'efb
dans cet état d'autre lubordmaticn que celle des cn-
fans à lour pcre. Les befoins naturels, &c lur-tout la
néceftité de réunir leurs forces pour repoulTer les en-
treprifes de leurs ennem.is, déterminèrent pluficurs
hommes ou pluficurs familles à fe rapprocher, pour
ne faire qu'une même famille que l'on nomme yà-
ciàé. Alors on ne tarda point à s'appcrcevoir, que
fi chacun continuoit d'exercer fa volonté, à ufcr de
fes forces &i de fon indépendance, & de donner \m
libre cours à les pallions ; la fituation de chaque indi-
vidu Icroit plus malhcureule que s'il vivoit ifolé,
on fentit qu'il falloit que chaque homme renonçât
à une partie de ion indépendance naturelle pour fe
fjumettre à une volonté qui rcpréfcntât celle de
tjute la fociété,&: qui fiit, pour ainfi di;e,le centre
commun vk le point de réunion de toutes fes volon-
4^4 SOU
tes Se de toutes fcs forces. Telle cft l'origine qIçs/ou-
^'crains. L'on voit que leur pouvoir 6c leurs droits
■ne lont fondés que fur le conientemcnt des peuples ;
ceux qui s'ct.:blincnt par la violence, ne font que
des ulurpatcurs ; ils ne deviennent légitimes , que
lorfque le confentemcnt des peuples a confirmé aux
Jouverains les droits dont ils s'étoicnt emparés.
Les hommes ne fe font mis en fociété, que pour
être plus heureux ; la fociété ne s'ell choifi des fou-
virains que pour veiller plus efficacement à fon bon-
<heur &. à l'a conlcrvation. Le bien-être d'une fo-
ciété dépend de fa fureté, de fa libertés de fa puif-
fance, pour lui procurer ces avantages. Il a fallu que
le fonvcrain eût un pouvoir fuififant pour établir le
bon ordre &; la tranquillité parmi les citoyens , pour
alfurcr leurs poffeffions , pour protéger les foibles
contre les entreprifes des forts , pour retenir les paf-
fions par des peines , & encourager les verrus par
des récompenies. Le droit de faire ces lois dans la
fociété, s'appelle piiljj'uncc légijlauve. Foyei LÉGIS-
LATION.
Mais vainement \c fouverain aura-t il le pouvoir
de faire des lois , s'il n'a en même tems celui de les
faire exécuter : les pafTions & les intérêts des hom-
mes font qu'ils s'oppofent toujours au bien général,
lorfqu'il leur purcît contraire à leur intérêt particu-
lier. Ils ne voient le premier que dans le lointain ;
tandis que fans cefie ils ont le dernier fous les yeux.
Il faut donc que le fouvertùn foit revêtu de la force
nécefiaire pour faire obéir chaqvie particulier aux
lois générales, qui font les volontés de tous, c'eft ce
qu'on nomme puil/ance exécutrice.
Les peuples n'ont point toujours donné la même
étendue de pouvoir ^\\\ Jouverains qu'ils ont choifis.
L'expérience de tous les tems apprend , que plus le
pouvoir des hommes eft grand, plus leurs paffions
les portent à en abufer : celte conlidération a déter-
miné quelques nations à mettre des limites à la puif-
fance de ceux qu'elles chargeoient de les gouver-
ner. Ces limitations de la iouveraineté ont varié ,
fuivant les circonrtances , futvant le .plus ou moins
d'amour des peuples pour la liberté, fuivant la gran-
deur des inconvéniens auxquels ils s'étoient trou-
vés entièrement expofés lous des Jouverains trop
arbitraires : c'eft-là ce qui a donné naiffance aux dif-
férentes divifions qui ont été faites de la fouverai-
neté & aux diftcrentes formes des gouvernemens.
En Angleterre, la puiiîlmce légiiiative réfide dans le
roi & dans le parlement : ce dernier corps repré-
fente la nation, qui par la conftitution britannique ,
s'crt réfervé de cette manière une portion de la
puljj'ancc Jouveruine; tandis qu'elle a abandonné au
roi feul le pouvoir de faire exécuter les lois. Dans
l'empire d'Allemagne , l'empereur ne peut faire des
lois qu'avec le concours des états de l'Empire. Il faut
cependant que la limitation du pouvoir ait elle-même
des bornes. Pour que le /«//vtr^/Vz travaille au bien
de l'état, il finit qu'il puiilc agir &; prendre les me-
fures néceffaires à cet objet; ce feroit donc un vice
dans un gouvernement , qu'un pouvoir trop limité
dans le Jouverain : il eft ailé de s'appercevoir de ce
vice dans les gouvernemens fuédois & polonois.
D'autres peuples n'ont point llipulé par des ades
exprès &C authentiques les limites qu'ils fixoient îi
leurs fouverains; ils le font contentés de leur impoier
la nécefuté de fuivre leslois fondamentales de l'état,
leur confiant d'ailleurs la puiffance légiflative , ainfi
que celle d'exécuter. C'tfl-là ce qu'on appelle Jou-
veraineté dbjoluc. Cependant la droite railon fait voir
qu'elle a toujours des limites naturelles ; un fcuvc-
Tain , quelque abfolu qu'il foit , n'efl point en droit
de toucher aux lois conltitutives d'un état , non-plus
qu'à fa religion ; il ne peut point altérer la forme du
gouvernement , ni changer l'ordre de la fucccfTion ,
SOU
iVmoins d'une autorifation formelle de fa nation.'
D'ailleurs il eft toujours fournis aux lois de la juflice
& à celles de la raifon , dont aucune force humaine
ne peut le diipenler.
Loriqu'un Jouverain abfolu s'arroge le droit de
changer ;\ fa volonté les lois fondamentales de fon
pays ; lorfqu'il prétend un pouvoir arbitraire fur la
peribnne 6t les polfelHons de fon peuple, il devient
un del'pote. Nul peuple n'a pu ni voulu accorder un
pouvoir de cette nature à (es Jouverains ; s'il l'avoit
fait , la nature & la raifon le mettent toujours en
droit de réclamer contre la violence. Foye:;^ r article
Pouvoir. La tyrannie n'eft autre chofe que l'exer-
cice du delpotiime.
La fouverainetc lorfqu'elle réfide dans un feul
homme , foit qu'elle foit abfolue , foit qu'elle foit li-
mitée, s'appelle monarchie. Woyei. cet article. Lorf-
qu'elle réfide dans le peuple-même , elle eft dans
toute fon étendue, &n'eif point fufceptible de limi-
tation ; c'ell ce qu'on appelle démocratie. Ainfi chez
les Athéniens la fouveraineté réfidoit toute entière
dans le peuple. La fouveraineté eft quelquefois exer-
cée par un corps , ou par une affemblée qui repré-
i^nta le peuple , connue dans les états républicains.
En quelques mains que foit dépofé le pouvoir/o«-
verain , il ne doit avoir pour objet que de rendre
heureux les peuples qui lui font foumis ; celui qui
rend les hommes malheureux eft une ufurpation ma-
nifefte S-C un renverlement des droits auxquels l'hom-
me n'a jamais pu renoncer. Lefouverain doltàfesfu-
jets la sûreté, ce n'eft que dans cette vue qu'ils fe font
Ibumis à l'autorité, f^ojei Protection. Il doit éta-
blir le bon ordre par des lois lalutaires , il faut qu'il
foit autorifé à les changer , fuivant que la néceffité
des circonftances le demande ; il doit réprimer ceux
qui voudroient troubler Its autres dans la jouiffance
de leurs poffeffions, de leur liberté, de leurperfonne;
il a le droit d'établir des tribunaux & des magiftrats
qui rendent la juftice , & qui punifTentles coupables
fuivant des règles sûres & invariables. Ces lois s'ap-
pellent civiles, pour les diftinguer des lois naturelles
& des lois fondamentales auxquelles IçJ'ourerain lui-
même ne peut point déroger. Comme il peut chan-
ger les lois civiles , quelques perfonnes croient qu'il
ne doit point y être fournis ; cependant il eft naturel
que \e Jouverain fe conforme lui-même à fes lois tant
qu'elles font en vigueur , cela contribuera à les ren-
dre plus refpe£fables à fes fujets.
Après avoir veillé à la sûreté intérieure de Fétat,'
le fnuverain doit s'occuper de fa sûreté au-dehors j
celle-ci dépend de fcs richeffes , de fes forces mili-
taires. Pour parvenir à ce but, il portera fes vues fur
l'agriculture , fur la population , fur le commerce ; if
cherchera à entretenir la paix avec les voifms , fans
cependant négliger la dilcipline militaire , ni les for-
ces qui rendront fa nation refpedable à tous ceux qui
pourroient entreprendre de lui nuire , ou de troubler
îa tranquillité ; de-là naît le droit que les Jouverains
ont de faire la guerre , de conclure la paix , de for-
mer des alliances , &c, f^oye^ Paix , Guerre , Puis-
sance.
Tels font les principaux droits de la fouveraineté ,"
tels font les droits des fouverains;V\\\{{owc nous four-
nit des exemples fans nombre de princes oppref-
feurs , de lois violées , de fujets révoltés. Si la rai-
ion gouvernoiî \çs Jouverains , les peuples n'auroient
pas befoin de leur lier les mains , ou de vivre avec
eux d.ms une défiance continuelle; les chefs des na-
tions contens de travailler au bonheur de leurs fu-
jets , ne chercheroient point à envahir leurs droits.
Parune fatalité attachée à la nature humaine, les hom-
mes font des efforts continuels pour étendre leur pou-
voir ; quelques digues que la prudence des peuples
ait voidu leur oppofer , il n'en eft point que l'am-
bitjoa
sou
s 0 u
m
brtion& la force ne viennent à bout de rompre ou d'x^'
lucler. hch/ouvcmins ont un trop grand avantage fur
les peuples ; la dépravation d'une leule volonté fuffit
dans lofouverain pour mettre en danger ou pour dé-
truire la hilicité de (es fujets. Au-iicu que ces der-
niers ne peuvent guère lui oppoler l'unanimité ou lé
:oncours de volontés & dé lorces néceffaires pour
réprimer (es cntrepriics injufles.
Il dà une erreur tunelle au bonheur des peuples,
ians laquelle les fouverains ne tombent que trop
:omjnunément ; ils croient que la fouveraineté e(l
ivilie dès lors que Tes droits font reflérrés dans des
jornes. Les chefs de nations qui travailleront à la
îelicité de leurs fujets, s'afilireront leur amour, trou-
t^eront en eux une obéiiTance prompte ^ & (eront
toujours redoutables à leurs ennemis. Le chevalier
Femplc difoit à Charles IL quun roi d'Angleterre qui
'J{ r homme de fon peuple , efi le plus pand roi du man-
ie ; mais s^il veut être davantage , // n^ejl plus rien. Je
'eux être l" homme de mon peuple , répondit le mo-
larque. Foye^ les articles POUVOIR, AUTORITÉ,
Puissance, Sujets, Tyran,
Souverain , (Jurifprud.') ce titre cft donné à cer-
ains tribunaux, comme aux confeils/c)«vcv,2f/2i , aux
;ours fouveraines ; ce qui ne fignifîe pas que ces ju-
jes zyentwne Rutov'itcfouveraine qui leur foit propre,
nais qu'ils exercent la juilice au nom dujbuverain.
A la table de marbre, on appelle tenir lefouverain^
orfque les commiflTaires du parlement viennent y
;enir l'audience.
De même aux requêtes de l'hôtel , les maîtres
Jes requêtes , étant au nombre de (ept , jugent au
"ouverain certaines caufes dont ils font juges en der-
lier reffort, Foye^ Conseil souverain , Cour
îOuvERAiNE, Maître des requêtes, Requê-
rES DE l'hôtel. {J)
Souverain , ( Monnaie.') c°e(l: le nom d'une mon-
îoie frappée en Flandres vers le commencement du
dernier fiecle. Il y avoit audî un ôiQmi-fotiverain &
in quart Aq fouverain. Le fouverain de Flandres étoit
iu poids de fix deniers i i grains , ou 2 gros 1 2
crains trébuchans , & étoit reçu en France pour 1 3
.ivre?. Le demi -fouverain valoit ïo livres 10 fous ,
jefant i gros 6 grains ; le gros 3 liv. 5 fous pefant
lemi gros 3 grains. Cette monnoie n'a pas toujours
;u le même type. Le livre qui contient les réglemens
àits en 1641 pour les monnoies, donne la figure dé
ieuxjbuverains , dont le premier frappé en 16 16, a
i'un côté les efîigles des archiducs Albert &Elifabeth
iiTis, & de l'autre côté l'écu d'Autriche. Le fécond
rappé en 1622, a d'un côté le bufte de Philippe IVi
■oi d'Efpagne , & de l'autre côté fon écu. (i). /. )
SOUVERAINETÉ , ( Gouvernement. ) on peut 11
iéfinir avec Pu(rendorf, le droit de commander en
iernier refl'ort dans la fociété civile , que les mem-
bres de cette (ociété ont déféré à une (eule ou à plu-
r]eiusper(onnes,pour y maintenir l'ordre au-dedans,
ik la défcnfc au -dehors , & en général pour fe pro-
curer lous cette proteftion un véritable bonheur , &
fur-tout l'exercice affiiré de leur Hberté.
Je dis d'abord qiie la fouveraineté eu le droit de
Commander en dernier i'cirorî dans la fociété , pour
faire comprendre que la nature de la fouveraineté
conlide principalement en deux choies ; la première
dans le droit de commander aux membres delà (ocié-
té , e'e(l-;Vdire de diriger leurs adions avec empire
ou pouvoir de contraindre ; la féconde eft que ce
droit doit être en dernier refîbrt , de telle forte que
tous les particuliers foient obligés de s'y foumettre ,
(ans qu'aucun pui(rc lui réfiiler : autrement (1 cette
autorité n'étoit pas fupérlcure , elle ne pourroit pas
procurer à la fociété l'ordre & la sûreté qui font les
(îns pour lefquclles elle a été établie,
Tome XFi
Jo dis enfuitc que c'eft un droit déféré à une ou à
j)ki(ieurs pcrfonnes, parce qu'une république eitauff»
bien fouverainc qu'une monarchie.
J'ajoute enfin , pour fe procurer fous cette protec-
tion \m véritable bonheur, &c. pour faire connoïtré
que la fin de la fouveraineté e(l la félicité des peuoles,.
On demande quelle eft la fource prochaine de la
fouveraineté ., & quels en font les cara61ores ? il efl
certain que l'autorité (buveraine , ainli que le titre fur
lequel ce pouvoir eil établi , & qui en fait le droit ,
rélulte immédiatement des conventions mêmes qui
form.ent la (ociété civile , & qui donnent naifîance
au gouvernement. Comme Xz fouveraineté x(:.{\à.e ori-
guiairement dans le peuple , & dans chaque particu-
lier par rapport i\ foi-même , il réfulte que c'e(r lé
tranljjort & la réunion des droits de tous les particu-
liers dans la perfonne du (buverain , qui le conftitue
tel , & qui produit véritablement layo^veraZ/Ze'/f'; per-
fonne ne fauroit douter , par exemple , que lorique
les Romains choifircnt Romulus & Numa pour leurs
rois , ils ne leur conféralTent par cet acle même la
fouveraineté fur eux qu'ils n'avoient pas auparavant ^
& à laquelle ils n'avoient certainement d'autre droit
que celui que leur donnoit l'éleélion de ce peuple.
Le premier caraftere effentielde hfouveraineté ^ St
celui d'où découlent tous les autres , c'eft que c'cfl
un pouvoir fouverain & indépendant , c'ell-à-dire
une puifTance qui juge en dernier relTort de tout ce
qui eft fufceptible de la direûion humaine , & qui
peut intérefier le falut & l'avantage de la fociété ;
mais quand nous di(bns que lapuiiTance civile ed: par
fa nature fouveraine & indépendante , nous enten-
dons feulement que cette puhîance une fois confti-
tuée,aune pui(rance telle que ce qu'elle établit dans
l'étendue de (on diftrift , ne fauroit être légitimement
troublé par un autre pouvoir.
Eneftét, il eft ablblument néceffaire que dans tout
gouvernement , il y ait une telle puiflance fuprème ,
la nature môme de la chofe le veut ainfi , & il ne fau-
roit fubfifter fans cela ; car puifqu'on ne peut pas
muUiplier les pui(rances à l'infini , il faut néceifaire-
ment s'arrêter à quelque degré d'autorité fupérieur à
tout autre; Ik. quelle que foit la forme du gouverne-
ment monarchique , ariflocratique , démocratique ,
ou mixte , il (aut toujours qu'on foit foumis à une
décifion fouveraine ,puifqu'ii implique contradi£liort
de dire qu'il y ait quelqu'un au-defTusdeceluiou ceux
qui tiennent Ife plus haut rang dans un même ordre
d'êtres.
Un fécond caradere qui cft une fuite du premier^''
c'eft que le fouverain comme tel , n'eft tenu de rendre*
compte à perfonne ici-basde faconduite:quandjedis
que le fouverain n'eft pas comptable j j'entends aufti
long tems qu'il eft véritablement fouverain ; car la
fouveraineté n'exifte que pour le bien public , & il n'efl
pas permis au fouverain de l'employer d'une maniè-
re direftement oppofée à fa deftination, pulfqu'il ed
conftant que tout (buverain , ou tout corps de fouve^
ruineté eft foumis aux lois naturelles & divines.
Les limitations du pouvoir fouverain ne donnent
aucune atteinte à h fouveraineté; car un prince ou un
fénat à qui on a déléré la fouveraineté ^ en peut exer-
cer tous les dues , au(îî-bien que dans une fouverai'
ne té abfoluc : toute la différence qui s'y trouve , c'e(t
qu'ici le roi prononce feul en dernier reffort , (ui-
vant fon propre jugement , & que dans une monar-
chie limitée , il y a un fénat qui conjointement avec le
roi , connoît de certaines affaires , & que (on con-^
fentement eft une condition nécefl'aire fans laquelle
le roi ne (auroit rien décider.
Il nous rcfte à dire un mot des parties de \îs. fouvi^
rjineté , ou des différens droits efVcntiels qu'elle rer-«
ferme. L'on peut confidércr hfouycrainete comme ut?
Hhh
4^6
SOU
affemblage cle divers droits & de pliifieurs pouvoirs
diltindls , mais conterés pour une même riu, c'elt-à-
dire pour le bien de la l'ocicté , 6c quilont tous elVeii-
tiellemcnt néceflaires pour cette même fin ; ce Tout
ces différons droits , ces ditfcrens pouvoirs que l'on
appcWc les p^utics c^'cnticllcs Je la fouvcrainctc. Pour
les connoître , il ne tiuit que taire attention à leur tin.
La fouvcrainetî a pour but la conservation , la tran-
quillité & le bonheur de Fctat , tant au-dedans qu'-
au-dchors ; il tant donc qu'elle renferme en elle-mê-
me tout ce quiluiclt elicntiellcment néceflaire pour
procurer cette double fin.
La première partie de la fouvtranmc , & qui eft:
comme le fondement de toutes les autres , c'eft le
pouvoir Icgillatif en vertu duquel le fouverain établit
en dernier relTort des règles générales & perpétuel-
les que l'on nomme /o/« ; par-là chacun eÛ inllruiîde
ce qu'il doit faire ou ne pas faire pour maintenir le
bon ordre, de ce qu'il confervede fa liberté naturelle,
& comment il doitufer de fes droits pour ne pas trou-
bler le repos public.
La féconde partie cfîentielle de la fouveraineté cft
le pouvoir coactif , c'ell-à-dire le droit d'établir des
pemes contre ceux qui troublent la focicté par leurs
défordres, & le pouvoir de les infliger aduellement;
fans cela l'établiliement de la fociété civile & des lois
feroit tout-à-fait inutile , & on ne fauroit fe promettre
de vivre en sûreté. Mais afin que la crainte des peines
puiffe produire une impreffion aflez forte lur les ef-
prits , il faut que le droit de punir s'étende jufqu'à
pouvoir faire fouffrir le plus grand de tous les maux
naturels , je veux dire la mort ; autrement la crainte
de la peine ne feroit pas toujours capable de balan-
cer la force de la palTion ; en un mot , il taut qu'on ait
Tuanifeftement plus d'intérêt à obferver la loi qu'à la
violer : ainfi ce droit du glaive eftfans contredit le
plus grand pouvoir qu'un homme puiffe exercer fur
im autre homme.
La troifieme partie eiïentielle de lafouveraineiécû
de pouvoir maintenir la paix dans un état , en déci-
dant les différends des citoyens; comme aufTi de faire
grâce aux coupables lorfque quelque raiioxi d'utilité
publique le demande ; & c'efl-là ce qu'on appelle /e
pouvoir judiciaire.
4°. La fo/iveraineté renferme encore tout ce qui con-
cerne la religion par rapport à fon influence fur l'a-
vantage & la tranquillité de la fociété.
C'ert en cinquième lieu une partie effentielle de
la fouveraineté de pouvoir mettre l'état en sûreté à l'é-
gard du dehors , & pour cet effet d'avoir le droit
d'armer les fujets , lever des troupes , contraâer des
engagemens publics, faire la paix , des traités, des
alliances avec les états étrangers , & d'obliger tous
les fujets à les obferver.
Enfin , c'efl une partie de \a fouveraineté d'avoir le
droit de battre monnoie ; de lever les fubfides abfo-
lument nécefiaires en tems de paix & en tcms de guer-
re , pour affurer le repos à l'état , & pour pourvoir
aux nécefTités publiques. Telles font les parties effen-
tielles de \-à fouveraineté.
Quant aux difîcrentes manières d'acquérir \z fou-
veraineté ^ je mécontenterai de dire quelefeul fon-
dement légitime de cette acquifition efl le confentc-
mcnt , ou la volonté du peuple ; cependant il n'arri-
ve que trop fouvent qu'on acquiert hfouverairieié par
la violence , &C qu'un peuple efl contraint par la force
des armes de le ioumettre à la domination du vain-
queur ; cette acquifition violente dclîi fouverainté ic
nomme con^juéte ^ ufurpation. Voyez les mots CON-
QUÊTE & Usurpation.
Puifque la guerre ou la conqviête efi: un moyen
d'iicquérir Vd jouveraineté , il réiûltc que c'eif auffi un
anoyen de la perdre. ( Lt chevalier DE Jaucourt.^
SOU
Souveraineté absolve , ( Gouvemem. ) voye?
Monarchie absolue.
Souveraineté limitée , ( Gouvemem.^ voyez
Monarchie limitée.
SOUVIGNY , ( Géogr. mod, ) en latin moderne
Silviniacus , petite ville de France dans le Bourbon-
nois , fur le ruiileau de Qucfhe , près de l'Allier , à %
lieues de Moulins , & à 3 de Bourbon l'Archambaud.
Elle doit être ancienne , car Charlemagne y fit fes
premières armes dans la guerre de Pépin fon père,
contre le duc de Guienne. Les fires de Bourbon , dont
e(t venue la branche aujourd'hui régnante, y avoient
leur fépultiu-c. Le monallcrc^ du prieur de cette ville
vaut environ dix mille livres de rente. Long. 20. 62.»
laiit. jô'. jf. {D. J.)
SOWAAS , ÇMérallurg.) les Japonois donnent ce
nom à une compofition métallique qui n'eil: autre
chofe qu'un alliage d'or & de cuivre , &c qui travail-
lée , aune couleur auiîl belle que l'or pur.
SOYE, voyei Soie.
SOYETEÙR , f. m. ( Soierie.^ ouvrier qui travaille
en étoffes de foie. Il n'y a guère qu'à Lille , capitale
de la Flandre françoife , oii on leur donne ce nom ;
ailleurs on les appelle manitfucluriers , fibriquans ou
ouvriers en foie. Savary.
SOYEUX , adj. qui im.ite la qualité de la foie ; le
caflor eCifoycux : qui eft bien fourni de foie ; ceta-
fetas efi: très -Joyeux.
S O Z , {Géog. mod. ) Bourg d'Efpagne , aux fron-
tières de la Navarre ; c'eft un bourg remarquable par
la naifTance de Ferdinand V, furnommé le Catholique.
Il cpoufa Ifabelle de Cafl:ille , & réunit en faveur de
ce mariage , les états de Caftille à ceux d'Aragon en
1479. Cc^ ^o^is fon règne que Colomb découvrit le
nouveau monde , & foumit à la Caflille tant de ri-
ches provinces. Ferdinand remporta à Toro une gran*
de viftoire en 1476 fur Alphonfe V. roi de Portu-
gal , conquit le royaume de Grenade , & chafTa les
Maures d'Efpagne en 1491. Bientôt après , il fe ren-
dit maître d'Oran en Afrique , s'empara du royau-
me de Naples , ufurpa celui de Navarre en 1 5 1 1 , &
mourut en 1 5 1 6 au village de Madrigales, d'un breu-
vage que Germain de Foix , fa féconde femme , lui
avoit f^iit prendre, pour le rendre capable d'avoir des
enfans. Voilà fa vie ; la politique de ce prince n'eft
pas moins connue ; il parloit fans celTe de religion &
de bonne foi , & viola toujours l'une & l'autre. Il
trompa indignement le roi d'Angleterre fon gendre,
après avoir fuccefTivement trompé fon parent, le roi
de Navarre , & le roi Louis XII , & les Vénitiens ,
& les papes. On l'appelloit en Elpagne , le catholi-
que ; en Italie , le prudent ; en France & en Angleter-
re , le perfide ; & c'étoit-là le feul titre qu'il méritoit.
(^••^•)"
SOZUSiE , ( Géog. anc. ) Etienne le géographe
connoît trois villes de ce nom , l'une dans la Phéni-
cie ; l'autre dans la Pifidie , & la troifieme dans l'E-
thiopie. S. Epiphane en met encore une dans la Pen-
tapole , & il en fait un fiége épilcopal , dont il nom-
me l'évoque Héliodore. (Z?. 7.)
SP
SPA , (Géog. mod.) bourg du pays de Liège , fur
les confins du duché de Limbourg , à environ cinq
milles de la ville de Liège. Ce bourg eft toujours re-
nommé ])ar fes eaux minérales ; elles étoient déjà cé-
lèbres du tems de Pline , & vous trouverez la belle
& fimple defcription qu'il en fait dans fon Hift. nat.
liv. XXXI. ch. ij. zwmotTUNGRORUM FONS.
(D.J.)
SPACIEUX , adj. {Gramm) qui occupe un grand
efpace , un jardin fpacieux ; une mù(on fpacieufe. Au
s P A
figure , votîs avez entrepris cet ouvrage , le champ
SPADA ou SPATA , ( Géogn mod. ) cap de l'île
de Candie , à 8 lieues au couchant de la Canée ; c'eft
\t fpacum pjomontonum des anciens , lelon Coronelli.
SPADASSIN , f. m. ( Gram. Efcrim.^ homme fan-
guinairc & fou, qui le fait un jeu de ia vie & de
celle des autres qu'il expofe avec une imprudence qui
ne fe conçoit pas , en leur faifant mettre l'épée à la
main pour un oui ou non.
SPADILLE , f. m. au jeu de (Quadrille , c'ell l'as de
pique qui eft le premier a-tout & la première carte
de quelque couleur que foit la tr\omri\iQ : J'padilU
a le privilège de forcer les autres matadors quand il
a été joué la première carte, & que ceux qui les ont
n'ont pas d'autre a-tout à fournir. Il en eft de même
du balle à l'égard de la manille , le matador fupé-
rieur forçant toujours l'inférieur, /^oyé^ Matadors.
Spadille forcé, eft une manière de jouer à
l'hombre , afTez divertiffante quand on joue pour le
plaifir , parce qu'il y a toujours des bêtes au jeu , &
qu'on gagne fouvent codille quand on y penle le
moins ; mais quand le jeu eft intércfîé ce n'eft plus
la même chofe , parce que le jeu de l'hombre qui eft
tout fpirituel par lui-mêine, dégénère prefque en jeu
de hafard , & que la conduite ne fert de rien à un
joueur qui fe voit l'o\iventfpadiI/c fort mal accompa-
gné ; il le joue en tout comme le véritable jeu de
l'hombre dont nous avons parlé plus haut , chacun
parle à fon rang , &C û perionne ne joue , celui qui
a l'padilli eft obligé de jouer quelque foible que foit
fon jeu.
Celui qui ?ifpadllk en main peut pafler, pour voir
fi quelqu'un des joueurs ne le tirera pas d'embarras.
Quand perfonne niccwiefpad'dU , on voit dans le
talon s'il n'y eft pas , celui qui l'a fait la bête, & le
coup ne fe joue pas.
S P A D O N , voyei E S P A D O N*
SPAGIRIQUE , adj. (^Gram.) Au 2^rçC(s-!S!<tuv-y ex-
traire ; c'eft une épithete par laquelle on défigne la
Médecine chimique. Spaf;int]ue s'oppofe h galemijue.
SPAHI -AGASI , f. m. terme de relation ; aga ou
commandant des faphis. Lejpahi-aga^ 6c les cazial-
ques vont chez le grand-feigneur avec beaucoup de
cérémonies , toutes les fois que fe tient le divan. Dus
loir. (D. J.)
SPAHILAR-AGA , f. m. (Hifi. mod.) colonel-gé-
néral de la cavalerie turque ou des fpahls ; c'eft un
des grands officiers du fultan. Il a la même autorité
furies fpahis, que l'aga des jannlflaires fur ce corps
d'infanterie , elle étoit même autrefois li grande ,
qu'elle étoit redoutable au grand-feigneur ; mais le
vifir Cuprogli l'a beaucoup diminuée , en abaifîant le
corps des fpahis qui avoient détrôné l'empereur Of-
man. Guer. Mœurs des Turcs , tom. II,
S P A H I S , f. m. ( Hift. mod. ) chez les Turcs font
les foldats qui compofent la cavalerie de leurs ar-
mées.
On les nommolt autrefois feliclarlis , c'eft - à - dire
hommes d'épée , mais ayant plié lâchement dans une
occafion , Mahomet III. les cafta & leur fubftitua un
nouveau corps qu'il nomma fpahis , c'eft-à-dire fim-
ples cavaliers , & leur donna un étendard rouge. On
les tire ordinairement d'entre les baltagis (k. les icho-
glans du tréfor & de la fauconnerie , & d'entre les
Turcs naturels d'Afie.
Les fpahis fe fervent de l'arc .& de la lance plus
commodément que des armes h feu. Quelques-uns
portent à la main un giri( efpece de dard de z pies
de long , qu'ils lancent avec autant de force que d'a-
drcfie , mais leur arme la plus redoutable eft le cime-
terre ; quelques-uns portent aufîi pour armes défenfi-
ves des cottes de mailles, des cuiralîes ëc des e^ilques,
Tome Xr,
S P A
417
mais le plus grand nombre n'a que l'habillement or-
dinaire des Turcs <k le turban.
Autrefois hs fpahis d'Afie ne pâroiftbient jamais à
l'armée, que fuivis de trente ou quarante hommes
chacun, fans compter leurs chevaux de main, ten-
tes & bagages : avijourdliui ils y vont fur le pié de
fimples foldats. Leur corps n'eft pourtant jamais qu'^
une multitude confufe qui n'eft diftribuée ni en régi-]
mens, ni en compagnies; ils marchent par peloton's ,
combattent fans beaucoup d'ordre, s'abfentent du
camp&: quittent le fervice fans congé. Ils ont cepen-
dant quelques capitaines qu'on nomme agas , qui ont
cent-cinquante afpres de paye par jour ; celle des
fpahis eft depuis i z afpres jufqu'à 30 ; mais ceux qui
ne fe trouvent pas à la paye du mois de Novembre ,
font rayés de deiuis les regiftres du grand-feigneur.
Cette cavalerie paftbit anciennement pour la meil-
leure de l'Europe ^ mais depuis qu'on a permis aux
domeftiques des bâchas d'y entrer j elle eft devenue
molle , vile & libertine : leur général en chef fe nom^
me fpahilar-aga. Guer. Mœurs des Turcs > tom. H.
SPALATRO ou SVkl.ki:0,{Géog.mod.) ville
de l'état de Venife, capitale de la Dalmatie vénitienne,
fur le golfe de Venife , à 3 milles de Salone , à i z
de Trau , & environ à 400 de Venife, Elle eft aftez
peuplée, parce que c'eft une échelle des carava-
nes de Turquie qui y déchargent leurs marchant
difes pour Venife. D'ailleurs , fon port eft grand 6c
a un bon fonds. Long. 34. 10. latit. 43. 62.
Dans les monuinens de quatre cens ans, cette
ville eft appellée Spaletuniy Spalatum; &: de cette
manière Spalato fembleroit plus conforme à l'ori-
gine que Spalatro , quoique ce dernier mot foit
le plus en uflige. Ce mot peut lui être venu de
palatium^ parce que ce lieu n'étoit anciennement
qu'un palais de l'empereur Dioclétien né à Salone j
& l'on en voit encore les reftes. Le dôme de Spa-
latro étoit un petit temple au milieu de ce palais.
Depuis que ce temple a été changé en églife , on l'a
percé pour y faire un chœur, & on y a fait quelques
jours. Les murailles du palais de Dioclétien qui em*
braflent les deux tiers de la ville , oifrent encore
trois portes d'une belle architetlure , & dont les
pierres fous l'arc font entées en mortaife les unes
fous les autres.
Spalato pafta en 1 1 Z4 fous la domination des Véni-
tiens qui ont agrandi fes murailles, 6l les ont forti-
fiées. Elle a eu. le titre d'archevêché vers l'an 6 50 ; &
fon archevêque fe dit primat de laDalmatie, quoiqu'il
foit fujet lui-même à la primatie de Venife. Il a
douze fuffragans, & prefque tous dans un trille état
par le voifmage du Turc.
Le fameux (Marco- Antonio de) '2?0/72i,7/5 devint
archevêque de cette ville; c 'étoit un phyficien de
quelque mérite, & un homme plein de vîies pour
la pacification des troubles de religion. Il chercha
une retraite en Angleterre fous le règne de Jacques
premier; & ce fut un grand fujet de triomphe à la
nation, qui enlevoit un profélyte de ce rang aus
cathohques romains; mais le prélat de Dalmatie,
quoique fort accueilli , 6l élevé à quelques hoil^
neurs , ne les trouva pas capables de fatisfaire fon
ambition ; il prit le mauvais parti de retourner en
Italie , à la foUicitation de rambanadour d'Efpagne ,
qui lui fit efpérer un chapeau de cardinal. Etant ar-
rivé ci Rome, il y fit une abjuration publique de la
religion proteftante ; cependant il n'obtint aucune
dignité , & même quelque tems après il fut arrêté
fiir quelques loupçons de fes vrais fentiinens , 6»: il
fut enfermé dans le château faint Ange , oii il finit
fa vie en 1625 , â^'é de 64 ans.
Pendant fon féjour en Angleterre, il fit imprimer
Vhiftoire du concile de Trente de Fra Paolo. Il p\iblia
dans le même pavs un grand ouvrage , intitulé ,■ dé
H h h ,j
4i8
S P A
repiih/ica ecclc/îa/iiccz, Londini 1617 & i 6lî, cn deux
volumes In-fol. is: Ton cn a donne depuis un troi-
llenie volume en AUem igne en 1658. La Sor])onne
a ccnfurc plufieurs propoiitions du premier tome
tle cet ouvrage; & Richer a t'ait l'ur cette ceniure
quelques notes, dans Idquelles il n'eft pas du kn-
timent de les confrères.
Dominis eft connu des Phyficicns par un petit
\xz\\.cdiTadns vijus ù /«c/i', imprime AVenife en 161 1
i«-4°. dans lequel il explique les couleurs de l'arc-
en-clel, par deux rétractions de la lumière foiaire
& une réflexion entre-deux. Kepler avoit déjà eu la
même penlce. Del'cartes a fuivi cn partie l'explica-
tion de Dominis ; niais la véritable expolition de ce
phénomène étoit rélervée à Newton par le moyen
de la do£trine des couleurs, qui ell la feule véri-
table. {D. y.)
SPALDYNG, {Gcog. mod.) owSPALDING, petite
ville à marché d'Angleterre, dans l'incolnshire , au
quartier du HoUand , vers l'embouchure du \ycl-
land. Elle elt toute renfermée de rivières, de cou-
pures & de marais. (Z>. /.)
SPALETHRA , {Gcog. anc.) ville qu'Etienne le
géographe place dans la Thelfalie. C'eft la Spalathra
que Pline , liv. IK ch. ix. met dans la Magnélie.
Le ptrypU de Scylax fait de Spalathra une ville ma-
ritime de la Magnéfie. {D. 7.)
SPALMADORI , {Gcog. mod) petite île de l'Ar-
chipel, près de l'île de Scio , vis-à-vis de Porto-Del-
phino. Ce fut aux environs de Spalmadori , que les
Turcs dé.^rent l'armée navale des Vénitiens en 1695.
(z?. y.)
SPANDAW, {Gcog. mod.) ou SPANDOW, ville
d'Allemagne , dans la moyenne marche de-Brande-
bourg , fur le Havel , près de fon embouchure dans la
Sprée , à trois lieues au nord-ouell: de Berlin. Avant
que d'entrer dans Spandaw , on palTe fur la chauffée
d'un étang, au milieu duquel efl: une citadelle très-
forte , qui renferme un arlenal des mieux fournis
d'Allemagne , avec une grofle garnilon à caufe de
l'importance de cette place. La ville eft éloignée de
la citadelle d'une moufquetade : elle eft fortifiée de
remparts de terre, & de murailles de brique. Plu-
sieurs françois protellans s'y font réfugiés, comme
clans un fur afyle. Longitude j /. 20. latitudi 6x. j 4.
{D. J.)
SPANGENBERG, {^Gcog. mod. ) ville d'Allema-
gne, dans le bas landgraviat de Hefle, au quartier
appelle Jmpt - Spangenbergy dont elle eft le chef-
lieu. Sa fituation ef^ à environ 4 milles germaniques
au fud-eft de Caffel , fur une petite rivière qui le
jette dans la Fulde. Longitude, 27. ij.latie.5i. ly.
{D. J.)
S P A N H E I M , {^Gcog. mod.) ou S P ON H E I M ,
comté d'Allemagne , dans le bas palatinat. Il cil borné
au nord par l'éledorat de Mayence,au midi par les
duchés de Lorraine & de Deux-Ponts, à l'orient par
l'cledorat du Palatinat , 6l au couchant par l'élcc-
torat de Trêves. L'éle6teur palatin polfede la plus
grande partie de ce comté. (Z>. /)
SPARADRAP, f. m. terme de Chirurgie & de Phar-
macie , lorte de toile enduite d'emplâtre de chaque
côté. Elle le fait en trempant de la toile demi-ufcc
dans une compolltion emplaltrlque , fondue &: un
fieu refroidie. On la polit en la raclant avec une
ongue li)atule. Il y a autant de fortes de fparadrap
qu'il y a d'emplâtres dans lefquels on trempe cette
toile. On l'appelle communément toiU à Gautier,
probablement du nom de Ion inventeur. Elle lert à
couvrir le pois qu'on met dans le trou d'un cau-
tère, & peut être employée alteinativement plu-
fieurs fois , d'un côté & d'un autre. On préfère
dans ce cas , une feuille fraîche de lierre. Le fpara-
S P A
drap fert h Former des bougies pour le canal de l'Ui
rcthre, & des londes ou tentes emplaftriques pour
les linus, &c. (1)
SPARAGON , f. m. (Com.) forte de baffe laine
qui le fabrique en Angleterre.
SPARAILLON, f. m. {Hi[l. nat. Ichthiolog)
SPARGOIL , SPARLE , fpnrgus ., jparus .^ pollVon
de mer fi reffemblant à la dorade , que les pêcheurs
mcines s'y trompent au premier coup-d'œil ; il en
diffère cependant , en ce qu'il a le corps plus rond,
moins épais , j)lus applati 6i. moins long : il a rare-
ment plus d'un empan de longueur. L'ouverture de
la bouche ell moins grande , 6c la tête plus appla-
tie que dans la dorade , mais le bec a plus de lon-
gueur. On reconnoît très-aifément ce poiffon par une
taehe noire qu'il a fur la queue, hcs/paraillons reffcnt
fur les rivages de la mer : ils le réu mirent plulieurs en-
lemble pendant les froids : leur chair efl: tendre, mais
moins ferme que celle de la dorade. Rondelet , hijl.
natur. des foijf, part. I. Uv. f^. ch, iij, f^'^oye^ POIS-
SON.
SPARGANÎUM , f. m. {^Botan.) genre de plante
nommée vulgairement en françois ruban d'eau , &
dont voici les caractères. Ses fleurs font mâles , poly-
pétales , herbacées, garnies d'un grand nombre d'é- j,
tamines , 6l fortement attachées à la tige en forme
de globes. Ses ovaires font fitués fur la même tige,
au -delious des fleurs mâles dont nous venons de
parler. Ce font de petits tubes recourbés , fembla-
blés à des flllques , & qui deviennent en murif-
lant offeux , mono-capfulaires ou bi-capfulaires ; ils
contiennent un noyau farineux. Ses ovaires font
aufli en globes femblables à des nœuds. Tournefort
en compte trois elpeces , qui ne méritent aucune
delcrlption particulière. {Ô. J.)
SPARGELLE , f. f. ÇBotan.) royei Spergula.
(i). y.)
SPARGOIL , Foye^ SPARAILLONi
SPARLE, ^ojf^ Sparaillon.
SPARTARlVS CAMPUS.^ {^Gcogr. anc.) campa-
gne dansSirabon, Ub. pag. /Oo. Il la met en Eipagne,
ôc dit que le chemin de Sagunte & de Sétabis à Cor-
doue , s'éloignoit un peu de la mer, & paffoit par
cette campagne: Strabon entend parler delà campa-
gne qui étoit aux environs de Carthagenc-la-neuve,
Ôt OLi on trouvoit cette elpece de jonc appelle y/^^r^
tum , qui avoit donné à la ville le nom de Spuriaria^
& à la campagne celui de Spartanus campu%. C'étoit
une elpece de jonc blanc 6l lec , qui croiffoit lans
eau. Il étoit d'un ulage prelque univerfel; il le filoit
& on en failoit des cordes pour les cnariots , des ca-
bles pour les valUeaux , des nattes pour lervir de lits,
des nalfes pour la pèche , des louliers & des habits
pour les pauvres gens , & enfin il lervoit à brûler : on
le traniportoit de toutes parts, 6l lurtout en Italie.
Cette elpece de jonc le trouve encore à-préfent dans
la même campagne , aux environs de Carthagène»
SPARTE ou LACÉDÉMONE, (G^e'o^.a/zc.) ville
du Péloponnefedans la Laconie.
J'ai promis au mot Lacédémonc , de la décrire ; &
comment pourrols-je l'oublier ? Son nom leui rap- »
pelle de plus grandes choies , & furtout de plus fl
grandes vertus, que celui de toutes les autres villes
de la Grèce enlemble. Sa gloire a fait tant de bruit
dans le monde, & dans les annales de rUlfloire, qu'on
ne le laflè point d'en parler. Les auteurs ont coutume
de donner le nom de Spartiates aux habitans de la
ville, &; celui de Laccdcmoriiens ^\.\x\\■dh\Xdns de la
campagne. Hérodote , Xénophon 6c Diodore , ont
prelque toujours obfervé cet ulage.
Cette villf a été bâtie par Lacédémon , qui regnoit
avec Eurotai en Lacorue, la 67 année de l'ère atti-
s P A
que, & la 1 5Î9 année avant J. C. Il la nomma Spcif-
tc , du nom de la femme ; & c'eil le l'eut nom dont Ho-
mère faffe ufage pour déùgner la capitale de la Laco-
tîie.
Plus ancienne que Rome de 983 ans; plus que
Carthage de 867 ans ; plus que Syracufe de 995 ans ;
jlus qu'Alexandrie de 1405 années; plus que Lyon
le 1693 années ; & plus que Marfeille àz 1136, car
Lufcbe prétend que cette dernière ville a été bâtie
[736 ans avant la nailTance de J. C,
La forme de Spam étoit ronde , & fon terrein iné-
gal & coupé par des collines, félon la defcription de
^olybe. Cet hiftorien lui donne 48 ilades de circuit,
:'efî-à-dire un peu plus de deux lieues de France ;
ircuit bien différent de celui d'Athènes, qui appro-
:hoit de 100 llades. C'eiHà-delRis que Thucyciiue
ait une fi belle remarque fur la fortune de ces deux
ailles , qui ont autrefois partagé toute la Grèce pour
eurs intérêts. « Imaginons-nous, dit-il, que la ville
> de Sparte foit rafée , & qu'il en refle ieulemcnt les
' temples & le plan de les édifices ; en cet état , la
• poilérité ne pouiroit jamais fe figurer que fa pulf-
> fance £>: fa gloire fulfent montées au point oii elles
< font. Si nous fuppcfons , au contraire , que la ville
' d'Athènes ne foit plus qu'une efplanade, fon afpeâ:
nous devroit toujours perfuader que la puifuncc
' aura été deux fois plus grande ou 'elle n'cil ».
^ 1 w i.
Dans les premiers teras, Sparte n'eut point de mu-
ailles , & quolqu'ouverte , Agéf laiis la détendit coa-
•e Epaminondas , après la bataille de Leurres; elle
emeura telle 6 ou 700 ans, félon la plupart des hi-
:oriens; ce flit du tems de Pyrrhus que le tyran Na-
is éleva des murs à cette ville. Philopocmcn les fit
battre , & Appius Claudius les rétablit bientôt
[)rès.
Hérodote dit que du tems de Xerxès , la ville de
parte pouvoit fournir huit mille hommes capables
e porter les armes; mais ce nombre augmenta bien
ans la fuite y &: rien ne preuve mieux la multitude
es habitans de la république de Lacédémone, que
;s colonies qui en font forties. Elle peupla Byzancc,
uatre ou cinq villes d'Afie, une dans l'Afrique, cinq
ufixdans la Grèce, trois ou quatre provinces d'ita-
e , une ville en Portugal, 6l une* autre en Efpagne
uprès de Cordoue. Cependantlcnombredefciiiabi-
ins n"a roulé que fur la fécondité de leurs mariages.
'parts ne fouftriî point que des familles étrangères
inffent s'établir dans fcn enceinte , ^.i jamais ville
'a étt plus jaloufe de fon droit de bourgcoifie.
Elle fut toujours diflinguée parles Romains, tant
u'ils en furent les maîtres ; cnlin elle tomba fous la
omination des Turcs, l'an deJ.C* 1460, 7 ans après
i prife de Conftantinople , 5 ans après celle d'Athè-
cs , & 3210 ans après fa fondation. On la nomme
ujourd'hui Mijîjlra ^ dont il efl: bon de voir VunicU.
e pafle maintenant à ce qu'elle étoit du tems de Pau-
anias. Voici la defcription qu'il en fait , dont j'cla-
ucrai peu de chofe.
En deicendant de Thornax, dit-il, on trouvoit de-
'ant foi la ville de Sparte , qui étoit appellée ainfi de
a fondation ; mais qui dans la fuite prit le nom de La-
édimone , parce que c'ctoit le nom du pays. Il y avoit
lans cette ville beaucoup de chofcs dignes de curioli-
é. En premier lieu, la place publique oii fe tenoit le
énat des vieillards, qui étoicnt au nombre de iS ;
z iénat de ceux qui font les confervateurs des lois ;
e fénat des éphores , & le fénat de ces maglfîrats
[u'ils appelloient^i^w/7^. Le fénat des vieillards étoit
c fouverain tribunal des Lacédémoniens , & celui qui
égloit toutes les affaires de l'état. Les autres féna-
eurs étoient, à-proprement parler, des archontes ;
es éphores croient au nombre de cinq , &; les l)i-
liéens de même. Ceux-ci étoient commis pour veil-
er fur les jeiuies gens, ik pour préfidcr à leurs exer-
S P A
42t)
ciccs , foit dans k' lieu qu'ils nommoionîîe platam^c'*
loit par-tout ailleurs. Ceux-là étoient charcés de
foins plus importans , & chaque année ils en%om»
moient \\\\ d'cnlr'eux qui prcfiJoit aux autres , & dor.t
le nom fervoit à marquer Tannée, de la mcme ma-
nière qu'à Athènes les neuf élifoient un d'entr'eux
qui avoit le nom dCarchonte par excellence.
Le plus bel édifice qu'il y eût dans la place, étoit
le portique des Perfes, ainfi nommé parce cu'il avoit
été bâti des dépouilles rem.portées fur les Perfes.
Dans la fuite on l'avoit beaucoup agrandi tk orné.
Tous les chefs de l'armée des Barbares, & entr'au-
très Mardonius , fils de Gobryas , avoient là chacun
leurs ftatuesde marbre blanc, & ces ûatues étoient
fur autant de colonnes : on y voyoit aufTi la flatue
d'Arthémife, fille de Lygdamis &c d'HalicarnalTe. On
dît que cette reine de fon propre mouvement, joi-^
gnit les forces à celles de Xerxès pour faire là
p,ucrre aux Grecs , & que dans le combat naval qui
fut donné auprès de Salamine , elle fit des prodiges de
Augufte fjn fils. On remarquoit fur l'autel de ce der-
n.nr une figure d'Agias, gravée fur du cuivre : c'efl
cet Agias qui prédit à Lyfander qu'il fe rendroit maî-
tre de toute la flotte d'Athènes à Aigofpotamos, à la
rclerve de dix galères , qui en effet fe fauverent en
Chypre.
Dans la place de Sparte on voyoit encore trois fla-
t;îes , un^ d'Apollon pythie n , l'autre de Diane , & la
troifiemede Latone. L'endroit où étoient ces fiatues,
étoit une enceinte qu'ils appelloient du nom ds
chœt:ry parce que dans ces jeux publics auxquels les
jeunes genss'exerçoient, & qui fe célébroient avec
be^tucoup de folemnitc, toute la jcunefî'e alloit là, ce
y forrnoit des choeurs de muliquc en l'honneur d'A.*
poUon.
Près de-là étoient plufieurs temples, l'un confacré
à la Terre , l'autre à Jupiter agoréus , un autre à Mi-
nerve agcréa,&: un quatrieme'à Neptune furnomm.é
afphalius. Apollon & Junon avoient aulH chacun le
Luu- : on voyoit aufii une grande flatue qui repréfen-
îoitle peuple de Sparte ; & un peu plus bas le temple
des Parques. Tout joignant ce temple étoit le tom-
beau d'Orcfle : auprès de fa fépulture on remarquoit
le portrait du roi Poly dore, fils d'Alcamène. Les La-
cédémoniens onttellcment uillingué ce roi entre tous
les autres, que les ades publics ont été long-îems fcel-
lés de fon fceau.
Au même lieu il y avoit un Mercure qui portoit
un petit Bacchus , & ce Mercure étoit furnommé/j^c-
leus. Il y avoit aufîi dans le même endroit des ran-
gées d'anciennes fiatues, qui repréfentoient les épho-
res de CCS tems- là. Parmi ces fiatues on voyoit le
tombeau d'Epiménide , & celui d'Aphareus j^ils de
Périérès. Du côté droit éiolcnt les Parques; on voyoit
les f ailes oii les Lacédémoniens prcnoic-nr ces repas
publics qu'ils nommoient phidities,6L là étoit auPù Ju-
piter hofpitaiier & Minerve hofpitaliere.
En fortant de la place, & pafiant par la rue des
Barrières , on trouvoit une m.aifon qu'ils appel'.oient
U Boonm. Au-deffus du fénat des bidiéens il y avoit
un temple de Minerve, où l'on d''t qu'UlylFe confa-
cra une llatue à la déelfe , fous le nom de Minerve cc-
lait '1 eu, comms un monument de la vidoire qu'il
a. oit remportée fur les amans de Pénélope ; & il fit
bâtir fous le même nom ,tro-s î-emplcs en trois diffé-
rens endroits. Au bout de la rue des Barrières , on
trouvoit une fépulture de héros, entr'autres Celle
d'îops , qu'on croit avoir vécu en\i!on le tc^^s d^
Lclex & de Mylès, celle encore d'Amphiaraiis , fils
d'Oïclès.
43 o
S P A
Près de-lù ctolt le temple de Neptune liirnommé
ténarien,&C aflez près onvoyoit une ftatue de Miner-
ve. Du même cùtéontrouvoitla place Hcllénlc,ainfi
appelléc parce que dans le tems que Xerxès pafla en
Europe , tontes les villes grequcs qui prirent les ar-
mes contre lui , envoyèrent leurs députés ;\ Spam ,
& CCS députés s'abouchèrent 1;\ pour avifer aux
moyens de rélilleràune puiilance fi formidable. D'au-
tres dilbient que cette dénomination étoit encore plus
yncienne , (!k qu'elle venoit de ce que tous les prin-
ces de la grece ayant pour l'amour de Ménélas , entre-
pris le licgc de Troye,ils s'aflcmblerent en ce lieu
pour délibérer llir cette expédition , & lur les moyens
de tirer une vengeance de Paris qui avoit enlevé Hé-
lène.
Près de cette place , on montroit le tombeau de
Talthybius ; mais ceux d'Egion en Achaie avoient
aufli dans le marché de leur ville un tombeau , qu'ils
alîuroient être celui de Tahhybius. Dans le même
quatier , on voyoit un autel dédié à Apollon Acri-
tas , ainfi appelle , parce que cet autel étoit bâti iiir
une hauteur. On trouvoit dans le même endroit un
temple de la Terre , qu'ils nommoient Gafepton , &
\\n peu au-deffiis un autre temple d'Apollon , fur-
nommé MuUdtis: palTé la rue des Barrières contre
les murs de la ville , on trouvoit une chapelle dédiée
à Didynne , & enfuite les tombeaux de ces rois, qui
ont été appelles Eurypontides.
Auprès de la place Hellénienne , il y avoit le tem-
ple d'Arfmoé , qui étoit fille de Leucippe , & belle-
ibeur de Caflor & Pollux. Du côté des remparts , on
voyoit un temple de Diane , & un peu plus loin la
fépulture de ces devins qui vinrent d'EHs , & qu'on
appelloit Jamidcs. Maron & Alphée avoient aufTi-là
leurs temples. C'étoit deux grands capitaines , qui ,
après Léonidas , fignalerent le plus leur courage au
-combat des Thermopyles. A quelques pas de-là , on
voyoit le temple de Jupiter Tropeus. Mais de tous
les temples qui étoient à Sparu , le plus révéré étoit
celui de la mère des dieux. On voyoit auprès le mo-
nument héroïque d'Hyppohte , fils de ïhéfée , &
celui d'Aulon Arcadien , fils de Tléfimene , frère de
Parthenopée.
La grande place de Sparu avoit encore une autre
ifllie , & de ce côté-là on trouvoit un édifice où les
habltans venoient prendre le frais. On difoit que ce
bâtiment étoit un ouvrage de Théodore de Samos ,
qui le premier trouva l'art de fondre le fer & d'en
faire des ftatues. C'eftà la voûte de cet édifice que
les Lacédémoniens avoient fufpendu la lyre de Ti-
niothée de Milet , après l'avoir puni de ce qu'aux
fept cordes de l'ancienne lyre , il en avoit ajouté
quatre autres.
A quelques pas du temple d'Apollon , étoient
trois autels dédiés à Jupiter Ambulius , à Minerve
Ambulia , & aux Diofcures , qui avoient auffi le fur-
nom ôiAmbuUi. Vis-à-vis étoit une éminence appel-
lée Colona , où il y avoit un temple de Bacchus Co-
lonate : ce temple tenoit prefque à un bois qu'ils
avoient confacré à ce héros , qui eut l'honneur de
conduire Bacchus à Sparte. Du temple de Bacchus à
celui de Jupiter Evanemus , il n'y avoit pas loin , &
ûe ce dernier on voyoit le monument héroïque de
Fleuron , dont les enfans de Tyndare defcendoient
par leur mère.
Près de là étoit une colline où Junon Argiva avoit
un temple, qui avoit été confacré , dit-on , par Eu-
rydice , fille de Lacédémon, & femme d'Acrifius,
ik. qui étoit fils d'Abas : car pour le temple de Junon
Hyperchiria , il avoit été bâti par le confcil de l'o-
racle, dans le tems que le fleuve Eurotas inondoit
toute la campagne. On voyoit dans ce temple une
ftatue de bois d'un goût fort ancien, & qui repréfcn-
toit, à ce qu'ils difoient, Vémis-Junon. Toutes les j
S P A
femmes qui avoient des filles à marier, faifoienl
des facrificcs à cette déefîe.
Au fortir de la place, vers le couchant, étoit le
théâtre bâti de marbre blanc. Vis -à- vis du théâtre
étoit le tombeau du roi Paufanias , qui commandoit
les Lacédémoniens au combat de Platée. La fépul-
ture de Léonidas étoit tout auprès. Tous les ans on
taifoit les oraifons funèbres de ces grands capitaines
fur leurs tombeaux , 6c ces oraifons étoient fuivies
de jeux funéraires , où il n'y avoit que les Lacédé-
moniens qui fulient reçus à difputer le prix. Léoni-
das étoit véritablement inhumé dans ce lieu-là; car
fes os avoient été rapportés des Thermopyles par
Paufanias quarante ans après fa mort. On voyoit
aufTi-là une colonne , fur laquelle étoient gravés les
noms de ces grands hommes , qui foutinrent l'effort
des Perfes aux Thermopyles , &: non-feulement leurs
noms , mais ceux de leurs pères. Il y avoit un quar-
tier dans la ville qu'on nommoit le Théoméllde , oh
étoient les tombeaux des rois , dits Agides. Le lefché
étoit tout contre. C'étoit le lieu où les Crotanes
s'afîombloient , & les Crotanes étoient la cohorte
des Pitanares.
On trouvoit enfuite le temple d'Efculape , qu'ils
nommoient VEnapadon , & un peu plus loin le tom-
beau de Ténarus , d'où un promontoire fort connu
avoit pris fa dénomination. Dans le même quartier
on voyoit le temple de Neptune Hyppocurius , &
celui de Diane Eginea. En retournant vers le lefché,
on trouvoit fur fon chemin le temple de Diane Iffo-'
ria , autrement dite Liminéa. Près de ces tombeaux:
des Agides , on voyoit une colonne , fur laquelle on
avoit gravé les viûoires qu'un lacédémonien , nom-
mé Anchionis.^ avoit remportées , au nombre de fept,
tant à Olympie qu'ailleurs. On voyoit aufîi le tem*
pie de Thétis dans ce quartier-là. Pour le culte de
Cérès Cthonia , qui étoit établi à Sparte , les habi-
tans croyoient l'avoir reçu d'Orphée ; mais il y a
plus d'apparence qu'ils l'avoient pris des habitans
d'Kermione , chez qui cette déefle étoit honorée
fous le même nom. On voyoit auffi à Sparte un tem-
ple de Scrapis , & un temple de Jupiter Olympien.
Il y avoit un lieu qu'ils appelloient Dromos , où
ils exerçoient leilrs jeunes gens à la courfe. Si l'on
y entrolt du côté qui regardoit la fépulture des Agi-
des , on voyoit à main gauche le tombeau d'Eumé-
dès, qui étoit un des fils d'Hippocoon , & à quelques
pas de-là une vieille ftatue d'Hercule. C'étoit à ce
dieu , & en ce lieu-là , que facrifioient les jeunes
gens qui fortoient de l'adolefcence pour entrer dans
la clafle des hommes. Le Dromos avoit deux gym-
nafes ou lieux d'exercices , dont l'un avoit été con-
facré à cet ufage par Euryclide de Sparte. Au dehors
& près de la ftatue d'Hercule , on montroit une mai-
fon qui étoit autrefois la maifbn de Ménélas. Plus
loin on trouvoit les temples des Diofcures, des (>ra-
ces , de Lucine , dApollon Carnéus & de Diane
Hégémaque.A droite du Dromos,on voyoit le temple
d'Agnitas;c'étoit un furnom qui avoit été donné à Ef-
culape , à caufe du bois dont la ftatue avoit été faite.
Quand on avoit pafTé le temple d'Efculape , on
voyoit un trophée que Pollux, à ce qu'on dit, avoit
érigé lui-même après la viftoire qu'il avoit rempor-
tée fïir Lyncée. Les Diofcures avoient leurs ftatues
à l'entrée du Dromos , comme des divinités qui pré-
fidentà la barrière. En avançant plus loin , onvoyoit
le monument héroïque d'Alcon ; à quelques pas de-
là étoit le temple de Neptune , furnommé Domat'dcs.
Plus loin étoit un endroit , qu'ils nommoient le Pla^
tanifle , à caufe de la grande quantité de grands pla-
tanes dont il étoit rempli. Fc)>'e{PLATANiSTE.
Vers ce bois de platanes, on voyoit aufîi le monu-
ment héroïque de Cynifca , fille du roi Archidame.
Derrière un portique qui étoit-là , on trouvoit en-
I
s P A
:ore (^'autres monumens héroïques , comme ceux
l'Alcime &: d'Enarephore ; un peu plus loin ceux de
forcée & de Sébrus. Dorcée avoit donné fon nom
i une fontaine qui étoit dans le voifinage , & Sébrus
eilen à une rue de ce quartier-là. A droite du mo-
lunientde Sébrus, on remarquoit le tombeau d'Alc*
nan. Là le trouvoit aulTi le temple d'Helene &i. le tem-
lie d'Hercule ; le premier plus près de la lépulture
i'Alcman ; le fécond contre les murs de la ville. Dans
e dernier il y avoit une ftatue d'Hercule armé ; on
.it qu'Hercule étoit rcpréfenté ainfi , à caufe de fon
ombat avec Hippocoon & avec ics enfans.
En fortant du Dromos , du côté de l'orient , on
rouvoit un temple dédié à Minerve Axiopœnas , ou
engerelTe. Minerve avoit encore dans cette rue un
;mple , qu'on trouvoit à gauche au fortir du Dro-
105. On rencontroit enluite le temple d'Hippofthè-
e , homme célèbre pour avoir été plufieurs fois
ainqueur à ta lutte ; 6c vis-à-vis de ce temple , il y
vok une liatue fort ancienne , qui repréfentoil Mars
nchaîné , fur le même fondement qu'on voyoit à
thènes une Viftoire fans ailes : car les Lacédémo-
iens s'étoient imaginés que Mars étant enchaîne ,
;meureroit toujours avec eux , comme les Athé-
lens avoient cru que la Vidoire n'ayant point d'aî-
s , elle ne pourroit s'envoler ailleurs ni les quitter,
'étoit la raifon qui avoit porté ces deux peuples à
;préfenter ainfi ces divinités. Il y avoit encore à
pane un autre lefché , qu'ils nommoient le PœciU.
On voyoit tout près les monumens héroïques de
admus , fils d'Agenor ; d'Oéolicus , fils de Théras ;
; d'Egée , fils d'Oéolicus. On croyoit que c'étoit
[éiis , Léas & Europas , fils d'Hyrée & petit - fils
Egée , qui avoient fait élever ces monumens. Ils
'^oient même ajouté celui d'Amphiloque , parce que
ifamène , leur ancêtre , étoit né de Démonafle ,
eur d'Amphiloque. Les Lacédémoniens étoient les
uls grecs qui révéroient Junon fous le nom de la
;effe Egophagc , & qui lui immoloient une chèvre.
on reprenoit le chemin du théâtre , on voyoit un
mple de Neptune Généthlius, & deux monumens
éroïques , l'un de Cléodée , fils d'HylIus , l'autre
Oébalus ; Efculape avoit plufieurs temples dans
vaTte ; mais le plus célèbre de tous étoit celui qui
oit auprès de Boonete , & à la gauche duquel on
jyoit le monument héroïque de Teleclus.
Plus avant on découvroit une petite colline , au
lut de laquelle il y avoit un vieux temple de Vénus,
: dans ce temple uneûatue qui repréfentoitla déefie
■mée. Ce temple étoit lingulier; mais à proprement
irler , c'étoient deux temples l'un fur l'autre ; celui
; deffus étoit dédié à Morpho : ce nom Morpho
:oit un furnom de Vénus. La déefî'e y étoit voilée ,
; elle avoit des chaînes aux pies. Les habitans de
parie difoient que c'étoit Tyndare qui lui avoit mis
;s chaînes , pour donner à entendre combien la fi-
îllté des femmes envers leurs maris devoit être m-
iolable : d'autres difoient que c'étoit pour té ven-
?r de Vénus, à qui il imputoit l'incontinence & les
lulteres de fes propres filles.
Le temple le plus proche qui fe préfentolt enfuite ,
:oit celui d'Hilaire &:de Phœbé. Un œuf enveloppé
î bandelettes étoit fuipendu à la voûte du temple ,
: le peuple croyoit que c'étoit l'œuf dont accoucha
éda. Des femmes de Sparte filoient tous les ans une
inique pour la (îatue d'Apollon qui étoit à Amy-
e , & le lieu où elles filoient , s'appelloit par ex-
dlence la Tunique. On voyoit auprès une maifon
ii'avoient habitée autrefois les fils de Tyndare , 6c
u'avoit achetée depuis un particulier de Sparte
ommé Phormion. Un jour , à ce qu'on rapporte ,
;s Diofcures étoient arrivés chez lui , fc dilant des
[rangers qui venoient de Cyrène ; ils lui avoient
cmandé l'hofpiîalité , & l'avoient prié de leur don-
S P A
431
c'étoit
ner une certaine chambre dans fa maifon :
celle oii ils s'étoient plu davantage lorfqu'ils étoient
parmi les hommes. Phormion leur dit que toute fa
maifon étoit à leur fervice ^ à la referve pourtant
de cette chambre , qui étoit occupée par une jeune
fille qu'il avoit. Les Diofcures prirent l'appartement
qu'on leur donna ; mais le lendemain la jeune fille
éc les femmes qui la fervoient , tout difparut , & on
ne trouva dans fa chambre que deux ftatues des
Diofcures, une table, & fur cette table du benjoin;
voilà ce que racontoient les habitans de Sparte.
En allant vers la porte de la ville , on trouvoit fut*
fon chem.in le monument héroïque de Chilon , qui
avoit été autrefois en grande réputation de fageffe,
& celui d'un héros athénien , qui étoit un des prin-
cipaux de cette colonie , que Doricus , fils d'Ana-
xandride , avoit débarqué en Sicile.
Les Lacédémoniens avoient aufiî bâti un temple à
Lycurge leur légiflateur , comme à un dieu ; derrière
fon temple on voyoit le tombeau de fon fils Eucof-
mus , auprès d'un autel qui étoit dédié à Lathria &
à Anaxandra , qui étoient eleux fœurs jumelles , qui.
avoient épouféles deux fils d'Ariftodème, qui étoient
auifi jumeaux. Vis-à-vis du temple de Lycurgue ,
étoit la fépulture de Théopompe , fils de Nicandre ,
& celle de cet Eurybiade , qui commandoit la
flotte des Lacédémoniens au combat d'Artémifium ,
& à celui de Salamine contre les Perfes.
On trouvoit enfuite le monument héroïque d 'M-
trabacus. On paflbit de-là dans une rue qu'ils nom-
moient Limnce , où il y avoit un temple dédié à Dia»
ne Orthla. Du temple de Diane , il n'y avoit pas
loin à celui de Lucine. Les Lacédémoniens difoient
que c'étoit l'oracle de Delphes qui leur avoit con-
leiilé d'honorer Lucine comme une déeffe.
Dans la ville il n'y avoit point de citadelle bâtie
fur une hauteur , comme la Cadmée à Thèbes , ou
Lariffa à Argos ; mais il y avoit plufieurs collines
dans l'enceinte de leur ville , & la plus haute de ces
collines tenoit lieu de citadelle. Minerve y avoit fon
temple , fous les noms de Minerve PoUnchos & Clial-
cicecos , comme qui diroit de Minerve gardienne da
la ville. Tyndare avoit commencé cet édifice ; après
lui fes enfans entreprirent de l'achever , & d'y em-
ployer le prix des dépouilles qu'ils avoient rem-
portées fur les Aphidnéens; mais l'cntreprife étant
encore reftée imparfaite , les Lacédémoniens , long-
tems après , conflruifirent un nouveau temple , qui
étoit tout d'airain comme la ftatue de la déeffe. L'ar-
tifîe dont ils s'étoient fervi fe nommoit Gitiadas. Au-
dedans du temple , la plupart des travaux d'Hercule
étoient gravés fur l'airain. Là étoient aufîî gravés les
exploits des Tyndarides , & fur-tout l'enlèvement
des filles de Leucippe. On voyoit enfuite d'un côté
Vulcain , qui dégageoit fa mère de fes chaînes , 6c
d'un autre côté Perlée prêt à partir pour aller com-
battre Médufe en Lybie. Des nymphes lui mettoienC
un calque fur la tête , & des talonieres aux pies , afin
qu'il pût voler en cas de befoin. On n'avoit pas ou-
bhé tout ce qui avoit rapport à la naiffance de Mi-
nerve ; & ce qui effacoitle refle, c'étoient un Nep-
tune &une Amphitrite, qui étoient d'une beauté mer-
veilleufé. On trouvoit enfuite une chapelle de Mi-
nerve Ergané.
Aux environs du temple il y avoit deux portiques,
l'un au midi , l'autre au couchant ; vers le premier
étoit une chapelle de Jupiter , furnommé CoJ'mctcs ,
6c devant cette chapelle, le tombeau de Tyndare. Sur
le fécond portique on voyoit deux aigles éployces,
qui portoient chacun une vidloire ; c'ctoit un pré-
fent de Lyfander, & en même-tcms un monument
des deux viûoires qu'il avoit remportées, l'une près
d'Ephèfé , fur Antiochus , le lieutenant d'Alcibiadc ,
qui commandoit les galères d'Athènes ; l'autre encc»-
4?!
SP A
S P A
teTiirlatlote athénienne, qu'il avcit dctaite éntiofe-
inem ;\ Aigoi'potainos. A Tnile gauche du temple d'ai-
rain , il y avoit une chapelle coni'acrée aux mules ,
parce que les Laccdcmonicns marchoicnt à l'ennc-
tni , non au fon de hi trompette , mais au fon des flu-
*cs & de la lyre.
Derrière le temple , étoit la chapelle de Venus
Arcnjl'on y voyoitdesftatucs de bois auffi anciennes
qu'il y en eût dans toute la Grèce ; à l'aile droite, on
voyoit un Jupiter en bronze, qui ctoit de toutes les
llatucs de bronze, la plus ancienne ; ce n étoit point
\m ouvrage d'imc feule 6c même tabriqu'e ; il avoit
ctc tait fucccnivement , & par pièces ; enfuite ces
pièces avoient étcfi bien enchaffces , fi bien jointes
enfcmble avec des clous , qu'elles fallbient un tout
fort folide. A l'égard de cette itatue de Jupiter, les
Lacédémonlens foutcnoient que c'étoit Léarque, de
Rhcgium , qui l'avoit faite; félon quelques uns, c'é-
toit un élevé de Dipœne Ôc de Scyllis; & félon d'au-
tres , de Dédale même. -
De ce côté-là , étoit un ertdroit appelle Scenoma ,
où l'on trouvoit le portrait d'une femme ; les Lacé-
démoniens difoient que c'étoit Euryléonis, qui s'é-
toit rendue célèbre pour avoir conduit un char à deux
chevaux dans la carrière , & remporté le prix aux
jeux olympiques. A l'autel môme du temple de Mi-
nerve , il y avoit deux ftatues de ce Paulanias , qui
commandoit l'armée de Lacédémone au combat de
Platèé; on difoit que ce même Paufanias , fe voyant
atteint £c convaincu de trahifon , avoit été le feul qui
Te fût réfugié à l'autel de Minerve Chalciœcos, & qui
n'y eût pas trouvé fa fureté; la raifon qu'on en rap-
pôrtoit , c'eft que Paufanias ayant quelque tems au-^
"paravant commis un meurtre , il n'avoit jamais pu
s'en faire purifier. Dans le tems que ce ptince Com-
mandoit l'armée navale des Lacédémoniens & de
leurs alliés , fur THélefpont , il devint amoureux
d'une jeune Byfantine : ceux qui avoient ordre de
l'introduire dans fa chambre, 'y étant entrés fur le
commencement de la nuit , le trouvèrent déjà en-
dormi ; Cléonice , c'étoit le nom de la jeune per-
fonne , en approchant de fon- lit, renverfa par mé-
gardeune lampe qui étoit allumée : à ce bruit , Pau-
fanias fe réveille en furfaut; & comme il étoit dans
des agitations continuelles , à caufe du defiTein qu'il
avoit formé de trahir fa patrie , fe croyant décou-
vert , il fe levé , prend fon cimeterre , en frappe fa
maîtrefie , & la jette morte à fes pies. C'cfi:-l.\ le
meurtre dont il n'avoit jamais pu fe purifier , quel-
ques fupplications , quelque expédient qu'il eût em-
ployé. Envam s'ctoit-il adrefîe à Jupiter Phyxius :
envainétolt-ilallé à Phigalée, en Arcadie , pour im-
plorer le fecours de ces gens qui fçavoient évoquer
les âmes des morts: tout cela lui avoit été inutile , &
il avoit payé enfin à Dieu , & à Cléonice , la peine
de fon crime. Les Lacédémoniens , par ordre ex-
près de l'oracle de Delphes , avoient depuis érigé
deux ftatues en bronze à ce prince, & avoient rendu
une efpcce de culte au génie Epidote , dans la pen-
fée que ce génie appaiferolt la déefle.
Après ces ftatues , on en voyoit une autre de Vé-
nus , furnommée Ambologera , c'eft-à-dlre Vénus
qui éloigne la vielllefl'e ; celle-ci avoit été aufli éri-
gée par l'avis de l'oracle ; enlulte étolent les ftatues
du Sommeil &i de la Mort , qui font frères , au rap-
port d'Homère , dans l'iliade. Si de-là on pafibltdans
la rue Alpia, on trouvoit le temple de Minerve, dite
O pluhalmitis y comme qui dlroit Minerve quiconfer-
ve les yeux : on difoit que c'étoit Lycurguemême,
qui avoit confacré ce temple fous ce titre à Minerve,
en mémoire de ce que dans une émeute, ayant eu un
œil crevé par Alcandre , à qui fes lois ne plaifolent
pas , il avoit été fauve , en ce lleu-h\ , par le peuple ,
îans le fecours duquel il auroit peut-ctre perdu 1 au-
tre œil , ôc la viç même.
Plus loin étoit le temple d'Ammon , car iî parolt
que les Lacédémoniens étoient , de tous les Grecs
ceux qui recouroient le pUis volontiers à l'oracle de
la Lyble : on dit même que Lyfander , afllé^cant
la ville d'Aphytls , près de Pallène , eut durant la
nuit une apparition du dieu Ammon , qui lui confeil-
la, comme une chofe également avantageufe, à lui
& à Lacédémone ,de lalfll^ lesaftiégés en palx;con-'
feil auquel il déféra fi bien , qu'il leva le ficge , Se
qu'il porta enfuite les Lacédémoniens à honorer Am-
mon, encore plus qu'ils ne falfolent ; ce qui eft de
certain , c'eft que les Aphltéens revérolcnt ce dieu
comme les Lybiens mêmes.
Si quelqu'un trouve un peu longue cette defcrip-
tlon de Sparte , par Paulanias , je ])rle ce quelqu'un
de fe rappeller qu'il n'y a pas jufqu'aux portes & aux
clés des anciens Spartiates , que l'hlftoire n'ait dé-
crites. Comment vous imaglneriez-vous qu'étoient
faites leurs portes , dit joliment M. de la GuUlctle-
re ? crolrlei-vous que les étoiles en enflent formé
les traits ? vous les trouverez cependant dans la conf-
tcUatlon de Caffiopée. Après que vous aurez démê-
lé , dans un jour ferein , l'étoile méridionale qui eft à
la tête , & la feptentrionalc qui clt à la chaife , remar-
quez bien les deux autres qui fontfituées entre celles-
là ; toutes les quatre vous traceront la peinture d'une
porte des Lacédémoniens , coupée par le milieu , &:
qui s'ouvre des deux côtés. C'eft Théon qui nous
l'apprend dans fes commentaires fur Aratus ; ceux
qui ne peuvent s'élever jufqu'au ciel, trouveront
dans les figures de Bayerus , celles des portes des
Spartiates.
Pour leurs clés, il faut bien en reconnoître la ce*
lébrité malgré nous. Ménandre , Suidas, & Plaute y
en conviennent de bonne foi. Je fais C{u'Arlftophane
dit qu'elles avoient trois dents , qu'elles étoient dan-
gereufes , & propres à crocheter ; mais les traits
odieux d'un fatyrique , qui ne cherche qu'à faire
balfement fa cour au peuple d'Athènes , dont il avoit
tous les vices , font peu propres à nous iéduire. Ce
poète , plein d'imaginations où régnoient la méchan»
ccté de fon naturel , ne pouvoit attaquer les Spar-
tiates fur leur courage & fur leurs vertus ; il ne lui
reftoit que leurs clés à ridiculifer. ( Le cluvalier DE
J AU COURT. ^)
Après avoir confervé la ville des Spartiates au mi*
lieu de fes ruines , tranfmettons à la poftérité la mé-
moire de fes lois , le plus bel éloge qu'on puifie fai*
re de fon léglflateur.
On ne confidere ordinairement Lycurguc que
comme le fondateur d'un état purement militaire, &
le peuple de Sparte , que comme un peuple qui ne
favolt qu'obéir , foulFrir , & mourir. Peut-être fau-
droit-il voir dans Lycurgue celui de tous les phllo-
fophes qui a le mieux connu la nature humaine , ce-
lui , fur-tout , qui a le mieux vu jufqu'à quel point
les lois , l'éducation, la foclété , pouvoient changer
l'homme , & comment on pouvoit le rendre heureux
en lui donnant des habitudes qui femblent oppofées
à fon inftincl ôc à fa nature.
Il faudroit voir dans Lycurgue , l'efprlt le plus
profond & le plus conféqucnt qui ait peut-être ja-
mais été , & qui a formé le fyftènie de légiflatlon le
mieux combiné , le mieux lié qu'on ait connu jufqu'à
prélent.
Quelques unes de fes lois ont été généralement
cenlurées , mais fi on les avoit confiderées dans leur
rapport avec le fyftème général , on ne les auroit
qu'admirées ; lorfqu'on falfit bien ion plan, on ne
volt au cime de fes lois qui n'entre néceflairement
dans ce plan , & qui ne contribue à la perfedlon de
l'ordre qu'il vouloit établir.
Il avoit à réformer un peuple fédltieux , féroce ,
& foible y il falloit mettre ce peuple en état de rc-
fifter
s P A
♦
S P A
fifter aux éhtreprifes de plulleiirs villes qui mèni-
çoient l'a liberté; il f.illolr donc lui infpirer l'obcil-
iànceés: les voTtiis guerrières , il falloir faire un peu-
ple de héros dociles.
II commença d'abord par changer la forme du
gouvernement ; il établit un fénat qui fût le dépoû-
taire de Pautorité des lois , & de la liberté. Les rois
de Lacédémone n'eurent plus que des honneurs
fans pouvoir ; le peuple fut fournis aux lois : on ne
vit plus de dillenfions domeftiques , & cette tran-
quiUité ne fut pas feulement l'cftét delà nouvelle for-
me du gouvernement.
Lycurgue fut perfu.ader aux riches de renoncer à
leurs richeiTes : il partagea la Laconie en portions
égales : il prolcrivit l'or & l'argent , & leur lubfliiua
une monnoie de fer dont on ne pouvoir ni tranipor-
ter, ni garder une fomnie confidcrable. •
Il inilitua fes repas publics, où tout le monde étoit
obligé de fe rendre , & oii régnoit la. plus grande lo-
briéîé.
Il régla de même la manière de fe loger , de fe
meubler, de fe vêtir , avec une uniformité & Une
fimpllcité qui ne permettoient aucune forte de luxe.
On cefla d'aimer <i Spam , des richefles dont on ne
pouvoit faire aucun ufage : on s'attacha moins à fes
propres biens qu'à Pétat, dont tout inipiroit l'amour ;
l'efprit de propriété s'éteignit au point qu'on fe fer-
voit indiifcreniment des eklaves, des chevaux , des
chiens de ion voifin , ou des ficns propres : on n'o-
foit refufer fa femme à un citoyen vertueux.
Dès la plus tendre QvJ^-àViZQ , on accoutum.oit le
corps aux exercices , à la fatigue , & même à la
douleur.
On a beaucoup reproché à Lycurgue d'avoir con-
damné à mort les enfans qui naiffoient tijibles & mal
ccnftitués: cette loi , dit-on , eft injuftt & barbare ;
elle le icroit fans doute , dans une légiilationoii les
richefîcs , les talens , les agrémensde l'efprit ,pour-
roientrerdrc heureux , ou utiles, des hon^mes d'u-
ne lanté délicate ; mr.is à Sparte , où Phoujpie foi-
ble ne pouvoit être que méprifé & malheureux, il
étoit humain de prévenir {^s peines en lui ôtant la
vie.
On fait encore à Lycurgue un reproche de cruau-
té , à Poccafion des fctes de Diane : on fouettoit les
enfans devant Pautel de la déeife , & le moindre cri
qui leur leroit échappé , leur auroiî attiré un long
fupplice : Lycurgue , dans ces fêtes , accoutumoit les
enfans à la douleur , il leur en ôtoit la crainte qui
aôbibht plus le courage , que la crainte de la mort.
Il ordonna que des Page de cinq ans , les enfans
appriffent à danfer la pyrriquc ; les daafeursy étoient
srm.és ; ils failoient en cadence, & au (on de la flûte ,
tous les mouvemens militaires qui , fans le fecDurs de
la mefure , ne peuvent s'exécuter avec précifion ; on
n'a qu'à lire dans Xénophon, ce qu'il dit de la taÛique
& des évolutions des Spartiates , & on jugera que
fans l'habitude , oc un exercice continuel , on ne pou-
voir y exceller.
Après la pyrrique , la danfe la plus en ufage étoit
la gymnopcedie ; cette danfe n'étoit qu'une image de
la lutte 6c du pancrace , 6l par les mouvemens vio-
Icns qu'elle exigcoit desdanfeurs, elle contribuoit
encore à affouplir & à fortifier le corps.
Les Lacédémoniens étoient obliges de s'exercer
beaucoup à la courfe, & fcuv«nt ils en remportoient
le prix aux jeux, olympiques.
Prelque tous les. momens de la jeunefTe étoient
employés à ces exercices , & Page nu'u- n'en étoit
pas dilpenfé. Lycurgue, fort différent de tant de mé-
diocres légidateurs , avoit combine les effets , l'ac-
tion , la réaftion réciproque du phyiinue Si du moral
de .l'homme, & il voulut former des corps capables
de foutenir les mœurs fortes qu'il vouloir donner;
Tome Xr>
m
c'étbit à Pédiicatlon à infpirer & à conferver ces
mœurs , elle fut ôtée aux pères , '6c confiée à Pétat ;
un magifîrat préfidoit à Péducaîion <;énerale , & il
avoit fous lui des hommes connus par leur fageflé 6c
par leur vertu.
On apprenoiîles lois aux enfans ; on leurinfpiroit
le refpedt de ces lois, Pobciflance aux mat^irrrats, le
mépris de la douleur 6c de la vie , l'amour de la gloire
6c l'horreur de la honte ; te refpeft pour les vieillards
étoit fur-tout inipiré aux enfans , qui , parvenus à.
Page viril , leur donnoicnt encore des témoignages
de la plus profonde vénération. A ^'/j^a^ê ,Péducation
étoit continuée jufque dans un âge avancé : l'en-
fant 6c l'homme y étoient toujours les difciples de
Pétat.
Cette continuité d'obéiffance , cette fuite de pri-
vation , de travaux 6c 'd'aultérités donnent d'abord
l'idée d'une vie trifte 6c <lure , 6c préfentent Pimaae
d'un peuple malheureux.
Voyons comment des lois fi extraordinaires , des
mœurs fi fortes ont fait des Lacédémoniens , felcn
Platon , Plutarque 6c Xénophon , le peuple le plus
heureux de la terre.
On ne voyoit point à Sparte la mifere à côté de
Populence , & par conféquent on y voyoit mo:iis
que par-tout ailleurs l'envie , les rivalités , la mol-
lefPe, mille paiTions qui affligent Phomme , & cette
cupidité qui oppofe l'intérêt perfonncl au bien pu-
blic , 6c le citoyen au citoyen.
La jurifprudence n'y étoit point chargée d'une
multitude de lois ; ce font les fuperfluités 6c le luxe,
ce font les divifions , les inquiétudes & les jaloufies
qu'entraîne Pinégalité des biens , qui multiplient 6c
les procès 6c les lois qui les décident.
Il y avoit à Spam peu de jaloufie , & beaucoup
d'émulation delà vertu. Les fénateurs y étoient élus
parle peuple, qui défignoit, pour remplir une place
vacante , Vkfymme le plus vertueux de la ville.
Ces repas il fobres , ces exercices violent étoient
afTaiiTonnés de mille plaifirs ; on y portoit une paf-
fion vive ôc toujours fatisfalte , celle de la vertu.
Chaque citoyen étoit un enthoufiafîe de l'ordre 6c
du bien , & il les voyoit toujours ; il alloit aux af-
iémblées jouir des vertus de lés concitoyens , & re-
cevoir les témoignages de leur eilime.
Nul lé^Wlateur , pour exciter les hommes à la
vertu, n'a fait autant d'uiage que Lycurgue du pen-
chant que la nature donne aux deux fexes l'im pour
l'autre.
Ce n'étoit pas feulement pour que les femmes de-
venues robufies donnafî'ent à Pétat des enfans bien
conilitués , que Lycurgue ordonna qu'elles feroient
les mêmes exercices que les hommes ; il favoit qu'un
fexe le plaît par-tout où il eit iùr de trouver l'autre.
Quel attrait pour faire aimer la lutte & les exercices
aux jeunes fpartlates , que ces jeunes fîUes qui dé-
voient ou combattre avec eux * ou les regarder com-
battre ! qu'un tel fpedfacle avoit encore de charmes
aux yeux des vieillards qui préfidoient aux exerci-
ces , 6c qu.l dévoient y inipofer la chafleté dans les
momens où la loi difpcnfolt de la pudeur!
Ces jeunes filles élevées dans des familles ver-
tueufes &: nourries des maximes de Sparte , récom-
pcnfoicnt ou puniiîbient par leurs éloges ou par leurs
ceniùres ; il falloit en être efllmé pour les obtenir
en mariage , & mille difficultés irritoient les defirs
des époux ; ils ne dévoient voir leurs époufes qu'en
lécret, ils pouvoient jouir & jamais fe raflafier.
La religion d'accord avec les lois de Lycurgue ,
infpiroit le plaifir 6c la vertu ; on y adoroit Vénus ,
mais Vénus armée. Le culte religieux étoit llmple;
6c dans des temples nuds & fréquentés , on otiVoit
peu de chofe aux dieux , pour être en état de leur
oifrir toujours.
lii
434
S P A
Apres Vénus , Caftor cC PoUux ctolent les deuîT
cUvir.itcs les plus iionorces ; ils avolent excelle clans
les exercices cultivés à Spam; ilsctoient des mode-
lés d'iui couraoe héroïque, & dAuie|aiTiitié générculc .
Les Lacédemoniens mêioient à leurs cxeicices des
chants & des fctes. Ces Ictes étoient inllituées pour
leur rappellcr le ibuvenir de leurs vidoires , 6c ils
chantoicnt les louanges de la divinité & des héros.
On liCoit Homère Tqni inlpire rcnthouliaimc de la
gloire ; Ly curgue en donna la meilleure édition qu'on
eût encore vue.
Le poëte Terpandrc hit appelle de Lesbos , &: on
lui demanda des chants qui adoucillent les hommes.
On n'alloit point au combat fans chanter les vers de
Tirtée.
Les Lacédéir.onlens avoient élevé un temple aux
Grâces , ils n'en honoroient que deux ; elles étoient
pour eux les dceffes à qui les hommes dévoient la
bientaifance , l'égalité de Thumeur , les vertus ibcia-
les ; elles n'étoient pas les compagnes de Vénus &:
des mules frivoles.
Lycurgue avoit fait placer la ftatue du Ris dans le
temple des Grâces , la gaieté regnolt dans les aflem-
blées des Lacédemoniens , leur plailante;rie étoit vive;
ik chez ce peuple vertueux , elle étoit utile , parce
que le ridicule ne pouvoit y tomber que fur ce qui
étoit contraire à l'ordre ; au-lieu que dans nos mœurs
corrompues la vertu étant hors d'ufage , elle efl fou-
vent l'objet du ridicule.
Il n'y avoit à Sparte aucune loi conftitutive ou ci-
vile , aucun ufage qui ne tendît à augmenter les paf-
fions pour la patrie , pour la gloire , pour la vertu , &
à rendre les citoy ensheureux par ces nobles paffions.
Les femmes accouchoientfur un bouclier- Les rais
étoient de la poflérité d'Hercule : il n'y avoit de mau-
folées que pour les hommes qui étoient morts dans
les combats.
On lifoit dans les lieux publics l'éld^e des grands
homm.es , &: le récit de leurs belles aâions. Il n'y a
jamais eu de peuple dont on ait recueilli autant de
ces mots qui font les faillies des grandes âmes , &
dont les monumens attellent plus la vertu. Quelle
infcription que celle du tombeau des trois cens hom-
mes CTui fe dévouèrent auxTermopiles ! Pajfant , vas
dire ^Sparte que nous fonimcs morts ici pouroblir àfes
faiiitis lois.
Si l'éducation & l'obéiflance s'étendoient jufque
dans l'âge avancé , il y avoit des plaifirs pour la yieil-
lefle ; les vieillards étoient juges des comba<-s , juges
de Tefprit & des belles avions; le refpeû qu'on avoit
pour eux , les engageoit à être vertueux iufqu'au
dernier, moment de la vie , & ce refpeft étoit une
douce confolation dans l'âge des infirmités. Nul rang,
nulle dignité ne difpenfoit un citoyen de cette confi-
dération pour les vieillards qui eft leur leule jouif-
fance. Des étrangers propofoient à un général lacé-
démOnien de le faire voyager en litière. Q}'^ les
dieux me préfervent , répondu-il , de ni' enfermer dans
une voiture^ où jt ne pourrais me lever fi je rencontrais
un vieillard.
La légiflation de Lycurgue fi propre à faire un
peuple de philofophes & de héros , ne dcvoit point
infpirer d'ambition. Avec fa monnoie de îtx^Sparte ne
pouvoit porter la guerre dans des pays éloignés ; &
Lycurgue avoit défendu que fon peuple eut une ma-
rine, quoiqu'il lut entouré de la mer. Sparte étoit
conliituée pour refter libre , & non pour deverùr
conquérante ; elle devoit faire refpeder fes mœurs,
& en jouir ; elle fut long-tems l'arbitre de la Grèce ,
on lui demandoit de fes citoyens pour commander
les armées ; Xantippe , Gilippe , Brafidas en iont des
exemples fameux.
Les Lacédemoniens dévoient ctre un peuple fier
& dédaigneux ; quelleidée ne devoient-ils pas avoir
rf'eux-niôiî^es lorsqu'ils fe comparoient au refle dt
S P A
la Grcce? Mais ce peuple fier ne devoit pas être fé-
roce , il cultivoit trop les vertus foclales , &■ il avoit
beaucoup de cette indulgence , qui eil plus Teffet du
dédain que de la bonté. Des Clazomeniens ayant in-
lulté les magillrats de Sparte , ceux-ci ne L-s puni-
rent que par une plaifanterie : fes éphores firent af-
ficher , quil étoit permis aux Claipméniens défaire des
fotûfcs.
Le gouvernement & les mœurs de Sparte fe font
corrompus , parce que toute efpece de gouverne-
ment ne peut avoir qu'un tems , & doit nécefiaire-
ment le détruire par des circonilances que les légif-
lateurs n'ont pu prévoir ; ce fut l'ambition & la puif-
fance d'Athènes qui forcèrent Lacédhnone de fe cor-
rompre , en l'obligeant d'introduire chez elle l'or &
l'argemt , & d'envoyer au loin lés citoyens dans des
^)ays , dont ils revenoient couverts de gloire & char-
gés de vices étrangers.
Il ne relie plus de Lacédémone que quelques ruines;
& il ne faut pas , comme le Diclionnaire de Trévoux^
en faire une ville épifcopalc , fufiragante de l'arche-
vêché de Corinthe.
SPARTE-GENET, f. m. {Hifl. nat. Bot.) genifla-.
fpartium , genre de plante qui ne diffère du jpar-
tium & du genêt que par fes pointes. Voyei Genêt
ë*:.S'i'^y{T/:/M.Tournelort, /. II. H. Foye^ Plante.
SPARTIVENTQ , le cap , ( Gèog. mod. ) cap
d'Italie., au royaume de Naples , à l'extrémité de la
Calabre ultérieure. Magin dit que c'eft Herculis pro»
tnontorium des anciens. (^D. J.) »
SPARTIUM , f. m. (i//y?. nat. Bot.) genre de
plante à fleur papilionacce. Le pillil fort du calice,
& devient dans la fuite une filique courte, arrondie,
& un peu gonflée , & renferme une femence dont la
forme refl'emble le plus fouvent à celle d'un rein.
Tournefort, Infi. rei lierb. Foye^ PLANTE.
Tournefort en dillinguc quatre elpeces , dont la
principale efl le fpartium monofpermon , flore luteo ,
jemine reni fimili .^ I. R. H. C^S. Cette êlpece d'ar-
brifleau poufl'e une tige à la hauteur de deux ou trois
pies , fe divifant en plufieLirs rameaux qui jettent de
petites verges femblables à celles du jonc. Ses fleurs
font Icgumineufes , petites , jaunes, d'une odeur de
jonauJHe , attachées à des pédicules qui fortent des
C()tcs des petites verges, A cette fleur fuccede une
capfuie fort courte , qui ne contient qu'une feule fe-
mence dure , noire , & faite en petit rein. L'efpecè
àç fpartium que nous venons décrire , fe nomme com-
munément en françois ginct-jonquille. ( D. J. )
SPARTON , f. m. ( Marine. ) c'efl un cordage de
genêt d'Efpagne, d'Afrique & de Murcie, dontl'u-
lage ell fort bon , foit qu'il aille dans Peau falée ou
dans l'eau douce.
SPASME , f m. {hièdtc. Patholog.) ce mot efl pris
afl'ez ordinairement , fur-tout par les auteurs grecs
& latins , comme fynonyme à convulfion , 6c dans
ce fens il efl employé pour défigner la contraftioa
non-naturelle de quelque partie. Quelques méde-
cins françois ont évité de confondre ces deux mots,
appellant//'<r///«e la difpofition des parties à la coa"
vulfion , & convulfion le complément de cette dif-
polition , ou ce qui revient au même , un JpaJ'me plus
fort &C plus fenfible : il me femble qu'on pourroit en
diftinguant ces deux états, établir la diftindion fur des
fondemens moins équivoques, ôi pour cela je remar-
que que deux fortes de parties peuvent être le fujet
ou le flege dufpafme , ou de la convulfion : les unes
ont un mouvement confidérable , mais fournis à l'em-
pire de la volonté ; tels font les mufcles dcflinésà
exécuter les mouvemens animaux : les autres ont
uneadion plus cachée , un mouvement moins remar-
quable ,mais indépendant de Parbitre delà volonté;
de ce nombre font tous les organes qui fervent aux
fondions vitales & naturelles. Lefpafme ou la con-
vulfion ne fauroient s'évaluer de la même façon dans
s P A
l'un & l'atitrc cas : on juge que les mufcîes fournis à
la voionté fout dans une contradlon contre nature ,
lorfque cette contraction n'eft point volontaire, c'efi
ce que j'appelle proprement convuljion. Cette me-
fure l'eroit fautive à l'égard des parties qui fe con-
tradent naturellement fans la participation de la vo-
lonté ; on ne doit don: décider leur contraéïion non-
naturelle que lorfqu'elle fera portée à un trop haut
point , que le mouvement tonique fera augmenté
de façon à entraîner une léfion fenfible dans l'exer-
cice des fonctions. Cette féconde cfpece me paroît
devoir retenir le nom plus approprié de fpafrm ; la
différence que je viens d'établir dans la nomencla-
ture fe trouve encore fondée fur la façon ordinaire
de s'exprimer ; ainfi on dit : Un homme cjl tombé dans
liS convul fions , il avoit le bras en convuljion, 6lc. lorf-
qu'il s'agit de ces contrarions contre nature exté-
rieures involontaires , & l'on dit au contraire : Le
ipafme des inteflins^ de la vcjjie^ des extrémités artérïdUs
dis dijfcrens organes^ &CC. lorfqu'on veut exprimer
l'augmentation de ton de ces parties intérieures. En
partant de ces principes , je crois qu'on peut dire
qu'une convulfion fuppofe wnfpafme violent ; & dans
ce cas , il fera vrai qu.e lefpafme eu: une difpofition
prochaine à la convulfion. Cette affertion eft fondée
iur ce que tous les fymptomes apparens ont pour
caufe un dérangement intérieur que nous croyons
analogue.
Quel eu donc ce dérangement intérieur, ^quellï*
en eli la caufe } Champ vafte ouvert aux théoriciens,
fujet fertile en difcuffions , en erreurs & en abfurdi-
lés. Les partifans de la théorie ordinaire confondant
toujours ffûfme & convulfion, les ont regardés com-
me des acciclens très-graves, qu'ils ont fait dépendre
d'un vice plus ou moins confidérable dans le cer-
veau ; les uns ont cru que ce vice confiftoit dans un
engorgement irrégulier des canaux nerveux ; d'au-
tres l'ont attribué à un fluide nerveux , épais & gru-
melé , qui pafloit avec peine & inégalement dans les
Ticrfs , &: excitoit par-ià cette irrégulaiité dans les
niouvemens. La plupart ont penlé que la caufe du
mal étoit dans les vaifi'eaux fanguins du cerveau , &
que leurdifpofition vicieuJe confiftoit en des efpeces
de petits anévriim.es extrêmement multipliés, qui
rendoient la circulation du fang déjà épais éi. iec , plus
difficile , & en troublaient en même tems l'unifor-
mité. Tous enfin ont recours à des caufes particu-
lières, prefque toutes vagues , chimériques , ou peu
prouvées pour l'explication d'un fait plus général
qu'on ne le penfe communément.
Et c'eft précifément de tous les défauts qu'on pour-
rolt , par le plus léger examen , découvrir dans ces
théories, celui qui elt le plus reniarquable , &: qu'il efl
le plus important d'approfondir ;' rien n'eft plus nui-
fîble aux progrès d'une fcience , que de trop géné-
ralifcr certains principes , & d'en trop parcicularifer
d'autres. La circulation du fang , fimple phénomène
de Phyfiologie , dont la découverte auroit dû , ce
femble, répandre un nouveau jour fur la Médecine
théorique , n'a fait qu'éblouir les efprits , obicurcir
& embrouiller les matières , parce que tout auffi-tôt
on l'a regardée comme un principe général , & qu'on
en a fait un agent univerlel. Erreur dont les confé-
quenceis ont toujours été de plus en plus éloignées
du fanftuaire de la vérité ou de l'obfcrvation ; don-
nant dans recueil oppofé , on n'a confuléré lejpafme
que fous l'afpeû effrayant d'un fymptome dange-
reux , tandis qu'avec une idée plus julte de l'écono-
mie animale on n'y auroit vu qu'un principe plus ou
moins général , qui , vrai Protéc , changcoit de forme
à chaque infiant , & produifoit dans différentes par-
ties & dans différentes circonftanccs des effets très-
différens. C'cfl par la lefturc de quelques ouvrages
modernes , fpecimen novi medidna: çonfpiclus , idée
S P A
4Î
Tom6 Xr,
\
de l'homme phyfique & moral , &c. & des différent
écrits de M. de Bordeu , que partant d'une connoif-
fance exa£f e de l'économie animale , voye^ ce mot i
on pourra fentir de quelle importance il efl d'ana-
lyfer plus profondément qu'on ne l'a fait jufqu'ici lé
J'pafme , & d'en examiner de beaucoup plus près la
nature , le méchanifmc , la marche , les efpeces & les
variations.
A mefure que les fujets font plus intéreffans , on
doit chercher davantage à trouver de grands points
de vue pour les mieux appercevoir, pour les confidé-
rer en grand , & les fuivre dans toutes leurs appli^
cations ; mais il faut bien prendre garde aux fonde-
mens fur lefquels on établit de grands principes. Il
efl inconteflable qu'en Médecine de pareils fonde-
mens ne peuvent être affis que fur l'obfcrvation ; &
comme les différentes théories qui fe font fuccédées
jufqu'à préfènt n'ont été reçues que fur la foi d'un
pareil appui , & qu'il efl probable que leurs auteurs
étoient perfuadés de les avoir ainli fondés , il en ré-
fulte néceffairement qu'il en efl de l'obfervation ,
comme Montagne le difoit de la raifon , que c'eft un
pot à deux anfes , une règle de plomb 6' de cire alon-
geable j ployable & accommodabU , à tous fens & à tou-
tes mefures. 11 y a donc une m.aniere de faifir l'obfer-
vation pour en tirer les lumières qu'elle doit fournir;
il faut donc un point de vue propre à faiftr le fonds
de l'obfervation , avant que de pouvoir fe flatter d'en
tirer affez de parti pour former une théorie égale*
ment folide & profonde.
înfantum corpus lœditiir in quantum convellltur i
c'eft un grand & important axiome que le célèbre
auteur des ouvrages cités plus haut, établit pour fon-
dement de la théorie des maladies , il découle natu-
rellement des principes juftes & féconds qu'il a ex-
pofés fur l'économie animale ; il eft d'ailleurs appuyé
fiir des obfervations multipliées , & fur-tout fur la
genre d'obiervation le plus lumineux & le moins équi-
voque ; c'eft celui dont on eft foi-même l'objet : voi-
là donc le /pa/mt propofé comme caufe générale de
maladie , fuivons l'auteur dans les différens pas qu'il
a faits pour venir à cette conféquence, &C examinons
fans prévention les preuves fur lefquelles il en étaye
la vérité. lettons d'abord un coup d'oeil fur l'homm»
fain , &C fans remonter aux premiers élémens peu
connus dont il eft compofé, fixons plus particulière-
ment nos regards fur le tableau animé que préfentent
le jeu continuel des différentes parties & les fonc-
tions diverfifîées qui en réfultent.
Qu'eft-ce que l'homme ? ou pour éviter toute équî«
voque , que la méchanceté 6c la mauvaife foi font fi
promptes à faire valoir; qu'eft-ce que la machine
humaine ? Elle paroît à la première vue , un compofé
harmonique de différens refforts qui mus chacun en
particulier , concourent tous au mouvement géné-
ral ; une propriété générale particulièrement ref-
treinte aux compofés organiques , connue fous les
noms d'irritabilité ou J'en [îbilité , fe répand dans touS
les refforts , les anime, les vivifie & excite leurs mou-
vemens ; mais modifiée dans chaque organe , elle en
diverfifîe à l'infini l'affion & les mouvc.mcns ; par
elle les différens refforts fe bandent les uns contre
les autres, fe réfiftcnt , fe preflent, agiffent & in-
fluent mutuellement les uns fur les autres ; cette com-
mixture réciproque entretient les mouvemens, //«//<
action fans réaclion. De cet antagonifme continuel
d'aiSfions , réfulte la vie & la fanté ; mais les refforts
perdroicnt bientôt & leur force , & leur jeu , les
mouvemens languiroient, la machine fe détruiroit, (i.
l'Etre fuprème qui l'a conftruite n'avoit veillé A fa
confervation , en préfentant des moyens pour rani-
mer les refforts fatigués , & pour ainii dire débandés,
pour rappeller les mouvemens & remonter en un
mot toute la machine i ç'eft-U l'ufage des ûxchofcs
lii ij
436
S P A
connues dans le langage de YUolc fous le nom des
Jlx chofcs non nanircllci , & qui (ont ablblumcnt né-
ceflaires à la vie : l'examen rcl^lcchi tlt- s ellets qui re-
lu Itent de Taclion de ces caufes lur le corps & c!c
quclq\ics phcnomcnes peu approfondis , l'analogie
qu'il doit y avoir nccclVairenicnt entre la machuiC
humaine & les autres que la main des hommes a lu
fabriquer, 6i. pluheurs autres railbns de convenance,
ont fait pcnfer qu'il devoit y avoir dans le corps un
premier 6c principal relFort , dont le mouvement ou
le repos entraîne l'exercice ou l'inaftion de tous les
autres , voyci Économie animale; obfervation fi
frappante , qu'il eft inconcevable comment elle a pu
échapper à Tefprit de comparaifon & aux recherches
des Méchanicicnsmodernes. Parmi les ditfcrentcs par-
ties , celles dont le département cil le plus étendu ,
ibnt fans contredit , la tête & le ventre , l'influence
de leurs fondions eft la plus générale ; ces deux puii-
fanccs réagifient mutuellement l'une fur l'autre , &
par cette contranitence d'adion , lorfqu'ellc ell- mo-
dérée , fe confcrv'cnt dans une tcnfion nécelFaire à
l'exercice de leurs fondions refpedives ; mais leurs
efforts fe réuniffent fur le diaphragme, cet organe
le premier mù dans l'entant qui vient de naître , doit
Ctrc regardé comme le grand mobile de tous les au-
tres reflbrts , comme la roue maîtreffe de la machine
humaine , comme le point ou les dérangemens de
cette machine viennent fe concentrer , où ils com-
mencent & d'où ils fe répandent enfuite dans les par-
ties analogues.
Partons de ce point de vue lumineux , pour pro-
mener avec plus de fruit nos regards attentifs fur l'in-
nombrable cohorte de maladies qui fe préfente à nos
yeux ; tachons de pénétrer dans l'intérieur de la ma-
chine pour y appercevoir les dérangemens les plus
cachés : fuppofons parmi cette multitude de refTorts
qui fe réfiltent mutuellement & qui par cette con-
tranitence réciproque , entretiennent leurs mouve-
mcns & concourent par- là à l'harmonie générale;
fuppofons , dis-je > un de ces refforts altéré , affoibli,
par l'abus de ce qui fert à 1 entretenir , defiitué de la
force néceflaire pour réagir efficacement contre le
reflbrt fympathlque ; auiii-tôt cette égalité d'adion
& de réadion qui conltitue une tfpcce àQfpofme na-
turel ell troublée ; ce dernier reffort augmente la fphe-
rc de fes mouvemens , les fibres qui le compofent
font irritées , tendues , reflerrées , & dans un orgaf-
me qiû conflitue proprement Vétztfpaf modique con-
tre nature. Mais remontons à la fourcc du dérange-
ment d'un organe particulier, nous la trouverons dans
le diaphragme , qui par le tiffu cellulaire , par des ban-
des aponévrotiques & par les nerfs , communique
comme par autant de rayons aux différentes parties ;
l'adion de cet organe important efl entretenue dans
l'uniformité qui forme l'état fain par l'effort récipro-
que & toujours contre-balancé de la tête & de l'épi-
g-iflre ; fi l'une de ces deux puiflances vient ù agir
avec plus ou moins de force , dès-lors l'équilibre efl:
rompu , le diaphragme cft affedé , (on adion cefle
d'être uniforme, une ou plufieurs de les parties font
dérangées, & par une fuite de fon influence généra-
le fur tous les vifceres , le dérangement , l'affcdion ,
la maladie plus ou moins confiderablc fe propage &
fe manifefle dans les organes qui répondent aux par-
ties du diaphragme altérées , par un fpafine plus ou
moins fcnfi])le , plus ou moins facilement rédudible
à l'atat naturel.
Les deux pivots fur lefquels roule le jeu du dia-
phragme & en conféquencc tous les mouvemens de
la machine , &: oîi prennent naiflance les caufes or-
dinaires de maladie , font comme nous l'avons déjà
remarque , la tête & le bas-ventre ; toute la force du
bas-ventre dépend de l'adion tonique des intcfiins &:
iie l'ellomac, & de leur effort contre le diaphragme;
S P A
les alimens qu'on prend en attirent par le méchanii^
me de la digeltion , l'influx plus confidéiable de tou-
tes les parties lur la maffe inteltinale, en augmente le
jeu , 6c remonte pour ainfi dire ce reffort qu'une trop
longue abllinence laiffoit débandé , fans force & fans
adion ; il agit donc alors plus fortement fur le dia-
phragme ; le dérangement qui en réfulte très-fenfible
chez certaines perlonnes leur occafionne pendant la
digcfi:ion une clpece de fièvre ; fi la quantité des ali-
mens ell trop grande , ou fi par quelque vice de di-
gcftion ils fcjournent trop long-tems dans l'eflomac ,
l'égalité d'adion & de réadion de la tête avec cet
organe eft fenllblement troublée, &: ce trouble fe
peint toutauffi-tôt par l'affedion du diaphragme 6l
des parties correfpondantcs. Les mêmes effets fui-
vront fi les humeurs abondent en quantité à l'ellomac
& aux inteffins, fi leurs couloirs font engorgés , fi des
mauvais fucs s'accumulent dans leur cavité , &c. ap-
pliquons le même raifonnement à la tête , & nous
verrons l'équilibre difparoître par l'augmentation des
fondions auxquelles la rruiffe cérébrale eft deftinée;
ces fondions iont connues fous le nom générique de
paffîor.s ou affections de l'ame , elles le réduiient au
fentiment intérieur qui s'excite par Timpreffion de
quelque objet fur les fens , &i à la durée du fentiment
produit par ces impreffions ; ce font ces deux eaufes
dans la rigueur, rédudibles à une feule, qui entretien-
nent le reffort de la tête ; & fon augmentation con-
tre nature eft une fuite de leur trop d'adivité ; ainfi
le3 paffions modérées ne concourent pas moins au
bonheur phyfique , c'eft-à-dire à la fanté , qu'au bon-
heur moral : le corps feroit bien moins adif, les fom-»
meils ferolent bien plus longs , les fens feroient dans
un engourdiflement continuel , fi nous n'éprouvions
pas cette fuite conftante de lenlations , de craintes ,
de réflexions , d'efpérance ; fi nous étions moins oc-^
cupés de notre exiilencc & des moyens de l'entrete-
nir , & fi à melure que le foin de la vie animale nous
occupe moins, nous ne cherchions à donner de l'e-
xercice à la tête par l'étude , par l'accompliffement
de nouveaux devoirs , par des recherches curieufes ,
par l'envie de fe diftinguer dans la fociété , par l'am-
bition , l'amour, &c. ce font-là tout autant de caufes
qui renouvellent le reffort de la tête , & qui entre-
tiennent fon antagonifme modéré avec celui du bas-
ventre ; mais fi ces caufes deviennent plus adives ; fi
une crainte exceflive ou une joie trop-vive nous fai-
fit ; fi l'elprit ou le fentiment eft trop occupé d'un
feul objet , il fe fatigue & s'incommode , le reffort
de la tête augmentant & furpaffant celui du bas-ven-
tre, devient caufe de maladie. Théorie importante
qui nous manquoit , qui nous donne un june coup-
d'œil pour exciter & modérer nos pafiîons d'une ma-
nière convenable.
De cette double obfervation naît une divifion gé-
nérale de la pathologie en maladies dues au reffort
augmenté de la tête , & en celles qui font produites
par l'augmentation du reffort du bas-ventre : cette
divifion va paroître plus importante & plus féconde
en fe rapprochant du langage ordinaire des médecins;
pour cela qu'on faffe attention que le dérangement
du reflbrt du bas-ventre reconnoît pour caufc, des
mauvaifes digeftions , des amas d'humeurs viciées ,
&c. dans l'eftomac & les inteftins ; & d'un autre côté
que le reffort de la tête eft altéré par des fenfations
trop vives , par des pafiîons violentes , par des mé-
ditations profondes , des veilles exceffives , des étu-
des forcées , & l'on s'appercevra que la divifion pré-
cédente fe réduit à la diftindion connue , mais mal
approfondie , des maladies en humorales & ner-
veufes : double perfpedive qui fe préfente dans un
lointain très-éclairé au médecin observateur.
Les maladies purement nerveufes dépendantes d'u-
Hjléiion particulière de ![îsntin>ent,doivent être appel-
s P A
pellécsplus ûx'xSt&ment fpafmodiques ; Vétat dej/^af-
rHi efl l'état prenîier& dominant, le feul qu'il foit alors
néceflaire d'attaquer & de détruire ; mais il arrive
ion Vent qu*à la longue la mafle inteftinale, dérangée
par l'afîeftion conuante du diaphrae;me , donne lieu
à de mauvailes digeftions , & entraîne bientôt après
un vice humoral ; ou au contraire dans des fujets fen-
libles très-impreffionables , qui ont le genre nerveux
très-mobile , Uaftèftion humorale étant effentielle &
protopathique , occafionne par la même raifon des
lympromes nerveux ; le genre mixte de maladies qui
réluîte de cette complication de quelque façon qu'elle
ait lieu, eft le plus ordinaire ; lorfque la maladie efl:
humorale ou mixte, la caufe morbifîque irrite, fli-
mule les forces organiques, augmente leurs mouve-
mens , & les dirige à un effort critique , ou , ce qui
cil le même, excite la fièvre , pendant le premier
tcms de la fièvre , qu'on appelle tems di crudité ou
d'irritation ; Vét^X.Jpafmodique des organes affeftés, &
même de toute la machine , efl: peint manifeflement
fur le pouls, qui, pendant tout ce tems, efl tendu ,
ferré, précipité , convulflf : lorfque parla réuffite des
efforts fébrils le fpafme commence à fe difllper , les
fymptomes diminuent , le tems de la coftion arrive,
le pouls efl moins tendu , il commence à fe dévelop-
per ; là folution An fpafme annonce, détermine, &
prépare l'évacuation critique qui terminera la mala-
die; à mefure qu'elle a lieu, les accidens difparoiflTent,
la peau efl couverte d'une douce moiteur, l'harmo-
monie fe rétablit dans la machine , le fpafme fe difll-
pe , le pouls devient plus mol , plus égal , plus rap-
prochant en un mot de l'état naturel : fi, au contrai-
re , quelqu'obftacle vient s'oppofer à l'accompliffe-
rnem de la cnfe,toUt aufli-tôt les efforts redoublent,
la conflriftion des vaiffeaux augmente , leur fpafme
devient plus fenfible , le pouls reprend un caradere
d'irritation ; dans les maladies nerveufes où il ne fe
fait point de crife , le pouls conferve pendant tout le
cours de la maladie fon état convulfif , image natu-
rel de ce qui fe paffe à l'intérieur.
Nous ne pouffons pas plus loin ces détails , ren-
voyant le ledeur curieux aux ouvrages mêmes dont
nous les avons tirés ; les principes plus rapprochés
des faits y paroîtront plus îolidement établis , & plus
féconds ; les conféquences mieux enchaînées & plus
naturellement déduites, les vues plus vaftes,les idées
plus jufles & plus lumineiifes ; mais pour juger fai-
nement de la bonté de cette doétrine , il ne faut pas
chercher à la plier aux minutieufes recherches anato-
miques; ce n'eft point à latoife des théories ordi-
naires qu'il faut La mefurer ; on tâcheroit envain de
la foumettre aux lois peu connues & mal évaluées
de la circulation du fang ; mefures fautives & fur la
valeur defquelles tous ceux qui les admettent ne
font pas d'accord ; c'efl: dans l'obfervation répétée ,
& furtout dans l'étude de foi-même, qu'il faut cher-
cher des raifons pour la détruire ou la confirmer ;
appHquons-lui avec l'auteur ce que Stahl difoit avec
raifon de toutes ces difcufllons frivoles, qui ne font
qu'embrouiller les faits , avec lefquels elles font fi
rarement d'accord : mufjîtant hic fubtilitates nudœ^ eo
nil faciuntfpecalationes anatomicorum à viis & mentibus
petiiœ , fed motus naturœ hic confidtrari débet. Qu'on
faffe attention d'ailleurs que ces principes patholo-
nformes aux lois bien fixées de l'éco-
S P A
437
El
ques
trcs-cont
nomie animale, aux dogmes les plus facrés , établis
par les anciens, & reconnus par les modernes, à la
doctrine des crlfes , aux nouvelles découvertes , enfin
à la plus exafte obfervation , fourniffent encore l'ex-
plication naturelle de plufieurs phénomènes dont les
théoriftes modernes avoient inutilement cherché les
raifons ; les métaftafcs entr'autres , les douleurs va-
gues qu'on fent courir en différens endroits du corps,
les maladies qvii changent à chaque inflant de place,
& plufieurs autres faits analogues , écueils où fe
venoient brifer la fagacité & l'imagination de ces au*
teurs , fe déduifent fi naturellement de ce fyftème >
qu'ils en paroiffent la confirmation.
Quelle que foit la fécondité des principes que nous
venons d'expofer , quelle que foit la multiplicité &
la force des preuves qui étaient la doûrine dont ils
font les fondemens ; une raifon plus vidorieufe en-
core combat en leur faveur; un avantage infiniment
plus précieux aux yeux du praticien éclairé s'y ren-
contre ; c'efl que cette théorie loin de gêner , d'af-
fervir l'obfervateur , de lui fafciner pour ainfi dire
les yeux , & de diriger fa main , ne foit au - con-
traire que lui fervir de point de vue fixe pour difcer-
ner plus exaftement les faits ; bien éloignée en cela
des théories ordinaires qui tyrannifent le praticien ,
& l'afferviffent au joug fouvent fi.mefle du raifonne-
ment. Pour faire fentir cette différence & le prix de
cet avantage , je propofe l'épreuve décifive de la pra-
tique : qu'un malade fe préiente avec une fièvre affez
confiderable, difficulté de refpirer, point de côté af-
fez vif, crachement de fang , &c. le médecin imbu
des théories ordinaires , s'avance avec d'autant plus
de courage qu'il a moins de lumière, & au premier
afpeft de ces fymptomes , ce defpote abfolu dit : «je
» prouve par mes raifonnemens que ces phénome-
» nés font des fignes aflùrés d'une inflammation de la
» plèvre ou du poumt)n ; je tiens pour maxime in-
» conteflable que les faignées font le remède unique
» & par excellence de toute inflammation ; on ne
» fauroit trop en faire , & le moindre retardement
» efl un grand mal ». En conféquence , il ordonne
qu'on faffè coup-fur-coup plufieurs faignées , fecours
jamais curatif , quelquefois foulageant , & fouvent
inutile ou pernicieux ; il fait couler à grands flots le
fang de l'infortuné malade, qui atteint d'une affedion
humorale, meurt bientôt après viftime de ce théo-
rifle inconfidéré ; que le même malade tombe entre
les mains d'un médecin qui aura adopté la théorie
que nous venons d'expofer ; moins prompt à fe dé-
cider , s'il efl: conféquent à {ts principes , il exami-
nera attentivement, & les fymptomes qui paroiffent,
& les caufes qui ont précédé , attribuant tous ces
fymptomes au pervertiffement de Faûion du dia-
phragme , à un fpafme plus ou moins étendu , il fe
rappellera en même tems que ce dérangement inté-
rieur peut être l'effet de deux vices très-différcns, ovt
produit par l'augmentation du reffort de la maffe in-
teflinale qu'auront occafionnée la préfence& l'accu-
mulation de mauvais fucs dans les premières voies ,
ou tout- à-fait indépendant de cette caufe; confide-
rant la maladie fous ce double afpe£t , il vient à-bout
de décider par un examen plus réfléchi des fympto-
mes propres , à quelle caufe elle doit être attribuée :
c'efl là que s'arrête le théoricien ; le praticien obfer-
vateur muni de ces connoiffances , appelle à fon fe-
cours les obfervations antérieures pour claffer la ma-
ladie, & déterminer par quel genre de remèdes il
doit attaquer la caufe qui fe prcfente , comment il
doit employer ces remèdes , les varier , & dans quel
tcms il doit les adminiflrer. Suivons-le dans le trai-
tement de cette maladie pour indiquer combien cette
théorie s'applique heureufement à la pratique : fup-
pofons que cette prétendue fluxion de poitrine foit
du nombre de celles qui ne dépendent que du mau-
vais état de l'cflomac & des inteflins ; après une ou
deux faignées & l'émctique que la violence d£S acci-
dens peut exiger , il tournera toutes fes vues du côti
du bas-ventre , il follicitera par des purgatifs légers
la folution à\xjpafme de ce côté , & préparera par-là
une crife prompte & falutaire. Attentif à fuivre tous
les mouvemens de la nature , fi \q fpafme critique pa-
roît fe diriger vers quelqu'autrc couloir; inftrult par
divers fignes , & furtout par le pouls de cette déter-
4^8
S
P A
inination, il fécondera la nature en poufiant Icshu-
meurs vers les couloirs indiques ; aniii , jamais ai.cr-
vi par la théorie ;\ telle ou telle pratique , il n jn lera
que plus éclairé pour mieux laiur& luivrcTobierva-
tien ; d'où 11 rélulte évidemment que quand même
les fondcmens de ce fyllèmc leroient aulîi foibles
qu'ils Ibnt folides, il n'en lerolt pas moins inhmment
préférable à tous ceux que nous connoilfons. (w)
SPASMODU^UES OM convulsives, maladus ,
(McJicinc.) en inntant des principes que nous avons
expofésà raiticteprécédentSi'ASME,toutes les mala-
dies mériteroienr cette qualification , parce que tou-
tes dépendent d'un fpaihie plus ou moins général ;
mais nous avons remarqué qu'il y en avoitoii cet
état n'étoit que fecondaire produit par un vice hu-
moral ,& que dans d'autres le fpafme étoit efTentlcU
ce font celles que nous avons plus particulière-
ment appellées fpajhodujucs , & auxquelles ou a
ibuvent donné le nom de maladiis nervcujis. Voyei
<j //;o/. Dans celles-ci Icjpafme beaucoup plus con-
fiderable , fe manifelle pour l'ordinaire par des
fymptomes extérieurs plus appropriés ; tels iont les
convuUions , les frillons, les tremblemens, les ho-
quets, les naufées,les douleurs vagues, les dé-
faillances fréquentes , les laflitudes , les vents ,
&c. Tous ces fymptomes varient , fuivant l'ef-
pece de maladie qu'ils accompagnent , & fe réii-
niflent en plus ou moins grand nombre ; on connoit
eue ces maladies font purement7/'^y>«o^'>««ou ner-
veufes , par l'abfence des fignes qui caractérilent les
affeaions humorales , & le genre mixte qui rélulte
de la combinaifon de ces deux efpeces eft marque par
le mélange de leurs phénomènes.
Les maladies qui font en général reconnues pour
fpafmodiqncs font l'épilepfie , l'hypocondriacité ,
l'hyftéricité , les attaques de convulfion , l'afthme
convulfif, les palpitations de cœur, le hoquet, l'opif-
totone & l'emproftotone, l'incube , les mouvemens
convulfifs , le priaplfme , le ténefme , quelques efpe-
ces de colique , & furtout la collique vulgairement
appellée de plomb ou des peintres , le ris fardonique,
l'éclampfie ou épilepfie des enfans , Vhieranofos , le
ckorea fancîi vin, le bcriberri , maladie indienne , la
toux , l'éternument , le bcâillement ; & plufieurs au-
teurs y rangent aufii les affe^ions arthritiques , la mi-
graine , les fièvres intermittentes & généralement
toutes les maladies périodiques; on pourroir augmen-
ter encore cette lilte par l'énumération des maladies
des différentes parties qui peuvent être fpafmodiques;
il n'ellpas poffible de déterminer parmi ces maladies
celles qui font ûnQ.ement fpafmodiques , d'avec cel-
les qui font mixtes , parce que les mêmes maladies
peuvent varier dans différens fujets au point de méri-
ter d'être rangées tantôt dans une claile 6c tantôt dans
une autre.
Il n'ell pas pofiîble, par la même raifon, de donner
im pronoftic général qui puiffe convenir à toutes ces
maladies , parce que les unes font très-dangereufes,
comme l'épilepfie, les attaques de convulfion , &c.
les autres n'entraînent à leur fuite aucune efpcce de
danger , comme la plupart des fièvres intermittenies;
nous renvoyons le Icfteur aux articles particuliers
de chaque maladie que nous n'avons fait que nom-
iner ; nous n'entrons pas non plus dans aucun détail
fur le traitement qui convient à chaque maladie , il
doit varier non-feulement félon les maladies,mais fé-
lon les différentes caufes auxquelles elles doivent être
attribuées; il faut attaquer le vice humoral dans cel-
les oîi le fpafme apparent en eft le produit , dans les
autres il faut avoir recours aux nervins, roborans,
toniques ,antl-fpafmodiques : de ce nombre font les
préparations d'opium , les odeurs fétides , le fel féda-
tif , les amers & furtout le quinquina ; les caïmans ,
anodins , narcotiques ne doivent être employés que
S P A
pour calmer la violence des accidens ; les flomachi-
qucs amers , les martiaux font très-efficaces pour dé-
truire la caufe de la maladie , pour donner le ton aux
valffeaux , fortifier les nerfs , & les rendre moins mo-
biles; mais dans leur adminlflratlon , il faut bien
prendre garde qu'il n'y ait aucun vice humoral , ils
ferolent alors funeiles en arrêtant des mouvemens
fpafmodiques fouvent falutaires ; les plalfirs , la difil-
pation , les promenades en voiture ou h. cheval , ou
même à pié , les fpedacles , les concerts aident très-
cfiicacement à leurs eftets fans qu'il en réfulte le
moindre inconvénient.
Spas MODIQUES, mouvemcns , & SPASME ,
( Scmciot. ) outre les maladies dont les //-.i/we^, con-
vulfions , ou mouvemens fpafmodiques font les fymp-
tomes effentlels & caracl:érlfiiques , il y en a où ces
fymptomes ne font que des accidens plus ou moins
graves , qui en varient , & pour l'ordinaire augmen-
tent le danger. Sans entrer dans aucune difcuffion
théorique , nous allons extraire des ouvrages du grand
Hippocrate , & de quelques autres médecins obfer-
vateurs , les faits & les axiomes au fujet des fignes
qu'on peut tirer du fpafme & des mouvemens fpafmodi-
ques , ou convulfif. he fpafme doit être ici regardé
comme exadiement fynonyme à convulfion : nous
nous fervirons indifféremment de l'un & l'autre
mot.
Les convulfions qui furviennent à Vt ffet d'un émé-
tlque , à une fuperpurgatlon , à la paffion illaque , à
un flux immodéré des règles , ou deshémorrhoïdes ,
à une hémorragie confidérable , à une bleflùre , à
des veilles excelfives , à un délire continuel , &c,
font, fuivant les obfervations d'Hlppoctate , de
^yaldfchmid , de Baglivi , &c. prefque toujours mor-
telles.
Dans les fièvres aiguës avec beaucoup d'ardeur ,
les ôii^erSions fpafmodiques font d'un mauvais augure.
Hippoc. aphor. /j. lib. Fil. Il en eft de même des
fpafmes qu'accompagnent les douleurs vives dans les
entrailles , aphor. 66. lib. IF. les mouvemens convul-
fifs des mains ou des pies furvenus dans le cours d'une
fièvre aiguë , indiquent de la malignité , coac. prxnot.
cap. j. n°. 44. ils annoncent une mort prochaine au
phrénéîique qui en elt attaqué, ibid. cap. ij. n°. 16.
Les mouvemens fpafmodiques font , fuivant l'obferva-
tlon de Rivière , moins dangereux au commence-
ment d'une maladie , que lorfqu'elle eft parvenue à
l'état fixe ; m,olns dangereux aufii dans les enfans que
dans les adultes , & dans les femmss que dans les
hommes. Hippocrate a remarqué qu'elles y étoient
beaucoup plus fujettes.
Il y a moins à craindre de la ficvre qui furvientaux
convulfions , que des convulfions qui furviennent à la
fièvre , Hippoc. aphor. 26. lib. IL il arrive même fou-
vent que la fièvre dlffipe toutes les ^^c^ions fpafmo-
diques , aphor. Sy. lib. IF. cependant lorfque les ws-
vulfîons arrivent dans le cours de la fièvre , & qu'el-
les dlfparoifient le même jour , elles font ceffer la fiè-
vre le même jour ou le lendemain , ou le fur-lende-
main ; mais 11 elles durent plus d'un jour, elles de-
viennent un mauvais ngne, coac. pranot. Ij. rf*. 2J0.
Les mouvemens convulfifs font les avant - coureurs
de plufieurs maladies ; & Sydenham a remarqué que
les petites véroles qui en étoient précédées dans les
entans, étoient ordinairement bénignes &: dlfcretes;
les tentions fpafmodiques du dos font , fuivant Waldf-
chimld , familières aux malades attaqués de la petite
vérole , de la rougeole , &: des fièvres pétéchiales.
Les interruptions de voix convulfives qui s'obfer-
vent dans quelques fièvres , annoncent la folie , &
un danger prefilmt , Hippocr. coac. pnenot. cap. jx.
TÎ^. 4. la diûorCion fpafnodique du nez , des fourclls ,
des yeux , ou des lèvres , eft un figne mortel dans les
malades déjà aSoMiS , id. ibid, cap.J, n°. y 4, le tel-,
s P A
îcuîe df oît refroidi , &: dans un état convuIli^> fouf-
it le même préfage , aphor, 2. lib. VIII.
On doit s'attendre qu'il fiirviendra des convuljîons
u mouvemcns fpafmodicjiies i", lorfque dans un ul-
ere fitué aux parties poliérieures du corps , les hu-
leurs viennent à diiparoître , aphor. 65. lib. V. 2°.
près des veilles opiniâtres , aphor. 18. lib. FIL 3°,
orfque dans le courant d'une maladie les yeux s'obf-
Lirciront avec défaillance , coac.prtznot. ij. n°. ijS.
°. Lorfque les délires font violens & variés , ou
nnts avec une affeftion foporeule , iur-tout fi un frif-
m occupe alors le cou & le dos ou même tout le
Drps, dans ces circonftances les urines que le malade
?nd contiennent beaucoup de pellicules , ou font
'.embrancufis , Cfjt&fvutS'iiç. 5". Dans les maladies lon-
iies , s'il paroît l'ans raifon apparente quelque tu-
leur contre nature dans le bas-ventre , coac. prainot.
tp. ij. rf. 8-11. 6". Lorfque dans les fièvres l'haleine
(t defagréable , aphor. 68. lib. IV. 7". Lorfqu'un
'rogne devient tout-à-coup muet , il meurt bientôt
près dans les convulfions , à-moins que la fièvre ne
)it excitée , ou qu'il ne recouvre la parole au mo-
lent que l'accès d'ivrognerie eft diflipé, ou que le
in eft cuvé , aphor. i. lib. V. 8°. A la lliite des dou-
:urs de tête aiguës, & des pefanteurs avec engour-
ifTement, coac prœnot. jv. n° . 12. 9". Les femmes
ui font attaquées de fuîîbcation de matrice font très-
ijettes aux convulfions. Dorcas en fournit un exem-
Ic , coac. prœnot. cap. xxjv. n°. ^j}. Elles font plus
ires & plus dangereufes dans les hommes qui ont
afle l'âge de fept ans , cap. x/v. n°. 11. 10°. Les con-
ulfions font annoncées chez certains malades in-
uiets, tremblans, par des petits abfcès aux oreilles,
Lixquels fe joint une mauvaife difpofition des pre-
lieres, voyti^ n°. y.
Les malades attaqués de mouvemens fpafmodîques
ont les yeux ont beaucoup d'éclat , font hors d'eux-
Jcmes , & rifquent d'être long tems malades , cap.
jv. n°. 5. la taciturnité pendant les convulfions , eft
'un mauvais augure, fielle dure long tems ;fi elle
; diffipe bien-tôt , elle indique la paralyfie de la lan-
ue , du bras ou du côté droit , 72°. it, . Ceux qui font
ttaqués de rnouvemens convidfifs meurent en quatre
>urs , s'ils partent ce tems ils reviennent en fanté ,
phoT. 6. lib. VI. La fièvre aiguë qui furvient aux
oafmes les fait ceffer; fi elle exiftoit auparavant, fon
edoublement produit cet effet; le fommeil, le cours
e ventre & une excrétion abondante d'urine vitrée
arviennent au même but ; mais les convulfions fou-
aines font terminées par la fièvre & le devoiement ,
oac. prxnot. cap. xjv. n° . i-2. Quelquefois les douches
'eau froide font difparoître les fpafmes , fur-tout dans
les jeunes gens robuftes, & jouiffant d'ailleurs d'une
lonne fanté , aphor. 2/ & 25. lib. V. Plus fouvent la
haleur ramollit la peau , calme les douleurs & adou-
:it \qs convulfions , ibid. aphor. 22. Galien a prouvé
)ar l'heureufe expérience qu'il a faite fur lui-même ,
[ue rien n'eft fi efficace dans pareil cas que de répan-
îre fur la partie amc[uce de mouvemens fp.nfmodiques ,
le l'huile douce bien chaude. Dans les femmes l'é-
uption des règles refout fur le champ les fpafmes ; il
irrive quelquefois que ces mouvemens fpafmodicjues
eur font d'un grand fecours, lorfqu'étant enceintes,
?lles font incommodées de douleurs de tête grav;i-
ives, avec un penchant infurmontable au fommeil ,
'Oac.pranot. cap. xxjv. n^ . 2/ 6" 24.
Le friffon , le vomifl*ement , le hoquet , l'éternu-
Tient , fi-c. étant des efpeces de mouvemens fpafmodi-
;îit;5, fourniffent aufti différens fignes qu'on doit trou-
ver détaillés à \curs articles particuliers ; nous n'ajou-
terons qu'un mot par rapport à l'éternument , pour
fuppléer ce qui manque ;\ cet article. L'éternument
(urvenantau hoquet, ie fait céder tout-de-fuite /^//'^v.
aphor. IJ . liv, VI. Il eft très-avantageux aux femmes
S P A
4? 9
âîtâqiîéôS de vapeurs , & à celles qtiî ne pèUvéîîî
accoucher ^ aphor. j6. lib. V. & fi propre à chàffef
l'arriere-faix , qu'Hippocrate confeille , dans Ces cir*
confiances , de donner un fternutatoire , ibid. aphor^
45). L'éternument eft mauvais dans toutes les affec^
tions de la poitrine , folt qu'il les accompacrae ciî
qu'il les précède ; du refte il n'eft point défavorable
dans les autres maladies, coac. prœnot. cap. xvj. rP„
24. Rivière rapporte , d'après Foreftus , une obfer»
vation fmguliere fur l'éternument , il affure que fi un
homme malade eternue une feuie fois , il fuccombera
sûrement à la violence de fa maladie , & en rechap*
pera s'il éternue deux fois ; le contraire arrive à k
femme , \\k\ éternument lui annonce ou prépare une
convalefcence prochaine , & fa mort eft afiiirée apiis
deux éternumens. Le fait aftiirément mérite bien d'ê^
tre vérifié plus d'une fois , en atipnà^ni ^ fides fit pi-
nes autorcm. (ot)
SPATAllA , ( Géog. mod. ) petite île de Laconie ^
famcufe autrefois fous le nom d'//e de Cranaë , où la
belle Hélène accorda fes premières faveurs à Paris»
Sur le rivage de la terre ferme qui eft vis-à-vis ; cet
heureux amant fit bâtir après fa conquête, un temple
à Vénus, pour marquer les tranfpOrts de fa joie & de
fa reconnoiifance. 11 donna à cette Vénus le furnom
de Migonitis , & nomma le territoire Migonion , du
mot qui fignifioit l'amoureux myftere qui s'y étoit
pafiTé, Ménéias, le malheureux époux de cette prin-
ce fie , dix-huit ans après qu'on la lui eut enlevée ^
vint vifiter ce temple , dont le voifinage avoit été le
témoin de fon malheur & de l'infidélité de fa femme*
Il n'cfa point ruiner cet édifice facré ; mais il fit mct^
tre aux deux côtés de la ftatue de Vénus les tableaux
de deux autres déefiTes , celle de Thétis & celle de
Praxidice , la déefi'e des châtimens, pour montrer
qu'il ne laifiTeroit jamais fOn affi-ont impuni.; cepen-
dant il n'eut pas l'avantage de fe voir vengé d'Hélène»
Cette belle veuve luifurvéquit ; il eft vrai qu'on pré-
tend que dans fon dernier refuge à Rhodes , Polixo
eut la barbarie de la faire pendre à un arbre, loin de
lui accorder le droit d'afyle qu'elle lui devoit comme
malheurcufe & comme parente. ( Z?. /. )
SPATH , SPA AT , ou SPAR , f. m. ( Hifi. nat. MU
nèralogiz?) j'pitum .^ marmor tnctallicum ; \ç.vaoxfpath
a été introduit par les minéralogiftes allemands & a
été adopté par les François. Les Anglois difenty/j^.T»
On défigne fous ce nom une pierre calcaire allez ^-^
faute , compofée de lames ou de feuillets qui ne peu-
vent ié plier , & qui font tantôt plus tantôt moins
fenfiblcs à l'œil; elle fc diflout avec etTervefcence dans
les acides ; elle fe briie & pétille dans le feu , fes la-
mes y perdent leur liaifon , &: enfin elle s'y change
en une vraie ciiaux ; en un mot , le fpath a toutes loS
propriétés des pierres calcaires. Voye:^ l'article Cal-*
CAIRES.
V/al!erius compte neuf efpeces de fpnhs ; favoir,
1°. Xefp^ith opaque & rhomboïdal , c'cft-à-dire qui fô
caflTe toujours en rhomboïdes ; il eft pefant , compa*
de & de différentes couleurs.
1°. hç fpath feuilleté ou en lames .^fpathum lamel-
lofum ; il eft très -tendre , il pétille & fe brife dans
le feu , cependant il finit j)ar entrer en tiifion. L'ar-'
rangement des lames dont ce fpath eft compofé hiî
fait prendre fouvent des figures très-fingulieres , Se
qui varient à l'infini.
3°. hé fpath en particules fixes & placées fans or-
dre ni régularité , de façon qu'il n'eft point aifé dd
diftinguer la figure des lames ou des cubes dont il eft
compofé ; il y en a de différentes couleurs.
4°. Le fpath tendre & tranfparent , il eft en rhom-
boïdes , fes couleurs font varices , il y en a quelque-
fois qui eft veiné.
5°. LeJ'path en rhomboïdes , clairs & tranfparens
qui doublent les objets que l'on regarde au-travcrj l
440
S P A
ce fpath crt; blanc & tranfparcnt comme dit Cryftal
de roche , c'eft ce qu'on appelle cryflal d'IflanJi.
6". î-.c fpath en cryllaux ; ils différent du cryilal
de roche en ce que leurs colonnes Ibnt ordinairc-
menr tronquées ou tranchées par le fommet. Ces cryl-
taiix de fputh varient conlidérablement pour le nom-
bre de kurs côtés ; il y en a de cubiques , d'exago-
nes , d'ockigones , de nentcûtés , de quatorze co-
tés ; les uns"^ l'ont prilmatiquesou i\ colonnes , d'au-
tres font par mafles cryflalliiees qui préCentent tou-
tes fortes de figures lingulieres. Ils varient auiVi pour
les couleurs ; il y en a de blancs , de jaunes , de rou-
ges , de violets , de verdâtres , &c. c'ell proprement
a ces cryflaux j'piithlqucs que l'on doit donner le nom
dejluors. Ils ont tous la propriété de devenir pholpho-
riques Jorl'qu'on les frotte les uns contre les autres ,
ou lorsqu'on les chauffe légèrement fans les faire
rougir.
7". Le fpntli fétide , appelle lapis fui/lus , qui eft
ou fphérique , ou rayonné, ou prilmatique. Cette
pierre répand une odeur defagréable lorfqu'on la
frotte ; mais fon odeur étant une chofe purement ac-
cidentelle , ne mérite pas tju'on en fafle une efpece
particulière.
8°. Lefpiith compare & folide , que l'on nomme
fpath v/Vr<fwx parce qu'il redcmble aflezà une maffe de
verre. Il eft plus ou moins tranfparent , fa couleur
efl ou blanche , ou grife , ou verdâtre , ou violette. Il
n'aftefte point de ngure déterminée , mais il fe brife
en morceaux irréguliers , comme le quartz avec qui
il a beaucoup de reffcmbiance au premier coup d'œil;
il ne fait point cfFervcfcence avec les acides non pUis
que lui ; mais ce qui le diltingue du quartz, c'efl qu'il
ne fait point feu loriqu'on le frappe avec de l'acier ;
échauffé il devient phofphorique ou lumineux lorf-
qu'on le frotte dans un endroit obfcur. D'ailleurs il
ell rare qu'il foit d'un tilVu afTez compade pour qu'un
œil exercé n'y apperçoive en quelque endroit une dif-
pofition à fe mettre en lames , ou quelques furfaces
imies. C'cfl ce fp^uh que l'on nomme fpath fufibk ;
nous parlerons de fes propriétés dans la fuite de cet
article , &: des expériences qui ont été faites avec lui.
9^^. M'allerius enfin ajoute à ces différentes efpeces
àeffaths celui qu'il nomme fpath dur owfpathum py-
rimachiim , parce qu'il donne des étincelles lorfqu'on
le frappe avec de l'acier. M. Pottfoupconne que cela
vient de ce que ce fpath eft intim.ement combiné avec
des parties de quartz ; en effet, il efl confiant que de
faire feu efl une propriété étrangère an fpath. Quoi
qu'il en foit, M. Wallerius dit que ce fpath fc par-
tage en morceaux cubiques reélanguiaires , dont les
furfaces font très-unies, /^oyq la mïncralo^n ^e Wal-
lerius.
Onvoit parce qui précède que le T/^^i/A efl: un vrai
protée ; il le montre fous une infinité de formes dif-
férentes , par les arrangemens divers que prennent
les lames ou feuillets dont cette pierre efl: toujours
compolée, & qui ordinairement caraif érif ent \e fpath.
C'eft de l'arrangement & de la liaifbn plus ou moins
forte de ces lames que dépend le plus ou le moins de
dureté & de folidité de cette pierre, he fpath acom-
pagne un très-grand nombre de mines ; plus il efl ten-
dre , plus il donne d'efpérance que l'on trouvera de
métaux précieux , parce qu'alors il efl plus propre à
donner entrée aux exhalailons minérales qui forment
les mines. ^qyc{/'d/m7c Mine & Matrice.
Les propriétés que nous avons afhgnées au.x diffé-
rentes efpeces dejpath , fuffifent pour le mettre en
état de le dillinguer du quartz. En effet , cette de: s
niere pierre ne le change point en chaux par la cal-
cination ; elle ne fait point d'effervefcence avec
les acides; elle ne devient point phofphorique après
avoir été chauffée ; elle ne montre point de feuillets
ni de difpofition à fe partager fuivant des plans ou
SP'A
hn-faccs unies , tandis que ces figncs convloniîent cri
tout ou en partie ^nxfpaths. Joignez h cela que
le ([uartz efl beaucoup plus dur; il efl d'un tilîu com-
paéte comme celui du verre ; il donne toujours des
étincelles lorfqu'on le frappe avec de l'acier. Foyez
Quartz.
On a déjà fait remarquer qu'il y avoit une efpece
dejpath que les Allemands ont nomme flujj fpath ou
fpath fufibU. Ce nom lui a été donné , foit parce qu'on
s'en fért comme d'un fondant dans les fonderies ,foit
parce qu'il entre en fufion avec une facilité linou.
liere pour peu qu'on y joigne de fel alkali.
M. Pctt croit que ce fpath fufible eft redevable de
fa fufibilité & de fa dureté , à une portion de terre
de caillou ( tcn a filicca') qui s'y trouve combinée
avec la terre fpathique ou calcaire. On a lieu de loup-
çonner outre cela quelqu'autre fubftance dans le
Jpath fufible. En effet , la pefanteur extraordinaire de
cette pierre donne lieit de croire qu'elle contient
quelque fubflance métallique. Quelques auteurs ont
cri! que c'étoit de Pariénic ; mais M. Pott affure qu'-
ayant fondu quelquefois du Jpath fufble avec du
marbre blanc , a obtenu quelques grains de plomb ;
mais il convient cjue cette expérience ne lui a point
toujours réufii ; ce qui vient , félon lui , de ce que
l'aflion trop violente du feu a pu difllper la partie mé-
tallique durant la tulîon.
M. de Jnfti , très-habile chimifte allemand, con-
tefle la vérité de cette expérience de M. Pott ; il pa-
roît que ce n'efl point fans raifbn , vu que le mar-
bre blanc ne contient point de matière propre à pro-
duire la rcduflion d'un métal. D'un autre côté , M.
de Jufti affure n'avoir jamais pu tirer le moindre
atome d'une fubftance métallique dn fpath , quelque'
fondant ou quelque matière qu'il ait employé pour
eh faire la réduélion. De plus , il dit n'avoir jamais
pu parvenir à faire entrer en fufion un mélange dé
fpath & de marbre , quelque degré de feu qu'il aiAk
donné , & quelque variété qu'il ait mife dans les
proportions. M. Pott n'a pas manqué de répliquera
M. de Jufti , &: dans fes réponfes il perfifle toujours
à maintenir la vérité de fes expériences , & il en
rapporte encore de nouvelles , par lefquelles il per-
ftfte à maintenir la fufibilité dn fpath avec le marbre ;
expérience que M. de Jufti n'a jamais pu effefluer :
fur quoi ce dernier foupçonne fon adverf aire de s'être
trompé fur la qualité de la pierre qu'il travailloit , &
l'accule de ne pas connoître \e fpath pefant. En effet ,
H la vue de réfidtats fi différents , on a lieu de croire
que ces deux chymiftes ont opéré fur des matières
tout-à-fiiit différentes. Selon M. de Jufti , le fpath
qu'il appelle pefant , fe diftingue de toutes les efpe-
ces de f pat hs "^Tiv {on poids extraordinaire, qui furpaffe
non-feulement celui de toutes les autres pierres ,
mais encore qui eft plus grand que celui de pluficurs
mines métalliques , &: qui égale prefque celui de l'hé-
matite , qui eft une mine de fer très-pefanîe. M. de
Jufti préfume du poids de ce fpath, o^yj^W doit nécef-
fairement contenir une portion confidérable de
quelque fubftance métallique; il fe fonde encore fvr
les effets que ce Jpath pefant produit dans les diffol-
vans. Les dlflblvans agiffent très-promptement fur
les difterens 7/7^r/2i , fur-tout lorfqu'ils font réduhs
enpoudre, & les diffolvent entièrement; au lieu que
l'eau-forte n'agit point, félon lui , fur \e Jpath pefant^
à moins que d'être bouillante , & même alors il dit
que Ton voit clairement que ce diffolvant n'attaque
pas la totalité de cette pierre , mais feulement quel-
ques-unes de fes parties. L'eau régale ne paroît point
non plus avoir d'abord aucune ailion fur ce Jpath ;
mais lorfqu'elle commence à bouillir , elle attaque
vivement la totalité de la pierre ; mais elle lâche
bientôt les parties qu'elle avoit diffoutes , ce qui,,
félon lui , annonce la préfence d'une fubftance mc'-
t3llique
s P A
illîqin? iit!" îciqitelle l'eau-fos^te a de la prïie , tandis
ue i'eau rtgnîc ne peut la difToudre.
M. de Juiti a pouffé plus loin les expériences fur
•fl>a:h qu'il nomme pefane. Il en prit un quintal poids
eUhi , qu'il vnch avec trois quintaux de Cable blanc
îrfaitcn-.enîpur, & dans lequel la cakination n'a-
git développé aucune couleur ; il y joignit un quin-^
il ôc demi de ootaffe bien purifiée , 6c un quintal de
Dra.v calciné. Il fît fondre ce mélange pendant deux
cures au feu le plus violent : par-là il obtint un verre
'un beau jaune d'or foncé tirant fur le rouge. Il de-
lent plus foncé encore quand on ne fait entrer dans
mélange que deux quintaux de fable contre un
iintal AQfpatlipeJant. Voulant rendre la couleur de
; verre plus claire, M. de Jufti fit le mélange d'une
itre manière ; il prit un quintal poi^ds d'elîai de
'aili pefant , c[i.C[[ joignit avec fix quintaux de fable,
ois quintaux de poîafié , & un quintal & demi de
3rax.Il fit fondre ce nouveau mélange pendant.deux
=ures , & obtint un vt-rre de très-beau jaune d'or
rant toujours fur le rouo;e. Il afùire avoir fait ces
cpériences avec le même fuccès fur des fpaeks pe--
ns venus de différens endroits.
D'un autre côté , M. Pott , par fes expériences, a
1 des produits très-dilTerens. î! prit deux onces de
tnfpatk , lix gros de nitre & autant de borax , ce
Lii lui donna un verre verdâtre ; pareillement trois
irties defpat/i avec une partie de fel alkali fixe bien
jr, lui ont donné une cfpece de fcoriequirefiembloit
une agate d'un gris noirâtre. Enfin une partie de
'atk avec trois parties d'alkali fixe pur ont produit
ne maiTe noire.
Des produits fi différens doivent faire conjefturer
Lî'il n'ell guère poffible que ces deux auteurs habiles
ent travaillé fur la même fubilance. Pour convenir
2 leurs faits , il faudroit que ces deux chimifles fe
iffent communiqué une portion de la pierre que
lacun d'eux appcUoit l'un Jpaih fujîhL & , l'autre
7ath pefanf , & que féparément ils euifent traité Ja
lême fubflance de la même manière. Il peut fe faire
Lte leurs fpaihs , quoique très-conformes les uns aux
Litres à l'extérieur , renfermaffent des mélanges ,
es combinaifons & même des métaux très - ditfé-
îns.
Le fpath qu'on nomme fujib le n'entre point en fu-
on tout leul &: fans addition ; il ne fait alors que fe
eloîonner , fans entrer en fuf:on dans les vaiffeaux
;rmés. Quant zwxfpatks cryllaliifés & colorés, que
on nommç jîuors , ils perdent leurs couleurs , & de-
iennent tendres & friables. Mais \ejpatk fafible a la
ropriéîé de communiquer une fulibiiité étonnante
Lix pierres & aux terres les moins fiîfsbles par elles-
icmes ; c'efl , félon M. Pott , cette propriété qui fait
ue l'on a trouvé très-avantageux de traiter les ini-
es qui ont \e fpath fufible pour matrice , vu que ces
lines portent leur fondant avec elles. Foyei la con-
Inuaùon de la luhogéognofîe de M. Pott , pa^e 120-
37. Cependant M. de JulH croit que Icjpat/i n'agit
loint comme fondant dans le traitement des mines ,
nais comme précipitant , en fe chargeant de la por-
ion de foutre que ces mines contiennent.
La différence que l'on remarque entre \e fpath cal-
:aire &; le fpath fufible dont on vient de parler , pa-
oîtdùe à la partie métallique, c'eft-à-dire , au plomb
jui efl: , fulvant les apparences , contenu dans ce der-
lier , d'autant plus que le plomb efl toujoursun trcs-
miflnnt fondant , comme le prouvent tous les tra-
vaux de la métallurgie. ïi y a une mine de plomb que
'on Tiommejpaïkique , qui reffemble parfaitement ;\
h.\ fpath par Ivm tliui feuilleté , & qui cil une vraie
r.inc de plomb. ^^y';^/'arr/c/e Plomb. Ily a aulfi une
Tiinc de ï^'ïfpathique , qui contient une trcs-grando
quantité de métal , ce qui n'empêche point tju'cUe
le reflcmblc parfaitement ;\ du fpath. IVlle crt la
Tome ^Cy,
S P A 441
Snine de fer blanche d'Alvare en Dauphiné. Voye^
rariicle Fer. Tout cela prouve que le coup-d'œil ejo^
térieur ne peut fuffire pour nous faire connoitrc là
nature des pierres , qui ne font prefque jamais ho^
mogenes & pures , lors même qu'elles le paroiffènt.
On peut donner le nom de fpath calcaire à toute
pierre calcaire oui paroît compofée d'un affen;bia?e
de lames ou de feuillets luifans ; ainfi les flalaflites ^
les congélations, &c. {ont An fpath. Les particules
luifantes que l'on remarque dans le marbre de Paros
font aufli fpathiques ; mais elles font enveloppées
d'un gluten qui leur donne la dureté du marbre. Voy^
Paros , marbre de. En général il paroît que "le
fpath efl la pierre calcaire la plus pure, & que les
feuillets ou lames dont il efl compofé efl la iiaure
propre à cette pierre , lorfqu'elle efl dans fa plus
grande pureté.
On a cru devoir s'étendre fur cet article , vu que
le fpath , parla variété de fes figures , de fes couleurs
& de fes propriétés , efl une pierre d'achoppement
pour tous ceux qui commencent à s'appliquer à l'é-
tude de la minéralogie. On fe flatte qu'au moyen de
ce qui a été dit ici , on pourra fe faire une jufleidée
dujp.ith ; qu'on le diflinguera des pierres gypfeufes
& des pierres talqueufes qui font fetiilletées comme
ill'efl ordinairement , & fur-tout qu'on ne le ccnfon-
dra point avec le quartz ; inconvénient dans lequel
foiît tombés prefque par-tout les auteurs anglois,
qui donnent indiflinftement le nom de fpath à toutes
les cryflaliifations qui accompagnent les mines. D'un
autre côté , l'on ne fera point furpris des grandes va-^
riétés de cette pierre, quand on confidéreraque dans
fa formation elle a pu fe combiner avec des fucs la-
pidifiques d'une nature différente de la fienne , ce cui
en a pu faire un corps dont les propriétés ont été al-
térées. Tout fpath pur efl une pierre calcaire & en a
les propriétés. f^oye{ Pierre. (— )
S PAT H A , ( Uxic. médic. ) (TTra^» ; ce terme efl
fingulierement équivoque ; il lignifie quelquefois une
côte, fouvent une fpatule dont fe fervent les Apoti-
caires; dans Celfe, /. f^II. c. x. une efpece de bi-
llouri ; d'autres fois , une forte d'épée tranchante ;
enfin , il défigne l'enveloppe extérieure du fruit du
palmier. ( Z?. /. )
SPATHALIUM ^ (^Littérat.^ rTrtôuXioy ^ efpece
de bracelet rouge que les dames romaines portoient
fur le poignet , tel àpeu-pres que feroit un bracelet
fait de grains de corail ; mais le môme mot dans Mar-
tial, déligne une branche de palmier avec Ion fruit.
SPATULE , f. f efl un inflrument dont les C/ii-
rurgiens &C les Apoticaires fe fervent , qui efl plat par
un bout & rond par l'autre , & qui fert à étendre les
onguens.
Ce mot vient du htm fpatha , du grec srraSuv , qui
a la même fignificatlon.
Les Chirurgiens ont de petites fpatu/es d'acier;
les Apoticaires ont auffi de s^randes '/patulcs de briis^'
pour remuer leurs drogues quand ils les délayent ,
les mélangent , èc les font bouillir.
L-dJpaiiile des Chirurgiens efl longue de cinq pou-
ces deux ou quatre lignes ; on la div'iie en deux par-
ties , dont une qui eil véritablement \à fpaïuU , fe
nomme h palette , & l'autre fon manche. La palette
va du manche en augmentant jufqu'à fa fin ; elle a
deux pouces de long lur une ligne 6c demie d'épaif-
feur ; un des côtés efl exadfement plane , 6c l'autre
va doucement en arrondiffant.
Le manche efl une tige irrégulièrement cylindri-
que ; il va un peu en diminuant )ulqu'A (on extrémi-
té , où ilfe termine différemment fuivant la \olonté
des chirurgiens.
Les uns y font ajouter de petites rainures rmuCvel"--
fales après l'avoir un peu applatie & recourbée; c«
I Kkk
441
S P A
qui conftruk un clcvatoire : d'autres y tbnt ajouter
une Tonde boutonnée ou cannelée.
Le manche doit avoir trois pouces deux ou qua-
tre lignes de long ; la matière des Jjnitulcs elt de ter
ou d'mi;ent. Les premières iont plus fortes & con-
viennent i\ la conltrudion d'un élévatoire ; les autres
l'ont plus propres 6c ne lé rouillent pas.
La palette des //'j/«/o lert à étendre les onguens
tenaces d.: les emplâtres fur le linge, le cuir, ou le taf-
fetas , 6c à charger les plumaceaux , tentes & bour-
donnets , des mcdicamens convenables, comme bau-
mes, digelKfs , &: onguens affe/. mois; 6c comme
cette patette a un côté plat, & l'autre d'une rondeur
évafée , ces mêmes médicamens font étendus 6c char-
gés en plus ou moindre quantité : on le fert de la
rondeur pcnir charger les plumaceaux un peu gras ,
hc du côté plat pour les charger plus maigres. P'ojei
lu figure 2 . Planche /. ( I )
Spatule , en terme de Blanchiffcric ; c'eft un mor-
ceau de bois rond jufqu'à une de fes extrémités qui
«ft plate ; on s'en fert pour remuer la matière dans
ia chaudière, royei les Plane. Il y a encore une fpa-
tule de fer beaucoup plus petite , avec laquelle on
•grate les bords de la chaudière. Voye^ auprès de la
•premïen chaudière , Planches de la Blanchififer'u des
Cires.
Spatule , sn terme de Cïrlcr ; c'ell: un inftrument
-de bois aflez long & taillé en forme de lame de cou-
teau ; on s'en fert pour faire tomber dans la pocle les
croûtes qui fe forment autour, & même fur la cuil-
liere. /^oye^ Cuilliere.
Spatule , en terme de Doreur , fe dit d'un outil à
■manche dont le fer efl large & arrondi par l'extré-
mité tranchante ; elle fert à reparer dans les moulu-
res. Foyei les figures & les Planches du Doreur.
Spatule , terme de Peintre , inilrument de bois
plat par un bout 6c rond par l'autre , dont fe fervent
les Peintres pour délayer & pour broyer leurs cou-
leurs ; on donne aux fpatuUs la figure qu'on veut.
Spatule ; les Pdtiffiers appellent amfiune petite
cuitliere plate dont ils lé fervent pour battre leurs
pâtes. Foyei lesfiijures & Planches.
Spatule , en terme de pKaffineur , n'eft autre chofe
qu'une verge de fer applatie & ronde dans fon con-
tour ; fa douille & fon manche compofent cinq à lîx
pies de hauteur. On s'en fert pour gratter l'empli &
les greniers , & ramafl'er le lucre qui y efl tombé ,
tant en empliflhnt qu'en mouvant. Voyti^ Empli,
Emplir , 6- Mouver. yoye':^^ aujfiles PL
Spatule d'empli ,eft un morceau de fer applati
par un bout , terminé à l'autre par un bouton qui ne
lui iert que d'ornement , au-deflbus duquel efl: un
petit crochet pour l'arrêter aux bords du rafraîchif-
Icir ; elle fert à gratter le rafraîchilToir après l'empli.
Voyei Empli & Rafraîchissoir. Voye:^ Us figures
& les PL
Spatule petite , en terme de Raffîneur, ne diffère
de la grande que par fa pctiteffe 6c fon ufage , qui
efl: de gratter le grain qui fe forme dans les pots.
yoyei Pots & Grain, yoye^ encore les PL
SPAUTA , ( Géog. anc. ) lac de la Médie-Atropa-
tie. Ce lac produit un fel auquel Strabon , liv. II. p.
424. attribue dcsqualitésqu'il n'a pas à-préfent. Pier-
re Gilles, dans une lettre dont Ortelius a eu commu-
nication , appelle ce lac Spota , 6c le décrit de la forte :
Nous trouvâmes ce lac li falé , que fon rivage étoit
couvert d'une glace continuelle de fel l'efpace de qua-
tre ftades. J'eus la curiolité , ajoute-t-il , de faire l'é-
preuve de ce que Strabon avoit dit de ce fel. Je me
promenai dans le lac l'elpace de deux cens pascn avan-
çant vers le milieu, & l'eau me venoit à-peine au mi-
lieu du corps. Je voyois le lac couvert d'une croûte de
fel continuelle fans pouvoir découvrir la terre d'au-
S P E
cun côté.On prétend qu'il faut fix jours pour faire le
tour de ce lac. CD. J.)
SP£AN , {Geog. mod.) petite rivière d'Ecofle ; elle
fort du lac de Laggan , 6c vafe jetter dans le lac Aber.
SPKCIA , 1. f. ( Commerce. ) terme dont quelques
marchands , négocians & banquiers , fe fervent alTez
louvent dans leurs écritures pour lignifier ce qu'on
nomme ordinairement folde^ foute , ou fonde d'un
compte. Diclionnaire de Commerce & de Trév. Foyer
Solde , Soujje, & Compte.
SPÉCIAL , adj. ( Qram. & Jurifprud. ) fe dit de
ce qui fe réfère lingulicrement à un certain objet.
Ce terme eft ordinairement oppolc à général ; une
procuration efl: générale ou JpéciaU ; celle qui elt
générale , cil pour faire toutes les affaires du confti-
tuant ; la procuration y/^'e'c/Vz/e n'efl: que pour une cer-
taine affaire ; on dit de même une autorifation fpé-
ciale , une chiiie Jjpéciale. {_ A')
SPECIES , dans la Aîédecine , font proprement les
ingrédiens fimples dans les boutiques des Droguiftes
6c des Apoticaires , dont ils font les médecines com-
pofées. Cependant les auteurs de Pharmacie donnent
communément ce nom à certaines poudres aroma-
tiques ou cathartiques ; parce que probablement on
les tenoit autrefois prêtes & préparées d'avance ,
pour faire des éleftuaires , des tablettes , des pillu-
les , &c. comme l'on en a encore préfentement.
SPECIEUX , adj. ( Qram. ) qui a une apparence
féduifante & trompeufe ; vos railons font y/^eciew/èi;
vous avez trouvé un prétexte fpécieux ; vous avez
rendu votre projet hiQw fpécUux. Cet homme a cou-
vert la noirceur à mon égard d'un voile bien fpécieux;
il a commencé , avant que de m'accufer , d'avouer
une partie des obligations qu'il m'avoit , puis il a
laiffé entrevoir qu'il avoit les raifons les plus fortes
de fe plaindre de moi. Plus il connoiflbit la fauffeté
de toute fa conduite , plus il a mis d'art à lui donner
une honnêteté fpécieufe ; j'avois lu au fond de fon
ame vile & corrompue ; il s'en étoit apperçu, il ne
pouvoit plus me fouffrir.
Spécieuse , ( Alg. ) Arithmétique fpécieufe ,• efl
cette efpece d'Arithmétique qui enfeigne à calculer
les quantités exprimées par les lettres de l'alphabet,
que les premiers algébriltes appelloient //^ecici , efpe-
ces , apparemment parce que ces lettres fervent à ex-
primer généralement toutes les quantités , & en mar-
quent ainfil'efpece générale, pour ainfi dire. On ap-
pelle cette arithnîétique y/;meK/è , pour la diflinguer
de celle où les quantités font exprimées par des nom-
bres , qu'on appelle Arithmétique numérique. Voy(^
Arithmétique.
L'Arithmétique fpécieufe , efl ce que nous appel-
ions communément Algèbre. Foyei ALGEBRE. (0)
SPÉCIFICATION , f. f. (Gram. & Jurifp.) efl ce
qui déligne l'efpece d'une chofe , ce qui fert à expli-
quer que l'on a eu en vue fingulierement telle & telle
chofe; comme quand on lègue tous fes meubles &
effets mobiliers , & que l'on explique que l'argent
comptant fera compris dans ce legs : c'efl: une fpéci-
fication que l'on fait par rapport à l'argent. Foye:^ ci- ]M
devant Spécial. (A) I
SPÉCIFIQUE, Pesanteur, en Hydroftatique ,^
fignifie cette gravité ou pefanteur particulière à cha-
que efpece de corps naturel , 6>C par laquelle on le
diflingue de tous les autres, ^oye^ Pesanteur, Poids
& Gravité.
On dit qu'un corps efl fpécifiquement plus pefant
qu'un autre, lorfquc fous le même volume il a un
poids plus grand qu'un autre corps , 6c on dit que
cet autre efflpécifiquement plus léger que le premier.
Ainfi , fi de deux fpheres égales, chacune d'un pié de
diamètre , l'une ell de plomb & l'autre de bois ; com-
me on trouve que celle de plomb efl plus pelante que
celle de bois, on dit qu'elle eflfpécifiquement plus pe-
s P E
fante ; & que celle qui eft de bois, eft fpécifîquement
plus légère.
Quelques uns appellent cette efpece depefanteur,
rilacive , par oppolition à la pefanteur ablblue , qui
efl la même dans les petites parties de chaque corps ,
égales en niaffcs , ce qui les iàit defcendre également
vite dans le vuide.
Lois di la pefanteur & de la légèreté fpécifique des
corps. I ". Quand deux corps font égaux en volume ,
leurs pefanteursy^t/cz/î^KM lont l'une à l'autre comme
leurs maffes. Ainli on dit qu'un corps eft d'une pefan-
tewrfpécifiquc double d'un autre , lorfqu'ii a deux fois
fa malle Ibus le même volume.
Donc les pefanteurs fpéclfiques des corps égaux ,
font comme leur denfité. Voyei Densité.
2°. Les pefanteurs 7^ec/^^«« des corps qui font du
même poids, font en raifon réciproque de leurs vo-
lumes. Ainfi les denfités de deux corps du même
poids , font en raifon réciproque de leurs volumes.
3". Les pefanteurs y^m)f^«ei de deux corps font
m raifon compofée de la rail'on direûe de leurs maf-
"es , & de la raifon réciproque de leurs volumes.
4°. Un corps fpécifiquement plus pefant qu'un ilui-
le , perd dans ce fluide une portion de fa pefanteur,
îgale à celle d'un pareil volume de fluide.
Car fuppofons qu'un pouce cubique de plomb foit
)longé dans l'eau, un pouce cubique d'eau fera par ce
aoyen chafl^é du lieu qu'il occupoit; mais le poids
le cette eau étoit foutenu par la réfiftance de l'eau
[ui l'environnoit. Il faut donc qu'une partie du poids
lu cube de plomb foit foutenue par l'eau environ-
ante, & que cette partie foit égale au poids de l'eau
[ui a été repoufiTée ; par conféquent la pefanteur du
orps plongé doit être diminuée d'autant. Voye^YLVi-
Ainfî, I**. puifqu'un fluide fpécifiquement plus pe-
int, a plus de poids fouslemême volume, qu'un au-
re plus léger; le même corps perdra davantage de
)n poids dans un fluide fpécifiquement plus pefant
ue dans un plus léger ; & par conféquent il pefera
lus dans un fluide plus léger que dans un autre plus
efant.
2". Des corps égaux homogènes , par exemple ,
eux balles égales de plomb, qui pefent égalem.ent
ans l'air, perdront leur équilibre fi on les plonge dans
eux fluides différens.
3°. Puifque les pefanteurs fpécifiques font comme
:s maflTes fous le même volume , la pefanteur fpccifi-
'le du fluide fera à la pefanteur fpécïfique du corps
longé, comme la partie du poids que perd le corps
)lide , eft à tout le poids du corps.
4°. Deux folides de volume égaJ , perdent autant
e poids l'un que l'autre dans le même fluide ; mais le
oids de celui qui eft fpécifiquement plus pefant, eft
lus grand que celui du corps fpécifiquement plus Ic-
er : donc le corps fpécifiquement plus léger , perd
lus de fon poids à-proportion que celui qui eft fpé-
fiquement plus pefant.
5". Puifque les volumes des corps de poids égal,
>nt réciproquement comme \t\\r% pefanteurs fpkifi.-
«5,un corps fpécifiquement plus léger, perd davanta-
i de fon poids dans le même fluide , qu'un autre corps
e même poids & d'une plus grande pefanteur fpéci-
jue, ou d'un moindre volume. C'eft pourquoi s'ils
mt en équilibre dans un fluide , ils ne le feront pas
s même dans un autre ; mais celui qui eft fpécifiquc-
lent plus pefant l'emportera , d'autant plus que le
uide fera plus denfe.
Trouver la pefanteur {c\)C\^ç[\\t d'un fluide. Sufpcn-
2Z un globe de plomb ;\ un des côtés d'une balance ,
: attache/ i\ l'autre côté un poids qui foit en équili-
re avec l'autre en plein air; plongez fuccefllvcment
: globe dans les diflérens fluidesdont les pefanteurs
Totiie Xr,
S P E
44Î
fpéciflques font inconnues , & obfervez combien il
pcfe dans chacun. Ces différentes pefanteurs étant
fouftraites chacune à-part du premier poids, ce qui
refte eft Li quantité de poids qui fe perd dans chaque
fluide. D'où on coHnoît la pej'arzteur fpècifique àç cha-
cun de ces fluides.
Donc , puifque les denfités font comme les pefan-
teurs fpécifiques , on trouve en même tems la raifon des
denfités des fluides.
Ce problème eft d'un fort grand ufage ; car on trouJ
ve par ce moyen le degré de pureté ou de bonté des
fluides ; connoiflance dont l'utilité s'étend non feule-
ment à la philofophie naturelle , mais encore aux
ufages de la vie & à la pratique de la médecine.
On remarque que \çs pefanteurs fpêcifiques des mêmes
fluides varient dans les différentes faifons de l'année.
M. Eifenfchmid, dans fon livre mûtnlé, difquifitio nova,
de ponderibus^ &c. rapporte quantité d'expériences
fur ce fujet, dont nous ne citerons ici que les prin-
cipales.
Table des pefanteurs fpécifiques^/e différens fluides:
un pouce cubique, à Paris en été. en hiver.
Pefe onc. dr. g. orfc. dr. g.
de Mercure
Huile de vitriol
Efprit de vitriol
Efprit de nitre
Efprit de fel
Eau forte
Vin aigre
Vinaigre diftillé
Vin de Bourgogne
Efprit-de-vin
Bière pale
Bière foncée
Lait de vache
Lait de chèvre
Urine
Efprit d'urine
Huile de tartre
Huile d'olive
Huile de térébenthine
Eau de mer
Eau de rivière
Eau de fontaine
Eaudiftillée
6°. Pour déterminer en quelle raifon la pefanteur
fpécifique d'un fluide , eft à la pefanteur fpécijîque d'un
folide qui eft fpécifiquement plus pefant que le flui-
de;
Pefez la mafl*e du folide dans le fluide , & remar-
quez quel eft précifement fon poids dans le fluide &
dans l'air: \z '^vdi\\té fpécifique au fluide fera à celle
du folide , comme la partie de la pefanteur que perd
le folide , eft à fon poids dans l'air.
7°. Les pefanteurs fpédfiques des corps également
pefans,font réciproquement comme les quantités de
pefanteurs qu'ils perdent dans le même fluide.
Par ce moyen on trouve la raifon des pefanteurs.
fpédfiques des folides, en pefant dans le même fluide,
des portions de ces folides qui l'oient également pe-
lantes dans l'air, & en remarquant quelle eftla pefan-
teur que chacun perd.
Plufieurs auteurs ont déterminé les pefanteurs fpé~
cifiquis de difiérens folides. Ghétaldus a examina
particulièrement les pefanteurs fpédfiques des corps
métalliques ; & c'eft de lui qu'Oughtrod les a em-
pruntées. On trouve dans les Tranfu'lions pluhfh»
phiques^ des tables fort amples des /'^Jrtrcwrj/^â/yi-
^«c-.ç, faites par diftérens auteurs.
Voici celles de quelques-uns des corps les plus or-
Kkk ij
I (>(>.
7 i
14.
7 59-
7
71-
5 33-
5
38.
6 24.
6
44.
5 49-
6 23.
5
6
5 5-
35-
5 15-
5
21.
5 II-
4 67.
5
4
i?-
75-
4 3i-
4
42.
5 I-
5
9-
5 2..
5
7'
5 20.
5
^5-
5 M-
5
28.
5 14-
5
19.
5 45-
5
53-
7 ^7-
4 53-
7 43-
eft gelée en hiver;
4 39-
6 12.
4
6
46.
18.
5 10.
5
13-
5 II-
5 8.
5
5
14.
II.
444
S P E
dinaires , qui ont ctc publices par le P. Merfcnne, &
depuis par ditiercns auteurs.
Table des pefanteurs fpccifiques de difcrcnsfoUJcs.
Un poids de cent livres d'or ell égal en volume à
71 V fie mercure. n de marbre.
■60 ^ de plomb. 14 dcpicrre.
54 { d'argent. ^^ \ de ioutre.
.47 r^ de cuivre. 5 de cire.
45 d'airain. 5 y d'eau.
4i de ter.
39 d'ctain.
38 î- d'ctain fin.
26 d'aimant.
Woyei A Canule BALANCE HYDROSTATIQUE imc
ïable plus étendue.
8°. Un corps rpécifiqiiement plus pefant qu'un
fluide , y dcfcend avec une pelantcur égale à l'excès
de Ion poids lur celui d'un pareil volume de ce fluide.
Donc i". la force qui peut l'outenir dans un fluide
un corps ipécifiquement plus pelant, ell égale à l'ex-
cès de la pefantcur abtblue de ce corps, fur celle d'un
pareil voliune de fluide. Par exemple , 47 liv. 4- de
cuivre, perdent cinq liv. & un tiers de leur poids
dans l'eau ; donc une puiffancc de 41 liv. fuflit pour
les y foutenir.
i°. Puifque l'excès de poids d'un folide fur îe poids
d'un fluide , eft moindre que l'excès du même fur le
poids d'un fluide plus léger, ce folide defcendra avec
inolns de vîtelfe dans un fluide plus pefant que dans
un autre plus léger.
9°. Un corps Spécifiquement plus léger qu'un flui-
de , enfonce dans ce fluide jufqu'à ce que le poids
d'une quantité de ce fluide , égale en mafle à la par-
tie qui eft plongée , foit égal au poids du corps en-
tier.
Donc i". puifque les pefanteurs ffKcifiques des
corps qui ont le même poids , font réciproquement
comme leurs volumes , & que des volumes de même
poids dans différens fluides, font comme les parties
du même folide qui y font plongées ; les pefanteurs
fpécifiques des fluides font réciproquement comme les
parties du même corps qui y font plongées.
2°. Un folide donc enfonce plus avant dans un flui-
de plus léger que dans un plus pefant, & d'autant
plus profondément que le rapport de la pcfanteur fpé-
clfiqut du folide à celle du fluide efl plus grand.
3". Si un corps ell de la même pefanteur fpéc'fique
qu'un fluide , tout le corps y enfoncera ; & il s'arrê-
tera dans quelque endroit du fluide qu'on le place.
4°. Si un corps Ipécifiquement plus léger qu'un
fluide , y efi entièrement plongé , il fera forcé par
les colonnes collatérales du fluide de remonter avec
une force égale à l'excès de pefanteur d'un pareil vo-
lume du fluide fur la pefanteur du folide.
5". Donc un corps Ipécifiquement plus léger qu'un
fluide , & placé dans le fond d'un vafe que ce fluide
remplit , fera foulevé & remontera.
10". La pefanteur fpécifique d'un folide efl à la pe-
fanteur fpécif que d'un fluide plus léger, où il ell plon-
gé , comme la mafTe de la partie qui y efl plongée cil
à toute la mafle entière.
II''. Les pefanteurs fpécifiques des folides égaux,
4bnt comme leurs parties plongées dans le même
fluide.
1 2". La pefanteur &: la mafle d'un corps , & la pe-
fanteur d'un fluide fpccifiquement plus pefant étant
données, trouver la force requife pour tenir le folide
plongé entièrement dans le fluide.
Comme cette force efl égale à l'excès de pefanteur
d'un pareil volume de fluide , fur celle du folide , au
moyen de la mafle donnée du folide & du poids d'un
pic cubique du fluide , trouvez par la règle de trois ,
le poids d'un volume de fluid© égal à celui du corps.
S P E
Otez-enle poids du folide; le refte efl la force deman-
dée. Par exemple, luppofez que l'on demande la for-
ce nécefi'aire pour foutenir dans l'eau un folide de
8 plés cubes de volume , 6c de 100 liv. de pefanteur;
puilqu'un pié cubique d'eau pelé 70 liv. le poids de
8 pies cubes d'eau efl 560, ôtez-en 100 liv. qui efl:
la pelanteur du folide , les 460 liv. reftantes l'ont la
force néccjTaire pour tenir le folide dans l'eau & l'em-
pêcher de remonter.
D'oii il fuit que pulfqu'un corps monte dans un
folide fpccifiquement plus pefant , avec une force
égale à celle qui pourroit l'empêcher de monter, on
peut pareillement par le préfent problème, trouver
la force avec laquelle un corps fpécifiquement plus
léger monte , ou tend à monter , dans un fluide plus
pelant.
1 3*^. La pefanteur d'un corps qui doit être conf-
truit d'une matière fpécifiquement plus pelante, 8c
celle d'un fluide fpécifiquement plus léger, étant
donnée, déterminer la cavité que le corps doit avoir
pour nager fur le fluide.
La pefanteur d'un pié cubique de fluide étant don-
née , on trouve par la règle de trois , le volum.e de la
portion du fluide égale en poids au corps. Si donc
on fait la cavité du corps telle que le volume foit un
peu plus gi-and que ce volume trouvé , le corps aura
moins de pefanteur fous le même volume , que le fliii-;
de , & par conféquent fera fpécifiquement plus lé-
ger, & ainfl nagera fur le fluide. Par exemple, fup-
pofez qu'on propofe de faire une boule de fer du
poids de 30 liv. de telle forte qu'elle pullTe nager fur
l'eau. Puifque le poids d'un pié cubique d'eau efl 70
liv. une mafle d'eau égale en poids à 30 liv. contien-
dra les ~ d'un pié cube , & on trouvera facilement Id
diamètre d'une fphere qui ait y de plés cubes de fo-
lidlté. On fera enfulte la boule de fer de manière
qu'elle foit creufe en-dedans, &; que fon diamètre foit
plus grand que le diamètre trouvé ; cette boule fur*
nagera.
Ces différens théorèmes qu'on a annoncés , peu-'
vent non feulement fe démontrer par les principes
de méchanique,mais encore être confirmés par l'ex-
périence. Foye^ le cours de phyfique expérimentale de
M. Cottes, traduit de l'anglois M. le Monnier,
doûeur en médecine de la faculté de Paris , & de l'a-
cadémie royale des Sciences de Paris , 1741. Foye^
aufll Particle FluIDE. fFolfSi. Chambers. (£ )
Spécifique, (iVf^'^tc.) nous entendons par ^e-
cifiquis , les médicamens dont la vertu efl telle qu'ils
font plus efficaces contre certaines maladies détermi-
nées , que contre d'autres ; enlorte que leurs vertus
réunies , rempliffent plufleurs indications curatives
de la même maladie. La rhubarbe , par exemple , mé-
rite la préférence fur les autres médicamens laxatifs
dans la diarrhée , en ce que non-feulement elle éva-
cue , mais tempère par fon amertume balfamique les
fucs cauftiqucs , & qu'en celfant d'opérer comme
purgatif, elle fortifie le ton des inteftins trop afFoi-
bll , à caufe des particules légèrement aftringentes
qu'elle contient.
On donne à d'autres médicamens le nom Ae.fpéci-'
fiquis , parce qu'une longue expérience a fait con-
noître la vertu qu'ils ont de produire des eflets favo-
rables dans certaines maladies ; c'eft ce qui a fait
donner au quinquina le nom ào. fpécifique , pour arrê-
ter les accès des fivres Intermittentes ; à l'opium, pour
calmer les douleurs ; aux mercuriels , pour guérir les
maladies vénériennes.
Enfin , il y a des remèdes que les médecins ap-
Y'i^llQnt fpécifiques, pour défigner feulement qu'ils font
plus amis que d'autres des parties qu'attaque la mala-
die , & qu'ils leur font principalement reffcntir leur
opération ; c'cfl ainfl que les nerfs & les parties ner-
veufes fe trouvent très bien des remèdes empreints
s P Ê
'une huile fiibtile , aromatique , de bonne odeur ; *
: qu'ils Te trouvent mal des remèdes irritans. Dans
putridité , l'eiloniac eft réjoui par les acides qui le
ouvent contraires aux maladies des bronches des
jumons. Les cantharides ne font point d'impreffion
r l'ellomac , mais elles picotent les canaux urinai-
:s des reins , les uretères , la veffie ^ & leur caufent
:s contrarions l'palmodiques.
Après avoir indiqué les divers fens qu'on peut
3nner aux remèdes nommés fpccifiques en médecine,
3US allons indiquer en peu de mots , ceux qui con-
ennent davantage pour la guérifon de différentes
aladies les plus communes.
Le quinquina n'a point perdu la réputation qu'il
îft acquife àhs le commencement, d'être ÏQfpécifi-
'.c des fièvres intermittentes , ou du moins d'en re-
•imer les accès : le fait eu certain , quoique la ma-
ere foit inconnue. On loue encore avec raifon ^
ms les mômes lièvres, \qs fleurs de camomille or-
naire, parce que leur amertume & leur huile ont
le vertu antifpafmodique , & une autre tonique lé-
:rement aftringente.
La teinture de rhubarbe & de gentiane , prépa-
c avec une leflive de celle de tartre , & l'efprit uri-
;ux dufel ammoniac,a dans plulieursefpeces de fie-
■es quartes , une efpece de vertu fpiafiquz ; mais
land cette fièvre ne cède pas à ce remède , il pa-
•k qu'on peut recourir avantageufement au m.ercu-
: doux , ou diaphorétique , bien préparé.
Le nitre dépuré avec un peu de camphre, les adou-
ffans , les doux anodins, \ts émuiïions, &: les dia-
lorétiques fixes , ont ime efpece de vertu particu-
;re dans toutes les inflammations qui font accompa-
lées de fièvre , & qui communément attaquent les
irtics nerveufes , comme font les membranes du
irveau, les tuniques de l'eflomac, la plèvre, les
ronches des poumons.
Lorfque les humeurs ont une ^pofition maligne ,
eft-à-dire une difpofition à la putréfaftion,lecam-
we marié avec le nitre , mérite des éloges , foit que
s maladies foient aiguës ou chroniques. On doit
:garder ie vinaigre , ou (împle , ou chargé de la tein-
ire des racines cordiales , com.me le meilleur des
exiteres, dans la peftemême. Le fuc de limons, de
trons , le firop de limon aromatifé avec Thuile de
;dre , refifient puilTamment en qualité d'acides , à
diflbluîion corruptible des humeurs.
Les douleurs caufées par un refierrement fpafmo-
ique , font utilement mitigées par la liqueur ano-
ine minérale d'Holfraan ; les vents dont la raréfac-
on caufe une extenfion douloureufe des m.embra-
2S de reflomac & des inteftins , fe difiipent avanta-
nilement , toutes les fois qu'il n'y a point d'inflam-
lation , par l'écorce d'orange jointe aux fleurs de ca-
romille , & par d'autres remèdes femblables, qui
nt une huile iubtile, vaporeufe , réunie à un prin-
ipe aromatique , qui fortifient & adoucifient.
Les goutteux font foulages par l'ulage abondant
l continué d'une décoclion de racine d'armoife ,
e fcorzonerc , de fqifme , de régliflé, & de polypo-
e ; le rob de fureau , pris intérieurement à la dofe
'une once , dans un liquide convenable , eft une ef*
cce àc fpécijique pour exciter la tranlpiration.
Les accidens hyftériqucs &: hypocondriaques, qui
reviennent de la contraction fpaimodique du fyllc-
le des nerfs , ne connoiffent point de meilleur re-
»cde que l'exercice du corps , les gommes balfa-
fiques , comme l'alTa foetida , le liigapenum , l'opo-
anax , le calloreum , l'extrait de rhubarbe , la myr-
lie & le fafran , pris fouvcnt à dofe modérée , par-
e que ces remèdes dillblvent les liqueurs tenaces,
k; fortifient le ton des parties nerveufes.
Lorfque le tiffu véficulaire des poumons cft en-
gorgé dans l'allhine par une pituite cpaiflc , la gom-
S P Ë 4^^
nte ammoniaque , le baume du Pérou , ï'opopanax ^
réduits en pilules , ou en effence , avec la teinture de
tartre , {onx. les remèdes les plus fpccifiqucs , e'efl-à-
dire les plus appropriés à cette maladie.
Quand les mêmes poumons commencent à être at-
taqués de phthifie , c'eft fur-tout dans le lait d'anef-
fe , ou feul, ou coupé avec les eaux de Sîlter , qu'iî
faut chercher le rem.ede fpécifique à ce mal , en y
joignant l'exercice modéré à cheval, avec le régime
convenabl-e d'ailleurs , pour prévenir la putridité des
humeurs.
L'hydropifie dépendant d'une infinité de caufes
particulières , n'a point de remèdes fpécifyues ; mais
comme l'écoulement des urines eft quelquefois un
des moyens deftinés à évacuer les eaux des hydro-
piques , on peut confeiller la poudre des canthari-
des , mêlée avec le fel de tartre , quelques grains
de nitre dépuré , & de camphre , fi les hum.eurs ont
difpofition à prendre le cours des urines pour s'éva-
cuer ; il faut enfuite fortifier le corps par de s ban-
dages,
La difpofition des reins à former du gravier , de-^
mande un long & fréquent ufage de l'infufion des
fommités de mille feuilles , ainfi que l'écorce des ra-.
cincs d'acacia > infufée dans l'eau.
La diffenterie , maladie contagieufe qui fait quel-
quefois de grands ravages , eft ordinairement heu-
reufement guérie par la racine de l'Amérique, con-
nue fous le nom à' ipecacuanha , quipaffe dans ce mal
pour un fpécifique.
On prefcrit , entre les remèdes qui peuvent émouf-
fer l'acrimonie , les diaphorétiques doux , les tem-
pérans , & l'infufion légère de rhubarbe ; enfin on
emploie avec fuccès, l'écorce de cafcarille,pour raf-
fermir les fibres relâchées des inteftins, & calmer les
mouveniens défordonnés.
Les vers , qui préfentent quelquefois la fcène de
plufieurs accidens , font heureufement attaqués Sc
chaffés du corps par l'extrait de rhubarbe , & fur-
tout par le diagrède , &le mercure doux : on peut ,
dans les enfans , faire précéder l'ufage de ces remè-
des , par quelques cuillerées d'huile d'olive , ou d'a-
mande douce , lefquels comme tous les huileux , cau-
fent la mort des vers , fur-tout fi les enfans font à
jeun.
Dans les maladies vénériennes, le bois & l'écorcô
de gayac , mais fur-tout le mercure , pafTent depuis
long-tems pour être les meilleurs y^ecZ/f^tt^i connus.
Le gayac empreint l'eau dans laquelle On le fait bouil-
lir , d'un fel fubtil refineux , qui accélère la circula-
tion de la mafle du fang & des humeurs ; ce qui tend
à dilToudre les fucs tenaces , & à lever les obftruc-
tions.
On attaque avec fuccès les maladies cutanées i
telles que l'herpès, la gale , & aiUres exulcérations da
la peau , par le foufre diaphorétique d'antimoine , &C
en général par les antimoniaux.
La ftagnation des humeurs & du fang , qui procè-
de d'une contufion des parties extérieures, outre les
remèdes externes , admet intérieurement l'ufage de
l'infufion , ou de la décoftion du damozanium , &C
autres plantes de ce genre , qui pofTcdent des vertus
incifives , réfolutives , & diicuflives.
Voilà , dans plufieurs maladies, les remèdes chol-
fis que l'expérience a fait connoîtrepour les plus uti-
les , & dont la plupart font honorés du titre àcj'pài-
fqnas ; cependant les vertus de tous ces médicamcns»
même des plus vantés, ne font jamais que relatives,
l>()rnécs & limitées à certaines difpofitions&circonl-
tances; ils demandent tous d'être réglés parune mé-
thode convenable , & par les lumières d'un fage mé-
decin qui connoifle les caufes de la maladie, le ré;j;i-
me , le genre de vie qu'il faut fiiivre pendant l'ufage
-44<5
S P E
de ces remèdes , la manière de les combiner , & com-
bien de tems il faut les continuer.
Nous n'avons donc garde d'imaginer qu'il y ait des
remèdes qui produiient toujours un cltet lalutaire
dans tous les lujets : nous n'entendons \^z.r J'picifiques ,
comme nous l'avons déjà dit , que les remèdes con-
nus , qui ont généralement une taculté particulière ,
ou Ipéciale, dans certaines maladies préfcrablement
à d'autres.
A plus forte raifon fommes-nous convaincus qu'il
n'y a ni panacées , ni fecrets , nij'pccifiqiics univerfels.
Ceux qui prétendent d'en poffeder , ne font que des
fourbes & des charlatans : fi l'on croit ces gens-là ,
dit la Bruyère , le remède qu'ils ont eft un bien de
famille quis'eft amélioré dans leurs mains ; de fpéciji-
que qu'il étoit contre un feul mal, il les guérit tous
par les expériences qu'ils en ont faites ; forcez un
peu votre mémoire , ajoute-t-il , nommez une ma-
ladie , la première qui vous viendra dans l'efprit ,
l'épilepfie , dites-vous , ils la guériflent. Ils ne ref-
fufcitent perfonne , à la vérité , ils ne rendent pas la
.vie aux hommes, mais ils les conduifent nécélfaire-
jnent à la décrépitude , & ce n'eft que par hafard
que leurs pères &l leurs ay euls , qui avoient leurs />^'-
cifiquts 6c leurs fecrets , font morts fort jeunes. ( Le
chevalier DE J AU COURT. )
SPECILLUM, ou SPECULUM , eft un inftrument
'de chirurgie , qui fert à fonder & écarter les plaies ,
&c. c'eft la même choie que fonde. Foye^ Sonde. (F)
SPECTABILES , ( Littérature ) titre d'honneur
qu'on donnoit aux nobles du fécond rang fous les
empereurs romains ; mais c'étoit un titre inconnu
du tems de la république. Il y avoit deux autres qua-
lifications dans le difcours , accordées àlanobleffe,
"dont la principale étoit celle de illupes , & la moin-
'dre celle de clarifflmi. (^D. J.^
SPECTACLES , ( Invent. anc. & mod.) repréfen-
tations publiques imaginées pour amufer, pour plai-
re , pour toucher , pour émouvoir, pour tenir l'ame
occupée , agitée , àc quelquefois déchirée. Tous les
fpeclacles inventés parles hommes, offrent aux yeux
du corps ou de l'efprit, des chofes réelles ou feintes ;
& voici comme M. leBatteux, dont j'emprunte tant
de chofes , envifage ce genre de plaifir.
L'homme , dit-il , eft né fpedtateur; l'appareil de
tout l'univers que le Créateur femble étaler pour être
vu & admiré , nous le dit affez clairement. Aufli de
tous nos fens , n'y en a-t-il point de plus vif, ni qui
nous enrlchifle d'idées , plus que celui de la vue ;
■mais plus ce fens eft aftif , plus ilabefoin de chan-
ger d'objets : auflltôt qu'il a tranfmis à l'efprit l'ima-
ge de ceux qui l'ont frappé , fon aftivité le porte à
en chercher de nouveaux , & s'il en trouve , il ne
manque point de les iaifir avidement. C'eft de -là
que font venus les fpeclacles établis chez prefque tou-
tes les nations. Il en faut aux hommes de quelque
«fpece que ce foit : & s'il eft vrai que la nature dans
fes effets , la fociété dans fes cvénemens , ne leur en
iburnlft'ent de piquans que de loin à loin , ils auront
grande obligation à quiconque aura le talent d'en
créer pour eux, ne fût-ce que des phantômes & des
reffemblances , fans nulle réalité.
Les grimaces, les prcftiges d'un charlatan monté
fur des tréteaux, quelque animal peu connu , ou inf-
truità quelque manège extraordinaire, attirent tout
un peuple , l'attachent , le retiennent comme mal-
gré lui ; & cela dans tout pays. La nature étant la
mime par-tout , & dans tous les hommes , favans
& ignorans , grai^ds & petits , peuple & non peu-
ple , il n'étoit pas poffiblc qu'avec le tems \es fpecla-
cles de l'art n'euffent pas lieu dans; la fociété humai-
ne ; mais de quelle elpece devoient-ils être , pour
faire la plus grande impreffion de plaifir .>
On peut préfcnter.les effets de la nature , luie ri-
S P E
viere débordée , des rochers efcarpés , des plaines '
des forêts , des villes, des combats d'animaux ; mais
ces objets qui ont pau de rapport avec notre être
qui ne nous menacent d'aucun mal , ni ne nous pro-
mettent aucun bien , font de pures curiofités : ils ne
frappent que la première fois , & parce qu'ils font
nouveaux : s'ils plaifent une féconde fois , ce n'eft
que par l'art heu reniement exécuté.
Il faut donc nous donner quelque objet plus inté-
reffant , qui nous touche déplus près; quel fera cet
objet ? nous-mêmes. Qu'on nous faffe voir dans d'au-
tres hommes , ce que nous'fommes, c'eft de quoi
nous intérefl'er , nous attacher , nous remuer vive-
ment.
L'homme étant compofc d'un corps & d'une ame,
il y a deux fortes àe fpeclacles qui peuvent l'intéref-
fer. Les nations qui ont cultivé le corps plus que l'ef-
prit, ont donné la préférence aux y/7ef7<zc/t'i oii la for-
ce du corps & la foupleffe des membres fe mon-
troient. Celles qui ont cultivé l'efprit plus que le
corps , ont préféré les fpeclacles oii on voit les ref-
fources du génie & les refforts des paflions. Il y en
a qui ont cultivé l'un & l'autre également , & les
fpeclacles des deux efpeces , ont été également en
honneur chez eux.
Mais il y a cette différence entre ces deux fortes
àejpeclacles,q\.ie dans ceux qui ont rapport au corps,
il peut y avoir réalité, c'eft-à-dire que les chofes peu-
vent s'y paffer fans feintes & tout de bon , comme
dans les fpeclacles des gladiateurs, où il s'agiffoit pour
eux de la vie. Il peut le faire auftl que ce ne foit qu'-
une imitation de la réabté , comme dans ces batailles
navales où les Romains flatteurs repréfentoient la
vidoire d'Aclium. Ainfi dans ces fortes de fjjeclacles^
l'aûion peut être ou réelle , ou feulement imitée.
Dans les fpeclacles où l'ame fait fes preuves, if
n'eft pas poffible qu'il y ait autre chofe qu'imitation ,
parce que le deffein feul d'être vu contredit la réali-
té des paffions : un homme qui ne fe met en colère^
que pour paroître fâché , n'a que l'image de la colè-
re ; ainfi toute paftion , dès qu'elle n'eft que pour le
fpeclucle , eft néceffairement paiîion imitée, feinte^
contrefaite : & comme les opérations de l'efprit font
intimement liées avec celles du cœur, en pareil cas,'
elles font de même que celles du cœur , feintes & ar-
tificielles.
D'où il fuit deux chofes : la première qwe lesfpec»
tacles où on voit la force du corps & la foupleffe , ne
dem.andent prefque point d'art, puifque le jeu en efl
franc , férieux , & réel ; 6c qu'au contraire ceux oti ■
l'on voit l'adion de l'ame , demandent un art infini ,■
puifque tout y eft menfonge , & qu'on veut le faire
paffer pour vérité.
La féconde conféquence eft que les fpeclacles du
corps doivent faire une impreffion plus vive , plus
forte ; les fecoulles qu'ils donnent à l'ame , doivent
la rendre ferme , dure , quelquefois cruelle. Lesfpec'
tacles de l'ame au-contraire, font une impreffion plus
douce, propre àhumanifer, àattendrirle cœurplu-
tôt qu'à l'endurcir. Un homme égorgé dans l'arène ,' "
accoutume le fpeclateur à voir le fang avec plaifir.
Hippolyte déchiré derrière la fcene , l'accoutiime à
pleurer fur le fort des malheureux. Le premier fpsc-
tacle convient à un peuple guerrier , c'eft-à-dire def-
trudeur; l'autre eft vraiment un art de la paix, puil-
qu'il lie entr'eux les citoyens par la compailion &
l'humanité.
Les derniers fpeclacles font fans doute les plus di-
gnes de nous, quoique les autres foient une.paffion
qui remue l'ame 6c la tient occupée. Tels étoient
chez les anciens lefpeclacle des gladiateurs , les jeux
olympiques, circenfes & funèbres ; & chez les mo-
dernes , les combats à outrance , & les joutes à fer
émoulu qui ont çeffé, La plupart des peuples poli*
s P
E
ne joutent plus que les fpeclacles menfongers qui
ont rapport à l'ame , les opéras , les Goméclies , les
tra<:;édi^s , les pantomimes. Mais une choie certaine,
c'clt que dans toute tï^QccàeJpzclacles^on veut être
ému, touché, agité ou par le plailir de TépanouilTe-
ment du cœur , ou par ion déchirement , eipece de
plailir ; quand les adeurs nous laiiTent immobiles ^
on a regret à la tranquillité qu'on emporte , & on
cfl indigné de ce qu'ils n'ont pas pu troubler notre
repos.
C'efl le même attrait d'émotion qui fait aimer les
inquiétudes 6c les alarmes que caulent les périls où
l'on voit d'autres hommes expoiés , fans avoir part
îi leurs dangers. Il eil touchant , dit Lucrèce , de nat.
nr. iib, IL de conlldérer du rivage un vailfeau luttant
contre les vagues qui le veulent engloutir , comme
de regarder une bataille d'une hauteur d'où l'on voit
en fureté la mêlée.
Suave mari magno turbantibus œquora vends
E terra alteriui rnagnam fpecïare laborern ;
Suave etiam beiii certamïna magna tueri
Per campos injlrucla tuijine parte perïcli,
Perfonne n'ignore la dépenfe exceiîlve des Grecs
& des Romains en fait de fpeclacles , & fur-tout de
ceux qui tendoient à exciter l'attrait de l'émotion.
La repréfentation de trois tragédies de Sophocle
coûta plus aux Athéniens que la guerre du Péiopon-
ixt^Q. On fait les dépenfes immenies des Romains
pour élever des théâtres , des amphithéâtres &: des
cirques , même dans les villes des provinces. Quel-
ques-uns de ces bâtimens qui lubliitent encore dans
[cur entier , font les monumens les plus précieux de
i'architefture antique. On admire même les ruines
de ceux qui font tombés. L'hilîoire romaine ell: en-
core remplie de faits qui prouvent la paliion déme-
furée du peuple pour \tsfpectucles , & que les prin-
ces & les particuliers faiioient des frais immenfes
pour la contenter. Je ne parlerai ceperidant ici que
du payement des adeurs. iEibpus , célèbre comé-
dien tragique & le contemporain de Cicéron , laiifa
en mourant à ce fils , dont Horace & Pline font men-
:ion comme d'un fameux dillipateur , une lùccelfion
de cinq millions qu'il avoit amafles à jouer la comé-
die. Le comédien Rofcius , l'ami de Cicéron , avoit
par an plus de cent mille francs de gages. 11 faut
même qu'on eût augmenté les appointemens depuis
l'état que Pline en avoit vu drelfé, puifque Macro-
bé dit que ce comédien touchoit à.QS deniers publics
près de neuf cens francs par jour, & que cette ibmme
étoit pour lui iéul : il n'en partageoit rien avec fa
troupe.
Voilà comment la république romaine payoit les
gens de théâtre. L'hiftoire dit que Jules Celar donna
vingt mille écus à Laberius , pour engager ce poëte
;\ jouer lui-même dans une pièce qu'il avoit compo-
fée. Nous trouverions bien d'autres profulions ious
les autres empereurs. Enfin Marc-Aurele , qui l'ou-
vent eil défigné par la dénomination d'Antonin le
philofophe , ordonna que les afteurs qui jouroient
dans les fpeclacles que certains magiitrats étoient te-
nus de donner au peuple , ne pourroient point exi-
ger plus de cinq pièces d'or par repréfentationj, &
que celui qui en faifoit les frais ne pourroit pas leur
donner plus du double. Ces pièces d'or étoient à-peu-
près de la valeur de nos louis , de trente au marc , &c
qui ont cours pour vingt-quatre francs. Tite-Live
dfinit fa diiîértation fur l'origine 6c le progrès des re-
préfentations théâtrales à Rome , par dire cm'un di-
vertiifcmcnt , dont les commencemens avoient été
peu de choie, étoit dégénéré en des Jpecf ai les ii
fomptueux , que les royaumes les plus riches au-
roient eu peine à en foutenir la dépenie.
Quant aux beaux arts qui préparent les lieux de
S P E
la fcene des fpeclacles , c'étoit une chofe magnifique
chez les B.omains. L'architeûure , après avoir formé
ces lieux , les embellifibit par le fecours de la pein-
ture & de la fculpture. Comme les dieux habitent,
dans l'olympe , les rois dans des palais , le citoyen
dans fa maiion , & que le berger eft aifis à l'ombrô
des bois , c'eil aux arts qu'il appartient de repréfen-
ter toutes ces chofes avec goût dans les endroits
deilinés aux fpeclacles. Ovide ne pouvoit rendre le
palais du ioleil trop brillant , ni Miiton le jardin d'E-
den trop délicieux : mais fi cette magnificence eft
au-deilus des forces des rois , il faut avouer d'un au^
tre côté que nos décorations iont fort mefquines , &
que nos lieux de fpeclacles^ dont les entrées reiTem-
blent à celles des priions , offrent une perfpeftive
des plus ignobles. ( Le CnevaVur DE Jav COURT. )
SpECIATEUR , eil une perfonne qui ainile'àun
fpecvacle. ^oye.^ Spectacle.
Chez les Romains , i'^tkXdXewts ^ fpeclatores , figni-
fîoient plus particulièrement une forte de gladiateurs
qui avoient obtenu leur congé , & qui étoient fou-
vent gagés pour a/fiiter comme fpeciatews aux com-
bats de gladiateurs , &c. dont on régaloit le peuple*
f^ojei Gladiateur.
SPECTRE , f m. {Métaphyfiqiie.) on appeîle7>ec-
très certaines lubflances fpirituelles , quiie font voir
ou entendre aux hommes. Quelques-uns ont cru que
c'étoient des âmes des défunts qui reviennent & fe
montrent fur la terre. C'étoit le fentiment des Pla-
toniciens , comme on le peut voir dans le Phédon da
Platon , dans Porphyre , &c. En général l'opinion
touchant l'exiilence des fpeclres étoit affez commune
dans le paganilme. On avoit même établi des fjtes
6c des foleinnités pour les âmes des morts , afin
qu'elles ne s'avifalîént pas d'effrayer les hommes par*
leurs apparitions. Les cabaliftes 6c les rabbins parmi
les Juifs n'étoient pas m.oins pour ks Jpe&rcs. Il taut
dire la même chofe des Turcs , & même de prefque
toutes les feftes de la religion chrétienne. Les preu-
ves que les partifans de cette opinion en donnent
font des exemples ou profanes ou tirés deFEcriture-
fainte. Baronius raconte uh fait, dont il croit que
perfonne ne peut douter : c'efl la fameufe apparition
de Marfilius Ficinus à fon ami Michael Mercato. Ces
deux amis étoient convenus que celui qui mourroit
le premier; reviendroit pour inflruire l'autre delà
vérité des chofes de l'autre vie. Quelque tems après,
Mercato étant occupé à méditer fiir quelque choie ,
entendit tout-d'un-coup une voix qui l'appelloit:
c'étoii Ion ami Ficinus qu'il vit monté fur un che-
val blanc , mais qui difparut dans le moment que
l'autre l'appclla par ion nom.
La féconde opinion fur l'efTence des fpecircs eil
celle de ceux qui croient que ce ne font point les
âmes qui reviennent, mais une troifieme partie dont
l'homme eil compofé. C'efl-là l'opinion de Théo-
phraile , Paracelfe, & tous ceux qui croient que
l'homme efl compofé de trois parties; lavoir de l'ame, •
du corps 6c de l'efprit. Selon lui, chacune de les par-
ties s'en retourne après la mort à l'endroit d'oh elle
étoit fortie. L'ame qui vient de Dieu , s'en retourne
à Dieu. Le corps qui eil compofé de deux élémens
inférieurs , la terre 6c l'eau , s'en retourne à la terre,
& la troifieme partie , qui ell l'efprit , étant tirée des
deux elémens iiipéricursl'air & le feu , s'en retourne
dans l'air, où avec le tems elle efl di (foute comme
le corps ; & c'efl cet efprit , & non pas l'ame , qui fe
mêle des apparitions. Théophralle ajoute qu'il fe fait
voir ordinairement dans les lieux & auprès des cho-
fes qui avoient le plus frappé la perfonne qu'il ani-
moit; parce qu'il lui en étoit relié des imprellions
extrêmement fortes.
La troifieme opinion efl celle qui attribue les ap-
paritions auxelprits élémentaires. Paracelie ôcquel-
448 S P E
ques-uns de fes fc£tr.tcurs croient que chaque clé-
ment eft rempli d'un cci tain nombre d'el'prits , que
les altrcs iont la demeure des lalamandres , l'air cel-
le des iylnhes , l'eau celle des nymphes , & la terre-
ce lie des pigmées.
La quatrième opinion regarde comme des fpcc/rcs
les exhalailbns des corps qui pourriffent. Les parti-
fans de cette hypothefe croient que ces exhalailbns
rendues plus épailies par l'air de la nuit , peuvent re-
préfcnter la figure d'un homme mort. C'ert la philo-
ibphic de Cardan 6c d'autres : elle n'eft pas nouvelle.
On en trouve des traces dans les anciens , &i"ur-tout
dans la troade de Séneque.
Enfin la cinquième opinion donne pour caufe des
fpeclns des opérations diaboliques. Ceux-ci fiippo-
lent la vérité des apparitions comme un tait hilîori-
que , dont on ne peut point douter ; mais ils croient
que c'cll l'ouvrage du démon quife formant un corps
de l'air, s'en fert pour fes ditTérens dcffeins. Ilsfou-
tiennentque c'eil la manière la plus convenable, &
la moins embarraflante pour expliquer les appari-
tions.
Nonohftant le grand nombre de ceux qui croient
les Jpeclrn 6c qui cherchent à expliquer leur pollibi-
lité , il y a eu de tout tems des philofophes qui ont
ofé nier leur exiftence. On en peut faire trois c'affes.
On peut mettre dans la première ceux qui n'admet-
tent aucune différence entre le corps &C l'efprit ,
comme Spinofa , qui foutenant qu'il n'y a qu'une
feule fubftance , ne peut point admettre àes/pdHres.
On peut mettre dans la féconde claffe ceux qui pa-
roifTent croire l'exillence du diable , mais qui lui
ôtent tout pouvoir fur la terre. La troifieme claffe
comprend ceux qui admettent le pouvoir du diable
fur la terre , mais qui nient qu'il puilfe prendre un
corps.
Spectres ^ ks , f. m. pi. (Conc/iy/iolog.') en latin
conchafpccïromni , en anglois du [pcârt-shelL ; les au-
teurs appellent ainli une volute fmguliere de la claffe
de celles qui ont le fommet élevé, ^oyc^ Volutes.
Ce nom lui vient de figures bifarres &: frappantes
dont elle eft chargée. Ces figures font rougeâtres fur
im fond blanc , ce qui les fait paroître plus effrayan-
tes. Elles forment deux grandes & larges fafcies qui
environnent toute la volute depuis le fommet juf-
qu'au bas, & entre ces fafcies régnent des cordons
affez réguliers de taches &: de différens points. Cette
coquille ell: rare , & fe vend ordinairement fort cher.
(Z)./.)
Spectre colore , ( Optique. ) eft le nom que
l'on donne à l'image oblongue & colorée du foleil ,
formée par le prifme dans une chambre obfcure.
Voyti Couleur 6- Prisme.
SPÉCULAIRE, pierre , ijî'ifi. nat?) nom donné
par quelques naturalises à luie pierre gypfeufe ou
pierre à plâtre , qui cft compoiée de feuillets bril-
lans comme ceux du talc ; on l'appelle aufii miroir
•des ânes. Elle eff ou blanche, ou jaunâtre, ou de cou-
leur d'iris. Il s'en trouve beaucoup à Montmartre.
SPECULARl A , ( Andq. rom. ) on nommoit ainfi
l'efpece de vitrage faite de pierres fpéculaires , &
qu'on employoit aux fenêtres avant que le verre fut
d'ufage. (Z?. y.)
SPECULATIF, adi.(P/n7.) on appelle ainfiles,
connoiffances qui fe bornent à la fpéculation des vé-
rités, & qui n'ont point la pratique pour objet. A'oje^
Pratique.
SPÉCULATION J.i.{ Gram.) examen profond
& réfléchi de la nature & des qualités d'une chofe.
Ce mot s'oppoié l\ pratique, hz fpéculation recherche
ce que c'eft que l'objet ; la pratique agit. Ainfi l'on
peut dire que laphilolbphie,la vertu , la religion , la
morale, ne font pas des fcicnces de pure fpccu/ation.
■Celui qui n'en a que lajpéculatioriy n'elt que le fantôme
S P E
d^'unpVilofophc, d'unhcmme vertueux, religieux, mo-
ralilte. La phy fique a (tsfpkulations , qu'il faut met-
tre à l'épreuve de l'expérience ; que feroit-cc qu^
les mathématiques fans les problèmes d'utilité , aux-
quelles on arrive par la démontlration de fes propo-
fuionsfpéculatives? Les théorèmes font la partie de
fpéaduùon. Les problèmes font la partie de pra-
tique.
Spéculation , terme de marchand d'ctofcs , forte
d'étoffe non-croifée qui fe fabrique pour l'ordinaire
à Paris , dont la chaîne ell: de foie cuite ou teinte ,
& la trème de fil blanc de Cologne , ou de fil de co-
ton blan. Sa largeur efl communément de demi-aune,
moins un feize , mefiare de Paris. Il s'en fait de moi-
rée & de non-moirée de différentes couleurs. Savury,
{D.J.)
SP ELULUM , terme de Chirurgie , nom qu'on a
donné à différens inffrumens qui dilatent des cavités.
Ce mot efl latin , & fignifie miroir. On s'en efl fervi
pour les inffrumens qui font voir ce qui fe trouve
contre nature dans les cavités qu'ils tiennent ou-
vertes.
SpectUurn ani , efl un inflrument dont on fe fert
pour écarter le foudement , examiner le mal , tirer
des os , & enlever toute matière qui peut s'y être
fixée. Voyei^ Dilatatoire.
Spéculum matricis , efl un infiniment dont on fe
fert pour examiner & panfer les endroits qui fe trou-
vent viciés dans les parties fecretes des femmes. Il a
la même forme que \q fpeculum arû. Foye^^ Dilata-
toire.
Spéculum oris , efl un inflrument qui fert à examiner
les maux de bouche. Il y en a de deux fortes. L'un
fert à contenir la langue afin de voir plus aifément
le fond de labouche. /^V>'e;(; Glossocatoche. L'au-
tre efl un inflrument qui fert à ouvrir & dilater la
bouche par force , afin de faire prendre au malade
du bouillon ou des remèdes liquides.
Cet inflrument efl compofé de deux colonnes cy-
lindriques , hautes pour le moins de trois pouces ,
parallèles entr'elles , diflantes l'une de l'autre d'ua
pouce & demi , pofées fur un piédcflal , dont la bafe
ell percée perpendiculairement en écrou. Au haut
des colonnes font fituées horifontalement deux pla-
ques d'acier de figure pyramidale tronquée, c'efl-à-
dire , qu'elles font plus larges du côté des colonnes
que vers leur pointe. L'inférieure efl mobile , la fu-
péricure efl nxe. Elles ont extérieurement quatre
entaillures formées par autant de bifeaux pour les em-
pêcher de gliffer quand elles font entre les dents. La
plaque inférieure a trois trous. Ceux des côtes fer-
vent à loger les colonnes fur lefquelles elle gliffe ;
celui du milieu reçoit la foie d'une vis à double pas ,
qui paffe par l'écrou du piédeflal , & dont l'extré-
mité inférieure efl terminée en trèfle pour le tour-
ner. Quand on tourne cette vis , dont le fommet efl
un chaperon ou tête-demi-fphérique, au-deffus delà
plaque mobile ; cette plaque s'éloigne plus ou moins
de celle qui efl fixe, en ib baiffant ou fe hauffant
comme on veut, & fait par conféquent ouvrir lac
bouche autant qu'il efl néceffaire. Foyei ^'^ fiS- "'
PL XXV I. On trouve dans le traité d'inflrumens de
M. de Garengeot , une defcription beaucoup plus
ample de cet inflrument.
M. Levret a fait graver , dans fon traité des poly-
pes , un fpeculum oris de fon invention. Pour opérer
aifément dans le fond de la bouche , foit par la liga-
ture des polypes du nez qui s'étendent derrière le
voile du palais , foit pour amputer les amygdales
cxtraordinairement tuméfiées , il faut fc rendre maî-
tre du mouvement de la mâchoire inférieure & de
la langue. Les ^WQVsJpeculum oris ne rempliffent que
fort imparfaitement ces intentions i ils gênent beau-
coup l'opérateur, &. dans quelques cas ils empêchent
ablblument
s P E
(abfoliiment ropcration. Le iiouve^w fpcculum gravé
PL XXXIV. jig. S. n'a pas ces inconvéniens. On
monte à vis le coin de bois , fur la branche du côté
oppofé à celui où l'on doit opérer. Ce coin eft entre
les dents molaires. La plaque contient la langue. On
avoit cru mal-à-propos que lalurf'ace polie delà pla-
que refléchiroit dans le fond» de la gorge les rayons
de lumière d'une bougie : mais c'eitune fauffe fpé-
culation , puifque l'haleine ternit cette plaque.
Spéculum «cuH , ou miroir de Vail , inllrument
qui tient l'œil ouvert & affujetti de manière à per-
mettre au chirurgien d'y faire les opérations conve-
nables. M. Petit a imaginé le fpeculum annulaire.
Celui qui eft repréfenté Pl.2^.fig. 6. fert pour les
injections dans le point lacrimal inférieur , & on
t'oit , fig. 7. celui qui convient pour affujettir la
peau de la réunion des deux paupières , & la bander
ifin de faire l'opération de la fiftule lacrimale.
Il y a un autre inftrument propre pour l'opération
îe la cataraûe, C'eft une efpece de coulifTe plate & à
our, compoiee de deux jumelles exadement quar-
■ées, qui ont environ trois pouces de longueur & de
•eûitude , fur une hgne de large. Elles fe recourbent
înfuite , & fe jettent en-deflbus de la longueur de
ix à fept lignes, pour s'approcher & ne former plus
ju'un corps , dont l'extrémité eft attachée à la corne
l'un demi-cercle , dont la corde horifontalement fi-
uée peut avoir un pouce de longueur.
Ces jumelles font éloignées l'une de l'autre , de
raniere qu'elles laiftcnt un vuide ou une fente qui a
me ligne de diamètre : elles fe tiennent à la même
liftance par de petites bandes traverfieres , deux en
leftiis & deux en deftbus qui forment une canule à
our , obfervant que la bande qui eft à fept lignes du
:oude foit large , & ait dans fon milieu un trou gravé
m écrou , pour les ufages que l'on rapportera.
Ces jumelles font loudées par leur partie pofté-
ieure fur une plaque alongée 6c artiftement figurée ,
le quatorze lignes de long , & qui fert de manche à
'inftrument.
La féconde pièce de cet inftrument eft mobile ;
:'eft une verge aufti quarrée , de trois pouces de long
ur une ligne de diamètre : elle eft de même que les
Limelles , coudée à la partie antérieure , & fe jette
:n-deflbus , pour former une petite tige de fix à fept
ignés de long , qui , de même que la précédente ,
ft attachée à la corne d'un demi-cercle aufti hori-
ontalement fitué, de forte que les deux demi-cercles
e touchent par leurs bouts,forment un anneau ovale
l'un pouce de longueur & de huit lignes de large.
L'anneau ovale que nous venons d'examiner a
leux bords, l'un inférieur , ou qui regarde ledeflbus
le l'inftrument , & l'autre fupérieur , qui regarde le
lefllis. Le premier devant être appliqué immédiatc-
nent fur les paupières , doit préfenter une ouver-
ure plus fpacieufe , afin de s'accommoder à la figure
^lobuleufe de l'œil.
La fituation de la féconde pièce à.\\ fpeculum oculi ,
:ft d'occuper le vuide ou la fente qui le trouve entre
,es jumelles & entre les bandes traverfieres qui font
;n-dcftus ôien-delîbus , de manière qu'elle gliffehV
ledans comme une couliflé ; mouvement qid s'exé-
:ute en pouflant un petit bouton , qui eft foudé ou
iionté à vis fur la partie poftérieure du corps.
Enfin la dernière pièce de cet inftrument eft une
petite vis , qui s'engageant dans l'écrou qui eft pra-
iqué fur la bande large des jumelles , tient l'anneau
erme dans l'ouverture qu'on lui a donnée.
Pour ie fervir de cet inftrument , on pofe la cir-
:onfcrence antérieure de l'anneau fiir le bord des
îaupiercs , & en pouflant l'anneau , on les écarte de
nanicre à voir le globe de Tœil fixé ^ arrêté, /''oyq
'afig.d.Pl.XXÙl.
On fefert de cet inftrument pour l'opération de la
S P E
449
catafade , &pour l'extirpation de quelques excroiT-
fances , &c. La nouvelle méthode d'opérer par l'ex-
tradion du cryftaUin, rend ces ingénieufes inven-
tions inutiles.
Pour l'extradion des corps étrangers nichés dans
l'angle que la membrane interne des paupières fait
avec le globe de l'œil , il n'y a point de meJll2ur7/>£*
culum qu'une bandelette , dont Textrémiré garnie
d'un emplâtre agglutinatif , s'applique fur la paupière
pour l'écarter du globe. ( JT)
SPEl FANUM , ( Géog. anc. ) ou Spà umpliim ,
temple d'Italie. Denys d'Halicarnaffe , liv. IX. ch»
XXX. le met à huit ftades de la ville de Rome. Tite-
Live , liv. XXIV. chap. xlvij. en parlant de l'incen-
die &: du rétabhffement du temple de l'Efpérance
dit qu'd étoit au-dehors de la porte Carmentale.
(Z?./.)
SPEISS , ( Métallurgie. ) dans les atteliers où l'on
traite la mine de cobalt pour faire le verre bleu qu'on
appelley>/îû^e owfafk , on donne le nom de fpeifs à
une matière qui le dépofe au fond des creufets où
l'on a fait vitririer le cobalt avec la fritte du verre.
Lorfque la mine de cobalt fe trouve jointe avec de
la mine de plomb, en faiiant fondre cette mine , le
fpeij's vient nager à la furface du plomb qui eft plus
pelant que lui. Cette matière , qui eft du cobalt pur
& dans l'état de chaux , eft , iuivant M. Gellert, en
état de colorer trente ou quarante fois fon poids de
fritte ou de verre , au Ueu que la mine de cobalt «ril-
lée de la manière ordinaire , à proportion du cobalt
qu'elle contient , ne peut en colorer que de huit à
quinze fois fon poids. Voyei r article Saffre , où l'on
trouvera les diftérentes opinions des chimiftes mo-
dernes fur la nature du cobak 6càiijpeijs. (— )
SPELARITE , ( Mjtkol. ) furnom d'Apollon, de
Mercure 6c d'Hercule , dont les ftatues le plaçoient
fouvent dans des cavernes.
SPELLO , ( Géng. mod. ) bourg d'Italie , dans
l'Ombrie , au duché de Spolete , à cinq milles de Fo-
ligno , fur une colline de l'Apennin. C'eft l'ancienne
ville que Pline nomme HifpelUum^ & Strabon Hyf-
pellum. Ce bourg fut faccagé en i 5 20 paj les troupes
de l'empereur ,&; le pape Paul III. fit enfuite abattre
fes murailles , qu'on n'a pas relevées depuis ; cepen-
dant les ruines d'un ancien théâtre, & quelques au-
tres monumens , marquent que c'étoit une ville flo-
riilante ; ce qui le prouve encore , c'eft que le tom-
beau de Properce a été trouvé en 1712 dans ce bourg
d'Ombrie , qui eft à fix milles de Bévania, lieu de la
naiffance , fous les ruines d'une maifon qu'on ap-
pelle aujourd'hui la maifon du poète. Properce mou-
rut à l'âge de 41 ans , l'an de Rome 739 , & 15 ans
avant J. C. ( D. ./. )
SPELUNC^ , ( Géog. aru. ) 1°. lieu d'Italie , au
territoire de Frondi ; ce lieu , lelon Suétone , étoit
un prétoire , & les Jurifconfultes donnent quelque-
fois le nom de y/t'/o/Ve , à une maifon de campagne
bâtie avec quelque magnilîcence. 2". Spcluncis ., dans
l'itinéraire d'Antonîn , étoit un heu d'Italie , i\ dix-
huit milles de Brindes. (^D.J.^
SPERAKE ^ V. ad. ( Lang. lut. ) on trouve chez
les anciens le veihe fpe^are , pour fignifier prévoir ;
c'eft ainfi que dans Virgile , JEneid. liv. IV. v. 4/^.
Didon dit à la fœur :
Hune cgofipotui tantum fperarc àolorem.
« Si j'avois pu prévoir , imaginer , me préparer \
» un coup fl terrible. Les Anglois difent aufti to
» hope pour to helieve , c'eft-à-dire efpirer pour croi-
re. {D.J.)
SP E R CHE A , {Géog, anc.) promontoire de la
Macédoine; Ptolomée , liv. III. c/i.xii/. le marqua
fur la côte delà Pththide , dans le golfe Pélafgique
vntre Echinas 6c Tàeùa PhtliioJes. Le nom moderne
LU
450
S P E
ef" Comcn ^ félon Niger ; & Pluhdia , fclon Sophlen.
Il V avoit fur ce promontoire une ville de mcmc nom,
{b.j.)
SFERCHIUS , ( Géogr. ancA fleuve de la Macé-
doine; Ptolomée , /. ///. c. xiij. te marque fur la côte
de PInhiotide , dans le golfe Pélafgique , entre Echi-
nus & Phtliiotidis. Homorc parle de ce fleuve, & dit
que Pelée lui voua la chevelure d'Achille fon fils ,
s'il revenoit heureufement dans fa patrie après la
guerre de Troie. (/?. /.)
SPERGULA,f. f. {Hijl. nat. Botan.) efpece de
morgeline , nommée par Tournefort , al jlm major ;
c'eft une petite plante qui pouffe plufieurs tiges ,
nouées à la hauteur d'environ un demi-pié; fes feuil-
les font petites , étroites , jaunâtres, difpofées en
rayons autour de chaque nœud des branches ; fes
fleurs naillent au fbmniet des tiges ; elles font com-
pofées de plufieurs petits pétales blancs, difpofés en
rofe, ioutcnus par un calice à cinq feuilles. Ses grai-
nes font petites , rondes , noires , plus menues que
celles de la rave ; cette plante croît dans les champs
& dans les pâturages ; les Anglois la x\o\Vi\\\ç.x\\. fpur-
r>' , & la femcnt deux fois dans un été ; la première
femaille eft au mois de Mai ; la féconde fé fait après
la molflbn du feigle. Sa récolte efl d'une utilité ad-
mirable pour les befliaux pendant l'hiver ; les vaches
cul s'en nourriffent donnent de meilleur lait & de
meilleur beurre qu'en prenant tout autre pâturage;
la volaille en fait aufii fes délices. ( Z>, 7. J
SPERMACOCÉ , ( Hifl. nat. Botan. ) genre dif-
tinft de plante dans le fylteme de Llnna;us; le calice
ell une enveloppe très-petite , dlvifée par quatre dé-
coupures à l'extrémité ; il efî placé ilir le germe , &
fublille. La fleur efl compofée d'une feule feuille qui
forme un tuyau divilé à l'extrémité en quatre feg-
mens obtus , & un peu panchés en arrière ; les éta-
mines font quatre filets pointus plus courts que la
fleur ; leurs bortettes font fimples ; le germe du piftil
cfl arrondi , applati , & fitué fous le réceptacle ; le
ftile eft fendu au fommet ; les ftigma font obtus ; le
fruit eft compofé de deux capfules oblongues jointes
enfemble , convexes d'un côté, applaties de l'autre,
& finiflant en deux cornes ; les graines font uniques,
de forme rondelettes. Linn. ^in. du plant, pag. zS.
(D.J.)
SPERMATIQUE , en Anatomie , efl ce qui a rap-
port à la feinence ou fperme. yoyei^ Séminal.
Les anciens divifoient en général les parties du
corps animal tn fpcrmatiqms & fanguines. Les ^tlx-
i\QS fpermatiqucs font celles qui par leur couleur , &c.
ont quelque refTemblance avec la lemence , & qu'on
fuppofoit en être formées ; tels font les nerfs , les
membranes , les os , &c. les parties fanguines qu'on
fuppofoit être formées du fang après la conception.
Mais les modernes prétendent avec bien plus de
fondement , que toutes les parties (ont fpermatiqucs
en ce fens , & qu'elles font formées de l'œuf de la
femelle ou de la femenca du mâle. Foye:^ Généra-
tion.
M. Andry parle de vers fpermatiques qui fe trou-
vent dans le corps humain, f^oye^ Vers.
YmiïeauxfpcrmûtiquesappeWés aufîî vafapreparantia,
font de certains vaifTeaux qui font dellinés à porter
le fang aux tefticules , &c. pour y être féparé & pré-
paré en femence ; & à tranlporter enfuite le fans- qui
refle après la fecrétion. Foyei Semence , Testi-
cule, &c.
Les \z\Rqvl\\x fpermatiqiies font deux artères & au-
tant de Veines.
Les iuxcrçs fpermaiiques viennent de la partie an-
térieure du tronc de l'aorte, au-dcfl"ous des émulgen-
tes. f^fy'l lis Planches G* Us Jig. d'Anat. & leur ex-
plication.
Leur ftrufturc efl: bien fingulicrc , en ce que con-
S P E
traires à la forme des autres artères qui font très-
groffes à leur fortie du tronc , elles font très-petites
dans leur origine & deviennent plus grofTes ;\ me-
fure qu'elles s'avancent vers les teflicules. Par ce
moyen le fang eft comprimé quand il commence à
fortir de l'aorte pour aller dans ces parties , ce qui
le difpofe aux ditFérens changemens , &c. qu'il doit
clfuyer. Dans les quadrupèdes , ces artères font tor-
tillées & contournées comme une vis , ce qui ré-
pond au même but.
Cowper obferve , que la raifon pour laquelle la
nature a fuivi une autre méthode dans les hommes
efl que dans ce cas , il auroit fallu que les mui'cles
de l'abdomen eulTent été plus larges qu'ils ne font,
au moyen dequoi les inteflins auroicnt pCi tomber
fouvent dans le fcrotum ; inconvénient auquel les
quadrupèdes ne font point expofés , à caufe de la fi-
tuation horifontale de leur corps.
Les zrteres fpermatiques rencontrent dans leur rou-
te les vQmQsfpermatiques & elles entrent enfemble
dans le tifTu cellulaire du péritoine , où s'infinuant
dans la membrane vaginale , & y étant enveloppées
enfemble , elles vont pafTer à trois ou quatre travers
de doigts des teflicules , où elles fe diviient en deux
branches inégales , dont la plus grofTe va aux teflicu-
les & s'y partage , voye^ Testicule, & la plus
courte va fe rendre dans le paraftate ou épididyrae.
Foyei ParASTATE.
Les veines fpermatlques prennent le même cours
que les artères ; fi ce n'eft qu'un peu au - defTiis des
teflicules elles fe divifent en plufieurs branches, qui
en s'unlfTant forment un plexus qu'on appelle corps
variqueux pampiniforme ou pyramidal. Le fang que
les ysincs fpermatiques reportent , efl rapporté du
côté droit à la veine cave , & du côté gauche aux
veines émulgentes. Foyei encore les PI. & les figures
anat. avec Uur explic.
Ces vaifTeaux font fujets comme les autres , à des
jeux de la nature. Verheyen a vit deux arteresy/7i:r-
matiqucs d'un côté , dont l'une fortoit de l'artère
émulgente, Kerckringius dit avoir trouvé quatre
znçras fpcrmatiques , dont les deux gauches naifîbient
de l'émulgente , & une des deux droites , procédoit
de l'aorte. Mais Ambroife Paré prétend avoir vu
dans un fujet , fept veines émulgentes & autant d'ar-
tères ; il ne faut pas beaucoup compter fur une ob-
fervation unique ; mais il efl afTez commun de trou-
ver la ye'inçfpcrmatique double de chaque côté. Mar-
chettis dit même en avoir vu trois, qui nées du tronc
de la veine cave , fe réunifToient eîT une feule avant
que d'entrer dans le tefticule.
Les Anatomifles curieux ne doivent pas manquer
de lire dans les mémoires de Médecine d Edimbourg,
tom. V. un favant morceau de M. Martin, dans le-
quel il combat les anaflomofes des veines & des ar-
ttXQsfpermatiques., adoptées par M. Boerhaave.
SPERMATOCELE , f. f. en Chirurgie , tumeur des
teflicules & des vaifleaux déférens , caufée par le fé-
jour &C l'épaifTifTement de la matière fpermatique.
Foye^ Semence , Testicule ; ce terme efl com-
polé de deux mots grecs, (mi>/A.ct, etroç, femen^ femen-
ce , & de x»^» y tumeur.
La rétention de la matière prolifique donne lieu à
un gonflement très-douloureux qui le diinpe par les
faignées , la dicte rafraichill'ante , 6c les cataplai'mes
anodins. Si cette maladie n'ell pas calmée prompte-
ment par ces moyens , elle dégénère en larcocele.
^fycr{ Sarcocele. (F)
SPERMATOLOGIE , f. f. dans C économie animak^
la partie qui traite de la femence : ce mot efl compolé
du grec a-wi^ixa. ^j'ememe , & >oyo(; , traité.
Nous avons un livre de Schurig fous le titre de
fpcrmatologia ^ imprimé à Francfort , w-4^. 1710,
s P E
S P H
SPERME , f. m. ( Gram. ) liqueur femînale des
animaux. ^oye{ Spf.rmatique.
Sperme de B ALElf^V. , Jperma ccÙ , en Pharmacie,
eu une fubflance blanchâtre & iade,prcpai-ée avec une
luiik qu'on trouve clans la tête d'un poilfon cetacé ,
que quelques-uns appellent haleine màU ^ d'autres ca-
chalot, & les Latins orca , & qui eft difrérente de la
baleine ordinaire , en ce qu'elle a des dents , au lieu
des os de baleine , & une bofie fur le dos. Voyc^^ Ba-
leine.
Les anciens ignoroient entièrement la nature de
cette préparation : de forte que Schroder femble dou-
ter fi on doit la regaTder comme une fubilance ani-
male ou minérale.
On lui a donné le nom àt/perme de baleine affer-
ma cai , fans doute pour en augmenter la valeur , en
donnant une idée de fa rareté. L'huile dont on le tire
fe trouve dans un grand rélcrvoir de quatre ou cinq
pies de profondeur , & de dix ou douze pies de lon-
gueur , qui remplit toute la cavité de la tête , & cjui
femble tenir lieu du cerveau & du cervelet.
La manière de le préparer elT: un fecret connu, de
fcien peu de perfonnes. Voici comme on dit que cette
préparation fe fait. Quand on a tiré l'huile ou cer-
veau de la tête de l'animal , on le fait fondre fur. un
feu modéré , & on le jette dans des moules tels que
ceux danslefquelson forme les pains de lucre. Quand
il eft refroidi & féché , on le retire des moules , &
on le fait encore fondre , & on continue de la forte
jufqu'à ce qu'il foit bien purifié & devenu blanc. En-
fuite on le hache avec un inlfrument fait exprès , &
on le réduit en miettes , dans l'état où on le trouve
chez les droguiftes. On doit le choifir bien blanc ,
net & tranfparent,d'une odeur douce, que quelques-
tms s'imaginent tenir de celle de la violette. On le
falfifîe avec la cire ; mais il eft facile de découvrir la
tromperie , foit par l'odeur de la cire , ou par la
foibleffe de la couleur. On vend aufTi une compofi-
tion d'huile tirée de la queue de la baleine au lieu
tde celle du cerveau : mais cette dernière efpece jau-
nit auffitôt qu'elle prend l'air. En général , il n'y a
point de marchandife qui ait plus befoin d'être te-
nue couverte que \cfpenne de baleine.
hçfperme de baleine ell: d'une grande utilité pour la
médecine. Le doûeur Quincy dit que c'eft un ex-
cellent remède pourl'afthme, &c... On s'en fertaulîi
pour les contufions , les bleffures intérieures , &
après l'accouchement. Mais il eft certain que la plus
grande vertu , & celle qui lui a donné tant de vogue,
eft la propriété qu'il a d'adoucir la peau , & de dif-
foudre les tumeurs de la poitrine. C'eft pourquoi nos
dames s'en fervent dans leurs pâtes , &c.
On fait depuis peu des bougies avec X^fpermede ba-
leine ; on les adoucit avec un vernis léger ; elles ne
font point rayées ni cicatrilées ; elles l'emportent
fur les plus belles bougies de cire pour la couleur &
le poli ; & quand elles ne font pas falfifiées , elles
ne tachent point la foie , les étoffes ni la toile la plus
£ne.
SPERONNELLE ou ÉPERON DE CHEVALIER,
(Jardinage^ fymphyturn , fe nomme encore confonde
rciya/e;fleurquieft double & varie dans fes couleurs;
elle eft tantôt blanche-bleue , tantôt incarnate &
d'autres couleurs. Ses brins font déliés , revêtus de
petites feuilles longues , étroites 6c jointes enfem-
ble. Elle demande un grand air , une terre ordinai-
re , & vui arrofement fréquent. Elle fe feme au prin-
tems comme les autres.
SPET, BROCHET DE MER, H AUTIN, HAU-
TAIN., OUTIN , f m. {Hill. nat. Ichthiolog.) fphyrœ-
na , poifton de mer qui relfemule au brochet par la
forme du corps , & dont il y a deuK cfpeces : la pre-
mière a le corps alongé & menu & le bec ])ointu ;
mâchoire intérieure eft plus longue que la fupé-
Jomi xr.
45 ï
rîeure & terminée en pointé; elles joignent fi exac-
tement l'une contre l'autre , que l'on ne diftingue pas
la bouche, quoique l'ouverture en foit grande ; les
dents font fort pointues & courbées en arrière , le
dedans de la bouche a une couleur jaune : il y a' au
milieu de la mâchoire du deflbus une dent qui eft plus
longue que les autres, & qui entre dans un trou de la
mâchoire de deflbus. Les yeux font grands , & i^y
a deux trous entre eux & l'extrémité de la mâchoire.
Ce iJoifton n'a qu'un rang d'écaillés qui s'étend de-
puis la tête jufqu'à la queue, à-peu-pres fur le milieu
du corps ; le ventre a une couleur blanche , & l'ex-
trém.ité du bec eft.noire. Il y a deux nageoires auprès
des ouïes , deux plus petites à la partie antérieure du
ventre , une au-deffous de l'anus, & deux au dos ; la
première des nageoires du dos a cinq aiguillons , &:
la féconde n'en a point. La chair de ce poifîbn eft
feche , blanche , dure-, & de bon goût.
Lefpa de la féconde efpece refîemble beaucoup au
premierpar la forme du corps.mais il en diffère prin-
cipalement en ce qu'iln'a ni dents ni écailles : le bec eft
aufîi plus court , & il n'a jamais plus d'un empam de
longueur ; fa chair eft blanche , mais moins dure : la
queue s'élargit à l'extrémité ; les os & la chair fonl
prefque trânijjarens. Rondelet , Ai/?, nat. des poijfons,
première panii ,Hv. Vlll. chap.j. & ij. Voyc^ POIS-
SON, ...
SPEY , LA , ou SP AEA , ( Géog. mod. ) grande ri-
vière d'Ecoife , la plus grofi'e de ce royaume après
le Tay , & la plus rapide de toutes. Sa fource eft au
pié d'une montagne , iur les coniins des provinces de
Lochabir & de Badenoch. Elle reçoit dans fon cours
qui eft de foixante milles, plufieurs autres rivières,
& fe jette avec rapidité dans l'Océan , au-deflbus de
Bagie , maifon du duc de Gordon. Tout l'avantage
que procure cette rivière à ceux qui habitent fur {qs
bords , eft la pêche des faumons qui s'y rencontrent
en quantité. Les pêcheurs fe mettent de nuit fur l'eau
dans des canots d^ofier entourés de cuir. Ils fuivent
les faumons à la trace , les dardent avec des bâtons
pointus , & les prennent à la main. Dans le jour , ils
les attendent fur le bord de l'eau. (Z>. 7.)
SPEZZE, golfe DE LA, (Géog. mod.) golfe d'I-
talie dans l'état de Gènes , entre la bouche de Magrâ
au levant , & Porto-Venere au couchant.
Spezze , ÇGc'og. mod.) Specie , Specia ,• petite ville
d'Italie, dans l'état de Gènes, fur le golfe du même
nom ,à quatre milles de Porto-Venere , & à fept de
Sarzane, dans un terroir agréable &c fertile. Long. 2y.
jo. latit. 44., 6'. (Z>. /. )
SPHACELE, f. m. en Chirurgie , eft une corrup-
tion ou mortification totale de quelque partie , caufée
par l'interception du fang & desefprits. f^oyei Mor-
tification.
Ce mot eft grec , o-ipctiaXcç , formé peut-être de a^ur-
tsw , je fais jnonrir. On l'appelle aufll quelquefois nc-
crofis, & quelquefois fideratio, Voye^^ Necrosis &
SiDERATION.
'Lçfphaccle eft différent de la gangrené, en ce que
celle-ci n'eft qu'une mortification commencée , &,
pour ainfi dire , le commencement du fphacelc , qui
eft une mortification parfaite & achevée. f'qye{ Gan-
grené.
On diftingue le fphacele par la noirceur ou la livi-
dité de la partie affedlée , par fa mollefl'e , fon infen-
fibilité , & fon odeur de cadavre.
Les autres caules du fphacelc font des ligatures
trop ferrées , des froids exceftifs , les grandes inflam-
mations , la morfure des chiens enragés , &c.
Un pié <]:)haccleUx , lliivant Aquapendente , doit
être coupé dans la partie mortifijîe un peu au-dcftous
du vif Quand le pié eft «oupé , la chair morte qui
refte doit être conlumée en y appliquant un cautère
aducl , répété à plufieurs reprilcs, jufquVi ce que lo
LU ij
45^
S P H
malade fente la chaleur du feu. Voyei^ Amputation
& Gangrené. (F)
SPHACTÉRIE , ( Gio^. anc. ) Sphacîcrla , île du
Péloponncfe , fur la côte de la Melîeiiie , vis-à-vis de
la ville de Pylos. On la nommoit aulfi i^/^/wo'/V/; Pli-
ne , A IK c. xi/, comprend trois îles fous le nom de
Sph.i£;ia: ; mais deux de ces îles ne font proprement
que des écueils. La troifienie , qui ctoit la plus gran-
de, s'appelloit Sphagia 6c Sp/iaclcria, comme le di-
ie:M pofttivemcnt Strabon, /. l^III.p. ;^6c) , 6c Etien-
ne le ci^oijjraphe. Le nom de SpkacUnu purcît néan-
moinsle plus uilté , 6i c'ell ainfi qu'elle efl ap])cllée
par Thucydide, /. IF. p. i66\ &c par Diodore de Sicile,
/. XII/. c. xxiv.
Paufanias , /. If^. c. xxxvj. après avolrdit que Ij'e
de SphaHèrii , ell vis-à-vis du port de Pylos , ajoute:
il eft affez ordinaire que des lieux obfcurs & incon-
nus par eux-mêmes deviennent tout-à-coup célèbres,
pour avoir fervi de théâtre aux jeux de la fortune ,
ou à quelque événement conlidérable : c'eft ce qui
efl arrivé à l'île de SphacUrïe. La défaite des Lacédé-
moniens la tira de cette obfcurité oii elle étoit ,. & du
tems de Paufaniason y voyoit encore dans la citadelle
une ilatuede la Vi£ioire que les Athéniens y avoient
lailTée, pour monument de l'avantage qu'ils avoient
remporté fur Laccdcmone.
Paufanias , /. /. c. xij. déclare dans un autre en-
droit , que ce qui s 'étoit paffé dans l'île de Sphacicrle^
où les Athéniens , commandés par Démoflhene ,
avoient eu quelque avantage , étoit plutôt une rufc
de guerre, & s'il faut ainfi dire , uu larcin qu'une vi-
ùo\rQ.{D. J.)
SPHMCULJE , (^Littérature.') nom qu'on donnoit
chez les Romains à des efpeces de marrons de bois ,
tejferx Hgmœ , fur lefquels les empereurs défignoient
les préfens qu'ils failoient à certaines perfonncs de
l'un & de l'autre fexe , qui fe trouvoient avec eux au
théâtre ou au cirque. ( Z^. /.)
SPHENO-ÉPINEUSE , en Anatomie , nom de l'ar-
tere maxillaire interne , appellce auffi épineiife. Foye^
Maxillaire.
SPHÉNOIDAL , LE , adj. en Anatomie , ce qui ap-
partient à l'os fphénoïde.
L'apophyfe/z'AJ/zoiij/*; eft une éminencede l'os de
la pommette qui eft articulée avec l'os fphénoïde.
Voyei Pommette 6* Sphénoïde.
La iinx.ç. fphênoidale ou fente orbitaire fupérieure
eft celle qui fe remarque entre les grandes & les pe-
tites ailes de l'os fphénoïde.
Les {\nns fphénoïdaux font frtués dans le corps de
l'os fphénoïde; ils font divifés par une cloifon ver-
ticale.
SPHÉNOÏDE, os , (^Anatomie.") os du crâne, au-
trement dit l'os bafilain on cunéiforme ; il efl litué au
milieu de la bafe du crâne , & a une figure appro-
chante de celle d'une chauve fouris , dont les ailes
font étendues. On diflingue à cet os un corps & deux
branches communément appellées les apophyjés pla-
tes du fphénoïde.
On y confidere auffi deux faces , une externe , &
l'autre interne. On remarque dans la face externe
cinq apophyfes , deux trous , deux finus & fix échan-
crures. Des apophyfes il y en a deux que l'on nom-
me ptérygoïdes ., à chacune defquelles on diftingue
deux ailes , une externe , & l'autre interne : dans la
partie inférieure de l'aile interne fe remarque un bec
ofTeux, autour duquel paffe le tendon d'un mufcle.
La troificme & quatrième apophyfes font dites épi-
n:ufes^ & la cinquième , qui efl placée entre les deux
ptérygoïdes , efl: appellée la crête du fphénoïde ; les
trous font nommes ptérygoïdiens. Les fmus appelles
fphénoïdaux s'ouvrent dahs le nez. Deséchancrures,
il y en a deux inférieures , deux poflérieures , & deux
antérieures ; celles-ci aident à former les fentes fphé-
S P H
no-maxlllaires, Scies trous nonimc^ fphéno-palatîrts.
Les Inférieures fe trouvent entre les ailes des apo-
phyfes ptérygoïdes , pour recevoir une portion des
os du palais.
Cet os fait , outre cela , partie de huit fofTes ; fa-
voir , des deux nafales , des deux ptérygoïdiennes
des deux orbitaires , & des deux zygomatiques.
On confidere dans la face interne du /phénoïJe
quatre apophyfes nommées clinoïdes,deu\ fentes ap-'
pellées IplicnoïduUi ; t\ult trous , quatre de chaque
côté ; favoir, l'optique , le maxillaire fiipérieur , le
maxillaire inférieur , & le trou pour l'artère de la
dure-mere ; une fofTe nommée pituituire owfelUà che*
v.z/, aux côtés de laquelle fe trouvent deux échan-
crures. Cet os fait partie des deux foflcs temporales.
Vos fphénoïde eiï joint avec tous les os du crâne ,
& outre cela avec ceux de la pommette,& les os ma- •
xillaires, ceux du palais , 6l le vomer.
Les jeux de la nature fe rencontrent dans les fmus
de cet os, comme dans d'autres os du crâne. D'abord
quelquefois la lame olleufe qui partage ces fmus , ne
te trouve pas direilement au milieu , &C par-là rend
un des finus plus grand que l'autre. Quelquefois en-
core il n'y a qu'un grand fmus au milieu de l'os , avec
une feule ouverture.
Riolan aflure qu'il a examiné un grand nombre de
crânes, dans lefquels il n'a point trouvé de fmus fphé-
noïdaux , fur quoi il dit i"*. qu'on ne les trouve pas
dans les enfans ; 2°. dans ceux qui ne croifTent plus;
3°. dans ceux qui ont le crâne fort épais ; 4". enfin
dans ceux chez qui les finus fourciliers manquent ;
mais les autres anatomifles ne convieiment point de
Id vérité générale de ces quatre obf ervations , ou pour
mieux dire, elles fe fent trouvées le plus communé-
ment faufîes. (/^. /. )
SPH£NO-PAL^TIN,e« Anatomie, nom d'un muf-
cle qu'on nomme ^uffifphéno-liaphy lin, & d'un trou
formé par l'os du palais , 6c par l'os fphénoïde. f^oyei
Sphéno-staphylin.
SPHENO-PHARINGIEN , en Anatomie , efl une
paire de mufcles qu'on jiomme auiïi fp/ieno-J'alpin<ro-
pharingicn,6cc. Foyei SphÉNO-SALPINGO-PHARIN-
gien,
SPHÉNO-PTÉRIGO-PALATIN de Cowper,ou
le flaphylin, en Anatomie. Foyei Staphylin.
SPHÉNO-SALPINGO-PHARINGIEN , en Ana^
tomie ; nom des mufcles qui s'attachent en partie à
l'os fphénoïde , diredement au-defTus de l'aile inter-
ne de l'apophyfe ptérygoïde,& en partie à la portion
voifine & cartilagineufe de la trompe d'Euflache , &
fe termine à la ligne blanche du pharinx. Winjlow.
Voye? Pharinx.
SPHENO-SALPINGO-STAPKYLIN, ou PERI-
STAPHYLIN EXTERNE, en Anatomie} c'eft un
mufcle qui naît large & tendineux du bord poflé-
rieur des os du palais, & répand \\n grand nombre
de fibres fur la cloifon du palais ; puis devenu par
la réunion de fes fibres, un petit tendon délié, il
fe réfléchit vers le petit crochet de l'aile interne
de l'apophyfe ptérigoïde,& s'infère charnu dans tou-
tes les parties membraneufes, charnues & cartilagi-
neufes de la trompe d'Euflache, ic un peu à l'os fphé-
noïde.
SPHENO-STAPHYLIN, en Anatomie, nom d'un
paire de mufcles de la luette, appelles imCfifalpingo'
JUphylins. Voye^ SaLPINGO-StapHYLIN.
SPHERE , f. f. en Géôm. efl un corps folide con-
tenu fous une feule furface , & qui a,dans le milieu
un point qu'on appelle centre , d'oii toutes les lignes
tirées à la furface, font égales. Foyei Solide, &c.
On peut fuppofer que [■àfphere efl engencfrée par
la révolution d'un demi-cercle ABC (^Fl. de Géo-
métr. /rg.j 4.), autour de fon diamètre AC , qu'on
appelle aufîi Xaxt de la Jplure ; 6c les points A 6i.C
s P H
[ui lont les extrémités de l'axe > font nommes îes
<ol£S ik ta fphen.
ProprU'.cs de la fphcre. i°. Une fp Itère efl égale à
ne pyramide dont la bafe eft égale à la furface de
ifpherc, 6c la hauteur au rayon de là Jp hère.
2"» Une /phere ell à im cylindre circonlcrit autour
l'eîle, comme 2 eu à 3. Fojei Cylindre.
3". Le cube du diamètre d'une Jpkere eft au folide
ue contient lajphere , à-peu-preS comme 300 à i 57.
)n peut donc par-là melarcr à-peu-près la ioiidité
l'une J'phere.
\°. La furface à\\nefphere efl quadruple de l'aire
'un cercle décrit avec le rayon de lufphcre.
Le diamètre d'une fphere étant donné, trouver
1 furface & fa folidité. i". Trouvez la circonférence
u cercle décrit par le rayon àtl^ fphere. Voye^ CiR-
:ONFÉRENXE.
Multipliez ce que vous avez trouvé par le dia-
letre , le produit fera la furface de là fphere.
Multipliez la furface par la fixieme partie du dia-
mètre, le produit fera la folidité de la.Jphere.
Ainfi, en fuppofant que le diamètre de la fphere
û 56, la circonférence fera 175, qui multipliée
lar le diamètre , produira 9800 qui ell la furface de
ijphere : cette furface nmltipàée par la fixiem.e par-
ie du diamètre , donnera 919057, qui elf la folidité :
ai bien opérez comme il fuit :
Trouvez le cube du diamètre 1 7 5 6 1 6 : enfuite cher-
hez une quatrième proportionnelle à ces nombres
00, 157, 175616, cette quatrième proportion-
elle fera 919057. f^oje{ Proportionnel : c'eil la
Dlidité de la jphere qu'on cherchoit.
Pour ce qui regarde les fegmens & les fefteurs des
"pheres, voyei SegMENT & SECTEUR.
Projeciion de la fphere. Foye^^ PROJECTIONi
Sphère d'aflivité d'un corps efl: un efpace déter-
niné & étendu tout-autour de lui , au-delà duquel
eà émanations qui fortent du corps, n'ont plus d'ac-
ion fenfible. Voye^ Atmosphère.
Ainfi nous difons qiie la vert\i de l'aimant à de
certaines bornes- au-delà defquelles cette pierre ne
)eut point attirer %me aiguille ; mais partout oikl ai-
guille efl: placée , pourvu qu'elle puill'e être mife en
mouvement par l'aimant, on dit qu'elle efl: dans la
"phere d'aftivité de l'aimant. Foyei Aimant.
Sphère, en Afronemie , efl: cet orbe ou étendue
:oncave qui entoure notre globe, & auquel les corps
rcleftes , le foleil , les étoiles , Içs planètes & les co-
netes femblent être attachées. Foye[ Ciel.
On l'appelle aufll hfp/ure du inohde,& elle efl:
.'objet de rAfl:ronomie Iphérique. Foye^ Astrono-
mie 6' Sphêrique.
Cette fphere efl: extrêmement grande, puifqu'elle
renferme les étoiles fixes; ce qui la fait quelquefois
nommer la fphere des étoiles fixes. Le diamètre de
l'orbite de la terre efl: fl petit , quand on le compare
au diamètre de la fphere du monde , que le centre
de \d fphere ne Ibuffre point de changement fenfible,
quoique l'obfervatcur fe place fucceffivement dans
les diftérens points de l'orbite : mais en tout tems &C
à tous les points de la furface de la terre, les habi-
tans ont les mêmes apparences de h fphere; c'eft-à-
dire, que les étoiles fixes paroiflênt occuper le mê-
me point dans la furface de la fphere, voyci Paral-
laxe. Notre manière de juger de la fituation des af-
tres efl de concevoir des lignes droites tirées de
l'œil ou du centre de la terre, à-travers le centre de
l'aftre, & qui continuent encore jufqu'à ce qu'elles
coupent cette fphere; les points oii les lignes fe ter-
minent, font les lieux apparens de ces aflres. Foyc^
Lieu. 6* Parallaxe.
Pour déterminer mieux les lieux que les corps oc-
cupent dans h Jphere , on a imagin^ différens eercles
S P H A53
fùf là furface , & qu'on appelle par cette raifon cer^^
des de la fphere. ^oyej CerclE.
Il y en a quelques-uns qu'(?n appelle grands cer-
cles, comme récliptique,le méridien, l'équateur &c,
les autres petits cercles, comme les tropioues , les
parallèles , &c. Foye^ chacun de ces cercles fous ion
nom particulier , Equateur, Horison, Eclip-
tique, &c.
Sphère , en Géographie , &c. fignifie une cerîai.'ie
difpoîition de cercles far la furface de la terre , dont
la plupart gardent toujours entre eux la même fitua-
tion , mais l'ont différemment difpoles par rapoort
aux dilférens points de la furface de notre globe.
Les cercles qu'on concevoit originairement fur la
furface de la fphere du monde , ont été pour la plus,
grande partie, transférés par analogie à la furface
de la terre ; où on les conçoit tracés diredement
fous ceux de la Jphere &C dans les mêmes plans, de
manière que fi les plans des cercles de la terre étoient
continués jufqu'à la y/^AeAÊ, ils co-lncideroient avec
les cercles refpedifs qui y font placés : c'eft ainfi que
nous avons fur la terre un horifon,un méridien,
un équateur, &c. Foye^ HoRiSON, &c.
Comme l'équateur qui efl dans le ciel divife la
fphere en deu parties égales, l'une feptentrionale,
l'autre méridionale ; de-même auifi Téquateur qui
efl fur la furface de la terre , la divife en deux parties
égales. Foyei Equateur.
Et comme les méridiens qui font dans la Jphere",
pafl'ent par les pôles du monde, il en efl de même
de ceux qui font fur la terre. Foyej iMéridien.
Toute la fphere, ou le globe terreflre pouvant
amener tour-à-tour tous fes points fofis le méri-
dien ; & le méridien pouvant hauffer ou baifl'er l'axe
du monde en gliffant dans les entailles de l'horifon:
cela fert à déterminer les afpe6ts du ciel à l'égard de
tous les peuples de la terre, à melurer les dillances
des lieux , à connoître la durée des nuits & des jours
pour tel lieu , le moment du lever & du coucher du
Soleil , l'heure qu'il efl en tel endroit , quand il eft
midi dans un' autre ; en un mot , à réfoudre toutes
les queflions qui regardent la dilpofition des lieux ^
tant entr'eux fur le globe , qu'à l'égard du Soleil &C
de tout le ciel. Foye^ Globe,
Donc, fuivantla différente pofition de quelques-
uns de ces cercles par rapport aux autres , il arrive
que nous avons lajphere droite parallèle ou oblique.
La fphere droite efl celle dans laquelle l'équateur
coupe l'horifon du lieu à angles droits.
Dans cette fituation, l'équateur & tous les cercles
parallèles à l'horifon , doivent couper direûement
l'horifon , fans s'incliner d'un côté plus que de l'au-
tre. Récijjroquement l'horifon coupe l'équateur , &c
tous les cercles parallèles à l'équateur en deux por-
tions égales. Telle efl la fphere droite , & voici fes
effets. On a le jour en général tant que le foleil ell
fous l'horifon. Or tous les cercles que le foleil décrit
d'un tropique à l'autre font coupés en deux portions
égales par cet horifon , puifqu'ils tombent dire£le-
ment deffus. Les jours y font donc égaux aux nuits ,
& durant toute l'année il y a douze heures de jour &C
autant de nuit. Le foleil y defcendant direftement
fous l'horifon , s'en éloigne plus vite que s'il s'y plon-
geoit obliquement ; ainfi le crépufcule efl plus court.
Lajphere parallèle eft celle dans laquelle l'équateur
efl parallèle à l'horifon fenfible , &C dans le plan de
l'horifon rationnel.
Elle efl telle pour ceux auxquels le pôle fert de
zénith. Si ce coin du monde efl habitable , on doit
y avoir l'horifon dans l'équateur, puif'que le pôle 6c
le zénith y étant la même chofe, à 90 degrés de-là ,
on trouve également l'horifon &: l'équateur qui fe
confondent, ou deviennent parallèles l'un à l'autre;
ce qui fait donner à cette diipofition du monde le nom
454
S P H
àc/phcn parallck. En voici les fuites. Lefoleilellfix:
mois en-deçà de réquateur vers le polo ardique, &
fix mois au-delà. Si l'cquateur efl: l'horifon des pcu7
pies qui peuvent être fous le ])ole , ils devroicnt voir
le folell tourner fix mois de fuite autour d'eux , s'éle-
ver peu-à-peu durant trois mois jufqu'à la hauteur de
23 T degrés , & pendant trois autres mois s'abaiffer
par des cercles diipofés en forme de ligne fplrale , juf-
cu'à ce que décrivant un parallèle qui commence à
ie détacher de l'équateur , il abandonne auflileur ho-
rifon.
La fphen oblique eft celle dans laquelle l'équateur
coupe 1 horifon obliquement.
Dans cette pofition l'horifon &c l'équateur fe cou-
pent obliquement , faifant un angle aigu d'un coté,
6i. obtus de l'autre ; de forte que les révolutions
diurijes de Infplurc fe font à angles obliques à l'ho-
tifon. L'un des pôles du monde efl: toujours élevé au-
defliis de l'horifon , &i. toujours vifible ; mais l'autre
ert perpétuellement au-deflbus & invifible , & la hau-
teur de l'un ci\ toujours égale à l'abaiffement de l'au-
tre. Le zénith elt hors de l'équateur, entre lui & le
pôle. Il en ell de même du nadir.
Sphère armillaire OU anificidU eft un inftrument af-
tronomique qui repréfente les difféfens cercles de la
fphere dans leur ordre naturel, & qui fert à donner
une idée de l'ufage & delà pofition de chacun d'eux ,
& à réfoudre différens problèmes qui y ont rapport.
On l'appelle ainfi parce qu'elle eft compofée d'un
nombre de bandes, ou anneaux de cuivre ou d'autre
matière , appelles par les Latins armilla , à-caufe de
la reflemblance qu'ils ont avec des bracelets ou an-
neaux.
On la diftingue d'avec le globe en ce que quoique
le globe ait tous les cercles de la fphtrc tracés fur fa
furïace , il n'eft cependant pas coupé en bandes ou
anneaux pour repréfenter les cercles purement &
fimplement;maisil offre aufti les efpaces intermédiai-
res qui fe trouvent entre les cercles. Voye^^ Globe.
Tout ce que nous voyons dans le ciel marche pour
nous, comme étant vu dans wnc fphere concave. Un
globe convexe , & qu'on ne voit que par dehors ,
n'étant pas naturellement propre à nous peindre cette
concavité , on s'avifa de conftruire une fphere évui-
dée , & où l'on pût voir intérieurement tous les
points qu'on a intérêt de connoître, en ne la compo-
fant que de ces points mis bout-à-bout, & enfuppri-
mant les autres.
Il y a àesfpheres armillaires de deux fortes , fuivant
l'endroit oii la terre y eft placée-; c'eft pourquoi on
les diftingue en fphere de Ptolomée & fphere de Co-
pernic : dans la première la terre occupe le centre, &
dans la dernière elle eft fur la circonférence d'un cer-
cle , fuivant la place que cette planète remplit dans
le fyftèmefolaire. I^oyei Système.
'La fphere de Ptolomée eft celle dont on fe fert com-
munément , & qui eft repréfentée , PL aflronomique y
fis- 21.
Au milieu fur l'axe deh fphere , ily a unebotile T,
qui repréfente la terre , &c. Tous les problèmes qui
ont rapport aux phénomènes du folcil & de la terre
peuvent fe refoudre au moyen de cette Jphere , à-peu-
près "comme on le fcroit par le moyen du globe cé-
lefte. yoye^ ces problèmes fous Varncle Globe.
La fphere de Copernic diffère à plufieurs égards
de celle de Ptolomée. Le folell y occupe le centre, &
au-tour de cet aftre font placées à différentes diftan-
ces les planètes , au nombre defquelles eft la terre.
Cet inftrument eft de fi peu d'ufage, qu'on nous ex-
çufera facilement fi nous nous dlipenlons d'en don-
ner la dcfcription détaillée. Chanibers.
Sphère , f f ( ^rchit. ) c'eft un corps parfaite-
ment rond , qu'on nomme auffi <jlohe ou boule; il fert
d'ornement fur la rampe d'un efcalier.
S P H
Sphère , I. f. ( Miroiterie. ) ou boitle ; inftrument
dont fe fervent les miroitiers-lunetiers , pour tra-
vailler les verres concaves qui font propres aux
opérations d'Optique , ou autres ouvrages de miroi-
terie. {D. J.)
SPMERICITÉ , f. f. eft la qualité qui conftitue la
figure fphcrlquc , ou ce q\ii fait que quelque corpâ
eft rond ou fphérique. t^oyei Sphere.
h^ fphériciié des cailloux , des fruits, des graines,
&c. & des gouttes d'eau , de vif-argent , &c. & des
bulles d'air dans l'eau, &c. vient , fuivant Hool^e ,
du peu de convenance de leurs parties avec celles du
fluide environnant \ ce fluide , félon lui , les empê-
che de fe mêler & les contraint de jjrendre une forme
ronde en les preflant également de toutes parts. Foyef
Goutte.
Les Newtoniens expliquent cette fphéricité par leuf
grand principe de l'attradion, fuivant lequelles par-
ties de la même goutte fluide , &c. fe rangent natu-
rellement le plus proche du centre de cette goutte
qu'il eft poffible , ce qui occafionne néceffairement
une figure ronde, f^oyei Attraction 6- Cohé-
sion. Charnbers. (O)
SPHÉRIE , ( Gécig. anc.) Sphœria ; île du Pélo-
ponnèfe , fur la côte de l'Argolide , fous la domina-
tion de Trœsène. Cette île , dit Paufanias , liv. II. c»
xxxij. eft fi près du continent , que l'on y peut paffer
à pié. Elle s'appelloit originairement Vile Sphérie ;,
mais dans la luite on lui donna le nom d'//e Sacrée
Sphérus , qui, félon les Trœzéniens, fut l'écuyer de
Pélops , étoit inhumé dans cette île. Ethra, fille de
Pithée , femme d'Egée & mère de Théfée , fut aver-
tie en fonge par Minerve , d'aller rendre à Sphérus
les devoirs que l'on rend aux morts. Etant venue
dans l'île à ce deffein, il arriva qu'elle eut commerce
avec Neptune. Ethra, après cette aventure, confacra
un temple à Minerve furnommée apaturie, ou la trom-
peufe^ 6c voulut que cette île , qui fe nommoit Sphé-
rie , s'appellât Vile facrée. Elle inftitua même l'ufage
que toutes les filles du pays , en fe mariant , confa-
crerolent leur ceinture à Minerve apaturie ; c'étoit-là
ffeii,t-être une méchanceté de cette princefl'e. (/J./.)
SPHÉRIQUE, adj. {Géom. & Aftronomie.) fe
dit en général de tout ce qui a rapport à la fphere ,
ou qui lui appartient. Un zngle Jphérique eftl'incli-
naifon mutuelle de deux plans qui coupent une fphé*
re. f^oyei Plan 6- Angle.
Ainfi l'inclinaifon des deux plans CAF &c C E F ,
PL de Trigonométrie' , fig. 2/. forme Van^le fphérique
ACE. Voyei Sphère.
La mefure d'un zn^e fphérique A C E eu un arc de
grand cercle A E , décrit dulommet C , commepole,
ik compris entre les côtés CA & CE.
D'oii il s'enfuit que puifque l'inclinaifon du plan
CE Fan plan C A F eft par-tout la même, les angles
qui font aux interférions oppoféesCÔC /^ font égaux.
Si un cercle de la fphere A E B F coupe un autre
cercle CED F .,fig. ic). les angles adjacens A EC&C
A E D font égaux à deux droits ; & les angles oppo-
{ésAEC&c DE B font égaux entr'eux. Ainfi tous
les angles fphériques comme A E C ., A E D ^D E B,
B E C\ é'c. faits autour du même point E , font égaux
pris eniemble à quatre angles droits.
Un triangle //j/îm^Ke eft un triangle compris entre
trois arcs de grands cercles d'une fphere qui fe cou-
pent l'un l'autre. ^qye^TRlANGLE.
Propriétés des triangles fphériques. 1°. Si dans deuX
triangles fphériques , PL de Trigonomét. fig. 10. & 11.
ABC&c abc, l'angle^=^ ,BA = ba, &cCA^
c a ; les angles B b , & les côtés qui renferment les
angles , feront refpeftivement égaux ; & par con-
féqucnt les triangles entiers feront égaux ; c'eft-à-due
BC = bc,B = )^, &cC=c.
De plus, û dans deux tïïdns,\es fphériques A =a,
s P H
S P H
4J5
= c. Si ^C=ac, alors B = h, ^B = a if , &
cz=.BC. Enfin fi dans deux trvdns,\QS fp/ién<juef
'B=al> , JC=ac,ScB C=bc ; donc ^feraég?.l
: a , B = b &z C =^c : les dcmonftrations de ces
ropriétés (ont les mêmes que celles des propriétés
mblables qui fe rencontrent dans les triangles plans;
ir les propofitions fur l'égalité des triangles redHli-
les s'étendent à tons les autres, f-cpourvu qiic leurs
jtésibientfemblables. Foye^ Triangle j'ylanquc
oceU.
i". Dansun triangle J B C , fig. n. les angles à la
^{e B Se C font égaux ; & û dans un triangle y/^/ztV/-
u les angles ^ & C à la bafe B C font égaux , le
iangle eft ifofcele.
3*^. Dans tout triangle fphérlque chaque côté eft
loindre qu'un demi-cercle; deux côtés quelcon-
ues pris enfemble font plus grands queletroifieme;
nis les trois côtés pris enfemble font moindres que
; circonférence d'un grand cercle , le plus grand cô-
; efl toujours oppofé au plus grand angle , & le
loindre côté au moindre angle.
4". Si dans un triangle fphérique BAC, fig. ij .
eux côtés A B Se B C pris enfemble lont égaux à un
emi-cercle , la bafe A C étant continuée en Z> , l'an-
le externe B CD fera égala l'angle interne oppofé
i /IC.
Si deux côtés pris enfemble font moindres ou plus
rands qu'un demi-cercle , l'angle externe B CD fera
loindreou plus grand que l'angle interne oppofé^,
c la converfe de toutes ces propofitions eft vraie ;
ivoir , fi l'angle B CD çû égal ou plus grand , ou
moindre que A , les côtés A B 6c B C font égaux , ou
lus grands, ou moindres qu'un demi-cercle.
ç°. Si dans un triangle fphérlque A B C , fig. 12.
eux côtés A B 6c B C ibnt égaux à un demi-cercle,
es angles à la bafe A Se C font égaux à deux angles
roits ;fi les côtés font plus grands qu'un demi-cercle ,
es angles font plus grands que deux droits ; & files
ôtés font moindres , les angles font moindres ,& ré-
iproquement.
G^. Dans tout triangle fphérique chaque angle efl
noindre que deux droits ; & les trois enfemble font
noindres que fix angles droits , & plus grands que
leux-
7°. Si dans un tnang).e fphérique BAC, les côtés
4B 6cB Cfont des quarts de cercle , les angles à la
)afe B 6c C feront des angles droits ; fi l'angle A
rompris entre les cotés A B 6c A C eu un angle droit,
B Ciera. un quart de cercle ; fi ^ eft un angle obtus ,
B C fera plus grand qu'un quart de cercle ; & s'il efl
ligu , B (7 fera moindre , & réciproquement.
8*^. Si dans un triangley^Am^Mereûangle, le côté
E C, fig 14. adjacent à l'angle droit 5 , efl un quart
ie cercle , l'angle A fera un angle droit ; fi B E cû
plus grand qu'un quart de cercle , l'angle A fera ob-
tus ; & fi >6 Z> efl moindre qu'un quart de cercle ,
l'angle A fera aigu , & réciproquement.
9°. Si dans un triangle fphérique reâangle chaque
côté e/l plus grand ou plus petit qu'un quart de cer-
cle, l'hypothénufe fera moindre qu'un quart de cer-
cle , 6c réciproquement.
I o". Si dans un tnzn^le fphérique A B C,fig. \5. rec-
tangle feulement en B , un côté C 5 efl plus grand
qu'un quart de cercle , 6c l'autre côte A B moindre ,
l'hypothénufe A B fera plus grande qu'un quart de
cercle, &: réciproquement,
1 1". Si dans un trhnglc Jphérique obliquangle ABC,
fig. I G. les deux angles à la bafe A 6c B , font obtus ou
aigus , la perpendiculaire C D qu'on laifl'era tomber
du troifieme angle (7 fur le côté oppofé A ^ff, tombera
dans le triangle ; fi l'un d'eux A efl obtus , & l'autre
.6 aigu , la perpendiculaire tombera hors du triangle.
I i°. Si dans un Xx'\zx\^ç fphcriquz ABC tous les an-
gles AjByàcC font aigus , les côtés font chacun
moindres qu'un quart de cercle. Ainfi, fi dans un
triangle y>/zm^.v<r obliquangle un côté efl plus grand
qu'un quart de cercle , il y a un angle obtus , favoir
celui qui efl oppofé à ce côté.
13*^. Si dans un triangle Jphérique A CB , deux an-
gles A 6c 5 font obtus, & le troifieme Caigu , les
côtés A C 6cC B oppofés aux côtés obtus font plus
grands qu'un quart de cercle ; ainfi fi les deux côtés
font moindres qu'un quart de cercle , les deux angles
font aigus
14°. Si dans un triangle_//?At;V/^a.'tou5 les côtés font
plus grands qu'un quart de cercle , ou-bien s'ii y en a
deux plus grands , 6c un qui foit égal à un quart de
cercle , tous les angles font obtus.
I 5°. Si dansun triangleyi'/'m^weobhquangle deux
côtés font moindres qu'un quart de cercle, 6: le troi-
fieme plus grand , l'angle oppofé au plus grand fera
obtus & les autres aigus. Wolf& Chamhers.
Sur la réfolutlon des irningles fphériques , voyer
Triangle.
Les propriétés des trhnglesfpheriquesContdémon-
tréesavec beaucoup d'élégance 6c de fimplicité dans
un petit traité qui efl imprimé à la fin de Vintroduclio
adveram Afironomiam , de M. Keill. M. Deparcieux,
de l'académie royale des Sciences de Paris & de cclls
de Berlin , a donné au public en 1741 , un traité de
Trigonornéirie fphérique , i/z-4". imprimé à Paris chez
Guérin ; l'auteur démontre dans cet ouvrage les pro-
priétés des tr'i^n^les fphériques , en regardant leurs
angles comme les angles formés par les plans oui fe
coupent au centre de la fphere , & les cotés des
triangles fphériques comme les angles que forment
entr'elles les lignes tirées du centre de la fphere aux
extrémités du triangle ; c'eftàdire qu'il fubflitue
aux triangles fphériques des pyramides qui ont leur
fommet au centre de la fphere. L'académie royale des
Sciences ayant fait examiner cet ouvrage par des com-
mifTaires qu'elle nomma à cet effet , a jugé que
quoique l'idée de M. Deparcieux ne foit pas abfolu-
ment nouvelle, & qu'elle l'ait obligé de charger quel-
ques-unes de fes démonflrations d'un afTez grand dé-
tail , elle lui avoit donné moyen d'en éclaircir & d'en
fimplifier un plus grand nombre d'autres , & auQ cet
ouvrage ne pouvoit manquer d'être fort utile. ( O )
L'aflronomie fphérique efl la partie de l'AflronO'
mie qui confidcre l'univers dans l'état où l'œil l'ap»
perçoit, f^oyei ASTRONOMIE.
L'aflronomie fphérique comprend tous les phéno-
mènes & les apparences des cieux&: des corps célef-
tes , telles que nous les appercevons , fans en cher*
cher les raifons & la théorie. En quoi elle efl dillin-
guée d'avec l'aflronomie théorique , qui confidere
la flrufture réelle de l'univers , & les caufes de fes
phénomènes.
Dans l'aflronomie fphérique on conçoit le monde
comme une (urface Jp hé nque concave , au centre de
laquelle efl la terre , autour de laquelle le monde vi-
fible tourne avec les étoiles 6c les planètes , qui font
regardées comme attachées à ù circonférence ; &
c'eflfur cette fuppofition qu'en détermine tous les
autres phénomènes. ■ - -- -
L'aflronomie théorique 'nous apprendpar les loris
de l'optique , &c. à corriger ces apparences, 6c à ré-
duire le tout à un fyfleme plus çxaQ.
Compas fphérique , icve^ CôMPAS.
Géométrie fphérique çiïh dotlrine de la fphere &
particulièrement des Cefciés qui font décrits fur fa
furface , avec la méthode d^> les tracer fin- un pl.in ,
& d'en mclurer les arcs 6c les angles quand on les a
tracés. • '
LaTrigonométrie //'^iV/Ynccfl l'art deVéfoudrelcs
triangles y/^/ji.W<;«ùA- , c'cfl-à-dirc , trois chofcs cMnt
données dans un triimoïcjphcrique, trouver tout le
rcfle : par exemple ,dcux côtéii & un angle étant
45^
S P H
donnés , trouver les deux autres angles, &letroi-
lleme cote. A'ojt^ TiuanoLE 6'Trigonométril.
Clianihen.
SphÉriques , ( Céom. ) c'eft proprement la do-
ftiine d.'s proprictcs de la Ipherc , conlidcrce com-
me un corps géométrique , & particulièrement des
dlfférens cercles qui font décrits lur laiurlace. ^oyc^
Sphère. . .
C'ell fur cette matière que le mathématicien Théo-
dore a écrit les livres qui nous reftent encore de lui ,
&: qu'on appelle Xcs/phénqucs de Théodole.
Voici les principales propolitions , ou les princi-
paux théorèmes (Xnsfphcriqncs.
i". Si on coupe une l'phere de quelque manière
que ce loit, le plan de la ledion iera un cercle dont
le centre cit dans un diamètre de la iphere.
D'où il luit, i". que le diamètre H I { Planche
de Tr'i^onom.fig. z/.) d'un cercle qui paffe par le cen-
tre cV'eft égal au diamètre AB du cercle générateur
de la iphere, & le diamètre d'un cercle , comme
FE , qui ne pafle pas par le centre, eft égal à quel-
que corde du cercle générateur.
2°. Que comme le diamètre ert la plus grande de
toutes les cordes, un cercle qui paffe par le centre
eft un grand cercle de la Iphere , 6c tous les autres
font plus petits. , , /- i. r
^°. Que tous les grands cercles de la iphere lont
égaux les uns aux autres.
4°. Que fi un grand cercle de la fphere paffe par
quelque point donné delà fphere , comme ^ ; il doit
palier auiii par le point diamétralement oppofé, com-
me B.
5°, Que fi deux grands cercles fe coupent mutuel-
lement Tun l'autre , la ligne de feûion efl un diamè-
tre de la fphere ; & que par conléquent deux grands
cercles fe coupent l'un l'autre dans des points dia-
métralement oppofés. _
6°. Qu'un grand cercle de la fphere la divife en
deux parties , ou hémifpheres égaux.
1°. Tous les grands cercles de la fphere fe cou-
pent l'un l'autre en deux parties égales & récipro-
quement tous les cercles qui fe coupent en deux par-
ties égales , font de grands cercles de la fphere.
3°. Un arc d'un grand cercle de la fphere compris
entre un autre arc , ri I L {fig. i8.) ^ fes pôles A
& 5 , ell un quart de cercle.
Celui qui eft compris entre un moindre cercle
VE F,&i un de fes pôles A , eu plus grand qu'un
quart de cercle ; & celui qui eil compris entre le
même , & l'autre pôle B , elt plus petit qu'un quart
de cercle.
4°. Si un grand cercle d'une fphere paffe par les
pôles d'un autre , cet autre paffe par les pôles de ce-
lui-ci ; & fi un grand cercle paffe par les pôles d'un
autre , ils fe coupent Tun l'autre à angles droits , &
réciproquement.
5°. Si un grand cercle ^F5 D paffe par les pô-
les ^ & 5 d'un plus petit cercle D £f,'i]\c divile
en parties égales, èc le coupe à angles drous,
6". Si deux grands cercles j4 E B F , &cCE D F,
{fig-> 'D-)^^ coupent l'un l'autre aux pôles E 6c F ,
d'un autre grand cercle A C B D , cat autre paflera
par les pôles H &c h , I 6i. ide$ cercles A E B F ,&c
CEDF.
7°. Si deux grands cercles ^£^ ^, ^C E DF^
«n coupent chacun un autre miuuellement , l'angle
d'obliquité AE E fera égal à la diffance des pôles
H L
8". Tous cercles de la fphere, comme G E , &c
L K , (/%. 20. ) également dlflans de Ion centre C,
font 'égatfx : & plus ils font éloignés du centre , plus
ils font petits; alnfi, comme de toutes les cordes
parallèles il n'y en a que deux qui foient égaleruent
«loignces du centre , de tous les cercles parallèles au J
1
S P H
même grand cercle , il n'y en a que deux qui fuient
égaux.
9<*. Si les arcs E H S>c KH, G I Si I L, compris
entre un grand cercle I H M ,6c les cercles plus pe-
tits G N E f6c LO K font égaux , les cercles font
égaux.
lo''. Si les arcs E H &C G f ,dn même grand cer-
cle A I B H ^ compris entre deux cercles G N E yS>c
I M H, font égaux , Les cercles font parallèles.
1 1®. Un arc d'un cercle parallèle I G, (/^. 2/. )
efl femblable à un arc d'un grand cercle A £ ,{i cha-
cun d'eux eff compris entre les mêmes grands cer-
cles C^ F, &CCEF.
Ainfi , les arcs A E Se I G , ont la même raifon à
leur circonférence ; ik par conlequent contiennent
le même nombre de degrés; 6c l'arc I G y ei\ plus
petit que l'arc A E.
I 2°. L'arc d'un grand cercle cû. la ligne la plus
courte qu'on nuiflc tirer d'un point delà furface d'une
fphere k un autre point de la même furface.
De-là il s'enfuit que la vraie diltance de deux lieux
fur la l'urface de la terre , eff un arc d'un grand cercle
compris entre ces lieux, royei NAVIGATION & Car-
te. JFo/f & Cliambars. ( £ )
SPHERISTERE, f. m. (^Gymnaftiq.) fphxrlfli-
rlum , lieu confacré à tous les exercices dans lefquels
on employoit la balle.
Quoiqu'entre les divers exercices oii l'on fe fer-
voit de balles , il y en eût plufieurs qu'on ne pouvoit
pratiquer qu'en plein air & dans les endroits les plus
Ipacieux desgymnafes, tels qu'ëtoient les xyftes,
xyjla , ou les grandes allées découvertes ; on ne
laiffoir pas chez les Grecs de conftruire dans ces gym-
naiés quelques pièces convenables à certaines elpe-
ces de fphérilHques.
Les Romains qui avoient imité les Grecs dans la
conftripftion de la plupart de leurs bâtimens , & en-
tre autres dans celle de leurs gymnafes ou paleftres,
& de leurs thermes , y plaçoient aulîi de ces fp/tîn-
fieres , qui n'étoient pas tellement affeftés à ces édi-
fices publics , qu'il ne s'en trouvât fouvent dans les
maifons des particuliers tant à la ville qu'à la campa-
gne. L'empereur Vefpafien , par exemple, en avoit
un dans fon palais ; & c'étoit-là , qu'au rapport de
Suétone , il fe faifoit frotter la gorge 6c les autres par-
ties du corps un certain nombre de fois. Alexandre
Severe s'exerçoit auffx très-fouvent dans (on fphéri-
Jicrc , fui vaut le témoignage de Lampridius.
Pline le jeune, dans les dcfcriptions qu'il nous a
lalffées de les deux maifons de campagne du Lauren-
tin &L de celle de Tofcane, place dans l'une & dans
l'autre nnfphœnjlcrhirn. 11 dit en parlant du Lauren-
tin , cohccni calida pifcina mirificè ex quâ naianies mari
adfplciuni ; nec/?/-ocw/fph3srilierium, quod calidifjimo
Jbli^ inclinato jam die ^ occurrit , c'elt-à-dire, il y a
une grande baignoire d'eau chaude fi avantageule-
ment fituée , que ceux qui s'y baignent voyent la
mer ; &: non loin de-là elt un jeu de paume expofé
à la plus grande chaleur du folell vers la fin du jour.
Et en parlant de fa mailon de Tofcaoe , il s'exprime
ainfi : apodytcrio fuperpojitum efi fphïrifterium f«oi
plura gcncra exercitationis , plurefque circulas capit ;
une efpece de jeu de paume propre à divers exerci-
ces, occupe le deffus du lieu qui fert de garde-robe;
& ce jeu de paume efi accompagné de plufieurs ré-
duits &i. détours particuliers.
Comme Vitruve, dans la defcription qu'il donne
des gymnafes ou paleftres , tels qu'on les voyoit en
Grèce de fon tems ( car ils n'étoient pas fort com-
muns en ItaUe ) ne dit pas un mot Anjpxrijlerium, en
fiiifant le dénombrement des différentes pièces delà
paleltre; il y a apparence que le coryceum dont il
parle , efi: le véritable fphœrijhrium des paleftres,
c'efi-à-dire , un lieu d«ftinc à la plupart des exerci-
ces
S P H
'ces ùh. Ton fe fcrvoit d'une balle, &: qui f^iifoier:.'
■partie de la fphérijlique. Foye^ SPHÉRISTIQUE «S*
-SPHj£RIST1CI. (Z?, /. )
SPHjFJUSTICI , {Gymnafiq,) maîti^es quî en*
"feignoient la fphcriftiqiie. Voye[ Sphéristiqxje &
Skhéristere. (D.J.)
SPHÉRISTIQUE , ( Gymna/llq.) chez les anciens
ia fphérijUque comprenoit tons les exercices où
l'oîi le lert d'une balle : elle faifoit une partie confi-
"dérable de l'orcheftique. On a fait honneur de Ion
'invention à Pithus , à Nauficaa , aux Sicyoniens >
aux Lacédémoniens , & aux Lydiens. Il paroît que
dès le tems d'Homère cet exercice étoit fort en ufage,
puiique ce poète en fait un amufement de fes héros.
Il étoit fort fimple de fon tems , mais il fît de
■grands progrès dans lesfiecles fuivans chez les Grecs.
•Ces peuples s'appliquant à le perfeftionner, y intro-
iduiiirent mille variétés qui contribuoient à le rendre
Y'k's divertîffant', & d'un plus grand commerce. Ils
ne le contentèrent pas d'admettre Idifpkérijîique dans
leurs gymnafes oii ils eurent foin de faire conllruire
des lieux particuliers , deilinés à recevoir tous ceux
qui vouloient s'inftruire dans cet exercice , ou don-
ner des preuves de l'habileté qu'ils y avoient acqui-
fe : ils propoferent encore des prix pour ceux qui fe
ciftingueroient en ce genre dans les jeux publics ;
îiinfi qu'on peut leconjeflurer de quelques médailles
grecques rapportées par Mercurial> & llir lefquelles
ou voit trois athlètes nuds s'exerçant à la "balle au-
devant d'une efpece de table qui foutient deux vafes,
de l'un defquels fortent trois palmes avec cette ifaf-
cription au-deffous, n^î'eiA aktia. Les Athéniens,
rentre Hwtres donnèrent un témoignage fignalé de l'e-
ftime qu'ils failoient AeXzfphériJiiquc ^ en accordant
le droit de bcurgeoifie , & en érigeant des itatues à
im certain ariftonique Caryftien, joueur de paume
«d'Alexandre le grand, & qui excelloit dans cet exer-
cice.
Les balles à jouer fe nomfnoïent eh grée é^^if^ti ,
fpheres , g/ol>es', & en latin elles s'appelloient />//«. La
■matière de ces balles étoit de plufieurs pièces de peau
Roupie & courroyée , ou d'autre étofte , coufues en-
semble en manière de fac que l'on rempliflbit tantôt
rie plume ou de laine, tantôt de farine , de graine de
•h'guier , ou de fable. Ces diverfes matières plus ou
ïnoins preffées & condenfées , compofoient des bal-
les plus ou moins dures. Les molles étoient d'un ufa-
ge d'autant plus fréquent, qu'elles étoient moins ca-
pables de bleffer & de fatiguer les joueurs , qui les
poufîbient ordinairement avec le poing, ou la paume
de la main. On donnoit à ces balles différentes grof-
feurs ; il y en avoit de petites , de moyennes , 6c de
très-groffes ; les unes étoient plus pefantes , les au-
tres plus légères ; & ces différences dans la pefanteur
■&dans le volume de ces balles, ainfi que dans la ma-
nière de les poufler , ctabliffoient diverfes fortes de
fpkérifiiques. Il ne paroît pas que les anciens ayent
employé des balles de bois , ni qu'ils ayent connu
Tulage que nous en faifons aujourd'hui pour jouer à
la boule & au mail ; mais ils ont connu les balles de
Verre , ce que nous ohfervons en paffant,
A l'égard des ihffrumens qui fervoient à pouffer
les balles , outre le poing & la paume de la main , on
tmployoit les pies dans certains jeux ; quelquefois
on fe garninbit les poings de courroies qui faifoient
plufieurs tours , & qui iormoient une efpece de gan-
telet ou de braffard , fur-tout lorfqu'il étoit qucilion
de pouffer des balles d'une groffeur ou d'une dureté
extraordinaire. On trouve une preuve convaincante
de cette coutume fur le revers d'une médaille de
l'empereur Gordien III. rapportée par Mercurial,oii
l'on voit trois athlètes nuds ceints d'une efpece d'é-
charpc , Iclqucls foutiennent de leur main gauche
une balle ou un balon , qui paroît une fois plus gros
Tome XK,
$ f"à
Aft
qu? leur t'itt , ^ qu'ils fembîent fe mettre en devôrr
de frapper du poing de leur main droire armée d'une
elpeçe de gantelet. Ces fortes de gantelets cudebraf-
fard's i rénoient heu auxanciens de ■ra:qdettes & de
battoirs qui , fcion toute apparehce', leiir ontéié ab-
folument inconnus.
Les exercices de la fphérifilque , qui étoient eiî
grand nombre chez les Grecs , peuvent fe l'spporter
Ù quatre principales efpeces , dent les diitérences
fe tiroient de la groffeur & du poids des balles que
l'crî y employoit. Il y avoit donc l'exercice de la
petite balle , celui de lagroffe , celui du balon & -ce-
lui du corycus.
De ces quatre efpeces de'fpkénjiiquis',celui de la pe-
tite balle étoit chez les Grecs le plus en ufage,&: celui
qui avoit le plus mérité l'approbation des Médecins,'
Antyllus, dont Oribafe nous a confervé des fragmens
confidérables, & qui ell l'auteur dont nous pouvons
tirer plus d'éclairciffemens fur cette matiei'ë,yéc'on-=.
noît trois différences dans cet exercice de la petite'
balle, non-feulement par rapport à la diverfe grof-
feur des balles dont oh jouoit ;mais auffi par rapport
à la diverfe manière de s'en fervir. Dans la première" '
où l'on employoit les plus petites balles , les joueurs
fe tenoient allez près les uns des autres. Ils avoient
le corps ferme 6c droit , & fans branler de leur
place , ils s'envoyoient réciproquement les balles de
main en main avec beaucoup de vîteffe & de dexté-
rité. Dans la féconde efpece , où l'on jouoit avec des
balles un peu plus grôfles, les joueurs , quoiqu'affez:
voifms des uns des autres , déployoient davantage
les mouvemens de leurs bras , qui fe croifcient & le
rencontroient fouvent ; & ils s'élançoient çà & là
pour attraper les balles , feloii qu'elles boiidiffoient
ou bricoloient différemment. Dans la troifieme ef-
pece, où l'on fe fervoitde balles encore plus groffes,'
on jouoit à une diilance conftdérable , & les "joueurs
fe partageoient en deux bandes , dont l'une fe tenait
ferme en fon poffe, & envoyoit avec force & coup
ftir coup les balles de l'autre côté , où l'on fe don-
nât tous les mouvemens nécceffaires poUr les rece-
voir & les renvoyer.
On doit rapporter à l'exercice de la petite balle ^
dont on vient de décrire les trois efpeces alléguées
par Antyllus , trois axitres fortes de jeux appelles
a7ropfctc,iç ^ 6vfa.vix oc ap7rxç-oi\
Le jeu nommé aporrhaxis, d'ol.7rôppnyvujù(, abrumpo^
frango , & dont Pollux nous a confervé la defcrip-
tion ,conffftoit à jetter obliquement une balle contre
terre , lui donnoit occafion de rebondir une féconde
fois vers l'autre côté d'où elle étoit renvoyée de la
même manière & ainfi de fliite j jufqu'à ce quelqu'un
des joueurs manquât fon coup , & l'on avoit foin de
compter les divers bonds de la balle.
Dans le jeu appelle ourania , l'un des joiieurs fe
courbant en arrière , jettoit en l'air une balle qu'ua
autre tâchoit d'attrapper en fautant avant qu'elle re-
tombât à terre , & avant que lui-même fe trouvât
fur fes pics : ce qui demandoit une grande juffefTe
de la part de celui qui recevoit cette balle, & qui
devoit pour lauter prendre précifément l'inffant que
la balle qui rctomboit pût être à la portée de fa
main.
Uharpaflon â foh nom dérivé d'af^ra^à , raplo >
parce qu'on s'y arrachoit la balle \zs uns aux autres.
Pour y jouer , on le divifoit en deux troupes , qui
s'éloignoient également d'ime ligne nommée <r;;u/:--f ,
que Ton traçoit au milieu du terrein , &; fur laquelle
on poloit une balle. On tiroit derrière chaque troupe
une autre ligae , qui marquoit de part 6c d'autre les
limites du jeu. Enlùite les joueurs de chaque côté
couroient vers la hgne du milieu , & chacun tâ-
choit de fe failir de la balle , & de la jetter au-delà
de l'une des deux lignes qui marquoient le but, pea-
M m m
45?
S P H
S P H
dant que ceux du parti contraire tailoient tous leurs
efforts pour détendre leur terreicn , &C pour envoyer
la balle vers l'autre ligne. Cela cauloit une cfpece de
combat tort échauffé entre les joueurs qui s'arra-
cholent la balle , qui la chaffoient du pié 6c de la
main , en foifant diveri'es teintes, qui le pouffoient
les uns les autres , le donnoicnt des coups de poing ,
& fe renverlbient par terre. Enfin le gain de la par-
tie étoit pour la troupe qui avoit envoyé la balle au-
delà de cette ligne qui bornoit le terrein des antago-
niffes. On voit par-là que cet exercice tenoit en
quelque façon de la courte , du faut , de la lutte & du
pancrace.
L'exercice de la greffe balle ctoit différent des
précédens , non feulement à raifon du volume des
balles que l'on y employoit , mais auffi par rapport
à la fituation des bras ; car dans les trois principales
efpeces de T^cûte fplurijh^ue , dont on vient de par-
ler , les joueurs tenoient toujours leurs mains plus
baffes que leurs épaules ; au-lieu que dans celle-ci ,
ces mêmes joueurs clevoient leurs mains au-deffus
de leur tête , fe dreffant même fur la pointe du pic,
& faifant divers fauts pour attraper les balles qui
leur paffoient par-deffus la tête. Cet exercice , com-
me l'on voit , devoit être d'un fort grand mouve-
ment, & d'autant plus pénible, qu'outre qu'on y
mettoit en œuvre toute la force des bras pour pouffer
des balles d'une groffeur confidérable à une grande
diftance, les courtes, les fauts, & les violentes con-
torfions que l'on s'y donnoit , contribuoient encore
à en augmenter la tatigue.
La troifieme efpecc de fphérifîlque connue des
Grecs , étoit l'exercice du ballon , appelle a-^it^a. ntv» ,
dont nous favons peu de circonffances , fi ce n'eft
que ces ballons étoient vraiffemblablement faits
comm.e les nôtres, qu'on leur donnoit une groffeur
énorme, & que le jeu en étoit ditScile & fatiguant.
L'exercice du corycus, qui étoit la quatrième efpe-
ee de fphénjltqui greque , la feule dont Hippocrate
ait parlé, & qu'il appelle xupvKo/xcf.)ci» , qui eff la mê-
me choie que le Ku^um^oXiu , du médecin Arétée ,
confiftc>it à fufpendre au plancher d'une falle, par le
moyen d'une corde , une efpece de fac que l'on rem-
pliffoit de farine ou de graine de figuier pour les gens
foibles , & de fable pour les robulles, & qui defcen-
doit julqu'à la hauteur de la ceinture de ceux qui s'e-
xerçoient. Ceux-ci preffant ce fac à deux mains , le
portoient auffi loin que la corde pouvoit s'étendre,
après quoi lâchant ce fac ils le tuivoient , & lorfqu'il
revenoit vers eux, ils fe reculoient pour céder à la
violence du choc ; enfuite le reprenant à deux mains,
ils le pouffoient en avant de toutes leurs forces , &
tâchoient malgré l'impétuofité qui le ramenoit , de
l'arrêter, foit en oppotant les mains, foit en présen-
tant la poitrine leurs mains étendues derrière le dos ;
en forte que pour peu qu'ils négligeaffent de fe tenir
fermes, l'effort du fac qui revenoit leur faifoit quel-
quefois lâcher le pié , & les contraignoit de reculer.
Il réfultoit, félon les Médecins , de ces différentes
efpeces de Jjphéri/îiqucs, divers avantages pour la fan-
té. lis croyoient que l'exercice de la groffe & de la
petite balle étoit très-propre à fortifier les bras, auf-
ii-bien que les mufcles du dos &C de la poitrine, à
débarrafter la tête , à rendre l'épine du dos plus fou-
pie par les fréquentes inflexions , à affermir les jam-
bes & les cuiffes. Ils n'eftimoient pas que le jeu de
ballon fut d'une grande utilité , à caufe de fa diffi-
culté & des mouvemens violens qu'il exigeoit; mais
en général ils croyoient tous ces exercices contrai-
res à ceux qui étoient fujets aux vertiges, parce que
les fréqucns tournoiemens de la tête & des yeux,
néceffaires dans h Jphérijli(juc, ne pouvoient man-
quer d'irriter cette indifpofition. Pour ce qui concer-
ne l'exercice du corycus , ou de la balle fufpendue,ils
le jugeoient tris-convenable à la diminution du trop
d'embonpoint , & à l'affermiffement de tous les nnil-
clés du corps; fe perfuadant auffi que les fecouffes
réitérées que la poitrine & le ventre recevoient du
choc de cette balle, n'étoient pas inutiles pour main-
tenir la bonne conftitution des vifceres qui y font
renfermés. Arétée en confeilloitTufage aux lépreux;
mais on le défendoit à ceux qui avoient la poitrine dé*
licatc.
Après avoir parcouru les efpeces de fphérijllqucs
en ulàge chez les Grecs , examinons préfentement ce
que les Romains ont emprunté d'eux par rapport à
cet exercice, &c ce qu'ils y ont ajouté de nouveau.
On ne trouve dans l'antiquité romaine que quatre
fortes de Jphéripiques ii'zivo'ir le ballon, appelle yô//w;
la balle , lurnommée irigonalis ; la balle villageoife,
pila paqanica, &C Vharpajiu-n. Cœlius Aurélianus les
dâfigne toutes par l'expreffion générale de fphœra
ïtaiica , paume naiunne. Le poète Martial les a toutes
comprîtes dans ces vers.
Non pila , nonfoUls , non te paganîca thermis
Prceparat^ aut nudi jlipitis icius hcbes :
Vara nec injeclo ceromatc brachia tendis.
Non harpajla vagus pulverulenta rapis.
Le ballon étoit de deux efpeces , de la grande & de
la petite. On pouffoit les grands ballons avec le bras
garni comme nous l'avons dit en parlant de celui des
Grecs. La petite efpece qui étoit le plus en ufage , fe
pouffoit avec le poing , d'oii elle recevoit le nom de
foUis pugillaris ou pugilatorius. La légèreté de ce bal-
lon le mettoit le plus à la portée des perfonnes les
moins robuffes , tels que font les enfans , les vieillards
& les convalefcens.
La paume appellée trigonalis , fe jouoit avec une
petite balle nommée trigon , non pas de fa figure qui
étoit ronde & nullement triangulaire, mais du nom-
bre des joueurs qui étoient ordinairement trois dif-
pofés en triangle , & qui fe renvoyoient la balle ,
tantôt de la main droite , tantôt; de la gauche , &
celui qui manquoit à la recevoir, la laiffoit tomber,
perdoit la partie. Il y a trois expreffions latines qui
ont rapport à ce jeu , & qui méritent d'être remar-
quées. On appclloit rapiim ludcre , lorfque les jovteurs
failoient en Ibrte de prendre la balle au premier bond.
Datatim ludcre fe diloit d'un joueur qui envoyoit la
balle à un autre , & qui accompagnoit ce mouve-
ment de diverfes feintes pour tromper les joueurs.
Enfin , expuljum ludere s'appliquoit à l'adion des
joueurs qui le repouffoient les uns les autres pour at-
traper la balle , & la renvoyer.
La paume de village , &]^^t\\èQ pila paganîca. , n'é-
toit pas tellement abandonnée aux payfans , qu'elle
ne fiit auffi reçue dans les gymnafes & dans les ther-
mes , comme il eff facile de s'en convaincre par les
vers de Martial ci-deffus rapportés. Les balles qu'où «
employoit dans cette forte de paume étoient faites
d'une peau remplie de plume bien foulée & bien en-
taffée , ce qui donnoit une dureté confidérable à ces
balles. Elles furpaffoient en groffeur les balles trigo-
nes & les ballons romains. La dureté de ces balles
jointe à leur volume en rendoit le jeu plus difficile Si
plus fatiguant.
La dernière efpece defphcriflique en ufage chez les
Romains & nommée harpaftum , n'étoit en rien diffé-
rente de l'harpafton des Grecs , de qui les Romains
l'avoient empruntée ; ainfi , fans répeter ce qui a été
drt , on remarquera feulement que l'on s'excrçoit à
ce jeu fur un terrein fable , que la balle qui y fervoic
étoit de la petite cfpece , & que l'on y employoit
plutôt les mains que les pies , comme il paroît par
cette épigramme de Martial fur des harpafies :
Hœc rapît antxi vthx inpulyert Drauçus^
s P H
Grandla qui vano colla laborc factt,
Etpar ces vers du même poëte :
Sivt hjrpajla manu pnlverulcnta rapis
Non harpajîa vagus pulveruknta rapis.
L'antiquité grecque & romaine ne nous fournit
rien de plus touchant les différentes efpeces dejpké-
rifiiques ; mais on en découvre une tout-à-fait fingii-
liere qui eft le jeu de balles de verre dans une ancien-
ne infcription trouvée à Rome en i 59 1 , fous le pon-
tificat d'Innocent XI. & que l'on voit encore aujour-
d'hui attachée aux murs du Vatican : elle efl le feul
monument dont nous ayons connoifTance , qui faffe
mention du jeu de la balle de verre inconnu julqu'au
tems d'un Urfus Togatus mentionné dans l'infcrip-
tion , lequel s'en dit l'inventeur. Il efl difficile de de-
v'mQT précifément en quoi confilloit ce jeu, & il faut
néceflairement , au défaut d'autorités fur ce point ,
hafarder quelques conjectures. M. Burette , dans une
diiTertation fur {-â. fphcrifllquc des anciens , qu'il a mife
dans le recueil des mémoires de l'académie des Inf-
criptions , & dont nous avons tiré ctt. article , a de la
peine à fe perfuader que les balles de verre qu'on
employoit fuffent folides : car , dit-il , fi l'on veut
leur attribuer une groffeur proportionnée à celle de
nos balles ordinaires , elles euffent été d'une pefanteur
incommode &: dangereufe pour les joueurs; fi au con-
traire on les fuppole très-petites , elles euffent donné
trop peu de prife aux mams,&; euffent échappé aux
y^eux. Il y auroit donc lieu de croire que ces balles
étoient autant de petits ballons de verre que les
joueurs s'envoyoient les uns aux autres ; & l'adrefle
dans ce jeu confifloit fans doute à taire en forte que
ces ballons fufîent toujours foufenus en l'air par les
diverfes impulfions qu'ils rece voient des joueurs qui
les frappoient de la paume de la main , & à empê-
cher qu'ils ne heurtaffent contre les murs , ou qu'ils
ne tombaffent par terre , auquel cas ils ne manquoient
guère de fe brifer.Ce qui achevé de déterminer à cette
opinion efl un paffage de Pline le naturaiifle , qui em-
ploie l'exprefîion At pila vitrea dans une occafion où
ce ne peut être qu'une bovde de verre creufe : Cum ,
additâ <z^wa,vitrese pilae/ô/e adverfo^ in tantum excan-
dtfcant , ut vejies exurant. « Les boules di verre pleines
» d'eau , & expofées aux rayons du foleil , s'échauf-
>• fent jufqu'au point de brûler les habits ». Voilà du-
moins ce qu'on a penfé de plus vraiffemblable par
rapport à cette dernière efpece ùq Jpkénjiique , fi peu
connue d'ailleurs , & qui mériteroit certainement
d'être plus particulièrement éclaircie. ÇD.J,')
SPHÉROÏDE, f m. en Géométrie, eu le nom qu'Ar-
chimede a donné à un folide qui approche de la fi-
gure d'une fphere , quoi qu'il ne foit pas exaûement
rond , mais oblong , parce qu'il a un diamètre plus
grand tjue l'autre , & qu'il efl engendré par la ré-
volution d'une demi-ellipfe fur fon axe. Ce mot vient
de a^ctifo. f fphere , & ùS'oç , figure.
Quand il eft engendré par la révolution d'une demi-
ellipfe fur fon plus grand axe , on V^^T^tWefphéroïdi
oblong ou alongé ; 6c quand il efl engendré par la
révolution d'une ellipfe fur fon petit axe, on l'appelle
fphéroïde applati.
Pour ce qui regarde les dimenfions folides d'un
fphéroïde alongée , il efl les deux tiers de fon cylindre
circonfcrit.
XJnJpkéraide alongé efl à une fphere décrite fur fon
grand axe , comme le quarré du petit axe efl au
quarré du grand ; & un fphéroïde applati efl à une
fphere décrite fur le petit axe , comme le quarré du
grand axe efl au quarré du petit.
On appelle aujourd'hui affez généralement fphé-
roïde tout folide engendré par la révolution d'une
courbe ovale autour de fon axe, foit que cette courbe
ovale foit une ellipfe ou non. (. ^ )
Tome XF,
S p H
SPHÈROMACHlE,f f. {Antiq. greq.) ^.;p.^.;,;«,
efpece particulière de jeu de paume , dont les balles
étoient de plomb , & fé nommoient s-pcti-ci. Potter
Archœol. grœc. l. II. c. xicj. t. î.p. 4^8. Voye^ SPHÉ-
RISTIQUF. (D. J.)
SPHETTÙS, ( Géog. anc,^ municipe de la tribu
Acamantide , félon Etienne le géographe. Paufaniàs ,
/. //. c. XXX. en fait une bourgade de l'Attique ; ce
qui revient au même , & dit qu'elle fut fondée par
Sphettui , fils de Troezen. Phavorinus lit Sphittos
pour Sphettus. Il efl fouvent fait metitiôn de cette
bourgade dans les orateurs àc autres écrivains grecs.
Le vinaigre y étoit très-piquant , & les pc-rfonnes
fort fatyriques , comme nous l'apprennent Ariflô-
phane & Athénée. M. Spon , dans la lifle des bourgs
de l'Attique , rapporte une infcription qu'il avoit
vue à Conflantinople chez M. de Nointel , ambaffa-
deur , qui i'avoit apportée d'Athènes, On y lifoit ces
mots :
AHM HTI ÔS
AHMHTPIOY
2$HTTI0 2v
Dans une autre infcription qui fe voyoît fur îa
bafé d'une flatue à Eleufine, on lit aufTi le mot 2*HT-
Tioi vers la fin de finfcription. (Z). /. )
SPHINCTER , en Anatomie , efl un terme dont
on fe fert pour fignifier une efpece de mufcles circu-
laires , ou mufcles en forme d'anneaux , qui fervent
à former & rétrécir différens orifices du corps , & à
empêcher l'excrétion de ce qui y efl contenu. Voyî^
Muscle. -'.
Ce mot efl formé du grec tr^iyx^^ ? ftrlcior on con-
flrïcleur, quelque chofe qui bouche & tient une chofe
bien clofe ; ces mufcles ont un effet à-peu-près fem-,
blable à ceux des cordons d une bourfe.
Lq fpkin3er des lèvres , voye^ORBicuLAiRE.
hefphincler dli vagin efl un mufcle conflrifteuf- ^
qui fert à empêcher le reflux du fang du clilotis, &c.
pendant le coït, foj/e^ Vagin, Clitoris.
Sphincter de l'anus , {Anaiomie.) c'efl un muf-
cle large, épais , charnu, qui borde l'anus tout au-
tour : fa figure & la tiflure de fes fibres en-dehors
immédiatement fous la peau forme une efpece d'ô-
vale. Il tient par-devant à l'accélérateur de l'urine ,
& par derrière à l'os coccyx. A mefure qu'il avance
plus loin fur le corps de l'inteflin droit , fes fibres de-
viennent circulaires , & ont à-peu-près deux doigts
de large. Il efl beaucoup plus large dans les hommes
que dans les animaux ; & cela , parce que l'homme
ayant le corps dreffé perpendiculairement , il faut
beaucoup plus de force à ce mufcle pour retenir les
excrémens , fonâion pour laquelle il efl fait, ( D. /.)
Sphincter de la vessie , {Anatomie.) Fallopô
obferve que les Anatomilles de fon fiecle n'ont pas
bien décrit la fituation de ce mufcle , en le plaçant
au-deffous des proflates ; car fi cela étoit , dit- il , la
femence dans le coït ne pourrolt pas être éjaculée
fans urine ; oblérvation que les auteurs modernes
n'ont point faite , ou par inadvertance , Ou parce
qu'ils ont été trompés par une partie des levaiores
ûrti, qui refloient fur les proflates , & que Riolan ap-
pelle fphincler externus.
Le fphinciir de la vefjle çÇt fitué à la partie fupé-
rieurc du cou de la vefïie , immédiatement au-dclfus
des glandes proflates, où, dit Fallope , nous ne de-
vons pas nous attendre à trouver un mufcle entier ,
& une fubftance diflinde de celle du canal , fembla-
ble à celle de l'anus ; mais feulement la partie la plus
charnue du cou de la veiFie compolée de plufieurs
fibres tranf verfales , dont la contrailion empêche la
fortie involontaire de l'urine. Pour découvrir ces fî->
bres tranfverfales , l'auteur confeillc de ])longer lai
yefiie dans de l'eau bouillante , en commençant pa^
M m m ij
4(50
S P H
ôter les fibres droites qui l'ont en-dehors , au moyeu
de quoi les tranlVerfalcs paroîtront.
Les principales connexions de la vcfuc dans l'hom-
me l'ont avec l'inteilin rccium 6c les vclicules Icnii-
naircs , & dans hi femme avec le vagin , &c outre
cela dans l'un &: l'autre l'cxe avec les os pubis , non-
feulement par pluhcurs fibres ligamenteufes , mais
encore par quelques petits troufieaux de fibres char-
nues qui en viennent 6c qui fe portant obliquement
au cou de la veffie , l'embrafient par leur entrecroi-
fement en le confondant avec les fibres tranlverfes
de fa tunique charnue ; c'ell l'entrecroifement de ces
fibres charnues fur le cou de la velfie que M. Winf-
low foupçonne être l'on véritabIey/'/u'/;<^?tT, lequel fe
trouve fortifie par quelques fibres du fphinctcr de
l'anus.
L'urine qui ell déchargée dans la velTie n'en fort
que dans certains tems , à caule àwfphincicr qui em-
bralle fon côté , & qui , comme un refi'ort bandé ,
ferme l'ouverture qui y répond ; elle y féjourne juf-
qu'à ce que par les imprelhons vives qu'elle fait fur
les parois de la vefiie elle ait donné lieu à la contrac-
tion des fibres charnues de fon corps ; cette con-
tradion jointe à celle du diaphragme 6c des mufcles
de l'abdomen qui agilTent en même tems , le trouvant
pour-lors plus forte que celle du fphincler , l'oblige
à céder , &: donne à l'urine la liberté de s'échapper.
{D.J.)
SPHINX , f. m. & f. {Mytholog.) monflre fabuleux,
auquel les ar\ciens donnoient ordinairement un vifa-
gede femme, av'ec un corps de lion couché.
Lejphinx\ célèbre dans la fable, ell celui deThè-
bes qu'Héfiode fait naître d'Echidne & de Typhon.
Junon irritée contre les Thébains , envoya ce monf-
tre dans le territoire deThèbes pour le défoler.
On repréfente \q fphinx de Thèbes avec la tête &
le fein d'une jeune fille , les griffes d'un lion , le corps
d'un chien , la queue d'un dragon , & des aîles. Elle
exerçoit fes ravages fur le mont Phycce , d'où fe jet-
tant fin- les paffans , elle leur propofoit des énigmes
difliciles , ô<; mettoit en pièces ceux qui ne pouvqient
lés déchiffrer. (Edipequi flit affez heureux pouri ex-
pliquer l'énigme qu'elle lui propofa, a fait lui-même
fa peinture fuivante de cette cxvxqWq fphinx.
Ni parmi les rochers aux pies du Cythéron ,
Ce monflre à voix humaine , aigle , femme 6- lion y
De la nature entière exkrabk a^emblage ^
Vomif[oit contre nous C artifice & la rage.
Enfin catiQ fphinx barbare , outrée de dépit de fe
Voir devinée , le caffa la tête contre un rocher.
Il y en a , dit Paufanias , qui prétendent que la
Sphinx étoit une fille naturelle de Laïus , & que ,
comme fon père l'aimolt fort , il lui avoit donné con-
noiffance de l'oracle que Cadmus avoit apporté de
Delphes. Après la mort de Laïus , î^s enfans s'entre-
difputerent le royaume ; car outre fes fils légitimes,
il en avoit laifié plufieurs de diverfes concubines ;
mais le royaume , fuivant l'oracle de Delphes , ne
devoit appartenir qu'à un des enfans de Jocafte.
Tous s'en rapportèrent à Sphinx , qui , pour éprou-
ver celui de fes frères qui avoit le fecret de Laïus ,
leur faifoit à tous des queftions captieufes : & ceux
qui n'avoient point connoiffance de l'oracle , elle les
condamnoit à mort , comme n'étant pas habiles à
fuccéder. Œdipe inftrult de l'oracle par un fonge
s'étant préfenté à Sphi/ix , fut déclaré fuccelTeur de
Laïus,
D'autres ont dit que Sphinx , fille de Laïus , peu
contente de n'avoir aucune part au gouvernement ,
s'étoit mile à la tête d'un troupe de bandits, qui com-
mettoient mille dcfordres aux environs de Thèbes;
ce qui la fit regarder comme un monllre. On lui
^onnoit pour mère Ecliidne , pour perc Typhon ;
c'étoient toujours les pères & mères de ce qu'il y
avoit de plus monftrueux. Les griffes de lion mar-
quoient la cruauté ; fon corps de chien, les dcfordres
dont une fille de ce caradere ell capable ; fes aîies
défignoient Vagilité , avec laquelle elle fe tranfpor-
toit d'un lieu à un autre , pour éviter les pourùiites
des Thébains ; fes énigmes fignifioient les embûches
qu'elle drelloit aux palfans , les attirant dans les ro-
chers & dans les broffailles du mont Phycée où elle
habitoit , &C dont il leur étoit impolfible de fe déga-
ger , faute d'en favoir les iffues qu'elle connoiffoit
parfaitement. (Edipe la força dans fes retranche-
mens , & la fit mourir. Sphinx vient de <ripmtiv j e/re-
barraJJ'er.
Rien de plus commun que la figure àe fphinx avec
des aîles ou fans aîles , dans les monumens égyptiens.
Plutarque dit qu'on mettoit des fphinx dans leurs
temples , pour marquer que la religion égyptienne
étoit toute énigmatique. Les oracles que les Egyp-
tiens faifoient rendre à leur ccXthxp. fphinx ^ étoient
une fraudulcule invention de leurs prêtres, qui ayant
creulé fous terre im canal aboutiffant au ventre & à
la tête de cette prétendue divinité , entroient aifé-
ment dans fon corps, d'où ils faifoient entendre d'une
voix fépulcrale des paroles fuperltitieufes en réponfe
aux voyageurs qui venoient confulter l'oracle.
Pline dit que la tête an fphinx , dont nous parlons ,
avoit quarante-trois pies de longueur, douze de cir-
cuit , & qu'il en avoit cent foixante-douze du fom-
de la tête jufqu'au ventre. On lit dans les obferva-
tions curieufes ^ qu'à trois cens pas de la grande py-
ramide & prefque vis-à-vis du vieux Caire , proche
le rivage du Nil , on voit encore la tête de ce fameux
fphinx , & que le relie du corps ell enterré fous le
lable ; mais ce récit ell un nouveau conte à ajouter
aux autres. ( Z?. /. )
Sphinx , ( Sculpt. ) ouvrage de fculpture imitant
les fphinx de la fable ; on les repréfente d'ordinaire
avec la tête & le fein d'une fille , & le corps d'un
hon ; tel ell le fphinx de l'efcalier qui porte ce nom
à Fontainebleau ; tels font les à^nx fphinx de marbre
blanc, devant le parterre de la dauphine à Verfail-
les. On en voit plufieurs autres femblables qui or-
nent des rampes de terraffe dans les jardins ; mais il
n'y a point àz fphinx modernes , qui égalent les an-
ciens en goût & en travail exquis.
C'ell dommage que \e fphinx de bronze qui a été
déterré à Rome , fe foit trouvé dans un fi grand dé-
fordre , qu'on a eu beaucoup de peine à le rellaurer.
On ne peut nier qu'il n'ait été grec. L'affemblage des
morceaux met les connoilTeurs en état de juger com-
bien les Grecs avoient altéré la première forme de
. ces animaux. Il ell vrai qu'ils n'y attachoient pas les
mêmes idées , 6c qu'ils étoient éloignés de l'allégorie
des fignes céleftes, qui avoient donné naiffance à cet
objet fantallique. hç fphinx n'étoit en quelque façon
connu dans la Grèce que par l'hifloire d'CEdipe ; on
le voit même fur quelques pierres gravées , lorfqu'it
propole à ce prince une. énigme qui ne mérite guère
d'être fi célébrée. Le fphinx ell encore traité de la
même façon fur le revers des médailles des Antio-
chus , & fur un poids de plomb trouvé dans l'île de
Chlo. Ces différens emplois du même objet méritent
d'être préfentés ; ils font capables de piquer la curio-
fité , & font naître l'envie de chercher pourquoi les
Grecs ont adopté le fphinx ; pourquoi ils ne l'ont
point repréfente accroupi ; enfin , pourquoi ils lui
ont donné des aîles , de l'arrondifl'ement delquelles
il y a lieu d'être furpris ? Toutes ces réflexions font
de M. de Caylus. {D. /.)
SPHONDILIUM , f. m. ( Hifl. nat. Botan. ) genre
de plante que les Anglois nomment cowparjhcp , 6c
les François berce , mot fous lequel vous eji trouve-
rez les carafteres^
s P ï
s P I
461
Tournefort dlflingue huit efpeces de ce genre de
lante , dont il nous hiffira de décrire la plus com-
ume- Sphondilhim vulgare hirjutuvi ^I.R.H.^yio.
Sa tiges'élevc à la hauteur d'une coudée & phis,
ouée , velue , cannelée & creule en-dedans. Ses
milles l'ont larges, laciniées , couvertes deffus & def-
3US d'un duvet affez doux , & d'un goût douçâtre.
es fleurs naiflent fur des ombelles , compofées cha-
une de cinq pétales difpolees en fleurs de lis , de
ouleur ordinairement blanche , & quelquefois pur-
urine. Quand cette fleur eft tombée , le calice qui
i foutenoit devient un fruit , compofé de deux gran-
es graines ovales , applaties , d'une odeur dcfagréa-
le , & d'une faveur un peu acre ; fa racine eft em-
reinte d'un fuc jaunâtre, accompagné d'âcreté. Cet-
z plante croît dans les champs , & fleurit au mois de
4ai ou de Juin. Ses feuilles paffent pour émoUientes,
C fa graine eft recommandée comme antihyftérique,
ar le d. WiUis.
Il ne paroît pas que le fphondil'ium des modernes ,
:)it celui de Diofcoride , ni de Pline ; car les vertus
u'ils lui attribuent paroiflent entièrement étrange-
es à notre plante. (Z). /.)
SPHRAGIDIUM , ( Géo^. anc) Paufanias , /zV.
X. ch. iij. donne ce nom à un antre de la Béotie ,
ans le mont Cithéron ; c'étoit l'antre des nymphes
^ithéronides , qui a ce qu'on difoit avoient eu le
ion de prophétie. Du nom de ce lieu , ces nymphes
toient auffi appellées Sphragindes , comme dit Plu-
arque dans la vie d'Ariilide. (Z?. /.)
SPHRAGITIDES, nymphes^ {Littérat.') nymphes
lu mont Cithéron qui avoient eu le nom defphragi-
'des , de l'antre appelle fphragidion. Peut - être que
e nom venoit du refpeft & du filence que l'on gar-
ioit fur ce qui fe paffoit dans cet antre , de peur de
(l.'ffer ces nymphes & d'encourir leur indignation ;
ar <T^f<tyio , fîgnifîe iln cachet , d'où vient le prover-
)e mf.et.y'iS'a. y^tùcs-» iKtBiariâa.i ^Jignatum habere ^ avoir
m cachet fur la bouche , pour dire ne point parler ^
)u garder un profond filence. {D. /.)
SPIAUTER, {Hift.nat.Minérabg.) nom dohné
jar quelques auteurs au zinc, Voye^ rartick Zinc.
SPIAGGIA ROMANA , la , ( Géog. mod. ) c'eft-
i dire la plage romaine. Les Italiens appellent de ce
tom une partie de la Méditerranée , le long de la
:ôte de l'EgUfe. (Z). /.)
S P I C A , terme de Chirurgie , nom qu'on donna à
.me efpece de bandage , parce qu'il repréfente par
fes tours de bande en doloires , les rangs d'un épi
de blé.
hefpica eft différent , fuivant les parties auxquel-
les on l'applique. On en fait un pour la luxation de
l'humérus & pour la fraôure de l'acromion & celle
du bout externe de la clavicule , voyei Humérus ,
AcROMioN, Clavicule ; onfaitauftl uny/^iivz pour
ïe bubonocele & pour la luxation de l'os de la cuifTe.
Pour faire le Jpica qui convient à la luxation de
l'humérus , on prend une bande de trois doigts de
largeur , fur fix aunes de longueur , & roulée à un
chef. On pofe l'exîrémitc de la bande fous l'aiftelle
oppofée ; on tire un jet de bande de derrière en de-
vant , en croiiant obliquement les deux épaules ; on
pafle fur la tête de l'os luxé , fous l'aiftelle , & on
vient eroifér fur le deltoïde : on defcend fur la par-
tie antérieure de la poitrine obliquement ; on con-
duit là bande fous 'l'aiftelle oppofée , oii l'on affujct-
tit l'extrémité de la bande. On revient par derrière
le dos fur le premier jet de bande , pour pafter au-
tour de la tête de l'humeruS , en formant un doloire
avec la première circonvolution de la bande : on fait
trois ou quatre doloires , & enfuite un circulaire au-
tour de la partie fupérieure moyenne du bras. Ce
circulaire laiffe une efpace en à ou triangle équila-
t«ral avec le premier croifi de la bande , ce que les
auteurs appellent gerani. On remonte enfuite par liri
rampant , & on conduit le globe de la bande fous
l'aiftelle oppofée pour terminer par des circulaires
autour du corps ; on arrête la bande avec des épin-
gles à l'endroit où elle finit.
Avant l'application de ce bandage , on a foin de
garnir le lieu malade & le deffous de l'aiftelle avec
des compreffes.
Le fpica pour la clavicule fe fait de même , à l'ex-
ception que les croifés de la bande fe font fur la cla-
vicule.
Pour faire le fpica de Taine , on pofe le bout de la
bande fur l'épine de l'os ilion du côté de la maladie ;
on defcend obliquement fur l'aîne entre les parties
naturelles ; on entoure la cuiffe poftérieurement ; on
revient croifer antérieurement fur l'aine , on con-
duit la bande fur i'os-pubis , au-deffus de l'os des iles
du côté oppofé ; on entoure le corps au-defllis des
feft'es , & on revient fur le bout de la bande pour con-
tinuer en faifant des doloires , quatre ou cinq circon-
volutions comme la précédente : on finit par des cir-
culaires autour du corps.
Lq fpica de la cuifte fe fait de même , à l'exception
que les croifés qui forment les épis fe font fur la par-
tie extérieure & fupérieure de la cuiffe. Foye^ Band£
'& Bandage. (F)
SPICNARD, {Beean.) Voyei Nard. (Z?. 7.)
SPICCATO , STACCATO , ad. mots itaUens
confacrés à la mufique , & qui indiquent des fons
fecs , piqués , & bien détachés. Voyei Piqué , DÉ=
TACHE. (5")
SPIEGELBERG, ( Géog. mod.) petit pays d'Alle-
magne, dans le cercle de \yeftphalie , entre le comté
de Shaumbourg & la BafTe-Saxe. Il appartient au
Prince de Naffau-Dietz. Il n'a que fix lieues de lon-
gueur, quatre de largeur, & un bourg qui prend fon
nom. ( i?. /. )
SBIETZ , ( Géogr. mod. ) petite ville de Suifte y
dans le cantbn de Berne , fur lé bord du lac deThoun.
{D.J.)
SPIGA , ( Géogr. mod. ) ou Ckiiico , petite ville de
la Turquie afiatiqiie, dans l'Anatolie, lur la côte de
lamerde^Harmora^àhuit milles de l'île de ce nom au
midi. Elle a un port près du cap de Spigola. Il eft fort
douteux que Ce foit la célèbre Cyfique des anciens.
(^••^•)
Spiga la, {Géogr. mod, ) petite rivière de la
Turquie afiatique , en Anatolie. Elle a fa fource au
mont Ida , & fe décharge dans la mer de Marmora ,
à onze lieues de Spiga , vers le couchant. On ne
doute pas que ce ne foit l'yEfapus de Strahon, ou
l'^fepus de Pline & de Ptolomée. ( 2?. /. )
SPIGELIUS LOBE DE, Spigelius de Bruxelles,
dlfciple de Cafferius & d'Aquapendente , profeffa l'a-
natomie & la chirurgie dans l'uni verfité de Padoue ;
il nous a laifféun corps d'anatomie. Le petit lobe du
Foie porte fon nom. Nous avons de lui un livre inti-
tulé i'/'/g^ci'zï opéra omnia. Veriet. iGo.y. fol. Amflclœd'o
I S 4 4-. fol.
SPIGURNEL, f. m. ( Hijî. mod. ) étoit ancienne-
ment celui qui avoit la charge des efpigurnantia , ou
de fceller les aftcs du roi. Spelman & du Frefne rap-
portent ce mot fans y ajouter aucune interprétation.
Mais il fcmble qu'il eft pris du faxon fparrau , qui fi-
gnifie ferrer , fceller ou affurer. Voyez Ken/içt^s glof,
in paroch. antiquit. • ^ - •-
SPILEMBERGO, (Géog. mod.) & SPILEMBERG
par les Allcmans ; ville de l'état de Vcnife dans le
Frioul, furleTajamcntOjà 10 milles d'Udinc, vers
les frontières du Boulonnois. Lazius croit que c'eftla
Bihiinn d'Antonin, mais Smiler prétend que Bibitwi
eft Billigrati. Long. ^o. 46". lat. 46". 11. (Z?. /.)
SPINA , (Géog. anc.) ville d'Italie au voifinagcdc
Ravenne , près de l'embouchure la plus mcridionalç
/l62 s P I
clu Vo. C'ctolt une colonie greque & qui ayoit été
ilorillante , mais qui du tems de Strabon , liv. V. fe
trouvoit réduite à un iimple village. Cet ancien géo-
î^raphc ajoute, qu'on montroit à Delphes le trélbr
des Spuiites. Cette circonrtance ell confirmée par
-Pline , lïv. III. ch. xvj. qui marque en même tems la
fituation de cette ville , en diiant que l'embouchure
du Pu , nommée Erldanum ojlium , etoit appcUée par
quelques-uns Spïncùcum Gpum, de la ville de Spina,
qui avoit été bâtie auprès & apparemment à la gau-
che ; car Butrium le trouvoit à la droite, entre cette
embouchure 6>: Ravenne. (/>. /.)
SPINuE, (dog. anc.) ville de la Grande-Breta-
one. L'itinéraire d'Antonin la marque fur la route
à'IJldh Cul/cva, entre DuracorrioviumSc Callava^ à i 5
milles de chacune de ces places. On croit que le bourg
de Newlxiry s'eft élevé des mines de cette ville , qui
n'elt plus aujourd'hui qu'un petit village appelle .S>«;-
ne , à un mille de Newbury. {D. J.)
SPINA-LONGA , {Geog. mo^.) tbrterefTe de l'île
de Candie, fur un rocher efcarpé, près de la côte
iéptentrionale de l'île & du golfe auquel elle donne
fon nom. Cette fortercflé fituée à 55 milles de Can-
die , au levant en tirant vers Sétia , étoit autrefois
une ville épifcopale , & elle a un port. {D.J.)
SPINARZA , {Géog. mod^ petite ville de la Tur-
quie européenne dans l'Albanie, fur la rivière de mê-
jnc nom, près de fon emboucliure.Z,o/2g'.37. /o. lat:^i.
SPINA VENTOSA, f. m. maladie de Chirurgie^
qui conflue dans une carie interne des os, principa-
lement vers les jointures où elle a coutume de com-
mencer fans douleur ; enfuite la face interne du corps
de Tos & la moelle même fe corrompent. La carie
pénètre peu-à-peu jufqu'à la furface externe; les os
deviennent mous ou vermoulus , & fe caffent quel-
quefois , ne pouvant réfifter à l'effort des mufcles dans
les mouvemens violens & fubits auxquels ils font ex-
pofés ; ou bien ils fe gonflent , & il y furvient une
exofîofe. Quand l'os eft carié, le périofle fe détache
& (q corrompt aulTi fans qu'il paroifTe aucune tumeur
au-dehors. Pendant que l'humeur qui caufe cette ma-
ladie , ronge le périofle , il s'y excite à caufe de fa
fenfibilité, une douleur vive & piquante, comme fi
l'on étoit percé par une épine , d'où vient le nom de
ce cruel mal, c'eft-à-dire du mot \dX\n fpina^ épine,
Lorfque le périofle eft confumé, la douleur cefTe,
l'humeur s'épanche dans les chairs & forme une tu-
meur lâche, molle, indolente, fans changement de
couleur à la peau ; & parce que cette tumeur fem-
ble remplie d'une humeur venteufe ou flatueufe ,
qu'elle imite l'édème , & que ventofitè chez les Ara-
bes fignifie tumeur èdîmatiuj'e , on a ajouté au mot de
fpina^ celui de ventofa ou vmtofnas fpinœ. Cette ejTpece
d'abfcès étant ouvert par lui-même ou par l'opéra-
tion , il en fort un pus Icreux , & il en réfulte un ul-
cère finueux ou fifîuleux , qui ne fe peut guérir que
la carie ne foit enlevée par le fer ou parle feu. Il s'y
joint ordinairement une fièvre lente, & le malade
meurt fouvent en confomption.
La caufe de cette maladie eftfouvent un virus véné-
TÎen dégénéré ^ ou im virus fcorbutique ou écrouel-
leux.
Avicenne a parlé àufpina ventofa , lib. IV.fenit. 4.
tract. 4. c. ix. Pandolfin en a fait un traité entier, au-
quel Merck lin a ajouté des notes. M. A.Sévérins
en a écrit auffi un traité , fous le nom de pœdar-
xhrocace , terme compofé de trois mots grecs,
'Tfctli^ -rrauSoçy puer ., enfant, jeune pcrfonne, apôpovy
articulus, articulation , &C x«X« 5 ^nalum , mal , à caufe
que ce mal attaque principalement les enfans & les
jeunes gens, & rarement ceux de 25 ou 30 ans, à
moins qu'ils n'en aient été incommodés auparavant
fans être guéris, & parce qu'il commence prefque
jO'jjours par les jointures.
S P I
Le propnoftlc eft fort douteux , on a fouvent vu
cette maladie fe reproduire ailleurs , après l'avoir dé'
truite dans une partie.
Dans le commencement , lorfqu'il n'y a point en-
core ulcération à l'os , on peut tâcher de guérir cette
maladie après les remèdes généraux, par un régime
convenable. L'ufiige de la dcco6lion des bois fudori-
fiques , l'application extérieure des cataplames rcfo-
lutifs & aromatiques , les onOions mercurielles , Se
autres remèdes lùivant la fagaclté du guériffeur. Si
ces fecours loin de diminuer les accidens femblent
augmenter les douleurs, c'eft \\n figne qu'il fe fait
ablcès dans l'os ; on ne peut l'ouvrir trop prompte-
ment , pour éviter les progrès de la carie que le pus
occafionne dans l'intérieur. M. Petit rapporte dans
fon Traité des maladies des os , à V article de la carie ^
avoir donné iffue par l'opération du trépan , à un abf-
cès dans la cavité du tibia. Un homme avoit été trai-
té méthodiquement de la vérole , traitement qui fit
dlfparoître une tumeur à la partie moyenne du tibia.
Les douleurs ne ceflerent pas entièrement ; elles aug-
mentèrent quinze jours après être forti de chez M.
Petit. Le malade avoit de la fièvre ; fa jambe étoit de-
venue rouge, & même douloureufe à l'extérieur. On
délibéra dans une confultation qu'il falloit ouvrir
l'endroit où il y avoit eu tumeur, pour donner ifTue
à quelque matière qu'on foupçonnoit être infiltrée
dans le périofte, & caufer ces accidens. L'incifion ne
procura aucun foulagement ; on fe détermina deux
jours après à l'application du trépan qui procura une
évacuation confidérable d'un pus très-fétide. La
moelle étoit toute fondue , & le canal paroiflant
prefque vuide. M. Petit appliqua trois autres cou-
ronnes de trépan, & coupa les ponts qui reftoient
des uns aux autres. Le cautère aduel fut appliqué
plufieurs fois pour détruire la carie , & le malade
guérit. Il y a plufieurs obfervations de cette nature,
6c on réufîit prefque toujours lorfque l'opération n'a
pas été trop différée. Cefpina ventofa eft une exofto-
îé fuppurée. Foye:^ ExosTOSE.
Il n'eft pas toujours pofTible de détruire ces exo-
ftofes & ces caries. Lorfque par leur fituation elles
ne font pas accefîibles, il faut en venir au remède
extérieur, qui eft l'amputation du membre. J'ai eu
occaGon d'ouvrir ime tumeur qui fembloit aquofla-
tueufe , à la partie interne & inférieure de la cuiffe
d'un jeune homme de 20 ans. Cette tumeur qui étoit
fans changement de couleur à la peau , avoit été pré-
cédée par des douleurs afléz vives dans l'os du fémur,
ce qui caraftérifoit un fpinofa ventofa. Après avoir
donné iiTue par une incifion , à une grande quantité
de matière affez fétide, je portai mon doigt dans le
foyer de cet abféès, il paffa par-deffus le mufcle va-
fte interne, à la partie poftérieure du fémur, où je
fentis un trou à l'os qui pénétroit dans la cavité. Il
fallut néceffairement faire l'amputation de la cuiffe,
n'étant pas poffible de travailler à la deftrudion de
la carie dans un lieu où l'os eft recouvert d'une aufS
grande quantité de mufcles & de vaiffeaux confidé-
rables. ( Y)
SPINAL , LE , adj. «« Anatomle , fe dit des parties
qui ont quelque relation avec l'épine, ^oje^ Épine.
Les artères fpinales font principalement les deux
produites par l'artère vertébrale. Fojei Verté-
brale.
L'artère fpinale antérieure eft produite par la
réunion des deux rameaux des artères vertébrales
fur l'apophyfe bafilaire de l'os occipital. Foye^ Os
OCCIPITAL.
L'artère fpinale poftérieure eft produite parla réu-
nion de deux rameaux produits parles artères verté-
brales à leur entrée dans le crâne. Foye^ Crane.
Ces deux artères dcfccndent le long de la par-
tie antérieure & de la partie poftérieure de la
s P I
moelle alongée , & communique avec des rameaux
des intercottales & des lombaires, royc^ Intercos-
tal, Lombaire, 6-^.
SPINELLE, adj. (^Gram. JoaUleric.) on dit rubis
Cfinelle (Voyez l'article RuBis), lorfqu'il eft de cou-
.eur de vinaigre ou de pelure d'oignon. Quoiqu'il
lit la dureté du rubis balai , il n'en a pas le prix.
SPINEUSES , f. m. {Mythol. ) dieu qui préildoit
m défrichement des ronces & des épines.
SPINHUYS , f. m. {Hiji. mod. Econom.polinqiu)
:e mot efl hoUandois , 6c fignifie maifon où Con file;
•>n donne ce nom en Hollande à des maifons de force
établies dans prefque toutes les villes, dans lefquelles
jn renferme les femmes de mauvaife vie , qui ont at-
iré l'attention de la police ; on les y occupe à filer
k à différens autres travaux convenables à leur fexe;
)n ne leur épargne point les correftions, lorfqu'el-
cs manquent à remplir la tâche qui leur efl: impofée.
2es fortes de maifons font ordinairement fous la di-
■e£lion de deux échevins , qui nomment un infpec-
eur & une infpeftrice , qui leur rendent compte.
SPINOSA, PHILOSOPHIE DE , (^Hifî. delà philo f^
Benoît Spinofa , juif de naiffance , & puis déferteur
lu judaifme, & enfin athée, étoit d'Amflerdam. lia
Ité un athée de fyflème,& d'une méthode toute nou-
reWe, quoique le fond de fa doftrine lui fût commun
ivec plufieurs autres philofophes anciens & moder-
les , européens & orientaux. Il efl le premier qui
lit réduit en fyftème l'athéïfme , & qui en ait fait un
:orps de dodrine lié & tiffu , félon la méthode des
;éométres ; mais d'ailleurs fon fentiment n'eft pas
louveau. Il y a long-tems que l'on a cru que tout
'univers n'eft qu'une fubrtance , & que Dieu & le
nonde ne font qu'un feul être. Il n'eil pas fur que
Itraton , philofophe péripatéticien , ait eu la même
jpinion , parce qu'on ne fait pas s'il enfeignoit que
'univers ou la nature fût un être fimple & une fubf-
ance unique. Ce qu'il y a de certain , c'eft qu'il ne
econnoiflbit d'autre dieu que la nature. Comme il
e moquoit des atomes & du vuide d'Epicure , on
jourroit s'imaginer qu'il n'admettoit point de diflin-
^ion entre les parties de l'univers ; mais cette con-
séquence n'efl point néceffaire. On peut feulement
:onclure que fon opinion s'approche infiniment plus
îu fpinofifme que le fyftème des atomes. On a même
ieu de croire qu'il n'enfeignoit pas, comme faifoient
.esatomi{tes,que le monde fut un ouvrage nouveau,
k produit par le hazard ; mais qu'il enfeignoit, com-
nc font les fpinofifles, que la nature l'a produit nc-
;eflairement & de toute éternité.
Le dogme de l'ame du monde , qui a été fi com-
mun parmi les anciens , & qui faifoit la partie prin-
:ipale du fyftème des ftoiciens , eft , dans le fond ,
:elui de Spinofa ; cela paroîtroit plus clairement , li
des auteurs géomètres l'avoient expUqué. Mais com-
me les écrits où il en eft fait mention , tiennent plus
de la méthode des rhétoriciens , que de la méthode
dogmatique ; & qu'au contraire Spinofa s'ell attaché
à la précifion , fans fe fervir du langage figuré , qui
nous dérobe fi fouvent les idées juftes d'un corps de
doârine : de-là vient que nous trouvons plufieurs
différences capitales entre fon fyftème & celui de
l'ame du monde. Ceux qui voudroient foutenir que
le fpinofilrne efl mieux lié , devroient auffi foutenir
qu'il ne contient pas tant d'orthodoxie ; car les floi-
ciens n'ôtoient pas à Dieu la providence : ils rcunif-
foient en lui la connolfTance de toutes chofes ;
au lieu que Spinofa ne lui attribue que des con-
noiflànces iéparées Si très-bornées. Lifez ces paro-
les de Seneque : « Eundcm queni nos , jovem intelli-
» gunt , cujlodem , reclorenique univerfi , animttm ac
» fpiritum , mundani hujus operis dominiirn (jr ariifi-
» cem , cui nomem omne convenit. Vis illum fitum vo-
» cart t^Non errabis : hic eji ex quofitfpcnfi funt om-
S p I
4^3
» 7ua , caiifa cau/arum. Vis illum provldentlam dicere /*
» Recle dicis. Efl enim cujus confdio huic mundo pro-
» videtur. Vis illum naluram vocare ? Non peccabis. Efl
>} enim ex quo nata junt omnia , cujus fpiritu vivimus^
» Vis illum vocare mundum ? Nonfalleris. Ipfe eftenim.
» totum quod vides , totus fuis partibus inditur 6" ft
» fujlinens vifuâ. Qjiafl. naiur. lib. XI. cap. xlv. Et
ailleurs il parle ainfi: « Q^uid efl autem , cur non exif-
» times in eo divini aliquid exiflere , qui Dei par e(l .-*
» Totum hoc quo continemur , & unum efl & Deus , &
» focil eJTisfumus & membra. Epifl. c)x. Lifez ainfi le
difcours de Caton, dans le IV. Uv. de la Pharfale, ôc
fur-tout confidérez-y ces trois vers.
Efl- ne Deifedes nifi terra & pontus & aer .
Et cœlum & virtus? Superos quid qaœrimus ultra >
Jupiter ef quodcumque vides .^ quocumque' moveris.
Pour revenir à Spinofa , tout le monde convient
qu'il avoit des mœurs , fobre , modéré , pacifique ,
défintéreffé , même généreux ; fon cœur n'étoit taché
d'aucun de ces vices qui déshonorent. Cela efl étran-
ge ; mais au fond il ne faut pas plus s'en étonner >
que de voir des gens qui vivent très-mal , quoiqu'ils
aient une pleine perliiafion de l'Evangile ; ce que
l'attrait du plaifir ne fit point dans Spinofa; la bon-
té & l'équité naturelles le firent. De fon obfcure
retraite fortit d'abord l'ouvrage qu'il intitula , traité,
théologicorpolitique , parce qu'il y envifage la reli-
gion en elle-même , & par rapport à fon exercice,
eu égard au gouvernement civil. Comme la certitude
de la révélation efl le fondement de la foi ; les pre-
miers eflbrts de Spinofa font contre les prophètes. Il
tente tout pour affoibhr l'idée que nous avons d'eux,
& que nous puifons dans leurs prophéties. Il borne
à la fcience des mœurs tout le mérite des prophètes.
Il ne veut pas qu'ils aient bien connu la nature &
les perfections de l'Etre fouverain. Si nous l'en
croyons , ils n'en favoient pas plus , & peut-être
qu'ils n'en favoient pas tant que nous.
Moïfe , par exemple , imaginoit un Dieu jaloux ,
complaifant & vindicatif, ce qui s'accorde mal avec
l'idée que nous devons avoir de la divinité. A regard
des miracles , dont le récit efl fi fréquent dans les
Ecritures , il a trouvé qu'ils n'étoient pas véritables.
Les prodiges , félon lui , font impofublcs ; ils déran-
geroient l'ordre de la nature , & ce déranaement efl
contradidloire. Enfin pour nous afFranchir'tout-d'un-
coup & pour nous mettre à l'aife , il détruit par un
chapitre feul toute l'autorité des anciennes Ecritures.
Elles ne font pas des auteurs dont elles portent les
noms , ainfi le pcntateuque ne fera phis de Moïfe ,
mais une compilation de vieux mémoires mal dirio^és
par Efdras. Les autres livres facrés n'auront pas une
origine plus refpeûable.
Spinofa avoit étonné & fcandalifé l'Europe par
une théologie qui n'avoit de fondement que l'auto-
rité de fa parole. Il ne s'égara pas à demi. Son pre-
mier ouvrage n'ctoit que l'efTai de fcs forces. Il alla
bien plus loin dans un fécond. Cet autre écrit efl fa
morale , où donnant carrière à fes méditations phi-
lofophiques , il plongea fon lefteur dans le fein de
l'athéifme. C'efl principalement à ce monftre de har-
dieffe, qu'il doit le grand nom qu'il s'efl fait parmi les
incrédules de nos jours. Il n'efl pas vrai que fes fec-
taleurs foient en grand nombre. Très -peu de per-
fonnes font foupçonnécs d'adhérer à fa dodrine , 6c
parmi ceux que l'on en foupçonne , il y en a peu qui
l'aient étudié , & entre ceux-ci il y en a peu qui
l'aient comprife, &: qui foient capables d'en tracer le
vrai plan , tk de développer le fil de fcs principes.
Les plus finceres avouent que Spinofa efl incompré-
henfible , que fa phflofophie liir-tout ell pour eux une
énigme perpétuelle , Ôc qu'enfin s'ils fe rangent de
fon parti , c'efl qu'il nie avec intrépidité ce qu'eux-
mêmes avoicnt un penchant fecret ù ne pas croire.
i|C^.
p ï
s
p î'
Pour peu qu'on enfonce dans ces noires ténèbres
-où il s'eft enveloppé , on y découvre une iulte d'a-
iyines où ce téméraire railbnncur s'eft précipité pref-
que dès le premier pas , des propolitions évidemment
fàuliés , 6c les autres contellahles , des principes ar-
bitraires fubftitués aux principes naturels & aux vé-
rités fenfibles, un abus des termes la plvpart pris h
contre-lens , un amas d'équivoques trojnpeufcs , une
nuée de contradlftions palpables.
De tous ceux qui ont réfuté le fprnofifme , il n'y
a perfonne qui l'ait dévelopé aufTi nettement, ni com-
battu avec autant davantage que l'a fait M. Bayle.
C'eft pourquoi je me fais un devoir de tranfcrirc ici
iMi précis des raifonnemenspar lefquels il a ruiné de
fjnd-en-comble ce fyllème monflrueux. Mais avant
d'en faire fentir le ridicule , il eft bon de l'expofer.
Spinofd Ibutient i". qu'une fubllance ne peut produire
une autre liibftance ; 2°. que rien ne peut être créé
de rien , parce que ce feroit une contradiftion ina-
nifelte que Dieu travaillât fur le néant , qu'il tirât
l'être du non-ctre , la lumière des ténèbres , la vie de
Ja mort ; 3 '^. qu'il n'y a qu'une ferile fubftance , parce
qu'on ne peut appeller y/^/yZ^z/zce que ce qui eft éter-
nel , indépendant de toute caufe fupérieure , que ce
qui exifte par foi-même &: nécelîairement. Or tou-
tes ces qualités ne conviennent qu'à Dieu , donc il
n'y a d'autre fubftance dans l'univers que Dieu
feul.
Splnofa ajoute que cette fubftance unique , qui
n'eft ni divifée , ni divifible , eft douée d'une infinité
d'attributs,&: entr'autres de l'étendue & de la penfée.
Tous les corps qui fe trouvent dans l'i^nivers font
des modifications de cette fubftance en tant qu'éten-
due , & que les âmes des hommes font des modifi-
cations de cette fubftance en tant que penfée. Le
tout cependant refte immobile , & ne perd rien de
fon eflénce pour quelques changemens légers , rapi-
des , momentanés. C'eft ainfi qu'un homme ne ceffe
point d'être ce qu'il eft en effet, foit qu'il veille , foit
qu'il dorme, foit qu'il fe repofe nonchalamment, foit
qu'il agifle avec vigueur. Ecoutons ce que Bayle op-
pofe à cette doftrine.
I °. Il eft impoftible que l'univers foit une fubftan-
ce unique ; car tout ce qui eft étendu a néceflaire-
ïtient des parties , & tout ce qui a des parties eft
compofé : & comm.e les parties de l'étendue ne fub-
fiftent point l'une dans l'autre , il faut néceftairement
ou que l'étendue en général ne foit pas une fubftan-
ce , ou que chaque partie de l'étendue foit une fubf-
tance particulière & diftlnfte de toutes les autres. Or
félon Spinofa , l'étendue en général eft l'attribut d'u-
ne fubftance : d'un autre côté , il avoue avec les au-
tres philofophes , que l'attribut d'une fubftance ne
diifere peint réellement de cette fubftance ; d'oii il
faut conclure que chaque partie de l'étendue eft une
fubftance particulière : ce qui ruine les fondemens de
tout le fyftème de cet auteur. Pour excufer cette ab-
furdité , Spïnofa ne fauroit dire que l'étendue en gé-
néral eft diftin£fe de la fubftance de Dieu , car s'il le
dilbit , il enfeigneroit que cette fubftance eft en elle-
même non-étendue ; elle n'eût donc jamais pCi ac-
quérir les trois dimenfions , qu'en les créant , puif-
qu'il eft vifible que l'étendue ne peut fortir ou éma-
ner d'un fu jet non étendu , que par voie de création :
or Splnofa ne croyoit point que de rien on pût faire
rien. Il eft -^ncore vifible qu'une fubftance non éten-
due de fa nature, ne peut jamais devenir le fujetdes
trois dimenfions : car comment feroit-il poflible de
Jts placer fur ce point mathématique } elles fubfifte-
i-oient donc fans v.ïï fujet , elles feroient donc une
fubftance ; de forte que fi cet airteur admcttoit une
diftinction réelle entre la fubftance de Dieu , & l'é-
tendue en général , il léroit obligé de dire que Dieu
ieroit compofé de deux fubftances diftinite's l'une de
r.iutre , favolr de fon être non-étendu , & deréten-;
due : le voilà donc obbgé à reconnoîtrc que l'étçn-
due & Dieu ne font que la même cliofe ; ëc comme
d'ailleurs, dans lés principes , il n'y a qu'une fubf-
tance dans l'univers , il faut qu'il enfeigne que l'é-
tendue eft un être fimple , <6l auiîi exempt de compc-
fuion que les points mathématiques ; mais n'eft-ce
pas fe moqïier du monde que de Ibutenir cela ? eft-il
plus évident que le nombre millénaire eft compofé de,
nulle unités , qu'il eft évident qu'un corps de cent
pouces ell compolé de cent parties réellement diftinc-
tes l'une de l'autre , qui ont chacune l'étendue d'un
pouce }
Pour fe débarraflTcr d'une difticulré fi prefl'ante-,;
Spinofd répond que l'étendue n'eft pas conipoiéede
parties, mais de modifications. Maisa-t-il bien pu
le promettre quelqu'avantage de ce changement de
mot ? qu'il évite tant qu'il voudra le nom de partie.,
qu'il fubftitue tant qu'il voudra celui . de modalité, ou
modification , que tait cela à l'affaire ? les idées que
l'on attache au mot partie , s'effaceront-elles ? ne les
appliquera-t-on pas au mot modification } les figncs
tk. les caraderes de différence font-ils moins réels ,
ou moins évldens , quand on divife la matière en mo-
difications, que quandonla divile enpartîes? vifions
que tout cela : l'idée de la matière demeure toujours
celle d'un être compofé, celle d'un amas de plulieurs
fubftances. Voici de quoi bien prouver cela.
Les modahtés font des êtres qui ne peuvent exif-!
ter fans la fubftance qu'elles modifient , il faut donc
que la ftibftance fe trouve par-tout où il y a des mo*
dalités, il faut même qu'elle fe multiplie à propor-;
tion que les modifications incompatibles entre elles
fe multiplient. Il eft évident, nul fpinofifte ne le peut
nier , que la figure quarrée , & la figure circulaire j
font incompatibles dans le même morceau de cire ;
il faut donc néceffairement que la fubftance modifiée
par la figure quarrée ne foit pas la même fubftance
que celle qui eft modifiée par la figure ronde : au-
trement la figure quarrée &, la figure ronde fe trou-i
veroient en même tems dans un feul & même fujet î
or cela eft impoftible.
a**. S'il eft abfurde de faire Dieu étendu, parce'
que c'eft lui ôter fa fimpllcité , & le compofer d'un
nombre infini de parties , que dirons-nous , quand
nous fongerons que c'eft le réduire à la condition de
la nature la plus vile, en le faifant matériel , lama-*
tiere étant le théâtre de toutes les corruptions & de
tous les changemens ? Les fpinofiftes foutiennent
pourtant qu'elle ne fouffre nulle divifion , mais ils
foutiennent cela par la plus frivole , & par la plus
froide chicanerie qui puiffe fe voir. Afin que la ma-
tière fut divifée , difent-ils , il faudroit que l'une de
fes portions fut féparée des autres par des efpaces
vuides : ce qui n'arrive jamais ; mais c'eft très-mal
définir la divifion. Nous fommes aufii réellement lé-
parés de nos amis , lorfque l'intervalle qui nous fé*
pare eft occupé par d'autres hom.mes rangés de file ,
que s'il étoit plein de terre. On rcnverfe donc & les
idées & le langage , quand on nous foutient que la
matière réduite en cendres & en fumée , ne fouffre
point de féparation ?
3°. Nous allons voir des abfurdités encore plus
monftrueufes , en confidérant le dieu de Spinofa j
comme le fujet de toutes les modifications de la pen-,
fée ; c'eft déjà une grande difficulté que de concilier
rétendue & la penfée dans une léule fubftance ; & il
ne s'agit point ici d'un alliage comme celui des mé-
taux , ou comme celui de l'eau & du vin ; cela ne
demande o^wqXz juxta -pofition : mais l'alliage delà
penfée & de l'étendue doit être une identité. Je fuis
fur que fi Spinofa avoit trouvé un tel embarras dans
une autre lécte , il l'auroit jugée indigne de fon at-
tention i mais il ne s'en eft pas fait une affaire dans fa
propr<|
s P î
propre caufe : tant il eft vrai que ceux qui cenfurertt
Je plus dcJai^acul'ement les penlct^sdes autres , lont
fort indul-ciib tnvtirs eux-mêmes. 11 le moquoit l'aas
doute du myllere de la Trinité, & il admiroit qu'une
intiiiitc de ^cns ofalFent parler d'une nature formée
de trois hypoftafes , lui , qui à proprement parler ,
donne à la nature divine autant de perlonnes qu'il y
a de gens fur la terre ?*il regardoit comme des fous
ceux OUI admettant latranlubllantiation, dii'ent qu'un
homme peut êtretoui-à-la-fois en plufieurs lieux, vi-'
vreàParis, être mort à Rome , &c. lui qui foutient
que lafubftance étendue , unique, & indivilible, elî:
tout- à-la-fois par-tout, ici froide, ailleurs chaude ,
ici trifte , ailleurs gaie , ^c
S'il y a quelque chofe de certain & d'inconteftable
dans les connoiâances humaines, c'ell cette propoii-
tion-ci : on ne peut affirmirvèritabUmcnt d'un même, fu-
jet, aux mémes*égards y & en même tans , deux termes
qui font oppi'fés ; p^r exemple , on ne peut pas dire fans
mentir , Pierre fe porte bien , Pierre effort malade. Les
fpinofiiles ruinent cette idée , & la juftinent de telle
forte , qu'on ne fait plus oii ils pourront prendre le
:aradt-cre de la vérité : car li de telles propolitions
étoient faufles , il n'y en a point qu'on put garantir
50ur vraies. Montrons que cet axiome eft très-faux
ians leur fyftème , & pofons d'abord pour maxime
nconteftable que tous les titres que l'on donne à ce
"ujet , pour fignifier ou tout ce qu'il fait , ou tout ce
qu'il (oufFre , conviennent proprement & phylique-
nent à la fubftance , & non pas à les accidens. Quand
ion» diibns le fer eft dur , le fer eft pelant , il s'en-
fonce dans l'eau ; nous ne prétendons point dire que
a dureté cft dure , que fa pefanteur eft pelante , &c.
:e langage ferolt très-impertinent ; nous vouions di-
•e que la fubftance étendue qui le compofe , réfifte ,•
qu'elle pefe , qu'elle defcend fous l'eau. De même
]uand nous difons qu'un homme nie , affirme , fe fâ-
:he , carefie , loue , &c. nous failbns tomber tous
;es attributs fur la fubftance même de ion ame , &
ion pas fur fes penfées , entant qu'elles font des ac-
:idens ou des modifications. S'il étoit donc vrai ,
:omme le prétend Spinofa , que les hommes fuft'ent
k'S modalités de Dieu, on parleroit fauliément quand
5n diroit , Pierre nie ceci , il veut ceci , il veut cela,
1 afHrme une telle chofe : car réellement , félon ce
yftème , c'eft Dieu qui nie , qui veut , qui affirme ,
v: par conféquent toutes les dénominations qui réfui-
ent de toutes les penfées des hommes , tombent pro-
)i-ement & phyliquément fur la fubftance de Dieu :
i'oii il s'enfuit que Dieu hait & aime , nie & affirme
es mêmes choies , en même tems , & félon toutes
es conditions requifes , pour laire que la règle que
lous avons rapportée touchant les termes oppolcs ,
"oit faufTe : car on ne fauroit nier que félon toutes ces
:onditiôns prifes en toute rigueur, certains hommes
l'aiment & n'affirnient, ce que d'autres hommes haïf-
ént & nient. Paflbns plus avant : les termes contra-
liÛolrcs vouloir , & ne vouloir pas , conviennent ,
élon toutes ces conditions , en même tems , ;\ difî'é-
•ens hommes; il faut donc que dans le fyfteme de
Spinofa, ils conviennent à cette fubftance unique &:
ndivifible qu'on nomme Dieu. C'eft donc Dieu
qui forme en même tems l'aclcde vouloir, &:qui
le le forme pas à l'égard d'un même objet. On
vérifie donc de lui deux termes contradidoires , ce
qui eft le renveriemenfdes premiers principes de la
iiétaphyfique : un cercle quarré n'cft pas plus une
:ontradidlion , qu'une iubiiance qui aime ik. hait en
nêmetenis le même objet : voilà ce que c'eft que la
"aufl'e délicatefte. Notre homme ne pouvoit ibulliir
es moindres obfcurités , ni du péripatétiime , ni du
udaïime , ni du chriftianiline , & il embraifoit de
out ion cœur une hypothèié qui allie cniemble deux
ermes auHi oppolés que la figure quarrce ôc la cir-
Tomc Xy.
S P I
455
culaire , & qui foit qu'une infinité d'attributs difcor-
dans & incompatibles , & toute la variété 6l i'anti-^
pathie des peniees du genre humain fe certifient tout-
à-la-fois , d'une ieule & même fubftance très-ftmple
& indivifible. On dit ordinairement , quot capita , toi
fenfus ; mais (don S pi noja , tous les fentimens de
tous les hommes font dans une ieule tête. Rappor-
ter fimplement de telles choies , c'eft les réfiiter,
4'^. Mais fi c'eft phyfiqaemcnt parlant , une ab-
furdité prodigieule , qu'un lujetfimple & unique ibit
modifié en meme-tems par les peniees de tous les
hommes, c'eft une abomination exécrable quandoii
confidere ceci du côté de la morale. %,
Quoi donc ! l'être infini , l'être nécelTaire , fou-
verainement parfait , ne fera point ferme, conftant,
& immuable .> que dis-je, immuable ? ilne.iérapas
un moment le même; {'zs peniees le fuccéderont les
unes aux aiures , fans fin 6c fans at^Q ; la môme bi-
garrure de paffions & de fentimens ne fe verra pas
deux fois : cela eft dur à digérer. Voici bien pis :
cette mobilité continuelle gardera beaucoup d'uni-
formités en ce fens , que toujours pour une bonne
penfée , l'être infini en aura mille de ibrtes , d'extra-
vagantes , d'impures , d'abominables; il produira ea
lui-même toutes les folies , toutes les rêveries , tou-
tes les faletés , toutes les iniquités du genre humain ;
il en fera non-leulement la caufe efficiente , mais aui^
fi leiujetpaffif ; il le joindra avec elles par l'uniôri
la plus intime que l'on puiffe concevoir : car c'eft une
unioji pénétrable, ou plutôt c'eft une vraie identité,
puhque le mode n'eft point diftind réellement delà
fubftance modifiée. Plufieurs grands philolbphes
ne pouvant comprendre qu'il foit compatible avec
l'être Ibuverainement bon , de ibufïrir que l'homma
foit fi méchant 6c fi malheureux , ont luppofé deux
principes , l'un bon , & l'autre mauvais: & voici ua
philoibphe qui trouve bon que Dieu ibitbien lui-
même & l'agent & le patient de tous les crimes, &
de toutes les miiéres de l'homme. Que les hommes
fe haiftént les uns les autres , qu'ils s'entr'alîdinnent
au coin d'un bois , qu'ils s'aflemblent en corps d'ar-»
mée pour s'entretuer, que les vainqueurs mangent
quelquefois les vaincus: cela fe comprend , parce
qu'ils ibnt diftinds les uns des autres; mais que les
hommes, n'étant que la modification du même être
n'y ayant par coniéquent que Dieu qui agifle , & la
même Dieu en nombre , qui fe modifie en turc , ea
fe modifiant en hongrois, il y ait 4es guerres Si des
batailles; c'eft ce qui ilirpaife tous les monftres &
tous les déreglemens chimériques des plus folles tê-
tes qu'on ait jamais enfermées dans les petites-mai-
ibns. Ainfi danslefylième de Spinofa, tous ceux qui
dlient , les Allemands ont tué dix mille Turcs, parlent
mal & faulTement , à moins qu'ils n'entendent , Dieu
modifié en Allemand , a tué Dieu modfié en dix mille
Turcs ; &c ainfi toutes les phrafes par leiiquelles oa
exprime ce que ibnt les hommes les uns contre les
autres , n'ont point d'autre fens véritable que celui-
ci , Dieu fe liait lui-même , il fe demande des (fraces à
lui-même , & fe les refufe , il fe perjécute , il Je tue , il
fe rnange , il fe calomnie, il s'envoie fur Véchaf.iut,
Cela ieroit moins inconcevable, ^\ Spmofa s'étoit re-
préi'enté Dieu comme un alfemblage deplufieurs par-
ties diftincles ; mais il l'a réduit à la plus parfaiu lim-
piicité, à l'unité de ilibftance , à findivifibilité. H
débite donc les plus iniames & les plus furieuies ev-
trav.iganceî, & infinim^Mit plus ridicules <^lk celles
des poètes touj^hant les dieux du paganifnje.
5". Encore deux objections. Il y a eu des philo-
ioj>hes aircz impies j)0ur nier qii'il y»cùt un Die ,
mais ils n'ont point poulie leur evtravagan^ jufqu'à
dire , que s'il exilloit, il ne Ieroit point une nature
parliîitenient heuroule. Les plus grands Sceptiqu s
de l'antiquité ont dit que tous les hommes ont une
N n a
s P I
idée de Dieu, félon laquelle il cft une nature vivan-
te , hcureufe , incorruptible , parfaite dans la félicité,
& nullement lufceptible de maux. C'étoit lans doute
une extravagance qui tcnoit de la tolie, que de ne
pas réunir dans fa nature divine l'immortalité & le
îîonhcur. Plutarque réfute très-bien cette abiurdité
des Stoiques : mais quelque folle que tùt cette rêve-
rie des Stoïciens , elle n'ôtoit point aux dieu* leur
bonheur pendant la vie. Les Spinofirtes font peut-
être les feuls qui aient réduit la divinité h la miiere.
Or , quelle mifere ? Quelquefois fi grande , qu'il fe
jette dans le defefpoir , 6i qu'il s'anéantiroit s'il le
poiivoit ; il y tache , il s'ôte tout ce qu'il peut s'ôter ;
il fe pend , il fe précipite ne pouvant plus fupporter
la trirteffe affrcule qui le dévore. Ce ne font point
ici des déclamations, c'eft un langage exaft & phi-
lofophique ; car fi l'homme n'elt qu'une modification,
il ne fait rien : ce (croit une phrafe impertinente,
boutonne , burlefque que de dire , ia joie eft gaie , la
trijiejfe e^l trijie. C'efl une femblablc phraie dans le
fylfème de Spinofa que d'affirmer , l'homme penfe ^
V homme s'afflige , C homme je pend ^ &c. Toutes ces
proportions doivent être dites de la fubflance dont
l'homme n'ell que le mode. Comment a t-on pu s'ima-
giner qu'une nature indépendante qui exifte par elle-
même & qui pofTede des perfeft ions infinies , foit fu-
jette ;\ tous les malheurs du genre humain ? Si quel-
qu'autre nature la contraignoit à fe donner du cha-
grin, à fentir de la douleur , on ne trouveroit pas fi
étrange qu'elle employât fon aftivité à fe rendre mal-
heureufe ; on diroit , il faut bien qu'elle obéifTe à une
force majeure : c'efl apparemment pour éviter un
plus grand mal , qu'elle fe donne la gravclle , la co-
lique , la fièvre chaude , la rage. Mais elle efl feule
dans l'univers, rien ne lui commande , rien ne l'ex-
horte , rien ne la prie. C'efl fa propre nature , dit
Spinofa^ qui la porte à fe donner elle-même en cer-
taines circonflances un grand chagrin , & une dou-
leur très-vive. Mais, lui répondrai-je , ne trouvez-
vous pas quelque chofe de monflrueux &; d'inconce-
yable dans une telle fatalité }
Les raifons très-fortes qui combattent la dodrine
que nos âmes font une portion de Dieu , ont encore
plus de folidité contre Spinofa. On objede à Pytha-
goras dans un ouvrage de Cicéron , qu'il réfulte de
cette doftrine trois fauffetés évidentes ; i°. que la
nature divine feroit déchirée en pièces ; 2.^. qu'elle
feroit malheureufe autant de fois que les hommes ;
3 ". que l'efprit humain n'ignoreroit aucune chofe ,
puifqu'il feroit Dieu.
6°. Je voudrois favoir à qui il en veut , quand il
rejette certaines doftrines , 6c qu'il en propofe d'au-
tres. Veut-il apprendre des vérités ? Veut-il réfuter
des erreurs ? Mais eft-il en droit de dire qu'il y a des
erreurs ? Les penfées des philolbphes ordinaires ,
celles des juifs , celles des chrétiens ne font-elles
pas des modes de l'être infini , aufTi-bien que celles
de fbn éthique ? Ne font-elles pas des réalités aufîi
néceffaires à la perfecfion de l'univers que toutes
les fpéculations ? N'émanent - elles pas de la caufe
néceflaire? Comment donc ofe-t-il prétendre qu'il
y a là quelque chofe à rectifier? En fécond lieu , ne
prétend-il pas que la nature dont elles font les mo-
dalités , agit néceffaircment , qu'elle va toujours fon
grand chemin , qu'elle ne peut ni fe détourner , ni
s'arrêter, ni qu'étant unique dans l'univers, aucune
caule eictérieure ne l'arrêtera jamais , ni le redref-
iera } Il n'y a donc rien de plus inutile que les leçons
de ce philofophe .'* C'efl bien à lui qui n'efl qu'une
modification de fiibflance à prefcrire à l'Etre infini ,
ce qu'il faut faire. Cet être l'entendra-t-il ? Et s'il
i'entendoit , pourroit-il en profiter? N'agit-il pas
toujours lelon toute l'étendue de fes forces, fans fa-
yoir ni où il va , ni ce qu'il fait } Vn homjne , comme
S P I
Spinofa , fe tiendroit en repos , s'il rnifonnoit bien.
S'il ell i)ofîible qu'un tel dogme s'établifle, diroit-il
la néceiîité de la nature l'ciablira lans mon ouvraoe-
s'il n'ell pas polîible , tous mes écrits n'y feront
rien.
Le fyfième dcSpinafi choque fi vifiblement la rai-
fon , que les plus grands admirateurs reconnoill'ent
que s'il avoit enfeigné les do^es dont on l'accufe
il leroit digne d'exécration ; mais ils prétendent qu'on
ne l'a pas entendu. Leurs apologies , loin de le dif-
culper, font voir clairement que les adverfaires de
Spinofa l'ont tellement confondu 6c abyliné , qu'il ne
leiH- relie d'autre moyen de leur répliquer que celui
dont les Janlénifles le fonifcrvis contre lesJéfuites
qui efl de dire que fon fentiment n'efl pas tel qu'on
le fuppofe : voilà à quoi fe réduifent les apologilles.
Afin donc qu'on voie que perfonne ne fauroit dif-
puter à fes adverfaires l'honneur du triomphe , il fuf-
fit de confidérer qu'il a enfeigné effedivemcnt ce
qu'on lui impute , & qu'il s'efl contredit grolTiere-
mcnt &: n'a fu ce qu'il vouloit. On lui ftdt un crime
d'avoir dit que tous les êtres particuliers font des
modifications de Dieu. Il efl manifefle que c'efl fa
doctrine , puilque la propofition 14^ efl celle-ci
prater Deiini nulLa dari neque concipi poteji jubflantia &
qu'il allure dans la 1 5^, quidqiùdêfl.^ in Deo eft, & nihil
JineDeo neque cffc neque concipi potejl. Ce qu'il prouve
par la raifon que tout efl mode ou fubflance , & que
les modes ne peuvent exiller ni être conçus fans la
fubflance. Quand donc un apologifle de Spinofa parle
de cette manière , s'il étoit vrai que Spinofa eût en-
feigné que tous les êtres particuliers font des modes
de la fubflance divine , la vidcire de i^s adverfaires
feroit complette , &; je ne voudrois pas la leur con-
tefler, je ne leur conteflc que le fait , je ne crois pas
que la doflrine qu'ils ont réfutée foit dans fon livre.
Quand , dis-je , un apologiile parle de la forte , que
lui manque-t-il? qu'un aveu formel delà défaite de
fon héros ; car évidemment le dogme en queilion eil
dans la morale de Spinofa.
Il ne faut pas oublier aue cet impie n'a point mécon-
nu les dépendances inévitables de fon fyflème , car
il s 'ell moqué de l'apparition des efprits , & il n'y a
point de philofophic qui ait moins droit de la nier :
il doit reconnoitre que tout penfé dans la nature , &
que l'homme n'ell point la plus éclairée & la plus
intelligente modification de l'univers ; il doit donc
admettre des démons. Quand on fuppofe qu'un ef-
prit fouverainement partait a tiré les créatures du ■
fein du néant , fans y être déterminé par fa nature , "
mais par un choix libre de fon bon plaifir , on peut
nier qu'il y ait des anges. Si vous demandez pour-
quoi un tel créateur n'a point produit d'autres ef-
prits que l'ame de l'homme , on vous répondra , tel
a été fon bon plaifir , (lac pro ratione voluntas : vous
ne pourrez oppofer rien de railbnnable à cette ré- Il
ponle , à-moins que vous ne prouviez le fait , c'efl-
à-dire qu'il y a des anges. Mais quand on fuppofe que
le Créateur n'a point agi librement, & qu'il a épuifé
fans choix ni règle toute l'étendue de fa puilfance,
6c que d'ailleurs la penfée efl l'un de fes attributs ,
on ell ridicule li l'on foutient qu'il n'y a pas des dé-
mons. On doit croire que la penfée du Créateur s'eft ;l
modifiée non-feulement dans le corps des hommes,
mais auffi par tout l'univers , & qu'outre les animaux
que nous connoiffons , il y en a une infinité que nous
ne connoifTons pas , 6c qui nous furpaffent en lumiè-
res & en malice , autant que nous lurpafîons , à cet
égard , les chiens 6i les bœufs. Car ce leroit la chofe
du monde la moins railbnnable que d'aller s'imagi-
ner que l'efprit de l'homme efl la modification la plus ix
parfaite qu'un Etre infini, agifîant félon toute l'éten- ^
duc de fes forces , a pu produire. Nous ne concevons
nulle liaiibn naturelle entre l'entendement ôi le cer-
s P ï
veau , c*eft pourquoi nous devons croire qu'une
créature fans cerveau efl auili capable de penler ,
cu'une créature organilce comme nous le lommes.
Qii'eli-ce donc qui a pu ^on^xSpinoJ'u à nier ce que
l'on dit des erprits ? Pourquoi a-t-il cru qu'il n'y a
rien dans le mondç qui loir capable d'exciter dans
notre machine la vuo d'un Ipeûre , de taire du bruit
dans une chambre , & de cauler tous les phénomènes
magiques dont les livres font mention ? Eft-ce qu'il
a cru que , pour produire ces eftets , il faudroit avoir
un corps aufîi malfif que celui de l'homme , & qu'en
ce cas-là les démons ne pourroient pas iubfifter en
l'air , ni entrer dans nos mailons , ni le dérober à nos
yeux ? Mais cette penfée i'eroit ridicule : la mafl'e de
chair dont nous lommes compolcs , eit moins une
aide qu'un obftacle à l'elprit & à la force : j'entends
la force médiate, ou la faculté d'appUquer les initru-
mens les plus propres à la production des grands ef-
fets. C'efî de cette faculté que naiilent les adious les
plus furprenantes de l'homme ; mille & mille exem-
ples le iont voir. Un ingénieur , petit comme un nain,
maigre , pâle , tait plus de choies que n'en fei oient
deux mille lauvages plus forts que Milon. Une ma-
chine animée plus petite dix mille fois qu'une four-
mi , pourroit être plus capable de produire de grands
effets qu'un éléphant : elle pourroit découvrir les
parties infenfibles des animaux &c des plantes , 6i. s'al-
ler placer fur le liège des premiers refforts de notre
cerveau , &y ouvrir des valvules , dont l'effet feroit
que nous villions des fantômes 6i. entendiffions du
bruit. Si les Médecins connoiiioient les premières
fibres & les premières combinaiions des parties dans
les végétaux , dans les minéraux , dans les animaux,
ils connoîtroient aulll les inllrumens propres à les
déranger , & ils pourroient appliquer ces inftrumens
comme il feroit nécelfaire pour produire de nou-
veaux arrangemens qui convertiroient les bonnes
viandes en poifon , & les poifons en bonnes vian-
des. De tels médecins feroient fans comparaifon plus
habiles qu'Hippocrate ; & s'ils étoient allez petits
pour entrer dans le cerveau & dans les vifceres , ils
guériroient qui ils voudroient, &ils cauferoient aulii
quand ils voudroient les plus étranges maladies qui
fe puiffent voir. Tout fe réduit à cette queillon ; elt-
il polTible qu'une modification invifible ait plus de
lumières que l'homme & plus de méchanceté ? Si
Spinofa prend la négative , il ignore les coniéquen-
ces de fon hypothele , 6c fe conduit témérairement
& fans principes.
S'il eût raifonné conféquemment , il n'eût pas aulIi
traité de chimérique la peur des enfers. Qu'on croie
tant qu'on voudra que cet univers n'ell point l'ou-
vrage de Dieu , & qu'il n'elt point dirigé par une na-
ture fimple , fpirituelle & dilîinde de tous les corps ,
il faut pour le moins que l'on avoue qu'il y a certai-
nes choies qui ont de l'intelligence & des volontés ,
& qui font jaloufés de leur pouvoir , qui exercent
leur autorité fur les autres, qui leur commandent
ceci ou cela , qui les châtient , qui les maltraitent ,
qui fe vengent févérement. La terre n'eft-elle pas
pleine de ces fortes de choies ? Chaque homme ne
le fait-il pas par expérience ? De s'imaginer que tous
les êtres de cette nature le loient trouvés précifément
fur la terre , qui n'ell qu'un point en comparaifon
de ce monde , c'efl affurément une penfée tout-à-fait
déraifonnable. La railon , l'efprit , l'ambition , la
haine , feroient plutôt fur la terre que par-tout ail-
leurs. Pourquoi cela ? En pourroit-on donner une
caufe bonne ou mauvaifc ? Je ne le crois pas. Nos
yeux nous portent à être perluadés que ces efpaces
immenfes , que nous appelions le ciel , oii il le fait
des mouvcmcns fi rapides & li adifs, font aufli capa-
bles que la terre de former des hommes , & aulîi dig-
nes que la terre d'être partagés en plulieurs domina-
Tomc XF.
S p.- î
467
tlons. Nous ne favons pas ce qui s'y paffe ; mais fi
nous ne coniultons que îa raifon , il nous faudra
croire qu'il ell très-probable , ou du-moins poifible^
qu'il s'y trouve des êtres puiffans qui étendent leur
empire, aulfi-bien que leur lumière fur notre monde.
Nous lommes peut-être une portion de leurfeigneu-
rie : ils font des lois, ils nous les révèlent par les lu-
mières delaconf"cience,&ilsfe fâchent violeipm^eat.
contre ceux qui les trangreffent. Il fiiffit que cel^i foit
poiTible pour jetterdans l'inquiétude les athées, ÔCil
n'y a qu'un bon moyen de ne rien craindre , c'elï de
croire la mortalité de l'ame. On échapperoit par-là
à la colère de ces efprits , mais autrement ils pour-
roient être plus redoutables que Dieu lui-même. En
mourant on pourroit tomber fous le pouvoir de quel-
que maître farouche , c'efl en vain qu'ils efpéreroient
d'en être quittes pour quelques années de tourment.
Une nature bornée peut n'avoir aucune forte de per^
fedion morale, ne t'uivre que fon caprice & fà pafliort
dans les peines qu'elle inflige. Elle peut bien reffem-
bler à nos Phalaris & à nos Nérons , gens capables de
laifferleur ennemi dans un cachot éternellement, s'ils
avoient pu pofféder une autorité éternelle. Efpérera-
t-on que les êtres malfaifans ne dureront pas toujours?
Mais combien y a t-il d'athées qui prétendent que le
foleil n'a jamais eu de commencement , & qu'il n'aura
point de fin ?
Pour appliquer tout ceciàunfplnofifle, fouvenons-
nous qu'il ell obligé par fon principe à reconnoître
l'immortalité de l'ame , car il fe regarde comme la mo-
dalité d'un être effentiellemeut penfant ; fouvenons-
nous qu'il ne peut nier qu'il n'y ait des modalités qui
fe fâchent contre les autres , qui les mettent à la gêne,
à la queflion, qui font durer leurs tourmens autant
qu^elles peuvent, qui les envoient aux galères pour
toute leur vie , & qui feroient durer ce fupplice éter-
nellement fi la mort n'y mettoit ordre de part & d'au-
tre. Tibère & Caligula , monflres affamés de carna-
ges , en font des exemples illullres. Souvenons-nous
qu'un fpinofiflefe rend ridicule , s'il n'avoue que tout
l'univers efl rempli de modalités ambitieufes , cha-
grines , jaloufés , cruelles. Souvenons - nous enfin
que l'effence des modalités humaines ne confille pas
à porter de groffes pièces de chair. Socrate étoitSo-
crate le jour de la conception ou peu après ; tout ce
qu'il avoit en ce tems-là peut fubfiller en fon entier
après qu'une maladie mortelle a fait ceffer la circula-
tion du fang & le mouvement du cœur dans la ma-
tière dont il s'étoit agrandi : il ell donc après fa mort
la même modalité qu'il étoit pendant fa vie , à ne con-
fidérer que l'effentiel de fa perfonne ; il n'échappa
donc point par la mort à la jullice , ou au caprice de
(ts perfécuteurs invifibles. Ils peuvent le fuivre par-
tout où il ira , & le maltraiter fous les formes vifibles
qu'il pourra acquérir.
M. Bayle appliqué fans ceffe à faire voir l'inexac-
titude des idées des partifansde^/^i/zq/i, prétend que
toutes leurs dilputes fur les miracles n'ell qu'un mifé-
rable jeu de mots, & qu'ils ignorent les conféquences
de leur fyflème , s'ils en nient la poffibilité. Pour faire
voir , dit -il , leur mauvaifc foi & leurs illufions fur
cette matière , il fulîit de dire que quand ils rejettent
la poffibilité des miracles , ils allèguent cette raifon ,
c'efl que Dieu 6l la nature font le même être : de
forte que fi Dieu talfoit quelque chofe contre les
lois de la nature , il feroit quelque chofe contre lui-,
même , ce qui efl impoffible. Parlez nettement &C
fans équivoque , dites que les lois de la nature n'ayant
pas été faites par un légiflateur libre , & qui connut'
ce qu'il faifoit , piais étant l'aftion d'une caul'e aveu-
gle & néceffaire, rien ne peut arriver qu i foit contraire
à ces lois. Vous alléguerez alors contre les miracles
votre propre thefe : ce fera la pétition du principe <
mais au-moins vous parlerez rondement, l'irons-les
N n n ij
^
468
JL
I
lie cette gcnéralilc , clemandons-leur ce qu'ils pcnfent
des miracles rapportes dans TEcriturc. Us en nieront
ablolument tout ce qu'ils n'en pourront pas attribuer
à quelque tour de louplefîe. Laifions-leur pailcr le
front d'airain qu'il faut avoir pour s'inicrire en faux
contre des faits de cette nature, attaquons-les par
leurs principes. Ne dites-vous pas que la puiftance
de la nature ell infinie ? &: la feroit-ellc s'il n'y avoit
rien dans l'univers qui pût redonner la vie à un hom-
me mort? la feroit-elles'iln'y avoit qu'un feul moyen
de former des hommes , celui de la génération ordi-
naire ? Ne dites pas que la connoilîance de la nature
eft intinie. Vous nie/, cet entendement divin , où,
félon nous, la connoiCîance de tous les êtres pofiTibles
tft réunie ; mais en difpcrfant la connoiflance, vous
ne niez point fon infin-.té. Vous devez donc dire que
la nature connoît toutes chofes , à-peu-près comme
nous difoas que Thomme entend toutes les langues.
Un feul homme ne les entend pas toutes , mais les uns
entendent celle-ci & les autres celle-l;\. Pouvez vous
nier que l'univers ne contienne rien qui connoifle la
conllruftion de notre corps ? Sicelaétoit , vous tom-
beriez en contradidVion , vous ne reconnoîtriez plus
que la connoifTance de Dieu fût partagée en une in-
finité de manières : l'artifice de nos organes ne lui
feroit point connu. Avouez donc , fi vous voulez
raifonner confcquemnient , qu'il y a quelque modifi-
cation qui le connoît ; avouez qu'il efl très-poffible
à la nature de reflufciter un mort , & que votre maître
confondoit lui-même fes idées , ignoroit les fuites de
fon principe lorfqu'il difoit, que s'il eut pu fe perfua-
der la rcfurredion du Lazare, il auroit briléen pièces
tout fon fyftème ,il auroit embraÛc fans répugnance
la foi ordinaire des Chrétiens. Cela fuffit pour prou-
ver à ces gens-là qvi'ils démentent leurs hypoth<jiés
iorfqu'ils nient la poiTibilité des miracles, je veux
dire , afin d'ôter toute équivoque , la poffibilité des
événemens racontés dans l'Ecriture.
Plufieurspcrfonnesont prétendu que M. Bayle n'a-
voit nullement compris la doftrine de Spinofa , ce
qui doit paroître bien étrange d'un efprit auffi iubtil &
aulfi pénétrant. M. Bayle a prouvé, mais aux dépens
de ce fyftcme , qu'il l'avolt parfaitement compris. Il
lui a porté de nouveaux coups que n'ont pu parer les
fpïnofflcs. Voici comme il raifonne. J'attribue à Spi-
nofa d'avoir enfeigné, i°. qu'il n'y a qu'une fubftance
dans l'univers ; 2°. que cette fubftance eft Dieu; 3°.
que tous les êtres particuliers , le foleil , la lune , les
plantes , les bêtes , les hommes , leurs mouvemens ,
leurs idées, leurs imaginations, leurs defirs, font des
modifications de Dieu. Je demande préfcntement aux
ipinofiftes , votre maître a-t-il enfeigné cela , ou ne
l'a-t-il pas enfeigné ? S'il l'a enfeigné, on ne peut point
dire que mes objeftions aient le défaut qu'on nomme
ignoratio cUnchi , ignorance de l'état de la queftlon.
Car elles fuppofent que telle a été la dodlrinc , & ne
l'attaquent que fur ce pic-là. J e fuis donc hors d'affaire ,
& l'on fe trompe toutes les fois que l'on débite que
j'ai refuté ce que je n'ai pas compris. Si vous dites que
Spinofa n'a point enfeigné les trois doiSrinesci-delfus
articulées , je vous demande , pourquoi donc s'ex-
primoit-il comme ceux qui auroient eu la plus forte
paflîon de perfuader au lefteur qu'ils enfeignoient
ces trois chofes ? Eft-ilbeau & louable de fe fervirdu
ftyle commun , fans attacher aux paroles les mêmes
idées que les autres hommes, & î'ans avertir du fens
noiiveau auquel on les prend ? Mais pour difcuter
un peu ceci , cherchons où peut être la méprife. Ce
n'eft pas à l'égard du mot Juhfancc que je me ferois
abufé , car je n'ai point combattu le fentiment de Spi-
nofa fur ce point-là , je lui ai laifie paffer ce qu'il fup-
pofe que pour mériter le nom de fubftance il faut être
indépendant de toute caufe, ouexifter par foi-même
éternellement néccffairement. Je ne penle pas que j 'aie
S P ï
pu m*abufer en lui imputant de dire , qu'il n'y 3 que
Dieu qui ait la nature de fubftance. S'il y avoit donc
de l'abus dans mes objedVions , il confiftcrolt unique-
ment en ce que j'aurois entendu par modalités , mo'
difcaiiom , modes , ce que Spinofa n'a point vou-
lu fignifier par ces mots-là, mais encore un coup,
fi je m'y étois abufé , ce feroit fa faute. J'ai pris ces
termes comme on les a toujours entendus. La doc-
trine générale des philofophcs eft que l'idée d'être
contient fous foi immédiatement deux eipeces , la
iubftance &C l'accident , & que la iùbftance lubfîftc
par elle-même , cns pcr fc fubj,'ji:ns , & que l'accident
fubfille dans un antre , ens in alio. Or fubfifter par
foi , dans leurs idées , c'eft ne dépendre que de quel-
que fujet d'inhéfion; & comme cela convient ,leion
eux , à la matière, aux anges, à l'ame de l'homme ,ils
admettent deux fortes de fubftances, l'une incréée,
l'autre créée , & ils fubdivifent en deux efpeces la
fubftance créée; l'une de ces deux efpeces eft la ma-
tière , l'autre eft notre ame. Pour ce qui regarde l'ac-
cident, il dépend fi eftentiellement de fon fujet d'in-
héfion , qu'il ne fauroit fubfifter fans lui ; c'eft fon ca-
raftere fpéclfique. Defcartes l'a toujours ainfi en-
tendu. Or puifque Spinofa avoit été grand cartéfien,
la raifon veut que l'on croie qu'il a donné à ces ter-*
mes là le même fens que Defcartes. Si cela eft, il n'en*
tend par modification de fubftance qu'une façon d'ê-
tre (jui a la même relation à la fubftance , par la figu-
re , le mouvement , le repos , la fituation à la ma-
tière, &c. que la douleur, l'affirmation , l'amour, ô-c,
à l'ame de l'homme : car voilà ce que les cartéfieas
appellent modes. Mais en fuppoiant une fois que la
Iubftance eft ce cjui exifte de foi , indépendamment
de toute caufe efficiente , il n'a pas dû dire que la ma-
tière , ni que les hommes fulTent des fubftances ; Ô£
puifque, félon la doctrine commune, il ne divilbit
l'être qu'en deux efpeces , favoir en Iubftance & ea
modification de fubftance, il a dû dire que la matière,
& que l'ame des hommes n'étoient que des modifica-
tions de fubftance , qu'il n'y a qu'une feule fubftance
dans l'univers , & que cette Iubftance eft Dieu. Une
fera plusqueftion que de favoir s'il fubdivile en deux
efpeces la modification de fubftance. En cas qu'il fe
ferve de cette fubdivifion , & qu'il veuille que Tune
de ces deux efpeces loient ce que les carîéfiens & les
autres philofophes chrétiens nomment fubjiance criée ^
& que l'autre efpece foit ce qu'ils nomment ccddeni
ou mode , il n'y aura plus qu'une difpute de mot entre
lui oc eux , & il fera très-aifé de ramener à l'ortho*
doxie tout fon fyftème , & de faire évanouir toute
fa fefte ; car on ne veut être fpinofifte qu'à caufe
qu'on croit qu'il a renverfé de fond en comble le iy^
tème des Chrétiens & l'exiftence d'un Dieu imma-
tériel & gouvernant toutes chofes avec une fou verai-
ne liberté. D'où nous pouvons conclure en pafiànt ,
que les fpinofiftes & leurs adverfaires s'accordent
parfaitement bien dans le fens du mot modification dt
fubflance. Ils croient les uns les autres que Spinofa
ne s'eneftfervi que pour défignerun être qui a la mê-
me nature que ce que les Cartéfiens appellent wzo/^;,
& qu'il n'a jamais entendu par ce mot-là un être qui
eût les propriétés ou la nature de ce que nous ap-
pelions fubflance créée.
Si l'on veut toucher la queftlon au vif, voici com-
me on doit raifonner avec un fpinofifte. Le vrai &
le propre caraftere de la modification convient-il à
la matière par rapport à Dieu , ou ne lui convient-
il point ? Avant de me répondre , attendez que je
vous explique par des exemples ce que c'eft que le
caradf ère propre de la modification. C'eft d'être dans
un fiijet de la manière que le mouvement eft dans le
corps & la penfée dans l'ame de l'homme. Il ne iuffit
pas pour être une modification de la fubftance divi-
ne , de fubfifter dans l'uiimenfité de Dieu , d'en être
s P I
péilétré , entouré de toutes parts , dVxiîler par la
vertu de Dieu, de ne pouvoir exiller ni fans lui , ni
hors de lui. Il faut de plus que la fubilance divine
foit le liijet d'inhérence d'une choie , tout comme fé-
lon l'opinion commune l'ame humaine cft le fnjet
d'inhérence du fentiment & de la douleur, &: le corps
le fujet d'inhérence du mouvement , du repos & de
la figure. Répondez préfentement ; &Z û vous dites
que , félon Spinofa , la fubftance de Dieu n'cft pas de
cette manière, le fujet d'inhérence de cette étendue,
ni du mouvement , ni des penlées humaines ; je vous
avouerai que vous en faites un^philofophe orthodoxe
qui n'a nullement mérité qu'on lui fît les objeâions
qu'on lui a faites , & qui méritoit feulement qu'on
lui reprochât de s'être fort tourmenté pour embar-
rafler une doûrine que tout le monde favoit , & pour
forger im nouveau fyflème , qui n'étoit bâti que fur
l'éouivoque d'un mot. Si vous dites qu'il a prétendu
que la fubllance divine e(l le lujet d'inhérence de
la matière & de toutes les diverfités de l'étendue &
de la penfée, au même fcns que , félon Defcartes ,
l'étendue eil: le fujet d'inhérence du mouvement ,
l'ame de l'homme eft le fujet d'inhérence des fenfa-
tions & des paffions ; j'ai tout ce que je dem.ande ,
c'eft ainfi que j'ai QwttnAwSp'wofa , c'eil là-delTus que
tovites mes objedions font fondées.
Le précis de tout ceci eil une queilion de fait tou-
chant le vrai fens du mot modification dans le fyfte me
de Spinofa. Le faut-il prendre pour la même chofe
qu'une fubflance créée, ou le faut-il prendre au fens
qu'il a dans le fyftème de M, Defcartes? Je crois que
le bon parti eft; le dernier , car dans l'autre fens Spi-
nofa auroit reconnu des créatures diilindfes de la lub-
ftance divine , qui eulTent été taites ou de rien ou
d'une matière diftinéle de Dieu. Or il feroit facile de
prouver par un grand nombre de pallages de les li-
vres , qui n'adffi^t ni l'une, ni l'autre de ces deux
choies. L'étendue , félon lui , eflun attribut de DieUi
Il s'enfuit de-là que Dieu efiVnîiellement , éternel-
lement, néceflairement eft une fubllance étendue, &
que l'étendue lui eil auiîi propre que l'exiflence ; d'où
il réfulte que les diverfités particulières de l'étendue,
qui font le foleil,ia terre, les arbres, les corps des bê-
tes , les corps des hommes font en Dieu , comme les
philofophes de l'école fuppofent qu'elles font dans la
matière première. Or fi ces philoiophes fuppoioient
que la matière première eil une i'ubilance iimp'e &
parfaitement unique , ils concluroient que le ioleil
6l la terre font réellement la même fubflance. 11 faut
donc que Spinofa conclue la même choie. S'il ne di-
foit pas que le foleil eil compofé de l'étendue de
Dieu , il faudroit qu'il avouât que l'étendue du foleil
a été faite de rien ; mais il nie la création : il eft donc
obligé de dire q^ue la fubitance de Dieu eft la cauie
matérielle du foleil , ce qui compofe le foleil , fuhji-
cliim ex quo ; &C par conféqucnt que le foleil n'eil pas
diilingué de Dieu , que c'eft Dieu lui-même, &
Dieu tout entier , puifque , félon lui , Dieu n'efl
point un être compoié de parties. Suppofbns
pour un moment qu'une maffe d'or ait la force de
fe convertir en afîiettes, en plats, en chandeliers,
en écuellcs , &c. elle ne iera point diftinfte de ces al-
fiettes & de ces plats : &C fi l'on ajoute qu'elle eil une
maife firHple & non-compoice de parties, il fera cer-
tain qu'elle eil toute dans chaque aifictte 6c dans cha-
que chandelier; car fi elle n'y étoit point toute, elle
fe feroit partagée en diverfes pièces ; elle feroit donc
compofée de parties , ce qui eft contre la iiippofi-
tion. Alors ces propofitions réciproques ou conver-
tibles feroient véritables , le chandelier eji la majje d'or^
la majf'e d'or ejl le chandelier. Voilà l'image du Dieu
de Spinofa , il a la force de fe changer ou de ié mo-
difier en terre , en lune, en mer, en arbre , &c. Se il
eil abfolument un , 6c fans nulle compofition de par-
S P I
469
tîes. Il eft donc vrai quVri petit afTurer que la terré
eil Dieu , que la lune eil Dieu, qvie la terre eil Dieu
tout entier , que la lune l'efl aufïï , que Dieu eft la
terre , que Dieu tout entier eft la lune.
On ne peut trouver que ces trois manières, félon
lefquelles les modifications de Spinofa [oient en Dieu;
mais aucune de ces manières n'efl ce que les autres
philoiophes dii'ent de la fubflance créée. Elle eft eh
Dieu , diient-ils , comme dans fa caufe cfîiciente, 6c
par conitquent elle eft diflinde de Dieu. réellement
& totalement. Mais , félon Spinofa , les créatures font
en Dieu , ou comme l'effet dans la caufe matérielle,
ou comme l'accident dans fon fujet d'inhéfion , oit
comme la forme du chandelier dans l'éîain dont on
le compofe. Le ioleil , la lune , les arbres en tant que
ce font des chofes à trois dimenfions , font en Dieu
comme dans la caul'e matérielle dont leur étendue efl
compolée : il y a donc identité entre Dieu & le fo-
leil , &c. Les mêmes arbres en tant qu'ils ont une
forme qui les diilingué des pierres, font en Dieu ,
comme la forme du chandelier eil dans l'ctain. Etre
chandelier n'eil qu'une manière d'être de l'étain. Le
mouvement des corps 6c des peniées des hommes
font en Dieu, co.mme les accidens des péripatéticiens
font dans ia iubilance a-éée. Ce font des entités in-
hérentes à leur lujct , 6c qui n'en font point compo-
fées , 6c qui n'en font point partie.
Un apologifte de Spinofa foutient que ce philofo-
phe n'attribue point à Dieii l'étendue corporelle,
mais feulement une étendue intelligible , & qui n'eil
point imaginable. Mais fi l'étendue des corps que nous
voyons 6c que nous imaginons n'efl point l'étendue
de Dieu , d'où eft-elle venite , comment a-t-elle été
faite ? Si elle a été produite de rien , Spinofa efl or-
thodoxe , fon fyftème devient nul. Si elle a été pro-
duite de l'étendue intelligible de Dieu, c'efl encore
une vraie création , car l'étendue intelligible n'étant
qu'une idée, & n'ayant point réellement les trois di-»
menfions , ne peut point fournir l'étoffe ou la ma-
tière de l'étendue formellement exiflante hors dô
l'entendement. Outre que fi l'on diflingue deux ef-
peces d'étendue , l'une intelligible , qui appartient
à Dieu , l'autre imaginable, qui appartient aux corps,
il faudra aufîi admettre deux fujets de ces étendues
diflinéts l'un de l'autre , & alors l'unité de fubflan-
ce efl renverfée, tout l'édifice de Spinofi va par terre.
M. Bayle , comme on peut le voir par tout ce que
nous avons dit , s'cft principalement attaché à la fup*
pofition que l'étendue n'efl pas un être compoié,
mais une iùbflance unique en nombre. La raifbn qu'il
en donne , c'ell que les fpinofiiles témoignent que
ce n'eil pas là en quoi confiilcnt les diificultés. Ils
croient qu'on les embarraife beaucoup plus , lorf-
qu'on leur demande comment la penlée 6c l'étendue
fe peuvent unir dans une même fubitance. Il y a
quelque bifarrerie là-dedans. Car s'il eil certain pai'
les notions de notre eiprit que l'étendue & la penfée
n'ont aucune affinité l'une avec l'autre , il eil encore
plus évident que l'étendue eil compofée de parties
réellement diilinétes l'une de l'autre , & néanmoins
ils comprennent mieux la première diificulté que la
féconde, 6c ils traitent celle-ci de bagatelle en com-
parailbn de l'autre. M. Bayle les ayant fi bien battus
par l'endroit de leur i'yfleme , qu'ils penfoient n'a-
voir pas bcibin d'être i'ecoiu-u , comment repouiîe-
ront ils les attaques aux endroits foibles ? Ce qui
doit iùrprendre , c'eil que Spinofa refpe£tant fi peu
la raifon 6c l'évidence, ait eu des partiians & des icc-
tateurs de fon fyilème. C'eft ia méthode fpécieui'e
qui les a trompés, 6c non pas , comme il arrive quel-
quefois , un éclat de principes féduifans. Ils ont cm
que celui qui employoit la géométrie, quiprocédoit
par axiomes, par définitions , par théorèmes & par
lemmes,iuivoit trop bienia marche de lavérité,pour
47°
S P I
ne trouver que l'erreur au lieu d'elle. Ils ont jugé
du tond lur les apparences, décilion précipitée qu'-
inlpire notre pa relie. Ils n'ont pas vu que ces axio-
mes n'ctoient que des propolitions très-vagues, très-
incertaines , que ces dcHnitions étoient inexactes ,
bilcirres ik délechieulLS , que leur chet'alloit entin au
milieu des paralogilnies oii la prélomption Ôiles fan-
taifies le conduiloienr.
Le premier point d'éi;arement , qui cû la fource
de l'erreur ^ le trouve dans la définition que Spinoja
donne de la fubftance. J'entends par lafubjiance , dit-
il , ce qui cfi en foi 6- ejl conçu par J'oi-mênie., cijl-à-
dire^ce dont la conception n\i pas befoinde La conception
d'une autre chofe dont elle doive être formée. Cette défi-
nition cil captieul"e,car elle peut recevoir un lens vrai
Ck taux : ou Spinofu détînit la fubflance par rapport
aux accidens , ou par rapport à l'exlltence ; or de
quelque manière quil la déliniffe, la définition ell:
fauiîé, ou du moins lui devient inutile. Car i". s'il
dcHnic la iubllance par rapport aux accidens , on
pourra conclure de cette définition que la fubflance
«il un être qui fubflllc par lui-même indépendamment
d'un flijet d'inhéllon. Or Spinoja ne peut taire fcrvir
une telle définition à démontrer qu'il n'y a dans le
monde qu'une feule & unique flibfîance. Il efl évident
que les arbres, les pierres, les anges, les hommes exif-
tent indépendamment d'un l'ujet d'inhérence. 2°. Si
SpincfaAcimM laflibflancepar rapport àl'cxillancejûi
définition efl encore faufTe. Cette définition bien en-
tendue , figniîîc que la fubllance efl une chofe , dont
l'idée ne dépend point d'une autre idée , & qui ne
liippof'e rien qui l'ait formée , mais renferme une
lexillence néceflaire ; or cette définition efl faufîe ,
car ou Spinoja veut dire par ce langage myflérieux ,
que l'idée même de la fubllance , autrement l'elfence
& la définition de la fubflance , efl indépendante de
toute caufe , ou bien que la fubflance exiflante fub-
fifle tellement par elle-même qu'elle ne peut dépen-
dre d'aucune caufe. Le premier fens efl trop ridi-
cule, (k. d'ailleurs trop inutile à Spinofa^ pour croire
qu'il l'ait eu dans l'efprit; car ce fens fe reduiroit à
dire , que la définition de la fubflance ne peut pro-
duire une autre définition de fubflance , ce qui efl
abfurde & impertinent. Quelque peu conséquent que
foit Spinoja , je ne croirai jamais qu'il emploie une
telle définition de la fubflance , '^our prouver qu'u-
ne fubflance n'en peut produire une autre , comme
û cela étoit impollible ; fous prétexte qu'une défini-
tion de fubllance ne peut produire une autre défini-
tion de fubflance. Il faut donc que Spinofa , par {^
définition entortillée de la fubflance , ait voulu dire
que la fubflance exifle tellement par elle-même ,
qu'elle ne peut dépendre d'aucune caufe. Or c'efl:
cette définition que tous les philofophes attaquent.
Ils vous diront bien que la définition de la fubflance
efl funple &c indivifible, fur-tout fi on la conlidere
par oppofition au néant ; mais ils vous nieront qu'il
n'y ait qu'une fubflance. Autre chofe efl de dire qu'il
n'y a qu'une feule définition de fubflance, & autre
choie, qu'il n'y a qu'une fubflance.
En mettant à-part les idées de métaphyfique , &
ces nom ifc^fence , d'exijlance , defiib[lance , qui n'ont
aucune diflindion réelle entre elles, mais feulement
dans les diverfes conceptions de l'entendement ; il
faudra , pour parler plus intelligiblement & plus hu-
mainement, dire , que puifqu'il y a deux fortes d'e-
xillences , l'une néceflaire , & l'autre contingente ,
il y a auffi de toute néceffité deux fortes de fubflan-
ces , l'une qui exifle néceffairement , & qui efl Dieu,
& l'autre qui n'a qu'une cxiflence empruntée de ce
premier être, &: de laquelle elle ne jouit que par fa
vertu , qui font les créatures. La définition de Spi-
noja ne vaut donc rien du tout ; elle confond ce qui
«bit être néceflairement dillingué , l'eflence , qu'il
S P 1
norùtnçfupjljnce, avec l'exlflence. La définition ou'lj
apporte pour prouver qu'une fubflance n'en peut
produire une autre , efl aufli ridicule que ce raifbn-
nement qu'on feroit pour prouver qu'un homme efl
un cercle ; Par homme , j'entends une figure rende"
or le cercle efl une figure ronde , donc l'homme efl
un cercle. Car voici comme raifonne Spinofu : il me
plaît d'entendre par fubflance ce qui n'a point de
caufe; or ce qui efl produit par un autre a une caufe
donc une fubilance ne peut être produite par une au'
tre fubflance.
La définition qu'il donne du fini & de l'infini n'efl
pas plus heureuie. Une choie efl finie, félon lui
quand elle peut être terminée par une chofe de la
même nature. Ainli un cqrps efl dît Jini , parce que
nous en concevons un plus grand que lui; ainfi la
pcnlée efl terminée par une autre penfée. Mais le
corps n'cll point terminé par la penfée, ainfi que la
penfée ne l'cll point par le corps. On peut fiippofer
deux fujets ditl^rens , dont l'un ait une connoifTance
infinie d'un objet, 6c l'autre n'en ait qu'une con-
noifl'ance finie. La connoiflance infinie du premier
ne donne point l'exclufion à la connoiflance finie du
fécond. De ce qu'un être connoît toutes les pro-
priétés & tous les rapports d'une chofe, ce n'efl pas.
une raifon,pour qu'un autre n'en puifTe du-moins
faifir quelques rapports & quelques propriétés. Mais,
dira Spinoja , les degrés de connoifl'ance qui fe trou-
ve dans l'être fini, n'étant point ajoutés à cette con-
noiflance que nous fuppofbns infinie, elle ne peut
pas l'être. Pour répondre à cette objetlion, qui n'efl
qu'une pure équivoque, je demande, fi les degrés
de la connoifTance finie ne fe trouvent pas dans la
connoifTance infinie , on ne fauroit le nier. Ce ne
feroit pas à la vérité les mêmes degrés numériques,
mais ce feront les mêmes fpécifiquement, c'efl-à-
dire, qu'ils feront femblables. Or«il n'en faut pas
davantage pour la connoifTance infinie. Quant aux:
degrés infinis dont elle efl compofée on ajouteroit
encore tous les degrés qui fe trouvent épars &
défunis dans toutes les connoifTances finies , elle n'en
deviendroit pas plus parfaite ni plus étendue. Si j'a-
vois précifément le même fonds de connoifTances
que vous fur quelqu'objet , en deviendrois-je plus
habile & mes lumières plus étendues, parce qu'on
ajouteroit vos connoiiTances numériques à celles que
je pofî'ede déjà? Vos connoifTances étant abfolument
femblables aux miennes, cette répétition de la même
fcience ne me rendroit pas plus favant. Donc une
connoifTance infinie n'exige point les degrés finis des
autres connoifTances ; donc une chofe n'efl pas pré-
cifément finie , parce qu'il exifle d'autres êtres de
la même nature.
Ses raifonnemens fur l'infini ne font pas plus ju-
fles. Il appelle infini , ce dont on ne peut rien nier,
& ce qui renferme en foi formellement toutes les
réalités pofïïbles. Si on lui pafTe cette définition, il
efl clair qu'il lui fera ailé de prouver qu'il n'y a
dans le monde qu'une fubflance unique, & que cette
fubflance efl Dieu , & que toutes les chofes font les
modes de cette fubflance. Mais comme il n'a pas
prouve cette définition, tout ce qu'il bâtit defTus,
n'a qu'un fondement ruineux. Pour que Dieu foit
infini , il n'efl pas nécefTaire qu'il renferme en lui
toutes les réalités pofTibles qui font finies & bornées ,
mais feulement les réalités & perfe£lions pofîibles
qui font immenfes & infinies : ou , fi l'on veut , pour
parler le langage ordinaire de l'école , qu'il renferme
éminemment toutes les réalités & les perfeftlons
poffibles ; c'efl-à-dire , que toutes les perforions
& réalités qui fe rencontrent dans les individus
de chaque être que Dieu peut former, fe trouvent
en lui dans un degré émincnt & fouverain : d'où il
ne s'enfuit pas que la fubflance de Dieu renferme
s P I
la fubflance des individus fortis de tes maîns.
Les axiomes de Spinofa ne font pas moins faux &
captieux que fes définitions : choififfons ces deux
qui font les principaux : La connoijfance de rejfet dé-
pend de la connoijfancc de la cauj'e , & la renferme né-
cejfairement : Des clioj'es qui n'ont rien de commun entre
elles , ne peuvent fervir à je faire connoître mutuellement.
On fenttout-d'un-coup le captieux de ces deux axio-
mes ; & pour commencer par le premier, voici com-
me je raifonne. On peut confidérer l'effet de deux
manières , en-tant qu'il eft formellement un effet, ou
matériellement, c'eft-à-dire, tout fimplement, en-
tant qu'il ell en lui-mcme. Il efl vrai que l'effet confi-
déré formellement comme effet , ne peut être connu
féparément de la caufe, félon cet axiome des écoles ,
correlata funt fimul cognitione. Mais fi vous prenez
l'effet en lui-même, il peut être connu par lui-même.
L'axiome de Spinoja eii donc captieux, en ce qu'il
ne diflingue pas entre les différentes manières dont
on peut envifager l'effet. D'ailleurs , quand Spi-
Tiofa dit que la connoiffance de l'eflet dépend de
la connoiffance de la caule & qu'elle la renferme,
veut- il dire que la connoiffance de l'effet entraî-
ne néceffairement une connoiffance parfaite de la
caufe } Mais en ce fens , l'axiome ell très-faux ,
puifque l'effet ne contient pas toutes les perfedions
<le la caufe , qu'il peut avoir une nature très-diffé-
rente de la ficnne : favoir fi la caufe agit par fa feule
volonté ; car tel fera l'effet qu'il plaira à la volonté
de le produire. Mais fi Spinofa prétend feulement
que l'idée de l'effet efl relative à l'idée de la caufe,
l'axiome de Spinofa efl vrai alors , mais inutile au
but qu'il fe propofe ; car , en partant de ce prin-
cipe, il ne trouvera jamais qu'une fubflance n'en
puiffe produire une autre dont la nature & les attri-
buts feront différens. Je dis plus : de ce que l'idée
de l'effet ell relative à l'idée de la caufe , il s'enfuit
dans les principes de Spinofa , qu'une lubflance
douée d'attributs différens peut être la caufe d'une
autre fubflance. Car Spinofa reconnoît que deux
chofes dont l'une ell caufe de l'autre, fervent mu-
tuellement à fe faire connoître : or, fi l'idée de l'ef-
fet cil relative à l'idée de la caufe , il efl évident
que deux fubflances de différent attribut pourront
fe faire connoître réciproquement , pourvu que
l'une foit la caufe de l'autre, non pas qu'elles aient
ime même nature & les mêmes attributs , puifqu'on
les fuppofe différens; mais par le rapport qu'il y a
de la caufe à l'effet. Pour l'autre axiorne , il n'efl pas
moins faux que le précédent : car, quand Spinofa
dit, que les chofes qui n'ont rien de commun entre
elles, ne peuvent fervir à fe faire connoître réci-
proquement ; par le mot de commun , il entend une
même nature fpécifîque. Or l'axiome pris en ce fens,
ell très-faux ; puifque , foit les attributs génériques ,
foit la relation de la caufe à l'effet , peuvent les faire
connoître les uns par les autres.
Examinons maintenant les principales propofi-
tlons qui forment le fyflême de Spinofa. Il dit dans
fa féconde , que deux fubflances ayant des attributs
différens, nont rien de commun entr'elles. Dans la
dcmonflration de cette propofition , il n'allègue
d'autre preuve que la définition qu'il a donnée de
la fubflance , laquelle étant faulfe, on n'en peut rien
légitimement conclure , & par conféquent cette pro-
pofition efl nulle. Mais afin d'en faire mieux com-
prendre le faux, il n'y a qu'à confidéter l'exiflence
& l'effence d'une choie pour découvrir ce fbphlfme.
Car, puifque Spinofa convient qu'il y a deux fortes
d'exillence , l'une néceffaire & l'autre qui ne l'efl
pas ; il s'enfuit que deux fubflances qui auront diffé-
rens attributs, comme l'étendue & la penfée, con-
viendront entr'ellcs dans une exiflence de même
çfpece, c'efl-à-dirc, qu'elles feront fe-mblables en ce
S P I
que Tune & l'autre n'exlfleront pas néce/Talrement,
mais feulement par la vertu d'une caufe qui les aura
produites. Deux effences ou deux fubflances parfai-
tement femblables dans leurs propriétés effemielles
feront différentes , en ce qlie l'exiflence de l'une
aura précédé celle de l'autre , ou en ce que l'une
n'efl pas l'autre. Quand Pierre fcroit femblable à
Jean en toutes chofes , ils font différens , en ce que
Pierre n'efl pas Jean, & que Jean n'efl pas Pierre»
Si Spinofa dit quelque chofe de concevable, cela
ne peut avoir de fondement & de vraiffemblance ,
que par rapport à des idées métaphyfiques qui ne
mettent rien de réel dans la nature. Tantôt Spinofa
confond l'efpece avec l'individu, & tantôt l'indi-
vidu avec l'efpece.
Mais , dlra-t-on , Spinofa parle de la fubflance pré^
cifément, & confidérée en elle-mê^me. Suivons donc
Spinofa. Je rapporte la définition de la fubflance à
l'exiflence; & je dis, fi cette fubflance n'exifle pas,
ce n'efl qu'une idée, une définition qui ne met rien
dans l'être des chofes ; fi elle exifle , alors l'efprit
& le corps conviennent en fubflance & en exif-
tence. Vidas, {e\on Spinofa y qui dit une fubflance,
dit une chofe qui exifle néceffairement. Je réponds
que cela n'efl pas vrai , & que l'exiflence n'efl pas
plus renfermée dans la définition de la fubflance en
général que dans la définition de l'homme. Enfin ,
on dit, & c'efl ici le dernier retranchement, que la
fubflance efl un être qui fubfifle par lui-même. Voici
donc où efl l'équivoque; car puifque le fyftème de
Spinofa n'efl fondé uniquement que fur cette défini-
tion , avant qu'il puiffe argumenter & tirer des con-
féquences de cette définition , il faut préalablement
convenir avec moi du fens de la définition. Or ,
quand je définis la fubflance un être qui fubfifle par
lui-même, ce n'efl pas pour dire qu'il exifle néceffai-
rement, je n'en ai pas la penfée; c'efl uniquement
pour la diflinguer des accidens qui ne peuvent exi-
fier que dans la fubflance & par la vertu de la fub-
flance. On voit donc que tout ce fyflème de Spi-
nofa, cette faflueufe démonftration n'efl fondée* que
fur une équivoque frivole & facile à difiîper.
La troifieme propofition de Spinofa efl que dans
les chofes qui nont rien de commun entr' elles , tune m
peut être la caufe de l^ autre. Cette propofition , à l'ex-
pUquer précifément, efl aufii fauffe; ou dans le feul
fens véritable qu'elle peut avoir , on n'en peut rien
conclure. Elle efl fauffe dans toutes les caufes mo-
rales & occafionnelles. Le fon du nom de Dieu n'a
rien de commun avec l'idée du créateur qu'il pro-
duit dans mon efprit. Un malheur arrivé à mon ami
n'a rien de commun avec la trifleffe que j'en reçois.
Elle efl fauffe encore cette propofition , lorfque la
caufe efl beaucoup plus excellente que l'effet qu'elle
produit. Quand je remue mon bras par l'acle de ma
volonté , le mouvement n'a rien de commun de fa
nature avec l'afte de ma volonté, ils font très- diffé-
rens. Je ne fuis pas un triangle ; cependant je m'en
forme une idée, & j'examine les propriétés d'un trian-
gle. Spinofa a cru qu'il n'y avoit pbint de fubflance
fjjirituelle , tout efl corps félon lui. Combien de fois
cependant Spinofa a-t-il été contraint de fe repréf'en-
ter une fubflance fpirituelle,afin de s'efforcer d'en
détruire l'exiflence ? Il y a donc des caufes qui pro-
duifent des effets , avec lefquels elles n'ont rien de
commun , parce qu'elles ne les produilent pas par
une émanation de leur effence , ni dans toute l'éten-
due de leurs forces.
La quatrième propofition de Spinofa ne nous ar-
rêtera pas beaucoup : Deux ou plufleurs chofes dijlin-
cles font dijiinguées entr'' elles , ou par la diverfité des
attributs des Jubfances , ou par la diverfîté de leurs
accidens qu il appelle des affe6lions. Spinofa confond
ici la diverfité avec la diftintlion, La diverfité vient
47i
S P I
À la vérltc de la cllverlité ipécifique des attributs &
des afiedions. Ainù il y a divcriitô d'eflence , quand
l'une eft conçue & définie autrement que l'autre ;
ce qui tait Teipcce , comme on parle dans l'école.
Ain?i un cheval n'ell pas un honune , un cercle n'eil
pas un triangle ; car on définit toutes ces chofes
diverlcmcnt ,^ mais la diilinflion vient de la diftin-
ftion numérique des attributs. Le triangle A , par
exemple , n'cll pas le triangle B. Titius n'eft pas
Mœvius , Davus n'efl pas Œdipe. Cette propofition
ainli expliquée , la fuivante n aura pas plus de dif-
ficultés.
C'elt la cinquième conçue en ces termes : // ne
peut y avoir dans tunivers deux ou plujicursfubjlanus
de même nature ou de même attribut. SiSpinoJa ne parle
que de l'eflence des choies ou de leur définition , il
ne dit rien ; car ce qu'il dit , ije fignifie autre chofe ,
fmon qu'il ne peut y avoir dans l'univers deux elTcn-
ces différentes , qui aient une même effence : qui en
doute ? Mais fi Spinofa entend qu'il ne peut y avoir
une eflcnce qui i"e trouve en plufieurs liijets fingu-
liers , de même que l'eflence de triangle le trouve
dans le triangle J & dans le triangle B ; ou comme
l'idée de l'eflence de la,l'ubflance le peut trouver dans
l'être qui pcnle & dans l'être étendu , il dit une chofe
maniteflement faufle /"& qu'il n'entreprend pas mê-
me de prouver.
Nous voici enfin arrivés à la fixleme propofition
que Spinofa a abordée par les détours & les che-
mins couverts que nous avons vus. Unefubftance , dit-
il , ne peut-être produite par une autre Jub fiance. Com-
ment le dém.ontre-t-il ? Par la propofition précéden-
te , par la féconde & par la troifieme ; mais puifque
nous les avons réfiitées , celle-ci tombe 6c fe détruit
fans autre examen. On comprend aifément que Spi-
nofa ayant mal défini la fubflance , cette propofition
qui en efl la conclufion , doit être néccflairement
faufile. Car au fond^la fubftance de Spinofa ne fignifie
autre chofe , que la définition de la fubflance ou l'i-
dée de fon eflence. Or , il efl: certain qu'une défini-
tion n'en produit pas une autre. Mais comme tous
ces degrés métaphyfiques de l'être ne fubfiftent &
ne font diflingués que par l'entendement , & que
dans la nature ils n'ont d'être réel & efFeûif qu'en
vertu de l'exiftence ; il faut parler de la fubflance ,
comme exiftante , quand on veut confidérer la réa-
lité de fes effets. Or dans un tel rocher, être exillant,
être fubfl:ance , être pierre , c'eft la même chofe ; il
faut donc en parler comme d'une fubflance exiftan-
te , quand on le confidere comme étant aftuellement
dans l'être des chofes , & par conféquent comme
fubflance exiflante , pour exiftcr néccflTairement &
par elle-même ou par la vertu d'autrui ; il s'enfuit
qu'une fubflance peut être produite par une autre
fubflance ; car qui dit une fubflance qui exifle par la
vertu d'autrui , dit une fubflance qui a été produite,
& qui a reçu fon être d'une autre fubflance.
Après toutes ces équivoques &: tous ces fophif-
jTies , Spinofa croyant avoir conduit fon leûeur où
il fouhaitoit , levé le mafque dans la feptieme pro-
pofition. Il appartient , dit-il , à la fubflance d'exifter.
Comment le prouve-t-il ? Par la propofition précé-
dente qui efl faufle. Je voudrois bien firvoir , pour-
quoi Spinofa n'a pas agi plus franchement & plus
fmcérement ; car fi l'eflence^e la fubflance emporte
néceflairemcnt l'exiflence, comme il le dit ici, pour-
quoi ne s'en efl- il pas explique clairement dans la
définition qu'il a donnée de la fubflance , au lieu de
fe cacher fous l'équivoque facheule de fubfijler par
foi-même , ce qui n'efl véritable que par rapport aux
accidens &: point du-tout à l'exiflence ? Spinofa a
beau faire , il ne détruira pas les Idées les plus clai-
res &: les plus naturelles.
I.a fubflance ne dit autre chofe qu'un être qui exif-
S P I
te , fans être un accident attaché à un fujet. Or on
iait naturellement que tout ce qui exifle fans être ac-
cident , n'exi^ pas néanmoins néceffairement donc
l'idée & l'eflence de la même fubflance n'emnortent
pas néceflairemcnt l'exiflence avec elles.
On n'entrera pas plus avant dans l'examen des
propofitions de Spinofa , parce que les fondemens
étant détruits, 11 fcroit inutile de s'appliquer davan-
tage à renverfer le bâtiment ; cependant comme cet-
te matière efl difficile à comprendre , nous la retou-
cherons encore d'une autre manière ; & quand ce
ne feroitque des répétitions, elles ne feront pas néan-
moins inutiles.
Le principe fur lequel s'appuie i'/'/'/zo/Ji efl de lui-
même obfcur & incompréhenfible. Quel efl -il ce
principe ou fondement de fon fyflème? C'efl qu'il n'y
a dans le monde qu'une feule fubflance. Certaine-
ment la propofition efl obfcure & d'une obfcurité
fingullere , & nouvelle : car les hommes ont toujours
été perfuadés , qu'un corps humain & un muid d'eau
ne iont pas la même fubflance, qu'un efprlt & un
autre efprlt ne Iont pas la même fubflance , que Dieu
& mol, & les autres différentes parties de l'univers
ne font pas la même fubflance. Le principe étant
nouveau , furprenant , contre tous les principes re-
çus , & par conféquent fort obfcur', Il faut donc l'é-
clalrcir & le prouver. C'cfl ce qu'on ne peut faire
qu'avec le fecours des preuves , qui foient plus clai-
res que la choie même à prouver : la preuve n'étant
qu'un plus grand jour , pour mettre en évidence ce
qu'il s'agit de faire connoître & de perfuader. Or
quelle efl , félon Spinofa , la preuve de cette propo-
fition générale, iltiy a & il ne peut y avoir qu une
feule fubflance ? La voici: c'efl qu une fubflance nen
fiuroit produire une autre. Mais cette preuve n'enfer-
me-t-elle pas toute l'obfcurlté & toute la difllculté
du principe ? N'efl -elle pas également contraire au
fentiment reçu dans le genre humain , qui efl per-
fuadé qu'une fubflance corporelle , telle qu'un arbre,
produit une autre lubflance , telle qu'une pomrae ,
& que la pomme .produite par un arbre , dont elle
efl aftuellement féparée ,^ n'efl pas actuellement la
même fubflance que cet arbre ? La féconde propoli-
tion qu'on apporte en preuve du principe , efl donc
aufll obfcure pour le moins que le principe , elle ne
l'éclalrcit donc pas , elle ne prouve donc pas. Il efl
ainfi de chacune des autres preuves de Spinofa : au
lieu d'être un éclairciflement , c'efl une nouvelle ob-
fcurité. Par exemple , comment s'y prend-il pour
prouver qu'une fubflance ne faurolt en produire une
autre ? C'efl , dit-il, parce qu elles ne peuvent fe conce-
voir l'une par Vauth. Quel nouvel abîme d'obfcurité?
Car enfin , n'al-je pas encore plus de peine à démê-
ler , fi deux fubflances peuvent fe concevoir l'une
par l'autre , qu'à juger fi une fubflance en peut pro-
duire'une autre ? Avancer dans chacune des preuves
de l'auteur , c'efl faire autant de démarches d'une ob-
fcurité à l'autre. Par exemple , il ne peut y avoir dcuK
fubfances de même attribut , & qui aient quelque chofe
de commun cntr'elles. Cela efl-11 plus clair , ou s'en-
tend-il mieux que la première propofition qui ctoit
à prouver ; lavoir , quil n^y a dans le monde quune
feule fubfance.
Or , puifque le fens commun fe révolte à chacune
de ces propofitions, aufll-bien qu'à la première, dont
elles font les prétendues preuves ; au Ueu de s'arrê-
ter à raifonner fur chacune de ces preuves , où fe
perd le fens commun , on feroit en droit de dire à
Spinofa , votre principe efl contre le fens commun;
d'un principe où le fens commun fe perd , il n'en
peut rien fortir où le fen^ commun fe retrouve. Ainfi
de s'amufer à vous fuivre , c'efl manifeflement s'ex-
pofer à s'égarer avec vous , hors de la route du fens
commun. Pour réfuter Spinofa^ il ne fout, ce me fem-
ble.
s P ï
blc: , QVi? Tarrèter au premier pas , fans prendre la
pci.-.e 'ie iuivre cet auteur dans ua tas de conleqiien-
ces qu':i lire lelon i"a méthode prctendue géomctri-
q.ij , ii iK l'uit quefub'iituer aa principe oblcur dont
il a fait la hafc de l'on fyltcme , celui-ci , il y a plu-
(leurs fiùhftiinccs , principe qui dans ion genre eft clair
au fuprème degré. Et en effet , quelle propofition
plus claire, plus frappante, plus intime à l'intelli-
D^ence & à la conlcicnce de fliomme ? Je ne veux
point ici d'autre juge que le fentiment naturel le plus
droit , & que l'imprenion la plus ^ufte du fens com-
mun répandu dans le genre humain. Il ell donc na-
turel de répondre fimplement à la première propo-
(ition qui leur fert de principe : vous avancez une
extravagance qui révolte le iens commun , & que
i^ous n'entendez pas vous-même. Si vous vous obf-
:inez à foutenir que vous comprenez une chofe in-
:ompréhenfible ; vous m'autoriîez à juger que votre
îfprit eft au comble de l'extravagance , &: que je per-
Irois mon tems à raifonner contre vous & avec vous,
o'eft ainfi qu'en niant abfolument la première pro-
jofiîion de fes principes , ou en éclairciifant les ter-
mes obfcurs dont il s'enveloppe , on renverfe i'é-
iince & le fyilème par fes fondemens. En effet , les
principes des feôateurs àeSpinofa, ne rélultent que
ie»ténebres où ils prennennt plaifir à s'égarer, pour
/"engager avec eux ceux qui veulent bien être la
lupe de leur obfcurité , ou qui n'ont pas alfez d'in-
;elligence pour appercevoir qu'ils n'entendent pas
nix-mêmes ce qu'ils diicnt.
Voici encore quelques raifons dont on peut fe fer-
nr pour renverfer ce fyiilème. Le mouvement n'é-
:ant pas effentiel à la matière , & la matière n'ayant
)ù fe le donner à elle-même, il s'enfuit qu'il y a
juelque autre fubllance que la matière , & que cette
libftance n'eft pas un corps , car cette même difH-
;ulté retourneroit à f infini. Splnofu ne croit pas qu'il
■f ait d'abfiu-diîé à remonter ainfi de caufe en caufe
î l'infini ; c'eft fe précipiter dans l'abîme pour ne pas
irouloir fe rendre , ni abandonner fon fyllème.
J'avoue que notre efprit ne comprend pas l'infini ,
mais il comprend clairement qu'un tel mouvement ,
un tel effet , un tel homme doit avoir fa première
caufe ; car fi on ne pouvoit remonter à la première
caufe , on ne pourroit en defcendant , rencontrer ja-
mais le dernier effet, ce qui efl manifeftement faux ,
puifque le mouvement qui fe fait à l'inftant que je
parle , efl de néceffité le dernier. Cependant on con-
çoit fans peine, que remonter de l'effet à la caufe, ou
defcendre de la caufe à l'effet , font des chofes unies
de la même manière qu'une montagne avec fa vallée;
deforte que comme on trouve le dernier effet, on
doit aufli rencontrer la première caufe. Qu'on ne
dife pas qu'on peut commencer une ligne au point
où je fais , & la tirer jufqu'à l'infini, de même qu'on
peut commencer un ncm.bre & l'augmenter juiqu'à
i'infîni ; de telle forte qu'il y ait un premier nombre j
un premier point , fans qu'on puifîe trouver le der-
nier. Ce feroit un fophifme facile à reconnoître , car
il n'efi: pas queflion d'une ligne qu'on puiffe tirer , ni
d'un nombre qu'on puiffe augmenter , mais il s'agit
d'une ligne formée & d'un nombre achevé. Et com-
ïT.e toute ligne qu'on achevé après l'avoir connnen-
cée; tout nombre qu'on ceffe d'augmenter, eft né-
ceffairement fini , ainfi de même , le mouvement ,
l'effet qu'il produit à l'infîant étant fini , il faut que
le nombre des caufes qui concourent à cet effet le
foit aufîi.
On peut éclaircir encore ce que nous difons par
un exemple allez fenfible. Les Philofophes croyent
que la matière eft divifible à finfini. Cependant ,
quand on parle d'une divifion atfucUe & réelle des
parties du corps, elle eft toujours nécefî'airemcnt fi-
nie. 11 en de même dc$ caufes 6c des elfets de la na-
Tomt XK
S P ï
47^
ture. Ouand elle en pourroit produire d'autres &
encore d'autres à l'infini , les caufes néanmoins' &
les effets qui exiftent actuellement à cet inftant, doi-
vent être finis en nombre; & il eft ridicule de croire
qu'il faille remonter à l'infini pour trouver la pre=
miere caufe du mouvement. De plus , quand ort
parle du mouvement de la matière , on ne s'arrête
pas à une feule partie de la matière, pour pouvoii*
donner lieu à Spinofa d'échapper, en difant que cette
partie de la matière a reçu fon mouvement d'une au-
tre partie , & celle-là d'une autre , & ainfi de même
jufqu'à l'infini ; mais on parle de toute la matière
quelle qu'elle foit , finie & infinie , il n'importe. On
dit que le mouvement n'étant pas de l'efîènce de la
matière , il faut nécefîairement qu'elle l'ait reçu
d'ailleurs. Elle ne peut l'avoir reçu du néant ; car
le néant ne peut agir. Il y a donc une autre caufé
qui a imprimé le mouvement à la matière, qui ne
peut être ni matière ni corps. C'eft ce que nous
appelions efprit.
On démontre encore parl'hiftoire du monde, que
l'univers n'a pas été formé par une longue fucceffion
de tems , comme il faudroitnéceffairement le croire
& le dire , fi une caufe toute-puiffante & intelli-
gente n'avoit pas préfidé dans la création , afin de
l'achever & de le mettre en fa perfection. Car s'il
s'étoit formé par le feul mouvement de la matière j
pourquoi feroit-elle fi épuifée dans (qs commence-
mens, qu'elle ne puiffe plus , & n'ait pu depuis plu-
fieurs liecles former des aiîres nouveaux } pourquoi
ne produiroit-elle pas tous les jours des animaux &
des hommes par d'autres voies que par celles de la
génération , fi elle en a produit autrefois ? ce qui eft
pourtant inconnu dans toutes les hiftoires. Il faut
donc croire qu'une caufe intelligente & toute-puif-
fante a formé dès le commencement cet univers en
cet état de perfedtion où nous le voyons aujourd'hui.
On fait voir aufîi qu'il y a du deffein dans la caufe qui
a produit l'univers. Spinofa n'auroit pu néanmoins
attribuer une vue & une fin à fa matière informe. Il
ne lui en donne qu'entant qu'elle eft modifiée de
telle ou telle manière, c'eft-à-dirc que parce qu'il y
a des hommes & des animaux. Or c'eft pourtant la
dernière des abfurditésde croire &: de dire que l'œil
n'a pas été fait pour voir , ni l'oreille pour entendrci
Il faut dans ce malheureux fyftème réformer le lan-
gage humain le plus raifonnable & le mieux établi ^
afin de ne pas admettre de connoiffance & d'intelli-
gence dans le premier auteur du monde & des créa-
tures.
Il n'eft pas moins abfurde de croire que fi les pre-
miers hommes font fortis de la terre , ils ayent reçu
partout la même figure de corps &: les mêmes traits^
fans que l'un ait eu une partie plus que l'autre , ou
dans une autre fituation. Mais c'cft parler confor-
mément à la raifon Se à l'expérience , de dire que
le genre humain foirfortid'un même moule, & qu'il
a été fait d'un même fang. Tous ces argumens doi-
vent convaincre la raifon qu'il y a dans l'univers wa
autre agent que la matière qui le régit, & en difpoté
comme il lui plaît. C'cft pourtant ce que Spinofa a
entrepris de détruire. Je finis par dire que plufieurs
perfonnes ont affuré que fa do£trinc confiderée mê-
me indépendamment des intérêts de la religion , a
paru fort méprifablc aux plus grands mathémati-
ciens. On le croira plus facilement, li l'on fe fbuvient
de ces deux chofes , l'une , qu'il n'y a point de gens
qui doivent être plus perfuadés de la multiplicité
des fubftances , que ceux qui s'appliquent à la con-
fidération de l'étendue ; l'autre , que la plupart de
ces fçavans admettent du vuide; Or il n'y a rien
de plus oppofé à l'hypothèfe de Spinofa , que de fou*
tenir que tous les corps ne fc touchent point, &ja«
mais deux fyftèmcs n'ont été plus oppofés que 1«
* Oo o
474
S P I
iien & celui des Atomlftes. Il eft d'accord avec Epi-
cure en ce qu; regarde la rejcct.on de la Providen-
ce ; mais dans tout le relie leurs lylienies lont com-
me l'eau 6i. le feu.
SPINOSISTE, f. m. ( Gram.) fedateur de la phi-
lofophie do Spinoia. Il ne taut pas confondre les5/'i-
no////t'S anciens avec les S^inoj/fics modernes. Le
principe général de ceux-ci , c'eft que la matière eft
lenlible, ce qu'ils démontrent par le développement
de l'œuf, corps inerte, qui par le feul inlhument de
la chaleur graduée paÛe h l'éiat d'être fentant & vi-
vant , &c par l'accroillement de tout animal qui dans
fon principe n'eft qu'un point , &C qui par l'ainmila-
tion nutritive des plantes , en un mot , de toutes les
fubllances qui fervent à la nutrition , devient un
grand corps fentant ik; vivant dans un grand efpace.
De-U\ ils concluent qu'il n'y a que de la matière , &
qu'elle funit pour tout expliquer; du relte ils fuivent
l'ancien lj)inofifme dans t.nites fes conféquences.
SPINÏHEil , f. m. ( Liticrat. ) ce mot ie trouve
dans Plante ; c'eli une cl'pece de DracLlet que les da-
mes romaines , dans les premiers fiecles de la répu-
blique, portoient au haut du bras gauche. {D. /.)
SPINUS , f. m. (^HijLnat.dcsunc. ) corps foifile
d'une qualité bien remarquable , s'il e(l vi ai ce qu'en
dit Théophrafle & d'autres naturalises, qu'on cou-
poit \q J'pinus en pièces , & qu'après l'avoir mis en
tas A l'expolition dulbleil, il prenoit feu, s'allumoit,
&: bruloit encore mieux quand on l'humectoit avec
de l'eau. {D.J.)
SPINY L.\c , {Géog. mod^ lac d'EcofTe , dans la
pro\ incc de Murray. Il eft couvert de cygnes, &
bordé de deux châteaux , l'un à l'occident 6l l'autre
au midi. (Z). /.)
SPIRALE , f. f. (^Gêom. ) eft en général une ligne
courbe , qui va toujours en s'éloignant de fon cen-
tre , & en faifant autour de ce centre plufieurs révo-
lutions.
On appelle plus proprement & plus particulière-
ment fp'rali en Géométrie , une ligne courbe dont
Archiuiede eft l'inventeur , & qu'on nomme pour
cette ïM\onJpiraU d' '^rJniiudi.
En voici la génération. On fuppofe le rayon d'un
cercle divifé en autant de parties que fa circonféren-
ce , par exemple en 360. Le rayon le meut iur la cir-
confvrence , & la parcourt toute entière. Pendant ce
même tems , un point qui part du centre du cercle,
Te meut kir le rayon , &: le parcourt tout entier , de
forte que les paities qu'il parcourt à ch que inilant
fur le rayon , font proportionnelles à celles que le
rayon parcourt dans le même inftant Iur la circonfé-
rence, c'eft-à dire eue tandis que le rayon parcourt,
par exemple, un degré delà circonférence , le point
qui le meut Iur le rayon, en parcourt la 300^ partie.
il eft évident que le mouvement de ce point eit com-
pofé, & li l'on luppole qu'il lailfe une trace, c'eft la
coinbc qu'Archimede a noniméey/>/V.î/<r,dont le cen-
tre eft le même que celui du cercle , ôc dont les or-
données ou rayons font les diiférentes longueurs du
rayon du cercle , priles depu:s le centre, & à l'extré-
mité delqueiles le point mobile s'eft trouvé à chaque
inftant: par conféquent les ordonnées de cette cour-
be concourent toutes en un point, 6l elles font en-
tre elles comme les parties de la circonlérence du
cercle correlpondantes qui ont été parcourues parle
rayon, &C qu'on peutappeller^/'Ci^e nvoLutïon. ^oy.
V*. ji^ J_9. di g'.'om. la coiube CM mm eft une Ipiralc.
Lorique le rayon C -^ ^fg' 331 • géom. a f.iit une ré-
volution , &: que le point mobile parti de C, eft arri-
vé en A , on peut luppoler que ce point continue à
fe mouvoir, 6i. le rayon à tourner, ce qui produira
une continuation de la IpiraU , ik. oji voit que cette
courbe peut être continuée parce moyen , anîn loin
qu'on voudra, yoyc^jig. 40.
S P I
Afchimede , inventeur de la fp'naU ^ en l'exami-
jiant, en trouva les tangentes , ou ce qui revient au
même les lous tangcn£ei,oc enfuue les efpaces. il dé-
montra qu'à la lin de la première révolution , la Ibus-
tangente de XàjpïraU eft égale à la circonférence du
cercle circonlcnt , qui eft alors le même que celui
fur lequel on a pris les arcs de la révolution : qu'à' la
lin de la leconde révolujion , la fous-tangente eft
double de la circonférence du cercle circonfcrit tri-
ple à la lin de la iroilitme rcvolution , tk toujours
ainfi de luite. Quant aux efpaces , qui font toujours
compris entre le rayon qui termine une révolution
& XàXQJ'piraL qui s'y termine aulfi , pris depuis le cen-
tre , Archimede a prouvé que letpace fpir.it' de la
première révolution , eit ù i'elpace de fon cercle cir-
confcrit, comme 1 à 3; que I'elpace de la féconde
révolution eft au cercle circonlcrit , couîme 7 à 11 ;
celui de la troifteme', comme 19 à 2.7, £v. Ce font
là les deux plus conlidérablcs découvertes du traité
d Archimede. Nous avons les propres demonftra-
lions : elles font li longues tk; ft difficiles , que com-
me on le peut voir par un pallage latin , rapporté dans
la préface des inimimens petits de M. de l'Hôpital,
liouillaud avoue qu'il ne les a jamais bien entendues,
&que Viette, par cette même raifon , les a injufte-
ment foupçonnées de paralogifme ; mais par le fe-
cours des nouvelles méthodes , les démonftrations
. de ces propriétés de la jpuaU , ont été fort fimpKfiées
& étendues à d autres propriétés pliss générales. En
elfet, l'elprit de la géométrie moderne eft d'élever
toujours les vérités, foit anciennes, foit nouvelles,
à la plus grand:: univerialité qu'il fe puiflé. Dans la
fpirale d'Archimede , les ordonnées ou rayons font
comme les arcs de révolution : on a rendu la géné-
ration de cette courbe plus univerfelle, en fuppofmt
que lesrayonsy fuflént, comme telle puifîancequ'on
voudroit de ces arcs , c'eft-à-dire, comme leurs quar-
rés, leurs cubes, 6f. ou mêuie leurs racines quarrécs,
cubiques , &c. car les géomètres lavent que les raci-
nes lont des puilfances mifes enfraftions. Ceux qui
fouhaitent un plus grand détail fur l'univerfalité de
cette hypothele , le trouveront dans Thiftoirede l'a-
cadémie royale des Sciences, an. 1704, p. 5y. &
Juiv,
Spirah logarithmique , ou logiflique, voyez LOGA-
RITHMIQUE. ( O)
Si'IRAL , rcjjon , ( Horlogerie.') c'eft une lame d'a-
cier ployée en ligne ipirale , lufceptible de contrac-
tion 6c de dilatation , élaftique , que les horlogers
emploient de deux manières dirterentes , l'une pour
fervirde force motrice, & l'autre de force réghmte.
Les relforts tirent toute leur éner<iie defélafticité
de la matière ; cette propriété qui eft généralement
connue , 6c même |)alpable dans prelque tous les
corps , nous lailTe néanmoins encore dans une pro-
fonde ignorance Iur la caule qui la produit ; ce ne
fera donc que par les effets , & fur-tout par l'ufage
que les horlogers en fjnt pour en tirer la force mo-
trice , &C la force réglante , que je me propofede la
traiter dans cet article : par cette raifon , je fuppri-
merai l'énumération qu'il y auroit à faire des diifé-
rentes matières fufceptibles d'élafticité , & je me bor-
nerai à parler feulement de celles de l'acier trempé,
que les horlogers emploient avec tant d'avantage. ■
L'on fait en général que la force élaftique peut être
priie pour une pulfl'ance aftive qui réagit proportion-
nellement aux etforts qui la compriment, ou qui
la prelfent ; ainfi de quelque figure que foit un corps
parfaitement élaftique , il la reprendra toujoirrs , dès
que la comprelîion cefTera : par exemple , lorfqu'on
ploie une lame d'épée, elle le redreilé avec d'autant
plus de vîtelTe , qu'elle a exigé plus de force pour
Iêtre ployée ; c'eft donc par cette réaction que les
reftorts peuvent tenir lieu de poids, ou de force mo-
s P I
rrice, pour animer & faire marcher les montres &
les pendules , 6c par cette raiibn on les nomme ref-
forts moteurs.
Comme refTorts moteurs , ils peuvent être fufcep-
tibles de dil^crentesfigures plus ou moins avantageu-
les pour l'intenfité de cette force ; d'où il fuit qu'on
pourroit fiire cette queflion : la matière & fa quan-
tité étant donnée, trouver la figure qui donnera la
plus grande puiffance élaftique ; mais outre que la
folution en eft très-difficile , & qu'elle tient à un
grand nombre d'expériences qu'il y auroit à faire ,
dignes d'occuper même les plus habiles phyficiens ,
je dois , quant à prélent, me bornera rendre comp-
te de ce qu'on fait , plutôt que de ce qu'il y auroit
à faire.
Dî rexécution & application des rejforts , en qualité
di force motrice. Pour faire les refforts de montres ,
l'on prend de l'acier en barre , que l'on fait dégroiFir
aux grandes forges , pour enfuite le tirer rond à la ri-
llere , plus ou moins gros , fuivant les refforts qu'on
a à faire ; ou bien l'on prend de l'acier rond d'Angle-
terre , ôc c'ell le meilleur, l'on coupe ce fil par bout
de 20 à 30 pouces ; après l'avoir fait recuire , on le
forge pour l'applatir & le réduire à l'épaiffeur d'un
quart de ligne , on le dreffe fur le plat, Scl'onfup-
plée ainfiàla lirne, aux inégalités que le marteau a
pu laiffcr; celas'apperçoit à la différence decourbu-
]re que prend le reiiort , en le faifant ployer de place
en place dans toute fa longueur. On le lime auffi d'é-
gale largeur , en le faiiant paffer dans toute fa lon-
gueur , dans un calibre. Plufieurs de ces refforts ainfi
préparés , on les entortille chacun de lil-d'archal fur
toute leur longueur , enlailfant un demi-pouce d'in-
tervalle ; l'on prend un de ces refforts , on en forme
un cercle qui peut avoir 7 à 8 pouces de diamètre .
l'on en ploie ainli une douzaine de même largeur ,
concentriquement les uns dans les autres , ce qui
forme une trempe cylindrique , épaiffe de la largeur
des refforts , & large de toutes les épaiffeurs réu-
nies , & il refle encore un vulde dans le milieu , &
tous les jours que laiffentles fils-d'archal ; ces jours
font utiles, parce que l'huile ouïe liquide dans le-
quel on les plonge pour les tremper , faifit aifément
toutes les furfaces des refforts: l'on prend ce paquet
de douze refforts, pour le placer dans un cercle de
fer fait en forme de roue de champ , qui a une croi-
lée au centre de laquelle efl un pivot qui tient à l'ex-
trémité d'une verge de fer , & qui laiffe mobile le
cercle, pour être tourné dans le fourneau au moyen
d'une autre baguette, dont on fe fert pour faire tour-
ner ce cercle par fa circonférence ; Ton voit aifé-
ment que cette méchanique n'eff là que pour la faci--
lité de donner une égale chaleur dans toutes les par-
îles de la circonférence.
L'on porte le tout dans un fourneau de réverbère
où le charbon doit être bien allume ; & lorfque les
i efforts ont acquis le degré de chaleur que l'expé-
rience feule peut apprendra, ce qui revient A-pcu-
près d'un rouge couleur de charbons allumés : alors
on retire le tout des fourneaux, & Ton fait tomber
fubitement le paquet de rclTorts dans une fuiTifante
quantité d'huile de navette , & l'on répète cette ex-
périence autant de fois qu'on a de douzaine de ref-
forts à tremper.
Retirezde l'huile ces refforts, coupez de placcen pla-
ce les fils-d'archal, pour les féparer les uns des autres,
les blanchir avec du grai, les bleuir fur un fer chaud,
les redreffer à coup de marteau , les limer de nou-
veau pour les égaler fur la largeur comme lur l'épaif
feur , avec cette différence qu'il faut que la lame aille
en diminuant d'épaiffeur infcnfiblement fur le bout
cjui doit taire les tours intérieurs du reffort.
Cette dernière opération exige toute l'attention ,
pour qu'ils prennent des courbures régulières &fem-
"Toiiu xy.
S P 1
475
blables, déplace en place ;& lorfqu'on les paffe en-
tre les doigts, en ployant légèrement la lame, il ne
faut plus (cntir aucune différence , aucune dureté
en un mot , une flexibilité égale dans toute la lar-^eur
comme li l'on pnffoit un fimple ruban entre fes doigts ;
mais l'expérience & la déiicateffe du taâ^ font bien
plus propres à faire l'entir cette épreuve , que tout
ce que l'on pourroit dire.
Après avoir fait aux refforts ce qu'on pouvoit de
mieux avec la hme , il faut enfuite, pour les égaler
parfaitement,lespaffer&repaffer plufieurs fois entre
deux morceaux de bois dur , de quatre à cinq pouces
en quarré , bien drefîé , & qui tout raffemblé par une
charnière &L le morceau de deffus , porte un bras de
levier d'un pié avec lequel l'on preffe : l'on eft deux
pour pafl'er le reffort dans cette machine; l'unie
tient par un bout de la tenaille & le tire, pendant
que l'autre preffe avec le bras de levier ; l'on place
entre ces machines,de l'émeri rude dans le commien-
cement , & doux fur la fin , & on le polit.
C'ell par cette dernière opération que l'on par-
vient à donner au reiiort cette uniforme fîexibiUté
qui lui efl fi effentielle ; après quoi on le bleuit une
féconde fois le plus également qu'il eft poffible , par
une chaleur douce. L'on recuit également les deux
extrémités pour y faire une ouverture qui s'appelle
œil; l'on ployé avec une pince ronde le bout qui doit
faire le tour intérieur autour de l'arbre , & l'on pro-
cède à lui donner fa figure fpirj.U en le ployant au-
tour d'un arbre au moyen d'im crochet qui entre
dans l'œil du reffort, tournant l'arbre d'une main , &
de l'autreappuyantdupoucefiirlepremiertoiir, l'on
fait pafîér ainfi la longueur du reffort ; ce reffort ainfi
ployé fpiralement tend par faréadion àfe redreffer;
c'efl pourquoi il faut lâcher par degrés. D'où il fuit,
que la réacfion eft moindre que l'adion, 6l qu'elle
perd d'autant plus cette qualité, que les refforts font
plus comprimés & qu'ils rcftent plus long-tems dans
cet état. Si la matière des refforts étolt parfaitement
élaftique , bien loin de refter ployés en ligne /i^i'iz/e,
ils reviendroient droit au môme point dont ils fe-
roicnt partis ; & au contraire, fi la matière étoit par-
faitement fans élafticité , le reffort refteroit com:ne
on l'auroit ployé & ne vaudroit rien;d'oii il fuit que
les meilleurs refforts font ceux qui rendent le plus
de réaftion , ou qui perdent le moins de leur élafti-
cité. Or l'acier trempé étant de toutes les matières
celle qui a le plus cette propriété ; c'eft donc avec
raifon que les Horlogers la préfèrent. L'on augmente
prodigieufem.ent l'élafticité de l'acier par la trempe
qu'on lui donne ; mais on eft obligé de la lui dimi-
nuer pour qu'il ne caffe pas lorfqu'on le met au tra-
vail ; & l'on a raifon dédire que les meilleurs refforts
font fujetsà caffer , parce que ce font ceux à qui on
a confervé le plus d'élafticité; mais lorfqu'on dimi-
nue trop cette qualité élaflique par le revenir ou re-
cuit qu'on donne aux refforts après la trempe , ils ne
caffent pas , il eft vrai ; mais ils perdent trop fenfible-
ment leur élafticité, &: conféquemment leur force;
il y a donc par-tout des extrêmes qu'il faut éviter.
C'eft un point qu'il faudroit pouvoir faifir; mais qui
eft infiniment diilicile, pour ne pas dire impoffible.
L'on préfère donc dans cette alternative qu'un ref-
fort foif plus près du cafter par trop d'élafticité , que
de fe rendre en en manquant. Enfin , pour refumer
ce que l'expérience & le raifonnement m'ont donné
fur les dilférens refforts que j'ai éprouvés , j'ai trou-
vé, toutes chofes égales d'ailleurs, qu'une lame de
reftbrt étoit d'autant plus élaftique , & confervoit
d'autant plus long-tems cette qualité , que la lame
étoit plus mince , plus large , plus longue ; en forte
que cette lame étant nloyée en /puaU autour de
l'arbre dans fon barillet , fon rayon fut égal h la
largeur ou hauteur des reflbrts, & réciproquement;
^ O o o ij
476
S P I
ccû pourquoi les reflbrts de montre plate Te rendent
ou le caHcnt plus trcquenimcnt que les autres. Le
reflbrt placé dans le barillet porte un crochet qui ac-
croche le bout extérieur du reflbrt, ôiTarbie accro-
che le bout intôrieuf. Dans cet état, li l'on vient à
tourner l'arbre, le barillet étant fixé , le reflbrt s'cn-
vcloppcra immcùiatemcnt fur le corps de l'arbre,
ainli de tous les lours rucccfl^ivement ; dans cet état
le reflbrt lera bandé, li l'on lui oppole un rouage à
faire tourner par le moyen des dents qu'on aura pra-
tiquées à lacirconférence du ])arillet ; ce qui engrè-
nera dans le premier pignon ; le reflbrt en fe déten-
dant fera tourner le rouage avec une vîtcfle qui di-
minuera comme la détente du reflbrt.
Mais fi au lieu d'oppofer au barillet des rayons
égaux comme font les ailes de pignons fur Icfquellcs
il agit , on lui adapte une chaînette qui communi-
que &: s'entortille fur une fii>,ure conique taillée en
Jpir.i/c, dont les rayons diminuent précifément com-
me la force du reflbrt augmente , c'elt ce qui for-
mera la fufée. f^ojei FusÉE. Alors la fufée por-
tant la roue du barillet communiquera au premier
pignon une égale vitefl'e pour tous les tours , &z par-
confcquent la force motrice fera uniforme fur tout
le rouage.
DcCcxlcutlon du nffort fpiral & de fon application
en qualité de fora réglante, he rejfort fpiral d\\rie mon-
tre ordinaire eft une lame d'acier très-déliée qui
peut avoir trois ou quatre pouces de longueur , &
d'un neuvième à un douzième de ligne de largeur ,
fur un trente à quarante-huitième d'epaiflleur ployée
en Vigne fpira/e de quatre à trois tours au moins; ces
tours doivent avoir des intervalles plus ou moins
grands , fuivant la force du fpiral &C la grandeur du
balancier ; la lame doit diminuer d'épaifleur imper-
ceptiblement du dehors au-dedans , en forte que lorf-
qu'on fufpend un petit poids par le bout intérieur ,
& qu'on le levé en tenant avec une pincette l'autre
extrémité extérieure , il prenne la figure d'un cône
renverlé ; c'efl à cette épreuve qu'on juge fi le ref-
fort fe déployé bien, & s'il garde les intervalles pro-
portionnés au diamètre du fpiral; il faut aufll que
les tours de lame foient exadement parallèles entre
eux & dans le même plan.
Pour faire ces petits reflbrts, l'on prend de l'acier
d'Angleterre qui n'eli: point trempé , mais qui efl
pafl"é au laminoir; ce qui lui donne afl'ez de corps
pour avoir de l'élafliicité. Plufleurs horlogers s'en
fervent & font eux-mêmes leurs refforts fpiraux ; ils
redreflfent, réforment même ceux qui font faits , mais
il n'y a guère que les habiles artiftes capables de les
bien faire ; Genève efl: la feule ville que je connoifl'e
où il y ait des gens qui ne s'occupent qu'à faire de ces
reflbrts , & qui les font d'autant mieux, que la rou-
tine & la délicateflTe du ta£t l'emportent de beaucoup
fur la théorie : ils ne fe fervent point de fil d'Angle-
terre ; ils prennent une lame d'acier trempé , & re-
venue comme xme lame de reflbrt moteur qu'ils af-
foibliflbnt à la lime jufqu'à une certaine épaifl'eur;
après quoi ils les coupent par petites bandes. Les re-
drefler, limer fur la largeur &;répaiflbur , les adou-
cir & les ployer en Wgns Jpiralc, font toutes opéra-
tions trop longues à détailler , & qui feroient encore
infufiifantes pour donner une idée de leur délica-
tefl^e ; il n'y a guère que l'expérience qui puiflb la
faire fentir.
Je ne déciderai pas lefquels des deux fpiraux font
les meilleurs d'être d'acier trempé, ou non trempé ;
ce qu'il y a de certain, c'efl que j'ai vu de bons effets
par les uns & les autres; je ne penfe pas qu'il foit
connu de perfonne , autrement que par conjectures ,
auxquelles on doit donner la préférence; les raifons
qu'on donne de parr ou d'autre , me paroiflant trop
fçibles pour être rapportées.
S P I
De rapplication du reflbrt fpiral au balancier. Sur
l'axe du balancier efl ménagée une petite afllette pour
recevoir 6c faire tenir à frottement une virole qui
cft percée par une ligne qui feroit tangente,clnns l'é-
paiifcur de la circonférence : ce trou efl pour rece-
voii" l'extrémité intérieure du fpiral ; & au moyen
d'une goupille qu'on y fait entrer avec , ce fpiral fe
fixe & s'arrête fur la virole; elle efl coupée pour
faire un peu reflbrt en entrant fur l'afTiette du ba-
lancier ; ce qui donne la facihté de tourner la virole
qui tient alors par une preflion élaflique ; le balan-
cier étant placé fur la platine , la cheville de renvcr-
fement eft en repos fur le centre d'échappement.
Foyei Renversement. A l'extrémité extérieure
du //^/r^z/ , fe trouve fur la platine un piton percé
pour la recevoir avec une goupille qui la ferre & la
fixe. Par ce moyen le balancier ne peut point tour-
ner d'un côté ni d'un autre , fans tendre le refjort
fpiral. Le balancier ainfi placé , la roue de rencon-
tre agit par une de ces dents fur la palette fl c'efl:
une verge , & fur les tranches du cylindre, fi c'en
eft un ; alors elle tend le reffort fpiral en décrivant
l'arc de levée ; mais le balancier ne parcourt point
fon arc de levée fans gagner de la force pour conti-
nuer fon arc commencé , qui devient par cette rai-
fon cinq ou fix fois plus grand, voye^ Recul , Re-
pos , Arc de supplément , 6- Arc de levée , oii
le refjon fpiral fait un fi grand rôle en s'oppofant
aux vibrations du balancier, & en les accélérant.
( Voyei RÉGULATEUR ÉLASTIQUE. ) Sous k balan-
cier efl placé une méchanique qu'on nomme h cou-
llffcrie; elle confifte en une roue dentée qui engrène
dans le râteau qui eft une portion de cercle trois ou
quatre fois plus grand que la roue ; ce râteau eft
denté en dehors & placé concentriquement au ba-
lancier , au-dedans duquel eft réfervé une portion
de rayon fous lequel eft placé deux goupilles entre
lefquelles fc place le grand trou du refjort fpiral; en
fbrte que lortqu'on tourne la roue qui porte une ai-
guille de rofette , ce râteau fe meut, & les deux che-
villes en fourchettes fui vent le tour du fpiral^ &c par
conféquent le raccourciflent ou l'alongent , parce
qu'il efl cenfé prendre naiflance à cette fourchette.
Il faut donc faire abftradtion de la partie excédante
qui va de la fourchette au piton où l'extrémité eft
fixée , parce que cette partie ne doit avoir aucun
mouvement par les vibrations du balancier ; c'eft
pour cela qu'on place les chevilles très-proches l'une
de l'autre , pour ne laifTer que la liberté au fpiral de
glifler dedans; puifque par cette méchanique l'on
raccourcit ou alonge le rejfort fpiral , il devient donc
plus fort ou plus foible , il retarde ou accélère la vî-
teife du balancier ; c'eft donc véritablement une for-
ce réglante ; j'ai trouvé par l'expérience que les pe-
tits refjorts fpiraux , relativement au balancier, tou-
tes chofes égales d'ailleurs , étoient ceux qui per-
mettoient les plus grands momens au balancier fans
arrêter au doigt. Pour bien placer un fpiral , il faut
qu'il ne bride en aucun fens , qu'il laifte le balancier
libre d'opérer les vibrations dans toutes leurs éten-
dues ; ce qui fe voit aifément. En regardant marcher
la montre l'on voit s'il tourne bien droit , fi les tours
de lames jouent dans leurs véritables proportions,
&c.
Les refforts fpiraux ne perdent point de leur éla-
fticité par le mouvement des vibrations ; ils fe con-
tractent & fe dilatent par des efforts parfaitement
égaux; j'ai fait à ce fujet quelques expériencesqui
fervent à le prouver. Avec la machine pour le frot-
tement des pivots, le balancier étant arrêté par le
fpiral., je donnois jufqu'à trois tours de tention ,
ce qui comprimoit \e fpiral autour de la virole ; je l'a-
bandonnois alors, 6c ley/'/Viz/non-feuIcment fé déten-
doit des trois tours i il faifoit encore trois tours à-r
s P I
peu-près dans le fens contraire , ce qui rendoit le
//>/r<î/ prefque en ligne droite ; ilfaifoit donc fix tours
par CCS prciûiorcs vibrations qui alloient en dimi-
nuant d'étendue jufqu'à ce qu'elles s'arrêtaffcnt.
J'ai répété cette expérience plufieurs fois; je n'ai
vu aucune altération dans Félafticité du f/nral ; donc
à plus forte raifon , ne la perdra-t-il pas dans les
montres où les plus grandes tenfions ne vont jamais
à un tour. ( Anidz de. M. Romilly^ Horlog.')
SPIR, VAL PF. , {Géog. mod.) en latin FaUlsAfpe-
TÎa ; vallée de France dans le Roufîillon , arrofée par
le Tec, en latin Tedis , & environnée des Pyrénées
de tous côtés , excepté du côté de l'orient. Le val
de Spir étoit autrefois un comté qui a appartenu aux
comtes de Ccrdagne ; ce n'efl aujourd'hui qu'une
fous-viguerie de Perpignan. Le principal lieu de cette
vallée efl Prats de Moillo , que Louis XIV. a fait for-
tifier , & qui l'avoit déjà été anciennement en 1232..
[D.J.)
SPIRACULA ou CHARONEJE SCROBES ,
[Géog. anc.') Pline, /. //. c. xciij. appelle ainfi des
lieux ou des cavernes qui exhaloient des vapeurs
împeftées , capables de donner la mort feulement
lux oifeaux , comme une caverne du mont Sorafte ,
m voifmage de Rome ; ou capables de la donner à
:outes fortes d'animaux , à l'exception de l'homme ,
:omme on trouvoit quelques-unes de ces cavernes
m difFérens endroits ; ou qui quelquefois la don-
loient même aux hommes , comme les cavernes des
;erritoires de SinuefTa & de Pouzzol. Il eft parlé dans
5éneque , natur. quœjl. 1. VI. c. xxv'ùj. des cavernes
ritahe , dont les exhalaifons étoient fatales aux oi-
seaux , & dangereufes pour les autres animaux , &
iîîême pour les hommes.
Près de Naples,on voit une caverne, dont on a parlé
dans ce Diâionnaire, appellée par les Italiens Grotia
id cane, c'eft-à-dire, la Grotte du ch'un^ parce que fi on
^ jette un chien, il perd fur le champ tout mouvement
S<: tout fentiment , jufqu'à ce qu'on le plonge dans une
sau voifme qui lui fait reprendre les efprits , & lui
rend , pour ainfi dire , la vie ; d'un autre côté , cette
vapeur ne nuit point aux hommes. Enfin la caverne
du territoire de Pouzzol , dont Pline fait mention, fe
trouve encore aujourd'hui à la gauche du lac d'Agna-
ni , appelle vulgairement lago Agnano. (Z>. 7.)
S PI RARE A MORES , ( Littérature. ) refpirer les
amours ; dans le ftyle des Grecs & des Latins n'efl
pas ce que nous entendons , en difant , refpirer l'a-
mour. Ces deux façons de parler font entièrement
différentes , & fignifioient des chofes fort oppofées.
Spirare amores , & en grec , Ttulv ipcùTAç , refpirer les
amours , c'efl-à-dire , les faire fortir de fes yeux , de
fa bouche , &c. ne dire pas une parole , ne pouffer
pas un foupir , ne donner pas un coup-d'œil qui ne
faffe naître l'amour, & n'allume cette paifion. Notre
langue n'a point de terme qui puifTe bien exprimer
cela. Horace difoit à Lycé :
Quofugit Venus ? Heu ! quove color decens ?
Quo motus ? Qjiid habes illius , illius ,
Quœ fpirabat amores ,
(^uœ me furpuerat mihi.
» Hélas ! qu'efl devenu cette fleur de jeunefTe , ce
» gracieux coloris , ces manières enjouées & en-
*> gageantes qui animoient toutes vos démarches }
» Que vous refle-t-il de cette Lycé , de cette char-
» mante Lycé , qui faifoit naître tant d'amours &
» qui m'avoit enlevé à moi-même » ? La traduftion
qu'on vient de lire efl paffable ; cependant faire
naître tant d'amours , ne rend point la force & la
beauté du latin .,fpirare amores. {D. /.)
SPIRATION , f f. terme ufité parmi les Théolo-
giens , lorfqu'ils traitent du myflere de la Ste Trinité,
& de la manière dont le S. Efprit procède du Pcre
& du Fils.
S P I
Ils diflingucnt deux fortes de fpirations , l'une
aftive & l'autre pafTive. h^fpiration aftive efl raâion
ou la notion , par laquelle le Père & le Fils de toute
éternité produifent le S. Efprit. h^ifpiration pafîive
efl la notion ou le caraftcre , par lequel le S. Efprit
efl'défigné comme procédant du Père & du Fils.
LesScholaftiques difent que hjpiration adive n'efl
pas diflinguée rcelleînent de la paternité & de la fi-
liation , parce qu'elle n'a point d'oppofition relative
ni avec l'une , ni avec l'autre. Mais ils ajoutent qu'elle
en efl diflinguée formellement , parce qu'elle ne pré-
fente pas les mêmes idées que la paternité & la filia-
tion, qu'on la définit tout différemment , & que ce
n'efl pas par elle , mais par la paternité & la filiation
que le Père & le Fils font confliîués en qualité de
perfonnes. Voye^ Personne , Paternité, Filia-
tion , Notion , Trinité , &c.
SPIPv.E, f. f. dans r ancienne Architecture , efl quel-
quefois employé pour la bafe d'une colonne, & quel-
quefois pour aflragale. Voye^ Base, Astragale.
Ce mot vient du latin fpccrce , les replis d'un fer-
pent qui font femblables à cela , quand ils font cou-
chés par terre , ou bien du grec s-Tiiifse, , le roulement
d'un cable. Voyei Base.
SPIRE , ( Géog. mod. ) ville d'Allemagne dans le
bas Palatinat , capitale de l'évêché de même nom ,
fur le bord du Rhin, à z lieues de Phjlisbourg, à 5 de
Heidelberg , à 16 ou environ de Strasbourg, pref-
qu'au milieu entre ces deux places , & à 1 12 de Pa-
ris. Longit. xG.y. latit. 4^). ly.
Elle étoit anciennement habitée par les Nemetes J
& ce fut pour cette raifon qu'on l'appella Novioma-
gus Nemctum , civitas Nemetum. Elle prit avant le viij,
fiecle le nom de Spire , d'une petite rivière qui la
baigne. Roger , qui en étoit évêque , la fit entourer
de murailles dans le xj. fiecle. L'empereur Henri IV".
la mit au nombre des villes libres. Henri V, Frédéric
II. & Venceflas lui accordèrent fuccefrivement de
grands privilèges. Charles- Quint y fixa la chambre
impériale en 1530.
Cette ville éioit riche , grande , heureufe , libre i
& bien bâtie , lorfque les troupes françoifes en 1689,
la réduifirent en cendres, conformément aux ordres
de Louis XIV. elle fut confumée toute entière dans
l'intervalle de quelques heures , & elle n'a jamais pu
fe rétablir depuis dans jm état un peu favorable. L'é-
glife cathédrale qui appartenoit aux catholiques , &
qui pafToit pour un chef-d'œuvre de fculpture , dé-
corée de grandes tours pyramidales aux quatre coins,
ne fut pas plus épargnée que les temples des calvinif-
tes. Ainfile nom françois fut également abhorré dans
ce terrible défaflre par les feftateurs de l'une & de
l'autre religion.
Bêcher (Jean-Joachim), un des grands chimifles de
l'Europe, naquit à Spire en 1645 ,& mourut en i68i
à l'âge de 37 ans. Privé des biens de la fortune , il
employoit lanuit à étudier, & le jour à enfeigner ,
pour pouvoir fubfifler & faire vivre fa pauvre mère.
Malheureux à Mayence , à Munich & à Wirtzbourg
par la jaloufie de {qs ennemis , il fut errant pendant
plufieurs années fans pouvoir trouver en Allemagne
un domicile affuré. Il paffa donc en Angleterre , &
mourut à Londres. S'a phyficafubterrama efl un ou-
vrage profond , ainfi que fbn trifoUum HoUandicum ,
feu de machinis necejjariis ad opéra ferici aquarum mo~
lendinorum ^ & artis fujorix metallo'-um. Il prétendit,
dans fon livre Intitulé caracler pro notitià Unguarum
univerfali , fournir une langue univcrfelle par le
moyen de laquelle toutes les nations s'entcndroiont
aifement; c'efl du moins le fyflcme d'un homme de
génie. Dans un de fes livres écrit en allemand , fous
le titre de \a folie fage , & de \a folle fa gijj'e.,'\\ rappor-
te plufieurs inventions fort utiles. (D. J.)
Spire , éyéché de , {Géog. mod.) cvêchc d'AUc-
478
S P I
magne clans le bas Pal;itinat , entre les bailliages de
Neullat , de Geanicrslieim , de Brctten iSc de Hoidci-
berg ; le Rhein le divil'c en deux parties. On ne iau-
roit marquer prcciléinent Ictems de la fondation de
cet évcché.'On lait feulement qu'il eftdéja fait men-
tion d'evc(.|ues des Ncmeies dans le quatrième fiecle.
Les empereurs Othon alFranchirent l'cvêque deS/>ire
delà jurifdit^ion des comtes; Henri II. Conrad II,
Henri III. lui rirent des donations confidcrablcs. L'é-
tendue de cet évcchc n'ell pas grande ; elle conftfte
en des plaines fertiles, fituées avantageufemcnt à cau-
fe de la comnodité du Rhein. Son domaine eft com-
pofc de cinq ou fix bailliages. Les bourgs les plus re-
marquables font W'eibftad & Bruchfal , fur la petite
rivière de Saltz , qui ed le lieu de la rcfidcnce ordi-
naire de l'évêque. Le chapitre de Spire eft compofé
de neuf chanoines capitulaires , & de douze domici-
liés. L'évêque n'a aucune jurifdidion dans la ville de
Spire ; elle eft libre &: impériale. /-■6>j'é--en V article.
{D.J.)
SPIREA , f. f. { Hift- nat. Bo:an.) fpirœa ; genre
de plante à fleur en rofe compofce de plufieurs péta-
les difpofces en rond. Le piflil fort du calice &C de-
vient dans la fuite un fruit compolé de plufieurs fili-
ques qui renferment une femence oblongue. Tour-
nefort , /. R. H. vnye^ Plante.
La principale des efpcces defpirœa eft à feuilles de
faule ; c'eft un arbrilfcau qui croît à la hauteur d'en-
viron trois pies , pouffant plufieurs rameaux grêles
couverts d'une ccorcc rouge , portant beaucoup de
feuilles longues & étroites comme celles du faule ,
dentelées en Leurs bords, vertes en-deifus, rougeft-
tres en-deffous ; d'un goût aflringent , tirant fur l'a-
mer. Ses fleurs font petites , difpofées aux fommités
des branches en manière de grappes ou d'épis longs
prefque comme le doigt , & aflTez gros. Chacune de
ces fleurs ell compofée de cinq pétales incarnats dif-
pofés en rofe, & foutenus par un calice découpe en
étoile. Après qu'elles font paflTées , il paroît un fruit
compcfé de plufieurs gaines difpoiées en manière de
tête ; on trouve dans chacune de ces gaines des fe-
mences menues , applaries , jaunâtres. On cultive
cet arbrifleau dans les jardins , aux lieux fombres &c
ombrageux. (D.J.)
SPIREO , {Gdog. mod. ) cap de la Morée , dans la
Zacanie fur la côte du golfe d'Engia , au midi de
l'île de ce nom , & au fud-ouefl de celle de Doruffa.
SPIRES , ( Conchyl. ) contours , circonvolutions
de la vis d'une coquille , ou que la coquille forme au-
tour de fon fût.
SPIRIQUES, LiGNFS , ( Gcom. ) efpeces de cour-
bes inven-tées par Perléus , & qu'il ne faut pas con-
fondre avec les fpirales. M. Montucla a trouvé dans
Proculus ce que c'étoit que lignes fpiriques.Qç com-
mentateur les décrit afl'ez clairement. Il nous apprend
que c'étoicnt des courbes qui fe formoicnt en cou-
pant le folide fait par la circonvolution d'un cercle au-
tour d'une corde , ou d'une tangente , ou d'une ligne
extérieure. De-là naiffoit un corps en forme d'an-
neau ouvert ou fermé , ou en forme de bourlet ; ce
corps étant coupe par un plan , donnoit , fuivant les
circonflanccs , des courbes d'une forme fort fingu-
liere , tantôt alongées en forme d'ellipfe , tantôt
applaties & rentrantes dans leur milieu, tantôt fe
coupant en forme de nœud ou de lacet. Perféus con-
fidéra ces courbes, & crut avoir fait une découverte
fi intéreflantc , qu'il facrifia à fon bon génie. Montu-
cla , hiji des Matkcm. lom. I. (D.J.)
SPIRITUALITÉ , f. f ( Cramrti. ) on dit la^m-
tualité de l'ame, pour défigner cette qualité qui nous
efl inconnue , & qui la diflingue efiéntiellementdela
matière. Voye^ l'article k^it..
Le même mot fe prend aufll pour ime dévotion
honnête , recherchée ^ qui s'occupe de la méditation j
S P I
de ce qu'il y à de plus fubtil & de plus délié dans l*"
religion.
SPIRITUEL, adj. (Gramm.) qui efl: efprit, qui
efl d'une nature cffcntiellement différente de la ma-
tière ; en ce fens il s'oppole à maicrid. Vètrç f'jïn-
t//e! ; l'être matériel. Il fe prend auffi pour défigner l,i
qualité de l'homme que nous appelions Vefprit. C'cfl:
un homme très - fpiritucl ; cette penfée eft tris-Jpiri-
iiulli. On le dit des perfonnes qui s'occupent de la
contempUition des chofcs divines. Les religieux ont
des pères f^irhiids & des pères temporels. La vie
fpiriiiullc a des douceurs. Spirituel s'oppofc à /t;/7?;>o-
nl (k à civil dans ces phrafes : le glaive J'pirituel ; la
puifI"ance//'/r/V«t//<;, S'il efl; fi difficile de pofer des
bornes entre la [niiffance temporelle & la puifîance
JpiriiuclU , c'efl que chacune cherche à étendre (cg
prérogatives. L'alliance fpiiituclU efl celle que l'on
contrade avec Dieu pnr des vœux religieux. J^
co\-Mx\\.\\-\\ox\fpiritudk efl la part que les affiflans pren-
nent A la conimunion du prêtre. Il y -ù. des incefles
fpiritusls. Les Valentiniens s'appelloienty/?i/7/«^/i, ôc
ils donnaient aux Catholiques le nom é.<i pfy chique s.
Ceux d'entre les frères mineurs qui dans le xjv. fiecle
s'attachèrent à toute l'auflcrité de la règle de S. Fran-
çois , fe diftinguerent des autres par l'épithete dej^i-
rittiils.
SPIRITUEUX, adj. (Gram.) qui efl pWin de ce
que les chimifles appellent efpiits. Foye^ Esprit,
Chimie. La diflillation extrait des corps ce qu'ils
ont de plus J/uriiucux. Les bons vins fonîtrès-yz-iri-
tueux.
SPIRITU-SJNCTO , (Gcog. mod.) capitainie de
l'Amérique méridion.ile au Bréfil , fur la côte orien-
tale , ù lO degrés de latitude méridionale. Elle efl:
bornée au nord par la capitainie de Porto-Séguro,
au midi par celle de Rio-Janeiro , & à l'orient par
la mer. Ses limites ne font point fixées du coté de
l'occident. Ce gouvernement pafl^e pour le plus fer-
tile de ceux du Bréfil , & le mieux fourni de toutes
les chofes néceffaires à la vie. L'on y fait comincrce
de coton &: de bois de Bréfil. Il n'y a dans ce eou-
vernement , qui appartient aux Portugais , qu'une
feule ville de même nom. (Z). /, )
SpiRITU-SanCTO ., la ville de, (Géog. mod.)
ville de l'Amérique méridionale au Bréfil , capitale
du gouvernement de ce même nom, fur le bord de
la mer, avec un port. Elle n'a ni remparts , ni mu-
railles ; elle efl fituée furie bord de la mer avec un
port, qui efl une petite baie, ouverte vers l'orient,
& parfemée de petites îles.
SPIROLE , i. f. terme d'Jrtillerie , vieux mot ; Ra-
belais dit, /. /. c. xxvj. bombards, ïàvdccns ,J puais,
&C autres pièces. Lajpiro/e étoit une manière de pe-
tite colevrine , ainfi appcllée de fpira , tortillement
en ligne fpirale ; ik l'on a donné ce nom à hfpirolc^
foit à cauf'e de la tortuofité du chemin que faiioit (oa
boulet ; foit pour diflinguer cette pièce d'artillerie
de plufieurs autres , que le fiflement de leurs boulets
feaiblable à celui des ferpens , avoit déjà fait nommer
bajilics , Jerpcmiries , & coulevnnes. ( D. J. )
SPITALL, ( Géog. tîiod.) petite ville d'Allemagne,
dans la haute Carimhie,aux frontières del'évêchéde
Saltzbourg , fur la Lifer , près fon embouchure dans
laDrave.
SPITHAME ,(.ï.( M.fure anc. ) nom équivoque
qu'on avoit donné chez les Grecs à deux mefures dif-
férentes, dont l'une, afl'ez rare faifôJt feulement ta
moitié de l'autre , & n'étoit que la quatrième partie
de la coudée , compofée de fix doigts grecs , qui re-
venoient à quatre doigts romains. La g^r^nde Jpithamt
étoit la moitié de la coudée greque , &C les trois quarts
du pié , d'où vient qu'on y comptoit douze doitgs ,
comme on en comptoit fix à la petite. C'efl du moins
là l'opinion de M. de la Barre que nous ne préteu-
s P L
îons pas garantir , mais on peut le confultér dans les
vém. desinfcript. tom. XIX. {D. 7.)
SPITHÉAD, (Geog^ wo^O' ^^'^^ d'Angleterre,
lans le Hant-Shire , au nord-efl , entre la ville de
'ortlinouth & l'île de \Vi^ht. C'cit le rendez-vous
le la flotte royale, foit qu'elle aille à l'oueft, oir
[u'elle rr vienne à i'eft.
SPIÏZBiiRG , I.P , (o%. mod.) pays de la terre
\rdique , dans i Océan fententriona! , ainfi nommé
L caufe de la quantité de iiii moatagnes aiguës. Les
^nglois rappelîe.i.' Niiw-lund, 11 e(i fort avancé au-
lefiiis de la Norv/ege. vers le norci, à la haut>.ur d-^ 80
legrés de latitude , entre la nouvelle Zemble à l'o-
ient, & le Groenland à l'occidr-nt, à près de trois
ens lieues de chacui.e de ces contrées. Il fut décou-
vert en 1 596 , & ainfi nommé par Guillaume Barents
'•C Jean Cornelis , hoUandois , qui cherchoient un
hemin pour aller à la Chine , par la mer Glaciale.
On a reconnu que le Spit{birg eiî divilé en deux
»arties : celle qui ell au couchant elt une grande île,
[ui s'étend du ieptentrion au midi l'efpace de près
le deux cens mille pas ; & celle qui eft au levant ,
'ft une autre île plus petite , nommée la nouvdU
uife.
Il n'y a ni villes , ni vlll?igcs connus dans ce pays
. caufe du grand froid qu'il y foit , mais feulement
[uelques ports , comme la baie de Hoorn , la baie des
iinglois , la baie des Bafques , le golfe de Way , &
[uelques autres ports fréquentés par les Anglois ,
£S HoUandois , les Hambourgeois , pour la pèche de
a baleine , qui y eft meilleure qu'en aucun autre
•ays du pôle arftique ; m.ais les glaces dont toutes les
ôtes du Spit^l^erg font couvertes, en rendent la na-
'igation très-dangereufe. {D. /.)
SPLANCHNOLOGIE,f f. en Anatomk^ traité ou
xplication des vifceres , où eft repréfenté Tobjet de
ette partie de l'anatomie. Ko^e^ Viscère.
Ce mot eft formé du grec «■■mK^yx^'^^ -> vifczn , in-
eflin , Ai?>ef , dijcours,
La farcologie eft divifée en trois parties ; fa voir,
\Jplunclinologie , lamyologle ô^l'angeiologie. f^oye^
Iarcologie. La Jplancknologie eft celle qui traite
les parties internes,&; particulièrement des vifceres.
SPLENDEUR , f f. ( Gram. ) éclat. La fplendcur
les aftres. Il fe prend au figuré ; lafplendiur de fon
lom , de fa maifon, de fes digiùtés. hzfpUndmr de
'ancienne Rome.
SPLENDIDE, adj. {Gram.) fomptueux. Un re-
las /plcndide , une tdblefplendid:.
SPLÉNETIQUE , adj. {Médecine.) il fe dit de ce-
ui qui eft attaqué d'opilations & d'obftruûions dans
a rate. f^ojeiRATE.
Dans \ts fplénaïques , la ratte eft gonflée plus qu'à
'ortlmaire , ou durcie , de façon qu'on y apperçoit
me tumeur skirrheufe.
On connoît les perfonnes^/eW/^aei par leur teint
Ivide & plombé. Leur caractère eft d'être portées à
ire; ôi c'eft un expédient dont on iuppoie que la na-
ure fe fert pour évacuer l'humeur trop abondante
lont la rate eft furchargée ; c'eft pourquoi les an-
:iens difoient que l'organe du rire réfidoit dans la
ate ; c'eft auifi à caufe de cela que quand quelqu'un
■it bien , on dit qu'il décharge la rate. /^oj-e^RiKE.
Splénetique, fe dit aulfi des remèdes indiqués
Inns les obftrudiions de la rate ; tels font les eaux
minérales ferrugineulcs , favonneufes , & autres de
)areine nature, t'^oyei Obstruction & Rate.
SPLÉNIQUE , adj. en Anatomic, fe dit des parties
5u'' ont quelque relation avec la rate. A'oye^RATE.
L'artère ipUnique , arariaJpUnica , eft un tronc de
a ccliaque gauche qui lert à porter le lang de cette
irtcre à la rate , pour y être iéparé , préparé , &c.
on cours eft bien tortueux , Se après qu'elle eft arri-
iQQ à la furxace de la ratte , elle le répand dani toute
S P L
479
' fa fubftance en petites branches , cjiii femblent abou-
tir aux petites cellules.
La veine fpUniqm , venafplenica , fe form.e au-de*
hors , des différentes petites veines de la rate oui s'u-
niffent en quittant fa furface. Elle porte le iang qui
refte après la fécrétion qui s'eft faite dans la rate , à
la branche gauche de la veine porte, pour être de-là
portée au foie , où il doit être préparé davantage , &
converti en bile. Noyei Foie & Bile.
La veine & l'artère fplénique communiquent vifi-
blement l'une à l'autre ; car aufli-tôt qu'on a verfé
de l'eau dans l'une , elle fe vuide aufli-tôt par l'autre,
f^oyei Rate.
Splénique ; ce terme , outre fa fignification ana-
tomique, exprime la vertu des médicamens qui con-
viennent aux maux de la rate. F'oyei au mot Rate,
les opérations & remèdes propofés en faveur deS
ratileux. (F)
SPLENIUS , en j4natomie ^ eft une paire de muf-
clés, qu'on appelle aufli triangulaires à caufe de leur
forme.
Ils viennent des cinq apophyfes éplneufes fupé-
rieures des vertèbres du dos , & de la dernière du
col,& du ligament cervical , & montant oblique-
ment s'attache aux apophyfes tranfverfes des deux ou
trois vertèbres fupérieures du col, & s'infèrent à la
partie poftérieure de l'apophyfe maftoïde , & à la
partie voifme de la ligne tranfverfe de l'occipital/ont
a^^eWés fplénius , parce qu'ils reffemblent à la rate
d'un bœuf. On les appelle encore majloïdiens pof-
térieurs.
SPLUGERBERG , montagne de , {Gêog. mod.^
montagnes des Grifons , de la haute ligue , dans la
communauté de Schams. Cette montagne a 2 lieues
de m.ontée jufqu'au fommet , & environ 3 lieues de
defcente du côté de FltaUe. Il y a un hôtellerie fur
la cime , & une grande plaine qui produit de la bonne
herbe , qu'on fauche en été. {D. J.)
SPODIUM, f. m, {Minéralogie.) eft une efpece de
chaux ou de cendre de métaux , qu'on regarde com-
me un cardiaque , & à laquelle quelques-uns accor-
dent les mêmes vertus qu'au corail, yoyci Corail.
Le fpondium des anciens grecs étolt une efpece de
récrément grisâtre qu'on trouve en forme de cen-
dres dans la terre des fourneaux où on a fondu de l'ai-
rain ; ils l'appelloient <j<moS'iiiv , qui lignifie à la lettre
ceîidres.
S podium eft une poudre de métaux , qui refTemble
beaucoup , par fon origine & fon ufage , à la tutie &
au pompholix , à l'exception qu'il eft plus pefant.
Voye^ TuTiE & Pompholix.
Les [podium des médecins arabes , comme Avi-
cenne & autres , étoit compofé des racines de buif-
fons & de rofeaux brûlés.
Quelques modernes font aulîi une forte àefpodium
d'ivoire brûlée & calcinée. On le contrefait fouvent
avec des os de bœuf ou de chien brûlés ; mais il n'eft
pas fi bon.
L'antifpodium que les anciens ont fubftitué à leur
fpodium étoit fait de feuilles de mirthes , de noix de
galle , ik. autres drogues calcinées.
SPOLETE, DUCHÉ DE, {Géogr. mod.) duché d'I-
talie , dans l'état de l'Eglife. Il eft borné au nord par
la marche d'Ancone ôc le duché d'Urbln ; au midi
par la Sabine &i le patrimoine de S. Pierre ; à l'orient
l'Abruzze ultérieure ; 6c à l'occident par l'Orvictano
Sl le Pérufin. Son terroir , quoique marécageux, eft
extrêmement fertile. Les rivières qui l'arrolont font
le Tibre , la Ncra Se leTopino. Ses principaux lieux;
font Spolcto , capitale , Trevi , Foligni , Bev.igna ,
Otricoli , lliéti , Spello, &c.
Cette province , qu'on appelle indifféremment
Omb'ie ou duché di Spvlctc ^ commcnçi A être con-
nue fous ce dernier nom en 572 , que Longin , exar-
4^0
S P
o
«lie de Ravcnné , y établit des ducs , fous l'autorîté
des empereurs d'oVient. Celt Charlcmagnc qui vers
i\m 780 , tît prêtent à l'Eglile du dncki de Spoletc 6i
de fcs dépendances , cjui peuvent avoir 47 milles du
nord au I'lkI , &: 65 milles de l'elt à l'oueft. {D. /.)
SPOLETIUM , ( 6Vcw. 'inc. ) ville d'Italie chez
!es Villumbres , lelon Ptolomée , /. IIL c.j. Velléius
Paterculus , /. /. c. xiv. & Tite-Live , eplfi. 20. eu
font une colonie romaine ; 6c Florus la compte au
nombre des municipcs les plus célèbres d'Italie. Ses
habitans font appelles SpoUtinï dans Pline , /. ///.
•c. xiv. & pcpulus fpoUtïnus dans Ciceron , pw balbo ,
c. XX}. On lit dans une ancienne infeription , rap-
portée par Gratter , p. 4y6'. nP. 7, ordoJ'poUtinorum,
génitif torméiiejpo/etium, félon Cellarius,& noudc
Jpol:tum, comme écrivent par erreur quelques mo-
dernes , qui ont voulu former le nom latin de cette
ville fur celui qu'elle porte aujourd'hui ; car c'eft de
la y'iWe S folcie dont il eft quellion.Symmaquc, /. II I.
epifl. 11. donne à SpoUu le nom de bonne ville , &
lui attribue la gloire d'être la mère des meilleurs ci-
toyens. (Z). J.)
SPOLETO, {Géogr. mod.') les François écrivent
SpoUte , en latin Spoletum ^ ou SpoUtium, dont le
territoire s'appelloit Jger fpoUiinus.
SpoUto eft une ville d'Italie , dans l'état de l'Eglife,
capitale du duché de même nom, à 10 lieues au fud-
çfl de Péroufc , & à 20 au nord de Rome ; elle eft
bâtie en partie fur une colline , & en partie dans la
plaine , dont la communication fe friit par le moyen
d'un pont foutenu de vingt-quatre gros pilaflres, que
l'on a rangés avec beaucoup d'art.
Son château paffe pour un des plus forts de l'Italie;
fon évcchc ne relevé que du faint fiege ; la cathédra-
le efl un affez beau bâtiment ; le territoire de cette
ville produit beaucoup de bons fruits , d'huile , d'a-
mande , du blé , & des vins ; il étoient autrefois fa-
meux, car Martial en parle , & les préfère aux vins
de Salerne même. Long.^O.xC l'util. 42.44.
" Tous les anciens ont parlé de Spolete, capitale des
Villumbres ; Tite-Livc en particulier fait l'éloge de
cette ville , dont Annibal tenta vainement le liege ,
après fa défaite par les Romains , auprès du lac de Pe-
rugia. Théodoric , roi des Goths , y fit bâtir un pa-
lais que les Goths détruifirent après fa mort , ainli
que le théâtre. Frédéric Barberouffe faccagea cette
ville , parce qu'elle foutenoit le parti du pape Ale-
xandre III. Les Pérufms la furprirent & la brûlèrent
en 1314 ; mais elle s'eft rétablie de tous fes mal-
heurs. On y voit encore quelques fragmens anti-
ques, de foibles relies d'unamphitéâtre , & quelques
marbres détachés ; mais fon aqueduc eil un ouvra-
ge digne de la curiofité des voyageurs.
Cet aqueduc , fondé fur le roc, s'élève à 105 toi-
fcs , c'ell-à-dire à 630 pies , pour joindre enfemble
deux montagnes voifmes ; cet ouvrage, que k tra-
dition du pays attribue à Théodoric , eft peut-être le
morceau d'architefture gothique le plus hardi & le
plus haut que l'on connoifle dans le monde ; il fubfif-
'te prefque dans fon entier, & continue depuis tant
de fiecles à porter de l'eau dans la ville; il fert auffi
de pont pour y pafter. (Z?. 7.)
SPOLIARIL^M , f.m. {Antiq. rom.) c'étoitchez
les Romains la chambre des bains, deftinée à s'habil-
ler ci fe déshabiller avant & après le bain. Ce mot
défi^noit encore l'endroit de Rome oiil'on traînoit ,
& ou l'on dépouilloit les corps des gladiateurs qui
avoient été tués en combattant. (^D.J.)
SPOLIATION , f. f ( Gram. & Jurifpr. ) eft l'ac-
tion de dépouiller quelqu'un de quelque chofc, com-
me de les papiers , de ion argent , de fes meubles ,
& autres effets. Ld fpoliacion d'une hoirie eft lorf-
qu'on enlevé d'une fuccelfion le tout ou partie des
effets qui la compofoient , ce qui eft appelle en droit,
SPC
crtmen expllaia hxreditatis. /^"oyc^DlVERTISStlVÏEN'f^
Enlf.vemf.nt , RÉCELÉ, Vol. ( A)
SPONDAIQUE, adj. ( Linêrat. ) forte devers
hexamètre dans la poéfie greque & latine, ainfi nom-
mé parce qu'au lieu d'une dattyle au cinquième pie
il a un l'pondée, ce qui eft une exception à la règle
générale de la conftru^lion du vers hexamètre. Tels
lont ceux-ci :
Nec trachia longo ,
Margine tcrramm porrexerai aniphiirite. Ovid.
Suprcmamque auram^ poncns capin^ expiravit.\'\àa.i
Ces fortes de vers l'ont fort exprefïifs par leur ca-
dence , mais il n'eft permis qu'aux grands poètes de
les employer. Homère en eft plein. Perîbnne n'a
peut-être remarqué , dans ce poète , qu'il eft rare de
lire vingt vers de l'Iliade , fans en rencontrer un ou
deux Jpondaïques.
SPONDAULA , f.m. (^3rot■<^o^t/^H? , dansl'antiqui*
té étoit un joueur de fliue , ou d'autre inftrumcnt à
vent de cette efpece , qui , pendant qu'on offroit les
facrifices, jouoit à l'oreille du prêtre quelque aircon-'
venable , pour l'empêcher de rien écouter qui pût
lediftraire ou diminuer Ion attention. Foye^ Sacri-
fice. Ce mot eft formé du grec av^ovS'» , Ubadon^ &
«i/Acç , pûtc. (>S' )
SPONDÉE , f. m. ( Littérature^ dans la profodie
greque & latine , c'eft une mefure de vers ou pié com-
pofé de deux fyllabes longues, comme vërtûnt^dïvds^
càmpbs. Voyci PlÉ, QUANTITÉ.
hcfpondée eft une mefure grave & lente , à la dif-
férence du daftile , qui eft rapide & léger ; tous les
vers hexamètres grecs & latins , finiflent ordinaire-
ment par un7/7o/2</ee. Fo>'e{ Vers & Mesure.
SPONDIAS , f. m. ( Hijl. nat. Bot. ) nom donné
parLinnaeus au genre de plante que le P. Plumier ap-
pelle moubin , en voici le caraftere.
Le calice de la fleur eft permanent , il eft d'une feu-
le feuille divifée dans les bords en cinq quartiers : la
fleur eft compofée de cinq pétales ovoïdes & dé-
ployées ; les étamines font neuf filets, de la longueur
du calice, & du nombre defquels il y en a cinq placés
circulairement ; les boflctes des étamines font fim-
pies , le germe du piftil eft ovale , le ftile eft très-pe-
tit , &c fe termine par trois ftigma obtus ; le fruit eft
une baie ovale , renfermée dans chaque cellule , &
quelquefois cette baie contient quatre noyaux. V\\X'
nv.er .,gen. 21. lÀnn. gen. plant, p. iy5.{JD. /.)
SPONDIASME , f. m. {Mufique anc. ) c'eft , dit
Ariftide-Quintilien, une forte d'intervalle qui, avec
deux autres nommées Ik^vg-h & îiiÇoXti , exolutio &
ejeclio., étoient mis en œuvre par les anciens , pour
caraftérifer différentes harmonies , ou diffcrens mo-
des. Selon lui, ïiKXua-iç étoit un relâchement qui baif-
foit la corde , ou le fon de la quantité de trois dièfes,
ou de trois quarts de ton : le fpondiafme les hauffoit
de la même quantité , &: ViiiCo'ht\ de cinq dièfes. Le
Le vieux Bacchius définit de même rê'«>,i;.j-/f & l's kCoXv ;
mais il ne dit pas un mot du fpondiafme, non plus que
Méibom. Malgré leur filence , on doit préfumer que
le fpondiafme , ainfi que les deux autres intervalles,
n'avoit lieu que dans le genre enharmonique. {D. /.)
SPONDIUS , ( Mychol. ) Apollon avoit un autel
dans le temple d'Hercule, à Thèbes, fous le nom de
fpondius, c'eft-à-dire Apollon qui préfide aux traités.
Cet autel étoit fait de la cendre des viftimes ; là fe
pratiquolt une efpece de divination tirée de tout ce
que l'on a pu apprendre , foit par la renommée , foit
autrement. (Z>. /.)
SPONDYLE ; f. m.(Hif. nat.Conchyliog.) nom
générique que l'on a donne à différentes efpects de
coquilles, /^oye^ Coquille.
Spondyle, ou Pié-d'ane, f. m. (Conckyliol.)
en latin, par les naturallftes modernes ^fpondylm ;
efpece d'huitre ainfi nommée; elle n'a d'autre diftc-
rence
s P o
rence de rhuître ordinaire , que dans fa charnière ,
aqiielle confiée en deux boutons arrondis, qui ren-
"ennent le. ligament , difpofé de façon que les bou-
ons de la valve fupérieure font reçus dans les cica-
rices de l'inférieure , & que pareillement les boutons
le cette dernière fe logent dans les trous de la iupé-
ieure. Le ligament de nature coriace fe trouve entre
es boutons , & fert à la charnière des deux valves.
On connoit des fpondjles unis , & d'autres rabo-
eux fans pointes; il y en a qui font couverts de la-
nes blanches, &; armés dans leur pourtour depo'ntes
:ouleur de rofe ; d'autres font diftingués par des lames
aunâtres , & par un mamelon en partie rouge & en
lartie blanc ; cette dernière efpece de fpondyU ell:
ppellé gaidaron par Rondelet , en latin gaiderona.
D.J.)
Spondyle , ( Conchyl. ) c'eft le cal nerveux de la
:hair de l'huitre. (Z>, /. )
Spondyle, <r7!ù\^\j>oi^ cfl un terme dont on fe
ervoit anciennement , pour exprimer une vertèbre
le répine du dos. Voyc^^ VERTEBRE , &c.
SPONDYLOLITE , f m. (^Hijl. nat. Luholog.)
lom donné par quelques auteurs aux vertèbres de
loiffons qui fe trouvent dans le fein de la terre en
ilufieurs endroits , comme en Tyrol , à Dax , &c.
SPONDYLUS , f. m. ( Antiq. g'ec.) tr'ziroyS'ù^oç ,
ifpecedemaron de cuivre dont on fe fervoit pour
lonner fon fuffrage au barreau ou ailleurs, avant
ju'on eut mis les fèves en ufagc. Potter , Archœol.
rrec. tom, 1. p. iic). {^D, /. )
SPONGIEUX , SE, adj. en Anatowie, nom qu'on
lonne à plufieurs parties du corps , à caufe de leur
;ontexture qui efl poreufe & caverneule comme cel-
e d'une éponge ; comme les corps fpngieux du pénis ,
i^u'on nomme auflî corps caverneux & nerveux. Foy.
l^ORPS CAVERNEUX.
Les os fpongicux du nés , qu'on appelle aufïi os tur-
nnés ^ & os crïbrif ormes. Foye^ CriBRIFORME &
ÉPONGE.
SPONGIOLITE , f {. {HiJI. nat. Lnholog.) pier-
re femblable à des champignons, qui fe trouve dans
le voifmage de Bologne en Italie. Foye^ Fungite.
SPONGITE, f. f. (^hijî. nat. Bot. ) nom fous lequel
quelques naturalifles ont voulu défigner des pierres
légères & fpongieufes , qui ne font que des incrufla-
tions formées dans l'eau fur des végétaux , ou des
corps marins ; cette pierre eu. de la nature du tuf 6c
des incruftations. Foye^ ces deux articles.
SPONSC/S, S PONS A , {Littéra!.) Ces deux mots
ne fe prennent pas feulement dans les auteurs , pour
des perfonnes fiancées , promiles en mariage ;fpon-
fus fe prend aufîi dans le même fens que maritus
& Wr, comme on le voit dans Horace , Ode IL l. III.
verf. J '. JJ. & 42. On a donc cenfuré mal-à-propos
Santeuil le viftorin d'avoir mis Jponfus pour mari ^ &
fponfa pour femme.
Sponfus fe prend aufîî pour une caution. Sponjum
au neutre, auffi-bien que auditum^ cil: un de ces
noms fubftantifs verbaux qu'il a plu à nos grammai-
riens d'appelleryi^/7i/zi , & qui fe prend pour J'ponjor,
\m répondant, une caution. Séneque a dit au IF. liv.
des Bienfaits, ch. xxxix. fponfum defcendam , quia
promifi. ( Z). /. )
SPONTANÉE, adj. fe dit, en Grammaire, de tout
ce qui s'exécute de ibi-mcme ; & en Médecine , on
appelle évacuation _//'o/2^rt/2i/t;, celle qui fe fait fans
qu'on ait rien pris pour cet effet ; faûgiie fpontanée^
une laffitude qui n'a été caufée par aucune fatigue
précédente : hcmorrhagie //70/2/«/zf'e celle qui arrive
ians avoir été excitée : iucarfpontance celle qui ar-
rive par le feul mouvement de la nature.
Selles fpontanées , ou qui fe font fans l'aide ou de
lavemcns ou de fuppofitoires.
SPONTANÉITÉ, f. f. {Gram.) la qualité qui
Tome XK.
S P O
481
conflltue le fpontance. Foyei Spontanée. Si l'on
attache au moi fpontanéite d'autre idée que l'italien
met dans cette phrafe , il mondo va dafe , c'eft une
chimère.
^ SPONTON 07/ ESPONTON, f m. {Art milit.-)
c'eft une demi-pique dont fc l'ervcnt les officiers ,
qui a fept à huit pies de longueur. (Q )
SPORADES, f f. pi. en Aflronomie , eft un nom
que les anciens donnoient aux étoiles qui ne fai-
foient partie d'aucune confiellation. Foye\ Etoile.
Ce font celles que les modernes appellent ordi-
nairement e/oi/ui informes. A'oyq CONSTELLATION.
Plufieurs ôiCs/poradei des anciens ont depuis formé
de nouvelles conilellatlons : par exemple , de celles
qui font entre le lion & la grande ourfe , Hévelius
a formé une conllellation appellée le petit lion. Il
en a formé une autre de celles qui font fous la queue
de la grande ourfe; on la nomme canis venaticus , &c.
Chanibers. (O)
Sporades, îles, {Géog. mod.^ îles de l'Archipel,
ainfi nommées , parce qu'elles font diiperfées , ôc
non raffemblées en un tas comme les cyclades. II
y a une partie de ces îles dans la mer de Crète ,
d'autres dans la mer Carpathienne, & les plus confi-
dérables dans la mer Icarienne. (Z>. /.)
SPORADIQUE, MALADIE, {Médcc.) morbus fpo-
radicus. Les rmi-Siôiiesfporadiques font celles qui atta-
quent diverfes perfonnes , dans différens îems ou en
différens lieux ; au - lieu que les maladies épidémi-
ques fent particulières à certains tems oufaifons, &
les endimiques à certains lieux. Ce mot eft dérivé
du grec s-'onipu fcnier. Ainfi maladie j'poradique veut
dire une maladie fanée , difperfk çà & là. {D.J.^
SPORCO., f. m. {Com^ terme ufité parmi les né-
gocians des provinces de France pour fignifier une
inarchandife dans laquelle il n'y a point de tare.
^oye{ Tare. Dictionnaire de Commerce.
SPORI, {Géog. anc.^ Les anciens appelloient les
Antes & les Sclavons du même nom grec Jpori ,
qui fignifie difperfés ; parce que, dit Procope, leurs
cabanes occupoient une grande étendue de pays :
& du tems de cet hiilorien, ces peuples barbares
couvroient en effet une grande partie d'un des bords
du Danube. {D. /.)
SPORTULA , f. f. {^Littéral. & Hifi. anc.) Ce mot
eft fans contredit le diminutif de fporia , mais il fe-
roit difficile d'en marquer la véritable étymologie.
Quoi qu'il en {oit, fporta ^fportula ont lignifié ori-
ginairement dans la langue latine , une corbeilU ou
panier î?i\\. de joncs , de rofeaux, de branches d'ofier
tiffues & entrelacées.
On l'a étendu enfuite à fignifier les vafes ou mefures
propres à contenir les pains , les viandes , & les au-
tres mets que l'on diftribuoit en certaines occafions:
& lorfque l'ufage fe fut introduit chez les grands de
Rome , de faire diftribuer à leurs cliens , & à ceux
qui leur faifoient la cour, de certaines portions pour
leur nourriture ; ces portions que l'on mcttoit dans
des corbeilles , furent appcUées , par métonymie ,
fportula. Enfuite on l'employa pour fignifier une forte
de repas public , différent de ceux qu'on appelloit cœ-
ncz reclx qui étoient des repas fervis par ordre, où
l'on n'admcttoit que des gens chcifis.Tels étoient les
repas que donnoit Auguitc , au rapport de Suétone :
Convivabatur & ajjîdué nec unquam nifi recld. Cafail-
bon explique ce mot recîâ par îvuxiç S"ii-raviv, & lui
oppofe le repas appelle fportula , S'u-nvcv a-ia «rs-v-
piJ's!;, où l'on invitoit tout le peuple indiftinctemcnt,
& où chacun recevoit ià portion dans une corbeille.
Les diftributions que les particuliers répandoient
fur leurs cliens, fe l^ilbicnt tantôt en argent , tantôt
en viandes, quelqufois même de ces deux manières,
& s'appelloient également du nom àe fportulœ. Ces
prclens étoient iouvent de petites médailles d'ar-
S P U
S o u
gent cnil fervoieht de monhoie ; mais les empereurs
ou autres pcrfonnes de qualité donnoient des mé-
dailles d'or. Aulli Trebellius PoUio , parlant des pe-
tits prciens que l'empereur Galicn fit à for. conliilat,
dit qu'il doiina une jpoitulc ;\ chaque Jcnateur , & à
chaque dame romaine quatre médailles d'or : Scnatui
fportulam fcdens croguvif. Matronas ad cor:Ju!atum
fuum rogav'tt , Us dcniqiu mantirnjibï ofcuiantïbus qua-
urnos aureos fui nominis didit.
C'ctoit auffi la coutume que ceux qui entroient
dans le confuUit , cnvoyaflcnt à leurs amis de ces
prélens : Sportulam conjulatùs mei & amicUicz 7iojh(z ,
^•f honori tuo dcbeo , hanc in Jol'uîo viifi ^ dit Symma-
chus. Le mot de fponula , qui fignifie une petite cor-
•bcille , fut donné à ces préfens , parce qu'on les en-
voyoit dans une corbeille. Les vers fuivans de Cori-
Îius, /. If"', fur le confulat de l'empereurjuftin, nous
e confirment.
Dona calcndaTiim , quorum e(l ea cura , parahant
Officia , & turmis implcnt fclicihus aulatn ,
CoTïvcÛant rutilum fportis capacibus aurum.
C'eft potirquoi les glofes grecq^ies qui expliquent
•le mot de fportula , difcnt que ce font des prélens
qu'on cnvoyoit dans des corbeilles.
Outre ces fportulcs , les confuls donnoient de pe-
-tites tablettes de poche d'argent ou d'ivoire dans lef-
quelles étoicnt leurs noms; & c'cft ce qu'on appel-
loit les fcfîes. Sidonius , /. f^lll. c. vj. parlant du
confulat d'Aiterius, nomme \qs fportulcs 6c les fallcs
•qui furent diflribués.
Enfin , le mot fportula s'efl applique généralement
à toutes fortes de prciens, de gratifications & de diftri-
■butions, de quelque nature qu'elles fufïent. (Z). 7.)
SPRÉE, l.A, {Géog. mod,') rivière d'Allemagne.
.Elle prend fa fource dans la partie feptentrionale de
la Bohème , traverfe la Luface ; &, groffie dans ion
cours de plufieurs rivières, entre dans la moyenfie
•marche de Brandebourg, arroi'e Berlin & Spandaw,
où elle f'e joint au Havel, & y perd fon nom. (Z>. /.)
SPREHENBERG , {Géog. mod.) petite ville d'Al-
îcmr.gne , dans la Luface. Elle eft fituée fur une col-
line, dont le bord efl arrofé par la rivière de Sprée,
!d'oii lui vient ion nom. (/). /.)
SPROTTA, LA, {Géog. niod.') rivière d'Allema-
gne , en Siléfic , dans la principauté de Glogaw. Elle
prend fa fource au pays de Lignitz, forme dans celui
<le Gloga-w- un lac , d'où elle fort pour le perdre dans
le Bober à Sprottaw. (Z). 7.)
SPROTTAW , {Géog. mod.) ville d'Allemagne ,
dans la Siléfie, au duché de Glogaw, au confluent du
Bober & du Sprotta , à deux milles au-defTus de la
ville de Szg^n. Long. J2.C). lat. 6i. jj.{D. 7.)
SPUMA LUNJe , {HÎft. nat. Lythol.) nom lous
lequel plufieurs naturalilles ont déligné \d. pierre fpé-
cuLaire. Voye^ SPÉCULAIRE.
S PUMA lunj£, {Hijl. nat.) Quelques auteurs
fe font fervi de ce nom pour déligner le talc, roje^
Talc.
6 PL/MA LUPI, {Hijl. nat.) nom donné par
quelques naturalilles à une mine de fer arlenicale,
qui ell noire, luiiante, &C en petits cryllaux qui don-
nent une poudre rouge quand on les écrafe. Elle
refiemble aux cryllaux d'étain, & fe trouve fou-
vent dans les mines de ce métal qu'il faut en fépa-
arer foigneulemcnt avant que de les faire fondre ,
parce qu'elles rendroient l'étain d'une mauvaife qua-
lité. Cette fubllance cil li dure qu'elle fait feu con-
tre l'acier. 11 y en a de cubique , de ftriée , compo-
iée de particules polyhédres & demi-tranfparentes.
Les Allemands nomm.ent cette iublhnce minérale
wolfram ou écume de loup ; elle n'eft point propre ;\
erre exploitée dans les forges, f^oycih minéralogie
-de "Wallerius,
SPUMEUX, adj. (C?r«w.) mauvais mot technique
qui n'emporte aucune idée de plus c\\.\^écumeux.
SPUMOSITÈ , f. f. celui-ci peut être reçu , car il
déiigne la propriété de fe mettre en écume , pour
laquelle nous n'avons que ce mot.
SPURN-HËAD , ( Géog. mod.) c'efl-à-dire , le cap-
d'éperon , cap avancé d'Angleterre , fur la côte
d'Yorck-Shire, au quartier d'En-Riding. Sur ce cap
il y a un village nommé Kellenfej. C'eft ce village
ou Spurn-Hcid ^ qu'on doit prendre pour être ce
que Ptolomée , /. //. c. iij. nomme Ocilli promon-
torium., oV.6XX« àyfa. (Z). 7.)
SPUTATION , f. {Médec.) c'ell l'afllon de cra-
cher. Il y a des maladies où l'on cil fatigué d'iinç
fputaiion fréquente.
S Q
SQUALUS , f. m. {Hifl. nat. Ichthyol?) efpecedc
chien de mer que les naturalilles nomment gaUui
glaucus , dentibus granulofs , foraminibus circa oculou
C'ell un poilîbn dont la peau efl tres-rude. On en
trouve qui ont plus de lo pies de longueur , fur 8 à 51
de circonférence dans la partie la plus grolTe du
corps, & qui pèlent au-delà de trente quintaux. L'or-
gane le plus fingulicr de ces fortes de poilTons con-
lifte en un filtre placé entre la pointé du mufcau &
du cerveau , de la confiftance & de la couleur du
corps vitré, & l'humeur tranlude par quantité de pe-
tits trous de la peau. Prelque tous les poiflbns font
enduits d'une efpece d'huile ou de grailTe , qui fert à
les défendre des imprelfions nuilibles que l'eau pour-
roit taire fur leur peau & fur leurs écailles; cette
huile ell apparemment \m produit de leur tranfpira-
tion; mais \q fqualus efl encore doué à fa partie an-
térieure , deltinée i\ fendre l'eau, d'un magalin abon-
dant de cette matière huileufe, qui lui fert fans doute
à lubrifier cette partie , & peut-être à bien d'autres
ufages qui nous font inconnus. {D. 7.)
SQU AMMEUX, ÉCAILLEUX, adj. tn AnatomU.
c'ell une épithete des futures fauffés ou bâtardes du
crâne ; parce qu'elles font compolées d'écaillés lem-
blables à celles des poiflbns , ou comme des tuiles
qui avancent les unes fur les autres. Foye^ Su*
TU RE.
Les futures fquammeufes font aulîi appcllées ttm~
porales , parce qu'elles lont formées par les os des
~>yei Temporal.
SQUELETE , f. m. {Anatomie^ on entend par urt
fqutlcte tous les os d'un animal dépouillé des tégu-
rnens , des mufcles , des vailleaux , des glandes &
des vilceres , & rangés dans leur lituation naturellei
On peut étendre l'acception de ce terme à toute pré-*
paration feche; mais le gros des anatomilles l'aref-
traint à la préparation des os.
Il y a deux fortes Aefqudetes , \q fqucUte naturel ,'
dans lequel les os tiennent enfemble par leurs liga-
mens ; lejqueletc artificiel , oii ils font attachés avec
du fil-d'archal , ou quelqu'autre fubllance qui ne fai-
foit point partie de l'animal à qui les os appartien-,
nent.
On préparc de la première manière les petits fu-
jets , & ceux dont les os ne font pas entièrement of-
ûhés , parce que fi toutes leurs parties étoicnt fépa-
rées , leur petitefie & leur peu de folidité ne per-
mcîtroient pas au plus habile artifte de les réunir, an
lieu que les os des adultes font proprement &C com-
modément nettoyés lorfqu'ils font Icparés, &: il n'ell
pas difficile de les replacer enfuiîe , & de les fixer
dans leur état naturel.
On fuit quelquefois les deux méthodes dans la
préparation d'un même fquclcte ; on laiflé les petits
os unis par leurs ligamcns naturels, & l'on fépare les
gros , on les nçttoie , 6i çn Içs attache enfuite avec
tempes
s Q U
S Q U
à\i fil-d'archal » ou quelqu'autre matière fenibla-
ble.
Une remarque finguliere , c'efî: que quand les os
tlu l'queleti font rcùuits dans leur fituation naturelle ,
il n'y en a prefque pas un feul qui foit placé perpen-
diculairement fur un autre , quoique la machine en-
tière qu'ils compofent , foit conftruite de manière ,
que quand elle eft droite, la ligne perpendiculaire ,
tirée de leur centre de gravité commun , pafTe par le
milieu de leur bafe commune. C'efl par ce moyen
que nous nous tenons fermes fur nos jambes , com-
me lî l'axe de tous les os étoit une ligne droite per-
pendiculaire à l'horifon. Cette propriété facilite en
même tems les difïerens mouvemens que nous avons
à faire.
II eft vrai que toutes les fois que les os deilinés
à fupporter quelque partie de notre corps , s'écar-
tent de leur direÛion naturelle , la force rcquifc dans
les mufcles , pour balancer la pefanteur de cette par-
tie , devient plus grande qu'elle ne feroit fans cela.
Et il n'y a aucun endroit de notre corps où le nom-
bre & la force des mufcles , ne puifle fuffire à cet
etîct.
Tant que nous demeurons dans la même poûure ,
il y a un nombre confidérable de mufcles qui font
dans un état de contradion , ce qui doit à la longue
produire une fenfation defagrcable; la raifqn & l'ex-
périence font d'accord en ceci. Voilà ce que nous
appelions être las de la même pofture , inconvénient
que nous n'éprouverions point droits , fi tous les os
etoient perpendiculaires les uns aux autres. Mais ce
défaut , fi c'en eil un , efl: bien compenfé , par la fa-
cilité, la promptitude, & la force avec laquelle nous
exécutons une infinité de mouvemens.
Les os des femmes font plus petits , relativement
à leur grandeur , que ceux des hommes , parce que
la force de leurs mufcles n'eft pas allez grande , ni
[e poids qui leur eil appliqué perpendiculairement
aflez grave pour les empêcher de s'étendre.
Les enfoncemens , les rebords , les afpérités , &
les autres inégalités eau fées par les mufcles , font
encore moins fenfibles en elles qu'en nous , parce
que leurs mufcles étant m.oins forts , moins épais &
moins exercés , font des imprelîions moins confidé-
râbles fur leurs os.
Elles ont plus fréquemment l'os du front divifé par
la continuation de la future fagittale, ce qui provient
des caules générales de la différence de leurs os d'a-
vec les nôtres ; ainfi qu'on s'en apperccvra , en con-
fidérant la Itrudfure de leur épine interne 6c moyenne.
Leurs clavicules font moins recourbées , parce
que leurs bras ont été moins violemment tendus en-
devant ; car l'ajuftement de nos européennes, fur-
tout de celles qui ont de la nailfance , eff contraire à
ce mouvement.
Leur flernum efl plus élevé par de longs cartila-
ges inférieurs , afin que la poitrine s'étende en pro-
portion de ce qu'elle eft retrécie , par la compref-
fion du diaphragme qui fe fait dans la groflelîc.
Elles manquent affez Ibuvent d'un os, ou ont un trou
dans le milieu du fternum , qui lert de paflage aux
vaiiTeaux des mamelles ; ce qu'il faut peut-être attri-
buer à leur conltitution lâche, dans laquelle l'offiH-
cation ne fe fait pas aufli promptement que dans les
fujets en qui l'adlion des folides a de la vigueur, &
la circulation des fluides de la vîrefl'e ; car un trou
beaucoup plus petit fuffifoit à cet eftet ; les branches
des vaifléaux internes des mamelles deflinéc-s aux
parties extérieures de la poitrine partent entre les
cartilages des côtés , avant qu'elles palfent au Ifer-
num.
Le cartilage xlphoïde efl plusfouvcnt fourchu dans
les femmes que dans les hommes; ce qui provient
de la même caufe que nous venons d'apporter dans
483
l'article précédent, fdvoir la lenteur de l'offif^cat-on.
Les cartilages fupérieurs des côtes qui ont à fupl
porter les mamelles , s'ofïïfîent plus promntementf
Le poids des mamelles leur rend les' cartilages
moyens plus plats & plus larges. ^
Les cartilages Inférieurs font plus longs , & leur
rendent la poitrine plus large.
Elles ont l'os facrum plus tourné en arrière ; ce qui
contribue à la grandeur du baffin.
Les femmes foibles qui ont mis au monde plwfieurs
enfans dans leur jeuneffe, ont quelquefois les ver-
tèbres du dos courbées en-dedans , & leur llernum
enfoncé , ou deviennent , comme Chef-lden l'obf er-
re , voûtées , & ont la poitrine enfoncée , à caufe
du poids & de la prefïïon de l'utérus , & de l'adion
violente des mufcles épjgaifriqucs.
Le coccyx eft plus mobile & plus reculé. enrarrie*
re , pour fortifier la forîie de l'enfant.
Les os des iles font plus creux, fe portent plus en- ^
dehors, & font par coniéquent fort écartés 'l'un de
l'autre , pour donner plus de c^ipacité à la partie in-
férieure du bas-ventre, & procurer plus de place à
la matrice durant la grofrefTc.
L'arcade ou partie fupérieure de l'os pubis, efl
beaucoup plus ample dans les femmes qui ont eu des
enfans , eue dans les autres , éta.nt dilatée par l'adtioa
du mufcie droit du bas ventre.
Le cartilage qui joint les deux os du pubis , efl ex-
trêmement épais , ce qui donne beaucoup plus de
capacité au bafîin.
Les furfaces conjointes des os pubis , des os inno-
minés & de l'os lacrum , ont peu d'étendue , aim de
procurer avec i'osfacrum qui eft fort étrot , un pal-
fage plus libre à l'enfant dans l'accouchement.
La groffe tubérofité de l'os ifchion efl plus plate
dans les femmes que d^ms les hommes , à caufe de la
prefïïon continuelle qu'il fouiTre, par la vie féden-
tairc que les premières mènent.
La grande capacité du balfin dans les femmes eft
caufe que les articulations des os des cuifies font plus
éloignées que dans les honimes ; ce qui laifle , com-
me Albinus l'obferve très-bien , un plus grand efpace
à la matrice pendant la groflefie. Cet tloisnement
des cuifles ell: peut-être une des caufes quilait que
les femmes panchent plus d'un côté que de l'autre en
marchant que les hommes , pour empêcher le cen-
tre de gravité de leur corps , de trop fe jetter fur l'ar-
ticulation de la cuiife qui pofe à terre , tandis que
l'autre efî levée ; ce qui les expoi'eroit à tomber.
Tous ces faits prouvent que la deflination des fem-
mes eft d'avoir des enfans & de les nourrir. (/). /.)
SQUILLACI, {Géog.mod.) ville d'Italie , au
royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure , près
du golfe de même nom , fur le torrent de Pavelone,
à 12 lieues de Cofenza , à 14 de Girace , avec titre
de principauté, fous la métropole de Rhegio. Long.
Quoique la fondation de cette ville , qu'on rap-
porte à Ùlyffe , foit fabuleufe , on fait néanmoins
que la Calabre a été autrefois habitée par des grecs,
& que même on appelloit ce pays-là , 6c tout ce qui
eft à l'extrémité de l'Italie , /a mindc Grccc. Sîrabon
veut que Sqtidlaci fut une colonie des Athéniens,
dont elle avoit confervc la politeffe &: les inclina-
tions.
Quoi qu'il en foit , cette ville fe glorifie d'avoir
donné la naiffance à Calfiodore (Magnus Aurelius )
fccrétaire d'état de Théodorlc , roi des Goths, &
l'un des plus grands niiniltres de ion fioclc dans l'art
de gouverner. Il fut coniiil en 5 14 , & eut beaucoup
de crédit fous Athalaric & fous Vitiges. I! trouva le
tems de compofer divers ouvrages , dont la meilleure
édition eft celle du P. Garet, à Rouen, en 1679 , in-
fol. Il fe retira du monde fur (qs \ic\\\ jours , &
P p p ij
4^4
s Q u
s Q U
mourut clans le monaOtiro qvi'il fit bâtir î\ SquUlaci ,
à ITigc d'environ qiiatrc-vin^t-trci/e ans , vers l'an
561 de J.C.
Nous lui devons une peinture riante de la fituation
de5<7wVAK/ lur la merAdriatic(iie,qu on appelle aujour-
d'hui mtr de SuUc de ce côte-là , 6c qui tait en cet en-
droit un s;olt'e,qu'on nomme auiourdhui5'o//^^^evi>«//-
îaci. *< Cette ville, dit-il, s'éloigne du rivaoe en s'cle-
» vaut doucement, environnée d'un côte de lert^iles
M campagnes , & de l'autre baignée de la mer ; l'au-
n rore du l'oleil eft pour elle , & jamais nuage m
» brouillard ne lui en dérobent la lumière ; l'air en ell
V pur, Cx: les laifons y font toujours tempérées. Son
» territoire offre des campagnes couvertes d'oli-
»> viers , des aires pleines de riches moiffons , &
V des vignes qui promettent une abondante ven-
w dange. >» , - ■ <
Cette del'crlption , qui a quelque chofe d'etudie ,
marque du moins l'inclination natiuelle que cet hom-
me illullrc avoit conl'ervée pour la patrie. Il en don-
na de bonnes preuves par les travaux ^u'il entreprit
pour l'utilité de cette ville , lorsqu'il etoit go\iver-
neur de l'Abruz/.e & de laLucanie, qu'on comprend
aujourd'hui tous le nom de Calabre._ 11 fit creuler de
valtes réfervoirs dans la concavité d'un rocher ,
pour y attirer des poiflbns de toute efpece , & c'eft
dans ce même lieu qu'il bâtit depuis fon monaftere.
« La fituation de ce monaftere , écrivit-il à fes
» moines , nous invite à préparer toutes fortes de
» foulagemens pour les étrangers, & pour les pau-
>. vres du pays. Vous avez des jardins arrofés de
»> plufieurs canaux , & le voifinage du fleuve Pelle-
» ne , qui eft fort poiffonneux , & qui a cela de com-
» mode, que vous ne devez pas craindre d'inonda-
» tion de l'abondance de fes eaux , quoiqu'il en ait
» aflez pour n'être pas à méprifer. On le trouve à-
>♦ propos lorfqu'on en a beloin , & dès qu'il a rendu
» le fervice qii'on en attendoit , on le voit fe retirer.
» Il eft, pour ainfi dire, dévoué à tous les minifteres
» de votre maifon , prêt à rafraîchir vos prairies , à
>) arrofer vos jardins , & à faire tourner vos moulins.
» Vous avez auîTi la mer au bas du monaftere , &
» vous pouvez y pêcher commodément. Vous avez
»> encore de grands réfervoirs où le poifl'on fe rend
» de lui-même. Je les ai fait creuler dans la conca-
» vite de la montagne , de forte que le poifl'on qu'on
» y met , ayant la'libertc de s'y promener, de s'y
» nourrir , 6c de fe cacher dans le creux des rochers,
» comme auparavant , ne feht point qu'il eft captif,
» &c. » Pline le jeune n'a pas jette plus de fleurs que
Cafliodore dans les peintures agréables de fes mai-
fons de plailance. {Le CkcvaliernE Jav COURT.)
Sqi;illa.ci , golfe de, {Géog. mod.) on appelle
go/Jc de Sqiùllad une jxirtie de la mer Ionienne , fur
la côte de la Calabre ultérieure , entre le cap de Riz-
zuto , & celui de Stilo , qui le fépare du golfe de Gi-
race. {D. /.)
SQUILLE , f. f. {Hi(l. nat:) CHEVRETTE , SO-
LICOQUE , CREVETTE ^fqnilla ; cruftacée dont
il y a plufieurs efpeces qui différent principalement
par la grandeur & par les couleurs. LQhfquilUs de
mer font beaucoup plus grandes que celles d'eau dou-
ce ; celles-ci ont le corps couvert d'une foie très-
mince , jaune ou blanchâtre , & tranfparente. Elles
naiflent dans les ruiflTeaux dont les eaux font claires ,
& elles fe retirent fous les racines des rofeaux & des
glaycux , ou fous les pierres. Les fquil/es de mer ont
la chair tendre , délicate & de bon goût. Di&. univ.
des drogues fimples par M. Lemery. Voyti Crusta-
CÉE.
SquiLLE, ( Botan. ) voyei SciLLE.
Squille AQUATIQUE, {Inficlolog.) M. Dcrham
dit que les fiuUles aquaùqucs étant du nombre des
iaafectes les plus rapaces , elles ont auflî des organes
proportionnés à leur état , en particulier la grande
Jquilie aquatique recourbée a quelque chofe de hi-
deux dans la pofture qu'elle tient dans l'eau , dans
fon afped^ , fur-tout dans la ftruûure de fa bouche
qui paroît armée de longs crochets aigus , avec lef-
quels elle failit goulumeut & hardiment tout ce qu'-
elle rencontre , même jufqu'aux doigts des hom-
mes! Lorfqu'cUe tient fa proie , elle la ferre fi for-
tement avec fes pinces , qu'elle ne lâche point prife
après même qu'on l'a tirée de l'eau , & lorfqu'on la
roule dans la main. Quand ces inledes ont attrapé
quelque choie de fucculent pour leur nourriture, ou
quelqu'autre petit inleûe , ils percent avec leurs pin-
ces creufes leur proie ; & à-travers les creux de ces
pinces , ils en fucent tout le fuc ou le lang. (Z). /.)
SQUILONE , f. m. (////?. nat. ichthialog.) c'eft le
nom que les Portugais ont donné à un poifton d'eau
douce , qui a huit ou neuf pouces de longueur ; il eft
fort gras 6i d'un goût exquis. Il eft rem^u-quable par
une efpece de duvet qui lui vient autour de la bou-
che. Il fe trouve abondament dans le royaume de
Congo en Afrique.
SQUINE, f. f ( liifi. des drog exot. ) racine exo-
tique nommée c/iinna, ceà c'tnna , par Celalp. chincea
m<-//A.-, par Cordus, hift. china^cfcliima.^ parTabern.
C'eft une racine qui tire Ion nom du pays de la Chi-
ne d'où elle a d'abord été portée dans les Indes orien-
tales. Elle eft bien différente par i"a nature &: par fes
vertus de l'écorce appellée china china , qui vient du
Pérou , & que nous nommons en françois quinquina.
On trouve chez les droguiltes deux efpeces dey^/^i/ze,
l'une orientale , 6C l'autre occidentale.
La J'quine orientale , china orientalis off. eft une
grollè racine lans odeur , noueule , genouillée , pe-
lante , ligneufe , à tubercules inégaux , extérieure-
ment d'un blanc rougeâtre , & intérieurement d'un
blanc tirant fur le rouge ; quelquefois elle eft un peu
réfineufe. Elle a dans fa fraîcheur un goût un peu
acre & pâteux ; mais lorfqu'elle eft feche fon goût
eft terreux &: légèrement aftringent.
La meilleure eft celle qui eft récente , compafte ,
folide , pefante , qui n'eft point cariée ni rongée par
les teignes; on veut qu'elle foit prefque infipide ,
pleine cependant d'une efpece d'humeur grafle & on-
ducufe ; ce que l'on connoît affez évidemment en la
mâchant , mais encore plus lorfqu'on la fait bouillir.
On rejette celle qui eft trop vieille , qui n'a point de
lue , qui eff i'pongieufe , légère 6l cariée.
La plante eft ^\>\)e\\iç. fniilax afpera chinenjîs , lam-
patam dicla , par Herman ,frnilax minus fpinofa , fru-
clu rubicundo , radiée virtuosd, par Kaempfer. Sa racine
eft groll'e , dure , noueufe , inégale , un peu fîbreufe,
longue , roufte ou noirâtre en dehors, blanchâtre en
dedans , d'un goût foible & prefque infipide. Voilà
ce que les médecins appellent racine de fqidne , égale-
ment célèbre par fes effets.
Elle s'élève d'une ou de deux coudées lorfqu'elle
n'eft pas foutenue , mais étant appuyée fur les buif-
fbns voiftns , elle monte plus haut. Ses farmens font
ligneux , de la grofl'eur d'une paille d'orge , d'un
rouge brun près de la terre , & noueux de deux pou-
ces en deux pouces ; les parties comprifes entre les
nœuds font alternativement courbées & un peu ré-
fléchies, & chaque nœud a quelquefois deux petites
épines crochues & oppofées fur le même côté. De
chaque nœud fort une feuille portée fur une queue
creufce en gouttière , membrancufe , repliée , d'où
naifTent deux mains ou vrilles , une de chaque côté ,
femblables à celles de la vigne , par lefquclles elle
s'attache fortement à tout ce qui eft autour.
De l'aifl^'elle des queues de chaque feuille pouffent
des bouquets de fleurs ou des bourgeons ; quelque-
fois les vrilles font à l'extrémité de la queue & tou-
chent à la feuille qui eft en forme de cœur, de trois
s Q U
S S I
pôuees âe diamètre , & qui fe termine en ittie pointe
courte & obtuCe.
Cette feuille eft mince , membraneufe, luilante ,
noirâtre des deux côtés , & fort ondée vers la pointe;
le bord eil entier , & quelquefois inégal ; elle a cinq
nervures branchues qui dès leur origine vont les unes
diredemcnt , &les autres en forme d'arc , fe réunir à
ia pointe.
Les fleurs de cette plante font petites , portées fur
an pédicule grêle , délié, de la longueur d'un pouce,
de couleur rougeâtre ou jaunâtre ; elles font au nom-
bre de dix , plus ou moins difpofées en ombelles fans
calice , d'un jaune tirant fur le verd , à fix feuilles
difpofées en étoile autour d'un embryon qui appro-
;he par fa figure de la femence de coriandre , 6c eft
entouré par fix étamines ou filets tranfparens garnis
i'un»fommet jaunâtre. Cet embryon qui occupe le
:entre , porte un petit 'ftile furmonté d'une tête de
;ouleur bleuâtre.
Lorfque la fleur eft pafTée , l'embryon en grofTif-
fant devient un frilit qui a la figure , la groffeur , la
:ouleur & l'éclat de la cerife , plus fpongieux que
:harnu ; fa pulpe eft peu confidérable , feche , fari-
leufe, de couleur de chair, d'un goût acerbe, & fem-
îlable à celui des nèfles. Dans l'intérieur de ce fruit
"ont renfermées quatre , cinq ou fix femences de la
grandeur d'une petite lentille , de la figure d'un croif-
fant , raffemblées en rond comme les grains de mau-
ve ; étant feches, elles ont une couleur de châtaigne
tirant fur le noir; elles font blanches en-dedans , tres-
Jures, & d'une fubftance de corne. Cette plante croît
en abondance dans le royaume de la Chine parmi les
cailloux , les épines & dans les lieux incultes.
La y^«/^/e a été félon toute apparence, inconnue
îux anciens médecins. Les nouveaux auteurs l'ont
Fort recommandée & pendant long-tems pour guérir
les maux vénériens. Des marchands chinois lui ont
donné de l'autorité pour la première fois vers l'an
1535, par leurs aflurances que cette racine guériffoit
la goutte, les maladies vénériennes &C plufieurs au-
tres , fans qu'on tilt obligé d'obferverle régime exaft
que l'on fuivoit alors, en ufant du gayac ; ils ajou-
toient encore qu'il ne falloir pas tant de tems , & que
{■àjcjuine ne eau toit pas tant de dégoût. Les Efpagnols
la vantèrent par toutes cesraifons à l'emoereur Char-
les-quint, comme le rapporte Davila & Véfale ; con-
féquemment ce prince en fit ufage de fon propre mou-
vement fans confulter les médecins ; mais ce fut fans
fuccès puifqu'il n'obfervoit point de régime , & qu'il
n'en continua pasl'ulage , ce qui l'obligea de repren-
dre fon gayac: cependant tout le monde le preffa de
publier la ipaniere d'employer h fouine , & tous ceux
qui fuivirent fon exemple furent également trompés;
cette licence téméraire eut fa mode ; on en revint à
la diète du gayac avec lajijuine , car tous les auteurs
de médecine conviennent encore que ce remède bien
adminiftré , ell: un excellent antidote contre les ma-
ladies vénériennes.
Ce remède atténue les humeurs épaifTes , les tem-
pere,les réfout, 6c lesdifîipeenfuite par les fueurs &
par les urines ; cependant la /aulne , la farfepareille
6c le gayac font bien inférieurs au mercure pour la
guérifbn des maladies qu'on contradepar le commer-
ce avec une perfonne gâtée.
Je n'ajoute qu'un mot fur lafijuine d'occident. Elle
eft nommée china occidcntalis ; c'cft une racine ob-
longue , grofî'e , noueufe , tubéreufe , qui ne diffère
de la. fquinc d'orient que par la couleur qui eft plus
touffe ou noirâtre en dehors , & plus rougeâtre en
dedans. La plante eft appellée J'miUix aj'pera fructu
nigro , radies nodosdy magnâ , farinaced , china dicia ,
Siozne catal. plant. Jiirn. On apporte cette y^w/V/e de
la nouvelle Efpagne , du Pérou , du Bréfil 6c d'au-
tres pays de l'Amérique. Elle aies mêmes vertus que
'4^$
h fquim d*orîent , qitoiqu'on la regarde comme lui
étant inférieure. (JD. /.)
SquINE BATARDE , ( Botan. ) fmecio afiaticus *
j ccohao folio .^ radia Ugnosd , c\\\r\d officin arum dicla
nobis , Commel Boerh. Ind. A.i ly. Senecio madra-
■patenfis .^ rapi folio , floribus maximis , cujus radix à
nonnullis china dicitur ^ Petiv. Muf. 6'8o. Hon, dth-,
2i'^i- Cette plante croît au Malabar, & y eft nommée
perinchakka ; il en eft parlé fort au long dans les Tranf
pkilof. n°. 2.y^. p. C)^^. (Z). /,)
SQUINQUE , voyei SCINE.
SQUIRHE, f. m. ( Chirurgie.^ voye^ SKIRRHEi
S S
S S 1 , 07^ G U S , f . m. ( ffifl. natur. Botanique. )
c'efl un oranger fauvage du Japon , dont lé fruit eft
de fort mauvais goût. Ses branches font inégales &
tortueufes , garnies d'épines longues , fortes & pi-
quantes. Son bois n'efl pas dur. L'écorce qui eft
graffe & d'un verd brillant fe fépare fans peine. Cha-
cune des feuilles eft compofée de trois petites feuil-
les qui fe réuniffent au centre fur un pédicule mince ,
long d'un demi-pouce , garni d'un bord de chaque
côté. Ces petites feuilles font ovales , longues d'un
pouce , d'un verd foncé par-deffus & plus clair au re-
vers, celles du milieu un peu plus longues que les
autres. Les fleurs reflemblent à celles du néflier , 6c
croifTent près des épines ou jointes aux feuilles une à
une , ou deux à deux fans pédicules. Elles ont cinq
pétales d'un demi-pouce de long; elles font blanches^
garnies d'un calice , & prefque fans odeur. Le piftil
eft court j environné de plufieurs étamines courtes
& pointues. LefruitrefTembleàl'orangeparfa figure^'
& n'en diffère intérieurement que par l'odeur défa-
gréable , & le mauvais goût de fa poulpe qui eft vif<
queufe. On fait fécher l'écorce de ce fruit pour en
faire avec d'autres drogues un remède célèbre au
Japon , qui fe nomme ki~kolum.
Ssi ou KuTSPiNAS , f m. i^Hifi. nat. Botan.) c'eft
un arbre du Japon, qui eft une efpece de nefïlier ; fa
feuille eft grande , fa fleur très-blanche , l'odeur très-
agréable , & la forme en tuyau , partagé en fix lè-
vres , longues , étroites , & qui s'ouvrent de la gran-
deur d'une rofe. Son fruit efl exagone & de figure
conique ; il a la poulpe jaune , d'un goût defagréa-
ble , & rempUe d'une infinité de petites femences >
femblables à celles du féfame. Cette poulpe fert aux
teintures en jaune. Un autre arbre de même nom, a
la feuille plus petite , & la fleur blanche & double.
Son bouton, lorfqu'il n'eft point ouvert , préfente là
figure d'une belle coquille de limaçon de figure oblon-«
gue.
SSIO , f. m, {ffif. nat. Botan.) arbre du Japon ,"
qui eft une efpece de laurier qui donne du camphre,
fur-tout par fes racines. Il eft de l'épaifleur 6c de la
hauteur de nos tilleuls. On en tire le camphre dans la
province de Saxuma , & dans les îles de Gotto , oit
il croît uniquement , par la dccoftion des racines &
du bois coupés en petits morceaux ; mais quoiqu'on
le fublime enfuite , il eft plus de quatre-vingt fois
meilleur marché que celui de Bornéo , qui fe tire deà
arbres par de fimples incifions entre l'écorce & lô
bois. L'arbre japonnois a peu de branches; fon écor-
ce eft dure 6c d,'iin gris obfcur j mais celle des jeunes
branches eft gluante & s'enlève aifémcnt. La mocllo
en eft dure 6c ligneufe ; le bois eft naturellement
blanc ; mais en fe féchant , il prend une petite tein-
ture de rouge. Quoique peu compacte , il a des fi-
bres aflîez dures qui le rendent propre à faire des
ouvrages de menuiferie , comme cabinets, bottes^
6'c.* mais à mefiire que in réfinc s'évapore , il devient
raboteux. Les plus beaux cabinets du Japon font faits
de la racine de cet arbre , &rde celle du futz-no-kr<
4»
"•■6
S T A
Les veines & les nuances de l'une Sz de Tautre ont
beaucoup d'agrément.
Les feuilles du cainphier japonois tiennent à des
pédicules aflt'/ longs, q\ii rougifrent un peu après avoir
été verds d'abord. Elles lont toujours leulvs , laus
ordre , ineinbraneufcs , de forme tirant fur l'ovale ,
pointues ;\ l'extrémité , ondées fur les bords , fans
^■tre dentelées, avec beaucoup de ribrcs d'une couleur
plus pâle. Le deifus ell d'un verd foncé, mais lui-
îant ; le dcffous a la couleur de l'herbe &: la douceur
de la foie. Le nerf qui cil prominant des deux côtés,
cû d'un verd blanchâtre , & jette fes rameaux en arc
le long de la feuille. De ces rameaux , il en fort d'au-
tres plus déliés. L'extrémité des fibres forme allez
fouvent de petits porcaux qui font particuliers à cet
arbre. Lorfqu'il eil dans toute la grandeur , il com-
mence à poulTcr de petites fleurs , aux mois de Mai
& de Juin. Elles naillent aux extrémités des petites
branches fous les pédicules des feuilles ; & leurs pro-
pres i)édicules font d'un tiers plus courts que ceux
des feuilles , forts , menus , divifés en petites bran-
ches , dont chacune porte une fleur blanche hexapc-
tale avec neuf étamines ; trois au milieu , &C les fix
autres difpofées en rond autour des premières. A me-
fure que le calice augmente , la graine mûrit; & dans
fa maturité , elle efl de la groffeur d'un poids , lui-
fante , &: d'un pourpre foncé. Sa figure eft ronde ,
alongée comme une poire , avec une petite envelop-
pe de couleur tirant fur le pourpre , d'un goût de
camphre girofle. Elle renferme un noyau , de la grof-
feur d'un grain de poivre, dont l'écorce cfl d'un noir
luifant , &: qui fe fipare en deux ; il eft de nature hui-
leufe, & d'un goût fade. Foye^ Kempfer, hljloirc du
Japon.
SSIBU-KAKI , f. m. ( Hl{î. nat. Boum.) c'efl un
figuier du Japon, qui donne un fruit qui ne fe mange
point , mais qu'on enterre dans un pot , pour le faire
pourrir & fondre, & dans le fuc qu'on palfe foigneu-
îement, on trempe le papier, dont on fait des habits,
pour le garantir de la pourriture. On s'en fert aulli
pour fei.'idre les toiles d'ortie & de chanvre.
S T
S T , eft un terme indéclinable , dont on fe fert
ordinairement quand on recommande le filence.
Les Romains écrivoient ces deux lettres fur les
portes des chambres où ils mangeoient, comme s'ils
avoient voulu dire ,/è^ tau owfiknnum tenz.
Porphire , remarque que les anciens fe faiibient
un point de religion de ne pas dire un feul mot en
fortant ou en entrant par les portes.
STABIE , {Géo^. anc.) Stabiœ , ville d'Italie , dans
Ja Campanie. Elle ne fubfilloit plus du tcms de Pli-
ne , liv. III. c. V. qui nous apprend qu'elle avoit été
détruite, fous le confulat de Cn. Pompée , &: de L.
Caton, par Sylla , le dernier d'Avril, & qu'elle étoit
réduite à un fimplc village.
Pline le jeune , /. yJI. ep'iji. xvj. après avoir rap-
porté que Ion oncle , curieux d'examiner l'embrafe-
jnent du mont Vcfuve , dit à Ion pilote de tourner
du côté de Pomponianus , ajoute que Pomponianus
étoit à Stable , dans un endroit féparé par un petit
golfe, que forme infenfiblement la mer fur fes riva-
ges qui fe courbent. Ovide parle de Stabiœ au qum-
zieme livre de fes Métamorpholes , v. yii.
HiTcuUamquc urban , Stabiafque. /'
On voit dans Galien , Uv. V. Mkh. medec. Se dans
Symmaquc, iiv. FI. cpift. ty. que le lait des vaches
de Stabïz étoit en ufage dans la Médecine. Charles
Patin confirme ce fait par une médaille curieufe de
l'empereur Géta , fur le revers de laquelle eft une va-
che, qui déli^ne l'excellence du lait que produiloient
S T A
les pâturages de Stable. Columelle , llv. X. v. zjg,
fait l'éloge des eaux & des fontaines de Stable,
Fontlbus & Stabiae célèbres , & vefvla rura.
La table de Peutinger place Siablœ entre Pompelt
& Surrtntum. C'eft aujourd'hui C<ï/?e/<z mare dl Sta-
bia , ou fimj)lement Cujlel a mare. (Z>. /.)
STABILITÉ , 1. ï. (Gratnm.') qualité de ce qui eft
fixe , immobile. On dit Idjiabuité de la terre ; [^ fia.
blllté d'une convention , du caraâere , de l'efprit ,
des vues , des vertus , &c.
STABLAT , f. m. {Lang. Franc.') c'eft une habita-
tion que font les habitans des pays des hautes mon-
tagnes dans des établcs , oîi ils s'enferment en hiver
pendant la chute des neiges, (Z). /.)
STACHIR , ( Gcog. anc.) fleuve de la Lyble inté-
rieure. Ptolomée , /. IF. c. vj. dit que ce fleure fort
du mont Ryjadlus , & qu'auprès de cette montagne,
il forme un marais Clonia.. Marmol prétend que ce
fleuve eft le Scnega. {D. /.)
S T A CH YS , f. m. ( Hifl. nat. Botan. ) genre de
plante à fleur monopétale labiée , dont la lèvre fupé-
rleure eft un peu concave & droite , la lèvre infé-
rieure eft divifée en trois parties ; dont les deux ex-
térieures font beaucoup plus petites que celle du mi-
lieu. Le piftU iort du calice , il eft attaché comme un
clou à la partie poftérieure de la fleur , & entouré
de quatre embryons qui deviennent dans la lûite au-
tant de femences arrondies & renfermées dans une
capfule qui a lervi de calice à la fleur. Ajoutez aux
cara£leres de ce genre , que les feuilles font velues
& blanches. Tourn. i/?/?. rel herb. Foye^ Plante.
Tournefort établit fix efpcces de ce genre de plan-
te, dont nous décrivons la principale, la grande d'Al-
len agne, Jlachys major gerjjianlca. I. R. H. i8G.
Saracineeft dure, fibrée, jaunâtre, &vivace. Elle
poufl'e une ou plufieurs tiges à la hauteur d'environ
2 pies , groflTes , quarrées , nouées , velues, blan-
ches , veloutées , mocUeufes en-dedans. Ses feuilles
font oppofées l'une à l'autre à chaque nœud de fa ti-
ge, feniblables à celles du marrhube blanc, mais beau-
coup plus longues , plus blanches ; cotannées , den-
telées en leurs bords, d'une odeur alTez agréable, d'un
goût aftringent fans aucune âcreté.
Sqs fleurs font verticillées & difpofées en manière
d'épis entre les feuilles , au fommet de la tige , ve-
lues en -dehors, glabres en-dedans, ordinairement
purpurines , quelquefois blanches , approchantes de
celles du lamium : chacune de ces fleurs eft en oueu-
le , ou en tuyau découpe par le haut en deux lèvres;
la fupérieure eft creufée en cueilleron , relevée &
échancrée : l'intérieure eft divifée en trpis parties ,
dont celles des côtés font beaucoup plus petites que
celles du milieu.
Après que la fleur eft tombée , il lui fuccédc qua-
tre lemences prelque rondes , noirâtres , renfermées
dans une capfule qui a fervi de calice à la fleur. Tou-
te la plante rend une odeur forte ; elle croît aux lieux
montagneux , rudes , incultes , & fleurit en été. Son
nom lui vient de ces fleurs rangées en épis, car çax^i
en grec veut dire épi. (Z>. /.)
STaCKI , lac , ( Gêog. mod. ) lac d'Ecofîe dans
la province de StrahNavern. (i^. /.) .
STACTÉ , f m. {Hijl.nat. des drog.) c'eft ainfi que
les anciens nommoient la plus précieufe forte de
myrrhe liquide , qui découloit des arbres fans inci-
fion. Ce n'étoit point le ftorax de nos boutiques,
comme quelques modernes l'ont imaginé,car le ftorax
eft même fort différent de notre myrrhe en larmes.
C'eft une myrrhe liquide , naturelle , d'un grand
ufage dans les choies de luxe. On la mêloit dans des
vins de liqueur, qu'on appcllolt vlna myrrkata , &
qu'on eftimoit fingulierement. Dc-là vient que dans
Plaute une vieille dit :
s T A
Tu mlhi flafte j c'innamomum. Tu rofa j
Tu crocum & sajfui es !
Les anciens compofoient encore avec lejîacîé des
)arfLims odoriférans , des pommades pour les chi;-
,-eux & des baufnes de grand prix. Piufieurs com-
nentateurs de l'Ecriture prétendent que c'eil de ce
)aume de myrrhe que les mages portèrent à Beth-
éem au Sauveur du monde , avec de l'or & de l'en-
:ens.
Nos parfumeurs appellent à leur towrjiacîe quel-
ques morceaux choiûs de myrrhe , qu'ils font diiîou-
Ire dans de l'huile , & y mettent de l'odeur ; car
lous ne connoifîbns plus \zjiacîc des anciens ; nous
le connoiiïbns uniquement que la myrrhe feche en
armes, /'oj'c:^ Myrrhe , 6» Myrrhe, vin. (D.J.)
SÏADE , i. m. (^Mejun itlniraire des anciens. ) me-
iire de longueur des Grecs ; leur Jiade , félon Pline ,
:tôitde 115 pics romains, & chacun de ces pies ro-
nains étoit de ï z pouces : il falloit 5 pies romains
>our faire un pas géométrique ; ainfi 625 pies ro-
nains faifoient 125 pas géométriques, par confé-
nKnt'ûhWdltS fiades pour flùrc un mille romain;
!onc les Soùjindes faifoient 100 inilles romains.
Pour réduire maintenant %oo fiades romains à nos
ieucs de France , les lieues communes de France
ont de deux mille 400 pas géométriques ; donc 800
ladis faifoient 41 de nos lieues de France & j de
ieue.
Je fais bien que M. de la Barre a établi un fyllème
out différent de celui-ci ; il donne aux Grecs deux:
}iides , un grand & un petit. Le grand Jiadc , félon
[li , étoit d'e 1 3 3 pas romains , deux tiers , & il y en
,voit fept & demi au mille ; le petit ftade étoit de 80
las ou de 400 pies romains, On peut lire dans les
Mcrnoires de V académie des Infcription's , tome XIX.
es raifons fur lefquelles il appuie fon hypothèfe ;
nais quoiqu'elle loit accompagnée de favantes re-
herches , je ne crois pas devoir abandonner l'opi-
lion commune. ( Z). /. )
Stade D'OLYMPIE,(^>i//7. gnq^ Itfiaded'Olym^
7/V étoiî urt efpace de 600 pas qu'on avoit renfermé
ie murs près de la ville d'Elis & du fleuve Alphée ,
k: qu'on avoit orné de tout ce qu'on avoit cru pro-
)re ^ rembellir ;^ mais comme on avoit été contraint
le s'aff.ijettir au terrein qui étoit inégal, cq ftade étoit
ort irrégulier , ainfi qu'on peut le voir par le deifein
ju'en a tracé fur la defcription de Paulanias , M. le
:hevalier Folard , & que M. l'abbé Gédoyn a fait
graver pour l'inférer dans la tradudion de cet auteur •
;rec.
Ce y?^^e étoit compofé de deux parties : la pre|L
niere , dont la figure reffembloit aflez à la prouP'
i'uh vaiffeaù ^ étoit nommée Xz barrière. C'étoit-là
:{u'étoient les écuries & les remifes où fe tenoient
:es chevaux & les chariots , & où ils s'apparioient.
La féconde étoit nommée la Uce , & c'étoit dans l'ef-
pace qu'elle contenoit que fe faifoient les courfes ,
foit à cheval , foit avec les chariots. Au bout de la
lice étoit la borne , autour de laquelle il falloit tour-
ner ^ & comme celui qui en approchoit le plus , for-
moit un cercle plus court , il étoit toutes chofes éga-
les , plutôt revenu au lieu d'où il étoit parti. C'étoit-
là principalement que confiftoit l'adrefte de ceux qui
conduifoient les chars , & où au même tems ils cou-
roient le plus grand danger. Car indépendamment
de ce qu'ils pouvoicnt s'y rencontrer avec un autre
char ; fi on venoit à toucher cette borne , l'efTieu fe
brifoit en mille pièces , ou recevoit du-moins quel-
que échec qui faifoit perdre tout l'avantage. Voilà
ce qu'Horace exprime par ces mots , metaque fcryi-
dis evitata rôtis.
Au dch\ de cette borne étoit encore une autre oc-
£afion de danger. Ç'étoit [a figure du génie Tarafeip-
S T A 4?
pas, qui ctolt faite de manière à effrayer les chevaux-.
On ne fait fi on l'avoit mife là exprès pour augmen-
ter le danger de la courfe , ou û par refpeft pour ce
génie on l'y avoit laiffée , fuppofé qu'elle y fût avant
la côniîruftion dn ftade ; mais il efl: toujours vrai que
c'étoit un endroit fort dangereux.
Des deux côtés de cette lice dans fOute fà lon^
gueur étoient les places des fpeftateurs. Les princi-
pales étoient pour les juges & pour les perfonnes de
confidération ; le peuple qui y accouroit en foule fe
metioit où il pouvoit : car rien n'efl égal à la curio-
lité qu'on àvoit pour ces ibrtes d'exercices.
J'ai dit que de la barrière les chars entroient dans
la lice, & je dois ajouter que la léparation de ces
deux lieux étoit fermée avec une corde qui fe baif-
foit par une efpece de méchanique , qire décrit Pau-
fanias ; & c'étoit le fignal qui avertillbit d'entrer dans
la hce. Ban'ur. (Z>. J.)
STADEN , {Géogr. mod. ) en îatin Staùo , ville
d'Allemagne dans le cercle de la baffe-Saxe , au du-
ché de Brème , fur la rivière de Schwinge , près de
l'Elbe , à 15 lieues au nord-efi de Brème. Cette ville
a été conlidérable du tems des Romains , qui y te*-
noient des troupes pour défendre les paffac^es de*
l'Elbe. Après avoir fubi la domination des archevê-
ques de Brème , elle devint ville anféatique & flo-
riffante ; mais elle déchut beaucoup, lorfque lesAn-
glois eurent tranfporté à Hambourg le commerce de
leurs draps. Le feu la confuma prefque entièrement
en 1659. Lesducs deBrunfwick-Lunebourg la pri-
rent en 1676. Elle appartient aujourd'hui à l'élefteuar
d'Hanovre. Lon^u. iG. 6^. latit. ij. ^z. (£). /,)
STADHOUDER, V0y,f;j;STATHOUDER.
STADIA , {Géo^. mod.) petite ville de la Turquie
européenne , dans le Coménolitari , fur le bord oc-
cidental du Golfe Theffalonique , au midi de l'embou-
chure de la Platamona. C'cfl le Dium en Macédoine
de Strabon. ( Z>. /. )
STADIASMOS, f. m. {Littéral, greq.) ç-x^,ar/jôç
lignifie la mefureparftades. Ce mot , quoique bon &Q
ancien , ne fe trouve pourtant dans aucun de nos
didionnaires grecs. Perfonne n'ignore que les an-
ciens Grecs étoient accoutumés à mefurer les diflan-
ces des lieues par flades ; ils appelaient cela «-TacT/a-
'^iiv , d'où vient ina.S'ia.G-iJ.U. {D.J.)
STADIDROME, f. m. {Gymnaft.) riom que l'on
donnoit à ceux qui dans l'exercice de la courfe na
couroient que l'efpace d'un flade , à là différence de
ceux qui en couroient deux , & que l'on nommoit
dolcodromes y & de ceux qui retournoient après avoir
couru les deux ûades , & qu'on nommoit dianlodro-
fnes , enfin de ceux qui couroient armés & qui s'ap-
pelloient opliiodromes. {D. /.)
STADISIS , {Géog. anc. ) ville dé l'Ethiopie fous
l'Egypte , près de la grande cataracle du Nil ; c'eit:
la Tafitla de Ptolomce. ( Z?. 7. )
S FADIUM, f. m. {Jeux de la Grèce.) ^TaSicv , car-'
ricre pour les courfes publiques dans l'ancienne
Grèce. Cette carrière étoit environnée de piufieurs
rangs de degrés élevés fur une enceinte faite en por-
tion d'ovale , dont chaque côté étoit de 600 pics
athéniens , ce qui déterminoit le (lade fimple qut
étoit de 125 pas géométriques; le y?<î^<; doublé, c'efl-
àdire parcouru deux fois , formoit 150 pas ; l'hip*
podromc deNémée étoit d'une grande étendue, caf
il dcvoit avoir 750 pas , étant deux fois plus long
que le Ao\\h\Q ftade.
Mais le plus beau ftade de la Grèce étoit \q fladion
panathenaicon d'Athènes , dont les débris frappoient
encore tellement les curieux voyageurs dans le der-
nier ficelé , q^u'ils ne pouvoient s'empêcher d'en dire
ce que Paulanias avoit dit de l'ouvrage entier : on nô
le fanroit voir fans l'admirer. Sa fîgurel^toit une por-
tion d'ovale, coupée fclon fa largeur ; & il fembls
488
S T A
«que la nature fe tut jouce pour fermer îi plaifir une
■colline qui règne pareillement en portion crovalc ,
comme pour borner le terrein de cette carrière. Les
rangs des degrés ctoicnt tous de marbre blanc. L'em-
pereur Adrien donna un jour aux Athéniens dans ce
Jîjdc le Ipedaclc d'une chailc de mille bêtes lauva-
ges. (£>. J.)
STADSBERG ou STADBERG , {Géog. mod.)
bourgade d*Allema|:ne dans le cercle de Weftphalie,
aux confins du conité de Waldeck , fur la rivière de
Dimcl. On nommoit autrefois cette bourgade Eref-
bcre & Mcrshcrg , &: c'étoit là que les anciens Sa-
\ons avoient bâti un temple à leur dieu Irmini'ul.
\d. J.)
STAFARDE , ( Gcogr. mod. ) bourgade des états
de Savoie, au marquilat de Saluées , entre Cavours
êc Pignérol fur le Po. Elle eft connue par fon abbaye
■d'hommes de l'ordre de citeaux , & par la viftoire
que le maréchal de Catinat y remporta en 1690
fur le duc de Savoie. Longu. zS. 4. lat'u. 44. ji.
{D.J.)
STAhFORA, LA, {Géosr.mod.)rWierQ d'Italie
<lans le Milanez. Elle arrofe le Pavefan , & après
avoir pafle à Voghera , elle fe perd dans le Po. (Z?. /.)
SJ A¥lOKD ,{G£og. mod.) ville d'Angleterre , ca-
pitale du comté de même nom , fur la Saw , dans une
agréable campagne ; elle eft bien bâtie , a deux pa-
roiffes , une école publique , &: un château pour fa
défenfe. Long, fuivant Harris, i5. 3 o. latii. Sx. 64.
{D.J.)
STAf FORD-SHIRE , ( Géog. mod. ) province mé-
diterranée d'Angleterre , dans le diocèfe de Lichfïeld
& Conventry. Elle eft bornée au nord-oueft par le
comté de Cheller; à l'occident par celui de Shrews-
bury ; au midi par ceux de W'orcefter & de War-
vick ; & à l'efl: & au nord-eft par celui de Darby.
Elle s'étend du nord au fud l'efpace de quarante-
quatre milles ; elle en a vingt-fept de large , & cent
quarante de circuit : on y compte cinq hundreds ou
quartiers, & cent trente églifcs paroiifiaies. Il y a
quatre villes qui ont droit de députer au parlement;
favoir Stafford , la capitale , Lichfield , Newcaftle ,
Tacnworth , & quinze bourgs à marché.
Les principales rivières de cette province , font
la Trent , la Tame , la Dove , la Blithe , & la Saw.
La partie feptentrionale du comté de Stafford eil
montueufe , froide , & affez flérile ; mais la partie
méridionale cft fertile. Outre les pâturages & les
grains , on y trouve des carrières de charbon de ter-
re, d'albâtre, & de pierres de moulin. Nous avons
un excellent ouvrage fur fon hiftoire naturelle : Plot
( Robert ) thc natiiral hlflory of Stafford-Shirs , Oxo-
nias , 1686. in- fol.
Les anciens habitans de ce pays ont été les Car-
Tiariens , qui poffédoient outre cela les terres com-
prifes dans les comtés de Shrewsbury , de Worce-
fler , ôc de Chefter : après eux ce comté fut le par-
tage des Saxons Merciens.
Il a produit depuis la renaiflance des Lettres des
favans dilîingués , entre lelquels on peut nommer
Allcyn ( Thomas ) , Lighifoot ( Jean ), \Vollallon
( Guillaume ) , & Sheldon ( Gilbert) , qui méritent
tous quatre nos éloges.
^//cy/z naquit en 1542, & mourut en 1631; fa
fcience dans les Mathématiques l'expofa de même
que le Moine Bacon , aux jugemens delavantageux
du peuple , qui le regardoient com.me un forcier, tan-
dis que les hommes éclairés le relpedoient comme
un beau génie. Henri Savile , Cambden , Robert Cot-
ton, Sptlman, Sclden , &c. ont chanté les louanges.
Ce dernier l'appelle acadaniœ Oxonenfis dccus ^ om-
nii eruditionis génère ornatiffîmum. Henri , comte de
Korihumberland , ^<. Robert comte de Leiceftcr ,
favori de la reine Elifabeth , l'aimèrent linguliere-
S T A
ment. Il n'épargna ni fes foins, ni fon crédit , ni fa
bourfe , pour rafiembler des manufcrits dans toutes
les Sciences , & pour favorifer leurs progrès. Mais
fes propres ouvrages, {qs recueils, & fes obfcrva-
tions lur l'Allronomie , les Mathématiques, & la
nouvelle philofophie , font tombées dans des malus
inconnues.
Lightfooc naquit en 1601 , & mourut en 1675 ^
74 ans; c'étoir un homme prodigiculemcnt habile
dans les antiquités judaïques; fes ouvrages précédés
de fa vie, ont été railemblés & imprimés à Londres,
en 1684. On fit une nouvelle édition de ce recueil
à Rotterdam , en 1686 , en 2 vol. Infol. La troifieme
édition parut îl Utrccht en 1699 , par les foins de
Jean Leveden ; il y a ajouté un nouveau volume
contenant les ouvrages pofthumes latins de l'auteur,
qui n'avoient point encore vu le jour , & que M.
Jean Strype lui avoit envoyé d'Angleterre. Le troi-
fieme volume contient 21 traités, dont la plupart
font courts , & quelques-uns imparfaits.
Enfin, M. Strype a publié à Londres en 1700,
in-8°. de nouvelles oeuvres poflhumes deLlghtfoot;
il avoit eu defléin d'inférer dans cette colledion,
une chronique de ce qui s'cfi: paffé dans le monde
au fujet des Juifs , fous les empereurs Ottomans, fur
la fin du xj. fiecle. Cet ouvrage qui dépeint les mal-
heurs & la deflrudion des Juifs dans ce tems - là ,
avoit été compofé par un certain facrificateur nom-
mé Jofeph , qui vivoit fous le règne d'Henri VIII.
La traduftion de l'hébreu en anglois étoit de Light-
foot , & de fa propre main.
On voit par la lefture des œuvres de ce favant ,'
qu'il avoit quelques fentimens particuliers : par exem-
ple , il croyoit , 1°. que les Juifs étoient entièrement
rejettes de Dieu. 2°. Il penfoit que les clés du royau-
me des cieux n'avoient été données qu'à faint Pierre.
3°. Que le pouvoir de lier & de délier^ accordé à cet
apôtre , regardoit la doftrine , & non la djfcipline,
4°. Dans fon interprétation de ces paroles de Diea
à Caïn : Ji tu fais mal , le péché ejl à la porte ; il pré-
tend que par le péché , il ne faut pas entendre la pu-
nition , mais l'oblation pour le péché , pour en faire
l'expiation.
Wollaflon naquit en 1659, & fit d'excellentes
études ; mais comme il étoit pauvre , il prit l'emploi
du fécond maître d école dans la province à 70 li-
vres fterlings par an. Peu de tems après, la mort d'un
de fes parens , arrivée en 1688 , le mit en polTelfion
d'un bien tres-confidérable. Un changement aufli
imprévu qu'avantageux, auroit été capable de tour-
ner la tête à bien des gens ; mais la môme fermeté
d'ame qui avoit loatenu Wollaflon dans la mauvaife
fortune , lui fit lupporter la bonne avec modération;
fa philofophie lui apprit à fe polféder égalentent dans
les deux états oppolés.
Il fe fixa à Londres , cpoufa une femme de mérite,'
& cependant continua toujours de pafTer fa vie dans
la retraite &dans l'étude. Il avoit des amis , du loifir,
&: des livres , dont il Ait profiter. Il cultiva prefquc
toutes les fciences , & travailla fur-tout à perfeclion-
ner fa raifon , en s'aflranchiflTant des préjugés , en *
obfervant l'étendue & l'influence des axiomes, la
nature & la force des conféqucnces ; enfin , en fui-
vant la bonne méthode dans la recherche de la vé-
rité. Il mourut en 17x4 , de la même manière qu'il
avoit vécu en philofophe chrétien.
La reine d'Angleterre fit placer fon bufte dans une
grotte de fon jardin de Richemont avec ceux de
Newton , de Locke , de Samuel Clarck , &c.
Mais fon fameux ouvrage , ébauche de la religion
naturelle , the religion of nature delineated ^ qu'il mit
au jour l'année de fa mort, afait fa principale gloire.
Le débit prodigieux qu'a eu cet ouvrage en Anj^lc-
terre , dont il s'eft vendu plus de dix mille exemplai-
res
s T A
es en peu d'années , prouve afTcz fon mérîte. Il ert
»eu d'ouvrages finis qu'on puifl'e oppofer à celui qu'il
donné Ibus le modelle titre d'£''/'ûH<:/(£.Ledeffcin exé-
uté de main de maître , a non-feulement toutes les
reportions , mais auflî toutes les grâces de l'cxpref-
on , du tour, de la iblidité, du lavoir, & de la nou-
eauté.
La traduction françoife de ce beau livre a paru à
i Haye en 1726, in-^°. L'auteur a eu l'art de dé-
rouiller le cahos des notes qui rcgne dans l'édition
ngloiié ; mais il ieroit à iouhaiter que (d traduûidn
"xx. moins défedueufe pour le flyle , & llir-tout pour
; lens; car il fait fouvent dire à M. Wollalton ce
[u'il ne dit point , & quelquefois le contraire de ce
[u'il dit.
Shddon ( Gilbert ) archevêque de Cantorbéri ,
aquit dans la province de Staffnrd , en 1598, &
lourut à Lambeth en iGjj , Agé de 80 ans. C'étoit
n homme adroit au maniment des affaires , géné-
eux , charitable , d'une converfation pleine d'agré-
lent , peut-être même à l'excès, honnête homme ,
ms avoir beaucoup de religion , dont il ne parloit
l'ordinaire que comme d'unmyftere d'état , & d'une
ffaire de pure politique mondaine très - fagement
tablie. Il a employé 37 mille livres fterling en œu-
res de piété. Il a élevé le magnifique théâtre d'Ox-
3rd qui porte Ion nom , & y a employé 14470 liv.
I. f. 1 1. d. Enfin, il légua à l'univerlité deux mille
.vres ilerling, dont la rente eft dellinée à l'entre-
ien du théâtre. (^Lc chevalier de Jauc ou RT.')
STAGE , 1. m. ( Gram. & Jurifprud. ) eil une ré-
idence aftuelle îk exafte que chaque nou^u cha-
loine doit faire dans Ion églife pendant fix mois ou
in an , félon les Itatuts du chapitre , lorl'qu'il a pris
(offeffion , pour pouvoir jouir des honneurs & des
evenus de la prébende.
Le tems du jia^e dépend des flatuts du chapitre;
1 y a même quelques chapitres où les nouveaux cha-
loines ne font point affujettis d^.\Jiage , dans les cha-
)itres où il a lieu , les confeillers de cour fouveraine
;n font difpenlés. /^oye{ Brillon, au moi St AGE , Sc
es mots Canonicat, Chanoine, Chapitre, RÉ-
SIDENCE, (y^)
STAGIER , f. m. terme d'ég/ife , chanoine qui fait
fon ftage, c'elt-à-dire , qui aiuiïe régulièrement aux
offices de fon églife pendant le tems fixé par les fla-
tuts du chapitre , afin de pouvoir jouir des honneurs
Se des revenus attachés à la prébende dont il a pris
pofTeffion. (Z>. /.)
STAGIRE , ( Géog. anc. ) Stagirus , par Thucy-
dide , & par Hérodote , Stagira , gén. orum , par
Pline , & par Etienne le géographe , ville de la Ma-
cédoine , au voifinage du mont Athos, lur le golfe
Strymonique, entre Amphipolis, & Acanthus. Thu-
cydide , /. IF. yP. j < /. dit que Stagirus étoit une co-
lonie des Andriens , & que conjointement avec la
ville à^Acanthus , elle abandonna le parti des Athé-
niens. Cette ville eft appellée dans un endroit Liba-
nova par Sophien , & dans un autre pafiage , il la
nomme Orthagoria; Nicetor lui donne le nom de
Macra.
Stagire n'étoit qu'une petite ville , mais elle s'eft
immortalifée par la naiflance d'Arillote , le plus illu-
ûre des élevés de Platon, le chef & le fondateur de
la philofophie péripatéticienne. Il vit le jour à Stu-
gire, la première année de la 99^ olympiade, l'an
384 avant Jefus-Chrill ; il étoit fils de Nicomaque
fameux médecin , petit-fils de Macaon , fils d'Efcu-
lape même. On voit qu'il dcfccndoit de bonne race
dans la connoiifance de la nature ; aulfi s'eil-il illultré
dans cette partie.
A l'âge de feize ans il vint à Athènes , & y étudLi
fous Platon tant qu'il vécut : après fa mort , Arlftote
1« rendit en Afie auprès d'Heniilas , qui étoit roi d'A-
TomeXK
fTf^
489
tarnès vîile de Myfie , & il époufa la nièce de ce
prince. Il demeura trois ans avec lui , au bout def-
quels Hermias étant tombé dans un piège que lui
tendit le général d'Ocus roi de Perfe , fut arrêté ôc
envoyé à la cour de Perfe , où on le fit mourir.
Aniiote accablé de ce malheur, paffa à Mitylene
& de-là en Macédoine, où fa réputation l'avoit de-
vancé. Philippe fe propofant de le mettre auprès
d'Alexandre , lui manda qu'il remercioit moins
les dieux de lui avoir donné un fils , que de l'avoir
fait naître du tems d'Arillote ; il accepta la place de
précepteur du jeun;e prince, & demeura huit ans
auprès j^e lui. Enfuite Alexandre alla conquérir la
Perfe ; mais Ariftote dévoué aux Mufes , choifit pour
fon féjour la ville d'Athènes , & y enfeigna dans le
Lycée avec une gloire unique la Philofophie pendant
douze ans.
Sa haute réputation excita l'envie ; on l'accufa ,
fuivant la coutume , d'avoir des fentimens contraires
à la religion ; & cette accufation fiit fi violente , que
craignant le fort de Socrate , il fe fauva à Chalcis ,
ville d'Eubée , où il mourut deux ans après , l'an 3
de la 114^ olympiade , âgé de 63 ans.
Diogene Laèrce parmi les anciens, & Stanley
parmi les modernes, vous donneront fa vie ; elle ell
digne de votre curiofité. Je ne dirai rien ici du nom-
bre & du mérite des ouvrages de ce grand homme;
on n'a pas oublié d'en faire mention en plufieurs en-
drohs de l'Encyclopédie, ( Z>. J.)
STAGNAKk, (Géog. mod.) petite ville de la Tur-
quie européenne dans la Remanie , près de la côte
de la mer Noire, entre Siropoli & les bouches du
détroit de Conflantinople.
Stagnara lac , {Géog. mod.) lac de Turquie en
Europe , dans la Remanie , près de la ville ou bourga-
de de Deveko. {D.J.)
STAGNATION , f. f. ( Gramm. & Méd. ) ralen-
tiffement ou perte totale du mouvement progreffif.
Les humeurs font en flagnation.
STAGNO , ( Géog. mod. ) petite ville de la Dal-
matie , dans laprefqu'île de Sabioncello , fur le golfe
de Venife , où elle a un petit port , qui efl à 30 mil-
les au nord-ouefl de Ragufe , dont fon évêque eil
fuffragant. Long. ji. jé*. lat. 42. Jj.
STAINFORD-BRIDGE , ( Géog. mod. ) bourg A
marché d Angleterre , dans Yorck-Shire , au quartier
oriental de cette province , & fur le Derwent. C'eft-
là que Harold roi d'Angleterre défit en 1066 le roi
de Norvège ; & c'eft-là que neuf jours après ce mê-
me prince livra la bataille à Guillaume le conqué-
rant , & perdit la couronne & la vie. (D. J.^
STAINTHORPE, (Géog.' mod.) gros bourg d'An-
gleterre , dans la province de Durham , à quatre ou
cinq milles de Bernard-Caflle , au nord-eft.
STAJOLUS , f. m. ( Littéral. ) nom qu'on don-
noit chez les Romains à une mefure de longueur'qu'-
on employoit pour arpenter le terrein ; cette meuire
étoit égale à cinq palmes & trois quarts de palme.
{D. J.)
STALACTITE, {.{.{HiJI. nat. )fialaHites,(îaLag^
mites , lapis fiUlatitius ; c'ell ainfi que les naturalises
nomment des concrétions pierreules qui le forment
peu-à-peu à la partie fupérieure d'un grand nombre
de grottes & de cavernes , &: qui y font fufpenducs
de la même manière que les glaçons s'attachent en
hiver aux toits des maifons. Ces concrétions ou Jla-
la'dites font toujours calcaires , & doivent être re-
gardées comme un vrai fpath. Foyei Spath. Elles
prennent iuivant les circonllances , des formes diri'é-
rcntes, cependant communément elles Ibnt coniques,
& elles font diverfcment colorées , fui\aiit les ditic-
rentes fubflances qui y font jointes.
Il cil évident que les (iaUcliKS doivent lem* for-
mation ùdes eaux , qui après avoir détrempé 1!^ JU'-
Qqq
490
S T A
S T A
Ibus des terres ou des pierres , le tîltrcnt au-travcrs
des roches &: de leurs tentes , forment des gouttes
dont la partie terreule le dégage peu-;\-peu par l'c-
vaporation & le contadl de l'air , &c s'augmentent k
tîroportion de l'abondance du fluide qui charrie lu
inatierc dont elles lont composées, ^oj-q Pierres.
Les ftalaîlites lont de toutes les fubftances miné-
rales les plus propres i\ nous donner une idée de la
formation des pierres. Elles nous prouvent d'une
façon lenlible que l'eau eft leur véhicule , & qu'elles
fe forment journellement. Souvent les eaux con-
tiennent en li grande abondance des matières diflbu-
tes ou détrem^pées , qu'elles parviennent à la fin à
remplir entièrement des cavités très-confi«lérables ,
& à boucher à la longue des endroits ovi auparavant
on pouvoit paffer librement ; c'ell ce qui arrive dans
les .'rottcsd'Arcy&: dans beaucoupd'autres qui chan-
gent perpétuellement de face par les concrétions &
\cs fialaciitis ç[\\\ s'y forment journellement. Lorlqu'-à
force de s'amafler , ces JîaLicîltcs ont rempli une
crotte ou un efpace vuide , elles forment à la fin une
mafTelblide, qui prend de la confilhmce &: ne fait plus
qu'une roche ou pierre , dans laquelle cependant on
voit lùuvent des couches & des veines qui font les
endroits oii les ffalacliies fe font réunies & , pour
ainfi dire , collées les unes aux autres ; c'eft alnfi que
l'on peut conjedurer que le font formés les albâtres
d'Orient , qui ne font autre chofe que des /ialacîius
calcaires de la nature du marbre.
Les Ilidaclucs font plus ou moins tranfparentes ou
opaques en raifon de la pureté de la terre que les eaux
ont dépofée , & fuivant que la dilVolution s'ell faite
plus ou moins parfaitement. En effet nous voyons
des Jlaldciltcs prefque tranfparentes , tandis que d'au-
tres font opaques & remplies de matières étrangères
& colorantes.
En conlidérant attentivement prefque toutes les
jlalaclius , on apperçoit qu'elles font formées d'un af-
femblage de petites lames ou de feuillets plus ou
moins fenfibles , telles que celles des fpaths : ces feuil-
lets forment des efpeces de ftries ou d'aiguilles qui
vont aboutir à un centre commun , qui elt quelque-
fois creux ou filhileux. D'autres JinUclites font en-
tièrement folides. A l'extérieur leur figure eft ordi-
nairement conique ; cependant quelquefois elle pré-
fente des formes bizarres , dont la fingularité efi: en-
core augmentée par l'im-agination des curieux , qui
trouvent ou croient fouvent trouver à ces pierres des
reffemblancesqu'elles n'ont que très-imparfaitement.
Il y en a pourtant qui repréfentent aflez bien des
chouxfleurs , des fruits confits , des arbultes , &c,
La couleur àesftalacîius eft ou blanche , ou brune ,
ou rougeâtre ; leur furface eft ou lifTe , ou inégale,
ôcrabou-ufe. ( — )
STALAGMITE , f. f. ( Hlfl. nat. ) nom donné par
quelques auteurs à la pierre z^^ttWcc Jîalaclue ,• cepen-
dant quelques perfonnes ont reftreint ce nom à une
efpece de concrétion opaque compoléc de plufieurs
couches concentriques , &c formant un amas de ma-
melons.
STALIMENE , île , ou STALIMINI, (Gèog. mod.)
&C quelquefois par les Turcs Limio ; c'ell l'ancienne
Lemnos ; ile de l'Archipel , placée dans les cartes ma-
rines à quatre lieues d'Allemagne, à l'oueft de l'île
de Ténédos, à fept au fud-oueft des îles d'Imbros &
deSaman(!rachi,huit à l'oucft-quart-au-lud du détroit
des Dardanelles , 6l environ à dix au lud-efl: du mont
Athos.
Cette île fut appcllée Lemnos de fa fituation qui
reflemble à un lac ou à un étang , que les Grecs a()-
pellent Ai/wih. On la nomma HypftpyLu d'une des fil-
les du roi Thoas, qui avoir autretois régné fur ces in-
fulaires. Elle étoit confacrée à V'ulcain , & en con-
féquence on la furnomma VuUanla, Homerç nous dit
que Vulcaln la chérilToit par-deffus tous les pays dû
monde , & c'eft pour cela que ce dieu eft appelle dans
Virgile le ptri. Lemnien.
On donne à cette île cent milles d'Italie , ou vinot-
clnq lieues d'Allemagne de circuit. Elle eft plus éten-
due en longueur d'orient ù l'occident , qu'en largeur
du nord au midi. Elle avoir anciennement deux vil-
les , dont la capitale étoit appellée Htphccjlia , la vUU
de Vnlcain , & l'autre Myrina. On ne lait laquelle de
ces deux villes eft ;\ prélent celle de Stalimene,^
même quelques auteurs veulent que c'eft le village
Cochino qui eft près de la mer. Quoi qu'il en foit ,
les Pélalgiens ont autrefois habité une des deux villes
de cette île , où ils fe retirèrent après avoir été chaf-
fés de l'Attique par les Athéniens,
L'île de Stalimcne n'eft pas haute , mais fort Iné-
gale , & diverfifiée par des coteaux & des vallons.
Ses plus hautes montagnes font fituées du côté de la
Macédoine. Celle qui eft nommée Aîojychle par He-
fichius , vomit à Ion lommet des feux 6c des flammes ,
dont les poètes n'ont pas oublié de parler ; de-là vient
la fiûion poétique des forges que Vulcain avoit dans
cette île , comme en Sicile , travaillant tantôt dans
l'une , tantôt dans l'autre à forger les foudres de Ju-
piter & les armes des grands hommes. De-là vient
que cette île fut appellée Œthalie , c'eft à-dire brûlan-
te ; auflx Séneque lui donne toujours l'éphitete d'ar-
dente.
On y compte plus de 70 villages , habités prefque
tous par des grecs laborieux ; cependant cette île n'a
point de rivières , mais feulement quelques fontai-
nes ÔCjuifteaux. Elle a un beau |K)rt poiftbnneux,
nommrPor/o S. Antoni. Elle eft dépourvue de bois,
en forte que les habitans le fervent à la place de tiges
d'alphodele &: d'autres plantés. On y recueille par la
culture de bons vins , du blé , du chanvre , du lin,
des fèves , des pois & plufieurs autres fortes de légu-
mes. Diverfes fortes d'animaux domeftiques & fau-
vages n'y manquent point , non plus que de fer-
pens de plufieurs efpeces.
Mais c eft la terre lemnlenne qui a fait la principale
gloire de cette île chez les anciens , & qui la fait en-
core aujourd'hui parmi les Turcs. Galien vint exprès
fur les lieux pour connoître ce bol médicinal dont on
chantolt les vertus; & de nos jours le grand-feigneur
pour honorer les miniftres des têtes couronnées qui
font à la Porte , leur donne de cette terre figillée en
préfent , comme un excellent remède pour la guéri-
ion des plaies & les morfures de vipère. Philoftete ,
fils d'Ajîollon , qui avoit accompagné les Grecs à la
guerre de Troie , ayant été blefte au pié par une flè-
che empoifonnée , tut lailTé dans l'île de Lemnos pour
y être guéri de fa plaie par le moyen de la terre lem-
nlenne ; cependant les corroyeurs de Stallmene ne
font pas un li grand cas de cette terre que les anciens
& le grand-feigneur , car ils l'emploient pour tanner
leurs cuirs.
Le mont Athos , que les Grecs nomment Jglos
Gros , c'eft-à-dire la montagne fainte , couvre lîle Sta-
Umcneàt fon ombre lorlque le loleil approche de Ion
coucher ; & c'eft ce que Belon a eu occalion de vOir
au folftice d'été. On dit qu'il y avoit anciennement
dans cette île laftatue d'un bœuf faite de pierre blan-
che , & que le mont Athos l'oblcurcifloit de fon om-
bre ; d'où vient le proverbe , le mont Athos couvre
le côié du bœuf de Lemnos ; & l'on appliquoit ce
proverbe à ceux qui tâchoient d'obfcurcir la gloire
des autres par leurs calomnies.
Pline fait mention d'un labyrinthe célèbre qui
étoit dans cette ile , & qui paftbit pour être plus
magnifique que ceux de Crète & d'Egypte ; mais il
n'eft pas refté la moindre trace de ce fupcrbe édifice ,
ni même de l'endroit où il avoit été bâti.
L'ile de Stalimens , après avoù: été fucçeflivement
I
I
s T A
envahie par les Turcs & les Vénitiens , efl: enfin de-
meurée entre les mains des premiers , qui s'en rendi-
rent maîtres en 1657 , après un fiege de deux mois ,
& ils l'ont toujours pofledée depuis. (Z>. / )
Stalimene , ( Gcog. moi. ) ville capitale de l'île
le même nom fur un coteau proche de la mer , avec
m bon port , & un château où les Turcs tiennent
jarnifon , fous l'autorité d'un gouverneur qui y fait
on féjour.Les maifons de cette petite ville font ba-
ies le long d'une colline qui eft toute plantée de vi-
gnes. Quelques-uns prétendent que Stalimene eft l'an-
rienne Myrina que Ptolomée femble placer près de
a mer , au-lieu qu'il met Hephyftia , autrefois ca-
>itale de l'île , au milieu des terres. Long. 43. 4. lat.
^0.6. (D.J.)
STALIOCJNUS PORTUS, {Géog. anc.) port
le la Gaule lyonnoife ; Ptolomée , l. II. c. viij, le
narque fur la côte de la mer Britannique , entre le
(romontoire Gobaeum & l'embouchure du fleuve Ti-
ns. Cefl aujourd'hui Rofcou , félon d'Argentré.
n.j.)
STALLE , f. m. & f. (temu d'églife.) c'eft un fiege
e bois qui fe haufle & fe baiffe au moyen de deux
'ches ; quand il eft baiffé il forme un fiege affez bas ;
tant levé , il préfente un étui attaché fur le fiege
nême comme la moitié d'un cul-de-lampe , un peu
ilus ample que la paume de la main. A proprement
larler , on n'eft ni affis ni debout fur une Jlaile , mais
nilement un peu appuyé par-derriere , les coudes
ortant par-devant fur une efpece de paumelle qui
vance , & qui eft foutenue par une double confole.
Il y a deux rangs de galles ou formes dans les égli-
;s , l'un haut &i. l'autre bas. Les hautes fialles font
lour les prêtres & religieux profes , les baffes font
•our les clercs & les novices.
L'appui attaché fur le fiege en forme de cul-de-
impe porte le nom de patience , & dans quelques or-
ires religieux on lui donne encore celui de w.ifcri-
orde , parce que l'ancien ufage étoit de chanter de-
lout l'office divin ; ce n'eft que par indulgence que
'on a permis au clergé de s'y appuyer. (£). /.)
STALl.EN , (Géog. mod.') en italien Bevio; com-
mmauté du pays des Grifons dans la ligue, de la mai-
on de Dieu , où elle a le fixieme rang , & eft com-
•ofée de deux jurifdiclions.
STAM ATE , f. f. pi. (Comm.) efpece d'étoffe dont
1 eft fait mention dans un tarif de Hollande ; c'eft
out ce au'on en fait.
STAMEN , SUBTEMEN , ( Littérature. )
l faut bien diftinguer la fignifîcation de ces deux
nots qui dans les auteurs latins défignent deux for-
es de fils dans le métier des Tifferans. Le premier ,
lamen , forme ce que l'on appelle la chaîne qui paffe
;ntre les dents du peigne, & tient à des rouleaux par
€S extrémités. Subtemen ou trama eft la trame, c'efl-
i-dlre , le fil que la navette conduit entre les fils de
a chaîne pour les lier enfemble & leur donner de la
ronfiftance. On dit la trame dans le fcns propre & la
rame dans le fens figuré. Telam texere^ fignifie ourdir
ine toile ; retexcre , la défourdir. Par la même raifon ,
^cribere , étoit paffer une obligation , & rejaibere, bif-
"er , rayer cette obligation.
Subtemen fe prend encore dans les auteurs au fi-
guré. C'eft ainfi qu'Horace , en parlant des parques
qui ont fixé le terme des jours d'Achille dans les plai-
nes du Scamandre , çm\Ao\Q fiibtemen fîgurémcnt pour
llum ; car les parques ne failbient que filer. Dans Ca-
tule elles fe fervoient elles-mêmes du mot fubtemea
dans ce fens-là :
Currite duccntes (ubtcmim , curritefujt,
{D.J.)
STAMENA , f. f. {Marine. ) c'eft la mcme chofc
que genoux , roje^ GeNOUX.
TomeXr,
S T A
491
STAMETTE , f. f. ( Comm. & Manuf. ) étoffe de
laine qui fe fabrique en différens endroits des Pro-
vinces-Unies.
STAMPALÏE , ou STAMPALÉE, {Giogr. mod. )
comme les Italiens , les Turcs & les Grecs la nom-
ment ; île de l'Archipel , à fept lieues au couchant de
l'île de Stanchio ou Longo , 6l à quatre lieues eft-
nord-eft de celle de Namphia. Porcachi lui donne ,
comme Pline, 87 milles d'Italie de circuit; mais d'au-
tres auteurs ne lui en donnent que 60. Son terroir etl:
fertile , & fa pêche abondante. Strabon , Ptolomée
& Pline appellent cette île AJlypalée , & elle reçut
ce nom d'Aftypalée la mère d'Ancée , qu'elle eut de
Neptune. Lorfque les Cariens étoient en poffefîîon
de cette île , elle étoit appellée Pyrrha , enfuite on
la nomma PiUa , & quelque tems après elle reçut un
nom grec , qui fignifioit la table des dieux , foit parce
qu'elle étoit toute embellie de fleurs , foit à caufe du
nom d'une de fes montagnes. Ses anciens habitans
révcroient Achille comme un dieu , & avoient bâti
un petit temple en fon honneur fur la pointe fepten-
trionale de leur île. (£>./,)
STAMPE , f. f. {Comm. des negres^'m^mment dont
l'on fc feit pour marquer les nègres dans l'île de Saint
Domingue,afin de les pouvoir reconnoître. La. Jîam-
pe eft faite ordinairement d'une lame d'argent très-
mince tournée de m.aniere qu'elle forme les chifres
de chaque propriétaire de nègres. Elle eft attachée
à un petit manche de bois afin de la tenir lorfqu'on
veut l'appliquer après l'avoir fait raifonnablement
chauffer. Nous avons dit ailleurs ce qu'on doit penfer
de cette odieufe pratique. ( D. .J. )
STANCE , f. f. ( Poéjie. ) on nomme fiance^ un
nombre arrêté de vers comprenant un fens parfait ,
& mêlé d'une manière particulière qui s'obferve dans
toute la pièce.
Une loi effentielle , c'eft de ne point enjamber
d\\ne Jiance à l'autre. Il eft néceffaire de régler fes
vers ; enforte que paffant d'une fiance à l'autre , on
ne rencontre pas deux vers mafcuhns , ou deux vers
féminins confécutifs qui riment enfemble ; favoir ,
le dernier de \^ Jiance qu'on a lue , & le premier de
celle qu'on va lire.
Il y a des Jlances régulières , & des fiances irrégu~
Hères : on appelle _/?û/2ce irré^uUere des fiances de fui-
te , qui ne font pas affujetties à des régies détermi-
nées. Le poëte emploie indifféremment toutes fortes
de fiances. Le mélange des rimes y eft purement ar-
bitraire , pourvu toutefois de ne mettre jamais plus
de deux rimes mafcuhnes ou féminines de fuite.
Les fiances font de 4, 6, 8 , 10 , 12 & 14 vers. On
fait auffi des fiances de 5 ,de 7, de 9 & de i o, vers. Les
fiances de 4 vers font un quatrin ; 5 vers font un
quintil ;6 ,un fixain ; 8, un huitain ; 10 , un dixain.
Il n'y a que les fiances compofées de fept, de neuf,
de douze, de treize & de quatorze vers , qui n'ont
pas un nom particulier. Il en faut dire un mot. Les
fiances de douze , fe compofcnt comme le dixain, ou
fiance de dix vers , à laquelle on ajoute deux vers,
qui font pour l'ordinaire de même rime que ceux qui
les précèdent. Les fiances de quatorze vers , font des
fiances de dix vers , à la fin defquels on ajoute quatre
vers , qu'on peut faire rimer avec ceux qui précé-
dent. Ces fortes de fiances , encore plus celles de
treize & de f eize vers font très-rares. Les fiances de
fept vers , fe compofent d'un quatrain & d'un tercet,
ou autrement d'un tercet & d'un quatrain ; dans la
première manière , il doit fe trouver un repos après
le quatrième vers ; & dans la féconde manière , ce re-
pos doit être après le troifieme vers. Les fiances de
neuf vers, ne le compofent que d'une façon , c'eil-
ù-dire, que l'on fait un quatrain , fuivi d'un quintil;
ainfi le repos dans cette fiance, eft placé après le qua-
trième vers. Exemple :
Q q q ii
49^ S T A
Jt nt prends point pour vertu
Les noirs accès de triflej/è
D'un loup-^aroii rcvctu
Des habits de lu f^i-^ijfe;
Plus légère que le vent ,
Elle fuit d'un faux J avant
La forr.bre nicUnchoUe ,
Et je fauve bien jouvent
Dans les bras de la folie.
"Les Jïances n'ont été introdiiiles dans la pocfie fran-
çollc , que fous le legne de Henri III. en i 580. Lin-
gendcs , dont les poclîcs ont beaucoup de douceur
& de facilité , eft le premier de nos poètes qui ait
fait des [iancts. Les irréfolutions , les douces rêve-
ries s'accommodent allez à leur cadence inégale. Ce-
pendant leur matière peut être enjouée, ik on ar-
range de telle façon les vers, que dans les fujets ga-
lants , chaque y?<z'ï a- fe termine par un mafculin , &
dans les trilles par un féminin :les rimes maiculines
étant moins languifTantes que les féminines.
Stance vient de l'italien fiança , qui fignifîe demeu-
re, parce qu'à la hn de chaque fance , il faut qu'il y
ait un i'cns complet & un repos. Ce que le couplet
cft dans les chanfons , la ftrophe dans les odes , les
(Imces le font dans les matières graves ôcfpirituelles.
•( D. J. )
STANCHIO ou STANCON ou LANGO , {Géog.
mod.') comme difent les Grecs & les Italiens ; île de
l'Archipel fur la côte de l'Afie mineure, à 7 lieues au
levant de Stampalie , entre les îles de Nifarée & de
Calamine, & à 3 lieues du cap de la Terre-ferme, qui
eft appelle Calono.
Les cartes marines lui donnent l'île de Rhodes au
fud-eft , l'île de Calamine il l'occident , celle de Scar-
panto du côté du midi , & l'Afie mineure au nord. Sa
longueur eft de 40 milles d'Italie d'orient en occident.
Son terroir eft fertile fur-tout en excellens vignobles,
mais l'air y eft mal-fain , ce qui fait qu'elle eft pref-
que deferte.
La capitale qui porte le même nom de Lango ou
Stanckio , eft fituée dans la partie occidentale , au
fond d'un grand golfe d'une étroite embouchure, &
au pic d'une montagne qui aboutit en plaine. Les
vaifleaux pourroient fe venir mettre à l'ancre dans
ce î^olfe fur fix à fept braftes d'eau , mais le port voi-
fm eft meilleur pour l'ancrage. On trouve encore en
quelques endroits de la ville , des reftes de colom-
nes & de ftatues , qui font juger par la matière &:
par l'ouvrage de la première fplendeur de cette place.
Aufti perfonne n'ignore que l'île de Stanckio eft l'an-
cienne Cos, immortelle pour avoir été la patrie d'Hip-
pocrate. {D. J.)
STANDAERT-BUITEN, ( Géog. mod. ) feigneu-
rie des Pays-bas, dans le marquifat de Berg-op-zom,
fnr la rive de la Merck , vis-à-vis le havre d'Ouden-
Bofch. Standaen-Buiten eft le fiege d'un bureau de
l'amirauté de Rotterdam. Il y a une égUfe protef-
tante , & une chapelle pour les catholiques.
STANDIA , {Gcog. OTorf',)îlcfur la côte fepten-
trionalede l'île de Candie, à environ 6 milles d'Ita-
lie , au nord-eft de la ville de Candie , &C à pareille
diftance , eft du cap Frefchia.
Cette île n'eft , à proprement parler qu'un rocher,
ou une grande & longue montagne , qui défend par
fa hauteur les vailTenux du vent & de la tempête.
C'eft-là que les Vénitiens , dans la guerre de Candie
contre les Turcs , fe portoient avec leur flotte , pour
pouvoir porter du fecours à la ville de Candie. Ils ne
retirèrent aucun autre avantage de l'île Standia , qui
eft deferte & ftérilc. Sa petite baie, nommée Conca^
eft aflez fûre. Son meilleur port , qui eft le plus orien-
tal , fe nomme Pono-della-Madona. Les anciens ont
coanu cette île ; Ptolomée & Strabon la nomment
S T A
Din , & Pline en parle fous le nom de Cia. (D.J.)
STANES , ( Gcog.mod.') bourg à marché d'Anale-
terre , dans la province de Middlefex , fur le bord de
la Tamife.
STANFORD , {Géogr. mod.") nom commun à deux:
villes d'Angleterre. La première eft dans la province
de Lincoln , avec titre de comté , fur le Wéland , à
75 milles au nord-oueft de Londres , vers les confins
de la province de Leicefter. Elle eft fermée de mu-
railles , bien peuplée , & jouiflant de plufieurs pri-
vilèges. Elle a fix ou fept églifes paroil^ales, & deux
beaux hôpitaux. Longitude i^.4J. latitude 62. 46.
La féconde ville d'Angleterre qui porte le nom de
Stanford , eft dans Nottingham - Sbire , fur le bord
de la Stoure, & vers les frontières de la province de
Leicefter. On a trouvé dans cette ville quelques
monumens d'antiquité, & particulièrement des mé-
dailles. Long. i€. iS. latit. ij. 4. (^D. J.)
STANGUE , f. f. terme de Blafon ; c'eft la tige
droite d'une ancre,quiefttraverfée en fa partie fupé-
rieure , vers l'anneau d'une pièce de bois qu'on ap-
pelle la trabe.
STANTÉ , adj. (^Peint.) terme dont on fe fert quel-
quefois en peinture , au lieu de peiné : un tableau
Jianté, eft donc un ouvrage où l'on découvre la pei-
ne , la gêne , le travail qu'il a coûté à l'artifte. Ce
défaut de facilité ne laifl"e jouir qu'imparfaitement du
piaifir que les beautés d'un morceau de peinture
peuvent d'ailleurs offrir au fpedtateur. C'eft fur-tout
dans les arts d'agrément, que le talent doit s'annon-
cer fous un dehors libre & aifé. Il faut qu'un tableau
foit fini , mais fans qu'on juge qu'il ait beaucoup
fatigué le peintre , en un mot , fans paroître /?drt/e.
{D.J.)
STANTZ , {Gcog. mod.) gros bourg de Suifte , au
canton d'Underwald , à une lieue au - deftiis du lac
des quatre cantons. Ce bourg étoit autrefois la capt-
taie de tout le canton ; il ne l'eft plus que de la val-
lée inférieure , depuis le partage de religion , mais il.
eft toujours confidérable. (-D. /.)
S T A P HI S A I G R E , f. f. {Hijt. nat. Bot an.) cette
plante eft l'efpece de delphinium nommée delphinium
plantant tolio , fiaphifagria diclum , /. R. H. ^28, Sa
racine eft longue , ligneufe , annuelle : elle pouffe
une tige à la hauteur d'environ deux pies , droite ,
ronde , rameufe ; fes feuilles font grandes , larges ,
découpées profondément en plufieurs parties, ver-
tes , velues , reftemblantes à celles du platane ou de
la vigne , attachées à des queues longues. Ses fleurs
nalflent au fommet de la tige & des rameaux , &
dans les aiftelles des f^'ulllcs ; elles font composées
chacune de cinq pétales inégales , difpofées en rond,
& d'un bleu foncé ; la fjuille fupérieure s'alonge
poftéricurement, & reçoit dans fon éperon l'éperon
d'une autre feuille. Quand la fleur eftpafîée, il lui
fuccéde un fruit compofé de trois ou quatre cornes
ou gaines verdâtres , qui s'ouvrent en- dedans , félon
leur longueur , &c qui renferment plufieurs femences
groffes comme de petits pois , de figure triangulaire,
ridées , jointes étroitement enfemble , noirâtres en-
dehors, blanchâtres ou jaunâtres en - dedans , d'un
goût acre , brûlant , amer , fort défagréable.
Cette plante croît aux lieux fombres dans les pays
chauds , comme en Italie , en Provence Si. en Lan-
guedoc , d'oii la graine nous eft apportée feche; elle
fleurit en été , 6c fa femence mtuit en automne ; on
s'en fert extérieurement pour tuer les poux, &c quel-
quefois pour confumcr les chairs des ulcères, (Z>. /.)
STAPHYLIN , en j4natorniey nom d'un inufcle de.
la luette qui vient de la pointe commune du rebord
poftérieur des os du palais , & vient en fe portant le
long de la partie moyenne de la cloifon du palais,
environner la luette.
STAPHYLODENDRON, f m. {Hifl.mt.Bot.)
s T A
enre de plante qui fe caraClerife ainfî ; (on calice eÛ.
'une ieule pièce , découpée en cinq quartiers. Sa
eur eft pentapétale , droite , en clociie , à cinq éta-
lines au milieu. L'ovaire au tond du calice eft gar-
i de deux tuyaux, & devient un trait membraneux,
iviie en deux loges , dont les lemences Ibnt à cô-
nes ligneufes.
Les Botaniiîes comptent quatre efpeces de ce genre
2 plante , dont la plus commune eft \Qjiaphyloden-
-o« de Tournetbrt, /. R. H. 616. pifiachiajilvellris^
. B. P. 40/. Nux vejicarla. Park. Tluat. i-i-iy.
C'efl un arbrifîeau dont le bois eft rempli de moël-
blanche ; festeuilles rellemblent à celles dufureau,
les font feulement plus petites , & dentelées en
urs bords ; les fleurs font attachées par grappes à
?s pédicules longs & menus ; chacune d'elles eft
irmée de cinq pétales blancs , dilpofés en rond , &
iUtenus fur un calice d'une feule pièce, découpé en
nq parties : lorfque cette fleur eft tombée, il paroît
1 fa place un fruit membraneux ou une efpece de
;ffie verdâtre, divifée en deux loges , dans lefquel-
s fe trouvent quelques femences couvertes d'une
:orce ligneufe, rougeâtre , facile à cafTer; leur fub-
mce eft verdâtre , d'un goût fade & doucereux,
et arbrifîeau croît dans les bois , dans les haies &
ms les buifTons des pays chauds. Son nom eft com-
>fé de rroLtpuX-À , raijins , & «Tti'tTpoV , arbre , comme
-li diroit arbre de raïjin , parce c^ue fon fruit eft dif-
Dfé en grappes ; il peut fournir de l'huile par ex-
reftîon. (Z>!y.)
STAPHYLOME ou CHUTE DE L'UVÉE , f. m.
?hirurg.^ maladie de l'œil, formée par la membrane
/ée qui pafTe au-travers de la cornée ouverte , par
le plaie ou un ulcère , voye^ Uvée & Cornée, Ce
ot vient du grec rra^ux», uvée, grain de raifin, à rai-
in de la couleur noire de la membrane qui fait
illie.
hc flaphylome dlfrere , fuivant le volume de la tu-
eur : lorfqu'elle eft confidérable , elle ocCafionne
îaucoup de difformité àroeil,& de douleur au mala-
?, par l'imitation que caufe la rencontre des cils 6c le
[ouvement des paupières. Cette efpece detumeur dé-
uit entièrement la vue ; on ne peut gu^ir les mala-
es, qu'en liant la tumeur fi la baie eft étroite, ou en
:>uvrant ft la bafe eft large ; dans l'un & l'autre cas
ueil fe vuide dès l'infbnt par Pincifion , ou après la
lùte de la ligature , & le malade perd l'organe af-
:£fé. Si l'ouverture ou l'ulcère de la cornée eft pè-
te , la tumeur de l'uvée eft apptllée myocephalon ,
:te de mouche par rapport à fa reffemblance à la
Ite de cet infefte. J'en ai guéri plufieurs de cette
alure , en faifant foulïler fiir la tumeur deux ou trois
)is par jour un collyre fec, avec la tuthie & le fucre
andi en poudre. S'il y a inflammation à la conjonc-
,ve, ona égard à cet accident, ^oyt'^ Ophthalmie.
Le flaphylome eft une efpece d'hernie de l'uvée; on
lourroit efl'ayer de le guérir , pourvu qu'il ne loit
loint d'un volume trop confidérable, en le compri-
iiant légèrement par des compreffes & un bandage
ppliqués fur la paupière à l'endroit qui répond à la
umeur , ou comme le propofe M. de la Paye dans
"es remarques fur les opératiorts de Diofais, par une
)ctite lame de corne fort mince &: concave , qui
•tant mife entre l'œil & la paupière , entoureroit
;xa£lemcnt 6c immédiatement le globe de l'œil. Ce
Tioyen , dit cet auteur , pourroit faire rentrer peu-à-
3eu la partie de l'uvée qui forme le (iaphylomè. (F)
STAR ACHINO , {Géog. mod.) petite ville ou plu-
tôt bourg de la Turquie européenne , dans la Macé-
doine : à 4 lieues de Voftan/a, proche de la rive gaU'
che du Vardari. Quelques-uns prétendent que c'eft
l'ancienne Stobi qui devint colonie romaine. (Z)./.)
STARAIA-RUSSA ou STARO-RUSSA , {Géog.
mod. ) ville de l'empire RulTien , dans le duché de
S T A
493
Novogorod , fur le lac îlmen , à l'en droit oh la ri*
viere Lovât fe jette dans ce lac. {D. /.)
STAR GARD, {Géog. mod.) il y a trois petites
villes de ce nom en Allemagne. La première eft la
capitale de la Poniéranie ultérieure , fur la rivière
d'ihne , à 5 lieues au levant de Stetin ; elle appar-
tient aujourd'hui au roi de PrufTe , & efî fort dépeu-
plée. La féconde Stargard, eft une ville du royau-
n>e de PrufTe , fur la rivière de Fers , à fept grandes
lieues de Dantzic. La troifieme eft au duché de Mec-
klenbourg , vers les confins de l'Uckermark , au mi-
di de la petite ville de Brandebourg. (Z>, /.)
STARIE , f. f. terme de commtrce de mer , ulité par-
ticulièrement dans le levant.
Lqs HoUandois nomment ^.^rw le tems que ceux
qui commandent les efcortes que l'amirauté de Hol-
lande accorde aux convois qui vont au levant , ref-
tent à Smyrne , au-delà de celui qui leur eft permis
par leur commifTion.
Au retour des convois , les commandans des ef-
cortes font tenus de remettre un journal de leur voya-
ge entre les mains du procureur-général de l'ami-»
rauté ; s'il n'approuve pas les (larks faites extraordi-
nairement, il en rejette la dépenfe fur le compte des
commandans. Voye^^ AMîRAtjTÉ. Dicl. de Commerc,
STARO , f, m. {Comm. ) mefure d'Italie, feche Si
liquide. Comme mefure de liquides , elle eft à Ho*
rence de trois barils, & le baril de vingt fiafques.
On fe fert aufîi du (îaro dans la Calabre & dans la
Pouille. Dans ces deux provinces du royaume de
Naples, il faut dix (iari pour la falme , trente-deux
pignatoli pour iefiaro. C'eft aufïi le boifleau dont on
fe l'ert en plufieurs villes d Italie pour melurer les
grains , particulièrement à Venife, à Livourne, &c à
Luques. Le /faro onjlara de Livourne pefe ordinai-
rement 1)4 livres : 1 1 zjiari fept huitièmes font le laft
d'Am.fterdam. Les grains fe mefurent auffi à Luques
au fiaro, dont les 119 font un laft d'Amfterdam : le
Jiaro de Venife pefe 1 28 livres gros poids ; chaque
ftaro contient quatre quartes ; 3 <^^ari un cinquième,
ou 140 quartes quatre cinquièmes font le laft d'Am-
fterdam, i'^v^ry. {D.J.)
STAROSTE, {. m. {Hijî.mod.) en Pologne on
donne ce nom à d'es gouverneurs de ville* & de
chAteaax-; ils font nommés par le roi '-pour veiller
fur fes revenus , & pour rendre la juftice en fon
nom; on appelle (iarojUe le difîrift fous leur jurifdic-
tion : cependant il y a des ftarojhs qui n'ont point de
jurifdidion , alors ils ne doivent êt#e regardés que
comme des châtelains.
STAROSTIE, f f. ( mj{. de Folc^tie.) on appelle
Jlarojîie çw Pologne, des terres que les rois de- Polo*
gne diftribuent comme bon leur femble , pourvu que
ce foit à des Polonois. Autrefois elles faifoient le
domaine de ces princes , & c'eft pour cela qu'on les
nomme biens roy^ttA;. Slgifmond- Augufte céda vo-
lontairement ce domaine aux gcnîilshonmies, pour
leur aider à foutenir leurs dépenlés militaires. Il fe
referva feulement, pour lui 6c pour (es fuccefléurs,
le droit de nommer à ces feigneurics , & que le tré-
for de la république jouiroit du revenu pendant la
vacance , jufqu'à la nomination d\in /iarcjU^ comme
les rois de France ont droit de jouir des évcchés 6c
autres bénéfices de leur nomination par économat.
Outre cela il chargea les fînrojl'us d'un impôt ap-
pelle quarta ( kwarta ), parce qu'il eft la quatrième
partie du revenu de la terre, ce qui fait avec ce
qu'on levé fur les biens d'églife , le fo.ids pour l'en-
tretien des avfenaux , de l'artillerie, 6l de la cava-
lerie polonoife.
Il y a deux fortes de ftaropcs, les unes fimples ,
les autres i\ jurifdidion. Ces dernières font un tribu-
nal appelle grade , avec un juge , & un tabelllona|;e,
où s'enregiftrent tous les a^cs pafl'és dans le reftort
494
S T A
a:
<îe \aJIaroJIte, les proteftatlons , les contrats, & au-
tres ; comme elles ont aufTi le privilège de pouvoir
juger à mort , les femmes ne poflcdcnt jamais de ces
fortes dc/IctrcJUcs, ni aucun jeune homme avant la
majorité. (^D.J.)
STASE , 1. 1'. {Gram. & Mcd. ) repos des humeurs
dans quelques parties du corps, où elles ne devroicnt
point s'arrcter. La flagnationfuppofe encore un peu
t)e mouvement , il n'y en a plus dans lay?<{/2'.
STATA MATER , {MythoL) la men Stata,à\w\-
rltc qu'on honoroit à Rome dans le marché public,
en allumant de grands feux en fon honneur ; c'étoit
la di\inité protethice de Rome qu'on vénéroit ainli.
(D. J.)
STATANUM VINC/M, {Littérature.) Strabon ,
iiv. y.pa". 243. vante une forte de vinainfi nommé
tlu heu où on le recueilloit. Ce heu devoir être dans
le Latium ou dans la Campanic. Pline , /. XIK c. vj.
qui connoit ce vin , dit qu'il croiflbit au voifinage
de Fakrne , & peut - ctre aux environs des marais
Statines , qui pouvoient lui donner leur nom. Athé-
née , /. /. c. xxj. fait aufTi mention de ce vin. {D. J. )
STATEN-EYLAND, {Géos- mod.) c'eft-à-dire
îles des Et.i!s , parce qu'elles ont été découvertes par
les fujeib des Etats-généraux. Ce font trois îles de
la mer Glaciale , éloignées les unes des autres , mais
[ui appartient à-prélcnt à la Rulïïe : la difficulté eil
,e les rendre habitables. (Z>. 7. )
STATER^{Mon. des Hébreux.) iTTciTnp, pièce de
monnoie qui valoit un ficle , ou quatre drachmes.
Les receveurs du temple ayant demandé à faint
Pierre, fi leur maître ne payoit pas le didrachmc (j'ai
vu plufieurs anciennes éditions du Nouveau-Tella-
nient en françois où il y a les dix drachmes , les tra-
ducteurs ayant ignoré que didrachme étoit deux dra-
chmes , & non dix. ) Jefus-Chrift voulant fatisfaire à
cet impôt , envoya Pierre pêcher dans le lac de Tibé-
riade , & l'apôtre y prit à la Hgne un poiffon qui
avoit dans fon gofier un fîater. Cette pièce de mon-
noie fervit à acquitter ce que Jefus-Chrift & faint
Pierre dévoient pour le temple , favoir un didrachme
ou un dcmi-ficle chacun par année. Matt. xvij. 24,
uy.{D.J.)
STA TE RA , {Littérature, ) la différence étoit
■grande entre fiatcra ,jlrutina , & libra, chez les Ro-
anains. Libra étoit une balance compofée comme les
nôtres , de deux baffins, d'un fléau, d'une languette,
& chafle. Trutina étoit proprement la languette de
la balance qui marque l'égalité du poids ; ÔcJIatera
étoit ce qu'eft parmi nous la romaine : mais au-lieu
du crochet qui porte le fardeau , il y avoit un baftin.
(D, J.)
STATÈRE,f. f. ( Antiq. rom. ) ftatera , balance
romaine ; voici la dcfcription qu'en donne Vitruve,
iiv. X. c. viij. l'anfe qui elt comme le centre du fléau,
étant attachée comme elle eft, proche de l'extré-
mité i\ laquelle le balfin eft pendu , plus le poids qui
coule le Lng de l'autre extrémité du fléau, eft pouflc
en avant fur les points qui y font marqués , plus il
aura la force d'égaler une grande pelanteur , félon
que le poids étant éloigné du centre , aura mis le
fléau en équilibre ; ainft le poids qui étoit trop foi-
ble lorfqu'il étoit trop prés du centre ,peut acquérir
en un moment une grande force , & élever en-haut
fans beaucoup de peine un très-lourd fardeau. Dans
cette ancienne balance il y avoit un baftin au-lieu
de crochet qu'on met maintenant au pezon , pour
porter le fardeau, f^oyei Balance romaine.
(D J.)
StatÈRE, f. m. {Monnaie atîc. de Grèce.) mon-
noie d'or ou d'argent que l'cm fabrique en Grèce.
hes ftateres d'or de Cyzique étoient en particulier
fort eftimés , à caufe de la beauté de la fabrique ; le
<ype étoit d'un côté ime têtede ignuiie, 5ç çlç l'au-
-
STA
îre une tête de lion : ils étoient du poids de deux
drachmes, & valoient vingt-huit drachmes d'argent
d'Athènes. Le Jlatère d'or d'Athènes valoit vingt
drachmes , dans le rapport de l'or à l'argent , qui
étoient dans ce tems -là chez les Grecs de dix à un
c'eft-à -dire qu'une drachme d'or valoit dix drachmes
d'argent. Le Jlatère d'or de Cyzique valant vingt-
huit drachmes d'Athènes ; la drachme de Cyzique
devoir pefer une drachme attique , &C deux cinquiè-
mes ou huit oboles &: deux cinquièmes d'Athènes.
Ainft le Jlatère de Cyzique , en l'évaluant par
vingt-huit drachmes d'Athènes , vaudroit de la mon-
noie qui a cours en France , environ vingt & une
livres ; mais le rapport de l'or à l'argent étant aftuel-
lement en France environ de quatorze à un, ley?d-
tère d'or de Cyzique vaudroit environ vingt - neuf
livres de notre monnoie.
A l'égard du Jlatère d'argent , il pefoit ordinaire-
ment quatre drachmes , ce qui revient à-peu-près à
trois livres de notre monnoie. ( Z). /. )
STATEUR , {Mythol.) lurnom de Jupiter. Romu-
lus voyant les foldats plier dans un combat contre
les Samnites , pria Jupiter de rendre le courage aux
Romains , & de les arrêter dans leur fuite. Sa prière
fut exaucée , &: en mémoire de cet événement , Ro-
mulus bâtit un temple à Jupiter au pié du mont Pala-
tin , tous le titre de Stator , le dieu qui arrête. La
ftatue qu'on lui confacra repréfentoit Jupiter debout
tenant la pique de la main droite , & le foudre de la
gauche. Ciceron met dans la bouche d'un de fes in-
terlocuteurs , que le conful Flaminius marchant con-
tre Annibal, tomba tout d'un-coup, lui & fon che-
val , devant la ftatue de Jupiter Stator , fans qu'il en
pariu aucune caufe. Cet accident fut pris par fes
troupes pour un mauvais augure , ou plutôt pour un
avis que le dieu lui donnoit de s'arrêter & de ne pas
aller combattre ; mais le conful méprifa l'avis , ou
l'augure , 6c fut battu à la journée de Trafimènes.
{D.J.)
STATHMOS , f. m. ( Littéral. ) SraS/i-toç , c'étoit
une maifon royale ou pubhque qu'il y avoit fur les
routes en Afie , félon le rapport d'Hérodote , dans
laquelle on pouvoit s'arrêter , amant qu'on le defi-
roit , & y prendre le repos dont on avoit befoin.
On fait qu'encore aujourd'hui les voyageurs trou-
vent par tout dans le Levant des maifbns appellées
cûmva«/èr^i, qui fervent au même ufage. {D. J.)
STATHOUDER ou STADHOUDER, f. m. {Hijl.
mod. ) c'eft ainft que l'on nomme , dans la républi-
que des Provinces Unies des Pays-Bas, un prince à
qui les états donnent le commandement des troupes,
& une grande part dans toutes les affaires du gou-
vernement. Ce titre répond à celui de lieutenant-
général de l'état ; il ne confère point les droits de la
fouveraineté , qui réftde toujours dans l'affemblce
des états-généraux , mais il jouit de prérogatives <\\xi
lui donnent la plus grande influence dans la républi-
que.
Dans le tems de la naiffance de la république des
Provinces-Unies , elle avoit befoin d'un chef habile
& propre à foutenir fa liberté chancellante contr(î
les efforts de Philippe IL & de toute la monarchie
efpagnole. On jetta les yeux fur Guillaume I. de Naf-
fau-DiUembourg , prince d'Orange, qui poffédoit de
grands biens dans les pays qui venoient de fe fouf-
traire au delpotifme du roi d'Elpagne , &L qui d'ail-
leurs étoit déjà gouverneur des provinces de Hol-
lande , de Zélande & d'Utrecht. Ce prince par fon
amour pour la Uberté, & par fes talens, parut le
plus propre à affermir l'état qui venoit de fe former;
dans cette vue les provinces de Hollande & de Zé-
lande lui confièrent , en 1576, la dignité Aq Jlad-
houder ou de lieutenant- général de Cétat ; l'exemple de
ces provinces ne tarda point à être fuivi par celles
s T A
e Gueldre , d'Utrecht, & d'Overyflcl. On attacha
cette dignité le commandement des armées, tant
ar terre que par mer, avec le titre de capitaine-
fnéral & d'amiral ; \e flathouder eut le droit de dlf-
ofer de tous les emplois militaires , celui de nom-
;er les magiftrats , fur la nomination des villes, qui
li étoient préfcntées, enfin celui de faire grâce aux
■iminels. Outre cela il affiftoit aux afîemblées des
:ats, dans lefquelles on ne prenoit aucune réfo-
ition que de fon confentement. Il préfidoit dans
laque province à toutes les cours de juftice ; il étoii:
tiargé de l'exécution des décrets de la république ;
étoit l'arbitre des ditï"éren4s qui furv.enoient entre
;s villes & les provinces de la république. Tous les
fficiers étoient obligés de lui prêter ferment de
délité , après l'avoir prêté aux états des provinces
: au conleil d'état.
Guillaume I. ayant été afîaffiné en 1 584,168 mêmes
rovinces , en reconnoiflance des fervices éminens
e ce prince , conférèrent la dignité de Jladhcudcr
Li prince Maurice fon fils, avec la même autorité &
:s mêmes prérogatives. Frédéric Henri, frère du
rince Maurice, lui fuccéda en 1625 ; après avoir
lit refpefter fa république , il mourut en 1 647 , &
îuillaume II. fon fils prit poffefllon du fladhouderat,
ont on lui avoit accordé la furvivance du tems
lême de fon père. Il en jouit jufqu'à fa mort arrivée
n 1650. Comme les vues ambitieufes de ce prince
voient donné de l'ombrage aux provinces de la
épublique, elles prirent des mefures pour renfermer
autorité du flathouder dans des bornes plus étroi-
ts , & même la province de Hollande forma le def-
;in d'exclure fon fils Guillaume III. depuis roi d'An-
leterre , de toutes les charges pofîédées par fes an-
êtres. Cependant en 1672, la Hollande étonnée des
irogrès de Louis XIV. nonobftant l«s efforts de la
aftion républicaine, déclara le prince Guillaume
^.adhouder & capitaine-général des forces de la répu-
lique, avec le même pouvoir dont avoient joui fes
(rédéceffeurs. Cet exemple fut fuivi de quatre au-
res provinces. En confidération de fes fervices, les
:tats de Hollande déclarèrent, en 1674, la charge
[e flathouder héréditaire, & accordèrent qu'elle paf-
"eroit aux héritiers mâles de Guillaume III. De cette
naniere il fut fladhouder de cinq provinces , & il
ronferva cette dignité , même après être monté fur
e trône d'Angleterre. Ce prince exerçoit en Hol-
ande un pouvoir fi abfolu , qu'on difoit de lai , qu'il
•toit roi de Hollande & flathouder d' Angleterre. Il
«ourut fans enfans en 1702 , & déclara pour fon lé-
gataire univerfel le jeune prince de Naffau-Dieiz,
"on parent, defcendu de Guillaume-Louis de Naffau-
Dietz, coufm de Guillaume I. fondateur de la répu-
îlique , qui étoit Aé]h. fladhouder héréditaire des pro-
vinces de Frife & de Groningue; ce prince eut le
Tialheur de fe noyer en 171 1 , en pafiîînt un bras de
mer appelle le Moerdyck. Il n'avoit point été fladhou-
der de toute la république, mais fimplement des deux
provinces fufdites. Son fils pofthume , Guillaume-
Charles-Henri Frifon, prince de Nafiau-Dietz , fuc-
céda à fon père dans fes biens & dans le fladhoude-
rat des provinces de Frife & de Groningue ; en 1722
la province deGueldre le nomma aufil fon /?<3<//!o«^fr,
mais les quatre autres provinces, dans lefquelles le
parti républicain dominoit , ne voulurent jamais lui
accorder cette dignité. Enfin en 1747, ces provin-
ces forcées par le peuple , & d'ailleurs effrayées des
viûoires de la France , déclarèrent ce prince flat-
houder , lui accordèrent une autorité plus grande
cju'à aucun de fes prédéceffeurs , déclarèrent le flad-
houderat héréditaire dans fa famille , & y appelle-
rent même les femmes au défaut des mfdcs. Ce prince
a joui de la dignité de fladhouder j\|iqu'i\ fa mort ;
après lui elle cà pafféç au prince Guillaume fon fils.
S T A
49?
né en 1746 , qui la poffede aujourd'hui.
On donne auffi dans les Pays-Bas lé nom de flat-
houdirs à des officiers municipaux, qui font dans de
certains diûrifts les fondions des fubdélégués deS
intendans de province en France. (— )
STATICE, flatice , f. f. (^Hift. nat. Bot.) genre de
plante dont les fleurs font réunies en une forte de tête
prefque fphérique , & foutenues par un calice com-
mun. Cette tête eft formée par plufieurs fleurs , qui
ont la forme d'un œillet , &c qui font compofées de
plufieurs pétales; ces pétales fortcntd'un calice par-
ticulier à chaque fleur, & fait en forme d'entonnoir;
Le piflil fort aulîi du calice , & devient dans la fuite,
une femence oblongue & enveloppée par le calice
çu par une capfule. Tournefort, infl, ru herb, Foje:^
Plante.
Entre les neuf efpeces de ce genre de plante , nous
décrirons la première de Tournefort ^flatice vulgaris
major., I. R, H. J40. on l'appelle en anglois thefca.
july flower. Sa racine efl: longue , affez grofl'e , ronde^
ligneufe, rougeâtre , vlvace , dlvifée en plufieurs tê-
tes. Elle pouffe un grand nombre de feuilles longues
& étroites comme celles du gramen , de couleur de
verd-de-mer. Il relevé d'entre ces feuilles, plufieurs
tiges à la hauteur d'environ un pié , droites , fans
noeuds , creufes , prefque toutes nues ; elles portent
à leur fommet un bouquet fphérique de petites fleurs
à cinq pétales, blanches, purpurines , dîfpolées en
œillet , dans un calice formé en entonnoir ; ce bou-
quet de fleurs efl encore foutenu par un calice géné-
ral écailleux. Lorfque les fleurs font tombées , il fuc-
cede à chacune d'elles vme femence oblongue , poin-
tue par les deux bouts, enfermée dans uns capfule
qui a fervi de caHce à la fleur.
Cette plante croît aux lieux montagneux , un peu
humides ; elle fleurit en été , 6c comme fes fleurs ne
s'ouvrent pas toutes cnfemble , mais les unes après
les autres , elle refle fleurie jufqu'au milieu de l'au-
tomne. On l'eflime vulnéraire, aftringente , & con-
venable pour arrêter le fang dans la diffenterie , &:
les règles trop abondantes. ( Z?, /. )
STATION , f. i.CGram.) lieu où l'on s'arrête.
Station , en Géométrie , &c. efl un Ueu qu'on
choifit pour faire une obfervation, prendre un angle
ou autre chofe fcmblable.
On ne peut mefurcrune hauteur ou une diflance
inacceffible , qu'on ne faffe deux fldtions dans deux:
endroits, dont la diflance efl connue. Quand on fliit
des cartes géométriques de provinces , &c. on fixe
les fiations lur plufieurs émtnences du pays , & de-là
on prend les angles aux différentes villes , villages j
iyc.
Dans l'arpentage , on mefiu-e la diflance qu'il y a
d'une flation à une autre ; & on prend l'anale que
l'endroit oii on fe trouve forme avec h flation fui-
vante. f^oye^ Arpentage. ǣ)
Station , en Jflronomic , efl la pofulon ou l'appa-
rence d'une planète au même point du zodiaque pUi*
fleurs jours de fuite. Voye^ Planfte.
Comme la terre , d'où nous appercevons le mou-
vement des planètes , efl placée hors du centre àè
leurs orbites , les planettes , vues de la terre , ont un
cours irrégulicr ; quelquefois on les voit aller en
avant, c'efl-à-dirc, d'occident en orient, c'efl ce
qu'on appelle étrcdire&es ; quelquefois on les volt al-
ler en arrière, c'efl-ù-dire , d'orient en occident,
c'efl ce qu'on appelle être rétrogrades. Voyei DIRECT
& Rétrograde.
De plus , entre ces deux états, il y en n urt
autre intermédiaire , dans lequel les pianotes ne pa-
rolffcnt aller ni en avant , ni en arrière , mais rcfter
à la même place dans leur orbite : c'efl ce ou'on ap-
pelle leur flation ; c'efl ce qui arri\-e quand les li^nçs
luivaut lefquelles on voit vinc planète de dcfliis lé
496
S T A
terre, placée en deux difFérens endroits de fon orbîtc,
l'ont parallèles entr'ellcs ; car alors , les deux lieux où
on voit la planète dans le ciel font Icnfiblement le
même à caul'e de la petiteflc du rayon de l'orbe ter-
rellre en comparaiibn de la dillance des étoiles.
Soit un cercle Z^ZXj (Jii;. 6'j. uflronomiq.^, dans
lequel la terre eft luppolée le mouvoir, de B en D.
Si pendant ce tcms la planète yi décrit Tare C.4 , qui
foit tel que B.-i , DC Ibient parallèles , elle paroîtra
répondre (enliblement au même point du ciel , ôcpar
conféquent ftationnaire.
Dans le ftcond volume de f académie de Pctcrsbourg ,
p. Si. M. Mayer donne une méthode pour détermi-
ner les lieux de la terre d'où une planète vue dans
un point donné de Ion orbite doit paroître Itation-
naire ; ^c M. Halley a donné une méthode pour trou-
ver le tems ôîwnç jiation. f^oye^ les injli'utions ajlro-
nomiques de M. le Monnier ,yP. S8c). (O)
Station, (^Hy drauj .') (c dit dans un nivellement
de l'endroit où Ce pôle le niveau , de forte qu'un coup
de niveau eft compris entre ùeuxjfadons. Ce fi; ainli
qu'on connoît la pente d'une montagne, (/i^)
Station , dans fhifloire de tEgtife^ eft un terme
qui s'applique aux jeûnes des quatrième & fixieme
jours de la femaine, c'eft-à-dire , le mercredi &L le
vendredi , que beaucoup de perfonnes chez les an-
ciens obfervoient très-fcrupuleufement jufqu'à trois
heures après-midi, ^oy^ç Fête.
S. Pierre d'Alexandrie, dans fon épitre canonique,
can. iS. obferve qu'il étoit ordonné conformément à
l'ancienne tradition , de jeûner toutes les femaines
pendant ces deux jours; le mercredi, en mémoire du
confeil que les juifs tinrent pour mettre à mort notre
Sauveur; & le vendredi à caufe de fa paffion. On a
encore quelqu'égard à cette tradition dans l'Eglile
d'Angleterre. Foyer Abstinence.
Station fe dit aullï , dans l'Eglife romaine , d'une
églife où on peut aller gagner des indulgences dans
de certains jours. Foyf^ Indulgence.
Ce fut faint Grégoire qui fixa les (iations à Rome ,
c'eft-à-dire , les ëglifes dans lefquelles on devoit faire
l'office tous les jours du carême , & les fêtes folem-
nelles. Ces flattons font marquées dans Ion facramen-
taire , telles qu'on les voit dans le miflel romain ; el-
les font appropriées principalement aux églifes pa-
triarchales & titulaires. Mais quoique ces flations
foient réglées , l'archidiacre ne manque point à cha-
que Jiation , d'annoncer au peuple la jlation fui-
vante.
Station efl auflî une cérémonie de l'Eglife romai-
ne , dans laquelle les prêtres ovi chanoines vont en
proceffion hors du cœur pour chanter une antienne
devant le crucifix , ou devant l'image de la Vierge.
On attribue cette cérémonie à faint Cyrille.
Stations, (///y?. eccUjîafl.') ce terme ne défignoit
chez les Hébreux que le rang de ceux qui alTifloient
aux facrifices ; &C chez les Romains , le lieu où les
avocats fe tenoient pour répondre aux confultations;
mais dans l'Eglife primitive , ce terme fut ufité pour
fignifîer un jour que les chrétiens paflbient en priè-
res , &: dans lequel ils jeûnoient jufqu'à l'heure de
none. Suivant l'ufage récent de l'Eglife romaine, le
moxjîat.on dénote les chapelles où le clergé & le peu-
ple vont en proceflion , 6c s'arrêtent pour y célébrer
une partie de l'office divin. Enfin dans les derniers
tems , les papes & les évêques ayant indiqué des
églifes particulières où l'on eft obligé d'aller prier
pour gagner le jubilé , l'ulage a donné à ces églifes
le nom ô^ç Jiation. Cet ufage femble venir des anciens
Romains , qui , dans les fêtes extraordinaires de ré-
jouifiances ou de deuil , avoient ordonné dçs/iations
du peuple dans les principaux temples des dieux.
iD.J.)
STATIONNAIRE , adj. en JJlronomie, fe dit d'u-
_ S T A
ne planète qui paroît relier immobile au jucme point
du zodiaque. AV/e^ Station.
Quoique les planètes aient quelquefois un mou-
vement progrellif, & quelquefois un mouvement ré-
trograde ; il peut y avoir quelque point dans lequel
elles paroiifent ficHionnaires. Une planète paroîtra
flationnuire , lorique la ligne qui joint la terre ik. le
centre de la planète , eft dirigée au même point du
firmament , c'cft-à-dire , quand cette ligne eft pen-
dant quelque- tcms parallèle à elle-même.
Saturne paroît flationnaire à la diftance de 90 de-
grés du foleil ; Jupiter à la dillance de 52 , ôi Mars
à une diihince beaucoup plus grande.
Saturne qÇi flationnaire huit jours , Jupiter quatre,
Mars deux , Vénus un & demi , & Mercure un demi;
cependant les tems de ces différentes ftacions ne font
pas toujours égaux , parce que les orbites de ces
planètes ne lont pas des cercles qui aient le foleil
pour centre ; mais des ellipies dont le foleil occuj)c
le foyer , & dans lefquelles les planètes ne fe meu-
vent pas uniformément. Chatnbers. (O)
Stationnaire, ( Milice rcmaine. ) ce nom s'eft
donné dans le bas Empire romain à des foldats ou
des officiers que l'on mettoit en certains polies, d'où
ils avertilloient les gouverneurs & les magiftrats de
ce qui fe palToit, (^D.J.)
Stationnaire ,^'evAe, (^Médec.') épithete qu'on
donne à certaiiies fièvres continues , qui dépendent
d'une dilpofition particulière des failbns & des ali-
mens , & qui régnent plus conftamment & plus gé-
néralement que les autres pendant une ou plufieurs
années. Elles font oppofées aux fièvres intercurren-
tes. Sydenham a parfaitement traité des unes & des
autres ; il faut le lire & le relire. On les appelle fta-
tionnaires , ^ /?i;/zio, refter , demeurer. (Z). J.)
Stationnaire , {f^ijl- eccléfiajî.^ épithete qu'on
a donné dans l'Eglife au diacre qui étoit de femaine,
pour chanter l'évangile aux mefîes que le pape ou
î'évêque du diocèfe venoit dire dans différentes Hâ-
tions. {D. /.)
STATIQUE, f. f. (Ordre encydop. entend, raifon ,
Philof. oujcience ,J(:icnce de la natwe , Mathcmariq,
Matkém. mixtes , Micluiniq. Statique. ) efl vme partie
de la méchanlque , qui a pour objet les lois de l'é-
quilibre des corps ou des puifTances qui agilTent les
unes fîir les autres.
La méchanique en général a pour objet les lois
de l'équilibre & du mouvement des corps , mais on
donne plus parfaitement le nom de méchanique à la
partie qui traite du mouvement , & celui àç^ftatique
à la partie qui traite de l'équilibre ; ce nom vient du
Vdùn flare , s'arrêter être en repos, parce que l'effet
de l'équilibre efl: de produire le repos , quoiqu'il y
ait dans le corps en équilibre une tendance au mou-
vement.
L-dflatiquc fe dlvife en deux parties , l'une qui con-
ferve le nom de flatique , a pour objet les lois de l'é-
quilibre des folidcs C'eft dans cette partie qu'on
traite fes différentes machines fimples ou compofées,
comme la poulie , le levier , le plan incliné , &c. l'au-
tre partie , qu'on appelle hydroflatique^ a pour objet
les lois de l'équilibre des fluides.
L'ouvrage le plus étendu que nous ayons fur la
(latique., eft la nouvelle méchanique de M. Varignon.,
imprimée à Paris en 1715 , en deux volumes i/2-4''.
Dos l'année 1687 l'auteur avoit donné un ouvrage ■
fur ce même fujet avec le titre de projet d'une non- ™
yelle méchanique.
Dans ce premier ouvrage , qui a paru la même an-
née que les principes de Newton , M. Varignon don-
ne \\\\e méthode générale pour déterminer l'équili-
bre fur toutes les machines , & cette méthode efl
peu diffcrente'Ide celle que M. Newton donne dans le
premier livre de fon outrage. Elle confifîe à réduire
par
s T A
p^t \è principe de la cônipolition des rbrôës , tôlitês
les piiiflanccs qui agiffent Uir une machine à une Icule
putiii'.nce , dont la diredion doit pafler par quefque
point d'appui fixe & immobile lorfqu'il y'% équili-
bre. Ainli dans la poulie , par exemple , il faut que
la direftion de la puiiiance qui rciulte des deux puif-
'ances i'.pj-'iquées à la poulie, pafl'c par le centre fixe
ie la poulie : de même dans le levier , il faut que la
îuilfance qui réfulte des deux puiiîanccs appliquées
aux extrémités du levier , ait une dircélion qui paffe
jar le point d'appui. L'auteur a étendu ce principe
lans la nouvclU mcchanique ^ qui n'a été imprimée
]u'après fa. mort , &: il y a joint la manière de déter-
niner par le nrênie moyen les lois de l'équilibre à^s
kiidcs. (O)
Statique, colonne^ (^Anhk.') efpece de pilier
ond ou à pans , pofé fur un focle , à hauteur d'ap-
)ui , au milieu d'un marché : on pend à une t)otence
le fer, une balance ou romaine , pour pefer publi-
[uement , & à poids étalonnés par la police , les vi-
'res & denrées que le peuple acheté , comme on le
fratique en quelques villes du Languedoc. Le mot
htiqueVitntàQ jlauru ^ balance. (Z?. /. )
Statiques , (laùci , (^Medec.') font une efpece d'é-
liîeptiques , ou de perlonnes attaquées d'épilepfie.
'^oyei ÊPILEPSIE.
htsjiadques différent des cataleptiques en ce que
es derniers n'ont aucun fentiment des objets exté-
ieurs , & ne fe reifouviennent point de ce qui s'eft
aflé dans le tems du paroxifme : au lieu que les Jia-
qiKs font occupés pendant tout ce tems d'idées for-
es & vives , dont il fe relîouviennent affez bien
près que l'accès elî paflé. Foy^i Cataleptique &
Ifilfpsie.
STATO DELLÎ PRESIDil » lo , ( Géogr. mod.)
'efl ainfi qu'on appelle un petit canton d'Italie, dans
1 Tofcane , fvir la côte de la mer , & qui efl: la par-
ie méridionale de l'état de Sienne. Cet état com-
rend le mont Argentaro , les places d'Orbitello, de
"alamone , de Porto-Hercole , & de Porto-San-Sté-
ano , avec leurs petits territoires. (^D. /. )
STJTONES ^ {Géog. ajzc.) peuples d'Italie, dans
1 Tofcane , félon Pline , /. Ili. c. v. Strabon , /. i^;
'. 22 6", nomme leur ville Statonia , & la place dans
zs terres. Du tems de Vitruve , i. IL c. ij. de La-
idicin. le territoire de cette ville étoit une préfec-
Lire , prœf.clura Suiionienfis ; & on s'accorde à dire
lie c'eft aujourd'hui le duché de Caftro. Les vins de
e quartier, vina Statonienjia , font vantés par Pline,
. XI f^. c. vj. Séneque , dans les queftions naturelles,
. ///. c. XXV > fait mention d'un lac de ce territoire : il
t nomme lacus Statonienfis , & il y met une île flo-
ante. C'eft préfentement le lac de Mei^ano. CD. /.)
STATUAIRE , f. m. ( Sculpt. ) fculpteur qui fait
les flaîues, mais la flatuaire défigne l'art de faire des
latucs. Foyei Sculpteur , Sculpture , Statue
y Statues des Grecs & des Romains, (Z). /. )
Quant à Vaxx. Jiatuaire^our la fonte, voj'c^ Bronze.
'D. J.)
Statuaire , colonne, (^Ar chu. ')co\onnç. qui porte
me ilatue , comme la colonne que le Pape Paul V. a
^ait élever fur un piédeltal devant l'égliie de Sainte
Marie-Majeure à Rome , & qui porte ime ftatue de la
fainte Vierge de bronze doré. Cette colonne qui a été
tirée des ruines du temple de la paix , & dont le fût
d'unfeul bloc de marbre blanc, a 5 pies 8 pouces de
diamètre fur 49 & demi de hauteur , efl: d'ordre co-
rinthien & cannelé.
On peut aufîl appeller colonnes Jiatiialres , les carya-
fides , perfiques , termes , &: autres figures humai-
nes qui font l'office des colonnes , comme celles du
gros pavillon du Louvre , que Vitruve ifomme ttlo-
mones &C atlantes. Daviler. CD. J.)
STATUE , f. f. (Sculpt. &Arch'u, Décorât^ figure
Tome XVt
S T A
497
(îe plein relief taillée ou fondue , iquî imite dans la
repréfcntation tous les êtres de la nature. Mais ordi-
nairement une flatuc repréfente un dieu , un homme •
une femme ; &; l'on a coutume d'embellir de jiatues
les palais ou les places publiques. On difHngue diffé-
rentes efpeces de jiatues , dont nous ne donnerons ici
que de courtes définitions , renvoyant les détails ail
mot Statues des Grecs & des Romains.
Statue allégorique. Statue qui repréfente quelque
fym.bolc , cci.ir.ie les parties de la terre , les faifons j
les âges , les éi^mens , les tcmpéramens , les heures*du
jour. Telles fo,nt les /?««/« modernes de marbre du
parc de Verfai lies.
Statue colojjale. Statue qui excède le double ou lè
triple du naturel , ou Jlatue d'une hauteur déme-
furée.
Statue curuh. On appelle ainfi les flatues Qvii (ont
dans des chariots de courfe tirés par deux , quatre ou
fix chevaux , comme ily enavoitauxcirques jhyp-
podromes , &c. ou dans les chars , comme on en voit
à des arcs de triomphe fur quelques médailles an-
tiques.
Statue éqiiffîre. Statue qui repréfente un homme à
cheval, comme celledeMarc-AureleàRome , d'Hen-
ri IV. de Louis Xllf. de Louis XI'V. à Paris , &c.
Statue de fonte. Statue de plufieurs morceaux fé-
parés & remontés fur une armature de fer , ou Jlatue
formée de grands morceaux fondus d'un jet. Telle efl:
la flatue équeftre érigée dans la place de Vendôme j
& qu'on peut regarder comme un chef-d'œuvre de
fonderie, f^oj. les détails de cet art au mot Bronze.
Statue grecque. C'efl: une Jlatue nue & antique. Les
Grecs fe fervoient de ces Jlatues pour repréfenter
leurs divinités , les athlètes des jeux olympiques 8c
les héros ; celles-ci étoient appeliées Jlatues d Achil-
le , parce qu'il y en avoit quantité qui repréfentoicnt
Achille dans la plupart des villes de GrecCi
Statue hydraulique. C'eil: toute figure qui fert d'or-
nement à quelque fontaine & grotte , ou qui faitl'oA
fice de jeu ou de robinet par quelqu'une de fes par-
ties , ou par un attribut qu'elle tient. C'efl: aulfi tout
animal qui fert au même ufage , comme les grouppes
des deux baflins quarrés du haut parterre de Ver-
failles.
Statue iconique , efl: toute Jîatiie qui a la taille & la
refiTemblance de la perfonne qu'elle repréfente.
Satuè pedejlre. Statue qui efl: en pié ou debout. Il
y a à Paris deux. Jlatues de cette efpece qui ont été éle-
vées à la gloire de Louis XÏV. l'une dans la place des
Viftoires , faite par Desjardins, l'autre dans i'hôtel-
de-ville par Coilevox.
Statue per/ique. Figure d'homme en pierre ou en
terme , qui fait l'office de colonnes dans les bâtimens.
On appeWe Jlatue caryatide celle d'une femme qui lért
au même ulage.
Statue rqrnaini., eft une Jl^i tue couverte de quelque
habillement.
Statue facréi. On appelle ainfi une figure qui re-
préfente Jefus-Chrift , la Vierge, ou quelque iaint^
dont on décore les autels , l'extérieur ou l'intérieur
des églifes. ( Z>. /. )
Statues des Grecs & des Renains , ÇAntiq. greq.
& rorr:.') quoique les Grecs &c les Romains ayent eu
des termes dlfterens pour préfenter à l'efprit l'idée
que nous mettons au mot de flatucs , ils n'en ontafîe-
ùé fpécialement aucun pour diltinguer les fhtues
des dieux & des demi-dieux , Ik. celles des hommes,
des animaux & des choies inanimées. Les Grecs ont
employé en général les termes ùncn;, à>i"fi<xi~i;, u)j.X'
fAoïTa, tV/s-Di^aTct , ^pêTsa , ^cdva. , comme les Ro-
mains ceux deJlatUiS , imagines , fimulachra , fculp-
tilia.
Comme l'explication de ces divers fynonymesfe-
roit fort cnnuyeide , il vaut mieux remarquer que
R r r
498
S T A
tous les peuples (lu monJe ont confacrc de bonne I
heure les Jhit lies lil\ religion. Les Egyptiens montrè-
rent l'exemple: ces peuples , dit Diodore de Sicile ,
liv. I. trappes d'admiration en oblcrvant le mouve-
ment rcouUcr du ioleil & de la lune , les regardèrent
comme les premières divinités auxquelles ils ie
croyoient redevables de toute la douceur de leur vie.
Ils bâtirent des temples à leur bonncur , poferent à
l'entrée de ces édifices lacrés des figures de fphinx^
6c dans l'intérieur des /Z^WKC5 de lions, h caufedcl'en-
triie du foleil dans le iigne du lion , au tems des dé-
bordemcns du Nil , principe de la fertilité de leurs
terres dans toute retendue de fon inondation. Ofiris
leur avoit enfeigné l'agriculture ; ils l'honoi-crent ,
après la mort, fous la figure d'une gcnifTe.
La proniptitude des Ifraélitcs à élever le fcrpent
d'airain , montre que cette nation avtiit appris en
Egypte l'art de la flatuaire. CetartpafTa prompte-
ment chez les Grecs & chez, les Romains , qui char-
gèrent leurs temples de fuperbes/jw«, depuis celle
de Cybelle jufqu'à celle d'Ilis , "après qu'ils eurent
adopté le polythiïfme.
Il féroit peut-être à fouhaiîer que les paycns n'euf-
fent jamais fbngé A faire entrer les Jlmu^s & les ima-
ges dans leur culte religieux, du-moins le Chrifîia-
nifme épuré pouvoit s'en pailer. Le peuple n'eil pas
capable de s'élever au-defùis des Içns.; nicttant tou-
jours l'acceiToire à la place du principal , il cherche à
s'acquitter aiiementtici la fuperflition le fubji'.gue , Sz
là la dépravation l'entraîne dans des excès criminels.
Elicn , Hip. var.Uv. IX. c. xxxjx. rapporte qu'un
jeune athénien devint amoureux de la jîatuc de la
Bonne-Fortune qui étoit dans le Prytanée. Les vœux
fréquens qu'il lui prélentoit l'échauiTtrent à un tel
point , qu'après avoir trouvé des raifons pour excu-
ser dans'lbn cf'prit la folie de ïà palfion , il vint à l'af-
femblée des prytanes , & leur offrit une grofle fom-
me pour l'acquifition de la (latuc : on le refufa ; il
orna la ftaïuz avec toute la magnificence qui pouvoit
être pcrmife à un particulier , lui fit un facrifice , &
fe donna la mort. Piinc , /. XXXyi. c. jv. Valere-
Maximc , VIII. xj. Athénée , /. VII î. Fluîarque , in
Çryllo ; Clément d'Alexandrie , admonlt. ad G-zntïks;
Arnobe , lib. adverfus Gcntïlcs , font remplis d'exem-
ples de ces foibUfTes humaines pour les {latuts de
.Vénus qu'on voyoit à Gnide & dans l'île deChypre.
Quoi qu'il en foit , après les dieux , l'honneur des
fiâmes fut communiqué aux demi-dieux î^ aux hé-
ros que leur valeur élevoit au-defïïis des autres , &
qui par des fervices édatans s'étoient rendus véné-
rables à leur ficcle.
Quelques-uns ont reçu ces honneurs pendant leur
vie , & d'autres les ayant refufés , les ont mérités
après leur mort par un motif de reconnoiffance enco-
re moins équivoque. Tel fut Scipion, à qui Rome
ne rendit cet éclatant témoignage de fon efHme que
quand il ne fut plus en état de s'y oppoler'lui-même.
Etant ccnfeur , il avoit fait abattre toutes les (iatues
que les particuliers s'étoient érigées dans la place
publique , à-moins qu'ils n'euflent été autorifés à le
faire par un décret du fénat; &Caton aima mieux que
l'on demandât pourquoi on ne lui en avoit point éle-
vé , que fi on pouvoit demander à quel titre on lui
avoit fait cet honneur-la.
Suétone dit qu'Augufte déclara par un édit que
les patues qu'il avoit fait élever en l'honneur des
grands hommes de toutes les nations, ncl'avoient été
que pour leur fervir d'exemple , de même qu'aux
princes fes fuccefTcurs , & afin que les citoyens, en
défiraffent de fcmblablcs. Mais on fait aile/, que la
plupart de fes fuccefTcurs en furent plus redevables
à la crainte de leurs fujets qu'à leur propre mérite ;
aufîî fentanr bien qu'ils n'avoientrien de femblablc à
çfpérer après leur mort , ils fe hâtoient de fe faire
S T A
rendre par force ou par complaifance un hommage
qui n'étoit dii qu'à la vertu.
Les jlattics , comme les temples , faifoient une
partie cenfidérablo des apothéofes dont 11 eft li fou-
vcnî parlé dans les auteurs de l'hilîoire d'Augufle ;
on y trouve un grand détail des cérémonies cfTcn-
tiellcs qui fe pratiquoient en ces occafions , & de
tout ce. que la flatterie y ajouta pour plaire davan-
tage aux vivans dans des honneurs il légèrement
décernés aux déflmts. Les Romains étoient fi fcru-
pulcux dans ces dédicaces de temples ou dejîaïu^s^
qu'ils les auroient recommencées s'ils s'étoient ap-
perçus qu'un feul mot ou même une feule fyllabe y
eût été obmife ; & Pline obfervc que le pontife Mé-
telîus , qui étoit bègue , fe prépara pendant llx mois
à prononcer le nomade la déeffe Ops-opifera, à ia-
c[ueile on devoit dédier wnQJîatus.
Les légiflateurs ont été honorés de [ÎAtncs dans
prcfque tous les états ; quelques hommes- illuflres
ont partagé avec eux cet honneur ; mais d'autres fe
défiant de la reconnoiffance & de l'cltime publique,
n'attendirent pas qu'on le leur accordât , ils élevè-
rent à eux-mêmes des (latins à leurs frais ; & c'efl
peut-être à cette liberté que l'on doit les réglemens
qui défendirent d'en ériger fans l'aveu des cenfeurs.
M.iis ces ordonnances ne s'étcndoient pas fur les (Ia-
tues que les perfonnes de quelque conlidération fai-
foient pofer pour l'ornement de leurs maifons de
campagne , où quelquefois à côté des leurs , ils en
élcvoient pour des efclaves dont les fervices leur
avoient été agréables , ce qui n'étoit pas permis à la
ville , du-moins pour les efclaves.
Valere - Maxime dit <\\x\\ne Jîatuc de Sémiramis la
repréfentoit au même état où elle fe trouvoit lorf-
qu'on vint dire que les habitans de Babylone s'étoient
révoltés ; elle étoit à fa toilette , n'ayant qu'un côté
de fes cheveux relevés ; & s'étant préfentée en cet
état à fon peuple , il rentra aufli-tôt dans le devoir.
Cornélius Népos , dans la vie de Chabrias , rap-
porte que les Athéniens quihonoroient d'uney?û^//e
les athlètes vi£l:orieux à quoique jeu que ce fût de la
Grèce, le firent repréfenfer appuyé fur un genou,
couvert de fon bouclier , la lance en arrêt , parce que
Chabrias avoit ordonné à fes fbldats de fe mettre dans
cette attitude pour recevoir l'attaque des foldats
d'Agéfilaiis , qui furent défaits. Ces mêmes Athé-
niens élevèrent à Bérofe , qui a vécu du tems d'A-
lexandre , & non au tems de Moïfe , ainfi que l'éta-
blit Eufebe , xmejlatue dont la langue étoit dorée , &
qui fut pofée dans le lieu des exercices publics par
eftime pour fes écrits , 6c pour fes obfervations af-
tronomiques.
Pline dit que Lucius Minucius Augurinus , qui
s'oppofa aux deffeins ambitieux de Mélius , & qui de
l'état de fénateur où il étoit né , paffa à celui de plé-
béien pour pouvoir être tribun du peuple , ayant
rétabli l'abondance à Rome , fut honoré d\\ne Jîatud
à la porte Trégemina ; & Patin cite la médaille qui le
reprélénte comme il l'-étoit dans cette flatue , tenant
en fa main deux épis,fymbole de l'abondance.
Les femmes môme qui avoient rendu quelque fer-
vice à la république , furent aflb liées à la prérogative
d'avoir des jhuucs. On ordonna une fîatuc équellre à
Clélia, échappée des mains de Porfenna qui la gardolt
en otage. LavcftaleSuffétia eut par un décret du fé-
nat , la permifFion de choifir le lieu qui lui plairoit
pour pofer la Jiatuc qui lui fut décernée en recon-
noifTance de quelques terres dontelle fit préfentàla
ville de Rome ; &c Denys d'Halicarnafï'e en allègue
quelques autres exemples.
Quand le fénat ordonnoit wne Jlaciie , il chargeoit
les entrepraneurs des ouvrages publics de prcndreau
tréforde l'état de quoi fournira la depenfe <^ii ccn-
venoit. il y avoit un terme fixé pour l'exécution de
s T A
tfft ordre , & des officiers préporés pour y tenir la
main.
En accordant la permiffion ou le droit d'ëlever
àesjiatues , le fénat en déterminoit le lieu , avec un
terrein de cinq pies d'étendue autour de la bafe, afin
que la famille de ceux à qui il avoit fait cette faveur
eût plus de commodité pour affifter aux fpeftacles qui
fe donnoient dans les places publiques , avant qu'on
eût bâti les amphithéâtres & les cirques. La concef-
lion du lieu étoit proportionnée à la dignité de celui
que l'on voulolt honorer, & à Patl^ion qui lui pro-
curoit l'avantage d'avoir une Jlacm par autorité pu-
blique.
Qii.;lnues-unes étoient placées dans les temples ou
dans ks cirques , où le fénat s'affembloit , d'autres
dans la place de la tribune aux harangues , dans les
lieux les plus éminens de la ville , dans les carrefours,
dans les bains publics , fous les portiques deftinés à
[a promenade, à l'entrée des aqueducs , fur les ponts;
&: avec le tems il s'en trouva un fi grand nombre ,
que c'cîoit un peuple de pierres ou de marbre : par-
tout , dit Cicéron , on les honoroit en brûlant de
l'encens devant ces repréfentations;onyportoitdes
offrandes, on y allumoit des cierges ; & comme on
en pofoit félon les occurrences , à l'occafion de
quelque aftion linguliere , dans des lieux moins fré-
quentés , il y avoit des officiers chargés du foin de
[es faire garder ; ces officiers font appelles dans le
droit romain , comités , curatores fiatuarum , & tute-
'arii.
Les lieux deflinas à la repréfentation des comé-
lies & des tragédies , étoient accordés pour élever
itsjîaïues à ces fameux afteurs qui faifoient les déli-
ces du peuple ; les auteurs des belles pièces de théâ-
tre n'y avoient pas moins de droit , mais le plus fou-
fcnt on les plaçolt dans les bibliothèques , fur-tout
depuis que Pollion en eût ouvert de publiques.
On ordonnoit quelquefois des jiataes pour faire
pafTer à la poftérité la punition de quelque trahifon
ou de quelque crime contre l'état; on les pofoit cou-
chées par-terre & fans bafe , pour les tenir à la por-
tée des infultes dont parle Juvénal.
Solin remarque, que Dédale fut le premier qui ima-
gina de donner aux (iatuts l'attitude naturelle d'une
perfonne qui marche ; avant lui elles avoient les pies
joints , & on les appelloit chez les Romains coin-
pcrncs.
'Ltsjlatuis affifii étoient communément employées
pour repréfenter les dieux & les déciles , comme un
tymbole du repos dont ils jouiiibient. On repréfen-
toit de même les premiers magilirats pour exprimer
la fituation tranquille de leur ame , dans l'examen &
la difcuffion des affaires.
Quant A la matière dont elles étoient compofées,
il y a apparence que l'argille comme la plus mania-
ble , & la plus fufceptible de formes arbitraires , y
fiit d'abord employée. Après lui avoir donné la fi-
gure qui convenoit au dellein , l'ouvrier la laiflblt
durcir au foleil , ou la faifoit fécher au feu , pour la
mettre en état de réfifler plus long-tems aux injures
de l'air; peut-être même que l'incrullation de quel-
que matière plus dure pour la préferver d'altération ,
conduilit ceux qui inventèrent l'art de fondre les
métaux , à fc fervir de l'argille pour la compofulon
des moules.
Le bois fut enfuite mis en œuvre comme plus trai-
table que la pierre ou les métaux ; les Romains n'eu-
rent pendant long-tems dans leurs temples que des
dieux de bois grofficrcment taillés , même après que
les Sculpteurs eurent affiijetti la pierre & le marbre.
Les flattas des dieux fe faifoient fouvent par préfé-
rence d'un certain bois , plutôt que d'un autre. Pria-
pe fut d'abord de bois de figuier pour le jardinier qui
imploroit fon affiftance, contre ceux qui voloient fes
Toiiu X V,
1
S T A
fruits ; le vigneron voulut que fon Bacchus fût de
bois de vigne ; & l'on employoit celui d'olivier pour
Usfiatucs de Minerve : Mercure , en fa qualité de
dieu des Sciences , ne fe tailloit pas tout de bois, fur-
tout pour être joint à Minerve par les hermathè'nes
& à Hercule par les hermeracles.
Hérodote rapporte que les Epidauriens réduits à
la dernière mifere par la ftérilité de leurs terres en-
voyèrent confulter l'oracle de Delphes , qui leur ré-
pondit, que le remède à leurs maux étoit attaché à
l'éreftion de deux Jîaïues à l'honneur des déeffes Da«
mia & Auxefia , en les faifant tailler d'olivier franc.
Comme le feul territoire d'Athènes nourriffoit de ces
fortes d'arbres , ils envoyèrent en demander ; on
leur en promit , fous la condition que tous les ans à
certains jours les Epidauriens députeroient quel-
ques-uns de leurs citoyens , pour faire à Athènes des
facrifices à Minerve & à Erechthée. Après quelques
années, cette fervitude déplut aux Epidauriens, cui
voulurent s*en affranchir , & on leur déclara la guôr-
re. (1 paroît en examinant le nom de ces deux divi-
nités peu connues , que ce n 'étoit qu'un avprtifïe-
ment de l'oracle , pour engager les Epidauriens à
donner plus de foin qu'ils n'en donnoient à la culture
de leurs terres.
Paufanias fait mention de qu^lciues Jîatues de bois
qui avoient le vifage , les mains & les pies de mar-
bre ; d'autres de bois doré & peint , avec le vifage ,
les plés & les mains incruflés d'ivoire. Le même
hiflorien dit que Théodore de Samos fut le premier
qui découvrit l'art de fondre le fer , & que Tifago-
ras tut le premier qui en fit ufage pour fondre p1u-
fieurs/^/r«ei ; mais ce métal efl trop poreux , 6c par-
là trop fufceptible de la rouille pour avoir été lon'?-
tems mis en œuvre , fur- tout pour être expoîé en
plein air ou dans des lieux humides. Le cuivre qui
devint bionze par fon alliage avec l'étainouleplomb
de douze jufqu'à vingt-cinq livres par cent , a une
confilhince bien plus fufible, & fe trouve moins fujet
à l'altération.
L'or 6c l'argent ont encore été employés pour les
famés , il ne faut qu'ouvrir Paufanias pour en trou-
ver de fréquens exemples : mais Valere-Maxime ob-
ier ve que ni à Pvome , ni en aucun endroit de l'Ita-
lie , on n'.ivoit vu de Jiuiues d'or, avant que Gla-
brion en exposât une équelire pour Marcus-Acilius
Glabrion ion père , dans le temple de la piété , après
la défaite d'Aïuiochus le grand aux Thermopyles,
Les magiflrats d'Athènes , lors de leur inllallation ,
faifoient ferment qu'ils feroient exafts obiérvaîeurs
des lois, & qu'ils ne recevroicnt aucuns préiens pour
l'adminiliration de la juflice , ibus peine de faire éle-
ver à leurs dépens une fiattic d'or d'un certain poids;
l'ivoire cntroit encore dans la fabrique des fiuiues.
J'ignore s il y avoit des Jiatues maglqtics faites avec
de la cire pour être plus fufceptibles des maléfices ,
mais il efl certain que le bois de buis comme le plus
compadf , étoit employé dans les iécrets de la magie.
Photius, dans l'extrait des XXII. livres des hilloiVes
d'Olympiodore , fait mention d'une fiatue élevée à
Reggio , qui avoit la vertu d'arrêter les feux du mont
Etna , dk qui empêchoit les Barbares de venir déibler
les côtes.
Pline & beaucoup d'hllloriens ont parlé de la ftw-
ttic artificielle de Memnon , qui retentiifoit tous les
matins au lever du ibleil , & dont les débris, à ce que
difent quelques auteurs , rendoicnt au lever du ibleil
\\n fon femblablc à celui des cordes d'un inilruniont
loriqu'ellcs viennent à fe callér,
M.
pédocle appr
de prendre le gouvernement républicain, & qu'ayant
fiiit de grandes libéralités au peuple , & dote les fil*
H r r i)
\
■iCO
s T A
les , qui faute de bien ne trouvoient pas à fe maner ,
il avoit couvert de pourpre lixjianu qu'on avoit fait
dreller à Ion honneur , & y avoit fait rapporter une
cuiralfe dorée & d'autres omemens , qui furent pil-
lés par les Romains.
Voilà la premiere/^^K.' grecque qui irrita leur cu-
pidité , mais dès c,u ils furent vainqueurs ôc maîtres
d^ la terre , ils embellirent leur ville des |)lus fameu-
l'es piiUitcs répandues dans le monde. Metrodore de
Scepfis dit que les Volociniens furent attaqués par
les Romains, l'ans autre motif c[uc celui de s'einpa-
rer de deux milleyA«"W;qui iervoient à Tornement
de leur ville. Mummius en enleva un i^rand nombre
de l'Achaïe , LucuUus du Pont, Antoine d'Ephèfe ;
Néron fit enlever toutes celles qui étoient à Olym-
pie ; le feul Caton fe contenta d.^ tranfportcr de Cy-
pre à Pvomc hxflanu de Zenon par confidération pour
le mérite de ce philofophe.
Il éîoit ordinaiVÇjà Rome de mettre des faims juf-
ques lur les tombeaux. Felius Poiiipeius raconte qu'on
trouvoit.près de la porte romaine un lieu appelle Sù-
tiLie Cinciœ , à caufe du grand nombre ù.tt ftattui qui y
étoient .ilir le:S fépultures de la famille Cincia ; mais
les lois Athéniennes défendoient même de pofer des
fiatucs de Mercure au-deffus des. colonnes fépulchra-
Ics ; & Démétrius de Phalere à qui l'on avoit élevé
plus d'i trois c^ns fiatucs , réduifit la hauteur des co-
lonnes ou des pyramides fépuchrales à trois cou-
dées. _ , . ,
Lucien dans le dialogue intitulé Philopfîud:s , ou
h Crîdidi , fait mention d'une_/?"/«ï qui avoit la vertu
de guérir la fièvre , & dont les genoux étoient char-
gés àzi, marques de la reconnoilfance de ceux qui en
avoient obtenu quelque foulagement; & il rapporte
tout de fuite la punition d'un malheureux qui avoit
volé le petit tréfbr do cette /^/«e. Mais le rnerae au-
teur fe moque d^sflatuis qu'on prétendoit qui fuoient,
qui fe remuoient , & qui rendoieaî des oracles. Ce-
pendant les Romains portoient un tel refpccl: , «ne
telle vénération 3x\:i. fiatucs de leurs princes , que la
loi défendoit à un maître de maltraiter fon efclave
qui s'étoit réfugié auprès de Idfiatuc d'un empe-
reur ; & du tems de Tibère , c'étoit une efpcce de
crime , que d'avoir feulement changé de robe devant
wnz fiatuc. L'empereur Claude fit ôter celle d'Au-
gufte de la place publique , où l'on exécutoiî les cou-
pables condamnés j,pour ne la point profaner par un
pareil fpeclacle.
Paufanias obferve auffi que les Grecs regardoient
comme une afëiire capitale de voler une fia lue , ou
de l'ôter de la place. Il nous a confcrvé là-deflus
l'hlfroire de Théagene , fils de Thémoflhcne , prêtre
d'Hercule à Thafos. Dans fon enfance il étoit d'une
fi grande force , qu'à l'âge de neuf ans, .revenant du
lieu où il alloit faire fes exercices , il enleva, dit-on,
une fiiituc d'airain ; il fut arrêté , & on ne fit grâce à
fon âge , qu'à condition qu'il la replaceroiî ; ce qu'il
exécuta dans le moment. Il remporta jufqu'à 1400
prix en différens jeux de la Grèce, fi nous en croyons
le texte grec du même Paufanias ; car le tradufteur
qui les a réduits à 400 , ne s'y eft déterminé que
par le motif d'une plus grande vraiffemblance. Un de
fes concurrens qui l'avoit trop fouvent rencontré
dans fon chemin pendant qu'il vivoit , avoit palTé
de la jaloufie à une haine fi forte contre lui , qu'il
alloit toutes les nuits charger de coups de fouet la
Jlatue de ce vainqueur; 6c cette fi j tue étant, tombée
fur celui cui la iraitoit fi indignement, l'écrala. Ses
enfans demandèrent en juuice vengeance de la mort
de leur père , fondés fur la loi de Dracon qui con-
damnoit à l'exil, les chofes même inanimées, qui
avoient occafionné la mort d'un homme ; les Tha-
fiens ordonnèrent que lafiatue feroit précipitée dans
la mer ; mais ils en furent punis par la ftérilité de
S T A
leurs terres. Ils envoyèrent à Delphes ; î'oracîe leiif
confeilla de rappeller les exilés; on oublia h fia tus
de Théagene, 6c la ftérilité continua : nouvelle dé-
putation ; l'oracle rappella le Ibuvenir de l'injure
faite à Théagene : des plongeurs tirèrent hfiatue de
la mer ; on la rétablit avec honneur. Elle fut depuis
en très-grande vénération ; 6c on imploroit fon fe-
cours en dilîérentcs m.aladies.
On profanoit les fiutucs en les renverfant par terre,
en les couvrant de bouc , en arrachant o\i biffant
les inlcriptions, comme Pline le fait connoître dans
'le panégyrique de Trajan; Suétone exprime avec
bien de la force ce fentiment du fénat lui-même à la
mort de Domitien; voici ies termes : Contra jaiatuÉ
adcb Icetdtus cfi ^ ut rcpUta certatim caria non tcmptra*
ret ^ quin mortuuin contnmillofijjimo atqiii acerbifitmo
acclamatïonuin gcnzrc laccrarct , fcalas etiam aff'.rri ,
clypeoj'que ^ & imagines ejus coïkm dctrahi ^ & ibidan
fiolo affigijubcnt , novijfinû cradzndos ubiqut titulos ,
& aboUndain oniium v-cmoriain dzccrneret.
Cesobfervations générales fur le'ifiaiues, fuffiront
à la plupart des ledeurs ; mais les curieux defireront
encore des détails particuliers qui leur facilitent l'in-
telligence de Pline , de Paufanias , & des autres écri*
vains de la Grèce 6c de Rome : tâchons de les fervir
en quelque chofe.
La liberté de faire des fiatucs , multiplia les tem-
ples 6z les divinités : nous ne connoilïbns les dieux
par le vifage , dit Cicéron , que parce qu'il a plu aux
Peintres &c aux Sculpteurs de nous les repréfenter
ainfi : dcos ed fade novimus qud Ficlores £■ SculptO'
res volucrunt. Auffi Ariftophane appelle les Seul-'
pîeurs 6ecT7:rrf'ç , falfeurs de dieux , 6c Julius Pollux,
la fiatuairc , Ôsctts/mt;;:!) , la fabrication des dieux.
La matière de cet art û^înmre ^ artis fiatuaria ^
comme Pline l'appelle , fut le métal de toutes cfye-
ces; car quoique le cuivre &C le bronze en fufTent la
matière la plus commune, cependant, les Egyptiens,
& d'autres peuples, y employèrent le fer, l'or, 6c
l'argent. La première fatue de bronfe qu'on vit à
Rome , fut celle de la déeffe Cérès ; on la fit des de-
niers provenans de la vente des meubles de Caffius ,
qui fut tué par fon propre père , parce qu'il afpiroit
à la royauté. îl efl vrai que lafiatue d'Hercule dé-
diée par Evandre , 6c celle de Janus confacrée par
Numa , étoient plus anciennes & de m.ême métal ;
mais la fonte en venoit de dehors , «••c dublum in
Hitruriâ faciitatas, dit Pline , /. XXX IF. c, vij.
Les premières flatues d'argent qu'on vit à Rome
étoient d'Afie ; je parle de celles de Pharnacc 6c de
Mithridate, rois de Pont, que Pompée fit porter
dans fon triomphe ; il efl vrai que bientôt après- ou
comm.ença d'en fondre à Rorne, 6c dans les provin-
ces de l'empire. Les premières furent à l'honneur
d'Augufle , 6c on en fit un grand nombre. Dans )s^.
fuite , on fondit deux fiutucs d'argent en l'honneur de '
Commode , dont l'une pefoit quinze cens livres , &
dont l'autre étoit accompagnée d'un taureau 6c d'une
vache d'or , à caufe que ce prince afFedoit le titre
de fondateur de Rome , & qu'il s'avifa d'appeller
cette ville coloniarn corninodunum. Domitien , au
rapport de Suétone , ordonna qu'on ne fit aucune
fatue à fa reflemblance pour mettre au capitole , fi
elle n'étoit d'or ou d'argent , 6c d'un certain poids ,
par lui défigné : (laïuasfbi in capitolio non nif au-
reas & argenteas poni permift ^ ac ponderis certi. Il me
femble par les vers îuivans de Stace , que le poids
des fatucs d'or fixé par Domitien , étoit de cent
livres.
Da capitolinis œternum fedibus annum ,
Qiio niteant facri centeno pondère vulius
Ccejitris.
Toutefois les empereurs romains ne furent pas
s T A
les premiers <îu monde qui ci:rent dos jtatut's d'or \
leurs images ; car Georgias Léontin, cjuivivoiè long-
tems avant eux, & qui n'éîoit qu'un limple particu-
lier, fe fit reprélenter en une fiatus iblidc de pur or ,
qu'il dédia au temple d'Apollon à Delphes , vers la
70^ olympiade : tant étoient grandes les richeffes que
procuroit alors Jetaient de ia parole. C'ell Pline ,
/. XXXIII. c. iv. qui nous apprend cette particu-
larité : hominum primus & aurzain fliuuam & folidarn
Georgias Lcoiiùmis Dclphis in tcmplo Jîbi pojuit, Ixx.
circiUr olyrnpiadtz , tancus erac doccndœ artis orutorix
quœfius.
Les Jiatues ne diffcroient pas feulement par la ma-
tière ; elles diffcroient encore par !a forme & par la
grandeur. Pour ce qui regarde la forme . il faut d'a-
bord obferver que les unes étoient nues , & les au-
tres vêtues ; chez les Grecs , toutes hs Jldtues étoient
nues , à l'exception de celles de Lucine qu'en cou-
vroit jufqu'aux pies ; chez les Pvomains , elles étoient
couvertes d'un habit conforme au rang,&au fexc.
Pline le dit en ces termes : Gmca r:s cjl ni'iiLvclan ^
at contra roniana & miiuari.'î , thoracas adderc.
Les Grecs faifoient leurs (Litues toutes nues , afin
de mieux représenter la nature , & de mettre dans
leurs ouvrages la refpiration & la vie. Aufli faut-il
convenir qu'on apperçcit dans les patues grecques
une légèreté 6l une fineffe dans les draperies , ci-
travers defquelîcs le nud fe découvre , une élégan-
ce ,une délicaîefie dans les contours, une correcîlon
[le dciTein , une majcflé dans les attitudes ; qualités
auxquelles les fculptcurs romains ne purent jamais
atteindre. Virgile le favoit bien , quand il attribue
la Iclence de bien gouverner à la nation , &: qu'il
ne peut refufer aux Grecs l'excellence de la fonte
& de la fculpture : c'ell d'eux qu'il dit , Enétd. Uv,
VI. V. 848.
Excudent alii fplrantia molliiis ara.
Credo equidem , vivos diiccnt de marinore vultus j
Orabunt caufas meliàs , cœliqui rncatus
Dcf-ribint radio., & furgcntia Jidera diccnt.
Tu regere impirio populos , liomam , mzmcnto ,
Parczrc fubjecîis , & dzbcLUre fuperbos .
« D'autres peuples plus induftrieux feront refpi-
»> rer l'airain , & fauront animer le marbre ; ils au-
» ront des orateurs plus éloquens , & des aftrono-
» mes plus habiles , qui liront dans les cieux , & me-
►> lureront le cours des étoiles. Pour toi, romain,
►> fonge à fubjuguer & à régir les nations ; c'eft à toi
» de faire la guerre & la paix , de pardonner aux
»> peuples fournis , & de dompter ceux qui te réfi-
» lîent : tels font les arts qui te font réfervés ».
Les Romains diflinguoient leurs jhituis par les ba-
fcillcmcns. Ils appelloient planta paliidata celles des
empereurs qui étoient revêtus à\x pcdud^mentum ^
long manteau de guerre ; telles étoient les (iatius
d.e Jules-Céfar placées au capitole,& gravées en
taille -douce dans le ruuciL dzs (iarucs ^ publié
à Rome en 1584 par Laurentius Vaccarius. Lcs/i^-
mes thorocatœ , étoient celles des capitaines & ans
chevaliers avec leur cottc-d'armcs. Loricatœ , étoient
celles des foldats avec leur cuiralle. Mais , dit Pline ,
Cœjar quidem dichitor loricatam Jibi dicari in foro fuo
pajjui eji. Les trahi ées, rr^i^'az/œ, étoient celles des
fcnateurs & des augures, "fvgcitœ, celles des magi-
flrats en robes longues; tunicatiz, celles du peuple
avec une fimple tunique; QW^nJlolatœ (îutuo:^ étoient
celles des femmes habillées de leurs fioles ou lon-
gues robes.
Mais on peut divifer commodément les (icttucs
antiques en pédeflres , équcflres, & curules , c'eft-à-
dire, îi plé, à cheval, & en char. Entrons dans quel-
ques détails fur cette divifion , parce qu'elle fournit
«luaniité de faits curieux,
S T A
î^^>
\.C% Puitùls eqt!cJlres(or^ de l'invenliCi\ 4.çà Gi'èc^
qui les appeiloient ceUtas , àw moi Xi'h^ç-, ckè'vcl.aè.,
monture ; Hc c'efl par de telles fa::ies qu'on repre^ '
fentoiî en marbre ou en bron2e les vainqueur!? aux
quatre grands jeux de la Grèce ; enfuite on les/i'^ur^
fur des chars tirés à deux, à quatre , ou à fix che-
vaux de front, qu'on appelloit bigx , qnad'rigx. Sa
fcjugis ; c'efl ainfi qu'en parle Pline,/. XXXIiK,
c. V. Eqnejlrzs uiiquè flatuas romanam cdthraùoiiejft
habcnt , ortofan dubio à Grcecis exzmplo , fzd. illi celetai
tantùm dicabant in facris viclores ; popcà vtrh & qui
bigis & quadrigis vicijfmt , undi & nojèris currtis i/l
/lis , qui triumpkabant veràm hoc & in his , non nijz A
divo Aiigu^o fîjn-gis.
Les fiaiuts pidc(ire.s occupoient trois endroits re-*
marquables à Rome. 1°. On les mettoit dans des ni»
ches pratiquées dans les entre -colomnes .des bâti-
mens , ou bien fur les chapiteaux dcldites colon-
nes. C'eû ainfi que M. Scaurus étala publiquement
trois mxV'.Q jlatuzs de bronze dans fon théâtre ; & c'efl
ainfi qu'Aagufle décora deux galeries de fon /à/a/;2i
Dans l'une, il plaça tous les rois latins , depuis Enée
portant fon père fur fes épaules, jufqu'à Amulius j
d.ms l'autre étoient les rois de Rome, depuis Ro-
mains jufqu'à Tarquin-le-fuperbe , co.njo internent
avec les généraux qui avoieat reculé les frontières
de l'empire , tous revêtus, die leurs habits triom-
phaux; ce funî à ces deux- rangs -l-c (î.ituis qu'Ov^idi
fait allulion , quand il dit , trait, lib. F.
Hlnc videt jEneam oncrasum pondère cbarô^
Et tôt Juhcz nobilitztis avos :
Hinc videt ilUadem humcro diicis arm.t fercnti m ^
Claraque difpojitis acia fubeffe viris.
Par ce dernier vers, Ovide nous fait entendre
qu'il y avoit fous chaque l?.:iuc une infcriptiOn en
l'honneur de celui qu'elle repréfentoit. Augufle qui
fe trouvoit du nombre , avoit la fienne qui nom-
iTioit toutes les provinces qu'il avoit réunies à l'em-
pire , comme Velleius Pateroidus le rapporte , /. XL
c. xxxix. Quarum provincia-um tiîidis forum ejus pra-
nitet ; ce font ces infcriptions que hs Hiîloricns ap-
pelloient acta , tiiuli , indices. Il y en avoit de fem-
blabies toutes dorées dans le forum de T:a^m &
l'empereur Antonin en augmenta le nombre qu'il
plaça dans \c fj'um ulpien : Qui bus nobilibus viris ^
bcllo gennanico dcfuncUs flatuas in foro ulpio coHocuvity
dit Aulu-Gelie, /. XI Lî. c. xxHj.
2°. On pofolt auiTi les jlatues pédcflres fur des pi-*
laflres Jque l'on élevoit au milieu &: aux deux côtés
des frontifpices d'une pleine architeclure. Ces en-
droits étoient par leur élévation , les vraies places
d'honneur dcs/ijtues pédefres. C'étoit aufîi en pareils
lieux que fé trouvoit dans \e forum d'Auguftc la belle
fiatue de Minerve , toute d'ivoire. Paufanias ajoute ,
qu'à l'exemple d' Augufle, fes fuccefléurs recher-^
cherent dans tous les coins du monde les plus belles
fatucs pcdcjlrcs , pour en orner leurs ouvrages pu-
blics & embellir la ville de Rome : Et ipfum , & rcli-
quos principes , pUraqui ornamtntorum talia undiqui
avcxijj'e , & ad opéra fu-t ornandu traduxiije.
Le trolfieme lieu deftiné à porter les fatuts pl-
defîres, étoit les colonnes Iblitaires, c'eft-à-dire,non
appliquées au bâtiment. Ces Jîatucs fur colonnes (c
dreffoient pour l'ordinaire à l'honneur de ceux qui
avoient rendu des fervices fignalés à la république,
par leurs exploits , leur favoir , ou leurs vertus.
Caïus Mecvius fut le premier que le icnat honora
de ce genre de récompenfe , après fa vidoire con-
tre les Latins , & celle qu'il gagna fur mer contre les
Antiates. On mit de-même la jl-ituc de Trajan fur la
colonne de cet empereur plantée au milieu àwforwn
magniliquc dont il embellit Rome. On plaça de-
même la Jlatue d'Antonin-le-débonnaire fur la «o-
50Î
S T A
ionne \)\antée a\i champ de Mars, haute de i6i pics,
îk. percée d'un bout à l'autre d'un elcalicr de loy
marches qui tiroient lo jour de cinquante petites
ouvertures.
On voyoit,tant à Rome que dans les campagnes ,
plulicurs autres Jhtttus pédiflrcs de particuliers , pla-
cée s liir des colonnes folitaires. C'ell alfez de citer
ici celle de Caius Duellius qui vainquit fur mer les
Carthaginois; &C celle que le Icnat & le peuple ro-
main décernèrent à P. Minutius au-delà de la porte
dite Trejcmina. Voyez les Ornamcnd di fubriche anti-
ch't è mnderni dl Romà , de Bartolomteo Roifi rioren-
tino>
Les ftatucs pèdeflres furent connues dans Rome
avant les équellres. Cependant les deux premières
éqiicilres qu'en y vit, ctoient affez anciennes ; puif-
que l'une tiit élevée en l'honneur de Clélie qiis s'é-
chappa des mains de Porl'enna, & paŒi le Tibre à la
na^e fur un bon cheval; &C l'autre éroit à la gloire
d'Horatius furnommé/.' borgne : c'elt Pline qui nous
l'apprend. Pedcjîres , dit-il , Jine dtiblo Komœ fucn in
aut-ontatt longo tcmpoic. Equcflrlum tame/i ori^o ptr
quam vêtus cji ^ cumfœminis etiam honore comniunlcato;
Clciict enim ftatua efi equejîns. Hanc priinain & Jlora-
t'ù codais public^ dicatam crcdidertm.
Les marchés de Rome & les places publiques
étolcnt décorées des plus hçW^s jlatues équcfires. Jules
Ccfar ordonna de mettre celle qui le repréfentcit
dans le forum de (on nom. Le cheval & la Jlutut
avoient été taillés par Lylippe pour Alexandre-le-
grand. Célar fit ôter la tête d'Alexandre de deiVus la
fiutuc , & y fubftitua la fienne. Stace, /. /. Syll. nous
apprend cet échange ;
Cœdat eqiius , Latice qui cOntrà tcmpla Diones
Cafarei fiât fede fort , quern tradcre es aufus
Pellcco , Lyjippe diici : mox Ccefaris ara
jiuratâ cervice tulit.
C'eft ici le moment de remarquer que les anciens
faifoient louvent dçsjfaaas, dont la tête f'e déîachoit
du refte du corps , quoique l'une & l'autre fuffent
d'une même matière; & pour faire promptement une
nouvelley?awe,ilsfecontentoient d'en changer la tôte.
Ainfî nous lifons dans Suétone, qu'au-lien de brifer
les Jlaïues des empereurs , dont la mémoire étoit
odieufe , on en ôtoit les têtes, à la place defquelles
l'on mettoit celles des empereurs chéris ou confi-
dérés. De-là vient fans doute en partie qu'on a trou-
vé dans la fuite des tems , quantité de têtes antiques
fans corps.
Les Jlatues èquejîres de Poliux , de Domitien , de
Trajan, de Marc-Aurele , d'Antonin-le-pieux re-
vêtu d'un long manteau qui lui pend de l'épaule
gauche fur la croupe du cheval , ont une grande cé-
lébrité dans l'hiftoire. Elle vante auffi celles qu'Ale-
xandre Severe fît mettre dans le forum tranjitorium
de Nerva. Lampride en parle en ces termes : Statuas
colojfos , vel pedejlres nudas ^ vcl équcfires ^ divis impe-
Taioribus dicatas yinforo divi Nervœ quod tranfitorium
dicitur , locavil, omnibus cum titulis & columnis ccrcis
quce geforum ordinern continennt.
Les jlatues curules , foit de marbre ou de bronze ,
avoient pour lieu propre de leur emplacement, les
arcs de triomphe. Comme on élevoit de tels arcs en
l'honneur de ceux à qui le triomphe étoit décerne
après leurs vidoires, & que les triomphateurs , en
entrant dans Rome , paflbient par-deffous ces arcs
fur des chars attelés de plufieurs chevaux de front ,
l'on mettoit leurs flatues curules au-defliis defdits
arcs pour en conferver la mémoire. Ainfi l'arc de
triomphe érigé en l'honneur d'Augurte lur le pont
du Tibre, étoit orné de infatué de bronze portée
fur un char attelé de quatre chevaux. Ce même em-
pereur ayant fait élever un arc de triomphe à fon
S T A
père 0£tavc , l'enrichit d'un quadrige , fur îcqiteï
ctoient les repréi'cntations d'Apollon & de Diiine.
Le tout, char , chevaux , figures, étoit d'une feule
pièce de marbre, ouvrage de Lyfias dont Pline,
/. XXXyi. c. V. vante extrêmement rexcellence.
Enfin , l'on cftimoit beaucoup l'arc de triomphe que
le iénat & le peuple romain firent ériger en l'hon-
neur de Trajan , dans la ville d'Ancône , & qui
étoit orné de la fiaiue de ce prince poiée fur un
char tiré par quatre chevaux. Eicherrius dans les
dUices d'Italie , /. //. en parle en ces termes ; la
ejus medlo nofciiur arcus die fublimis , quadri^'s 6»
trophœis in fajUgio onufus A. S. P, Q. R. in ej.vs
beneficii memoriant , Trajano ibidem ereBuSy & adJutc
ternporis extans^
C'eft encore une belle chofe à confidcrer que la
di(îcrence de grandeur des futues , car quelle qu'en
fût la matière , de métal , de marbre ou d'ivoire , il
y en avoii en tout genre , de grandes , de moyennes
6l de petites. On appella grandes ftatues celles q\u
furpaffoient la gr;:iideur naturelle desperfonnespoir
lelquellcs elles étoient faites ; on nomma moyenna
ou athlétiques celles qui étoient conformes à leur
grandeur , 6c petites celles qui étoient au-dcfTous, Cî
n'eft pas tout , les grandes fe divll'oient en trois or-
dres ; quand elles n'excédolcnt la hauteur naturelle
que d'une moitié , on les noinmoit augujles , & eHe;
fervolent à reprélenter les empereurs , les rois & les
grands capitaines de Rome. Celles qui avoient deux
fois leur grandeur s'appelloient héroïques , & on les
confacroit aux demi-dieux & aux héros. Enfin lorf-
qu'elles s'étendoient julqu'à trois hauteurs ou plus,
elles prenoient le nom de colojjales , 6c étoient deili-
nées pour les dieux.
Quoique les premières fortes de ftatuts , c*eft-à-
dire les augujhs 6c les héroïque s ^{ewWXçn.i communé-
ment à reprefenter en marbre ou en fonte les empe-
reurs , les rois & les généraux romains , cependant
on en étendit l'ufage à quelques gens de lettres.
L. Actlus , célèbre entre les polites de Ton tems, mon-
tra l'exemple en fe falfant faire unç fatae de bronze
beaucoup plus grande que fa taille , & qu'il mit daa>
le temple des muies hors la porte Capene. Notatum
ab auHoribus , dit Pline , L. Aclium poetam in camiZ-
narum cède , maxirnâ forma ftatuam fibi prfuiffe , quiim
brcvis admodum fuijfet. Mais il eil étonnant que les
hommes ayent ofé le faire ériger desy?i^^'^^5 fembla.-
bles à celles que la religion avoit fpécialement coa-
iacrées pour les dieux, je veux dire àts flatues colof-
fales ; cependant on vit des rois 6c des empereurs,
Sélbftrls , Attila, Eumenes , Néron , Domitien,
Commode, &c. qui s'attribuèrent tous le même hon-
neur.
Tous les hiftoriens, & Pline en particulier, fe font
fort étendus fur la defcription Aij (latues cololTales
de marbre ou de bronze , qui faiioient l'admiration
publique, ./^««/^aœ, moles llatuarum excogitatas^quas
coloffos vacant , vidirnus turribus pares , dit f hiftorien
naturalifte de Rome. Telle étoit la jîatue de Jupiter
olympien , chef-d'œuvre de Phidias ; fa hauteur étoit
fi prodigieufe , ajoute Paufanias , que ce dieu qui
étoit afiis , n'auroit pu fe lever fans percer la voûte
du temple. Telle étoit la Minerve d'Athènes haute
de 36 coudées, 6c tel le Jupiter du capitole que Sp.
Carvilius fit élever de la fonte des dépouilles des
Samnites, Tel étoit encore un autre Jupiter au champ
de Mars que l'empereur Claude y fit pofer. Tel un
Hercule , que Fabius Verrucanus tira de Tarente ;
telle eft enfin la/F^z^wecoloflale d'Apollon par Lyfippe,
dont la hauteur étoit de 40 coudées. Je pafTe fous fi-
lence le cololfe de Rhodes dédié au foleil.
Pline , /. XXXIV. c. vij. ajoute que la Gaule avoit
dans une ville d'Auvergne wnc famé de Mercure qui
iurpaflbit tout ce qu'on connoillbit de flatues colof.
s T A
ilis , ayant 400 pics de hauteur. C'ctoit l'ouvrage
e Zénodore , qui y avoit employé dix ans de tra-
ail & desibmmes immenfes. Voici (es paroles : Fe-
\m omnan amplïtiuiinim ftatuarum ejus gencris vicie
tau nojîrà Zenodorus Mcrcurio Jaclo in civitau Gal-
a Avemis pcr annos deccm , pedum cccc. immani pn-
0. Néron , frappé de la renommée de cette (laiiu ,
ttira Zénodore à Rome , & l'engagea de faire à fa
îlTemblance xinejiatue colofiale de 100 pies de haut,
;lon Pline , ou de izo , félon Suétone , cap. xxxj.
ijlibuliim fuit in quo colojfus cxx.Jîabat ejus efîgie. Il
It vrai qu'après la mort de ce prince on ôta le nom
e AVr(>/2 à cette Jiutiie colojjalc , & on la dédia au fo-
îil , ainfi que d'autres.
Le ledeur jugera fans doute qu'il n'étoitpas pofîl-
le de travailler à un feul attelier les (îatues coloJJaUs
u'on vient de décrire ; or l'artifte , pour pouvoir
;s exécuter , diftribuoit la befogne à un grand nom-
ire d'ouvriers choifis, & leur traçoit les proportions,
nforte que quand ils rendoicnt les parties dont ils
.voient été charges iéparément, elles fe rapportoient
vec tant de jufteiïé, qu'en les rejoignant elles com-
»ofoicnt un tout parfaitement aflbrti , & qui fcnibloit
itre du môme bloc & de la même main. Paufanlas
lous a donné fur ce fujet des détails de l'art de la
bnîe qui méritent attention. Le Jupiter de bronze ,
lit-il , la plus ancienne des/latucs de ce métal , n'é-
oit point l'ouvrage d'une feule & mêine fabrique.
l a été fait dans le même tems par parties ; enfuite
es pièces ont été fi bien enchâfTées & fi bien jointes
înfèmble avec des clous , qu'elles font un tout fort
'olide. Nous avons vu renouvellcr de nos jours le
Tiême procédé par un artiiie médiocre , qui a exé-
:uté de !a même manière àDrefdc une_y?^/t/<;équeitre
dIus grande que nature. ,
Les Grecs mettoient fur la bafe de leurs (Iatues le
nom de celui qu'elles repref entoienî ou qui en avoit
fait la dépenfe ; ils pouvoient effacer ce même nom
& en fubflituer uu autre, c'efl ce qu'ils firent fouvent
par flatterie, quand ils furent foumis aux Romains ;
quelquefois ils changeoient en même tems la tête, ou
en retouchoient les traits. Plutarque dit qu'ils uferent
de ce flratagème , & mirent le nom à^ Antoine aux
deux (iûims colojjdles d'Attalus & d'Euménès.
Confidérez en pafTant les progrès de l'art ftatuaire,
depuis les premières (Iatues taillées pour les dieux ,
jufqu'à la coloilalc que Néron fe ^it faire par Zéno-
dore. La première idole de la Diane d'Ephefe étoit
un tronc d'orme , ou , félon Pline , une louche de
vigne. Paufanias parle d'un Mercure de bois grofîier,
qui étoit dans le temple de Minerve Poliade. Avant
que Rome triomphât de l'Alie , les (îatues des dieux
confacrées dans les bocages n'étoient que de terre
cuite. Cicéron , /. /. de la divination , dit que \djla-
tue de Summanus placée fur le faîte du temple de
Jupiter étoit pareillement de terre. Les Romains ne
penfoientpas alors qu'ils feroient un jour tellement
épris de l'amour des Jîatucs ^ qu'ils publieroient une
loi qui condamneroit à l'amende les flatuaires char-
gés de faire des (Iatues , fi dans leurs ouvrages ils pé-
choient en quelque choie contre la règle cie leur art
& contre l'attente de ceux qui les employeroient.
Les Jlatues de grandeur naturelle furent nommées
athlétiques ou iconiques,y?^/«<2 athleticœ , flatuœ ico-
nicce ^ parce qu'elles imitoient mieux que les grandes
& les petites la reffemblance de ceux pour lefquels
elles étoient faites.
Les peuples de la Grèce , pour perpétuer le fouve-
nir des viftoires remportées par les athlètes , em-
ployèrent tout l'art des Sculpteurs, afin de tranfmet-
tre aux fiecles à venir la figure & les traits de ces
mêmes hommes qu'ils regardoient avec tant d'efli-
me & d'admiration : on leur érigeoit qq'^ (Iatues ààns
le lieu même où ils avoient été couronnés , & quel-
S T A
îo?
quefois dans celui de leur najfTance , & c'étoit ordi-
nairement la patrie du vainqueur qui fatisfaifoit les
frais de ces monuuiens. Les premiers athlètes pour
qui on décora Oiympie de ces fortes à.Q ftatues ( ce
qui arriva dans la lix. '61 la Ixj. olympiade , félon Pau-
fanias), furent Praxidomes vainqueur au puollat, &
Rhexibius vainqueur au pancrace. L?ijlatue du pre-
mier étoit de bois de cyprès ; & celle du fécond, de
bois de figuier. Le bronze dans la fuite devint la ma-
tière la plus ordinaire de cqs Jiatues.
On ne les faifoit pas néanmoins toujours de gran-
deur naturelle , mais on accordoit cet honneur à ceux
qui avoient vaincu aux quatre grands jeux de la
Grèce. C^sfiatues chez les Romains repréfentoient
les athlètes nuds , fur - tout depuis le tems qu'ils
avoient ceflé de fe couvrir d'une cfpece d'écharpe
ou de ceinture ; mais comme les atljletes rom'ains ne
l'avoiijSic point quittée, ils la confervoient dans leurs
Jlatues. On élevoit de ces monumens non-feulement
aux athlètes , mais encore aux chevaux , à la vîtefîe
defqviels ils étoient redevables de la couronne ago-
nivlique ; & Paufanias témoigne que cela fe fit pour
une cavale , entr'autres, nommée Aura , qui avoit ,
fans conduQeur , procuré la viûoire à Ion maître ,
après l'avoir jette par terre. On peut lire dans le
même auteur un dénombrement exaft de toutes lesy?.'i-
«/ji d'athlètes qui lé voyoient de fbn tems àOlympie.
Les Hellanodiques prcnoient grand ibin que ces Jla-
tues ne fulfcnt pas plus grandes que le naturel ; &; en
cas de contravention , ils faifoient renverferla /?^zwô
par terre. C'étoit fans doute de crainte que le peuple,
qui n'étoit que trop porté à rendre les honneurs di-
vins aux athlètes, ne s'avifât , en voyant \tms JLitues
d'une taille plus qu'humaine , de les mettre au rang
des demi-dieux.
Les Jlatues plus petites que nature étoient foudi-
vifées en quatre elpeces , auxquelles on donna des
noms tirés de leur différente hauteur , celles de la
grandeur de trois pies fé nommoient tripedancce. Tel-
les étoient les Jlatues que le fénat & le peuple ordon-
noient pour leurs ambalfadeurs qui avoient péri de
mort violente dans leur légation ; c'efl ce que Pline,
/. LIK c. vj. nous apprend : à romano populo tribut
folere injuria cœjis tripedaneas flatuas in foro. On cite
pour exemple \3.ftatue de TulliusCœlius , qui fut tué
par les Fidénates , Se celles de P. Junius & de T. Ca-
rumanus que la reine des Illyviens fit mettre à mort.
Quand les yifiz^wei n'étoient que delà grandeur d'une
coudée , on les appelloit cubitales. Lorfqu'elles étoient
hautes d'une palme , c'eft-à-dire de quatre doigts ,
elles étoient appellces palmarès. Enfin quand elles
étoient encore moins hautes, on les nommoityz^'i//^z.
On faifoit quantité de ces Jlgilla en or , en argent ,
en ivoire , & on les eftimoit beaucoup , fbit pour
leur travail, foit à caulé qu'on pouvoit les tranf-
porter commodément , ik. même les avoir fur loi
par dévotion pour les dieux , par reconnoiffance
pour des princes , par admiration pour de grands
hommes , ou par attachement pour des amis qu'ils
repréfentoient.
Voilà l'hiftoire àes Jlatues dont le nombre étoit in-
croyable chez les Grecs &: les Romains. lUufîit de lire
Paulanias pour s'en convaincre. Sans parler de l'Atti-
que & d'Athènes qui fourmilloient de ce genre d'ou-
vrages, la feule ville de Milet en lonie en ralfemblaune
fi grande quantité, quclorfqu'Alexandre s'en rendit
maître , il ne put s'empêcher de demander où étoient
les bras de ces grands hommes , quand les Perles les
fubjuguerent. On fait que Mummius remplit Rome
des (Iatues de la feule Achaïe : devicld Achaiu^ flatuis
iniplevit urbern. Plutarque rapporte que Paul Emile em-
ploya trois jours à la pompe de fbn triomphe de Ma-
cédoine, &quc le premier put à peine luffire i\ t.ùre
palier en revue les tableaux 6i les Jluiucs d'cxccifiYe
504
S T A
grandeur priies fur les ennemis , & portées fur deux
cens cinquante chariots.
D'un autre coté, la multitude des/?^///f5 qui letai-
foiciitperpctuellcnient dans Rome étoit fi grande ,
que l'an 596 de la fondation de cette ville les cen-
feurs P. Cornélius Scipio&: M. Popilius fe crurent
oblicés de faire orer des marches publics ksfatiics
de p^artlculiers & de magillrats ordinaires , qui les
rcmplilloient , attendu qu'il en relloit encore aflez
pour les embellir , en lailTant feulement celles de
ceux qui en avoient obtenu le privilège par des dé-
crets du peuple 6c du fcnat.
Entre ksjhnucs que les cenfcurs réformèrent , je
ne dois pas oublier celle de Cornélie , merc des
Gracchcs, ni celles d'Annibal , qui prouvoient du-
moins la noble façon de penfer des Romains. Je crois
que Pline fe dégtade , quand il lui échappe de dire
à l'occallon de ces dernières , & adcb dij^rimen ownt
fïihLatuni , ut AnnibaLis etiam ftatuae , tribus locis vi-
j'ibantur in urbe cuj us intrà muros joins holîium eiiùju
hajîarn.
Cependant la féverité des cenfeurs que nous ve-
nons de nommer, ne put éteindre une pafTion ii do-
minante , & qui s'accrut encore fur la fin de la répu-
blique, ainfi ()uc fous le règne d'Augufte 'Sç de lés
fuccelfeurs. L'empereur Claude fit des lois inutiles
pour la modérer. Caifiodore qui fut confui 463 ans
aj)rcs la mort de ce prince , nous apprend que le
nombre des (latues pidcjlrcs qui fe trouvoient dans
Rome de fon tems , égaloit à-pcu-près le nombre
des habitans de cette grande ville , & les figures
équeftres excédoient celui des chevaux. En un mot,
hsûatiies de prix étoient lî nombreufes , qu'il fallut
créer des ofîiciers pour garder nuit & jour ce peuple
de fiatues , 6c ces troupeaux de chevaux , fi je puis
narler ainfi , diiperics dans toutes les rues , palais 6c
places publiaucs de la ville. Cet amas prod.gieux de
fiatuis demandoit autant d'habileté pour en cmpc
cher le pill-ige qu'on avoit mis d'art h les fiiire , ô.
&
de foin à Ls tîxer en place : nam quidam pnpulus co-
piofijjlmus flatuarum , ^reg-gj ttiam abundant'ijftmi
equoniin , talij'unt cautilâ Jïrvandi , quali & cura ri-
de mur affixi.
Mais entre tant de jiatius publiques de Rome , il
s'en trouva une feule à la garde de laquelle on ima-
gina de pourvoir d'une façon bien fmguliere. Peut-
être peniez-vous que c'étoit une jiatuî d'or niaflif ,
qui fe trouvoit pofée devant la maifon d'un riche
affranchi , d'un traitant ou d'un munitlonnaire de
vivres? Point du tout. Eh bien, \-a jlaïut en bronze
ou en marbre de quelque divinité tutélaire des Ro-
mains ? Non. La flatuc d'un demi-dieu, de l'Hercule
de Tarente , de Caftor, de Pollux ? Nullement. La
fiatue de quelque héros du fang des empereurs , de
Marcellus , de Germanicus ? En aucune façon. C'é-
toit la f gure d'un chien qui fe léchoit une plaie; mais
cette figure étoit fî vraie , fi naturelle , d'une exécu-
tion fi parfaite , qu'on décida qu'elle méritoit d'être
mifQ fous un cautionnement nouveau dans la cha-
pelle de Minerve , au temple de Jupiter capirolin.
Cependant comme on ne trouva perfonne allez ri-
che pour cautionner la valeur de ce chien , les gar-
diens du temple furent obligés d'en répondre au pé-
ril de leur vie. Ce n'eft point un fait que j'imagine
ou que je brode , j'ai pour garant l'auioiité & le té-
moignage de Pline , dont voici les propres paroles ,
/. XXXlV. c. vij. canis eximium miruculum , 6' in-
difcnta virifimilitudo , non eb Jolùm inteUigitur , qudd
ibi dicata fucrat , vcrùm , & novd J'atifdacione , nam
j'umma nulla par videbaïur , capitc tutdari cav ère p ra-
tio , injlituti publia fuit.
Il faut terminer ce difcours qui , quoiqu'un peu
long pour cet ouvrage, n'eff qu'un précis fort abré-
gé des recueils que j'ai faits fur les _/?ar«ej dg la Grèce
S T A
& de Rome. AufTi me fuis-je moins propofé de tout
dire que de piquer &: d'étendre la curiofité. Il efl bon
de joindre à la leclurc de Paufanias & de Pline la
difiértation de Frigelius, de Jhiiuis illujlrium romano~
rum, dont le petit livre de François Lemée n'eft qu'un
extrait. Le traité desjlutucs de Caliltratc , traduit par
Vigenere à la tin ck'S images des deux Philoftrates
avec les notes du tradud eur , eft plein d'érudition •
mais les ouvrages des favans d'Italie méritent encore
plus d'être éuidiés.
Enfin nous n'avons ici confidcré que l'hiftorique •
l'art fhituaire , qui renferme d'autres détails intéref-
fans liés de près à cet article , a été difcuté avec re-
cherches au aict Sculpture ancienne & moderne •
& les artiftes célèbres ont été foigneufement dénom-
més avec des obfervatibns fur l'art même aux mots
Sculpteurs anciens , & Sculpteurs modernes. Ow
a même pris foin de décrire les hç\\<is Jlatues anti-
ques qui nous font parvenues, l^oyei P)A$-Relief
Gladiateur, Hercule, Laocoon, Rotateur,
VÉNUS de Méduis , iy autres, ( Le chevalier de JaU'
COURT. )
Statue, (Critiqtiefacrèe.^ image taillée pour être
adorée ; Moife les défend totalement aux Hébreux ,
Deuter. xvj. 22. Il eft parlé dans l'Ecriture de la/?a-
tut i2?'orque Nabuchodonofor fiWrefTer dans la plaine
de Dura ; elle avoit fbixante coudées de haut , ck fix
de large ; il eff apparent qu'il l'avoit érigée en l'hon-
neur de Bel. Mais le changement de la femme de Loth
en fiatui de fel , Gznef xix. 26'. il plus excité l'atten-
tion des commentateurs de l'Ecriture que la fiatue Aq
Nabuchodonofbr. Quelques critiques penicnt quele
corps de la femme de Loth s'éîant incruflé de nitre
de la mer-Morte , Moife a pu appeller y/ZiZ/wc de fel un
corps ainfi pétrifié. D'eutres favans prétendent avec
plus de vraifïemblance , que le texte de l'Ecriture
doit s'entendre figurément d'un état d'immobilité,
dans lequel cette femme curieuié demeura ; Si que
ces mots changée enjlatue de fel , lignifient comme en.
jlaïue de fel., comparaifon ordinaire à des habitans
d'un pays qui abondoit en malfes de fel nitreux.
{D.J.)
STATUER , v. a£t. {Grain?) c'eft arrêter par un
fîatut , après examen , délibération. Voye^^ Sta-
tut.
STATURE , f ï. {Gram.) eft la grandeur & la hau-
teur d'un homme. Ce mot vient du hmn flutura y qui
eft formé de fiare , être deÊout.
La future ou taille d'un homme efl admirablement
bien proportionnée aux circonflances de fon exiftcn-
ce. Le dofteur Grew obferve que fi l'homme eût été
nain , il eût difficilement pu être une créature raifon-
nablc : car pour cet effet , ou il auroit eu une groffe
tête , & fon corps & fon fang n'auroient pas pu four-
nir affez d'efprits à fon cerveau ; ou s'il eût eu la tcte
petite 6c proportionnée , il n'auroit pas eu de cervelle
fufHfamment pour remplir fes fondions. De plus , fi
l'homme eût été géant , il n'eût pas pu fl commodé-
ment trouver des nourritures , parce que la quantité
des bêtes propres à la nourriture de l'homme n'au-
roit pas été luffilante ; ou fi les bêtes avoient été plus
groffes à proportion, on n'auroit jamais pu trouver
allez de pâturages pour les nourrir , «S-c. f^ojei Nain,
GÉANT.
Cependant c'efl le fentiment commun , même de-
puis le tems d'Homère , que dans les fiecles les plus
reculés les hommes furpafi'oient de beaucoup les mo-
dernes en grandeur ; & nous voyons à la vérité que
les hiltoires ,tant facrée que prophane , font mention
d'hommes dont la taille étoit furprenante ; aufTi ces
hiftoires en parlent-elles comme de Géans.
M, Derham obferve , qu'il eft très-probable que la
taille des hommes étoit au commencement du mon-
de telle qu'elle ell à préfent ; comme on peut l'ef-
limer
s T A
iner par les tombeaux , momies , &ci qui fubûftent
'ncoie. Le plus ancien tombeau qui exille eft celui
!o Cheops dans la première pyramide d'Egypte , qui
iiivant roblervation de M. Gréaves ne lurpaffe de
;uercs la. grandeur de nos cercueils ordinaires. Sa
:avité, dit-il, n'a que 6. 488 pies de long,& x.iiS
»iés de large, ÔC z. 160 de profondeur: de cesdimen-
io;is & de celles de diftérçns corps embaumés qu'il
! apportés d'Egypte, cet auteur exaft conclud que la
;ature ne décroît point , & que les hommes de notre
cms fpnt de la n]êrne taille que ceux qui vivoient il
; a trois mille ans.
•M. Hakewell nous fournit d'autres exemples plus
nodernes à joindre à ces obfervations : les tombeaux
}ui font à Pife , & qui ont quelques miille ans d'anii-
juité, ne font pas plus longs que les nôtres. On peut
lire la même chofe de celui d'Athelllan qui efi: dans
'églife de Malm.sbury , de celui de Sheba , dans falnt
^aul , qui font de Tannée 693 , &c.
Les anciennes armures , écus , vafes , &c. qu'on a
îéterrés de nos "jours, fournirent la même preuve :
)ar exemple , le cafque d'airain qu'on a déterre à Me-
aurum , efl propre pour fervir à un homme de notre
ems ; cependant on prétend que c'ell un de ceux qui
)nt été laifies loïs de la défaite d'Afdrubah Joignez
itout cela qu'Augufte avoit 5 pies 9 pouces de haut,
jui étoit la taille de la reine Elifabeth ; avec. cette
liilérencè feulement , qu'en évaluant le pié romain
ivec le nôtre, la reine avoit deux pouces de plus que
:et enipereur.
ST ATUT , f. jB. (Gram. & Jurifprud.^ eft un ter-
ne j^énérique qui comprend toutes fortes de lois &
ie régie mens.
Chaque difpofition d'une loi eft ixnjlatui^ qui pef"-
Tiet , ordonne ou défend quelque chofe.
il y a des fianits généraux , il y en a de particu-
iers ; les premiers iont des lois générales qui obli-
>ent tous les fujets : les Jlaïuis particuliers font des
rcglemens faits pour une feule ville , pour une feule
ïgiife ou communauté , foit laïque , loit eccléfialil-
que , fécuUere ou régulière : chaque corps d'arts &
métiers a fes Jlatuts : les ordres réguUers , hofpita-
licrs &; militaires en ont auffi. .
Un des points les plus difSciles à bien dém.êler dans
la jurlfprudence , c efl de déterminer la nature &L le
pouvoir àQS Jiatuts, c'eft-à-dire , en quel cas la loi
doit recevoir fon application.
En général les coutumes font réelles , clauduntur
tenitorlo ; cependant on eft fouvent embarraffé à dé-
terminer (\ViQ\Jlacut ou coutume on doitfuivre pour
la décifion d'une contefiation. Souvent lajiatut du
domicile fe trouve en concurrence avec les différens
(iatuts de la iltuation des biens, avec celui du lieu oii
l'adk a été pafle , du lieu où l'exécution s'en fait; &
pour connoître le pouvoir de chaquey?<2fwf , & celui
d'entr'cux qui doit prévaloir , il faut d'abord diûin-
guer deux fortes de fiatuts , les uns perfonnels , les
autres réels.
Les flânas perfonnels font ceux qui ont principa-
lement pour objet la pcrfonne , & qui ne traitent des
biens qu'acceflbiremtnt ; tels font ceux qui regar-
dent la naifiance , la légitimité , la liberté , les droits
de cité , la majorité, la capacité ou incapacité de
s'obliger, de telîer , d'eller en jugement, &c.
Lqs Jlatuts réels font ceux qui ont poifr objet prin-
cipal les biens , & qui ne parlent de la perfonne que
relativement aux biens ; tels font ceux qui concer-
nent les difpofitions que l'on peut faire de fcs biens,
loit entre-vifs ou par teftnment.
Quelques auteurs dilUnguentunc troifiemc cfpece
de fuunts , qu'ils appellent mixus ,• fayoir, ceux qui
concernent tout-à-la fois la pcrfonne & fes biens;
mais de cette manière la plupart di's/Iaiuts feroient
mi.\tcs , n'y ayant aucune loi qui ne foit faite pour
Tome XF.
S T A
50V
les perfonnes , Si au.Ti prefque toujours pr.r rapport '
aux biens. A dire vrai , il n'y a point de llaïut mix-
tes , ou du moins qui foient autant perfonnels que
réels ; car il n'y a point àQ jhuuts qui n'ait un objet
principal ; cet objet eft réel ou perfonnel, & déter-
mine la qualité du [îatuc.
LeJIaiut du domicile règle l'état de la perfonne , ;
& fa capacité ou incapacité perfonnelle ; il règle
auffi les adtions perfonnelles , les meubles & etfets
mobiliers , en quelque lieu qu'ils fe trouvent fitués
défait.
Le pouvoir de ce fîat/u du domicile s'étend partout
pour ce qui eft de fon reilbrt; ainfi, celui qui eft ma-;
jeur , felon la loi de fon domicile , eft majeur par-^r
tout. _ _ ,:.;o' r
Lq fatut de la iltuation des biens , en^reglç la qu^,--
lité & la difpofitjon. . ••
Quand \tjlaiui du domicile & celui de la fituation
font en çontradidion l'un avec l'autre , s'il s'agit de
l'ctat & capacité de la perfonne, c'eiMeJintui du do-r
micil^ qui doit prévaloir ^ s'il s'agit de la difpofi— >
tion des biens , c'eft la loi de leur lituation qu'il faut
fuivre.
Si piufieursy?^/«/j réels fe trouvent en concurren-
ce , chacim a fon effet pour les biens qu'il régit.
En rnatiere d'aéles , c'eft lejlacui du lieu où on
les pafle qui en règle la forme,.
Mais il y a certaines formalités qui fervent à habi-
liter la perfonne , telles que l'autorifation du mari à
l'égard de la femme ; celles-là le règlent par {QJlatut
du domicile , comme touchant la capacité perfon-
nelle ; d'autres font de la fubftance de la difpofition
mcine , telles que la tradition & l'acceptation dans
les donations ; & celles-ci fe règlent par le jlatiu du
lieu oii font les biens dont on difpenfe.
Enfin dans Tordre judiciaire on diftingue deux for-
tes dcjlacuts , ceux qui concernent Tinlf ruclion , &
ceux qui touchent la décifion: pour les premiers, /ms
ordi/iatoria , on fuit la loi du lieu où Ton plaide ; pour
les autres , litis dicîforia , on fuit la loi qui régit les
perfonnes ou leurs biens , félon que l'un ou l'autre
eft Tobjet principal de la contelhuion.
QyiQ\c\\xts Jl.ituts font feulement négatifs , d'autres
prohibitifs , d'autres prohibitifs-négatifs.
hifiatut Amplement négatif, ell celui qui déclare
qu'une chofe n'a pas lieu , mais qui ne défend pas de
déroger à fa difpofition , comme quand une coutume
dit que la communauté de biens n'a pas lieu entre
conjoints , & qu'elle ne défend pas de Tétabiir.
Le Jlattu prohibitif eft celui qui défend de faire
quelque chofe , comme la coutume de Nornrmdie ,
art. jj- qui porte que quelqu'accord ou convenance
qui ait été faite par contrat de mariage , & en fa-
veur d'icelui , les femmes ne peuvent avoir plus
grande part aux conquêts faits par le mari , que ce
qui leur appartient par la coutume,à laquelle les con-
tradhins ne peuvent déroger.
Le patut eft prohibitif - négatif lorfqu'il déclare
qu'une chofe n'a pas lieu , 6c qu'il défend de déro-
ger à fa difpofition : on confond fouvent le jLitut
prohibitif avec le prohibitit-négatif.
Quand 1^ flaciit prononce quelque peine contre
les contrevenans,onTappelley?^f»'^//;e«u/. Foyc^Loi
PENALE û* PEINK.
Sur la matière des fiatuts , on peut voir Bartole ,
Baldc , Taul do Caftre , Chriftineus , Everard , Ti-
raqueau , Dumoulin , Dargentré , Burgundus , llo-
demburgius, Voet, les mémoires de Roland , les i]ucj-
tionsfur Us démifjions de M. Boulenois , & les dtjfcr^
talions fur lis qucflions qui ruujjiiit de la contrarier aa
lois & coutumes, (-^i)
Statut de sang , (Jlijl. d'Angleterre:) c'eft alnfi
qu'on nomma en Angletei-re le règlement qu'Henri
VllI. lit en 1539 au lujet de la religion. 11 décerna
S s s
50(5
S T A
la peine de feu ou cîu fioct contre ceux ; j". qui nic-
roient la tranfubllantiation ; z". qui loutieiulroicnt
la iiccefTité de la comunuiion (bus les deux espèces ;
3^. qu'il étoit permis aux prêtres de le marier; 4''.
Cfxron peut rompre le vœu de chaftcté ; 5**. que les
mell'es privées ibnt inutiles ; 6". que la confeirion
auriculaire n'eft pas néceflaire pour le i'alut. Gardi-
ner, évcque de \Vincheller , étoit le véritable au-
teur de ces lois. Il avoit fait entendre au prince, que
c'étoit le fcul moyen d'empêcher qu'il ne fe format
une ligue contre lui ; que ce qu'il avoit aboli ii'étoit
pas el^entiel à la religion ; & qu'enfin perlonnef ne le
regardcroit comme hérétique , pendant qu'il main-
tiendroit ces fix articles. On rechercha ceux qui les
condamnoienr , mais on en découvrit un û grand
nombre , que le roi fe vit obligé de changer la peine
de mort, en celle de la con; Icarion des biens contre
ceux-là feulement qui feroient coupables de viola-
tion du quatri'jmey?^^:/-'. Enfin, en i 5 47 fous Edouard
Vi, la loi des fi>: articles fut révoquée pour toujours ;
ce fut-!à l'aurore clos jours plus heureux qui reparu-
rent fous le règne d'Elil'abeth. (Z>. ./.)
Statuts , (^Commerce.) ce font des réglemens faits
par autorité publique , & confirmés par des lettres-
patentes du fouverain pour lervir à la conduite, gou-
vernement & difcipline des corps des Marchands &
des communautés des Arts & Métiers.
Les (îûtuts en général font aufîi anciens que l'union
des particuliers en certains corps 6i communautés ,
parce qu'il elt impoffible d'entretenir la paix entre
plufieurs perionnes de condition égale , fi elles ne
conviennent de certaines lois communes, fuivant Icf-
quelles elles s'engagent de vivre & de fe conduire
par rapport à l'intérêt commun ; mais comme il efl
du bon ordre 6c de la fureté des états , qu'il ne s'y
tienne point d'affembiée fans l'aveu du prince , les
princes eux-mêmes ou leurs minilîres , ou officiers ,
ont trouvé bon de veiller à l'établifTement ou à la
manutention de ces Jiatuis.
C'eft ce c[ui efl arrivé en France fur la fin du dou-
îieme fiecle ; car quoiqu'il y ait des communautés
qui produifent des Jlaïuis qui leur ont été donnés , à
ce qu'elles prétendent, des le commencement du on-
zième liecle , on doute pourtant de leur authenti-
cité.
Le premier règlement général qui ait été fait au
fujet des Jlamcs des corps & communautés , ell: celui
des états-généraux, tenus à Orléans au mois de Dé-
cembre 1560. l'article 98 , ordonnant que tous les
jlatuts deidits corps & communautés feroient revus
& corrigés , réduits en meilleure form.e , mis en lan-
gage plus intelligible, & de nouveau confirmés &
autorilés par lettres-patentes du roi.
• L'exécutoire de cet article donna lieu à quantité
de lettres-patentes de confirmation , expédiées Ibus
Charles IX. Les guerres de religion qui fliivirentfuf
pendircnt la continuation de cette police.
Louis XIV. donna au m.ois de Mars 1673 "'^ ^"'^'^^
pour le renouvellement général des Jlatuts de tous
les corps &: communautés, 6i il fut môme réglé au
confeil un rble des fommes qu'il leur en dcvoit coû-
ter. Il paroît par ce rôle , qu'alors ces communau-
tés n'étoient dans Paris qu'au nombre de quatrevingt-
quaîrc ; mais par celui du mois d'Avril 1691 , por-
tant exécution du premier, elles fe trouvent monter
à cent vingt-quatre, yen ayant eu plufieurs nouvel-
les, érigées par lettres-parentes depuis l'éditde 1673.
Depuis que les rois ont trouvé à-propos de don-
ner leurs lettres de confirmation des fiatuts & régle-
mens des communautés , elles iont obllaées de de-
mander cette confirmation au commencement de cha-
que règne ; mais plufieurs de nos rois ont bien voulu
ne pas uler de leurs droits à cet égard. Diciionn. de
Commerce,
S T E
STAVELI..O , (Cc'oo. //W.) petite ville d'AIlcm.v
gn*, entre le pays de l'évêque de Liège , & les du-
chés de Limbourg & de Luxembourg , fur la rivière
d'Aniblcve , à une lieue au-Jelius de Malrrjédie & à
4 de Limbourg. Elle a une ancienne abbaye de l'or-
dre de S. Benoît , fondée dans le feprieme liecle ; fon
abbé eli prince de l'Empire, 6i. fouverain de la ville.
Long. 23. 34. lut. So. 7.S. (Z>. 7.)
STAVEREN , ( Gco<r. mod.) ville des Provinces-
Unies , da-ns la Frife , au Weltergo , fur le Zuvder-
zée , i\ fix lieues d'Enckhuyién , & à 9 de Vollen-
hove.
Staveren étoit autrefois une ville pulfTante , riche
extrêmement peuplée , & l'un des célèbres ports de
mer de toutes les côtes leptentrionales. Les anciens
rois de Frlfe y faifoient leur féjour ordinaire ; & les
annales difent que Richolde , premier roi du pays,
fit bâtir vers l'an 400, entre StAvcrcn 6c Médembllc,
un iuperbe temple , dont l'enceinte fervoit d'afyle
aux criminels 6c aux bannis. De plus , Staveren fut
comprife dans l'alliance des villes Ahiéatiaues.
De fréquentes mondations de la mer, ont extrê-
mement diminué fa grandeur & fon luftre ; cepen-
dant c'elt encore une bonne ville , peuplée , & com-
merçante ; Ion port eft à l'embouchure d'une petite
rivière qu'on retient par un canal qui coule dans le
pays. Il y a outre cela un grand mole qui s'avance
dans la mer , 6l qui efl foutenu par des pilx)tis pour
empêcher que les lablons ne bouchent l'entrée de ce
port. Enfin , elle a pour fa défenfe de fortes murail-
les & de boni bafllons , qui iont environnés de ma-
rais. Lon<:r. 22. S4. lat. 5i. 5y. {D. 7.)
STAUROLATRE , f m. pi. {Hifl. eccUf.) adora-
teur de la croix ; hérétiques qu'on appelloit auffi en
arménien cha^ia^ariens , qui fignifie la même chofe;
ils rendolent à la croix le même culte qu'à Dieu.
STAUROLITE , f. f {Hift. nat. Litholog.) nom
donné par quelques auteurs à la pierre en croix , la-
pis cmcïfir. royci Pierre en croix.
STAUROPHYLAX , f m. (Hijl. ecc/éf.) ^n^vpc^ù-
XaÇ, officier de l'églife de Confiantinople, chargé de
garder la croix trouvée par l'impératrice Hélène ; ce
mot ell compolc de (nfaùpo? , une croix ; & <p<j>.a.iToxa ,
Je garde; les eccléfiaftiques chargés de porter la croix
en procefîion fe nommoient a-TAupoçiupoç ^ fluurophori ,
flaurophores. (^D.J.)
STAWANGER ou ST AVANCER , {Géog. mod)
ville de Norwege, dans le gouvernement de Bergen,
capitale de la contrée de même nom , fur le Bucken-
fiord , à 30 lieues au midi de Bergen , avec un évê-
ché fuifragant de Dronthelm. Long. 22. 48. lat.5S,
44- {D.J.) . . , . .
STAXIS , ÇLexicog. medic. ) rrcL^îç, de rra^w , dij-
tilier ;, c'efl: une dlftillatlon de lang goutte- à-goutte
par les narines. Telle efl l'acception générale de
o-Tflf|/'çdans Hlppocrate.
L'effufion de lang par le nez goutte-à-goutte eft
regardée comme dangereufe dans ladoftrine des cri-
fes , en ce qu'elle indique le manque de force & la
foiblefie de la nature. Hlppocrate dit qu'elle eft de
mauvais augure loriqu'elle arrive l'onzième jour.
Gaiiei ajoute qvie toutes les diilillations légères par le
nez font funefies dans les pleuréfies & dans les phré-
néfi:s ; au contraire les évacuations abondantes & li-
bres de iang par le ne/, pafi'ent chez tous les méde-
cins anciens é>C modernes pour être des crifes falutai-
res , & pour déugner la terminalfon heureufe de la
maladie. (D. J.)
STEA1 ITE , 1". f ( HiJl. nat. ) nom donné par
quelques auteurs à une terre douce au toucher com-
me du favon , qui eft de la nature de la terre cimo-
lée. f^ofei CiMOLÉE. D'autres ont donné le nom de
Jltéatiie à la pierre de lard. Voye^ Lard , pierre de.
STÉATOCELE , f. i.en Chirurgie^ eft une tumeur
s T E
3u fcrotum j qiù eft compofée d'une fubftance graffe
qui s'y eft amafTée , & qui reflemblc à du fuif. Foyc^
Steatome. (F)
STÉATOME , f. m. ( Médec.^ s-:itfTZfj.ei,àe a-Ttetf,
^uif ; efpecc de tumeur enkiftée , & qui ell formée
lans les parties molles par une matière fembluble à
lu fuif.
hes Jléatcmes viennent de la graiffe qui ne pouvant
»as fortir des cellules adipeufes , forme des tumeurs ,
'■>L Y dégénère en une efpece de fuif; on trouve dans
;cs tumeurs une membrane qui s'épaiffit , & qui peut
tre féparée de toutes les parties voifines. On ne fau-
oit douter que cette membrane , ou ce fac , n'ait été
lans fon origine une cellule adipeufe. La méthode
urative de cet accident eft la même que celle de l'a-
bérome &: du meliceris. (-0. /.)
STEC , f. m. au jeu du romejlecq , eft une marque
ue l'on efface pour celui qui fait la dernière levée.
■'oycy ROMESTECQ.
STECKBOREN, ou STECKBUREN, ou STECK-
iORU , ( Giog. mod. ) petite ville de Suifî'e dans le
"hourgaw , au bord du lac de Confiance , ;\ deux
eues au-defî"us de l'endroit où ce lac fe dégorge dans
î Rhein. {D. J.)
STEEN , f. m. (^polds. ) le mot Jléen ou (iéln , figni-
ie pierre : c'efl une forte de poids plus ou moins fort,
Liivant les lieux où il efl: en ufage. A Anvers la pierre
Ù. de huit livres, qui en fontfept de Paris & d'Amf-
srdam. A Hambourg la pierre efl de dix livres ; à
>antzick: & à Revel il y a la petite & la groffe pier-
e pour peler les marchandifes plus ou moins fines.
.eurjiéin de vingt-quatre livres fait à Paris vingt-une
vres cinq onces cinq gros. A Konisberg la pierre efl
e quarante livres , qui en font trente-deux de Paris.
D.J.)
STEENBERGUE , ( Géog. mod.) petite ville des
*ays-Bas au Brabant hoUandois , dans la partie fep-
entrionale du marquifaî de Berg-op -zoom. Cette
jlle efl très-bien fortifiée , & elle fait avec les pol-
ieers des environs une feigneurie qui appartient à la
nuifon de NalVau-Orange; mais les Etats généraux en
ont fouverains, &c y lèvent les mêmes impôts que
lans les autres pays de la généralité. La régence efl
:ompofée d'un droffard , d'un bourguerheflre & de
ix échevins , avec un fecrétaire. Long. zt.So. Ut.
M.J6-. {D.J.)
STEENKERCK , ou STEINCKERCK , ( Geog.
nod. ) les François écrivent Snnquerque en eflropiant
'ortographe de ce mot ; village des Pays-bas dans le
[■lainaut , à deux lieues & demie de Halle , & à une
j'Enghien , fur les confins du Brabant. Ce village efl
:élebre par le fameux combat du 3 Août 1691 , le
plus fanglant de toute la guerre de ce tems-là. M. le
maréchal de Luxembourg ne fut que l'armée ennemie
s'approchoit , que quand la brigade de Bourbonnois
venoit d'être entamée. Il eut le bonheur de réparer
cette furprife , en forçant, après deux attaques inuti-
les , le prince d'Orange à repaffer les défilés par lef-
qucls il étoit venu. (Z>.7.)
STEENWICK, ( Géog. mod.) petite ville des
Pays-Bas , dans la province d'Over-Iffel , vers les
confins de la Frife, fur la rivière d'Aa. Ses fortifica-
tions font bonnes & régulières. Elle étoit autrefois
fous l'évêché de Deventer. Le Prince Maurice de
Naffau la prit fur les Efpagnols en 1 591 , & elle efl
rcflée depuis fous la domination des Etats généraux.
Long. 23. 3^. lat. 62. 4^.
Cette petite ville efl la patrie cVO/carlus ( Adam ) ,
qui s'efl acquis de la réputation par la relation du
voyage qu'il fît en Perfc,en Mofcovie & enTartarie,
en qualité de fecrétaire de l'ambafTade du duc de
Holflein. M. de Wicqucfort a traduit en françois cette
relation , & l'a faite imprimer ;\ Paris en 1656 , en
deux vol. in-4°. Le même ouvrage a été réimprime
Tome X F,
S T E
507
en 1716 , en deux vol. in- fol. avec beaucoup de car-
tes & de figures copiées fur celles de l'édition alle-
mande , delfinées par Oléarius lui-même. Oléarius
de retour dans fa patrie, donna un abrégé des chro-
niques de HoLlein , imprimé à Schlefwick en 1663.
Paludajius^Y^^xnzxA) autrement nommé yanden-
Broik , étoit compatriote d'Oléarius , & a publié en-
tr'autres ouvrages de favantes remarques fur les
voyages de Linlchoten. {D.J.)
STEGANOGRAPHIE , f. m. {Linérat.) efl l'art
de l'écriture fecrette , ou d'écrire en chifres , de ma-
nière que récriture ne puifTe être lue que par le cor-
refpondant. Foyei Chifre.
yl^neas le taéficien inventa il y a plus de 2000
ans, au rapport de Polybe, vingt façons différentes '
d'écrire de manière que perfonnne n'y pouvoit rien
comprendre s'il n'étoit dans le fecret.
Maisà-préfentil eftbien difficile de rien écrire de
cette manière qui ne puifTe être déchiffré , & dont on
ne trouve le fecret. Le dofteur Wallis , cet excel-
lent mathématicien , a beaucoup contribué à l'art
de déchiffrer. Voye^ Déchiffrer.
La fièganographïe , qui efl afuirément un art fort
innocent , n'a pas laiffé que de pafTer dans des fiecles
peu éclairés , pour une invention diabolique. Tri-
theme , abbé de Spanheim , ayant entrepris de le
faire revivre , & compofé à ce deffein plufieurs ou-
vrages , un mathématicien , fans doute ignorant ,
nommé BovïLle , ne comprenant rien à certains noms
extraordinaires que Tritheme n'avoit employés que
pour marquer fa méthode , publia que l'ouvrage
étoit plein de myfleres diaboliques. PofTevin l'a co-
pié ; & prévenu de ces imputations , l'élefteur pala-
tin Frédéric II. fit brûler l'original de la Jlégj.nogra~
phie de Tritheme qu'il avoit dans fa bibliothèque. Ce-'
pendant lorfqu'on a été revenu de cespréjugés, divers
auteurs ont donné des traités de Jîêgar:o graphie , tels
que le Caramuel , GafparSchot , jéfuite allemand,
Wolfang Ernefl Eidel , autre favant allemand , &
entr'autres un duc de Lunébourg , qui fit imprimer
en 1614 un traité fur cette matière , intitulé crypto-
graphia , c'efl -à-dire écriture cachée ; c'efl aufîl ce que
ûgmûe Jïéganographie , qui efl im mot formé du grec
<rTiya.i'cç , cac/ié , & de '}pct(p» , écriture. On trouve plu-
fieurs exemples &C manières de Jiéganographie dans
les récréations mathématiques ^'Ozanam.
STEGE , ou STEKE , ( Géog. mod. ) petite ville
de Dannemarck , fur la côre feptentrionale de l'île
de Mone, dont elle efl la capitale , avec un château
où l'on tient garnifon.
STEGEBORG , {Géog. mod.) petite ville de Sué-
de dans l'Oflrogothie , fur le côte de la mer Balti-
que , à trois lieues à l'orient de Suderkoping, avec
un petit port commode. {D. J.)
STEGNOSE , f. ï. {Médcc.) efl une obflruflion de
toute tranfpiration animale , fur-tout de celle qui i'e
fait par les pores. /^f>v£( Transpiration.
Il lignine aufîî conjlipition , condcnfation. Ce mot 2
rapport aux flcgnotiques qui font deflinés à boucher,
fermer , ou refîcrrer.
STEGNOTIQUE,ndj. en Médecine, remède pro-
pre à fermer ou à boucher l'orifice des vaifleaux ou
émunftoires quand ils Ibnt relâchés , étendus , dé-
chirés , &C. Foyei StYPTIQUE 6- ASTRINGENT.
Ce mot efl formé du grec «-té^w , impedio , conf-
tipo , j'empêche , je refferre.
Telles font les feuilles de grenadiers , les rofes
rouges, les feuilles de plantin, les racines de ror-
mcntïlle , &c. Les ftegnotiqucs iont propres pour les
hémovrhoïdcs & autres flux de fang. Foyei AsTRiN-
GENS , StYPTIQUES.
STEIN , {Géog. mod.) ville de SuifTc, dans le can-
ton de Zurich , lûr la rive droite du Rhein , à l'en-
droit oh ce fleuve fort du lac de Confiance. Cette
S s s ij
•508
s T E
ville jouit d'une entière liberté , & (c gouverne par I
les propres magiUrats , Ibus la prote£tion de Zurich,
depuis l'an 14S4. Long. 26". 44- '''^- 47- -^o- {D.J.)
Stein , ( Gcog.mod.) petite ville d'Allemas^ne ,
dans la lialTe Autriche , fur le Danube, à 10 milles
au-dc(liis de \'icnne , & A 10 au-deflbus de Lentz.
STEIN AW, {Ccog. mod.) nom de deux petites
villes d'Allemagne en Siléùe ; l'une eft dans la prin-
cipauté d'Oppden , Tur la petite rivière de Stein;
l'autre dans la principauté de W'olaw fur le bord de
roder. {D. y.)
STEINBACH, (<^.'p5'./nfl^/.) petite ville d'Allema-
gne , dans le marquilat de Bade , à quelques lieues
au iud-ouelt de la ville de Bade.
STEINFURT, autrement STENFORD , {Géog.
moJ.) petite ville ou bourg d'Allemagne , dans le
cercle de '^ellphalic , fur le Wecht , à fix lieues de
la ville de Munller vers le couchant méridional. Ce
bourg donne ("on nom à un comté qui a eu autrefois
des iVigneurs particuliers. (Z?. 7.)
STEINHEIM, {Géog. mod.) petite ville d'Allema-
gne dans l'archevêché de Mayence , fur la gauche du
Mein , près de Sclinglkd, Long. ■x6. ^.lat. 60. 4.
Rcineccius ( Reinier) , l'un des iavans hommes
d'Allemagne du xvj. fiecle dans la connoiflance de
l'hiiloire ° naquit à Stânheim , & y finit fes jours en
j 595. On a de lui un grand nombre d'ouvrages la-
tins fur les diti'érens peuples de l'antiquité, & en par-
ticulier fur les Juifs , les Grecs , les Romains , les
familles des rois de Macédoine , celles des Arfacides,
des Séleucides , des Lagides , des rois d'Arménie &
de Pergame , des rois de MeiTénie , des rois de Mé-
die & de Badriane , des rois d'Athènes & de My-
cène, &c. On fait un cas particulier de fon liiflorla
Jul'ia. Son traité de la méthode de lire & d'étudier
l'hiftoire, methodus Ugendi hiflorias y efl encore efti-
mè. (D. J.)
SïEKAIMEN, f. m. (Comm.) mefure de liqui-
des. ^qyeçSTEKAN.
STEK AN ou STECKAN , f. m. ( Comm. ) mefure
de Hollande pour les liquides, & particulièrement
pour les huiles. Les bottes ou pipes d'huile con-
tiennent depuis lo jufqu'à %y[îckans. A Amflerdam
on nomme cette mcdnejîckaimen. Le flekaimen con-
tient 1 6 mingies ou mingulles , à raifon de deux pin-
tes de Paris le mingle , ainfi il efl de 32 pintes. La
banque de Bourdeaux rend ii flekens &C demi. Le
tonneau de Bayonne , Turfun , & ChalofTe , 140 Jle-
kans , & le poinçon de Nantes 1 2. Dïclion. de comm.
& de Trév.
STÉLAGEjf, m. {Droit de feïgneur.) droit qui
fe perçoit fur les grains en quelques endroits de
France. C'eft un droit de feigneur qu'on nomme
ailleurs minage., hallage.^ ^mejurage. Il confille ordi-
nairement en une écuellée de grains par chaque fac
qui fe vend dans une halle ou marché. Il y a des
lieux cil lejiélage fe levé auffi fur le fel , comme dans
la principauté de Bouillon. ( Z>. /. )
STELE, f. m. {.întiq. grec.) a-T»'?», nom qu'on
donnoit chez les Grecs à un pilier auquel on expo-
loit un criminel à la vue du public , & fous lequel
on l'enterroit enfuite pour raifon de fon crime : les
coupables ainfi expofés étoient appelles yZc/i/^. Pot-
ter , ArchceoL grec. L I. c. xxv. tom. I. p.iT, 0. { D. J.)
STELES,f. f. pi. {Jrchit.) les Grecs nommoient
ainfi les pierres quarrées dans leur bafe , qui confer-
voient une même grolTeur dans toute leur longueur ,
d'oii font venus les colonnes attiques , & ils appel-
loient (lyUi les pierres qui étant rondes dans leur
bafe, finilîbient en pointes par le haut, d'où font
venus les colonnes diminuées, & les obélilques.
STELECHITES » {.f.{ Hijl. nat. Litholog. ) nom
donné par quelques auteurs à l'oftéocolle. Voye^ cet
article. Aldrovande a donné le nom dejielechiie aux I
cmrochites.
S T E !
STELLA TERR^, {Hlft. nat.) quelques ait- j
teurs ont donné ce nom au talc, yoyei Can. Talc. '
Stella , ( Géog. mod.) ville d'Efpagne,au royau-
me de Navarre, capitale d'une mérindade, avec un
château pour fa déienfe. Elle eft fituée fur le chemin
de Bifcaye à Pampelune , dans une plaine agréable 1
au bord de la rivière Ega. {D. J.)
Stella, ( Géog. mod. ) montagne de Portugal
près de Coimbre ; c'elt une chaîne de montagnes qui
tourne de Coimbre :\ l'orient , entre les rivières de
Mondego &: de Zezere. Anciennement elle étoit ap-
pcllée Hermenus ou Hcrmïnius , & elle eft différente
d'une autre montagne Herminius , qui eft dans la
province d'Alentéjo à l'orient, jufques dans le voifi-
nage de Corilhana. {D.J.)
Stella , la , { Géog. mod. ) rivière d'Italie, dans
l'état de Venlfe, au Frioul. Elle prend fa fource près
de Coloredo , & fe jette par deux embouchures dans
le lac de Venife : c'eft le telumentum minus des an-
ciens , félon Léander. {D.J.)
STELLARIS LAPIS, {Hifi. nat. Lithol.) noin
donné par quelques auteurs à la pierre que nous ap-
pelions ajlroite. Voyez cet article.
STELLATE, plaine de, {Géog. anc.)Stellatis
ager ou campus , plaine ou campagne d'Italie , dans la
Campanie. Tite-Live, /. IX. c. xliv. parle des in-
curfions que les Samnites firent dans cette campa-
gne. Il en donne en quelque forte la fituation lorf-
qu'il dit, liv. XXII. chap. xiij. qu'Annibal s'étant ^
détourné de fon chemin , & ayant traverfé les ter- I
ritoires d'Allfa, de Calatia , & de Cales , defcendit "
dans la plaine de Scellate , qu'il trouva renfermée de
montagnes & de fleuves.
Ciceron parle de cette plaine dans fa première
harangue, ch.j. de lige agraria , ik dans fa féconde ||
harangue, ck. xxxj. il dit que la plaine de Sttllate fut
unie au territoire de la Campanie, & que dans la
diftribution qui en fut faite , on adjugea douze arpens
à chaque homme.
Selon Suétone , in Cœfare, ck. xx. la campagne de
Stcllate avoit été autrefois confacrée , ou peut - être
feulement confervée parles anciens Romains, & fiit
divifée conjointement avec la Campanie à environ
vingt mille citoyens romains , qui avoient trois en- j^
fans ou davantage. {D.J.) 1
STELLATINÈ, tribu, {Antiq. rom.) la tribti 1
Stellatine étoit une des quatre qui furent établies en-
femble , l'an de Rome 3 3 7 , & dont voici les noms :
Stellatine, Sabatine., Tormentinc , & Arnienjis ou Nar-
nienfis: félon M. Boivin, le véritable nom de cette
dernière eft Anienfis ; j'y confens, l'objet qu'il im-
porte de connoître , c'eft l'efprit du gouvernement
de Rome , dans l'établiffement des tribus. Les cen-
feurs , tous les cinq ans, diftribuoient le peuple dans
fes diverfes tribus, de manière que les tribuns & les
ambitieux ne puflent pas fe rendre maîtres des fuf-
frages , & que le peuple même ne put pas abufer de
fon pouvoir. {D.J.) 1^
STELLINGU ES , f. m. pi. ( Hijl.faxone. ) c'eft le r.
nom que fe donnèrent les Saxons , à qui Lothaire ,
fils de Louis-le-Débonnaire, accorda la permifTioii
de profefTer le paganifme, que Charlemagne avoit
obligé leurs pères d'abandonner. Lothaire fe trou-
vant enveloppé de grandes affaires à caufe des guer-
res qu'il avoit contre fes frères, Louis & Charles-le-
Chauve, requit les Saxons fes fujets de le fecourir
de troupes & d'argent , & pour les y difpofer il leur
accorda la Uberté de fuivre telle religion qu'ils vou-
droient. Alors la plupart des Saxons retournèrent à
leur ancien paganifme, & fe nommQYQnt StelUngues .,
en conféquence de la permiffion de Lothaire. . 9/4/-
ling en ancien faxon , fignifie règlement , fyjléme , hy-
pothl'fc , arrangement ; telle eft l'origine du nom bi-
iarre qu'ils prirent, de Stcllingues, comme qui diroit
s T E
;ns attachés à un fyftème , ou à un règlement de
:ligion. (-0. /.)
STELLIONAT , f. m. ( Jtmfpmd, ) eft un nom
énérique fous lequel les lois romaines ont compris
Hites les efpeces de fraude & de tromperies qui
suvent fe commettre dans les conventions, & aux-
Lielles la loi n'avoit pas donné de défignation par-
culiere.
Le fidlionat eft mis par les lois au nombre des
■imes, & a été ainfi nommé d'un certain léfard ap-
zWéfidlio, remarquable par fon extrême fineffe &
ar la variété de fes couleurs , parce que ceux qui
^mmettent ce crime emploient toutes fortes de
étours & de fubtilités pour cacher leur fraude.
Entre les différentes manières de commettre ce
■ime , on en remarque flx des plus ufitées dont les
)is romaines font mention.
La première efl lorfque quelqu'un vend ou engage
même chofe à deux perfonnes en même tems.
La féconde eft du débiteur qui engage ou donne
1 payement à fes créanciers une chofe qu'il fait ne
li pas appartenir.
La troifieme eft le cas de celui qui fouftrait ou
tere des effets qui étoient obligés à d'autres.
La quatrième eft lorfque quelqu'un coUude avec
n autre au préjudice d'un tiers.
La cinquième eft du marchand qui donne une
larchandife pour une autre, ou qui en fubftitue
ne de moindre qualité à celle qu'il a déjà vendue ou
changée.
La fixieme enfin eft lorfque quelqu'un fait fclern-
lent.une fauffe déclaration dans un afte.
Ainfi , fuivant le droit romain , le fldiïonat ne fe
:>mmettolt pas feulement dans les conventions,
lais encore par le feul fait & fans qu'il fut befoin
une déclaration expreffe.
Mais parmi nous on ne répute ftellionataire que
elui qui fait une déclaration frauduleufe dans un
ontrat, foit en vendant comme fien un héritage
ui ne lui appartient pas ou qui eft fubftitue , foit en
éclarant comme franc & quitte de toutes charges ,
n fonds qui fe trouve déjà hypothéqué à d'autres;
e crime peut conféquemment fe commettre , non-
sulement dans les ventes & obligations , mais auiîi
[ans les conftitutions de rente.
Chez les Romains ce crime étoit puni d'une peine
xtraordinaire. Quand \t fidlionat étoit joint au par-
are on condamnoit le coupable aux mines, fi c'étoit
.n homme de vile naiffance , & à la rélégation ou
nterdiftion de fon emploi, fi c'étoit une perfonne
:onftituée en dignité.
Parmi nous il eft rare que ce crime foit pourfulvi
ixtraordinairement ; à moins qu'il ne foit accompa-
;né de circonftances de fraude extrêmement graves ,
es peines ne fe prononcent que par la voie civile.
Les plus ordinaires font , i°. que le ftellionataire
)eut être contraint au renibourfement du prix de la
^ente , ou au rachat de la vente, ordonnance de 1 6^2^ .
1°. Il peut y être contraint par corps , même les fcp-
uagénaires , qui dans les autres cas ne font pas fiijets
\ cette contrainte pour dettes purement civiles , or-
donnance de iG6y. 3°. On ne reçoit point le ftellio-
lataire au bénéfice de ceffion.
Les femmes étoient aufli autrefois fujettes aux
tnêmes peines, lorfqu'en s'obligeant avec leurs ma-
ris elles déclaroient leurs biens francs & quittes,quoi-
qu'ils ne le fuffent pas : mais l'édit du mois de Juillet
i68o, a affranchi dans ce cas les femmes de l'empri-
fonnement & les a feulement affujctties au payement
folidalre des dettes auxquelles elles lé font obligées
avec leurs maris , par laifie&: vente de leurs biens.
Il y a néanmoins troiscas où les femmes font con-
tralgnables par corps pour fieUionat ; le premier eft
lorlqu'il procède de leur fait feulement , ordonnance
S T E
J09
dt iGGy. Le fécond lorsqu'elles font marchandes pu-
bliques , & qu'elles font un commerce féparé de
celui de leurs maris, Faris arnde ^jS. Le troifieme
eft lorfqu'elles font féparées de biens d'avec leurs
maris , ou que par leurs contrats de mariage elles fe
font réfervé l'adminiftratlon de leurs biens.
Au refte, notre ufage s'accorde avec le droit ro-
main en ce que la peine de ce crime ceffe, i''. lorf-
qu'avant conteftation en caufe le ftellionataire offre
de dédommager celui qui fe plaint ( ce qui n'a pas
lieu néanmoins dans le cas du vol ou rapine.) z°.
Lorfque celui qui le plaint eft lui-même complice de
la fraude, ne pouvant en ce cas dire qu'on l'a trompé,
Foyei au Digefte le iitrejlellionatus 6c celui ad Ug,
cornd. de faljis ; & au code , de crimine flellionat. Brod.
fur Louer , let. S, n. 18. Dufart , /. XXXH. ch. iGS.
Greg. Ta Lof anus ; les Injïuutes de M. de Vouglans;
l'ordonnance de 1667, titre ^4. & les mor^ Décla-
ration , Faux, Parjure , Contrat de cons-
titution, Remboursement,Rente, Vente.( //)
STELLIONATAIRE , f. m. {JuriCprud.) eft celui
qui a commis un ftellionat. f^oye^^ ci-devant Stel-
LIONAT. (^)
STELLITE , f. m. (^Hifi. nat. Litholog^ nom don-
né par quelques auteurs à des pierres qui ont une
refî'emblance parfaite avec des étoiles de mer. Il s'en
trouve de cette efpece fur le mont Liban. On en
rencontre auftl en plufieurs endroits d'Eurooe.
STENAY , ÇGcog. mod.) en latin du moyen âffe,
Sathanacum , ville de France , capitale du pays de
Bar, fur la Meufe , à 3 lieues de Montmédi , & à 7
de Verdun. Le duc Charles céda à perpétuité à Louis
XIII, &: à fes fucceffeurs la ville de Stenay , par le
traité de l'an 1 6 1 9 , confirmé par le traité des Pyré- *"
nées, l'an 1659, ^ P^'" celui de Vincennes, l'an 1661.
Ses fortifications furent rafées par ordre de Louis XIV.
mais elles ont été relevées depuis. L0ng.22.S1. latit.
4z.3o.{D.J.)
STENDAL ou STENDEL , ( Gèog. woi.) petite
ville d'Allemagne , dans la vieille Marche de Bran-
debourg , fur la petite rivière d'Ucht , environ à cinq *
milles au nord-oueft de Tangermund,& à4fud eft
d'Arneberg, Les guerres d'Allemagne l'ont prefqu'en-
tierement ruinée. Long. 2^9, 47. Utit. 62. 28. (^D. /.)
STENFORD ou BÔRCH STENFORDE , {Géog.
mod.^ & quelquefois Steinfun , petite ville d'Alle-
magne , dans le cercle de Weftphalie, capitale d'un
comté de m.ême nom , fur le Wecht , à 6 lieues au
nord-oueft de Munfter , avec une académie. Long.
26. 41. latit. 62. 24.
STÉNIADE , (Myt/iol.) Minerve étoit furnommée
Sténiade , c'eft-à-dire robiifie , pour défigner l'air mâle
& vigoureux qu'on donnoit à cette déeffe.
STENOMARGA , (. ï. { Hijl. nat. Lithol. ) nom
par lequel quelques naturaliftes ont voulu déligner
une marne , qui eft compare à-peu-près comme une
pierre. D'autres entendent par-là la marne ou craie
légère & fine que l'on nomme agaric minéral ou lait de
lune , &c.
STÉNON, PAROTIDE DE , RELEVEUR DE. Stenon ,
s'eft attaché à la recherche des glandes 6c des con-
duits lymphatiques. Il a découvert le premier les
principaux conduits falivaires lupérieurs. Il nous a
laifté encore différens autres ouvrages. Le conduit
de la parotide & les releveurs des côtes portent fon
nom. A'oye^ Parotide 6* Releveur.
STENTATO , (^Mujîque italienne.') ce terme de la
mufique italienne , avertit de chanter d'une manière
qui exprime la douleur, 6i. en pouffant avec torce ,
& comme avec peine , les fons de la voix ou de l'inf-
trument. Brojfard. (D. J.)
STENYCLERUS , ( Geog. anc.) ville du Pclopon-
ncfe dans la Meffénie , félon Hérodot» &: Strabon ,
mais ce dernier écrit Stcnyclaros. 11 ajoute que Cref-
5 to
S T E
phonîe , aprcs s'être rendu maître de la MefTcnic , la
divii'a en 5 parties , & choilît pour la demeure la ville
de Stcnyclaioi , lituée au milieu du pays.
StenycUrus étoit encore le nom d'une plaine du Pc-
loponncle , dans la McHcnie , liir le chemin d'Itho-
mo à Alégalopolis d'Arcadie. Quand vous avez pafTé,
dit l^aulaiiias , /. /r. c xxxiij. les rivières de Leuca-
fie & d'Amphile , vous entrez dans la plaine <\q Sté-
nyckrc , ainli dite du nom d'un héros des Mcfleniens.
Vis-à-vis étoit autrefois Occhalie : mais du tems de
Paiitanias c'étoit un bois de cyprès , nomme le bois
Carncfiiis. (^D. J.^
SI EP , ((»'%• '"'("^- ) plaine de l'empire ruflîen,
aux environs d'Altracan , à l'orient du Volga. Cette
vaite plaine, mais inculte & fans habitans , produit
une grande quantité de ici eataflé comme des cou-
ches de crirtal d'elpacc en elpace.
STEPHANE , {Giog- "«f-) c'eft un des noms que
Pline, /. ^. c. xxxj. donne à l'Ile de Samos, ainfi que
le nom de la ville de Préneile , dans le Latium. Le
même auteur , /. H^. c. vUj. donne encore ce nom à
tmc montagne de laThellalie,dax)S la Phthiotide. En-
fin , c'cll le nom d'une ville de la Phocide, &L d'une
ville de l'Alîe mineure dans la Paphlagonie , fur la
côte du Pont-Euxin. ( D. J. )
SfEPHANEPHORE , f. m. {Àntiquitiapatiqui.)
rT;(32ii;9sfc< ; on nommoit dans l'antiquité fUphani-
fhorcs , certains prêtres ou pontifes particuliers, d'utî
ordre diftingué, qui portoient une couronne de lau-
rier, & quelquefois une couronne d'or, dans les cé-
témonies publiques. Ce lacerdoce étoit établi dans
plufieurs villes u Afie, à Smyrne , à Sardes, à Ma-
gnéfie du Méandre , à ïarfe, & ailleurs. On voit par
les monumens que cette dignité étoit annuelle &
4ponyme dans quelques villes. Lcsfilphanophorcs an-
ciennement confacrés au miniilere des dieux, s'atta-
chèrent enfuite au culte même des empereurs. Nous
liions dans une infcription que Tibère- Claude de Sar-
des , avoit àtèficphanephore , CYPATHrOT. AIC. KAI.
CTEOANHOOPOT ; mais nous ignorons s'il étoit pon-
tife des dieux ou des empereurs.
On nommoit aulfi Jiipkanephon le prêtre qui étoit
à la tête des femmes dans la célébration des thefmo-
phories. Mais on nommoit par excellence (léphano-
plion le premier pontife de Pallas, comme celui d'Her-
cule portoit le nom de Dadouqm. Potter , AnhaoL
grcc.torn. I. p. 206'. (Z). /. )
STEPHANITES , f. m. {Jnnq. greq. ) rTi<^avhaL, ;
•les Grecs novnmo'icnl. (Icphamjles tous les jeux & les
exercices dont le prix confilloit dans une fimple guir-
lande. Potter. Archœol. greq. tom. I. p. 461.
STEPNEY , {Gcogr. mod. ) village d'Angleterre,
dans la province de Middlefex , à l'orient de Lon-
dres. C'efl un village agréable , brillant , plus peu-
plé que beaucoup de places qu'on nomme villes zti
France. Il y a trois paroiffes à Stzpney , une épifco-
copale , une presbytérienne , & une de Quakers.
(z?.y.)
STERCORAIRE, çKkm^,{HlJ}. des papes.) c'cft
ainfi qu'on nommoit à Rome, au rapport de M. Len-
fant , une chaire qui étoit autrefois devant le porti-
<}ue de la bafilique , fur laquelle on faifoit aiTeoir le
pape le jour de fa conlecration. Le chœur de mufi-
que lui chantmt alors ces paroles à\\ pfeaume 11 j. fé-
lon l'hcbreu, &. le 112. felonla Vulgate, v. (T. &)uiv,
*< Il tire de la pouffierc celui qui eft dans l'indigence
»♦ & il élevé le pauvre de ion avilifTement pour le
»» placer avec les princes de fon peuple » : c'étoit pour
infinuet au pape, dit le cardinal Raj'pnn , la vertu de
rhumilité, qui doit être la compagne de l'a grandeur.
Cet uiage fut aboli par Léon X. qui n'éioit pas né pour
ces fortes de minuties. ( Z>. /. )
STEllCORANITES, f. m. pi. {Hifl. cccléf.) nom
fiue quelques écrivains ont donné à ceux qui pen-
S T E
foiont qiie les fymboles eucharifliques ctoîent fujets
à la digeftion & à toutes iés iuites de même que les
autres nourritures corporelles.
Ce mot eit dérivé du latin fierais , excrément.
On ne convient pas généralement de l'exlllence
de cette erreur. Le préfidcnt Manguin l'attribue ;\
Amalaire , auteur du neuvième fiecle ; & le cardi-
nal Humbert , dans i"a réponlc à Nicetas Pcftoratus
l'appelle nettement y/i.Tcor<z/?/y?f , parce que celui-ci
prétendoit que la perception de l'hoilie rompoit le
jeûne. Enfin Alger attribue la même erreur aujc
Grecs.
Mais ces accufations ne paroiiTent pas fondées^
car 1°. Amalaire propoie à la vérité la queftion , (■
les efpeces eucharifliques fe confument comme les
alimens ordinaires , mais il ne la décide pas. Niceta»
prétend aulfi que l'Euchariftie rompt le jeûne, foit
qu'il refte dans les efpeces quelque vertu nutritive,
Ibit parce qu'après avoir reçu l'Euchariftie , on peut
prendre d'autres alimens ; mais il ne paroît pas avoir
admis la conféquence que lui impute le cardinal Hum^'
bert. Il ne paroit pas non plus que les autres grecs
foient tombés dans cette erreur , S. Jean Damafcen*
les en diiculpe. ;
Mais foit que le ftercoranlfme ait exiflé ou non ,|
les proteitans n'en peuvent tirer aucun avantage çon>.
tre la préfence réelle , que cette erreur fuppoie plu.
tôt qu'elle ne l'ébranlé. Foyei^M.. "Wuitafs , traité dt
r Euchar. prernieri partie , quejl. ij , art. i.ficl. i.p, 4* 6",
& fuiv.
STERCULIUS , (Mythol.) furnom donné à Satur-
ne , parce qu'il fut le premier qui apprit aux hommet
à fumer les terres pour les rendre fertiles. (Z?. 7.)
STERE A , ÇGcog.arjc.) municipe de l'Attique,
dans la tribu Pandionide , félon Lucien.
STÉRÉOB ATE, {Jrckit.) Voy^^SoUB ASSEMENT.'
(D.J.)
STÊRÉOGRAPHIE , f. f. eft l'art de defTmer k
forme ou la figure des folides fur un plan. yoyeiSo^
LIDE.
Ce mot eft formé du grec m-tpfcç^foUde, & ypâ^u ,7e
décris. La Jiéréo graphie eft une branche de la Perfpec-
tive , ou plutôt c'eft la perfpeôive même des corps
folides ; c'eft pourquoi on en peut voir les règles auJc
mots Perspective, & Scénographie, f^oye^auj^
Stéréographique , €• Projection. (O)
STÉRÈOGRAPHIQUE, adj, ( Per^ecZ. ) prO-
jçiïionjiéréographique de la fphere , eft celle dans la-
quelle on fuppoie que l'œil eft placé fur la lurface dé
la fphere. Toy^^ Projection.
La ^ro]Q£àon ftéréographique eft la proje£lion dcs
cercles de la iphere , iur le plan de quelque grand
cercle , l'œil étant placé au pôle de ce cercle. Cettt
projeftion.a deux avantages; i*^. les projetions de
tous les cercles de la fphere , y font des cercles, oa
des lignes droites , ce qui rend ces projetions facile»
à tracer. 2". Les degrés des cercles de la fphere , qui
iônt égaux , font à la vérité inégaux dans la projec-
tion , mais ils ne iont pas à beaucoup près fi inégaux
que dans la projection orthographique ; c'eft ce qui
fait qu'on fe iert par préférence de cette projeâioii
pour lesmapemondes , ou cartes qui repréfentent le
globe terrcftre en entier.
Voici la méthode & la pratique de cette projec-
tion , dans tous les cas principaux , c'eft-à-dire (\xt
les plans du méridien , de l'équateur , >& de l'horifon.
Projeciion péréographique fur le plan du méridien ;
foit ZQNE (^Pl. de perfpecl. fig. 22. ) le méridien;
Z 6c N les pôles, comme auiTi le zénith & le nadir;
EQ l'équinoftial ou l'équateur; ZN le colure des
équinoxcs , &C le premier cercle vertical ; ZiSN ^
ZjoN , Z4SN, &c. l'ont les cercles horaires ou mé-
ridiens. Pour décrire ces cercles, trouvez d'abord les
points iS » jo , 43, 60, &c. dans l'équinoûial >
s T E
lour cela II ne f.iudra que trouver les tangentes des
iioitiés des angles de i 5 degrés , de 30 , de 45 , &c.
lans le grand cercle ZEA'Q, & les porter depuis Y,
jlbu'aux points /.'> , jo, 4S , &c. ou bien , ce qui
brct^era encore l'opération, on dlvifera le grand de-
li cercle £A'"32 en 180 degrés , en commençant au
oint A'^, 90 de chaque cote ; enfuite par le point Z ,
: par les points de /i , de 3 o , de 4J> clegrés , &c.
n tirera des lignes droites qui couperont la ligne Y2. ,
.IX points /i , 30 , 4-5, &c. Ces points étant trou-
és , il ne s'agira plus que de décrire par ces points ,
: par les points Z 6cN , des arcs de cercle ZiSN ^
' 2)ON , Z45N , &c. qui repréfcnteront les méri-
lens ; ce qu'on exécutera facilement par les métho-
;s connues de géométrie , pour tracer un cercle par
ois points donnés. Si on ne \'eut pas fe fervir de
?s méthodes pour décrire ces cercles , on pourra en
mploytr d'autres qui leront encore plus iimples :
ir exemple, pour tracer le méridien ZiSN , on ti-
;ra du point Z au point iS , une ligne droite , &
ir cette ligr^e droite , on élèvera au point Z une per-
endiculaire qui ira couper la ligne YE , prolongée
1 quelque point ; la diliance entre ce point de ren-
3ntre & le point iS , iera le diamètre du cercle
iSN , dont on trouvera par conléquent le centre ,
1 divifant cette dlftance en deux parties égales. On
;'ut aulTi avoir les centres d'une autre manière : par
œmple , pour avoir le centre du cercle Z^SN , on
rera parle point Y & par le jxjint de 4S degrés du
.lart de cercle N(l , une ligne droite ou diamètre ,
l'on prolongera julqu'au quart de cercle ZE ; cn-
ite par le point Z , & par les points d'interléélions
î ce diamètre, avec les deux quarts de cercle -A'Q ,
£ , on tirera deux lignes droites qui iront couper
ligne Q^YE , prolongée , s'il elt néceffaire, en
Hix points, & la dillance de ces points donnera le
ametre; de-là, il elt facile de conclure , par les
"incipes de la Géométrie, que le diamètre du cer-
e Z^SN ^ eft égal à la moitié de lafomme de la tan-
;nte de la moitié de 45 degrés , & ds la tangente
Li complément de cette moitié au quart de cercle ;
ue la dillance du point Yzw centre du cercle Z45N ^
[l égale à la tangente du complément de 45 degrés ,
'eft-à-dire à la cotangente de 45 degrés , i<. que la
Iflance du point 43 à ce même centre, ell égale à la
îcantedu complément de 45 degrés, c'eft-ù-dire à la
olécante de 4 5 degrés,& ainfi des autres ; ce qui four-
it encore de nouvelles méthodes pour déterminer
?s centres des projedions des diiïérens méridiens ;
ar pour déterminer par exemple le méridien Z^6K\
n'y a qu'à prendre depuis le point 43 , versE , une
gne égale à la cofécante de 45 degrés , ou à la de-
\\ lomme des tangentes de la moitié de 45 degrés ,
C du complément de cette moitié ; ou bien on pren-
dra depuis le point Y vers £ , une ligne égale à la
otangente de 45 degrés.
Dans cette même projection les arcs de cercle 53 ,
5 , &; r5 , ri , font les tropiques feptentrional &
riéridional , qui fe projetteront aulTi par des arcs de
:ercle. Pour tracer ces cercles , par exemple ?s> >
5 , on prendra d'abord fur le demi-cercIe F22 , les
ircs jE <5 , Q £p de 13 degrés & demi , enfuite par
e point E , & par le point "5 qui en eft le plus éloi-
îné, on tirera une ligne droite qui coupera la ligne
ZN en un point , & par ce point , & les deux points
ej , on décrira un arc de cercle qui repréfentera le
tropique du cancer. On peut aulîi s'y prendre de la
manière fuivante pour décrire le tropique 55 o £ë ;
on portera de y vers o une ligne yo , égale à la tan-
gente de la moitié de 23 degrés jo',& du point o vers
le point Z , on portera une ligne égale ù la coiécantc
de 23*^ 30' , çn prenant pour linus total le rayon du
tropique. Oa pourra décrire par une méthode fem-
blable tous les autres cercles paralcUes à l'équateur.
S T E
511
I
Dans cette projedion cj , rs «ft iccriptlque , el-
le ell repréfentée par une ligne droite & on la divi-
fera en degrés,conime on a divifé la projcaion £2 de
l'équateur ; on nommera ces degrés par les lignes du
zodiaque , en comptant 30 '^. pour chaque ligne.
Proii:clionJlcréographiqu£ fur k plan de Ctaiiinodial
ouéqiiauur: Ibit SC {fig. 23. ) le méridien Ôi le co-
lure des folllices ; £A' le colure équinodnal , •&:: la
cercle horaire de 6 heures; P le pôle feptentrional ;
<!3, 53 , le tropique feptentrional; ii'^A^ la moitié
feptentrionale de l'écliptique. Pour en trouver le
centre , on divifera d'abord la ligne PC en 90 de-
grés , comme on a divifé dans la^,'- 22. la ligne YQ ;
on prendra enfuite la portion P53 , de 66 degrés ÔC
demi, & on portera depuis <^ vers i",, une ligne
égale à la fécante de 23 degrés & demi , enfuite d'un
rayon égal à cette fécante , on décrira un cercle qui
paile par le point £3 ; ou bien on portera depuis'le
point P , vers S , une ligne égale à la tangente de 25,
degrés & demi, & de l'extrémité de cetteJigne, com-
me centre , on décrira un arc de cercle qui paflé par
les points N ^ E . Le pôle a de l'écliptique ell à l'in-
terfeélion du cercle polaire & du méridien , parce
que c'eft Içlieu par 011 doivent paffer tous les cercles
de longitude ; 6l EZN fera Thorifon <lu lieu , par
exemple de Paris. Pour la décrire , prenez depuis P
jufqu'à Z la tangente de la demi-latitude; alors la
tangente de la coiatitude , prife depuis P jufqu'à O ,
ou la fécante depuis Z juiqu'àO, donne le centre du
cercle qui doit repréfentcr l'horitbn , & fon pôle qui
repréfente le zénith , fera éloigné du poje P d'une
•quantité égale à ta tangé^ite de la demi coiatitude.
Tracer tous les autres cercles dans cette projec-
tion : i*^. pour les cercles de longitude qui doivent
tous palTer par a , & par les dltlérens degrés de l'é-
cliptique ; prenez la tangente de 66 degrés 30 minu-
tes , depuis a vers :«■ fur le méridien , ce qui donne-
ra un point par lequel une perpendiculaire étant tirée
au méridien , elle contiendra les centres de tous les
cercles de longitude , & les diitances de ces centres
au rayon PC , feront les tangentes des degrés de leurs
diflances au méridien SPC. 2". On décrit tous les
paralelles de déclinaifon , en prenant les tangentes
de leurs demi dillances au pôle P , & dicrivant du
point P & de ces demi diftances, comme rayons,
des cercles concentriques. 3°. Tous les cercles azi-
muthaux ou verticaux doivent paflér par le zénith // .-
puis donc que le zénith de Paris ell éloigné de P de
41*'. 30'. prenez-en la cofécante , ( ou la fécante de
48 degrés 50 minutes ) depuis h vers 6\ & cela don-
nera le point X, qui ell le centre de l'azimuih orien-
tal & occidental , c'ell-à-dire EkN. 4". Les cercles
de hauteur, ou almicantarats , font des cercles plus
petits , dont l_e^ pôles ne font point dans le plan de la
projeàion; ainfi le cercle Oe e-ft un cercle de hau-
teur, élevé de 50 degrés au-deffus de l'horifon. 5'',
Tous les cercles horaires font des lignes droites, ti-
rées du centre P à l'extrémité du grand cercle SNXE.
Pr-ojiclioii flirlographiqm fur le plan di l'horifon.
D'abord décrivez un cercle qui repréfente l'horiibn ;
pîtrtagez-le en quatre parties par deux diamètres :
Z i^fg. 24. ) fera le zénith du lieu ; /2 ç /2 fera le
méridien ; 67 6' fera le premier vertical ou azimuth
d'orient & d'occident ; faites Z P cgal à la tangen-
te de la moitié de 41**. 10 ; P fera le poic du monde :
faites {yE = à la tangente de la moitié de 48". 30'. ii
vous aurez le cercle équinodlial G a 6.
]3ans cette projection , les almicantarats font tous
parallèles au cercle de projeclion , & les azimutaux
ibnt tous des lignes droites qui patient par Z, centre
du cercle de projcclion. Les paralleU?s de déclinaifon
font tous de petits cercles parallèles au cercle cqui-
noftial ; & on trouve Icirrs intcrfedions avec le mé-
ridien , en prenant la tangente de leurs demi-diilau-
5ï"^ S ^ ii^
tes' du /cilitTi , vers le midioii vers le nord, ou des
deux côlés depuis Z rieurs ccîitres le trouvent en
coupuBl en deux la dilhmcc qui elt entre ces deux
points" car le milieu lera le centre du jiaral'eie.
Pour ce qui regarde les cercles horaires, faites
Zc =z h la tangente de 48'. 50' ; ou Fc = à la Iccan-
re de 48^- 50 . tirez par le point 6" une perpendicu-
laire au méridien 12ZC prolonge; enîiiite (i vous
prenez ZC'pour rayon , & que fur la ligne CTvous
portiez les tangentes. de 15*. 30". 45^ «S'c. d'un 6c
d'autre côté , vous aurez les centres de chacun des
cercles horaires , 7&: 5 , 8 , 4 , 6-c,
Ueniarquc'/. que dans toute projeéHony?ereo^/'^/'A/-
^e , tous les diametVes font divifés en degrés , ])ar les
tangentes dos demi angles correipondans ; ainndans
lffj4c. 22. ona diviic YQ en degrés , aux points 1 5 ,
irO,' 4^, &£. en portant depuis Y les tangentes des
moitiés de 1 5 degr. de 3odegr. de 45 degr. &c. 6c
c'ell-lù lé fondement de la projedion des cercles ho-
raires de la fphere , lur lui plan donne. Foye^ Gno-
MONIQUE , &C.
- Comme dans la projeOion fiérJographit^ue tous les
cercles fe projettent par des lignes droites , ou par
d'autres cercles , on fe fert beaucoup de cette forte
de projeftion. Il faut toujours imaginer dans ces for-
tes de projeftions, que l'œil eft éloigné du plan, d'une
quantité égale au rayon du grand cercle de la projec-
tion , & que la moitié de la Iphere projettée eft au-
dciTous du papier, en forte que fon centre fe confon-
de avec le centre du grand cercle de projedion. Au
refte, cettf efpece de projcélion , malgré tous fes
avantages, a un inconvénieiit, c'ell: que l'on ne peut
pas s'y fei-\^ir d'une même échelle pour trouver les
diftances des lieux: car par exemple , dans la /^'. 2,1.
les point ij^ jo , 4i , &c. font inégalement éloi-
gnés les uns des autres fur la projection; cependant
les points de la fphere dont ces lieux font la projec-
tion , font tous à 1 5 degrés les uns des autres. Il en
eftde même de tous les autres points de la projec-
tion : car leurs dillances fe projettent par des arcs de
dilïérens cercles , & dans lefquelsles degrés font re-
préiéntés par des divifions inégales. Ainfi dans une
mapemonde qui n'eit pas à l'horifon de Paris , il faut
bien fe garder de fe fervir d'une échelle pour trouver
la dillance de Paris aux différentes villes de l'Euro-
pe ; on ne peut fe fervir d'une échelle pour mefurer
ces ditlances, que dans les mappemondes dont Paris
occupe le centre , c'ett-à dire dans celles dont la
projedfion elt fur l'horifon de Paris ; encore faudra-
t-il fe fervir d'une échelle dont les divifions foient
inégales, comme le font celles de la ligne YQ,Jig. 22.
ôc cette échelle ne pourra donner que les diitances de
Paris à toutes les autres villes , &C non pas la diftan-
ce de ces autres villes entre elles. (O)
STÉRÉOMÉTRIE, f. f. (Géom.) cû une partie
de la Géométrie , qui enfeigne la manière de mefu-
rer les corps folides, c'eft-à-dire, de trouver la foli-
dité ou le contenu des corps ; comme des globes , des
cylindres , des cubes , des vafes , des vaiffeaux, &c.
Foyei Solide & Solidité,
Ce mot qÙ. formé du grec «Tê'psoç folidc. , & ywê7f si-
mefure. Voyei-cn la méthode fous les articles des
dilFérens corps , comme Globe , Cylindre , Sphè-
re, &c. /^oy«^ aufîi Jauge. Chambcrs. (£■)
STEREONTIUM, (Géog. anc.) ville de la Ger-
manie , félon Ptolomée, /. //. c. xj. Quelques fa-
vans veulent que ce foit aujourd'hui Caffel. {D. /.)
STÉRÉOTOMIE ,f f. {Géom.) eft la même choie
que coupe des pierres. Foye^ CoUPE des PIERRES.
STÉRILITÉ , f. f. {Maldd.) maladie appartenante
au fcxe. Elle dépend de plulicurs caules que l'on peut
réduire au vice des folides^ à celui des fluides &c à un
vice combiné de ces deux premiers.
La plupart des femmes conçoivent, & portent
S T E
leur fruit jufqn'au neuvième mois ; mais beaucoup
d'entr'elles ne peuvent concevoir , c'ell: ce que l'on
nomme jîériitté. C'ell une maladie qui affliae les fa-
milles , leur faifant perdre l'efpoir d'avoir des héri-
tiers.
Le vice des folides confifte dans la conformation
irréguliere des parties de la génération, dansl'af-
faiflément & l'étroiteifo du vagin , dans l'obftruc-
tion & le defléchemcnt des ovaires, dans le relâ-
chement & la foiblelle de la matrice , du vagin , des
trompes & des autres parties. Souvent il fe trouve
que le vagin n'eft pas ouvert, (ou vent les parois
font oblitérés , & l'art ne peut remédier à leur coa-
lition.
D'autres fois les éminences qui font contenues en-
tre les ailes, telles que le clitoris , les nymphes, font
Il prodigieufes , qu'elles ne permettent pas Pintro-
dudion du membre viril dans le grand conduit de l'u-
térus. On a vu des femmes en qui cette Itruéhire bl-
farre a donné lieu à de grands defordres , en leur
facilitant un commerce illicite avec des perfonnes
du même fexe.
Le vice des fluides confifte ou dans l'excès des
fluides ou dans la petite quantité de ces fluides.
C'eft ainfi que les règles immodérées, les pertes
continuelles, les fleurs blanches continuelles, en
épuifant les humeurs , relâchent & humeftent fi fort
les parois de l'utérus, que la liqueur féminale &
l'embryon venu de l'ovaire ne peuvent y relier ni
y être retenu : de-là vient que les femmes fujettes
à ces incommodités, ou ne conçoivent point; ou li
elles font aflez heureufes pour concevoir, elles font
fujettes à de fréquens avortemens. Ces fortes de
femmes étant toujours mouillées , les parties folides
des organes n'ont point affez de reffort pour échauf-
fer les principes de l'embryon ; la férofité qui les
inonde & leur humidité étouffent les principes ac-'
tifs' de la femence qui auroient pu fans cette fA-
cheufe circonllance le développer, & porter dans'
l'œuf cet efprit vivifiant nécefl'aire pour former on .
développer l'embryon.
La fanie ou plutôt les écoulemens purulens des .
fleurs blanches lymphatiques , d'une gonorrhée vi-
rulente, produifent les mêmes effets, & difpofent
l'utérus aux ulcérations & à l'hydropifie. Bailleurs
tous ces vices des humeurs ci-delTus énoncés empé-
cheroient l'utérus de fe fermer, & de garder le pré-
cieux dépôt dont fes parois ont été arrofés.
Souvent les vices des folides fe combinent avec
ceux des fluides. C'efl: à cette caufe que l'on peut
rapporter la fupprefllon des règles , les pâles cou-
leurs , ou la chlorofe , qui font toutes des caufes &
des fignes de JtériUtc.
Or cette fuppreflîon dépend également du vice
des folides comme de celui des fluides: la roideur,
la féchereflTe , l'aridité de l'utérus , la trop grande
tenfion de (qs fibres , font des caufes fréquentes de>
la diminution , de la fupprefllon des règles ; comme
aulîl le fang trop épais, trop acre, trop abondant
produit encore les mômes effets. C'efl Tordinaire
,que les filles en qui la menflruation efl: pénible, ne
conçoivent que difficilement; & que celles en qui
les règles coulent librement & régulièrement, font
plus heureufes dans la conception , dans la gefla-
tion comme dans l'accouchement, C'ell ainfi que
l'illuflrc Ferncl procura à la France un dauphin,
confcillant au roi d'approcher de la reine pen-
dant l'éruption facile des règles : ce font aulTi là
les vues des grands praticiens de nos jours.
Mais outre ces caufes , la chaleur de l'utérus efl
quelquefois fi grande, qu'elle détruit & fuffoquç
tous les principes les plus a£lifs de la liqueur fémi-
nale : d'ailleurs cela arrivera encore plus furement,
fi cette liqueur fe trouve trop froide , refpeftive-
ment
s T E
lent à l'état préfent de l'utérus , fï les embraffe-
lens d'un époux font froidi , languiilans ; ou fi
époufe ne fympathile & ne correfpond que frôl-
ement aux embrafîemens de fon époux , foit par
i conftltution foidc & inacîlve de fon tem^jéra-
lent , foit par le peu d'inclination ou d'aifiitié
[u'elle f'e fent pour lui.
Enfin l'expérience fournit d'autres caufes qui con-
rment ces premières : nous voyons tous les jours
es femmes qui conçoivent avec un fécond mari ,
L qui en ont des cnfans , tandis qu'elles n'avoient
u en avoir du premier. Nous voyons de même
es maris avoir des enfans en fécondes noces, qui
'ont pu en avoir du premier lit. Ces cas ne font
oint rares ; ils tendent à prouver le rapport qui
oit être entre les humeurs des deux époux, de-
lême qu'entre les organes deflinés à l'ouvrage de
i génération.
Voilà les caufes de la (icrllm qui peuvent avoir
eu du côté de la femme : il en ell d'autres qui at-
iquent les hommes , dont la froideur , la langueur
ans les embrafTemens vient des mêmes cauies du
ice des folides , de leur mutilation , ou du peu d'ac-
vité des humeurs féminales. La caufe la plus com-
lune efî le libertinage, l'habitude des plaifirs qui a
puifé les fecours de la fanté & les marques de la
irilité. Car la vraie caufe prochaine de la concep-
on eft l'immifîîon de la liqueur féminale vivifiante
ans l'utérus pour y développer les rudimens de
'embryon contenu dans l'ovaire.
Traitemms, Si l'on nous demande les remèdes
éceffaires pour détruire ces caufes , & donner à
int de familles cette douce confoiation qui ferre
c affermit les nœuds des alliances , qui entretient
a concorde & l'union dans la foclété conjugale;
.ous répondrons que la plupart des caufes énon-
;ées ci-defîus' font fans remèdes, & que l'on volt
arement les médecins réufîir dans l'adminiflration
les remèdes pour une telle fin.
La difficulté vient de l'embarras où l*oil efl de
:onnoître les vices réels que l'on doit combattre.
3n voit bien les vices des folides dans l'un & l'autre
'exe , qui dépendent de la conformation extrin-
!eque ; mais on ne voit pas de même ceux qui
lépendent du vice interne des fibres , de la féche-
•effe, de la roldeur; ou des fiuldes , foit qu'ils pé-
:hent par excès, foit qu'ils folent en trop petite
ijuantlté. L'excès des liquides, & leur médiocrité
peuvent provenir de caufes également capables de
produire l'un & l'autre : d'ailleurs les différences des
:empéramens & des affedions mettent encore un ob-
ftacle invincible à la connoifî'ance de la caufe & du
remède.
Nous allons cependant donner quelques points
de vue généraux.
Dans la tenfion& lafécherefTe trop grandes, on
doit relâcher par les remèdes cmoUlens , humeftans
& adouciffans, par un régime délayant, tempérant
& rafraîchiffant : cette indication générale a lieu
dans les deux fexes.
Les eaux légèrement acidulés , les limonades ai-
grelettes , les cordiaux acides &i. doux , les viandes
de jeunes animaux , leurs bouillons, font donc ici
ipécialement indiqués: les émulfions,les bains d'eau
froide ou légèrement ticde, les tVi^^ions douces fiir
IcE parties avec les huiles , les infulions ou décoc-
tions émolllcntes, les demi-bains, les embrocations
font très-bien indiqués dans ce cas.
Dans la foupklfc, Thumidité ëc le relâchement
des parties, on doit employer les remèdes aftrin-
gens & toniques : tels font les Inicdlons , les peffal-
res, les bains; les demi-bains, les fomentations, &
autres remèdes conipoics ou préparés de niédica-
Tornc XK>
i
E
Sïî
mens afîrîngens ^ fortifians & toniques. \^flyé7 As--
TRiNGENS & TONIQUES.
Les fomentations avec les infufions de plantes
aromatiques , telles que l'armoife, la matrieaire , la
millefeulUe , la tannefie , la fauge , la cataire , les
mentes , les marrubes, les abfynthes, & autres dé
même vertu, font fort recommandées.
Les opiats faits de plantes aphrodifiaques ^ de
leur f uc , des gommes aromatiques , les teintures de
myrrhe, d'aloes, ae caftoréum, les différens élixlrs,
la teinture d'ambre , de mule , employés en fomen-
tation, en injeftion; ces fiibflances même employées
en linimens , ont quelquefois réufïi ; on doit com-
mencer par leur ufage intérieur.
Les emménagogues font les remèdes indiqués dans
le cas de fiipprefîlon de règles *, mais i! finit , avant
toute choie , bien confidérer les caufes ^ fans quoi
on ne feroit qu'irriter le mal. En général, ces re-
mèdes doivent être donnés long-tems & par inter-
valle. Foyei Emménagogues.
STERLING, f m. {Monn. de compu£An^L') nom
de la monnoie idéale & de compte d'Angleterre ;
quelques-uns croyent que ce mot vient de la ville
Surling en Ecoffe , oii ils prétendent qu'on bdttolt
anciennement de la monnoie très-pure , avec fort
peu d'alliage. D'autres difent avec bien plus d'appa-
rence , que ce nom dérive du mot hxon Jlére ^ qui
fignlfie règle; ainfi, félon ce fentiment , une mon-
noie jîerling , n'eft autre chofe qu'une monnoie faite
félon la règle prefcrlie.
Enfin, Camden eflime que le mot (lerlïng efl mo-
derne, & qu'il a été vrailfemblabiement pris de cer-
tains ouvriers flamands , qui fous le règne de Jean-
Santerre , furent attirés dans la grande - Bretagne
pour y rafiner l'argent ; à quoi ils réufTiffoient bien
mieux que les Anglois. Comme on appellolt commu-
nément les gens de ce pays-là Ejhrhngs , à caufe de
leur fituatlon à l'eft de l'Angleterre , il efl arrivé que
la monnoie qu'ils firent , fut nommée ejî<.rling , & par
abréviation j?t;r//>z^ , c'eft-à-dire , faite par les EJhr-
lings ou Flamands , & par conféquent plus pure que
celle qu'on avoit battue julqu'alors.
Quoi qu'il en foit , les négocians anglois tiennent
leurs comptes par livres Jieriing , shillings, & far-
things , en mettant la livre Idéale fhrling pour vin^t
shlUings", le shilling pour douze fols, & le fol pouc
quatre farthings. {D, J,')
Sterling , ( Géog. /«o^.) province d'EcofTe, dans
la féconde prefqu'île de ce royaume , au midi du
Tay. Cette province eft bornée à l'orient par l'A-
von , qui la fépare de la Lothiane , & par le Forth j
qui la fépare de la Fife. Au nord elle a la province
deMenteith; à l'occident , celle de Lénox, 6c au
midi celle de Cluydesdale. Elle s'étend en longueui'
du nord-oueft au fud-eft, l'efpace de vingt milles,
& fa largeur n'eft que de douze milles. Mais fi cette
province eft petite, elle eft l'une des "plus fertiles de
l'Ecoffe ; on y compte environ vingt paroifl'es ; les
rivières qui l'arrofènt font le Carron , le Kelvin , le
Coutyr , le Bannok , & le Forth.
En paffant de la Lothiane dans cette province , ori
voit les refles de la muraille des Romains , qui s'é-
tendoit à-travers les provinces de Sterling & de Lé-
nox , jufqu'à Kllpatrlclc, fur la Cluyd, dans un ef-
pace de trente à trente-cinq milles. Les vallées de la
province de Sterling font entrecoupées de prairies;
les montagnes du midi & de l'ouefl, entretiennent
de gros troupeaux de bêtes à cornes ; les habitans
brûlent du bois , du charbon de pierre , ou une ef-
pece de tombe , fulvant les lieux. ( £>. /. )
Sterling , {Gèog. mod.) y'xWeàc l'Ecoffe méri«
dlonale , capitale de la province de même nom, for
la pente d'un rocher , dont le Forih mouille le pié j
& qu'on pafle fur un pont de pierre, à i x lieues ïih
T tt
514
S T E
nord-ouefl d'Edimbourg. Elle a été la demeure de
pliifieurs rois d'Ecolll'. On y voit un beau 6c fort
château. Lon^. ij.S.6.lut. So, S.
Les ancii-'osap^iclloient cette ville Blnobara; mais
Ptolomée Tappelle Vindovura. C'étoit uae des bor-
nes de l'empire romain dans la Grande-Bretagne , _
comme il paroit par une inlcription qu'on trouve
vers le pont au bas du château, &c qui marque qu'une
desaîles de l'armée romaine tailoit garde dans cette
place. Du tems de la religion catholique , il y avolt
près de cette ville une abbaye magnitique qui portoit
le nom de Cumbuskcnnetli.
A deux milles au nord de Surlins;, efl une terre
nommée Anhrcy ou Ainhrcy , dans laquelle on trou-
ve une mine de cuivre au côté méridional d'une
montagne. La matière qu'on tire de la mine eft cou-
verte d'une croûte métallique , 6i le reile eft bigarré
de couleurs vives, de verd , de violet, & de bleu.
Un quintal de cette matière rend trente livres de
cuivre ; une fontaine fort de la même montagpc ; &
comme elle pall'e à-travers une terre ïninérale, elle
en prend une légère teinture , & on la croit bonne
pour guérir quelques maux externes.
Quoi qu'il en foit , la ville de Sterling eft la patrie
de Marie Lambrun , femme qui méritée d'occuper fa
place dans l'hiftoire du xvj. fiecle. Elle avoit époufé
un françois nommé Lambrun , qui lui donna le nom
fous lequel elle eft connue ; tous les deux entrèrent
fort jeunes au fervice de Marie Stuart qu'ils ado-
roient. L'époux de mademoileUe Lambrun fut ft tou-
ché de la 'n\\ tragique de cette jjrincelTe , qu'il en
mourut de douleur au bout de quelques mois , 6l la
femme defefpérée réfolut aufli-tôt de venger l'un
& l'autre par un terrible crime, .Elle s'habille en
homme , prend le nom SAntoim Simrch , & fe rend
à Londres , portant fur elle deux piftolcts chargés ,
l'un pour tuer la reine Ellfabeth , & l'autre pour fe
tuer tout de fuite, afin d'éviter l'échafaut.
En perçant la foule avec vivacité pour s'appro-
cher de la reine qui fe promenoit dans fes jardins ,
elle laifl'e tomber un de fes piftolets ; les gardes ac-
courent , la faififfent , & ne fongent qu'à la traîner
en prifon ; mais Elifabeth vou'ant fur le champ l'ia-
terroger elle-même , lui demanda fon nom , fa pa-
trie , & fa qualité.
Mademoifelle Lambrun répondit d'un ton ferm.e :
« Madame, je luis écoffoife & femme, quoique je
» porte cet habit : je m'appelle Marguerite Lambrun.
» J'ai vécu plufieurs années auprès de la reine Ma-
» rie , que vuus avez iniultement fait périr; & par
» fa mort , vous avez été caufe de celle de mon mari,
» qui n'a pu furvivre au trépas d'une reine innoceri-
» te , à laquelle il étoit dévoué. De mon côté , ai-
» niant l'un & l'autre avec palfion, j'avois réfokiau
» péril de ma vie , de venger leur mort par la vôtre.
» Tous les efforts que j'ai faits pour abandonner ce
» defiein , n'ont abouti qu'à m'apprendre qu'il n'y
» a rien qui foit capable d'empêcher une femme ir-
» ritée de fe venger , lorfqu'un double amour enflam-
» me fa haine & fon reffentiment ».
Quoique la reine Elifabeth eût grand fujet d'être
émue d'un tel difcours , elle ne lailfa pas de l'écou-
ter de fens froid , & de repartir tranquillement :
M Vous avez donc cru faire votre devoir , & rendre
» à l'amour que vous avez pour votre maîtrelfe &
» pour votre mari, ce qu'il exigeoit : mais quel pen-
» fez-vous que doit être maintenant mon devoir à
» votre égard » ?
Cette femme répondit à la reine avec grandeur :
« Je dirai franchement à votre majefté mon avis ,
M pourvu qu'il lui plaife de me dire premièrement ,
>♦ ft elle me fait ce-tte queftion en qualité de reine,
M ou en qualité de juge ». Elifabeth lui déclara que
c'étoit en qualité de reine. « Votre majefté doit m'ac-
S T E
» corder grâce » , repartit Marguerite Lambrun.'
« Mais quelle afturancc me donnerez-vous ré-
» pliqua la reine , que vous n'en abuferez pas , 6c
» que vous n'entreprendrez pas une féconde fois un
'> attentat lemblable ?» A quoi la Lambrun repartit
encore : « Madame , la grâce que l'on veut accor-
» der avec tant de précaution, n'eft plus , félon moa
» idée, une véritable grâce : ainft votre majefté peut
» agir contre moi comme juge ».
Alors la reine s'étant retournée vers quelques
membres de fon confeil qui étoient préfens, leur
dit : « Il y a trente ans que je règne ; mais je ne me
» fouviens pas d'avoir trouvé perf. ic qui m'ait ja-
» mais fait une pareille leçon. Kw.tz ( co;itinua-t-
» elle , en s'adrefl'ant à mademoife'ie Lambrun ) , je
» vous accorde la grâce pure , entière , & fans aii-
» cune condition ».
Marie Lambrun fe profterna aux genoux de la
reine , en la priant d'avoir la générolité de la faire
conduire sûrement hors des royaumes de la grande-
Bretagne jufqu'aux côtes de France. Elilàbeth le lui
accorda volontiers ; & l'on regarda cette requête de
Marie Lambrun, comme un trait fmgulier de, pru-
dence & de fageflc. ( Le chevalier DE Jaucourt. )
STERNBERG ,{Géog. mod. ) contrée d'Allema-
gne, dans la nouvelle marche de Brandebourg , aux
confins de la Pologne 6c de la Slléfie ; c'eft un pays
montagneux, coupé de quelques petites rivières,
Sternberg fa capitale , lui donne fon nom ; cette pe-
tite ville eft fituée aux confins de la Siléfie , entre
Cuftrin , Schwerin , Francfort fur l'Oder , & autres
lieux. (D.J.)
STERNOMANTIS , f. f ( Amiqult. grecq. ) ç-sp^o-
[xixvTii ; c'étoit un des noms de la prêtrelTe de l'ora-
cle de Delohes , plus connu encore fous celui de
Pithie ; mais le même nom de c-Têpo/^afT/f étoit gé-
néralement donné à tous ceux qui agités par quel-
que démon , prophétifoient , ou rendoient des ora-
cles. {D. J.)
STERNO-CLYTHO-MASTOIDIEN , ou STER-
NO-MASTOIDIEN , ou MASTOÏDIEN ANTE-
RIEUR , en Anatomie , nom de deux mufcles dont
chacun vient de la partie fupéricure &: antérieure du
fternum de la clavicule , vers l'extrémité fternale ,
& fe termine à l'apophyfe maftoïde.
STERNO-COSTAUX , ou U triangulaire du fier-
num , ( Anatomie. ) nom de quelques mufcles qui
s'attachent aux côtes & au ftei^num. Voye^^ Côtes
& Sternum.
Ces mufcles viennent de chaque côté de la partie
inférieure & interne du fternum , & s'infèrent à. la
féconde , troifieme , quatrième , cinquième , fixieme,
& feptieme des vraies côtes.
Sf £RN0-HY01DIEN,c/z Anatomie, eft une paire
de mufcles qui viennent de la partie la plus lupé-
rieure & interne du fternum , de la portion voifine
de la clavicule & de la partie adjacente à la première
côte ; ils font larges & fitués le long de la trachée-
artère , des glandes thyroïdes , & du cartilage fcu-
tiforme ; ils fe terminent à la bafe de l'os hyoïde.
STERNO - MASTOÏDIEN , en Anatomie , nom
d'un paire de mufcles appelles aulîi fîerno-clyio-maf-
loidien. /^(rv'£{ StERNO CLYTO-MASTOIDIEN.
STERNO-THYROIDE , en Anatomie , eft une
paire de mufcles du larynx qui s'infèrent dans la
partie fupéricure & interne du fternum , tout-au-
tour du rebord inférieur de fa cavité articulaire , &fe
termine à la tubérofité oblique du cartilage thyroïde.
STERNO -THYRO - PHARINGIEN , en Anato-
mie; nom d'une paire de mufcles du pharynx , qui
font formés par un paquet de fibres qui prend fes at-
taches à la partie interne & fupérieure du fternum ,
s'unit intimement avec le fterno-thyroïdien jufque
vers les attaçheSjau cartilage thyroïde, devient s'unir
s T E
enfuîte avec le lyro-pharinglen. f^'oysi SteRNO-tV-
ROiDÎEr^ é-TYRO-PHARINGIEN.
STERNUM iLm.cn Anaiomie , nom criitl os fitué
loutlelongde la partie antérieure & moyenne de la
poitrine.
Cet os eft compofé de trois pièces dans les adul-
tes , une fupérieure qui a la figure d'un cxagone ir-
régulier, une moyenne de figure d'un quarré obiong,
& une inférieure la moins confidcrable de toutes ;
elle elt cartilaginenfe , & fe nomme cartilage xiphoidi.
Foyci XiPHOiDE.
Mais dans les enfans il eft compofé de plufieurs
pièces fuivant les ditFérens âges , c'eft-à-dire de 5 ,
de 6 , 7 & quelquefois de 8 pièces.
Deux pièces principales àujhrnum fent unies en-
femblepar diarthrofe obfcure , de façon qu'en les dé-
crivant comme n'étant qu'une feule pièce , leur face
antérieure externe eft inégalement convexe, la pof-
térieure interne eft légèrement concave ; le bordiii-
périeur qui a fur le m.iiieu une grande échancrure ,
que les anciens ont nommée Jourckaee , 6c fur les
parties latérales deux cavités pour y recevoir les cla-
vicules; le bord intérieur a cinq petits enfoncemens,
un mitoyen , & deux à chaque partie latérale , qui
font quelquefois confondus enfen-jble;on voit fur les
bords latéraux quatre petites cavités comme divifées
en deux , & vers la partie fupérieure une petite por-
tion du cartilage de la première vraie côte, /^'yye^;
CÔTE.
L'os àw Jlernum fouffre des jeux de la nature dans
divers fujets , je n'entends pas pour le nombre des os
qui le compofent comme ont fait quelques anatomif-
tes, en les confidérant fur deslujets de diifcrens agcs,
mais pour la figure, la grandeur , la fituation de cet
os : par exemple , on a trouvé quelquefois fa pointe
extrêmement tournée en-dehors ou en-dedans , &
alors ce jeu de la nature doitavoirnui Aiafanté , pro-
duit des difficultés de refpirer & de fe courber, ou
des maladies internes incurables. On trouve auifi
quelquefois à la partie inférieure du ^Umum un trou
qui eft plus ou moins grand.
Un auteur allemand afllire dans \qs fcUcla medica
Francofurunjia , avoir oblérvé un pareil trou , & que
ce trou donnoit pafTage aux artères 6c aux veines
mammaires; M.Hunauld dit qu'il n'a trouvé ce trou
qu'une iéule fois ; qu'il n'y paifcitrien, 6c qu'il étoit
rempli par une forte defubftance cartilagineufe. Voi-
ci , peut-être , continue-t-il , ce qui donne occaîion
à la formation de ce trou. Le [iernum , dans les pre-
miers tems , eft tout cartilagineux , & roffification y
commence en différens endroits ; le nombre de ces ol-
fifications eft incertain , elles fc réunifient plus ou
moins tard pour former trois pièces qui enfuite f e fou-
dent pour n'en faire qu'une. Si dorîc lorfque toutes
ces différentes ofîifications commencent à ie réunir ,
il y a un endroit où l'offification ié trouve arrêtée ;
cet endroit reftera rcmplide la fubftance cartilagineu-
fe qui en fe détachant , lorfqu'on fàt le fquelette ,
laifîera appercevoir un trou dans l'os diijhrr.u/ri ;
peut-être encore que les trois pièces d'olfificaticn
quife rencontrent parleurs bords , peuvent, en pre-
nant de l'accroiffement & de la fbîidité , avant que
d'être unies , laiffer un vuide entr'elles. Comme on
ne dit point avoir vu un pareil trou ;\ la partie fupé-
rieure du (Icrnum^ c'eft vraifTemblsblement parce que
la partie fupérieure de cet os n'eft ordinairement qu'-
une feule pièce dès les premiers tems, 6c qu'elle ne
s'ofTifie point en différens endroits , au-lieu que la
multitude différente d'ofTifications fe fait à la partie
inférieure , oi\ le trou dont il s'agit fe rencontre tou-
jours. (D. J.)
Sternum , /raclure du , ( maladie de Chirwg'e. )
folution de continuité de l'os fhmurn à l'occafion ue
c[uelque coup ou chute. Le Jlemurn , comme les os
Tome XF.
S T E . jj
flu efâftè, &ft{lifcepîibiêdefrââure&d'énroftcêméilr»
On reconnoîtlafradure à î'ioégalitc des pièces oM\x^
les , & quelquefois à la crépitation qu'on entend ërt
comprimant alternativement les pièces fépafêeéi
L'enfoncement fe connoît par la déprelîi.on ; la doU'
leur , la difticulté de refpirer , la toux ^ 6c quelcue-
fois le crachement de fang font les fyniptomes de la
fraclure & de l'enfoncement. Le crachement eft olu-
tôt l'eifet de la commotion que de la fra£ture. Âm-
broife Paré rapporte qu'il a été envoyé en 1563 par
le feu roi de Navarre pour panfer un gentilhomme de
la chambre, blefle devant Ivieiun d'un coup de mouf*
quet au milieu An Jlernum , fur fa cuirauV; il tomba
par terre comme mort, jettant grande quantité de
fang par la bouche , & il en cracha de fuite pendant
l't fpace de trois mois. Le (Iernum étoit enfoncé. Pour
en faire la réduftion on fit coucher le bleffé fur le dos »
ayant un carreau entre les épaules , & les os furent
r'.tabhs dans leur état naturel par la prefïïon latérale
des côtes. On appliqua descomprefles trempées dans
une liqueur vulnéraire fpiritueufe, & un bandage qui
ne doit pas être trop ferré , ann de ne pas gêner la ref-
piration. Les faignécs font dans cette frafture d'un
grand fecours pour calmer les accidens & pour les
prévenir.
Lajlernum eft \m os fpon-ieux fujet à être altéré
par la carie. On peut tenter fur cet os les opérations
convenables pour enlever la carie ; tel que le trépan»
Il y a fur la poifibilité de la réulîite de cette deftruc-
tion des parties viciées , deux obfervations très-im-
portantes , l'une dans Galien , & l'autre dans Har-
vcy , au traité de aimratlone anlnalium , où l'on voit
que hftcrnumaété détruit en partie , & que les ma-
lades ont furvécu. Dans l'un & dans l'autre cas on
touchoit le cœur , & l'on fentoit fes mouvemens dans
le vuide Oii'avoit laiffé la déperdition de fubftance
àufiernum. (7)
STERNU TATION, f. f. ( P/;y/o/.) en grec^r^p-
IA.U , en ïdûn [lernutatio , voyei Éternument , qui
eft le terme le plus en ufage ; nous n'ajouterons ici
que peu de remarques dit ce curieux phénomène de
notre crganifation.
Tout ie monde fait que c'eft un mouvement con-
vulfif , au moyen duquel l'air étant poufté violem-
ment par toutes les cavités des narines , balaie Rem-
porte avec bruit la mucofité qu'il trouve flir fon paf-
fage.
Pour entendre cet effet , il faut fe rappeller i®,
qu'il y a un rameau de nerf de la cinquième paire qui
fe rend à la membrane pituitaire du nez, i*^. Quand
ce nerf vient à erre irrité , i 'intercoftal , le vague , 6c
par conféquent les nerfs des mufcles qui fervent à U
refpiration , doivent femir cette irritation , 6c (or-t
ccr les mufcles à entrer en contraftion. 3°. Comme
les nerfs du nez l'ont fort fenfibles , ils produisent de
grands mouvemens dans les nerfs qui vont aux niufr
des infpirateurs; c'eft ce qui fait que le thorax fe di-
late tout à-coup exiraordinairement. 4'^. Cette dila-
tation fubite pourroit être fuivie d'un reiTerrement
lent , fi les mufcles qui fervent à l'expiration n'a-
voient pas des nerfs qui ïa\\çnt irrités , de même que
ceux des mufcles infpirateurs : comme ces mufcles
infpirateurs font plus forts que les mufcles expira-
tcurs , leur aftion a d'abord prévalu , mais durant le
tems qu'ils agiftent , la réfiftance augmente ; 6c les
nerfs des mufcles expirateurs étant toujours irrités ,
y caufent une contra»if ion qui l'emporte cntin fur les
mufcles infpirateurs. 5**. La violence avec laquclia
les mufcles expirateurs fe contractent, comprime c\-
traordinaircmcnt les pointions, en ibrie que l'air eft
obligé de fortir avec force. 6°. Par la communica^
tion des nerfs , les mufcles qui concoiucnt à élever
la racine de la langue , entrent en contradion : par
ce moyeu l'air ue pouvant fortir par la bouche , eil
T t t ij .
5i6
S T E
jette impctueufemcnt dans la cavité des narines , Se
firhmncur muq\ieufe de la membrane j^îituitaire ert ra-
malTccdans fes rclcrvoirs , les lecoulies de l'air l'en-
lèvent &i la balaient. j°. Les miilcles qui pouiTent
l'air des [joumons dans la trachée-arterc, lont princi-
palement le triangulaire 6>: le diaparagme.
Ainli réteriuuiKnt le tait lorlquc l'air d'une gran-
de infpiration ell long-tcnis lerenudansle poumon ,
& en fort cnluite avec force par le nez , au moyen
d'un mouvement expiratcur convuHif de tous les
niufcles abdominaux , des intcrcollaux & du dia-
phragme. Quand on inlpire beaucoup d'air , les mui-
cles poflcrieurs de la tête &C du cou étendent la tête
&C le corps en arrière , &: à leur tour les antérieurs
la plient fortement en devant dans l'expiration. 11
arrive avant l'éternument une elpece de petit cha-
touillement doux dans les narines , & quelquefois
dans les parties avec lefquelles les nerfs olfactifs cor-
rcfpondent. Lorfqu'on éprouve cette fcnfation , tou-
tes les aftions du corps font fufpendues , & l'on relie
un inîlant dans l'attente de ce qui va fe palier. L'inf-
tant fuivant , les mufeles qui fervent à l'expiration fe
retirent avec une force que rien ne peut arrêter ; &c
les poumons fubitenx'nt reiTerrés , chaiTent l'air qu'ils
contiennent avec un bruit fcmblable à celui d'une li-
queur qu'on jette dans le feu. Ainfi dans l'inflant que
le fait cette forte expiration , le fang ne fauroit paf-
fer dans les poumons ; par la même raifon , le lang
veineux qui revient de la tête , ne fauroit fe déchar-
ger librement dans le ventricule droit du cœur ; ce
qui fait que non-feulement les vailTeaux du cerveau
font diilendus , mais aulH que l'impétuolité du fang
artériel cft augmenté par la violence de cette commo-
tion. Or le concours de ces deux caufes produit une
forte de diftenfion momentanée dans toute la maffe
du cerveau. Il ell clair que c'efl-là ce quife paffedans
l'éternument ; car s'il efl réitéré , tous les fens & le
mouvement niufculaire manquant à la fois , le vifage
s'enfle , il fort des larmes des yeux , le nez coule ; 6c
û réternument ell répété bien des fois , toutes les
adions du cerveau en font prodigieufement trou-
blées.
Il efl vraifTembluble que c'efl à la commune origine
des nerfs eue commence cette puilTante irritation qui
mçt en branle prefque tous les nerfs de la poitrine ,
du dos, de la tête , & les enveloppe tous dans les
jnêmes mouvemens, comme on voit que la piquure
d'un nerf, d'un tendon quel qu'il foit , produit un
ioafme univcrfel. On peut juger de toute l'étendue
de cette contraction mufculaire , puifqu'il en réfulte
lui ébranlement général de toute la machine au mo-
ment qu'on y fonge le moins , & par la plus petite
caufe, l'émanation de quelque corps odoriférant qu'-
on infpire.
On étcrnue même en regardant le foleil, parce qu'il
entre dans le nez une branche h peine vifible du nerf
ophtalmique avec le nerfolfadif, &; qui étant ébran-
lée par une vive lumière , excite dans le nert des or-
ganes de la refpiration les mouvemens convulfifs de
l'éternument. C'efl par la même railbn qu'on pleure
■quand on a reçu de fortes odeurs.
L'irritation de la membrane pituitaire fe fait , ou
extérieurement par ia vapeur d'efpriî-de-vin,de fortes
odeurs, comme par celle de la marjolaine, desrofcs,
du tabac ; portées aux narines par des poudres qui
volant en l'air , font reçues par l'infpiration ; par des
médicamens acres , comme l'ellébore , l'euphorbe
& autres llcrnutatoires qui picotent la membrane du
ne/.; ou intérieurement par l'acrimonie de la lymphe
qui humecte naturellement la membrane des narines,
comme dans le cori/a.
Les matières qui font rejettées en éternuant vlen-
neni , i". du nez , de la gorge , parce que la membra-
ne pituitaire y cxudc continuellement de la lymphe ;
S T E
1**, de la trachée-artere & des bronches des poumons.
Mais il ne faut pas croire cjue tout ce qui irrite les
narines, lolt les' feules caufes de \i\ (Icmutution ; car
il y a des gens qui lavent éternuer plufieurs fois de
fuite au gré de leur volonté.
L'éternument peut s'arrêter , an prefîant l'angle
interne de l'ctil. Comprimc-t-on le nerf récurrent
qui vient de l'ophtalaiique de la cinquième paire , ôc
qui paroît principalements'anaflomofér avec les nerfs
de la première paire? c'efl l'opinion de Willis.
Lajicmaraiion ditîere de la toux , parce qu'elle fe
fait avec moins de force , & que l'air qu'on n'infpire
6c qu'on n'expire qu'une feule fois dans rétcrnament
affede de palier par les narines.
L'émondion ou l'adion par laquelle on fe mou-
che , eil une efpcce d'éternument doux & volon-
taire.
Les éternumens ,. quand ils ne font pas naturels,
peuvent être de bons ou de mauvais lignes en Méde-
cine , fuivant leur violence , leurs caufes , & les ma-
ladies dans lefquelles ils arrivent. Ils font quelque-
fois, comme dans le mouvement, augmenté de la cir-
culation du fang , l'avant-coureur d'une hémorrha-
gie falutaire , ou d'une métaflafe favorable dans le
hoquet ; mais clans les maladies épidémiques , dans
la rougeole , la petite-vérole , les fièvres continues ,
où la métaflafe s'eft jetiée fur les narines , iQsJiernu-
tations n'apportent aucun foulagement; elles empi-
rent le mal , lorfqu'ellcs viennent du confentcment
des parties , comme dans l'hyflérifme ; l'épilepfie ,
l'efquinancie, les maladies des yeux Se des poumons.
Dans les maladies des narines , telles que leur inflam^
mation , leur ulcération , un polype , un cancer, l'o-
zœne, il en réfulte des ^'ïer/zw/a/io/zi qui augmentent
le mal , par la commotion qu'elles caufent. En pareil
cas , il faut adoucir les narines , en injedant, en atti-
rant , en portant dans le nez , des baumes , des lini-
mens oppofés à la nature de la maladie.
Les humeurs acres , catharreufes , qui agacent les
nerfs olfadoires provoquent des éternumens fré-
quens , qui cefleront en attaquant la caufe , & en
adoucifTant les lymptomes par des drogues ondueu-
(qs , ou par la fumée de parfums fecs , dirigés dans
les iiarines , fl les humeurs acres font extrêmement
tenues.
Enfin, l'on conçoit aifément que \qs Jîcrnutations
font capables de procurer plufieurs autres effets fa-
lutaires ou nuifibles. Par exemple , i °. on pourra les
exciter artificiellement dans les maladies apopledi-
ques & foporeufes. On pourra de même s'en fervir
avec fuccès pour aider l'accouchement, pour facili-
ter la fortie del'arrierc-faix ; c'efl pourquoi Hippo-
crate qui favoit fi bien tirer parti des obfervations ,
ordonne dans ces cas de faire éternuer la femme en
couche , la bouche & les narines fermées, i?. Par
la même raifon , de tcWçs Jlernutatlons produifant une
violente fecoufîe dans tout le corps pourroient ex-
citer l'avortement , l hernie , les règles , & rompre
même des vaiflcaux dans le nez ou dans la poitrine.
3°. Non-feulement les [îcrnutations violentes & con-
tinuées , fatiguent & accablent prodigieufement;
mais elles peuvent même devenir mortelles. Les
praticiens en citent des exemples aifés ^ compren-
dre , puifque hs/i émulations ne font autre chofe que
de violentes convulfions. Elles produifent quelque-
fois dans l'hyflérifme une cœcité momentanée , qui
fe difTipe avec les antlfpafinodiques , parce qu'elle
vient de la fympathie des nerfs ; car il efl naturel de
conjedurer que la première caufe de cet accident,
vient de la commune dillribution des nerfs de la cin-
quième paire au nez & à l'œil.
Le remède dans les (Icrnutations violentes & répé-
tées efl de porter dans les narines , du lait , des hui-
les, des infufious de graine de lin , de pfyllium i ea
s T E
in mot tout liquide , onftaeux, vifqueux , mucila-
iincux, adoiiciiîant , ballamique, & d'y joindre du
audaniim liquide. C'ell ainfi qu'on arrcrera IcsJIer-
lutations caulces parle muguet , la bctoine , la mar-
olaine , la lavande , la racine de pyrethre , l'eu-
ihorbe , l'ellébore ; enfin , tout ce qu'il y a de plus
cre dans la clafle des végétaux.
Cependant il arrive très-rarement pour notre con-
Dlation , des malhevu-s caufés par les éternumens ;
'expérience nous apprend lans cefl'e , c[u'ils font plus
alutaires que nuifibles , plus propres à éloigner une
laladie qu'à y conduire. Semblable à la toux qui
étache pour notre bien la lymphe viiqueufe des
oumons , ils emportent la mucoîité fuperflue de la
lembrane pituitaire, & procurent par ce moyen plus
e fineffe dans l'odorat. Ils excitent en même-tems
n mouvement plus vif dans la circulation du fang ,
iigmentent celui des humeurs & des efprits , & ra-
iment prefque tous les fens à la fois. La nature a
une été fage de nous faire des organes délicats , que
imprefTion de l'air , de la lumière & des odeurs ,
branlent prefque toujours à notre avantage. (£>./,)
STERNUTATOIRE , adj. (Thâapamque.) Qi\^Q.
ïd'errhins, c'eft-à-dire de remèdes défîmes à être
itroduits dans le nez, voyc^ Errhins, dont la ver-
i Spéciale confifle à pouvoir produire l'éternu-
lent. Voyci Éternument.
Les fl^rmaatolrcs font encore connus dans les au-
lurs grecs oc latins , fous le nom de ptarrnica , du
iOt grec 'zcTcti^où , féternue. Les effets & les ufages
:s Jicrnutatolrcs font expofés à ^article Éternu-
ENT , & la manière de les appliquer à ^article. Er-
HIN , \oyii^ cet article. Les précautions à obferver
ms leur adminiflration & les confidérations qui
:)ntrindiqueat leur ufage, ont été renvoyés à celui-
. Tous les praticiens conviennent que ce genre de
cours ne convient point aux pléthoriques fanguins,
li en général fupportent mal toute forte de fccouf-
s violentes.
Il cfl obfervé que dans les vertiges qui précédent
Li qui annoncent les apoplexies languines , l'ufage
idifcret des (îcrniitatoires hâte fcuvenî l'attaque , &
lême la détermine.
Quoique les errhins dont l'effet fe borne à provo-
Lier puifTamment l'évacuation nafale , foient utiles
ans les ophthalmies en général , &; même dans cel-
;s qui ont un caradere véritablement inflammatoi-
: ; l'ufage des Jlemutatoircs eu manifeltement nuifi-
ie dans ce dernier cas. Ceux qui font fujers à des
émorrhagies , & fur-tout à des haîmophtifies , &
;ux qui font menacés de phthifie ne doivent pomt
tre expofés à l'aftion des (krnutatoires.
Juncker défapprouve formellement leur ufage con-
e l'épilepfie , & il affûre même que cet ufage n'efl
as trop lùr dans les léthargies ou les défaillances ;
nfîn, il ert très -connu qu'ofi doit préfèrvcr autant
u'il eft pofTiblc de l'éternument, & par conféoucnt
u'il ne faut pas faire éternuer à deffein les fujets qui
nt des hernies , des chûtes de matrice , & les fem-
les grofl'cs. Quant à ce dernier chef, il eft (ans doute
rès- évident par l'obfervation même de l'utilité de
éternument pour chaffer l'arriere-faix. Foye::^ Eter-
îument.
Tous les corps capables d'irriter puiffamment la
nembrane pituitaire provoquent l'éternument , lorf-
[u'ils font appliqués fur cet organe ; & ce font les
nêmes qui étant portés dans l'cflomac &: dans les in-
cftins , font capables d'irriter ces derniers organes
'^railîemblablement de la même manière , & qui ex-
:itent en conféquencc le vomiflcment ou la purga-
ion ; & enfin qui impriment fur les organes du goût,
a fenfation appellée vive , piquante , acre , ëc qui dé-
ermincntiHifTi abondamment l'écoulement de lafali-
!e i ainli tous les Ciuétiques & Igs purgatifs forts font
S T E
517
en même tems ftemutatoires & falivans.
Il ell cependant un certain nombre de remèdes '
tirés pour la plupart de la famille des végétaux, dont
la vertu Jlcrautatoire paroît avoir quelque chofc de
fpéclfîque , ou du moins dont la qualité émétique ou
purgative n'efl point conflatée ; telles font la pîretre
le poivre noir , le gingembre , la femence de nielle ,
celle de moutarde , de roquette , &c. la bctoine , la
marjolaine , le marum , l'origan & le plus grand nom-
bre de plantes aromatiques de la claffe radiée de
Tournefort, les fleurs de muguet , lepterrmca ou her-
be à éternuer , é-c. mais lesjîernutatoires les plus puif-
fans font tirés de la claffe des émétiques & des pur-
gatifs forts; tels font le vitriol blanc , l'euphorbe ,
les ellébores , la racine de cabaret , l'iris , le concom-
bre fauvage , le tabac, &c. Voyez tous ces anic/es par-
ticuliers.
On trouve dans pr-efque tous les difpenfalres des
poudres [lernutatoircs coxnpofées ; voici celles de la
pharmacopée de Paris.
Prenez feuilles feches de marjolaine , de bétoine &
fleurs feches de muguet, de chacun un gros; de feuil-
les feches de cabaret demi -gros ; faites une poudre
félon l'art. (/>)
STERTZINGEN , {Géo^ mod.) petite ville d'Al-
lemagne dans le Tirol , au pié du mont Brenner , fur
le torrent d'Eifack , à 5 lieues au nord-ouefl de Bri-
xen. Quelques-uns croient que c'cft le Vipiternum
d'Anionin. Lom^. ic).5t. latit. ^G. 18. (D. J.)
STETIN ou STETTIN , {Géog. rjwd.) ville d'Alle-
magne dans le cercle de la haute Saxe, capitale de la
Poméranie prufTienne, &d'un duché de même nom,
fur la gauche de l'Oder ,335 lieues au nord de Franc-
fort , ik: à 56 au fud-eft de Lubeck.
Stain 6c fon territoire furent anciennement habi-
tés par les Sidirà, &enfuite par les Vendes. En 1 1 zr,
Boleilas , duc de Pologne , entreprit d'y établir le
Chriffianifme parla force , mais il réufîit beaucoup
mieux en remettant aux habitans le tribut qu'il leur
avoit impofé ; cependant la religion chrétienne ne
triompha dans cette ville qu'au bout d'un fiecle , &
alors elle fiit gouvernée par les mêmes lois que Mac^-
dcbourg. La paix de Veftphalie donna Stetin aux
Suédois. En 1710, elle flit obligée de recevoir des
troupes de PrufTe , de Saxe & de Holflein ; & quelque
tems après , le roi de PrufTe en fiit mis en pofTelIion.
Ce prince y a établi en 1720 la régence de la Pomé-
ranie , & une chambre de guerre & de domaine , mais
en même tems il a confirmé aux habitans leurs divers
privilèges qui font confidérables. /.o/20'.fuivant Street,
3/. 66'\ iS". lat.S^.^S.
Kirjlenius ( George ) eft le fcul homme de lettres
de ma connoifTance qui foit né à Stetin. Il cultiva la
poélie latine & la médecine. Il a publié dans cette
dernière fcience des difquifitions philologiques , &
deux excellentes difTertations , dejymptomatihus vi-
sas & auditâs , olfaclûs & taclâs , fur les fymptomesi
de la vue & de l'ouïe , de l'odorat & du taft. Chrif-
tine , reine de Suéde , l'honora de fon eftime & de
fes bontés. Il mourut en 1660 , à 47 ans. Le P. Nicé-
ron l'a mis au rang des hommes illuftres. 11 l'étoic
pourtant beaucoup moins que Kirjhnius (Michel) ,
autre médecin du xvij. fiecle , né à Bérone , petite
ville de Moravie ; ce dernier étoit un homme verfj
en plufieurs fcicnces. Il y a eu qiuelques autres fa-
vans du nom de Kirjhnius , 6c que les Bibliographes
n'ont pas toujours bien diflingucs les uns des autres.
(2). y.)
s TEVENSWERT , ( GJog. rnoJ. ) île des Pays-
bas , dans le quartier &: à 3 lieues de Riuemonde ,
fur les frontières de l'évêché de Licgc. Cette ilc ell
formée par la Meule , & défendue |)ar une fortcreife
qui fut cédée en 1705 aux états générauv pAr IVviv
pcrcur , en vertu du traité de Barrière. ÇD.J.) "
5i8
S T î
STEUNOS , ( Gio^. anc. ) grotte ou antre de
VAlic mineure , dans la Phrygle , au quartier de ces
Phrygiens qui habitoient lur les bords du fleuve Peu-
ccUa, & qui ctoient originaires d'Alanie. Paufanias ,
/. X. c. xxxij. dit : « C'cll un antre qui ^ par fa figure
>► ronde &c par fon exhauffement , plaît fort à la vue ».
Ils en ont fait un tcn-vple de la mère des dieux , où la
déefTcafaftatue. (D. /.)
^ STEWART, GREAT. (Hiji. d' Angleterre.) c'e(l--i-
dlrc gr>ind-fcnîclial , lequel feul pouvoit prononcer
f arrêt de mort contre un pair accufé de haute tra-
hifon. Cette charge ctoit autrefois perpétuelle , & la
1)remiere du royaume ; mais l'excès du pouvoir qui
ui étoit attribué l'a fait abolir en Angleterre , com-
me on a aboli en France celle de connétable ; avec
cette différence toutefois, que la charge Ac grand-
Jlcwart eft rétablie par intérim pour le couronne-
ment du roi , ik. lorfqu'il s'agit de la vie d'un pair.
Le roi Georges I. donna cette commifTion au lord
Cowper en 1716, par rapport aux auteurs de la ré-
bellion d'EcofTe , dont le comte de Nithifdale étoit
du nombre; mais fon époufe luifauvala vie la veille
de l'exécution , en gagnant le principal ofTicier de la
garde de la tour de Londres ; & faifant fauver Ion
mari fous fes habits , elle refta prifonniere avec les
fiens. Toute la grande Bretagne applaudit à l'aftion
héroïque de cette dame , & vint lui témoigner fon
eftime. Quelqu'outré qu'on fût dans le minifrere de
la tendrelle ingénieufe de la comtefîe de Nithlldale ,
®n ne crut pas devoir prendre d'autre parti que de
la mettre en liberté. C'eft ordinairement le lord chan-
celier que le roi charge de la commiffion de préfider.
aux procès des pairs accufés de haute trahilon. Ce
fut aiifFi le chancelier qui préfida en 1746 ?.u juge-
ment des quatre pairs d'Ecoffe , les comtes de Kil-
marnock & de Cromarty , & les lords BaLnérine &
Lovât. (D. J.)
STEYP. oa SÏEYBPv , {Géog. mad.) petite ville
d'Allemagne dans la haute Autriche , fuuée fur une
colline , au quartier de Traun , au confluent àwSteyr
& de rEns,a 3 lieues au-defl'us du bourg de Traun.
Quelques-uns prennent Steyr pour l'ancienne Jfiu-
ris. Long. ^z. 34. latit. 48. (£>, 7.)
STHÉNIENS , JEUX , ( Ântiq. gr^q. ) l'antiquité
nous apprend peu de chofe touchant \iis jeux Jîhé-
niens. Ils furent infiitués , félon Plutarque , par les
Argiens en l'honneur de l'égyptien Danaiis, neuviè-
me roi d'Argos , puis rétablis en l'honneur de Jupi-
ter , furnommé le fon ^ lepuijfuni, d'où ils prirent le
nom de jlhcniens. Héfychius fait une courte mention
de ces jeux. Meurfms , dans fa grœcia feriata , n'allè-
gue fur ce point que le feul paflàge d'Héfychius, fans
rien dire de celui de Plutarque , ni de celui de Pau-
fanias que je vais rapporter , ne connoiflant rien de
plus en ce genre.
Ce dernier hiftoricn témoigne que de fon tems
on voyoit encore Air le chemin qui conduifoit de
Trézene àHermione , une roche ou une pierre, nom-
mée originairement V autel de Jupiter jlhcni:n , qu'on
appcUoit la roche de Tliéfée , depuis que ce prince tout
jeuiie la remua, pour tirer de deflbus la chaufTure &
Tçpée qui dévoient le faire connoître à Egée fon
(>ere , oc que celui-ci dans ce defl^ein y avoit ca-
chées.
Au refle il ne faut point confondre ces jeux ou
cette fcte d'Argos avec une autre fête que les fem-
mes athéniennes célébroicnt fous le nom de c-Twirj. ,
&: dans laquelle ces femmes fe brocardoient & fe di-
foient mille injures. Il efl parlé desy?/ieWs d'Athènes
dans Héfychius &: dans Suidas. ( Z?. /. )
STIBADIC/M , f. m. (^Littérature.) ce mot em-
pninté des Grecs parles Romains , lignifîoit un Ut de
table fait de joncs ; ces fortes de lits étoient fort com-
modes pour manger , à caulc de leur légèreté & de
S T I
leur fraîcheiu*. Ils fuccéderent à ceux qu'on nommoit
triclinia ; il y en avoit de toutes grandeurs , à fix, 4
huit & h neuf places , luivant le nombre des convi-
ves qui fe trouvolent au repas. (Z). /. )
STIBIÉ, adj. on donne cette épithete au tartre;
on dit tartre Jlihic : ce mot vient du laùn pibiurn ^ an-
timoine, f^oyei l'article ANTIMOINE.
STICHOMANTIE , f f. ( Littérature. ) mot com-
pofé de (TTix»-, vers, &C juu\Tii<t , divination , c'eft donc
l'art de deviner par le moyen des vers ; après avoir
écrit fur de petits billets des vers , on jettoit ces bil-
lets dans une urne , 6i. celui qu'on tiroit le premier,
étoit pris pour la réponle de ce qu'on vouloit favoir.
Les vers des Sibylles fervirent long-tems à cet ufage.
Quelquefois on fe contentoit d'ouvrir un livre de
poéiie , fur-tout d'Homère & de Virgile , & le pre-
mier vers qui fe prélentoit aux yeux tenoit lieu d'o-
racle. Lampride rapporte dans la vie d'Alexandre
Sévère que l'élévation de ce prince avoit été mar-
quée par ce vers de Virgile, qui s'offrit à l'ouverture
du livre.
Tu regere imperio populos , romane , mémento,
« Pvomain , ta dcftinée efl: de gouverner les peuples
» fous ton empire ». Voye^^ Sorts d'Homère & de
rirglle. (D.J.)
STIGLIANO, {Géog. mod. ) petite ville d'Italie,
au royaume de Naples, dans la Bafilicate , près la
rivière de Salandrella , à ao milles de la côte du
golfe deTarente. Elle a titre àe principauté. Ses bains
lont affez renommés , on les appelle, je ne fai pour-
quoi , les bains de Bracciano. Ç O. J.)
STIGMA , f. m. ( Botan. ) [ejlig-na dans les piftils
eft une pointe moufle , qui forme fur l'embryon une
pellicule membraneufe , tranfparente. (Z>. /.)
STIGMATE , voyei Fleur.
Stigmates , organes extérieurs de la rcfpiration
de plulieurs inleftes , & principalement des chenil-
les. C'eft M. Malpighi qui a reconnu le premier cette
organifation. Les chenilles ont fur chacun des douze
anneaux du corps , à l'exception du fécond, du troi-
fteme &c du dernier , deux taches orales , une de
chaque côté , placées plus près du ventre que du
dos : ces taches font imprimées en creux dans la
peau , & bordées par un -petit cordon le plus fou-
vent noir. Ces taches font jaunes dans certaines che-
nilles , & dans d'autres elles ont une couleur blan-
che. La petite ouverture, qui eft au milieu de cha-
cune de ces taches , communique à un poumon par-
ticulier , de forte que les chenilles ont neuf pou-
mons de chaque côte , ou plutôt neuf paquets de tra-
chées qui compofent le poumon , &. qui s'étendent
chacun tout le long du corps.
M. Malpighi a découvert que ces organes fervoicnt
à la refpiration des chenilles , en les couvrant d'huile
ou d'une matière grailfeufe quelconque , alors l'm-
fecte tombe en convulllons lut^ le champ. Mais fi
on ne met de l'huile que fur un certain nombre de
Jligmates , les parties voifmes de celles qui font hui-
lées deviennent paralytiques par la privation d'air,
& fouvent rinfefte meurt quelque tems après. Ou
tient cependant fous l'eau un ver à foie pendant des
heures entières , fans le faire mourir ; il reprend fes
forces ôc fa vigueur en le remettant àl'alr&ien l'ex-
pofant au foleil. M. de Reaumur croit que c'eft parce
que l'eau ne peut pas pénétrer dans les (ligmates ^
comme l'huile , & que l'air qui fe trouve renfermé
dans le creux de Q\\à(\\itjligmate empêche que l'in-
fede ne foit fuffoqué. M. Malpighi croyoit que l'air
entroit &; fortoit par les Jiigmates ; mais M. de Reau-
mur a découvert depuis par des expériences réité-
rées en plongeant une chenille dans l'eau , que l'air
avoit fon iflue par de très-petites ouvertures répan-
dues fur tout le corps , qui communiquent à d.- pe-
s T I
tits canaux ,'& que ces canaux ont communication
avec les trachées dont il a été fait mention. Mém.
pourfervir à rhijl. dis injccles , par M. de Reaumur ,
tomel. n°. 3, Fcyq INSECTE.
Stigmates, (-^{/?- <2w. ) fignes ou caraderes
dont on marquoit ordinairement les efclaves qui
avoient été fugitifs. La marque la plus commune
étoit la lettre F , qu'on leur imprimoit au front avec
un fer chaud. On fe contentoit quelquefois de leur
mettre un collier ou un bracelet , fur lequel on gra-
voit le nom du maître. Quelques-uns ont cru qu'on
imprimoit aufïï des caraderes fur les mains , les bras
ou les épaules des nouveaux foldats chez les Ro-
mains ; mais cet ufage n'a pas été général , &C l'on
l'en trouve pas des tém.oignages ali'ez précis chez
les anciens , pour affirmer que cette coutume fût
ronftamment établie dans les troupes romaines.
Stigmates , (Tkiolog.) marques ou incifions
^ue les payens fe faifoient lur la chair en l'honneur de
quelque fauffe divinité.
Ces7?/«'w<2feis'imprimoient ou par un fer chaud ,
)u par une aiguille avec laquelle on faifoit plufieurs
)iquures , que l'on empli/îbit eniuite d'une poadre
loire , violetre , ou d'une autre couleur , qui b'in'cor-
)0.oit avec la chair, &; demeuroit imprimée peri-
iant toute la vie". La plupart des femmes arabes ont
es bras & les joues chargés de ces iorîes de fUgma-
cs : Lucien dans fon livre de la déefl'e de Syrie , dii
[ue tous les lyriens portoient de ces carafteres im-
iriniés les uns fur les mains , & les autres fur le col.
l'ioiTe , Léviciq. x. xix. verf. 28. défend aux liraéli-
es de fe faire aucune figure , ni aucune /iig'na:e fur
2 corps. L'hébreu porte , vous ne vous fcn^ aucune
criiuie de pointe , c'eit-à'dire , aucune Jïig'nau impri-
aée avec des pointes.
PtoJ^mée Philopator ordonna qu'on imprimât une
îuille de lierre, quieil: un.arore confacré à Bacchus
ur les juifs qui avoient quitté leur religion pour em-
irafler celle des payens. S. Jean , dans l'Apocalypfe,
ait allufion à cette coutume , qnand il dit , c. xiiy.
•erf. iG. & ly. que la bête a imprimé fon caraftere
lans la main droite , & fur le front de ceux qui font
, elle ; qu'elle ne permet de vendre ou d'acheter qu'à
:eux qui portent le caraûere de la bête ou fon nom,
\l S. Paul , dans fon épitre aux Galates, dit qu'il porte
QS jTigmatcs de J. C. fur Ion corps en parlant des coups
le fouet qu'il a reçus pour la prédication de l'évan-
;ile.
Fhilon le juif., de monarch. l. L dit qu'il y a des
lommes qui pour s'attacher au culte des idoles d'une
tianicre plus fo'cmn.dle & plus déclarée, fe fontfur
a chair avec des fers chauds , des carafteres qui prou
/ont leur engagement 6l leur fervitude. Procope , in
Ifai. xliv. remarque l'ancien uiage des chrétiens, qu
e faifoient (ur le poignet ë<: fur les bras des (ligmatcs,
jui reprélentoient la croix ou le monogramme de
I.C. ufage qui fubfifte encore aujourd'hui parmi les
:hrétiens d'Orient , & parmi ceux qui ont fait le
/oyagcde Jcrufalem. Prudence , hynin. x. décrit en
ces termes la manière dont les payens fe faifoient des
fiigniates en l'honneur de leurs dieux.
Quid cum facrandus acc'pit fphragitidas ?
j4cus minutas ingcrunt foi nacibus ,
His membra pcrgunt urere : utquc igniverint
Q_uamcumque partent corporisfcrvens nota
Stigrnavit , liane Jic confecratam prœdicant.
Calmct , diclionn. de la Bibl.
Stigmates, (T/iéo/og.) terme que lesFrancifcains
ont introduit pour exprimer les marques ou emprein-
tes des plaies de Notre Seigneur , qu'il imprima lui-
même fur le corps de S. François d'Àifife.
Voici ce qu'en dit M. l'abbé Fleury , dans fon hif-
toire eccléfialtique , tom. X^l, l, LXXIX, «°. â.
S T I
519
d'après Vading & S. Bonaventure. « En î 2.14 faint
» François fe retira fur le mont Alverne pour y paf-
» fer fon carême de faint Michel , c'cft-à-dire les
» quarante jours qu'il avoit coutume de j- imer, de-
» puis l'affomption de Notre Dame , 'uibu'a la fin, de
» Septembre Un matin, vers la fête' de l'exaha-
» tion de la fainte Croix, qui eft le 14 Septembre
» comme il prioit au côté de la montagae , il vit un
» féraphin,ayant fix ailes ardentes <k. lumineufes,qui
» defcendoit du haut du ciel d'un vol très-raoide.
» Quand il fut proche , faint François vit entre fes
» ailes la figure d'un homme , ayant les mains 6c
» les pies étendus 6c attachés à une croix. Deux aî-
» les s'élevoient au-defùis de fa tête , deux étoient
» étendues pour voler , & deux couvroicnt tuut fon
» corps Lavifion diiparoifTant , le faint apper-
» eut à fes mains & à fes pies les marques des cious
» comme il les avoit vus à l'image du crucifix. Ses
» mains & fes pies paroifloient percés de clous
w dans le milieu , les têtes des clous fe voyoitnt
» au-dedans des mains & au-delfus des pies , & les
» pointes rej^liécs de l'autre côté, & enfoncées dans
» la chair. A ion côté droit paroiflbit une cicatrice
» rouge , comme fi elle venoit d'un coup de iance ,
» & fouvcnt elle jettoit du l'ang , dont fa tunique &C
» fes fémoraux étoient arrolés. »
L'impreliîon de ces Jiigmatesfnt confirmée par plu-
fieurs miracles que rapporte le même auteur , qui
continue ainfi: « Quelque foin que prît François de
» cacher i'esjligmatcs , il ne put empêcher que l'on
» ne vît ceux des mains & des pies , quoinue de-
» puis ce tems-là il marchât chauffé , 6c tînt pref-
►> que toujours fes mains couvertes.' Les Jii'^matcs
» furent vus par plufieurs de fes confrères, qui bien
« que très dignes de foi par leur fainteté , l'alfure-
» rcnt depuis par ferment , pour ôter tout prétexte
» d'en douter. Quelques cardinaux les virent par
» la familiarité qu'ils avoient avec le faint hom-
» me ; ils ont relevé les ftmagtes , dit faint lîcna-
» vcnîure , dans les proies , les hymnes &: les an-
>» tiennes qu'ils ont compofées en ion honneur , 6c
» ont rendu témoignage à cette vérité de vive voix,
» 6c par écrit. Enfin le pape Alexandre IV. prêchant
» au peuple , en préfence de plufieurs frères & de
» moi-même (ce font les propres paroles de faint
» Bonaventure ) , afiiira que pendant la vie du faint
»> il avoit vu ces (d.crésjligmates de fes propres veux.
»> Il ajoute qu'à la mort de iaint François plus de cin- .
»> quante frères les virent, &: la pieuie vierge Claire
» avec fes iœurs , & une multitude innombrable de
». iéculicrs,dont plufieurs les baiferent & les touche-
» rent de leurs mains pour plus grande certitude.
» Quant à la plaie du côté , il la cacha fi bien ,
» que de ion vivant peribnne ne put la voir qu'à la
>» dérobée , mais après ia mort elle parut évidem-
» ment comme les autres ».
On a infiitué en mémoire de ce miracle une fête
appellée la/cfe des (ligmates de faim François^ avec
une méfie &. un olfice particulier, mais qui n'elî obli-
gatoire que pour les Franciicalns. Il y eut aulli à la
même occafion une archi confrérie érigée en 1594,
par François Pizi , chirurgien de la ville de Rome.
STIGMITES , i'. f {Hlfi. nat. Lithol.) nom donné
par quelques naturalifles aux pierres remplies de ta-
ches ou de petits points.
STlGNIi ES , 1. f. (^Hifl. nat. Lithol.) nom donné
par Pline à un porphyre rouge avec des taches noi-
res , c'efl le même qu'il d^^eile fyenites 6c pjrropoi-
cilon.
STIL DE GRAIN, (^Peint.) pâte jaune faite avec
une eipece de craie ou marne blanche , qu'on teint
par une décodion de graines d'Avignon dans de l'eau,
jointe à de l'alun ordinaire. De ce mélange , on en
forme cette paie fechc Ôi tortillée qui s appelle jéH
520
s T I
de
le
grain ; c'eft en Hollande qu'on le fiibrique ; il faut
choillr tendre , friable, d'un beau jaune doré. On
l'emploie pour peindre en huile & en miniature.
Le/fil (iegniin le compofe ordinairement avec du
blanc de Troie & de la graine d'Avioiion;mais l'efpecc
en eil mauvailtsëc il chàn'j,c. Il vaut mieux le taire avec
du blanc de plomb ou de cérufe ; broyer ce blanc
bien fin , en le détrempant fur le porphyre , d'oii il
favit le lever avec une fpatule de bois , 6c le laiflcr
fécher A l'ombre : enfuite prenez de la graine d'A-
vignon ; mettez-la en poudre dans un mortier de
bois, &; faites-la boifdlir avec de l'eau dans un pot
de terre plombé , juCqu'à ce qu'elle foit confommce
environ du tiers ou plus: paflez cette dcco£lion dans
un linge , & jettez y la groHcur de deux ou trois noi-
fettes d'alun pour l'empêcher de chajigerde couleur;
quand il fera fondu , détrempez, le blanc de cette dc-
coftion , & le reduifez en forme de bouillie affez
cpalde , que vous pétrirez bien entre les mains , &
vous en formerez destrochifques, que vous ferez fé-
cher dans une chambre bien aérée ; quand le tout
fera fec , vous le détremperez de même jufqu'à trois
ou quatre fols avec ladite déco£lion , félon que vous
voudrez que \eJiUJ( grain foit clair ou brun ; &C vous
le laiffcrez bien fécher à chaque fois. Remarquez qu'il
eft bon que ce fuc foit chaud , quand on en détrempe
la pâte , &C qu'il faut en taire d'autres , lorfque le
premier elt gnté.
Cette couleur jaune que donne le/// de grain cû
fort fufcepiible par le mélange des quabtés des autres
couleurs. Quand on mêle XafiUde grain avec du brun
rouge , on en fait une couleur des plus terreftres ;
mais fi on la joint avec du blanc ou du bleu , on en
tire une couleur des plus fuyantes. (Z>. J.)
STiLAGE ou STELAGE , f. m. {Comm.) droit qui
fe perçoit fur les grains en quelques endroits de Fran-
ce. C'ell un droit feigneurial , qu'on nomme aillem-s
minage , hallage & rnejurag'\ Il confilie ordinairement
en une écuellée de grain par chaque fac qui fe vend
dans une halle ou marché.
Il y a des lieux où lejielage fe levé aufîi fur le fel ,
comme dans la fouveraineté de Bouillon. Diclion. de
Commerce.
STILE, en Botanique , efl la partie qui eft élevée
au milieu d'une fleur , & qui pôle par la partie infé-
rieure fur le rudiment du fruit ou de la graine.
C'eft ce qu'on appelle plus ordinairement /^iyAY. Ce-
pendant Bradley les diftinguc : ilTappelley/z/e , quand
il n'eft que joint ou contigu à la graine ou au fruit ;
&/»//?//, lorfquil contient au-dedans deluila femence
ou le fruit, comme l'ovaire contient les œufs. Foye^
Pistil.
StiLE , (Critiq.facrée.) inftrument de fer, d'acier,
ou d'autre matière, pointu d'un côté pour former les
lettres fur une tablette enduite de cire , & applatie
de l'autre pour les effacer. Foje^TABLETTE de cire.
Cet ufage des anciens eft très-bien décrit dans ce
paffage du 4 des Rois , xxj. 73. j'effacerai Jérufalcm
comme on efface l'écriture des tablettes , & je pafle-
rai mon Jlile delfus plufieurs fois. Dieu voulolt faire
entendre par cette métaphore , qu'il ne laifTeroit pas
la moindre trace de la vie criminelle qu'on y menoit,
mais qu'il la détruiroit , comme on efface l'écriture
fur une tablette de cire, en tournant \e Jlile & le pal-
fant par-deffus. Jérémie , c/i. xvij. 1. dit que le crime
de la tribu de Juda eft écrit avec im flUe de fer &C une
pointe de diamant , & qu'il efl gravé fur leur cœur
comme fur des tablettes. Mais ces mots d'Haie, viij.
à.fcrihe fiilo hominis , écrivez cnJHle d'homme, figni-
fient une manière d'écrire fimple , naturelle , intelli-
gible, oppofée -dujlile figuré & énigmatiqusdes pro-
phètes. (Z?. /.)
Stile , Jlilus , f. m. en Chirurgie, eft un long inf-
trument d'acier qui va en diminuant par un bout , 6i.
S T î
fe termine en pointe , de manière qu'il a la forme d'un
cône ; &i. qui lert à étendre 6c découvrir ime partie
ou à l'inlinuer dedans.
On a coutume de faire rougir au feu le flile pour
l'inlinuer dans les canules cunnulœ. ,&; le retiier aul'i-
tôt; & on l'y met îk l'en retire luccelfivement aulfi
luuvent qu'il ell néceflaire ;pour cet effet, il eft bon
d'avoir deux iVdes pour les introduire alternativement.
f^oye:^ C ANNULA.
Stile , en Gnomonique , fignifie le gnomon ou ai-
guille d'un cadran, qu'on drelfe fur un plan pour jet-
tcr l'ombre. Voyc^ Gnomon.
STILET, f. m. (^Gram.^ elt une forte de poignard pe-
tit ik dangereux qu'on peut fort bien cacher dans fa
main,& dont les lâches fur-tout fe fervent pouraflaf-
fuier en trahifon. f^oyei Poignard.
La lame en ell ordinairement tiiangulaire &fi me*
nue , que la plaie qu'elle fait , efl prefque impercep-
tible. Le [lilet efl féverement défendu dans tous les
états bien policés.
Stilet, infirument de Chirurgie, qu'on introduit
dans les plaies & ulcères, t^oye^ Sonde. Anel a ima-
giné des pçt'itsjiileis d'or extrêmement déliés, à-peu-
près comme des foies de porc, & néanmoins bou-
tonnés par leur extrémité , pour fonder les points la-
crimaux,&: defobflruer le conduit nazal. f^oye^fip,
II. PL XXIII. f^oyeiFiSTVLE LACRIMALE. {Y)
STILLICIDIUM , f m. ( Archiicct. ro/«.) onfalt
que ce mot fignifie d'ordinaire la chute de l'eau
goutte -à- goutte ; mais dans Vitruve il défigne lia
pente du toit qui ell favorable à l'écoulement des
eaux ; il appelle au figuré les toits des cabanes des
premiers hommes Jhllicidia. Pline entend aufîi par/?i/-
/ijzWia , l'épalffeur du feuillage des arbres quand elle
ell capable de mettre à couvert de la pluie. ( D. J.)
STÎLLYARD , f. m. (^anc. compag. de Comm. y
on nommoit autrefois en Angleterre , la compagnit
dejUllyard, une compagnie de commerce établie en
1 1 1 5 par Henri III. en faveur des villes libres d'Alle-
magne. Cette compagnie étoit maîtreffe de prefqua
toutes les manufactures angloifes , particulièrement
des draperies. Les préjudices que ces privilèges ap-
portoient à la nation, la firent caffer fous Edouard IV.
Elle fubfifla néanmoins encore quelque tems en fa*
vcur des grandes avances qu'elle fit à ce prince ;
mais enîin elle fut entièrement fupprimée en 1551 ,
fous le règne d'Edouard VI. (Z). 7.)
STILO , ( Gêog. mod.') bourg d'Italie , au royaume
de Naples, dans la Calabre ultérieure, fur le Cacino,
à fix milles de la côte de la mer Ionienne. >
C'eff dans ce bourg qu'efl: né Campanella(T\\omzs\
fameux philofophe italien , qui fit grand bruit par
fes écrits , &C dont la vie fut long-tems des plus mal-
heureufes. Il entra dans l'ordre defaint Dominique,
& un vieux profeffeurde ce même ordre conçut \me
haine implacable contre Campanella , parce qu'il fe
montra plus habile que lui dans une difpute publique.
En paffant par Bologne on lui enleva fes manufcrits
& on les déféra au tribunal de l'inquifition. Quel-
ques paroles qui lui étoient échappées fur la dureté
du gouvernement d'Efpagne & fur des projets de
révolte , le firent arrêter par le vice-roi de Naples ;
on lui fit fouffrir la quellion, & on le retint 27 ans
en prilon. Enfin UrbainVIlI. qui le connoilfoit par les
écrits, obtint fa liberté en i6z6 du roi d'Efpagne,
Philippe IV. Le même pape le prit à Rome au nom-
bre de fes domefliques, & le combla de biens; mais
tant de faveur ralluma la jaloufie des ennemis de
Campanella ; il s'en apperçut & fe fauva fecrette-
ment de Rome en 1634, dans le carroffe de M. de
Noailles, ambaffadeur de France. Arrivé à Paris, il
fut accueilli gracieufément de Louis XIII. & du car-
dinal de Richelieu, qui lui procura une penfion de
deux nulle livres, U pafTa le refle de fa vie dans la
maifon
s T ï
aifcui des jacobins de la fue faint Honoré, &y eft
ort en 1639, à 71 ans.
1 a public un grand nombre de livres fur la Théolo-
e, la Phlloibphie , la Morale , la Phy fique , la Politi-
le, la Rhétorique , la Médecine, & l'Aftrologie. Il
roit (liperflu d'indiquer les titres & les éditions d'ou-
ages , dont on ne fait aucun cas aujourd'hui. Nous
avons plus befoin de l'apologie de Galilée , ni de
éfervatif contre l'autorité d'Arilîote. On méprif^
uverainemcnt l'Altrologie judiciaire. Enfin , on ne
aint plus la monarchie univerfelle du roi d'Efpagne.
;s idées de Can-.panella pour fonder une republique,
l'il nomme allégoriquement la cité du Soleil , ne
ilentpas-, à beaucoup près, i'Uthopie de Thomas
orus. Ajoutez que c'eft un écrivain plein d'ima-
nations folles , îk. dont le flyle eft rebutant.
Son Atheifmus crimnphatus , eH: de tous (es ouVra-
•s celui qui a fait le plus de bruit, quoique ce foit
îrdre fon tems aujourd'hui que de prendre la peine
; le lire. On prétend qu'en faifant fcmblant de com-
ittre les athées dans cet ouvrage, il a cherché à
s favorlfer, en leur prêtant des argumens auxquels
; n'ont jannais penfc , & en y répondant très-foible-
ent ; d'où vient qu'on a dit qu'il auroit dii intituler
in ouvrage, Atheifmus triompkans ^ & peut-être
eût-il fait s'il l'eût ofé.
Ern. Sal. Cyprianus a donné fort au long , en latin,
vie de "Canipanella ; c'elî: dans le goût des favans
z fon pays , mais ils s'en corrigeront bientôt.(Z?, 7.)
STIMULANT, adj.fe dit m Médecine, d'une el-
cce de douleur, il fignifie alors une douleur poi-
aante ou pongitive. Ce ternie vient du latin jiimu-
is , aiguillon , parce que la douleur eil comme un
iguillon qui réveille & ranime les mouvemens de
L machine en produilànt une irritation ou un cha-
3uilîe'ment dclagréable,
StIMULANS, remèdes acres, irritans, dont l'énergie
ft très-confidérable. Ces remèdes font en général
DUS li^s amers , tous les fels volatils & fixes, les fels
entres ou androgyns , les icls volatils huileux , les
aumes, les teintures acres , telles que celle de Cou-
re , de fcories, de foie & de régule d'antimoine.
Tous ces remèdes iont indiqués dans tous les cas
lîi l'atonie de nos fibres eft trop grande , & où la
■ifcofité de nos humeurs obftrue nos vaifl'eaux au
loint d'empêcher leur oicillation. On peut conclure
!e-là que tous les remèdes atténuans Iont autant de
Vimulans , parce qu'en divifant les humxeurs & en re-
lonnant du reffort aux fibres , ils rétabliiTent l'équi-
ibre entre les folides & les fluides.
STINCHAR ou STINSIAR, (G'%. moi. ) rivière
l'Ecofie , dans la province de Carrik. Elle lort d'un
)etit lac de cette province, & fe perd dans la mer.
D.J.)
STINKERKE , f f. ( Modes. ) mouchoir de cou,
l'ufage dans le dernier fiecle; on le bordoit de den-
clle , de frange de foie, de filets d'or ou d'argent;
voici l'origine de ce nom. Une bataille , fuivie de la
viâoire, ie donna en 1691, près d'un village du Hai-
naut, nommé Steinkerke : il plut à nos dames d'illu-
nrcr ce nom , en le faifant palier du village à une
eipece de mouchoir de cou de leur invention , &
qui prit beaucoup de faveur , parce que plvilieurs
dameis, qui crurent devoir cacher leur gorge, y
trouvèrent un double avantage. ( Z?. 7. )
STIPENDl AIRE , f. m. ( Gram. ) qui eft aux ga-
ges ou ;\ la iclde d'un autre.
STIPENDIE, adj. (^Gram.') payé, foudoyé par
quelqu'un.
Sl'lP-VISCH , f. m. ( Ickt/iio/og.^ nom donné par
les HoUandois à un poifibn des Indes orientales, qui
cft de la claffe de ceux de l'Europe , qui ont deux
nageoires de derrière, dont l'antérieure cil armée de
Tone X K
S T ï
nr
piqûans. La peau ànftlp-vifch eft tachetée, & fa chair
eft très - délicate : on le prend communément avec
l'hameçon. (Z>. /.)
STIPULATION , f. ï.jiipuUtio , {Gram, & Jurif-
prudence.') eft une forme particulière , par laquelle
on fait promettre à celui qui s'oblige de donner ou
faire quelque choie.
Les jurifconfultes tirent l'étymologie de ce mot
du htm Jiipulum , qui eft la même chofe qnsjirmum .-
dejiipulumon a izit/lipulation , parce que c'eft hJIi-J
pulation qui atfermit les conventions , & leur donne
de la force.
D'autres font venir Jlipulation de fîips , qui figni-
fie une pièce de monnoie , parce que \qs Jlipulacions
ne fe faifoient guère qu'à propos de quelques fom^»
mes pécuniaires,
Ifidorefait dériver ce mot de /i/7«/a , qui fignifie
un brin de paille , parce que , félon lui, les anciens ^
quand ils fe foifoient quelque promefte, tenoient
chacun par un bout un brin de paille qu'ils rom^
poient en deux parties , afin qu'en les rapprochant
cela fervît de preuve de leurs promeffes.
Mais cet auteur eft le feul qui fafte mention de cette
cérémonie, & il n'eft pas certain que les Jlipulations
n'eufl^ent lieu que dans les promefles pécuniaires ^
comme Feftus & Varron le prétendent ; il eft plus,
probable que ftipulatio eft venu àe Jiipulum,
hajiipulation étoit alors un aflèmblage de termes
consacrés. Pour former cette manière d'obligation ^
on l'appelloit fouvent i/?rêr/-<jg'a«o , parce que le fti-
pulant , c'eft-à-dlre celui au profit de qui l'on s'obli-
geoit, interrogeoit l'autre : Mœvi, /pondes rie dure de-
cem; & Mœvius , qui étoit le promettant , répondoit
fpondeo ; ou bien , s'il s'aglflbit de fiiire quelque
chofe , l'un àA(o\t , faciès ne , &c. l'autre répondoit^
faciam ,fide jubés , fidejubeo, & ainfi des autres con-
ventions.
Ces (iipulations étoient de plufieurs fortes , les
unes conventionnelles , d'autres judicielles , d'au-
tres prétoriennes , d'autres communes ; mais ces dif-
tinâions ne font plus d'aucune utihté parmi nous ;
ceux qui voudront s'en inftruire plus à fond , peu-
vent cocfulter Gregorius Tolofanus , liv. XXiy,
chap. j.
Dans tontes ces fiipulatioris , il fallolt interroger^
& répondre foi- môme : c'eft de-là qu'on trouve dans
les lois cette maxime , alteri nemo flipulari potefl.
Mais ces formules captieufes furent fupprimées
par l'empereur Léon ; & dans notre ufage , on n'en-
tend autre chofe par le terme àe flipulaiion , que les
claufis &c conditions que l'on exige de celui qui s'o-
blige envers un autre ; & comme on peut aujour-
d'hui s'obliger pour autrui , à plus forte raifon peut-
on ftipuler quelque choie au profit d'autrui. f^oje:(^
au dii^cfîe le lit. I, liv. XLV. le liv. VIII. du code , tit.
XXXVIIL & aux inflit. liv. III. tit. VI. & les mots
Accord ^ Contrat , Convention , Clause j
Obligation, Pacte. (^)
STIPULER j {Scienc. ctymol.) on fait que fipulcr^
en latin flipulari , fignifie contracter ; ce mot vient de
fliptila , qui veut dire une paille , parce qu'ancienne-
ment les premïeresjlipulations furent faites entre les
bergers pour des terres , & qu'alors celui qui flipu-
loii , qui contraftoir , tcnoit en fa main une paille ,
fHpulam , qui repréfentoit les fonds de terre qu'il
vouloit prendre ou engager. CD. J.^
STIPULES, f. f pi. (^c>rj«.) ce font deux petites
feuilles pointues , qui lé trouvent à la naifl'ance de
plufieurs efpcces de plantes. ( D. /. )
STIQUE, (. m. ( Critique ficréc & profane. ) cm
grec (nixo'^ » ce mot qu'il importe d'expliquer , veut
dire la même chofe que le mot latin vcrfis. L'un Si
l'autre de ces deux termes dans leur origine fignihoil^
y Y V
512
s T I
lîmplemcnt une l'ignc ouune rangée ; car ver/us v'ient
de vcrure , qui fignifie tourner ; &L quand l'ccrivain
ert au bout de la lii^ne , il tdut qu'il retourne , 6c le
Icéieurtout de même, yoye:^ Menagii obfcrv. inDiog.
Lacnil^ l. ly. n'^. 24. S. Jérôme dit auffi dans la pré-
iace à la vcrfion latine de Daniel , que Méthodius ,
Euiebe 6c Apollinaire avolent répondu aux objec-
tions de Porphyre contre l'Ecriture , muùis ver/hum
nùllihus , c'ell-à-dire dans des ouvrages qui conte-
noient plulîeurs milliers de lignes ; car ces auteurs
ont tous écrit en proie. Cornélius Nepos , dans Epa-
minondus , /. XVI. vj. dit : Uno hoc volumïnc ■v'itas
txcdlcnùum virorum conduJct: con[lituinitis , quorum
feparaùin muliis millibus verluiim compluns fcriptons
anti no$ (xpUcarunt. Jolephe , à la fin de les antiqui"
tés , dit que fon ouvrage contenoir vingt livres &
foixantc mille vers owjttqucs. Voyc^ Verset , Crltiq.
facrée.{D.J,)
SlLlKl.,\Gé9g. mod.) montagne de la Turquie
européenne , dars laLivadie , avec un village qui lui
a communiqué Ion nom , &lqui elt l'ancienne Suris.
On volt fur .cette montagne le monaftere d'un her-
mite de ce defert, qu'on nomme le couvent de S. Luc
Stiriti , 6c qui elt L'un des plus beaux de toute la
Grèce ; il elt conipolé de plus de cent caloyers , qui
s'occupent dans leurs cellules & dans les campagnes
à divers ouvrages néceflaires ; leur cglife eli belle &
bâtie à la greque. Foye^ ce qu'en dit Whéler dans
Ion voyiige de Dalmat'u. (^D. J.^
-, iSTlRIE , en alUniand STEYER , {Gtog. mod.) pro-
vince d'Alkn-.agne , 6i l'un des états héréditaires de
lamaifon d'Autriche, au cercle de ce nom. Elle a
pour bornes l'archiduché d'Autriche au nord , la Hon-
grie à l'orient , la Carniole au midi , la Carinthie &
l'archevêché de Saltxbourg à l'occident. Elle étoit an-
ciennement compril'e partie dans la Pannonie& par-
tie dans la Norique. Elle fut fous la domination des
ducs de Bavière jufqu'en 1030, que l'empereur Con-
rad II. l'érigea en marquilat ; Frédéric I. érigea ce
marquifat en duché , & par la donation qu'il en fit
à Lcopold, duc d'Autriche , fon bcau-pere , du con-
fentement des états du pays , la Sdrie pafia dans la
mailbn d'Autriche. Cette province a 31 lieues de
long fur 10 de large. C'eft un pays fort montagneux,
arrofé de la Drave , du Muer , & d'autres rivières ,
défert & ftérile dans fa plus grande partie , mais
abondant en mines de fer. On le divife en haute &
baffe Stirie. Gratz en eft la capitale. ( Z). /. )
STIRIS , ( Geog. anc. ) ville de la Grèce dans la
Phocide. Paufanias , /. X. c. xxxv. dit : *< On ne va
» pas feulement de Chéronée dans la Phocide par
>> le chemin qui mené à Delphes , ni par celui qui
» traverfimt Panopée , paffe auprès de Daulis , &
» aboutit au chemin qui fourche ; il y en a encore
» un autre fort rude, par lequel en montant preique
>> toujours , on arrive enfin à i'^/m , autre ville de la
» Phocide. Ce chemin peut avoir fix-vingt fiades de
» longueur ».
hes S tintes fe vantoicnt d'être athéniens d'oHgine.
Ils difoient qu'ayant fuivi la fortune de Péteiis, fils
d'Orneus , chaffé d'Athènes par Egée , ils vinrent
s'établir dans un coin de la Phocide , où ils bâtirent
ime ville qu'ils nommèrent i'//>/5, parce qu'ils étoient
la plupart de la bourgade Stirium ou Steirca , qui fai-
foit partie de la tribu Pandionide. Ils habitoient fur la
cime d'un roc fort élevé , &: par cette raifon ils man-
quoient (buvent d'eau , particulièrement en été : car
ils n'avoient que des puits , dont l'eau n'étoit pas
même fort bonne : aufTi ne s'en fervoient-ils qu'à fe
laver & à abreuver leurs chevaux. Ils étoient obligés
de defcendre quatre fiades pour aller chercher de
l'eau d'une fontaine creufée dans le roc.
On voyoit à Utiris un temple de Cérès , furnom-
nié Suriiis : ce temple étoit bâti de briques crues ;
S' T O '
maïs la déeffe étoit du plus beau marbre , & tenoît i
un flambeau de chaque main. Près de cette llatue il
yen avoit une autre fort ancienne , couronnée 'de
bandelettes , 6c ces peuples rendôient à Cérès tous
les honneurs imaginables.
De Sttris à Ari.hrylJum , on comptoit environ 60 '
fîades , & l'on y alloit par une plaine qui étoit entre
deux montagnes. Le chemin étoit bordé de vignes
à droite & à gauche , 6c tout le pays étoit un vigno-
ble ; mais entre les ceps de vigne , on élevoit une
efpece de chcne-verd.
Stlris y félon M. Spon , voyage de Grèce , tome If,
fubfille encore aujourd'hui , 6t conferve fon ancien
nom : car on l'appelle Stiri ; mais ce n'cftplus qu'un
village. {D. J.)
sriRITIS, (^Mythol.') Cérès avoit un temple à
Stiris , ville de Phocide , fous le nom de Céri-s Siiri.
tis , dans lequel on lui rendoit , dit Paufanias, tous
les honneurs imaginables. Ce temple étoit bâti de
briques; mais la déeffe étoit du plus beau marbre, &
tenoit un flambeau de chaque main. (Z?. /. )
STI-RONE , LE , {Gcog. mod.) rivière d'Italie dans
le Parmefan. Elle a la fource dans les montagnes, &
après s'être groflie de la Vezola & de laParola, elle
fe jette dans le Tarro. (Z>. /. )
STl VA , LE MONT , ( Gcog. mod. ) montagne de
la Turquie européenne , dans la Livadie. C'eft le
Cyrhis des anciens , ielon M. Spon. Les Grecs l'ont
appelle Stiva , d'un village de ce nom qui eft aii-
deffus. {D. J.')
STO JE, {^ Antiq. athén.) çicti; c'eft ainfi que les
Athéniens nommoient leurs portiques plantés d'ar-
bres pour la promenade , de fiegcs pour fe repofer,
& de cabinets de feuillage pour fe retirer ou pour
converfer. Potter , arcluzol. gt<Ec. L I. c. viij. t. L p» »
j8. Voyez auj^ /e moi PoRTiQVE. (D.J.) If
STOBI , ( Géog. anc. ) ville de la Macédoine dans
laPélagonie. Il y a apparence qu'elle prit fes accroif-
femens & fon luftre après la deftruéiion de PélagO'
nia , ipétropole de la province : car perfonne , de-
puis Tite-Live , ne fait mention de cette dernière
ville, au-lieu que Sw/'i eft fort connue, Pline, /. IF.
c. X. en fait une colonie romaine. Il en eft parlé dans
le digefte , leg. ult. de cenjih. & on a des médailles de
Vefpafien & de Trajan, où elle a le titre de muni"
cipe , MUMCIP. Stobeus , ou MuNicip. Stoben-
siUM. Ptolomée , LUI. c.xiij. connoît auffi cette
ville qu'il donne aux Pélagoniens. Il y en a qui veu-
lent que le nom moderne foit Starachino. ( Z>. 7.)
STOC , f m. ( Forgis. ) baie fur laquelle eft ap-
puyée l'enclume de grolTes forges. Foyc^^ VanicU
Grosses forges.
STOCFISH , f. m. (' Commerce de poison. ) poiftbn
de mer falé 6c defleché, couleur de gris cendré , ayant
néanmoins le ventre un peu blanc ; fa longueur or-
dinaire eft d'un pié ou deux. La morue feche ou
parée, que l'on appelle autrement merlu owmerlu-
che , eft une efpece de (lockfish. Savary. ( Z>. /. )
STOCKHEIM , ( Géog. mod. ) nom de deux pe-
tites villes d'Allemagne. La première eft dansl'évê-
ché de Liège , fur la Meufe , à 5 lieues au-deiTous de
Maftricht. La féconde , autrement nommé Stookak^
eft dans la Suabe , au landgraviat de Nellenbourg ,
lur une petite rivière de ce nom , à deux lieues du
lac , & à fix au nord de la ville de Conftance. Long,
de cette dernière, zS. ^2. latit. 47. 6C). (Z>. /,)
STOCKHOLM, {Géogr.mod.) ville de Suéde,
dans rUpland , la capitale du royaume, & la réfiden-
ce des rois , à 75 lieues de Copenhague , à 260 de
Vienne , & à environ 3 10 de Paris.
Cette ville eft bâtie à l'embouchure du lac Mêler
dans la mer Baltique ; tout y eft fur pilotis , dans plii-
fieurs îles voifines les unes des autres; il n'y a qae
deux fauxbourgs qui fdient en terre ferme,
/
s T O
StOckholiH efl grande , fort peuplée , & fait un
:ommerce confidérable. La plupart de fes maifons
ont aâiiellement bâties en brique, au-lieu que précé-
leniment elles étoient prefque toutes de bois. On y
emarque entr'autres beaux édifices le palais du chan-
elier , celui de la nobleile , 6c le château , qui eft un
âtiment f]3acieux , où non-feuleiiient la cour loge,
lals oiis'aHemble aufTi la plupart des cours fupérieu-
cs du royaume. Ce château eft fitué de façon que
'un côté il a vue fur le port , & de l'autre fur la
ille , oii il fait face à une grande place décorée des
lus belles maifons. Le palais de la nobleffe eille lieu
Li elle tient fes féances.
St:ockholm^LO\.MÀv^ jamais la (ct(^ funefle de ce mê-
le palais, dans laquelle Chrifliern rétabli roi, & fon
rimât Troll, firent égorger en i 520 le fénat entier,
: tant d'honnêtes citoyens. Le tyran devenu par-
ait exécrable , fut enfin dépofé, &: finit fes jours en
rifon ; Troll mourut les armes à la main ; dignes l'un
: l'autre d'une fin plus tragique !
On divife ordinairement Stockholm en quatre par-
es ; favoir , Sud-Malm , & Nor-Malm , qui font les
eux fauxbourgs , au milieu defquels la ville eil fi-
lée , & dans une île. La quatriem.e partie eft Garce-
nd , & le tout compofe une des grandes villes de
lurope.
L'île dans laquelle ia plus grande partie de Stock-
nm fe trouve enfermée , eft environnée de deux
•as de rivière , qui fortent impétueufement du lac
leler , & fur chacun de ces bras , il y a un pont de
Dis ; enfuite il fe forme encore quelques autres îles
.li n'en font féparées que par un peu d'eau. D'un
;té on a ia vue fur le lac , & de l'autre fur la
er , laquelle forme un golfe qui s'étend à-travers
ufteurs rocners,enforte qu'on le prendroit pour un
Ure lac. L'eau en eft fi peu falée , qu'on en pour-
)it boire devant Stockholm , à caufe de la quantité
eau douce qui y tombe du lac Mêler.
On rapporte la fondation de la ville à Birger , qui
it gouverneur de Suéde après la mort du roi Erric,
irnommé le Bègue , & on prétend qu'elle reçut le
Dm de Stockholm d'une grande quantité de poutres
i'on y apporta des lieux circonvoifins ; ftok fignifie
1 fuédois une poutre , & holm une iU , & même un
e« dcfert. Quoi qu'il en foit , outre la force de fa ft-
lation , elle eft encore défendue par une citadelle
)ute bordée de canons.
Prefque tout le commerce de Suéde fefait à Stock-
ilm ; il confifte en fer, fil-de-fer, cuivre, poix,
'fine, mâts , & lapins, d'où on les tranfporte ail-
:urs. La plupart des marchandliés ôc denrées qu'on
îçoit des pays étrangers viennent dans ce port ,
ont le havre eft capatsle de contenir un miUier de
avires : il y a encore un quai qui a un quart de lieue
e long , où peuvent aborder les plus grands vaif-
;aux ; mais fbn incommodité confifte en ce qu'il eft
dix milles de la mer , & que fon entrée eft dange-
;ufe à caufe des bancs de fable.
On compte dans cette ville neuf cgllfes bâties de
rique , & couvertes de cuivre , inidépendamment
e celles des f?uxbourgs. La nobleft'e & les grands du
Dyaume réfident à Stockholm , où l'on a établi , en
735 , une académie des Sciences & de Belles-Let-
•es.
Le gouvernement de la ville eft entre les mains du
adtholdcr , qui eft auffi confeiller du conleil privé,
près lui font les bourg-mcftres , au nombre de qua-
■e , l'un pour la jufticc , l'autre pour le commerce,
' troifieme pour la police , & le quatrième pour
infpedion iur tous les bâtimens publics &: particu-
ers. Les tributs qui s'impofent fur les habitans pour
; mnintien du gouvernement de la ville, les bâtimens
ublics, la paie d'une garde de trois cens hommes,
'c, les tributs , dis-je , quç. les bourgeois doivent
S T O
Jîl
payer pour cette dépehfe , fcroient regardés comme
un pefant fardeau , même dans les pays le plus opu-
lens ; aufti tâche-t-on de dédommager les citoyens
fur lefquels tombent ces charges , par les privilèges
qu'on leur accorde , foit pour les douanes , foit pouf
le commerce du pays qui pafîe néceffairement paP
leurs mains. Long. Ac Stockholm^ fuivantHarris, ji»
/. 16. latit. 5S. jo. Long, fuivant Gaffini , j6^. ôG^
j o. latit. 5^. 10.
La célèbre reine Chriftine naquit à Stockholm , en
1626, de Guftave Adolphe , roi de de Suéde , & de
Marie-Eléonore de Brandebourg. Elle avoit beaucoup
de fagacité dans l'efprit , l'air mâle , les traits grands,
la taille un peu irréguliere. Elle étoit affable , géné-
reufe , & s'illuftra par fon amour pour les fciences ,
& fon affeftion pour les gens de lettre. Elle fuccéca
aux états de fon père en 1653 , & abdiqua la cou-
ronne en 16^4 , en faveur de Gharles Guftave , duc
des Deux-Ponts, de la branche de Bavière palatine,
fon coufin germain , fils de la fœur du grand Gui*
tave.
Peu de tem.s après cette abdication , Chriftine vint
en France , & les fages admirèrent en elle une jeune
reine qui, à 27 ans , avoit renoncé à la fouveraineté
dont elle étoit digne , pour vivre libre & tranquille.
Si l'on veut connoître le génie unique de cette reine,
on n'a qu'à lire fes lettres , comme M. de Voltaire l'a
remarqué.
Elle dit dans celle qu'elle écrivit à Chanut, autre-
fois ambaffadeur de France auprès d'elle : «j'ai pof-
» fédé fans fafîe , je quitte avec facilité. Après cela
» ne craignez pas pour moi , mon bien n'eft pas au
» pouvoir de la fortune ». Elle écrivit au prince de
Condé. «Je me tiens autant honorée par votre efti-
» me qu^par la couronne que j'ai portée. Si , après
» l'avoir quittée , vous m'en jugez moins digne ,
» j'avouerai que le repos que j'ai tant fouhaité , me
» coûte cher; mais je ne me repentirai point pour-
» tant de l'avoir acheté au prix d'une couronne , &
» je ne noircirai jamais par un lâche repentir une
>» aûion , qui m'a femblé il belle ; s'il arrive que vous
» condamniez cette aftion , je vous dirai pour toute
>> excufe , que je n'aurois pas quitté les biens que la
» fortune m'a donnés , fi je les eufTe cru nécefîaires
>> à ma félicité, & que j'aurois prétendu à l'empire
» du monde , fi j'eufi'e été auffi affuré d'y réufîir que
» le feroit le grand Condé.
Telle étoit l'ame de cette perfonne fi finguliere ;
tel étoit fon ftyle dans notre lange qu'elle avoit parlé
rarement. Ellefavoit huit langues; elle avoit été difci-
ple &: amie de Defcartesqui v[\Q\n\.\\ï. Stockholm dans
fon palais , après n'avojr pu obtenir feulement une
penfion en France , où fes ouvrages furent même
profcrits pour les feules bonnes choies qui y fuffent.
Elle avoit attiré en Suéde tous ceux qui pouvaient
l'éclairer. Le chagrin de n'en trouver aucun parmi
fts fujets , l'avoit dégoûtée de régner fur un peuple
qui n'étoit que foldat. Elle crut qu'il valoit mieux
vivre avec des hommes qui penfent , que de comman-
der à des hommes fans lettres ou fans génie. Elle avoit
cultivé tous les arts dans un climat où ils étoient alors
inconnus. Son deffein étoit d'aller fe retirer au mi-
lieu d'eux en Italie. Elle ne vint en France que pour
y pafTer , parce que ces arts ne commençoient qu'à
y naître.
Son goût la fixoit à Rome. Dans cette vue elle
avoit quitté la religion luthérienne pour la catholi-
que; indifférente pour l'une & pour rautre,elle ne fit
point fcrupule de le conformer en apparence aux f en-
timens du peuple chez lequel elle vouloit palier fi»
vie. Elle avoit quitté fon royaume, en 1654 , &fait
publiquement à Infpruck la cérémonie de Ion abju-
ration. Elle plut allez peu à la Cour de France, paic«
qu'il ne s'y trouva pas une femme dont le génie put
V V v ij
5 M S=T (E
atteindre au fien. Le roi la vit , & lui fit de grands
honneuts , mais il lui parla î^ peine.
La plupart des tommes ck des courtifans n'obfcr-
vercnt autre choie dans cette reine philolophe , fmon
qu'elle n'ctoit pas coëttce à h françoiie, & curdlc
danl'oitmal. Les lagcs ne condamnèrent en clic que
le meurtre de Monafdelchi Ion ccuyer , qu'elle lit al-
lalfiner à Fontainebleau dans un lecond vovage. De
quelque faute qu'il tut coupable envers elle , ayant
renoncé à la royauté , elle devoit demander jiittice ,
& non fe la taire. Ce n'étoit pas une reine qui pu-
nifToit un rujct , c'étoit une femme qui terminoit une
galanterie par un meurtre ; c'étoit un italien qui en
tailoit aiTainncrun autre par l'ordre d'une luédoile,
dans un palais d'an roi de France. Nul ne doit être
mis à mort que par les lois. Chriltirie en Suéde n'au-
roit eu le droit de faire alîalGner perionne; 6c certes
ce qui eut été un crime à Stockholm , n'étoit pas per-
mis ;\ Fontainebleau.
Cette honte & cette cruauté terniffent prodigieu-
femcnt la ohilofophie de Chriftine qui lui avoir fait
quitter un trône. Elle eût été punie en Angleterre;
mais la France ferma les yeux à cet attentat contre
l'autorité du roi , contre le droit des nations , &
contre l'humanité.
C^hriiïine fe rendit à Rome , où elle mourut en
1-689, à l'âge de 63 ans. Ejjai fur /'hifl. imivajelU.
(Z,£ duvalicr DE J AU COURT.)
STOECHADES , ÎLES , (^/o^. û«c.) îles de la mer
Méditerranée , fur la côte de la Gaule narbonnoife,
au voilinasie de la ville de Marfcille. Pline entre les an-
...
ciens ,cft celui qui paroit les avoir le mieux connues.
Il en donne non-feulement le nombre & le nom gé-
néral ; il' en marque encore les noms particuliers &
la lituation. Les Madeillois , dit-il, donnèrent dos
noms particuliers à ces trois îles Stocchudes , félon
leur fnuaiion , c'elt-à-dire , à l'égard de Marleille. La
pi-emiere , ou la plus proche de la ville, fut nommée
d'un nom grec Pro:e , ce qui veut dire première : la
féconde fut nommée Mefi , c'eft-à-dire , celle du mi-
lieu , ou mcdiana , comme on l'appella après l'aboli-
tion de la langue greque dans ce pays-là : la troifieme
fut nomm.ée Hupcza , inférieure , c'ell-à-dire , celle qui
eft au-deffous des deux autres, &: la' plus éloignée de
MarféiUe.
A cette defcription il n'eft pas difficile de recon-
noître les trois îles, que l'on trouve dans la mer voi-
fme de la ville d'Hiercs ,&qui prennent aujourd'hui
leur nom de cette ville , quoique chacune des trois
ait aulîi le lien en particulier. La première île s'ap-
pelle vulgairement PorqueyroUs ou Porqueroles , à
caufe qu'il y vient beaucoup de fangliers , qui y paf-
fent à la nage de la terre ferme, pour manger le gland
des chênes verds qui s'y trouvent en abondance. La
féconde île a Te nom de Portecro;^, du nom du port ,
où il y a un petit fort. La troifieme fe nomrne l'île du
Titan ou du Levant , à caufe qu'elle cii à l'oiient des
deux autres ; & l'on voit par les anciens regiflres de
Provence, que cette troifieme île s'appelloit autre-
fois Cabaros.
Cesîlesfurent premierementhabitéespar lesMar-
feillois , qui les nommèrent Stoecadis , peut-être à
cauf" de la plante floechas qui y abonde. Les trois
écueils ou rochers voilins de Marleille , no.ntnés If,
Ratonmau &c Pomègue , ne font point , comme quel-
ques-uns l'ont imaginé , les Sroechada des anciens,
parce que ces rochers font flériles , & ne produifent
ni la plante fioechas , ni prcfqu'aucunc autre. Les
trois îles d'Hieres font auffi nommées les iles d'or ,
par corruption du mot latin Araé . q\ii cfl: l'ancien
nom de la ville d'Hieres ; ainfi le nom ÔLinfidœ Ana-
rum , eft celui des îles d'Hieres ou des Stoeckades de
l'antiquité. (D.J.)
STC£CHAS,i'. m.^l/ijl.nat. Bot.) genre de plante,
S T
il fleur monopétalc, iai^iée, dont la lèvre fupérieure
elt relevée &c fendue en deux parties, &: l'inférieure
en trois , de façon qu'au preniier alpedt cette fleur
paroît divifée en cinq parties. Le piflil fort du ca-
lice ; il ell attaché coï.ime un clou à la partie pofté-
rieure de la fleur , 6c entouré de quatre embryons
qui deviennent dans la fuite autant de femences ar-
rondies 6c renfermées dans une capfule qui a fervi
de calice à la fleur. Ajoutez aux caraderes de ce
genre , que les fleurs font difpofées par rangs fur des
têtes ccailieufes , du haut delquelles il fort quelques
petites feuilles. Tournefort, iaf. rei lierbar. Foye-'
Plante.
La première des cinq efpeces de ftœcha<! de Tour-
nefort fera celle que nous décrirons ; c'cft la flsechas
purpurea y arabica vulgb dicla, , inji. ni lurb. 201. J. B.
3. 2;/^. C.B. P. 2/6'. Raii hij'i. floechas br^vioribus
Ugutis ^ Cluf. hill. J44. G'efl: un fous-arbriiTeau
haut d'une ou de deux coudées : fes tiges font li-
gneufes , quadrangulaires : fes feuilles naifîent deux
à chaque nœud, de la figure de celles de la lavande,
longues de plus d'un pouce , larges de deux lignes,
blanchâtres, acres , odorantes & aromatiques. L'ex-
trémité de la tige efl terminée par une petite tête
longue d'un pouce , épaiiîe , formée de plufieurs pe-
tites feuilles arrondies, pointues, blanchâtres & fort
ferrées. D'entre ces feuilles fortent fur quatre faces,
des fleurs d'une feule pièce, en gueule, de couleur
de pourpre foncé : la lèvre fiipérieure eft droite, &
divifée en deux : & rinfcrieure partagée en trois ;
mais cependant elles font tellement découpées toutes
les deux , que cette Heur paroît du premier coup-
d'œil partagée en cinqquartiers. Leur calice eft d'u-
ne feule pièce, ovalaire, court, légèrement dentelé,
permanent, & porté fur une écaille. Le piftil qui efl
attaché à la partie poflérieure de la fleur , en manière
de clou , efl environné de quatre embryons qui fe
changent en autant de graines arrondies , & renfer-
mées dans le fond du calice : la petite tête eft cou-
ronnée de quelques petites feuilles d'un pourpre
violet. /
Cette plante aime les lieux chauds & fecs ; aufti
croît-elle abondamment en Languedoc , en Provence
& fur-tout aux îles d'Hieres appellées par les an»
ciens îU^ liéchadis. Ses fommités fleuries , ou petites
têtes delltchées , font nommées «tto./;)^* par Diof-
coride , a-if^'/a-^ P^r Galien , & dansjles ordonnances
des médecins Jiœchas , (lœchas arabica ou flores fioC'
chados.
Ces fommités fleuries, ou ces petites têtes font
oblongues , écailleufes , purpurines , d'un goût un
peu acre , amer , &: d'une odeur pénétrante , qui
n'efl: pas defagréable. Ceux qui les cueillent , & qui
font un peu éclairés , confervent leur coideur &
leur odeur, en les faifaat fecher enveloppées dans
du papier pris , & on les met enfuite dans une
boite.
On multiplie les flœchas de graine* qu'on femc
au pi'intems dans une terre feche & légère. Quand
elles fe font élevées à la hauteur de trois pouces , on
les tranfplante ailleurs à fix pouces de diftance ; on
les arrofe , on les abric , jutqu'à ce qu'elles aient
pris racine ; on les nettoie de mauvaHes herbes ;
on les couvre pendant l'hiver , & l'année fuivante
on les met ailleurs à demeure; on doit choifir celles
qui font nouvelles, odorantes , & en même tems un
peu ameres. On retire l'huile efTcntieile de ces tê:es
fleiiries de la même manière que des fommités de
b lavande ; elle a les mêmes vertus , mais on en fait
peu d'ufage en médecine.
On a dans les boutiques une autre plante nommée
fâchas citrin , flœchas citrina ans^ufUfolia, C. B. P.
26^4. mais elle n'a ni la figure , ni les vertus du vrai
fâchas , c'cft une efpece CUdychrifum. {D. /.}
s T
St(KCHAS ou Stoschas araSiquê , {Mut. mcd.)
cette plante croît abondartiment en Pfovtnce & en
Languedoc ; c'eft des îles d'Yeres & des environs de
Vlontpellicr qu'on la tire , principalement pour l'u-
age de la Médecine.
C'eft la pianîe entière fleurie & fechée , ou fcs cois
leuris tl léchés; qu'on emploie ; elle efî: de la clafTe
les labiées de Tournetbrt. Elle cft très-aromatique;
m en retire par confcquent par la diltiliation , une
lau diflillce bisn parfumée & très-analogue en ver-
us à celles que foiirnillont la plupart des autres plan-
es ufuclles de la même claffe; telles que la lavande,
a faxige , le thim , &c. on en retire auffi par la diftil-
arion une bonne quantité d'huile efTontielle qui eft
(eu d'ufage en Médecine , & qiii a les mêmes ver-
us que l'huile effentielle de lavande , &c.
LeJIccchas eu mis au rang desremedês ccphaliques
s: antiipafmodiques ; on l'enlploie quelquefois en
nfufion dans la paralyfie, les tremblernens des mem-
bres , le vertige <k toutes lés maladies appellées nur-
zuj'zs & fpafraodiques ; mais \q (îœchas eft beaucoup
îoins ufité & moins efficace dans tous ces cas , que
eaucoup d'autres plantes de fa ciaffe , & notam-
lent que la fauge qui paroît lui devoir ôtrê toujours
référée, /''ojc^ Sauge.
Les autres vertus attribuées à tétte plante , corn-
ue d'exciîër les règles & les urines, & niêiïie de pur-
er doucement la pituite & la bité noire, ne font pas
ffez réelles , ou ne lui appaniennent point à un de-
ré affez confîdérable pour Tavoir rendue ufuelle à
es titres. Ainfi , quoique cette plante ne foit pas
îns vertus, mais feulement parce que l'on ne rnan-
ue point de remèdes abfolument analogues & plus
fficaces , on n'en fait que rarement uiage d'ans les
refcriptions magiftralès : elle èûtie cependant dans
luficurs compôfitions ofiicinales , parce que dans
es compofitions on entafî'e tout. On trouve dans les
harmaco'péés un firop fmipte , & un fifop conipofé
Qjîœchas. Le premier n'eft point ufîté , & n'éft pref
ue bon à rien , fi on le prépare félon là méthode
ommune , en faifant long-tems bouiltif avec le fu-
re une infufion où une décoftioh de cette plante.
Le fifop compofé auquel léjicechas donne loa nom,
ontient toutes les particules de plufieurs fubflances
'égétales très aromatiques, & doit être regardé com-
leune préparation bien entendue, &; comme un bon
emede trcs-propre à être mêlé dans les julcps , les
écot'nons , lés inlufions , les potions fortifiantes ,
ordiales , {rômàchiqncs , céphatiques , diaphoréti-
|ues , hyiîériques & emménagoguts. Ce firop eft ab-
olument analogue à un autre lirop compolé , très-
onnu dans les boutiques foiis le nom àtji'op d'ar-
nàïjc , fi même le firop de flmchas ne Vaut mieux que
e dernier. En voici la deléription d'après la phar-
nacopée de Paris.
S'uàp di (Ixckas conipofc. Prenez épis fecs de^ce-
has trois onces ; fommités fleuries & iechcs de thim,
le calament , d'origan , de chacun une onCe & dé-
nie ; de fauge , de bétoine , de romarin , de cha-
un demi-once ; femences de rue , de pivoine mâle ,
ie fenouil , de chacun trois gros ; canelle , gingêm-
ire , rofeau aromatique , de chacun deux gros : que
outes ces drogues hachées & pilées lïiaCerent pen-
lant deux jours dans un alembic d'étain Ou de ver-
e, avec huit livres d'eau tiède; alors retirez par
a diflillation au bain-iharie huit onces de liqueur
iromatique , dont vous ferez un firop en y faifant
bndre au bain-marie le double de ion poid?, ti^'l-
i-dire une livre de beau lucre. D'autre part ; prenez
e marc de la diftillatioh avec la liqueur réfidiu ,• paf-
èz & exprimez fortement; ajoutez quatre livres de
iicre à la colature ; clarifiez 6l cuilez en conlillénce
le firop , auquel, lorfqu'il fera à demi refroidi , vous
nêlerez. le précédent, (J>)
T
O
5^5
ST.^.NIENS , f. m. ^l{HiJI. ancUnm.) peuples
de l'ancienne Gaule , qui du tcms des Romains ha-
bitoient au pic des Alpes maritimes.
^ STOSR LE , »u LÉ STOR , ( Géos. mod.) rivière
d'Allemagne, dans la baffe-Saxe, au duché de Hoî-
flein. Elle le forme de divers petits ruiffeaux, aux
confins de l'HoIface & de fa SfOrmari > , baigne la
ville de Krempc , 6c va fe jetref àiai l'Elbe un peu
au-defTous de Gluckfîad. (z). J.) ^
STOÏCIEN , StoÏQL'E , {Synonym. ) Jîoïckn fi-
gnifîe ordinairement u.i ho-filiiîê qui fuit la philofo-
phie de Zenon; &Zjîol<jue, un homme ferme qui ne
s'émeut de rien , qui ell i:ifenfible à tout , quoiqu'il
ne foit point inf^ruit de la philofophic du portique.
Stoïc'un va proprement à l'efprit & à la do6lrine;/or-
que au caraèfcre & à la conduite. Suivant cette di-
Itinûion, il faudroit dire, les Stoïciens (ani de ce
fentiment ; & d'une peffonne que les fâcheux évé-
mens ne peuvent ébranler , c'o/l un yvdàjîoïquc , une
ame froïque.
Eniin , jloïcien ne fe dit guère que dans le propre,
quand il s'agit efïèftivement de Zenon & de fes dil-
ciples ; la philofophle fioïcUnne ; la feàe ftoïcunni.
StolqUi fe dit au contraire prefque toujours au iLui-
ré ; voilà une aâion flcïqiu ; cependant l'on peut
dire , voilà l'aftion à\\xïJl<Hchn ; il a reçu cette trifîe
nouvelle en(îoïc'un; il a fini fes jours caJioïcUn , en
grand homme. ( Z?. /. )
stoïcisme , ou Secte stoïcienne , ou zé-
NONISME , ( Hiji. de U Phïlofopku, ) iQpicifmî for-
tit de l'école cynique : Zenon qui avoit étudié là
Morale fous Cratès , en fut le fondateur. AufTi'dilbit-
on que d'un fîoicien à un cynique, il n'y avoit que
l'habit dediflerence. Cependant Zenon rendit fa phi-
lofophic plus étendue &: plus intércfTante que celle
de Diogcne; il ne s'en tint pas à traiter des devoirs
de la vie ; il compofa un fyilème de philofophle uni-
verfelle d'après les maîtres (Tu'il avoit entendus , 6c
il donna aux exercices de l'école une face nouvelle.
Zenon naquit à Cittium , ville maritime de 1 île
de Chypre ; Cittium avoit été bâti par une colonie
phénicienne ; ce qui lui attira quelquefois le repro-
che qu'il n'étoit qu'un étranger ignoble. Mnéfms fon
père faifoit le commerce ; l'éducation de fon fils nt^
fut pas plus négligée ; les affaires du bon-homme
l'appelloient fcuvent à Athènes , & il n'en revtnoit
point fans rapporter au jeune Zenon quelques livres
de Socrate. A Tâge de trente à trente-deux ans , il
vint lui même dans la ville fàmeufe pour y vendre
de la poufpre , & pour entendre les hommes dont il
avoit lu les ouvrages. Tout en débarquant , il de-
manda où ils demeuroient ; on lui montra Cratès qui
paffoit, & on lui confeilla de Icfidvre. Zenon fuivit
Cratès, &c devint fon dilciplo. Il ne pouvoit aflez ad-
mirer l'élévation que fon maître montrôit dans fa
conduite & dans les dilcours ; mais il ne fe faifoit
point au mépris de la décence qu'on affeftoit dans
ion école ; il le livra tout entier à la méditation , (Se
bientôt il parut de lui un ouvrage intitulé de U iié-
publique , qu'il avoit écrit, difoit-on, affez plaifam-
ment, fous la queue du chien. Les Cyniques ne s'oc-
Cupoient que de la Morale; ils ne faifoient aucun cas
des autres fciences. Zenon ne les approuvoit pAs en
ce point ; entraîné par le dcfir d'ctcnJre (çs con-
noifiances, il cjuitta Cratès, qui ne digéra pas \\\ni
peine cette délertlon. Il fVéquenta les autres écoles;
il écouta Stilpon pendant dix ans; il cultiva Zcno-
crate;ilvit Diodore Cronus; ilintcrroi!ca Polcmon.^
enrichi des dépouilles de ces hommes , il ouvrit bou-
tique ; il s'établit fous le portique ; cet endroit ctoit
particulièrement décoré des tableaux de Polygnotè
6l des plus gra..ds maîtres , on l'appclloit le //oj ,
d'où la fedle de Zenon prit le nom de /hidinm ; il ne
manqua pas d'auditeur^ , l'a morale cioit fiévere ; aiai5
V
52(5
S T O
il favoit tempérer par le charme de l'éloquence IVai-
ftcrîté (Je'fes lc(,-ons ; ce fut ainfi qu'il arrêta une jcu-
neile libertine que les préceptes nuds & fecs au-
rolent edarouchée ; on l'admira ; on s'attacha i\ lui ;
on le chérit i la réputation s'étendit, &; il obtint la
bienveillance même des rois. Antigonus Gonatèsde
Macédoine , qui n'avoit pas dédaig^né de le vifiter
fous le portique, Tappclla dans fcs états ; Zenon n'y
alla point, mais lui envoya Perfée (on difciple ; il
n'obtint pasleulement des Athéniens le nom de grand
philofophe , mais encore celui d'excellent citoyen ;
ils dépolérent chez, lui les clés des châteaux de leur
ville , & l'honorèrent de fon vivant d'une ftatue
d'airain; il étolt d'une foible Hinté , maisll étoit (o-
bre ; il vivoit communément de pain , d'eau , de fi-
gues. Si. de miel ; fa phyfiononiie étoit dure , mais
ion accueil prévenant ; il avoit confervé l'ironie de
Dioi-ène , mais tempérée. Sa vie fut un peu troublée
par l'envie ; elle fouleva contre lui Arcélilaiis &. Car-
néadcs , fondateurs de l'académie moyenne & nou-
velle; Epicure niême n'en fut pas tout-à-fait exempt;
il foutfrit avec quelque peine qu'on donnât particu-
lièrement aux lloïciens le nom de Juges. Cet hom.me
qui avoit reçu dans fes jardins les grâces & la volup-
té , dont le principe favori étoit de tromper par les
plaifirs les peines de la vie , &i. qui s'étoit tait une ma-
nière de philoibpher douce & molle , traitoit h /îoï-
ci/me d'hypocrifie. Zenon de fon côté ne ménagea
pas la doftrine de fon adverfaire , &C le peignit com-
ire un précepteur de corruption ; s'il eft vrai que
Zenon prétendit qu'il étoit auffi honnête , naturam
mairis fricarc , quarn doUntim aliam corporis vartcm
fricandojuvare ; & que dans un befoin preiTant , un
jeune garçon étoit aulfi com.mode qu'une jeune fille ;
Epicure avoit beau jeu pour lui répondre. Mais il
n'efî pas à croire qu'un philofophe dont la conti-
nence avoit pafTé en proverbe , enfeignât des fenti-
mens aufTi monflrueux. Il ell plus vraiiiemblable que
la haine tiroit ces conféquences odieufes d'un prin-
cipe reçu dans l'école de Zenon , &: très-vrai , c'efl:
qu'il n'y a rien de honteux dans les chofes naturel-
les. Le livre de la république ne fut pas le feul qu'il
publia ; il écrivit un commentaire fur Héfiode , où
il renverfa toutes les notions reçues de théologie ,
& où Jupiter , Junon , Vefla, & le refte des dieux ,
étoient réduits à des mots vuides de fens. Zenon
jouit d'une longue vie ; âgé de quatre-vingt dix-huit
ans , il n'avoit plus qu'un moment à attendre pour
mourir naturellement ; il n'en eut pas la patience ;
s'étant laiflc tomber au fbrtir du portique , il crut
que la nature l'appcUolt : me voilà , lui dit-il , en
touchant la terre du doigt qu'il s'étoit calfé dans fa
chute , je fuis prêt ; & de retour, dans fa mailbn , il
fe laifta mourir de faim. Antigone le regretta , &
les Athéniens lui élevèrent un tombeau dans la Cé-
ramique.
Sa doctrine étoit un choix de ce qu'il a puifé dans
les écoles des académiciens , des Erétriaques ou Eri-
ftiques , & des cyniques. Fondateur de fede , il fal-
loit ou inventer des chofes , ou déguifer les ancien-
nes fous de nouveaux noms ; le plus facile étoit le pre-
mier. Zenon dilbit de la dialedique de Diodore , que
cet homme avoit imaginé des balances très-jufles ,
mais qu'il ne pelbit jamais que de la paille. Les floi-
ciens difbitnt qu'il falloit s'oppofcr à la nature ; les
cyniques, qu'il falloit fe mettre au deffus , & vivre
félon la vertu , & non félon la loi ; mais il eft inutile
de s'étendre ici davantage fur le parallèle du Jloïcif-
me , avec les fyftèmes qui l'ont précédé ; il réfulte-
ra de l'extrait des principes de cette philofophie , Se
nous ne tarderons pas à les expofer.
On reproche aux ftoïciens le fophifme. Eft -ce
pour cela , leur dit Séneque , que nous nous fommes
coupé la barbe ? on leur reproche d'avoir porté dans
I
S T O
la fociété les ronces de l'école ; on prétend qu'Us ont
méconnu les forces de la nature, que leur morale
eit impraticable , 6: qu'ils ont infpiré l'enthoufiafine
au-licu de la tagefie-. Cela le peut; mais quel enthou-
fiatme que celui c!ui nous immole à la vertu, Se qui
peut contenir notre ame dans une afîiettefi tranquil-
le Se fi ferme, que les douleurs les plus aiguës ne
nous arriicheront pas un f bupir , une larme ! Que la
nature entière confpire contre un ftoicien , que lui
fera-J-elle ? qu'efi-ce qui abattra , qu'eft-ce qui cor-
rompra celui pour qui le bien eft tout , Si la vie n'eft
rien.'' Les philofophes ordinaires font de chair comme
l^s autres hommes; lefloacien eft unhommedefer ,
on peutlcbrifcr,mais non le faire plaindre. Que pour-
ront les tyrans fur celui fur qui Jupiter ne peut rien ?
il n'y a que la raifbn qui lui commande ; l'expérience,
la réflexion , l'étude , fufHf ent pour former un fàge ;
un ftoicien eft un ouvrage fingulier de la nature ; il y
a donc eu peu de vrais ftoiciens , & il n'y a donc eu
dans aucune école autant d'hypocrites que dans cel-
le-ci ; [QjioiciJ'/ne eft une affaire de tempérament , &
Zenon imagina , comme ont fait la plupart des légif-
lateurs, pour tous les hommes, une regîe qui necon-
venoit guère qu'à lui ; elle eft trop forte pour les
foibles , la morale chrétienne eft un zénonifme miti-
gé , & conféquemment d'un ufage plus général ; ce-
pendant le nombre de ceux qui s'y conforment à la
rigueur n'eft pas grand.
Principes généraux de la philofophie Jîoicienne. La
fasefte eft la fcience des chofes humaines Se descho-
{qs divines ; Si. la philofophie , ou l'étude de la fagef-
fe , eft la pratique de l'art qui nousy.conduit.
Cet art eft un , c'eft l'art par excellence ; celui
d'être vertueux.
Il y a trois fortes de vertus ; la naturelle , la mo-
rale , Si la difcurfive ; leurs objets font le monde,
la vie de l'homme, Si la raifon.
Il y a aufli trois fortes de philofophies ; la natu-
relle, la morale , & la rationelle, où l'on obfervela
nature , où l'on s'occupe des moeurs , où l'on perfec-
tionne fon entendement. Ces exercices influent né-
cefl'airement les uns fur les autres.
Logique desjloïciens. La logique a deux branches,
la rhétorique Si la dialeftique.
La rhétorique eft l'art de bien dire des chofes qui
demandent un difcours orné & étendu.
La dialedique eft l'art de difcuter les chofes , ok
la brièveté des demandes Si des reponfes fufîit.
Zenon comparoit la dialeftique Si l'art oratoire ,
à la main ouverte & au poing fermé.
La rhétorique eft ou délibérative , ou judiciaire ,
ou démonftrative ; (es parties font l'invention , l'élo-
cution , la difpofition , Si la prononciation ; celles
du difcours , l'exorde, la narration , la réfutation,
Si l'épilogue.
Les académiciens récens excluoient la rhétorique
de la philofophie.
La dialeélique eft l'art de s'çn tenir à la perception
des chotes connues , de manière à n'en pouvoir être
écarté; fes qualités font la circonfpeclion Si la fer-
meté.
Son objet s'étend aux chofes & aux mots qui les
défignent ; elle traite des conceptions Si des fenfa-
tions; les conceptions & les fenfationsfontla bafe de
l'exprefîion.
Les fens ont un bien commun ; c'eft l'imagina-
tion.
L'ame confent aux chofes conçues , d'après le té-
moignage des fens : ce que l'on conçoit lé conçoit
par foi-même ; la compréhenfion fuit l'approbation
de la chofe conçue , &la fcience, l'imperturbabilité
de l'approbation.
La qualité par laquelle nous difcernons les chofes
les une» des autres, i'a^i^QÏk Jugement.
s T O
S
•p
îl y a d?U3c hianieres de difcernet- le bon Bc le
Ir.am'ais ^ le vrai & le faux.
Nous jugeons que la chofe eft ou n'eft pas , par feii-
fatlon i, par expérience, ou par raifonnement.
La logique flippofe Thomme qui juge , & une ré-
jîe de jugement.
Cette règle fuppofô ou la-fenfation , ou l'imagi-
lation.
L'imagination eftla faculté de ft rappellerles ima-
ges des choies qui font. "'\- " -
La fenfation naît de l'adion des objets extérieurs,
k elle fuppofe une communication de l'ame aux or-
;anes.
Ce qu'on a vu , ce qu*on a conçit refte dans l'ame,
:omme l'impreffion dans la vue, avec (es couleurs,
es figures, fes éminences , &fes creux.
La compréhenfion formée d'après le rapport des
ens , cfl vraie oC fidelle ; la nature n'a point donné
l'autre fondement à la fcience; il n'y a point declar-
é , d'évidence plus grande.
Toute appréhenfion vient originairement des fens;
ar il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait été au-
paravant dans la fenfation.
Entre les chofes compril'es , il y en a de plus ou
e moins fenfibles ; les incorporelles font les moins
snfibles.
Il y en a de rationelles & d'irrationelles , de natu-
elles & d'artificielles, telles que les mots.
De probables & d'improbables, de vraies & de
îufî'es , de compréhenfibles &d'incompréhenfibles ;
. faut pour les premières qu'elles naiffent d'une cho-
? qui foit , qu'elles y foient conformes , & qu'elles
,'impliquent aucune contradiftion.
II faut diflinguer l'imagination du fantôme, & le
intôme du fantaflique qui n'a point de modèle dans
1 nature.
Le vrai eu. ce qui efl , & ce qui ne peut venir d'ail-
:urs que d'où il eft venu.
La compréhenfion , ou la connoifTance ferme , ou
3. fcience , c'cft la même chofe.
Ce que l'efprit comprend , il le comprend ou par
(Timilation , ou par compolition , ou par analogie.
L'homme reçoit la fenfation , & il juge ; l'homme
âge réfléchit avant que de juger.
Il n'y a point de notions innées ; l'homme vient au
nonde comme une table rafe liir laquellelesobjets de
a nature fe gravent avec le tcms.
Il y a des notions naturelles qui fe forment en
lous fans art ; il y en a qui s'acquièrent par induf-
rie & par étude ; je laifl'e aux premières le nom de
lotions , j'appelle celles-ci anticipations.
Le fenîi eft dans l'animal , il devient le conçu
lans l'homme.
Les notions communes le font à tous ; il eft im-
wfTible qu'une notion foit oppofce à une notion.
Il y a la fcience , & l'opinion , & l'ignorance ; fi
'on n'a pas éprouvé la fenfation , on efl ignorant ;
i'il refte de l'incertitude après cette épreuve , on eft
ncertain ; fi l'on eft imperturbable , on fait.
Il y a trois chofes liées , le mot , la chofe , l'ima-
ge de la chofe.
La définition eft un difcours qui analyfé, devient la
rcponfe exa£f e à la qucftion, qu'eft-ce que la chofe ?
îlle ne doit rien renfermer qui ne lui convienne ; elle
doit indiquer le caraftcre propre qui la diftingue.
Il y a deux fortes de définitions ; les unes des cho-
fes qui font , les autres des choies que nous con-
cevons.
Il y a des définitions partielles , il y en a de to-
tales.
La diftribmion d'un genre dans fes efpeces les plus
prochaines , s'appelle '^/v/yî'o/;.
Un genre s'étend à pluficurs efpeces ; un ggnre
fuprème n'en a point au-defllis de lui ; une eljpece
O 527
infinie n'en a point au-defTous d'elle,
La connoifîance complette fe forme dé la chofe
du mot.
Il y a quatre genres ; la fubftailce , la qualité , l'ab^
folu , le rapport.
Les énonciations gui comprennent fous un poinÉ
commun des chofes diverfes , s'appellent catégories ;
il y a des catégories dans l'entendement , ainli que
dans l'expreflioUi
L'énonciation eft ou parfaite, ou imparfaite & dé-
feftueufe ; parfaite , fi elle comprend tout ce qui eft
de la choie.
Une énonciation eft ou affirmative ou négative ,'
ou vraie ou fauffe.
Une énonciation afKrmative^ou négative, parfaite,
eft un axiome.
Il y a quatre catégories ; la direfte, l'oblique, là
neutre , & l'aâive ou pafïïve.
Un axiome eft ou fimple ou compofé ; fimple , fi
la propofition qui l'énonce eft fimple ; compolc fi
la propofition qui l'énonce eft compofée.
Il y a des axiomes probables ; il y en a de ratio-
nels , il y en a de paradoxals.
Le lemme , le profiemme & l'épiphore , font les
trois parties de l'argument.
L'argument eft concluant ou non ; fylloglftique 014
non.
Les fyllogifmes font ou liés , ou conjoints , ou dif«
joints.
Il y a des modes , félon lefquels les fyllogifmeâ
concluans font difpofés.
Ces modes font fimples ou compofés.
Les argumens fyllogifliques qui ne concluent pas ;
ont auffi leurs modes. Dans ces argumens , la conclu-
fion ne fuit pas du lien des prémifîés.
Il y a des fophifmes de différens genres ; tels , par
exemple que leforite , le menteur, l'inexplicable , le
parefiéux , le dominant , le voile, l'éledre, le cornu,
le crocodile , le réciproque , le déficient , le moif-
fonneur, le chauve, l'occulte, &c.
Il y a deux méthodes , la vulgaire & la philofo-
phique.
On \o\\ en effet , que tout cette logique n'a riert
de bien merveilleux. Nous l'avons dépouillée des
termes barbares dont Zenon l'avoit revêtue. Nous
aurions laifTé à Zenon fes mots , que les chofes n'en
auroient pas été plus nouvelles.
Phyjio/ogie desfioïciins. Le cahos étoit avant tout*
Le cahos elî un état confus & ténébreux des chofes,
c'eft fous cet état que fe préfenta d'abord la matière,
qui é«oit la fomme de toutes les chofes revêtues de
leurs qualités , le refervoir des germes & des caufes,
l'effence , la Nature , s'il eft permis de s'exprimei?
ainfi, grofTc de fon principe.
Ce que nous appelions le mond^ & la nature ; c'efl
ce cahos débrouillé , & les chofes tcnébreufes & con-
fufes prenant l'ordre & formant l'afpeâ: que nous
leur voyons.
Le monde ou la nature eft ce tout , dont les être^
font les- parties. Ce tout eft un; les êtres font fes
membres ou parties.
Il faut y diftinguer des principes différens des élé-
mens.
De ces principes , l'un eft efficient ; l'autre eft paf-
fif L'efficient eft la raifon des chofes qui eft dans la
matière , ou Dieu. Le palfif eft la matière même.
Ils font l'un & l'autre d'une nature corporelle. Tout
ce qui agit ou fbuffre, eft corporel. Tout ce qui efl,
eft donc corps.
La caufc efficiente ou Dieu , eft un air très -put*
& très-limpide, un feu artificiel, placé ;\ la circonfé-
rence des cieux la plus éloignée , féjour de tout ce
qui eft divin.
Le principe paffif ou la matière , eft la nature coa*
>52S
S T O
fidcrce fans qualité, mérite, choie prête à tout, n'é-
•tant rien , îk cciVant d'ctrc ce qu elle devient , le re-
polaiit , fi rien ne la meut.
Le principe acVif eft opporé au principe paflîf. Ce
feu artificiel ell propre h t'ormer de la matière , avec
une adrelle liiprème ëc l'elon les rail'ons qu'il a en
■lui-mcmc , les lemences des choies. Voilà la fécon-
dité. Sa liibtilité permet qu'on l'appelle incorpord ,
immatcrlcl.
Quoiqu'il foit corps , en conféquence de fon op-
•pofition avec la matière , on peut dire qu'il eft cl-
prit.
Il eft la caufe rationnelle, incorruptible, fempiter-
•nelle, première, originelle, d'où chaque lubltance
a les qualités qui lui font propres.
Cette caufe elt bonne. Elle elt parfaite. Il n'y a
point de qualités louables qu'elle n'ait.
Elle cft prévoyante; elle régit le tout & fes par-
ties ; elle fait que le tout pcrfévere dans fa nature.
On lui donne difterens noms. C'eft le monde dont
elle ell en effet la portion principale , la nature, le
deftin , Jupiter , Dieu.
Elle h'eft point hors du monde ; elle y eft com-
prife avec la matière ; elle conllitue tout ce qui eft ,
'ce que nous voyons & ce que nous ne voyons pas ;
elle habite dans la matière & dans tous les êtres ; elle
la pénétre & l'agite , félon que l'exige la raifon uni-
verfclle des choies ; c'eft l'ame du monde.
Puifqu'elle pénétre toutes les portions de la matiè-
re , elle y eft intimement préfente , elle coiinoît tout,
tlle y opère tout.
C'eft en agitant la matière & en lui imprimant les
qualités qui étoient en elle , qu'elle a formé le mon-
de. C'eft l'origine des chofes. Les chofes font d'elle.
C'eft par fa préfence à chacun qu'elle les conferve;
c'eft en ce fens que nous dilbns qu'elle eft Dieu , &
que Dieu eft le perc des chofes , leur ordinateur &
leur confervateur.
Dieu n'a point produit le monde par une détermi-
nation libre de fa volonté ; il en étoit une partie ; il
y étoit compris. Mais il a rompu l'écorce de la ma-
tière qui l'enveloppoit ; il s'eft agité & il a opéré par
une force intrinféque , félon que la néceffité de fa
tiature & de la matière le permettoit. ^
Il y a donc dans l'univers une loi immuable &
éternelle , un ordre combiné de caufes & d'eftets ,
enchaînés d'un lien fi néceffaire , que tout ce qui a
été , eft & fera , n'a pu être autrement i & c'ell-là le
deftin.
Tout eft fournis au deftin , & il n'y a rien dans l'u-
■nivcrs qui n'en fubiffe la loi , fans en exempter Dieu ;
puifque Dieu fuit cet ordre inexplicable & facré des
chofes ; cette chaîne qui lie nécefîairement.
Dieu , ou la grande caufe rationelle n'a pourtant
rien qui la contraigne : car hors d'elle & du tout ,
il n'y a que le vuide infini ; c'eft la nature feule qui
la néceffité; elle agit conformément à cette nature ,
& tout fuit conformément à fonadion; il ne faut pas
avoir d'autre idée de la Hberté de Dieu , ni de celle
de l'homme ; Dieu n'en eft ni moins libre, ni moins
puiflanî , il eft lui-même ce qui le néceffité.
Ce font les parties ou les écoulcmens de cet cf-
prit univcrfel du monde , diftribués par- tout, & ani-
mant tout ce qu'il y a d'animé dans la nature , qui
iionnent naifiance aux démons dont tout eft rempli.
Chaque homme a fon Génie & fa Junon qui dirige
fes aftions , quiinfpire fes difcours, & qui mérite le
plus grand refpc£t ; chaque particule du rponde a fon
démon qui lui eft prélent & l'affifte ; c'eft là ce qu'on
a défigné fous les noms de Jupiter , de Junon , de
Vulcaïn , de Clrh. Ce ne font que certaines portions
de l'ame univcrfelle, réfidentes dans l'air, dans l'eau,
fdans la terre , dans le feu , &c.
Puifque les dieu.\ ne font que des écoulemens de
S T O
l'ame univerfcUc , diftribuées à chaque partiaile de
la nature , il s'enfuit que dans la déflagration géné-
rale qui finira le monde , les dieux, retourneront à
un Jupiter conhis , & à leurs anciens élemens.
Quoique Dieu foit préfcnt à tout , agite tout , veil-
le à tout, en eft l'ame, & dirige les chofes fclon la
condition de chacune, & la nature qui lui cil pro-
pre ; quoiqu'il foit bon , & qu'il veuille le bien , il ne
peutfaircque tout ce qui eft bien arrive , nique tout
ce cpii arrive foit bien ; ce n'eftpas l'art qui fe répo-
fe , mais c'eft la matière cjui eft indocile à l'art. Dieu
ne peut être que ce qu'il eft, ik il ne peut changer
la matière.
Quoiqu'il y ait un lien principal & univerfel des
chofes , qui les enchaîne , nos aines ne font cepen-
dant fujettes au deftin , qu'autant & que félon qu'il
convient à leur nature ; toute force extérieure a beau
confpirer contre elles , fi leur bonté eft originelle &
première , elle perféverera; s'il en eft autrement, fi
elles font nées ignorantes , groffieres , féroces ; s'il
ne furvicnt rien qui les améliore , les inftruife , ^
les fortifie ; par cette feule condition , fans aucuns
influence du deftin, d'un mouvement volontaire &
propre , elles fe porteront au vice & à l'erreur.
Il n'eft pas difficile de conclure de ces principes »
que les ftoïciens étoient matérialiiles , fataliftes , &
ù proprement parler athées.
Nous venons d'expofer leur doûrine fur le princi-
pe efficient ; voici maintenant ce qu'ils penfoient de
la caufe paffive,
La matière première ou la nature eft la première
des chofes , l'eifence & la bafe de leurs qualités.
La matière générale & première eft éternelle ;
tout ce qu'il en a été eft , elle n'augmente ni ne di-
minue , tout eft elle ; on l'appelle cQince ^ confidérée
dans l'univerfalité des êtres; matUrc, confidérée dans
chacun.
La matière dans chaque être, eftfufceptibled'ac-'
croiffement & de diminution ; elle n'y relie pas la
même , elle fe mêle , elle le fépare , fes parties s'é-
chappent dans la léparation , s'uniffent dans le mé-
lange ; après la déflagration générale , la matière fe
retrouvera une, & la même dans Jupiter.
Elle n'eft pas ftable , elle varie fans celTe , tout eli
emporté comme un torrent , tout pafTe, rien de ce
que nous voyons ne refte le même ; maii rien ne chan-
ge l'effence de la matière , il n'en périt rien , ni de ce
qui s'évanouit à nos yeux; tout retourne à la fource
première des choies , pour en émaner derechef; les
chofes ceflent ; mais ne s'anéantilTent pas.
La matière n'eft pas infinie ; le monde a fes li-»
mites.
11 n'y arien à quoi elle ne puifte être réduite, rien
qu'elle ne puille fouftrir , qui n'en puifte être fait ; ce
qui lerolt impoffible fi elle étoit immuable ; elle eft
divillble à l'infini ; or ce qui eft divillble ne peut être
infini ; elle eft contenue.
C'eft par la matière , par les chofes qui font de la
matière, &; par la raifon générale qui eft prélente à
tout , qui en eft le germe , qui le pénètre , que le
monde eft , cpie l'univers eft, que Dicueft ; on en-
tend quelquefois le ciel par ce mot , Dieu.
Le monde exifie féparé du vuide qui l'environne ,'
comme un œuf, la terre eft au centre ; il y a cette
différence entre le monde & l'univers , que l'univers
eft infini ; il comprend les choies qui font , & le vui-
de qui les comprend ; le monde eft fini , le monde ell
comp ris dans le vuide qui n'entre pas dans l'acception
de ce mot.
Au commencement il n'y avoit que Dieu & la
matière ; Dieu , eftence des chofes , nature ignée ,
être prolifique , dont une portion combinée avec la
matière , a produit l'air , puis l'eau ; il eft au monde
comme le ggnne à la plante ; il a dépofé le germe du
lïionde
I
i
s T O
lOnde dans Teau , pour en fiiciliter le dévelopement ;
ne partie de lui-même a condcnfé la terre, une au-
•e s'ell exhalée ; de-là le feu.
Le monde ell: un grand animal , qui a fens , efprit ,
: railon ; il y a , ainfi que dans Thomme , corps &
ne dans ce grand animal ; l'ame y efl préfente à
)utes les parties du corps.
Il y a dans le inonde , outre de la matière nue de
)Ute qualité , quatre élémens , le feu , l'air , l'eau ,
: la terre; le feu eft chaud , l'air froid , la terre fe-
lie, &c l'eau moite ; le feu tend en haut , c'eftfon
;jour ; cet élément , ou fa portion connue fous le
om ÔLiEther , a été le rudiment des aftres & de leurs
)heres ; l'air eft au-deflbus du feu ; l'eau coule fous
air & fur la terre; la terre eft la bafe du tout , elle
ftau centre.
Entre les élémens deux font légers , le feu& l'air;
eux pcfans , l'eau & la terre ; ils tendent au cen-
•e qui n'eft ni pefant ni léger.
Il y aune converfion réciproque des élémens en-
•c eux ; tout ce qui ceffe de l'un , paffe dans un au-
•e; l'air dégénère en feu , le feu en air ; l'air en eau,
eau en air; la terre en eau , l'eau en terre ; mais
Licun élément n'eft fans aucun des autres : tous font
n chacun.
Le feu eft le premier des élémens , 11 a fon féiour
ers le ciel , & le ciel eft , comme nous l'avons dit ,
i limite dernière du monde , où ce qui eft divin a fa
lace.
Il y a deux feux; l'artificiel quifert à nos ufages,
; naturel qui fert aux opérations de la nature ; il
ugmente & conferve les chofes , les plantes , les
nimaux ; c'eft la chaleur univerfelle (ans laquelle
Dut périt.
Ce feu très-haut , répandu en tout , enveloppe
ierniere du monde , eft l'sether , eft auffi le Dieu
out-puiflant.
Le foleil eft un feu très-pur , il eft plus grand que
a terre , c'eft un orbe rond comme le monde ; c'eft
m feu , car il en a tous les effets ; il eft plus grand
[ue la terre , puifqu'il l'éclairé & le ciel en même
ems.
Le foleil eft donc à jufte titre , le premier des
lieux.
C'eft une portion très-pure de l'cether , de Dieu
)u du feu , qui a conftitué les aftres; ils font ardens ,
Is font brillans, ils font animés , ilsfentent, ils con-
çoivent , ils ne font compofés que de feu , ils n'ont
ien d'étranger au feu ; mais il n'y a point de feu qui
l'ait befoin d'aliment ; ce font les vapeurs des eaux ,
Je la mer , & de la terre, qui nourriflent le feu des
îftres.
Puifque les aftres font des portions du feu natu-
rel & divin , qu'ils fentent & qu'ils conçoivent ,
pourquoi n'annonceroient-ils pas l'avenir? ce ne font
pas des êtres où l'on pulfle lire les chefes particuliè-
res & individuelles , mais bien la fuite générale des
deftlnées ; elle y eft écrite en carafteres très-évi-
dens.
On appelle du nom ^aflres le foleil & la lune ; il
y a cette différence entre un aflre & une éioile , que
l'étoile eft un aftre , mais que l'aftre n'eft pas une
étoile.
Voici l'ordre des aftres errans ; faturne , Jupiter ,
mars , mercure , venus , le foleil , la lune ; la princi-
pale entre les cinq premières , c'eft venus , l'aftre le
plus voifm du foleil.
La lune occupe le lieu le plus bas de l'aether ,
c'eft un aftre intelligent , fage , d'une nature ignée ;
mais non fans quelque mélange de terreftre.
La Iphere de l'air eft & commence au de (Tous de
la lune, elle eft moyenne entre le clel& les eaux ,
fa figure eft ronde , c'efl: Junon.
La région de l'air fe divife en haute , moyenne , ôc
Tome XK,
S T O
529
baffe; la région haute eft très-feche & très-chaude;
la proximité des feux céleftes la rend très-rare ÔC
très-tenue ; fa région baffe , volfme de la terre eft
denfe & ténébreufe ; c'eft le réceptacle des exhalai-
fons ; la région moyenne plus tempérée que celle
quila domine, & que celle qu'elle prefîe , eft feche
à fa partie fupérieure , humide à fa partie infé-
rieure.
Le vent eft un courant d'air.
La pluie , un changement de nue en eau ; ce chan-
gement a lieu toutes les fols que la chaleur ne peut
dlvifer les vapeurs que le foleil a élevées de la terre
& des mers.
La terre , la portion du monde la plus denfe , fert
de bafe au tout , comme les os dans les animaux ; elle
eft couverte d'eaux qulfe tiennent de niveau à fa {iir«
face ; elle eft au centre ; elle eft une , ronde , finie ,
alnfi que l'exige la nat^jre de tout centre ; l'eau a la
même figure qu'elle , parce que fon centre eft le mê-
me que celui de la terre.
La mer parcourt l'intérieur de la terre , par des
routes fccrettes ; elle fort de fes baffms , elle dlfpa-
roît , elle fecondenfe , elle fe filtre, elle fe purifie ,
elle perd fon amertume , & offre , après avoir fait
beaucoup de chemin , une eau pure aux animaux 6c
aux hommes.
La terre eft immobile.
Il n'y a qu'un feul monde.
Il eft éternel , c'eft Dieu & la nature ; ce tout n'a
point commencé , & ne finira point ; fon afped
pafTera.
Comme l'année a un hyver & un été , le monde
aura une inondation & une déflagration ; l'inonda-
tion couvrira toute la furface de la terre , & tout pé-
rira.
Après cette première révolution par l'eau , le mon-
de fera embraie par le feu , répandu dans toutes fes
parties , il confumera l'humidité, & s'aflimilera les
êtres; ils prendront peu-à-peu fa nature , alors tout
fe refondra en Jupiter , & le premier cahos renaîtra.
Ce cahors fe débrouillera comme le premier, l'u-
nivers fe reformera comme il eft , & l'efpece humai-
ne fera reproduite.
Le tems eft à la dernière place entre les êtres.
Anthropologie des Stoïciens. L'homme eft une ima-
ge du monde , le moilde eft en lui , il a une ame 5c
un corps comme le grand tout.
Les principes de l'efpece humaine étoient dans l'u-
nivers naiffant ; les premiers hommes font nés par
l'entremife du feu divin , ou par la providence de
Dieu.
Dans l'afte de la génération , le germe de l'hom-
me s'unit à la portion humide de l'ame.
La liqueur fpermatique ne produit que le corps ,
elle contient en petit tous les corps humains qui fe
fuccéderont. ,
L'ame ne fe forme point dans la matrice , elle
vient du dehors , elle s'unit au corps avant qu'il ait
vie.
Si yous remontez à la première origine de l'ame ,
vous la ferez dcfccndre du feu primitif dont elle efl
une étincelle ; elle n'a rien de pefant ni de terrellre;
elle eft de la même nature que lafubftancc qui forme
les aftres , &: qui les fait briller.
L'ame de Phomme eft une particule de Dieu, une
petite portion de l'ame univerfelle qui en a été, pour
alnfi dire, détachée : car l'ame du monde eft la four-
ce féconde de toutes les âmes.
Il eft dlfHclle d'oxpUquer la nature; elle eft ignée ,
ardente , Intelhgente , & raifbnnal)lc.
Il y a des âmes mortelles , ôc 11 y en a d'immor-
telles.
Après la déflagration générale, & le renouvelle-
ment des chofes , les âmes retourneront dans les
• Xxx
530
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corps qu'elles ont animes avant cet cvcnemcnt.
L'ame eft un corps , car elle cfl , & elle agit ; mais
ce corps ell d'une ténuité & d une lubtilité extrêmes.
On y diftingue huit facultés ; les cinq lens , la fa-
culté d'engendrer , celle de parler une partie princi-
pale.
Après la mort , elle remonte aux cicux ; elle habi-
te les artres , elle converfe avec les dieux , elle con-
temple, & cet état durera jufqu'à ce que le monde
confumé , elle & tous les dieux fe confondent , & ne
forment plus qu'un fcul être , Jupiter.
L'ame du lagc , après la dillbluiion du corps ,
s'occupe du cours du foleil , de la lune , ik des autres
aftres , & véririe les connoilîanccs qu'elle a acquifes
ilir la terre.
Principes de la phïlofophie morale âes Stoïciens, Dans
la vie , c'ell fur-tout la fin qu'il faut regarder ; la fin
cft l'ctre par qui tout fe fait , pour qui tout eft , à
qui tout le rapporte. *
La fin peut fe confidcrcr fous trois afpefts , l'ob-
jet , les moyens , &: le terme.
La fin de l'homme doit être de conformer fa con-
duite aux lois de la nature.
La nature n'eft autre chofe que la raifon univer-
felle qui ordonne tout; conformer fa conduite A cel-
le de la nature , c'cll fe voir comme une partie du
grand tout , &. confpircr à fon harmonie.
Dieu eil la portion principale de la nature ; l'ame
de l'homme elt une particule de Dieu ; la loi de la
nature , ou de Dieu , c'ell la règle générale par qui
tout eft coordonné, mu , & vivifié; vivre confor-
mément à la nature , imiter la divinité , fuivre l'or-
dre général , c'eil la même chofe fous des expref-
fions diiférentes.
■ La nature eft tout ce qu'il y a de ban & beau.
La vertu a ces deux qualités comme h nature.
Le bonheur en eftuneluite.
Bien vivre , aimer le beau , pratiquer le bien , &
être heureux , c'ell une même chofe.
La vertu a fon germe dans l'ame humaine , c'ell une
conféquence de fon origine ; particule émanée de la
divinité , elle tend d'elle-même à l'imitation du prin-
cipe de fon émanation ; ce principe la meut, la pouf-
fe & l'infpire.
Cette p.irticule détachée de la grande ame , &
fpécifiée par fon union à tel ou tel corps , ell le dé-
mon de cet homme , ce démon le porte au beau, au
bon , &à la félicité.
La fouveraine félicité confille à l'écouter : alors
on choifit ce qui convient à la nature générale ou à
Dieu, & l'on rejette ce qui contredit Ion harmonie
&faloi.
Chaque homme ayant fon démon , il porte en lui
le principe de fon bonheur, Dieu lui elt préfent. C'eft
un pontife facré qui prélide à fon autel.
Dieu lui ell préfent ; c'ell Dieu-même attaché à
un corps de figure humauie.
La nature du bonheur de l'homme ell la même que
la nature du bonheur de Dieu. C'ell la vertu.
La vertu ell le grand inllrument de la félicité.
Le bonheur fouverain n'ell pas dans les chofes du
corps , mais dans celles de l'amç.
Il n'y a de bien que ce qui ell honnête. L'honnête
n'ell relatif qu'à l'ame. Rien de ce qui ell hors de
l'homme ne peut donc ajouter folidement à fon bon-
heur.
Le corps , les jouiïïances , la gloire , les digni-
tés font des chofes hors de nous 6c de notre puiflan-
ce; elles ne peuvent donc que nuire à cotre bon-
heur, fi nous nous y attachons.
Le dernier degré de la lageffe confiAe à bien dif-
tinguer le bon du mauvais.
Entre les chofes , il y en a qui font bonnes ; il y en
a qui font mauvaifes , & 4'autres qu'on peut regarder
tummc ijadiffércntes.
Une chofe eft bonne relativement à la nature d'un
être : une créature raifonnable ne peut être heureufe
que par les oijjcts analogues à la raiibn.
Ce qui elt utile & honnête ell bon. La bonté ne fe
conçoit point léparée de l'utilité &:de l'honnêteté.
L'utile confifle à fe conformer à la fin du tout
dont on ell partie ; à liiivre la loi du principe qui
commande.
La vertu ell le vrai bien ; la chofe vraiment utile.
C'efl-là que la nature parfaite nous invite. '
Ce n'ell point par des comparailons de la vertu
avec d'autres objets , par des dilcours , par desjuge-
mens que nous découvrons que la vertu ell le bien.
Nous le fentons. C'efl: un elfet énergique de fa pro-
pre uature qui le développe en nous , malgré ncus.
La férénité , le plaifir &c la joie font les accelToirv:?
tlu bien.
Tout ce qui ell oppofé au bien e(l mal. Le mal it
eil nn écart de la railon générale du tout. W
Les accefl'oires du mal font les chagrins , la dou-
leur , le trouble.
La vertu & fcs acccffoires conitituent la féli-
cité.
11 y a des biens préfens ; 11 y en a de futurs. Des
biens conllans , des biens intermittens, de durables
&L de paffagers ; des biens d'objets, de moyens , de
fin, d'utilité, d'intérieurs, d'extérieurs, d'abfoIus,de
relatifs , 6'c.
Le beau c'efl la pcrfe£l;on du bien.
Tous les biens lont égaux. Il faut les defirerîous.
Il n'en faut négliger aucun.
Il y a entre le bien ou l'honnête ; entre le mal ou
le honteux , des chofes intermédiaires qui ne peu-
vent ni contribuer au bonheur , ni y nuire. On peut
ou les négliger , ou les rechercher fans confé-
quence.
Le fage efl févere; il fuit les diilraclions; il a l'efpiit
fain ; il ne fouffre pas ; c'efl un homme dieu ; c'efl le
feul vrai pontife ; il ell prophète ; il n'opine point»
c'efl le Cynique par excellence; il ell libre; il efl roi;
il peut gouvernerun peuple ; il n'erre pas ; il ei' in-
nocent;il n'a pitié de rien; il n'efl pas indulgent, il n'eli
point fait pour habiter un defert; c'efl un véritable
ami ; il fait bien tout ce qu"il fait ; il n'efl point en-
nemi de la volupté ; la vie lui eil indifférente ; il efl
grand en tout ; c'efl un économe intelligent ; il a la m
noblelTe réelle ; perionne n'entend mieux la méde»
cine ; on ne le trompe jamais; il ne trompe point;
c'efl lui qui fait jouir de fa femme, de fes enfans, de la
vie ; il ne calomnie pas ; on ne fauroit l'exiler ,
&c.
Les Stoïciens à ces carafteres en ajoutolent une infî-r
nité d'autres quiiembioient en être les contradictoi-
res. Après les avoir regardés comme les meilleurs
des hommes , on les eût pris pour les plus méchans.
C'étoit une fuite de leur apathie , de leur imitation
flricle de la divinité , & des acceptions particulières
des mots qu'ils employoient. La définition du lloï-
cien étoit toute femblable à celle queVanini donnoit
de Dieu.
L'ame , fcmblable îi un globe parfaitement rond ,
efl uniforme ; elle n'efl capable ni de comprefTion,
ni d'cxpanfion.
Elle ell libre; elle fait ce qu'elle veut; elle a fa
propre énergie. Rien d'extérieur ne la touche , ni
ne peut la contraindre.
Si on la confidere relativement au tout , elle efl
fujette au deflin; elle ne peut agir autrement qu'elle
agit ; elle fuit le lien univerfel 8c facré qui unit l'ur
nivers & fes parties.
Dieu efl foumis au deflin , pourquoi l'ame humai-
ne , qui n'en efl qu'une particule, en léroir-elle affran-
chie?
Aufil-tôt que l'image du bien l'a frappée , elle le
defire.
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531
Le principe qui fe développe le premier dans un
être animé , eft celui de fa propre conlbrvation.
S'il atteint ce qui efl conforme à la nature , fon
bonheur commence.
Les defu-sfuivent laconnoiffance on l'opinion des
choies.
C'efl deia connoiffance de l'ordre univcrfel, que
dépend celle du vrai bien.
Si l'on prélenîe à Thomme un bien convenable à
fa nature , & qu'il s'y porte avec modération , il eft
fage & non palîîonne ; s'il en jouit paifiblement , il
eftferein & content ; s'il ne craint point de le per-
dre , il eit tranquille , &c.
S'il fc trompe fur la nature de l'objet; s'il le pour-
iîîit avec trop d'ardeur ; s'il en craint la privation ;
s'il en jouit avec tranfport ; s'il fe trompe fur fa va-
leur ; s'il en efl féduit j-s'il s'y attache ; s'il aime la
vie , il eft pervers. "
Les defirs fondés fur l'opinion , font des fources
de trouble. L'intempérance efl une des fources les
plus fécondes du trouble.
Le vice s'introduit par l'ignorance des chofes qui
font la vertu.
Il y a des vertus de théorie. Il y en a de prati-
que. Il y en a de premières. Il y en a de fecon-
daires.
La prudence qui nous inflruit de nos devoirs ; la
tempérance qui règle nos appétits ; le courage qui
nous apprend à fapporter ; la juflice qui nous ap-
prend à diilribuer , font des vertus du premier or-
dre.
Il y a entre les vertys un lien qui les enchaîne; ce-
lui à qui il en manque une , n'en a point. Celui qui
en poffede bien une , les a toutes.
La vertu ne fe montre pas feulement dans les dif-
cours ; mais on la voit auffi dans les actions.
Le milieu entre le vice & la vertu n'eft rien. ^,
On forme un homme à la vertu. Il y a des méchans
qu'on peut rendre bons.
On eft vertueux pour la vertu-même. Elle n'eft
fondée ni dans la crainte , ni dans l'efpérance.
Les aftions font ou des devoirs , ou de la généro-
fité ; ou des procédés indliTérens.
La raifon ne commande ni ne défend les procédés
inoifterens ; la nature ou la loi prilentles devoirs. La
générofité immole l'intérêt perfonnel.
Il y des devoirs relatifs à foi-même-; de relatifs au
prochain , & de relatifs à Dieu.
Il importe de rendre à Dieu un culte raifonna-
ble.
Celui-là a une jufle opinion des dieux qui croit
leur exlftence, leur bonté , leur providence.
Il faut les adorer avant tout , y penfer , les invo-
quer , les reconnoître , s'y foumettre , leur aban-
cionner la vie , les louer même dans le malheur ,
ùc.
L'apathie eft le but de tout ce que l'homme fe doit
à lui-mcme. Celui qui y eft arrivé eft lage.
Le lage faura quand il lui convient de mourir ; il
lui lera indifférent de recevoir la mort ou de fe la
donner. Il n'attendra point à l'extrémité pour ufer de
ce remède. Il lui fufîira de croire que le fort a
changé.
Il cherchera l'obfcurité.
Le loir il le rappellera fa journée. Il examinera fes
aftions. Il reviendra fur fes dlfcours. Il s'avouera
fes fautes. Il fe propoféra de faire mieux.
Son étude particulière fera celle de lui-même.
Il niéprifera la vie & les amufemens ; il ne redou-
tera ni la douleur , ni la mlferc , ni la mort.
Il aimera fes femblables. Il aimera même fes en-
nemis.
11 ne fera l'injure i\ pcrfonne. Il étendra fa bien-
veillance fur tous.
Tome Xy.
Il vivra dans le monde , comme s'il n'y avoii rien
de propre.
Le témoignage de fa confclence fera le premier
qu'il recherchera.
Toutes les fautes lui feront égales.
Soumis à tout événement , il regardera la commi-
feraiion & la plupart des vertus de cet ordre , com-
me une forte d'oppolition à la volonté de Dieit.
Il jugera de même du repentir.
Il n'aura point ces vues de petite blenfaifance ,
étroite , qui difT:ingue un homme d'un autre. Il imi-
tera la nature. Tous les hommes feront égaux à fes
yeux.
S'il tend la main à celui qui fait naufrage, s'il con-
fole celui qui pleure , s'il reçoit celui qui manque
d'afyle ; s'il donne la vie à celui qui périt ; s'il pré-
fente du pain à celui qui a faim , il ne lera point ému.
Il gardera fa ferénité. Il ne permettra point au fpe-
dacle de la milere , d'altérer fa tranquillité. Il re-
connoîtra en tout la volonté de Dieu <k. le malheur
des autres ; & dans fon ImpuifTance à les fecourir ,
il fera content de tout , parce qu'il faura que rien
ne peut être mal.
Des difciplcs & des fuccejfcurs de Zenon. Zenon eut
pour difciple Philonlde , Calippe, Pofidonius , Ze-
node , Scion & Cléanthe.
Perféc , Arifton , Heriile , Denis , Spherus & Athé-
nadore fe font fait un nom dans fa fefte.
Nous allons parcourir rapidement ce qu'il peut y
avoir de remarquable dans leurs vies ÔC dans leurs
opinions.
Perfée étoit fîls de Démétrius de Cettlum. Il fut ,
difent les uns, l'ami de Zenon ; d'autres , un de ces
efclaves qu'Antigone envoya dans fon école , pour
en copier les leçons. Il vivoit aux environs de la
cxxx. olympiade. Il étoit avancé en âge , lorfqu'il
alla à la cour d'Antigone Gonatas. Son crédit auprès
de ce prince fut tel, que la garde de l'Acro-Corinthe
lui fut conliée. On fait que la fureté de Corinthe & de
tout le Péloponnèfe dépendoit de cette citadelle. Le
philofophe répondit mal à l'axiome ftoïque , qui difoit
qu'il n'y avoit que le fage qui fâche commander.
Aratus de Sycione fe préfenta fubltement devant
l'Acro-Corinthe , & le furprit. Il empêcha Antigone
de teniràAîenedemed'Erétrie la parole qu'il lui avoit
donnée , de remettre les Erétriens en république ; il
regardoit les dieux comme les premiers inventeurs
des chofes utiles chez les peuples qui leur avoient
élevé des autels. Il eut pour difciplcs Hermagoras
d'Amphipolis.
Arifton de Chio étoit fils de Miltiade. Il étoit élo-
quent , & il n'en plailoit pas davantage à Zenon oui
affeftoit un dlfcours bref. Arillon qui almoit le plai-
fir , étoit d'ailleurs peu fait pour cette école févere.
Il profita d'une maladie de fon maître pour le quit-
ter. Il fuivlt Polémon , auquel il ne demeura pas
long-tems attaché. U eut l'ambition d'être chef de
fcde, &: il s'étabht dans le Cynofarge , 011 il afîembla
quelques auditeurs, qu'on appella de fon nom. Us
Arijionicns : mais bientôt fon école fut méprifée &
délerte. Arifton attaqua avec chaleur Arcefilaiis, &
la manière de philoiopher académique Se fceptlque.
Il Innova plufieurs chofes dans le Scoiàfme : il pré-
tcndoit que l'étude de la nature étoit au-deffus de
l'efprit hum;;in ; que la Logique ne figiiifiolt rien , &
que la Morale étoit la feule fclence qui nous impor-
tât ; qu'il n'y avoit pas autant de vertus différentes
qu'on en comptoit communément , mais qu'il ne fal-
loit pas , comme Zenon , les réduire à une feule ;
qu'il y avoit entr'cUcs \va lien commun; que les dieux
etoicnt fans intelligence & fans vie , & qu'il étoit
impoiTible d'en déteiniiner la forme. Il mourut d'un
coup de folcll qu'il reçut fur fa tête qui étoit chauve,
11 eut pour dliclplc Eratofthene de Cy rené. Celui-ci
X X X ij
4>
531
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fut grammairien , pocte & philolophc. Il (c diftln-
gua aufâ parmi les Mathématiciens. La variété de les
connoidanccs lui mérita le nom (\q philologue , qu'il
porta le premier , &: les Ptolomce , Philopator 6c
Epiphanc lui confièrent le loin de la bibliothèque
d'Alexandrie.
Perlée ne fut pas le feul qui abandonna la iedc
de Zenon. On fait le mCme reproche h Denis d'Hé-
racléc. On dit de celui-ci qu'il regarda la volupté
comme la hn des actions humaines , &: qu'il palîa
dans l'école cyrénaïque & épicurienne.
Herelle de Carthage n'eut pas une jcuncfie fort
innocente. Lorfqu'il le prélenta pour difciple à Ze-
non , celui-ci exigea pour preuve de fon changement
de mœurs , qu'il ic coupât les cheveux qu'il avoit fort
beaux. Herello le rala la tctc , ÙL fut reçu dans l'é-
cole lloïquc. Il regarda la fcience & la vertu comme
lés véritables fins de l'homme, ajoutant qu'elles dé-
pendoient (juelquefois des circ'onltances, &; que fem-
blables .\ l'airain dont on fondoit la llaliie d'Alexan-
dre ou de Socrate , il en falloiî changer félon les oc-
cafions ; qu'elles n'étoient pas les mêmes pour tous
les 'nommes ; que le fage avoit les fciences qui n'é-
toient pas celles du fou , &c.
Sphsrus le borylthénlte, le fécond difciple de Ze-
non , enfeigna la Philofophie à Lacédémone , & for-
ma Cléomcnc. Il palla de Sparte à Alexandrie : il mo-
difia le principe des Stoïciens , que le iage n'opi-
noit jamais. Il difoit à Ptolomée qu'il n'étolt roi , que
parce qu'il en avoit les qualités , fans Icfquelles il
celferoit de l'être. Il écrivit plufieurs traités eue nous
n'avons pas.
Cléanthès , né à AlTe en Lycie , fiiccéda à Zenon
fous leStoa. Il avoit été d'abord athlète. Son extrême
pauvreté liii fit apparemment goûter une philofophie
qui prcchoit le mépris des richeffes. Il s'attacha d'a-
bord à Cratès , qu'il quitta pour Zenon. Le jour il
étudioit ; la nuit il fe louolt ,pour tirer de l'eau dans
les jardins. Les Aréopagites , touchés de fa mifere
àc de fa vertu , lui décernèrent dix mines lur le
tréfor public : Zenon n'étoir pas d'avis qu'il les ac-
ceptât. Un jour qu'il ccnduiloit des jeunes gens au
fpeftacle , le vent lui enleva fon manteau , & le laiiTa
tout nud. La fortune & la nature l'avoicnt traité
prefqu'avcc la même ingratitude. Il avoit l'efprit
lent : on l'i'.ppelloit rânc de Zenon , & il difoit qu'on
avoit raifon , car il portolt feul toute la charge de
ce philofophe. Antigone l'enrichit ; mais ce fut fans
conféqucnce pour la vertu. Cléanthès pcrfifla dans
la pratique auilere du Sioïdfme. La fede ne perdit
lien fous lui de fon éclat ; le portique fut plus fré-
quenté que jamais : il prcchoit d'exemple la conti-
nence , la fobriétc , la patience & le mépris des in-
jures : il eftimoit les anciens philofophcsde ce qu'ils
avoient négligé les mots , pour s'attacher aux choies ;
& c'étoit la raifon qu'il donnoit de ce que beaucoup
moindres en nombre que de fon tems, il y avoit ce-
])endant paiml eux beaucoup plus d'hommes fages.
11 mourut âgé de 8o ans : il fut attaqué d'un ulcère
à la bouche , pour lequel les Médecins lui ordonnè-
rent l'abftlnence des allmens ; il pafla deux jours
fans manger ; ce régime lui réuffit , mais on ne put
le déterminer à reprendre les allmens. Il étoit , djfoit-
il , trop près du terme pour revenir fur fes pas. On
lui éleva , tard à la vérité , une très-belle ftatue.
Maisperfonnencs'eftfaitplus de réputation parmi
les Stoïciens que Chrifippe deTarfe. Il écouta Zenon
& Cléanthès : il abandonna leur dodlrine en plu-
fieurs points. C'étoit un homme d'un cfprlt prompt
6l fubtil. On le loue d'avoir pu compoler jufqu'à
cinq cens vers en un jour : mais parmi ces vers , y
en avoit-il beaucoup qu'on put louer ? L'elllme qu'il
faifoit de Uil-mcme n'étolt pas médiocre. Interrogé
par quelq l'un c|ul avoit un enfant , fur l'homme à
S T O
qui 11 on fallolt confier l'inflrudlon : à ir.ol , lui ré-
pondit-il ; car fi je connoilTois un précepteur qui
valut mieux , je le prendrois pour moi. Il avoit de
la hauteur dans le caraftere : il méprifa les honneurs*
Il ne dédia point aux rois fes ouvrages , comme c'é-
toit la coutume de fon tems. Son efprit ardent &c
porté à la contradidion lui fit des ennemis. Il éleva
Carnéade , qui ne profita que trop bien de l'art mal-
heureux de jetter des doutes. Chrifippe en devint
lui-même la viftim.e. Il parla librement des dieux : il
cxpliquolt la fable des amours de Jupiter &: de Ju-
non d'une manière aulîl peu décente que religieufe.
S'il eil vrai qu'il approuvât l'incefte & qu'il confeil-
lât d'ufer de la chair humaine en ahmens , fa morale
ne fut pas fans tache. 11 laiffa un nombre prodigieux
d'ouvrages. 11 mourut âgé de 83 ans : on lui éleva
une llatue dans le Céramique.
Zenon de Tarfe , à qui Chrifippe tranfmlt le por-
tique , fit beaucoup de dilclples &:peu d'ouvrages.
Diogene le babylonien eut pour maîtres Chri-
fippe & Zenon. Il accompagna Crltolaiis & Carnéade
à Rome. Un jour qu'il parlolt de la colère , un jeune
étourdi lui cracha au vifage , & la tranquillité du
philofophe ne démentit pas Ion difcours. Il mourut
âgé de 98 ans.
Antipater deTarfe avoit été difciple de Diogene,
&: il luifuccéda. Ce fut un des antagonilles les plus
redoutables de Carnéade.
Panetius de P\.hodes lalfia les armes auxquelles il
étoit appelle par la naiffance , pour lulvre fon goût
& fe livrer à la Philofophie. Il fat ellimé de Ciccron,
qui rintroduifit dans la familiarité de Sciplon & de
Lœlius. Panetius fut plus attaché à la pratique du
Stoïclfrne qu'à fes dogmes. Il eftlmoit les philolophes
qui avoient précédé , mais fur-tout Platon , qu'il ap-
pelloit leur Honnrt. Il vécut long-tems à Rome, mais
il mourut à Athènes. Il eut pour difciples des hom-
mes du premier mérite , Mnelarque , Pofidonius ,
Lelius , Sciplon , Fannius , Hécaton , Apollonius ,
Polybe. Il rejettolt la diviiiation de Zenon : écrivit
des ofilces ; il s'occupa de l'hlloire des fcftes. Il ne
nous refte aucun de fes ouvrages.
Pofidonius d'Apamée exerça à Rhodes les fonc-
tions de magifi:rat & de philofophe ; ôi au fortir de
l'école, 11 s'afleyolt fur le tribunal des lo'S, fans
qu'on l'y trouvât déplacé. Pom.pée le vifita. Pofido-
nius étoit alors tourmenté de la goutte. La douleur
ne l'empêcha point d'entretenir le général romain.
Il traita en fa préfence la quedion du bon & de
l'honnête. Il écrivit différens ouvrages. On lui attri-
bue l'invention d'une fphere artificielle , qiîi imitoit
les mouvemens du fyftème planétaire : il mourut fort
âgé. Cicéron en parle comme d'un homme qu'il avoit
entendu.
Jafcn , neveu de Pofidonius , profefi'a le Stoïàfmc
i\ Rhodes , après la mort de fon oncle.
Voyei^ à CarticUde /a PHILOSOPHIE DESPv-OMAINS
l'hiflolre des progrès de la fede dans cette ville fous
la répubUque & fous les empereurs.
Des kmmes eurent auifi le courage d'embrafier le
Stouïfmc , & de fe difilnguer dans cette école par la
pratique de fes vertus aulleres.
La {qô.q JloicUnne fut le dernier rameau de la fecle
de Socrate.
Des rejlaurateurs de la Philofophie floïcienne parmi
les modernes. Les principaux d'entr'eux ont été Jufie-
Lipfe, Scioppius, Heinfuis &: Gataker.
Julie Liplè naquit dans le courant de 1447. Il fit
fes premières études A Bruxelles , d'où il alla perdre
deux ans ailleurs. Il étudia la Scholailique chez
les jéfuites ; le goût de l'éloquence & des queftion^
grammaticales l'entraînèrent d'abord ; mais Tacite
t-c Séneque ne tardèrent pas à le dér;;chcr de Donat
& de Cicéron. Il fut tenté de fe faire jctuite ; mais
T
O
S T O
àil
parens qui n*approuvoient pas ce delTeîn , Td
^crent à Louvain où fa vocation fe perdit, . Là
ivra tout entier à la Littcraturc ancienne &C à la
ilprudence. Il fe lia fous Corneille Valcre , leur
itre commun , à Delrio , Gifclin , Lermet, Shott,
d'autres qui fe font illulîrés ))ar leurs connoiffan-
. Il écrivit de bonne heure. Il n'avoit que dix-neuf
, lorfqu'il publia fes livres c^c vanis Uctionlbus : il
dédia au cardinal Pernot de Granville , qui l'ai-
es: le protégea. A Rome , il fe plongea dans l'é-
le des antiquités : il y connut Manuce, Mercuria-
le Muret. De retour de l'Italie en Flandres , il
bandonna au plaifir , & il ne parut pas fe relfou-
!iir beaucoup de (onEpidete : mais cet écart de
ineffe, bien pardonnable à un homme qui étoit
lé fi jeune fans père , fans mère , fans parens , fans
:eurs , ne dura pas. Il revint à l'étude & à la ver-
, Il voyagea en France &: en Allemagne , en Saxe^
Bohème , fatisfaifant par-tout fa palTion pour les
ences & pour les favans. Il s'arrêta quelque tems
Allemagne , où le mauvais état de fa fortune , qui
oit difparu au milieu des ravages de la guerre allu-
ée dans fon pays , le détermina à abjurer le Catbo-
:ifme , pour obtenir une chaire de profeffeur chez
?s Luthériens. Au fond , indifférent en fait de reli-
on , il n'éîoit ni cathoiiqvie , ni luthérien. Il fe ma-
a à Cologne. Il s'éloigna de cette ville pour aller
lercher un afyle où il pût vivre dans le repos
: la folitude ; mais il fut obligé de préférer la fécu-
té à ces avantages &: de fe réfugier à Louvain , où
prit le bonnet de docteur en droit. Cet état lui pro-
lettoit de l'aifance : mais la guerre fembloit le fui-
re par-tout ; elle le contraignit d'aller ailleurs en-
^igner parmi les Proteftans la Jurifprudence Se la
'olitique. Ce fut là qu'il prétendit qu'il ne falloit
ans un état qu'une religion , & qu'il falloit pendre,
•rùler , mafîacrer ceux qui rcfufoient de fe confor-
ner au cidte public : quelle morale à débiter parmi
les hommes qui venoient d'expofer leurs femmes ,
eurs enfans , leur pays , leurs fortunes , leur vie ,
50ur s'affûrer la liberté de la confcicnce , Ôi dont la
terre fumoit encore du fang que Tiniolérance efpa-
gnole avolt répandu ! On écrivit avec chaleur contre
Juftc-Lipfe. Il devint o'dieux : il médita de fe retirer
de la Hollande. Sa femme fuperilitieufe le prefibit
de changer de religion ; les jéluites l'inveftifToient :
il auguroit mal du fuccès de la guerre des Provinces-
Unies. Il fimula une maladie : il alla à Spa ; il paffa
quelques années à Liège , & de-là il vint à Cologne ,
où il rentra dans le fein du Catholicifme. Cette in-
conflance ne nuifit pas autant à fa confidération qu'à
fa tranquillité. Les jéfuites, amis aufTi chauds qu'enne-
mis dangereux , le préconiferenî. Il fut appelle par
des villes , par des provinces , par des fouverains.
L'ambition n'étoit certainement pas fon défaut : il fe
refufa aux proportions les plus avantageufcs & les
plus honorables. Il mourut à Louvain en 1606 , âgé
de ^8 ans. Il avoit beaucoup foufî'ert , &; beaucoup
travaillé ; fon érudition étoit profonde : il n'étoit
prefqu'aucune fcience dans laquelle il ne fut verfé ;
il avolt des lettres , de la critique &C de la philofo-
phie. Les langues anciennes & modernes lui étoient
familières. 11 avoit étudié la Jurllprudence & les An-
tiquités. Il étoit grand moraliUe ; il s'étoit fait un
ftyle particulier, fcntentieux , bref, concis &c ferré.
Il avoit reçu de la nature de la vivacité , de la cha-
leur, de la fagacité, de la julîe/Te même, de Timagi-
nntion , de l'opiniâtreté 6c de la mémoire. Il avoit
cmbrafle le Stokifmc ; il déteftoit la philofophie des
1 écoles. Il ne dépendit pas de lui qu'elle ne s'amé-
liorât. Il écrivit de la politique &: de la morale ; &
, quoiqu'il aitlaiiïéun allez grand nombre d'ouvrages,
I qu'ils ayent prcique tous été ccmpolés dans les cm-
j barras d'une vie tumultueufe, il n'y en a pus un qu'on
îîî
î:fe (ans quelque fruit : la ^hy(io\ogiQ pïàenne . fort
traité de la conftance , (es politiques , fes obferva-
tions fur Tacite ne font pas les moins eftimés : il eut
des m.œurs, de la douceur , de l'humanité , aîTez peu
de religion. Il y a dans fa vie plus d'imprudence que
de méchanceté : (ts apoilafies continuelles font les
fuites naturelles de fes principes.
Gafpar Scioppiiis , dont on a dit t^ût de bien &
de mal, marcha iiir les pas de Julle-Lipfe. Il publia
des élémens de la philolbphie (tokknnc ; ce n'eft
guère qu'un abrégé de ce qu'on (avolt avant lui.
Daniel Heinfius a fait le contraire de Scioppius»
Celui-ci a délayé dans \\n^ oraifon de plulofophid
floicd ce que Scioppius avoit reiTerré.
Gataker s'eft montré fort fupérieur à l'un & à l'au-
tre dans fon commentaire fur l'ouvrage de l'empereuf
Antonin. On y retrouve par-tout xxn. homme pro-
fond dans la connoilTance des orateurs , des poètes
& des philofophes anciens : mais il a fes préjugés. Il
voit Couvent Jcius-Chrift, S. Paul , les évangèlllles,
les pères fous le portique , & il ne tient pas à lui
qu'on ne les prenne pour des dlfciples de Zenon. Da-
cJer n'étoit pas éloigné des idées de Gataker.
STOIDIS , {Géog. anc.) île de l'Afie , vers la côte
de la Carmanie , ck au voifmage de l'Inde. Pline ,
liv. VI. c. XXV. nous apprend qu'on pêcho'.t des per"
les fur les côtes de cette île. C'ell en vain oue Sau-
maife foutient que Pline , au lieu de Stoidls , avoit
écrit Tyndis ; tous les manufcrits de Pline s'oppofent
à la correclion de Saumalfe. (Z?. 7.)
STOLBERG , ( Géog. mod.)^ petite ville d'Alle-
magne , dans la Thuringe , chef-lieu d'un petit com-
té de même nom. Ce comté confine avec la princi-
pauté d'Anhalt , le comté de Mansfeld 6l de Hohenf-
tein, & le comté de Schwartzbourg. Les comtes de
cette maifon po(redent encore le comté de Werni-
gérode.
C'eil dans le comté de Stolberg que naquit en 1 546
Rhodoman ( Laurent ) connu dans la littérature par
plufieurs ouvrages. Il étoit poëte,& très verfé dans la
langue greque \ il a fort bien réulTi dans la traduction
latine de Diodore de Sicile. Scaliger lui fit obtenir la
chaire de profelTeur en hiftoire dans l'académie de
Wirtemberg , oîi il mourut en 1606 , âgé de foixan-
te ans.
Schtmdiwin (.Tean) favant jurifconfulte, né à Stol-
berg en I 5 19 , & mort en 1 568 , étoit le quinzième
des enfans de fon père qui ne l'en aima que plus ten-
drement. Ce fils devint un habile homme , 6l fut
employé parl'éledeur de Saxe dans des négociation^
importantes. Son commentarius ad injiicaca , tll un
ouvrage eflimé. ÇD.J.)
STOLE , f. f. (^Antij, rom.') Jiola , l'abc traînante
à l'ufage des dames de qualité, & fur laquelle elles
jettoient dans les jours de cérémonie , un petit man-
teau.
Cette robe des dames romaines fe mettoit par-def-
fus la tunique , & avoit quelque relfemblance aux
habits de cour de nos tems modernes. Si votre maî-
trelTe , dit un poète , s'habille de quelque robe am-
ple ô£ longue, écriez -vous de toute votre force,
que fous cet équipage , elle va mettre le feu par-tout ;
mais en mcme-tems priez-la d'une voiv timide, qu'el-
le ne s'expofe point aux rigueurs de l'hiver.
La queue de cette robe étoit traînante , & le bas
garni d'un tifïii très-large , d'or ou de pourpre , luLt
fafcia. Le corps de la robe étoit rave de différentes
couleurs; elle reçut infcnfiblement un grand nombre
de plis , s'augmenta de volume , ht to.nber la toge ,
ou du moins n'en lailfa l'ufage qu'aux hommes & aux
courtifannes.
Le nom de (îole peu altéré a pafTé dans l'cglife. Se
cil devenu une partie de l'habillement du prêtre .
quand il eÛ devant l'autel. Mais l'etole cil bien dlf-
534
S T O
fcrent de la/o/^des Romains , car c'eft proprement
les cxtrémltcs de hi lonu,Lic robe que portoit le grand
prêtre des Juits ; 6«: h Von veut remonter à Torigine
de la fiole du grand prêtre juif, on la trouvera dans
la Gcnèfe , où l'on verra que Pharaon voulant éta-
blir Joicph, intendant de TEgypte ; il le ht revêtir
d'une robe de iin lin , appellée j^'o/a i^i/lina. On trou-
vera encore que les robes qui turent dillribuces aux
frères de Joleph (ont nomr.iéesy/o/c;j , ainfi que la
robe neuve dont fe para Judith pour tromper Holo-
phernc. ( O. J.)
STOLHOFFEN, (GJog. mod.) petite ville d'Alle-
ma'Mie , au cercle de Suabe, dans le marquiiat de
Bade , proche la rive droite du Rhin , à 6 lieues au
nord-eii de Strasbourg. Les Allemands y furent for-
ces dans leurs lignes parles François en 1707. Long.
zS. 24. lut. 4S. 30. (D. J.)
STOLPEN , PIERRE DE , ( Hiji. nat. LuJwlog. )
en Mcmdnd fo/pcripcin ; c'eft le nom qu'on donne
à une pierre de touche ou à une efpece de hafalus
qr;i fe trouve en Mifnie ; elle ell femblable à du mar-
bre noir ou gris par fa couleur , mais fa forme eft
très-fingulicre ; elle fe trouve en crillaux ou en co-
lonnes prilmatiques , qui ionî ou pentagones ou he-
xagones , ou eptagones , ou octogones ; quelquefois
même il y a de ces colonnes qui ont la figure d'une
folive équarrie. Les furfaces de ces prifmes font unies
& lilTes , comme fi elles avoient éié polies. Ces co-
lonnes prifmatiques font placées perpendiculaire-
ment les unes à côté des autres comme dts tuyaux
d'orgue ; elles s'élèvent d'environ 16 ou 17 pies au-
delïus du fomniet d'une montagne ; & ces prifmes
ou colonnes fervent de fondement au château de
Stolpcn , qui efl bâti précifément au-delTus.
AI. Pott qui a examiné cette pierre , dit qu'elle eft
d'une très-grande dureté ; elle ne fait point efFervef-
ctnce avec les acides , & l'action du feu ne la con-
vertit point en chaux. Ce favant chimilte conjectu-
re , que c'efl: une terre argilleufe comme celle de
l'ardoife combinée avec une terre ferrugineufe qui
fait la bafe de cette pierre ; fans aucune addition un
feu très- violent peut la clianger en une fcorie noire
fi dure, qu'elle donne des étincelles lorfqu'on la frap-
pe avec un briquet , quoique dans fon état naturel
elle ne fafle point feu. Cette pierre eft de différen-
tes nuances , elle ell ou noirâtre ou d'un gris de fer
ou d'un gris de cendre ; en frottant un métal deiTus
ci!e en prend la couleur , 6c plus elle eft noire , plus
elle eft propre à fervir de pierre de touche, f^oye^ la
LiihogéogriofudcM.Pott, voyeiaufH Variic/eT OVCHE
^pierre de ).
Stolpfn , ( Géogr. mod. ) ville d'Allemagne , au
cercle de la haute Saxe , dans la Poméranie ukéneii-
re, fur la rivière de môme nom, à 30 lieues au nord-
oueft de Dantziclc ; elle dépend du roi de Prulïe.
Long. 34. 48. lac. S4. 42. (£>. /.)
Stolpen , LA , {Géog. mod.) ou la Sfo/pe ; riviè-
re d'Allemagne , dans la Poméranie ultérieure , au
duché de Vandalie ; elle fe, forme de divers ruifteaux ,
& fe perd dans la mer Baltique. (£>. /.)
STOLPMUND , ( Géogr. mod. ) petite ville , ou
plutôt bourgade d'Allemagne , dans la Poméranie ul-
térieure, au duché de Vandalie , vers l'embouchure
de la Stolpe , qui lui donne fon nom. (i9. 7.)
STOMACFIIQUE, adj. en AnatomU , ce qui ap-
partient à l'eftomac. Foyei Estomac.
Stomachique, adj. (Ikérapcuiique.') ou remè-
de approprié auxiTialadics particulières de l'eftomac;
car l'eftomac étant fujet comme tous les autres orga-
nes , aux maladies univerfelles ou communes , telles
oue l'inflammation , les divers genres de tumeurs ,
&c. à des maladies propres ou particulières ; fa-
voir, colles qui ont rapport à fa conftitution , &: ;\
ics fondions propres ; & les maladies communes fc
S T O
\ traitant toujours par les remèdes généraux ou com -
muns ; reftent leulement les maladies particulières
auxquelles puifl'ent convenir les remèdes aporo-
priés.
Les maladies propres de l'eftomac font pour la
plupart des alfcdtions légères qui ne peuvent qu'être
miles au rang des incommodités , quoiqu'elles foicnt
fouvent très- opiniâtres & très-importunes ; ce font
des vices dans les digeftlons , & des vices qui pour
refterdans l'ordre des maladies propres de l'eftomac
doivent ne dépendre d'aucune caufe manifefte , &c
notamment exclure toutes les conformations contre
nature , tous les vices organiques ou des folides , &
ces maladies font outre les digeftions pénibles & les
digeftions fougueufes ; font , dis-je , les douleurs ou
coliques d'eftomac , & les vomilTemcns habituels.
Ce n'eft abfolument qu'aux maladies particulières
de l'eftomac ainfi circonfcrites , que les remèdes /?o-
machiquii lont vraiment confacres. On les emploie
toujours dans la vue de rétablir le ton naturel, la fen-
libilité naturelle , l'attlvité naturelle , de réveiller le
jeu , de remédier à la parefle , à l'inertie , au relâche-
ment de cet organe , ou bien au contraire d'émouf-
fer la trop grande lenlibilité , de diminuer fa tenfiorj
contre-nature , de modérer fa trop grande adtivité ,
&c. de lup^jiéer le trop peu d'énergie des fucs digef-
tifs , ou leur trop peu d'abondance , de leur rendre
leurs /tvtJi ; de corriger leur acidité , leur âcreté,
leur biUjJcncc , de les adoucir , de les épailîîr ; ou au
contraire , de les rendre plus fluides , &c. toutes in-
dications déduites , comme on voit , de vices fort oc-
cultes & dirigées à des opérations pour le moins auflî
peu comprîtes, du-moins fort peu évidentes , annon-
cées tout-au-plus par quelques effets , mais d'une ma-
nière très-éloignée.
Quoique les vices des digeftions foient aflez géné-
ralement divifés en deux elpeces,très-oppofées qu'oa
exprime communément par le relâchement contre
nature , & par la trop grande tenfion ; & qu'on peut
fe repréfenter en effet par ces deux états oppofcs; &
qu'alnft les fiomachïqxus duflent être partagés auffi en
deux claftes ; celles des toniques ôd celles des relâ-
chans ; cependant comme il a été obfervé dans Varti-
cU Digestion , p. 1002. col. 2. & 'oo;^. col. 1. que
rien n'ell fi bifarre que les atfeftions propres de l'ef-
tomac , 6c rien de fi équivoque que les lignes d'après
lefquels on prétend communément déduire le carac-
tère des deux clafles générales de ces affeftions; rien
aulTi de moins conllant en iMédecine, que les règles
de détails fur l'adminiftration des divers ftomachiques^
aufîi comme il eft obfervé dans l'endroit que nous
venons de citer. L'unique manière d'employer utile-
ment les d'iv(^rs Jiowachiques dans les cas où ces re-
mèdes font indiquas en général , c'eft l'empyrifme
ou le tâtonnement : ce dogme général eft confirmé
entr'autres obfervations par celle-ci ; favoir , qu'il
n'eft pas rare de voir des maladies de l'eftomac eau-
fées par des amas d'acide , ou pour le moins accom-
pagnées de ce fymptome, guéries parl'ufage du lait,
ce qui dément formellement les deux dogmes les
plus reçus de la doctrine courante fur ce point; car jll
les acides de l'eftomac font regardés comme un des I
indices les plus clairs de Ion relâchement , de fa foi- ™
blelfe ; & le lait tient le premier rang parmi les re-
mèdes relâchans.
Au refte , foit que par un préjugé très-ancien &
très-répandu , les remèdes fortihans, échautîans, to-
niques, loient généralement regardés comme amis
de l'eftomac , 6c comme capables de remédier à tous
ces dérangemens , les (tomach'ujnes proprement dits
font tous pris dans la clafl'e des remèdes fortifians,
échauiF..ni,toniques , ou même tous les remtdcs
fortifians éch<.ufr,ms toniques font en même tems
regardés comme /lo/nachiqucs ; 6i, en effet, tous les
s T O
îmedes Je cet ordre font propres à guérir pliilleurs
[laladies de l'eftomac.
Mais une obfervation plus éclairée a appris auiH
lu'un grand nombre de ces incommodités étoient
•ès-efficacemcat combattues par les remèdes rafraî-
hiffans & par les remèdes reiachans , c"eft-à-dire ,
u'cn cherchant par le ratonnement des remèdes
our chaque cas particulier , il failoit f'e retourner
u côté des rafraîchifFans 6z. des relàchans , auiFi-bien
ue du côté des toniques ; en forte qu'on pourra
liflTer, fi l'on veut,pour obéir à l'ufage, le titre àejlo-
lachiqiiîs aux rcmedts toniques, mais en obfervaat
ue ce ne ibnî j)as les feuls qui loienî propres aux
ifcdions de l'eltomac, ou bien diilinguer Itsjioma-
hiqucs en JIoma:hi^u£S toniques , &C en flomachiqitis
sfraîchiiTans & relàchans. Au refle , quoique les ab-
3rbans remédient quelquefois très-direftement aux
iffcftions de l'eilomac , nous ne les comptons point
armi les fiomachiques , parce qu'il ell évident qu'ils
'opèrent point du tout ibr l'organe même , fur l'e-
tomac , tandis que Tadion des autres paroît évidem-
nent fe porter uniquement iiir les folides.
hes Jiomachiqucs tant rafraîchiffans & relàchans •
[ue toniques , n'étant , comme nous l'avons inilnué
éja , que ces remèdes généraux confidérés quant
1 un de leurs eiFets particuliers , nous ne faurions
ndiquer ici ces remèdes & en expofer la nature,
ans répéter abfolument & inutilement ce qui en eft
lit aux articles rafraîchiffans, relàchans, & toni-
ques, yojei ces artiiles.
STONE , f. m. ( Poids d'AngUum. ) poids dont
es bouchers anglois fe fervent pour pefer la viande
[u'iLs débitent. LeJIom eft de huit livres d'avoir du
loids , c'efl-à-dire , de la livre la plus pelante des
leux , dont on fe fert en Angleterre : cette livre efl
le feize onces. ( Z>. /. )
STONEHENGE , ( Amlqulù, ) c'eft ainfi que les
Anglois nomment un monument fmgulier quife voit
ians les plaines de Salisbury , à environ deux lieues
ie cette ville. Ce monument eft compofé de quatre
■angées de pierres brutes d'une grandeur énorme ,
>lacées circulairement. Quelques-unes de ces pierres
ont vingt pies de hauteur fur fept de largeur , & en
foutiennent d'autres placées horifontalernent ; ce qui
forme comme des linteaux de porte ; l'on préfume
que toutes les autres pierres étoient anciennement
liées les unes aux autres , & ne formoient qu'un ieul .
édifice.
La grandeur de ces pierres & la difficulté qu'il y
eùî eu à les tranfporter à caufe de l'énormité de leur
poids , a fuit croire qu'elles étoient compofées, &
que les anciens avoienî le fecret d'un ciment au
moyen duquel avec du fable ou de petites pierres, ils
venoient à bout de faire des mafles très-confidéra-
bles. Mais cette raifon ne paroît point décifrve , vu
que les Egyptiens avoieni trouvé le moyen de faire
venir de très-loin des mafl'es de pierres bien plus con-
fiJérables qu'aucune de celles dont ce monument an-
glois eft compofé ; d'ailleurs en examinant le grain
de ces pierres, tout le monde demeure convaincu
qu'elles ioht naturelles.
Les antiquaires anglois font partagés fur les ufages
auxquels cet édifice a pu fcrvir. Quelques-uns croient
que c'étoit un temple des druides ou prêtres des an-
ciens Bretons ; d'autres croient que c'étoit un tem-
ple des Romains dédié à Caelus ou au ciel, parce
qu'il étoit découvert ; d'autres croient que c'étoit
lin monument élevé en l'honneur de Hcngift fameux
héros danois , qui conquit l'Angleterre ; d'autres en-
fin croient que c'étoit un monument élevé par Au-
rdius Ai7ibroJîus , fondés fur ce que le nom latin de
ce lieu eft encore mons Anibroja.
M. Mallet, dans fon Introducllon à Vh'ijlolri de Da-
nemark , nous apprend que les anciens peuplçs du
S T O
53$
nord éîevoient fur des collines , foit naturelles foit
artificielles , des autels qui n'étoient compolés que
de rochers dreffés fur la pointe , & quifervoient de
baie à de grandes pierres plates qui formoient les
tables. Quelques-uns de ces autels étoient entourés
d'un double rang de pierres énormes , qui environ-
noient auiFi la colUne même fur laquelle ces autels
étoient placés. On voit encore une femblable en^
ceinte dans l'île de Sélande , où ces pierres ont du
être apportées de fort loin , 6c par un travail énor-
me ; fur quoi M. Mallet remarque que de tout terris là.
fuperjiltiona irnaglnéquon ne pouvait hononr la diviniti
qu'en faifant pour elle des ej'peces de tours de force. Le
même auteur obferve encore que dans les lieux o\x
les peuples du nord faifoient l'éleftion de leurs rois^
on formoit une enceinte compofée de douze rochers
placés fur la pointe & perpendiculairement , au mi-^
lieu defquels il s'en élcvoit un plus grand que les au-
tres , fur lequel on mettent un fiége pour le roi ; les
autres pierres fervoient de barrière entre le peuple
& lui. On trouve trois de ces monumens grofîiers;
l'un près de Lund en Scanie, l'autre à Leyre en Se--
lande , & le troifieme prè^ de Vibord en Jutlande. 11
y a lieu de croire que le/ionchenge des Anglois fcrvoit
à quelques ufages fembiables , qui étoient communs
aux Bretons 61 aux anciens Danois , ou que ces dev^
niers avoient apporté en Angleterre, lorlqu'ils en fi-
rent la conquête.
SrONG , ( Géog. mod. ) rivière de Suéde , dans
la province d'Oftrogothle , qu'elle fépare en deux
parties : elle fe rend dans le lac de R.oxen , près de
Linkoping. ( Z^. /. )
srONI , ( Géog. anc. ) peuples des Alpes , Stra-
bon , /. ly.p. 204. les joint avec les Leponiim & les
Tridentini ; & Tite-Live , épitom. l. LXil. dit que le
conful Q. Marcius les fubjiigua. Ils font nommés
Siœni y 6c mis au nombre des Liguriens , dans l'inf-
cription de^ triomphes du capitole , rapportée par
Gruter , p. %Ç)8. de Ugiiribus Stœnis. Ils tiroient fans
dovue leur origine des Liguriens , où ils avoient une
origine commune avec eux. Les Stoni étoient aufîi
apparemment compris fous le nom général des Eu-
garni , dont la capitale eft appellée Stonos par Pline,
L m. c. XX. Etienne le géographe connoît une ville
nommée Stonos ^ & la donne aux Liguriens. On ne
fait point précifément le lieu oii habitoient les Stoni;
Cluvier les place par conjefture au voifmage du fleu-
ve Clufins , au nord du lac Edrinus. ( Z?. /. )
STONY-STRATFORD , ( Géog. mod. ) bourg
d'Angleterre, dans Bucklnghamshire, fur le bord de
l'Oule. C'eft un grand & beau bourg , où fe tient un
des meilleurs marchés de la province ; fon nom lui
vient de trois choies : la première , de ce que toutes
les mailbns y iont de pierre de taille; la féconde,
parce qu'il eft fur l'ancienne voie militaire , autre-
ment iur un chemin battu , pavé autrefois par les Ro-
mains, qu'on nomme aujourd'hui WatUns^-Stnat , &
dont on voit encore quelques reftes hors du bourg;
la troiiieme , parce qu'il efl fuué près d'un gué de
l'Oufe. '
Cependant ., comme la rivière n'elF plus guère
guéable dans cet endroit , on y a coniFruit un pont.
Ue l'autre côté de la rivière , il y avoit ancienne-
ment une place appellée LaBorodum , qui tiroit ion
nom de ion gué pierreux; car en langue galloii'e,
Icdi iignifie une pierre , & ^hyd., un gué ; mais la
place n'eftplus , 6c il n'y refte qu'un village , nommé
Pafsham^ pour marquer que c'étoit un lieu de pafla-
ge. Sfony-Stratford ei\ toujours un lieu de grand
abord , parce qu'il eil iur la route do Londres , au
nord d'Angleterre. CD. J.)
STOOR - JUNKARE , ( IdoUtrie des Lapons, )
dieu des Lapons idolâtres; ils croyent que tous les
animaux , 6c en particulier les bêres fauvages , corn-
536
S T O
me les ours , les loups, les renards , les cerfs , &les
rennes , lont lous Ion empire ; c'eft pourquoi ils lui
iacrifient clc tcms h. autre un renne ni^le. Chaque
famille a Ibn poor-Junkarc , &C lui rend un culte lin-
quelque rocher , ou près de quelque caverne , ou
lur le bord d'un lac. La ,figure de ce dieu eft une
efpcce de pierre brute , qui femble avoir une tôte ;
& c'ell à cette pierre que le borne la religion de ce
peuple imbécille. ( /?. J-^
STOI'FORD, ( G\'o-;. mod.) ville d'Angleterre,
en Chellcr-Shire , au quartier leptcntrional , près de
l'endroit oii la Tamcr fc jette dans la Merfey.
STOPHIES , {Jmiq.griij.) fêtes que l'on célebroit
;\ Erétrie en l'honneur de Diane. Hélichius qui en
parle ne nous apprend point leur origine. ( Z>. /. )
STOQUER , en terme de Rafineric , c'eft l'aétion de
conduire les feux de manière ù rendre la chaleur
égale partout , en tranfportant le charbon d'une pla-
ce où il cil moins nécefl'aire dans une autre où il l'elt
plus; & de donner de l'air aux grilles en faifant tom-
ber les cendres au-deflbus, & en ces grilles l'une de
l'autre. Fovt-{ Grilles.
STOQUEl'R , 1. m. en terme de Rafinerie , eft une
verge de fer appbtle fur les extrémités en forme d'u-
ne Ipatule, environ de trois doigts de large. Il a qua-
tre pics de long avec fa douille , qui reçoit un man-
che de même longueur. On s'en fert à gouverner les
fourneaux, & à donner de l'air aux grilles. Voyei_
Stoqu ER. Voyei aiijft Us PL
STORA o.vlSTUli A , (Gîg. mod.') ville ruinée ; elle
étoit Ctuée fur le détroit de Négrepont , au fond d'un
petit golfe , entre Potiri au fud-eft , & Carifto au
nord-oueft. Mahomet IL brûla cette ville, qui ne
s'cft pas rétablie depuis. (Z?. /.)
STORAX , Stvrax , f m. (À7/?, nat. Bot.) genre
de plante à tlcur monopétale , en forme d'entonnoir,
.& profondément découpée. Le piftil fort du calice;
il eft attaché comme un clou à la partie poftérieure
de la fleur , & il devient dans la fuite un fruit arrondi
& charnu , qui renferme ordinairement un ou deux
noy3J.i?£, dans lefquels on trouve une amande. Tour-
nefort , irzjl. rei herb. Voye^^ PLANTE.
Storax , iJiijL des drog. exot.) on diftingue à pré-
fent dans la matière médicale , conformément à la
doftrinc des Arabes , deux fortes dejlorax ; favoir,
le liquide,. & le folide ou le fec , au lieu que les
jGrecs n'en connoiflbient qu'un qui eft le fec ; du
moins'i^ne paroît pas qu'ils aient connu le liquide ;
or coinmé ces deux fortes ds/lorax font entièrement
diiîérens, & qu'ils tirent leur origine de difTérens ar-
bres , nous en formerons deux articles féparés , ou-
tre que c'eft la bonne méthode à fuivre dans un dic-
tionnaire ; ainft voyei Storax liquide & Storax
SOLIDE. {D.J.) ;
Storax liquide, (^Hijl.des drog. exot.) fuc nom-
mé par les auteurs ht'ins Jljrax liquida^ &c par les
arabes rrrifia. C'eft un fuc réfmeux dont on trouve
deux efpeces dans les boutiques d'apoticaire , le pur
ôc le grolTier,
Le florax liquide p\n eft un fuc rcfineux', d'une fub-
ftance tenace & mielleufe , femblable h la térében-
thine , à demi-tranfparent , brun , ou d'un brun rou-
geâtre , ou d'un gris bnm , d'une odeur forte , Se
qui approche un peu du fîorax folide , mais prefque
défngiiéable , h caule de ion goût un peu acre , aro-
matique ^ huileux. On eftime celui qui eft gluant ,
jaune , tranfparcnt &: très-odorant.
Lc/Iorax liquide , moins pur ou grolTier, eft un fuc
îéfmer.x femblable à de la lie , brun ou grisâtre ,
opaque.^ gras, peu odorant. Il paroi t être la lie du
pi 'j.'cdent , &: l'on ne doit même l'employer dans les
remèdes 'externes , qu'après l'avoir paffé & purifié
de la craflje qu'il contient.
Le çommiui des*.apQticaii^cs donnent au florax U-
S T O
qii'idt , d'après quelques arabes ^ & mal-à-propos, le
nom dejhicié , parce que le ftadtc des Grecs eft la co-
lature de la myrrhe , comme on le peut voir dans
Diofeoride. On trouve rarement h Jîorax liquide
pur & véritable ; car outre qu'il eft ordinairement
î'ali par la fciure ou par la pouffiere de bois ; il arri-
ve encore que l'on fubftitue trop Ibuvent d'aat:-es
fucs réfmeux faftices à fa place.
Les auteurs font bien éloignés d'être d'accord fur
l'origine du//ti/'^/A; //'i/K/Vc ; autant de favans , autant
d'avis. Les uns penfent que c'eft la colature de la
myrrhe , ;\ caufe du nom de fîaclé que certains écri-
vains arabes lui donnent ; mais outre la différence
du goût & de l'odeur qui fe trouve entre la myrrhe
& \q Jlorax , il eft clair que ce font des choies entiè-
rement dilïérenîes , parce que la myrre qui tient le
milieu entre la gomme & les réflncs, fe diffout en
partie facilement dans toutes fortes de liqueurs
aqueufes , & que le fiorax liquide ne fe difïbut que
dans des liqueurs huileufes & grafles , ainfi que les
réfines.
D'autres écrivains croient que le Jiorax liquide eft
fait du (lorax calamité diflbus dans de l'huile ou du
vin , mêlé avec de la térébenthine de Venifc : cette
décoflion , difent-ils , étant refroidie , Xq Jiorax liquide
va au fond , & on enlevé la fubftance huileufe qui
furnage.
Quelques naturallftes imaginent que c'eft une huile
exprimée des noix de l'arbre , d'où découle le (lorax
calamité ; mais d'autres adoptant en partie cette idée
prétendent que le Jiorax liquide fe fait plutôt par la
décoûion des tendres rameaux, & des bourgeons du
Jiorax , ou du liquidambar.
D'autres enfin le perfuadent que \z Jiorax calamité
& \q Jiorax liquide iont le même fuc , 6c qu'ils ne dif-
férent que par la confiftence, Dale foutient en par-
ticulier, que tout ce que l'on vend chez les apoticai-
res de Londres pour du florax liquide , eft un fuc
tout-à-fait factice.
Cependant Jacques Petiver célèbre apoticalre an-
glois, de lafociété royale, & favantnaturalifte, rap-
porte dans les Tranladlions philofbphiques,/2**. 3/j.
que \c florax liquide nommé \:ia': lesTurcs & les Arabes
cotteo mija , eft le fuc d'un arbre qui s'appelle rofa.-
rnallos , lequel croît à Cobras , île dans la mer Rou-
ge , éloignée de trois journées de la ville de Suez.
On enlevé , dit-il , l'écorce de cet arbre tous les ans ,
on la pile , & on la fait bouillir dans l'eau de la mei',
jufqu'à la confiftance de glu: enfuite on recueille la
fubftance réfmeufe qui furnage. Mais comme elle
contient encore beaucoup de crafte ou d'écorce en
poudre , on la fond de nouveau dans Peau de la mtr,
& on la pafTe. On renferme féparement dans des pe-
tits tonneaux cette réline ainft purifiée , & cette ef-
pece de réfldu épais qui refte après la purification,
& on les tranfporte à Moca, célèbre foire d'Arabie.
Voilà les deux efpeces de florax que l'on trouve dans
les boutiques. Il nous manque la defcription de l'ar-
bre dont on tire \t Jiorax liquide ; mais on n'a pas été
muet fur les vertus de fon fuc réfmeux , qui tout cal-
culé , ne valent pas celles des autres baumes. Celui
qui eft pur eft très-bon pour arrêter le progrès de la
putréfaûion des plaies; il eft la bafe de l'onguent de
ftyrax. Enfin les peuples de l'Orient font beaucoup
d'ufage de cette drogue. Le tonneau qui contient en-
viron 400 livres, fe vend dans le pays depuis 200 L
de notre monnole jufqu'à 400 liv. félon que \e Jiorax
eft plus ou moins pur. (D. f)
Storax solide , (f^ijl. des drog. exot.) réftne ap-
pcllée florac ou /e^/zi par Avicenne, <nùfa.^ par Diof"»
coriide , & florax JoUdus par les médecins modernes.
Nous en allons parler d'après M. Geoffroy. C'eft une
ftibftànce réfîneufe , feçhe, dont les anciens Grecs
Ont diftingue deux efpeces ,- ÔC qui font encore con*
mu.«
i
s T O
nues de no<: jours ; favoir, le p^orax caîamHt où en
larmes , & X^jlorax ordinaire , ou en lna(^e.^
hcjiorax calamité , o-rypo-^' ■.ta.y.ttfxnï)? ,'Gr^cork fii-
rax caLarr.it.t , off. efl une fubltance réfineufë brillan-
te , Iblide , un peu graffe , qui s'amollit fous les dents;
ell^elL compol'ée de grumeaux ou de miettes blan-
châtres & roufsâtres , d'un goût réfineux , un peu
acre , agréable, & d'une odeur pénétrante , furtout
lorfqu'on le jette au feu; il s'allume lorfqu'on l'ap-
proche de la flamme , & forme une lueur très-claire.
On l'apportoit autrefois de Pampailie dans des ro-
feaux , iclon le témoignage de Galien ; c'eft ce qui
fait qu'on l'a nommé calamité : il étoit très-ellimé.
Le /?or^.v commun ou en m.aflcs, autrement dit
la réiine du llorax , fiorax vnlgaris , fui in gk-
tfas co-}7paclus , off". eft une fiibflarl^e en maffe , ré-
fmeufe , d'un jaune brun ou rougeatrc , bril-
lante, gralTe, un peu gluante, & qui jette comme
une liqueur mielleufe , parfemée de quelques miet-
tes hlnnchàtres : elle a le môme goût & la même odeur
que lajlorax calamité.
Ces deux efpeces de réfmf, ne différent pas l'une
de l'autre ; la première efpece eii: la larme du (îorax^
qui découle goutte-à-goutte des petites fentes, ou des
mcifions de cet arbre , èc qui a été féchée auffi-tôt ,
&: recueillie promptement. La féconde efpece eftun
n.ic qui coule plus abondamment des plus grandes
incidons , & qui ne s'épaiffit qu'après beaucoup de
tems ; de forte que le contaéf de l'air chaud la rend
roufTe ou noire avant qu'elle feche.
On choifit les larmes 6.\.\ fiorax , ou les morceaux
qui fout purs , brillans , odorans , fans être mêlés
d'aucune fciure de bols , ou d'autre faletë. On nour.
îpporte iQJlorax de la Syrie , & des autres pays des
[ndes orientales par la Hollande , ou par Marfeille.
Enfin on vend chez les droguilrcs une certaine fciure
ie bois , que l'on appelieyîz/r/Y/fj- du fiorax ; elle t'a.
nutile pour la médecine , & on doit la rejctter- ^
Quelques auteurs arabes, & fur- tout Sérapion ,
ronfondcnt le /?o/-<7.r liquide , qu'ils appellent r«i/za ,
iont nous avons déjà parlé , avec le flo'àx foiide, ou
e fiorax des Grecs ; cependant Avicenne les a dlllin-
çués en parlant an fiorax llquipe, fous le nom de mi-
ïa ; & àw fiorax fec , ou des Grecs , tantôt fous le
lom ^afiorac , tantôt fous celui de hbni.
P. Eginette, Nicolas Myrcpfe, & quelques Grecs,
"ont mention d\in certain fiorax fiacïé , que plufieurs
)erfonncs regardent comme une rcfine pariicuhere
k. bien différente du fiorax : d'autres au-contralre ,
:roienîque ce n'eft autre chofe que la réluic liquide
lu fiorax , que l'on a ramaflce & Jecueillle avaijt
»u 'elle fût feche ;Diofcoride en a fait menticii^peut-
:tre auffi que les Grecs ont donné ce nom zwjlûrcx
iquide , ou au mika des Arabes. M efl diHîcile de dé-
rider ce problème , qui ci\ d'ailleurs de pgu de con-
cquence.
L'arbre d'où découle le /?(9r<7.v, s'appelle /^yr^Ar/i?-
f/o rmti/ti coi or: à ; dans C.B. P. 452. & dans les L II.
^. ^98. Il efl de lagrandeur d'un olivier , & fe trou-
i^edans les forêts de la Provence, autour de lachar-
:reufe deMonrleu à Baugcncier , à Soliers , & entre
a Sainte-Eaume &: Toulon.
îlrcfîemble au coignafîier par fon tronc , fonécor-
:e , & fes feuilles , lefqueiles naiffent alternative-
ment , font arrondies, & terminées en pointe ; elles
!bnt l'ongues d'un pouce & demi , & un peu moins
larges , vertes & luifantcs en-deffus , blanches &
i-'elucs en- defTous.
Ses fleurs viennent fur les nouvelles branches ,
rjuatre , cinq, ou fix enfemble ; elles font blanches ,
odorrffites, fcmblables aux flevu-s de l'oranger , mais
d'une féule^iccc, formant un'tuyati court par le bas,
5k découpé en manière d'étoile par le haut , en cinq
ou fix quartiers , d'un dcmi-pouee de longueur.
Toirx XV,
S T O
53^
/
Leur calice efl creux , en forme de petite clo-
che, long de deux lignes ; leur piflil cfl arrondi ,
attaché à la partie pollérieure de la fleur , en ma-
nière de clou , & devient un fruit de la grofTeur &:
de la figure d'une noifette : ce fruit eft bîanchâtre ,
charnu, douçâtre dans le commencement, enfuite
un peu amer ; il contient un ou d'eux^ noyaux très--
'durs, lifTes, luifans , d'un rouge brun , rcuferraant
une amande blanche , gt;afre , huileufe , d'une odeur
qui approche beaucoup de celle delà réfine àt fiorax,
& d'un goût âcre& defagréable.
Ces arbres ne donnent que très-peu , ou point du
tout de réfme , en Provence ; mais on en retire beau-
coup de ceux qui viennent dans les pays plus chauds.
Auffi le/flMx- dont on fe fert dans les boutiques , eft
tiré des arbres qui naiffent en Syrie & en Cilicie.
Il efl un peu plus pénétrant que le benjoin, parce
qu'il contient plus d'huile très-fubtile; cependant il
efl moins déterfif , parce qu'il contient moins de fel
effentiel ; ainfi le benjoin lui efl préférable pour difTi-
per l'engorgement des poumons dans l'aflhme humo-
ral, & kl toux opiniâtre qui vient de la même caufe ;
mais \q fiorax peut récréer les efprits , par fa douce
odeur , & calmer le mouvement déréglé des nerfs :
on l'emploie intérieurement dans l'enrouement, à
caufe de fes parties huilcufes : on le donne depuis
demi-drachme jufqu'à deux drachmes : onl'appîique
fur les parties qui tendent , faute de chaleur, à deve-
nir paralytiques : on l'emploie fréquemment avec le
benjoin , pour faire des parfums & des fumigations :
on prépare avec le fiorax , une huile odorante très-
fuave, en le macérant dans fuflifante quantité d'eau
commune , pendant trois jours ; on diflllle d'abord •
l'eau , & enfuite il vient une huile jaune ; cette huile
efl reconsmandée dans les ulcères ijîternes de la poi-
tnne , à la dofe d'une douzaine de gouttes. On fait
une teinture àe fiorax par le moyen del'efprit-de-vin,
de la-"^ ■ ' ■ . . • •
même manière que la teinture de benjoin , &
thridat, le dlafcordiura, plufieurs onguens emplâ-
tres & paflillcs. {D.J.)
STORE , f. m. terme de ScUlcr , Ce. c'efc une forte
de rideau que l'on met aux portières des voitures ou
des croifées des appartemens ; il fe roule de lui-même
fur une tringle mile en mouvement par un refîbît ;
quand on veut s'en fervir, pour fe garantir du fo-
leil, on le tire, & on rafïï^ettit à une agratfe qui efl
nu-bas de la portière, ou de la croifée ; il fe relevé de
lui-même dès qu'on l'ôtc de l'agralFc. Les pores, quoi-
qucd'une grande commodité, &i. d'une petite dépen-
fe , font d'une invention toute nouvelle ;^n fe fer-
voit auparavant de rideaux qui n'ont point les mê-
mes avantages. (Z?. /.)
STORE J , ( Littérut. ) nom que donnoicnt les
Romains à une efpece de petit panier tiffu de nattes,
de paille ou de jonc ; c'étoit dans ces fortes de pa-
niers qu'ils cueilloicnt les fleurs è'clcs fruits de leurs
jardins. ( D. J. )
STORMARIE , {Gtog. nod. ) pays d'Allemagne,
nu duché de Hoifléin. Il efl borné au çord par le
Holflein propre ; à l'orient par la Wagrie, & le du-
ché de Saxe-Lawenbourg ; au midi & à l'occident ,
par l'Elbe , qui le fépare des duchés de Luncbourg&
i^l•êm'e. On peut auffi dire qucccp;'ys cfl renfermé
entre cinq rivières, l'Elbe , llS Stoér, la Trave, la
Bille , 8c le Schonbcci: ; il a titre de principauté ; fa
longueur efl de dix milles gertnaniquo»;, ^ fa largeur
defept ;\ huit milles. La ville île Hambourg en c'.l re-
gardée comme la capitale. Quelques auteurs ont
écrit que \a.Stormaric\\\d\X. eu anciennement ce; fei-
gneurs particuliers ; mais il efl certain que depuis
y Y V
538
S T R
pluheurs ficelés , elle n'en a point eu 3'autf es que
ies cUics de HoUlein. {D. J.)
STOURE LA , ( Gt:o<^. inoJ.) il y a quatre rivières
de ce nom en Angleterre , 6c qu'il tkut bien clil-
tint-ucr.
La première qui eu. la principale , & qu'on nom-
me en an"lois Sto^i'cr , fort de l'extrcmité orientale
du comte de Surtolk. , pallc entre cette provuice oC'
celle d'Eil'ex , & va i'e jettpr dans l'Océan par une
large embouchure , près de Harwich.
La l'econde , qu'on nomme ia petite Stoure , en an-
gloisi/o/-/, lépare la province d'Eilcx, du comté de
Hartford , & le perd dans le Ley.
La troilieme Tort du comté de Wilt, traverfe la fo-
ret de Gillingham , &C coule au iud jufqu'à Stour-
minfler , où on la pafle fur un pont de pierre ; enfui-
te elle tourne au fud-eft , & fe perd dans la baie de
Pool.
La quatrième , en latin Soariis, prend fa fource
dans la province de Leicefter , coule au nord, entre
cnfuite dans le comté de Nottingham , où après avoir
baii?né Stanford , elle va fe perdre dans la Trent.
(A/.)
STOW-MARKET , ( Géog. mod. ) ville d'An-
gleterre, dans la province de Suffolk , avec droit de
marché , fur rOfwell ; c'efi: une ville riche par fes
manufadures d'étoffes. (D.J.)
STOW-OU-THE-WOULD , ( Géograph. mod. )
bourg d'Angleterre , dans Gloceiler-shire , aux con-
fins du comté de Warwick , entre les rivières d'E-
venlodc , & de Windrush. Ce bourg , bâti fur une
cminence, & expofé à la fureur des vents , efl: re-
marquable par fa lituation fur l'ancienne voie romai-
ne , pavée de greffes pierres , & connue fous le nom
vulgaire de Fofje-way. CD. /.)
STOWER LA , ( Géogr. mod. ) rivière d'Angle-
terre , au comté de Kent; elle y prend fa fource , &
coulant au nord , fe partage en deux bras pour en-
trer dans la mer ; elle forme de cette manière une île
célèbre , nommée Thanet. Voye^^ Thanet. (Z). 7.)
STOZKOW ; ( Géog. mod. y petite ville d'Alle-
magne en Siléfie , fur la Viflule , entre Uftronie &
Ruclzica ; elle a fesléigneurs particuhers. ( Z). 7. )
STRABISME , f. m. terme de Chirurgie , mauvaife
conformation des yeux , qui confu'le dans une direc-
tion dépravée du globe de l'œil, qui rend louche ,
qui fait regarder de-travers , folt en-haut , foit en-
bas , foit fur les côtés. L'on convient affez générale-
ment que cette indifpofition dépend de la contrav:-
tion de quelques mufcles,de l'œil , & du relâchei.ient
de leurs antagoniftes , & que les mufcles contr?.ftés
tirent le globe de leur côté, pendanfque les mufcles
relâchés cèdent à leur aftion. On donne pour preu-
ve de ce fentiment , que les enfans font fu;eîs à de-
venir louches , par la faute de ceux qui les placent
dans leurs berceaux , de manière qu'ils ne voyent la
lumière , ou certains objets remarquables , qu'obli-
quement ; les mufcles habitués à cette contraftjon ,
s'y affermiffent 6c tournent toujours les yeux de ce
côté-là. Pour y remédier , on change la fituation des
enfans , on met du côté oppofé les objets qui les at-
tachoicnt ; on leur met des mouches de taffetas
gommé , pour leur faire tourner l'œil de ce côté.
Paul d'yËgine a inventé un mafque qui couvre les
yeux , 6c oii il n'y a que deux petits trous corref-
pondans au centre de la vue , pour recevoir direûe-
mcnt les rayons lumineux : c'eft ce que les moder-
nes ont nommé béJicUs. M. de Buffon a parlé du (Ira-
blfrne , dans les mémoires de l'académie royale des
Sciences , & a confeillé d'obliger les enfans de fe re-
garder fouvcnt dans un miroir, afin de ié redreffer
la vue. Antoine Maître-Jean, fameux chirurgien &
©culifte , prétend que le Jlrabifme ne dépend pas
<le l'adion des mufcles , mais d'une mauvaife con-
S T R
fo rmadten de la cornée tranfparente , plus tournée
d'un côté que de l'autre ; que c'elt un vice naturel
irréparable , & que tous les moyens propofés pour
rendre la vue droite à ceux qui l'avoient de travers
ont été fans effets. Cette matière offre encore un.
champ à des obfervations très-utiles. (F) ^
STRACCIA-CJPPA , ( Géog. mod. ) petit lac d'I-
talie , dans l'état de l'Eglife , au patrimoine defaint
Pierre , entre le lac de Hracciano 6c celui de Bacano,
environ à deux milles de chacun de ces lacs. C'eil
le Papirins , ou Papirianus iucus des anciens.
STRACTION , f. f. terme d'Imprimerie , il fe dit
particulièrement lorfqu'on ôte avec une pointe,^quel-
ques lettres d'une forme déjà imprimée , pour en re-
mettre d'autres à la place, qui aient été leffivées, afin
de les imprimer^n rubrique , & que l'encre noire
ne gâte point la rouge. En générdlJiracHon , qu'il fau-
droit dire extraction , fignliie tirer un caraftere ou i;n
quadrat , pour les remplacer par d'autres. (^D.J.^
STRAFFORD , ( Géog. mod.) Foye^ Stratford.
STRAGENICK, f. m.{HifL mod. ) c'eil le nom
qu'on donne en Pologne à un officier général qui
commande l'avant -gardç de l'armée de la républi-
que.
STRAGONA , (Géog. mod.) ville de la Germanie,
félon Ptolomée , liv. II. cluip. xj. Quelques favans
croyent que c'efi aujourd'hui Pofnanie ou Pofen,
ville de Pologne. Il eft du-moins certain que Pofen
eil fort ancienne.
STRALEN, {Géog. mod.) \\\U des Pays -bas,
dans le haut quartier de Gueldre, entre Gueldre 6c
Venlo. Les François s'en faifirent en 1672 , &.en rui«
nerent les fortifications. Long. ai. 5o. Utit.ôi. x6.
{D.J.)
STRALSUNDE , ( Gcog. mod. ) ville d'Allema-
gne, dans la Poméranie ultérieure, fur la côte de
la mer Baltique , vis-à-vis llle tleRugen. Elle fat bâ-
\\t par les Danois l'an iiii, devint enfulte libre,
impériale, & anfcatique ; c'eft aujourd'hui une àes
fortes villes d'Allem^igne , 6c la plus confidérable du
cercle de la haute - Saxe. Elle jouit du privilège de
battre momoie , de nommer le gouverneur de l'île
de Rugen , Se de ne rien fournir lorfque l'Empire eft
en gi^erre. Long. ^1. to.lat. 64. 20. {D. J.)
STïiA MO NIl/M , f. m. {Botanique.) Tournefort
cta^:lit douze efpeces de ce genre de plante, & nom-
me pour la première celle qui efl à fleurs blanches &
à fruit rond épineux. /. R. H. 118. datura pericarpiis
erecîis f ovctis^ Hort. clif. 55- en anglois , the round
thorny friicîcd appLe , & vulgairement en françois ,
pomme épineufe : fa racine eft groffe , blanche, fibreu-
fe, ligneufe, annuelle. Elle pouffe une tige à la hau-
teur de trois pié; , quelquefois même à la hauteur
d'un homm"e , groffe comme le pouce, ronde, creufe,
divifée en plufieurs branches tant foit peu velues :
fes feuilles font larges, anguleufes , pointues, reffem-
blantes à celles du folanum , mais beaucoup plus
grandes, placées alternativement , finuées fur leurs
bords , attachées à des longues queues , molles , graf-
fes, d'un verd foncé, d'une puanteur exécrable &
affoupiffante.
Sa fleur efl une grande cloche blanche , foutenue
par un calice oblong , découpé dans le haut en cinq
dentelures, ayant dans le milieu cinq étamines, à
fommets jaunes , applatis.
Lorique cette fleur efl paffce , il lui fuccede uit
fruit comme une noix commune , encore vctuc de
fa première écorce, prefque rond, garni tout-au-tour
de pointes courtes , groffes, peu piquantes; ce fruit
dans fil maturité s'ouvre en quatre parties égales ,
féparées par des cloifons membraneufes, oit font at-
tachées plufieurs femences noires , un peu applaties,
femblables à un petit rein , d'un goût défagréable.
On cultive cette plante dans les jardins ; on \\
s T R
trouve quelquefois à la campagne dans des terreins
gras; elle fleurit en été, & l'es graines mûriffent en
automne. Toute cette plante eit narcotique & ilu-
péfiante ; on ne doit jamais l'employer intérieure-
ment , pas même en lavement, à caule de I'qs mau-
vais ettcts, dont on a plufieurs obfervations. Le
meilleur remède peut-être contre cette efpece de
poiibn , feroit d'employer la boifîbn du vinaigre, &
d'autres acides; on confeille communément le vo-
miffement , la thériaque , & les l'cls volatils. (Z>. /,)
STRAMULIPA ou STRAMUZUPA, (Géog. mod.)
province de la Grèce , aujourd'hui foumife aux
Turcs. Elle a pour bornes au midi le pays d'Athènes,
au nord de la province d'Ianna, à l'orient le détroit
de Négrepont, & à l'occident la Livadie propre.
Cette contrée efl: l'ancienne Béotie, dont l'air paf-
folt pour être épais , & les habitans pour des gens
groiîiers. C'cft cependant fous cet atmofphere épais,
<jui donna lieu à tant de proverbes , qu'étoient nés
Pindare & Pluiarque , l'un le poëte le plus fublime,
l'autre un des elprits des plus iénfés & des plus dé-
liés qui aycnt jamais paru ; mais il ne faut pas croire
que les habitans modernes de Stramulipa tirent va-
nité .de ces deux beaux génies : loin de favoir qu'ils
font nés dans leur pays, ils n'en ont jamais entendu
parler. {D. J.)
STRAND-FRISEN, ( Géog. mod. ) en latin Frif.a.
chnbnca ; c'étoit anciennement une grande contrée
de lu Cherlonnèfe cimbrique. Elle efl maintenant
renfermée dans le duché de Slefvic, en Jutland,
{D.J.)
STRANGFORD , ( Gcog. mod. ) havre ou port
d'Irlande, dans la province d'Ulfter , au comté de
Dovn. Ce havre eft long de cinq à fix milles, mais
fon entrée eft traversée d'une barre de rochers, les
uns cachés , les autres découverts , & qui tous font
fort dangereux. Vers le milieu de la longueur de ce
havre , eft un bourg qui lui donne fon nom. (Z)./,)
STRANGURIE , i. f. en Médccim , eft une mala-
die qui occafionne une émiftion d'urine fréquente &
involontaire , mais en très-petite quantité , & pour
ainfi dire, goutte-à-goutte, accompagnée de douleurs
violentes. ^oy^{URîNF. Ce mot eft formé du grec
ç-/:«îÇ , giitta , goutte, & «pcf , lirim.
La difticulté d'urine vient de la trop grande acri-
monie de l'urine, qui picotant les parties nerveufes
de la veiïie , occafionne une envie d'uriner perpé-
tuelle.
La bierre nouvelle , & autres liqueurs qui n'ont
pas bien fermenté , caufe ordinairement cette mala-
die. La grande acreté de l'urine dans la ftrangurie ,
produit quelquefois un ulcère dans la veffie. Quel-
ques auteurs confondent la flrangurk que les Latins
appellent urinœ flUiicidlum avec Vurina incontinentia.
La différence confifte en ce que dans la premàere l'u-
rine fort avec douleur , & dans la dernière fans dou-
leur. La première vient de l'âcreté de l'urine , & la
dernière d'un relâchement ou paralyfie dufphinder
de la veffie qui ne peut plus tenir le col de la veflie
fermé. Fojei Urine.
La (langurie. demande les remèdes délayans ,
adouciffans, les diurétiques froids, &c. tels font l'in-
fufion de racine de guimauve , les fleurs de mauve ,
de bouillon-blanc, les émulfions avec les femences
froides , celle de pavot & de graine 'de lin , les eaux
de pariétaire , de mélilot , de camomille ; l'eau de
poulet & de veau émulfionnée , l'eau de gruau , la
i'emouille , & autres alimens de cette nature, font les
principaux remèdes qui conviennent dans cette ma-
ladie.
Les lavemens émolliens, les demi-bains, les fo-
mentations émollientes , les cataplaiines adoucif-
fans appliqués fur le bas - ventre font très-elfica-
ces ici.
Tome XF,
S T R
539
STRANTAWER ou STRANTAVER , (Géogr
mod.) petite ville d'Ecoflc , dans la province de Gai-*
loway , au fond du golfe de Rian , au fud-oueft d'E*
dimbourg. Long. 12. So. lat.Sz. iS. (D J\
STRAPASSER , STRAPAS50NNER XPànture.)
fe dit d'un defkin ou d'un tableau , où le peu de
beauté qui s'y trouvent paroiffent plutôt l'effet d'une
boutade , fi l'on peut ainli parler , que de la réflexion,
dont prefque toutes les parties font forcées ou eftro-
piées,& oii règne enfin laconfufion,le defordre & la
négligcnce,au point que les chofesne font,comme on
dit , ni faites , ni à faire , quoiqu'elles foient cepen-
dant de façon à laillér voir que le peimre n'eft pas
fans talent. On ne fe fert cependant guère que du
terme fircpaffcr.
STRAPONTIN , f. m. terme de Sellier , petit fiege
qu'on met fur le devant d'un carroffe coapé, pour
fuppléer au défaut d'un fécond fond ; ce ficge peut fe
lever & fe baiffer. (Z?. /,)
STRASBOURG, ((S-c/j./^aV) ville de France,
capitale de i'Alface, fur la rivière d'Ill , proche le
^hein , à 20 lieues au nord de Bafle , à 28 eft de Nan-
cy, à 36 fud-eft de Luxembourg , à 44 fud-eft de
Mayence, à 145 oueft de Vienne , &à 102 au le-
vant de Paris. Long, fuivant Caffini, 2S.z1.30.lat,
48. 2 S. 30.
Cette ville eft une des plus confidérables du royau-
me par fa fituation , & par l'importance des fortifica-
tions que Louis XIV. y fit faire après s'en être rendu
le maître en 1681. Comme la rivieve d'Ill paffe au-
travers de Strasbourg , avant que de fe jetter dans le
Rhein , il y a fix ponts pour la comniunication des
différens quartiers de la ville. Deux de ces ponts font
de pierre , & les quatre autres ne font que de buis.
Ses principaux édifices font bâtis de pierre rouge,
dure & folide , qu'on tire des carrières qui font du
côté de Saverne , ou le long du Rhein. On compte
parmi les édifices publics, l'hôtel-de- ville, celui de
l'intendant , l'évêché , la comédie , l'arfenul , l'hôpi-
tal des bourgeois , & celui des foldats.
Les habitans montent à environ vingt-huit mille
âmes. La ville a fix paroiffes & fix couvents , trois
d'hommes & trois de filles. L'églife cathtdr le , dé-
diée à Notre Dame , eft belle 6l ancienne ; fa tour
commencée en 1229, n'a été finie qu'en i_;49 ; c'eft
une pyramide de 574 pies de haut, & on y monte
par un efcalier qui 3635 '"arches. L'horlcge qui eft
dans l'églife eft d'un grand travail , auifi compofé
qu'inutile.
L'évêché de ^'/nzj/'owro', fondé vraiffemblablement
dans le vij. fiecle , eft le plus riche de France , ëc fé-
toit encore davantage autrefois ; cependant il vaut
encore à prélént environ deux cens quatre-vingt mille
livres , &c a deux grands bailliages qui en dépendent.
L'cvêque eft fuftVagant de Mayence, & prince de
l'Empire : quand ce fiege devient vacant, ce font les
douze chanoines capitulaires qui élifent leur évê-
que , & c'eft toujours conformément aux defirs du
roi.
Le chapitre de la cathédrale de Strasbourg eft un
des plus nobles qu'il y ait dans l'Eglife. Ce chapitre
eft compofé de 12 chanoines capitulaires , & de ii
chanoines domiciliers. Les capitulaires ont entrée
^ voix délibérative au chapitre : le revenu de leurs
canonicats eft d'environ fix mille livres année com-
mune. Les chanoines domiciliers n'entrent point au
chapitre , mais ils pirvlcnnent par ancienneté aux:
places de capitulaires , à mefure qu'elles deviennent
vacantes. Les chanoiiies capitulaires ne peuvent être
admis qu'après avoir pris le Ibuldiaconat. Leur pre-
mière dignité eft celle de grand-prevôt; c'eft le laint
fiége qui y nonmie, fuivant le concorvlat germanique
pâlie entre le pape Nicolas V. & l'empereur Irede-
ric 111. l'an H47.
Y y y i)
UO
S T R
L'cvcqvie de Strasbourg a fon officiai , & le chapi-
tre a le fien. Les revenus de la fabrique de la cathé-
drale peuvent monter ;\ quarante mille livres par an,
& font dillinoués des revenus de l'cvcque , & de
'Ceux du chapitre. L'admlniftration en appartient aux
magillrats , qui les emploient aux réparations &C à
l'entretien de l'églile.
L'univerlité de Strasbourg a obtenu fes premiers
privilèges l'an i 566 de l'empereur Maximilien II. Elle
eft compofée des quatre tacultcs , & régie par des
profeffeurs luthériens.
Strasbourg eft un gouvernement de place du gou-
•vernement militaire d'Alface , avec état major. Le
roi a dans cette ville une forte garnifon , dont les fol-
dats font logés dans des cazernes bâties aux frais des
habitans.
Le premier auteur qui ait parlé de Strasbourg eft
Ptolomce , qui en étoit fort mal informé. Il la place
dans le canton ou province des Vangions ; mais elle
appartient certainement aux Tribocques. Les Van-
oions & les Tribocques n'étoient pas même limitro-
phes , puifque lesNémetes dévoient être fitués entre
ces deux peuples. Je ne dirai pas pour cela qu'^r-
gentoratuni ait commencé en ce tcms-là feulement ;
•comme c'étoit une ville déjafameufe dans le fécond
fiecle , où elle eut pour garnifon une légion entière,
il ne faut pas douter qu'elle ne doive repeter fon
origine de tems plus reculés. Cependant comme le
nom ^Arg:ntoratum paroît romain, je ne voudroispas
placer cette origine au-delà des tems de la conquête
<les Gaules par Céfar. Il y a même apparence qu'elle
étoit un des cinquante châteaux ou fortereffcs que
-Drufus , beau-fils d'Augufte avoit bâties le long du
Rhein, pour la détenfe du pays contre les Germains,
& que c'efl: de-là qu'elle a tiré fon origine. L'empe-
reur Julien , dans la lettre aux Athéniens, nomme
cette ville Af;:^sVTopa, en quoi il a été fuivi par l'hilio-
rien Zofime.
Le nom de Strasbourg ne fe trouve point avant le
vi.fiecle;Grégoire de Tours efl: le premier qui enpar-
\Q^V^r<^Q\\^ntStratcburgurn.\^QS fréquentes irruptions
des Allem.ands dans les Gaules , au troifieme & qua-
trième fiecles, & des autres barbares, dans le cinquiè-
me fiecle , défolcrent & ruinèrent tellement cette
ville , qu'elle perdit beaucoup de fon luftre. Elle fut
même plus maltraitée que les autres fituées fur le
Rhein , ce qui eft caufe que Worms , Spire , Mayen-
ce , peuvent encore montrer plus de relies d'antiqui-
tés romaines que Strasbourg.
Cependant cette ville fe releva infcnfiblement , &
acquit de la puiffance. Elle fe fournit avec peine à
l'empereur Othon , ayant tenu avec fon évêque Ru-
thard le parti du duc Gifelbert , oppofé à celui des
empereurs. Les ducs d'Allemagne n'en étoient point
fouverains , quoiqu'ils commandaffent dans la pro-
vince ; & les évêques même malgré leur crédit , n'en
étoient pas feigneurs temporels, ou maîtres abfolus.
L'empereur Lothaire le Saxon , ayant été couron-
né à Liège par le pape Innocent il. l'an 1 121 , prit
fpécialement cette ville fous fa protedion. Son exem-
ple fut fuivi par Maximilien I. qui lui donna le pri-
vilège de battre monnoie d'or. L'empereur Sigif-
mondlui accorda le droit de tenir une foire franche;
Enfin Maximilien II. Rudolphe II. Ion fils , & l'em-
pereur Sigifmond l'honorèrent encore de nouvelles
laveurs.
Voici quelques hommes de lettres , dont elle efl la
patrie.
£i/c/z/cA/72/^ ( Jean-Gafpard) y naquit en 1656,
& mourut en 171 2. Il s'ell fait connoître par un li-
vre fur la figure de la terre elliptico-fphéroïde , &
par un traité fur les poids , les melures , & les mon-
noies anciennes.
Micyllus ( Jacques) , poëte & littérateur , s'acquit
S T R
de la réputation par des commentaires fur Homère
une vie d'Euripide , & des poéfies latines. Il mourut
en 1558, âgé de 55 ans. Son véritable nom étoit
MolJ'er; mais il repréfenta fi bien au collège le per-
fonnage de Micyllus , que Lucien introduit dans fon
dialogue intitulé lejhrzgc , qu'on s'accoutuma à lu
donner le nom de Micyllus , qu'il porta toujours de
puis.
Obreckt (Ulric) fut d'abord attaché aux intérêts
de la maifbn d'Autriche , & pubUa quelques ouvra-
ges pour les foutenir; mais après la prile de Stras-
bourg par Louis XIV. il changea de fentiment , &
le fît catholique , ce qui lui valut la charge de préteur
royal de fa patrie. Il mourut en 1701 à l'âge de 55
ans. Il a fait plufieurs ouvrages de politique , tant
en latin qu'en françois , & quelques-uns de littéra-
ture ; mais les uns & les autres font tombés dans
l'oubli.
Scheffer ( Jean ) , né à Strasbourg qh 161 i , fut ap-
pelle tout jeune en Suéde par la reine Chriftine , qui
le fit profefleur à Upfal , où il mourut en 1679. Il
s'efl dillingué par d'excellens ouvrages; tels font i**.
Upfdlia antiqua ; z°. Suecia Utterata; 3°. de militU
navaii vetcrum ; ^°. de torquibus antiquorum ; 5°. dt
îiaturâ philojophiœ pytliagoricœ ; 6°. Laponiœ defcrip-
tio. (Z-e Chevalier DE JaucoURT.')
Strasbourg , (Géog. mod.) petit ville d'Allema-
gne, dans l'Uckermarck , aux confins de la Poméra-
nie , fur le bord d'un petit lac , environ à trois lieues
au nord de l'Uckerfée.
STRASITES , f. m. ( Hijl. nat. Lithologie. ) nom
d'une pierre inconnue dont parlent quelques au-
teurs qui lui attribuent la vertu d'exciter à l'amour ,
& de faciliter la digellion ; on ne nous en donne au-
cune defcription.
STRASTNITS, ( Géog. mod. ) petite ville d'Alle-
magne, dans la Moravie, au cercle d'Olunitz, remar-
quable par fes eaux minérales , bien plus que pour
avoir donné la naiffance à Nicolas Drabicius^ fameux
enthoufiafle du xvij. fiecle , qui par fes vifions & (qs
prophéties , fit beaucoup de peine à la maifon d'Au-
triche. Ses révélations extravagantes furent impri-
mées fous le titre de lux in tenèbris ,• mais la cour de
Vienne ayant fu qu'il en étoit l'auteur , chercha les
moyens de le punir ; en forte qu'il fut obligé pour
éviter la perte , de fe fauver en Turquie où il mou-
rut. Je ne crois pas que Ragotski ait ajouté la moin-
dre foi aux prophéties de Drabicius ; mais il a pu
croire que c'étoit une puilTante machine pour ame-
ner de grandes révolutions fur la fcene , que d'y
préparer les peuples par des vilions publiées avec
enthoufiafme. ( Z>. /. )
STRAT A ^ dans CHiJïoire naturelle , font plufieurs
lits ou couches de différentes matières dont le corps-
de la terre ell compofé, Foje^ Terre.
Les Jîrata comprennent toutes les couches de ter-
res , minéraux , métaux, pierres, &c. qui font fous
la dernière couverture ou lit qu'on appelle terre.
Foyei Fossile, Minéral, Métal, &c.
C'efl fans doute dans le tems de la création , que
ces. différens lits ont été arrangés ; à-moins qu'on ne
lùppofe avec quelques grands naturalilles , comme
Stenon , le dodeur Woodward, &c. que le globe
de la terre a été diffous par les eaux du déluge. Voye^
DÉLUGE.
En quelque tems que ce foit, dit M, Derham ,
que le globe terreilre ait été dans l'état de chaos , &
que les particules terreftres fe foicnt affaiflées , ces
différens lits ont été arrangés alors dans cet ordre
commode dans lequel nous les voyons ; & ils l'ont
été, à ce qu'on dit , luivant les lois de la pefanteur^
c'ell-à-dire , de manière que les plus bas font toujours
plus pefàns que ceux qui font au-dellbs.
j Mais le doâeur Leigh, parlant des mines de char-
s T R
son, dans fbn hiiloire naturelle de Lancailre, nie
nie les Jirata foient placés lliivant les règles de la
jcfanteur ; & il obferve que dans ce pays-là les cou-
rbes font arrangées ainfi ; d'abord un lit de marne,
;nfuite trois lits de pierre, enfuite un lit de mine de
ér , enlliite un de charbon , enfuite quelques autres
its , enfuite un autre lit de charbon , &c.
Cela détermina M. Derham à faire une recher-
:he plus exaûe fur cette matière : en effet , en 1 7 1 z
1 Ht fouiller la terre en différens endroits , mettant
i part les différens lits , & enfuite il détermina bien
^xadfement leur pefanteur fpécifique. Le réfultat fut
ju'en un endroit les lits étoient par degrés fpécifi-
juement de plus pefans en plus pefans, à mefure
qu'ils alloient en-avant ; mais dans un autre endroit,
1 ne put pas appercevoir de différence dans les pe-
anteurs fpécifîques.
En ayant donné avis à la fociété royale , M.
lauksbée qui en ell l'opérateur, reçut ordre d'exa-
niner les lits d'une mine de charbon, qui étoitcreu-
ée à la profondeur de 30 lits. Il a donné dans les
tranfaftions philofophiques une table de l'épaiffeur
k de la pefanteur fpécifique de chacun de ces lits :
5c la conféquence qui en réfulte, efl qu'il paroît évi-
lemment que les différens lits ne font point rangés
lar ordre de pefanteur, mais purement au hafard
;omme ils fe font trouvés mêlés. Foye^^ Veines ,
Charbon.
STRATA ^ (^Géog. anc.^ contrée de la Syrie;
ce pays , dit Procope Perficor , /. //. cj. eft proche
de la ville de Palmyre ; & il efl tellement brûlé du
foleil qu'il ne produit ni blé , ni arbres. (Z). /. )
STRATAGEME , f. m. (^An m'dit. ) rufe de guer-
re , ou artifice pour furprendre & tromper l'ennemi.
Ce mot vient du grec <rTpa.ri-}iu ,Je commande, une ar-
mée ; les anciens employoient beaucoup les Jîratagè-
mes ; mais les modernes font la guerre plus ouver-
tement ; Polyen & Fronlin ont fait une coUeûion
des anciens (îratagèmes de guerre. Foye^ Ruses mi-
litaires. Chambifs.
STRATARYHMÉTRIE , f. f. ( TaUlq. millt. )
c'efl l'art de ranger en bataille un bataillon fur une
figure géométrique donnée , & de trouver le nom-
bre d'hommes que contient ce bataillon , foit qu'on
les voie de près , ou qu'on les voie de loin. ( D. /.)
STRATARITHMOMETRIE, en guerre, efl l'art
de tirer le plan d'une armée entière , ou de .partie
d'une armée fous quelque figure géométrique , &
d'exprimer le nombre des ibldats qu'elle contient,
fur la figure , de même qu'il cil fur le terrein , ou pro-
che les uns des autres , ou à quelque dillance don-
née. Harrïs,
Ce mot efl formé du grec s-rpctTsç , armée, apiBfxoç,
nombre , & imiçov , mejure. Chambas. Ce mot n'ell
point d'ufage , au-moins en France. ( Ç )
STRATEGE , f. m. ( Amlq. grec. & Médailles. )
c-TpaTx^cç ; c'ell dans Démollhcne le nom du général
d'armée chez les Athéniens. Tous les ans fur la fin
de l'année , les Athéniens en élifoient dix pour com-
mander leurs armées ; & cette éle£lion fe faifoit dans
le pnyce , en même tems que celle des magiflrats.
Lemotde <rTpaTM>i5ç vint infenfiblement àdéfigner
tout chef , tout fupérieur ; il arriva même qu'on don-
na ce nom à des hommes qui exerçoient des charges
purement civiles ou lacrées. On trouve dans les actes
des apôtres , ch. xvj. v. zo. ce mot employé pour
fignifier les magiflrats d'une ville ,>;«« npoa-a-^ovTiç ùo-
Totç Tuç (TTpxT»yci( , c'cll-à-dirc , & les amenant devant
les magijlrats. gl
Remarquez auffi que le mot o-rpstToç, d'où efl dérivé
o-rpaTM>ûf , ne lignifie pas toujours une armée, 6c qu'il
défîgne quelquefois plufleurs gens affemblcs , & des
fpedateurs , comms dans l'Eledlro de Sophocle ,
vers y5o.
S T R
J4»
Enfîn, dans les fiecles fuivans, lorfqu*on voulut
défigner uli général d'armée , on ne fe fervoit plus
du mot rrpccrtiyoç , feul, dont la lignification étoit de
venue trop vague ; mais on fe vit contraint d'ajouter
eV/ Twi/ o'wXw, pour la déterminer &c la reflreindre
Cette pratique parut d'autant plus nécc flaire , qu'au
généraîat de l'armée , on joignit plufieurs autres char-
ges qui n'ctoient nullement militaires , telles qu'é-
toient l'édilité & l'intendance des grains.
On voit par ce détail que le mot o-rpitT^ycç a reçu
deux figniîîcations , l'une militaire, & l'autre civile;
c'efl dans cette dernière fignifîcation , qu'il efl em-
ployé fur les médailles des villes grecques, pour
défigner un magiflrat dont la charge répondoit à
celle de préteur. Le nom de cette magiflrature pafTa
de la Grèce en lonie , où il fe communiqua à plu-
fieurs villes d'Afie ; les unes , dit Vaillant , ont eu
des archontes pour magiflrats, & les autres des /Ira-
teges. L'expreffion de ce favant antiquaire ne paroît
pasexaûe dans la généralité , fiiivant la remarque de
M. 1 abbé du Belley ; parce que quelques villes ont
eu l'une & l'autre magiflrature , l'archontat & le
jîratégat. M. Spanheim cite pour exemples, les villes
d'ApoUonis en Lydie , & celle de Milet. Il leur faut
ajouter la ville de Sardes , comme il paroît par un
médaillon de Caracalla, &par une médaille d'Ota-
cilia. Le Jîratégat étoit annuel, & comme il y avoit
dans une ville plufieurs archontes , il y avoit aufîl
^\\.\{\ç\nsjlaccges , ou préteurs. (D. /. )
STPv.ATÉGIEN , mois, ( Caiend 'ur.)\e mois fira-
tégicn étoit le neuvieme^cics Bithyniens ; il répon-
doit , félon quelques chrônologifles, au mois de Mai
du calendrier julien & grégorien. (D.J.)
STRATEGUES , terme de Marine ancienne , c'é-
toient des officiers chargés de nommer les triérar-
giies. Foyei^ TriÉrargues.
STRATELATE , f. m. ( Empire grec. ) nom d'un
officier de guerre du tems de l'empire grec. Zozlme
& Jormandès en parlent, & il paroît que c'étoit le
commandant des troupes d'un canton dans une pro-
vince. (Z>. /.)
STRATFORD ou STRETFORD , (^Géog. mod.y
bourg à marché, d'Angleterre, dans Warvick-shire,
fur l'Avon , qu'on y paffe fur un fort beau pont de
pierre de taille de quatoi'ze arches , conflruit aux dé-
pens de Hugues Clopton , maire de Londres , qui
voulut laiffer à fa patrie ce monument de fon affec-
tion. Il n'y a pas long-tcms qu'on montroit encore
dans ce bourg, la maifonoù SLikefpcare (Guillaume)
étoit mort en 16 16; on la regardoit même comme
une curiofité du pays, dont leshabitans regrettoient
la deflrudion ; tant ils font jaloux de la gloire de la
naiflance de ce génie fublime , le plus grand qu'on
connoiffe dans la poéfie dramatique.
Il vit le jour à Stratford en 1 564, fon père qui étoit
un gros marchand de laine, ayant dix enfans , dont
Shakefpeare étoit l'aîné , ne put lui donner d'autre
éducation , que de le mettre pendant quelque tems
dans une école publique, pour qu'il fuivit enfiilte fon
commerce. Il le maria à l'âge de dix-fept ans avec la
fille d'un riche payfan , qui faifoit valoir fon bien
dans le voifinage de Stratford. Shakefpeare jeune ,
& abandonné à lui-même, vit des libertins, vint à
Londres , &: fît connoifi'ance avec des comédiens. II
entra dans la troupe, & s'y didingua par fon génie
tourné naturellement au théâtre , linon comme grand
adcur, du- moins comme excellent auteur. Ce Icroit
un plailir pour un homme curieux des anecdotes du
théâtre anglols , de lavoir quelle a été la première
pièce de cet auteur ; mais c'ell ce qu'on ignure. On
ne fait pas non plus le tems précis qu'il quitta le
théâtre pour vivre tranquillement ; on fait feulement
que ce ne fut qu'après l'année 16 10.
Plufieurs de fcs pièges furent repréfentées devant
54Î
S T R
ïa reiae EIîrabct"h , qiù ne manqua pas de donner au
pocte des marques de la faveur. C'eft: évidemment
cette princelle qu'il a eu en vue dans ionjonge d'Jic ,
quand il dit ; » une belle veftale couronnée d;ins l'oc-
» cidcnî « ; & tout cet endroit ei\ un compliment
joliment amené, & adroitement appliqué à la reine.
L'admirable caractère de Falftaffe dans la pièce de
Henri IV. lui plCit fi fort , qu'elle dit à Shakefpearc
de le faire paroitre amoureux dans une autre pièce ;
& ce tut-là ce qui produifit les commcns de IVindfor ,
pièce qui prouve que la reine fut bien obéie.
Mais Shakefpeare reçut des marques extraordinai-
res d'afFcèlion'du comte de Southampton , fameux-
dans l'hiltoirc de ce tems-là , par fon amitié pour le
comte d'Elîex. Ce feigneur lui fit à une feule fois \\\\
préfent de mille livres flerling , pour Faider d; ns
une Ticquiluion qu'il fouhaitoit de fe procurer. Il
palVa les dernières années de fa vie dan-.; J'aifance &
dans le commerce de fes amis. Son efprit & fon bon
cara*Stcre lui valurent la recherche & l'amitié de la
nobleffe , & des gentilshommes du voifmage.
M. Rowe dit qu'on raconte encore dans la comté,
une hiftoire aflez plaifante fur ce fujet. Il étoit par-
ticulièrement lié avec un vieux gentilhomme nom-
mé Cojnkc , très - connu par fes richefles & par fon
caraftere ufurier. Un jour qu'ils étoient en compa-
gnie d'amis , M, Combe dit en riant à Sh^ikefpeare ,
qu'il s'imaginoit qu'il avoit deffein de faire fon épi-
taphe, en cas qu'il vînt à mourir, & que com.me il
ne fauroit point ce qu'on diroit de lui quand il feroit
mort, il le prioit de la faire tout de fuite : fur ce dif-
cours , Shakefpeare fit quatre vers , dont voici le
fcns : » Cy gît , dix pour cent ; il y a cent contre
» dix , que 'on ame foit fauvée : fi donc quelqu'un
M demande qui repofe dans cette tombe : Ho ! ho !
M répond le diable , c'eft mon Jean de Combe.
Ce M. Combe eil vraiflemblablement le même ,
dont Dugdale dit dans fes Antiquités di Warwick-sld-
re , qu'il a un monument dans le chœur de l'cglife
de Stratford^ avec l'épitaphe fuivante : « Ici efl en-
» terré le corps de Jean Combe , écuyer , mort le
« lo Juillet 1614. Il a légué diverfes charités an-
»» nucUes à la paroifle de Stratford^ & cent liv. fler-
» ling pour les prêter à quinze pauvres marchands ,
» de trois en trois ans, en changeant les parties cha-
» que troifieme année , à quinze shellings par an ,
» dont le gain fera diftribué aux pauvres du lieu ».
Cette donation a tout l'air de venir d'un ufurier ri-
che & raffiné.
Shakefpeare mourut lui-même deux ans après dans
la cinquante-troiiieme année de fon âge,&: laifla très-
peu d'écrits ; mais ceux qu'il publia pendant fa vie
ont immortalifc fa gloire. Ses ouvrages dramatiques
parurent pour la première foie tous enfemble, à Lon-
dres en i6z3 , in-fol. & depuis MM. Rowe, Pope &
Théobald en ont publié de nouvelles éditions. J'i-
gnore fi celle que M. Warburton avoit projettée , a
eu lieu. Il devoit y donner dans un difcours préli-
minaire , outre le caraélerc de Shakefpeare & de fes
écrits , les règles qu'il a obfervées pour corriger fon
auteur, avec un ample gloffaire, non de termes d'art,
ni de vieux mots , mais des termes auxquels le poè-
te a donné un fens particulier de fa propre autorité ,
& qui faute d'être entendus , répandent une grande
obfcurité dans fes pièces. Voyons maintenant ce
qu'on penfe du génie de Shakefpeare , de fon efprit,
de fon ftyle , de fon imagination , & de ce qui peut
excufer fes défauts. Qu'on ne s'étonne pas fi nous
entrons dans ces détails , puifqu'il s'agit du premier
auteur dramatique d'entre les modernes.
A l'égard de fon génie , tout le monde convient
qu'il l'avoit très -beau, & qu'il devoit principale-
ment à lui-même ce qu'il étoit. On peut comparer
Shukcfpeare , félon AdifTon , à la pierre enchaiTce
ST R
dans l'anneau de Pyrrhus , qui reprcfentolt la figurt
d'Apollon avec les neuf mules dans {ç.^ veines , que
la nature y avoit tracées elle-même , fans aucun fe-
cours de l'art. Shakefpeare efl de tous les auteurs le
plus original, & qui ne doit rien c\ l'imitation des
anciens ; il n'eut ni modèles , ni rivaux , les deux
fources de l'émulation , les deux principaux aiguil-
lons du génie. Il efl im exemple bien remarquable
de ces fortes de grands génies , qui ])?r la force de
leurs talens naturels , ont produit au milieu de l'irré-
gularité , des ouvrages qui faifoient les délices de
leurs contemporains , & qui font l'admiration de la
poftérité.
Le génie de Shakefpeare fe trouvoit allié avec la
fînefle d'efprit , & l'adrefTe à ménager les traits frap-
pans. M. le Blanc rapporte un endroit fin de la tra-
gédie de Céfar. E>écius , parlant du diclateur , dit:
« Il fe plaît à entendre dire , qu'on furprend les
» lions avec des filets , & les hommes avec des flat-
» tcries, &c. mais qu?.nd je lui dis, qu'il hait les flat-
» teu; s , il m'approuve , & ne s'apperçoit pas que
» c'efl en cela que je le flatte le plus ». Dans fa tra-
gédie de Macheih , il repiéfente avec beaucoup d'a-
dreile l'imprefïion naturelle de la vertu ; on voit un
fcélérat effrayé fur ce qu'il remarque la modération
du prince qu il va afiafîiner. « Il gouvernoit , dit-il
» en parlant de ce pruice , avec tant de douceur &
» d'humanité » ; d'où il conclud que toutes les puif-
fances divines & humaines fe joindroient enfemble
pour venger la mort d'un roi fi débonnaire. Mais il
ne fe peut rien de plus intéreifant que le monologue
de Kamlet , prince de Danemarck , dans le troifieme
adte de la tragédie de ce nom : on fait comme M.
de Voltaire a rendu es morceau. C'efl Hamlet qui
parle.
Demeure^ il faut choijir ^ & paffer à Vinflant
De la vie à la mort , eu de fétre au néant.
Dieux cruels , s'il en efl ^ éclaire:!^ mon courage !
Faut-il vieillir courbé J'ous la main qui m'outrage ,
Supporter ou finir mon malheur & mon fort?
Çhii fuis-ji ? qui m'' arrête? & qii'ejl-ce que la mort?
C'eft la fin de nos maux y c'efi mon unique afyle ;
Apres de longs tranf ports , <^e(l unfommeil trart-
quile ;
On f endort , & tout meurt ; maïs un affreux révâl
D oit fuccéder peut-être aux douceurs dufommeiii
On nous menace ; on dit que cette courte vie ,
De tour mens éternels efl auffi-tôtfuivie.
O mort ! moment fatal ! ajfreufe éternité!
Tn-it cœur à tonfeul nomfe glace épouvanté.
Eh , qui pourroit fans toi fupporter cette vie i
De nos prêtres menteurs bénir Chypocrifie ;
D'une indigne maitreffe encenfir les erreurs ;
Ramper fous un minifre , adorer fes hauteurs ,
Et montrer les langueurs de fon ame abattue
A des amis ingrats qui détournent la vue ?
La mortferoit trop douce en ces extrémités ,
Mais lefcrupule parle & nous crie , arrête^ ;
// défend il nos mains cet heureux homicide ,
Et d'un héros guerrier fait un chrétien timide.
Par rapport au ftyle , il efl certain que fes expref-
fions font quelquefois fublimes. Dans les tableaux
de l'Albane , les amours de la fuite de Vénus ne font
pas repréfentés avec plus de grâce, que Shakeipcare
n'en donne à ceux qui font le cortège de Cléopatre,
dans la defcription de la pompe avec laquelle cette
reine fe préfente à Antoine fur les bords duCydneis;
mais à des portraits où V<^\ trouve toute la nobleffe
& l'élévation de Raphaël, fuccedent quelquefois de
miférables tableaux dignes des peintres de taverne,
qui ont copié Téniers.
Son imagination étoit vive , forte , riche & har-
die, Il unimc les fantômes c^u'il fait paroître i il corn-
s T R
uinlque toutes les impreffions des idées qiiî l'affec-
înt , &i- les Ipedatcui'S ont de la peine à le défendre
e la terreur qu'inipirent les (cènes des ipedres de
î pocte. Il y a quelque chofe de iî bifarre , & en
lûinc tems de fi grave dans les dilcours de les tan-
)mes , de l"esY(4'-'!> » tle fes forclers , &c de fes autres
crfonnages chimériques , qu'on imagine que s'il y
/oit de tels êtres au monde , ils parleroient & agi-
jient de la manière dont il les a reprélenrés.
L'obfcurité des oracles de Shakefpeare n'eft fou-
ent obfcurité que pour ceux qui n'ont pas eu l'avan-
ige d'en découvrir les beautés. Par exeniple , dans
■ fonge d'été , acle II. le roi des fées jlit à Ion confi-
ent : « Tu te louviens du jour qu'affis fur le haut
d'un promontoire , j'écoutois les chants d'une fi-
rene portée fur le dos d'un dauphin ; elle remplif-
foit les airs d'accens fi doux & fi mélodieux , que
la pier en fureur le calma aux charmes de la voix,
& que certaines étoiles fe précipitèrent follement
de leurs fpheres, pour prêter l'oreille aux fons
harmonieux qu'elle faifoit retentir ».
Le but de l'auteur dans cette allégorie a été de
lire l'éloge & la fatyre de Marie , reine d'EcoiTe ,
a couvrant néanmoins les deux vues qu'il avoit.
>'abord la manière dont il place le lieu de la fcene ,
lontre que c'ert dans le voilinage de l'île de la grande
retagne ; car il rcpréfente celui qui parle , attentif
la voix de \Ajirem , dans le même tems qu'il voyoit
attentat de l'amour contre la veJlaU (la reine Elifa-
eth).
1l?l Jircnc fur le dos du dauphin défigne clairement
! mariage de la reine Marie avec le dauphin de
^ance. Le poète la repréfente fous l'image A'wïioji-
•nc par deux raifons ; & parce qu'elle étoit reine
'une partie de l'île , & à caufe de (qs dangereux
ttraits. RempUjJhit L'air d'accens Ji. doux & ji mélo-
ieux ; voilà qui fait allufion à Ion efprit & à fes
onnoiffances , qui la rendirent la femme la plus ac-
omplie de fon tems.
Les hiiîoriens françois rapportent que pendant
u'eiie étoit à la cou»; de France & dauphine encore ,
lie prononça une harangue latine dans la grande-
sUe du Louvre avec tant de grâce & d'éloquence ,
[ue loute l'aflemblée en fut ravie d'admiration.
Q ue la mer en fureur fe calma aux charmes de fa
oix ; parla l'auteur entend l'EcofTe , qui fut long-
sms contre elle. Ce trait eil d'autant plus jufte , que
opinion commune eft que les firenes chantent du-
ant la tempête.
Certaines étoiles fe précipitèrent follement de leurs
pheres , pour prêter l'oreille aux fons harmonieux quelle
aifoit retentir. C'ell ce qui fait allufion en général
ux divers mariages qu'on lui propofa ; mais cela
egarde plus paiticulierement la fameule négocia-
ion du duc de Norfolk, avec elle ; négociation qui
Lii ayant été fiéatale , aufii-bien qu'au comte deNor-
humberland & à plufieurs autres illufires familles ,
)n pouvoit dire avec afi'ez d'exaûitude, que certai-
les étoiles fe précipiiei ent follement de leurs fpheres.
Shakefpeare pofiede à un degré éminent Tart de
emuer les palfions , fans qu'on apperçoive qu'il tra-
vaille à les faire naître , mais le cœur fe ferre Ôc les
armes coulent au moment qu'il le faut. 11 a encore
'art d'exciter les paflions oppoiées , & de faire rire
luand il le veut ; il connoît les rcflbrts de notre ten-
Ircfle & ceux de nos foibles le plus frivoles , les ref-
brts de nos fentimens les plus vifs , comme ceux de
los lenlations les plus vaines.
Il eft ridicule de lui reprocher fon manque de lit-
;érature , puifqu'il eft certain qu'il montre dans fes
pièces beaucoup de connoilTances , & qu'il nous inij
porte fort peu de favoir dans quelle langue il les a
îcquifes. On voit qu'il avoit une bonne teinture de
l'Hiftoire ancienne & moderne , de la Mythologie ,
S T R
543
& de ce qui conftitue l'érudition poétique. Non"
feulement l'efprit , mais les moeurs des Romains le
trouvent peintes dans Coriolan 6c dans Jules-Céfar
fuivant les divers tems où ils ont vécu. Ses defcrlp-
tions font exaftes, &fes métaphores en général aflez
juftes. Il connoifibit les dramatiques grecs & latins ,
& l'on fait qu'il a emprunté de Plaute l'intrigue d'une
de ies pièces. Il ne fe montre pas quelquefois moins
habile dans la critique qu'il fait des défauts de ftyle
ou de compofition des autres auteurs. En voici deux
exemples.
Dans la pièce intitulée , Tout ce qui finit bien , ef
bien , afte V. fçene IL ParolUs repréfente fes mal-
heurs au payfin par une métaphore fale & grofïïere ;
voyant que \e payfanie. bouchoit lenez,Pdro//«dit:
// n'ejl pas nécejjairc que vous vous bouchie^ le ne? : je
parie par métaphore. Le payfin répond : Si votre
métaphore fnt mauvais je me boucherai U ner
pour les métaphores de qui que ce foie.
Dans Timon, acle f^. fcene III. le poëte flattant
Timon |S»ar fes invedives contre l'ingratitude de fes
amis , dit d'un ton ronflant : Je fuis tranfporté de fu-
reur , & je ne puis couvrir cette monjirueiife ingratitude
d'aucune façon. Timon répond : Laijfe^^ la nue ^ on
ne la verra que mieux. La plaifanterie de cette réponfe
eft excellente : elle renferme non-feulement un fou-
verain mépris du flatteur en particulier , mais cette
utile leçon en général , que les chofes fe voient de la
manière la plus claire , quapd on les exprime fimple-
ment.
En admirant Shakefpeare , nous ne devons pas
fermer les yeux fur fes défauts ; s'il étonne par la
beauté de Ion génie , il révohe quelquefois par foa
comique trivial, fes pointes & fes mauvaifes plaifan-
teries ; une fcène ridicule fe trouve à la fuite d'une
Icene admirable : cependant M. Pope croit qu'on
peut en quelque manière excufer de pareils défauts
dans ce poète , & en donner des raifons , fans quoi
il eft difficile de concevoir qu'un li grand génie y
foit tombé de gaieté de cœur. Il écrivit d'abord pour
le peuple fans fecours , fans avis , 6i. fans aucune vue
de réputation ; mais après que lés ouvrages eurent
mérité les applaudifliemens de la cour & de la ville,
il perfedionna fes productions , &i. refpeda davan-
tage fon auditoire.
Il faut encore obferver que dans la plupart des
éditions de cet auteur il s'y eft glilfé des erreurs fans
nombre , dont l'ignorance a été la fource. On a mis
trés-injuftement lur le compte du poëte quantité de
fautes , qui ne viennent que des additions arbitrai-
res , des retranchemens , des tranfpofitions de vers ,
& même des fcenes , de la manière dont les perlbi>
nages ont été confondus & les difcours de l'un at-
tribués à l'autre ; en un mot , de l'altération d'un
nombre infini de partages , par la bêtife & les mau-
vaifes corrections qu'ontfaites les premiers éditeurs
de ce poëte.
Pope conclud que malgré tous les défauts que la
plus févere critique peut trouver dans Shakefpeare ,
& malgré toute l'irrégularilité de fes pièces , on doit
confidérer les ouvrages comparés avec d'autres plus
polis & plus réguliers , comme un ancien bâtiment
majeltueux d'architedure gothique , comparé avec
un édifice moderne d'une architecture régulière. Ce
dernier eft plus élégant 6c plus brillant, mais le pre-
mier a quelque choie de plus fort 6c de plus grand.
Il faut avouer qu'il y a dans l'un allez de matériaux
pour fournir à plfifieurs de l'autre efpecc. 11 y règne
plus de variété , 6c "les appartemens lont bien plus
valtes , quoiqu'on y arrive louvent par des partages
obfcurs , bifarrement ménages & dclagréables. Tout
ce qu'il y a de défedueux n'empêche pas que tcMit
le corps a'inlpire du refpcCt , quoique pluùcurs des
544
S T R
parties foicnt de mauvais goût , mal dirpofées , & ne
répondent pas à la grandeur.
Comme je goûte beaucoup le jugement plein de
déllcateilc & de vérité que M. Hume porte de Sha-
keipeare , je le join> ici pour clôture. Si dans Shakel-
pearc , dit-il , on coniidere un homme né dans un
ficclc grofiicr , qui a reçu l'éducation la plus bafle,
fans inltrikfciion du côté du monde ni des livres , il
doit ctre regardé comme un prodige ; s'il eft repré-
senté comni^e un poëte qui doit plaire aux fpeflateurs
rafinés îk iiitelligcns , il faut rabattre quelque chofe
de cet éloge. Dans fcs compofitions , on reg/rette que
des fccnes remplies de chaleur 6c de paflion foient
fouvent défigurées par un mélange d'irrégularités
inliipportables , & quelquefois même d'abfurdités ;
pcut-ctre aulTi ces diiformités fervent-elles à donner
plus d'admiration pour les beautés qu'elles environ-
nent.
Exprefîîons , defcriptlons nerveufes & plttoref-
qucs , il les offre en abondance ; mais en vain cher-
cheroit-on chez lui la pureté ou la funpliclté'du lan-
c;af;e. Quoique ion ignorance totale de l'art Si de la
conduite du théâtre ioit révoltante , comm.e ce dé-
faut affc^e plus dans la repréfentation que dans la
lecture , on l'excufc plus facilement que ce manque
de goût , qui prévaut dans toutes fes produftions ,
parce qu'il efl réparé par des beautés faillantes& des
traits lumineux. ^
En un mot , Shakefpeare avoit un génie élevé &
fertile, 6c d'une grande richefle pour les deux gen-r
rcs du théâtre ; mais il doit être cité pour exempte
du danger qvi'il y aura toujours à fe repofer unique-
ment fur ces avantages, pour atteindre à l'excellence
dans les beaux-arts ; peut-être doitilrefter quelque
foupçon , qu'on relevé trop la grandeur de fon gé-
nie , à-peu-prcs comme le défaut de proportion &
la mauvaife taille donnent quelquefois aux corps
une apparence plus gigantefque. ( Le Chevalier DE
JjUCOVRT.)
STRATH-ERNE , ( GJogr, mod. ) provinre de
l'Ecoffe méridionale. Cette province a pour bornes
au nord , celle d'Athol; au midi, celle deMenteith ;
à l'orient , les provinces de Trlfe & de Perth ; & au
couchant, celle de Braid-Albain. Elle tire fon nom
ce la rivière d'Erne , qui la traverfe dans fa îon^ieur ,
car dans l'ancienne langue du pays, ^/ra^Afignineune
vallée fituée le long d'une rivière. Les comtes de la
maifon de Drunimond ont été long-tems gouverneurs
héréditaires des provinces de Menteithd: de Strath-
Erne , avec titre de féncchal. (7?. /.)
■ STRATH-NAVERN , ( Géog. mod. ) province de
rEcofîefcptentrionale , réunie à celle de Sutherland
cpii la borne au niidi , comme celle de Cathuen à l'o-
rient. Sa longueur efl de trente-quatre milles , &fa
plus grande largeur de douze ; c'cft un pays entière-
ment monîueux , & dent les montagnes font hautes
& couvertes de neige ; les forêts font peuplées de
bêtes fauvages , de cerfs , de daiifls , de chevreuils ,
& même de tant de Icups , que leshabitans font obli-
gés d'aller chaque année , en corps de commune, à
la chaïïe de ces derniers animaux'. Les rivières les
plus confidérables de cette province , font le Navérn,
le Torrildail , TUrredell, le Durcnish, & le Hallow-
dail; (çs rivières , les lacs , & les côte» de la mer,
foiu-nlffcnt quantité de poiiTons à cette province ; fes
habitans font forts, robullcs , laborieux, accoutumés
à fupporter toutes iortes de fatigues, le froid 6c le
chaud, la foif 6c la faim ; ce font de bonnes gens ,
francs, finceres , vertueux ; ils le ftrvent de la lan-
gue ancienne du pays, qui cft un dialeéiede l'irhin-
doife ; ils n'ont ni villes , ni bourgs , mais des ha-
meaux poi;r habitation. (^D.J. )
STRaTH-YLA , ( Gù>^r. mod.) petit pays d^E-
cplfe , dans la province de Banf. Il ell arrolé par la
S T R
rivière Yla , eft fertile en pâturages , & abonde en
carrière de pierre de chaux. (£>. ./.)
STRATIES , STRATI^ , ( Géogr. anc. ) ville
du Péloponnèfe dans l'Arcadie. Quelques-uns ont
cru, dit Fau'anias , lïv. Vlll. c. xxv. que Siraties
Enil'pe , & Ripe , dont Homère fait mention , Iliad.
XI IL V. 6o6. éîoient des îles du Ladon ; mais c'cft
une chimère ; cette rivière n'ell pas afTez large pour
avoir des îles comme on en voit fur le Danube & fur
le Pô. (/^./.)
STRATIFICATION , f f ( Gram. ) en chimie,
difpofition de différentes matières par lits. Il y a pUi-
fieurs opérations de chimie , au fuccès desquelles cet-
te manœuvre cil elTcntielle.
STRATIFIER , v. ad. mettre par lits.
STRATIOTES ,f m. ( Hifl. nat. Bot.) nom d'un
genre diftin£l de plante, fuivant le fyftème de Lin-
na:us , 6c dont voici les caractères. Le calice eft con>
pofé d'une membi'anc à deux feuilles , comprimées ,
obtules , conniventes , & carennées de chaque côté.
Outre cette écorce mcmbraneule , la fleur a fon en-
veloppe particulière , qui eft formée d'une feule feuil-
le , divifée en trois fcgmens ; elle efl droite 6c tom-
be ; la fleur ell compofée de trois pétales , droits,
déployés , faits en cœur, & d'une grandeur double
de ce le du calice ; les étamines font au nom!)rc de
vingt filets, de la longueur de la longueur de l'enve-
loppe de la fleur , 6c inférées dan? le réceptacle ;les
bolfetîes des étamines font fimplcs; le germe du pif- 1
til ell porté lous le réceptacle du caUce particulier
de la fleur ; il y a fix llyles fendus en deux parties,
& qui font de la longueur des étamines; les ftigma
font Amples ; le fruit efl une baie ovale , contenant
fix loges ; les graines font nombreufes , oblongues ,
crochues , & comme ailées ; ce genre de plante ne
contient qu'une feule efpece. Linnxi , gcn. plant.
p. 253. {D.J.)
Stratiotes, ( Botan. exot. ) plante qui croit en
Egypte , dans le tems des inondations du Nil. Profper
Alpin , dit qu'elle reffemble à l'aizoon , avec cette
feule différence que fes feuilles font plus larges ; nous
ne l'avons pas cependant fi c'efl le flradotcs de Diof-
corlde. Celui des modernes nage fui" la furface de
' l'eau , comme la Imtlada palujlns ; il n'a point d'o-
deiu", 6c efl aflringent au goût ; c'efl la hnticula. aqua-
tica palujlns , agyptiaca , foliis fedo majore ladori-
bus,ào C.B. P. 36z. {D.J.)
STRATONICIE , ( Gèog. anc. ) 1°. .'^traionicia,
félon Strabon , Polybe, Tite-Live, & Etienne le
géographe ; & Stratonica ou Stratonict , félon PtO-
lon-.ée, /. V. c. //. vide de l'Afie mineure, dans la Ca-
rie 6c dans les terres , au voifinage d'Abanda & d'A-
linda , à peu-près entre ces deux villes. Strabon,
/. XI y. p. 66. en fait une colonie de Macédoniens;
mais de quels Macédoniens? apparemment des Sy-
riens-Macédoniens , ou Séleucides ; car cette ville
avoit pris fon nom de Stratonice , femme d'Antio-
chus Sotcr.
Tite-Live , /. XXXIII. c. xxx. nous apprend
que Stratonicie fut donnée aiux Rhodiens ; elle fut
réparée par l'empereur Hadrien , félon Etienne le
géographe, qui ajoute qu'on l'appelle à caufede cela,
Hadr'ianopolis ; mais Tancien nom prévalut , même
dans les notices épifcopales , & dans celles des pro-
vinces. On a une médaille de Géta, avec ce mot,
iTf «T5i';;iêoi' ; Stratonicorum ou Straton'iunfium.
Auprès de la ville de Stratonicie , de Carie, il y
avoit un temple dédié à Jupiter Chryfaorécn. Ce
temple étoit commun aux Cariens , & c'efl où fe tc-
noit l'affcmblée générale du pays , dans laquelle les
Stratoniciens étoientadmis, non qu'ils fuffent carions
d'origine, mais parce qu'ils pofl'edoient des villages
de la Carie*; il y avoit aulTi dans le territoire de Stra-
tonicie , un fameux temple d'Hécate.
s T R
S T R
a*. Stratonîc'u , ville de l'Afie mîne^ire , près da
ïnont Taurus. Strabon , /, Xlf^. p. 6Go. l'appelle
Stratonicia ad Tàurum , pour la dillinguer de Strato-
n'icudc Carie; mais on ignore la province & le lieit
où elle étoit fituce. ( D. J. )
STRATONIS Insula , ( Géo^r. anc. ) île du
golfe Arabique > félon Strabon , /. Xf^I. p. Gyo. &
Pline , /, VI. p. zç). Elle étoit vers l'embouchure de
ce golfe , & dans le golphe même. (^D. /.)
STRATOPEDARCHA , ( Hifi. des Emp. grecs.)
chef de la garde tzaconienne ou lacédémonienne ,
que les fucceffeurs de Conftantin entretenoient au-
près de leur perfonne. Cette garde étoit armée de
hallebardes , & revêtue de corfelets qui avo'ient des
figures de lions ; elle portoit une capote de drap ,
& fur la tête un capuchon ; leiirspilaticia étoient à ce
qu'on croit des maflès d'armes, ou des banderoles
attachées au bout d'un javelot. (D. J.)
STRATOR , ( Antïq. rom. ) ce mot défigne quel-
qiiefois un officier de l'armée, chargé de veiller aux
chemins , pour que rien n'arrêtât la marche des trou-
pes ; en conféquence , il faifoit raccommoder les
)onts , applanir les hauteurs , couper les bois incom-
■nodes , & difpofer toutes chofcs pour le pafTage des
rivières.
Quelquefois (Iratorno. défigne que l'officier chargé
ie prendre foin des chevaux que les provinces four-
liflbient pour l'ufage public.
Enfin ^wwfignifioit dans les derniers tems, l'é-
::uyer qui tenoit la bride du cheval de l'empereur, &
'aidoit à monter delTus ; c'étoit le même homme que
es Grecs nommoient anabokus. ( D. J. )
STRATOS, ( Géog. anc.) i°. ville de Grèce dans
'Acarnacie , fur le fleuve Achéloiis. Thucydide ,
iv. //. p. 1S4. dit que Stratus eftune très - grande
^ille de l'Acarnanie , & plus bas , en décrivant le
:ours du fleuve Achéloiis , il ajoute que dans la hau-
e Acarnanie , ce fleuve arrofoit la ville de Stratus.
rite-Llve nous apprend que cette ville étoit très-for-
e ; il la met dans l'Etolie , parce qu'elle étoit aux
:onfins de cette contrée , qui étoit féparée de l'A-
:arnanie par le fleuve Achéloiis : d'ailleurs les bor-
les de ces deux contrées ne furent pas toujours les
nêmes ; la puiflance des Etoliens s'étant accrue , ils
Rendirent leurs frontières aux dépens de leurs voi-
ins. Strabon , /. X. donne la fituation de Straium ,
\l fa diftance de la mer : car il dit que pour arriver à
:ette ville , il falloit naviger deux cens ftades & plus
Lir le fleuve Achéloiis.
2°. Fleuve de l'Hircanie ; c'étoit un de ceux qui
)renoient leur fource au mont Caucafe; félon Pline, ■
'. VI. c.xvj. ce fleuve que Ptolomée;, /. VI. c. ix.
lomme Straton , venoit de la Médie , couloit par le
>ays des Anarins , & fe jettoit dans la mer Cafpien-
le. (£)./.)
STRAUBING, {Giog.mod.) ville d'Allemagne,
m cercle de Bavière, fur le Danube , capitale d'un
jetit territoire, auquel elle donne fon nom , à huit
ieues au-deflbus de Ratisbonne; les Autrichiens ra-
yèrent fes fortifications en 1743. Long. 2^. 40. laiit.
Naogeorgus (Thomas) , naquit en i 51 1 ù Strau-
^ing., & mourut vers l'an 1578. Il entendoit afîez
îien le grec , & tfaduifit de cette langue en latin di-
,^ers traités de Plutarque , Dion , Chryfoftome, &
es lettres de Synéfius. Il fit auflî des poèmes en vers,
jui ne plaifent ni aux Catholiques romains, ni aux
)rotefl:ans qui ont un peu de goût. Tel efl: celui qui
i pour titre , Bellurn papiJUcum. Il le publia en 1^53,
le le dédia à Philippe landgrave de HelTe. Il compofa
les tragédies dans le même efprit, entre autres fon
^ammacluus , & fon Mercator , le Marchand con-
verti, car cette dernière à été traduite en françois,
Tome XV,
545
& imprimée en 1 591 ; le nom allemand deNaoseor-
gus , étoit Kirchmaier. {D.J.) ^
STRAVICO ou STRAVICHO, {Géogr. mod.)
petite ville de la Turquie européenne , dans la Ro-
manie, aux confins de la Bulgarie, fur le bord de la
mer Noire ^ au fond d'un golfe de même nom, entre
Melembria & Sifopoli. {D. J.)
STREL ,. LA , ( Géog. nwd. ) & par les Allemands
Iftrig, rivière de Hongrie , dans la partie feptentrio-
nale de laTranfilvanie, qu'elle arrofe pour le perdre
enluite dans la rivière de Muros, vers les confins de
la Haute - Hongrie ; c'efl la Sargnia des anciens.
STRELEN, {Gèog. mod.) petite ville d'Allema-
gne, enSiléfie, dans la principauté de Bries, fur la
rivière d'OIaTç. (Z?. /.) ^'
STRÉLITS, {Hifl. de Ruffîe.) milice de Ruffie^"
caflée & abolie par le czar Pierre I. au fujet d'une
grande rébellion qu'elle excita dans fon empire. La
mihce àQsStrilus., comme celle des JanifTaires, dif-
pofa quelquefois du trône de Ruffie , & troubla l'état
prelque toujours autant qu'elle le foutint. Ces Strér
lus compofoient le nombre de quarante mille hom-
mes. Ceux qui étoient dlfperfés dans les provinces ,'
fublifloient de brigandages ; ceux de Mofcou vivoient
en bourgeois, ne fervoient point, & pouflbient à
l'excès l'infolence. Enfin après plufieurs révoltes ces
Strélhs^ marchèrent vers Mofcou pendant que le czar
étoit à Vienne en 1698 ; ils formèrent le deffein de
mettre Sophie fur le trône , & de fermer le retour à
un czar, qui ofa violer les ufages , en ofant s'inf-
truire chez les étrangers. Pierre inllruit de cette ré-
volte , part fecrettement de Vienne , arrive à Mof-
cou , & exerce fur la milice des Strélus un châtiment
terrible ; les prifons étoient pleines de ces malheu-
reux. Il en fit périr deux mille dans les fupplices, &
leurs corps réitèrent deux jours expui'cs iur les grands
chemins. Cette févérité étoit fans exemple ; ce oriii-
ce eût été iage de condamner les chefs à la mort, ôc
de faire travailler les autres aux ouvrages publics ^
car ce furent autant d'hommes perdus pour lui ÔC
pour l'état; & la vie des hommes doit être comptée
pour beaucoup , fur -tout dans un pays prefque dé-
fert, & où par conféquent la population demande
tous les foins d'un légiflateur. Le czar au contraire
ne montra dans cette occafion que de la fureur ^
parla muhitude des fuppHces; il cafla le corps des
Strélits,&C abolit leur nom ; ce qu'il pouvoit fiilre en
les difperfant dans fes valles états, & en les occu-
pant à défricher des terres. HJl. de l'empire de Rujfic
par M. de Voltaire. ( Z). /. )
STRELITZ , ( Giog. mod. ) petite ville d'Allema-
gne, en Siléfie, dans la principauté d'Oppelcn , à 4
lieues environ de la ville d'Oppelen , entre les riviè-
res de Malpenaw & de Kladinitz. (D.J.)
STRENGENBACH ou STRENGBACH , le,
{Géog. mod.) rivière de France, dans la haute Al-
lace. Elle prend fa fource près de Sainte-Marie aux
Mines , & fe perd dans le Fecht. ( D. J. )
STRENGNES, ( Géog. mod.) petite ville de Sué-
de, dans la Sudermanic, llir la rive méridionale du
lac Maler , & à i 5 lieues au fud - ôuelt d'Upfal. Le
roi Charles IX. ell inhumé dans la cathédrale. Lon^^
ji. 14. lat, 5^. 18.
Peringskiold ( /f^/z ) , favant antiquaire fuédois,
naquit à Sirengncs en 1618 , & mourut en 1720,
âgé de 102 ans; c'étoit le patriarche des hommes de
lettres. Il a mis au jour de beaux 6c grands ouvrages
pendant le cours de cette longue vie. Oi-\ lui doit en-
tre autres celui qui eli intitulé, /////.^r;\/ rcgum j'ep-
tentrionatium^ & qui forme 14 vol. in -fol. Voye^ le
pcre Nicéron, Mém. des hommes iiluflres, 1. 1. p. 6'6't
&Jtuv. {D.J.)
STRÈNIE, f.f. {Mjthol.) nom d'une décile des
Z z «
541^
S T R
Romains. C'étoit elle qui prcfidoit aux étrennes ,
c'cft-à-dirc aux prélens qu'on le taifoit le premier
jour de l'annce. Elle avoit un temple A Rome dans
la quatrième région de la ville Nonnus Marcclius
dit qu'elle tut ainfi appellée de /?.'t:'/7///zi, valeur, par-
ce que Tortius qui inititua la coutume de donner
tles étrennes, les établit comme des prélens delHnés
aux vaillans hommes. (Z>. /. )
STRETTO , {Mufiq. ital.) ce terme italien s'em-
ploie ci'cK|uetbis pour marquer qu'il faut rendre
les tems de la mei'ure ferrés 6: courts, & par confé-
quent fort vîtes. Brojj'urd. (D.J.)
STRIJTl/RJ , ( Architecture da Rom.) ce mot fe
prend dans \'itruve pour les concavités des colonnes
cannelées ; il déligne aufTi dans cet auteur l'eipacc plat
ou le lillel , qui eft entre chaque cannelure. (Z). ./.)
STRIBORD, TRIBORD, DEXTRïbORD ,
EXTRIBORD , ou TIENBORD , f. m. ( Munnc. )
c'elt le côté gauche du vaiffeau quand on va de la
poupe à la proue.
STRICT, ad). ( Gramm. ) cxaft , rigoureux. On
dit d'un terme , qu'il faut le prendre dans vm l'cns
STPvîDON , ( Gèog. anc. ) ville fituce aux confins
de la Dalmatie, au nord de la fourcc du Ertius , &
affez près de la Save, à la droite ; elle étoit par con-
féquent dans l'Illyrie: fonnoni moderne eftSdrjgna,
félon Biondo. Les Goths ruinèrent cette ville , 6l
faint Jérôme nous apprend lui-même que c'étoit fa
patrie. 11 y naquit vers l'an 340 de Jefiis-Chriil , &
mourut l'an 420, âgé d'environ 80 ans. J'ai afTez
parlé de ce grand dofteur , au rjiot Pères de
l'Eglise. {D.J.)
STRIES , {. f ( Conchyl. ) rayures ou gravures en
relief, qui le voyent fur la robbe d'une coquille ;
elles lent ditfcrentes des rides qui forment des ondes
irrégulieres, & des cannelures qui font plus grandes
& plus égales. ( Z>. /. )
Stries , dans C ancienne A rckitc&ure, (ont les filets,
rayons ou intervalles qui léparent les canelures des
colonnes, f^oye^ StriGES & CANNELURES.
STRIGA , (^Litcératiire.') ce mot fignifioit chez les
Romains un efpace de terrain vuide dans les champs»
defliné à la promenade des chevaux; cet efpace étoit
long de cent vingt pies, & large de foixante. Mais le
mot de firiga flgnifie au propre im grande raie entre
deu:^ filions , & dans l'arpentage , il fignifioit une
gi-ande mefure de longueur. (Z>. /,)
Striga ou Striega, ( Géog. mod.) petite ville
d'Allemagne, en Siléfie , dans la principauté de Sch-
weidnitz, liir le bord de la rivière de Polsnitz.
STRIGE , f. f. dans Cancitnne. Archluciure ; c'eft ce
qu'on appelle cannelure dans l'architedure moderne.
Voyez Cannelure.
On les appelle ainfi , parce qu'on fuppofe qu'ori-
ginairement on les fail'oit à l'imitation des plis des
robes de femme , qu'on appelloit en làûnjlrigœ. Les
filets ou efpaces qui font entre ces plis s'appelloient
ftria. Voyc^ StRI^E.
STRIGILE , f m. {Gymnajl^ JlrlgiU , inftrument
de fer , de cuivre , d'argent , d'ivoire , de corne ,
6 c. avec lequel les anciens fe décrafibicnt le corps.
On diftinguoit dans lejlrigile deux parties ,1e man-
che Se la languette. Le manche ,capulus , formoit or-
dinairement un parallélépipède reftangle , creux &
oblong, dans le vuide duquel on pouvoit par les cô-
tés engager la main dont on empoignoit de l'initru-
menr. La languette , iingua , étoit courbée en demi-
cercle , creulée en façon de gouttière, &i. arrondie
dans fon extrémité la plus éloignée du manche , ce
qui faifoitune cfpece de canal pour l'écoulement de
l'eau de la fueur, de l'huile &; des autres impuretés
qui fe féparoient de la peau par le mouvement de
cette forte d'étrillé. Le couteau de chaleur dont on
S 1' R
fe fert pour les chevaux a quelque rapport avec \t
ftriglU des Romains.
Ce Jlrigi/e étoit chez eux d'un très-grand ufage
non-feulenvent dans les bains pour frotter ccu\ gui
fe baignoient , mais auffi dans les gymnafes pour lîé-
toyer la peau des athlètes de l'efpecc d'enduit que
formoit le mélange d'huile , de fueur, de fable de
boue & de pouiïïere , dont ils étoient couverts.
Prefque tout le monde avoit de fl'igiles dans fa
maifon , & ceux à qui ils appartenoient , failbient
graver leur nom fur le manche , ainli qu'il paroît par
quelques-uns de ces inllrumens qu'on a trouvés dans
les ruines des thermes de Trajan. (£>. /. )
STRIGMENTUM ^ (Gynmajhque.) ce mot latin
lignifie dans Pline la crajj'e &c les ordures qu'on enle-
voit de deffus le corps dans les bains , & dans les
lieux des exercices publics. Strigmentum défigne
aufîi dans le même auteur, la crajje qu'on ôtoit de
defilis les murs , ou les llatues qui appartenoient au
public.
Il y avoit donc trois fortes dejirigmenta; les unes
qui provenoient des bains , étoient compolées de
fueur , d'huile & de craffe du corps, D'autres venoient
de l'arène , 6c contenoient les mêmes chofes , avec
addition de la pouffiere, qui avoit été réjjandue fur
le corps , après qu'on avoit été frotté d'huile. Les
troifiemes étoient détachées des murs & des llatues
dugymnafe. Ces dernières contenoient aulTi de l'hui-
le , avec des particules de la fubftance particulière
à laquelle elles étoient attachées , & dont par con-
féquent elles empruntoient quelque propriété. Si ,
par exemple , elles étoient détachées des llatues de
cuivre, c'étoit un mélange d'huile , de poulfiere ÔC
de verd-de-gris. (Z>. /, )
STRIGONIE ou OSTROGON , ( Géog. mod. ) &
par les Allemands Gran. ^oy^^ ce mot. Cette ville
gû la capitale du comté de Strigonie , dans la baffe
Hongrie. Elle a des bains, naturels dont la chaleur
ell modérée , & elle efi: la patrie de faint Etienne ,
premier roi chrétien de Hongrie , mort à Bude en
1038.
Strigonie, comté de, (Géog. mod.) il eft coupé en
deux par le Danube. Il a les comtés de Comore & de
Bars au nord, celui de Novigrad au levant , celui de
Piliez au midi , & celui de Javarin au couchant. Ses
principaux lieux font Strigonie à la droite duDanube,
& Piilen à la gauche. (Z>. /.)
STRIKE , f. m, (Corn.) elt une mefure qui con-.
tient quatre boilTeaux, & dont les deux font unquar-
ter , ou huit boilleaux. f^oyc^ Boisseau & Quar-
ter.
Le Jirike de lin , ell la quantité de lin qu'on peut
prendre en une poignée. Diciionn. de Chambers.
STRIPERTZ ou STRIPMALM , f. m. {Hift. nut.
Minéralogie.) les ininéralogilles luédois défigncnt
fous ce nom une mine de plomb , dans laquelle ce
métal le trouve combiné avec de l'argent & de l'an-
timoine minéralifés par le foufre. Elle a la couleur de
la mine de plomb, ou galène ordinaire; elle ell corn-
pofée de llripes ou d'aiguilles plus ou moins fines. On
trouve cette mine dans la mine de Sahla en Suéde ;
elle ell dilficile à traiter , parce que ces fubltances
le nuilènt les unes aux autres.
STRIURE, f f. (Architeclure.) il fe dit de la can-
nelure des colonnes , & de cet intervalle creux qui
règne du haut en bas du fîit de la colonne , pour la
faire paroître plus groffe &C plus agréable.
STRIX i f. m. (^Littéral.) efpece d'oifeau de nuit
dont parlent les anciens ; nous ne le connoifibns
point ; eux-mêmes n'en favoient pas plus que nous
du tcms de Pline. Il ell certain qu'il ne paroiffoit que
la nuit, & on le nommoity?A/A; à caufe de Ib.n cri.
Ovide le dit dans lefwcme livre des faites.
s T R
EJi illîs ûrigihns nomen ,fed nomînîs hujus
Caufa quod horrendd jiridere noclefolmt.
Nos auteurs tradulfent /?r/Ar par ckoueUe.Les poètes
font entrer les œufs & les entrailles de cet oifeau
dans toutes les compofitions que failbient les magi-
ciennes. Médée le dit dans Séneque:
Mifcetquc & obfcœnas aves
Mœjiique cor bubonïs & rauccs flrigis
Exjecla vivût vifcera.
c< Elle y mêle les chairs des plus flmefles oifeaux, le
» cœur d'un crapaud , & les entrailles qu'elle a ar-
» rachées à une chouette vivante ». Horace , Ode V.
liv. y. dit que Canidie , la tête échevelée & entortil-
lée de vipères , fît préparer fur le feu magique , une
compofition où elle mêla enfemble des racines de
cyprès & de figuier fauvage déterrées dans un cime-
tière , des plumes & des œufs de chouette , noclumœ
firigis , trempées dans le fang d'un crapaud , des her-
bes de ThefTalie & d'Ibérie , pays fertiles en poi-
fons , & des os arrachés de la gueule d'une chienne à
jeun.
Ces détails de forcellerie plaifoient apparemment
aux anciens ; car nous voyons que leurs poètes s'é-
tendent volontiers fur cette matière. îl faut pourtant
auoucr qu'Horace l'a fait avec modération ; mais il
n'en efl pas de même de Lucain , l'Ereôo de fon fi-
xieme livre eft réellement fort dégoûtante. Nous vou-
lons que de pareils images foient préfentées rapide-
ment , & en peu de mots. Mais les œufs & les en-
trailles de l'oifeau (Irlx entroient fi néceffairement
dans les compofitions magiques, que les anciens nom-
moi ent/?/'/^';i toutes les forcieres. (^D.J.^
STROBULUS , f. m. ( Linérat. ) nom que don-
noient les Romains à une efpece de bonnet que por-
loient les barbares , & qui s'élevoit comme une pom-
me de pin par plufieurs circonvolutions enfpirale; le
bonnet des Romains au-contraire, s'élevoit en pointe
toute droite.
STROEKS , f. m. pi. (ya'ijfeaux mofcovltes!) petits
vaifTeaux plats dont on fe fert fur le Volga pour le
négoce d'Aflracan & de la mer Cafpienne. Les Jiroeks
contiennent environ trois cens balots de foie , qui
font quinze lefts. Ils vont à voile & à rames , & ont
pour cela feize rames , un feul mât , & une feule
voile. Le gouvernail eft une longue perche , plate
par l'endroit qui eft dans l'eau. Le patron le guide
par le moyen d'une corde attachée entre deux aîles
qui le tiennent en état ; ils peuvent porter contre les
marchandifes , 2 5 matelots 6c 60 paffagers. Diàion. de.
Commerce,. ( D. J . )
STROMA , {Géog. mod.) île d'Ecoffe , à 1 milles
au nord de la pointe de CatnefT, & l'une des îles qui
font au midi de celles de Mainland. Cette île qui efl
affez fertile, n'eft point comptée entre les Orcades ,
parce qu'elle eft trop près du continent de l'EcofTe.
<Z?./.)
STROMATES , f. m. pi. ( Litiérai.) ce terme eft
grec , & fignifîe mélanges ; il a fervi de titre à plu-
fieurs ouvrages. Plutarque & Origène l'ont employé;
mais S, Clément d'Alexandrie a particulièrement il-
luftré ce terme. Ses Jlromates font un mélange de fes
propres penfées , & de celles des meilleurs auteurs
qu'il avoit lus. On y voit de l'hiftoire , de la littéra-
ture , de la critique , du facré & du profane; enfin,
ce mélange différent lui fit donner le nom de jlroma-
tes. (D.J.)
STROMBERG , ( Céog. mod. ) petite ville d'Alle-
magne , dans l'évcché de Munfter , chef- lieu d'un
burgraviat , à 3 lieues de Lipftadt. Long, 26. 5y. lac.
5,. 43. (D.J.)
S T R O M B I T E , f. f. ( Hif. nat. Litholog. ) nom
donné par quelques naturaliftes i\ des coquilles fofTi-
Tome XV.
^ 1 R 547
les , que l'on nomme plus communément turbinites,
STROMBOL , LE , {Géog. mod.) montagne de l'île
de Candie , à x lieues au couchant de la ville de Can-
die. Il fort de cette montagne une groflé fource,dont
les eaux font falées. (Z>. J.)
STROMBOLI , {Géog. mod.) île de la mer de Si-
cile , au nord de cette dernière île , à laquelle elle
femble appartenir, & à 30 milles de Lipari, au le-
vant d'été. On lui donne 12 milles de circuit; mais
elle eft fans habitans, car ce n'eft proprement qu'une
montagne ronde qui brûle toujours, & qu'on décou-
vre de loin. Les anciens l'ont appeîlée Strongylos.
/^oye^ Strongyle , Géog. anc. {D.J.)
STROMONA , LA , {Géog. mod.) autrement Ra-
dini, Ifchar, Marmara, Veratafar ; car tous ces noms
indiquent le Strymon des anciens , rivière de la Tur-
quie en Europe. Elle prend fa fource dans les mon-
tagnes de la Bulgarie , traverfe la province d'Iambo-
li , arrofe enfuite Marmara & Tricala ; enfin , elle
vient fe perdre dans le golfe de ContefTa & les ruines
d'Emboli , ou ChryfopoUs. {D. J.)
STRONGOLI , {Géog. mod.) petite ville d'Italie ,
au royaume de Naples , dans la Calabre citérieure ,
fur une haute montagne , à 9 milles au nord-eft de
Santa-Severina, dont fon évêché eft fuffragant. Long.
J2. zS. Ut. 40. 41.
STRONGYLE , ( Géog. anc. ) île fur la côte fep-
tentrionale de la Sicile , & l'une des îles Eolienaes ,
aujourd'hui Stromboli ; Strabon dit qu'elle fut appeî-
lée 2tpo>^>Ja}i, Strongyle , à caufe de fa figure ronde.
Silius-Italicus , liv. 14. v.26'0. écrit Strongylos; l'iti-
néraire d'Antonin , place cette île à 320 ftades de'
MefTine. {D. J.)
STRONGYLUS, {Géog. anc.) montagne d'Afie;
dans la Carmanie ; c'eft une des branches du mont
Taurus , & le nom moderne eft Techifanda , feloa
Caftald. {D.J.)
STRONS ou STRONZA , ( Géog. mod. ) île de la
mer d'Ecoffe , & l'une des Orcades , au levant de
l'île de Sanda , à 4 milles de celle de Heth. On lui
donne 6 milles de longueur , & 3 de largeur. Son
terroir eft fertile , & très-peuplé. {D. J.)
STROPHADES, Îles, (GVo^r. anc.) îles de b
mer Ionienne , fur la côte du Péloponnèfe. Strabon,
liv. viij. les met vis-à-vis & à l'occident de la ville
CyparifTia , prefque à 400 ftades du continent , &
cette fituation leur avoit fait donner le nom de Cy-
parijjiorum infulœ. Elles étoient au nombre de deux,
Virgile , JEneid , l. III. v. 20c). fait mention de ces
îles , qu'il dit habitées par la cruelle Celœno & par
les Harpyes :
Servdtum ex undis Strophadum me litora primitm
Accipiunt. Strophadès grajo fiant nomim dicta
Injulœ lonio in magno j quas dira Celœno
Harpyœ que coltine.
Etienne le géographe dit aufîî que les tUs Stropha-
dès font au nombre de deux. Quelques-uns , félon
Pline, /. iV. c. xij. les appelloient Plotœ ; & Apol-
lonius donne à entendre qu'elles furent d'abord ap-
pcllées Plotce , & que dans la fuite on les nomma
Strophadcc , parce qu'elles flottoicnt & nageoient ,
pour ainfi dire , au milieu des flots , Iclon Apollo-
nius , /. //. V. 2C) G.
T.'lpo(pa.S'BLi; «Ts [xitAV.Xit v.Ç ^ av^fo Trot
'Snsvvçloii!-')- mmi '^ti pcç 7tA&it«'ç «ctAsscTêç
Strophadas cognominarunt homines
Infulas hujus caufâ.^ prias plotas nominantes.
Les anciens feignoient que ces îles étolcnt le rctîi-
ge des harpyes , dont le vilage étoit de femme , & le
corps de vautour. Les Grecs & les Italiens les appel-
lent Strofadi OU Strivali. Ce font deux petites îles
fort bafles, dont la plus grande n'a que 3 ;\ 4 milles
L L i ij
Î4« 5> 1 K
cic circuit : mais dans un petit efpace , elle ne laiffe
pas (le porfer une grande quantité de fruits e:;cellens.
Les fources y ibnt li abondantes , qu'on ne (auroit
îrefque planter un bâton en terre , qu'il n'y forte de
'eau. On dit que dans les fontaines de cette î|c , d
ie trouve fouvcnt des feuilles de nhitane, quoiquM
n'en croilTc point là , mais feulement dans la Morce,
qui en ell éloignée d'environ 30 milles. C'ell ce qui
ait croire aflez vraiifcmblablemcnt , que ces fovirccs
viennent de ce pays-lù par des canaux foutcrreins ,
que la nature a formés fous les abîmes de la mer.
Les habitans des ilis Sirophadcs ne fe marient ja-
mais , car il n'y en a point d'autres que des caloyers
ou moines grecs , jufqu'au nombre de foixante ou
quatre-vingt. Leur couvent eft bâti en manière de
torterefle avec une terrafie au-dcfuis , garnie de bons
canons, & une farrafmefque à leur porte, parla crain-
te ou'ils ont des corfaircs. On dit néanmoins que les
Turcs & les corfaires de Barbarie rcfpedent ces bons
vieillards , & qu'ils n'abordent leur île que pour y
prendre de l'eau. {D. J.)
STPvOPHE , f. f. iLins le Foêfii grec. 6- latine , efl
\me fiance ou un certain nombre de vers qui renfer-
ment un fens complet , & qui efl faivi d'une autre
de la même mefure & du même nombre de vers dans
la mêMiie difpofition qu'on appelloit antijîtophe. Voyci
Antistrophe.
La ftrophi eft dans des odes , ce que le couplet eft
dans les thanfons 5c la ftance dans les poèmes épiques.
Fcyci Couplet & Stance.
Ce mot vient du grec <fl^c^>\ qui eft formé de s-lpîçw,
je tourne , à caufe qu'après qu'une Jlrophe eft finie , la
même meiure revient encore ; ou plutôt, comme ce
terme fe rapporte principalement à la mulique & à
Li danfc , parce que le chœur & les danfeurs , qui ,
chez les anciens , marchoicnî en cadence autour de
l'autel, pendant qu'on chantoltles odes ou hymnes
en l'honneur des dieux , tournoient à gauche durant
qu'on chanîoit la (Irophc , & à droite lorfqu'on cban-
toit l'antlftrophe. Voyei Antistrofhe.
Dans notre poéfte lyric^ue , unejiropke ne fauroit
être m.oin Jre que de quatre vers, ni en contenir plus
de dix ; & la première frophe fert toujours de règle
aux awtrea frop/us de la même ode pour le nombre ,
foit pour la mefure des vers & pour l'arrangement
des rimes.
STR OPHIUM , f. m. ( Jntlq. rom. ) o-rpcipicr ; for-
te de ceinture ou bandelette large , dont les jeunes
filles fe ferroient lefein , pour ne point paroître en
avoir trop ; de-là vient que ftropha ^ dans Martial ,
fumlfie une nifc , wn^fincp. ; l'ouvrier qui falfoit les
bandelettes pour ferrer le fein des jeunes filles, fe
nommoil flrophiariu s ; le mot Jlrophiurn défigne auflî
des guirlandes de fleurs attachées enfembie fur la
tête en gulfe de bandelettes. {D.J.)
STRÔPPUS , f. m. ( Litùrat. ) ce mot , dans
Feftus , défigne ou la couronne , ou le bonnet que
les prêîres mettoient fur leurs têtes , dans les facrifi-
ces & autres cérémonies religieufes. (Z?. /.)
STR.OUD , ( Gcog. moi. ) gros bourg à marché
d'Angleterre , en Gloceftcr-shire ^ fur la rivière de
Siroiid^ entre Glocefter ÔcBriftol , à fept milles de
la première , & vingt-neuf milles de la féconde. On
voit dans ce bourg plufieurs moulins à foulon , &
Ton y teint le drap en écarlate , les eaux de la riviè-
re étant favorables à cette teinture. ( Z>. 7. )
Stroud li > (^ Gi^o- ^o.i. ) rivière d'Angleterre ,
dans Glocefter-shire ; elle ibrt des monts Cottefwold,
traverfe la province de Glocefter dans fa longueur ,
&fe jette dans la Saverne. (£>./.)
STRUTERTJRII , ( yinûq. rom. ) Feftus nom-
moit ainfi les frères Arvaux , qui étoient employés
à purifier les arbres foudroyés; ils faifoient dans cet-
te cérémonie un facrifice avec de la pâte cuite fous
.^ 1 K
les cendres. Voici les termes trouvés à Rome, fur une
table de bronze antique.
LUI. ID. DEC.
FRATRES. ARVALE.
IN LUCO. DE;€. DL€.
VIA. CAMPANA. APUD. LAP. V.
CONVENER. FER, C. PORC. PRISCUM. MAC.
ET. IBI. IMMOLAV.
QUODAB ICTU. FULMINIS.
ARBORES LUCI SACRI D. D.
ATTACT^ ARDUERINT
EARUMQUE ADOLEFACTARUM
ET. IN. EO LUCO SACRO. ALl^E
SINT REPOSITiE.
Le dixième jour de Décembre , les frères Arvaux
s'ailemblerent au bofquet de Junon , fur le grand
chemin delà Campanie, ;\ cinq milles de Rome , par
l'ordonnance de C. Porcins Prifcus , doyen du cha-
pitre , & là ils facrifierent pour raifon de quelques
arbres du facré bofquet dédié à la déelfc , qui avoient
été frappés de la foudre. ( Z). 7. )
STRUMETA ou STRUMITA , ( Géog. mod. )
petite ville , ou plutôt bourgade de la Turquie afia-
tique , en Anatolie , fur une montagne, dans la pro-
vince de Mentezili , près de l'embouchure de In ri-
vière de Mari , dans la mer de Caramaaie. C'ert à ce
qu'on croit l'ancienne Myra , ville de Lycie, oii
S. Paul s'embarqua poui aller à Rome, fur un vaif-
feau d'Alexandrie. Le texte latin des atles xj. 5,
porte £y/?/-rf/K,au-lieu de Myrcim^yÀ eft dans le grec;
c'eft une faute, parce que Lyftre étoit dans la Ly-
caonie , & ce n'étoit point une ville maritime. (£>./.)
STF.UMUS , ( Botan. anc. ) nom donné par quel-
ques anciens naturalifies romains au cucuhalus^ mor-
geline baccifere. Cette plante fut ainfi appeîlée pour
les vertus difcuftlves qu'on lui attribuoit dans les
tumeurs fcrophuleufes. ( Z?. /. )
STRUND-J AGER , f. m. ( Hijl. nat. ) c'eft le nom
que les navigateurs hoUandois donnent à un oileau
qui fe trouve fur les côtes de Spitzberg ; ce mot fig-
nifie chajft merde ; il lui a été donné parce qu'il fuit
fidellemcnt l'oifeau nommé ^uyugef^ afin de fe nour-
rir de fa fiente ; il a le bec noir , crochu & épais ; il
n'a aux pattes que trois ongles liés par une peau
noire, fes jambes font courtes , & fa queue forme
vui éventail ; il a les yeux noirs ainfi que le deiTus de
la tête , un cercle jaunâtre autour du cou , les aîles
& le dos de couleur brune , & le ventre blanc.
STRUTHIUM , f. m. ( HiJÏ. nat. Bot. anc. ) nom
donné par les Grecs à la plante que les Latins appcl-
loient lanaria herba , à caufe de fon ufage dans les
manufoftures de laine. Diofcoride , en parlant du
Jlruthium , fe contente de dire quec'étoit une efpece
de chardon , ou de plante épineufe , dont la racine
étoit large , longue , de la grofîeur de deux ou trois
doigts , & qui pouflbit des feuilles armées de petits
piquans. Quoique ce détail ne nous fafle point con-
noitrela plante dont il parle, ilfufirt néanmoins pour
nous prouver que ce n'étoit point celle que les Ro-
mains appelloient antlrrhinum , & que nous nom-
m.ons en françois muffle de veau. Il feroit trop long
d'indiquer toutes lesconjeduresdes modernes, pour
découvrir cette plante dans les écrits des Arabes ; 11
paroît feulement qu'ils n'ont pas rencontré , en ima-
ginant que le Jîruthium des Grecs étoit le candifi de
Sérapion & autres. (^D.J.^
STRUTOPHAGES , ( Géog. anc. ) peuple de l'E-
thiopie , fous l'Egypte , Strabon , /. Xl^I. p. 772.
qui place ce peuple au voifinage àcs Elephantopliagi ,
dit qu'il n'étoit pas bien nombreux. Selon DioJur«
s T U.
de Sicile » /. ///• c. xxviij. les Strutophagl habitoient
au midi des EUphantopha<^ï. Agatharchidc fait aufîi
mention de ces peuples & des guerres qu'ils avoieiit
ave'c les Ethiopiens , l'urnomniés Siml. Ptolomée ,
/. IV. c. vïij. marque les Strutophagi à l'occident des
Péchiniens. Le nom de Strutophaois leur avoit été
donné , à caufé qu'ils ne s'occupoient qu'à la chafFe
des autruches, dont ils faiioitnt Icurnourriture or-
dinaire ; ilsfe fervoientde leurs peaux pour s'habil-
ler , & pour en faire des couvertures. ( D. J. )
STRYCHNODENDROS , f. m. ( Hijl nat. Bot. )
nom que Ray donne à i'elpece de J'olunum ^ nommé
par ToxxrnQtOTt folanum fruticofum baccifirum. Cette
plante s'élève en arbriffeau haut de quatre ou cinq
pies : fon tronc pouffe des rameaux verts , garnis de
feuilles oblongues , plus étroites que celles du fola-
mim ordinaire ; fa fleur efl une roiette blanche, dé-
coupée en cinq pointes ; il lui iuccede un fruit rond ,
mol , rouge , iémbiable à celui de coqueret , plein de
fuc, & renfermant quelques lemences applalies, d'un
goût fade. Cette plante ell cultivée dans les jardins.
(z>.y.)
SIRYME , ( Géog. anc.') ville de Thrace , félon
Hérodote , /. FIL & Etienne le géographe. Suidas
fait de Sfymt ou Strynia , une colonie des l'hafiens,
& une place de commerce. S'il efl: vrai que c'étoit en-
core une île , comme il le dit , il falloit que cette ile
fut bien voifnie du continent, à moins qu'il n'enten-
de une île du lac d'ifmaride, qui féparoit Scryme de
Marcnée. On croit que \qs habitans de cette dernière
ville avoient acquis quelque droit lur Scryme, en
qualité de proteâeurs ou de bienfaiteurs ; ce qui don-
^a lieu à de fréquentes conteftations entr'eux, 6l les
Thafiens fondateurs de Stryma, (^D.J.^
STRYMON, {Géog. anc.') fleuve qui fervoit au-
trefois de borne entre la Macédoine & la Thrace,
félon le périple de Scylax. Pline , /. IV. c. x. remar-
quela même chofe , &: ajoute que ce fleuve prend fa
fource au mont Haemus. Le Sirymon , félon Etienne
le Géographe , mouilloit la ville d'Amphipolis , &
donnoit le nom de Strymonii , aux peuples qui habi-
toient fes bords. Il avoit fon embouchure fur la côte
du golfe , qui de-là avoit pris le nom de Sirymonicus
finus.
Le nom moderne efl Stromona , que d'autres ap-
pellent Marmara , Radini , ijcfiar. JI y avoit nombre
de grues fur les bords de ce fleuve ; Q\\es y venoient
à la fin du printems , & en partoient à la fin de l'au-
tomne, pour fe rendre fur les rivages du Nil ; mais
IcStrymon eft célèbre dans l'hifloirc , parce que ce
fut fur fes bords qu'une poignée d'athéniens triompha
des Medes , au-travcrs des plus longues fatigues &
des plus grands dangers. (£)./.)
STRIMONICUS SINUS , ( Géog. anc. ) golfe de
la mer Egée , fur la côte de la Macédoine & de la
Thrace , à l'occident du golfe Perfique : on le nom-
me préfentement ^o//è deContefe.
STUBN, ou Stuben , ou Studn-bad , {Géog.
mod. ) petite ville de la haute Hongrie , aux confins
du comté de ZoU , à trois milles de Neu-ZoU, & h.
deux de Cremnitz ; elle efl: remarquable par fes bains
chauds , & par les mines d'argent 6l de cuivre qu'on
trouve dans des montagnes de fon volfmage , du cô-
te de l'orient. Long. 27, j /. lai. ^S. 37. {D. J.)
STUC ow M A.RBRE FACTICE, {Àrtnuchun.) le
/?wc ou U marbre ficUce cfl une com])ofition dont le
plâtre fait toute la bafe. La dureté qu'on fait lui
donner ; les différentes couleurs que l'on y môle , &
le poli dont il cfl fufceptiblc , le rendent propre à
repréfenter prefque au naturel les marbres les plus
précieux.
La dureté que le plâtre peut acquérir , étant la
qualité la plus effentielle à cet art, c'eil auffi la pre-
mière à laquelle les ouvriers doivent s'appliquer.
S T U
549
Elle dépend abfolumenî du degré decalclnatîonaue
1 on doit donner au plâtre ; & comme la pierre qui
le produit , efl fufceptible de quelques petites diffé-
rences dans fa qualité intrinfeque, fuivant \ts diffé-
rens pays où elle fe rencontre , il faut tâtonner &
étudier le degré de calcination qu'il faut lui donner
pour que le plâtre qui en viendra, prenne le plus
grand degré de dureté qu'il eft poffible. On ne peut
donner ici de noiions fur cette méthode qu'en ce
qui regarde J.e plâtre de Paris ; ce fera l'affaire des
ouvriers a'eiTayer de calciner plus ou moins les pier-
res gypfeuies des autres pays , afin d? trouver le
plus grand degré de dureté où l'on puilfe porter le
plâtre qu'elles produiront.
On caffe les pierx'es à plâtre de Paris avec des
marteaux, en morceaux à-peu-pres gros comme un
petit œuf, ou comme une groffe noix. On enfourne
ces morceaux dans im four que l'on a fait chauffer ,
comme fi on vouloit y cuire du pain ; on bouche
fouverture du four. Quelque tems après ondébou;^
che le four pour en tirer un ou deux des petits mor-
ceaux de plâtre que Ton caffe avec un marteau. Si
l'on s'apperçoit que la caIcin„tion a pénétré j.ifqu'au
centre du petit morceau , de façon cependant qu'on
y remarque encore quelques points briilans ; c'efl
une marque que la calcin.,t'un efl à fon point de
peifeftion,& alors on retire du four promptement
tout 1- plâtre parle moyen d'un rable. Si dans la
caflare on remarquoit beaucoup de briilans , ou
qu'on n'en remarquai point du tout , ce i'eroit une
preuve dans le premier ca>, que la pierre ne (éroit
point affez calcinée; & dans le fécond cas, qu'elle
le ieroit trop.
Quoique le plâtre devienne très-dur , lorfqu'il efl
Ccilciné à l'on point , ia lurface le trouve cependant
remplie d'une infinité de pores, 6c les grains font
trop faciles à en détacher pour qu'il puiffe prendre
ie poh comme le marbre. C'ell pour remédier à cet
inconvéïiient, que l'on prend !e parti de détremper
le plâtre avec de l'eau dans laquelle on a fait dif-
foudre de la colle , qui rempLifant les pores, & at-
tachant les grains les uns aux autres , permet que ,
pour ainfidire, on puiffe u'.er & emporter la moi-
tié de chaque grain , ce qui forme le poli.
Cette colle eit ordinairement de la colle de Flan-
dre; il y en a qui y mêlent de la colle de pohfon , &C
même de la gomme arabique. C'efl avec cette eau
chaude &L collée que l'on détrempe le plâtre ; mais
comme le peu de loliJiré du p âtre , lur-rout lorf-
qu il n'efl point appuyé, demande qu'on donne une
certaine épaiffeur aux ouvrages, pour dim.nutr la
dépenfe, on fait le corps de l'ouvrage ou le novau
avec du plâtre ordinaire, & on le couvre avec la
compofition de plâtre dont on vient de parbr , en
lui donnant tme ligne & demie ou deux li.-nes d'é-
paiffeur.
Lorfque l'ouvrage eft fuflifamment (qc , on tra-
vaille à le polir, â-p :u-pres de la même façon que
le véritable marbie. On employé ordinairement une
efpece de pierre qui eft affez diUiciie ^ irouver.
C'efl une eli[)ece de cos ou pierre à aiguiier , qui a
des grnins plus fins que ceux du grès , & oui ne fe
détachent pas ii facilement de la pierre ; la pierre de
ponce peutauffi y fervir. On frotte l'ouvrage avec
\d pierre d'une main ; Contient de l'autre unecpo-ge
imbibée d'eau , avec laquelle on nettoyé conli m, I*
lement l'endroit que l'on vient de frotter , afin d'o-
ter par le lavage à chaque inftant ce qui a été eui-
porté de la fu.facc de l'ouvrage ; pour cet citct, .1
faut laver l'éponge de tems en tems , &i. la tenir
toujours remplie d'eau fraiche. On trotte cnfu.te
avec un tampon de linge, de l'eau, de la caie ou du
tripoli. On lubditue A cela du charbon cle^ laule,
broyé &: paffé tics-ùn, ou même des morceaux de
5 50
S T U
charbons entiers , pour mieux pénétrer le tond des
moulures , en employant toujours l'eau avec l'c-
pongc qui en ell imbibée. On finit par trotter l'ou-
vrage avec un morceau de chapeau imbibé d'huile
&de tripoli en poudre très-fine , &: enfin avec le
morceau de chapeau imbibé d'huile Icule. ^
Lorlqu'on veut un fond de couleur , il iiifîit de dé-
layer la couleur dans l'eau de colle , avant de s'en
lervir à délayer le pUitrc.
Il lemble qu'on pourroit ajurter les pierres à po-
lir dont on vient de parler , à des morceaux de bois
faits en taçon de varloppes ou d'autres outils de me-
nuilier; les lurtaccs de l'ouvrage en feroient mieux
drcdécs, & les moulures plus exaftes; mais il faut
fe fouvenir de laver toujours à mefure que l'on
ti-otte.
Lorfqu'on veut Imiter un marbre quelconque , on
détrempe avec l'eau collée chaude,dans ditTérens pe-
tits pots, les couleurs qui fe rencontrent dans ce mar-
bre ; on délaye avec chacune de ces couleurs un peu
de plâtre ; on fait une galette à-peu-près grande
comme la main , de chaque couleur ; on met tou-
tes ces galettes alternativement l'une fur l'autre ,
en mettant celles dont la couleur eu dominante, en
plus grand nombre ou plus épaiffes. On tourne lur
le côté ces galettes qui étoient arrangées furie plat;
on les coupe par tranches dans cette fituation , &
on les étend cnfuite promptement fur le noyau de
l'ouvrage oii on les applatit. C'eli par ce moyen que
l'on vient à bout de reprcfcnter le deffein bifare des
différentes couleurs dont les marbres font pénétrés.
Si l'on veut imiter les marbres qu'on appelle ci:s brè-
ches^ on met dans la compolition de ces galettes,
lorfqu'on les étend fur le noyau , des morceaux de
différentes groffcurs de plâtre délayé avec la cou-
leur de la brèche ; & ces morceaux venant à être
applatis, rcpréfentent très-bien la brèche. Il faut re-
marquer que dans toutes ces opérations l'eau col-
lée doit être un peu chaude , fans quoi le plâtre
prendroit trop vite, Se ne donneroit pas le tems de
manoeuvrer.
. Si c'efl: fur un fond de couleur que l'on veut re-
préfentcrdes objets, comme des forêts, des payfa-
ges , des rochers , ou même des vafes , des fruits &
des fleurs , il faut les delTmer fur le papier , piquer
enluite les contours des figures du defiein , les ap-
pliquer fur le fond , après qu'il aura été prefque
achevé de polir , & les poncer avec une poudre d'une
covdeur différente du fond , c'eft-à-dire du noir fi le
fond efl blanc ; & du blanc fi le fond eft noir. On ar-
rête cnfuite tous les contours marqués par le pon-
cif, voyei Poncif , en les enfonçant profondément
avec la pointe d'une alêne dont fe fervent les Cor-
donniers ; après quoi , avec plufieurs alênes dont on
aura rompu la pointe pour , en les aiguifant fur une
meule , en former de petits cifeaux , on enlèvera
proprement toute la partie du fond qui fe trouve con-
tenue dans les contours du deffein qui eft tracé; ce qui
formera fur le fond des cavités à-peu-près d'une de-
mi-ligne de profondeur.
Lorfque tout ce qui cfl contenu dans l'intérieur
des contours du deflèin , fera ainfi champlevé , on
aura plufieurs petits pots ou godets , dans lefquels
on tiendra fur du fable ou de la cendre chaude de
l'eau collée, dans laquelle on aura délayé difleren-
tcs couleurs ; oii mettra un peu de plâtre dans la
paume de la main , que l'on colorera plus ou moins,
en y mêlant plus ou moins de cette eau colorée ; o\x
remuera bien le tout fur la paume de la main avec
un couteau à couleur dont les Peintres fe fervent ,
jufqu'à ce que l'on s'apperçoive qu'il commence à
prendre un peu de confiflance ; alors on en prendra
avec le couteau la quantité que l'on jugera à pro-
pos , que l'on placera dans un côté de l'intérieur du
S T U
creux de la figure que l'on veut repréfenter, enpref'
fant avec le couteau & uniffant par-defuis la partie
du plâtre coloré que l'on vient de mettre , qui tou-
che les contours de la figure.
On détrempera enfuite promptement danslamairi
un autre plâtre coloré , mais d'une nuance plus clai-
re , qu'on placera dans le même creux , à côté de
celui qu'on vient de mettre ; on aura quatre ou cinq
aiguilles enfoncées parallèlement par la tête au bout
d'un petit bâton comme les dents d'un peigne, avec
lefquelles on mêlera un peu la dernière couleur avec
celle qu'on a pofée la première, afin que l'on n'ap-
perçoive pas le pafTage d'une nuance à l'autre , &
que la dégradation en foit obfervéc. On continuera
à pofer ajnfi des nuances plus claires du côté de la
lumière , jufqu'à ce que le creux de la figure que
l'on veut repréfenter , foitexaftement rempli. Après
on applatira légèrement le tout avec le couteau, ôc
on laiffera fécher.
Si on s'apperçoit, après avoir poli , que les nuan-
ces ne font pas bien obfervées dans quelque endroit,
on pourra avec une pointe faire des hachures dans
cet endroit , & faire entrer dedans im plâtre coloré
plus en brun & fort liquide; il faut que ces hachu-
res foient affez profondes pour ne pouvoir être tout-
à-faiî emportées par le poli qu'on fera obligé de
donner fur tout l'ouvrage. On fe fert de cette der-
nière manoeuvre pour découper les feuilles des ar-
bres & celles des plantes , &c.
En général les figures indéterminées , comme les
ruines , les rochers , les cavernes , &c. réufTifTent
toujours beaucoup mieux dans cette façon de pein-
dre , que les figures qui demandent de l'exaftitude
dans les nuances , & de la correction de deffein.
On polit les peintures de la même façon que l'on
a dit pour les fonds ; & fi l'on s'apperçoit, en polif-
fant, cju'il fe foit formé quelques petits trous, on
les remplit avec du plâtre délayé très-clair avec de
l'eau collée & de la même coideur. Il efl môme d'u-
fage , avant d'employer l'huile pour le poli, de paf-
fer une teinte générale de plâtre coloré , & d'eau
collée très-claire fur toute la furface , pour boucher
tous ces petits trous.
Il faut choifu- pour toutes ces opérations , le meil-
leur plâtre & le plus fin ; celui qui efttranfparent^
paroît devoir mériter la préférence.
Pour les couleurs , toutes celles que l'on emploie
dans la peinture à frefque , y font propres. Foye:^
Peinture a fresque.
Comme il doit paroître finguller que dans cette
façon de peindre on ait prefcrit de fe fervir de la
paume de la main pour palette, en voici la raifon.
Lorfqu'on détrempe le plâtre avec l'eau de colle
colorée , on eft obligé de mettre une certaine quan-
tité d'eau qui s'écouleroit fi on la mettoit fur une
palette ; au lieu que l'on forme im creux dans la
main qui la contient , & qu'en étendant les doigts
à mefure que le plâtre vient à fe prendre ; cette fm-
guliere palette , qui étoit creufe d'abord , devient
plate quand il le faut. On pourroit ajouter à cela
que la chaleur de la main empêche le plâtre de fe
prendre trop vite.
STUCATEUR , f. m. {Archit. & Sctilpt.) un ou-
vrier ou un artifle qui travaille enfluc.
STUCIA , ( Géogr. anc. ) fleuve de la Grande-
Bretagne : Ptolomée , /. //. c. ïij. marque fon em-
bouchure fur la côte occidentale , entre Cancanorum
promontoriiim , & l'embouchure du fleuve Tuerobis.
Le manufcrlt de la bibliothèque palatine \\iStucciay
au lieu de Siucia. Le nom moderne efl Scïous , félon
Villeneuve: maisCamden, à quije m'en rapporte
davantage en pareille m.atiere , dit que ce fleuve s'ap-
pelle préfentement IJiuyih. (Z>, /.)
s T U
S T Y
m
STUDIEUX ^ adj. (Gram,) qui aime ï'étude. Un
txïïanX.JîuJieux ; un homme fiudieux^
STUDIOLO , f. m. {Hijî. nat.) c'eft alnfi qu'on
nomme à Rome un aflemblage ou alTortimcnt de dif-
férentes efpeces de marbres , tant antiques que mo-
dernes. Ils font taillés en morceaux minces 6c quar-
tés , polis par un côté. On vend ces fortes d'affor-
timens aux curieux plus ou moins cher , à propor-
tion qu'ils <ont complets ; cela eft d'autant plus utile,
que les Italiens donnent aux marbres , tant anciens
que modernes , des noms aflez blfarres & difficiles à
arranger dans la mémoire. Il faut feulement prendre
garde que quelquefois on mêle à ces collections, des
marbres fadtices , que les Romains favent très-bien
imiter.
STULINGEN, {Géog. mod.) petite contrée d'Al-
lemagne, avec le titre de landoraviat , dans le comté
de Furrtenberg , fur les conhns du landgraviat de
Neliembourg ^ & du canton de SchafFhoule. (/?. /.)
STULPINI y ( Géog. anc.') peuple de la Liburnie.
Pline,/.///, c. xxi. compte ces peuples au nombre
des quatorze cités qui compofoient la nation. Le P.
Hardouin lit Stlupïni , parce que Ptolomée , Llv. //.
c. xvïj. appelle leur ville ï T>icu-!i;i , Stlupï.
STUPEUR, f. m. engourdiffement caufé par quel-
que bandage qui arrête le mouvement du fang & des
fluides nerveux , ou par un afFoibiiffement dans les
nerfs , comme dans une paralyfic , &c. Koye:^ Para-
lysie.
STUPEFACTIF, adj. ( Gram. ) qui engourdit ; il
fe dit des remèdes qui donnent de la flupeur aux
parties malades , & leur ôtent la fenfibiiité.
STUPEFACTION , f. (.{Gram.) engourdiffement
d'une partie qui la rend incapable de mouvement &C
defentiment. Il fe dit auffi au figuré de l'effet d'un
grand ctonnement. Dc-lk Jiupefier , Jlupefiant ^ Jlupe-
faït , fluptur.
STUPIDITÉ , DÉMENCE , i. f. {Mldec) c'eff une
maladie que la plupart des gens regardent comme in-
curable , quoique les médecins les plus fam.eux affû-
tent qu'on peut la guérir parfaitement , ou du moins
£n partie, au moyen de remèdes convenablesi
Cette maladie provient de la mauvalfe conforma-
tion du cerveau, ou du mauvais état des efprits ani-
,maux , ou de ces deux caufes enfemble.
Les caufes générales de la ftupiduc font la langueur
des efprits animaux , l'obftruéHon des nerfs , leur hu-
midité ou relâchement, la compreiîion de leur origi-
ne ; c'eft pour cela que l'engorgement de fang dans
le cerveau , les concrétions polypeufes , l'hydrocé-
phale, l'apoplexie, la paralyfie fontfuivis de \^Jiupl-
due.
Les caufes plus éloignées font la molleffe des fi-
bres , leur laxitétrop grande, leur défaut de reffort ,
& enfin l'épaiffiffement des humeurs , l'aquolité 6c
l'humidité , la froideur du fang & des fucs qui fer-
vent aux fondions animales.
De-là vient que les gens qui habitent les monta-
gnes, les lieux marécageux &: aqueux , ceux qui font
endurcis au travail, quitranfpirent plus des extrémi-
tés que de la tête , font fort iujets à ï^. JlupidUî.
De-là vient aufîl que ceux qui ont reçu une éduca-
tion honnête , qui ont été inflruits dans les belles-
lettres , accoutumés à la réflexion, font moins fujets
à la fiupidué que les gens rufliques, en qui l'habitude
de la réflexion ne s'étant pas formée , l'incapacité de
la réflexion aftuelle 6c du jugement paroît plus len-
fible. D'ailleurs le travail déterminant les elprits diius
les mufcles , les détourne des fibres du cerveau , qui
étant moins vibratiles 6c moins adfives , deviennent
calleuies & infenfibles aux trémouffcmens cjue ces
mêmes fibres produifent dans ceux qui ne font pas .li-
tedfés de même.
Les remèdes indiqués dans la démence font tous
êèux qui peuvent reveiller les efprits , rétablir le toti
des fibres, & rendre au cerveau fesolcillations; mais
ces moyens ont peu d'effet dans la démence innée, &
dans la démence accidentelle produite par l'apople-
xie , la léthargie & la paralylie. Fojci ces m.iU-
d'us.
STURÀ , LA , ÇGcogr. rnod.) ou la S turc , nom com=
mun à trois rivières d'Italie.
I ". Sfura , rivière du Piémont. Elle prend fa fourcè
dans la partie orientale de la vallée de Barcelonette^
coule dans le val de Stun , arrofe la ville de Conl ,
celle de Foffano , & fe rend dans le Tanaro , au-dcf-
fous de la ville Cherafco.
2°. Stura , rivière de la province de Turin. Elle a
fa fource aux confins du Val de Morienne , dans la
montagne de Grofcaval , & fe jette dans le Pu , au-
au-defîous de la ville de Turin.
'l''. Stura, rivière du haut Montferrat. Elle naît
près de Verrue , au lud-cff , 6c vient fe perdre dans
le Pô , à quelques hcues au-deffns de Cafal. {D. J.)
SlURIl , ( Géog. anc. ) peuples de la baffe Ger-
manie. Pline , /. IF. c. xv. les compte au nombre des
peuples qui habitoient les îles Hdium 6c FUvum-Of-
tium , entre les embouchures du Rhin. On croit que
ces peuples demeuroient dans le territoire de Stave-
ren.
STURIUM , {Géog. anc. ) île de la mer Méditer-
ranée fur la côte de la Gaule de Narbonnoife , félon
Pline , /. ///. c. V. C'etoit une des petites Staecadcs^
aujourd'hui Ribaudon. (^D. J.)
^ STURMINSTER , ( Géog. mod.) bourg k marché
d'Angleterre, dans la province de Dorfet , fiir la ri-
vière de Stoure , qu'on y paffe fur un pont de pier-
re , au-deffus de Blanford.
STUTGARD , (Géog. mod.) ville d'Allemagne ,
au cercle de Suabe , capitale du duché de Wirtem-
berg , dans une plaine proche le Necker, à 6 lieues
de Tubinge , à i z à l'eff de Bade ; c'ell: la réfidence
des ducs quiy ont leur palais. Elle a trois fauxboiirgs^
trois temples & cinq portes^ Longii. 26. 42. latiCi.
48. 3^.
B-orrhaus (Martin) naquit dans cette ville en 1499.
Il voulut établir en Allemagne l'anabatifme , 6z
n'ayant pas réuffi, il revint à ia première religion,
enfeigna la rhétorique 6c la théologie , mit au jour
des commentaires fur plulieurs livres du vieux Tetla-
ment , fut nommé profefleui- à Bafle , 6c y mourut dô
la pelle l'an 1564.
Jager ( Jean-Volfgang ) , théologien luthérien ^
naquit à Snagard en 1647 » ^ mourut chancelier dé
Tubinge en 1710 à 73 ans. Il a mis au jour en latin
un grand nombre d'ouvrages théologiques , qu'on
ne recherche plus aujourd'hui. Ses obfervations fur
Grotiiis 6c Pufendorf ne montrent pas un homme
verfé dans le droit de la guerre & de la paix*
STUYVER, {. m. ( Commerce. ) monnole qui a
cours dans les Provinces-unies des Pays-])as , 6c dans
quelques parties de la bafie Allemagne. Elle vaut en-
viron deux fols argent de France , VxnVjt Jhyvcrs font
un florin d'Hollande.
STY GIENNES , eau X , {Ckiwie & Alchimie.) quel-
ques alchimifles ont alnfi nommé les acides ou ilil^
folvans qu'ils employoient dans les opérations, f V\ i {
Dissolvant & Menstrue.
STYLE , ( Gramm. Khétoriq. Eloq. Bel. Ict. ) ma-
nière d'exprimer l'es pcnfées de vive voix , ou par
écrit : les mots étant choifis t^' arrangés Iclon les
lois de l'harmonie & du nombre, relativement ;\ Té-
Icvation ou à la fimplicitc du liijct qu'on traite , il
en réiulte ce qu'on appelle //v.''*'.
Ce mot fignifioit autrefois /'i//js;/ii'AV dont on le Icr-
voit pour écrire fur les tablettes enduites de cire^
Cette aij^uille éioit pointue par un bout , & applatie
s T Y
552
par l'autre , pour effacer quand on le Voulolt : c'eft «
ce qui a tait dire à Horace, fapcjlyiiim vertas , effacez
fouvent. Ilfe prend aujourd'hui pour la manière , le
ton, la couleur qui rcgne fenliblement dans un ou-
vrage ou dans quelqu'une de les parties.
Il y a trois lortcs de jlylcs , le limplc , le moyen
& le liiblime , ou plutôt \cfiylc élevé.
Lçjiylc liniple s'emploie dans les entretiens fami-
liers , dans les lettres , dans les fables. Il doit être
pur, clair, ians ornement apparent. Nous en déve-
lopperons les caraftcres ci-après.
hQjlyhfubnmc elt ceUii qui tait régner la noblefle,
la dignité , la majefté dans un ouvrage. Toutes les
pcnlces y font nobles & élevées : toutes les exprel-
lions graves , Ibnores , harmonieufcs , &c.
hçjh'U iliblime & ce qu'on appelle \e fubllme , ne
font pas k même chofe. Celui-ci cff tout ce qui en-
levé notre ame , qui la faifit , qui la trouble tout-à-
coup : c'eft un éclat d'un moment. Le Jîylc Jublime
peut le Ibutenir long-tems : c'eft un ton élevé , une
marche noble &C majeftueufe.
J'ai vu rimp'u adoré fur la ttrrt i
Tarai au ccdrc , il portoit dans Us deux
Son front audacieux :
llfmhloit à l'on gré gouverner le tonnerre ,
Fouloit aux pies fis ennemis vaincus :
Je n ai fait que pafj'cr , il nétoit déjà plus.
Les cinq premiers vers font àwftyle fublime , fans
ctrc fublimes , & le dernier eil fublime fans être du
flylefubitme.
Lefiyle médiocre tient le milieu entre les deux : il
a toute la netteté du Jiyle fimple , ik reçoit tous les
ornemens & tout le coloris de l'élocution.
Ces trois fortes defyUs fe trouvent fouvent dans
un même ouvrage , parce que la matière s'élevant
& s'abaiffant , \e fyle qui eft comme porté fur la
matière , doit s'élever auffi & s'abaiffer avec elle.
Et comme dans les matières tout fe tient , fe lie pat-
dés nœuds fecrets , il faut auffi que tout fe tienne &
fe lie dans les fiyles. Par conféquent il faut y ména-
ger les paffages , les liaifons , affoiblir ou fortifier in-
fenfiblement les teintes , à-moins que la matière ne
fe brifant tout-d'un-coup & devenant comme efcar-
pée , lefyle ne foit obligé de changer auffi brufque-
ment. Par exemple , lorlque Craffus plaidant contre
vm certain Brutus qui deshonoroit fon nom & fa fa-
mille , vit paffer la pompe funèbre d'une de fes pa-
rentes qu'on portoit au bûcher , il arrêta le corps, &
adreffant la parole à Brutus , il lui fit les plus terri-
bles reproches : « Que voulez-vous que Julie an-
» nonce à votre père , à tous vos ayeux , dont vous
» voyez porteries images? Que dira- 1- elle à ce
» Brutus qui nous a délivré de la domination des
» rois » &c t II ne s'agiffoit pas alors de nuances ni
de liaifons fines. La matière emportoit ley?>'/£, &
c'efl toujours à lui de la l'uivre.
Comme on écrit en vers ou en profe , il faut d'a-
bord marquer quelle eft la différence de ces deux
genres dc/tyle. La profe toujours timide, n'ofe fe per-
mettre les inverhons qui font le lel du Jiyle poétique.
Tandis que la profe met le régiffant avant le régime,
la poéfie ne manque pas de faire le contraire. Si
i'adif eft plus ordinaire dans la profe , la poéfie le
dédaigne , & adopte le palfif. Elle entaffe les épi-
ihctes , dont la proie ne le pare qu'avec retenue : elle
n'appelle point les hommes par leurs noms , c'eft le
fils de Pelée , le berger de Sicile , le cygne de Dircée.
L'année eft chez elle le grand cercle , qui s'achève
par la révolution des mois. Elle donne un corps à
tout ce qui eft fpirituel , & la vie à tout ce qui ne
Ta point. Enfin le chemin dans lequel elle marche
eft couvert d'une pouffiere d'or , ou jonché des plus
belles fleurs. f^oyei?okjiq\JE,fyle.
S T Y
Co n'eft pas tout , chaque genre de poéfie a fort
ton & fes couleurs. Par exemple , les qualités prin*
cipalcs qui conviennent auy7j le épique font la force 4
l'élégance , rharinonie & le colons.
Le Jlyle dramatique a pour règle générale de de-
voir être toujours contormc à l'état de celui qui
parle. Un roi , un fimple particulier , \m coinraer-
çant, un laboureur, ne doivent point parler du même
ton : mais ce n'eft pas allez; ces mêmes hommes font
dans la joie ou dans la douleur , dans l'cfpéranceou
dans la crainte : cet état aduel doit donner encore
une féconde conformation à Xfcwxfiyle , laquelle fera
fondée fur la première , comme cet état a£hiel eft
fondé fiir l'habituel ; & c'eft ce qu'on appelle la con-
dition de laperfonne. Foye^ Trag ÉDIE.
Pour ce qui regarde la comédie , c'eft affez de dire
que ion fyle doit être fimple , clair , familier , ce-
pendant jamais bas , ni rampant. Je fais bien que la
comédie doit élever quelquefois fon ton , mais dans
fes plus grandes hardieflcs elle ne s'oublie point ; elle
eft toujours ce qu'elle doit être. Sicile alloit jufqu'avi
tragique , elle feroit hors de fes limites : fon fyle de-
m.ande encore d'être affaiffonné de penlces fines,
délicates , & d'expreffions plus vives qu'éclatantes.
Le fiyle lyrique s'élève comme un trait de flamme ^
&C tient par fa chaleur au lentiincnt & au goiit : il eft
tout rempli de l'emhoufialme que lui infpire l'ob-
jet préfent à fa lyre ; (es images font fublimes , &
fes fentimens pleins de feu. De-là les termes riches ,
forts , hardis , les fons harmonieux , les figures bril-
lantes , hyperboliques , & les tours finguliers de ce
genre de poéfie. Foyei Ode, PoÉbiE lyrique &
Poète lyrique.
Le Jiyle bucolique doit être fans apprêt, fans fafte,
doux , fimple , naif & gracieux dans fes defcriptions»
Foyei Pastorale , poéji'e.
Le Jiyle de l'apologue doit être fimple , familier^
riant , gracieux , naturel & naif La fimplicitc de ce
Jiyle confifle à dire en peu de mots 6c avec les ter*
mes ordinaires tout ce qu'on veut dire. Il y a cepen-
dant des fables où la Fontaine prend l'eflbr ; mais
cela ne lui arrive que quand les perfonnages ont de
la grandeur & de la noblefie. D'ailleurs cette éléva-
tion ne détruit point la fimplicité qui s'accorde , on
ne peut mieux, avec la dignité. Le familier de l'apo-
logue eft un choix de ce qu'il y a de plus fin & de
plus délicat dans le langage des conven'ations ; le
riant eft cara£f érifé par fon oppofition au férieux ,
6c le gracieux par Ion oppofition au defagréable :
fa majejlé fourrée , une Hélène au beau plumage , font
du fly le riant. L^ftyle gracieux peint les chofes agréa-
bles avec tout l'agrément qu'elles peuvent recevoir.
Les lapins s'égayaient ^ & de thim parfumoicnt leurs
banquets. Le naturel eft oppofé en général au recher-
ché , au forcé. Le naïf l'eft au refléchi , & femble
n'appartenir qu'au fentiment, comme la fable delà
laitière.
Paflbns au fyle de la profe : il peut être périodique
ou coupé dans tout genre d'ouvrage.
Le Jiyle périodique eft celui où les propofitions ou
les phrafes font liées les unes aux autres , foit par le
fens même, foit par des coiljoncfions.
Le fyle coupé eft celui dont toutes les parties font
indépendantes & ians liaifon réciproque. Un exem-
ple fuffira pour les deux efpeces.
« Si M. de Turcnne n'avoit fîi que combattre &
M vaincre , s'il ne s'étoit élevé au-deffus des vertus
» humaines , fi fa valeur & fa prudence n'avolent
» été animées d'un clprit de foi & de charité , je le
» mettrois au rang des Fabius & des Scipions ». Voi-
là une période qui a quatre membres , dont le fens
eft lufpendu. Si M. de Turcnne n'avoit ffi que com-
battre &; vaincre , &c. ce fens n'eft pas achevé, parce
que la conjonction y? promet au-moins un fécond
membre
s T y
metnbre ; ainfî le (îylc eft là périodique. Le-veut-on
coupe, ili'uifit d'ôterla conjondion : M.deTiirenne
a iu autre chofe que combattre & vaincre , il s'eft
élevé au-deflits des vertus humaines ; l'a vaieur & fa
prudence étoient animées d'un efprit de foi & de
charité ; il ert bien au-defllis des Fabius , des Sci-
pions. Ou fi l'on veut un autre exemple : « ïl pafle
>> le Rhin , il obferve les mouvemens des ennemis ;
♦ il relevé le courage des alliés , «S'c ».
heJlyU périodiqui a deux avantages fur le/IjUcou-
>é : le premier, qu'il eft plus harmonieux ; le fécond,
ju'il tient l'efprit en fufpens. La période commen-
:ée , l'efprit de l'auditeur s'engage , S>c efl obligé de
"uivre l'orateur jufqu'au point , fans quoi il perdroit
e fruit de l'attention qu'il a donnée aux premiers
nots. Cette fufpcnfioneil: très-agréable à Pauditeur,
:11e le tient toujours éveillé ôc en haleine.
Le J?y/e coupé a plus de vivacité & plus d'éclat :
)n les emploie tous deux tour-à-tour , fuivant que
a matière l'exige. Mais cela ne iuftît pas à-beaucoup-
irès pour la perfection Aujiyle : il faut donc obfer-
'er avant toutes chofcs que la même remarque que
ious avons faite au fujet de la poéiie, s'applique éga-
ement à la profe , je veux dire que chaque genre
l'ouvrage profaique demande Icjîyle qui lui elt pro-
re. Le Pyle oratoire , le ^yk hiftorique & Icpyle
piftolaire ont chacun leurs règles , leur ton , & leurs
L>is particulières.
Le ^yU oratoire requiert un arrangement choifi des
'enfées & des expreflions conformes au fujet qu'on
loir traiter. Cet arrangement des mots & des pen-
ses comprend toutes les efpeces de figures de rhé-
orique , & toutes lés combinaifons qui peuvent
rodûire l'harmonie & les nombres, f^oyei Ora-
:eur , Orateurs grecs & romains , Elocution,
ELOQUENCE , Harmonie , Mélodie , Nombre ,
fC.
Le caraûere principal du ^yle hijîorique , eft la
larté. Les images brillantes figurent avec éclat dans
'hifloire : elle peint les faits; c'efl le combat des
loraces & des Curiaces ; c'eft la pefle de Rome ,
arrivée d'Agrippine avec les cendres de Germani-
us , ou Germanicus lui-même au lit de la mort. Elle
eint les traits du corps , le caraftere d'efprit , les
lœurs. C'efl Caton , Catilina , Pifon ; la fimplicité
ed bien zxxjlyh de l'hidoire; c'elt en ce point que
>éfar s'eft montré le premier homme de Ion fiecle.
[ n'eft point frifé, dit Cicéron, ni paré ni ajufîé,
lais il eft; plus beau que s'il l'étoit. Une des princi-
ales qualités à\x JlyU hijîorique^ c'efl 'd'être rapide;
nfîn il doit être proportionné au fujet. Une hifloire
énérale ne s'écrit pas du même ton qu'une hifloire
articuliere; c'efl prefque un difcours foutenu ; elle
fl plus périodique & plus nombreufe.
Le jîyle épifiolaire doit le conformer à la nature
es lettres qu'on écrit. On peut diflinguer deux for-
îs de lettres ; les unes philofophiques, où l'on traite
'une manière libre quelque fujet littéraire ; lesau-
res familières , qui font une efpece de converfation
ntre les abfens ; Leflylc de celle-ci doit reffemblcr à
elui d'un entretien, tel qu'on l'auroit avec la per-
3nne même il elle étoit prcfente. Dans les lettres
hilofophiques , il convient de s'élever quelquefois
vec la matière, fuivant les circonflances. On écrit
\in Jîyle fimple aux pcrfonnes les plus qualifiées au-
efîlis de nous ; on écrit à fes amis d'un Jly/e fami-
ler. Tout ce qui efl familier eu fimple; mais tout
e qui efl fimple n'efl pas familier. Le caraftere de
mplicité fe trauve fur-tout dans les lettres de ma-
ame de Maintenon : rien de fi aifé, de fi doux , de
naturel.
Le Jîyle épijio/aire n''cfi point aflujctti aux lois du
ifcours oratoire: h marche efl fans contrainte :
'efl le trop de nombres qui fait le défaut des lettres
Torne XF.
S T Y
55Î
de Balzac. Il efl une forte de négligence qui plaî^
de même qu il y a des femmes à qui il fied bien de
n'être point parées. Telle efl l'élocution fimple
agréable & touchante fans chercher à le paroître ;
elle dédaigne la fnfure, les perles, les diamans , le
blanc, le rouge , & tout ce qui s'appelle fard &'or-
nement étranger. La propreté feule , jointe aux grâ-
ces naturelles, lui fuffit pour fe rendre agréable.
Le ftyle épijlolaire admet toutes les figures de mots
& de penfées , mais il les admet à fa manière. Il y a
des métaphores pour tous les états; les fufr.enfions,
les interrogations font ici permifes , parce que ces
tours font les exprelfions même de la nature.
Mais foit que vous écriviez une lettre , une hif-
toire , une oraifon , ou tout autre ouvrage , n'oubliez
jamais d'être clair. La clarté de l'arrangement des
paroles & des penfées, efl la première qualité du
Jlyle. On marche avec plaifir dans un beau jour,
tous les objets fe préfentent agréablement ; mais lorf-
que le ciel s'obfcurcit , il communique fa noirceur à
tout ce qu'on trouve fur la route, & n'a rien qui
dédommage de la fatigue du voyage.
A la clarté de votre Jlyle, joi|nez s'il fe peut la
noblefTe & l'éclat; c'efl par-là que l'admiration com-
mence à naître dans notre efprit. Ce fut par -là que
Cicéron plaidant pour Cornélius , excita ces emoor-
temens de joie & ces battemens de mains, dont le
barreau retentit pour-lors; mais l'état dont je parle
doit fe foutenir ; un éclair qui nous éblouit pafle 1 ége-
rement devant les yeux ,& nous laifTe dans la tran-
quillité où nous étions auparavant ; un faux brillant
nous furprend d'abord & nous agite ; mais bientôt
après nous rentrons dans le calme , & nous avons
honte d'avoir pris du clinquant pour de l*or.
Quoique la beauté au Jlyle dépende des ornemens
dont on fe fert pour l'embellir , il faut les ménager
avec adrefTe ; car un/y/e trop orijé devient infipide ;
il faut placer la parure de même qu'on place les per-
les & les diamans fur une robe que l'on veut enrichir
avec goût.
Tâchez fur-tout d'avoir un Jiyle qui revête la cou-
leur du fentiment , cette couleur confifle dans cer-
tains tours de phrafe , de certaines figures qui ren-
dent vos expreffions touchantes. Si l'extérieur efl
trille , le Jîyle doit y répondre. Il doit toujours être
conforme à la fituation de celui qui parle.
Enfin il ell une autre qualité du Jlyle qui en-
chante tout le monde , c'efl la naïveté. Le Jlyle naïf
ne prend que ce qui efl né du fujet & des circonf-
tances : le travail n'y paroît pas plus que s'il n'y en
avoit point ; c'efl le dicendi genus fùnplex , fincerum ,
nativum des Latins. La naïveté du (îyle confifle dans
le choix de certaines expreffions fimples qui paroif-
fent nées d'elles-mêmes plutôt que choifies ; dans
des conllruftions faites comme par hafard, dans cer-
tains tours rajeunis , & qui confervent encore un air
de vieille mode. Il efl donné à peu de gens d'avoir
en partage la naïveté du Jîyle ; elle demande un goût
naturel perfedionné par la ledure de nos vieux au-
teurs françois, d'un Amyot, par exemple , dont la
naïveté du (îyle efl charmante.
Il paroît affez par tous ces déjails , que les plus
grands défauts âi\.i Jîyle font d'être obfcur, bas, em-
poulc, froid, ou toujours uniforme.
Un flyle qui ell ohjcur&c qui n'a point de clarté,
cfi le plus grand vice de l'élocution , foit que l'obfcu-
rité vienne d'un mauvais arrangement de paroles ,
d'une conflrudion louche & équivoque , ou d'une
trop grande brièveté. Il faut, dit Quintilicn , non-
feulement qu'on pulffe nous entendre, mais qu'on
ne puifie pas ne pas nous entendre ; la lumière dans
un écrit doit être comme celle du fi)lt!il dans l'uni-
vers , laquelle ne demande point d'attention pour
être vue, il ne faut qu'ouvrir les yeux.
A Aa 4
554
S T Y
La baffejfc du flylc , confille principalement clans
\ine diftion vulgaire , groiuere, lèche, qui rebute 6c
dégoûte le iedleur. i^
Le jlyU empoulc, n'eft qu'une élévation vicieufe,
il rclîémblc ;\ la bouffiffure des malades. Pour en
connoître le ridicule, on peut lire le fécond chapi-
tre de Longin , qui compare Clitarque , qui n'avoit
que du vent dans fes écrits , à un homme qui ouvre
une grande bouche pour Ibutller dans une petite
flûte. Ceux qui ont l'imagination vive tombent ail'c-
îiient dans l'enflure du/?>'/e, enlbrte qu'au -Heu de
tonner, comme ils le croient , ils ne font que niaifer
comme des entans.
Le flyU froid vient tantôt de la ftérilité , tantôt
de l'intempérance des idées. Celui - là parle froide-
ment, qui n'échauffe point notre ame, & qui ne fait
point l'élever par la vigueur de les idées &L de les ex-
prelTions.
Le/fy/e trop uni/orme- nous affoupit & nous endort.
Voulci^-vous du public méritir Us amours^
Sans Cijj'i en ccrivunt variei vos difcours ;
Un llyle trop égal & toujours uniforme
En vain brilU à nos yeux, il faut qu il nous endorme.
On lit peu ces auteurs nés pour n<uis ennuyer ,
Qui toujours fur un ton femblent pfalmodier.
La variété nécelTiiire en tout , l'eft dans le difcours
plus qu'ailleurs. Il faut fe défier de la monotonie du
JlyU , &L favoir paffer du grave au doux , du plaifant
au févere.
Enfin, fj quelqu'un me demandoit la manière de
fe former le fîyU , je lui rcpondrois en deux mots,
avec l'auteur des principes de littérature, qu'il faut
premièrement lire beaucoup & les meilleurs écri-
vains ; fecondement, écrire foi-même & prendre un
cenfeur judicieux ; troiliemement , imiter d'exccl-
lens modèles , 6c tâcher de leur reffembler.
Je voudrois encore que l'imitateur étudiât les
hommes ; qu'il prît d'après nature des exprelfions
qui foient non - feulement vraies , comme dans un
portrait qui reflemble , mais vivantes & animées
comme le modèle même du portrait. Les Grecs
avolent l'un &; l'autre en partage, le génie pour les
chofes, & lé talent de l'expreffion. Il n'y a jamais
eu de peuple qui ait travaillé avec plus de goût &C
de ftyU ; ils burinoient plutôt qu'ils ne peignoient,
dit Denis d'Halycarnaffe. On fait les efforts prodi-
gieux que fît Démofthène, pour forger ces foudres ,
que Philippe redoutoit plus que toutes les flottes
de la république d'Athènes. Platon à quatre -vingt
ans poliflbit encore fes dialogues. On trouva après
fa mort , des correftions qu'il avoit faites à cet âge
fur fes tablettes. ( Z-e c/zeva/Zer de Jaucourt,')
Style , harmonie du. Foye^ ORATOIRE , HARMO-
NIE , ÉLOQUENCE. {D.J.')
Style , ( Logiq.') le (lyU des Logiciens & desPhi-
lofophes ne doit avoir d'autre but que d'expliquer
exadement nos penfées aux autres ; c'ell pourquoi
il convient d'étabhr quelques règles particulières à
ce genre de JlyU ; telles font les fuivantes.
I °. De ne s'écarter jamais des fignifîcations reçues
(des termes.
2°. Que les mêmes termes foient toujours pris dans
le même f cns.
3°. De fixer la fignifîcatlon des mots qui ont un
fens vague & indéterminé.
4°. De défigner les objets effentiellement difFérens
par des noms différens.
5 °. Le logicien ou le philofophe doit toujours ufer
des expreffions les plus propres, & ne point employer
plus de mots que ceux qui lui font précifément nc-
ceffaires pour établir la vérité de la propofition qu'il
avance. Foye^ à ce f ujet AVolf, Dijc. prèUmin, de la
i^ogique^CV. (-O./. )
S T Y
Style oriental, {Profe & Poéjîe.) \q (fyU Orien-
tal d cet avantage, qu'il élevé l'ame, qu'il foutient
l'attention , &C qu'il fait lire avec une forte de plaifir,
des choies qui pour le fond ne font pas toujours
nouvelles. (Z>. /. )
Style , Poéjîe du , ( Pcéfe. ) la poéjîe du (îyUy
comme M. le 13atteux Fa remarqué , comprend les
penfées , les mots , les tours , & l'harmonie. Toutes
ces parties fe trouvent dans la profe même ; mais
comme dans les arts, tels quclaPoéfie , il s'agit non-
feulement de rendre la nature , &i de la rendre avec
tous lésagrémens & fes charmes pofïïbles ; la Poéfie,
pour arriver à fa fin , a été en droit d'y ajouter un
degré de perfe£lion , qui les élevât en quelque forte
au-delTus de leur condition naturelle.
C'clt pour cette raifon que les penfées , les mots ^
l:s tours , ont dans la Poélie une hardielfe, une li-
berté , une richefTe , qui paroîtrolt excelTive dans le
langage ordinaire. Ce font des comparaifons toutes
nues , des métaphores éclatantes , des répétitions
vives, des apoflrophes fmgulieres, C'cfl l'Aurore ,
fille du matin , qui ouvre les portes de l'orient avec
les doigts de rôles ; c'ell un fleuve appuyé fur fon
urne penchante , qui dort au bruit flatteur de fon onde
nailîante ; ce font les jeunes /éphirs qui folâtrent
dans les prairies émaillées , ou les nayades qui fe
jouent dans leurs palais de cryftal; ce n'eft point un
repas , c'ell une tète.
La poéjic du JlyU conliUe encore â prêter des fen-
timens intércfians à tout ce qu'on ûiit parler , com-
me à exprimer par des ligures , & à préfenter fous
des images capables de nouSj^mouvoir , ce qui ne
nous toucheroit pas, s'il étoit dit fmiplement enjlyls
profaïque.
Mais chaque genre de pocme a quelque chofe de
particuhér dans la pocjie deJonJlyU ; la plupart des
images dont il convient que le JlyU de la tragédie
foit nourri , pour ainli dire , font trop graves pour
le flyU de la comédie ; du-moins le poëme comique
ne doit-il en faire qu'un ufage très-fobre. Il ne doit
les employer que comme Chrêmes , lorfque ce
perfonnage entre pour un moment dans une paflîon
tragique. Nous avons déjà dit dans quelques arti-
cles , que les églogues empruntoient leurs peintures
& leurs images des objets qui parent la campagne,
& des événemens de la vie rullique. LapoéJîeduJfyle
de la fatyre doit être nourrie des images les plus
t propres à exciter notre bile. L'ode monte dans les
cieux , pour y emprunter (es images & fes compa-
raifons du tonnerre , des allres , 6c des dieux mê-
mes : mais ce font des chofes dont l'expérience a
. déjà inflruit tous ceux qui aiment la Poéue.
Il faut donc que nous croyions voir , pour ainli
dire , en écoutant des vers : utpiclura poejis , dit Ho-
race. Cléopatre s'attireroit moins d'attention , fi le
poète lui faifoit dire enjlyle profaïque aux minillres
odieux de fon Irere : ayez peur, méchans ; Céfar
qui ell jufte , va venir la force à la main ; il arrive
avec des troupes. Sa penfée a bien un autre éclat ;
elle paroîî bien plus relevée , lorfqu'elle ell revêtue
de figures poétiques , &c lorfqu'elle met entre les
mains de Céfar , î'inflrument de la vengeance de Ju-
piter. Ce vers,
TrembUi , méchans , tremble:^ : voici venir la foudre!
.me préfente Céfar armé du tonnerre , ôc les meur-
triers de Pompée foudroyés. Dire fimplement qu'il
n'y a pas un grand mérite à fe faire aimer d'un hom-
me qui devient amoureux facilement; mais qu'il eft
beau de fe faire aimer par un homme qui ne témoi-
gna jamais de difpofuion à l'amour; ce feroit dire
une vérité commune , & qui ne s'attireroit pas beau-
coup d'attention. Quand Racine met dans la bouche
d'Aricie cette vérité , revctue des beautés que lui
I
s T Y
jprete la poèjîc defon flylc , elle nous charme. Nous
ibmmes féduits par les images dont le. poète fe iert
pour l'exprimer ; & la penfee de triviale qu'elle i'e-
roit , énoncée en fïyU profaïque , devient dans îts
vers un dil'cours éloquent qui nous frappe , & que
nous retenons :
Pour mol ^jcfuisplus fiiri , & fuis la gloire a'ifli
D'arracher un hommage à mille autres offert i.
Et (Centrer dans un caur de toutes parts ouvert.
Mais de faire Jléchir un courage inflexible ,
De porter la douleur dans une ame infenfible ,
D^ enchaîner un captif de fes fers étonné y
Contre un joug qui lui plaît vainement mutine^
^Voilà ce qui me plaît ^ voilà ce qui m^ irrite.
Phèdre , acte II.
Ces vers tracent cinq tableaux dans l'imagination.
Un homme qui nous diroit amplement: je mour-
rai dans le même château où je fuis né, ne touche-
roit pas' beaucoup. Mourir eft la deftinée de tous
les hommes ; & finir dans le fein de fes pénates ,
c'eil la deflinée des plus heureux. L'abbé de Chau-
lieu nous préfente cependant cette penfée fous des
images qui la rendent capable de toucher infîni-
tiient :
Fontenay ^ lieu délicieux^ '
Où je vis d'' abord la lumière , •
Bien- tôt au bout de ma carrière
Clie[ toi je joindrai mes ayeux.
MuJ'es qui dans ce lieu champêtre
Avec foin me fîtes nourrir ,
Beaux arbres qui m'ave:^ vu naître'^
. Bien-tôt vous me verre^ mourir.
Ces apoflrophes me font voir le poëte en conver-
fation avec les divinités & avec les arbres de ce lieu.
Je m'imagine qu'ils font attendris par la nouvelle
qu'il leur annonce; & le fentirr^'nt qu'il leur prête ,
fait naître dans mon cœur un fentiment approchant
du leur.
La poéfe dnflyle fait la plus grande différence qui
foit entre les vers & la proie. Bien des métaphores
qui pafl'eroient pour des figures trop hardies dans le
(iyle oratoire le plus élevé , font reçues en poéfie ;
les images & les figures doivent être encore plus fré-
quentes dans la plupart des genres de la Poélie , que
dans les dilcours oratoires ; la Rhétorique qui veut
perfuader notre raifbn, doit toujours conferver un
air de modération & de fmcérité. Il n'en eil pas de
même de la Poéfie qui fonge à nous émouvoir pré-
férablement à toutes choies , & qui tombera d'ac-
cord , fil'on veut, qu'elle efl fouvent de mauvalfe
foi. Suivant Korace , on peut être pocte en un dif-
cours en profe ; & l'on n'efl fouvent que profateur
dans un difcours écrit en vers. Quintihen explique fi
bien la nature & l'ufage des images & des figures
dans les derniers chapitres de fon huitième livre , 6c
dans les premiers chapitres du Uvrc fuivant, qu'il ne
laifTe rien à faire , que d'admirer fa pénétration &:fon
grand fens.
Cette partie de la Poéfie la plus importante, cfl en
même tems la plus difticile : c'efl pour inventer des
images qui peignent bien ce que le poète veut dire ;
c'efi" pour trouver les exprefTions propres à leur don-
ner l'être , qu'il a befoin d'un feu divin , & non pas
pour rimer. Un pocte médiocre peut , à force de
confultatibns & de travail , faire un plan régulier ,
& donner des mœurs décentes à fes perfonnagcs ;
mais il n'y a qu'un homme doué du génie de l'art ,
qui puifle foutenir fes vers par des fidions continuel-
les , & par des images renaiffantes à chaque période.
Un homme fans génie, tombe bien-tôt dans la froi-
deur qui naît des figures qui manquent de juficfre ,
t>L qui ne peignent point nettement leur objet ; ou
dans le ridicule qui naît des figures , lefquvUes ne
Tome Xf^^
S T Y
555
font point convenables au fujet. Telles font, par
exemple , les figures que met en œuvre le carme
auteur du poème de la Magdelaine, qui forment fou-
vent des images grotefques , où le poëte ne devoit
nous offrir que des images férieufes. Le confeil d'un
ami peut bien nous faire fupprimer quelques fioures
impropres ou mal imaginées ; mais il ne peut nous
infpirer le génie néceffaire pour inventer celles dont
il conviendroit de fe fervir, & qui font la poéfe du
flyh ; le fecours d'autrui ne fauroit faire un poëte;
il peut tout au plus lui aider à fe former.
Un peu de réflexion fur la deflinée des poëmes
françois publiés depuis cent ans , achèvera de nous
perfuader , que le plus grand mérite d'un poëme ,
rient de la convenance bc de la continuité des ima-
ges & des peintures que fes vers nous préfentent. Le
caraftere de la poéfie du flyle a toujours décidé du
bon ou du mauvais fuccés des poëmes , même de
ceux qui par leur étendue , femblent dépendre le
plus de l'économie du plan , de la diltribution , de
l'adion , & de la décence des mœurs.
Nous avons deux tragédies du grand Corneille ,'
dont la conduite & la plupart des caraûeres font très-
défëftueux , le cid & la mort de Pompée, On pour-
roit môme difputer à cette dernière pièce le titre
de tragédie ; cependant le public enchanté par \di poé-
fie du (iyle de ces ouvrages , ne fe laffe point de les
admirer ; & il les place fort au-deffus de plufieurs
autres, dont les mœurs font meilleures, & dont le
plan eit régulier. Tous les raifonnemens des criti-
ques ne le perfuaderont jamais, qu'il ait tort de pren-
dre pour des ouvrages excellens deux tragédies , qui
depuis un fiecle , font toujours pleurer les fpefta-
teurs.
Nos volfins les Italiens ont aufTi deux poëmes épi-
ques en leur langue la Jérufalem délivrée du TafTe ,
& le Roland furieux de l'Ariofte , qui, comme l'Ilia-
de & l'Enéide , font devenus des hvrcs de la biblio-
thèque du genre humain. On vante le poëme du
TafTe pour la décence des mœurs, pour la dignité des
caracieres , pour l'économie du plan ; en un mot pour
fa régularité. Je ne dirai rien des mœurs , des carac-
teres,de la décence & du plan du poëme de l'Ariofte-
Homere fut un géomètre auprès de lui ; & l'on fait
le beau nom que le cardinal d'Efl donna au ramas in-
forme d'hifloires maltiflues enfembie qui compofent
le Roland furieux. L'unité d'adHon y eft fi mal obfer-
vée, qu'on a été obligé dans les éditions portérieu-
res d'indiquer , par une note.mife à côté de l'endroit
oii le poëte interrompt une hifloire , l'endroit du
poëme oii il la recommence , afin que le leûeur ])uifîe
*luivre le fil de cette hifloire. On a rendu en cela un
grand fervice au public ; car on ne lit pas deux fois
l'Ariofte de fuite , & en paflant du premier chant au
fécond, & de celui-là aux autres fucceirivement ,
mais bien en fuivant indépendamment de l'ordre des
livres , les différentes hilloires qu'il a plutôt incor-
porées qu'unies enfembie. Cependant les Italiens »
généralement parlant , placent l'Ariofle fort au-del-
liis du TafTe. L'académie de la Crufca , après avoir
examiné le procès dans les formes , a fait une déci-
fion autentique qui adjuge à l'Ariofte le premier rang
entre les poètes épiques italiens. Le plus zélé dcfen-
leur du TafTe, Camillo Pelcgrini , confefîe qu'il at-
taque l'opinion générale, & que tout le inonde a dé-
cidé pour l'Ariofle , fédult par la poéfie de ion flyle.
Elle l'emporte véritablement lur la poéfie de la Jéru-
falem délivrée , dont les figures ne font pas fouvent;
convenables à l'endroit oii le poète les met en œu-
vre. Il y H fouvent encore plus ilc brillant 6c d'jclat
dans (es figures que de vérité. Je veux dire qu elles
furprenni'nt&; qu'elles ébloulfTontrimagination, mais
qu'elles n'y peignent pas dillintlement des images
propres ù nous cmcuyoir. . , . -
A A a a i]
5)5
S T Y
S T Y
Il rcfulte de tout ce clctall , que le meilleur pocme
eft celui dont la Icdure nous touche davantage ; &
que c'cft celui qui nous icduit au point de nous ca-
cher la plus grande partie de les tautcs, &i de nous
faire oublier volontiers celles mêmes que nous avons
vues , & qui nous ont choques. Or c'eil à-propor-
tion des charmes de la /oJ//« dtiJIyU qu'un pocnie
nous intérelie. Du Bos , réflexions fur la poJJu.
Styi.l, {Pànt.) \ç (iylc appartient en pemture A
la compolition 6i ùTexccution ; il y a des peintres
qui travaillent dans un Jiyli héroïque , & d'autres
dans wnfiylc champêtre. Pour ce qui concerne l'exé-
cution , un tableau peut être à\w\ jiyU terme , ou
à'unfyli poli. LcftyU terme eft une touche hardie,
qui donne de la force S: de l'adHon à l'ouvrage , tels
lonr les tableaux de Michel-An^e. Le ftyle poli finit
& termine toutes choies : c'eft a quoi le lont le plus
attaches les peintres hollandois. Lçfjle ferme efl
quelquefois trop dur , 6c le fiyle poli trop cotppofé,
tiop travaille , mais leur union fait les délices des
amateurs. {D. J.)
Style, e/z Mufîque^ efl la manière de compofer ,
d'exécuter & d'ènleigner. Cela varie beaucoup fé-
lon les pays , le caractère des peuples & le génie des
auteurs ; fclon les matières , les lieux , les tems , les
iliicts 6i les expreffions , &c.
On dit le flyU de Handel , de Rameau , de Lully ,
de Dellouches, &c. le flyU des Italiens , des Fran-
çois , des Efpagnols , &c.
Le Jiylc des mufiques gaies & enjouées efl bien
différent du Jlyle des mufiques graves ou férieules.
'Lejiyl: des mufiques d'églife n'elf pas le même que
celui des mufiques pour le théâtre ou pour la cham-
bre, htjiyieàts compof.tions italiennes eft piquant,
fleuri, expreffif: celui des compolitions françoifes
efl naturel , coulant, tendre , &c.
De-là viennent les diverfes épithetes qui diflin-
gucnt ces (ïi'acrtns (îyUs ; on dit fiytc ancien & mo-
derne ; JîyU italien , trançois , allemand , &c.jîyk cc-
cléfialf ique , dramatique , de la chambre , &c. jlyU
gai, enjoué, fleuri ; '/y /«: piquant, pathétique , ex-
preffif ;y?y/e grave, lérieux, majeftueux ; y?y/^ na-
turel , coulant , tendre , affectueux i/j-Ze grand , fu-
blîme, galant ; /j'/^ familier , populaire, bas, ram-
)ant.
i'/y/Ê dramatique ou récitatif , c'efl un JlyU propre
pour les paffions. Foye^ RÉCITATIF.
SiyU ecc'éfiaflique , c'efl un (lyU plein de majeflé,
grave & lérieux , 6c capable d'inlpirer la piété.
Stilc de motet , c'eft wnftyU varié , fleuri , & fuf-
ceptibie de tous les ornemens de l'art ; propre par'
conléquent à remuer les paiuons , mais fur-tout à ex-
ciser l'admiration , l'étonnement , la douleur , &c.
Foyti Motet.
\ Style de madrigal ; c'efl un ftyU affefté à la ten-
drefie , à f amour , à la compalfion & aux autres pal-
lions douces. Voyci Madrigal.
Style hyporchematique , c'ellley^j/^ qui convient
au plaifir , à la joie , à la danfe , &c. & plein par con-
féquent de mouvcmens prompts , vifs , gais & bien
marqués.
- j"/y/e fymphonlque ; c'efl le ftylc des inflrumens.
Comme chaque inflriuuent a fa deflination particu-
lière , il y a aufa ion Jiyie. Le Jiylc des violons , par
exemple , efl ordinairement gai ; celui des flûtes efl
triflc , languiffant , &c. celui des trompettes , animé,
gai , martial , &c.
Style mélifmatique , c'efl un ftyle naturel , & fur
lequel on chante prefique fans avoir appris ; il efl
propre pour les ariettes , les vilanelles , les vaude-
villes, &c.
Style de phantaiiic, ou phantaifie,y?y/o jP/wn/^/z/co;
c'efl unjïyli d'inftrument ou une manière de com-
pofer &; d'exécuter , libre de toute contrainte, &t^
Style de danle , fy^o clwraïco ; il f"e divife en
autant de branches différentes qu'il y a de différens
caraâeres de danfe. Il y a donc lejiyle des faraban-
dcs , des menuets , des paflepiés , des gavottes, des
rigaudons , dts bourées, des gaillardes, des couran-
tes , &c. Foyei ces mots.
Les anciens avoient aufll Xqwvs ftyles différens dont
nous avons parlé aux mots y Modes , Mélopée.
&c. {S)
Style, )Liticrat,^ fo'^'^^i c'étolt, comme Je viens
de dire, un poinçon, ou une grofle aiguille, avec la
pointe de laquelle les anciens écrivoient fur des ta-
blettes enduites de cire, ^(^y^^ Tablette en cire,
Quintilien confeille pour apprendre aux en-
fans à écr?re , de faire graver toutes les lettres fur
une planche , afin que la trace des caradcres
dirigeât le ftyle , & que la main trouvant une
égale réfillance aux extrémités , ne fortît point de
l'on modelé ; par cette miéthode l'enfant, à force d'i-
miter des caractères fixes , ne pouvoit manquer de
rendre promptement fa main lûre,fans aucun befoin
de maître pour la conduire ; car , ajoute notre judi-
cieux critiquî , c'efl une choie fort importante de
favoir écrire bien , 6c vite ; ôc c'efl ce que ks per-
fbnnes de condition négligent un peu trop. Si Quin-
tilien vivoit parmi nous , il auroit dit négligent au
point y qu'on reconnolt un homme ds qualité à fbn
cciiturc illilible , 6c aux fautes d'ortographe. (Z^. /.)
Style , en Chronologie , ( Hft. niad. ) fignifie une
manière particulière de fupputer le tems par rapport
au retranchement de dix jours du calendrier dans la
réforma;ion qui en fut faite fous Grégoire XIII.
Lç. ftyle efl ancien ou nouveau .
Le vieux yjy/i; efl la manière de compter félon le
calendrier Julien, qu'on luit en Angleterre 6c dans
quelques autres états proteftans , qui ont refufé d'ad-
mettre la reformation, Voyei^ Julien.
Le nouveau ftyle efl la manière de compter fuî-
vant le calendrier Grégorien , qui efl fuivi par les ca-
tholiques 6c par d'autres, en conféquence de la ré-
formation. A'w}'»;^ Grégorien.
Ainfi il y a une ditférence de dix jours entre le
vieux yrj'/e 6c le nouveau ; le dernier avance beau-
coup devant le premier , de façon que quand les ca-
tholiques , par exemple, comptent le ii de Mai,
nous ne comptons que le ii.
Cette différence de dix jours efl: accrue d'un jour
en 1707, 6c efl maintenant de 1 1 jours ; par la rai-
fon que cette année n'ctoit pasbifiextile dans le vieux
y^j le , 61 qu'elle l'éîoit dans le nouveau ; de forte que
le dixième de l'un répondoit au vingt-unième de l'au»
tre.
Cependant il y a différens endroits , même parmi
les proteflans,où on a commencé à admettre le nou-
veau y?y/<; ; 6i. il eft affez vraiffemblable qu'avec le
tems le \\cwx ftyle fefa tout-à-fait abandonné. A la
diette de Ratisbonne , en 1700 , il a été réiblu par
le corps des proteftans de l'empire, qu'on retranche-
roitonze jours du v\ç.\xs. ftyle pour l'ajurter à l'avenir
au nouveau : le même règlement a été fait depuis en
Suéde ^ en Danemark; l'Angleterre eft prcfque le
feul état qui retienne le vieux/zy/e. Voye:^ Calen-
drier.
Style de chasse , voye^^ Chasse.
Style , (Jurifprud.) en terme de pratique fignifîe
la manière dont on a coutume de rédiger les attes ;
les notaires ont {QxxrftyU , c'eft-à-dire un certain or-
dre de difcours, de certaines expreiîions qui leur font
propres. Il y a des claufes àt ftyle ^ c'efl-à-dire qui
fe trouvent ordinairement dans tous les aftes de mô-
me cipece ; quelques-unes de ces claui'es ne font que
de T^wx ftyle fans rien ajouter aux conventions, com-
me le prom.ettant , obligeant , renonçant des notai-
s T Y
Y
557
■ës qui feroient fous-entendus , quand même on ne
es aiiroit pas exprimés.
ht J'tyU judiciaire eft la forme que Ton fuit pour
'iiîiîrudion & pour les jugemens dans les tribunaux;
lutrefois chaque tribunal avoit ion/ij/e particulier ;
'ordonnance de 1667 a eu pour objet de rendre par-
out la procédure uniforme ; on avoit même delfein
le faire des formules imprimées pour toutes fortes
l'adcs , afin d-.' rendre par-tout le fiy/e uniforme ;
nais les difficultés que Ton trouva dans l'exécution
le ce projet le firent abandonner, ôc l'on le conten-
a de vendre le papier qui étoit deftiné à contenir
;es formules , que l'on timbre en tôîe d'une fleur-de-
is; telle fut l'origine du papier & du parchemin tim-
iré , dont l'ufage commença en France en 1673.
Ajlalgrc les précautions que les ordonnances ont
)rifes pour rendre par-tout le/iy/e uniforme , il fiib-
iite encore bien des différences dans le Jtyle de la
>lûpart des Tribunaux.
Nous avons plufieurs fty^es anciens & nouveaux j
[ui font des inftruftions fur la manière de procéder
lans chaque tribunal; tels font l'ancieny/j'/t' du par-
ement qui eft dans les œuvres de Dumoulin , les
}yies civil , criminel & du confeil , de Gauret ; le
}yle de Gaftier ; leftylc du châtelet , &c. Voyc^ FoR-
A^ , Formules , Ordre judiciaire , Papier
riMBRÉ , Procédure. {A')
Style mercandU , ÇComr;ierce.')c''e{l celui qu'em-
)loyent les marchands & les négoclans dans les af-
àires de leur négoce , 6c dont ils fe fervent dans
eurs écritures pour eux-mêmes , pour leurs afîbciés,
eurs Gorrefpondans & leurs eommiffionnalres ; il
î'efî prs étrange que le commerce ait ion ftyle ,
:omme toutes les autres fciences , & il feroic hon-
eux de ne le pas lavoir , quand on a la fagc'He d'em-
jralTer cette utile profellion. (Z?. /.)
STYLITES , f. m. pi. ( Hi/i. ecdéfaft. ) eil le nom
ju'on donnolî à une forte de lolitaires qui pafibient
e tems de leur vie fur le lommet d'une colonne pour
nieux fe livrer à la méditation. Foye^ Kermiïe ,
\nachorete.
Les auteurs ecclcfiafllques citent beaucoup de fo-
itaires qui menolent ce genre de vie , 6c Ton en
trouve dès le fécond fiecle. Le plus célèbre d'entre-
Eux efl S. Simon Stylite qui vivoit dans le cinquié-
ine iiecle , & qui demeuroit fur une colonne élevée
de 36 coudées , oii il paffa fa vie dans les exercices
d'une continuelle pénitence.
Le haut de ces colonnes ou la plate-forme qu'oc-
cupoient ces folitaires ; n'avoit, dit-on, que 3 pies
de diamètre ; & étoit entourée d'une efpece de ba-
luflrade ou de rebord qui leur venoit jufqu'à la cein-
ture ; mais il n'y avoit point au bas de quoi fe cou-
cher, & ils y habltolent en plein air. On dit que les
fakirs ou moines des Indes Imitent encore aujour-
d'hui ce genre de vie extraordinaire. Voye^ Fakir.
STYLO-HYOIDlEN , en AnatomU^ efl une paire
de mulcles qui viennent de la partie inférieure de
l'apophyle flyloide , & s'infèrent à la bafe de l'os
hyoïde proche la grande corne , oii il fe partage très-
fouvcnt en deux portions entre Iclquelles palTent le
tendon du digafhique. f^oye^ Digastrique*
STYLO-GLOSSE , en yJnnio.Tue , eu une paire de
mufcles qui s'attachent le long de l'apophyle ftyloide
d'où defcendant obliquement en avant, ils s'inicrcr.t
à la racine de la langue. Ces mulcles viennent qucl-
qvicfols de l'angle de la mâchoire inférieure , ou fcnt
fortifiés par un trouffeau de fibres qui viennent de
cet angle.
STYLOfDE , en ylnaiomie , efl une apophyfe de
l'os des tempes ainfi nonnnéc , parce qu'elle rtffeir.-
blc i\ un iHlc ou llllet. f''oyc:i nos PL tTAnatow. &
leur explication. Voyc:^ aujll Us aiticLs G R A PHO I C E
& Os PKxaii.
. -StYLÔ - KERATO - HYOÏDIEN , en Ànatomie ;
c'ell le nom d'une paire de mufcles , qui ne s'obfer-
vent pas toujours & qui prennent leur attache de la
partie moyenne de l'apophyfe ftylolde, & vont s'in-
lérer à la petite corne de l'os hyoïde.
STYLO-MASTOIDIEN , en Anatomiz , trou fi-
tué entre les apophylés Ifyloide & malioide de l'os
des tempes, ^oye^ Temporaux.
STYLOMETRIE , f ï. en Ar.hluclun , eft l'art de
dlflrlbuer & nief lirer une colonne dans toutes les par-
ties pour en oblerver les julles proportions , du orec
c-y/oç , colonne ^ & /uîlpcv , mefure.
STYLO-PHARINGIEN, enAnaîomie, eflunenai-
te de mulcles qui viennent de rapo])hyle liylolde ^
qui en defcendant obliquement le dlfperfent dans les
parties poilérieures du pharinx & dans la face inter-
ne du cartilage thiroide , oii quelques fibres s'atta-
chent.
STYLOBATE , f m. ( Architecl. ) Voyei Pié-
destal.
STYMMATA , {Pharmac. anc.) (j-rviJ.,jJ.T<t ; ce
mot dérive de s-Ty'ço) , rejf errer ^ ou êpaiffir ; en latin ,
Jpijfainenta , corps épailîis. Les anciens appellolent
alnil leurs onguens les plus folldes; ils donnolentle
même nom aux ingrédlens dont ils fe fervoient pour
procurer à ces onguens de la confiflance & de la fo- .
lidité ; CCS derniers ^)aiiriirans étoient quelques fim-
ples odorliérans , comme le collus , le nard , la
marjolaine, l'amome , la menihe , & autres, capa-
bles de refferrer , de donner aux onguens une odeur
agréable, & de les préferver de la corruption. Dlof-
corlde dit que les ftynimaia , ou épailTiirans de l'huile
rofat , font le lentilque, le jonc, & l'afphalate. Les
flymniata dlftérent des hcdyfniata , en ce que ces der-
niers font liquides. {^D.J.')
STYMPHALE, ( GV«^. anc) Stymphatus , ville
du Péloponnèfe , dans l'Arcadle , aux contins de l'Ar-
gollde , furie bord d'un lac de même nom. Homère
6l Héfiche écrivent rf]ùfx;pnXcç , Siyinphdus, Il femble
qu'il y avoit auffi une montagne nommée Stympha~
lus ; cependant Strabon , /. Vlll. la pafle fousfilence,
lorfqu'il décrit les montagnes de l'Arcadle ; mais
Ptolomée , /. ///, c. xvf. compte Stymphilus au
nombre des montagnes du Péloponnèfe, bc une ville
du même nom parmi celles de l'Arcadle;
Le lac étoit au nié d'une montagne , félon Pline ^
& fur le bord du lac étoit la ville Stympalus ; dans lé
fcholiafte d'Apollonius , adUb. II. v. loSSi la ville
elî appellée Stymphulus , & le lac Stymphalis. Ovi-
de , /. ll.fajï. V. iy. en parlant du lac, dit Stympha-
lides undx. Polybe , /. //. c. 6S. appelle la contrée
Srymphaliu , & les habltans StyiuphalVu Strabon
compte StyivphaUi parmi les villes détruites ; le fleu-
ve qui fortoit du lac portolt aulTi le nom de Stymphu-
lus , jufqu'à l'endroit où il fe cacholt fous terre ;
•mais lorlqu'il re])arolfîblt dans l'Aigle , il prcnoit
celui à'Erafinus. Paulanias , /. y III. c. xxij. décrit
ainfi la ville , le lac , & le fleuve Stymplui'us.
Le mont Géronte étoit comme une barrière entre
les Phcnéates, & ceux de Jicynipfia/c. Ces derniers
n'étoiciit plus cenlcs du corps arcadique , depuis
qu'ils s'en étoient volontairement féparcs , pour ne
plus dépendre que des états d'Argos.
Cependant Homcre témoigne qu'ils étoient origi-
nairement Arcadiens , & on lait d'ailleurs que Stym-
plule leur fondateur , étoit petit fils d'Arcas ; ce n'efl
pas qu'Arcas eût été le fondateur de Stymphale , qui
lubfiûoit du tcms de Paufanlas ; mais il en avoit bâti
une autre qui ne fublilloit plus. Ces peuples prcten-
doicnt que Téménus avoit habité l'ancienni.' S.ym-
pLilc , qu'il y avoit élevé Jmion , &i qu'il lui avoit
bâti enfuite trois temples ibus divers noms, hiivant
les trois états où il l'avoit vue ; l'un ;\ Jimon enfant ,
l'autre à Junon femme de Jupiter, ik le troifieir.j à
55S
S T Y
Jimon veuve , après qu'elle eut fait divorce avec Ju-
piter , & qu'elle ie tut retirée i\ Srymp.'uu'e. Voiià ce
qu'ils dilbient ; mais cela n'a rien de commun avec
la nouvelle StymphaU dont il s'agit ici.
Aux environs de cette ville , il y avoitunc fontai-
ne , dont l'empereur Hadrien avoit fait venir l'eau
jufque dans Corinthc. Cette fontaine formoit à Stym-
phaU , durant l'hiver, uneefpece de petit lac , d'où
le fleuve StymphaU fe groffillbit ; l'été ce lac étoit
ordinairement ù fec, & pour lors c'étoit la fontaine
qui tburniiloit de l'eau à ce fleuve , lequel, à quelque
dillance de là , fe précipitoit fous terre,, & alloit re-
paroître dans les terres des Arglens , non plus fous le
nom de StymphaU , mais fous le nom A'EraJinus. On
dilbit que fur les bords du StymphaU il y avoit autre-
fois des oifeaux carnalfiers qui vivoient de la chair
humaine, & qu'Hercule les tua tous ;\ coups de flè-
ches. Pifandre de Camire dit qu'il ne fit que les chaf-
fer par le bruit des tymbales.
Les déferts d'Arabie, qui engendrent tant de for-
tes de bêtes , continue Paufanias , avoient aulîi des
oifeaux nommés ftymphalicUs , qui ne font gueres
moins à craindre pour les hommes , que les lions &
les léopards ; car lorfqu'ils étoient pourluivls par les
chafl^eurs , ils fondoient tout-à-coup fur eux , les
perçoient de leurs becs ,& les tuoient. Le fer & l'ai-
rain étoient de foible réfiftance^ mais il y avoit dans
le pays une ccorce d'arbre fort épaiffe , dont on fe
faifoit des habits ; le bec de ces animaux rebrouflbit
contre , & s'embarrafibit de la môme manière que
les petits oifeaux fe prennent à la glu. Les %mpha-
lides étoient de la grandeur des grues , & reffem-
bioient aux cigognes, avec cette différence, qu'ils
avoient le bec beaucoup plus fort, & qu'ils ne l'a-
voient pas recourbé.
Je ne puis décider, dit Paufanias , s'il y a eu autre-
fois en Arcadie des oifeaux de même nom que ceux
qui fe voient aujourd'hui dans l'Arabie , quoique
d'une forme différente ; mais fuppofé , ajoute le mê-
me Paufanias , que l'efpece des Ity mphalides folt uni-
que , & qu'elle ait toujours exifté comme celle des
éperviers , des aigles, & des autres oifeaux; je me
perfuadeque les lly mphalides font des oifeaux d'Ara-
bie , dont quelques-uns auront volé vers les rives du
StymphaU , & que dans la fuite la gloire d'Hercule &
le nom des Grecs , beaucoup plus célèbre que celui
des Barbares , aura fait appeller ces oikaiix/iympha-
Jides dans l'Arabie même , au lieu qu'auparavant ils
avoient un autre nom.
Il y avoit à StymphaU un vieux temple de Diane ,
furnommé zwKiftymphalU. Laftatue de la déefl^e étoit
de bois , & dorée pour la plus grande partie ; la voû-
te du temple etoit ornée de figures d'oifeaux flym-
phaUdes. Sur le derrière du temple on voyoit des
îlatues de marbre blanc , qui repréfentoient de jeu-
nes filles avec des cuiffes & des jambes d'oifeaux.-
On difoit que les habitans de StymphaU avoient
éprouvé la colère du ciel d'une manière terrible : la
fête de Diane étoit négligée , on n'y obfervoit plus
les cérémonies prefcrit^ par la coutume : un jour l'ar-
cade qu'on avoit faite pour l'écoulement des eaux du
StymphaU , fe trouva tout à-coup engorgée au point
que l'eau venant à refluer , inonda toute la campa-
gne l'efpace de plus de quatre cens ftades ; un chaf-
ieur qui couroit après une biche , fe laifl'ant emporter
à l'envie d'avoir fa proie , fe jetta à la nage dans ce
lac, & ne ceffa de pourfuivre l'animal , jufqu'à ce
que tombés tous deux dans le même gouffre , ils dif-
parurent & fe noyèrent; les eaux fe retirèrent à l'inf-
tant, & en moins d'un jour la terre parut féche. De-
puis cet événement , la fête de Diane le célébra avec
plus de pompe & de dévotion.
Voila le récit de Paufanias. La ville de StymphaU fe
nomme avijourd'hui ndjfc , d'autres difent Fulji, M.
S T Y
Founnont y pafîant en 171 9 , ne vit point dans le
environs de ce lieu , ëc n'entendit rien dire aux ha-
bitans , des oileaux ftymphalides fi célèbres chez les
poètes, &L dans Paufanias; mais M. Fourmont dé-
couvrit au voifinage de StymphaU , les ruines du tom-
beau de Térence , lur lequel il avoit fait efpérer un
mémoire particulier, qui n'a point vu le jour. CD J\
STYMPHALIE, {Mythol.} roy^{ Stymphale
ST YMPHALIDES Oiseaux , ( Mytho/. ) ce font
des oifeaux monfhueux qui , félon la fable, voloicnt
fur le StymphaU , lac d' Arcadie. Les ailes , la tête &
le bec de ces oifeaux , étoient de fer , & leurs ferres
extrêmement crochues : ils lançoient des dards de fer
contre ceux qui les attaquoient : le dieu Mars les
avoit lui-môme drefl^és au combat ; ils étoient en fi
grand nombre , & d'une groffeur fi extraordinaire,
que lorfqu'ils voloient , leurs aîles ôtoicnt la clarté
du foleil. Hercule ayant-reçu de Minerve une efpcce
de tymbale d'airain , propre à épouvanter ces oi-
feaux , s'en fervit pour les attirer hors du bois oii ils
fe retiroient, 6c il les extermina tous à coups de flè-
ches.
On croit qu'il s'agit ici de quelques troupes de
brigands qui ravageoient la campagne , & détrui-
foient les paflans , aux environs du lac Stymphale.
Hercule trouva peut-être le moyen de les faire fortir
de leur retraite , & les fit périr avec le fecours de fes
compagnons. ( Z?./. )
STYPTIQUE , adj. ( Phyfolog. chlmrg. ) ce mot
vient de ifl-j^pu ,rcJJ errer. hcs ftyp tiques font des remèdes
propres à arrêter les hémorrhagies. Quand une hé-
morrhagie confidérable eft arrêtée par des abforbans
ou àts ftyptiques , la caufe de la fupprefTion eft tou-
jours un grumeau de fang , contenu parla compref-
fion , de manière que l'orifice du vaiffeau en efl bou-
ché ; ce grumeau a deux parties , dont l'une eft en-
dedans, l'autre en dehors du vaifTeau ; celle qui eft
en-dehors eft formée par la dernière goutte de fang,
qui en fe coagulant, s'eft incorporée avec la charpie,
la mouffe , & les poudres dont on s'eft fervi pour ar-
rêter le fang ; ces deux parties ne forment fouvent
qu'un grumeau tout d'une pièce , qui , en-d;hors du
vaiffeau, forme comme un couvercle, & en-dedans
comme un bouchon : elles contribuent toutes deux à
arrêter le fang au moyen de la foUdité qu'elles acquiè-
rent par la coagulation , par leur adhérence en-de-
dans, & avec les parties internes des vaiffeaux , &
en-dehors , avec fon orifice externe,
Lorfqu'on ufe de ftyptiques & d'cfcarotiques, le
grumeau fe forme plus vite que quand on n'emploie
que des abforbans , ou de fimples aftringens. Dans
le premier cas, le grumeau occupe un plus grand ef-
pace dans la cavité du vaiffeau , & le bouchon entre
plus profondément ; le couvercle , ou la portion ex-
terne du grumeau eft auffi plus épaiffe , parce qu'en
même tems que les ftyptiqucs & les efcarotiques
coagulent le fang , ils brûlent auffi une portion du
vaiffeau & de la chair adjacente , qui , s'incorporant
avec le fang coagulé , forment aveô lui un couvercle
plus épais & plus large. Ces réflexions font de M.
Petit.
De tous les ftyptiques , le plus ordinaire, & peut-
être le meilleur , c'eft l'alcohol , ou l'efprit-de-viiî
pur ; il arrête prefque fur le champ les hémorrhagies,
prévient la putréfa£fion , & forme une efcarre folide
quoique mince : de-là vient qu'il eft la bafe de tous
les fecrets les plus vantés , pour arrêter les hémor-
rhagies ; mais ce n'^ft point un ftyptiquc univcrlel ,
ni qui convienne dans tous les cas : il en eft de mê-
me àwfiyp tique de Colbatch , du/^v/'/Zi/webalfamique
dudod^eur Eaton , du ftyptique royal , & dn ftypii-
qne nommé bouU inîdiclnaU , compofé de limaille
d'acier , d'une égale quantité de tartre , porphirifés
avec de la meilleure eau-de-vie de France. (^. /•)
s T Y
STYRA , ( Gcog. arc. ) ville de l'Eubée, au voifi-
nage de la ville Caryftus , l'elon Strabon , /. X. Pau-
ianias , /. If^. c. x.xxiv. dit que les habitans deSiyra
étoient Dryopes d'origine. (D. /. )
STYRAX , (M/r. m^J.) voyei Storax.
STYX , f. m. {Mytholos.) étoit fille de l'Océan &
merc de l'Hydre de Lerne , félon les poëres , qui la
changèrent cnfuite en fleuve d'enfer. Le Styx , dit
Virgile >, fe repliant neuf fois fur lui-môme , tient les
Tiiorts pour toujours emprifonnés. Le ferment par les
eaux du^SV/ATiaifoit trembler les dieux même ; Jupi-
ter , avec toute fa puiflance , n'ofoit y contrevenir.
Quand les dieux , dit Héfiode , ofoient jurer par le
Siyx^ ils dévoient avoir une main fur la terre & l'au-
tre fur la mer.
Le Styx étoit une fontaine de l'Arcadie fepten-
trionale , près des monts Cylléniens , qui dégoiitoit
d'un rocher extrêmement élevé , & dont l'eau tom-
boit dans le fleuve Crathis. M. Fourmont , en voya-
geant dans la Grèce en 1730 , trouva la ville déPhé-
néos , après avoir pafîe le Styx : il appelle ainfi un
torrent qui, defcendant du Tricara , coule dans trois
gros villages , & forme enfin cet étang dont les poëtes
ont tant parlé.
La defcription qu'ils en font , dit M-. Fourmont ,
n'a rien de plus furprenant , que ce qu'il préfente
aux veux de ceux qui le confiderent. L'eau claire du
flei ve s'y méîamorphofe en quelque chofe de îrès-
hyciëuv. Des couleurs fort déplaifantcs à la vue s'y
mêlent les unes aux autres ; une moufle épaifle d'un
verd d'airain tacheté de noir fe promené defilis au
gré des vents , & les bouillons qui s'y forment ne
refiemblent qu'au bitume & au gaudron ; le poiiTon
ne p?ut vivre dans ce lac , les vapeurs qui s'en exha-
lent brûlent tous les arbres d'alentour , & les ani-
maux fuyenffes bords.
Après ce détail qu'on lit dans Yhîjl. des Info. IF. iv.
il ne iaut plus s'étonner de ce que les poètes grecs
& Paufanias lui-même ont dit du Siyx. (^D. J.^
Styx , ( Géog. anc.') fleuve du Péloponnèfe , dans
l'Arcadie , au territoire de Nonacris. 11 fortoit du
lac Phénée. Paufanias nous a donné la defcription
de ce fleuve , & rapporte les endroits d'Homère &
d'Héfiode , oh il en efl: parlé.
Près des ruines de Nonacris , dit Paufanias, /. FUI.
c. xvij. & xviij. une partie de la montagne Chély-
dorée s'élève prodigieufement , & de Ion fcmmet
dégoûte fans cefl'e une eau , que les Grecs nomment
reau du Styx.
Héflode , dans fa Théogonie (car quelques-uns
lui attribuent cet ouvrage) , fait>%.v fille de l'Océan
&: femme de Pallas : l'on prétend que Linus dit quel-
que chofe de femblable dans fcs poéflcs. Pcnirmoi,
dit Paufanias , j'ai lu avec foin ces ouvrages , &; je
les tiens tous les deux fuppofés. Mais Epiménide de
Crète dit aufll que Styx fut fille de l'Océan , & il
ajoute que mariée àPiras (on ne fait pas trop qui
étoit Piras) , elle enfanta l'hydre. Pour Homère, c'efl:
de tous les anciens poètes celui qui a le plus fouvent
employé le nom de Scyx dans fes vers , témoin cet
endroit où il exprime ainfl le ferment que fait Junon.
J'en attelé le c'icl , la terre & les enfirs ,
Ten aitejie de Styx Ctau qui tombe jans ccfj'e.
Il femble qu'en homme qui avoit vu les lieux , le
poète ait voulu décrire l'eau qui dégoûte continuel-
lement de ce rocher. Dans un autre endroit , en f;ii-
fant le dénombrement de ceux qui avoient fuivi Cu-
ncus , il parle du fleuve Titaréfius , & en parle comme
d'un fleuve qui étoit formé des eaux du Styx. Enfin
quand il nous repréfente Minerve fe plaignant X Ju-
piter , & lui reprochant qu'il a oublié que c'efl par
elle & par fon fecours qu'Hercule étoit fi heurcufe-
mcnt forti des travaux qui lui avoient été impofés
SUA
559
par Euryflhçe , il fait de Styx un iîeuve qu'il placé
dans les enfers.
L'eau qui dégoûtoit de ce rocher près de Nona-
cris , après s'être fait une route à-travers une c/rofl'e
roche fort haute , tomboit dans le fleuve Crathisi.
Cette eau étoit mortelle aux hommes & à tout ani*
mal, & les chèvres mouroientlorfqu'elles en avoient
bù, mais en fut du tems à s'en appercevoir.
Une autre qualité fort furprenante de cette eauT
c'efl qu'aucun vafe , foit de verre , foit de cryftal,
folt de terre cuite , foit même de marbre, ne pouvoit
la contenir fans fe cafl"er. Elle diflblvoit ceux qui
étoient de corne ou d'os , elle diflblvoit le fer , le
cuivre , le plomb , l'étain , l'ambre , l'argent & mêmja
l'or , quoiqu'au rapport de Sapho , la rouille ne l'al-
tère jamais , ce qui efl aufll confirmé par l'expérience,'
Cette même eau du Siyx n'agiflbit point fur la corne
dupiédes chevaux. Un vafe^fle cette matière étoit le
feul où l'on en pût garder, & qui réfiflât h. fon impref^
flon. J'ignore , dit Paufanias ,' fi Alexandre , fils dô
Philippe , fut empoifonné avec cette eau , mais je
fais feulement qu'on l'a dif.
Paufanias auroit dû tenir le même langage de toii^
tes les prétendues dilfolutions qu'il vient de racon-
ter, m.ais il faut pourtant convenir que le i'/y.rinfpire
de l'horreur. C'efl: d'abord un gros torrent qui dcf^
cendant du Tricara , pafle dans trois gros villaoes dé
Wlaqs , & forme enfin un étang fort vilain. La del'r.
cription que les poètes en font , n'a rien d'.aufli fur-
prenant que ce qu'il préfente aux yeux de ceux quj[
le confiderent. L'eau claire du fleuve , dit M. Four-
mont , qui étoit lur les lieux en 1730 , s'y méîamor-
phofe en ce qu'il y a de plus hideux , toutes les cou-
leurs les plus déplaifantes à la vue s'y mêlant les unes
aux autres ; une moufife épaifTe d'un verd d'airain ta-'
cheté de noir fe promené defTus au gré des vents ^
&les boiùUons qui s'y forment ne reflemblent qu'au
bitume & au goudron. Le poifTon ne peut vivre
dans ce lac ; les vapeurs qui s'en exhalent , brûlent
tous les arbres d'alentour , & les animaux fuyent fes
)orus.
. o
2". Styx , marais de laThefliilie. Pline dit que le
fleuve Titaréfius y prenoit fa fource , ce qui efl en
quelque forte confirmé par Homère , qui appelle ce
ûenve'TitarcJîus.
3 ". Styx , fontaine de la Macédoine , félon Quinte-
Curce, qui pourroit bien par-là entendre le marais
Siyx , que Pline met dans la Thefîalie , ou bien I3
û<:iive' Styx dans l'Arcadie. (/?. /.)
S u
SUABE , (Géogr. mod.) prononcez Souabe , en al^
Icmand Scliwaben , & en latin Siicvia ; grande pro-
vince d'Allemagne , &; un des ïix cercles de l'empire.
EUc efl bornée au nord par la Franconie , & le cer-
cle élcdoralduRhin, au midi par la Suiffe, au levant
par la Bavière , & au couchant par le Rhin qui la fé-
pare de l'Alface ; c'efl un pays fertile en blé , en vin
& en pâturages. Ses principales rivières font le Ne-
cker , le Leck & le Danube.
Ce pays a été ainfl nommé des Sueves , peuples
de la Germanie feptcntrionale qui faifoient partie
des Y/endiles , & qui s'étant avancés vers le Mein
fous les derniers empereurs romains , s'établirent
dans une partie du pays qui étoit habité par les Ger-
mains, & qu'ils étendirent depuis jufqu'auv Alpes.
Ils turent d'abord gouvernés par des rois qui n'é-
toient proprement que leurs chefs ; tels furent Ahi-
ric & Àdalgeric.
Ce pays fut enfuitc du partage de Thierry , fils
aîné de Clovis , & il demeura Ibus l'obéiflance des
rois francs de la première race. Charlemagnc y éta-.
blit pour gouverneurs des ofîicicrs de fa maifon , &
560
SUA
leurs ("vicceffeurs, profitant de la foibleflc des rois ,
en ufiirperent la loin eraineté.
Les empereurs donneront la SiuibeA diffcrens prin-
ces. Rodolphe I. en invertit Rodolphe Ion fils aîné
en I i88 ; mais .lean , fils unique de Rodolphe , ayant
airaffiné l'empereur Albert I. l'on oncle, fut privé de
ce duché ; &i depuis ce tems-lA , les archiducs d'Au-
triche ont pris ieulcment la qualité de princes de
Suahc.
Quelque grande que foit la Suahe , qu'on divife
en Suiihc autrichienne & Suabe impériale , le cercle
auquel elle donne Ton nom , a encore une plus grande
étendue. Ce cercle renferme le duché de Wurtem-
berg , le margraviat de Bade , la principauté de
Hohcn-Zollcrn , la principauté d'CErtingcn , la prin-
cipauté de Mlndelhcim , 1 évéché d'Augsbourg , l'é-
vêché de Confiance , l'évcché de Coire , enfin di-
vers comtés de l'empire , grand nombre d'abbayes
immédiats d'hommes & de femmes , & les villes li-
bres fituces en Siuihc.
L'évéque de Conliance & le duc de Wurtemberg
font les direfteurs de ce cerclç , dont le contingent
ert de 343 cavaliers & de 2640 florins par mois.
{D. J.)
SUADA ou SUADELA , f. f. {Mythologie) c'étoit
la déefle infmuante de la perfuafion & de l'éloquen-
ce, que les Grecs appelloient Peiiho. Plutarque la
met au nombre de celles qui prclidoient au mariage.
On lafaifoit compagne de Venus. Horace , par cette
raifon, les joint quelque part enlemble , dzcorantSiui-
dcla Vtnufqui , dit-il dans wwQ de fes épîtres : <♦ J'ai-
» merois cependant mieux prendre la chofe en gé-
M néral , & dire c^wcSiiadela rend éloquent , &. que
» Vénus rend aimable ». {D. J.)
SUAGE , f, m. ler/ne de Marine , ce mot fe dit du
coût des fuifs & graifTes , dont de tems en tems on
enduit les vaifTeaux pour les faire couler fur l'eau
avec plus de facilité. Dans la mer du levant , parti-
culièrement à Marf eille , on l'appelle /perme , d'où
eft venu efpalmeronefparmer y c'efl-à-dire enduin un
vaifTeau de fperme ; \efuage des vaifl'eaux marchands
fe met au nombre des menues avaries. (D. J.)
Su AGE , f. m. {Outil à l'ufage de pliif.curs ouvriers.')
celui des Chaudronniers efl: un tas à plufieurs crans ,
dans lequel on refîerre & on vmit parfaitement le
cuivre fur les bords qu'on met dans une pièce. Foye^
Us Planches du Chaudronnier.
SuAGER , V. aft. {Chaudronnerie.') c'efl tellement
approcher le cuivre fur le bord de fer d'un chavi-
dron , &c. par le moyen dufuage , qu'il folt parfaite-
«icnt uni par-tout , & qu'il n'y ait aucune efpace en-
tre le cuivre & le cordon de fer. Foye^ Suage , &
les Planches du Chaudronnier , avec leur explica-
tion.
SUAIRE, f. m. {Gram. & Critiq. facrée. ) en grec
cxi'a^ic.v y en latin J'udariurn , mouchoir , linge pour
efUiyer la fiteur du vKage , d'où cft venu fon nom.
On lit dans les aftes des apôtres , xix. 1 2 . qu'on por-
toit fur les malades des mouchoirs de S. Paul , r^S'dpta,
&C leurs maladies cefl'oient. Le mot fuaire défigne en-
core une efpece de voile , dont on couvroit la tête
& le vifage des morts , Jean xj. 44. Mais ce mot eft
particulièrement confacré à défigner le voile que le
Sauveur avoit fin- la tête dans le tombeau , Jean. va;. 7.
Plufieurs églifes fe difputent l'honneur d'avoir ce
fuaire , ce qui doit au-moins faire fbupçonner qu'au-
cune ne le pofTede. On le montre à Turin , à Tou-
loufe , à Beiançon , à Sarlat , à Compiegne , fans
parler des villes d'Efpagne & d'Italie , où on le mon-
tre aufîi. Celui de Turin a été confirmé pour le vé-
ritable par quatre bulles du faint fiege , avec des in-
dulgences en fa faveur ; mais celui de Touloufe efl
autoriic par quatorze bulles des papes, à commencer
par celle de Clément III. en 1190, c'efl-à-dire lur
SUA
la fin d'un des plus grands fiecles d'ignorance Si de
barbarie. { D. J.)
SL^ANE , ( Géog. mod. ) province de l'Amérique
méridionale. Elle s'étend )ufqu'à la rivière du grand
Kaketa , & comprend toutes les campagnes du nord
du fleuve des Amazones. Elle a dans Ion fein une
montagne qui produit de l'or ; cette montagne efià
3 1 7 degrés de longitude , & à z degrés de lat'uudc
auflrale. {D. J.)
"SUANES, LES , ou LES SOUANES, {Géog. mod.)
peuples d'Afie, Ils habitent les montagnes du Cauca-
fe , où ils vivent indépcndans entre les Tartares Cir-
caffes , 6l les peuples d'Imereti & de Carduel ; ils
vont travailler par troupes pendant l'été dans la Géor-
gie, & regagnent leurs montagnes au commencement
de l'hiver.
SUANETES , ( Gcog. anc. ) peuples que Pline ,
/. ///. c. XX. met parmi ceux des Alpes , qui furent
fùbjugués par Augufle. Le P. Hardouin foupçonne
que les Siianetes font les mêmes que les Sarunetes;
ce fentiment eft d'autant plus probable, que les Sim-
netcs de Pline font les Suanitœ de Ptolomée, /.//. c.xij,
qui fe place dans la Rhétie. {D. J. )
SUANl y { Géog. anc. ) peuples de la Colchlde,
félon Pline , /. A7. c. iv. & Cedrene. Agathias , l. IK
en fait une nation hibcrique, au-delà du Caucafe. Ils
font comptés parmi les Laziques dans les authenti-
ques. Ce font les Seiiani de Ptolomée , /. F. c. ix. &
les Soanes de Strabon , /. //. p. 4()8. & d'Etienne le
géographe. Il y a apparence que c'eft un rcfte de ces
peuples que l'on connoît encore aujourd'hui dans les
montagnes du Caucale , 6c qu'on nomme Suanes,
Voyez ce mot. {D. J.)
SUANT, adj. {Gram.) qui efl en fueur. FoyeiUs
articles SuER & SuEUR.
SUANTEWITH , f m. {Mythologie.) nom d'une
divinité adorée par les habitans de l'île de Rugen,
dans la mer Baltique , & à qui ils confacroient le tiers
du butin qu'ils faifoient fur leurs ennemis, parce qu'-
ils croyoient que c'étoit ce dieu qui les aflifloit dans
les combats. Quelques auteurs ont nié l'exiflencede
cette divmlté, 6l ont prétendu que le Suantewith des
Rugiens étoit faint Wit martyr ; mais il y a lieu de
croire que cette opinion n'eft point fondée , & que
ce n'eft qu'une certaine conformité dans les noms
qui y a pu donner lieu. Foye^ Keysfler , voyage.
SUAQUEN ou SUAQUIN , {Géogr. mod) île d'A-
frique , fur la côte occidentale de la mer Rouge, à
peu d'éloignement de Babelmandel. Elle a environ
I 5 lieues de tour, qui renferment une petite ville de
fon nom. Son port eft un des meilleurs de la mer
Rouge , & il étoit fort commerçant avant 'que Mo-
ka lui eût enlevé fon trafic. Les habitans de cotisa
île font turcs & arabes. Longitude 55. 16. latit. 18. ^i«
{D. J.
SUAR , ( Géog. mod. ) petite contrée de l'Afie mi-
neure , dans la petite Arménie. Son ancien nom eft
Méliterne , qui s'appelloit ainfi de fa capitale. Suar
abonde en arbres fruitiers , & produit aufïi de l'huile
& du vin.
SUARDONES, {Gog. anc.) peuples de la Ger-
manie , que Tacite comprend parmi les Sueves , &
qui , félon la conjefture de Peucer , font les mêmes
que les Pharodcni de Ptolomée , l. II. c. xj. ils hahi-
toient vraiffemblablement une partie du duché de
Stettin , & du territoire de la ville de BardL ( D. 7.)
SU AS A , {Gééog. anc.) i^. ville de l'Ethiopie fous
l'Egypte, félon Phne, l.Vl.c.xxix. 2°. ville d'Ita-
lie, dans rUmbrle , qui étoit un mimicipc , félon une
infcription rapportée par Gruter , p. 46'c). n°. 5. On
prétend que les ruines de cette ville, fc trouvent dans
le duché d'Urbin , fur la rivière de Céfano, dans un
lieu appelle Safa , environ à huit milles de FofToin-
brone. (D.J.)
SUASSA
i
s U B
SUASSA , f. m. {Chimie MétalL) c'eft aînfi que l'on
nomme dans les Indes orientales un alliage métalli-
que dont on fait des bagues & des bijoux de toute ef-
rece. On dit qu'il entre de l'or , du cuivre & du fer.
dans cette compofition , qui eft d'une coi.ileur plus
vive que l'or pur. Quelques perfonnes ont cru que
cet alliage étoit VeUclrUm des anciens.
SUAVE, adj. SUAVITÉ , f. f {Langue françoifc.)
ces deux mots ne fe difent plus qu'en matière de dé-
votion , d'odeurs & de peinture. Molière a dit ingé-
hieufement :
T aurai toujours pour nous , ô fuave merveille^
Une dévotion à mille autre pareille. Tartuffe.
Ces motsdans tous mes fens^ font couler à Longs traits
Une fuavité quon ne goûta jamais.
Le même.
Mais ce mot ell: furtdut d'ufage dans les écrits de fpi-
ritualité. « Cet encens, dit M. Fléchier , que vous
» avez vu fumer fur vos autels , & monter vers
» le ciel en odeur àt fuavité , efl: le fymbole de vos
» prières ». Cette expreffion efl prife de l'Ecriture ,
comme il paroît par la Genefe , viij. zi. Exod. xxix.
^1. Lévit. ij. verf. c). 12. &c. où l'on lit odeur àe fua-
vité pour oà&wr fuave , parce que les Hébreux met-
:ent fouvent les abftraits pour les concrète. Nous di-
fons Vàfuavité des parfums ; & en fait de peinture ,
in tableau plein à^ fuavité ; tels font les tableaux de
'Albane & du Correge. {D. /.)
Suave , {Peinture.) couleur Jaave , fe dit d'un ta-
)leau oii la couleur a une certaine férénité & une
louleur qui affedle agréablement la vue fans la frap-
Jer trop vivement,
SUAVIARI, OSCULARI, {Littérature.) ces deux
nots font à-peu-près fynonymes , & fignifient balfcr
endrement. Atticus en faifant à Ciceron les compli-
■nens d'Attica , lui dit dans un endroit , ofculatur te
dttica mea ; & dans un autre, tibifuavium dat Attica.
ZicixQti en réponfe dit : Atticam nofiram cttpio abfen-
emfuaviari. Il fe fert du terme fuaviari , parce qu'il
l'agit d'un enfant. Ce terme auroit été un peu fort^
i la fille d'Atticus avoit eu quelques années de plus.
Dans une autre lettre en parlant d'elle , il dit , ad
fculum Atticœ ; au lieu qu'en parlant de Tullia fa
ille , qui étoit une femme faite , il dit ad complexum.
ipift. I. lib. XII. Atque utinam continuo ad comple-
aim mcœ Tullia , ad ofculum Atticœ poffim currere.
SUBALTERNE , adj. & fubft. {Gouvernement.) ce
not depuis quelque tems s'emploie pour défigner
lans tous les états & dans toutes les profeffions;, quel-
qu'un qui efi: fubordonné aux ordres d'un fupérieur.
^artout les fubalternes font chargés de la befogne qui
iemande le moins de génie & le moins de talens.
^infi fe trompent les miniftres d'état qui fe perfua-
lent qu'avec du zèle , des notions générales , & le
"ecours des fubalternes , ils parviendront aifément à
•emplir l'objet de leur minillere. Le fecours des fu-
'■>alternes , quelque grand qu'il foit j ne produit ni la
•éunion des vues , ni l'harmonie d'opération , qui fait
a force d'une adminiftration adive , habile & éclai-
rée. Ce fecours même peut devenir dangereux , dès
:jue les fubalternes le fentent abfolument néceflaire à
.eivcs maîtres. La réalité du pouvoir ne tarde pas à
paffer dans letirs mains. Ils infpireht eux-mêmes les
ordres dont on leur commet l'exécution , & le chef
fe trouve par amour propre obligé de les juftifier, &
de les foutenir. {D. J.)
SUB ASCI A DEDICAVIT , {Littérat.) on efl fort
ÉmbarrafTé d'expliquer cette forte d'infcription qu'on
trouve quelquefois fur les tombeaux.
La loi des douze tables , qui ne fiit point obfervée
par les Romains dans le tems de leurs richeffes , di-
(bit, rogum ajciâne polito , que le bois du bûcher ne
foit point poli avec i'Qutil ^ommé afcia ; mais cette
Tome XV.
SUB
561
I loi ne fournit aucune lumière pour entendre l'infcrip:
tion fub aj'cia dedicavit. M. Chorier a eu là-dcfllis
une idée fort ingénieufe dans fa defcription des an-
tiquités de Vienne en Dauphinc. s«/« , dit-il, figni-
fie ombre en grec , d'où s'efl fait le mot «V^/=e , & eii
latin afcia, qui veut dire un lieu fans ombre ; confé-
quemment^S^^ abfcia dedicâre, fignifieroit confacrer uii
tombeau à découvert, ou dans un lieu fans- ombre.
{D.J.)
SUB-AUGUSTA , ( Géog. anc.) ville de là Cam-
pa me , entre Rome & Tufculum. Elle devint évêché
vers l'an 490, & a été détruite. Oh nomme aujour-
d'hui la place où elle étoit fituée, Torre-Pizizatura,
{D.J.) ^
^ SUBBIACO ou SUBIACO , {Géog. mod.) ville
d'itaUe, dans la campagne de Rome. Elle eit bâtie
fur une coUine , près du Teverone, vers les frontiè-
res du royaume de Naples, à 10 milles de Paleflrine,
à 18 deSegni&d'Anagni,&à 35 de Rome : c'efl
l'ancienne Sublaqiuum , bâti peut-être des ruines de
la maifon de plaifance de Néron. Long. ^o.^z. latit.
4'.j3. {D.J.)
SUBDÉLÉG ATÏON , f. f. {Gram. & Jurifpmd.) efl
lorfque celui qui efl délégué poiir faire quelque
chofe, délègue lui-même quelqu'un pour le faire en
tout ou en partie à fa décharge.
On entend auÇÇi^ar fub délégation, la fon£lion de
fubdélégué, le tems pendant lequel il l'a exercée,
quelquefois^ enfin l'étendue de fon département.
Foyei DÉLÉGUÉ, COMMISSAIRE DÉPARtI , INTEN-
DANT , SuBDÉLÉGUÉ. {A)
SUBDÉLÉGUÉS, {Grarn. & Jurifp:) efl en géné-
ral celui que le délégué a commis pour faire à fa
place quelqu'une de l'es fonctions.
On entend ordinairement ^zr fubdélégué , une
perfcnne que l'intendant ou commilTaire départi dans
une province commet dans chaque ville ou bourg de
fon département, pour y exécuter les ordres & man-
démens qu'il lui adreffe , pour y faire exécuter les
ordres du roi, veiller à tout ce qui intéreffe fon fer-
vice & qui efl de la compétence de l'intendant, 6c
lui en rendre compte, ^'ojt^^ Commissaire départi
DANS LES provinces. Délégué, Intendant,
Subdélégation, {A)
SUBDIVISER, verbe adif, SUBDIVISION, f. f.
( Gram.) c'efl l'aftion de divifer les parties d'un tout
qu'on a déjà divifé. Les biens de cet homme étoient
confidérables , mais on en a fait tant defubdivijîons ,
que chaque portion en efl devenue bien petite. L'ac-
tion de Jubdivifer s'appelle fubdivijîon : l'effet de cette
adion retient le même nom.
SUBER MONTANUM,{Hifl.nat.) Foye^
Carticle LiEGE FOSSILE.
SUBEYT , ( Géog. mod. ) petite ville d'Afrique ,
au royaume de Maroc , dans la province de Du-
quda, fur l'Omnirabi. Ses habitans commercent en
cire, en miel, que les abeilles font dans les creux
d'arbres du pays. {D. J.)
SUBGRVNDM, f. f. ( Archit. rom. ) nous difons
nufCi fubgrondi ou fenerondc ; c'efl la partie de la cou-
verture d'une màifon , qui avance en - dehors pour
jetter les eaux pluviales au-delà du mur, & empê-
cher qu'elles ne l'altèrent. Comme les anciens
croyoient que leS âmes des enfans qui mouroient
avant que d'avoir atteint quarante jours, étoient
changés en dieux lares au-deflbus de lafubgronde ; ils
appellent J'ubgrundarium , le tombeau où ils enter-
roient ces petits enfans. {D.J.)
SUBHAST ATION, f f. {Gramm. &JurlfpruJ.) efl
une vente d'un ou plulieurs héritages d'un débiteur,
qui fe fait au banc de cour de la jullice des lieux où
les héritages font fitués , après qu'ils ont été publiés
& criés trois jours confccutifs audit banc de cour,'
& la troiiienie 6c derni.Tc de ces criées.
BBbU
56i
S U B
Ces ventes ont été ainli appcUées parce qu'elles
tirent leur origine des ventes 'jiKUcicUes uiitces chez
les Romains qui le failoient/w/» hajîu ; on plantoii une
pique au lieu oii la vente le failoit k l'encan , pour
marque de l'autorité, car cette vente ne fe failoit
qu'en vertu d'une ordonnance du préteur.
hcs fubhajlutions l'ont ulitées dans quelques provin-
ces, comme Brefie, Bugey , Gex , 6c Valromey ; elles
ont été confirmées dans cet ulage par des lettres-
patentes de Novembre 1 602 , & par des déchirations
des 3 Juillet & 6 Décembre r 701.
L'objet de ces Juhhajiacions efl: le mC-me que celui
de la vente par décret , mais elles ne purgent pas les
hypothèques, f^'oye;^ Revel &; Collci. lur les Stututs de
Bicjji^^i. le Traité de la vente des immeubles par décret ,
de M. Dhericourt. A'ojej Criées, Décret, Saisie-
réelle. {A^
SUBI , ( Géog. anc. ) fleuve d'Efpagne. Pline , /. ///.
c. iij. le met dans la ColTctanie. Le nom moderne ell:
Befos, lelon Clulius, & Bclcs , félon Morales : c'ell
aujoindhui , dit le père Hardouin, la rivière qui pafl'e
à Tarragone : ce feroit donc le Francoli. ( Z?. 7. )
SUB.!ECTION,f i.Ji^ure dt Rhétorique, par la-
quelle Torateur s'mterroge 6c fe répond à lui même,
ou répond lui-même à l'interrogation qu'il fait à fon
adverfaire , comme dans cet endroit de Cicéron dans
la harangue pro domo jud.
Tu meain domum rcligiofam facere potutjii , & quâ
mente ? qud invaferas : quâ manu ? qud difturbaras ?
quâ voce ? quâ incendijujjeras : quâ Icge ? quatn non
fcriuferas.
Onrappelley/v^yVc?io«, parce qu'elle fournit la ré-
ponfe immédiatement après l'interrogation , quia
quaftioni jîatim refponfu^i lubjicit.
SUBiGUE , ( Mythol. ) Jubigus , dieu des Athé-
niens, c'éîoit celui qui la première nuit des noces fou-
mettoit la jeune époufe à fon époux.
SUBINTRANTE , fièvre , ( Médec. ) on appelle
fièvres fubintrantes , les fièvres intermittentes dans
lefquelles l'accès commence avant que le précédent
foit fini , ce qui rend de telles fièvres continues , &
requiert la même méthode curative. (2>. 7.)
SUBJONCTIF, VE , {Gram.) propontion/w^yor^
clive , mode fubjoncîij ; c'efl fur-tout dans ce dernier
fens que ce terme eli propre au langage grammatical,
pour y défigner un mode perfonnel oblique , le feul
qu'il y ait en latin, en allemand, en françois, en
italien , en efpagnol, & apparemment eu bien d'au-
tres idiomes.
Lefubjoncli/eû. un mode perfonnel , parce qu'il
admet toutes les inflexions perfonnelles &C numéri-
ques , au moyen defquelles le verbe peut fe met-
tre en concordance avec le fujet déterminé auquel
on l'applique : èc c'eft un mode oblique, parce qu'il
ne conllitue qu'une propolition incidente, néceflai-
remcnt fubordonnée à la principale. *
Quand je dis que lefubJonBijfne conflitue qu'une
propolition incidente , je ne veux pas dire qu'il
îoit le feul mode qui pulffe avoir cette propriété ;
l'indicatif & le luppofuif font fréquemment dans le
même cas ; par exemple , acheté:!^ le livre que /ni lu;
vous tene:^ le livre que /e lirais le plus volontieis : je
veux marquer par-là que lejub/onciifne peut jamais
conflituer une propofition principale ; ce qui le dif-
tingue effentiellement des autres modes perfonnels ,
qui peuvent être l'ame de la propofition principale,
comme , j'ai là le livre que vous ave^ acheté ; je lirais
volontiers le livre que vous tener^. De cette remarque il
fint deux conféquenccs importantes.
1. La première, c'ell qu'on ne doit point regarder
comme appartenant a\\ fubjonciif, un tcms du verbe
qui peut conllituer, diredement & par loi- même,
Wne propolition principale.
C'efl donc une erreur évidente que de regarder
SUE
comme fiitur Awfubjonclif, ce tems que je nomme
prétérit pojlérieur , comme amavero , j'aurai aimé •
exivero , je lerai lorti ; precatus ero ou fiuro , j'aurai
prié ; laudatus ero ou Juero , j'aurai été loué : c'elt
pourtant la décifion commune de prefque tous ceux
qui fe font avifés de compofer pour les commen-
çans des livres élémentaires de grammaire ; Ôc l'au-
teur même de la Méthode latine de P. R. a fuivi aveu-
glément la multitude des grammatiftes , qui avoicnt
répété fans examen ce que Prilcien avoit dit le pre-
mier fans réflexion , lib. Vlll, de cognât, temp.
Suivons au contraire le fil des conféquences qui
fortent de la véritable notion àv\fubJonéIif. Ce tems
peut conflituer une propofition principale, comme
quand on dit en françois , J'aurai fini demain cette let-
tre : il la conllitue dans ce vers d'Horace , II. fat. ij.
64. ss, ■
Frujîrà vitltim vitaveris illud
Si te alio pravum detorferis.
Car c'efl comme fi nous difions , vainement aurej^-
vous évité ce défaut ,fi mal-à-propos vous tombe^ dans
un autre ; & tout le monde fent bien que l'on pour-
roit réduire cette phrafe périodique à deux propofi-
tions détachées & également principales , vous aure^
vainement évité ce défaut (voilà la première) , car vous
tomberez mal-à-propos dans un autre ( voilà la fécon-
de ) ; or la première dans ce cas fe diroit toujours
de même en Vaiin, fruJlrà vitium vitaveris illud , &la
féconde léroit , num te alih parvum detorquebis.
Concluons donc que le prétendu futur ùwfubjon-
fli/n'appartient point à ce mode, puifque toute pro-
pofition dont le verbe eft auyM/y'(?/2f?{/"efl:ncceiraire-
ment incidente , & que ce tems peut être au con-
traire le verbe d'une propofition principale. Cette
conféquence peut encore fe prouver par une autre
obfervation déjà remarquée au mot Futur: la voici.
Selon les règles établies par les méthodifies dont il
s'agit , la con-ondion dubitative an étant placée en-
tre deux verbes, le fécond doit être mis zwfubjonc-
tif. A partir de -là, quand j'aurai à mettre en latin
cette phrc\ie{rançoiie,jenefaisfiJelr)uerai, je dirai
que \q Jî dubitatif doit s'exprimer par an, qu'il eft
placé entre deux verbes , & que le fécond Je louerai
doit être aiijubjonciij'; or Je louerai eft en françois le
futur de l'indicatif (je parle le langage de ceux que
je réfute afin qu'ils m'entendent); donc je mettrai
en latin laudavero , qui eft le futur du fubjoncfif, &
je dirai , nej'cio an laudavero Gardez-vous bien ,
me diront -ils, vous ne parleriez pas latin: il faut
dire , nefcio an laudaturus fîm , en vertu de telle &
telle exception ; 6c quand le verbe eft au futur de
l'indicatif en françois, on ne peut jamais le rendre
en latin par le futur àufubjonclif, quoique la règle
générale exige ce mode : il faut fe fervir Eh !
melfieurs, convenez plutôt de bonne foi qu'on m
doit pas dire ici laudavero, parce qu'en effet lauda-
vero n'eft pas z\\ fubj onclif , & que l'on ne doit dire
laudaturus fun , que parce que c'eft là le véritable
futur de ce mode. Voye^^ Tems.
Ajoutons à ces confidérations une remarque de
fait : c'eft qu'il eft impofllble de trouver dans tous les
auteurs latins un feul exemple , oii la première per-
lonne du finguller de ce tems foit employée avec la
conjondion ut ; & que ce feroit pourtant la feule qui
put prouver en ce-cas que le tems eft àwfubjonHf^
parce que les cinq autres peribnnes étant femblables
à celles du prétérit du même mode , on peut toujours
les rapporter au prétérit qui eft inconteftablement
àw Jubjonclif. Périzonius lui-même, qui regarde le
tems dont il s'agit, comme futur àwj'ubjonHif, eft
forcé d'avouer le fait, &C il ne répond à la conlé-
quence qui s'en tire , qu'en la rejettant pofitivemcnt
èi. en recourant à i'ellipfe pour amener m devaiit ca
s u
:ems. Sanft. Mlnu'v. î. 13. not. 6. Mais enfîii , il
:aut convenir que c'ell abuicr de l'ellipie : elle ne
Joit avoir lieu que dans les cas où d'autres exem-
sles analogues nous autorii'ent à la luppléer , ou bien
oriqu'on ne peut ians y recourir , expliquer la con-
Ktution grammaticale de la phrale ; c'ell ainlî qu'en
jarle Sanûius même , ( Minerv. iv. 2. ) avoué en ce-
a par Périzonius Ion dilciple : Ego iila taniiim fup-
^Unda prœàpio , quœ venerandu ïLla fuppUvit aniiqui-
tas , aia ea Jinc quibîcs grammaîkœ. ratio coj:Jlari non
ootcfi. Or , i". il eil avoué qu'on ne trouve dans les
inciens aucun exemple où la première perfonne lin-
ndiere du prétendu futur du /àhjonaifioh employée
ivecut; 2". en confidérant comme principale lapro-
polition où entre ce tems , on en explique trcs-bien
[a conuitution grammaticale fans recourir à l'ellip-
fe , aiûfi qu'on l'a vu plus haut : c'eft donc un fub-
terfuge fans fondement , que de vouloir expliquer
ce tems par une ellipfe , plutôt que d'avouer qu'il
n'appartient pas dMjiibJonclif.
Il y a encore deux autres tems des verbes fran-
çois , italiens , efpagnols, allemands, &c. que la plu-
part des grammairiens regardent comme appartenans
au mode ficbjoncllf^ & qui n'en font pas ; comme je
lirais , j'aurais là ; je fortirois , jcj'crois forti. L'abbé
Régnier les appelle premier & fécond tutardu/z^i/o/zc-
tif; la Touche les appelle imparjuit 6c plus-que-parfait
conditionels , & c'eft le fyftème coinmun des rudi-
mentaires. Mais ces deux tems s'employeiit directe-
ment & par eux-mêmes dans des propolitions prin-
cipales : de même que l'on dit , je le ferai, Jl je puis ,
on dit , je U ferois , fi je pouvais ; je L' au Roi S
FAIT jji j'avais pu : or il eft évident c^ue dans trois
phrafes fi femblables , les verbes qui y ont des fonc-
tions analogues font employés dans le môme fens ;
par conféquent , je ferois & /aurais fait font à un
mode direft auffi-bien o^\ç. je ferai ; les uns ne font
pas plus que l'autre à un mot oblique ; tous trois
conftituent la proportion principale ; aucun des trois
n'ell: dMfubjonclif.
il. La féconde conféquence à déduire de la notion
au fubjonclif , c'eft qu'on ne doit regarder comme
primitive & principale , aucune proportion dont le
verbe eft aujubjonciif; elle cil néceflairement fubor-
donnée à une autre , dans laquelle elle eft incidente ,
fous laquelle elle eft comprime , & à laquelle elle elt
jointe par un mot con]onLïi{ , Jubjungicur.
C'eft cette propriété qui eft le fondement de la
dénomination de ce mode : fubjunciivus modus , c'eft-
à-dire modus jUFANS,ad juvandam propofîtionem
SUB alid propofitione : enforte que les grammairiens
qui ont jugé à propos de donner à ce mode le nom
de conjoncîif, n'ont abandonné l'ufage le plus géné-
ral , que pour n'avoir pas bien compris la force du
mot ou la nature de la chofe ; conjungere ne peut fe
dire que des chofes femblables , fubjungere regarde
les chofes fubordonnées à d'autres.
1°. Il n'eft donc pas vrai qu'il y ait une première
perfonne du pluriel dans les impératifs latins , com^
me le difent tous les rudimens de ma connoilfance ,
à l'exception de celui de P. R. amemus , doceamus ,
legamus , audiamus ; c'eft la première perfonne du
tems que l'on appelle le préjent du JubjoncHf; & fi
l'on trouve de tels mots employés leuls dans la
phrafe ôi avec un fens dircâ: en apparence , ce n'eft
point immédiatement dans la forme de ces mots qu'il
en faut chercher la railbn grammaticale : il en eft de
cette première perfonne du pluriel comme de toutes
les autres du même tems, on ne peut les conftruire
grammaticalement qu'au moyen du fupplcment de
quelque ellipfe. Quelle eft donc la conftrudion ana-
lytique de ces phrafes de Cicéron ? Nos aurein tene-
hras COGïTEMUS tantas quanta quonda/n , &c. ( de
nat. deor. ij. 38. ) & , FiDEAMUS quanta fint qux
Tome XF,
a phdofophiâ remédia morbis animorjim adhibearitûr,
Tufc. iv. 27. La voici telle qu'on doit la fuppofer
dans tous les cas pareils , res esto ita ut cogite-
mu s , &c. res ESTO ita ut ViDEAuus , &c. comme
les verbes cngitemus & videamus font znfidjànclif, je
fupplée la conjonéiion ut qui doit amener ce mode ;
cette conjonftion exige un antécédent qui foit modi-
fié par la propofition incidente ou y7i/yo/2c7ivt', c'eft
l'adverbe ita , qui ne peut être que le complément
modificatif du verbe principal efio ; je fupplée eflo à
l'impératif, à caufe du fens impératif de la phrafe ,
& le fujet de ce verbe eft le nom général res.
Ce feroit le même fupplément , fi le verbe étoit à
la troifieme perfonne dans la phrafe prétendue direc-
te, y EN DAT œdes vir bonus propter aliqua vitia que»
ipfe novit , cœteri ignorent pcflUentes si NT , & HA-
BEANTU R jalubres : lONORETUR in omnibus cubi-
culis apparere jerpcntes : male.materiatœ , ruinofœ : fed
hoc , prœter dominum , nemo SCIAT. Off. iij, 13. Il
faut mettre par -tout le même fupplément , res ejlo
Ita ut.
2". Ceux de. nos grammairiens françois qui éta-
bliffent une troifieme perfonne finguHere , & une
troifieme perfonne plurielle daps nos impératifs, font
encore dans la même erreur. Qu'ils y prennent garde,
la féconde du fingulier & les deux premières du plu-
riel ont une forme bien différente des prétendues troi-
fiemes perfonnes ; fuis^faljbns, faites; Us^ lifons^ ^ifili
écoute , écoutons , écoutci , ôiTc. ce font comunément
des perfonnes de l'indicatif dont on fupprime les
pronoms perfonnels ; & cette fuppreffion même eft
la forme quiconftitue l'impératif, voyei Impératif.
Mais c'eft tout autre chofe à la prétendue troifieme
perfonne ; qu'il ou quelle fajfe , qu'il ou qji'elle life ,
qu'il ou qu'elle écviue , gu fingulier ; quils ou qu elles
fa'Jcnt ^.qiûils ou quelles Uj'ent , qu'ils ou qu'elles écou-
tent , au pluriel ; il y a ici des pronoms perfonnels ,
une conjondion que , en un mot , ces deux troifiemes
perfonnes prétendues inipératives , font toujours les
mômes, dit M. Reftaut , ch. vj. art. 3. que celles du
préfent àufubjanclif.
Or , je le demande , eft-il croyable qu'aucune vue
d'analogie ait pu donner des formations fi différentes
aux perfonnes d'un même tems, je ne dis pas par
rapport à quelques verbes exceptés , comme chacun
fent que cela peut être, mais dans le fyftème entier
de la conjugaifon françoife ? Ce ne feroit plus analo-
gie , puifque des idées femblables auroient des fignes
différens , èc que des idées diftérentts y auroient des
fignes femblables ; ce feroit anomalie & confufion.
Je dis donc que les prétendues troifiemes perfon-
nes de l'impératif font en effet du fubjon&if, comme
il eft évident par la forme conftante qu'elles ont , 6c
■ par la conjonftion qui les accompagne toujours : j'a-
joute que dans toutes les occafions où elles paroif-
lent employées directement, comme il convient en
effet au mode impératif, il y a nécefi^airement une
ellipfe , fans le fupplément de laquelle il n'eft pas
polfible de rendre de la phrafe une bonne raiibit
grammaticale. Qu'il médite beaucoup avant que d^écri'
rc , c'eft-à-dire il faut ^ il efl néceffairc , il e[i convena-
ble, je lui conj'cille, &c. qu il médite beaucoup avant que
d'écrire : Cruelles ayent tout préparé quand nous arri-
verons ; c'eft-i\-dire , par exemple , je defirc ou je veux
qu elles ayent tout préparé.
Mais , dira-t-on , ces fupplémens font difparoifre
le lens impératif que la forme ufiicUc montre nette-
ment ; donc ils ne rendent pas une jufte raifbn de la
phrafe. Il me femblo au contraire , que c'eft mar-
quer bien nettement le fens impératif , que de dire
je veux , fe defire , je confeillc {foye^ Impkratif): &
fi l'on dit , il faut , // e^ nécè^'airc , // efl convenable ;
qu'eft-ce à dire , finon la loi ordonne , la raifon rend
nccell'airc ou irnpojé la néceijité., la bienféarxt ou U crrx-
B B b b ij
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s U B
nnancc exige ? Et tout cela n eft-ll pas impérat*it7
C'cft donc la forme de la phrafe , c'ell le tour ellip-
tique qui avertit alors du Icns impératit; &4I n'elt
point ôttaché à la forme particulière du verbe comme
dans les autres perfonnes : mais la forme de la phra-
fc ne doit entrer pour rien dans le l'yiième de la con-
juoaikm , 011 elle n'cil nullement fenfible. Que je di-
Ic à un étranger que ces mots qudfajji iont de la
tonjuoaifon du verbeyà/r<; , il m'en croira : mais que
je lui dile que c'eft la troifieme pcrfonne de Timpé-
•ratif , & qiic la féconde eft/</ii , je le dis hardiment,
il ne m'en croira pas, s'il raifonne julte îk conféqucm-
mcnt. S'il connoit les principes généraux de la gram-
maire, & qu'il fâche que notre que ell une conjonc-
tion , je ne dovite pas qu'il n'aUle juiqu'à voir que
ces mots quUfaJJe iont à\\ fuhjonclif, parce qu'il n'y
a que des (onw^^s fubjonclivcs qui exigent indifpenfa-
blement des conjonctions.
3°. Par-tout oii Ton trouve le fubjonclif^ il y a,
ou il faut fupplccr une conjondion , qui puilfe atta-
cher ce mode à une phrafe principale. Ainfi dans ces
vers d'Horace, II. Ep-j. '.
Cum tôt SVSTINEAS & tanta ncgotiafolus ;
Rcs ua/as arrnis TU TE RI S , morihus ORNES ^
Xecil'us EMEND£S : inpublica commoda PEC-
CF.M ,
Si Ion go ferma ne MOREtt. tua. tempora , Cccfar :
Il faut néceffairemcnt fuppicer «r avant chacun de
ces fuhjonitifs , & tout ce qui fera néceflaire pour
amener cet ut ; par exemple : Cùm res eft ita ut tôt
su STINEAS & tanta ncgotiu fo/us ; \\i res italas ar-
mis TUTERIS , ut res italas rnorïhiis ORNES , ut rcs
italas legibus EH en DES : res erit ita ut in publica
commoda PECCEM , H rcs erit ita ut lo/igo Jlrmone
morcr tua tcmpora , Cisjar.
Fcrreus ESSEM , Ji te non AMAREM : (Cic. Ep.
XV. 2 / . ) c'ell-à-dire , res ita jam dudum fuit ut fer-
reus ESSEM , Jî unquam res fuit ita ut te non AMA-
REM.
Face tud DIXERIM : c'e ft -à-dire , ita concède ut
pace tud DIXERIM.
NonnuUi etiam Ca:fari nuntiabant , quum cafira mo-
veri auc Jigna ferri JUSSISSET , non fore diclo au-
dientes milites : (Cœi. I. GaU.^ c'eft-à-dire , quum res
futura erat ita ut cajlra moveri uut figna. jcrri JUS-
SISSET,
La nécelTitc d'interpréter ainfi le fubjonciif^ eft
non-feulement une fuite de la nature connue de ce
mode , c'ell encore une chofe en quelque forre avouée
par nos grammairiens , qui ont grand loin de mettre
ia conjondlion que avant toutes les perfonnes des
tems du fuhjonclif ^ parce qu'il eft conftant que cette
conjonclion eft elfentielle à la (yntaxe de ce mode;
que j'aime^ que J'aimajfe , que faye aimé ^ &c. Les
Rudimcntaires eux-mêmes ne traduifent pas autre-
ment Itijubjoncli/ldùn dans les paradigmes des con-
jugaifons : amcm , que j'aime ; amarem , que j'aimafte ;
amaverim\ que j'aye aimé , &c.
On trouve dans les auteurs latins pluficurs phra-
fes où hjub/onaif^ l'indicatif paroiifent réunis par
la co.njondtion copulative , qui ne doit exprimer
cju'une liuifon d'unité fondée fur la fmiilitude. {f^oyei
Mot , art. ij. «°. J. ) Les Grammairiens en ont con-
clu que c'étolt une énallage on vertu de laquelle le
fubjonciif eft mis pour l'indicatif Mais en vérité ,
c'eft connoître bien peu julqu'A quel point eft rai-
fonnable &: conféqucnt ce génie fupérieur qui diriç^e
fecretement toutes les langues, que de croire qu'il
puifte fuggérer des locutions fi contraires àfes prin-
cipes fondamentaux , & conléquemment fi nuifibles
à la clarté de renonciation , qui eft le premier & le
plus clTenticl objet de la parole.
L'énallaj^e eft une chimère inventée par les Gram-
S U
matiftes qui n'ont pas fu analyfer les plirafes ufueTles,
( Voye:^ Enallage. ) Chaque tems , chaque mode
chaque nombre, &c. eft toujours employé confor-
mément i\ la dellination ; jamais une conjondlion co-
pulative ne lie des phrafes difiemblables, comme il
n'arrive jamais Q^\!amarc fu;niiie ka'ir , que i'gnis fi-
gnitie eau , tkc. l'un n'eft ni plus pofîibk , ni plus
raiibnnable que l'autre.
Que falloit-il donc conclure des phrafes où la con-
jondion copulative femblc réunir l'indicatif 6c le
Jubjon'dif? Par exemple , quand on lit dans Plante :
eloqucrc quidtibi EST ,& quid nojïram y ELI S operam •
&C ailleurs : nunc dicam cujus jujfu V EN lo , & quam-
obrem VENERIM , &c ? Voici , fi je ne me trompe
comment il falloit railonncr; la conjondion copula-
tive & doit lier des phrafes femblables ; or la pre-
mière phrafe quid tihi EST d'une part , ou cujus juiïîc
VENio de l'autre, eft direde , & le verbe en eft à
l'indicatif; donc la féconde phrafe de part & d'autre
doit également être direde 6c avoir fon verbe à l'in-
dicatif: je trouve cependant \e fubjoncltf? C'eft qu'il
conftitucune phrafe fubordonnée à la phrafe direde
qui doit fuivre la conjonftion, dont l'ellipfe a fup-
primé le verbe indicatif, mais dont la fuppreftion eft
indiquée par ley.ï^/o/ztï/ymôme qui eft exprimé. Ainft'
je dois expliquer ces paffagcs en fuppléant l'ellipfe :
eloquere quidtibi EST , & ad quid res eft ita ut nojiram
VELis operam; 6c l'autre, nunc dicam cujus juJfu
VEMO, & quamcbrem (aâum EST ita ut VENERIM,
Mais ne m'obje£^era-t-on point que c'eft innover
dans la langue latine , que d'y imaginer des fupplé-
mens de cette efpece? Ces res ejl o\i crat^ o\\ futura.
cfi , ou futura erat ita ut , faclum efl ita ut., &c. pla-
cées par-tout avant \q fubjonciif , femblent être •« des
M expreftions qui ne font point point marquées au
» coin public , des expreftions de mauvais aloi , qui
» doivent être rejettées comme barbares ». Ainfi
s'exprime un grammairien moderne dans une fortie
fort vive contre Sanftius. Je ne me donne pas pour
l'apologifte de ce grammairien philofophe : je con-
viens au contraire qu'avec des vues générales très-
bonnes en foi , il s'eft fouvent mépris dans les appli-
cations particulières ; & moi-même j'ai ofé quelque-
fois le cenfurer : mais je penfe qu'il eft exceflif au-
moins de dire que certaines expreftions qu'il a prifes
pour fupplément d'ellipfe , « ne Iont les produftions
» que de l'ignorance ». On ne doit parler ainfi de
quelqu'un en particulier, qu autant que l'on feroit
sur d'être infaillible. Je laifte cette digrtflion & je
viens à l'objedion.
Je répons, 1°. que ces fupplémens ne font pas
tout-à-fait inconnus dans la langue latine , & qu'on
en trouvera des exemples, & la preuve de ce que je
foutiens ici fur la nature du fubjonciif, dans les ex-
cellentes notes de Perizonius fur Sanftius même. Mi-
nerv. I. xiij.
Je répons, 1°. qu'on ne donne point ces fupplé-
mens comme des locutions ufttées dans la langue ,
mais comme des développemens analytiques , des
phrafes ufuelles ; non comme des modèles qu'il faille
imiter , mais comme des raifons grammaticales des
modèles qu'il taut entendre pour les imiter à propos.
Je répons , 3^. que dès que la raifon grammaticale
&: analytique exige un fupplément d'ellipfe, on eft
fuffilàmment autorifé à le donner , quand même on
n'en auroit aucun modèle dans la conftrudion ufuel-
le de la langue. Perfonne apparemment ne s'eft en-
core avilé de dire en françois, je fouhaite ardem-
mzntqui le ciel FASSE enjorte que nous ayons bien-tôt
J.a paix : c'eft pourtant le développement analyti-
que le plus naturel & le plus raifonnable de celte
phrafe Irançoife , fasse le ciel que nous ayons bien-
tôt la paix ! C'eft une règle générale dans la langue
françoife , & qui peut-être n'a pas encore été oL-
s U B
vce , que quand un verbe eiî fitivi de fon fujct ,
f a elliplc du verbe principal auquel efl liibor-
iné celui qui etî dans une conftrudion inverfe.
en peut voir des exemples, (^ariicU Relatif,
ifin ) , dans lefquels le verbe elt à l'indicatif"; &
1 avu (^articU Interrogatif) , que c'elc un des
yens qui nous fervent à marquer i'mterrogation,
5 charger la phrafe de mots iupcrflus qui la ren-
dent lâche. Il en eft de même pour le fcns optatif
la phrafe en queftion ; & l'cliipfe y cil indiquée
i-leulement par l'inverfion du fujct, mais encore
■ la {oxTsxe fuljoncilve du verbe , laquelle fuppofe
[jours un autre verbe i\ l'indicatif, qui ne peut ctrc
que le verbe /e foukalte ; l'adverbe ardemment que
ajoute , me lemblc ncceffairc pour rendre l'éner-
du tour elliptique ; & en forte elf l'antécédent né-
î'aire de la conjonéfion que , qui doit lier la-propo-
on fubjonclive à la principale.
Pour ce qui concerne les tems àwfubjonclif^ il en
a parlé ailleurs. /^<?y<;{ Tems.
Remarquons, en fîniffant , que \q fubjoriciif, ell
mode mixte , & par conléquent non nécefiaire
ns la conjugaifon ; c'eft pour cela que ia langue
braïque ne l'a point admis; & il ell évident que
, Lavery fe trompe dans fa grammaire angloife dé-
:e à madame du Boccage , lorfqu'il veut faire trou-
r \in fubjoriclif dans les verbes anglois : il ne faut
ur s'en convaincre, que comparer les tcms du
itendixfubjonciif avec ceux de l'mdicatit , (k. l'on
verra l'identité la plus exaâe ; ce fera la même
ofe en comparant le prétendu fécond fubjoncîif
ec le prétendu potentiel ; ils font également idcn-
jues, & j'ajoute que ni l'un ni l'autre ne doit pas
LIS être compté dans la conjugaifon angloife qu'on
! doit compter dans la nôtre ; je puis dîner ^ je pou-
ls dîner ^ 6i.c. je veux dîner ^ je voulais dîner , ÔCc
lime à dîner ^ j"* aimois à dîner, &c. ou telle autre
îrafe oii entreront l'infinitif «-//«tr. lime femble diffi-
le de bien expofer les règles d'auc\me grammaire
îrticuliere , quand on ne conncît pas à fond les
incipes de la Grammaire générale. {E.R. M. B.^
SUBIR , V. act. ( Gram. ) être expofé de gré ou
î ÏQvce -y fubir une loi dure ; fubir un châtiment;
'.bir la rigueur du fort.
SUBIT, adj. (^Gram.^ qui s'exécute tout-à-coup ;
y a des coups fubits , des échecs J'ubi/s , des bon-
surs Jubits , des fortunes , des élévations fubites.
l'eft alors qu'on confiderc les hommes élevés fi fu-
Itemcnt, & qu'on fe demande comment cela s'eft
lit , fans pouvoir fe répondre. On fe rappelle feu-
:ment un endroit où Lucien introduit Jupiter fa-
gué des clameurs qui s'élevoient de la terre , nlet-
:int la tête à fa trape , & dilant de la grêle en Scy-
lîie , un volcan dans les Gaules , la pefle ici , la fa-
line là ; refermant fa trape, achevant de s'enyvrer,
'endormant entre les bras de Ganimede ou de Ju-
lon , ck. appcUant cela gouverner le monde.
SUBJUGAL , adj. terme de plein chant , un ton fub-
ugal , ou fubordonné , tels que font tous les tons
•lagaux. f^oye[ PlAGAU
SUBJUGUER, V. aft. vaincre, dompter, fou-
meitre, courber fous le joug; c'eft un homme fubj li-
gué par la f..mme ; les conquérans fe plaifent à jïibju-
guer les homnies ; ce qu'ils n'exécutent pas fans en
égorger un grand nombre. Philij)pe divifa les répu-
bliques de laGrecc, pour les fubjuguer plus facile-
ment. Il a , je ne lais quel afcendant fur moi ; il me
fubjugue malgré que j'en aie; la gv^ce Jub/t/gue la pa(-
fion dans l'homme religieux ; l'âge, la ralfûn., l'expé-
rience , le dégoût dans le philofophc.
SUBLAPSÂÏRE , ou POST-LAPSAIRF, ou Infra-
LAPSAIRE , f m. (^Tli/K eccUJîaJiiquc.'^ qualification
Lifitée parmi les calviniftes , pour défigncr ceux d'en-
tre leurs théologiens c|ui penfent que Dieu ne reprou-
S U B
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ve certains hommes , & ne les deftine aux fupplices
éternels qu'en conféquence de la prévifion de la
chute d'Adam. Ce fentiment eil erroné, félon les ca-
tholiques , en ce que les fublapfuires veulent que le
péché originel , quoique remis par le baptême , folt
la caufe primitive 61 radicale de la damnation des
hommes , & les porte néceffairement au mal. Foye?
Calvin. Injlit. lib. II. c. v. «". /.
SUBLAQUEUM, ( Géog. anc) ville d'Italien ,
dans le Latium. Pline , /. ///. c. xiij. dit que l'Anio
paffe au-travers de trois lacs fort agréables,quiavoient
donné le nom à la ville do. S ublaqueum.T^ciiQ , Annal,
l. XIV. p^ 227. appelle ^uiTiSublaqueum la maifon de
plaifance que I^éron avoit fait bâtir dans ce quartier-
là , & à laquelle il avoit donné le nom de la ville,
car la ville étoit au bord d'un des lacs , &c la maifon
de plaifance lur une élévation. Hermolaiis voudroit
lire Sublacum , au heu de Sublaqueum , parce que la
maifon de plaifance de Néron eil: appellée Sublacenjîs
villa, dans Frontaiu , de aquœducl. p. 247. Sublaqueum
n'étoit pas beaucoup au-deflbus de la fource de l'A-
nio. Paul Diacre le met à quarante milles de Rome.
Le nom de ce lieu eil aujourd'hui corrompu en celui
de Subiaco. (Z>. /.)
SUBLAVIO , ONIS , ( Géog. anc.) ville du No-
rique ou de la Rhétie , fuivanî l'itinéraire d'Antonin;
mais Clauier croit qu'il faut lire Sub-favione , au lieu
de Sublavione y &c fa correction paroît juite. Quoi
qu'il en foit , cette ville n'ell plus aujourd'hui qu'un
méchant bourg nommé Siben ou SUben, dans le comté
deTirol. (i9./.)
SUBLIMATION , f. f. {Chimie.) efpece de dlftll-
lation dont le caradere Ipécial eft de ne fournir
que des produits fous forme feche.
La forme , ou plutôt la confifrance de ces produits
eft de deux efpeces , ou elle eft ramaffée en une feule
mafte folide , qu'on appelle quelquefois pain ou ga~
teau., tels que les gâteaux de fcl ammoniac , les maf-
fes dénies & liées de fublimé corrolif , &c. Les pro-
duits de ]âfublimacion comprennent cette confiftence,
retiennent fpécialement le nom de fublimé, La fé-
conde efpece ie préfente fous la forme d'une cou-
che rare & fans llaifon. Ce produit eft connu dans
l'art fous le nom de fleurs; c'eft ainfi qu'on àitfieurs
de foufre , fleurs de mars , fleurs de benjoin , &c. Les
vaiffeaux iublimatolresles plus ufités font l'alambic à
chapiteau borgne, les alludels,les matras,les bouteilles
de verre mince , appellées dans les boutiques /jA/'o/^
à medetine ; le pot de terre à double couvercle pour
les fleurs d'antunolne en particulier , la cucurblte de
terre baffe furmontée d'un cône de papier pour celle
de benjoin , &c. tous ces vaiffeaux & appareils font
repréfentés dans les planches de chimie ( voye:;^ ces
Planches),
La théorie de la fubllmation & les lois manuelles
de cette opération doivent fe déduire abfolument de
la théorie & des lois manuelles de la dlftillation en
général. Foyei Distillation. La feule manœuvre
particulière doii.t l'artiftc pulffe être averti , c'eft le
moyen de donner de l'air ou de ménager une Iffue
aux vapeurs qui le raréfient dans l'intérieur de l'ap-
pareil fragile du matras ou des phioles , & de tenir
le col de ces vaiffeaux ouverts pendant les premiers
tems de l'opération , en rompant ou abattant le fa-
blimé, ou l